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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Gr&#232;ve de ouf au Carrefour du Merlan</title>
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		<dc:creator>Gilles Lucas, Nicolas Arraitz</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En octobre, le magasin Carrefour du Merlan, dans les quartiers Nord de Marseille, a &#233;t&#233; bloqu&#233; deux semaines durant par le personnel et des habitants du voisinage. Enjeu du mouvement : obtenir la lib&#233;ration de Momo, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical incarc&#233;r&#233; &#224; la va-vite pour un motif extravagant. Barricades de chariots, barbecues solidaires, camions de livraison aux pneus crev&#233;s : sc&#232;nes de fronde contre une multinationale, championne auto-proclam&#233;e de la gestion &#233;thique des ressources humaines. Jeudi 21 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En octobre, le magasin Carrefour du Merlan, dans les quartiers Nord de Marseille, a &#233;t&#233; bloqu&#233; deux semaines durant par le personnel et des habitants du voisinage. Enjeu du mouvement : obtenir la lib&#233;ration de Momo, d&#233;l&#233;gu&#233; syndical incarc&#233;r&#233; &#224; la va-vite pour un motif extravagant. Barricades de chariots, barbecues solidaires, camions de livraison aux pneus crev&#233;s : sc&#232;nes de fronde contre une multinationale, championne auto-proclam&#233;e de la gestion &#233;thique des ressources humaines.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3166 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L452xH330/-1385-6eda3.jpg?1782638674' width='452' height='330' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jeudi 21 octobre. Au rayon boulangerie, du pain dur. Aux fruits et l&#233;gumes, un vieux tas de courgettes. Aux produits de nettoyage, un flacon de javel sans bouchon. Pas de poisson, presque plus de viande, peu de laitages. On se dirait &#224; Cuba sous blocus &#233;tats-unien. Et pourtant, nous sommes &#224; Marseille, au c&#339;ur du monde libre. &#171; &lt;i&gt;Puis-je vous aider &#224; mieux consommer ?&lt;/i&gt; &#187;, proclame le blouson matelass&#233; des caissi&#232;res en gr&#232;ve. Elles bloquent l'entr&#233;e des marchandises depuis d&#233;j&#224; une semaine, depuis qu'elles et leurs coll&#232;gues ont appris que Mohamed Bedhouche, leur d&#233;l&#233;gu&#233; CGT, a &#233;t&#233; envoy&#233; aux Baumettes, et avec lui le p&#232;re de Florent (voir plus bas). &#171; &lt;i&gt;Lib&#233;rez Momo !&lt;/i&gt; &#187;, exige une banderole en drap de lit. Des voitures passent sur la voie rapide en klaxonnant, et les passagers, pench&#233;s &#224; la fen&#234;tre, font &#233;cho : &#171; &lt;i&gt;Lib&#233;rez Momo !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'affaire est &#224; la fois loufoque et pr&#233;occupante : un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical jet&#233; en prison pour avoir interc&#233;d&#233; en faveur d'un travailleur licenci&#233; pour &#171; vol &#187; - en fait, pour avoir achet&#233; &#224; moiti&#233; prix un surgel&#233; &#224; l'emballage d&#233;t&#233;rior&#233;. Momo est accus&#233; d'avoir fait pression sur un vigile pour qu'il se r&#233;tracte. Lequel vigile, depuis qu'il a port&#233; plainte contre Momo, a &#233;t&#233; gratifi&#233; d'un CDI par la direction&#8230; Voil&#224; qui sent le coup fourr&#233; patronal, mais le juge n'y a vu que du feu. Alors les marchandises ne passent plus. &#192; l'int&#233;rieur, seuls les cadres, les stagiaires et les CDD travaillent. 