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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Retourner au charbon</title>
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		<dc:date>2022-09-30T11:14:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yz&#233; Volupt&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>Nijelle Botainne </dc:subject>
		<dc:subject>Putain de chronique</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Escort, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe, elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique. C'est la fin de l'&#233;t&#233;. La rentr&#233;e approche. Je n'ai pas taff&#233; depuis le mois de juin et, comme toujours &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nijelle-Botainne" rel="tag"&gt;Nijelle Botainne &lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Putain-de-chronique" rel="tag"&gt;Putain de chronique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Escort, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe, elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4731 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_nijel.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH659/cqfd_212_nijel-6cecd.jpg?1779696454' width='500' height='659' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Nijelle Botainne
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin de l'&#233;t&#233;. La rentr&#233;e approche. Je n'ai pas taff&#233; depuis le mois de juin et, comme toujours &#224; l'id&#233;e de reprendre, j'angoisse un peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que j'ai d&#233;m&#233;nag&#233;. Une nouvelle ville, &#231;a veut dire chercher de nouveaux clients. Je d&#233;teste me vendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est tellement sur le march&#233; ici, plusieurs centaines sur les sites d'escorts o&#249; j'ai l'habitude de travailler. Avant de d&#233;m&#233;nager, j'avais la chance de m'&#234;tre constitu&#233; un cercle de r&#233;guliers avec qui le boulot &#233;tait int&#233;ressant, et que je voyais assez fr&#233;quemment pour ne pas devoir compter sur de nouvelles rencontres. L&#224;, il va falloir tout reprendre &#224; z&#233;ro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La flemme de tous ces types qui vont sauter sur l'occasion de harceler une nouvelle arrivante &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il para&#238;trait qu'il me faudrait choisir entre f&#233;minin et masculin. Je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Les nouvelles annonces, &#231;a attire les connards. Un concentr&#233; de masculinit&#233; toxique, d&#233;concertante de m&#233;diocrit&#233;. Tout un tas de fantasmeurs qui posent des milliards de questions mais n'ont pas tellement l'intention de devenir un jour pour de vrai des clients. Certains sont pourtant assez bons pour me faire douter. Apr&#232;s tout, je consid&#232;re que &#231;a fait partie de mon taf de fournir des garanties de professionnalisme, surtout dans le cadre d'un service aussi on&#233;reux. Pour 250 euros de l'heure, autant s'assurer que je suis la pute qui te convient. Moi aussi, quand je cherche un th&#233;rapeute, je veux entendre sa voix, et je scrute son profil &#224; la recherche de signes qui me mettraient la puce &#224; l'oreille. Mais je n'abuse pas de son temps. Je n'attends pas qu'on r&#233;ponde &#224; des dizaines de SMS, qu'on passe 45 minutes avec moi au t&#233;l&#233;phone, qu'on me donne un avant-go&#251;t gratuitement. Je me fie &#224; mon intuition, je prends le risque de payer pour un service qui ne me convient pas. C'est incroyable comme le simple fait de se poser en client potentiel leur fait croire qu'ils ont des droits sur mon temps. Pour moi, c'est un truc de mec cis &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui se reconna&#238;t dans le genre qu'on lui a attribu&#233; &#224; la naissance. Dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#231;a. Je veux, &#173;j'exige, j'ordonne. &#199;a ne leur viendrait m&#234;me pas &#224; l'esprit que j'ai autre chose &#224; faire que de les attendre &#233;tendue sur mon lit en d&#233;shabill&#233; de soie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas le pire dans les nouvelles rencontres. Derri&#232;re chaque num&#233;ro inconnu peut se cacher un type qui esp&#232;re d&#233;celer dans ma voix ce qu'il prendra pour un signe de faiblesse. M'identifier comme une potentielle victime avec laquelle on pourrait n&#233;gocier, voire pire, ne pas payer ; voire pire, se servir. Certains manquent tellement de finesse qu'avec l'exp&#233;rience je les rep&#232;re rapidement. Ceux qui m'insultent &#224; la premi&#232;re limite que je pose, qui ne supportent pas la moindre contrari&#233;t&#233;. Ceux qui me disent texto que je n'ai rien &#224; demander parce qu'une pute &#231;a se baise salement et sans respect. Juste parce que je leur ai rappel&#233; que la moindre des choses c'&#233;tait de dire bonjour, avant de demander si je fais de l'anal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exp&#233;rience ne suffit pas &#224; se prot&#233;ger. Il y a quelques mois, j'ai d&#251; mettre un type &#224; la porte parce qu'il a d&#233;barqu&#233; avec moins de la moiti&#233; du prix. Il &#233;tait grand, il avait des yeux rouges de gros fumeur de joints, il pesait le double de mon poids. J'ai eu beaucoup de chance. Je ne sais pas de quoi il aurait &#233;t&#233; capable si j'avais accept&#233; de lui faire une s&#233;ance moins longue pour le montant qu'il proposait. &#199;a m'a travers&#233; l'esprit. Mais j'ai choisi de lui dire de remettre ce pantalon qui n'avait rien &#224; foutre par terre alors qu'on ne s'&#233;tait m&#234;me pas pr&#233;sent&#233;s, qu'il garde sa thune, et qu'il se casse. Pendant les quinze ou vingt minutes qu'il m'a fallu pour le faire sortir, il me r&#233;p&#233;tait qu'il ne comprenait pas pourquoi je le prenais mal. &#171; &lt;i&gt;Une pute c'est pas fait pour le respect, une pute &#231;a accepte l'argent. C'est bien ce que je te donne.&lt;/i&gt; &#187; Vingt minutes interminables pendant lesquelles je passais en revue mes options : appeler le voisinage &#224; la rescousse, c'&#233;tait risquer que le copain qui me pr&#234;te son appart' finisse inculp&#233; pour prox&#233;n&#233;tisme. Le couloir est &#233;troit, s'il faut se battre on va faire des d&#233;g&#226;ts et le tapage risque d'attirer les voisins. Mon seul avantage, c'&#233;tait que le p&#233;tard l'avait ramolli. Mais &#224; part l'assommer et le tra&#238;ner jusqu'&#224; l'ascenseur, ce qui n'est ni simple ni discret, je ne voyais pas comment obliger ce type &#224; partir&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai serr&#233; les dents jusqu'&#224; ce qu'il s'en aille. J'ai eu tr&#232;s peur qu'il revienne les jours d'apr&#232;s. Je n'ose plus aller travailler chez ce copain qui me pr&#234;tait si gentiment son appartement. Heureusement, d&#232;s le lendemain, j'ai remis le pied &#224; l'&#233;trier chez un de mes habitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne peux pas me permettre d'&#234;tre traumatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Courage &#224; toutes et &#224; tous pour la rentr&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;c&#233;dentes &#034;Putain de chroniques&#034; : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-ne-suis-pas-la-pute-que-vous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je ne suis pas la pute que vous croyez &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sale-pute' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sale pute ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Hommage-a-nos-clandestinites' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Hommage &#224; nos clandestinit&#233;s &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Therapute' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Th&#233;rapute&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Pornoscopie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pornoscopie&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Si-meme-les-feministes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Si m&#234;me les f&#233;ministes&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#7&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Aimer-une-putain&#034;&gt;Aimer une putain&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#8&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Not-all-men' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Not all men&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#9&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Entre-mes-lignes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Entre mes lignes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il para&#238;trait qu'il me faudrait choisir entre f&#233;minin et masculin. Je r&#233;ponds que je suis les deux et que &#231;a change chaque jour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui se reconna&#238;t dans le genre qu'on lui a attribu&#233; &#224; la naissance. Dans le lexique f&#233;ministe, souvent synonyme d'&#233;go&#239;ste, narcissique, violent, grossier, bruyant, misogyne, et j'en passe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mauvaise mine</title>
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		<dc:date>2022-09-30T11:14:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Thibaut Gauthier</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;En pleine ru&#233;e mondiale sur le lithium, un &#233;norme projet de mine menace la petite ville de C&#225;ceres (Espagne). Enterr&#233; d&#233;but 2021 sous la pression d'une ample mobilisation populaire, le projet ressurgit aujourd'hui, greenwash&#233; bien comme il faut. &#192; moins de deux kilom&#232;tres de C&#225;ceres, capitale de province de la r&#233;gion espagnole de l'Estr&#233;madure, &#224; l'ouest du pays, la sierra de la Mosca est un lieu de vill&#233;giature et de promenade pris&#233; des habitants et des milans qui y planent. Malgr&#233; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lithium" rel="tag"&gt;Lithium&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/region-espagnole" rel="tag"&gt;r&#233;gion espagnole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/promenade-prise" rel="tag"&gt;promenade pris&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mine-souterraine" rel="tag"&gt;mine souterraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Santiago-Marquez" rel="tag"&gt;Santiago M&#225;rquez&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Salvemos" rel="tag"&gt;Salvemos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une-mine" rel="tag"&gt;d'une mine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En pleine ru&#233;e mondiale sur le lithium, un &#233;norme projet de mine menace la petite ville de C&#225;ceres (Espagne). Enterr&#233; d&#233;but 2021 sous la pression d'une ample mobilisation populaire, le projet ressurgit aujourd'hui, &lt;i&gt;greenwash&#233;&lt;/i&gt; bien comme il faut.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4732 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_llmars_lithium-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH675/cqfd_212_llmars_lithium-2-6cfce.jpg?1779696455' width='500' height='675' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de L.L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#192;&lt;/span&gt; moins de deux kilom&#232;tres de C&#225;ceres, capitale de province de la r&#233;gion espagnole de l'Estr&#233;madure, &#224; l'ouest du pays, la sierra de la Mosca est un lieu de vill&#233;giature et de promenade pris&#233; des habitants et des milans qui y planent. Malgr&#233; une activit&#233; touristique prosp&#232;re (le centre-ville, class&#233; &#224; l'Unesco, a servi de lieu de tournage de la s&#233;rie &lt;i&gt;Game of Thrones&lt;/i&gt;) contrastant avec un climat social sinistr&#233;, la menace p&#232;se sur ce massif de montagne moyenne &#224; la flore et la faune m&#233;diterran&#233;ennes. &#171; &lt;i&gt;L'enfer !&lt;/i&gt; &#187; s'exclame Santiago M&#225;rquez, porte-parole de la plateforme Salvemos la monta&#241;a (Sauvons la montagne) : le mot s'impose, en effet, pour d&#233;crire le projet de mine souterraine de l'entreprise australienne Infinity Lithium. Dans la sierra de la Mosca comme au Portugal voisin, en Serbie ou en Am&#233;rique latine, la ru&#233;e actuelle vers le lithium motive les pires &#233;cocides &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt;. Des tunnels plus larges qu'une autoroute, des camions de huit m&#232;tres de haut pour charrier la terre extraite des cavit&#233;s adoss&#233;es au tunnel principal, et creus&#233;es par des machines t&#233;l&#233;guid&#233;es afin de limiter les risques en cas d'&#233;boulement... Ce n'est pas de son imagination que Santiago tire ce sc&#233;nario de film d'horreur post-apocalyptique, mais des documents publi&#233;s par l'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, l'enfer de la mine, Salvemos la monta&#241;a pensait en &#234;tre sortie. Au printemps 2021, le gouvernement de l'Estr&#233;madure a en effet refus&#233; de d&#233;livrer le permis n&#233;cessaire aux premiers sondages sur le terrain o&#249; doit &#234;tre creus&#233;e la mine. &#192; la suite de cette d&#233;cision, Infinity Lithium a d&#233;viss&#233; en bourse : l'action a perdu pr&#232;s des deux tiers de sa valeur en deux jours, obligeant l'entreprise &#224; suspendre sa cotation. La victoire m&#233;rit&#233;e, mais provisoire, d'une mobilisation puissante et bien organis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enterr&#233;e, la mine&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout commence en 2016. En catimini. Les permis d'exploration de la mine sont d&#233;livr&#233;s mais pas publi&#233;s officiellement comme le veut la loi. Les g&#233;ologues mandat&#233;s par l'entreprise commencent leurs relev&#233;s de surface pr&#232;s de l'ancienne mine de Valdeflores, en plein c&#339;ur de la sierra. Des chemins sont ouverts pour permettre le passage des machines. La rumeur enfle. Renseignements pris, elle se fait sir&#232;ne d'alarme : une entreprise australienne, Infinity Lithium, pr&#233;voit de creuser une mine de lithium &#224; ciel ouvert d'au moins 400 hectares, impliquant la destruction pure et simple d'une grande partie de la sierra. Par ailleurs, le lithium n'&#233;tant pr&#233;sent que de mani&#232;re r&#233;siduelle dans le sol, la mine ne suit pas un filon : toute la terre est charg&#233;e vers une usine de traitement o&#249; le lithium (et d'autres minerais s'il y a) est s&#233;par&#233; de la terre dite st&#233;rile. Au programme : des nuages de poussi&#232;re mena&#231;ant d'engloutir l'h&#244;pital, l'universit&#233; et le centre-ville. En outre, le traitement de lithium &#233;tant gourmand en eau (environ deux millions de litres d'eau pour une tonne de lithium raffin&#233;e), sans l&#233;gislation contraignante, l'aquif&#232;re du Calizero, essentiel pour l'&#233;cosyst&#232;me de la montagne, pourrait &#234;tre utilis&#233; par l'entreprise, entra&#238;nant un risque de s&#233;cheresse et de contamination. Autre source d'inqui&#233;tude : le code minier, datant de la dictature franquiste, permet &#224; l'autorit&#233; publique d'exproprier les habitants au profit d'une entreprise priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au programme : des nuages de poussi&#232;re mena&#231;ant d'engloutir l'h&#244;pital, l'universit&#233; et le centre-ville.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Fin 2016, d&#233;but 2017, la voie semble donc libre pour les bulldozers et les tractopelles. C'&#233;tait sans compter Salvemos la monta&#241;a. Le collectif se forme &#224; la suite des premi&#232;res r&#233;unions publiques sur la mine, &#224; l'initiative de militants de Podemos &#8211; ils se sont d&#233;sormais retir&#233;s afin que la plateforme ne soit pas associ&#233;e &#224; une formation politique dans l'esprit des gens. Le collectif se donne trois missions : sensibiliser la population sur les risques de la mine, faire pression sur les politiques et activer tous les recours judiciaires possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2017, la plateforme organise des manifestations, des actions de sensibilisation, notamment au moyen de tr&#232;s nombreuses pancartes &#171; &lt;i&gt; No a la mina &lt;/i&gt; &#187; accroch&#233;es aux vitrines, pare-brise et fen&#234;tres tout en menant un combat judiciaire. Cette mobilisation porte ses fruits. En mars 2021, en plein confinement, une vingtaine de militants partent &#224; pied pour la capitale r&#233;gionale, M&#233;rida, &#224; 70 km. Tout au long de leur marche, ils rencontrent un vaste &#233;lan de solidarit&#233;, largement relay&#233; dans les m&#233;dias et surtout sur les r&#233;seaux sociaux. &#192; leur arriv&#233;e, les militants sont re&#231;us par le gouvernement de l'Estr&#233;madure qui les snobait jusque-l&#224; et se montre soudain acquis &#224; leur cause. Dans la foul&#233;e, les autorit&#233;s d&#233;clarent irrecevable le permis d'exploration. Le projet de mine &#224; ciel ouvert est enterr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Greenwashing en r&#232;gle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais que seraient des capitalistes qui renonceraient &#224; une source de profit ? Infinity Lithium joue la revanche. Dans sa manche, l'atout ma&#238;tre du &#173;&lt;i&gt;greenwashing.