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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Entre mes lignes</title>
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		<dc:date>2022-09-02T10:38:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yz&#233; Volupt&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>Putain de chronique</dc:subject>
		<dc:subject>Nijelle Botainne </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Elle est &#224; la fois escort, camgirl, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe. Elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique. J'ai toujours beaucoup &#233;crit dans ma vie, en grande partie pour d'autres : (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Putain-de-chronique" rel="tag"&gt;Putain de chronique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nijelle-Botainne" rel="tag"&gt;Nijelle Botainne &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Elle est &#224; la fois escort, camgirl, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe. Elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200yze_resultat-3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH536/1200yze_resultat-3-9ebbd.jpg?1768660096' width='500' height='536' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Nijelle Botainne
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai toujours beaucoup &#233;crit dans ma vie, en grande partie pour d'autres : j'ai d&#233;laiss&#233; mon journal intime quand mes mots ont embrass&#233; la propagande. Ce n'est qu'avec les ann&#233;es que j'ai compris que la seule politique qui m'int&#233;resse, c'est celle qui s'appuie sur l'intime et le v&#233;cu pour produire une analyse complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a neuf mois, je d&#233;barquais dans ces pages avec la f&#233;roce envie de rugir &#224; la face du monde ma putain de fiert&#233; et ma rage d'&#234;tre infantilis&#233;e, silenci&#233;, jug&#233;, pathologis&#233;e, psychiatris&#233;, criminalis&#233;e&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La grammaire fran&#231;aise est une plaie : elle exige constamment que je (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et j'en passe. Le lectorat de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; me paraissant aussi divers que vari&#233;, je me r&#233;jouissais &#224; l'id&#233;e de susciter autant de connivence que de r&#233;ticences, n'ayant jamais &#233;t&#233; moi-m&#234;me &#224; proprement parl&#233; un &#234;tre de consensus. Je me croyais au clair avec mes objectifs, mais &#231;a n'a pas loup&#233; : c'est au cours du processus de cr&#233;ation que se r&#233;v&#232;lent des enjeux dont on aurait pr&#233;f&#233;r&#233; qu'ils restent cach&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s la premi&#232;re chronique, j'ai &#233;crit pour ma famille. Pour mes parents, pour ma fratrie. Ma crainte d'&#234;tre d&#233;masqu&#233;e se confondant perp&#233;tuellement avec le d&#233;sir sourd d'&#234;tre reconnue, pour qu'enfin les artifices c&#232;dent la place &#224; une discussion franche, &#224; une normalisation de fait. Je voudrais savoir comment vivre sereinement dans le mensonge et accepter pour de bon que je n'obtiendrai jamais de validation quelconque. Mais la tristesse qui si souvent me ronge dit de moi que je n'en suis pas l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai beau tenter de faire sans elles, j'&#233;cris toujours pour les abolos&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; abolitionnistes de la prostitution &#187;, comme se revendique une partie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Je voudrais bien ne pas vous accorder autant d'importance, mais c'est peine perdue, je connais votre rh&#233;torique et je sais par avance chaque mot que vous utiliserez contre moi. Et contre nous toutes et tous, en d&#233;finitive. Pour &#234;tre honn&#234;te, je ne d&#233;sesp&#232;re pas de vous convaincre. Ma propre na&#239;vet&#233; m'embarrasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;guli&#232;rement, je crois m'&#233;touffer dans ma misandrie, mais paradoxalement c'est aussi dans mon taf que je croise des mecs qui me donnent envie de continuer &#224; faire de la p&#233;dagogie. J'&#233;cris aussi pour ceux-l&#224;, les timides, les curieux, et les autres, ceux qui n'ont jamais os&#233; franchir le pas. Et bordel, si seulement je pouvais donner aux meufs, aux gouines, aux trans et aux non-binaires l'envie de venir nous voir : venez, on attend que &#231;a ! Il n'y a aucune honte &#224; se faire du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parfois, je d&#233;die l'une ou l'autre phrase &#224; mes ex, &#224; qui je regrette tant de ne pouvoir dire ouvertement combien le travail du sexe (TDS) me lib&#232;re : j'en ai fini avec le couple totalisant, avec l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; subie, avec la monogamie contrainte, avec la prostitution conjugale. Mais je n'en ai pas fini avec l'amour : j'&#233;cris aussi pour lui, toutes ces choses dont on ne parle pas, qu'il ne peut pas entendre mais que pourtant il lit. Je ne veux toujours pas apprendre &#224; vivre sans toi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris pour me rappeler que j'existe, quand la perspective de devenir fou ou de mourir pr&#233;matur&#233;ment me fait &#224; ce point douter de ma corporalit&#233; qu'il n'y a que ce que je produis de fa&#231;on tangible qui p&#232;se. Si je disparais, de la vie ou du sens commun, que restera t-il &#224; ma prog&#233;niture pour reconstituer les pi&#232;ces manquantes ? Je veux qu'&#224; &#171; fils de pute &#187; elle puisse opposer d'autres mots, les miens. Des mots qu'on n'aura pas pu falsifier et qui diront les choix, l'ambivalence, les risques, les victoires. Et qui diront l'amour aussi, parce que devenir putain m'a permis de me sentir plus stable et plus apte &#224; assumer mes responsabilit&#233;s de parent. Vous trouverez parmi les putes beaucoup de m&#232;res isol&#233;es &#224; qui le TDS offre des avantages incomparables : un emploi du temps flexible, un taux horaire imbattable compar&#233; &#224; la plupart des tafs qu'on nous propose, pas de hi&#233;rarchie. Mon lapin, c'est aussi pour toi que je suis devenue putain, m&#234;me si la peur qu'un jour on vienne te prendre &#224; moi me terrasse ; je l'ai aussi fait pour pouvoir quitter ton p&#232;re et ne plus jamais d&#233;pendre d'aucun homme ; pour ne plus m'endormir chaque soir en me demandant comment j'allais bien pouvoir t'offrir le minimum de confort que tu m&#233;rites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris, parce que &#231;a m'est tellement plus simple que de parler. Je suis une &#233;trange cr&#233;ature qu'on pourrait croire sociable : en r&#233;alit&#233; mes tentatives r&#233;p&#233;t&#233;es de faire partie d'un groupe me rappellent r&#233;guli&#232;rement combien, avec mes passions bi-solaires et mes inconsolables d&#233;sirs d'absolu, je suis plus dou&#233; pour construire des forteresses que pour jeter des ponts. Je voudrais dire que j'&#233;cris &lt;i&gt;pour les miens&lt;/i&gt;, mais je me fais doucement &#224; l'id&#233;e qu'il n'y a gu&#232;re qu'avec quelques individus aussi fous et affam&#233;s que moi que je puisse &lt;i&gt;faire famille&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'esp&#233;rais secr&#232;tement qu'&#233;crire ici pallierait mes difficult&#233;s relationnelles. Je cherche encore dans le milieu TDS des complices, peut-&#234;tre m&#234;me, qui sait, des ami&#183;es. Des personnes qui donneraient du corps &#224; la notion de communaut&#233;, que je peine jusqu'&#224; aujourd'hui &#224; ressentir tant les v&#233;cus, les conditions de travail et les motivations varient d'une personne &#224; l'autre. De rares rencontres m'ont prouv&#233; que j'avais raison de continuer &#224; chercher. Je voudrais tant nous sentir moins seul&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris comme on vomit, comme on pleure ou comme on crie. De plaisir parfois, de douleur la plupart du temps. J'&#233;cris du haut de mes d&#233;sirs d'enfant, pour apaiser quelque temps le feu qui me d&#233;vore autant qu'il me nourrit, pour voir des flammes s'allumer dans vos yeux et qu'ensemble peut-&#234;tre on finisse par danser autour du grand b&#251;cher qu'on aura fait de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;cris, mais je ne viens pas me plaindre. Que les choses soient claires, je ne m'excuse de rien. Comme le disait si bien Despentes dans &lt;i&gt;King Kong Th&#233;orie&lt;/i&gt; &#8211; &#224; qui je dois mes premiers pas de salope qui s'assume : &#171; &lt;i&gt;Je n'&#233;changerais ma place contre aucune autre, parce qu'&#234;tre moi me semble &#234;tre une affaire bien plus int&#233;ressante &#224; mener que n'importe quelle autre affaire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi s'ach&#232;ve ma premi&#232;re saison &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; suivre...&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : Karim, Alex, j'ai bien re&#231;u vos lettres. &#192; d&#233;faut de pouvoir correspondre, j'aimerais dire &#224; toutes celles et ceux qui me lisent du fond de leurs cachots : ni oubli, ni pardon, tenez bon, on ne vous oublie pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;c&#233;dentes &#034;Putain de chroniques&#034; : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-ne-suis-pas-la-pute-que-vous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je ne suis pas la pute que vous croyez &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sale-pute' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sale pute ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Hommage-a-nos-clandestinites' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Hommage &#224; nos clandestinit&#233;s &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Therapute' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Th&#233;rapute&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Pornoscopie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pornoscopie&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Si-meme-les-feministes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Si m&#234;me les f&#233;ministes&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#7&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Aimer-une-putain&#034;&gt;Aimer une putain&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#8&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Not-all-men' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Not all men&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La grammaire fran&#231;aise est une plaie : elle exige constamment que je choisisse entre l'un ou l'autre genre. En attendant que le langage &#233;volue, je les utiliserai en alternance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour &#171; abolitionnistes de la prostitution &#187;, comme se revendique une partie non n&#233;gligeable du mouvement f&#233;ministe. &#192; ne pas confondre avec l'abolitionnisme carc&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Vous allez me manquer ! &#187; </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Vous-allez-me-manquer</link>
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		<dc:date>2022-09-02T10:38:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dernier &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous a livr&#233; chaque mois depuis vingt num&#233;ros des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. Au terme d'un contrat initial d'un mois renouvel&#233; seize fois, ma d&#233;cision est prise : j'arr&#234;te l'Ehpad. Pourquoi ? Pour un ensemble de raisons. L'obligation de me refaire revacciner (ce dont je n'ai pas envie), des douleurs qui me sont apparues et qui m'am&#232;nent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dernier &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous a livr&#233; chaque mois depuis vingt num&#233;ros des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au terme d'un contrat initial d'un mois renouvel&#233; seize fois, ma d&#233;cision est prise : j'arr&#234;te l'Ehpad. Pourquoi ? Pour un ensemble de raisons. L'obligation de me refaire revacciner (ce dont je n'ai pas envie), des douleurs qui me sont apparues et qui m'am&#232;nent chez l'ost&#233;opathe (&#224; mes frais), l'envie de me recentrer sur mes activit&#233;s artistiques. Je l'annonce aux coll&#232;gues et &#224; quelques r&#233;sident&#183;es. Les r&#233;actions me font chaud au c&#339;ur. Yvette verse une larme : &#171; &lt;i&gt;Vous allez me manquer&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; me dit-elle, tr&#232;s &#233;mue. Elle aussi va me manquer et ce n'est pas la seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de personnes dont je me suis occup&#233; sont d&#233;c&#233;d&#233;es : quatorze rien qu'&#224; mon &#233;tage, je pr&#233;f&#232;re ne pas savoir combien sur l'ensemble de l'&#233;tablissement. Certaines d'entre elles ont &#233;t&#233; les protagonistes de cette chronique, &#224; leur insu&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leurs noms et pr&#233;noms ont en revanche toujours &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, car comment faire autrement ? Je leur adresse une pens&#233;e et les remercie : elles ont contribu&#233; &#224; rendre bien vivants ces lieux dont on ne retient le plus souvent que la r&#233;putation ex&#233;crable. Quant &#224; celles et ceux qui sont encore l&#224;, qui s'accrochent ou qui perdent pied, j'ai la d&#233;sagr&#233;able sensation de les abandonner. Des coll&#232;gues aussi vont me manquer : partager les gal&#232;res du boulot, s'entraider, d&#233;conner et rire de ce qui n'est pas forc&#233;ment dr&#244;le, &#231;a cr&#233;e des liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un mois passe. Je repense &#224; des moments que j'appr&#233;ciais : servir en salle &#224; manger, sortir des r&#233;sident&#183;es dans le jardin pour leur faire profiter d'un rayon de soleil, chanter entre deux chambres &#224; nettoyer, m'enfiler un verre de soupe devant l'&#233;vier plein de vaisselle, caler mon rythme sur l'extr&#234;me lenteur et voir les distances et le temps s'&#233;tirer. Je revois G&#233;rard qui regagne sa chambre avec sa d&#233;marche d'ours des Pyr&#233;n&#233;es ; Betty s'appliquant &#224; d&#233;froisser un tas de lavettes informes ; M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Milnis qui exasp&#232;re son entourage &#224; force d'allumer et &#233;teindre la lumi&#232;re ; Suzanne errant dans le couloir &#224; la recherche d'une oreille &#224; qui confier son secret&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme promis, je reviens un dimanche apr&#232;s-midi pour animer un go&#251;ter en chansons : un moment joyeux qui me donne une raison et l'envie de maintenir le lien. Puis je monte au 4e voir les oubli&#233;&#183;es, celles et ceux qui ne profitent jamais des distractions. L&#224;, un profond sentiment de tristesse me saisit &#224; nouveau, comme au premier jour, comme &#224; chaque retour de cong&#233;s. Je ne m'en d&#233;barrasserai jamais, elle est impr&#233;gn&#233;e dans les murs comme une odeur tenace. J'ai simplement r&#233;ussi &#224; la mettre en sourdine pour pouvoir faire ce qu'on me demandait de faire. Maintenant, je me demande : &#171; &lt;i&gt;J'y retourne ou j'y retourne pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Le temps passe et j'ai mauvaise conscience. Je comprends mieux certains comportements de coll&#232;gues qui me choquaient parfois : pour durer, il faut se blinder ; d&#232;s qu'on d&#233;pose l'armure, c'est foutu ! C'est l'institution qui fait &#231;a. On a beau l'avoir entendu, il faut l'exp&#233;rimenter pour l'int&#233;grer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais mon ex-employeur, n'entend pas me laisser filer &#224; si bon compte. Un peu partout sur mes trajets habituels, ces fourbes ont affich&#233; un visage de vieille dame, qui me regarde l'air soucieux. &#171; Elle vous attend &#187;, est &#233;crit en grand. Et en-dessous : &#171; Aides-soignants, auxiliaires de vie, infirmiers, le CCAS&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre communal d'action sociale.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; recrute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Denis L.&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH356/1500refuserehpad_resultat-2-2-0095b-2cf8f-d8a17-db57f-7d92e-6459b-2593a-65415.jpg?1768901367' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-dansait-a-en-mourir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-t-aime-comme-un-frere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je t'aime comme un fr&#232;re ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-va-Denis-tranquille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va Denis, tranquille ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Elle-a-pas-fini-de-vous-emmerder' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Elle a pas fini de vous emmerder, celle-l&#224; ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Une-vie-sociale-un-peu-terne' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Une vie sociale un peu terne &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-va-encore-faire-des-trucs-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va encore faire des trucs &#224; histoire&#8230; &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-va-nous-prendre-pour-des-Gitans' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On va nous prendre pour des Gitans ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-pigeons-ils-valent-mieux-que' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les pigeons, ils valent mieux que vous ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Quand-y-a-que-des-nenettes-3573' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Quand y a que des n&#233;nettes... &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;14&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-Allemands' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les Allemands ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Potage-deux-louches' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Potage, deux louches ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;16&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Elle-a-tout-pour-etre-heureuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Elle a tout pour &#234;tre heureuse ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;17&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-ne-se-fait-pas-de-toucher-un' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a ne se fait pas de toucher un homme &#224; ces endroits ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;18&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Allez-y-faites-moi-rire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Allez-y, faites-moi rire ! &#187;&lt;/a&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;19&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Il-faut-voir-ca-avec-notre-cher' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Il faut voir &#231;a avec notre cher pr&#233;sident ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Leurs noms et pr&#233;noms ont en revanche toujours &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centre communal d'action sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La patiente se lamente : &#8220;J'ai faim, j'ai faim&#8221; &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-patiente-se-lamente-J-ai-faim-j</link>