80 % de gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;brayer sans pr&#233;avis, &#171; &lt;i&gt;c'est possible dans le priv&#233;&lt;/i&gt; &#187;, assure Mich&#232;le Ledesma, de l'Union locale CGT La Rose. La r&#233;action a &#233;t&#233; rapide, mue par l'estime dont jouit Momo. Et pas seulement chez les affili&#233;s CGT : la base a impos&#233; l'unit&#233; syndicale. Des militants CFDT, CFTC et FO sont pr&#233;sents sur les barrages. Lucien, encart&#233; &#224; FO et ami d'enfance de Momo, est assis sur une chaise pliante &#224; l'ombre d'un camion immobilis&#233; devant le portail. Il arbore un T-shirt Corsica. &#171; &lt;i&gt;Momo est un type droit, loyal, toujours pr&#234;t &#224; se mettre en quatre pour les autres&lt;/i&gt;, affirme-t-il. &lt;i&gt;Le vrai truand, c'est le directeur ! Il para&#238;t que de son poste &#224; Perpignan, il est parti les menottes aux poignets&#8230; Et il est l&#224; &#224; se pavaner, &#224; insulter les gens. Y'a pas de respect.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est avant tout l'homme qu'on est sorti d&#233;fendre contre une d&#233;cision de justice manifestement injuste. Mais il y a un autre aspect inqui&#233;tant : un d&#233;l&#233;gu&#233; syndical emprisonn&#233; comme &#231;a, &#224; la va-vite, sur plainte de son employeur, &#231;a sent le roussi. Et si ce pr&#233;c&#233;dent faisait jurisprudence ? &#171; &lt;i&gt;Qui osera alors &#234;tre d&#233;l&#233;gu&#233; ?&lt;/i&gt; &#187;, temp&#234;te Michel, un ancien de La Poste qui, de retour d'une manif de retrait&#233;s, est venu soutenir les gr&#233;vistes. Il se propose d'aller distribuer &#171; &lt;i&gt;un tract intelligent&lt;/i&gt; &#187; &#224; la client&#232;le, pour qu'elle boycotte le magasin. &#171; &lt;i&gt;Ils ne peuvent rien me faire, je suis retrait&#233; !&lt;/i&gt; &#187; Selon Michel et ses coll&#232;gues - ceux de la cantine de La Poste ont apport&#233; de quoi se restaurer et des thermos br&#251;lants -, l'heure est grave. &#171; &lt;i&gt;O&#249; sont ceux qui manifestaient contre Le Pen en 2002 ? Les altermondialistes ? Les anti-OGM ?&lt;/i&gt; &#187; Bernard, prof au lyc&#233;e Diderot, un badge du SNES-FSU &#224; la boutonni&#232;re, s'arr&#234;te &#224; la sortie des cours. Il est content d'&#234;tre l&#224; : &#171; &lt;i&gt;Vous trouvez pas qu'il y a une ambiance &#224; la Ken Loach, ici ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'a pas tort. On est au c&#339;ur des quartiers Nord. Le centre commercial est strat&#233;giquement situ&#233; au milieu de cit&#233;s parmi les plus mal fam&#233;es de la ville : les Flamands, la Busserine, Font-Vert&#8230; Et si les soutiens politiques tardent &#224; se manifester, les liens avec le quartier jouent pleinement. Pour les gens du coin, Carrefour, c'est leur commerce de proximit&#233;, le seul. Des centaines de familles sont prises &#224; la gorge par le cr&#233;dit et les cartes de &#171; fid&#233;lit&#233; &#187; de l'hypermarch&#233;. On est en France : aucun &#233;picier, aucun bar n'est tol&#233;r&#233; au pied des tours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors le glauque parking du Carrouf' est une destination oblig&#233;e, un lieu de rencontre pour les jeunes et les m&#233;nag&#232;res. Beaucoup ont des relations d'amiti&#233;, ou de parent&#233;, avec les employ&#233;s. Momo y est connu et appr&#233;ci&#233;. Surveillant de nuit, il n'est pas de ceux qui alpaguent les petits voleurs &#224; la sortie des caisses. Ce qui explique les coups de klaxons, les cris de soutien, les visites de bon voisinage le soir autour des feux de palettes. Une Africaine en boubou est assise parmi les caissi&#232;res en uniforme. Deux &#233;l&#233;gants Comoriens prennent des nouvelles aupr&#232;s d'un compatriote gr&#233;viste. Derri&#232;re Lucien, qui s'occupe en temps normal de la r&#233;ception des marchandises, le camion est immobilis&#233; par de gros blocs de b&#233;ton gliss&#233;s entre les essieux. Pneus crev&#233;s, moteur HS. &#171; &lt;i&gt;Les minots du quartier sont de vrais professionnels ! &lt;/i&gt; &#187;, plaisante-t-on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dimanche &#224; l'aube, cinq camions, escort&#233;s par deux voitures bleu marine pleines de faux flics, ont forc&#233; par surprise un des deux barrages. Quatre camions ont r&#233;ussi &#224; entrer, le cinqui&#232;me est rest&#233; dehors quand les nervis, en voyant les gars de l'autre piquet accourir, ont