&lt;/i&gt; Son nouveau projet : une mine souterraine, histoire de pr&#233;server un peu le paysage. Heureux coup du sort, le cours du carbonate de lithium a explos&#233;, passant de 6 430 euros la tonne en janvier 2021 &#224; pr&#232;s de 70 000 euros courant 2022 ; un projet aussi dantesque qu'une mine souterraine devient donc rentable. Dans le contexte des plans de relance europ&#233;ens, avec leurs g&#233;n&#233;reuses subventions &#224; la transition pseudo-verte et la fin des moteurs thermiques annonc&#233;e pour 2035, ainsi que la guerre en Ukraine qui contraint l'Europe &#224; r&#233;organiser ses approvisionnements en &#233;nergies, le rapport de forces conquis de haute lutte en 2021 n'est d&#233;j&#224; plus d'actualit&#233;. Sur C&#225;ceres les milans planent et le risque d'une mine aussi.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Thibaut Gauthier&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;strong&gt;Passion lithium&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Portugal, Espagne, Serbie&#8230; depuis quelques ann&#233;es, les projets de mines de lithium s'accumulent, dans une tentative europ&#233;enne d&#233;sesp&#233;r&#233;e de faire pi&#232;ce aux principaux producteurs mondiaux que sont l'Australie (49 %), le Chili (22 %) et la Chine (17 %). C'est que ce m&#233;tal gris&#226;tre, mou et l&#233;ger, est ce qu'on a trouv&#233; &#224; ce jour de mieux pour confectionner les piles et batteries qui font marcher t&#233;l&#233;phones et ordinateurs portables, v&#233;los et scooters &#233;lectriques, sans parler des voitures &#171; vertes &#187; en passe de remplacer les thermiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lithium n'est pas rare &#8211; pas plus, par exemple, que le plomb longtemps utilis&#233; dans les batteries &#8211; mais son usage &#233;tait rest&#233; jusque-l&#224; limit&#233; &#224; la fabrication de certaines graisses industrielles et au traitement des troubles bipolaires. Pas de quoi justifier une exploitation &#224; grande &#233;chelle. D'autant que lithium pur n'existe pas dans la nature, ce qui complique son extraction. Mais &#231;a, c'&#233;tait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le d&#233;veloppement du num&#233;rique et la &#171; transition verte &#187;, la demande a explos&#233;. On produit chaque ann&#233;e quelque 100 millions de voitures dans le monde ; si tout le parc est remplac&#233;, &#224; raison de 10 kilos minimum par moteur &#233;lectrique, &#231;a en fait du lithium. Toute une fili&#232;re mini&#232;re est donc en train de se constituer &#224; vitesse acc&#233;l&#233;r&#233;e, asticot&#233;e par le cours du pr&#233;cieux m&#233;tal qui a &#233;t&#233; multipli&#233; par presque trente (&#224; valeur constante) en vingt ans. Avec de tels cours, les gisements les plus contraignants tendent donc &#224; devenir rentables et les plus accessibles (notamment les &lt;i&gt;salares&lt;/i&gt; du triangle Chili-Bolivie-Argentine) pourraient bien redessiner la carte g&#233;opolitique des ressources naturelles. Quitte &#224; d&#233;vaster lieux de vie et &#233;cosyst&#232;mes, au profit d'une poign&#233;e d'actionnaires. &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Kamel Daoudi : enferm&#233; dehors</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233; de prison en 2008 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; condamn&#233; pour &#171; association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste &#187; islamiste, Kamel Daoudi est, depuis, assign&#233; &#224; r&#233;sidence. On a &#233;chang&#233; avec lui &#224; l'occasion de la parution de son livre Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne (&#201;ditions du bout de la ville, mai 2022). Cela fait vingt et un ans que Kamel Daoudi est enferm&#233;. D'abord, sept ans de d&#233;tention (dont quatre de pr&#233;ventive), puis quatorze &#224; l'air libre, mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pointages" rel="tag"&gt;pointages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lib&#233;r&#233; de prison en 2008 apr&#232;s avoir &#233;t&#233; condamn&#233; pour &#171; association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste &#187; islamiste, Kamel Daoudi est, depuis, assign&#233; &#224; r&#233;sidence. On a &#233;chang&#233; avec lui &#224; l'occasion de la parution de son livre &lt;i&gt;Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne&lt;/i&gt; (&#201;ditions du bout de la ville, mai 2022).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4733 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_victor_cqfdkamel1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH386/cqfd_212_victor_cqfdkamel1-21d48.jpg?1779696456' width='500' height='386' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Victor
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;ela fait vingt et un ans que Kamel Daoudi est enferm&#233;. D'abord, sept ans de d&#233;tention (dont quatre de pr&#233;ventive), puis quatorze &#224; l'air libre, mais avec interdiction de quitter une zone d&#233;limit&#233;e par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur : il est assign&#233; &#224; r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on lui reproche ? En 2001, &#171; &lt;i&gt;je me suis retrouv&#233; bien malgr&#233; moi dans l'affaire dite &#8220;du projet d'attentat contre l'ambassade des &#201;tats-Unis &#224; Paris&#8221; ou &#8220;affaire Beghal&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit-il d&#232;s les premi&#232;res pages de son livre &lt;i&gt;Je suis libre... dans le p&#233;rim&#232;tre qu'on m'assigne &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tr&#232;s actif sur les r&#233;seaux sociaux, Kamel Daoudi y trouve un peu d'ouverture (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, paru aux &#201;ditions du bout de la ville en mai dernier. &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, j'ai toujours ni&#233; un quelconque projet d'attentat&lt;/i&gt;, se d&#233;fend-t-il.&lt;i&gt; Mais &lt;/i&gt;[en 2005]&lt;i&gt; j'ai &#233;cop&#233; malgr&#233; tout de six ans de prison ferme, d'une interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais prononc&#233;s par la cour d'appel de Paris pour &#8220;association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste&#8221; et on m'a retir&#233; la nationalit&#233; fran&#231;aise acquise par naturalisation &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N&#233; en Alg&#233;rie en 1974, Kamel Daoudi est arriv&#233; en France &#224; l'&#226;ge de 5 ans.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de deux d&#233;cennies plus tard, alors qu'il a purg&#233; sa peine, l'&#201;tat fran&#231;ais ne cesse de trouver de nouvelles strat&#233;gies pour continuer &#224; le contraindre. Le 22 juin dernier, la cour d'appel de Paris &#233;tait appel&#233;e &#224; statuer sur une requ&#234;te en rel&#232;vement de son interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais, cens&#233;e &#233;valuer le sens de son assignation &#224; r&#233;sidence. Cette fois, ce sont de fantomatiques liens avec l'&#171; ultra-gauche &#187; qui lui sont reproch&#233;s &#224; l'audience : Kamel Daoudi a en effet co-sign&#233; une tribune pour la lib&#233;ration de Libre Flot (arr&#234;t&#233; en 2020 et accus&#233; d'avoir constitu&#233; sur le sol fran&#231;ais un &#171; groupe clandestin arm&#233; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet :&#171; Ce sont mes opinions politiques qu'on essaie de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;) et apport&#233; son soutien sur Twitter au m&#233;dia &lt;i&gt;Nantes r&#233;volt&#233;e&lt;/i&gt;, menac&#233; de dissolution par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire : &#171; En annon&#231;ant vouloir dissoudre Nantes r&#233;volt&#233;e, &#8220;ce gouvernement (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Kamel Daoudi, qui a pour habitude de se pr&#233;senter comme un &#171; Sisyphe des temps modernes &#187; tant sa situation r&#233;v&#232;le l'absurdit&#233; d'un syst&#232;me qui s'acharne, a bien voulu d&#233;cortiquer dans nos pages sa situation kafka&#239;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Apr&#232;s un long s&#233;jour en prison, tu as &#233;t&#233; assign&#233; &#224; r&#233;sidence. Quelle diff&#233;rence fais-tu entre ces deux r&#233;gimes de privation de libert&#233; ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; en 2001 et en six ans et neuf mois, j'ai &#233;t&#233; incarc&#233;r&#233; dans &#224; peu pr&#232;s vingt-cinq prisons diff&#233;rentes. Comme j'avais le statut de &#8220;d&#233;tenu particulier signal&#233;&#8221; (DPS), j'&#233;tais chang&#233; d'&#233;tablissement en moyenne tous les trois mois. Parfois, je restais juste quelques jours. Au total, sur toute la dur&#233;e de ma d&#233;tention, j'ai pass&#233; pas loin de quatre ans en quartier d'isolement. Sans compter qu'en 2009, j'ai &#233;t&#233; r&#233;incarc&#233;r&#233; quatre mois et demi pour &#234;tre sorti du p&#233;rim&#232;tre d'assignation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis assign&#233; &#224; r&#233;sidence depuis plus de quatorze ans. Pour moi, avec l'assignation, c'est comme si on partait du principe que je suis irr&#233;cup&#233;rable, que je ne ferai plus jamais partie de la soci&#233;t&#233;. L'institution consid&#232;re que j'en refuse les r&#232;gles et que la seule fa&#231;on de me neutraliser, c'est de me mettre hors du temps et hors de l'espace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu te souviens de la journ&#233;e du 24 avril 2008, date &#224; laquelle ton assignation a d&#233;but&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, c'est plus pr&#233;cis&#233;ment dans la nuit du 24 au 25 avril 2008. Je sors de prison le 21 avril. Puis, je suis conduit &#224; la pr&#233;fecture de Paris. On m'informe que je dois quitter le territoire. On me transf&#232;re alors au centre de r&#233;tention administrative de Vincennes (Val-de-Marne). Le projet du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur et du gouvernement fran&#231;ais, c'est de m'expulser vers l'Alg&#233;rie. Mais l&#224;-bas, je risque de refaire de la prison puisqu'un individu peut y &#234;tre condamn&#233; &#224; nouveau pour des faits pour lesquels il a d&#233;j&#224; purg&#233; une peine. L'autre risque, c'est que je subisse des traitements d&#233;gradants et inhumains, allant &#224; l'encontre de la Convention europ&#233;enne des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu de temps avant, j'avais fait une demande aupr&#232;s de la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme (CEDH) pour ne pas &#234;tre expuls&#233; vers l'Alg&#233;rie. En attendant que la Cour tranche, elle demande &#224; la France de suspendre mon expulsion. Comme on ne peut pas m'expulser, on me dit : &lt;i&gt;&#8220;Vous allez aller &#224; Aubusson dans les prochaines heures.&#8221;&lt;/i&gt; Je suis assign&#233; &#224; r&#233;sidence. J'ai &#224; peine le temps de passer chez mes parents que je me retrouve &#224; faire le trajet avec mon fr&#232;re entre la r&#233;gion parisienne et cette petite ville de la Creuse, de nuit pour arriver &#224; temps pour le premier pointage &#224; la gendarmerie, &#224; 8 h 45. J'aurai deux pointages &#224; faire par jour. Le premier &#224; 8 h 45, le deuxi&#232;me &#224; 17 h 45. L'&#201;tat m'assigne pour r&#233;sidence une chambre d'h&#244;tel, en bordure de la ville. Les premiers jours, je suis un peu en stress. Je viens de sortir de prison, j'&#233;tais en quartier d'isolement et me voil&#224; en pleine campagne. Je me demande pourquoi on m'a emmen&#233; dans un bled paum&#233;. Et &#224; la fois, je vis &#231;a presque comme un luxe. Je passe d'une cellule minuscule &#224; une &#233;tendue de vert, avec des vaches partout. C'est une esp&#232;ce de petit bonheur. Mais &#231;a, c'est parce que je ne sais pas encore ce que c'est que l'assignation &#224; r&#233;sidence. Je vais vite comprendre que ce n'est pas du tout une situation enviable, que c'est au contraire un pi&#232;ge bien aff&#251;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_victor_kamel2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH922/cqfd_212_victor_kamel2-59c5a.jpg?1779696457' width='500' height='922' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Victor
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; quel moment tu le comprends ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, je suis assez optimiste. Surtout parce que je rencontre rapidement celle qui va devenir ma compagne. Je sors de prison et dans mon malheur, je vis une histoire d'amour. Je suis un peu sur un nuage. L&#224; o&#249; je vais comprendre que les choses vont durer, c'est quand le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur demande &#224; ma femme de faire une attestation sur l'honneur pour d&#233;clarer que c'est elle qui prendra d&#233;sormais en charge mon h&#233;bergement. Ils avaient fait une enqu&#234;te et avaient constat&#233; que je ne dormais plus &#224; l'h&#244;tel mais chez ma compagne. Je comprends que mes faits et gestes sont surveill&#233;s. Que le chemin ne va pas &#234;tre facile. Que c'est une course de fond.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Je comprends que mes faits et gestes sont surveill&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Autre &#233;l&#233;ment : &#224; ce moment, les autorit&#233;s fran&#231;aises esp&#232;rent toujours voir se concr&#233;tiser l'interdiction d&#233;finitive du territoire fran&#231;ais &lt;i&gt;[prononc&#233;e en 2005]&lt;/i&gt;. Sauf que le 3 d&#233;cembre 2009, la CEDH rend sa d&#233;cision et s'oppose &#224; mon expulsion vers l'Alg&#233;rie. En fait, je me retrouve interdit de territoire tout en &#233;tant inexpulsable ! Et l&#224;, je comprends que la situation va durer un moment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il se trouve que cette d&#233;cision tombe un jour particulier. Ce 3 d&#233;cembre, on est en plein hiver, les routes sont enneig&#233;es. Ma femme est enceinte de huit mois, elle doit se rendre &#224; Limoges, &#224; 90 km d'Aubusson, pour une &#233;chographie. Je prends la d&#233;cision de l'accompagner. Sur la route, on est arr&#234;t&#233;s &#224; 18 km d'Aubusson : on se trouve en dehors du p&#233;rim&#232;tre d'assignation. On comprend qu'on a &#233;t&#233; pris en filature. Je suis alors plac&#233; en garde &#224; vue, le procureur me poursuit pour non-respect de mon assignation. Je suis finalement condamn&#233; &#224; six mois de prison et incarc&#233;r&#233; &#224; 450 km de mon foyer. Je ne serai pas pr&#233;sent pour la naissance de mon enfant. Apr&#232;s quatre mois et demi au centre p&#233;nitentiaire de Vivonne (Vienne), une fois de plus comme DPS, les autorit&#233;s fran&#231;aises &#233;tudient de nouveau la possibilit&#233; de m'expulser mais &#231;a tombe &#224; l'eau. &#192; ma sortie de d&#233;tention, on m'envoie alors en Haute-Marne. C'est, bien s&#251;r, pour m'&#233;loigner de ma compagne qui vit toujours &#224; Aubusson : l'id&#233;e qu'elle ait pu tenter de me faire &#233;vader le jour o&#249; nous sommes all&#233;s &#224; l'h&#244;pital ne leur sort pas de la t&#234;te. Je suis conduit dans un petit village qui s'appelle Longeau-Percey, dont on peut au moins retenir qu'il a &#233;t&#233; le lieu d'une bataille pendant la guerre de 1870 contre les Prussiens... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu auras visit&#233; la France...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu sept lieux d'assignation &#224; r&#233;sidence. Aubusson, Longeau-Percey, Fayl-Billot dans la Haute-Marne toujours, Lacaune et Carmaux dans le Tarn, Saint-Jean-d'Ang&#233;ly en Charente-Maritime et Aurillac, dans le Cantal, o&#249; je vis encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y suis depuis trois ans. J'ai d'abord v&#233;cu &#224; l'h&#244;tel (je ne compte pas le nombre d'h&#244;tels dans lesquels j'ai habit&#233;...) et maintenant, depuis mai 2019, dans un appartement. Il est lou&#233; par le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, je suis donc son sous-locataire ! C'est bien pratique, ils font ce qu'ils veulent, ils n'ont pas besoin de saisir le pr&#233;fet ou qui que ce soit pour faire une perquisition par exemple. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur se charge de payer le loyer et les charges, mais je n'ai droit &#224; rien, pas m&#234;me au revenu de solidarit&#233; active (RSA). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ton livre, tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;L'assign&#233; &#224; r&#233;sidence doit analyser le moindre geste banal pour un individu libre afin de d&#233;terminer s'il est r&#233;alisable dans les limites d'espace et de temps qui lui sont imparties&lt;/i&gt; &#187;... Tu peux revenir sur cette notion de temps et d'espace ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai l'impression que finalement, mon quotidien est un jour sans fin. C'est-&#224;-dire que j'ai l'impression de vivre la m&#234;me journ&#233;e depuis le 24 avril 2008. La routine vient happer ce qui fait la singularit&#233; de chaque journ&#233;e. Elle est extr&#234;mement d&#233;l&#233;t&#232;re et finit par broyer. Il y a une expression qui dit :&lt;i&gt;&#8220;Les jours se suivent et se ressemblent.