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		<dc:date>2022-07-29T09:45:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Les personnes en souffrance psychique n'ont pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es par la Seconde Guerre mondiale. En France, entre 1940 et 1944, le gouvernement de Vichy a litt&#233;ralement laiss&#233; crever de faim 45 000 &#171; ali&#233;n&#233;&#183;es &#187;, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Le documentaire La Faim des fous (2018), de Franck Seuret, l&#232;ve le voile sur cet &#233;pisode honteux de l'histoire, permettant &#224; certains descendants de briser le silence. Un seul lieu &#233;chappe &#224; cette h&#233;catombe : &#224; l'asile de Saint-Alban, en Loz&#232;re, on ne (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les personnes en souffrance psychique n'ont pas &#233;t&#233; &#233;pargn&#233;es par la Seconde Guerre mondiale. En France, entre 1940 et 1944, le gouvernement de Vichy a litt&#233;ralement laiss&#233; crever de faim 45 000 &#171; ali&#233;n&#233;&#183;es &#187;, dans l'indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale. Le documentaire &lt;i&gt;La Faim des fous&lt;/i&gt; (2018), de Franck Seuret, l&#232;ve le voile sur cet &#233;pisode honteux de l'histoire, permettant &#224; certains descendants de briser le silence. Un seul lieu &#233;chappe &#224; cette h&#233;catombe : &#224; l'asile de Saint-Alban, en Loz&#232;re, on ne meurt pas de faim. On y invente m&#234;me une autre fa&#231;on de faire de la psychiatrie, que documente&lt;i&gt; Les Heures heureuses&lt;/i&gt; (2019), de la r&#233;alisatrice Martine Deyres.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4671 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;38&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200faimdesfous_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH494/1200faimdesfous_resultat-e1235.jpg?1768901368' width='500' height='494' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Baptiste Alchourroun
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous l'Occupation, partout en France, la crise alimentaire fait rage. Pour ne rien arranger, P&#233;tain et son gouvernement inf&#233;od&#233; &#224; l'occupant nazi pillent des terres, r&#233;quisitionnent certains troupeaux, affamant de fait la population. En 1940 est mise en place une carte de rationnement qui garantit 1 200 &#224; 1 800 calories par jour et par personne au lieu des 2 400 recommand&#233;es pour tenir le coup. Les malades mentaux, enferm&#233;s entre les quatre murs de l'asile, ne peuvent compl&#233;ter cette maigre ration avec des aliments trouv&#233;s sur le march&#233; noir. R&#233;sultat : on y cr&#232;ve de faim et le taux de mortalit&#233; s'affole. En 1942, au plus fort de la guerre, il atteint 25 % voire 38 % dans certains h&#244;pitaux contre 6 % &#224; 9 % en temps &lt;i&gt;normal&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, quand on rentrait &#224; l'asile, on savait qu'on en sortirait plus&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Coty Clin, directrice du mus&#233;e d'histoire de la psychiatrie de Clermont (Oise), dans le documentaire &lt;i&gt;La Faim des fous&lt;/i&gt; de Franck Seuret&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Visible gratuitement sur Internet, notamment sur YouTube&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Devant cette h&#233;catombe, des psychiatres r&#233;clament d&#232;s 1941 des compl&#233;ments alimentaires. Mais Vichy refuse d'octroyer ce suppl&#233;ment et continue d'affamer ces patients jug&#233;s sans int&#233;r&#234;t. En octobre 1942, le gouvernement c&#232;de. La courbe de mortalit&#233; s'inverse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des morts-vivants &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#192; travers le dossier de ma grand-m&#232;re, il y aura le dossier de toutes ces personnes qui n'auraient jamais d&#251; mourir&lt;/i&gt; &#187;, estime Isabelle Gautier, figure centrale du film. Sa grand-m&#232;re, H&#233;l&#232;ne Guerrier est morte de cachexie&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Affaiblissement de l'organisme provoqu&#233; par une d&#233;nutrition tr&#232;s importante.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#224; l'h&#244;pital de Clermont en juin 1942, trois ans apr&#232;s son internement. Plac&#233;e en famille d'accueil d&#232;s son plus jeune &#226;ge, elle devient la domestique de grands bourgeois. Quand la guerre &#233;clate, elle prend la route de l'exil, seule avec ses quatre enfants sur les bras. Traumatis&#233;e, elle se fait interner par sa fille &#8211; la m&#232;re d'Isabelle Gautier. &#171; &lt;i&gt;Une chape de plomb &#233;norme pesait sur cet &#233;pisode de la vie de famille&lt;/i&gt; &#187;, explique Isabelle qui d&#233;cide de mener l'enqu&#234;te pour comprendre la trajectoire de sa grand-m&#232;re. On la suit, &#233;pluchant son dossier dans les archives de l'asile de Clermont : &#171; &lt;i&gt;Toujours &#233;nerv&#233;e &#224; la distribution de pain. R&#233;clame une part plus grande. Se lamente :&#8220;J'ai faim, j'ai faim&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Les comptes rendus font froid dans le dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains des patients ne pesaient plus que 35 kilos. &#171; &lt;i&gt;Ils n'&#233;taient plus que l'ombre d'eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore Coty Clin, pr&#233;sentant une des rares photos de l'&#233;poque, prise en 1945. Rassembl&#233;s dans un pavillon de l'h&#244;pital, une dizaine de malades, &#224; la maigreur morbide, le regard absent, rappellent de fa&#231;on saisissante les portraits des prisonniers des camps de concentration. &#171; &lt;i&gt;Ces&lt;/i&gt; &lt;i&gt;gens &#233;taient des morts-vivants. Dans l'h&#244;pital, tout le monde avait honte&lt;/i&gt; &#187;, explique Fran&#231;oise Beaudoin, fille du m&#233;decin-chef de l'h&#244;pital de Mar&#233;ville (Meurthe-et-Moselle), &#226;g&#233;e de 6 ans &#224; l'&#233;poque. &#201;mue aux larmes, elle raconte qu'un patient, aussi jardinier de la structure, lui a un jour montr&#233; sa ration quotidienne. En guise de repas : &#171; &lt;i&gt;un cro&#251;ton naus&#233;abond &#224; la betterave, rempli d'un magma visqueux&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'historienne Isabelle von Bueltzingsloewen, auteure de &lt;i&gt;L'H&#233;catombe des fous&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; La Famine dans les h&#244;pitaux psychiatriques sous l'Occupation, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, rappelle par ailleurs que les id&#233;es eug&#233;nistes sont largement r&#233;pandues en Occident dans l'entre-deux-guerres. D&#232;s la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, aux USA certains &#201;tats ont mis en place la st&#233;rilisation des populations marginales (fous, Noirs, mis&#233;reux&#8230;). Sous le nazisme, les m&#234;mes th&#233;ories aboutiront &#224; l'extermination de plus de 300 000 malades mentaux. Concernant le sort r&#233;serv&#233; &#224; ces malades en France, le psychiatre Max Lafont parle d'&lt;i&gt;extermination douce&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Extermination douce, Le Bord de l'eau, 2000.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; : une indiff&#233;rence, un abandon, une privation absolue qui ont caus&#233; la mort d'environ 45 000 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au m&#234;me moment, &#224; l'asile de Saint-Alban-sur-Limagnole (Loz&#232;re), la r&#233;alit&#233; est tout autre...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Opposer l'humanit&#233; &#224; la barbarie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ici, on n'attachait pas les malades&lt;/i&gt; &#187;, introduit Martine Deyres, la r&#233;alisatrice du documentaire &lt;i&gt;Les Heures heureuses&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sorti en avril dernier et encore visible dans quelques cin&#233;mas.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, en pleine discussion avec d'anciens infirmiers de l'h&#244;pital psychiatrique de Saint-Alban. Dans cet asile s'est invent&#233; une nouvelle forme de soin qui a pr&#233;serv&#233; les malades de la faim durant la Seconde Guerre mondiale. Patients, r&#233;sistants, po&#232;tes et philosophes en exil s'y c&#244;toient et fondent, sous l'impulsion du psychiatre catalan Fran&#231;ois Tosquelles (1912-1994), les bases de ce qu'on appellera la psychoth&#233;rapie institutionnelle. On d&#233;couvre sur les bobines tourn&#233;es par le personnel et retrouv&#233;es par la r&#233;alisatrice, le quotidien de cet h&#244;pital hors norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1940, l'h&#244;pital de Saint-Alban compte 540 malades sous la direction du m&#233;decin Paul Balvet. H&#233;ritier d'une tradition occitane de psychoth&#233;rapie moderne, Balvet extrait Tosquelles du camp de Septfonds (Tarn-et-Garonne), o&#249; il est retenu apr&#232;s avoir fui l'Espagne franquiste&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tosquelles &#233;tait notamment membre du Poum (Parti ouvrier d'unification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; et dans lequel il a entam&#233; un travail psychiatrique avec les autres prisonniers. Balvet l'invite &#224; travailler &#224; Saint-Alban.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les m&#233;thodes r&#233;volutionnaires exp&#233;riment&#233;es par Tosquelles &#224; Saint-Alban figure l'ergoth&#233;rapie : le soin par la mise en place d'activit&#233;s afin de pr&#233;server l'autonomie des personnes. &#171; &lt;i&gt;Tous partaient le matin dans les ateliers pour travailler, faire des activit&#233;s,&lt;/i&gt; rappelle un infirmier. &lt;i&gt;Ceux qui ne pouvaient pas sortir des pavillons faisaient le m&#233;nage.&lt;/i&gt; &#187; Pour survivre &#224; la guerre et &#224; la crise alimentaire, il est alors vital d'abattre les murs de l'asile et de construire des liens avec le village : &#171; &lt;i&gt;Ici, on n'utilise pas les malades pour faire la guerre mais pour participer au march&#233; noir&lt;/i&gt; &#187;, explique Tosquelles. Les infirmiers accompagnent les patients en for&#234;t pour chercher des champignons quand d'autres partent en qu&#234;te d'&#339;ufs, de lait et de viande &#224; la ferme. Les malades sont aussi amen&#233;s &#224; servir le repas aux juifs et aux militants qui trouvent refuge &#224; Saint-Alban. &#171; &lt;i&gt;Soign&#233;s et soignants font &#339;uvre th&#233;rapeutique en bossant ensemble. Sous l'Occupation, utiliser le travail th&#233;rapeutique en faisant travailler la terre est &#224; la fois une r&#233;sistance &#224; la famine et une invention&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Lucien Bonnaf&#233; qui prendra la direction de l'h&#244;pital en janvier 1943.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Durant ces ann&#233;es de guerre, l'h&#244;pital voit aussi na&#238;tre un club des malades, un bar-biblioth&#232;que et une &#233;cole professionnelle d'infirmiers en psychiatrie. On y monte &#233;galement le journal &lt;i&gt;Trait d'union&lt;/i&gt;, instrument de la vie collective et passerelle entre les patients des diff&#233;rents pavillons, mais aussi entre soignants et patients. On organise des veill&#233;es chaque semaine, ainsi que des f&#234;tes votives d&#233;lirantes, ouvertes sur le village. Et on fomente la r&#233;volution de la psychiatrie, le soir, au sein de la Soci&#233;t&#233; du G&#233;vaudan o&#249; m&#233;decins et soignants repensent l'ali&#233;nation sociale et l'ali&#233;nation mentale. C'est ici qu'ils posent les bases de ce qui deviendra la psychoth&#233;rapie institutionnelle afin de soigner l'h&#244;pital et r&#233;inventer la psychiatrie. &#192; Saint-Alban, il n'y a alors plus de distinction entre le soin et la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure o&#249; la psychiatrie s'effondre, o&#249; le recours &#224; la contention et &#224; l'isolement se g&#233;n&#233;ralisent et o&#249; l'acc&#232;s aux soins devient de plus en plus in&#233;galitaire, il est important de rappeler qu'&#224; une &#233;poque pas si lointaine, dans des circonstances autrement plus dramatiques, on a envisag&#233; le soin d'une fa&#231;on plus humaine et r&#233;volutionnaire. Et tandis qu'on marginalise sans cesse davantage les plus fragiles et les moins productifs, il devient urgent d'y opposer le puissant &lt;i&gt;leitmotiv&lt;/i&gt; de Lucien Bonnaf&#233; : &#171; &lt;i&gt;Singularit&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Solidarit&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Visible gratuitement sur Internet, notamment sur YouTube&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Affaiblissement de l'organisme provoqu&#233; par une d&#233;nutrition tr&#232;s importante.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &lt;i&gt;La Famine dans les h&#244;pitaux psychiatriques sous l'Occupation&lt;/i&gt;, Flammarion, coll. &#171; Champs Histoire &#187;, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Extermination douce&lt;/i&gt;, Le Bord de l'eau, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sorti en avril dernier et encore visible dans quelques cin&#233;mas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tosquelles &#233;tait notamment membre du Poum (Parti ouvrier d'unification marxiste), le parti communiste antistalinien.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La voix d'un prol&#233;taire colonis&#233;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-voix-d-un-proletaire-colonise</link>