paniqu&#233; et referm&#233; les grilles. Le chauffeur s'est enfui et depuis, le contenu du camion se d&#233;compose et d&#233;gouline sur l'asphalte. La cargaison des autres poids lourds, bloqu&#233;s &#224; l'int&#233;rieur, n'a pas eu de meilleure fin : la cha&#238;ne du froid ayant &#233;t&#233; rompue, le pr&#233;fet a &#233;t&#233; oblig&#233; de signer un arr&#234;t&#233; interdisant la mise en vente des produits, qui pourrissent sur palette, &#224; l'endroit m&#234;me o&#249; Dominique Sabadel, le directeur, et Navarro, le transporteur, se pavanaient dimanche en narguant les gr&#233;vistes (&#171; &lt;i&gt;Sabadel portait une casquette de l'OM. Les copains, furax, lui criaient qu'il ne la m&#233;ritait pas !&lt;/i&gt; &#187;, rigole Sophie.) &#171; &lt;i&gt;On a de la chance, dit Lucien, on est dans un vrai quartier, les gens se serrent les coudes.&lt;/i&gt; &#187; Comme pour lui donner raison, un jeune au volant d'une fourgonnette de livraison s'arr&#234;te pour saluer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au m&#234;me moment, un groupe de cadres, &#233;trangement p&#226;les, sort examiner le camion. Le jeune les interpelle : &#171; &lt;i&gt;Si vous &#234;tes pas contents, il y a encore des pneus &#224; crever sur votre foutu bahut !&lt;/i&gt; &#187; Pour r&#233;cup&#233;rer ses camions, Navarro, le transporteur de choc, a d&#251; n&#233;gocier avec la CGT de sa bo&#238;te, qui l'a renvoy&#233; vers celle d'ici. Roland Chalumeau, secr&#233;taire de l'Union locale CGT La Rose, analyse : &#171; &lt;i&gt;Sabadel est un rentre-dedans quasi suicidaire. Il a &#233;t&#233; nomm&#233; ici pour casser l'unit&#233; du personnel. Ce Carrefour a mauvaise presse aupr&#232;s de la direction g&#233;n&#233;rale.&lt;/i&gt; &#187; Un militant ajoute : &#171; &lt;i&gt;En tout cas, il s'est mang&#233; deux gr&#232;ves depuis son arriv&#233;e en juillet 2003. Il nous a trait&#233;s de couilles molles, mais on est l&#224;, on l&#226;chera pas.&lt;/i&gt; &#187; Une caissi&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Une semaine avant les &#233;lections, il a lou&#233; le Carlton, sur la Corniche, pour y inviter les employ&#233;s et leur famille, soi-disant pour c&#233;l&#233;brer le 40&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; anniversaire de Carrefour. Il a plaisant&#233; en disant que si on n'avait pas pu f&#234;ter le 41&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, c'&#233;tait &#224; cause de notre gr&#232;ve de l'an pass&#233; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3167 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L330xH349/-1386-81799.jpg?1782641968' width='330' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vendredi 22&lt;/strong&gt;. Autour des thermos, l'ambiance est tendue. Ce matin, en signe de bonne volont&#233;, les gr&#233;vistes ont laiss&#233; passer un camion. En &#233;change, ils exigent que la direction s'assoie pour n&#233;gocier la r&#233;int&#233;gration de Momo. Mais en fait de n&#233;gos, on apprend que sa femme a re&#231;u une lettre convoquant Momo d&#232;s sa lib&#233;ration, en vue d'un licenciement. Il y a de l'&#233;lectricit&#233; dans l'air. La belle unit&#233; syndicale commence &#224; se fissurer depuis que le chef de la s&#233;curit&#233; du magasin a d&#233;sign&#233; nomm&#233;ment trente-quatre &#171; piquets &#187; &#224; un huissier. Dans la foul&#233;e, un juge a choisi d'en poursuivre trois, un par syndicat, au cas o&#249; ils seraient revus sur les barrages. La police peut intervenir &#224; tout moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Assembl&#233;e. Le repr&#233;sentant de la f&#233;d&#233;ration du commerce pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Les gars, on pourra rien faire sans vous&lt;/i&gt;. &#187; Le mouvement est reconduit. Une demi-heure apr&#232;s, une d&#233;panneuse d&#233;boule dans un crissement de pneus. Man&#339;uvre nerveuse, coup de frein : une carcasse de Visa Citro&#235;n vient obstruer l'entr&#233;e que les