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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Not all men &#187;</title>
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		<dc:date>2022-07-29T09:46:02Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Yz&#233; Volupt&#233;e</dc:creator>


		<dc:subject>Putain de chronique</dc:subject>
		<dc:subject>Nijelle Botainne </dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Elle est &#224; la fois escort, camgirl, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe. Elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique. Quand j'ai d&#233;but&#233; dans le m&#233;tier, je refusais tout ce qui avait plus de 55 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Putain-de-chronique" rel="tag"&gt;Putain de chronique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nijelle-Botainne" rel="tag"&gt;Nijelle Botainne &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e est travailleuse du sexe. Elle est &#224; la fois escort, camgirl, r&#233;alisatrice et performeuse porno-f&#233;ministe. Elle chronique dans ces colonnes son quotidien, ses r&#233;flexions et ses coups de gueule. La r&#233;alit&#233; d'Yz&#233; n'est pas celle des personnes exploit&#233;es par les r&#233;seaux de traite ou contraintes par d'autres &#224; se prostituer. Son activit&#233; est pour elle autant un moyen de subsistance qu'un choix politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4673 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200putaindechronique_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH659/1200putaindechronique_resultat-c2ba0.jpg?1768660097' width='500' height='659' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Nijelle Botainne
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;Q&lt;/span&gt;uand j'ai d&#233;but&#233; dans le m&#233;tier, je refusais tout ce qui avait plus de 55 ans. Beaucoup de mes coll&#232;gues avaient pourtant l'air de trouver &#231;a rassurant : les vieux, &#231;a fait moins peur. On peut les imaginer fr&#234;les, lents, cardiaques et impuissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, je me souviendrai toute ma vie de ma premi&#232;re tentative d'&lt;i&gt;escorting&lt;/i&gt;, dans un bar &#224; h&#244;tesses, du haut de mes 18 piges. Je revois encore ce type dans le miroir, sa main sur ma cuisse, me murmurer &#224; l'oreille : &#171; &lt;i&gt;Hum&#8230; Tu pourrais &#234;tre ma fille.&lt;/i&gt; &#187; J'ai pr&#233;text&#233; un besoin pressant, je suis all&#233;e vomir dans les toilettes, et suis partie sans m&#234;me demander ma mis&#233;rable paie de la soir&#233;e. Exit le travail du sexe (TDS) pendant dix ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai remis le pied &#224; l'&#233;trier, j'avais une d&#233;cennie de f&#233;minisme v&#233;n&#232;re derri&#232;re moi : je me sentais solide, d&#233;termin&#233;&#183;e&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : Yz&#233; Volupt&#233;e ne se consid&#232;re pas comme une femme cisgenre. Il / elle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, et pr&#234;t&#183;e &#224; affronter la masculinit&#233;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Je parle ici de la masculinit&#233; cisgenre et h&#233;t&#233;rosexuelle, &#224; savoir celle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; sous toutes ses formes. Avec la pratique, j'ai constat&#233; que peu m'importait l'esth&#233;tique, ou presque. Mais les tempes grisonnantes de certains clients me donnaient toujours la naus&#233;e, quand &#231;a ne me mettait tout simplement pas dans une col&#232;re noire qu'il m'aura fallu du temps &#224; d&#233;cortiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, la vieillesse des corps me terrifie. Moi qui jouis du privil&#232;ge de jouer dans la cat&#233;gorie des &#171; beaux &#187;, je savoure pour quelques ann&#233;es encore celui de faire partie des jeunes. Mais la quarantaine approche. Un jour pas si lointain, je conna&#238;trai &#224; mon tour le rejet, le d&#233;go&#251;t, la solitude et la mis&#232;re sexuelle qui sont le lot d'une grande partie des femmes dans notre soci&#233;t&#233; t&#233;tanis&#233;e par la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et justement, &#231;a, aux hommes, je ne le leur pardonne pas. Les vieilles putes, ils n'en veulent pas. Le patriarche veut se vautrer dans nos chairs fra&#238;ches jusqu'&#224; sa derni&#232;re goutte de sperme. M&#234;me grabataire, il continue de r&#233;gner sur le monde en distribuant les bons points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les vieux prolos suscitent au moins chez moi une certaine solidarit&#233; de classe qui transcende ma misandrie, avec leurs poumons fatigu&#233;s et leurs pieds diab&#233;tiques. Les riches retrait&#233;s d&#233;bordants d'entrain et de vitalit&#233; me font grincer des dents. &#192; ceux-l&#224;, je ne donne que le strict minimum, et je ne leur fais pas l'honneur d'&#234;tre de mes habitu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais elle a bon dos, la guerre des classes. Mon f&#233;minisme mat&#233;rialiste n'explique pas tout. Il y a derri&#232;re ma col&#232;re visc&#233;rale un malaise bien plus profond. Client ou pas, l'&#339;il concupiscent d'un &#171; homme m&#251;r &#187; sur mon entrejambe me ram&#232;ne &#224; la violence brute du tabou ultime. On dit qu'un m&#244;me sur cinq &#8211; une fille sur cinq, plus pr&#233;cis&#233;ment, et un gar&#231;on sur treize &#8211;, subit des violences sexuelles durant l'enfance&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet le &#171; Rapport de situation 2014 sur la pr&#233;vention de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Je n'ai plus 12 ans mais je me souviens de tous ces mecs qui se laissaient faussement berner par mon franc-parler et mes seins lourds d'ado complex&#233;e. &#192; certains j'ai donn&#233; de bon c&#339;ur, l&#224; o&#249; d'autres se sont servis sans mesurer ce qu'ils m'ont pris. Il a fallu qu'un jour l'un d'entre eux me dise : &#171; &lt;i&gt;Non, je ne peux pas coucher avec toi, tu as l'&#226;ge d'&#234;tre ma petite s&#339;ur&lt;/i&gt; &#187;, pour que je r&#233;alise que quelque chose ne tournait pas rond. Fallait-il &#234;tre aveugle pour me croire quand j'annon&#231;ais 17 ans ? Fallait-il vouloir me baiser &#224; tout prix pour se laisser convaincre par mon petit num&#233;ro de s&#233;duction ? J'ai vite compris que le seul jeu qu'on me laisserait jouer, c'&#233;tait celui de la bonne meuf.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aucun n'&#233;tait &lt;i&gt;fou&lt;/i&gt;. Aucun ne m'a mis un flingue contre la tempe. Chacun a pris ce qui lui revenait de droit sans se poser de questions. Peut-on vraiment parler de consentement, quand on ne mesure ni l'in&#233;galit&#233; des rapports de pouvoir, ni la possibilit&#233; de dire non, ni les cons&#233;quences &#224; long terme ? Je ne me suis jamais d&#233;battue. Je suis m&#234;me all&#233;e les chercher, plus d'une fois. &#199;a marchait. &#199;a me donnait une place. Je me sentais exister. Et ainsi, &#234;tre d&#233;sir&#233;e est devenu une des colonnes vert&#233;brales de mes sch&#233;mas affectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#233;trange, parce qu'aucun de ces hommes-l&#224; n'&#233;tait vieux. Ils avaient tout au plus la trentaine. Mais dans ma t&#234;te d'enfant, des liens terribles se sont tiss&#233;s. J'ai fini par int&#233;grer que tous les hommes, quel que soit leur &#226;ge, pouvaient me sexualiser. Que je n'&#233;tais &#224; l'abri nulle part, pas m&#234;me dans les bras de mon p&#232;re, ou de mon grand-p&#232;re. Aucun d'eux n'a jamais eu le moindre geste sexualis&#233; envers moi. Mais ils &#233;taient des &lt;i&gt;hommes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Yz&#233; Volupt&#233;e&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pr&#233;c&#233;dentes &#034;Putain de chroniques&#034; : &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-ne-suis-pas-la-pute-que-vous' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je ne suis pas la pute que vous croyez &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sale-pute' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sale pute ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Hommage-a-nos-clandestinites' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Hommage &#224; nos clandestinit&#233;s &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Therapute' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Th&#233;rapute&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Pornoscopie' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Pornoscopie&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Si-meme-les-feministes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Si m&#234;me les f&#233;ministes&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;#7&lt;/strong&gt; : &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Aimer-une-putain&#034;&gt;Aimer une putain&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : Yz&#233; Volupt&#233;e ne se consid&#232;re pas comme une femme cisgenre. Il / elle se genre tant&#244;t au f&#233;minin, tant&#244;t au masculin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Je parle ici de la masculinit&#233; cisgenre et h&#233;t&#233;rosexuelle, &#224; savoir celle des hommes qui se reconnaissent dans le genre qu'on leur a attribu&#233; &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet le &#171; Rapport de situation 2014 sur la pr&#233;vention de la violence dans le monde &#187; de l'Organisation mondiale de la sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Il faut voir &#231;a avec notre cher pr&#233;sident ! &#187; </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Il-faut-voir-ca-avec-notre-cher</link>