&#8221;&lt;/i&gt; Cette expression caract&#233;rise l'assignation &#224; r&#233;sidence et je pousserais m&#234;me l'expression plus loin en disant : &lt;i&gt;&#8220;Le jour se suit et se ressemble.&#8221;&lt;/i&gt; Ce qui va ponctuer cette journ&#233;e qui semble infinie, ce ne sont ni le soleil ni la lune, ni le jour ni la nuit mais les pointages. Ce sont eux qui organisent le temps. Tant&#244;t, il s'acc&#233;l&#232;re &#224; l'approche des pointages, tant&#244;t il est tr&#232;s coulant, un peu sirupeux. Une seconde peut &#234;tre une heure et une heure peut valoir une seconde, donc forc&#233;ment &#231;a cr&#233;e un d&#233;calage. Surtout avec ma famille, avec mes enfants qui vivent &#231;a. Ils vivent un rapport au temps normal pendant les cinq jours de la semaine et quand ils viennent me voir le week-end, ils sont plong&#233;s dans une 4e dimension o&#249; le temps n'a plus tout &#224; fait la m&#234;me valeur.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai l'impression de vivre la m&#234;me journ&#233;e depuis le 24 avril 2008.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Ma femme et mes enfants vivent ainsi l'assignation &#224; r&#233;sidence chaque week-end et pendant les vacances. Le trajet du vendredi soir, que ma compagne fait pour venir me voir et qui dure 2 heures 30, elle l'utilise pour s'adapter &#224; moi, un peu comme un &lt;i&gt;jetlag&lt;/i&gt; quoi !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand elle est l&#224;, ma femme m'accompagne pour les pointages. L'espace est aussi limit&#233; donc tr&#232;s vite, on voit les choses possibles et celles qui ne le sont pas : toutes les activit&#233;s familiales, on les fait dans la limite de la commune. C'est une forme de solidarit&#233;, une mani&#232;re de dire qu'on est sur le m&#234;me bateau. Aller au cin&#233;ma par exemple, ce n'est pas envisageable, ou alors c'est compliqu&#233;. On ne peut pas choisir le film qu'on veut, il faut trouver une s&#233;ance intercalable entre les pointages. C'est pareil pour tout. &#192; un moment, j'ai eu quatre pointages quotidiens, j'avais &#224; peine le temps de quitter le commissariat qu'il fallait y retourner. Avec quatre pointages, tu n'as plus de vie. C'est extr&#234;mement stressant, il faut toujours regarder la montre. Et puis, il y a aussi le couvre-feu de 21 heures &#224; 7 heures du matin, auquel je suis toujours soumis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De ce v&#233;cu, tu as tir&#233; ton livre...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai toujours eu un rapport &#224; l'&#233;criture assez intime. Mon p&#232;re &#233;tant illettr&#233;, je lui servais un peu de secr&#233;taire quand il y avait des d&#233;marches &#224; faire. Apr&#232;s, on peut dire que j'ai commenc&#233; &#224; &#233;crire en prison &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il a notamment &#233;crit pour le journal anticarc&#233;ral L'Envol&#233;e.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. C'est l&#224; que j'ai manifest&#233; un int&#233;r&#234;t pour l'&#233;criture. D&#233;j&#224; parce que j'avais beaucoup de temps. J'ai pour habitude de dire que c'est d'ailleurs la seule chose de libre qu'on a en prison : le temps. &#201;crire est une mani&#232;re de s'&#233;chapper. Une mani&#232;re d'&#234;tre un peu libre, de se construire un espace qui soit adapt&#233; &#224; ses d&#233;sirs, &#224; ses perceptions et pour essayer de le partager avec d'autres personnes, &#224; l'ext&#233;rieur. Je faisais des textes assez courts parce que la prison, c'est un monde o&#249; il est difficile de d&#233;velopper des id&#233;es, surtout vu les conditions d&#233;l&#233;t&#232;res dans lesquelles je me trouvais &#224; l'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a faisait un petit moment que je pensais &#224; &#233;crire un livre. Mais &#233;crire un truc li&#233; intimement &#224; mon v&#233;cu ou &#224; mon quotidien, eh bien, &#231;a me rappelait ma condition en fait. C'&#233;tait un peu une double peine, quoi. Ma femme et moi, on a quand m&#234;me r&#233;fl&#233;chi &#224; comment on pouvait faire comprendre un peu plus ce qu'on vivait. On a fini par se dire qu'il fallait poser quelque chose. Et pour &#231;a, la chose la plus simple et qui existe depuis des lustres, c'&#233;tait d'&#233;crire un livre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Etom&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tr&#232;s actif sur les r&#233;seaux sociaux, Kamel Daoudi y trouve un peu d'ouverture sur le monde et y publie des billets d'humeur : son livre rassemble des textes &#233;crits ces derni&#232;res ann&#233;es. Il y d&#233;crit aussi sa lutte quotidienne et analyse le dispositif d'assignation &#224; r&#233;sidence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;N&#233; en Alg&#233;rie en 1974, Kamel Daoudi est arriv&#233; en France &#224; l'&#226;ge de 5 ans.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet :&#171; Ce sont mes opinions politiques qu'on essaie de criminaliser &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;210 (juin 2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire : &#171; En annon&#231;ant vouloir dissoudre Nantes r&#233;volt&#233;e, &#8220;ce gouvernement s'attaque &#224; la libert&#233; d'expression&#8221;, &lt;i&gt;Basta !&lt;/i&gt; (27/01/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il a notamment &#233;crit pour le journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pr&#233;datrice, de grand-m&#232;re en petite-fille</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Predatrice-de-grand-mere-en-petite</link>
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		<dc:date>2022-09-30T11:13:56Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le gilet orange, le fusil, les balles, les chiens qui aboient et le coup de feu qui part. Avec Le Sang de Ginette, tr&#232;s chouette documentaire sonore, Sonia Cabrita suit le chemin de son a&#239;eule et s'initie &#224; la chasse. Plut&#244;t Bambi ou odeur de poudre ? En essayant de d&#233;passer le clivage, une autre vision de cette pratique se dessine, loin des caricatures. &#171; J'ai entendu un coup de feu mais j'ai pas entendu la mort. &#187; Banal coup de fil entre une grand-m&#232;re et sa petite-fille. La premi&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le gilet orange, le fusil, les balles, les chiens qui aboient et le coup de feu qui part. Avec L&lt;i&gt;e Sang de Ginette&lt;/i&gt;, tr&#232;s chouette documentaire sonore, Sonia Cabrita suit le chemin de son a&#239;eule et s'initie &#224; la chasse. Plut&#244;t Bambi ou odeur de poudre ? En essayant de d&#233;passer le clivage, une autre vision de cette pratique se dessine, loin des caricatures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai entendu un coup de feu mais j'ai pas entendu la mort. &lt;/i&gt; &#187; Banal coup de fil entre une grand-m&#232;re et sa petite-fille. La premi&#232;re est en pleine chasse aux sangliers. La deuxi&#232;me n'en perd pas une miette et enregistre tout : les conversations, les balades en for&#234;t, les conseils pratiques. Les deux habitent la Creuse. Et la plus jeune a d&#233;cid&#233; de passer outre ses doutes. &#171; &lt;i&gt;Manipuler du gibier &#224; peine mort, fr&#233;quenter des personnes souvent infr&#233;quentables, &#234;tre une femme au milieu de tant de m&#226;les&lt;/i&gt; &#187; :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;elle embrasse d&#233;sormais &#224; fond la tradition familiale. Quand elle passe le permis, sa propre fille l'aide m&#234;me &#224; r&#233;viser la th&#233;orie &#8211; fa&#231;on code de la route. &#171; &lt;i&gt; Ce faisan s'est lev&#233; sur mon terrain de chasse, il pa&#238;t sur la propri&#233;t&#233; voisine. Je tire ou pas ? &lt;/i&gt; &#187; Le tout est dr&#244;le et bien r&#233;alis&#233;. On la suit dans l'obtention du s&#233;same, ses premi&#232;res sorties et les moments de transmission &#224; haute valeur symbolique &#8211; ainsi du fusil r&#233;cup&#233;r&#233; chez le grand-p&#232;re violent il y a des d&#233;cennies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devant un sujet si hautement inflammable, Sonia Cabrita, la r&#233;alisatrice du docu sonore &lt;i&gt;Le Sang de Ginette&lt;/i&gt;, met en avant la connaissance de la nature et l'&lt;i&gt;empowerment &lt;/i&gt;acquis &lt;i&gt;&#8211; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt; T'es pas moins pr&#233;dispos&#233;e que les autres &#224; le faire. &lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;On est loin d'une repr&#233;sentation vote facho et g&#226;chette facile qui sied habituellement &#224; la pratique. Mais son documentaire radiophonique n'&#233;lude pas les cas de conscience : l'&#233;lan qui pousse &#224; tuer et le plaisir de porter une arme. &#171; &lt;i&gt;&#199;a y est j'ai un fusil, je me sens plus, &#231;a me donne envie de me venger.&lt;/i&gt; &#187; Il rappelle aussi l'importance sociale de cette pratique, de la &#171; f&#233;d&#233; &#187; aux sorties dominicales : mieux vaut ne pas refuser une premi&#232;re invitation &#224; chasser en groupe. &#171; &lt;i&gt;Tu sais, on est assez susceptible, nous, le monde chasseur&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;, &lt;/i&gt;dixit la grand-m&#232;re&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;Sans &#234;tre un manifeste pro-chasse, &lt;i&gt;Le Sang de Ginette&lt;/i&gt; introduit un peu de complexit&#233; et d'intimit&#233; dans des d&#233;bats souvent binaires et reste, avant tout, l'histoire d'une transmission familiale et f&#233;minine. La grand-m&#232;re, encore :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu sais, c'est toujours une biche qui m&#232;ne la harde de cerfs. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Le Sang de Ginette&lt;/i&gt;, documentaire sonore de Sonia Cabrita &#224; &#233;couter sur le Soundcloud de So Rita, &lt;a href=&#034;https://soundcloud.com/user-184517489/le-sang-de-ginette-2&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ici&lt;/a&gt;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4735 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/artworks-yg89kfik86hmmaaj-avislq-t500x500-0a015.jpg?1779604950' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>C&#233;vennes : tiens, voil&#224; du bidasse !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Cevennes-tiens-voila-du-bidasse</link>
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		<dc:date>2022-09-23T10:54:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;. Minasyan</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>lutte</dc:subject>
		<dc:subject>n'est</dc:subject>
		<dc:subject>Jacques</dc:subject>
		<dc:subject>ferme</dc:subject>
		<dc:subject>mobilisation</dc:subject>
		<dc:subject>Jim</dc:subject>
		<dc:subject>Jorge</dc:subject>
		<dc:subject>Safer</dc:subject>
		<dc:subject>Banni&#232;res</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Des mois de mobilisation n'y auront rien fait : &#224; Saint-Jean-du-Gard, dans les C&#233;vennes, plusieurs hectares de terres agricoles viennent d'&#234;tre vendus &#224; la L&#233;gion &#233;trang&#232;re. Quatre militants reviennent sur cette lutte, qui a reconduit la distance entre &#171; n&#233;os &#187; et &#171; locaux &#187;. Saint-Jean-du-Gard est &#224; une heure au nord-ouest de N&#238;mes (Gard). C'est le sud des C&#233;vennes ; l'&#233;t&#233;, le soleil brille et les touristes affluent. On est sur les routes parcourues par Stevenson avec son &#226;nesse (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jacques" rel="tag"&gt;Jacques&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jim" rel="tag"&gt;Jim&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jorge" rel="tag"&gt;Jorge&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bannieres-18227" rel="tag"&gt;Banni&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Des mois de mobilisation n'y auront rien fait : &#224; Saint-Jean-du-Gard, dans les C&#233;vennes, plusieurs hectares de terres agricoles viennent d'&#234;tre vendus &#224; la L&#233;gion &#233;trang&#232;re. Quatre militants reviennent sur cette lutte, qui a reconduit la distance entre &#171; n&#233;os &#187; et &#171; locaux &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4704 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_mehrakeghods_iillustration_1-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/cqfd_212_mehrakeghods_iillustration_1-2-ed55c.jpg?1779696458' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Mehrake Ghodsi
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;aint-Jean-du-Gard est &#224; une heure au nord-ouest de N&#238;mes (Gard). C'est le sud des C&#233;vennes ; l'&#233;t&#233;, le soleil brille et les touristes affluent. On est sur les routes parcourues par Stevenson avec son &#226;nesse Modestine, au c&#339;ur du pays camisard &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Robert Louis Stevenson, Voyage avec un &#226;ne dans les C&#233;vennes, 1879.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'accueil paysan et les campings &#233;colos font flor&#232;s. L'hiver, en revanche, l'&#233;conomie locale entre en hibernation, repli&#233;e sur ses 2 400 habitants permanents. On s'aper&#231;oit alors que, derri&#232;re la fa&#231;ade touristique, la bourgade est pauvre. Le taux de ch&#244;mage &#233;tait en 2019 de 23 %, contre une moyenne nationale de 8 %. J'ai v&#233;cu ici un peu moins d'une ann&#233;e, il y a trois ans de &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'automne dernier, une rumeur court : la L&#233;gion &#233;trang&#232;re serait sur le point d'acqu&#233;rir la ferme de Banni&#232;res et ses 12 hectares de terrain. Une grande partie du foncier de ce mas, en vente depuis trois ans, est pourtant compos&#233;e de terres agricoles, et c'est la Safer qui sert d'interm&#233;diaire pour la transaction &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Soci&#233;t&#233;s d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural (Safer), (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Irait-elle les attribuer au 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;giment &#233;tranger d'infanterie (REI) ? Cela para&#238;t incroyable mais, au printemps, la presse locale confirme la rumeur : la vente est en passe d'&#234;tre finalis&#233;e. Les militants sonnent alors le branle-bas de combat pour tenter de contrer ce projet, avec pour mot d'ordre : &#171; &lt;i&gt;Non &#224; la militarisation des C&#233;vennes !&lt;/i&gt; &#187; C'est le d&#233;but d'une mobilisation qui va scander la vie du village jusqu'&#224; l'annonce officielle de la vente, le 7 juillet.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#192; l'automne dernier, une rumeur court : la L&#233;gion &#233;trang&#232;re serait sur le point d'acqu&#233;rir la ferme de Banni&#232;res et ses 12 hectares de terrain.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce qui s'est jou&#233; dans cette lutte et pourquoi a-t-elle &#233;chou&#233; ? Pour reconstituer ces trois mois et quelque de mobilisation et en tirer un bilan provisoire, j'ai propos&#233; &#224; des camarades de Saint-Jean de se r&#233;unir et de parler. Ils sont quatre, fortement impliqu&#233;s dans la lutte. Jorge &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; est un ancien ouvrier agricole, lecteur de Machiavel ; Jim, b&#233;n&#233;vole dans une association culturelle, travaille au noir dans le b&#226;timent, tout comme Jacques ; quant &#224; Jules, il est pion au coll&#232;ge. Personne n'est du cru, tout le monde a la trentaine grosse ou petite et une formation politique dans des milieux plut&#244;t radicaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les citoyens de gauche contre l'arm&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s l'annonce officielle du projet d'installation, &#171; &lt;i&gt;on a appel&#233; &#224; une r&#233;union d'information pour le 26 mars&lt;/i&gt;, commence Jim.&lt;i&gt; Elle a r&#233;uni une soixantaine de personnes. Il y avait l&#224; tout un tas de gens li&#233;s aux milieux associatifs et &#224; la Conf' &lt;/i&gt;[la Conf&#233;d&#233;ration paysanne]&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; Depuis les ann&#233;es 1960, les C&#233;vennes ont attir&#233; des vagues de n&#233;o-ruraux, souvent de sensibilit&#233; &#233;colo-gauchisante : c'est la base naturelle d'une mobilisation contre une implantation militaire. Mais cette fois-ci, il y a un os dans le potage : les vendeurs de la ferme de Banni&#232;res sont eux-m&#234;mes &#224; la Conf, ce sont des &#171; n&#233;os &#187; de gauche tr&#232;s impliqu&#233;s dans la vie associative locale. Jim : &#171; &lt;i&gt; On a constat&#233; avec surprise que beaucoup de gens pr&#233;sents &#224; la r&#233;union ne voulaient pas d'une opposition tranch&#233;e. Ils insistaient sur le fait que les agriculteurs qui vendaient la ferme avaient bien droit &#224; une retraite d&#233;cente, et que le projet visait seulement &#224; &#233;tablir un camp de repos pour les l&#233;gionnaires.