vigiles avaient d&#233;gag&#233;e quelques heures plus t&#244;t de centaines de caddies amoncel&#233;s. Le gitan au volant repart aussi sec apr&#232;s qu'on lui a pass&#233; commande d'une autre &#233;pave. Ceux qui poussent la Visa en travers du portail ne sont pas gr&#233;vistes, mais des jeunes du quartier, des retrait&#233;s, des ch&#244;meurs. &#171; &lt;i&gt;On dirait Mai 68&lt;/i&gt; &#187;, s'enthousiasme un homme aux tempes grisonnantes. Sur la fa&#231;ade, une cam&#233;ra de surveillance lorgne la sc&#232;ne. Deux minutes plus tard, un huissier accourt, escort&#233; par une dizaine de vigiles sur les dents. Il vient constater l'obstruction. Bousculade : la liasse de proc&#232;s-verbaux vole dans l'air nocturne, puis est rageusement d&#233;chir&#233;e. Les vigiles bl&#234;missent sous les insultes de ceux qui bossent habituellement avec eux (certains gardes participent au piquet) : &#171; &lt;i&gt;Esclaves !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Collabos !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;L'injustice peut d&#233;placer les montagnes !&lt;/i&gt; &#187; Certains mastards asserment&#233;s sont pr&#234;ts &#224; en d&#233;coudre, mais d'autres se sentent visiblement le cul sale. Leur malaise, leurs regards par en dessous contrastent avec la col&#232;re des gr&#233;vistes. &#171; &lt;i&gt;Je vais chercher la cit&#233; !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Non, n'y va pas&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Ils me d&#233;go&#251;tent !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une patrouille de police surgit. Puis deux. Un jeune flic sort son calepin pour verbaliser on ne sait quoi. &#171; &lt;i&gt;Couvrez les plaques d'immatriculation !&lt;/i&gt; &#187; Mais l'officier interrompt son geste. Il pr&#233;f&#232;re sourire et temporiser : &#171; &lt;i&gt;On est du quartier, nous aussi. On ne fait que passer. La ville est grande et on n'est pas bien nombreux.&lt;/i&gt; &#187; Exit l'huissier, exit la force publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, la direction accepte d'ouvrir des n&#233;gociations sous les auspices de l'inspection du travail. Le lundi 25, un juge aixois ordonne la mise en libert&#233; conditionnelle de Momo et du p&#232;re de Florent. Une foule en liesse les accueille &#224; la sortie de la maison d'arr&#234;t de Luynes. Ceux de Carrefour sont l&#224;, mais aussi ceux de Nestl&#233;, et les ch&#244;meurs d'AC. Un Momo en verve embrasse Christel et Florence, ses copines caissi&#232;res (&#171; &lt;i&gt;De vraies lionnes !&lt;/i&gt; &#187;), en larmes : &#171; &lt;i&gt;Mes compagnons de cellule se moquaient de moi. Ils disaient que tant qu'&#224; risquer la taule, j'aurais mieux fait de braquer une banque !&lt;/i&gt; &#187; Mais il reste mis &#224; pied. La gr&#232;ve et les pourparlers continuent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, jeudi 28 au soir, la direction aux abois c&#232;de : pour la premi&#232;re fois en 28 ans, le magasin a d&#251; fermer ses portes faute de stock. Un protocole est sign&#233; : des modalit&#233;s de r&#233;cup&#233;ration des heures de gr&#232;ve sont &#233;tablies, Momo est r&#233;int&#233;gr&#233; &#224; son poste et, en cas de condamnation en appel, on n&#233;gociera son transfert sur un poste compatible avec un casier judiciaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 29, la reprise du travail est vot&#233;e, mais on dirait que la tenace dignit&#233; de ceux du Merlan est contagieuse : fin octobre, les salari&#233;s du Carrefour de N&#238;mes se mettent en gr&#232;ve pendant deux jours pour protester contre les abus de l'encadrement.