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		<dc:date>2022-07-22T10:16:20Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Nouvel &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. Une note de service annonce la date de la r&#233;union pour les agentes des services hospitaliers (ASH), r&#233;clam&#233;e depuis deux mois. Principal sujet de m&#233;contentement, le d&#233;calage de l'horaire du d&#238;ner des r&#233;sident&#183;es. Il &#233;tait servi &#224; partir de 18 heures dans les &#233;tages, du jour au (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Nouvel &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois des fragments de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une note de service annonce la date de la r&#233;union pour les agentes des services hospitaliers (ASH), r&#233;clam&#233;e depuis deux mois. Principal sujet de m&#233;contentement, le d&#233;calage de l'horaire du d&#238;ner des r&#233;sident&#183;es. Il &#233;tait servi &#224; partir de 18 heures dans les &#233;tages, du jour au lendemain on nous demande de le repousser d'une demi-heure. En salle, &#231;a d&#233;marrait vers 18 h 45 ; maintenant, la consigne est d'attaquer &#224; 19 heures et pas avant. Visiblement, l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) a estim&#233; que la dur&#233;e entre le d&#238;ner et le petit-d&#233;jeuner &#233;tait trop longue. Et comme il manque du personnel, on nous demande aussi de descendre de nos &#233;tages pour assurer le service en salle. Pour nous, c'est la gal&#232;re : la fin de service se fait au sprint.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En voyant cette note de service, Fatiha a les larmes aux yeux : &#171; &lt;i&gt;Enfin on nous entend&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Elle trouve que les ASH sont les oubli&#233;es de l'Ehpad. &#171; &lt;i&gt;Il n'y en a que pour les aides-soignantes&lt;/i&gt; (AS) &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Elle est titulaire au troisi&#232;me, l'&#233;tage le plus dur. Qu'on soit du matin ou de l'apr&#232;s-midi, il y a quinze chambres &#224; faire, trente quand on se tape la journ&#233;e de douze heures, un week-end sur deux. &#192; un moment il y a eu des renforts, mais &#231;a n'a pas dur&#233;. Le soir, vingt personnes mangent &#224; cet &#233;tage. &#192; cause de ce d&#233;calage d'une demi-heure, il faut laisser en plan la plonge, descendre en courant faire le service dans la grande salle &#224; manger et remonter pour terminer la vaisselle et le nettoyage. Forc&#233;ment, on a envie de r&#233;cup&#233;rer le plus rapidement possible la vaisselle sale et les plats pour en laver le maximum avant de descendre. Et comme, de leur c&#244;t&#233;, les AS ont &#233;galement la pression (faire manger les personnes qui ne sont pas autonomes et les coucher avant que les autres r&#233;sident&#183;es ne remontent de la salle &#224; manger), le repas est vite exp&#233;di&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En plus de &#231;a, la cadre de sant&#233; patrouille dans les &#233;tages et la salle &#224; manger pour v&#233;rifier si les consignes sont bien appliqu&#233;es. On ne peut pas dire que l'ambiance soit tr&#232;s sereine au moment du d&#238;ner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le jour de la r&#233;union arrive. Sont pr&#233;sentes la directrice, son adjointe, la cadre de sant&#233;, une des deux secr&#233;taires et une quinzaine d'ASH. Na&#239;vement, je m'&#233;tais imagin&#233; qu'on allait faire un tour de table pour recueillir nos dol&#233;ances et propositions. Au lieu de &#231;a, l'adjointe nous informe que l'organisation est en train d'&#233;voluer et nous demande de nous y conformer pour pouvoir l'&#233;valuer et faire des ajustements. Nos r&#233;criminations ont &#233;t&#233; entendues et on nous pr&#233;sente la nouvelle-nouvelle organisation : un ballet bien orchestr&#233; dans lequel des ASH apparaissent puis s'&#233;clipsent au cours du repas et courent en coulisses. Si les r&#233;sident&#183;es y comprennent quelque chose, tant mieux, moi j'ai du mal. Fatiha est satisfaite, elle gagne vingt minutes pour terminer sa plonge le soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, ce qui n'est pas &#224; discuter, c'est la charge de travail du matin. Le besoin de renfort est entendu mais on n'y peut rien. &#171; &lt;i&gt;Pour &#231;a, il faut voir avec notre cher pr&#233;sident&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; nous sort l'adjointe, sur le ton de la plaisanterie. Pas le pr&#233;sident du Centre communal d'action sociale (CCAS), elle parle de Macron. Je traduis : &#171; &lt;i&gt;Des renforts&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? M&#234;me pas en r&#234;ve&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Une fois o&#249; j'&#233;tais all&#233; vider mon sac dans le bureau de la directrice, celle-ci m'avait r&#233;pondu : &#171; &lt;i&gt;Je suis d'accord avec vous sur toute la ligne, mais vous devez bien comprendre une chose, Denis, c'est que notre avis ne compte pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; La cadre de sant&#233;, quant &#224; elle, mentionne un Ehpad priv&#233; o&#249; l'ASH a cinquante chambres &#224; faire quotidiennement. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas pour vous demander d'en faire autant, &#233;videmment, mais bon...&lt;/i&gt; &#187; C'est bien pratique, le priv&#233; : c'est le repoussoir qui permet de faire avaler de mauvaises conditions de travail. &#171; &lt;i&gt;Ce n'est ni mon plaisir ni mon r&#244;le de vous fliquer&lt;/i&gt; &#187;, ajoute-t-elle. Notre &#233;quipe de direction est humaine et &#224; l'&#233;coute, je le reconnais volontiers. La directrice se met souvent en quatre pour trouver des arrangements ou tenir compte des situations personnelles, mais elle est impuissante pour l'essentiel. Nous devons donc nous organiser au mieux pour pallier ce manque de personnel, par l'entraide notamment. Et quand nous y parvenons, au prix que cela suppose (fatigue, stress, usure du corps), cela valide le fait que c'&#233;tait possible et l'inutilit&#233; de moyens suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sors de cette r&#233;union plut&#244;t d&#233;prim&#233;. &#171; &lt;i&gt;Ah, te voil&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; me lance Suzanne, qui errait dans le coin. &#171; &lt;i&gt;Tu l'as trouv&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Allez, je me dis, plut&#244;t que d'essayer de rattraper le temps perdu, passes-en un peu avec elle. &lt;br class='manualbr' /&gt;&#171; &#8212; &lt;i&gt;Qui &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; je lui demande.
&lt;br /&gt;&#8212; &lt;i&gt;Eh bien, mon vieux grand-p&#232;re ! Je suis all&#233;e aux waters l&#224;-haut, &#231;a ferme pas &#224; cl&#233; et quand je suis redescendue vite vite, il avait disparu !&lt;/i&gt; &#187; Elle veut que j'appelle sa fille, sa m&#232;re, la police. Mais la police s'en fiche &#233;perdument. &#171; &lt;i&gt;Ils se marrent comme des cons&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; me dit-elle, et comme la porte ne ferme pas &#224; cl&#233;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident s'en fiche, la police s'en fiche&#8230; On est vraiment mal barr&#233;s !&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Denis L.&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;div class='spip_document_4668 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L426xH600/1500chroniqueehpad_resultat-1b355-2-32433-5a41c-42326-4d9d5-4698e-c2adf.jpg?1768650536' width='426' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Gautier Ducatez
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-dansait-a-en-mourir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-t-aime-comme-un-frere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je t'aime comme un fr&#232;re ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-va-Denis-tranquille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va Denis, tranquille ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Elle-a-pas-fini-de-vous-emmerder' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Elle a pas fini de vous emmerder, celle-l&#224; ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;9&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Une-vie-sociale-un-peu-terne' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Une vie sociale un peu terne &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;10&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-va-encore-faire-des-trucs-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va encore faire des trucs &#224; histoire&#8230; &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;11&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-va-nous-prendre-pour-des-Gitans' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On va nous prendre pour des Gitans ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;12&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-pigeons-ils-valent-mieux-que' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les pigeons, ils valent mieux que vous ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;13&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Quand-y-a-que-des-nenettes-3573' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Quand y a que des n&#233;nettes... &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;14&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Les-Allemands' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Les Allemands ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;15&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Potage-deux-louches' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Potage, deux louches ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;16&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Elle-a-tout-pour-etre-heureuse' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Elle a tout pour &#234;tre heureuse ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;17&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-ne-se-fait-pas-de-toucher-un' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a ne se fait pas de toucher un homme &#224; ces endroits ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;18&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Allez-y-faites-moi-rire' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Allez-y, faites-moi rire ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Nos p&#232;res, des tortionnaires ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Nos-peres-des-tortionnaires</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Nos-peres-des-tortionnaires</guid>