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		<dc:date>2022-07-29T09:45:30Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;En pleine guerre d'Alg&#233;rie, Ahmed, ouvrier alg&#233;rien rebelle, &#171; raconte sa vie &#187; dans la revue marxiste Socialisme ou barbarie. Les &#233;ditions Niet ! r&#233;&#233;ditent son t&#233;moignage, qui remet en perspective la dimension socio-&#233;conomique de la lutte ind&#233;pendantiste. Soixante ans apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, son histoire est aplatie &#224; l'int&#233;rieur de la grande &#233;pop&#233;e mondiale de la d&#233;colonisation. D'une multiplicit&#233; de destins n'&#233;mergent globalement que deux prismes de lecture : d'un c&#244;t&#233;, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En pleine guerre d'Alg&#233;rie, Ahmed, ouvrier alg&#233;rien rebelle, &#171; &lt;i&gt;raconte sa vie&lt;/i&gt; &#187; dans la revue marxiste &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/i&gt;. Les &#233;ditions Niet ! r&#233;&#233;ditent son t&#233;moignage, qui remet en perspective la dimension socio-&#233;conomique de la lutte ind&#233;pendantiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;oixante ans apr&#232;s l'ind&#233;pendance de l'Alg&#233;rie, son histoire est aplatie &#224; l'int&#233;rieur de la grande &#233;pop&#233;e mondiale de la d&#233;colonisation. D'une multiplicit&#233; de destins n'&#233;mergent globalement que deux prismes de lecture : d'un c&#244;t&#233;, le colonisateur europ&#233;en qui s'empare de territoires, opprime les populations et exploite cyniquement les ressources ; de l'autre, des peuples qui paient de leur sang le prix de la libert&#233;. &#192; l'int&#233;rieur de ce sch&#233;ma, la soci&#233;t&#233; alg&#233;rienne est plus complexe : aucune autre colonie n'a &#233;t&#233; aussi &#171; int&#233;gr&#233;e &#187; &#224; sa m&#233;tropole, tandis que sur place les Europ&#233;ens repr&#233;sentent plus de 10 % de la population. Publi&#233; en 1959-60 dans la revue marxiste antistalinienne &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/i&gt; sous le titre &#171; Un Alg&#233;rien raconte sa vie &#187;, r&#233;&#233;dit&#233; en mai chez Niet ! sous la forme d'un petit livre sous-titr&#233; &#171; Tribulations d'un prol&#233;taire &#224; la veille de l'ind&#233;pendance &#187;, le t&#233;moignage d'Ahmed redonne chair &#224; la condition des domin&#233;s de l'Alg&#233;rie coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les origines d'Ahmed ne sont pas les plus confortables, mais lui fournissent un sacr&#233; poste d'observation. Son p&#232;re meurt quand il est b&#233;b&#233; et sa m&#232;re doit retourner dans sa famille, issue de la bourgeoisie locale, qui la maltraite. Alors que ses cousins, la raie sur le c&#244;t&#233;, vont &#224; l'&#233;cole, Ahmed, on l'y envoie &#224; peine : ce grand &#233;cart social est le tissu qui fait les r&#233;volutionnaires. Tout gosse, il en chie, est envoy&#233; trimer chez des artisans qui le roulent et lui mettent sur la gueule ; presque aussi vite, il se rebiffe. &#192; 13 ou 14 ans, il arr&#234;te sa main au moment o&#249; elle va foutre un grand coup de marteau sur la nuque de son patron. Plus aguerri, il sabote m&#233;thodiquement la production chez ses employeurs v&#233;reux. Cet instinct de r&#233;volte, on ne sait jamais exactement d'o&#249; il vient, mais il conf&#232;re au t&#233;moignage d'Ahmed son c&#244;t&#233; explosif, aff&#251;t&#233;, transversal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Racisme &#224; la papa&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'Alg&#233;rie de sa jeunesse, dans les ann&#233;es 1930-1940 &#8211; et qui survit surtout, dans l'imaginaire collectif, par les r&#233;cits des pieds-noirs, aux premiers rangs desquels Albert Camus &#8211; est un monde contrast&#233;. Ahmed rapporte des r&#233;cits &#233;c&#339;urants de petits cireurs escroqu&#233;s par des Europ&#233;ens, de minots qui fraudent le tramway et dont un Fran&#231;ais s'amuse &#224; balancer le b&#233;ret sur les rails&#8230; Celui qui r&#226;le finit en garde &#224; vue, c'est la routine, m&#234;me &#224; 11 ans. Mais le racisme n'est pas seul en jeu. Au bal, les &#171; Arabes corrompus &#187;, les riches qui collaborent avec le colonisateur, tirent leur &#233;pingle du jeu. La diff&#233;rence ethno-religieuse est le faux nez de la domination sociale. Une &#171; &lt;i&gt;donn&#233;e cruciale du syst&#232;me colonial&lt;/i&gt; &#187;, explique la postface, est &#171; &lt;i&gt;sa capacit&#233; &#224; s'appuyer sur (ou &#224; reconfigurer) des modes de domination qui lui pr&#233;existent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1945, las de la passivit&#233; de ses camarades exploit&#233;s dans des boulots subalternes, Ahmed d&#233;barque en France. Le tableau n'est pas joli-joli. Bien avant la guerre d'Alg&#233;rie, le racisme est partout. Ahmed, dont &#171; &lt;i&gt;[la] physionomie ne montre pas qu'[il est] alg&#233;rien&lt;/i&gt; &#187;, a ses entr&#233;es dans tous les bars : ce qu'il y entend, c'est un racisme &#224; la papa, ouvert, injurieux, gratuit, m&#233;chant, syst&#233;matique. Quand, avec sa femme (fran&#231;aise) et leur b&#233;b&#233;, il veut prendre l'avion pour le bled, on le fait attendre toute la journ&#233;e qu'il y ait assez d'Arabes pour remplir un vol.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luttes sociales &amp; luttes nationales&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ahmed traverse les combats politiques comme sa vie de travailleur : le regard aiguis&#233;, saisissant tout de suite les failles, empoignant toutes les opportunit&#233;s. Encore en Alg&#233;rie, il est proche du Parti communiste, le seul &#224; s'agiter en d&#233;fense des prol&#233;taires. Mais les militants europ&#233;ens, ultra majoritaires, se foutent pas mal de ce que subissent les Arabes. La lutte nationaliste, c'est le constat quotidien de l'injustice qui l'y conduit. S'il sympathise, c'est, l&#224; encore, de l'ext&#233;rieur. La r&#233;pression sanglante des manifestations de mai 1945 &#8211; le &#171; massacre de S&#233;tif &#187;, avec ses 15 000 &#224; 30 000 morts &#8211; lui inspire cette r&#233;flexion : &#171; &lt;i&gt;La plus belle connerie qu'ils ont faite, c'est d'oublier que malgr&#233; cette population qu'ils avaient massacr&#233;e, il y avait encore les enfants.&lt;/i&gt; &#187; Des t&#233;moins innocents des exactions, qui grandiront dans le souvenir et la haine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &lt;i&gt;Socialisme ou barbarie&lt;/i&gt;, le t&#233;moignage d'Ahmed permet de mettre en perspective luttes sociales et luttes nationales. C&#244;t&#233; fran&#231;ais, des ouvriers &#171; nationalis&#233;s &#187; par le Parti communiste, shoot&#233;s &#224; la haine du boche. C&#244;t&#233; alg&#233;rien, dit la postface, &#171; &lt;i&gt;une communaut&#233; dont les antagonismes en gestation exc&#232;dent les &#233;nonc&#233;s unificateurs impos&#233;s par le FLN&lt;/i&gt; &#187; &#8211; l'arnaque aura dur&#233; jusqu'au Hirak. De part et d'autre de la M&#233;diterran&#233;e, les constructions nationales balaient artificiellement la r&#233;alit&#233; de la conflictualit&#233; sociale. Reste &#224; le faire comprendre &#224; ceux qui comm&#233;morent ces jours-ci le souvenir de l'Alg&#233;rie coloniale &#8211; de ses injustices et de ses crimes.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;div class='spip_document_4672 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/unalgerien_couv_web-10x17-small.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH850/unalgerien_couv_web-10x17-small-3037f.jpg?1768901369' width='500' height='850' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quand les machines se taisent </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Une-usine-tres-occupee</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Une-usine-tres-occupee</guid>
		<dc:date>2022-07-22T10:15:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pauline Laplace, Rafael Campagnolo</dc:creator>


		<dc:subject>Campi Bisenzio</dc:subject>
		<dc:subject>soleil &#233;crasant</dc:subject>
		<dc:subject>campagne toscane</dc:subject>
		<dc:subject>toscane entourent</dc:subject>
		<dc:subject>zone industrielle</dc:subject>
		<dc:subject>GKN</dc:subject>
		<dc:subject>Seconde Guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Elzazimut</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 9 juillet, il y aura un an que dans la banlieue de Florence (Italie), les ouvriers de GKN occupent leur usine automobile menac&#233;e de fermeture suite &#224; son rachat par un fonds d'investissement. Bas&#233; sur l'auto-organisation, le mouvement s'est f&#233;d&#233;r&#233; autour d'un collectif ayant &#224; c&#339;ur de jeter des ponts entre diff&#233;rentes luttes. Reportage. Sous un soleil &#233;crasant, les collines de la campagne toscane entourent la zone industrielle de Campi Bisenzio, dans la banlieue de Florence. Des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Campi-Bisenzio" rel="tag"&gt;Campi Bisenzio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soleil-ecrasant" rel="tag"&gt;soleil &#233;crasant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/campagne-toscane" rel="tag"&gt;campagne toscane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/toscane-entourent" rel="tag"&gt;toscane entourent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/zone-industrielle" rel="tag"&gt;zone industrielle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/GKN" rel="tag"&gt;GKN&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Seconde-Guerre" rel="tag"&gt;Seconde Guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Elzazimut" rel="tag"&gt;Elzazimut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 9 juillet, il y aura un an que dans la banlieue de Florence (Italie), les ouvriers de GKN occupent leur usine automobile menac&#233;e de fermeture suite &#224; son rachat par un fonds d'investissement. Bas&#233; sur l'auto-organisation, le mouvement s'est f&#233;d&#233;r&#233; autour d'un collectif ayant &#224; c&#339;ur de jeter des ponts entre diff&#233;rentes luttes. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200usineoccupee_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/1200usineoccupee_resultat-92274.jpg?1768700566' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Elzazimut
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;ous un soleil &#233;crasant, les collines de la campagne toscane entourent la zone industrielle de Campi Bisenzio, dans la banlieue de Florence. Des banderoles accroch&#233;es sur des grillages arborent le slogan &#171; &lt;i&gt;Insorgiamo&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Insurgeons-nous ! &#187;), emprunt&#233; &#224; la R&#233;sistance florentine de la Seconde Guerre mondiale. Bienvenue &#224; l'usine automobile GKN, occup&#233;e par ses ouvriers depuis le 9 juillet 2021 &#224; la suite du licenciement de l'ensemble des employ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apr&#232;s-midi de juin, ils sont quelques-uns, accoud&#233;s &#224; la barri&#232;re du poste de surveillance. Le site, immense, est quasiment d&#233;sert : la plupart des occupants sont partis battre le pav&#233; dans le centre. Un homme nous embarque &#224; sa suite. Francesco, manutentionnaire syndiqu&#233; d'une quarantaine d'ann&#233;es, ne cache pas son enthousiasme : &#171; &lt;i&gt;Le 13 juillet, on aura tenu plus longtemps que l'occupation la plus longue de l'histoire italienne. Vous imaginez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Je suis militant, alors paradoxalement, c'est comme un r&#234;ve qui se r&#233;alise pour moi, jamais j'aurais pens&#233; vivre &#231;a.&lt;/i&gt; &#187; &#192; l'ombre du porche des locaux de l'administration, il raconte : &#171; &lt;i&gt;La lutte a commenc&#233; avant l'occupation. En 2007-2008, un collectif s'est constitu&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'usine [contre la modification des horaires de travail], compos&#233; d'une trentaine de militants et animant des assembl&#233;es r&#233;guli&#232;res qui pouvaient r&#233;unir jusqu'&#224; une centaine d'employ&#233;s. On avait d&#233;j&#224; insuffl&#233; une dynamique de n&#233;gociation tr&#232;s forte au sein de GKN.&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit son r&#233;cit : &#171; &lt;i&gt;Quand [le fonds d'investissement britannique] Melrose&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont le slogan est sans &#233;quivoque : &#171; Acheter, revaloriser, vendre &#187;.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;i&gt;a rachet&#233; la bo&#238;te en 2018, il a ferm&#233; dans la foul&#233;e un site en Angleterre et un autre en Allemagne, sans grande r&#233;action de la part des travailleurs. On s'est dit : &#231;a nous pend au nez. Alors on s'est organis&#233;s en interne. Avec le syndicat, mais aussi en nous inspirant des luttes de Fiat dans les ann&#233;es 1970 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tout au long des ann&#233;es 1970, la gigantesque usine Fiat de Turin est le fer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. Avec le collectif, on est aussi all&#233;s apporter notre soutien &#224; d'autres luttes, comme celle d'Alfasud &#224; Pomigliano (Campanie) ou d'Electrolux, &#224; Susegana (V&#233;n&#233;tie).&lt;/i&gt; &#187; Les militants de GKN sont majoritairement syndiqu&#233;s &#224; la Fiom-CGIL, l'&#233;quivalent de la CGT m&#233;tallurgie, mais au sein d'une branche dissidente, Riconquistiamo tutto (&#171; Reconqu&#233;rons tout &#187;), un peu plus rock'n'roll. Le collectif d'usine b&#233;n&#233;ficie ainsi de l'appui des syndicats, tout en conservant un fonctionnement o&#249; les prises de d&#233;cisions viennent de la base&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; La lutte des ouvriers de GKN &#224; Florence, entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vir&#233;s par mail&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; juillet 2021, le gouvernement d'union nationale de Mario Draghi supprime l'interdiction de licenciements pour raisons &#233;conomiques dans les secteurs de l'industrie et du b&#226;timent, mise en place par le gouvernement Giuseppe Conte&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus pr&#233;cis&#233;ment par le deuxi&#232;me gouvernement Conte, alliance du Mouvement 5 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; pendant la pand&#233;mie. Les investisseurs se l&#226;chent : le 9 juillet 2021, un mail envoy&#233; aux syndicats annonce la fermeture de l'usine GKN et le licenciement de ses 500 employ&#233;s. Plus d'une centaine d'entre eux se r&#233;unissent spontan&#233;ment sur les lieux et d&#233;bordent les dix gardes priv&#233;s embauch&#233;s par Melrose pour l'occasion. Ils occupent le site et forment une assembl&#233;e permanente, vite ralli&#233;e par des soutiens locaux : &#201;glise, centres sociaux autog&#233;r&#233;s, partis politiques de gauche radicale. Rapidement, des actions se mettent en place. Le 19 juillet, les syndicats appellent &#224; une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale de 4 heures dans la province de Florence, suivie pendant tout l'&#233;t&#233; de manifestations et concerts de soutien. Le 18 septembre, une manifestation nationale r&#233;unit un cort&#232;ge spectaculaire de 40 000 personnes &#224; Florence. En parall&#232;le, la Fiom-CGIL d&#233;pose un recours aupr&#232;s du Tribunal du travail de Florence. Le 20 septembre, les licenciements sont annul&#233;s. Melrose doit reprendre &#224; z&#233;ro la proc&#233;dure de licenciement collectif, soumis par la loi &#224; un pr&#233;avis de 75 jours. Deux mois et demi durant lesquels les ouvriers touchent leurs salaires, en attendant les indemnit&#233;s et le ch&#244;mage : l'occupation peut s'inscrire dans la dur&#233;e. En d&#233;cembre, coup de th&#233;&#226;tre : l'entrepreneur Francesco Borgomeo, conseiller de Melrose dans les n&#233;gociations, rach&#232;te GKN &#224; son propre compte. Six mois plus tard, ses intentions demeurent floues, mais les ouvriers n'ont pas attendu pour embrayer sur leurs propres projets.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Convergence des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans l'usine, Francesco commente les lignes de bras robotis&#233;s bleu &#233;lectrique &#224; perte de vue. &#171; &lt;i&gt;L'usine est tr&#232;s rentable, la production a augment&#233; de 14 % en pleine pand&#233;mie&lt;/i&gt; &#187;, nous dit-il, dirigeant nos regards vers les logos Fiat, mais aussi Maserati, Ferrari, Lamborghini, qui tr&#244;nent &#224; c&#244;t&#233; d'un poste de contr&#244;le. Francesco poursuit : &#171; &lt;i&gt;On est ouvriers sp&#233;cialis&#233;s, on pourrait faire repartir la production d&#232;s aujourd'hui. Sans nous, rien ne tourne et il y a beaucoup d'argent immobilis&#233; ici. 8 millions d'euros, rien qu'en stock de production. Le co&#251;t des machines n'est m&#234;me pas quantifiable. Tout &#231;a, c'est notre monnaie d'&#233;change dans la n&#233;gociation.&lt;/i&gt; &#187; Alors ces machines, les occupants en prennent soin. Ils ont mis en place trois &#233;quipes tournantes qui surveillent le site en permanence. &#171; &lt;i&gt;Le nouveau propri&#233;taire de l'usine, Borgomeo, nous paye pour &#231;a&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che Francesco, sourire en coin, pas peu fier de l'entourloupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres &#233;quipes se sont form&#233;es pour tenir l'occupation. La cantine sert des repas tous les jours et le nettoyage du site est effectu&#233; r&#233;guli&#232;rement. Un bar s'est aussi ouvert. Sans oublier le groupe de coordination des femmes, qui r&#233;unit les &#233;pouses et compagnes de la main-d'&#339;uvre &#8211; masculine &#8211; de l'usine. Hors les murs, des d&#233;l&#233;gations du collectif rencontrent des organisations &#233;tudiantes et universitaires, assistent aux assembl&#233;es de soignants et de profs, ou participent &#224; la marche anti-G20 du 30 octobre dernier &#224; Rome... Elles rallient m&#234;me les mobilisations lyc&#233;ennes pour le climat et rejoignent les luttes paysannes&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par exemple la ferme de Mondeggi, pr&#232;s de Florence, occup&#233;e depuis 2015. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, brisant le clivage entre mouvement ouvrier et &#233;colos.