&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Avec Carrefour, la justice &#171; positive &#187;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_3168 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L207xH200/-1387-44e43.jpg?1782641968' width='207' height='200' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 19 avril 2004, Florent, employ&#233; au rayon surgel&#233;s du Carrefour-Le Merlan, est intercept&#233; &#224; la sortie des caisses avec un lot de produits d&#233;class&#233;s qu'il vient de payer moiti&#233; prix, pratique habituelle dans l'entreprise. Le vigile pr&#233;tend que Florent a vol&#233; ces marchandises, et le conduit dans le bureau du chef de la s&#233;curit&#233;. Cinq cadres sont pr&#233;sents et, pendant trois quarts d'heure, vont le retenir jusqu'&#224; ce qu'il signe une reconnaissance de vol. Carrefour porte plainte et le licencie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Florent raconte les faits &#224; Mohamed Bedhouche, d&#233;l&#233;gu&#233; CGT : l'accusation abusive, la s&#233;questration dans le bureau, les pressions exerc&#233;es, l'extorsion de signature, le licenciement. Comme son mandat l'exige, Mohamed pr&#233;pare la d&#233;fense du salari&#233;. Il rassemble des t&#233;moignages prouvant que la pratique de r&#233;duction de prix sur des produits d&#233;class&#233;s est courante, en accord avec les directions successives. En outre, plusieurs salari&#233;s affirment que l'adjoint de s&#233;curit&#233; impliqu&#233; a trouv&#233; l&#224; pr&#233;texte &#224; se venger d'un conflit d'ordre personnel qui l'opposait &#224; Florent. Mohamed et le p&#232;re de Florent rencontrent un agent de s&#233;curit&#233; qui a &#233;t&#233; t&#233;moin des pressions exerc&#233;es sur le jeune employ&#233;. Ils lui demandent de rapporter au tribunal &#171; &lt;i&gt;toute la v&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; &#187; sur ce qui s'est pass&#233;. La direction, inform&#233;e de ce bref &#233;change par une cam&#233;ra de vid&#233;osurveillance, fait pression sur ce vigile en CDD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 octobre, la CGT recueille pr&#232;s de 50 % des suffrages lors des &#233;lections professionnelles. Le 11, escort&#233; par deux cadres, l'agent de s&#233;curit&#233; porte plainte contre le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical. Dans l'apr&#232;s-midi, Mohamed et le p&#232;re de Florent sont convoqu&#233;s au commissariat, puis plac&#233;s en garde &#224; vue. Le 12 au matin, ils passent en comparution imm&#233;diate devant le tribunal correctionnel. Une avocate est commise d'office dix minutes avant l'audience. L'avocat de Carrefour demande une sanction exemplaire. Le tribunal inflige des peines sup&#233;rieures &#224; celles r&#233;clam&#233;es par le procureur et l'avocat. Momo et le p&#232;re sont condamn&#233;s pour &#171; subornation de t&#233;moins &#187; &#224; six mois de prison dont quinze jours fermes pour le premier et un mois pour le second. Plus 2 000 euros d'amende. Ils sont incarc&#233;r&#233;s le soir m&#234;me aux Baumettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que Carrefour est une entreprise mod&#232;le, champion du commerce &#233;quitable et de la &#171; lutte contre les discriminations &#187; &#8230; C'est sans doute par fid&#233;lit&#233; &#171; &lt;i&gt;&#224; son engagement social et environnemental&lt;/i&gt; &#187; que le groupe a vu ses b&#233;n&#233;fices grimper de 8,5 % cette ann&#233;e, tout en maintenant ses salari&#233;s au Smic et en multipliant les emplois-kleenex. Et c'est s&#251;rement dans le cadre du programme sign&#233; avec la F&#233;d&#233;ration internationale des Ligues des droits de l'Homme (FIDH) que le g&#233;ant d&#233;glingue son personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un rapport rendu voici quelques mois par la m&#233;decine du travail a conclu que sur 500 salari&#233;s du Carrefour Le Merlan, 322 &#233;taient victimes de surcharge mentale, c'est-&#224;-dire &#224; la limite de la d&#233;pression. Le directeur se montre tr&#232;s z&#233;l&#233; dans l'organisation de cette mise sous pression. Le 16 juin dernier, Mohamed et un autre d&#233;l&#233;gu&#233; avaient d&#233;nonc&#233; les propos qu'il tient aux salari&#233;s. Du genre : &#171; &lt;i&gt;Celui qui s'occupe des commandes dans ce rayon est une br&#234;le&lt;/i&gt; &#187; ou &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous voulez, que je me mette &#224; genoux et que je vous suce ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soucieux de recueillir sa version des faits, CQFD (Ce Qu'il Faut D&#233;graisser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les remarques que l'inspection du travail lui avait adress&#233;es &#224; l'&#233;poque ont laiss&#233; Dominique Sabadel sans voix, mais pas sans moyens. Car le directeur n'est pas tout seul dans sa lutte contre Momo-le-perturbateur : en condamnant le d&#233;l&#233;gu&#233; syndical, la justice a r&#233;pondu &#171; positivement &#187; aux diktats de la multinationale. Il faut croire que c'est une habitude.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En janvier 2002, un juge d'instruction, la gendarmerie, l'administration fiscale, les services de la r&#233;pression des fraudes et l'inspection du travail avaient caus&#233; quelques ennuis &#224; Dominique Sabadel, qui &#233;tait alors directeur du Carrefour de Perpignan. L'information d&#233;livr&#233;e par le procureur de la R&#233;publique &#233;voquait un d&#233;tournement abusif de personnels externes pour des t&#226;ches non pr&#233;vues contractuellement. Mais les infractions constat&#233;es &#224; cette &#233;poque n'ont, pour l'heure, entra&#238;n&#233; aucune poursuite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soucieux de recueillir sa version des faits, CQFD (Ce Qu'il Faut D&#233;graisser et D&#233;localiser) a tent&#233; de joindre M. Sabadel par t&#233;l&#233;phone, mais n'a obtenu pour toute r&#233;ponse, dans le lointain, et &#224; travers le filtre d'un de ses collaborateurs, qu'un grognement exc&#233;d&#233; et r&#233;probateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Extorsion de regrets</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Extorsion-de-regrets</link>
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		<dc:date>2004-12-20T11:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;En dix-huit ans de prison, c'est toujours la m&#234;me question qui revient sur les l&#232;vres de l'ordre carc&#233;ral : &#171; Regrettez-vous ? &#187; Sans repentir, pas de lib&#233;ration conditionnelle. Sans soumission &#224; leur chantage, pas d'espoir que les portes s'entrouvrent. Mais cette extorsion ne vise qu'une cat&#233;gorie de taulards bien sp&#233;cifique. Fresnes, 2e division Nord, 1er &#233;tage. Voil&#224; d&#233;j&#224; cinq mois que l'administration me bloque dans les maisons d'arr&#234;t de la r&#233;gion parisienne. Et aucune nouvelle d'un (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no17-novembre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;17 (novembre 2004)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En dix-huit ans de prison, c'est toujours la m&#234;me question qui revient sur les l&#232;vres de l'ordre carc&#233;ral : &lt;i&gt;&#171; Regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; Sans repentir, pas de lib&#233;ration conditionnelle. Sans soumission &#224; leur chantage, pas d'espoir que les portes s'entrouvrent. Mais cette extorsion ne vise qu'une cat&#233;gorie de taulards bien sp&#233;cifique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Fresnes, 2e division Nord, 1er &#233;tage. Voil&#224; d&#233;j&#224; cinq mois que l'administration me bloque dans les maisons d'arr&#234;t de la r&#233;gion parisienne. Et aucune nouvelle d'un &#233;ventuel transfert vers un centre pour peine. Au moins ce s&#233;jour m'aura permis de constater une fois encore combien, &#224; l'&#233;poque du n&#233;o-conservatisme triomphant, la d&#233;tention des prisonniers politiques repose sur deux piliers fondamentaux : la s&#233;curit&#233; militaris&#233;e et l'incessante exigence de repentir. Pour la premi&#232;re, ils ont leurs escadrons de cagoul&#233;s et les fusils des miradors. Pour la seconde, la r&#232;gle a d&#233;velopp&#233; ses ordres s&#233;culiers : assistantes sociales, juges d'application des peines (JAP), directeurs, journalistes judiciaires et bons pensants. &#192; peine me croisent-ils que la question leur br&#251;le les l&#232;vres : &lt;i&gt;&#171; Regrettez-vous ?