		<dc:date>2022-07-05T12:39:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans son documentaire Ce qu'ont fait nos p&#232;res, Emmanuel Vigier confronte son paternel &#224; ses souvenirs d'appel&#233; du contingent pendant la guerre d'Alg&#233;rie. Enfouis sous des d&#233;cennies de silence, quelques lambeaux de v&#233;rit&#233; sortent en grin&#231;ant. Pour CQFD, le documentariste a convers&#233; avec l'&#233;crivain et journaliste Bruno Le Dantec, lui aussi fils d'appel&#233;. Dialogue m&#233;moriel. C'est un film &#226;pre, par moments &#233;touffant, d'un silence qui p&#232;se des tonnes et que le temps qui passe peine toujours &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans son documentaire &lt;i&gt;Ce qu'ont fait nos p&#232;res&lt;/i&gt;, Emmanuel Vigier confronte son paternel &#224; ses souvenirs d'appel&#233; du contingent pendant la guerre d'Alg&#233;rie. Enfouis sous des d&#233;cennies de silence, quelques lambeaux de v&#233;rit&#233; sortent en grin&#231;ant. Pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, le documentariste a convers&#233; avec l'&#233;crivain et journaliste Bruno Le Dantec, lui aussi fils d'appel&#233;. Dialogue m&#233;moriel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4647 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200algerie_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH670/1200algerie_resultat-6d72b.jpg?1768825553' width='500' height='670' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de L.L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C'&lt;/span&gt;est un film &#226;pre, par moments &#233;touffant, d'un silence qui p&#232;se des tonnes et que le temps qui passe peine toujours &#224; percer. Ce silence, l'historienne Rapha&#235;lle Branche y a consacr&#233; une enqu&#234;te, &lt;i&gt;Papa, qu'as-tu fait en Alg&#233;rie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, parue en 2020 &#224; La D&#233;couverte. Et c'est cette m&#234;me question que le documentariste Emmanuel Vigier pose &#224; son p&#232;re (et &#224; quelques autres anciens appel&#233;s de son entourage), cam&#233;ra au poing.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paternel distille ses r&#233;ponses au compte-goutte. En r&#233;sum&#233;, il jure qu'&#224; l'arm&#233;e, il &#233;tait juste comptable, qu'il n'a pas combattu. Que la torture, il savait, mais qu'il n'a pas particip&#233;. S'est-il rebell&#233; ? Il n'avait pas de raisons de le faire, il dit : &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais pas r&#233;volutionnaire.&lt;/i&gt; &#187; &#199;a, le fils a du mal &#224; l'accepter. Il insiste, se documente par ailleurs. Et finit par exhumer une v&#233;rit&#233; tue sur les Alg&#233;riens qui remplissent l'album photo que son p&#232;re a ramen&#233; de la guerre : ces hommes et ces femmes n'ont pas &#233;t&#233; photographi&#233;s dans leur village tranquillement, mais &#224; l'int&#233;rieur d'un camp de regroupement forc&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;couter &#224; ce sujet &#171; L'Alg&#233;rie des camps &#187;, une s&#233;rie documentaire de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#8211; pour priver les maquisards ind&#233;pendantistes d'appui populaire dans les campagnes, l'arm&#233;e fran&#231;aise vidait des vall&#233;es enti&#232;res de leurs habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin dans le film, soulagement. Et horreur en m&#234;me temps. Soulagement car le p&#232;re d'un ami du r&#233;alisateur l&#226;che quelque chose, enfin. Horreur parce que ce qu'il raconte c'est qu'un jour, on lui a demand&#233; de participer &#224; une s&#233;ance de g&#233;g&#232;ne, la torture &#224; l'&#233;lectricit&#233;. Il a refus&#233;. Mais il a vu et n'a rien emp&#234;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard encore, c'est une fille d'appel&#233; que le documentariste fait causer. &#171; &lt;i&gt;On est toute une g&#233;n&#233;ration &#224; ne pas avoir os&#233; poser les questions&lt;/i&gt;, observe-t-elle. &lt;i&gt;On craignait les r&#233;ponses&lt;/i&gt;. &#187; Il y avait de quoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce qu'ont fait nos p&#232;res&lt;/i&gt; sera diffus&#233; sur France 3 Paca jeudi 9 juin &#224; 23 h 50, puis disponible quelque temps &lt;a href=&#034;https://www.france.tv/france-3/provence-alpes-cote-d-azur/la-france-en-vrai-provence-alpes/3553765-ce-qu-ont-fait-nos-peres.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;en replay&lt;/a&gt;. Son r&#233;alisateur, Emmanuel Vigier, est apparent&#233; &#224; la grande famille de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : plusieurs ann&#233;es durant, il y a tenu la chronique &#171; H&#233;t&#233;ro facho &#187;, sur l'homophobie et les questions LGBT. Dans les lignes qui suivent, il converse avec un autre compagnon de route du journal que vous tenez entre les mains, Bruno Le Dantec, qui s'est r&#233;cemment lanc&#233; dans un travail de m&#233;moire, &#233;crit, autour de la vie de son p&#232;re, qui eut &#233;galement la malchance d'&#234;tre rappel&#233; sous les drapeaux &#224; l'&#233;poque maudite de la guerre d'Alg&#233;rie (1954-1962), alors m&#234;me qu'il avait d&#233;j&#224; fait son service en m&#233;tropole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Est-ce que c'est une question qui vous a toujours travaill&#233;s, hant&#233;s peut-&#234;tre, &#171; qu'est-ce qu'a fait papa en Alg&#233;rie ? &#187; Ou m&#234;me : &#171; Est-ce que mon p&#232;re est un salaud, un tortionnaire, est-ce qu'il a tu&#233; ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Pour moi, tr&#232;s clairement, oui. Il y a une quinzaine d'ann&#233;es, j'ai essay&#233; une premi&#232;re fois de faire ce film, apr&#232;s avoir longtemps travaill&#233; sur l'apr&#232;s-guerre en Bosnie. Mais j'y ai renonc&#233;. J'&#233;tais dans une col&#232;re qui m'aurait emp&#234;ch&#233; de le faire. En tout cas, tous les copains fils d'appel&#233;s &#224; qui j'en ai parl&#233; &#224; cette &#233;poque m'ont expliqu&#233; que c'&#233;tait une question centrale dans leur vie, que le silence avait pes&#233; partout. Est-ce que pour autant il faut la poser, cette question ? Dans le film, mon amie d'enfance interroge cette n&#233;cessit&#233;. Elle pr&#233;cise que ce que nos p&#232;res ont v&#233;cu leur appartient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai finalement pos&#233;e &#224; mon p&#232;re, cette question. Mais je ne suis pas s&#251;r que mon film y r&#233;ponde compl&#232;tement. Il y a plein de fa&#231;ons d'&#234;tre un salaud... Sur la torture par exemple, mon p&#232;re dit avoir &#233;t&#233; un t&#233;moin auditif, parce qu'il n'&#233;tait pas loin du bureau o&#249; elle &#233;tait pratiqu&#233;e. Bon. Quelle est la part de responsabilit&#233; du t&#233;moin, de celui qui ob&#233;it, du bon petit soldat ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Quelle est la part de responsabilit&#233; du t&#233;moin, de celui qui ob&#233;it, du bon petit soldat ? &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En tout cas je reconnais &#224; mon p&#232;re le courage et l'honn&#234;tet&#233; de m'avoir r&#233;pondu comme il a pu sur un sujet embarrassant, pour lui comme pour beaucoup d'autres anciens appel&#233;s. Ils ont particip&#233; &#224; un &#233;pisode de l'histoire sur lequel il y a eu un d&#233;ni d'&#201;tat pendant des d&#233;cennies. La guerre d'Alg&#233;rie n'a &#233;t&#233; reconnue en tant que &#8220;guerre&#8221; par la loi qu'en 1999. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt; : &#171; Moi, cette question ne m'a pas travaill&#233; jusqu'&#224; ce que mon p&#232;re en parle. Le fait qu'il soit all&#233; en Alg&#233;rie m'interpellait, mais je n'ai jamais eu ce soup&#231;on. Peut-&#234;tre parce que j'avais une grande confiance en lui, l'impression qu'il ne pouvait pas faire de mal &#224; une mouche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me rappelle quand m&#234;me qu'un jour, je lui ai demand&#233; : &#8220;&lt;i&gt;Est-ce que tu as particip&#233; &#224; des combats ? Est-ce que tu as fait usage de tes armes&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&#8221; Il m'a dit que non, et je le crois. Il n'a pass&#233; que six mois l&#224;-bas, &#224; partir de juin 1956, quand il a &#233;t&#233; rappel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;but, il montait la garde dans les domaines viticoles de la Mitidja, au sud d'Alger. Puis son r&#233;giment a &#233;t&#233; envoy&#233;e en camp disciplinaire &#224; Boghar, une petite ville au sud de M&#233;d&#233;a, parce que des Corses de l'unit&#233; avaient siffl&#233; un ministre, Max Lejeune, lors d'un passage en revue. &#192; Boghar, mon p&#232;re et son unit&#233; ont pass&#233; &#233;norm&#233;ment de temps &#224; patrouiller. Mais il ne m'a jamais parl&#233;, par exemple, de camps de d&#233;plac&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Sur les camps de regroupement, mon p&#232;re a mis un long moment &#224; me dire ce qu'il en &#233;tait vraiment. Et c'est parce que je travaillais avec une historienne, Marie Chominot, pendant le tournage, que mon p&#232;re est parvenu &#224; raconter la r&#233;alit&#233; de ces images, la situation des gens qu'il a photographi&#233;s. Sans cela, les photos orientalistes de son album seraient rest&#233;es sans l&#233;gende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, mon p&#232;re, &#224; la diff&#233;rence peut-&#234;tre du tien, c'est un bon petit soldat. C'est quelqu'un qui ob&#233;it. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt; : &#171; Mon p&#232;re, ce n'&#233;tait pas un rebelle non plus. Mais il &#233;tait critique. Mes parents ont jet&#233; toutes les lettres qu'ils se sont &#233;crites, presque chaque jour, pendant que mon p&#232;re &#233;tait en Alg&#233;rie. Mais ils ont gard&#233; des photos qu'il avait envoy&#233;es &#224; ma m&#232;re. Derri&#232;re l'une d'elles, il &#233;crit au sujet de son pistolet mitrailleur : &#8220;&lt;i&gt;Bel engin de mort que je quitterai volontiers.&lt;/i&gt;&#8221; Ou encore : &#8220;&lt;i&gt;Mon sourire n'a rien de guerrier&lt;/i&gt;.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa r&#233;volte, il ne me l'a confi&#233;e que quelques semaines avant sa mort, les larmes aux yeux. Il m'a racont&#233; la fois o&#249; un sous-officier a fait un carton, gratuitement, sur un gamin qui passait &#224; dos d'&#226;ne. Il m'a dit qu'il avait cri&#233; &#8220;&lt;i&gt;Nooon&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221; et que le sous-officier l'avait regard&#233; en haussant les &#233;paules, en disant : &#8220;&lt;i&gt;C'est comme &#231;a qu'on patrouille.&lt;/i&gt;&#8221; Avant de poursuivre son chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il m'a aussi racont&#233; la mort de deux copains... tu&#233;s par d'autres soldats fran&#231;ais. La premi&#232;re histoire, c'est un officier qui s&#233;pare les soldats en deux groupes sur un terrain qu'ils connaissent mal. Entre chien et loup, les deux groupes tombent l'un sur l'autre. Pris de panique en voyant des ombres venir en face, un gars tire. Il tue un copain de mon p&#232;re, un Toulousain. On a encore des photos de l'enterrement, avec le drapeau fran&#231;ais sur le cercueil&#8230; L'autre mort absurde, c'est le dernier jour, des troufions picolent et font un rod&#233;o en jeep pour f&#234;ter leur retour chez eux : ils &#233;crasent un mec contre un arbre, lui explosant la rate. Vraiment des morts stupides. Enfin, celles-l&#224;, pas la mort du gamin, qui n'est pas stupide mais absolument atroce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le reste des r&#233;cits de mon p&#232;re, &#231;a ne d&#233;passait pas ce qu'il avait pu raconter sur sa vie militaire en m&#233;tropole. C'est-&#224;-dire l'ennui, le sentiment d'&#234;tre &#224; un endroit o&#249; tu n'as pas envie d'&#234;tre, l'allergie &#224; tout ce qui est hi&#233;rarchie, discipline, mais c'est tout. Peut-&#234;tre que j'aurais d&#251; plus le cuisiner, hein. Pour autant, je suis certain que ce qu'il m'a racont&#233; sur la fin, c'est le plus fort de ce qu'il a v&#233;cu. Il pleurait quand il m'a dit : &#8220;&lt;i&gt;J'ai encore dans la t&#234;te le cri de la m&#232;re du petit.