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nous, &#231;a va ! Et vous ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que les ouvriers ont une id&#233;e derri&#232;re la t&#234;te. Le 11 mars dernier, ils ont d&#233;pos&#233; un plan de reprise, r&#233;dig&#233; en collaboration avec un groupe d'&#233;conomistes, d'historiens, de sociologues et d'ing&#233;nieurs solidaires. Son horizon : une reconversion de la production vers des &#233;nergies propres et de mobilit&#233; durable, notamment dans l'hydrog&#232;ne et le photovolta&#239;que, &#224; l'int&#233;rieur d'un p&#244;le public qui associerait diverses industries en cours de transition &#233;cologique. Une proposition de loi contre les d&#233;localisations a &#233;galement &#233;t&#233; &#233;crite par les ouvriers, avec l'aide de juristes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Largement soutenus, les ouvriers de GKN sont en position de force et ont bien l'intention de s'en servir pour gonfler leurs rangs et jouer le r&#244;le de miroir r&#233;fl&#233;chissant des autres luttes. &#171; &lt;i&gt;Les soutiens, les journalistes, tout le monde nous demande : &#8220;Comment allez-vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, relate Francesco. &#171; &lt;i&gt;Et nous, on a appris &#224; retourner la question : &#8220;Et vous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Comment vous allez&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Nous &#231;a va, on est tous ensemble &#224; occuper l'usine, on a encore de quoi tenir un moment.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de nous laisser, Francesco lance : &#171; &lt;i&gt;Vous remarquez ce silence&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Pour quelqu'un comme moi, qui travaille ici depuis vingt-cinq ans, il n'est pas tr&#232;s plaisant.&lt;/i&gt; &#187; Sa phrase r&#233;sonne dans nos t&#234;tes alors qu'on boit un coup au bar, avec ceux qui sont revenus de la manif et qui se lancent dans un tournoi de baby foot. On se dit qu'au moins quand elles se taisent, les machines laissent &#224; d'autres la possibilit&#233; de s'exprimer.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Pauline Laplace &amp;Rafael Campagnolo&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont le slogan est sans &#233;quivoque : &#171; Acheter, revaloriser, vendre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tout au long des ann&#233;es 1970, la gigantesque usine Fiat de Turin est le fer de lance de l'autonomie italienne, qui voit les ouvriers exp&#233;rimenter de nouvelles formes d'organisation et de repr&#233;sentation au sein des usines, &#224; l'&#233;cart des partis et des syndicats.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir l'article &#171; La lutte des ouvriers de GKN &#224; Florence, entre auto-organisation ouvri&#232;re et mobilisation sociale &#187;, &lt;i&gt;Chronique internationale de l'IRES&lt;/i&gt; n&#176; 177, 2022.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment par le deuxi&#232;me gouvernement Conte, alliance du Mouvement 5 &#233;toiles (citoyen et &#171; antisyst&#232;me &#187;) et de plusieurs partis de centre-gauche, en fonction de septembre 2019 &#224; f&#233;vrier 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par exemple la ferme de Mondeggi, pr&#232;s de Florence, occup&#233;e depuis 2015. Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Squat-agricole-en-Italie-le' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Squat agricole en Italie : le terroir du chianti collectif&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176;170 (novembre 2018) ou encore &#171; En Italie, la Zad de Mondeggi cultive le bien commun &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; (28/03/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>La parole est &#224; la d&#233;fonce</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-parole-est-a-la-defonce</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; CQFD, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/m-a" rel="tag"&gt;m'a&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/drogue" rel="tag"&gt;drogue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-etais" rel="tag"&gt;J'&#233;tais&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/m-a-dit" rel="tag"&gt;m'a dit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/J-ai-pris" rel="tag"&gt;J'ai pris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH106/duras_picole1-b45d8.jpg?1768772720' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='106' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En mati&#232;re de drogues, toute exp&#233;rience est singuli&#232;re. Quel que soit le produit, chacun, chacune y vient et le consomme &#224; sa mani&#232;re. Voil&#224; ce que racontent les r&#233;cits intimes qui suivent, r&#233;colt&#233;s aupr&#232;s de personnes de notre entourage : des histoires de conso &#8211; pass&#233;e ou pr&#233;sente &#8211; et les raisons qui y ont pouss&#233; les unes et les autres. Si on a choisi de faire figurer ici alcool et antid&#233;presseurs, c'est qu'&#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, l'id&#233;e selon laquelle il y aurait des drogues plus propres que d'autres nous para&#238;t bien hypocrite. Place aux mots des premi&#232;res et premiers concern&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me croyais plus forte que tout &#187; / (&lt;i&gt;P&#233;n&#233;lope, ex-consommatrice d'h&#233;ro&#239;ne et de crack&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai commenc&#233; par prendre de l'h&#233;ro &#224; 16 ans, le jour o&#249; une copine qui avait essay&#233; m'a dit : &#8220;C'est trop g&#233;nial, je connais le dealer, viens, je te le pr&#233;sente !&#8221; J'&#233;tais dans un coll&#232;ge de bourges dans le Marais &#224; Paris, ann&#233;es 1980, o&#249; d&#233;j&#224; on sniffait de la colle. Quand je voyais les punks aux Halles, je voulais tra&#238;ner avec eux, leur ressembler. Alors je suis vite tomb&#233;e dans l'h&#233;ro. J'avais un rituel : un gros trait avant le caf&#233; du matin, &#231;a lan&#231;ait la journ&#233;e. Je me croyais plus forte que tout : j'&#233;tais belle, jeune, j'allais conqu&#233;rir le monde. Et puis le monde des gens normaux ne m'int&#233;ressait pas, tandis que la drogue m'en ouvrait un autre, avec la musique &#8211; en t&#234;te The Stranglers &#8211;, l'art&#8230; Dans le m&#234;me temps, je tra&#238;nais souvent dans un milieu un peu snob, et l'h&#233;ro &#231;a avait un c&#244;t&#233; politique, &#231;a me mettait ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ces dix ans de consommation, il y a eu &#233;videmment des drames, notamment avec ma famille. Mais il y a eu autant de d&#233;couvertes, avec des lieux et des gens un peu fous, en bien comme en mal. &#199;a cr&#233;ait des situations. Tu connais les queues de renard ? C'est quand t'as pris de l'h&#233;ro, que t'as la gerbe et que t'as pas le temps d'arriver jusqu'aux chiottes du bar o&#249; tu es &#8211; &#231;a fait un vomi en forme de queue de renard. Ceci dit, l'h&#233;ro, surtout quand tu te l'injectes pas, &#231;a peut rester relativement g&#233;rable. C'est aussi plus subtil que d'autres drogues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, j'ai d&#233;couvert le crack. Je pensais na&#239;vement que &#231;a me ferait arr&#234;ter l'h&#233;ro. R&#233;sultat : &#224; 24 ans je me suis retrouv&#233;e accro aux deux. Je vivais &#224; Paris, &#224; Stalingrad, avec mon mec de l'&#233;poque, et je pense dans le fond que j'ai pris du crack pour le d&#233;go&#251;ter, parce qu'il ne voulait pas me quitter. Niveau plaisir, c'est le seul truc qui peut d&#233;passer l'h&#233;ro. Par contre, tu bascules vite. T'es d&#233;gueulasse, tu fais des trucs d&#233;gueulasses. J'ai consomm&#233; &#231;a pendant environ deux ans. J'&#233;tais de plus en plus grill&#233;e dans le quartier, sans thunes, avec plein d'embrouilles craignos. Un dealer gentil dont j'&#233;tais proche m'a dit un jour : &#8220;Il y a trop de contrats sur ta t&#234;te, tu dois te casser.&#8221; Il m'a fil&#233; un billet de train pour Londres et pas mal de dope pour &#233;viter le manque &#8211; j'ai tout pris dans le train. Et c'est &#224; partir de Londres que je me suis &#233;loign&#233;e de tout &#231;a. J'ai &#233;t&#233; en cure de d&#233;sintox', j'ai repris le contr&#244;le &#8211; depuis, je me suis refait une sant&#233; et une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en ai souffert, mais la drogue m'a aussi port&#233;e. J'ai toujours gard&#233; un optimisme. Et je voyais l'addiction comme une forme de subversion. &#192; chaque fois que je me sentais pas en ad&#233;quation, j'utilisais la drogue, avec un c&#244;t&#233; fuck you ! &#8211; sauf que c'est moi que je d&#233;truisais... Ensuite c'est quelque chose qui te constitue, que tu gardes en toi. &lt;i&gt;Once an addict, always an addict.&lt;/i&gt; Malgr&#233; tout, je me rappellerai toujours des kifs et du c&#244;t&#233; lumineux de tout &#231;a. Les probl&#232;mes ne sont pas termin&#233;s, maintenant c'est l'alcool, mais je me soigne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Comme une potion magique &#187; / (&lt;i&gt;Greg, consommateur outrancier d'alcool depuis quinze ans&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pourquoi j'ai bu et je bois ? Pas facile &#224; r&#233;sumer. Je crois que &#231;a me renvoie d'abord &#224; la sensation ressentie quand j'ai d&#233;couvert, au lyc&#233;e, qu'il existait ce produit capable de me sortir temporairement d'une angoisse sociale carabin&#233;e qui me pourrissait la vie. J'&#233;tais pas bien dans mon corps, tout me stressait, et voil&#224; qu'ing&#233;rer ce liquide rose, rouge ou blanc (j'ai commenc&#233; au vin) rendait l'existence plus facile, plus fluide. Le ticket d'or ! Comme une potion magique qui aidait &#224; repousser ce qui me raidissait, tout en envoyant bouler les convenances pour peu qu'on pousse un chou&#239;a le bouchon &#8211; &#224; la punk. D'autant que je m'abreuvais dans le m&#234;me temps d'une contre-culture assoiff&#233;e, de Bukowski aux Sex Pistols, et que &#231;a donnait une aura &#224; la d&#233;glingue, presque une mystique. Pendant des ann&#233;es, ma sociabilit&#233; sous quasiment toutes ses formes, qu'il s'agisse d'amiti&#233;, de concerts, de manifs, de r&#233;seau pro ou d'amour, a donc &#233;t&#233; forc&#233;ment li&#233;e &#224; l'horizon du boire &#8211; des petits verres ou de grandes bouteilles, selon l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, &#231;a n'a pas toujours &#233;t&#233; une r&#233;ussite, entre r&#233;veils en cellule de d&#233;grisement et trous noirs &#224; r&#233;p&#233;tition, mais &#231;a a aussi cr&#233;&#233; pas mal d'envol&#233;es chouettes, de moments gris&#233;s, d'&#233;lans po&#233;tiques &#8211; une mani&#232;re de flouter le monde pour mieux l'enchanter. Et puis, c'est parfois agr&#233;able de s'effacer, de s'oublier dans la lourde ivresse &#8211; enfin dans mon cas. Sachant aussi que je ne me suis jamais r&#233;v&#233;l&#233; violent ou agressif dans mes ivresses, seulement con et balbutiant &#8211; &#231;a aide. Le probl&#232;me c'est qu'au fil du temps, l'aspect magique dispara&#238;t. Que les r&#233;veils sont toujours plus durs. Que les marques physiques commencent &#224; poindre sur le visage (et le foie ?). Et que j'en arrive souvent &#224; boire pour boire, sans cr&#233;ation, sans magie. Chez soi, les jours d'angoisse, &#231;a donne parfois des strat&#233;gies sous forme d'arithm&#233;tique bien triste &#8211; combien de verres avant de sortir de l'appart' ? Et en soci&#233;t&#233;, une r&#233;currence du boire trop vite qui efface tout le c&#244;t&#233; chaleureux et festif de la picole, tout en te propulsant dans la honte au r&#233;veil. C'est pour &#231;a qu'&#224; un moment j'ai essay&#233; de creuser, via une d&#233;marche psy, ce qu'ainsi j'essayais d'effacer, d'anesth&#233;sier. Sauf que j'ai jamais mis le doigt sur une cause &#233;vidente. C'est sans doute un tas de trucs amalgam&#233;s. En tout cas, j'ai de plus en plus l'impression d'avoir fait le tour de ce que l'alcool pouvait m'apporter et j'ai en t&#234;te d&#233;sormais d'&#234;tre plus malin dans mon rapport &#224; lui, tout en trouvant d'autres b&#233;quilles &#8211; que &#231;a ne finisse pas par me d&#233;finir comme individu, ou par m'envoyer dans la tombe. Quinze ans pour tirer ce constat, c'est pas glorieux, je sais, mais on fait comme on peut&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Sortir de soi et y retourner tr&#232;s vite &#187; / (&lt;i&gt;Louise, consommatrice de coca&#239;ne et d'amph&#233;tamines&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les premi&#232;res fois o&#249; je rencontre vraiment la drogue, les produits chelous bien dos&#233;s de l'internet mondial, c'est avec mon amoureux de l'&#233;poque. J'ai la vingtaine, je suis coinc&#233;e, un peu prude, assez timide et, du haut de mon m&#232;tre quatre-vingts, assez impressionn&#233;e par les grandes personnes. Alors je sniffe, je gobe. Un peu, beaucoup. Puis &#231;a devient syst&#233;matique dans l'intimit&#233; que je partage avec cet homme. C'est l'explosion : je sors de ce corps qui me fait d&#233;faut, je me sens plus int&#233;ressante, plus curieuse, plus cultiv&#233;e, plus d&#233;sirable. Mes blocages sexuels volent en &#233;clat, mes complexes s'&#233;vanouissent. Alors je continue, je m'ab&#238;me, je me d&#233;fonce, je fais des trucs que j'ai pas forc&#233;ment envie de faire. La drogue devient l'&#233;quation de ma sexualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis ma consommation se fait plus solitaire, moins intense dans le champ de bataille de ma sexualit&#233;, voire parfois bien glauque. Je me mets &#224; la 3-MMC, une mol&#233;cule de synth&#232;se de la famille des cathinones, bien d&#233;gueu, bien addictive. Je me coupe de moi, de mes &#233;motions, de mes sensations. En r&#233;alit&#233;, je tombe dans une grosse d&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, c'est la coca&#239;ne qui m'accompagne dans mes journ&#233;es solitaires. Caf&#233;-trace le matin, le petit-d&#233;j' des championnes : je vais la bouffer, cette journ&#233;e ! Un rendez-vous avec un pote ? Hop, une petite trace ! Un mail &#224; &#233;crire ? Allez, une autre ! La vaisselle &#224; faire ? Bon OK, une derni&#232;re. Mais la motivation dispara&#238;t toujours au bout de la deuxi&#232;me. D'une drogue sociale j'ai fait une drogue solitaire, une d&#233;fonce qui me permet de m'affronter, moi et mes d&#233;mons, sans les diluer dans une pseudo-sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'envisagerai toujours ma vie avec des trucs &#224; sniffer pas loin. Parce que j'y cherche toujours ce d&#233;calage, ce &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; l&#226;cher-prise, ce moment o&#249; ton corps et ta t&#234;te d&#233;cident ensemble de te foutre un peu la paix. En fait, une d&#233;fonce r&#233;ussie, c'est comme l'orgasme, on sait qu'il existe mais on l'attend toujours. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je me fous la paix &#187; / (&lt;i&gt;Edith, consommatrice d'antid&#233;presseurs&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; R&#233;cemment, apr&#232;s un &#233;pisode d&#233;pressif plus s&#233;v&#232;re que d'habitude, je me suis retrouv&#233;e &#224; amorcer un traitement d'ISRS&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, la dose minimum : 20 mg. J'ai toujours eu un temp&#233;rament triste mais je n'avais jamais vraiment envisag&#233; la prise d'antid&#233;presseurs. J'avais l'impression que c'&#233;tait pas pour moi, mais pour ceux qui &#233;taient plus gravement touch&#233;s. Moi j'avais appris &#224; vivre avec, et m&#234;me &#224; en faire un trait central de mon identit&#233; : je faisais rire de mon manque d'entrain. Bien s&#251;r j'avais suivi un nombre cons&#233;quent de th&#233;rapies en tous genres depuis mon adolescence. Mais il est sacr&#233;ment long, le chemin de la r&#233;paration et de l'acceptation de son pass&#233;. Et puis le Covid m'a bien mise dedans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les premiers jours du traitement, j'ai la sensation, &#224; juste titre, d'&#234;tre en descente de drogue. En mode zombie, affal&#233;e sur mon canap&#233;, je suis trop mal. Mais &#224; la fin de la semaine, je pars prendre des vacances avec des amies. J'&#233;tais r&#233;solue &#224; ne pas boire d'alcool, et je m'y suis tenue &#8211; cela devait faire dix ans que je n'avais pas fait de cure de plus de dix jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, coup de baguette chimique, &#231;a marche vraiment, j'ai l'impression d'&#234;tre non stop en mont&#233;e de MDMA. Le pied. Exit les angoisses permanentes et le stress g&#233;n&#233;r&#233; par le moindre truc. Je me fous la paix. Et surtout, je vois les diff&#233;rents aspects de ma vie sous un angle positif. &#199;a me perturbe, surtout au d&#233;but. Je ne me reconnais pas, et les autres non plus. Mon amoureux me dit m&#233;tamorphos&#233;e. Euphorique. Je me sens l&#233;g&#232;re, rien ne m'atteint assez pour que je me prenne la t&#234;te comme je faisais avant. Ma m&#233;moire op&#232;re un tri drastique, je ne retiens plus qu'un dixi&#232;me de ce que les gens me racontent. Je d&#233;limite mieux, en termes d'affects, ce qui est de mon ressort et ce qui ne m'appartient pas. Je m'extirpe de noeuds dans lesquels j'&#233;tais bloqu&#233;e, pour certains depuis des ann&#233;es. L'impression d'&#234;tre sur un petit nuage, que tout glisse sur moi. C'est fluide, quoiqu'un peu dans le brouillard. Je me sens bien, &#224; ma place, l&#233;gitime. Mue par la toute-puissance que conf&#232;re la drogue, en somme. Les sentiments n&#233;gatifs de g&#234;ne sociale, de culpabilit&#233; &#233;ternelle, de honte ultime n'ont plus droit de cit&#233;. Les choses sont &#224; leur place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un truc me chiffonne cependant : depuis le d&#233;but du traitement, je n'atteins plus l'orgasme. Ma libido est plus ou moins intacte mais je reste neutralis&#233;e, maintenue &#224; un seuil maximum d'excitation. Je p&#232;se rapidement le pour et le contre, et j'en conclus que le reste en vaut la peine, tant pis pour la jouissance. Enfin, &#224; moyen terme. Faut pas d&#233;conner. &#199;a renforce quand m&#234;me mon d&#233;sir de ne pas poursuivre ind&#233;finiment les antid&#233;p'. &#199;a, et puis le reste : la fatigue, d'abord. Mais aussi le fait que la m&#233;moire imm&#233;diate soit consid&#233;rablement amoch&#233;e. Et puis toujours cette impression de planer, d'avoir deux de tension.