&#8230; Monsieur Rouillan, si vous exprimez des regrets, votre demande de conditionnelle sera examin&#233;e d'un tout autre &#339;il&#8230; &#187;&lt;/i&gt; &#192; chaque instant, malgr&#233; les ans, l'interrogation revient sur le tapis. Leur morale instaure le chantage permanent (&#224; sa suite pointent les repr&#233;sailles du prochain transfert, celles des conditions de d&#233;tention et la lib&#233;ration repouss&#233;e) et proscrit tout questionnement sur le questionnement lui- m&#234;me. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, je gardais une position de principe, la m&#234;me r&#233;ponse qu'aux juges et autres cond&#233;s. Invariablement : &lt;i&gt;&#171; Je refuse de r&#233;pondre &#224; la question. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car qu'est-ce que c'est que cette notion tyrannique, si ce n'est une contrition jud&#233;o-chr&#233;tienne ? Bien &#233;videmment, le &lt;i&gt;&#171; regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; ne s'adresse pas aux auteurs des actes les plus graves, mais bien &#224; ceux qui ont lutt&#233; contre le syst&#232;me. Imaginez-vous Mitterrand exiger des regrets des g&#233;n&#233;raux putschistes alg&#233;rois avant de les amnistier ? Avez-vous entendu parler d'un juge ou d'un journaliste ayant os&#233; poser la question &#224; Papon et &#224; Aussaresse, sinon aux tueurs de l'OAS ? Ou aux cadres de Luchaires et de Giat ayant approvisionn&#233; en mat&#233;riels de guerre et fus&#233;es de feu d'artifice les massacres de la guerre Irak/Iran ? Jamais ! Et aux dirigeants de Protec ayant livr&#233; cl&#233;s en main une usine de gaz chimique &#224; Saddam Hussein ? Pas plus ! Non, aujourd'hui, il faut se repentir de s'&#234;tre oppos&#233; et demander gr&#226;ce pour s'&#234;tre rebell&#233;. L'apoth&#233;ose r&#233;actionnaire est telle qu'apr&#232;s deux d&#233;cennies de prison - et quelle prison : isolement total, restrictions en tout genre, violences&#8230; - ils aimeraient en sus une mortification publique, tenue en laisse, la t&#234;te couverte de cendres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Socialo ou carr&#233;ment de droite, ce n'est pas un probl&#232;me de camp politique. En effet, la semaine o&#249; ils m'ont pos&#233; la question pour la &#233;ni&#232;me fois, &#224; Madrid est apparue une pol&#233;mique &#224; peine n&#233;e que d&#233;j&#224; &#233;touff&#233;e. Le gouvernement de Zapatero a invit&#233; des v&#233;t&#233;rans de la Division Azul &#224; d&#233;filer le jour de la f&#234;te nationale, qu'ils consid&#232;rent comme le jour de la &lt;i&gt;&#171; c&#233;l&#233;bration de la race &#187;&lt;/i&gt; (blanche). Pour les plus jeunes, je rappellerai qu'il s'agit des volontaires fascistes engag&#233;s dans les SS pour combattre sur le front de l'Est. Ils furent responsables de massacres non seulement sur le champ de bataille, mais aussi de retour au pays dans les pelotons de fusilleurs d'opposants. Leur a-t-on demand&#233; s'ils regrettaient avant d'affirmer qu'une page &#233;tait tourn&#233;e et que jamais il n'y aurait de d&#233;nazification de l'Espagne ?&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Durant les vingt ans o&#249; ils ont dirig&#233; la mairie de Madrid, les socialistes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Il est clair que la page se tourne, mais toujours au profit des m&#234;mes. Car pour &#234;tre reconnus, les combattants anti-franquistes doivent montrer patte blanche. La mode de l'&#233;poque est &#224; la rouverture de proc&#232;s tendant &#224; d&#233;montrer leur innocence&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple, le proc&#232;s de Puig Antich, dernier garrott&#233; de l'&#233;poque (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle mascarade pitoyable ! Et dire que des communistes et des anarchistes collaborent &#224; ces caricatures judiciaires, laissant aux juges, souvent des anciens fascistes ou format&#233;s au n&#233;o-franquisme, le soin de trancher la question. Ces camarades trahissent l'engagement de ceux qu'ils pr&#233;tendent d&#233;fendre. Qui sont les vrais coupables ? Ceux qui ont combattu le fascisme &#224; la vie &#224; la mort ou ceux qui les ont froidement assassin&#233;s, les juges militaires, les policiers, les bourreaux, les responsables du parti unique ? Mais peut-&#234;tre ces histoires sont-elles trop anciennes pour les jeunes d'aujourd'hui ? Qu'importe, car les exemples ne manquent pas. Les m&#234;mes socialistes espagnols montrent qu'ils ne regrettent rien de leur implication dans la cr&#233;ation des escadrons de la mort des GAL ayant sur le seul territoire de l'&#201;tat fran&#231;ais caus&#233; la mort de vingt-trois militants et habitants du pays basque. Justement, cette affaire date de l'&#233;poque des faits qu'on nous reproche. Au mois d'octobre dernier, apr&#232;s seulement six ans, le gouvernement a lib&#233;r&#233; le g&#233;n&#233;ral Galindo, pourtant condamn&#233; &#224; soixante-quinze ans de r&#233;clusion. Pensez-vous qu'on ait demand&#233; &#224; ce Garde Civil s'il regrettait d'avoir enlev&#233; deux r&#233;fugi&#233;s &#224; Bayonne, de les avoir conduits dans une caserne d&#233;saffect&#233;e, de les avoir sauvagement tortur&#233;s des jours et des nuits jusqu'&#224; ce que mort s'ensuive, et de les avoir enterr&#233;s en catimini sous la chaux vive &#224; mille kilom&#232;tres de l&#224; ? Comme les faits de rapt suivi d'assassinat se sont d&#233;roul&#233;s en France, que des complices impliqu&#233;s dans les dossiers sont toujours en poste dans la police fran&#231;aise, &#224; quoi bon s'interroger si quelqu'un lui a demand&#233; &lt;i&gt;&#171; regrettez-vous ? &#187;&lt;/i&gt; Bien s&#251;r que non ! La question ne viendrait pas &#224; l'esprit d'un juge ou d'un journaliste ou de quiconque d'honn&#234;te, bon catholique et respectueux des lois. Parce que, comme il se doit, la mise en avant des credo apostoliques remet &#224; l'usage quotidien les pires tartuferies. Et chaque fois que les repr&#233;sentants de l'ordre moral, religieux, judiciaire, militaire et policier exigent de moi cette repentance, je comprends que le pourquoi ayant motiv&#233; ma lutte depuis le combat contre Franco demeure d'actualit&#233;. Pourtant, ne croyez point que je ne regrette rien. Apr&#232;s dix-huit ans de prison, je regrette par exemple les parfums d'une for&#234;t de pins apr&#232;s la pluie d'orage, les rues d&#233;sertes &#224; certaines heures crues de la nuit, les rires des camarades, ceux qui n'en reviendront plus et qui ne quittent jamais nos souvenirs, les cavalcades insurg&#233;es sous les grenades lacrymog&#232;nes et les balles sifflantes comme des gu&#234;pes&#8230; Enfin, pour vous dire que je regrette mille choses.Et d&#233;cid&#233;ment, &lt;i&gt;&#171; on peut regretter les meilleurs temps mais non fuir aux pr&#233;sents &#187;&lt;/i&gt;. Ce n'est pas de moi mais de Montaigne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Durant les vingt ans o&#249; ils ont dirig&#233; la mairie de Madrid, les socialistes du PSOE n'ont pas d&#233;baptis&#233; la rue de la Division Azul ni les autres rues portant un nom tir&#233; du panth&#233;on fasciste. Comme a dit un ministre, s'il fallait jeter dehors tous les fascistes et ceux qui ont collabor&#233; avec le fascisme, il ne resterait pas grand monde dans le pays. Je lui donne raison l&#224; dessus. Mais le cas &#233;tait identique en Allemagne, cela a-t-il emp&#234;ch&#233; la tenue du proc&#232;s de Nuremberg ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par exemple, le proc&#232;s de Puig Antich, dernier garrott&#233; de l'&#233;poque franquiste en mars 74, sera rouvert prochainement, comme celui de Delgado y Granado, militants anarchistes assassin&#233;s dix ans plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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