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bon peut-&#234;tre que je suis na&#239;f. Je ne me suis jamais dit : est-ce que mon p&#232;re est un salaud ? Je ne me suis m&#234;me pas pos&#233; la question. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Moi je me la suis pos&#233;e fortement, et j'ai toujours du mal &#224; y r&#233;pondre aujourd'hui. Parce qu'encore une fois, philosophiquement, quelle est la responsabilit&#233; du t&#233;moin ou de celui qui ob&#233;it ? Quel est le r&#244;le du bon petit soldat dans l'affaire ? Il y a l&#224; quelque chose de sombre. Pour autant, je ne veux pas juger mon p&#232;re, il a fait son possible. Mais nous, les fils, qu'est-ce qu'on en retire de cette histoire ? Qu'est-ce qu'on en fait aujourd'hui ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Qu'est-ce que tu en fais, toi, aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Je pense que &#231;a a constitu&#233; beaucoup de col&#232;res en moi. La normativit&#233;, la normopathie, toutes les formes d'ob&#233;issance me taraudent jusque dans mon travail, c'est certain. Est-ce que &#231;a vient de l&#224; directement ? En partie sans doute. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Dans le film, on assiste &#224; une discussion entre ton p&#232;re et toi. Et on a l'impression que tu lui en veux, qu'en tout cas &#231;a te d&#233;&#231;oit beaucoup qu'il ait &#233;t&#233; ce bon petit soldat, qu'il n'ait pas &#233;t&#233; un rebelle&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Je suis en conflit avec mon p&#232;re de mani&#232;re constante depuis longtemps. Au regard de nos rapports, c'est d'ailleurs tr&#232;s surprenant qu'il ait accept&#233; de me parler de sa guerre d'Alg&#233;rie, de se d&#233;voiler. Apr&#232;s, suis-je d&#233;&#231;u de ce que j'ai d&#233;couvert &#224; cette occasion ? Oui, peut-&#234;tre, mais c'est compliqu&#233; de mettre des mots sur ce malaise. Et puis, est-ce que nous avons &#224; juger nos p&#232;res ? Au nom de quoi ? Et d'ailleurs dans le film, il me le renvoie, il me dit : &#8220;&lt;i&gt;Et toi, qu'est-ce que tu aurais fait [si tu avais &#233;t&#233; &#224; ma place]&lt;/i&gt; ?&#8221; Question d&#233;licate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut se m&#233;fier des explications psychologiques, parce que toutes ces histoires individuelles sont prises dans une m&#234;me histoire collective. Tous ces gars ne sont pas partis en Alg&#233;rie avec le m&#234;me bagage culturel : mon p&#232;re, contrairement &#224; celui de Bruno, n'&#233;tait pas instit' ; il venait du fin fond de l'Auvergne, il savait &#224; peine o&#249; se situait l'Alg&#233;rie, sa conscience politique &#233;tait toute petite. Je ne suis pas en train de l'excuser, je suis en train d'essayer de comprendre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt; : &#171; Au niveau politique, ma m&#232;re dit que &#8220;&lt;i&gt;c'est l'Alg&#233;rie qui nous a fait de gauche&lt;/i&gt;&#8221;. Elle venait d'une famille tr&#232;s conservatrice, catholique et raciste. Avec mon p&#232;re, ils ont eu une esp&#232;ce de prise de conscience &#224; ce moment-l&#224;. &#199;a a &#233;t&#233; le d&#233;but d'une r&#233;flexion politique, antiraciste, anticoloniale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Ton p&#232;re en a fait quelque chose, de ce qu'il a vu, de ce qu'il a v&#233;cu. Le mien a raval&#233; sa peine et sa col&#232;re. Il n'en a rien fait. Ce qu'il dit dans le film, c'est : &#8220;&lt;i&gt;Nous avons perdu les plus belles ann&#233;es de notre vie.&lt;/i&gt;&#8221; Ces hommes, dans l'entourage de mon p&#232;re, ont &#233;t&#233; pris au retour dans un silence terrible. Ils n'en ont m&#234;me pas parl&#233; &#224; leur femme.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Nous avons perdu les plus belles ann&#233;es de notre vie. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a la question de la torture, qui n'est pas une petite page de la guerre d'Alg&#233;rie, c'&#233;tait une pratique courante. Ce qui fait que pendant le rep&#233;rage pour le film, je me suis parfois retrouv&#233; face &#224; des gens qui avaient particip&#233; &#224; la torture, qui ne s'en sont jamais expliqu&#233;. &#199;a fait du poids, tout &#231;a. Et il n'est m&#234;me pas question de justice sur cette question-l&#224;, puisque les lois d'amnistie se sont succ&#233;d&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : On a l'impression dans le film que ton p&#232;re ne va pas au bout de l'histoire, qu'il ne dit pas compl&#232;tement tout, qu'il en garde un peu par-devers lui&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Moi j'ai l'impression qu'il ne peut pas aller plus loin. Et que dans sa phrase &#8220;&lt;i&gt;Nous avons perdu les plus belles ann&#233;es de notre vie&lt;/i&gt;&#8221;, il y a un myst&#232;re, qui ne regarde que lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Quel est son parcours durant la guerre d'Alg&#233;rie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; C'est deux ans pr&#232;s de Djelfa, &#224; A&#239;n Maabed. Dans l'arm&#233;e, il est comptable. Ce qui a &#233;t&#233; tr&#232;s &#233;trange dans sa mani&#232;re de se raconter, c'est qu'il l'a fait par bribes. Au d&#233;but, c'&#233;tait juste : &#8220;&lt;i&gt;J'&#233;tais comptable, je n'ai rien vu.&lt;/i&gt;&#8221; Et puis avec le temps, les conversations, j'ai compris que ce n'&#233;tait pas si simple, que les r&#244;les n'&#233;taient pas si clairement d&#233;finis, qu'il y avait quand m&#234;me des patrouilles, des op&#233;rations auxquelles il a particip&#233;. Mais je pense que c'est peut-&#234;tre aussi tout simplement une fa&#231;on de se raconter, de se mettre &#224; distance, ce &#8220;&lt;i&gt;Je suis comptable, j'ai un r&#244;le administratif.&lt;/i&gt;&#8221; Sauf que le r&#244;le administratif lui aussi pose question&#8230; Mais c'est difficile, mon p&#232;re a plus de 80 ans, au nom de quoi je vais lui mettre dans les mains un bouquin d'Hannah Arendt pour lui parler du concept de banalit&#233; du mal ? C'est impossible. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Est-ce que vous avez eu l'occasion de discuter avec des descendants d'ind&#233;pendantistes alg&#233;riens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Moi oui. Pendant que je pr&#233;parais le film, j'ai eu besoin de dialoguer avec des enfants ou petits-enfants d'Alg&#233;riens pour comprendre comment l'histoire leur avait &#233;t&#233; racont&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait des points communs, notamment cette question, universelle : &#8220;Qu'est-ce qu'ont fait nos p&#232;res ?&#8221;. Qu'est-ce qu'ils nous transmettent ou pas ? Ce n'est &#233;videmment pas la m&#234;me histoire en Alg&#233;rie. Le silence est pesant, mais il a une autre forme, pris lui aussi dans la politique et l'histoire de l'&#201;tat alg&#233;rien. Sur cette question, le livre de la psychanalyste Karima Lazali &lt;i&gt;Le Trauma colonial&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Trauma colonial &#8211; une enqu&#234;te sur les effets psychiques et politiques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; aide &#224; comprendre les cons&#233;quences de l'oppression coloniale. Elle &#233;voque aussi des &#8220;&lt;i&gt;blancs de m&#233;moire et de parole&lt;/i&gt;&#8221; sur les deux rives de la M&#233;diterran&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pense qu'il est essentiel de faire ce que nous sommes en train de faire, moi, Bruno et bien d'autres aujourd'hui, comme les petits-enfants d&#233;sormais : construire nos r&#233;cits sans chercher &#224; r&#233;pondre &#224; l'injonction &#224; la r&#233;conciliation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Qu'est-ce que tu appelles &#171; l'injonction &#224; la r&#233;conciliation &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; Je fais r&#233;f&#233;rence &#224; l'ambiance autour du rapport que l'historien Benjamin Stora a remis &#224; Emmanuel Macron en janvier 2021 sur &#8220;la m&#233;moire de la colonisation et de la guerre d'Alg&#233;rie&#8221; et &#224; la mani&#232;re dont il a &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;. Ce que j'en ai compris, c'est qu'il serait aujourd'hui politiquement utile, n&#233;cessaire, que les m&#233;moires se r&#233;concilient, s'apaisent... C'est un langage dans lequel je ne me retrouve pas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt; : &#171; C'est m&#234;me dangereux, parce que le message que &#231;a sous-tend, c'est : &#8220;On tourne la page, et apr&#232;s vous arr&#234;tez de nous faire chier. On reconna&#238;t deux trucs vite fait et maintenant on passe &#224; autre chose, on retourne au business.&#8221; C'est l'impression que &#231;a donne en tout cas, et c'est choquant quand on pense aux blessures toujours vives, d'autant plus c&#244;t&#233; alg&#233;rien&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis ce n'est pas au pouvoir d'organiser &#231;a. Le pouvoir fait &#231;a, puis l'instant d'apr&#232;s il jette de l'huile sur le feu, notamment avec sa loi contre le &#8220;s&#233;paratisme&#8221;. Pour moi, ce qui est en jeu, c'est que les gens se parlent. Se m&#233;langer, &#231;a ne veut pas dire oublier mais se trouver des complicit&#233;s, des amiti&#233;s, des solidarit&#233;s en tant qu'habitants d'un m&#234;me pays. Ou de deux pays intimement li&#233;s comme le sont la France et l'Alg&#233;rie. Un jour, un taxi alg&#233;rois m'a dit, en passant devant le monument aux h&#233;ros de l'ind&#233;pendance : &#8220;&lt;i&gt;C'est leur Alg&#233;rie&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; en parlant des g&#233;n&#233;raux, du FLN. Il me disait, &#224; moi Fran&#231;ais, qu'aujourd'hui, le principal ennemi du peuple alg&#233;rien, c'&#233;tait le pouvoir alg&#233;rien. &#192; nous d'&#234;tre aussi clairs vis-&#224;-vis du pouvoir ici, qui manipule lui aussi les m&#233;moires. &#192; nous d'&#233;tablir un dialogue direct, de peuple &#224; peuple pourrait-on dire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emmanuel Vigier&lt;/strong&gt; : &#171; &#192; mes yeux, il y a un vrai enjeu du c&#244;t&#233; de la cr&#233;ation, de la fiction, de comment on s'empare de ce silence dans lequel on a v&#233;cu. Ce qui est important, c'est qu'aujourd'hui les histoires se racontent. Qu'elles nous r&#233;concilient ou pas, on s'en fout, c'est impossible de toute fa&#231;on. Mais il y a n&#233;cessit&#233; de les raconter, ces histoires, de nous les approprier, de lutter contre le silence. Qui est aussi un silence d'&#201;tat. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt; : &#171; Et un silence qui enfante des monstres... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Clair Rivi&#232;re&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;couter &#224; ce sujet &lt;a href=&#034;https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-l-algerie-des-camps&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; L'Alg&#233;rie des camps &#187;&lt;/a&gt;, une s&#233;rie documentaire de Doroth&#233;e Myriam Kellou, France Culture (07/10/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Trauma colonial &#8211; une enqu&#234;te sur les effets psychiques et politiques contemporains de l'oppression coloniale en Alg&#233;rie&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Usine squatt&#233;e &#224; Montreuil : des p&#234;ches et du benz&#232;ne</title>