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ressens parfois cette sensation fugace d'&#234;tre comme anesth&#233;si&#233;e. Et je ne sais plus quoi penser de ce lien de causalit&#233; qui revient &#224; se faire aider par la chimie. Je crois que je ne veux plus me sentir autant d&#233;connect&#233;e de la r&#233;alit&#233;, si agr&#233;able que ce soit. Je suis ravie d'avoir atteint un tel degr&#233; de d&#233;tachement et de confiance en moi, mais j'en per&#231;ois les limites. Au bout de trois mois, je commence &#224; r&#233;duire de moiti&#233; les doses. Je redescends rapidement de mon petit nuage, &#224; regret il faut l'avouer. Mais j'ai en t&#234;te que cette b&#233;quille existe. Et je sais d&#233;sormais intimement &#224; quoi peut ressembler la vie quand on est bien, avec la ferme intention de garder &#231;a pr&#233;cieusement au fond de moi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Percuter son rapport &#224; la r&#233;alit&#233; &#187; / (&lt;i&gt;Simon, un temps consommateur de k&#233;tamine&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai tir&#233; mes premi&#232;res lignes de k&#233;tamine dans un environnement festif. C'&#233;tait agr&#233;able, d&#233;sinhibant et &#231;a faisait voyager. C'est le propre de ce produit qui entra&#238;ne une forte euphorie, une modification de la r&#233;alit&#233; per&#231;ue, des hallucinations visuelles, une perte de contr&#244;le sur son corps ou, &#224; plus forte dose, une anesth&#233;sie compl&#232;te. J'ai vite appr&#233;ci&#233; les sensations que &#231;a m'apportait, ces moments de pause... Et j'ai aussi tellement ri avec des potes que quand &#231;a se pr&#233;sentait, je sautais sur l'occasion. Puis la consommation s'est banalis&#233;e. De plus en plus. Jusqu'au tous les jours, et trop. Ce que je cherchais ? Creuser toujours plus profond dans les m&#233;andres de ma conscience. J'ai aussi v&#233;cu plein d'exp&#233;riences intrigantes dans ces univers d'ailleurs. Par exemple, sous l'emprise de la k&#233;ta, j'avais l'impression d'&#234;tre en contact avec l'histoire des objets qui m'entouraient. Si je jouais du piano, je m'imaginais comment on avait invent&#233; cet instrument, et je me sentais en connexion avec son histoire et celle des gens qui l'avaient utilis&#233; avant moi. Les effets visuels sont assez sympas aussi. Au piano encore, selon les gammes et l'ambiance de ce que je jouais, j'ai d&#233;j&#224; vu les touches se colorer, tout en g&#233;om&#233;trie, comme en harmonie avec la couleur de la musique jou&#233;e. La curiosit&#233; m'a pouss&#233; &#224; vouloir en permanence mettre ce filtre pour voir l'autre face du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Recherche de soi, compr&#233;hension des autres, appr&#233;hension du monde... Je trouvais des raisons pour justifier ma consommation, qui en cachaient finalement d'autres. Je prenais de la k&#233;ta parce qu'elle m'envoyait loin des soucis du quotidien, chassait l'angoisse, adoucissait le pr&#233;sent. Je profitais pleinement de l'instant, m&#234;me si la r&#233;alit&#233; &#233;tait une montagne de trucs gal&#232;res &#224; g&#233;rer. Sous l'effet, j'ai pu d&#233;lirer des heures sur de la musique, une peinture, des plantes&#8230; Les imp&#233;ratifs &#8211; r&#233;pondre aux messages, faire le m&#233;nage, payer mes factures ou passer ce coup de fil urgent &#8211; perdaient toute importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris de la k&#233;tamine parce qu'elle me faisait du bien. Je sais pourquoi je n'en prends plus. Un ami m'a dit un jour : &#8220;Si Jules Verne a d&#233;crit le tour du monde en 80 jours, vous, vous faites le tour du jour en 80 mondes.&#8221; Et c'&#233;tait vrai. Je crois qu'aucun ancrage n'est possible lorsque l'on percute autant son rapport &#224; la r&#233;alit&#233;. Pour moi, au final, la k&#233;tamine est une fausse amie des passionn&#233;s de psych&#233;d&#233;liques. Tous ses effets r&#233;pondent &#224; premi&#232;re vue &#224; ce qu'on attend d'un psych&#233;d&#233;lique comme, par exemple, le LSD : modifications visuelles et sensorielles, changement de point de vue... Et aussi : pas de descente, pas de contrecoup direct. Mais ce n'est qu'une impression : &#224; faible dose, elle est en fait un puissant anxiolytique, ce qui change tout. Finalement, ce sont ces effets que je recherchais, car j'&#233;tais dans une p&#233;riode assez compliqu&#233;e et dark apr&#232;s une douloureuse s&#233;paration, et &#224; un moment o&#249; je ne savais pas du tout quelle &#233;tait ma direction. Or cette famille de m&#233;dicaments (dont la pharmacop&#233;e moderne raffole) ne cible pas les causes du mal-&#234;tre, mais ses sympt&#244;mes. Quand on en abuse, ils emp&#234;chent le cerveau et l'esprit de r&#233;tablir un fonctionnement sain par un travail de fond. De mon exp&#233;rience d'amateur de substances en tout genre, la k&#233;tamine devrait garder sa place d'anesth&#233;siant : j'en ai en t&#234;te des sc&#232;nes o&#249; j'aurais voulu r&#233;agir vivement, affirmer ma position, tenter de d&#233;nouer une situation, me concentrer sur ce qui me semblait important, et qui se sont d&#233;roul&#233;es sous mes yeux sans que les mots ne me viennent o&#249; que j'aie l'&#233;nergie d'intervenir...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense aussi que l'usage r&#233;cr&#233;atif de plus en plus r&#233;pandu de la k&#233;tamine risque de nuire grandement &#224; la sc&#232;ne alternative. On en trouve partout ! Dans les lieux autog&#233;r&#233;s, les f&#234;tes, les milieux militants. Et &#231;a reste quelque chose qui ralentit. On r&#233;agit moins, on pense diff&#233;remment, et les r&#233;flexes sont&#8230; anesth&#233;si&#233;s. Pour une contre-culture, qui voudrait construire d'autres bases que le monde de merde qui nous entoure, et r&#233;agir avec les dents quand l'oppresseur opprime trop, la k&#233;ta n'est s&#251;rement pas la meilleure arme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire durer l'enfance &#187; / (&lt;i&gt;Pablo, longtemps consommateur d'h&#233;ro&#239;ne&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai connu l'h&#233;ro&#239;ne peu apr&#232;s &#234;tre parti de chez mes parents pour m'installer dans un quartier populaire de Marseille. J'&#233;tais tr&#232;s jeune, 17 ans, et la drogue &#233;tait partout dans la ville. Il y avait les suites de la French Connection, les d&#233;buts du punk, une ville alors sinistr&#233;e &#8211; tout &#233;tait r&#233;uni pour que les jeunes consomment, si bien qu'autour de moi, &#231;a tournait beaucoup. J'ai tout de suite aim&#233; les effets de l'h&#233;ro, mais j'adorais aussi les drogues psych&#233;d&#233;liques, notamment les acides. Et je crois que je prenais de l'h&#233;ro&#239;ne dans la m&#234;me optique que les produits plus &#8220;psych&#233;&#8221; : m'ouvrir au monde, sortir de mes blocages. Je d&#233;couvrais le Velvet Underground et Lou Reed, le cin&#233;ma de John Cassavetes, des univers autres, tr&#232;s tentants. C'&#233;tait une &#233;poque d'effervescence ; j'avais l'impression de faire durer l'enfance, de go&#251;ter au fruit d&#233;fendu. Et je me souviens m&#234;me d'une forme de d&#233;ception apr&#232;s ma premi&#232;re exp&#233;rience d'h&#233;ro : &#231;a n'allait pas assez loin, &#231;a manquait de visions. &#192; l'&#233;poque on prenait tout, on sniffait aussi de l'&#233;ther, de l'eau &#233;carlate, du trichlo &#8211; on n'&#233;tait pas regardants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'ai jamais &#233;t&#233; vraiment accro, question de chance. Parce qu'autour de moi, beaucoup de gens sont morts, d'overdose ou du sida. Mais quelque chose m'a emp&#234;ch&#233; de tomber totalement dedans, m&#234;me s'il m'est arriv&#233; de me shooter tous les jours pendant une semaine. Le simple fait de voir une shooteuse me donnait directement ce go&#251;t de m&#233;tal si caract&#233;ristique dans la bouche&#8230; Je me rappelle de cette fois o&#249; un ami m'a rembours&#233; une dette en me filant dix grammes d'h&#233;ro pure. Ce jour-l&#224;, on s'est regard&#233;s avec ma copine et on s'est dit que si on gardait tout pour nous, on n'en sortirait jamais. Alors on a voulu la revendre, mais &#231;a a &#233;t&#233; un fiasco, on l'a mal coup&#233;e&#8230; Reste que &#231;a a sans doute &#233;vit&#233; qu'on devienne des junkies. Tout &#231;a, c'est des coups de chance. Ou l'instinct de survie. Comme cette fois o&#249; la soeur de ma copine, morte peu apr&#232;s du sida dont elle &#233;tait infect&#233;e sans le savoir, m'a propos&#233; de me faire un shoot avec sa seringue : j'en avais tr&#232;s envie, mais j'ai d&#233;clin&#233;. Je me souviens aussi de Frenzy, un copain rockeur de cit&#233; que j'adorais, beau comme un dieu, qui un jour m'a secou&#233; par le colbac en pleine rue en m'engueulant : &#8220;On m'a dit que tu tombais dans l'h&#233;ro&#239;ne, t'as pas de figure !&#8221; Lui aussi est mort du sida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, ce qui m'a sauv&#233;, c'est de partir. La curiosit&#233; que j'avais pour la drogue, je l'ai appliqu&#233;e aux voyages. Je suis parti en Angleterre, au Mexique, en Andalousie, une bonne quinzaine d'ann&#233;es en tout. Loin de Marseille, du travail en int&#233;rim et des gens qui tombaient comme des mouches &#8211; morts, en HP, en d&#233;tention... J'ai continu&#233; &#224; prendre des drogues, &#224; exp&#233;rimenter, notamment le peyotl au Mexique, qui m'a vraiment marqu&#233; &#8211; ceci dit, ce n'est pas une drogue ! &#8211; et &#224; boire beaucoup d'alcool, par p&#233;riodes. Mais &#231;a n'a jamais pris le pas sur ma vie. Il n'emp&#234;che qu'encore aujourd'hui, je peux &#234;tre tent&#233; par des exp&#233;riences de ce genre. Je me suis rendu compte par exemple qu'en cas de mal de dos ou de coup de stress, j'adorais le tramadol et ses effets. Et r&#233;cemment, je me suis d&#233;fonc&#233; avec une amie en phase terminale d'un cancer, qui avait lou&#233; un appart' en bord de mer. On s'est pay&#233; un bel hommage &#224; la vie : hu&#238;tres, petits g&#226;teaux arabes, th&#233; au gingembre et&#8230; de la morphine de synth&#232;se. C'&#233;tait un beau moment, une mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e de se dire au revoir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Parce que Dieu n'existe pas &#187; / (&lt;i&gt;Marguerite, six litres de rouge par jour&lt;/i&gt;) &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/duras_picole.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH478/duras_picole-df417.jpg?1768772720' width='500' height='478' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Inhibiteur s&#233;lectif de recapture de s&#233;rotonine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Braves pandores</title>
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&lt;p&gt;Un dessin de Tommy&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/aaa-baf78.jpg?1768901370' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un dessin de Tommy&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4669 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200stade_de_france_bd_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH583/1200stade_de_france_bd_resultat-6596e.jpg?1768901371' width='500' height='583' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>GHB : un regard calme sur vos d&#233;fenses qui tombent</title>
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		<dc:creator>JBZ</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

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&lt;p&gt;En vacances &#224; New York, l'autrice de ces lignes et une de ses amies ont &#233;t&#233; drogu&#233;es au GHB par un g&#233;rant de bar. Elle raconte ici son exp&#233;rience de la soumission chimique et les tr&#233;sors de ressources qu'il leur a fallu mobiliser pour &#233;chapper &#224; une agression sexuelle pr&#233;m&#233;dit&#233;e. Traversant toute cette histoire : la culture du viol. Juin 2022. Vous entrez dans le cabinet d'un m&#233;decin. Vous &#234;tes fatigu&#233;e. Ou plut&#244;t, vous &#234;tes &#233;puis&#233;e. Vous imputez votre &#233;tat &#224; un surmenage. Vous travaillez (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En vacances &#224; New York, l'autrice de ces lignes et une de ses amies ont &#233;t&#233; drogu&#233;es au GHB par un g&#233;rant de bar. Elle raconte ici son exp&#233;rience de la soumission chimique et les tr&#233;sors de ressources qu'il leur a fallu mobiliser pour &#233;chapper &#224; une agression sexuelle pr&#233;m&#233;dit&#233;e. Traversant toute cette histoire : la culture du viol.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4652 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200ghb_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/1200ghb_resultat-27528.jpg?1768901372' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Diane Etienne
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;J&lt;/span&gt;uin 2022. Vous entrez dans le cabinet d'un m&#233;decin. Vous &#234;tes fatigu&#233;e. Ou plut&#244;t, vous &#234;tes &#233;puis&#233;e. Vous imputez votre &#233;tat &#224; un surmenage. Vous travaillez trop. Vous avez toujours beaucoup travaill&#233;, mais depuis quelque temps, le travail ne rentre plus en vous. En v&#233;rit&#233;, plus grand-chose ne rentre en vous. Vous dites que vous &#234;tes irritable, que vos proches vous l'ont fait remarquer. Vous dites aussi que vous avez du mal &#224; &#233;couter, que vous ne parlez plus que du boulot et de la fatigue. En fait, vous avez du mal &#224; sortir de votre t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;decin vous questionne : &#171; &lt;i&gt;Depuis combien de temps ? &#187;&lt;/i&gt; Sans r&#233;fl&#233;chir, vous dites : &#171; &lt;i&gt;Six mois&lt;/i&gt;. &#187; Elle vous demande s'il s'est pass&#233; quelque chose &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous r&#233;pondez que non. Mais vous y pensez tout de suite &#8211; ce n'est jamais bien loin. Vous h&#233;sitez. C'est la premi&#232;re fois que vous la consultez. Vous la regardez attentivement. Vous h&#233;sitez encore. Vous ne prenez pas le risque qu'elle ne comprenne rien. Vous dites d&#233;finitivement &#171; &lt;i&gt;Non&lt;/i&gt;. &#187; Par les temps qui courent, le surmenage est une cause plausible, suffisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous vous r&#233;veillez dans un appartement new-yorkais. Dehors, il fait jour. Vous voyez la neige par la fen&#234;tre, sur les arbres, partout. Vous n'avez aucune id&#233;e de l'heure qu'il est. Dans le lit, &#224; cot&#233; de vous, il y a une bassine, un autre corps endormi, et un saladier vide. Vous vous pr&#233;cipitez vers les toilettes pour vomir. Pas grand-chose, mais les spasmes sont gigantesques. Vous retournez vous allonger. Votre amie ouvre un oeil. Vous parlez un peu. Avec difficult&#233;. Vous avez l'impression qu'un camion vous a litt&#233;ralement roul&#233; dessus. Vous avez soif mais l'eau vous d&#233;go&#251;te. Il est 7 heures du matin. Vous vous rendormez profond&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand vous vous r&#233;veillez &#224; nouveau, il est cette fois 15 heures. L'amie &#224; qui vous rendez visite &#224; New York est toujours &#224; c&#244;t&#233; de vous. Elle ouvre elle aussi p&#233;niblement les yeux &#8211; vos phases de sommeil et de r&#233;veil sont particuli&#232;rement synchrones. Vous avez la naus&#233;e. Il y a du vomi partout. Sur le sol de la chambre, sur vos v&#234;tements, sur vos chaussures, sur votre t&#233;l&#233;phone, sur votre manteau abandonn&#233; dans l'entr&#233;e. Vous avez terriblement mal &#224; la t&#234;te, aux os, &#224; l'&#226;me. Le t&#233;l&#233;phone de votre amie a sonn&#233; une quinzaine de fois. Personne n'a rien entendu. Vous vous levez, il faut se lever, vous n'allez pas rester &#233;ternellement dans ce lit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes maintenant sur le canap&#233;. Il fait nuit dehors. Vous essayez de manger un peu. Vous &#233;changez avec votre amie. Vous &#234;tes sid&#233;r&#233;e. Elle aussi. Ensemble, vous recollez les morceaux. L'enqu&#234;te commence. Et l'enqu&#234;te va vite. Vous vous souvenez de presque tout, et votre amie de presque rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques jours, New York est paralys&#233;e par la temp&#234;te. La neige, qui tombe &#224; gros flocons, s'entasse en monticules bient&#244;t gris sur les trottoirs. Mais ce mardi de janvier, le soleil est revenu. Avec votre amie, vous faites une bonne heure de m&#233;tro jusqu'&#224; Little Odessa, vous vous promenez le long de la plage &#224; Coney Island, vous prenez des photos devant le Luna Park endormi, puis visitez l'aquarium. Un parfait programme de touristes. Il ne vous reste plus que quatre jours avant de rentrer en France. Vous n'avez pas envie que la journ&#233;e s'arr&#234;te. Vers 20 heures, vous d&#233;cidez d'aller boire une bi&#232;re dans un petit bar &#224; deux pas de chez votre amie. Peu de tables, uniquement des bi&#232;res artisanales, une ambiance aussi simple que travaill&#233;e, des serveur&#183;ses ultra &lt;i&gt;friendly&lt;/i&gt;. En fait, c'est le bar de quartier de votre copine ; le g&#233;rant la reconna&#238;t quand elle entre ; elle y a amen&#233; tous&#183;tes ses potes en visite.