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un camp de repos ? &#171; &lt;i&gt; D&#232;s le d&#233;but, on a compris qu'y croyaient ceux qui voulaient y croire &lt;/i&gt; &#187;, explique Jacques. Une plaquette de pr&#233;sentation de l'installation &#171; agricole &#187; du 2&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; REI, produite par l'arm&#233;e, annonce la couleur : &#171; &lt;i&gt;entra&#238;nements &#224; pied dans le pays c&#233;venol&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et &#171; &lt;i&gt;combat &#224; pied en zone bois&#233;e&lt;/i&gt; &#187; sont au menu. Et d&#233;j&#224; les bruits de bottes se rapprochent : trois jours avant la premi&#232;re assembl&#233;e, le 23 mars, &#171; &lt;i&gt;600 l&#233;gionnaires se sont balad&#233;s dans la vall&#233;e de Saint-Jean. Ensuite ils ont parad&#233; dans le bourg, ont nettoy&#233; les armes dans la rue, tout le tintouin&lt;/i&gt; &#187;, raconte Jacques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 avril, une nouvelle assembl&#233;e d&#233;cide de cr&#233;er un collectif, qui prend pour nom &#171; Vall&#233;es c&#233;venoles d&#233;militaris&#233;es &#187;. Il va se constituer en organe de lutte unitaire et rassembler chaque semaine entre vingt et trente personnes. Au programme, dans un premier temps : ratisser large. La part belle est faite &#224; l'argumentaire selon lequel la venue des militaires va nuire au cadre de vie mais aussi aux affaires locales, les troufions risquant de faire fuir les touristes. &#171; &lt;i&gt;On a suivi dans ce cadre qui jouait l'&#8220;unitaire&#8221; &#224; fond, mais &#231;a ne nous satisfaisait &#233;videmment pas&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Jim.&lt;i&gt; On l'a fait parce qu'on avait, je crois, l'espoir d'aboutir &#224; une sorte de mobilisation populaire, qui brasserait, avec un vrai ancrage local.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours du mois d'avril, diverses organisations rejoignent la mobilisation, parmi lesquelles Attac, ou encore le petit syndicat agricole Modef (Mouvement de d&#233;fense des exploitants familiaux), qui s'implique fortement. Le collectif lance alors un appel &#224; manifester pour le 8 mai. Ce jour-l&#224;, une marche part de Saint-Jean pour rejoindre le col Saint-Pierre qui surplombe la ferme de Banni&#232;res. Elle r&#233;unit 300 personnes. Les journalistes sont pr&#233;sents ; au col, les repr&#233;sentants des orgas se livrent &#224; des prises de parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois cents : le nombre, au regard de la population du pays c&#233;venol, n'est pas ridicule. Pourtant, selon Jorge, le compte n'y est pas : &#171; &lt;i&gt;Le 8 mai, ce sont surtout des n&#233;os qui sont venus &#224; la manifestation. L'objectif de ratisser large n'a pas fonctionn&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Jim pr&#233;cise :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Mobiliser largement et localement, cela impliquait de d&#233;passer les clivages habituels. Or l&#224;, on constate que l'entre-soi est large, mais que &#231;a reste un entre-soi.&lt;/i&gt; &#187; Par ailleurs, ajoute Jacques, &#171; &lt;i&gt;juste apr&#232;s la manif, on a re&#231;u un mail d'un type qui se pr&#233;sentait comme le repr&#233;sentant des trois campings du coin. Ils nous informait que les mecs s'&#233;taient r&#233;unis et qu'ils avaient d&#233;cid&#233; d'une position commune, qui &#233;tait : oui au projet.&lt;/i&gt; &#187; La propagande bas&#233;e sur un impact n&#233;gatif sur le tourisme n'avait pas trouv&#233; sa cible.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La Safer contre les paysans&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de massification locale, pas de forces pour appuyer une dynamique de type zadiste, pas de soutien des campings : la massification unitaire a du plomb dans l'aile. C'est l'occasion d'un virage dans la lutte, qui &#171; &lt;i&gt;enfin&lt;/i&gt; &#187; va produire un antagonisme concret : les membres du collectif choisissent de cibler la Safer, responsable de l'attribution des terres &#224; l'arm&#233;e. Deux rassemblements sont organis&#233;s, l'un devant les locaux de la Safer &#224; N&#238;mes (8 juin), l'autre devant ceux de la chambre d'agriculture &#224; Al&#232;s (28 juin). &#199;a bataille sur la question des terres agricoles du site, que la L&#233;gion est suppos&#233;e louer &#224; un agriculteur, et, toujours, sur celle de l'usage militaire des terres (repos &lt;i&gt;or not&lt;/i&gt; repos). Mais surtout, explique Jorge, &#171; &lt;i&gt;c'est l'occasion d'aborder de mani&#232;re plus large l'enjeu de l'acc&#232;s aux terres &lt;/i&gt; &#187;. Car si la soldatesque a emport&#233; l'achat de la ferme de Banni&#232;res, c'est d'abord parce qu'elle y a mis le prix : 550 000 euros, rubis sur l'ongle. Les vendeurs avaient re&#231;u des propositions &#224; 400 000 et les avaient r&#233;cus&#233;es ; de son c&#244;t&#233;, la Safer avait soutenu le prix de vente exig&#233; par les vendeurs alors qu'elle avait la possibilit&#233; d'imposer une baisse. &#171; &lt;i&gt;En surestimant les prix de vente, [la Safer] contribue &#224; &#233;vincer les projets agricoles au profit d'activit&#233;s non agricoles et de r&#233;sidences secondaires&lt;/i&gt; &#187;, pointe un tract.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours de cette deuxi&#232;me phase de la lutte, alors que l'id&#233;e est d'imposer un rapport de forces &#224; l'organisme pour qu'il revienne sur sa d&#233;cision d'attribution, la Conf &#171; r&lt;i&gt;&#233;v&#232;le son triste visage de cogestionnaire&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;elle soutenait officiellement la mobilisation contre la Safer tout en y si&#233;geant&lt;/i&gt;, explique Jim&lt;i&gt;. Elle n'a auparavant rien fait pour emp&#234;cher l'attribution de la ferme &#224; la L&#233;gion, alors qu'elle avait vu la plaquette o&#249; il &#233;tait question des entra&#238;nements. Maintenant, son repr&#233;sentant pr&#233;tendait vouloir &#8211; encore &#8211; imposer que &#231;a se limite &#224; un centre de repos. &lt;/i&gt; &#187; Les repr&#233;sentants de la Safer temporisent, font des promesses et protestent de leur droiture mais le rapport de forces reste insuffisant : la presse locale r&#233;v&#232;le le 7 juillet que la vente a bien &#233;t&#233; finalis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'unit&#233; contre la lutte&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La lutte, ou du moins une phase de celle-ci, se cl&#244;t donc sur une d&#233;faite. La ferme a bien &#233;t&#233; vendue &#224; la L&#233;gion, et cela, insiste Jorge, &#171; &lt;i&gt;sans opposition massive&lt;/i&gt; &#187;. C'est d'abord sur ce dernier point, abonde Jules, que porte la d&#233;ception. Demeure la tentative : &#171; &lt;i&gt;T'es sur un village et tu te retrouves &#224; construire une activit&#233; commune tourn&#233;e vers le refus avec des gens qui ne sont pas tes potes&lt;/i&gt;, relativise Jim. &lt;i&gt;C'est &#231;a, l'enjeu d'une telle lutte.&lt;/i&gt; &#187; Il y a eu des erreurs de commises, bien s&#251;r. Ce qu'il aurait fallu &#8211; tout le monde est d'accord l&#224;-dessus &#8211;, c'est une assembl&#233;e de lutte. C'est-&#224;-dire, pr&#233;cise Jorge, &#171; &lt;i&gt;un lieu o&#249; se retrouvent les diff&#233;rentes composantes de la lutte pour &#233;changer et s'organiser ensemble, sans chercher &#224; produire une ligne unitaire&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Avec une assembl&#233;e de lutte&lt;/i&gt;, dit Jacques,&lt;i&gt; on aurait pu porter un discours clair contre l'arm&#233;e en tant que telle, et disposer d'un mode d'organisation qui accepte les &#8220;&#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs&#8221; comme partie prenante de la mobilisation. On aurait pu peut-&#234;tre trouver les forces pour pousser &#224; une occupation du lieu.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours consistant &#224; s'aligner sur le suppos&#233; plus petit d&#233;nominateur commun pour demeurer &#171; cr&#233;dibles &#187; est rest&#233; dominant dans le collectif ; et Jorge, Jacques, Jules et Jim ont accept&#233; de composer plut&#244;t que de &#171; scissionner &#187;. La discussion que j'ai avec eux sur ce choix est tortueuse. J'avais d'abord cru comprendre que s'ils n'avaient pas produit un discours propre, plus radical, au sein de la mobilisation, c'&#233;tait du fait d'une sorte de d&#233;cision strat&#233;gique. Mais ce n'est pas &#231;a : plut&#244;t un engrenage produit par l'implication dans la lutte. &#171; &lt;i&gt;Tu as l'air de nous consid&#233;rer comme un groupe politique, mais on est d'abord des gens qui avons notre vie ici, et c'est de cette mani&#232;re-l&#224; qu'on s'est retrouv&#233;s embarqu&#233;s dans la mobilisation &lt;/i&gt; &#187;, pointe Jorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a pourtant eu des moments de tension, &#224; propos desquels le bilan est dissonant. Par exemple : au cours de la marche du 8 mai, quelques militants venus d'ailleurs ont tent&#233;, afin d'augmenter le niveau de conflictualit&#233;, de d&#233;vier la manif pour marcher vers la ferme, mais, renvoy&#233;s &#224; leur ext&#233;riorit&#233; &#224; la mobilisation, ils se sont fait rabrouer par des membres du collectif soucieux de pr&#233;server l'unit&#233; et de ne pas ouvrir les hostilit&#233;s avec les gendarmes. Jacques s'interroge : est-ce que &#231;a aurait chang&#233; quelque chose de scissionner du cadre unitaire pour soutenir ce genre d'initiative ? &#171; &lt;i&gt;On n'avait pas les forces&lt;/i&gt;, insiste Jim.&lt;i&gt; S'il y avait eu une dynamique de lutte dans la lutte, on aurait &#233;t&#233; les premiers &#224; en &#234;tre, mais on n'a jamais atteint ce stade.&lt;/i&gt; &#187; Et puis : &#171; &lt;i&gt;Dans ce qu'on pensait &#234;tre les d&#233;buts d'un mouvement, il nous semblait plus important de nouer des liens avec des syndicalistes paysans comme ceux du Modef qu'avec des super militants hors-sol. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;N&#233;os pro-touristes contre locaux pro&#8209;treillis&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jacques, Jorge, Jules et Jim s'accordent sur un autre point : quelle que soit la strat&#233;gie adopt&#233;e, on n'abat pas les d&#233;terminations sociales &#224; coups de volontarisme militant. Quelle base sociale pour refuser la pr&#233;sence des l&#233;gionnaires ? Derri&#232;re les dynamiques id&#233;ologiques, quels int&#233;r&#234;ts sont en jeu dans les clivages qu'une telle lutte r&#233;v&#232;le ? C'est sur la question de la force sociale repr&#233;sent&#233;e par les &#171; n&#233;os &#233;colos &#187; que &#231;a d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette mobilisation a &#233;t&#233; port&#233;e principalement par des gens qui sont dans des logiques de tranquillit&#233; et de mythification des lieux&lt;/i&gt;, attaque Jorge. &lt;i&gt;L'opposition est demeur&#233;e essentiellement id&#233;ologique. Il y a eu beaucoup de r&#233;sistances pour entrer dans le vif du sujet : le prix du foncier&lt;/i&gt;. &#187; Aussi maigres soient-elle, les forces militantes &#233;taient tiraill&#233;es par de souterraines logiques contradictoires. &#171; &lt;i&gt;La base naturelle de la lutte &#233;tait compos&#233;e de propri&#233;taires, agricoles ou non&lt;/i&gt;, poursuit Jorge&lt;i&gt;. Ils sont contre le l&#233;gionnaire qui s'entra&#238;ne dans les bois parce qu'il va nuire au tourisme vert, mais ils ne sont pas contre son repos &#224; 550 000 balles. Pourquoi ? Parce que ces gens trouvent leur int&#233;r&#234;t dans la flamb&#233;e du foncier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce compte, la &#171; trahison &#187; de la Conf n'en est pas vraiment une : &#171; &lt;i&gt;La base sociale d'un syndicat comme la Conf, c'est des agriculteurs comme ceux qui ont vendu le mas de Banni&#232;res. Ils affichent des valeurs de gauche, ils font du bio, de l'accueil &#224; la ferme, du g&#238;te. Et au final, le mod&#232;le &#233;conomique, c'est : ton activit&#233; paie un peu, mais c'est sur la valorisation du foncier que tu capitalises &#224; mort.&lt;/i&gt; &#187; Face &#224; ces petits capitalistes verts aux positions ambigu&#235;s, les commer&#231;ants locaux ont soutenu l'installation de grivetons : c'est que, augment&#233;s de leurs familles en visite, ces derniers repr&#233;sentent autant de consommateurs. Il y a eu une contre-mobilisation : le 11 mai, une p&#233;tition &#171; Pour le vivre ensemble et le repos de nos militaires en C&#233;vennes &#187;, adress&#233;e aux opposants, est mise en ligne. On y lit : &#171; &lt;i&gt;Notre arm&#233;e n'est ni agressive ni sanguinaire. Elle est constitu&#233;e de femmes et d'hommes qui ont d&#233;cid&#233;, m&#234;me si cela n'est pas votre choix, d'exposer leur vie pour d&#233;fendre la d&#233;mocratie.&lt;/i&gt; &#187; Le sarcasme y est mani&#233; avec un certain talent, mais &#231;a pue le ressentiment : &#171; &lt;i&gt;Les C&#233;vennes, terre de refuge et d'accueil, ont s&#251;rement accueilli nombre d'entre vous. Elles n'ont jamais promulgu&#233; de loi consistant &#224; trier des populations ind&#233;sirables.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le clich&#233; du clivage entre &#171; n&#233;os de gauche &#187; et &#171; locaux de droite &#187; a-t-il &#233;t&#233; reconduit ? &#171; &lt;i&gt;La lutte ne s'est jamais vraiment confront&#233;e &#224; des pro-L&#233;gion&lt;/i&gt;, explique Jules.&lt;i&gt; On s'est heurt&#233;s &#224; des gens qui &#233;taient contre nous, contre ce qu'on repr&#233;sente. Les opposants aux opposants disaient : &#8220;Quand c'est les Parisiens qui ach&#232;tent des g&#238;tes aux m&#234;mes prix, vous vous en foutez.&#8221; Eh bien, ce n'est pas compl&#232;tement faux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Ainsi, &#171; &lt;i&gt;on s'est rendu compte que dans les perceptions locales, les zadistes et les n&#233;o-ruraux propri&#233;taires qui distribuent des tracts sont mis dans le m&#234;me sac. L&#224; aussi, ce n'est pas aberrant : sociologiquement on pourrait dire que les uns sont les enfants des autres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Les opposants aux opposants disaient : &#8220;Quand c'est les Parisiens qui ach&#232;tent des g&#238;tes aux m&#234;mes prix, vous vous en foutez.&#8221; Eh bien, ce n'est pas compl&#232;tement faux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Mais faire des &#171; locaux &#187; un groupe social homog&#232;ne, c'est aller vite en besogne. &#171; &lt;i&gt;Les propri&#233;taires du cru sont autant dans une logique de capitalisation du foncier que les n&#233;os&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Jacques. Reste la figure du &#171; prol&#233;taire local &#187;, spectre qui semble hanter Jorge. Le prol&#233;taire local ne s'est pas point&#233; pour d&#233;brider la parole unitaire et citoyenne port&#233;e par le collectif Vall&#233;es c&#233;venoles d&#233;militaris&#233;es et mettre le feu &#224; la ferme de Banni&#232;res. O&#249; est-il rest&#233; ? Au boulot, ou chez lui. &#171; &lt;i&gt;Le prol&#233;taire local, int&#233;gr&#233; au capital global, agit dans le cadre de ses int&#233;r&#234;ts au sein du capital&lt;/i&gt;, pointe Jorge.&lt;i&gt; Dans le cadre de l'antagonisme tel qu'il a &#233;t&#233; pos&#233;, les prolos n'ont rien &#224; perdre &#224; la pr&#233;sence de l'arm&#233;e. Une retrait&#233;e originaire du village m'a dit un jour : &#8220;Je pr&#233;f&#232;re les militaires aux touristes. On nous dit que les militaires vont g&#226;cher le paysage en marchant sur nos sentiers, mais c'est d&#233;j&#224; ce que font les touristes, non ? Les touristes viennent quelques mois et ils ont tous les droits. Au moins les militaires ils seront l&#224; toute l'ann&#233;e et ils s'int&#233;greront au pays au lieu de le consommer.&#8221; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Les bruits de bottes, contre qui ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est donc &#224; la pr&#233;sence r&#233;elle des militaires que les Saint-Jeannais vont finalement &#234;tre confront&#233;s. Au moins, rel&#232;ve Jacques, &#171; &lt;i&gt;fini les tergiversations avec la Conf&#233;d&#233;ration paysanne. Maintenant, on va enfin pouvoir produire un discours antimilitariste ouvert, cibler l'arm&#233;e en tant que telle, parler de son r&#244;le concret. &#199;a a cruellement manqu&#233; au cours de la lutte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand le spectacle des tambours de guerre se d&#233;ploie sur les &#233;crans, &#231;a ne sent jamais bon &#224; l'arri&#232;re. L'automne dernier, &#224; Mende, au nord des C&#233;vennes, les l&#233;gionnaires de la 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; demi-brigade de L&#233;gion &#233;trang&#232;re se sont empar&#233;s de la ville pour un exercice grandeur nature. Les pioupious ont jou&#233; &#224; la guerre urbaine en pleine rue, faisant r&#233;sonner le son des armes automatiques avec force beuglements dramatiques. Selon &lt;i&gt;La Loz&#232;re nouvelle&lt;/i&gt;, l'ambiance &#233;tait &#171; &lt;i&gt;insolite&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Saint-Jeannais vont-ils &#234;tre confront&#233;s &#224; une militarisation de la vie sociale ? Les intentions sont l&#224; : &#171; &lt;i&gt;La pr&#233;sence d&lt;/i&gt;u&lt;i&gt; d&#233;tachement &#224; la ferme de Banni&#232;res contribuera &#224; la s&#233;curit&#233; locale&lt;/i&gt; &#187;, explique un communicant troupier dans un courrier adress&#233; au collectif Vall&#233;es c&#233;venoles d&#233;militaris&#233;es. Qu'est-ce qui menace la s&#233;curit&#233; locale ? C'est ce qui n'est pas dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview&#233; par la presse, le colonel Geoffroy Desgr&#233;es du Lo&#251; &#8211; 46 ans et six enfants au compteur &#8211; assure :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;On s'appuiera sur les commer&#231;ants locaux. &#187;&lt;/i&gt; Voil&#224; une alliance qui promet.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;. Minasyan&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Robert Louis Stevenson, &lt;i&gt;Voyage avec un &#226;ne dans les C&#233;vennes&lt;/i&gt;, 1879.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Soci&#233;t&#233;s d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural (Safer), organis&#233;es au niveau d&#233;partemental, sont entre autres charg&#233;es de l'am&#233;nagement des campagnes et de la r&#233;gulation du march&#233; des terres agricoles. Jouissant d'un vaste droit de pr&#233;emption, elles exercent par ailleurs un contr&#244;le sur les prix et les attributions lors des ventes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>H&#233;l&#232;ne Bessette, jamais vendue</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>