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		<dc:date>2022-06-24T09:28:51Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antonin Padovani</dc:creator>


		<dc:subject>Chik Vendredi</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, des habitant&#183;es de Montreuil ont investi une ancienne usine vou&#233;e &#224; la d&#233;molition. L'enjeu est double : tenir les promoteurs immobiliers &#224; distance et &#233;viter une potentielle catastrophe &#233;cologique et sanitaire. Riverain&#183;es et occupant&#183;es estiment en effet que le projet de d&#233;pollution du sol, qui renferme hydrocarbures et composants volatiles, est loin de prendre en compte tous les risques. Ne se contentant pas de squatter, les occupant&#183;es ont aussi d&#233;velopp&#233; dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chik-Vendredi" rel="tag"&gt;Chik Vendredi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/signee-Chik" rel="tag"&gt;sign&#233;e Chik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mairie" rel="tag"&gt;mairie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/site" rel="tag"&gt;site&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Restes-ensemble" rel="tag"&gt;Restes ensemble&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Affiche-signee" rel="tag"&gt;Affiche sign&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-usine" rel="tag"&gt;l'usine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/depollution" rel="tag"&gt;d&#233;pollution&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/vendredi" rel="tag"&gt;vendredi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chik" rel="tag"&gt;Chik&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, des habitant&#183;es de Montreuil ont investi une ancienne usine vou&#233;e &#224; la d&#233;molition. L'enjeu est double : tenir les promoteurs immobiliers &#224; distance et &#233;viter une potentielle catastrophe &#233;cologique et sanitaire. Riverain&#183;es et occupant&#183;es estiment en effet que le projet de d&#233;pollution du sol, qui renferme hydrocarbures et composants volatiles, est loin de prendre en compte tous les risques. Ne se contentant pas de squatter, les occupant&#183;es ont aussi d&#233;velopp&#233; dans les lieux tout un tas d'activit&#233;s vitales pour la collectivit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4611 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200murapa_ches_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH667/1200murapa_ches_resultat-59b2d.jpg?1768815939' width='500' height='667' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Affiche sign&#233;e Chik
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Vendredi 18 mai. Sur le parvis de la mairie de Montreuil (Seine-Saint-Denis), tandis qu'une piste de tango s'improvise, fleurissent dans les arbres et sur le mobilier urbain banderoles et affiches color&#233;es d&#233;fendant l'occupation de l'ancienne usine textile EIF par un collectif aujourd'hui compos&#233; d'une quarantaine d'habitant&#183;es. L'heure est &#224; la mobilisation : apr&#232;s une plainte d&#233;pos&#233;e par la mairie de Montreuil&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact&#233;e par la r&#233;daction, la municipalit&#233; n'a pas souhait&#233; communiquer sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; (dirig&#233;e par le communiste Patrick Bessac), le tribunal de Bobigny a ordonn&#233; l' &#187; &lt;i&gt;expulsion sans d&#233;lai ni solution de relogement&lt;/i&gt; &#187; des occupant&#183;es &#8211; d&#233;cision confirm&#233;e le 20 mai dernier par la cour d'appel de Paris. &#171; &lt;i&gt;La mairie nous traite comme des activistes, et nous attaque en tant que tels devant les tribunaux&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les collectifs dont il est ici question ont demand&#233; que les paroles de leurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, s'insurge une membre du collectif qui squatte l'usine, venue remettre au maire un dossier d&#233;taillant sur 130 pages les bienfaits de leur pr&#233;sence. &#171; &lt;i&gt;Ils esp&#232;rent balayer d'un revers de main nos droits, c'est pour &#231;a que nous sommes l&#224; aujourd'hui, pour protester.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis septembre 2020, l'usine est occup&#233;e afin d'entraver la d&#233;molition de cette b&#226;tisse de 5 000 m&lt;sup&gt;&#178;&lt;/sup&gt; situ&#233;e dans le quartier embl&#233;matique des Murs-&#224;-P&#234;ches. Enjeu num&#233;ro 1 : emp&#234;cher que ce fleuron du patrimoine ouvrier montreuillois ne tombe entre les mains d'un promoteur immobilier. Enjeu num&#233;ro 2 : &#233;viter la catastrophe &#233;cologique et sanitaire annonc&#233;e. Le sol de l'usine renferme en effet un cocktail particuli&#232;rement concentr&#233; d'hydrocarbures et de deux composants volatiles canc&#233;rig&#232;nes, le trichlor&#233;thyl&#232;ne et le benz&#232;ne. Or, le projet de d&#233;pollution pour lequel ont opt&#233; la mairie et l'&#201;tablissement public foncier d'&#206;le-de-France (Epfif), propri&#233;taire du b&#226;timent, ne convainc pas les habitant&#183;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D'un combat &#224; l'autre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rembobinons. Depuis quatre ans, le site d'EIF est devenue l'enjeu central d' une mobilisation plus large pour la pr&#233;servation des murs &#224; p&#234;ches &#8211; d'anciennes parcelles mara&#238;ch&#232;res qui ont donn&#233; leur nom au quartier, et dont les fameux murs permettaient la culture de fruits &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;exotiques pour la r&#233;gion parisienne. Ce site, d&#233;sormais class&#233;, fait l'objet depuis une trentaine d'ann&#233;es d'une lutte active pour sa pr&#233;servation, l'endroit repr&#233;sentant aujourd'hui une oasis de nature au c&#339;ur d'un espace urbain satur&#233;. Or, en 2013, dans la dynamique du Grand Paris&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet contest&#233; de m&#233;tropolisation de l'agglom&#233;ration parisienne. Lire &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, l'&#201;tablissement public foncier d'&#206;le-de-France rach&#232;te l'usine, et deux hectares de m&#251;rs &#224; p&#234;ches adjacents. Une premi&#232;re &#233;tude sur la pollution des sols fait &#233;tat d'une situation grave. Ce qui n'emp&#234;che pas l'Epfif et la mairie de louer une partie du site &#224; des entrepreneurs, et m&#234;me de l'inscrire en 2016 sur l'appel &#224; projet &#171; Inventons la m&#233;tropole du Grand Paris &#187;. En 2017, UrbanEra, une filiale de Bouygues immobilier, est retenue pour la reconversion. Son intention ? Construire en lieu et place de l'ancienne usine 80 logements et un h&#244;tel &#171; &#233;cologique &#187;. Face &#224; ce potentiel cheval de Troie pour l'urbanisation de la zone, une grande mobilisation populaire a lieu autour de la F&#233;d&#233;ration des Murs-&#224;-P&#234;ches, qui regroupe l'ensemble des acteurs du site. Le 20 mai 2018, environ 2 000 personnes marchent vers la mairie pour contester le projet de Bouygues... qui dispara&#238;t des radars peu de temps apr&#232;s. Visiblement mal &#224; l'aise, la mairie ne donne aucune pr&#233;cision sur ce qui s'est jou&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra attendre le printemps 2020 pour qu'elle finisse par communiquer, non pas sur l'enterrement du projet de Bouygues, mais sur sa volont&#233; de rassembler les acteurs des Murs-&#224;-P&#234;ches et de reprendre la main, via l'Epfif, sur la d&#233;pollution. &#192; l'&#233;t&#233;, les entrepreneurs auxquels la mairie louait des bouts d'usine sont pri&#233;s de quitter le site. La municipalit&#233; planifie dans la foul&#233;e et &#224; la va-vite la d&#233;molition d'EIF sur la base du sch&#233;ma de d&#233;pollution pens&#233; dans le projet de Bouygues, sans aucune garantie sanitaire, tout en commandant &#224; l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; (ARS) une campagne de pr&#233;l&#232;vements chez les riverains pour estimer et suivre l'impact de la pollution &#224; l'ext&#233;rieur du site.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Habitant&#183;es mobilis&#233;&#183;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que na&#238;t, en juin 2020, l'association Restes ensemble, fond&#233;e par les riverain&#183;es voisin&#183;es de l'usine, inquiet&#183;es apr&#232;s que la mairie a annonc&#233; l'existence de forts taux de pollution. &#171; &lt;i&gt;Une de nos revendications, c'&#233;tait que les travaux ne d&#233;butent pas sans une enqu&#234;te pr&#233;liminaire pour conna&#238;tre les &#233;ventuels impacts de la pollution&lt;/i&gt; &#187;, nous explique un des membres de l'association. D'autant que &#171; &lt;i&gt;le plan de d&#233;pollution ne prenait absolument pas en compte la potentielle contamination du voisinage ni la dangerosit&#233; des op&#233;rations de d&#233;pollution en elles-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur angoisse ? Qu' &#187; &lt;i&gt;en cas d'accident lors de la d&#233;molition, il n'y ait aucun moyen de prouver que les variations de pollution sont li&#233;es aux travaux. On s'est donn&#233; comme but principal non pas de s'opposer &#224; la d&#233;pollution, mais d'obtenir des garanties pour qu'elle se fasse dans un objectif de sant&#233; publique&lt;/i&gt; &#187;, insistent les membres de Restes ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Squatter pour mieux prot&#233;ger&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 15 septembre 2020, un autre collectif, Garde la p&#234;che, prend possession des lieux, investissant les parties non pollu&#233;es de l'usine et contraignant la mairie &#224; ajourner les travaux de d&#233;molition qui devaient d&#233;buter fin octobre. Pour Restes ensemble, &#171; &lt;i&gt;sans l'occupation du site, les&lt;/i&gt; &lt;i&gt;travaux auraient d&#233;but&#233; par la d&#233;molition des b&#226;timents, ce qui aurait &#233;t&#233; une erreur gravissime&lt;/i&gt; &#187;. Le collectif saisit Environnement 93, qui f&#233;d&#232;re les associations de protection de l'environnement de Seine-Saint-Denis, et attaque le permis de d&#233;molir. En juillet 