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Elle vous glisse &#224; l'oreille : &#171; Il faut qu'on se barre. Maintenant. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Attabl&#233;es, vous d&#233;briefez, vous riez. La bi&#232;re se sert au demi, vous en commandez un deuxi&#232;me. Entre-temps, vous sortez fumer une clope sur le trottoir, et le g&#233;rant vous y rejoint pour fumer la sienne. La discussion s'amorce avec Brandon. Vous regagnez votre table. Puis l'heure approche &#8211; le bar ferme particuli&#232;rement t&#244;t en semaine, vers 22 heures. Vous levez soudain les yeux, il n'y a plus personne &#224; part une serveuse et le g&#233;rant. Vous dites &#171; &lt;i&gt;sorry &#187;&lt;/i&gt;, on va y aller. On vous r&#233;pond : &#171; &lt;i&gt;It's okay ! &#187;&lt;/i&gt; On vous propose m&#234;me de go&#251;ter la bi&#232;re de la maison, le temps de faire la fermeture. Vous acceptez volontiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous bondissez du canap&#233; pour fermer la porte de l'appartement &#224; clef. Un peu plus tard, l'image de son regard vous traverse et vous fait hurler ; votre amie sursaute et hurle &#224; son tour. Vous vous accrochez l'une &#224; l'autre. Putain mais merde. Vous vous sentez trop faibles pour sortir dans la rue, alors vous cherchez un num&#233;ro sur internet, le num&#233;ro d'aide aux femmes victimes de violences. Quelqu'un d&#233;croche. Vous expliquez tant bien que mal votre affaire. On vous dit d'aller &#224; l'h&#244;pital, on vous donne un nom. Vous appelez l'h&#244;pital. On vous trimballe de standard en standard. On vous dit d'aller voir la police. Vous &#234;tes trop crev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous reportez l'id&#233;e au lendemain matin. Vous essayez de dormir. Vous mettez un r&#233;veil. Le r&#233;veil sonne. Vous prenez enfin une douche. Votre amie vous fait remarquer que vous parlez toute seule. Inlassablement, vous r&#233;p&#233;tez la sc&#232;ne, fait apr&#232;s fait, &#233;tape apr&#232;s &#233;tape. Vous ne faites pas expr&#232;s. Vous ne ma&#238;trisez pas &#231;a. Alors, bras-dessus bras-des sous, le pas mal assur&#233; sur la glace qui a fig&#233; sur les trottoirs, vous sortez chercher le commissariat du district. Manque de bol, deux flics de ce m&#234;me commissariat se sont fait buter lors d'une intervention quelques jours plus t&#244;t, et toutes les unit&#233;s de la ville sont en deuil. Les &#233;normes gerbes de fleurs dans l'entr&#233;e n'ont d'&#233;quivalent que la v&#244;tre &#8211; vous avez encore la naus&#233;e, et l'odeur du vomi s'est incrust&#233;e dans le cuir de votre canadienne. On vous fait comprendre que ce n'est pas trop le moment, mais vous insistez pour d&#233;poser plainte. De mauvaise gr&#226;ce, le type finit par vous demander ce qui s'est pass&#233;. Debout dans l'entr&#233;e, jambes tremblantes &#8211; mais pourquoi ne vous donne-t-il pas une chaise ? &#8211; vous racontez &#224; deux voix, vous donnez les d&#233;tails, vous incriminez, fatigu&#233;es mais coh&#233;rentes, tandis que le personnel du commissariat vous jette des regards en coin, &#231;a en devient g&#234;nant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous acceptez donc de go&#251;ter la bi&#232;re de la maison. Bien volontiers. Vous enregistrez que la serveuse n'est plus l&#224;, et que Brandon commence &#224; fermer les portes qui donnent sur la terrasse &#224; l'arri&#232;re. Puis il retourne vers le comptoir et vous propose de l'y rejoindre. Vous ramassez vos affaires et vous asseyez sur les chaises hautes. Deux verres vous y attendent d&#233;j&#224;. Il ouvre une grande cannette d'une bonne bi&#232;re rare devant vous, vous sert, et la conversation abandonn&#233;e un peu plus t&#244;t avec lui sur le trottoir reprend. Vous &#234;tes contente, vous trouvez que votre anglais est fluide, que votre amie et vous-m&#234;me parvenez bien &#224; donner le change : le sujet est politique, vous parlez des conditions de travail aux &#201;tats-Unis. Tout d'un coup, votre amie se met &#224; parler fort et de mani&#232;re d&#233;cousue. Vous avez l&#233;g&#232;rement honte, vous essayez de g&#233;rer la conversation. En face, le type fait comme si de rien n'&#233;tait, il continue d'interagir comme si tout &#233;tait &#171; normal &#187;. Vous vous dites qu'il est gentil, attentionn&#233;, qu'il ne veut pas la mettre mal &#224; l'aise. &#199;a ne fait pas dix minutes que vous &#234;tes install&#233;es au comptoir. Votre amie se l&#232;ve, dit qu'elle a chaud, qu'elle veut sortir fumer une cigarette. Vous la trouvez &#233;trange. Elle vous glisse &#224; l'oreille : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on se barre. Maintenant. &#187;&lt;/i&gt; Vous la suivez dehors. Elle se roule une clope. Elle ne dit plus rien. Elle ne se barre pas. Au contraire, elle retourne &#224; l'int&#233;rieur en courant, vous laissant sa clope et seule sur le trottoir devant le bar, avec Brandon qui vous a suivie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Vous avez la sensation qu'un &#233;clair vous traverse et vous immobilise. Tout s'&#233;loigne, vous voyez flou, vous &#234;tes happ&#233;e.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Vous avez &#224; peine le temps de penser. Tout s'encha&#238;ne tr&#232;s vite. Vous dites quelque chose comme : &#171; &lt;i&gt;C'est bizarre, elle a l'air ivre, en fait on n'a pas encore d&#238;n&#233;, c'est peut-&#234;tre &#231;a. &#187;&lt;/i&gt; Il vous r&#233;pond quelque chose comme : &#171; &lt;i&gt;Oui, c'est important de manger &#187;&lt;/i&gt;, mais vous n'entendez plus bien. Vous avez la sensation qu'un &#233;clair vous traverse et vous immobilise. Tout s'&#233;loigne, vous voyez flou, vous &#234;tes happ&#233;e. La seule comparaison qui vous vient &lt;i&gt;a posteriori&lt;/i&gt;, c'est avec la fois o&#249; vous avez failli vous noyer dans une piscine, &#224; quatre ou cinq ans : la m&#232;re de votre copine vous parlait &#224; travers l'eau tout en essayant de vous attraper. Vous &#233;prouvez la sensation d'&#234;tre ivre au dernier degr&#233;. Tellement ivre que vous vous affaissez contre la vitrine du bar, puis presque par terre, en qu&#234;te d'un appui. Brandon continue de vous parler, de quoi vous n'en savez rien, vous n'entendez plus. Sur les escaliers du porche de la maison voisine, un groupe d'hommes est assis dans la nuit. Vous jetez un regard dans leur direction. Vous vous demandez s'ils vous ont vue. Et s'ils seraient des alli&#233;s &#8211; oui, vous vous souvenez tr&#232;s bien que cette pens&#233;e vous a travers&#233;e. Vous vous concentrez pour vous remettre debout. Brandon reste impassible. Il parle, parle, parle comme si de rien n'&#233;tait. Vous parvenez &#224; articuler enfin : &#171; &lt;i&gt;My friend&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Il vous dit qu'il va voir, part, revient et assure qu'elle va &#171; &lt;i&gt;very well &#187;&lt;/i&gt;. D&#232;s lors, votre seul projet est de rejoindre votre amie, qui a disparu &#224; l'int&#233;rieur. Vous agrippant &#224; la rambarde, vous parvenez &#224; monter les quelques marches qui montent vers le bar, escort&#233;e par Brandon. &#199;a tangue. Vous vous vomissez dessus. Beaucoup. Une substance blanche, presque poudreuse. Avec un t&#233;moin qui vous regarde calmement, patiemment. Et qui ne fait rien. &#192; part fermer le loquet int&#233;rieur de la serrure de la porte d'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous &#234;tes &#224; l'a&#233;roport de Newark pour prendre votre avion retour. Dans le m&#233;tro puis le train qui vous y am&#232;ne, vous &#234;tes particuli&#232;rement stress&#233;e, sur le qui-vive, vous craignez de rater l'arr&#234;t &#224; chaque station. Vous avez une tachycardie de dingue, impossible &#224; calmer. &#199;a fait maintenant trois jours que vos vacances se sont arr&#234;t&#233;es. Et vous avez encore la naus&#233;e. Mais le plus gros probl&#232;me, c'est que votre esprit est rest&#233; coinc&#233; dans le bar. Vous revivez la sc&#232;ne en permanence. Vous savez tr&#232;s bien ce qui vous arrive, vous &#234;tes bard&#233;e de connaissances sur le sujet du trauma, mais la preuve en est, ce n'est pas parce que vous connaissez th&#233;oriquement le ph&#233;nom&#232;ne que vous en &#234;tes exempt&#233;e. Semaine apr&#232;s semaine, vous allez cocher de nombreuses cases du trouble du stress post-traumatique, sans toujours faire le lien entre les sympt&#244;mes (rappelez-vous, vous avez trop de travail) : r&#233;miniscences, flash backs, cauchemars, &#233;vitement des personnes li&#233;es de pr&#232;s ou de loin au trauma, troubles de l'humeur, troubles du sommeil. Mais pour l'heure, vous &#234;tes &#224; la fois &#224; l'a&#233;roport et dans le bar. Et vous avez l'impression que vous allez p&#233;ter les plombs.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Vous encaissez en silence cette obstruction au droit de d&#233;p&#244;t de plainte. Et vous vous mettez en qu&#234;te d'un h&#244;pital&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que la journ&#233;e de la veille a &#233;t&#233; particuli&#232;rement &#233;prouvante. Au commissariat, le flic vous a &#233;cout&#233;es tout en &#233;tant r&#233;guli&#232;rement interrompu par son oreillette. Puis il est all&#233; voir un coll&#232;gue. Puis il est revenu pour demander : &#171; &lt;i&gt;Dans le bar, il y a une cam&#233;ra de surveillance ? &#187;&lt;/i&gt; Vous n'en savez rien et vous vous en foutez, d'ailleurs. Vous venez d'&#233;chapper de justesse &#224; un viol, on vous a administr&#233; une substance d&#233;gueulasse &#224; votre insu, vous avez eu peur de mourir pendant les heures qui ont suivi, et vous savez tr&#232;s bien qui est l'agresseur. Donc la cam&#233;ra, ben... Le flic cl&#244;t l'entretien par une phrase du style : &#171; &lt;i&gt;D&#233;so, y'a pas de preuves, vous devriez aller &#224; l'h&#244;pital, allez ciao. &#187;&lt;/i&gt; Vous r&#234;veriez de lui r&#233;torquer que justement, trouver les preuves, c'est son travail. Et que la plus grande preuve, c'est vous : oui, l&#224;, vous, les deux personnes qui lui parlent en ce moment. Mais vous avez d&#233;j&#224; cram&#233; toute votre &#233;nergie &#224; lui raconter votre histoire. Vous encaissez en silence cette obstruction au droit de d&#233;p&#244;t de plainte. Et vous vous mettez en qu&#234;te d'un h&#244;pital. Sans trop savoir ce qu'il pourrait s'y passer car vous avez lu la veille qu'aux &#201;tats-Unis comme en France, pour pouvoir faire des tests, quels qu'ils soient, dans ce genre de situation, il faut au pr&#233;alable avoir port&#233; plainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vomir vous a r&#233;veill&#233;e. Vous rejoignez votre amie dans les toilettes, rest&#233;es ouvertes. Elle ne va pas &#171; very well &#187; du tout. Elle vomit ses tripes elle aussi, elle est blanche, mais surtout, elle est absente. Vous vous enfermez &#224; clef. Ce geste raconte que vous avez, quelque part en vous, enfin pris la mesure du danger, m&#234;me si vous n'en n'avez pas encore conscience. D'ailleurs, &#224; aucun moment ne vous vient l'id&#233;e d'appeler &#224; l'aide. En vous servant de votre t&#233;l&#233;phone, par exemple. En fait, vous ne paniquez pas du tout &#8211; n'oubliez pas, vous &#234;tes shoot&#233;e. Vous pensez comme un automate. Sortir des chiottes. Sortir du bar. Vous attrapez votre amie. Vous ouvrez la porte. Vous parlez au type. Aussi normalement que vous le pouvez. Peut-&#234;tre avez-vous dit : &#171; &lt;i&gt;Bon ben on va rentrer maintenant, on pourrait avoir l'addition ? &#187;&lt;/i&gt; Il vous semble m&#234;me que vous lui avez fait un grand sourire. Vous payez gr&#226;ce au sans contact. Votre amie avance docilement, avec une d&#233;marche saccad&#233;e. Vous refusez les deux verres d'eau que Brandon vous tend. Vous vous entendez dire : &#171; &lt;i&gt;See you ! &#187;&lt;/i&gt; Votre coeur se soul&#232;ve quand vous sentez que la poign&#233;e de la porte d'entr&#233;e r&#233;siste. Vous la d&#233;verrouillez sans probl&#232;me &#8211; alors que vingt minutes plus tard vous en auriez &#233;t&#233; incapable. Et vous vous retrouvez dans la rue, dans la nuit, dans New York. D&#233;fonc&#233;es jusqu'&#224; la moelle, mais libres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous ne savez pas trop comment, mais vous parvenez &#224; revenir &#224; l'appartement, &#224; deux p&#226;t&#233;s de maisons. La seule chose que vous savez avec certitude, d&#232;s la sortie du bar, c'est que vous avez &#233;t&#233; drogu&#233;es. Vous avez bu l'&#233;quivalent de trois demis de bi&#232;re. Vous vous connaissez bien. Vous n'&#234;tes pas ivres. Le mot &#171; GHB &#187; tourne en boucle dans votre t&#234;te. Jusqu'&#224; ce que vous ne puissiez plus lutter : votre amie, puis vous, tombez dans une sorte de coma.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, vous comprenez que votre r&#233;action, dans le bar, a &#233;t&#233; bien plus rationnelle et organis&#233;e que vous ne l'avez cru dans l'imm&#233;diat. Agir comme s'il n'y avait aucun probl&#232;me &#8211; m&#234;me si la sc&#232;ne ressemble &#224; un mauvais remake de film d'horreur &#8211; est d&#233;stabilisant pour un agresseur. C'est une r&#233;action d'autod&#233;fense, qui a certainement d&#251; s'&#233;laborer &#224; partir de votre intuition : si vous aviez paniqu&#233; &#224; l'int&#233;rieur du bar, il aurait peut-&#234;tre paniqu&#233; &#224; son tour. Quelque part, vous l'avez pris &#224; son propre jeu : lui qui feignait la &#171; normalit&#233; &#187;, vous l'avez contraint &#224; rester dans ce script. Et puis, avec votre amie, vous avez coop&#233;r&#233;. Si elle n'avait pas prononc&#233; cette phrase qui puait le danger : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on se barre. Maintenant. &#187;&lt;/i&gt; Auriez-vous vomi aussi vite ? Auriez-vous tout fait pour la rejoindre dans les toilettes ? Auriez-vous ?&#8230; Vous ne saurez jamais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lundi matin. Vous zonez dans la rue du Planning familial de votre ville en attendant que &#231;a ouvre. Votre esprit est encore coinc&#233; dans le bar, dans la nuit de mardi &#224; mercredi dernier. C'est insupportable, &#224; vous taper la t&#234;te contre un mur. &#192; New York, &#224; l'h&#244;pital, on vous a tout de suite crues. Selon le m&#233;decin, vous remplissez 16 crit&#232;res sur 20 de l'intoxication au GHB ou assimil&#233;, et m&#234;me si les analyses urinaires ou sanguines n'ont pu &#234;tre faites, car effectivement il fallait un d&#233;p&#244;t de plainte, il n'y a gu&#232;re de doute. De toute fa&#231;on, cette drogue &#233;galement appel&#233;e &#171; drogue du viol &#187;, est tr&#232;s difficile &#224; d&#233;tecter : apr&#232;s douze heures, les probabilit&#233;s de trouver des traces sont quasi nulles. &#192; l'h&#244;pital, on vous a aussi dit : &#171; &lt;i&gt;Bravo de vous en &#234;tre sorties. &#187;&lt;/i&gt; Mais en vrai, vous n'en n'avez rien &#224; foutre des f&#233;licitations. Vous voudriez juste qu'on vous lib&#232;re du bar. Et pour cela, il faudrait que justice soit faite. Apr&#232;s le premier commissariat, vous avez appel&#233; une unit&#233; sp&#233;ciale de la police de New York sur le conseil des soignant&#183;es. Mais l&#224; aussi on se fichait absolument de votre histoire. En France, m&#234;me sc&#233;nario. La polici&#232;re appel&#233;e par la conseill&#232;re du Planning demande, dubita tive, si vous ne vous &#234;tes pas intoxiqu&#233;e toute seule. C'est mal conna&#238;tre l'actualit&#233;. Depuis la r&#233;ouverture des rades apr&#232;s le confinement, les affaires de GHB explosent en France, en Belgique, au Royaume-Uni, partout, au point d'alimenter des comptes Instagram nomm&#233;s &#171; Balance ton bar &#187;&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet &#171; #balancetonbar ou le viol sous GHB &#187;, Le Monde (11/12/2021).