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&lt;p&gt;Sur la couverture de son premier livre, H&#233;l&#232;ne Bessette (1918-2000), voulait un bandeau : &#171; &#192; vendre &#187;. &#192; l'&#233;poque (ann&#233;es 1950-1960), &#231;a n'a pas march&#233;. Le Nouvel Attila r&#233;&#233;dite petit &#224; petit ses &#339;uvres compl&#232;tes. &#192; la fin des ann&#233;es 1990, sur la porte pali&#232;re d'un petit appartement du Mans, est fix&#233;e une carte de visite imprim&#233;e : &#171; H&#233;l&#232;ne Bessette &#8211; de chez Gallimard &#187;. La vieille dame qui vit l&#224; a ajout&#233; &#224; la main : &#171; Pri&#232;re de ne pas diffamer &#187;. La plupart du temps, quand son fils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Sur la couverture de son premier livre, H&#233;l&#232;ne Bessette (1918-2000), voulait un bandeau : &#171; &#192; vendre &#187;. &#192; l'&#233;poque (ann&#233;es 1950-1960), &#231;a n'a pas march&#233;. Le Nouvel Attila r&#233;&#233;dite petit &#224; petit ses &#339;uvres compl&#232;tes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4726 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_slevenn_helene_bessette-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH733/cqfd_212_slevenn_helene_bessette-2-f1c85.jpg?1779696459' width='500' height='733' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;illustration de Slevenn
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#192;&lt;/span&gt; la fin des ann&#233;es 1990, sur la porte pali&#232;re d'un petit appartement du Mans, est fix&#233;e une carte de visite imprim&#233;e : &#171; &lt;i&gt;H&#233;l&#232;ne Bessette &#8211; de chez Gallimard&lt;/i&gt; &#187;. La vieille dame qui vit l&#224; a ajout&#233; &#224; la main : &#171; &lt;i&gt;Pri&#232;re de ne pas diffamer&lt;/i&gt; &#187;. La plupart du temps, quand son fils Patrick sonne, elle n'ouvre pas. Apr&#232;s sa mort en 2000, il retrouve son carnet : &#171; &lt;i&gt;Le type qui se fait passer pour Patrick est encore venu.&lt;/i&gt; &#187; On peut se dire qu'elle est folle &#8211; c'est vrai, &#224; ce moment de sa vie elle est folle &#8211; mais ce c&#244;t&#233; fantomatique des &#234;tres, c'est aussi sa vision des choses depuis toujours. La plupart du temps, les gens n'existent pas vraiment, ils se contentent d'incarner des r&#244;les sociaux, de prononcer les phrases qu'on attend d'eux et de courir apr&#232;s les hochets qu'on leur agite. Cela, elle l'a &#233;crit dans ses livres, et on ne lui a pas pardonn&#233;. Elle meurt seule, recluse, coupable non repentie d'un &#171; &lt;i&gt; attentat po&#233;tique &lt;/i&gt; &#187; pr&#233;m&#233;dit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La combine avait pourtant tout pour marcher. Le roman &#224; l'ancienne, ma femme est partie, mon chien est malade, c'est tout le temps la m&#234;me chose, c'est fini. Quand Bessette entre en sc&#232;ne, peu apr&#232;s la fin de la guerre, le roman a cinquante ans de retard sur la po&#233;sie qui, depuis le d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec le vers libre, a largu&#233; les amarres. Il faut donc faire pareil dans le roman, remplacer les violons par des mitraillettes, dire les choses comme elles sont : &#171; &lt;i&gt;Laids sont les travailleurs fatigu&#233;s. Laids les Alg&#233;riens mal nourris, mal nipp&#233;s. Laides les dactylos &#233;triqu&#233;es. Laids les man&#339;uvres rapi&#233;c&#233;s. Laides les prostitu&#233;es d&#233;maquill&#233;es. Ensommeill&#233;es. Les vieilles prostitu&#233;es usag&#233;es mal r&#233;veill&#233;es. Laids les marchands de vin couperos&#233;s. Laids les bouchers engraiss&#233;s. Laides les concierges d&#233;braill&#233;es &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Tour (1959), r&#233;&#233;d. Le Nouvel Attila, 2021.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bide&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Enfin, du nouveau ! &lt;/i&gt; &#187;, se serait &#233;cri&#233; Raymond Queneau en recevant le manuscrit du premier roman de Bessette, &lt;i&gt;Lili pleure&lt;/i&gt;, paru en 1953. L'affaire semblait bien partie, sans doute pas la fortune, mais de quoi nourrir son m&#244;me et se payer une chambre d&#233;cente. Bon, &#231;a n'a pas du tout march&#233;. Malgr&#233; l'acharnement de Gallimard, qui publie jusqu'&#224; trois de ses romans en dix-huit mois, et les &#233;loges des meilleurs &#233;crivains fran&#231;ais de son temps, le bide est absolu, retentissant, total.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Bon, &#231;a n'a pas du tout march&#233;.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est que, pour aimer Bessette, il faut supporter d'&#234;tre maltrait&#233;. Sa voix, c'est celle, tant&#244;t aigre tant&#244;t moqueuse, d'une femme qui r&#226;le, se plaint, regimbe contre la condition qui lui est faite. Parfois, elle parodie le film psychologique bourgeois, avec les yeux du gosse qui ne sait pas qu'il ne faut pas dire que l'empereur est nu. Quand la bonne Ida se fait &#233;craser par une voiture, sa patronne crache le morceau : &#171; &lt;i&gt;Nous qui pensions / Que Ida &#233;tait comme nous / Que dis-je ? / &#201;tait &#224; nous &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ida ou le d&#233;lire (1973), d'abord r&#233;&#233;dit&#233; en 2018 au Nouvel Attila, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa mati&#232;re, ce sont les &#233;clats projet&#233;s par sa vie malheureuse d'instit' sans vocation qui se fait virer de l'&#201;ducation nationale apr&#232;s des p&#233;titions de parents qui lui reprochent d'&#234;tre sale, et qui part faire des m&#233;nages puis tous les boulots, serveuse, concierge, gardienne, en Suisse ou en Angleterre. &#201;clats qu'elle d&#233;coupe et recolle, accumule, tord, r&#233;p&#232;te cinq ou dix fois pour qu'on les &lt;i&gt;entende. &lt;/i&gt;Pour qu'on re&#231;oive sa col&#232;re, sa mis&#232;re, sa souffrance, son rire et son intelligence face &#224; l'adversit&#233; &#8211; mani&#232;re de prendre le dessus sur ce qui voudrait l'&#233;craser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;sultat, c'est une &#171; &lt;i&gt; litt&#233;rature invendue &lt;/i&gt; &#187;. Elle raconte &#231;a&lt;i&gt;. &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous allez mal, hurle l'&#201;diteur qui n&#233;glige son expression, influenc&#233; par &#8220;le jargon&#8221; de la jeune litt&#233;rature. Vous allez mal. Vous poussez la fain&#233;antise un peu loin. Et comment vous y prenez-vous pour &#233;crire ? Je n'y comprends rien. QUELLES SONT VOS IN-TEN-TIONS ? &#8211; Je n'ai pas d'IN-TEN-TION, pleure l'auteur. [&#8230;&#8230;] &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Allons ne pleurez pas, dit le marchand, subitement adouci, et quand vous aurez fait fortune avec VOS romans, nous nous marierons, O.K. ?&lt;/i&gt; &#8211; &lt;i&gt;D'ac., r&#233;pond la romanci&#232;re qui sourit &#224; travers ses larmes.&lt;br class='manualbr' /&gt;et :&lt;/i&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;i&gt;C'est pour moi la seule fa&#231;on d'obtenir l'&#233;dition &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;MaternA (1954), r&#233;&#233;d. L&#233;o Scheer, 2007.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#187; &lt;br class='manualbr' /&gt;Toujours &#231;a de pris.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Tour &lt;/i&gt;(1959), r&#233;&#233;d. Le Nouvel Attila, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ida ou le d&#233;lire&lt;/i&gt; (1973), d'abord r&#233;&#233;dit&#233; en 2018 au Nouvel Attila, disponible en Points-Seuil, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;MaternA&lt;/i&gt; (1954), r&#233;&#233;d. L&#233;o Scheer, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La chasse au colibri</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-chasse-au-colibri</link>
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		<dc:date>2022-09-23T10:53:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Adrien Zammit</dc:subject>
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		<dc:subject>Merles</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Ce ne sont pas des r&#233;volutionnaires de la fourche ni des avant-gardistes autoproclam&#233;s, mais leur d&#233;marche est fonci&#232;rement politique. En s'installant dans un coin paum&#233; de l'Hexagone il y a quelques ann&#233;es, les jeunes paysans et paysannes de la Grange aux Merles avaient en t&#234;te de proposer un autre mod&#232;le agricole, afin de le diffuser largement. Depuis, leurs r&#233;flexions ont &#233;volu&#233;. Point d'&#233;tape. Un dimanche d'ao&#251;t 2022, dans un petit village banal de la France rurale. C'est jour de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agricole" rel="tag"&gt;agricole&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Merles" rel="tag"&gt;Merles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce ne sont pas des r&#233;volutionnaires de la fourche ni des avant-gardistes autoproclam&#233;s, mais leur d&#233;marche est fonci&#232;rement politique. En s'installant dans un coin paum&#233; de l'Hexagone il y a quelques ann&#233;es, les jeunes paysans et paysannes de la Grange aux Merles avaient en t&#234;te de proposer un autre mod&#232;le agricole, afin de le diffuser largement. Depuis, leurs r&#233;flexions ont &#233;volu&#233;. Point d'&#233;tape.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_zammit_tournerie-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH381/cqfd_212_zammit_tournerie-2-d25ec.jpg?1779678133' width='500' height='381' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Adrien Zammit
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;U&lt;/span&gt;n dimanche d'ao&#251;t 2022, dans un petit village banal de la France rurale. C'est jour de comices agricoles et on se balade avec Xavier &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et Sophia aux abords de ces festivit&#233;s rurales traditionnelles rameutant nombre de gens du coin &#8211; pas que les agriculteurs. Au programme : un festin de grillades sur de grandes tables &#224; tr&#233;teaux, un ch&#226;teau gonflable pour les m&#244;mes, l'in&#233;vitable buvette bond&#233;e, un rassemblement de rutilants tracteurs anciens ou un concours de bovins. Occasion pour les &#233;leveurs locaux d'afficher leur savoir-faire, cette comp&#233;tition m&#234;le diverses cat&#233;gories de b&#234;tes. Au fil des heures, les quadrup&#232;des d&#233;filent, massifs, placides, m&#233;ticuleusement bross&#233;s. Et quand le commentateur &#233;voque au micro les diff&#233;rents candidats pr&#233;sent&#233;s par lots de huit, complimentant &#171; &lt;i&gt;le maintien du filet&lt;/i&gt; &#187; de tel b&#339;uf mastoc ou &#171; &lt;i&gt;l'amplitude du bassin&lt;/i&gt; &#187; de telle vache XXL, on se marre tous les trois un peu b&#234;tement. Comme s'il y avait un c&#244;t&#233; folklorique, l'expression d'un autre monde au sabir &#224; la fois ancestral et exotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Xavier et Sophia sont pourtant agriculteurs. Ils participent de longue date &#224; une ferme collective implant&#233;e &#224; quelques kilom&#232;tres, la Grange aux Merles &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Au cours de ces comices dominicaux, ils croisent plusieurs personnes qu'ils connaissent et saluent, notamment les organisateurs. Sophia, qui est &#233;leveuse au sein du collectif, participe m&#234;me ce jour-l&#224; &#224; une d&#233;monstration de chiens de troupeau. Pourtant, ils ne le formuleraient peut-&#234;tre pas ainsi, mais ils donnent l'impression d'&#234;tre &#224; la fois&lt;i&gt; dedans&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;dehors&lt;/i&gt;, int&#233;gr&#233;s mais pas totalement assimil&#233;s. Dans un entre-deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je lui en fais la remarque, Xavier &#233;voque la notion de &#171; &lt;i&gt;capital d'autochtonie &lt;/i&gt; &#187;, mobilis&#233;e notamment par le sociologue Nicolas Renahy dans &lt;i&gt;Les Gars du coin &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Gars du coin &#8211; Enqu&#234;te sur une jeunesse rurale, La D&#233;couverte, 2010.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, qui d&#233;signe le sentiment d'appartenance collective propre aux ruraux &#171; du cru &#187;. Il y a des codes, une culture, des rites, auxquels les nouveaux venus, pourtant install&#233;s depuis sept ans, n'ont pas totalement acc&#232;s. Rien &#224; voir avec les &#171; n&#233;o-ruraux &#187; de l'&#232;re Covid, abonn&#233;s au t&#233;l&#233;travail et d&#233;connect&#233;s de leur environnement. Mais quand m&#234;me : il subsiste un foss&#233;. Et c'est l'une des probl&#233;matiques agitant la grosse dizaine de personnes du collectif &#8211; ainsi r&#233;sum&#233;e par Ludo : &#171; &lt;i&gt;On cherche &#224; davantage s'int&#233;grer dans le r&#233;seau local. C'est bien d'&#234;tre autonomes, mais c'est enfermant de ne se retrouver qu'avec des gens qui ont les m&#234;mes id&#233;es. Il faut d&#233;border de nos milieux, ne pas se contenter de la Conf[&#233;d&#233;ration paysanne] ou d'initiatives militantes marqu&#233;es &#224; gauche. D'o&#249; l'importance de participer &#224; des collectifs locaux, qu'il s'agisse d'associations de chiens d'&#233;levage ou de la soci&#233;t&#233; de chasse si c'est ton truc.