2021, l'Epfif demande finalement &#224; la mairie de le retirer. &#171; &lt;i&gt;Strat&#233;giquement, l'occupation du site &#233;tait vitale&lt;/i&gt; &#187;, en conclut Restes ensemble. Pas du go&#251;t de la mairie qui depuis, n'a cess&#233; de mener une guerre aveugle aux squatteur&#183;ses, jusqu'&#224; d&#233;poser une plainte pour &#171; mise en danger pour la vie d'autrui &#187;, pointant du doigt l'accueil d'&#233;v&#233;nements et d'h&#233;bergement sur un site pollu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En face, les occupant&#183;es continuent &#224; esp&#233;rer &#171; &lt;i&gt;que les institutions, la mairie, ouvrent le dialogue m&#234;me si l'on construit ici des choses qui ne sont pas dans leur logique&lt;/i&gt; &#187;. C'est que ces dix-huit derniers mois, les squatteur&#183;ses n'ont pas ch&#244;m&#233;. En effet, depuis le d&#233;but de l'occupation de septembre 2020, l'usine rena&#238;t de ses cendres, accueillant spectacles, chorale militante, ateliers de ferronnerie, d'arts plastiques, de menuiserie, etc. Tout un &#233;cosyst&#232;me culturel f&#233;d&#233;r&#233; autour de la friche qui entend bien profiter du b&#226;timent et de ses espaces ext&#233;rieurs propices &#224; une cr&#233;ation libre et d&#233;connect&#233;e des logiques de l'industrie culturelle. Le collectif organise &#233;galement des r&#233;cup&#233;rations d'invendus bio, redistribu&#233;s &#224; des associations du quartier qui les servent lors de repas solidaires. Sans oublier que le lieu sert aussi &#224; l'occasion d'h&#233;bergement d'urgence. &#171; &lt;i&gt;Nous voulons que la mairie reconnaisse la r&#233;alit&#233; du travail social, culturel, populaire et non institutionnel qui existe ici,&lt;/i&gt; d&#233;fendent les occupant&#183;es. &lt;i&gt;Qu'elle reconnaisse la richesse de ce qui s'y passe&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et de conclure : &#171; &lt;i&gt;Cette usine doit appartenir &#224; tout ce tissu d&#233;j&#224; en place&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Antonin Padovani&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact&#233;e par la r&#233;daction, la municipalit&#233; n'a pas souhait&#233; communiquer sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les collectifs dont il est ici question ont demand&#233; que les paroles de leurs membres soient restitu&#233;es collectivement et non individuellement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Projet contest&#233; de m&#233;tropolisation de l'agglom&#233;ration parisienne. Lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-deteste-le-Grand' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tout le monde d&#233;teste le Grand Paris &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 162 (f&#233;vrier 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Carrefour, on a (pas) tous droit au meilleur</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Carrefour-on-a-pas-tous-droit-au</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Carrefour-on-a-pas-tous-droit-au</guid>
		<dc:date>2022-06-24T09:28:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Claire Feasson</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but janvier 2021, des militants organisent une op&#233;ration d'autor&#233;duction dans un Carrefour parisien. Le principe : se servir et redistribuer. Une pratique, h&#233;rit&#233;e d'une longue tradition r&#233;volutionnaire, que la cha&#238;ne go&#251;te visiblement peu. Condamn&#233;s &#224; verser 38 000 euros aux gougnafiers, les contrevenants n'ont pas l'intention de payer. Le 30 janvier 2021, en plein couvre-feu, plusieurs dizaines de personnes, dont certaines impliqu&#233;es dans les brigades de solidarit&#233; populaires , (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but janvier 2021, des militants organisent une op&#233;ration d'autor&#233;duction dans un Carrefour parisien. Le principe : se servir et redistribuer. Une pratique, h&#233;rit&#233;e d'une longue tradition r&#233;volutionnaire, que la cha&#238;ne go&#251;te visiblement peu. Condamn&#233;s &#224; verser 38 000 euros aux gougnafiers, les contrevenants n'ont pas l'intention de payer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4612 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200autoreduc_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH395/1200autoreduc_resultat-9b0e8.jpg?1768825554' width='500' height='395' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration Tract for food
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 30 janvier 2021, en plein couvre-feu, plusieurs dizaines de personnes, dont certaines impliqu&#233;es dans les brigades de solidarit&#233; populaires&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lanc&#233;es en Seine-Saint-Denis pendant le premier confinement, ces brigades (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, bloquent les caisses d'un supermarch&#233; Carrefour Market du 13&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris. Leur but ? Lutter contre la pr&#233;carit&#233; galopante, accentu&#233;e par la gestion d&#233;l&#233;t&#232;re de la crise sanitaire, en r&#233;quisitionnant des produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; pour les redistribuer &#224; des personnes isol&#233;es et sans ressources.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour ce type d'op&#233;ration, Carrefour est une cible de choix : n&#176; 1 europ&#233;en et n&#176; 2 mondial de la grande distribution, la cha&#238;ne incarne toute l'injustice du secteur, qui exploite une arm&#233;e de travailleurs pr&#233;caires tout en s'engraissant sur le dos des consommateurs. &#192; la faveur de la crise sanitaire, prot&#233;g&#233; par le caract&#232;re &#171; essentiel &#187; de son activit&#233;, le groupe a engrang&#233; en 2021 un b&#233;n&#233;fice record de 1,07 milliard &#8211; au-del&#224; des attentes de son PDG. De quoi donner quelques id&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un quatre cent millioni&#232;me du chiffre d'affaires de Carrefour &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout en bloquant les caisses du Carrefour pendant une heure et demie avec le soutien des clients, les camarades n&#233;gocient avec la direction et obtiennent de quitter le magasin avec leurs caddies pleins et sans poursuites. Les vigiles prennent quand m&#234;me soin de v&#233;rifier qu'il s'agit bien de &#171; produits de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; &#187;, d&#233;clenchant une pol&#233;mique sur la qualification exacte de la d&#233;nomination : les pauvres ont-ils droit aux produits bio non canc&#233;rig&#232;nes ? &#192; la sortie, les flics sont l&#224; ; deux personnes subissent un contr&#244;le d'identit&#233;. Dans la foul&#233;e, l'enseigne revient sur sa parole et les attaque en justice. Les deux militants contr&#244;l&#233;s sont poursuivis pour avoir &#171; &lt;i&gt;frauduleusement soustrait des biens de consommation&lt;/i&gt; &#187; pour un montant total estim&#233; &#224; 16 449, 75 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur proc&#232;s, relat&#233; par &lt;i&gt;Basta&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Ce qui est ind&#233;cent, ce sont les profits de Carrefour, pas notre action &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, se tient le 14 octobre 2021 au tribunal de grande instance de Paris. Dans la salle d'audience, la d&#233;fense demande la relaxe, invoquant notamment l'article 122-7 du code p&#233;nal selon lequel une personne &#171; &lt;i&gt;n'est pas p&#233;nalement responsable [si], face &#224; un danger actuel ou imminent qui menace elle-m&#234;me, autrui ou un bien, [elle] accomplit un acte n&#233;cessaire &#224; la sauvegarde de la personne ou du bien, sauf s'il y a disproportion entre les moyens employ&#233;s et la gravit&#233; de la menace&lt;/i&gt; &#187;. L'une des avocats, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; &#201;milie Bonvarlet argumente : &#171; &lt;i&gt;Pour les personnes pr&#233;caires et d&#233;munies qui ont pu b&#233;n&#233;ficier de cette autor&#233;duction, le danger &#233;tait actuel et imminent et prendre un quatre cent millioni&#232;me du chiffre d'affaires de Carrefour n'est pas un moyen disproportionn&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Verser 38 000 euros &#224; Carrefour&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;monstration ne convainc pas la justice qui, le 18 novembre dernier, condamne les deux inculp&#233;s &#224; verser 38 000 euros &#224; Carrefour en r&#233;paration du pr&#233;judice moral et mat&#233;riel. Pourquoi cette somme colossale ? L'enseigne les accuse, entre autres, d'avoir subtilis&#233; au passage une centaine de bouteilles d'alcool. Classique : en 1974, &#224; Milan, lors d'une op&#233;ration d'appropriation collective &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt;, la presse bourgeoise stigmatisait d&#233;j&#224; les ouvriers &#171; &lt;i&gt;en donnant de l'importance &#224; la bouteille de whisky, sans signaler le fait que la plupart des produits &#8220;achet&#233;s&#8221; &#233;taient de premi&#232;re n&#233;cessit&#233; (huile, viande, sucre, p&#226;tes)&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Yann Collonges et Pierre Georges Randal, Les Autor&#233;ductions, Entremonde, 2010.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, les camarades assurent n'avoir embarqu&#233; ni alcool, ni produits de luxe. L'&#226;ge d'or de la fin des ann&#233;es 2000 est loin derri&#232;re. &#192; l'&#233;poque, en effet, les mouvements sociaux mobilisaient suffisamment de salari&#233;s pr&#233;caires, intermittents ou ch&#244;meurs pour que l'autor&#233;duction soit pratiqu&#233;e de mani&#232;re un peu moins parcimonieuse : &#171; &lt;i&gt;Chaque fin d'ann&#233;e, pour No&#235;l et Nouvel An, on avait nos petites habitudes, surtout au Monoprix&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, se souvient un virtuose de l'art. &#171; &lt;i&gt;Parfois on s'emmerdait vraiment pas : &#231;a nous est m&#234;me arriv&#233; de dealer le truc par t&#233;l&#233;phone. Je crois qu'au final la direction pr&#233;f&#233;rait &#231;a plut&#244;t qu'on bloque le magasin pendant des heures, avec le bordel que &#231;a g&#233;n&#232;re et le manque &#224; gagner surtout.&lt;/i&gt; &#187; Et de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Le week-end avant les f&#234;tes, c'est vraiment &#8220;royal au bar&#8221;. On leur disait : on veut tant de caddies et, pour le coup, pas de radinerie sur le champagne et le foie gras&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! On se pointait &#224; l'heure dite et on repartait avec les charriots d&#233;j&#224; pr&#234;ts.