&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, et des rapports parlementaires. Un petit refrain retentit dans votre t&#234;te : &#171; Culture du viol, culture du viol, culture du viol &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous avez fait ce qui vous semblait juste pour vous. Parl&#233; &#224; vos proches et &#224; votre psy. Contact&#233; des militant&#183;es &#233;tatsunien&#183;nes. R&#233;dig&#233; une lettre de d&#233;nonciation avec votre amie. Envoy&#233; cette lettre &#224; ces alli&#233;&#183;es, outre-Atlantique, pour qu'ils et elles &lt;i&gt;name &amp; shame &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que l'on peut traduire par : &#171; Pour qu'ils et elles d&#233;noncent et couvrent de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; bien comme il faut. Les choses se sont calm&#233;es dans votre t&#234;te. Ou elles ont pris un autre chemin, celui de l'&#233;puisement peut-&#234;tre et d'une d&#233;fiance parfois &#224; fleur de peau. Quand la r&#233;f&#233;rente du centre d'addictovigilance de Paris a prononc&#233; l'expression &#171; soumission chimique &#187; au t&#233;l&#233;phone pour qualifier votre histoire, quelque temps apr&#232;s les faits, vous avez failli faire un malaise. Car, m&#234;me si vous vous frottez r&#233;guli&#232;rement aux questions de violence faites aux femmes dans le cadre de vos activit&#233;s professionnelles, et qu'on pourrait vous qualifier de plut&#244;t &#171; outill&#233;e &#187; sur le sujet, la froideur du terme, son cynisme, le calcul qu'il implique, l'usage d'un instrument ext&#233;rieur, s'accompagnent d&#233;sormais d'un regard calme sur vos d&#233;fenses qui tombent doucement. Et ceci est tout simplement insupportable.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;JBZ&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/societe/article/2021/12/11/balancetonbar-ou-le-viol-sous-ghb_6105615_3224.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; #balancetonbar ou le viol sous GHB &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;(11/12/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Que l'on peut traduire par : &#171; Pour qu'ils et elles d&#233;noncent et couvrent de honte. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Petit ab&#233;c&#233;daire hallucin&#233; de la guerre contre la drogue</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;O&#249; il est question, p&#234;le-m&#234;le, d'empoisonnement au LSD par la CIA, de soldats du IIIe Reich d&#233;fonc&#233;s &#224; la pervitine, de banques qui blanchissent, de plantes interdites&#8230; Et de la vaste hypocrisie de la politique r&#233;pressive. CIA Si les services secrets russes sont connus pour leur app&#233;tence pour les poisons, la CIA am&#233;ricaine a tremp&#233; dans pas mal de coups tordus li&#233;s au trafic de drogue pour financer ses guerres secr&#232;tes. Le plus hallucinant est sans doute le projet MK-Ultra : une s&#233;rie (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jeunes-Noirs" rel="tag"&gt;jeunes Noirs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH120/1200abecedaireprohibtion_resultat-e3fe2.jpg?1768660359' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='120' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;O&#249; il est question, p&#234;le-m&#234;le, d'empoisonnement au LSD par la CIA, de soldats du III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Reich d&#233;fonc&#233;s &#224; la pervitine, de banques qui blanchissent, de plantes interdites&#8230; Et de la vaste hypocrisie de la politique r&#233;pressive.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200abecedaireprohibtion_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH632/1200abecedaireprohibtion_resultat-8a2c9.jpg?1768660360' width='500' height='632' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;CIA&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les services secrets russes sont connus pour leur app&#233;tence pour les poisons, la CIA am&#233;ricaine a tremp&#233; dans pas mal de coups tordus li&#233;s au trafic de drogue pour financer ses guerres secr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le plus hallucinant est sans doute le projet MK-Ultra : une s&#233;rie d'exp&#233;riences sous LSD men&#233;es entre 1953 et les ann&#233;es 1970 pour &#233;laborer une &#171; arme de contr&#244;le mental &#187;... Avant que la drogue sortie des labos ne devienne le carburant f&#233;tiche de la r&#233;volte psych&#233;d&#233;lique (cf. Martin A. Lee &amp; Bruce Shlain, LSD et CIA &#8211; &lt;i&gt;Quand l'Am&#233;rique &#233;tait sous acide&lt;/i&gt;, &#201;ditions du l&#233;zard, 1994).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; d&#233;faut de parvenir &#224; manipuler les consciences, l'agence a rapidement compris l'int&#233;r&#234;t strat&#233;gique que repr&#233;sentait le trafic de drogues. En 1972, la parution de l'enqu&#234;te d'Alfred McCoy, &lt;i&gt;La Politique de l'h&#233;ro&#239;ne &#8211; L'implication de la CIA dans le trafic de drogues &lt;/i&gt;(&#201;ditions du L&#233;zard, 1999), documente la complicit&#233; des services am&#233;ricains avec les trafiquants birmans du Triangle d'or et la mafia am&#233;ricaine, depuis les ann&#233;es 1940 jusqu'&#224; la guerre du Vietnam, et ses cons&#233;quences sur le d&#233;veloppement du trafic d'h&#233;ro&#239;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre guerre, autre drogue. En finan&#231;ant la gu&#233;rilla anticommuniste des Contras au Nicaragua, la CIA a sponsoris&#233; indirectement la coke (pour la jeunesse bourgeoise) et le crack (pour celle des ghettos) qui inondaient de mani&#232;re in&#233;dite le march&#233; am&#233;ricain dans les ann&#233;es 1980. En effet, les Contras se finan&#231;aient par le biais du narcotrafic de coca&#239;ne, parrain&#233; par le dictateur bolivien Tejada. Le lanceur d'alerte Gary Webb qui avait r&#233;v&#233;l&#233; la corr&#233;lation entre la guerre sale de la CIA au Nicaragua et l'&#233;pid&#233;mie de crack des quartiers noirs de Los Angeles y laissera quelques plumes, perdant son job de journaliste, avant de se suicider en 2004 (cf. &lt;i&gt;Secret d'&#201;tat&lt;/i&gt;, film de Michael Cuesta, 2014).&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre-r&#233;volution&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1969, Michael Tabor, membre du Black Panthers Party, voyait dans les ravages provoqu&#233; par la circulation massive de l'h&#233;ro&#239;ne dans les ghettos noirs et chicanos de New York, ni plus ni moins qu'une &#171; &lt;i&gt;forme de g&#233;nocide o&#249; les victimes paient pour &#234;tre tu&#233;es &#187;&lt;/i&gt;. Dans son pamphlet &lt;i&gt;Capitalisme plus drogue &#233;gale g&#233;nocide&lt;/i&gt;, il &#233;crit : &#171; &lt;i&gt;Les porcs racistes, les politiciens d&#233;magogues et les gros hommes d'affaires avares contr&#244;lant les politiciens, sont ravis de voir les jeunes Noirs sombrer, victimes de la &lt;/i&gt;peste. &lt;i&gt;Et ce pour deux raisons : d'abord c'est tr&#232;s profitable &#233;conomiquement, et ensuite car ils r&#233;alisent qu'aussi longtemps qu'ils pourront garder les jeunes Noirs qu&#233;mandant un shoot d'h&#233;ro&#239;ne au coin des rues, ils n'auront aucun souci &#224; se faire &#224; propos de la lutte de lib&#233;ration que nous pourrions mener. &#187;&lt;/i&gt; L'incarc&#233;ration de masse &#8211; cons&#233;quence de la &lt;i&gt;War on drugs &lt;/i&gt;initi&#233;e par Nixon en 1970, et prolong&#233;e par Reagan &#8211;, compl&#232;te cette guerre faite aux pauvres et aux minorit&#233;s. Dans les ann&#233;es 1980, la peine pour trente grammes de crack, &#233;tait aussi lourde que pour trois kilos de coca&#239;ne. En vingt ans, la population carc&#233;rale a pu ainsi quadrupler, atteignant les deux millions de prisonniers en 2001, dont 878 400 Afro-am&#233;ricains. Le 22 ao&#251;t 1989, l'ancien leader des Black Panthers, Huey Newton, accro au crack, &#233;tait assassin&#233; &#224; Oakland par un dealer...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Guerre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avec l'art, la guerre a sans doute &#233;t&#233; depuis l'Antiquit&#233; le plus large laboratoire des drogues, &#224; la fois pour leur int&#233;r&#234;t stimulant, anesth&#233;siant, d&#233;sinhibant ou s&#233;datif. Si, durant la campagne en &#201;gypte, Napol&#233;on interdit &#224; ses hommes de consommer ce haschisch qui les rendaient incontr&#244;lables, on sait en revanche que les soldats du IIIe Reich carburaient &#224; une m&#233;ta-amph&#233;tamine puissante, la pervitine sous forme de &lt;i&gt;Panzershokolade &lt;/i&gt;(chocolat du tankiste) ou de &lt;i&gt;Fliegermarzipan &lt;/i&gt;pour les pilotes (cf. Norman Ohler, &lt;i&gt;L'Extase totale : le IIIe Reich, les Allemands et la drogue&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2016). Lors du d&#233;barquement, les lib&#233;rateurs am&#233;ricains ne furent pas en reste d'une autre amph&#232;te, la benz&#233;drine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pass&#233;e l'adr&#233;naline du front et les horreurs qu'il charrie, il faut g&#233;rer le stress post-traumatique : l'addiction &#224; l'h&#233;ro&#239;ne aurait touch&#233; 20 % du contingent am&#233;ricain au Vietnam. Et aujourd'hui, certains v&#233;t&#233;rans d'Irak et d'Afghanistan peuvent avoir recours &#224; la MDMA de mani&#232;re exp&#233;rimentale (cf. Lukasz Kamienski &lt;i&gt;Les Drogues et la guerre &#8211; De l'Antiquit&#233; &#224; nos jours&lt;/i&gt;, Nouveau Monde &#233;ditions, 2017). Quant au captagon, modeste amph&#233;tamine rebaptis&#233;e m&#233;diatiquement &#171; drogue des djihadistes &#187;, son trafic &#8211; qui a g&#233;n&#233;r&#233; 5 milliards de dollars en 2021 &#8211; profite essentiellement &#224; l'&#201;tat syrien et au Hezbollah.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marihuana Tax Act&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la fin de la prohibition aux &#201;tats-Unis (1933), le directeur du bureau des narcotiques s'ennuie et, d&#233;cide de porter son d&#233;volu, non plus sur l'interdiction de l'alcool, mais sur celle du chanvre. Avec l'appui d'une presse raciste et d'une intense propagande qui stigmatise entre autres les travailleurs mexicains et les musiciens de jazz, Harry J. Anslinger va jusqu'&#224; pr&#233;tendre que le &#171; &lt;i&gt;cannabis est plus dangereux que l'h&#233;ro&#239;ne et la coca&#239;ne &#187;&lt;/i&gt;, le rendant responsable de tous les crimes. Avec le soutien de l'industrie p&#233;trochimique, une taxation prohibitive est vot&#233;e en 1937 sans distinguo entre cannabis r&#233;cr&#233;atif et chanvre agricole, dont l'usage &#224; bon march&#233; concurrence l'industrie du coton, du nylon et du papier. Quant &#224; Anslinger, il finit ses jours accro &#224; la morphine pour soulager une prostate douloureuse.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Narcotrafic&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2012, l'Office des Nations unies contre la drogue et le crime, &#233;valuait les revenus g&#233;n&#233;r&#233;s par le trafic de drogue &#224; 320 milliards de dollars, soit peu ou prou le PIB du Portugal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a par ailleurs belle lurette que les revenus de la drogue alimentent les caisses noires de la finance mondiale. En 2012 toujours, la banque HSBC reconna&#238;t avoir blanchi 881 millions de dollars provenant des cartels mexicains, mais pr&#233;f&#232;re payer une amende de 1,92 milliard de dollars pour couper court aux poursuites &#8211; qui, de l'avis du d&#233;partement am&#233;ricain de la Justice, auraient pu provoquer un &#171; &lt;i&gt;d&#233;sastre financier mondial &#187;&lt;/i&gt;. D&#232;s sa fondation en 1865, le groupe britannique trempait d&#233;j&#224; jusqu'aux oreilles dans le commerce florissant de l'opium avec l'Asie. Pas facile de d&#233;crocher de vieilles accoutumances.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Peyotl&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'interdiction du peyotl en 1620 au Mexique par l'Inquisition pr&#233;figure en partie la politique men&#233;e par l'Occident contre les drogues naturelles. La prohibition des plantes magiques, assimil&#233;es &#224; l'idol&#226;trie, aux plaisirs de la chair et &#224; la sorcellerie, permettait aux missionnaires de dresser les murs de la soci&#233;t&#233; coloniale, derri&#232;re lesquels &#233;taient rel&#233;gu&#233;s les indig&#232;nes, les m&#233;tis, les mul&#226;tres, les Noirs et les femmes (cf. Alessandro Stella, &lt;i&gt;L'Herbe du diable ou la chair des dieux ? La prohibition des drogues et l'Inquisition&lt;/i&gt;, Divergences, 2019). Si la coca &#233;chappe en partie &#224; la prohibition, c'est qu'elle permettait de doper l'exploitation dans les mines. De m&#234;me, l'abrutissement par l'alcool servait les int&#233;r&#234;ts des colonisateurs, comme en t&#233;moignait le vice-roi du Mexique en 1786, qui disait voir dans l'alcoolisation des indig&#232;nes &#171; &lt;i&gt;le meilleur moyen de cr&#233;er un nouveau besoin qui les contraigne &#233;troitement &#224; reconna&#238;tre leur d&#233;pendance oblig&#233;e &#224; notre endroit &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Toxicomanie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'extraction des alcalo&#239;des d'opium et de coca accompagne une v&#233;ritable r&#233;volution th&#233;rapeutique contre la douleur. Pourtant, comme un retour de b&#226;ton colonial, alors que l'opium, fer de lance de l'imp&#233;rialisme en Asie, se r&#233;pand dans la marge des m&#233;tropoles occidentales, les &#171; paradis artificiels &#187; c&#232;dent la place &#224; la &#171; toxicomanie &#187; : &#171; &lt;i&gt;Le fl&#233;au est identifi&#233;, la lutte contre la drogue peut commencer. Le corps m&#233;dical demande une loi qui assimile les toxicomanes aux ali&#233;n&#233;s et qui permette leur internement d'office &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit l'historien Jean-Jacques Yvorel (cf. &lt;i&gt;Les Poisons de l'esprit &#8211; Drogues et drogu&#233;s au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle&lt;/i&gt;, Quai Voltaire, 1992). Malgr&#233; le flou scientifique qui le d&#233;finit, le toxicomane est vu comme un d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;, un d&#233;viant, un intoxiqu&#233; et un criminel qui doit &#234;tre puni et sevr&#233;. En France, il est consid&#233;r&#233; comme un individu &#224; la fois malade et d&#233;linquant selon la loi de 1970 toujours en vigueur. Le d&#233;bat sur la d&#233;p&#233;nalisation semble toujours dans une impasse tandis que, partout, la logique prohibitionniste &#8211; impos&#233;e &#224; l'&#233;chelle internationale sous patronage am&#233;ricain depuis la Convention de Shanghai en 1909 &#8211;, n'a fait que renforcer l'essor du crime organis&#233; et de la corruption politico-financi&#232;re tout en exposant les usagers aux risques, souvent mortels, des produits alt&#233;r&#233;s et sans contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Ces arrestations spectaculaires sont vou&#233;es &#224; semer la peur &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Ces-arrestations-spectaculaires</link>
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		<dc:date>2022-07-15T10:26:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'Envol&#233;e</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233;e il y a un an et demi, avec huit autres personnes, pour une fumeuse histoire d' &#187; association de malfaiteurs terroristes &#187;, Camille a pass&#233; plusieurs mois en d&#233;tention provisoire. Elle raconte les m&#233;andres du combat qu'elle m&#232;ne contre l'arbitraire d'un pouvoir autoritaire &#8211; du point de vue d'une femme, &#233;videmment invisibilis&#233;e. Entretien. Le 8 d&#233;cembre 2020, la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure (DGSI) interpellait neuf personnes, d&#233;sign&#233;es comme membres &#171; de la mouvance (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no211-juillet-aout-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;211 (juillet-ao&#251;t 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Arr&#234;t&#233;e il y a un an et demi, avec huit autres personnes, pour une fumeuse histoire d' &#187; association de malfaiteurs terroristes &#187;, Camille a pass&#233; plusieurs mois en d&#233;tention provisoire. Elle raconte les m&#233;andres du combat qu'elle m&#232;ne contre l'arbitraire d'un pouvoir autoritaire &#8211; du point de vue d'une femme, &#233;videmment invisibilis&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200camille_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200camille_resultat-8f8bc.jpg?1768901373' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Marine Summercity