&lt;/i&gt; &#187; L'objectif : rompre la logique des bulles sociales, des r&#233;seaux affinitaires et de classe, pour b&#226;tir des ponts. Et parfois, &#231;a marche :&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a quelques jours, on tenait une table avec les produits de la ferme dans une f&#234;te de village o&#249; on ne connaissait pas grand monde. Quelques jours plus tard, certaines personnes rencontr&#233;es l&#224;-bas sont venues assister &#224; un spectacle de th&#233;&#226;tre qu'on organisait sur la ferme. Ces rapprochements mettent du temps mais sont tr&#232;s pr&#233;cieux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Piou piou les p'tits oiseaux &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cela fait sept ans que les complices de la Grange aux Merles sont install&#233;s &#8211; plus vraiment des n&#233;o-ruraux, donc, mais pas non plus des &lt;i&gt;gens du coin&lt;/i&gt;. Une dizaine d'amis qui, au sortir de leurs &#233;tudes sup&#233;rieures en agronomie, ont d&#233;cid&#233; d'envoyer bouler la vie urbaine et la perspective d'un salaire confortable pour s'installer &#224; la campagne. Ils ont mont&#233; une ferme collective bio, bas&#233;e sur les circuits courts et une agriculture la plus saine&lt;i&gt; &lt;/i&gt;possible. Ils y produisent des l&#233;gumes, du pain, du fromage de vache et de ch&#232;vre, de la viande de porc, de la bi&#232;re, des fraises ou des champignons, qu'ils mettent en vente sur place via leur magasin ouvert deux jours par semaine et dans quelques lieux de la r&#233;gion sp&#233;cialis&#233;s dans les produits bio. Bossant de concert avec des camarades architectes qui ont leurs bureaux &#224; la ferme, ils organisent aussi des &#233;v&#233;nements sur place : spectacles, projections, d&#233;bats ou concerts. Rien de r&#233;volutionnaire mais une d&#233;marche qui, d&#232;s le d&#233;part, se voulait aux antipodes de l'agro-industrie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur trajectoire rappelle celle des &#233;tudiants d'AgroParisTech qui, en mai dernier, ont profit&#233; de leur remise de dipl&#244;me pour d&#233;noncer le mod&#232;le dominant et annoncer publiquement leur d&#233;sertion&lt;i&gt; &lt;/i&gt;group&#233;e, fustigeant notamment &#171; &lt;i&gt;une formation qui pousse globalement &#224; participer aux ravages &#233;conomiques et sociaux en cours &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire notamment &#171; Appel &#224; d&#233;serter : il s'est pass&#233; quelque chose &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt;. Le collectif valide le rapprochement : eux qui ont fait leurs &#233;tudes ensemble dans une formation similaire ont &#233;galement ru&#233; dans les brancards le jour de la validation de leur cursus. &#171; &lt;i&gt;Sauf que notre discours &#233;tait sans doute moins bon &lt;/i&gt; &#187;, rigole Ad&#232;le. De leurs &#233;tudes, ils ont gard&#233; la conviction qu'il fallait s'engager dans le domaine agricole, mais dans la direction inverse de ce qu'on leur enseignait. &#171; &lt;i&gt;Les tenants et aboutissants de la question agricole sont souvent minimis&#233;s, alors que c'est le pilier du syst&#232;me productiviste, au premier plan des d&#233;g&#226;ts environnementaux&lt;/i&gt; &#187;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;rappelle Tristan. Lui explique qu'il se sentait alors beaucoup plus proche des activistes de la ZAD que des ti&#232;des militants urbains d'Europe &#201;cologie-Les Verts (EELV). Et qu'&#224; ses yeux claquer la porte des villes &#233;tait une &#233;vidence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trouver le lieu ad&#233;quat n'a pas &#233;t&#233; chose ais&#233;e, entre cartes de France ratur&#233;es &#224; l'exc&#232;s et escapades en pagaille pour prospecter. L'id&#233;e &#233;tait de trouver un territoire neutre, &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;, pas phagocyt&#233; par l'agro-industrie d&#233;lirante comme la Beauce, mais pas non plus envahi de n&#233;o-ruraux &lt;i&gt;babos&lt;/i&gt; comme la Dr&#244;me. Une fois l'endroit parfait d&#233;gott&#233; et les b&#226;timents retap&#233;s, les premi&#232;res ann&#233;es ont marqu&#233; une confrontation avec la r&#233;alit&#233; du boulot agricole et du collectif en autogestion qui crisse parfois. R&#233;trospectivement, ils confessent une certaine na&#239;vet&#233; dans l'approche politique. &#171; &lt;i&gt;Il faut bien comprendre qu'on avait 22 ou 23 ans quand on a lanc&#233; le projet&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Ad&#232;le. &#171; &lt;i&gt;Il y avait des &#233;vidences : ne pas bosser pour des gros saccageurs et avoir une d&#233;marche paysanne ayant du sens. Mais &#224; c&#244;t&#233; de &#231;a on &#233;tait aussi un peu &#8220;piou-piou les p'tits oiseaux&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; D'autres comparent leur approche initiale aux satan&#233;s colibris de feu Pierre Rabhi &#8211; la parabole du petit oiseau qui, face &#224; l'incendie, balance quelques gouttes sur les flammes pour &#171; faire sa part &#187;&lt;i&gt; &lt;/i&gt;et inspirer les autres animaux de la for&#234;t, youpi youpi. &#171; &lt;i&gt;On arrivait avec l'id&#233;e de faire tache d'huile en cr&#233;ant une ferme agronomiquement int&#233;ressante, viable &#224; peu d'hectares par actif et sans utilisation de produits phytosanitaires&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Tristan. En clair : montrer par l'exemple qu'un autre monde agricole est possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'ils se d&#233;clarent aujourd'hui &#233;panouis dans leurs pratiques et heureux de consommer et de commercialiser des produits &#233;chappant &#224; la catastrophe de l'agro-industrie, ils ne se leurrent plus sur cette capacit&#233; &#224; faire &lt;i&gt;tache d'huile&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;On a compris que notre exemple n'est pas g&#233;n&#233;ralisable &lt;/i&gt; &#187;, explique Tristan. &#171; &lt;i&gt;On est sur un march&#233; de niche, qui nous permet de vendre nos produits cher, &#224; des gens qui ont un minimum de pouvoir d'achat. Pour imaginer que &#231;a se d&#233;veloppe largement, il faudrait que la structuration de la soci&#233;t&#233; le permette, ce qui est tout le sauf le cas. C'est une question syst&#233;mique. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Syst&#233;mique&lt;/i&gt;. Le mot cl&#233; est l&#226;ch&#233;. Il reviendra.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ne pas se poser en donneurs de le&#231;ons &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pas de m&#233;ga-fermes dans les environs de la Grange aux Merles, mais beaucoup d'agriculteurs ayant recours aux pesticides ou accul&#233;s &#224; une fuite en avant productiviste. Face &#224; ces pratiques n&#233;fastes exerc&#233;es &#224; relativement petite &#233;chelle, la critique frontale serait aussi facile que vaine, estime Ludo : &#171; &lt;i&gt;Tu ne peux pas arriver comme une fleur et te poser en donneur de le&#231;ons. On sait que les gens qui font des compromis ne peuvent pas faire autrement, ou ne savent pas comment. D'ailleurs, nous aussi, on en fait. On vend nos produits cher. On utilise du p&#233;trole. Et on a parfois recours &#224; de la main-d'&#339;uvre gratuite via le &lt;/i&gt;woofing&lt;i&gt;. De mani&#232;re syst&#233;mique, eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Eux comme nous, on ne peut pas gagner notre vie sans compromis&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Une n&#233;cessaire humilit&#233;, qui d&#233;borde la question des pratiques agricoles. Ainsi, certains membres du collectif disent avoir un temps baign&#233; dans le discours de la &#171; &lt;i&gt;redynamisation du territoire&lt;/i&gt; &#187;, registre lexical un brin m&#233;prisant typique d'assos (pourtant pr&#233;cieuses) comme Terre de liens &lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration qui lutte contre la sp&#233;culation fonci&#232;re et qui propose des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, alors m&#234;me que le coin o&#249; ils sont &#173;install&#233;s n'a rien de sinistr&#233;. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but on &#233;tait un peu dans cette posture, comme si on d&#233;barquait dans un d&#233;sert&lt;/i&gt;, se rappelle Xavier&lt;i&gt;. Mais c'est loin d'&#234;tre le cas. Il y a plein d'assos locales ici. Et quand le village voisin organise une f&#234;te de la bi&#232;re, il y a un millier de personnes qui s'y rendent. Nous, quand il y en a cent cinquante qui viennent &#224; nos &#233;v&#233;nements, on est super contents.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Du coup, on est beaucoup moins arrogants qu'&#224; notre installation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne pas s'y tromper : s'ils parlent d'&lt;i&gt;arrogance&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &lt;/i&gt;celles et ceux de la Grange aux Merles n'ont pas d&#233;boul&#233; le couteau entre les dents en hurlant qu'ils allaient r&#233;&#233;duquer les bouseux. Pas leur genre. Ce qu'ils disent en substance, c'est qu'il leur a fallu du temps pour saisir le tableau dans son ensemble. Et comprendre que, pour vertueuse qu'elle soit, leur d&#233;marche n'&#233;tait pas suffisante si elle rimait avec repli sur soi. En trouvant une forme d'autonomie individuelle et collective, ils ont certes r&#233;alis&#233; un premier pas, tout sauf n&#233;gligeable. Mais cela ne leur donne pas prise sur le monstre industriel dominant, qui s'accommode fort bien de ces marges paysannes. Ludo r&#233;sume la situation ainsi : &#171; &lt;i&gt;Quand je me suis install&#233;, il y avait d'abord des aspects individuels &#233;vidents. Pour ma compagne et moi, &#233;lever notre gamine dans de bonnes conditions, par exemple. Ou bien acqu&#233;rir des formes d'autonomie, de r&#233;silience face &#224; la catastrophe en cours. Mais la part individuelle n'est politiquement garante de rien. Et m&#234;me si le collectif t'offre l'acc&#232;s &#224; une autonomie accrue, tu peux vite tomber dans des formes de colibrisme mou, des pratiques qui n'ont aucun autre impact que sur ton bien-&#234;tre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;La part individuelle n'est politiquement garante de rien.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cet aspect est d&#233;sormais ent&#233;rin&#233; par les membres du collectif. Lesquels sont d'ailleurs nombreux &#224; militer dans des structures qui s'attaquent de front aux questions les plus br&#251;lantes g&#233;n&#233;r&#233;es par l'agro-industrie &#8211; de l'accaparement des terres &#224; la b&#233;tonisation des campagnes en passant par la pollution imputable &#224; l'&#233;levage intensif. Beaucoup sont par exemple impliqu&#233;s &#224; la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, syndicat agricole oppos&#233; au magist&#232;re de la tr&#232;s industrialo-compatible F&#233;d&#233;ration nationale des syndicats d'exploitants agricoles (FNSEA). D'autres s'investissent dans les campagnes des Soul&#232;vements de la Terre, collectif qui multiplie les actions dans toute la France &lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment notre article consacr&#233; &#224; une action de ce collectif : &#171; To-do (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Et un certain nombre aff&#251;tent les fourches dans l'&#233;ventualit&#233; d'un grand projet inutile particuli&#232;rement hors-sol actuellement dans les tuyaux des &#233;lus des environs. Mais concernant la ferme en elle-m&#234;me, la v&#233;ritable question est ailleurs : avant d'envisager le grand soir agricole, il s'agit d'abord de s'enraciner dans un territoire, d'y d&#233;velopper des liens.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un exode urbain de malade &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les paysans et paysannes de la Grange aux Merles consid&#232;rent aujourd'hui que leur approche agricole n'est que le pr&#233;-requis d'une transformation sociale plus radicale. Ils pensent aussi que cela ne pourra pas se faire en petit comit&#233; avant-gardiste, coup&#233; des r&#233;alit&#233;s agricoles dominantes. Alors que beaucoup, dans ces milieux, brocardent la figure du n&#233;o-rural, eux y voient plut&#244;t une r&#233;alit&#233; moins caricaturale et n&#233;faste que celle d&#233;crite dans les m&#233;dias, en tout cas dans leur coin. Dans la lign&#233;e de la Conf', ils estiment qu'un afflux de jeunes d&#233;sertant la folie des villes serait une bonne chose. Tristan pose les choses ainsi : &#171; &lt;i&gt;Si on veut g&#233;n&#233;raliser l'agriculture paysanne, ce qui indispensable, il faut deux millions et demi de paysans. Un exode urbain de malade ! Et il sera imp&#233;ratif d'op&#233;rer ce changement de la mani&#232;re la plus &#233;galitaire possible, la plus communiste, &#224; rebours des mod&#232;les actuels. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il importe de ne pas se tromper d'ennemi : &#171; &lt;i&gt; Je pr&#233;f&#232;re que dans le coin il reste des agriculteurs qui s'agrandissent plut&#244;t qu'un gros investisseur &#233;tranger rach&#232;te des terres et mette des salari&#233;s &#224; leur place&lt;/i&gt; &#187;, estime Ad&#232;le. Qui rappelle la situation : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas tous &#234;tre en vente directe et en circuit court. Les supermarch&#233;s ne vont pas fermer du jour au lendemain. On a donc pour l'instant besoin d'agri' qui font du circuit long. L'id&#233;al serait d'abord qu'ils reprennent la main sur les prix, ce qui leur donnerait la possibilit&#233; d'&#233;voluer vers une agriculture moins toxique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois des liens se cr&#233;ent, des ponts. Ainsi de la Cuma &lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Coop&#233;rative d'utilisation de mat&#233;riels agricoles.&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; locale, coop&#233;rative de d&#233;coupe et de transformation de viande, o&#249; se retrouvent aussi bien des &#233;leveurs bio que d'autres fonctionnant en conventionnel, et qui mettent en commun des outils indispensables &#224; leur m&#233;tier. Autre espace de rapprochement, plus inattendu : la chasse. Ad&#232;le la pratique, mais arm&#233;e d'un arc : &#171; &lt;i&gt;C'est une excellente mani&#232;re de rencontrer tes voisins. Tu as des moments d'&#233;change avec des gens que tu ne rencontrerais sinon pas et qui sont loin de la caricature du viandard. &lt;/i&gt; &#187; Et de citer ce jour o&#249; un chasseur, agriculteur conventionnel proche de la retraite, lui a expliqu&#233; qu'il aimerait bien transmettre son exploitation &#224; des gens pratiquant le m&#234;me type de paysannerie que celles et ceux de la Grange. Une petite victoire, pas si anodine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort heureusement, pas besoin de pratiquer la chasse pour faire avancer les choses. Ainsi de Ludo, partisan de l'&#233;ducation populaire, qui estime qu'il faut faire feu de tout bois : &#171; &lt;i&gt;Il y a tellement de questions sur lesquelles se bouger, sans faire de hi&#233;rarchie des luttes. Ce n'est pas parce qu'on est autonomes dans notre coin que tout est r&#233;gl&#233;. Il faut un travail quotidien, des formations, des remises en cause, &#224; l'&#233;chelle de notre collectif, mais aussi tourn&#233;es vers l'ext&#233;rieur.&lt;/i&gt; &#187; Question f&#233;minisme, par exemple, cela se traduit entre autres par l'implication de plusieurs femmes du collectif dans un festival local annuel d&#233;di&#233; &#224; ces probl&#233;matiques. Avec cette position : pour s'attaquer au mod&#232;le destructeur en place, il faut affronter toutes les formes de domination, les mettre chacune sur un m&#234;me plan.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On tient la bouffe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au final, allant de pair avec l'obsession pour le terme &#171; syst&#233;mique &#187;, une conviction revient : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'on apporte doit s'inscrire dans un mouvement global. &lt;/i&gt; &#187; Dans cette optique, les pistes ne manquent pas. Elles peuvent se pr&#233;senter sous des atours techniques, comme cette proposition avanc&#233;e par Ludo :&lt;i&gt; &#171; Avec la Conf', on voudrait cr&#233;er un label &#8220;b&#234;te engraiss&#233;e &#224; l'herbe&#8221;, pour diff&#233;rencier de celles nourries au ma&#239;s, c&#233;r&#233;ale qui pompe &#233;norm&#233;ment d'eau. Il s'agirait de d&#233;velopper des fili&#232;res o&#249; les pratiques traditionnelles sont mieux valoris&#233;es tout en pointant du doigt le gaspillage d&#233;mentiel de ressources de l'&#233;levage au ma&#239;s. Une mani&#232;re de faire &#233;merger le politique via l'&#233;cologique en partant d'aspects prosa&#239;ques&lt;/i&gt;. &#187; Ces pistes et horizons peuvent aussi brasser plus large, avec en t&#234;te les braises encore fumantes des Gilets jaunes. Dans le coin, le mouvement avait bien pris et certains membres du collectif y avaient particip&#233;. Un hic cependant : les agriculteurs y &#233;taient au final peu repr&#233;sent&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce manque de conflictualit&#233; de la profession, hors luttes sectorielles, fait d'ailleurs r&#233;agir Ludo : &#171; &lt;i&gt;On devrait &#234;tre beaucoup plus pr&#233;sents dans les luttes sociales et &#233;cologiques. Les agriculteurs, c'est &#224; peine 2 % de la population [fran&#231;aise] pour un poids immense dans le r&#233;chauffement climatique &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le secteur a &#233;mis 21 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre en 2020, selon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. &#187;&lt;/i&gt; Et Ad&#232;le de r&#234;ver &#224; une prise de conscience g&#233;n&#233;ralis&#233;e, port&#233;e par des paysans refusant de s'allier aux gros bonnets de l'agriculture industrielle inf&#233;od&#233;s &#224; la FNSEA et &#224; la pompe &#224; fric europ&#233;enne : &#171; &lt;i&gt; Si des paysans et agriculteurs d&#233;termin&#233;s &#224; vraiment peser se regroupaient pour s'opposer au mod&#232;le industriel, &#231;a pourrait avoir un gros impact. Car il ne faut pas oublier une chose : on tient la bouffe. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Les Gars du coin &#8211; Enqu&#234;te sur une jeunesse rurale&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire notamment &#171; Appel &#224; d&#233;serter : il s'est pass&#233; quelque chose &#224; AgroParisTech &#187;, &lt;i&gt;Slate&lt;/i&gt; (12/05/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration qui lutte contre la sp&#233;culation fonci&#232;re et qui propose des solutions aux paysans non conventionnels cherchant &#224; acqu&#233;rir des terrains ou b&#226;timents agricoles. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, elle joue un r&#244;le tr&#232;s important dans la sauvegarde d'un mod&#232;le paysan non pr&#233;dateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment notre article consacr&#233; &#224; une action de ce collectif : &#171; To-do list : d&#233;sarmer le b&#233;ton, reprendre la terre, sortir les poubelles &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Coop&#233;rative d'utilisation de mat&#233;riels agricoles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le secteur a &#233;mis 21 % des &#233;missions de gaz &#224; effet de serre en 2020, selon le bilan publi&#233; le 30 juin 2021 par le Centre interprofessionnel technique d'&#233;tudes de la pollution atmosph&#233;rique (Citepa).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Respirer les &#233;pines</title>