&lt;/i&gt; &#187; Le niveau de r&#233;pression n'&#233;tait pas non plus le m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Une ann&#233;e, au Bon March&#233;, &#231;a a fini en bataille rang&#233;e avec la BAC mais en mode tranquille, on se balan&#231;ait des tomates&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; M&#234;me si Carrefour ne veut pas, nous on paie pas &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tr&#234;ve de nostalgie. Face au montant astronomique exig&#233; aujourd'hui par Carrefour, les deux militants ont fait appel et une semaine d'action a &#233;t&#233; organis&#233;e en mars dernier pour visibiliser l'affaire &#224; coups de tractages et de collages, suivis d'une occupation du si&#232;ge mondial de la cha&#238;ne &#224; Massy (Essonne). Ce jour-l&#224;, nos Robins des Bois sont rapidement isol&#233;s du personnel, lui-m&#234;me encourag&#233; &#224; &#233;vacuer les bureaux. Dans un coin de la cour, les forces de l'ordre se tiennent plut&#244;t tranquilles. C&#244;t&#233; militants, &#231;a chante : &#171; &lt;i&gt;On paie pas, on paie pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;M&#234;me si Carrefour ne veut pas, nous on paie pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Pour l'oseille des pr&#233;caires et le salaire des caissi&#232;res&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;M&#234;me si Carrefour ne veut pas, nous on paie pas&lt;/i&gt; &#187;. Les camarades parviennent finalement &#224; n&#233;gocier une sortie sans encombre et surtout sans contr&#244;les d'identit&#233;, ainsi qu'un rendez-vous avec un cadre de la multinationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans la semaine, lors d'une action de sensibilisation dans un autre Carrefour Market, rue Amelot, dans le 11&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement de Paris, ils sont bloqu&#233;s dans le sas d'entr&#233;e du magasin par des policiers qui tentent de les amadouer : &#171; &lt;i&gt;Sortez, on vous fera rien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; La langue d'un des cond&#233;s fourche sur un joli lapsus : &#171; &lt;i&gt;Mais il est o&#249; votre dealer ? Vous avez bien un dealer&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?! Heu pardon, un leader&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; En attendant qu'il le trouve, une deuxi&#232;me semaine d'action est pr&#233;vue &#224; l'automne prochain.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Claire Feasson&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ann&#233;es 1970 : les autonomes italiens s'en donnent &#224; c&#339;ur joie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration du Carrefour de Paris 13 s'ancre dans une tradition d'autod&#233;fense populaire assez ancienne. Pendant le mouvement autonome italien des ann&#233;es 1970, l'ampleur des luttes permet aux ouvriers d'inverser le rapport de forces. C'est ainsi qu'ils exigent collectivement une r&#233;duction des factures d'&#233;lectricit&#233; ou de t&#233;l&#233;phone, du prix des transports et m&#234;me des loyers, ainsi que la baisse des tarifs des services publics. S'ajoute &#224; &#231;a le coup de l' &#187; appropriation collective &#187;, consistant &#224; se rendre en nombre suffisant dans un supermarch&#233; et &#224; en repartir les caddies pleins sans passer par la caisse. Ou au moins &#224; imposer une division de la facture par deux. L'originalit&#233; du mouvement tient &#224; sa sp&#233;cificit&#233; populaire : avant m&#234;me les ouvriers, ce sont les m&#233;nag&#232;res qui se rebellent contre l'augmentation du prix des p&#226;tes. Dans la pi&#232;ce de Dario Fo &lt;i&gt;On ne paie pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! On ne paie pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; (1974)&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traduction fran&#231;aise parue &#224; L'Arche en 2008.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, deux femmes d'ouvriers cachent ainsi les produits subtilis&#233;s sous leur robe, sous les yeux ahuris de leurs maris et des forces de l'ordre. Pour les prol&#233;taires, ces op&#233;rations d'autor&#233;duction sont un moyen de se r&#233;approprier des biens de consommation : &#171; &lt;i&gt;Les biens que nous avons pris sont &#224; nous, comme est n&#244;tre tout ce qui existe parce que nous l'avons produit.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lanc&#233;es en Seine-Saint-Denis pendant le premier confinement, ces brigades ont essaim&#233; &#224; plusieurs endroits du territoire. Voir &lt;a href=&#034;https://basta.media/Brigade-solidarite-populaire-autodefense-sanitaire-anticapitalisme-antifascisme-Seine-Saint-Denis-entraide-reportage-photos-covid&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Des &#8220;brigades de solidarit&#233; populaire&#8221; comme antidote au virus des in&#233;galit&#233;s &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Basta&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &lt;/i&gt;(11/05/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://basta.media/autoreduction-Carrefour-proces-ce-qui-est-indecent-ce-sont-les-profits-pas-notre-action&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Ce qui est ind&#233;cent, ce sont les profits de Carrefour, pas notre action &#187;&lt;/a&gt; (15/10/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Yann Collonges et Pierre Georges Randal, &lt;i&gt;Les Autor&#233;ductions&lt;/i&gt;, Entremonde, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Traduction fran&#231;aise parue &#224; L'Arche en 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Boxe autonome : jouer des poings hors des cadres</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Boxe-autonome-jouer-des-poings</link>
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		<dc:date>2022-06-24T09:28:45Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L&#233;na Rosada</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, des collectifs de boxe autonome essaiment aux quatre coins de la France. Comme dans n'importe quelle salle, on y pratique la boxe anglaise, la tha&#239;, ou encore une &#171; sale boxe &#187;, m&#233;lange de plusieurs disciplines. Pour autant, parce qu'ils se veulent &#171; inclusifs &#187; et politiques, ces clubs autog&#233;r&#233;s se distinguent des structures classiques. Le son mat et r&#233;gulier des coups, le ballet des gants, les corps qui transpirent. Bienvenue dans le quotidien des collectifs de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, des collectifs de boxe autonome essaiment aux quatre coins de la France. Comme dans n'importe quelle salle, on y pratique la boxe anglaise, la tha&#239;, ou encore une &#171; sale boxe &#187;, m&#233;lange de plusieurs disciplines. Pour autant, parce qu'ils se veulent &#171; inclusifs &#187; et politiques, ces clubs autog&#233;r&#233;s se distinguent des structures classiques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4613 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200boxe_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH327/1200boxe_resultat-66228.jpg?1768825555' width='500' height='327' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo J&#233;J&#233;
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le son mat et r&#233;gulier des coups, le ballet des gants, les corps qui transpirent. Bienvenue dans le quotidien des collectifs de boxe autonome : des groupes qui se r&#233;unissent pour pratiquer des sports de combat de mani&#232;re alternative. Ici, les niveaux sont disparates, et les &lt;i&gt;sparrings&lt;/i&gt; &#8211; les combats qui ont lieu pendant l'entra&#238;nement &#8211; r&#233;unissent tous les genres et toutes les cat&#233;gories de poids. Peu de chance de rencontrer leurs &#171; membres &#187; au forum des associations : pour rejoindre ces clubs officieux, c'est par le bouche-&#224;-oreille que &#231;a se passe. Et pour venir y transpirer, il n'y a ni paperasses &#224; remplir, ni assurances &#224; contracter, ni licence &#224; obtenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici, &#171; &lt;i&gt;le seul cadre&lt;/i&gt; &#187; impos&#233;, &#171; &lt;i&gt;c'est un cadre de s&#233;curit&#233;, et de bienveillance&lt;/i&gt; &#187;, explique Mona, qui a jou&#233; des poings aux quatre coins de la France et particip&#233; &#224; la cr&#233;ation de plusieurs clubs. Dans ces espaces, pas de r&#232;glement de la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de boxe remis &#224; l'entr&#233;e, mais une bonne dose de valeurs revendiqu&#233;es. En t&#234;te de liste, l'affirmation d'un &#171; &lt;i&gt;refus des comportements oppressifs&lt;/i&gt; &#187; et une volont&#233; de s'inscrire au maximum dans des pratiques o&#249; &#171; &lt;i&gt;aucune forme de discrimination n'est accept&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, &#233;nonce Jade, qui a rejoint un club autonome de la r&#233;gion parisienne apr&#232;s quelques ann&#233;es pass&#233;es &#224; boxer dans des associations sportives &#233;tudiantes.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le ma&#238;tre-mot de ces structures informelles ? L'autogestion.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Question mod&#232;le &#233;conomique, ces structures fonctionnent sans subventions et n'exigent pas de cotisation fixe de la part des participant&#183;es. &#171; &lt;i&gt;C'est prix libre, la thune n'est pas un enjeu&lt;/i&gt; &#187;, pose d'embl&#233;e Tom, qui s'entra&#238;ne &#224; Brest. &#201;vacuer la question financi&#232;re pour s'ouvrir au maximum de personnes ; compter sur les dons pour l'achat de mat&#233;riel collectif afin que l'absence d'&#233;quipement ne soit pas non plus une barri&#232;re&#8230; Le ma&#238;tre-mot de ces structures informelles ? L'autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On fixe nos propres r&#232;gles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si certains clubs autonomes ont acc&#232;s &#224; des dojos, d'autres investissent des squats ou des parcs publics. On y travaille alors la technique sans ring ni plancher, parfois &#224; m&#234;me la terre battue. Un art de la d&#233;brouille qui oblige les participant&#183;es &#224; composer avec les expulsions, les horaires des jardins publics et les intemp&#233;ries. Ces conditions ne sont d'ailleurs pas toujours id&#233;ales pour s&#233;curiser la pratique : il manque parfois des &#233;quipements de protection, ou un acc&#232;s &#224; l'eau potable. C'est le &#171; contrecoup &#187; de l'autonomie, qui se compense par la confiance dans le collectif : &#171; &lt;i&gt;S'il devait y avoir un probl&#232;me, une blessure par exemple, m&#234;me sans le filet de s&#233;curit&#233; de l'assurance, je pense qu'on aurait les ressources pour le g&#233;rer&lt;/i&gt; &#187;, estime Zelda, une des fondatrices du collectif marseillais La Frapppe&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration radicale des ami&#183;es du poing poing poing &#233;nerv&#233;.