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 8 d&#233;cembre 2020, la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; int&#233;rieure (DGSI) interpellait neuf personnes, d&#233;sign&#233;es comme membres &#171; &lt;i&gt;de la mouvance d'ultragauche&lt;/i&gt; &#187;, pour &#171; association de malfaiteurs terroriste en vue de commettre des crimes d'atteinte aux personnes &#187;. Sept d'entre elles sont mises en examen, dont cinq plac&#233;es en d&#233;tention provisoire. Accus&#233;es d'avoir form&#233; un groupe clandestin pour pr&#233;parer une &#171; &lt;i&gt;action violente&lt;/i&gt; &#187; contre les forces de l'ordre, elles nient cat&#233;goriquement. Toutes seront lib&#233;r&#233;es au fil des mois. Libre Flot est le dernier &#224; &#234;tre sorti de prison, en avril dernier, au bout de seize mois d'isolement et trente-sept jours de gr&#232;ve de la faim&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Libre Flot a adress&#233; de nombreuses lettres au journal et &#224; l'&#233;mission (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. L'instruction est toujours en cours et les accus&#233;&#183;es restent soumis&#183;es &#224; des mesures de surveillance et &#224; un contr&#244;le judiciaire strict. Lib&#233;r&#233;e fin avril 2021, Camille, l'une des inculp&#233;&#183;es, revient ici sur les batailles men&#233;es au fil des mois et sur celles qu'il reste &#224; porter collectivement, sur le terrain judiciaire comme sur le terrain politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;tention provisoire est d&#233;sormais derri&#232;re chacun&#183;e d'entre vous, c'est une &#233;tape importante apr&#232;s dix-huit mois de bataille judiciaire...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ces dix-huit derniers mois ont &#233;t&#233; intenses et profond&#233;ment &#233;puisants. Une premi&#232;re &#233;tape vient en effet de se terminer avec la lib&#233;ration de Flot suite &#224; sa gr&#232;ve de la faim et une mobilisation de solidarit&#233; internationale d&#233;but avril. &#199;a fait redescendre l'affaire tant du point de vue judiciaire qu'humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait avoir tendance &#224; croire que tout est fini mais, en r&#233;alit&#233;, l'instruction est toujours en cours, tous les accus&#233;&#183;es restent sous contr&#244;le judiciaire, les accusations de terrorisme p&#232;sent encore sur nous et nous n'avons toujours aucune id&#233;e de quand aura lieu le proc&#232;s. Nous avons encore &#224; effectuer un gros travail de d&#233;construction du r&#233;cit de la DGSI et des magistrats car, malgr&#233; tous nos efforts et tous nos arguments, ce discours strictement performatif existe encore aujourd'hui dans le dossier. Cette construction &#224; la fois mensong&#232;re, incoh&#233;rente et diffamatoire, a &#233;t&#233; permise &#224; la fois par la l&#233;gislation antiterroriste &#8211; dont le cadre ne cesse de s'&#233;largir tout en &#233;tant de plus en plus flou &#8211; et par les techniques d'enqu&#234;te et de surveillance utilis&#233;es. Nous sommes contraint&#183;es &#224; nous d&#233;fendre pour de longs mois encore mais, au-del&#224; de &#231;a, il faut comprendre que notre affaire tend non seulement &#224; incriminer les internationalistes qui partent pr&#234;ter main forte aux luttes d'&#233;mancipation&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Libre Flot a combattu au Rojava contre Daesh aux c&#244;t&#233;s des forces kurdes ; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, mais qu'elle constitue aussi une attaque contre tous les mouvements d'&#233;mancipation et les luttes en France ; une volont&#233; de les discr&#233;diter en les criminalisant. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un des objectifs de la prison pr&#233;ventive est de rendre difficile l'organisation d'une r&#233;ponse politique collective et d'une d&#233;fense commune face &#224; la justice et &#224; l'&#201;tat...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;but, en d&#233;tention provisoire, aucun&#183;e d'entre nous n'avait acc&#232;s au dossier. Les avocats ne pouvaient nous envoyer que quelques bribes qui nous concernaient personnellement. C'est probl&#233;matique pour avoir un point de vue g&#233;n&#233;ral et pour se d&#233;fendre &#8211; d'autant plus quand tu es poursuivie dans le cadre d'une &#8220;association de malfaiteurs&#8221;, donc en groupe. C'est d'autant plus absurde que le juge d'instruction t'interroge ensuite sur des propos qu'aurait tenus untel ou untel que tu ne connais m&#234;me pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, je suis sortie quatre mois et demi apr&#232;s notre arrestation. On &#233;tait alors dans cette phase de six mois qui commence &#224; la date de mise en examen, et pendant laquelle on est cens&#233;&#183;es pouvoir acc&#233;der au dossier, l'&#233;plucher et faire des requ&#234;tes en nullit&#233; concernant tous les actes ant&#233;rieurs &#224; notre mise en examen. Pour exercer ce droit, l'avocat a acc&#232;s au dossier. Mais l'acc&#232;s de la personne mise en examen au dossier est soumis &#224; une absence d'opposition du juge. En sortant, j'ai fait une demande d'acc&#232;s qui a d'abord &#233;t&#233; refus&#233;e. Et je n'ai obtenu cet acc&#232;s qu'en appel, seulement trois semaines avant la fin de ces six mois de d&#233;lai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois semaines, c'est tr&#232;s court car c'est un taf de fou de se saisir d'un dossier (qui, &#224; l'&#233;poque, devait d&#233;j&#224; compter 1 800 documents PDF), de relever les incoh&#233;rences de l'accusation et les irr&#233;gularit&#233;s, pour que les avocats puissent d&#233;poser les requ&#234;tes en nullit&#233; les plus compl&#232;tes possibles. Certes, l'avocat peut travailler de son c&#244;t&#233;, mais sans toi et ta lecture de ce qui t'est reproch&#233;, ses possibilit&#233;s de contre-argumentaire sont limit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, tant qu'il y avait des personnes en d&#233;tention, on &#233;tait dans un rythme judiciaire o&#249; il fallait lutter de mani&#232;re constante : parce qu'il y a toujours de nouvelles auditions qui arrivent, parce qu'il y a des enjeux de renouvellement d'isolement tous les trois mois, des enjeux de renouvellement de d&#233;tention provisoire&#8230; Tu n'as pas de temps de respiration si tu veux te mobiliser sur chacun de ces enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Par ailleurs, tant qu'il y avait des personnes en d&#233;tention, on &#233;tait dans un rythme judiciaire o&#249; il fallait lutter de mani&#232;re constante.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#192; cela s'ajoute le fait qu'il y a une certaine pression &#224; prendre la parole en tant que mise en examen : certes tu es sortie, mais tu es toujours sous contr&#244;le judiciaire et soumise au secret de l'instruction. Il faut donc trouver les mots pour parler de ce qui t'est reproch&#233; sans bafouer ce secret d'instruction qui pourrait te rajouter des charges et potentiellement te renvoyer en prison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autrement dit, r&#233;ussir &#224; parler publiquement de cette affaire a &#233;t&#233; et est encore tr&#232;s compliqu&#233;, alors m&#234;me que c'est essentiel...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des arrestations spectaculaires comme celles que nous avons subies, avec des chefs d'inculpation aussi lourds, sont aussi vou&#233;es &#224; semer la peur parmi les proches et les r&#233;seaux militants. Et on a beau le savoir, &#231;a r&#233;ussit toujours &#224; d&#233;contenancer et &#224; semer la panique. Surtout que dans notre cas, nous vivions dans des zones &#233;loign&#233;es et distinctes, nous ne nous connaissions m&#234;me pas forc&#233;ment, nous n'avions pas les m&#234;mes entourages. Donc il y a beaucoup de choses &#224; surmonter pour s'organiser et lib&#233;rer les paroles ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autre part, l'antiterrorisme est devenu un sujet extr&#234;mement intense et source d'&#233;motion ces derni&#232;res ann&#233;es. Il y a une m&#233;fiance et une peur qui s'imposent dans les esprits d&#232;s que le mot &#8220;terrorisme&#8221; est prononc&#233;. C'est ce qui fait que la parole est d'autant plus dure &#224; lib&#233;rer m&#233;diatiquement, mais aussi dans les milieux politiques. Pour r&#233;ussir &#224; parler, il faut d'abord se battre contre un tabou g&#233;n&#233;ralis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'antiterrorisme est l'argument par excellence pour justifier toute op&#233;ration militaire &#224; l'&#233;tranger &#8211; comme si elles &#233;taient d&#233;nu&#233;es de quelconques int&#233;r&#234;ts g&#233;opolitiques &#8211;, on ne peut que constater sur le territoire fran&#231;ais comment l'&#233;motion suscit&#233;e par les tragiques attentats de Paris a &#233;t&#233; utilis&#233;e pour justifier la discrimination religieuse et faire passer &#224; une vitesse hallucinante les lois les plus liberticides sans possibilit&#233; de les contester. Il y a comme des vases communicants entre la justice dite &#8220;d'exception&#8221; (mais pas tant) que repr&#233;sente l'antiterrorisme et la justice p&#233;nale &#8220;ordinaire&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que le fait que tu sois une femme ajoute une dimension particuli&#232;re &#224; ta situation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai eu &#224; me battre personnellement en tant que femme, notamment catalogu&#233;e dans les m&#233;dias comme &#8220;compagne de...&#8221;, &#224; savoir de l'un des autres accus&#233;s. C'est un gros point de lutte, tant du point de vue judiciaire que m&#233;diatique et politique. D&#232;s les premiers interrogatoires, ma parole a toujours &#233;t&#233; discr&#233;dit&#233;e sur cette base-l&#224;. C'est un ph&#233;nom&#232;ne que je ne suis pas surprise de trouver &#224; cet endroit : le fonctionnement sexiste de la justice n'est pas un scoop. Mais ce qui a &#233;t&#233; marquant, c'est de retrouver ce ph&#233;nom&#232;ne dans le monde militant. Tu n'es jamais tout &#224; fait consid&#233;r&#233;e comme une des &#8220;mis&#183;es en examen&#8221;, mais toujours en lien avec ta relation. Ta parole a tendance &#224; &#234;tre mise de c&#244;t&#233; et effac&#233;e. D'autant plus que je suis la seule femme inculp&#233;e dans cette affaire. Quand les journalistes viennent te voir, c'est toujours &#224; travers ce prisme-l&#224; qu'ils te consid&#232;rent. Peu importe ce que tu vas poser dans ta d&#233;fense, ils vont juste utiliser des bribes de tes propos pour colorer un article de mani&#232;re &#233;motionnelle. Jamais ce que tu diras sur le fond ne sera retenu.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu n'es jamais tout &#224; fait consid&#233;r&#233;e comme une des &#8220;mis&#183;es en examen&#8221;, mais toujours en lien avec ta relation. Ta parole a tendance &#224; &#234;tre mise de c&#244;t&#233; et effac&#233;e. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;J'ai particip&#233; par exemple, avec les avocats, &#224; une conf&#233;rence de presse organis&#233;e pendant la gr&#232;ve de la faim de Libre Flot. Je n'&#233;tais pas tr&#232;s &#224; l'aise avec ce genre d'exercice et je sais qu'avec les journalistes, il faut aller droit au but. J'avais donc choisi de r&#233;diger une d&#233;claration &#233;crite&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'int&#233;gralit&#233; du texte est disponible &#224; l'adresse soutien812.blackblogs.org. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, br&#232;ve et plut&#244;t incisive. Cette d&#233;claration a &#233;t&#233; compl&#232;tement invisibilis&#233;e. Les seules choses qui ont &#233;t&#233; retenues, c'est ma pr&#233;sence, une petite phrase dite en-dehors de la d&#233;claration et le fait que j'&#233;tais profond&#233;ment fatigu&#233;e. C'&#233;tait une r&#233;alit&#233;, mais ce n'&#233;tait pas mon principal propos &#224; ce moment-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a fait partie de la double peine en tant que femme face &#224; la justice : faire face &#224; un &#233;touffement social et moral en plus de survivre &#224; une r&#233;pression judiciaire. On s'attaque &#224; des pans entiers de ton intimit&#233;. Un exemple parmi tant d'autres : quand les agents de la DGSI interrogent ma m&#232;re, ils lui expliquent combien d'ann&#233;es je vais potentiellement prendre et que de ce fait, elle ne sera pas grand-m&#232;re&#8230; L&#224;, d&#233;barque brutalement dans ma vie une question que me pose ma m&#232;re : &#8220;&lt;i&gt;Est-ce que tu veux des enfants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221; Cette question, en fait, c'est la DGSI qui la pose et qui m'oblige &#224; y r&#233;pondre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le fait que vous utilisiez des outils de communication s&#233;curis&#233;s a &#233;t&#233; retenu comme l'un des principaux &#233;l&#233;ments &#224; charge contre vous. Au-del&#224; de votre propre combat judiciaire, y a-t-il une lutte collective &#224; mener sur cette question-l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a encore beaucoup de batailles &#224; mener. Et dans le lot, effectivement, il y a la lutte contre la criminalisation de nos outils de communication. On n'a pas vraiment eu l'occasion d'en parler jusqu'ici, mais &#231;a fait partie des points sur lesquels nous sommes attaqu&#233;&#183;es d&#232;s le premier rapport de la DGSI qui entra&#238;ne l'ouverture de l'enqu&#234;te officielle en f&#233;vrier 2020. Ce rapport pose v&#233;ritablement la base du d&#233;cor et d&#233;finit la fa&#231;on dont le dossier d'instruction est mont&#233; ensuite. Et m&#234;me si plusieurs &#233;l&#233;ments se sont d&#233;mentis d'eux-m&#234;mes, ce d&#233;cor continue &#224; nous suivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y est inscrit, entre autres, que nous adopterions un comportement clandestin, que nous nous connecterions sur des r&#233;seaux wifi publics et utiliserions des moyens de communication crypt&#233;s. Cette lecture conspirationniste leur permet de nous reprocher, dix mois plus tard, la moindre utilisation de moyens de communication, d&#232;s lors qu'ils sont un minimum s&#233;curis&#233;s. Des messageries : Signal, Silence, Discord, Jitsi. Des bo&#238;tes mail Protonmail ou Riseup. Des outils type VPN, Tor Browser ou Tails&#8230; Bref, majoritairement des outils massivement utilis&#233;s et dont l'usage est parfaitement l&#233;gal. Cr&#233;er de la suspicion sur leur utilisation permet de les criminaliser et d'en faire des &#233;l&#233;ments &#224; charge. &#8220;&lt;i&gt;Si on ne sait pas ce qu'ils peuvent se dire, c'est forc&#233;ment louche&lt;/i&gt;&#8221;, se disent-ils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui encore, vu qu'ils n'ont aucun &#8220;projet d'action violente&#8221; &#224; nous reprocher et que le dossier repose exclusivement sur cette suspicion, le juge d'instruction Jean-Marc Herbaut se sert du fait que le d&#233;cryptage de nos outils informatiques n'est pas termin&#233; pour maintenir l'enqu&#234;te ouverte et refuser la lev&#233;e totale des &#8220;interdictions de communiquer&#8221; entre nous. Alors que toutes nos auditions ont d&#233;j&#224; &#233;t&#233; effectu&#233;es et que nous sommes dehors depuis de nombreux mois, utiliser cet argument pour nous interdire de nous parler n'a pas d'autre but que celui de nous isoler les uns des autres jusqu'au proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, la question de la surveillance des moyens de communication m&#233;rite &#224; mon sens une attention collective particuli&#232;re : en posant une suspicion sur l'usage de ces outils, ils les criminalisent de fait. Alors qu'on est dans une soci&#233;t&#233; qui nous oblige &#224; utiliser ces technologies de communication &#224; plein de niveaux &#8211; m&#234;me ouvrir un compte en banque sans t&#233;l&#233;phone portable est devenu compliqu&#233; &#8211; on nous enl&#232;ve toute libert&#233; de choix dans leur utilisation. Si tu utilises des outils pour prot&#233;ger ta vie priv&#233;e par choix &#233;thique ou politique, tu deviens suspect. &#199;a fait partie de ce que La Quadrature du Net nomme la &#8220;technopolice&#8221;, qui se d&#233;veloppe actuellement en dehors du droit&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association de d&#233;fense des libert&#233;s num&#233;riques, La Quadrature du Net vient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Ces enjeux, qui peuvent para&#238;tre sp&#233;cifiques &#224; notre dossier, n&#233;cessitent pour moi une lutte politique en plus de la lutte judiciaire que nous menons d&#233;j&#224;, car ils sont symptomatiques d'une soci&#233;t&#233; de plus en plus s&#233;curitaire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par L'Envol&#233;e&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Libre Flot a adress&#233; de nombreuses lettres au journal et &#224; l'&#233;mission &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt;au cours de son enfermement. On peut les lire sur le site &lt;i&gt;lenvolee.net&lt;/i&gt; et dans le n &#176; 55 du journal, paru en mai dernier. Dans son n&#176; 210 (juin 2022), &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; en a &#233;galement publi&#233; &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Ce-sont-mes-opinions-politiques-qu&#034;&gt;un choix d'extraits&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Libre Flot a combattu au Rojava contre Daesh aux c&#244;t&#233;s des forces kurdes ; c'est d'ailleurs ce qui a attir&#233; l'attention de la DGSI sur lui.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'int&#233;gralit&#233; du texte est disponible &#224; l'adresse &lt;i&gt;soutien812.blackblogs.org&lt;/i&gt;. Vous pouvez aussi consulter les deux autres sites de soutien aux inculp&#233;s : &lt;i&gt;soutienauxinculpeesdu8decembre.noblogs.org&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;solidaritytodecember8.wordpress.com&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association de d&#233;fense des libert&#233;s num&#233;riques, La Quadrature du Net vient de lancer une &#171; plainte collective contre la technopolice &#187;, &#224; laquelle on peut se joindre &#224; cette adresse : &lt;i&gt;technopolice.fr/plainte&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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