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		<dc:date>2022-09-23T10:53:55Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Un dessin d'&#201;milie Seto, qui chaque mois nous livre un instantan&#233; marseillais (ici, le Vallon des Auffes).&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un dessin d'&#201;milie Seto, qui chaque mois nous livre un instantan&#233; marseillais (ici, le Vallon des Auffes).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>R&#233;sistance : &#171; L'invention du passage &#224; l'acte &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Resistance-L-invention-du-passage</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Avec leur bande dessin&#233;e-fleuve Des vivants, Louise Moaty et Rapha&#235;l Meltz (recherche historique et sc&#233;nario), associ&#233;s au dessinateur Simon Roussin, font revivre les premi&#232;res heures de la R&#233;sistance fran&#231;aise, via l'&#233;vocation des hommes et femmes ayant anim&#233; le r&#233;seau du mus&#233;e de l'Homme (1940-1942). Entretien &#224; trois voix. &#171; Un peu de conscience s'&#233;veillait &#231;&#224; et l&#224;, une minuscule et vacillante protestation qui ne savait pas quelle forme elle pourrait bien prendre. On se cherchait &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec leur bande dessin&#233;e-fleuve &lt;i&gt;Des vivants&lt;/i&gt;, Louise Moaty et Rapha&#235;l Meltz (recherche historique et sc&#233;nario), associ&#233;s au dessinateur Simon Roussin, font revivre les premi&#232;res heures de la R&#233;sistance fran&#231;aise, via l'&#233;vocation des hommes et femmes ayant anim&#233; le r&#233;seau du mus&#233;e de l'Homme (1940-1942). Entretien &#224; trois voix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_130.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH636/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_130-21076.jpg?1779696461' width='500' height='636' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Un peu de conscience s'&#233;veillait &#231;&#224; et l&#224;, une minuscule et vacillante protestation qui ne savait pas quelle forme elle pourrait bien prendre. On se cherchait &#224; t&#226;tons, dans l'obscurit&#233;.&lt;/i&gt; &#187; L'homme qui s'exprime ainsi &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans La M&#233;moire courte, &#201;ditions de Minuit, 1953.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; s'appelle Jean Cassou. Romancier, po&#232;te, critique d'art, il fait partie des quelques rares personnalit&#233;s fran&#231;aises &#224; avoir choisi la voie de la r&#233;sistance d&#232;s l'&#233;t&#233; 1940, quand dans le vent brun de l'histoire tout &#233;tait &#224; b&#226;tir. Pas d'exp&#233;rience concr&#232;te, pas de v&#233;ritable structure clandestine, pas d'aide ext&#233;rieure, simplement l'expression d'un &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; visc&#233;ral proclam&#233; par quelques hommes et femmes regroup&#233;s au sein d'un petit cercle, le r&#233;seau dit du mus&#233;e de l'Homme (en r&#233;f&#233;rence &#224; ce lieu consacr&#233; &#224; l'ethnographie o&#249; travaillaient celles et ceux qui ont pos&#233; les premiers jalons du r&#233;seau).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord centr&#233; sur Paris avant de lancer des ramifications l&#224; o&#249; d'autres &lt;i&gt;non&lt;/i&gt; s'&#233;levaient, comptant d&#232;s octobre 1940 une centaine de membres plus ou moins impliqu&#233;s, le r&#233;seau plante&lt;i&gt; sur le vif &lt;/i&gt;les premi&#232;res graines de s&#233;dition : propagande clandestine (notamment via le journal &lt;i&gt;R&#233;sistance&lt;/i&gt;), &#233;vasion de prisonniers, renseignement &#224; destination des Anglais&#8230; Mais ces &lt;i&gt;vivants &lt;/i&gt;jouent gros : leur vie. D&#232;s janvier 1941 et suite &#224; une trahison, les premi&#232;res arrestations frappent le groupe, vite d&#233;cim&#233;. Un proc&#232;s tenu en janvier 1942 viendra sceller le sort de ses principaux organisateurs et organisatrices : dix peines capitales (les trois femmes condamn&#233;es seront finalement d&#233;port&#233;es). Et le 23 f&#233;vrier 1942, &#224; 17 heures, sept hommes sont fusill&#233;s au Mont-Val&#233;rien : Jules Andrieu, Georges Ithier, Anatole Lewitsky, L&#233;on-Maurice Nordmann, Ren&#233; S&#233;n&#233;chal, Boris Vild&#233; et Pierre Walter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sur une terrible &#233;vocation de cette macabre sc&#232;ne que se cl&#244;ture &lt;i&gt;Des vivants &lt;/i&gt;(&#233;ditions 2024, octobre 2021), magistrale mise en sc&#232;ne graphique et orale d'un histoire trop peu connue. Au sc&#233;nario, les auteurs Rapha&#235;l Meltz et Louise Moaty, qui ont &#233;cum&#233; les biblioth&#232;ques et les archives pour r&#233;aliser ce tour de force : tous les dialogues structurant le long r&#233;cit correspondent &#224; des paroles ou &#224; des &#233;crits de feu les acteurs de cette histoire. Quant au dessin, sign&#233; Simon Roussin, il offre une atmosph&#232;re onirique au d&#233;ploiement des voix, peignant un Paris aux couleurs vives et au ciel stri&#233; de lourdes menaces. Les nuages s'accumulent, les vivants les d&#233;fient. Formul&#233; par l'une des pionni&#232;res du r&#233;seau, Sylvette Leleu &lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle s'exprimait en 1975 dans l'&#233;mission &#171; R&#233;sister, c'est dire &#187;.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait &#231;a, la R&#233;sistance, tout simplement : le refus des choses que l'on ne pouvait pas admettre sur le plan moral. Le refus d'une certaine forme de vie inadmissible pour des gens libres. Le refus, et apr&#232;s : beaucoup d'actes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cet entretien, les trois auteurs de &lt;i&gt;Des vivants &lt;/i&gt;ont choisi de m&#234;ler leurs voix en une seule. Sans doute par souci de coh&#233;rence avec leur d&#233;marche : laisser toute la place &#224; ces autres voix, humbles et si puissantes, qu'ils et elle ont entrepris de sortir de l'oubli.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre r&#233;cit accorde beaucoup de place au mus&#233;e de l'Homme et au milieu de la recherche ethnologique. Pourquoi &#233;tait-ce si important pour vous d'insister sur ce mus&#233;e en tant que tel, alors que les ramifications hors de ses murs sont vite tr&#232;s nombreuses ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce qui nous a attir&#233; au d&#233;but du projet, c'&#233;tait ce m&#233;lange entre deux histoires : d'une part celle d'un mus&#233;e d'ethnographie de la fin des ann&#233;es 1930, porteur des ambigu&#239;t&#233;s mais aussi des avanc&#233;es de l'&#233;poque dans la vision de ce qu'est l'humanit&#233;, et d'autre part celle des tout premiers r&#233;sistants. Ce mus&#233;e et les gens qui y travaillent sont passionnants : &#224; la fois architecturalement (d'o&#249; la grande pr&#233;sence du b&#226;timent tout au long du livre, mais aussi des objets qu'il pr&#233;sente), intellectuellement (ce sont les grandes heures de l'ethnographie fran&#231;aise, et le mus&#233;e offre une pens&#233;e novatrice, car transversale, de l'humanit&#233;), politiquement (son directeur Paul Rivet est un pionnier de l'union de la gauche qui aboutira au Front populaire, et l'un des fondateurs du Comit&#233; de vigilance des intellectuels anti-fascistes) et internationalement (lutte explicite contre le nazisme, accueil de chercheurs r&#233;fugi&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et en m&#234;me temps &#8211; c'est toute la complexit&#233; de cette p&#233;riode &#8211; le mus&#233;e s'appuie sur le minist&#232;re des Colonies, et la classification scientifique par &#8220;race&#8221; n'est pas remise en cause, m&#234;me s'il s'agit d'expliquer au public que toutes lesdites &#8220;races&#8221; sont &#233;gales entre elles : le mus&#233;e est explicitement pr&#233;sent&#233; comme un &#8220;&lt;i&gt;rempart face &#224; la vague raciste qui menace le monde&lt;/i&gt;&#8221;. Il y avait donc une &#233;vidence &#224; ce que beaucoup de personnes du mus&#233;e soient r&#233;sistantes. Mais c'est vrai que les ramifications du r&#233;seau se sont tr&#232;s vite &#233;tendues &#224; toute la France, et c'est d'ailleurs une de ses particularit&#233;s : plus d'un an avant l'intuition de Jean Moulin, il s'agit d&#233;j&#224; de raccorder des gens agissant dans des lieux parfois tr&#232;s lointains les uns des autres. Reste que le mus&#233;e a servi pendant tr&#232;s longtemps de centre n&#233;vralgique : c'est ici que le r&#233;seau a &#233;t&#233; con&#231;u dans son ensemble, et c'est ici aussi que travaillait le trio fondateur, Yvonne Oddon, Boris Vild&#233;, et Anatole Lewitsky. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4716 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_57.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH636/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_57-96db2.jpg?1779696461' width='500' height='636' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces premi&#232;res heures de la R&#233;sistance, 1940-1942, ne sont pas les plus connues. Or c'est un moment tr&#232;s fort, car il s'agit alors de tout inventer, d'improviser les premi&#232;res esquisses de r&#233;seau et d'action&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en partie pour &#231;a que ce sujet s'est impos&#233; &#224; nous. Il faut s'imaginer l'&#233;t&#233; 1940 : la r&#233;sistance, on ne sait pas comment la pratiquer, on ne sait m&#234;me pas comment la nommer. C'est d'abord une simple impulsion, une &#8220;&lt;i&gt;douleur physique&lt;/i&gt;&#8221;, comme dit Boris Vild&#233; quand il voit des soldats allemands, une r&#233;action au &#8220;&lt;i&gt;spectacle irr&#233;el&lt;/i&gt;&#8221; qu'est Paris occup&#233; (Jean Cassou). De ces r&#233;actions primaires na&#238;t l'invention du passage &#224; l'acte, et c'est ce qui nous a tout de suite sembl&#233; passionnant, quand nous avons plong&#233; dans les souvenirs des diff&#233;rents personnages. C'est pour &#231;a que la notion d'&#8220;invention de la R&#233;sistance&#8221; est si pr&#233;sente dans le livre : les rencontres, les discussions, les premiers actes un peu maladroits parfois, le futur aussi (ils commen&#231;aient d&#233;j&#224; &#224; programmer des actions arm&#233;es). On a voulu faire partager au lecteur ce mouvement allant de la conviction intime au projet collectif, de la notion au geste &#8211; mais aussi de la prise de risque &#224; la condamnation finale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En parall&#232;le, il y a aussi une forme de maladresse, de na&#239;vet&#233;. Comme le dit Germaine Tillion : &#171; &lt;i&gt;En se reliant les unes aux autres, les &#233;quipes accroissaient leur part de danger. Ce manque d'&#233;tanch&#233;it&#233; constituait une grande faiblesse. On recrutait trop pour vivre longtemps&lt;/i&gt;. &#187; Par moments, il y a m&#234;me cette impression de sacrifice, bien repr&#233;sent&#233;e par Boris Vild&#233;. Comme s'il avait fallu une premi&#232;re g&#233;n&#233;ration non-professionnelle de la R&#233;sistance pour qu'ensuite viennent d'autres vagues, plus aguerries...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le c&#244;t&#233; sacrificiel est en effet important chez Boris Vild&#233; &#8211; mais dans son cas, c'est plus une histoire de caract&#232;re personnel (on retrouve cette &#233;tonnante relation &#224; la mort dans son tr&#232;s beau journal, &#233;crit en prison &lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Journal et lettres de prison, Allia, 1997.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;). Ce qu'on peut dire plut&#244;t, c'est que certains des premiers r&#233;sistants n'avaient pas vraiment conscience du danger &#8211; lequel &#233;tait moindre, de fait, au tout d&#233;but. Dans une lettre de 1942, Yvonne Oddon rappelle que pour un m&#234;me acte (en l'occurrence, publier un journal clandestin), on est pass&#233; en quelques temps d'une peine de six mois de prison &#224; la peine de mort. L'enthousiasme des d&#233;buts, qui &#233;tait une sorte d'instinct vital et qui parfois en effet se traduisait par une forme de na&#239;vet&#233;, s'est transform&#233; petit &#224; petit en une sorte de professionnalisation (choix de pseudos, cloisonnement, etc.). C'est par exemple notable lorsque Pierre Brossolette entre dans le r&#233;seau (un des passages qu'on n'a pas pu garder dans le livre, on l'&#233;voque seulement dans les notes). Malheureusement, pour beaucoup de nos personnages, &#231;a arrivera trop tard. Et la g&#233;n&#233;ration suivante, &#224; partir de 1941, sera beaucoup plus attentive aux menaces. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4717 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_68.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH636/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_68-0cf07.jpg?1779696461' width='500' height='636' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre r&#233;cit est bas&#233; sur un parti pris radical concernant les dialogues, que vous r&#233;sumez ainsi : &#171; &lt;i&gt;Tous les mots [que les personnages] prononcent sont les leurs : paroles trouv&#233;es dans leurs lettres, journaux, t&#233;moignages, entretiens, souvenirs.&lt;/i&gt; &#187; Pourquoi ce choix, appuy&#233; par un appareil critique rigoureux en fin d'ouvrage resituant chaque dialogue ? Est-ce qu'il y avait la peur de toucher &#224; quelque chose de &#171; sacr&#233; &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'&#233;tait pas du tout notre choix &#224; l'origine. C'est venu en commen&#231;ant vraiment le travail sc&#233;naristique, d'une part en plongeant dans les textes des diff&#233;rents personnages, d'autre part en nous interrogeant sur le type de dialogues que nous cherchions. Il est apparu soudain inimaginable de remplacer ces paroles qui existaient d&#233;j&#224; (et qui &#233;taient souvent tr&#232;s fortes), par des dialogues bricol&#233;s qui risquaient de sonner faux. Lorsque nous avons eu l'id&#233;e de ce dispositif, la question principale &#233;tait, finalement, technique : &#233;tait-il possible de faire une bande dessin&#233;e de 250 pages sans narrateur, sans voix off, et sans inventer le moindre dialogue, m&#234;me quand nous n'avions pas de mati&#232;re ? Sachant que plusieurs des membres les plus importants du r&#233;seau n'ont laiss&#233; quasiment aucune trace... Nous avons fait des essais &#224; trois pour voir si c'&#233;tait envisageable (esquisse de sc&#233;nario et de d&#233;coupage), puis nous avons avanc&#233; &#224; deux (sc&#233;naristes), en cherchant souvent de nouveaux stratag&#232;mes pour arriver &#224; nos fins. Et au moment du dessin, l'ellipse et les s&#233;quences muettes ont jou&#233; un grand r&#244;le, justement pour pallier les manques. C'&#233;tait bien s&#251;r une forte contrainte, avec un c&#244;t&#233; un peu oulipien &lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence &#224; l'Oulipo (&#171; Ouvroir de litt&#233;rature potentielle &#187;), groupe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; qui rajoutait un plaisir d'&#233;criture et de dessin, mais cela permettait de satisfaire un d&#233;sir de rigueur morale et d'honn&#234;tet&#233; vis-&#224;-vis de ceux dont on racontait l'histoire, dont nous n'oubliions pas qu'ils l'avaient v&#233;ritablement v&#233;cue.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Il est apparu soudain inimaginable de remplacer ces paroles qui existaient d&#233;j&#224; (et qui &#233;taient souvent tr&#232;s fortes), par des dialogues bricol&#233;s qui risquaient de sonner faux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre &#224; cet endroit-l&#224; que r&#233;sidait pour nous le &#8220;sacr&#233;&#8221; : dans le fait qu'ils avaient &#233;t&#233; ces &#8220;vivants&#8221;, et que nous ne voulions pas les trahir. Mais cela ne nous emp&#234;che pas d'&#234;tre conscients que, par le simple fait de choisir certaines sc&#232;nes, certains mots, certaines personnes, certains cadrages, plut&#244;t que d'autres, cette bande dessin&#233;e comporte une part de fiction. C'est pourquoi les notes cherchent, autant que faire se peut, &#224; pr&#233;ciser la v&#233;rit&#233; historique de fa&#231;on la plus rigoureuse possible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Question graphisme et illustrations, il y a des choix tr&#232;s forts, notamment au niveau des couleurs, avec l'omnipr&#233;sence du vert et du violet. Mais il y a aussi cette quasi-absence de la soldatesque SS, un c&#244;t&#233; non-martial dans la repr&#233;sentation de la R&#233;sistance. Avec notamment cette citation de Paul Rivet, observant des troupes allemandes depuis le parvis du mus&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Soldats de plomb... Je les supprime de mon champ visuel.&lt;/i&gt; &#187; Pourquoi ce choix ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'&#233;tait un choix de Simon &#224; l'origine : sortir des repr&#233;sentations classiques de la Seconde Guerre mondiale, avec les sempiternels nazis dans leurs imperm&#233;ables et leurs tractions avant&#8230; On a d'ailleurs choisi de ne jamais donner la parole aux nazis, alors qu'on avait de quoi &#233;crire leurs dialogues (notamment avec les notes du juge allemand en charge du proc&#232;s du r&#233;seau). C'est pourquoi en effet cette phrase de Paul Rivet est une belle m&#233;taphore du projet du livre : raconter la R&#233;sistance du point de vue de ceux qui la font, pas de ceux contre qui ils luttent.