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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Picolo pro</title>
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		<dc:date>2008-10-13T07:32:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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&lt;p&gt;PARFOIS, J'AI L'IMPRESSION d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un ethnologue qui enqu&#234;te sur le monde ouvrier. &#192; l'usine ou lors de mes d&#233;placements, les gens viennent me raconter les anecdotes marrantes, les coll&#232;gues bizarres. C'est quand m&#234;me plus parlant que de raconter les histoires des h&#233;ros ou des saints de la classe ouvri&#232;re ! Celui dont il va &#234;tre question travaillait &#224; l'usine et c'est un copain, Alain, qui l'a &#233;voqu&#233;. Je l'avais compl&#232;tement oubli&#233;, pourtant il fait partie des derniers &#224; avoir (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;PARFOIS, J'AI L'IMPRESSION d'&#234;tre consid&#233;r&#233; comme un ethnologue qui enqu&#234;te sur le monde ouvrier. &#192; l'usine ou lors de mes d&#233;placements, les gens viennent me raconter les anecdotes marrantes, les coll&#232;gues bizarres. C'est quand m&#234;me plus parlant que de raconter les histoires des h&#233;ros ou des saints de la classe ouvri&#232;re ! Celui dont il va &#234;tre question travaillait &#224; l'usine et c'est un copain, Alain, qui l'a &#233;voqu&#233;. Je l'avais compl&#232;tement oubli&#233;, pourtant il fait partie des derniers &#224; avoir &#233;t&#233; licenci&#233;s pour cause d'&#233;bri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis &#233;tait du genre costaud : 1,90 m&#232;tres, 120 kilos. Pourtant, comme me le r&#233;p&#233;tait Alain, il &#233;tait doux comme un agneau, enfin&#8230; avant de boire. Apr&#232;s la L&#233;gion dans sa jeunesse, il s'&#233;tait recycl&#233; dans un petit &#233;levage de poulets qui n'&#233;tait pas suffisant pour faire vivre sa famille. Donc, en compl&#233;ment, il travaillait aux exp&#233;ditions de l'usine. Un travail de force pour charger les sacs d'engrais. Lors de la pause casse-cro&#251;te, sa gamelle ne changeait jamais :un poulet r&#244;ti accompagn&#233; d'un litron de rouge. Comme il venait en mobylette de sa campagne, il a commenc&#233; &#224; se faire livrer ses bouteilles de vin dans un ancien transformateur &#233;lectrique dont il &#233;tait seul &#224; d&#233;tenir les cl&#233;s, situ&#233; &#224; l'autre bout de l'usine . Donc, avant la pause, il se rendait &#224; sa &#171; cave &#187; pour ramener des munitions. De temps &#224; autre, il devait s'engueuler avec les gardiens pour justifier ses d&#233;placements dans l'usine.
Apr&#232;s son repas, Jean-Louis n'&#233;tait plus le m&#234;me, devenait irascible et, question boulot, n'&#233;tait plus au top. Il faisait tomber des palettes de sacs d'engrais, r&#233;pandait du produit, &#233;ventrait du mat&#233;riel, etc. Il fut m&#234;me l'un des seuls &#224; faire un tonneau avec son chariot &#233;l&#233;vateur. La plupart du temps, les copains le couvraient, mais, certaines fois, c'&#233;tait plus compliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y avait pas qu'&#224; l'usine qu'il picolait. Il eut m&#234;me droit &#224; un sermon de la part du cur&#233; du village, lors de la messe. La femme de Jean-Louis, tr&#232;s pieuse, revint en pleurs de l'&#233;glise.Jean-Louis se vengea le dimanche suivant, en d&#233;versant un tombereau de fumier devant l'&#233;glise, avant la messe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jean-Louis eut m&#234;me les honneurs de la presse r&#233;gionale : une ann&#233;e, avec les primes et les heures sup qu'il faisait, il s'acheta une caravane pour se payer des vacances comme tout le monde. Le probl&#232;me c'est qu'il n'avait pas le permis de conduire. Ni une, ni deux, il tira la caravane avec son tracteur.Il fut arr&#234;t&#233; sur l'autoroute au bout d'une cinquantaine de kilom&#232;tres. L'action qui entra&#238;na son licenciement ne fut pas une action d'&#233;clat, &#233;videmment. 21 heures, Jean-Louis sort de l'atelier compl&#232;tement bourr&#233;. Et m&#234;me un peu plus que d'habitude. Il ne trouve pas sa mobylette qu'il est certain d'avoir gar&#233; &#224; la m&#234;me place que d'habitude.Il cherche partout, mais ne trouve rien. Il alerte le gardien qui, connaissant l'individu, ne veut rien faire. Sans surprise, Jean-Louis entre dans une col&#232;re &#233;norme et menace le gardien. Celui-ci ne se d&#233;monte pas et sachant que le directeur est exceptionnellement encore pr&#233;sent sur l'usine, propose &#224; Jean-Louis de l'appeler.
Le dirlo se pointe quelques minutes plus tard avec son adjoint. Les voyant arriver, Jean-Louis fait dans la d&#233;mesure. Il la joue ogre avin&#233; et attrape aussit&#244;t le directeur par le colback. &lt;i&gt;&#171; C'est toi qui m'a vol&#233; ma mob. Tu t'en fous toi, que je rentre &#224; pied. Rends-moi ma mob. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussit&#244;t le gardien, auquel s'est joint un pompier alert&#233; par les cris, se jette sur Jean-Louis et le ceinture. Il est vite ma&#238;tris&#233;. Le patron s'&#233;poussette et ne dit rien. C'est le surlendemain que Jean-Louis re&#231;oit une lettre lui annon&#231;ant son licenciement. Depuis, il n'a plus jamais travaill&#233; en usine. Il s'occupe seulement de sa petite ferme. Sa femme, pour faire l'appoint, a travaill&#233; comme femme de m&#233;nage chez un riche propri&#233;taire du coin, puis elle est partie. Aujourd'hui Jean-Louis s'occupe juste de ses poulets et de ses litres de rouge.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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