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Raconter la R&#233;sistance du point de vue de ceux qui la font, pas de ceux contre qui ils luttent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notre livre est construit sur un double mouvement en apparence contradictoire : puisque nos dialogues sont enti&#232;rement construits &#224; partir des mots r&#233;ellement utilis&#233;s par nos personnages, nous avions sans doute besoin de plus de distance par rapport au r&#233;alisme dans le dessin. Les couleurs non r&#233;alistes (et limit&#233;es, puisqu'il n'y a que trois teintes en plus du noir) permettent de cr&#233;er un d&#233;calage important : ce que nous proposons, c'est une repr&#233;sentation du r&#233;el, et non pas un pseudo-r&#233;el pr&#233;sent&#233; comme tel. Ce qui est renforc&#233; par le dessin de Simon, dans une ligne claire pr&#233;cise mais po&#233;tique : les personnages r&#233;els deviennent des h&#233;ros de bande dessin&#233;e, des sortes d'arch&#233;types qui nous permettent d'&#233;chapper &#224; un simple travail documentaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une citation de Germaine Tillion revient deux fois dans l'ouvrage, au tout d&#233;but et en conclusion : &#171; J'ai r&#233;p&#233;t&#233; ce que j'ai entendu. L'histoire est finie &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L&#224; encore, c'est une m&#233;taphore qui nous pla&#238;t : de la m&#234;me fa&#231;on que Germaine Tillion cite dans cette phrase un conteur des Aur&#232;s &lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jeune ethnologue, Germaine Tillion a men&#233; des recherches en Alg&#233;rie dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, nous faisons un livre en citant d'autres voix que les n&#244;tres (c'est pourquoi, &#224; la fin, nous adaptons sa formule : &lt;i&gt;&#8220;Nous avons r&#233;p&#233;t&#233; ce que nous avons entendu&#8221;&lt;/i&gt;). Le livre donne une place importante &#224; des moments que nous avons appel&#233;s &#8220;effets de m&#233;moire&#8221; : un des personnages, dans une sc&#232;ne donn&#233;e, se d&#233;tache du pr&#233;sent et commence &#224; se souvenir de cette m&#234;me sc&#232;ne. Il parle soudain au pass&#233; de ce qu'il a v&#233;cu ; et dans le dessin, tout ce qui l'entoure mute vers une forme fantomatique. Ce n'est qu'&#224; la fin de notre travail que nous nous sommes rendu compte qu'en r&#233;alit&#233; le livre en entier &#233;tait une mise en abyme de cette question des souvenirs, des traces, en incarnant la fa&#231;on dont la m&#233;moire, celle des survivants, puis la n&#244;tre, se structure face &#224; quelque chose qui nous &#233;chappe toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4718 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_131.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH636/des_vivants_interieur_wip2_controlervb_131-62b51.jpg?1779696462' width='500' height='636' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;La M&#233;moire courte&lt;/i&gt;, &#201;ditions de Minuit, 1953.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Elle s'exprimait en 1975 dans l'&#233;mission &#171; R&#233;sister, c'est dire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Journal et lettres de prison&lt;/i&gt;, Allia, 1997.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence &#224; l'Oulipo (&#171; Ouvroir de litt&#233;rature potentielle &#187;), groupe d'&#233;crivains et de math&#233;maticiens fond&#233; en 1960 afin d'explorer les potentialit&#233;s de la contrainte dans la cr&#233;ation litt&#233;raire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jeune ethnologue, Germaine Tillion a men&#233; des recherches en Alg&#233;rie dans le massif des Aur&#232;s &#224; partir de 1935 avant de rentrer en France en mai 1940 puis de s'engager dans la R&#233;sistance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le nucl&#233;aire &#224; l'agonie&#8230; mais &#224; l'offensive</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-nucleaire-a-l-agonie-mais-a-l</link>
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		<dc:date>2022-09-16T10:18:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Jean-Marc Jancovici</dc:subject>
		<dc:subject>Charlotte Mijeon</dc:subject>
		<dc:subject>Jancovici</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La moiti&#233; des r&#233;acteurs fran&#231;ais ont pass&#233; l'&#233;t&#233; &#224; l'arr&#234;t mais le gouvernement voit toujours l'atome comme une fili&#232;re d'avenir. Vant&#233; comme une solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, le nucl&#233;aire y est surtout tr&#232;s vuln&#233;rable. Sale temps pour le nucl&#233;aire civil fran&#231;ais. Plomb&#233;e par d'indispensables op&#233;rations de maintenance et un probl&#232;me de corrosion sur plusieurs de ses centrales les plus r&#233;centes, EDF a d&#251; mettre plus de la moiti&#233; de ses 56 r&#233;acteurs en pause forc&#233;e. Le 25 ao&#251;t, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no212-septembre-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;212 (septembre 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nucleaire-597" rel="tag"&gt;nucl&#233;aire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emmanuel-Macron" rel="tag"&gt;Emmanuel Macron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/milliards-d-euros" rel="tag"&gt;milliards d'euros&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/climatique" rel="tag"&gt;climatique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dereglement-climatique" rel="tag"&gt;d&#233;r&#232;glement climatique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centrales" rel="tag"&gt;centrales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jean-Marc-Jancovici" rel="tag"&gt;Jean-Marc Jancovici&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Charlotte-Mijeon" rel="tag"&gt;Charlotte Mijeon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jancovici" rel="tag"&gt;Jancovici&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH145/a-3-e84e5.jpg?1779696462' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='145' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La moiti&#233; des r&#233;acteurs fran&#231;ais ont pass&#233; l'&#233;t&#233; &#224; l'arr&#234;t mais le gouvernement voit toujours l'atome comme une fili&#232;re d'avenir. Vant&#233; comme une solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, le nucl&#233;aire y est surtout tr&#232;s vuln&#233;rable.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4720 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/cqfd_212_c_bue_nucleaire-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH694/cqfd_212_c_bue_nucleaire-2-629b9.jpg?1779696463' width='500' height='694' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Cl&#233;ment Bu&#233;e
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;ale temps pour le nucl&#233;aire civil fran&#231;ais. Plomb&#233;e par d'indispensables op&#233;rations de maintenance et un probl&#232;me de corrosion sur plusieurs de ses centrales les plus r&#233;centes, EDF a d&#251; mettre plus de la moiti&#233; de ses 56 r&#233;acteurs en pause forc&#233;e. Le 25 ao&#251;t, 32 &#233;taient toujours &#224; l'arr&#234;t. La baisse de production a &#233;t&#233; telle que l'Hexagone, habituellement exportateur, a d&#251; acheter de l'&#233;lectricit&#233; &#224; ses voisins pour subvenir &#224; ses besoins. Sur fond de p&#233;nurie de gaz russe, l'hiver s'annonce incertain pour le r&#233;seau &#233;lectrique europ&#233;en. Y aura-t-il de l'&#233;lectricit&#233; &#224; No&#235;l ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Figure de proue du secteur, EDF tra&#238;ne une dette qui d&#233;passera bient&#244;t les 50 milliards d'euros. Et, symbole des errances de la fili&#232;re, le tout nouveau r&#233;acteur pressuris&#233; europ&#233;en (EPR) de Flamanville (Manche) ne rentrera en production que fin 2023 au mieux &#8211; avec onze ans de retard et un surco&#251;t de pr&#232;s 16 milliards d'euros selon la Cour des comptes (19,1 milliards contre 3,3 pr&#233;vus initialement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourtant sur cette fili&#232;re &#224; l'agonie que le gouvernement parie pour assurer, aux c&#244;t&#233;s des &#233;nergies renouvelables, l'essentiel de la production &#233;lectrique du si&#232;cle &#224; venir. Le 10 f&#233;vrier dernier, Emmanuel Macron a annonc&#233; la mise en chantier prochaine de six nouveaux EPR et le lancement des &#233;tudes pr&#233;paratoires pour huit autres. Un milliard d'euros vont par ailleurs &#234;tre investis dans le d&#233;veloppement d'un nouveau type de r&#233;acteurs, moins puissants mais en principe plus ais&#233;s &#224; construire et g&#233;rer : les petits r&#233;acteurs modulaires (SMR).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'argument du bilan carbone&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour justifier ce retour en arri&#232;re (aucune centrale n'a &#233;t&#233; mise en service depuis 2002), le pr&#233;sident a eu recours &#224; un classique du &lt;i&gt;storytelling&lt;/i&gt; atomique fran&#231;ais : l'&#171; &lt;i&gt;ind&#233;pendance &#233;nerg&#233;tique&lt;/i&gt; &#187; du pays &#8211; alors m&#234;me que l'uranium qui fait tourner les centrales est int&#233;gralement import&#233;. Mais il a surtout vant&#233; le faible bilan carbone du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Au sein m&#234;me des familles de pens&#233;e &#233;cologistes et d&#233;croissantes, la doctrine pronucl&#233;aire se r&#233;pand peu &#224; peu, sous l'influence notamment de Jean-Marc Jancovici.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis que le d&#233;r&#232;glement climatique fait la une des journaux, tout ce que le secteur atomique compte de communicants et de lobbyistes reprend cet argument &lt;i&gt;ad nauseam&lt;/i&gt;. &#199;a a fini par payer : au sein m&#234;me des familles de pens&#233;e &#233;cologistes et d&#233;croissantes, la doctrine pronucl&#233;aire se r&#233;pand peu &#224; peu, sous l'influence notamment de l'ing&#233;nieur Jean-Marc Jancovici. M&#234;lant un discours convaincant sur l'urgence climatique et les limites de la croissance &#224; un solutionnisme nucl&#233;aire aveugle, cette &#171; star du climat &#187; a l'oreille des puissants comme du grand public. Avec ses vid&#233;os qui font un tabac sur internet et sa bande dessin&#233;e &lt;i&gt;Le Monde sans fin &lt;/i&gt;(Dargaud, 2021) qui s'est d&#233;j&#224; vendue &#224; plus de 300 000 exemplaires, Jean-Marc Jancovici a sensibilis&#233; des foules enti&#232;res au risque d'effondrement qui guette nos soci&#233;t&#233;s. Or, &#171; &lt;i&gt;prendre conscience de l'urgence climatique, c'est tr&#232;s d&#233;stabilisant &#233;motionnellement. Pour amortir le choc, on a besoin d'une solution. Avec le nucl&#233;aire, Jancovici en apporte une sur un plateau&lt;/i&gt; &#187;, analyse Charlotte Mijeon, porte-parole du r&#233;seau Sortir du nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux yeux de cette militante, l'atome est surtout &#171; &lt;i&gt;une fausse solution qui emp&#234;che de voir les probl&#232;mes en face&lt;/i&gt; &#187;. Une option &#171; &lt;i&gt;ni efficace pour les d&#233;cennies &#224; venir, ni r&#233;siliente dans un monde marqu&#233; par le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187;, mais qui va capter des centaines de milliards d'euros, au d&#233;triment des &#233;nergies renouvelables et des efforts de sobri&#233;t&#233; &#233;nerg&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Des centrales d&#233;j&#224; touch&#233;es par la s&#233;cheresse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parlons efficacit&#233; &#224; moyen terme : quand les centrales actuelles auront fini par fermer, les nouvelles seront-elles pr&#234;tes ? Au vu du fiasco de Flamanville, il est permis d'en douter. Alors que les deux premiers des six nouveaux EPR annonc&#233;s par Emmanuel Macron sont cens&#233;s &#234;tre mis en service &#171; &lt;i&gt;&#224; l'horizon 2035&lt;/i&gt; &#187;, cette &#233;ch&#233;ance est jug&#233;e illusoire&#8230; par l'&#201;tat lui-m&#234;me. Dans une version de travail d'un rapport gouvernemental d&#233;nich&#233;e par le m&#233;dia &lt;i&gt;Contexte &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Nucl&#233;aire : pas encore lanc&#233;s, les futurs EPR d&#233;j&#224; en retard et plus chers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, on apprend que l'administration vise plut&#244;t une mise en service en 2040. En cas de &#171; &lt;i&gt;sc&#233;nario fortement d&#233;grad&#233;&lt;/i&gt; &#187;, le d&#233;marrage serait m&#234;me repouss&#233; au-del&#224; de 2045...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble, c'est qu'alors que le nucl&#233;aire se pose en solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, il y est lui-m&#234;me extr&#234;mement vuln&#233;rable. Ces derni&#232;res ann&#233;es, les r&#233;acteurs fran&#231;ais commencent d&#233;j&#224; &#224; souffrir de la s&#233;cheresse. En ao&#251;t 2018, les centrales du Bugey (Ain) et de Saint-Alban (Is&#232;re) ont d&#251; &#234;tre partiellement arr&#234;t&#233;es afin de pr&#233;server la faune et la flore du Rh&#244;ne : recrach&#233;e dans la nature, l'eau r&#233;chauff&#233;e par le refroidissement des centrales aurait dangereusement augment&#233; la temp&#233;rature du fleuve, d&#233;j&#224; impact&#233;e par une vague de chaleur. Cette ann&#233;e, c'est d&#232;s le mois de mai que le probl&#232;me s'est pos&#233; &#224; la centrale du Blayais (Gironde). Pire : durant l'&#233;t&#233;, cinq centrales ont &#233;t&#233; autoris&#233;es &#224; rejeter leurs eaux chaudes dans les rivi&#232;res pour cause de risque de p&#233;nurie &#233;lectrique, en d&#233;pit des potentiels d&#233;g&#226;ts sur la biodiversit&#233; aquatique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le comble, c'est qu'alors que le nucl&#233;aire se pose en solution miracle au d&#233;r&#232;glement climatique, il y est lui-m&#234;me extr&#234;mement vuln&#233;rable.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; long terme, ce sont surtout des enjeux de s&#251;ret&#233; qui vont se poser. Cons&#233;quence du r&#233;chauffement global, les paysages vont se modifier durablement (mont&#233;e des eaux marines, par exemple) et les catastrophes climatiques (s&#233;ismes, tsunamis, inondations, s&#233;cheresses, temp&#234;tes, etc.) risquent de se multiplier au cours des prochaines d&#233;cennies. Les centrales ont donc des chances de se retrouver confront&#233;es &#224; des situations extr&#234;mes non anticip&#233;es au moment de leur conception &lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; ce sujet, lire &#171; Le r&#233;chauffement climatique met en &#233;vidence la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Le nucl&#233;aire est une industrie dangereuse et complexe, qui n&#233;cessite une pr&#233;visibilit&#233; tr&#232;s forte&lt;/i&gt; &#187;, pointe Charlotte Mijeon, du r&#233;seau Sortir du nucl&#233;aire. Or, le r&#233;chauffement climatique, c'est l'inconnu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et les d&#233;chets ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Reste la sempiternelle question des d&#233;chets, que Jean-Marc Jancovici balaye d'un revers de la main, arguant sur le site d'Orano (ex-Areva) qu'ils &#171; &lt;i&gt;n'ont jamais fait un seul mort&lt;/i&gt; &#187;. Les plus dangereux de ces d&#233;chets resteront tout de m&#234;me radioactifs pendant pr&#232;s d'un million d'ann&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce front-l&#224; aussi, l'&#201;tat avance. D&#233;but juillet, la future poubelle nucl&#233;aire de Bure (Meuse) a &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;e d'utilit&#233; publique. Une &#233;tape importante : si le recours que les opposants au projet s'appr&#234;tent &#224; d&#233;poser n'aboutit pas, l'Agence nationale pour la gestion des d&#233;chets radioactifs (Andra) pourra recourir &#224; l'expropriation pour r&#233;cup&#233;rer le foncier qui lui manque encore. &#171; &lt;i&gt;Rien ne doit arr&#234;ter la relance du nucl&#233;aire en France&lt;/i&gt; &#187;, grimace Charlotte Mijeon, qui d&#233;nonce entre autres un projet &#171; &lt;i&gt;pas m&#251;r&lt;/i&gt; &#187; technologiquement. Sur place, la r&#233;sistance continue de s'organiser.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.contexte.com/article/energie/info-contexte-nucleaire-pas-encore-lances-les-futurs-epr-deja-en-retard-et-plus-chers_140631.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Nucl&#233;aire : pas encore lanc&#233;s, les futurs EPR d&#233;j&#224; en retard et plus chers&lt;/a&gt; &#187; (26/10/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; ce sujet, lire &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/15/nucleaire-le-rechauffement-climatique-met-en-evidence-la-vulnerabilite-des-centrales-a-l-elevation-des-temperatures_6126175_3232.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le r&#233;chauffement climatique met en &#233;vidence la vuln&#233;rabilit&#233; des centrales &#224; l'&#233;l&#233;vation des temp&#233;ratures&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (15/05/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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