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui s'entra&#238;ne en mixit&#233; choisie sans hommes cisgenres&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont le genre correspond au sexe assign&#233; &#224; la naissance.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#171; &lt;i&gt;Notre seule vraie protection, c'est la bienveillance&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Better, qui boxe de temps &#224; autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette confiance dans le collectif ne vient pas de nulle part : elle d&#233;coule d'une attention particuli&#232;re port&#233;e &#224; la notion de consentement, qui se traduit notamment par le fait de respecter l'intensit&#233; que les participant&#183;es souhaitent engager dans les exercices et les assauts. &#171; &lt;i&gt;On fixe nos propres r&#232;gles : chacun&#183;e peut choisir de ne pas taper avec les genoux ou les coudes par exemple, pour ne pas risquer de blesser son ou sa partenaire&lt;/i&gt; &#187;, illustre Alexis, qui fr&#233;quente le CISN'T&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En anglais, &#171; cisn't &#187; signifie &#171; qui n'est pas cisgenre &#187;.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#8211; un club de la r&#233;gion parisienne qui organise des entra&#238;nements en mixit&#233; choisie, entre femmes transgenres. Zelda ne dit pas autre chose : &#171; &lt;i&gt;On essaie de faire de la place &#224; des gens qui n'ont pas envie d'&#234;tre dans un truc forc&#233;ment intense et comp&#233;titif.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Boxer &#224; l'horizontal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Construire un sport autog&#233;r&#233; qui interroge le rapport qu'entretient chacun&#183;e &#224; la domination, c'est aussi s'&#233;manciper du cadre hi&#233;rarchique : &#171; &lt;i&gt;On fait une boxe qui se veut horizontale et qui s'adapte aux envies et aux pratiques des gens&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;crit Mona. Les personnes qui animent les ateliers changent r&#233;guli&#232;rement : la transmission de la connaissance repose entre les mains de toutes et tous, et pas seulement entre celles des personnes exp&#233;riment&#233;es. Chacun&#183;e est invit&#233;&#183;e &#224; pr&#233;parer des s&#233;ances, m&#234;me sans des ann&#233;es de pratique &#224; son actif. Les exercices peuvent alors &#234;tre d&#233;nich&#233;s dans des bouquins ou des vid&#233;os YouTube.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dimension participative p&#232;che tout de m&#234;me parfois : comme le d&#233;plore J&#233;j&#233;, qui boxe depuis pr&#232;s de dix ans dans des collectifs du Sud-Ouest, la coconstruction des s&#233;ances peut donner lieu &#224; &#171; &lt;i&gt;des moments de latence o&#249; le corps se refroidit&lt;/i&gt; &#187;. Voire, plus grave, &#224; &#171; &lt;i&gt;une mauvaise gestion de la tension collective, qui peut entra&#238;ner des blessures&lt;/i&gt; &#187;. &#192; l'inverse, quand l'horizontalit&#233; se d&#233;s&#233;quilibre et que la responsabilit&#233; repose trop sur une seule personne, la fatigue peut se faire sentir chez elle : &#171; &lt;i&gt;Animer une s&#233;ance, c'est &#234;tre dans une r&#233;flexion par rapport &#224; ton attitude, ta posture, ce que tu peux v&#233;hiculer comme violence, etc. &#192; force, &#231;a use&lt;/i&gt; &#187;, raconte Mona.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la n&#233;cessit&#233; de temps de parole et de r&#233;flexion, hors de l'action et des coups, pour s'interroger sur les enjeux antiracistes, antisexistes et la lutte contre la haine anti-LGBTQI+&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui d&#233;signe les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Tours de pr&#233;sentation au d&#233;but des s&#233;ances pour verbaliser les envies et les limites, moments de debriefing &#224; la fin : la parole est encourag&#233;e pour donner place &#224; la critique. Au CISN'T par exemple, les participantes se retrouvent apr&#232;s l'entra&#238;nement pour cr&#233;er du lien, mais aussi soulever des questions plus politiques sur les valeurs qui sous-tendent leur pratique. Le choix de se revendiquer comme un club de boxe tha&#239; a par exemple &#233;t&#233; largement d&#233;battu : au c&#339;ur de l'&#233;change, la question de la r&#233;appropriation occidentale de cette discipline.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Boxe inclusive ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Chaque collectif s'essaie ainsi &#224; construire des moments de sport collectif hors des discriminations et des violences syst&#233;miques : &#171; &lt;i&gt;Il y a une boxe classique qui se base sur des valeurs virilistes et de domination, qu'on essaie de remettre en question&lt;/i&gt; &#187;, explique Zelda. Apr&#232;s un temps dans des salles de boxe &#171; classiques &#187;, Tom a d&#233;cid&#233; de prendre ses distances, &#233;voquant un ras-le-bol vis-&#224;-vis de &#171; &lt;i&gt;l'homophobie latente dans les vestiaires, le sexisme &#8211; mais aussi le rapport &#224; la violence, &#224; l'envie d'&#233;craser les autres&lt;/i&gt; &#187;. Reste que promouvoir des espaces inclusifs ne veut pas toujours dire r&#233;ussir &#224; les cr&#233;er&#8230; un paradoxe soulign&#233; par J&#233;j&#233; : &#171; &lt;i&gt;On ne peut pas parler de boxe populaire dans les clubs autonomes. Dans n'importe quelle salle, tu trouves dix fois plus de mixit&#233; sociale.&lt;/i&gt; &#187; Pour Tom, les clubs autonomes peinent souvent &#224; s'extraire d'un certain &#171; &lt;i&gt;entre-soi militant de classe moyenne sup'&lt;/i&gt; &#187;. Et malgr&#233; la volont&#233; de s'ouvrir aux personnes handicap&#233;es, &#171; &lt;i&gt;c'est surtout des personnes&lt;/i&gt; fit&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En forme &#187;, en anglais.&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;i&gt;et valides&lt;/i&gt; &#187; qui les fr&#233;quentent, soupire Mona.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour d'autres, et en particulier dans les collectifs en mixit&#233; choisie, c'est d'abord la r&#233;appropriation f&#233;ministe ou &#171; &lt;i&gt;par et pour les minorit&#233;s de genre&lt;/i&gt; &#187; de la violence qui importe. Ainsi de Better, qui a box&#233; en mixit&#233; choisie sans hommes cis &#224; Rennes, parce qu'elle cherchait &#224; &#171; &lt;i&gt;pratiquer dans un espace o&#249; le corps n'est pas sexualis&#233;&lt;/i&gt; &#187;. En toile de fond, la question de l'autod&#233;fense physique traverse les pratiques : &#171; &lt;i&gt;Beaucoup viennent apr&#232;s une agression, qu'elle soit fasciste, polici&#232;re ou transphobe&lt;/i&gt; &#187;, affirme Mona. D&#232;s lors, &#171; &lt;i&gt;chercher &#224; reprendre confiance en son corps et conscience de son corps, apprendre &#224; g&#233;rer la douleur et le stress, et le faire &#224; plusieurs&lt;/i&gt; &#187;, comme le dit Tom, prend tout son sens. La cr&#233;ation du CISN'T d&#233;coule d'ailleurs d'agressions lors de la Marche des fiert&#233;s parisienne de 2021 &#224; l'encontre de deux membres du Flirt (Front de lib&#233;ration intersectionnel radical transfem), dont le club de boxe est une prolongation. Mani&#232;re aussi d'offrir un espace &#224; celles et ceux qui sont particuli&#232;rement expos&#233;&#183;es &#224; la violence.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;L&#233;na Rosada&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration radicale des ami&#183;es du poing poing poing &#233;nerv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont le genre correspond au sexe assign&#233; &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En anglais, &#171; &lt;i&gt;cisn't&lt;/i&gt; &#187; signifie &#171; qui n'est pas cisgenre &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui d&#233;signe les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et asexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; En forme &#187;, en anglais.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>51 nuances de jaune</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/51-nuances-de-jaune</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/51-nuances-de-jaune</guid>
		<dc:date>2022-06-24T09:28:43Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		



		<description>
&lt;p&gt;Une inscription murale de on sait pas qui (on suppute un soiffard ou une soiffarde).&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une inscription murale de on sait pas qui (on suppute un soiffard ou une soiffarde).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4615 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200tag_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH664/1200tag_resultat-2-d9caf.jpg?1768825555' width='500' height='664' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La&#226;youne, tombeau des invisibles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Laayoune-tombeau-des-invisibles</link>
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		<dc:date>2022-06-17T09:58:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Mathilde Offroy</dc:creator>


		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>La&#226;youne</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>Sahara occidental</dc:subject>
		<dc:subject>c'est ici</dc:subject>
		<dc:subject>Maroc</dc:subject>
		<dc:subject>Nord</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>D&#201;SERT</dc:subject>
		<dc:subject>presque &#233;mu</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Autour de la capitale du Sahara occidental, territoire en pleine crise g&#233;opolitique o&#249; le Maroc r&#233;prime toute vell&#233;it&#233; ind&#233;pendantiste, d'autres drames humains se jouent. En phase avec une Europe forteresse &#233;tendant toujours plus au sud ses barri&#232;res meurtri&#232;res, les autorit&#233;s marocaines traquent les personnes venues d'Afrique subsaharienne. Au c&#339;ur d'une ville sous tension, des milliers de candidat&#183;es au passage se terrent avant d'entreprendre leur p&#233;rilleuse travers&#233;e vers les &#238;les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Laayoune" rel="tag"&gt;La&#226;youne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sahara-occidental" rel="tag"&gt;Sahara occidental&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-ici" rel="tag"&gt;c'est ici&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maroc" rel="tag"&gt;Maroc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nord" rel="tag"&gt;Nord&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/DESERT" rel="tag"&gt;D&#201;SERT&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/presque-emu" rel="tag"&gt;presque &#233;mu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/c7-0c615.jpg?1768825560' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Autour de la capitale du Sahara occidental, territoire en pleine crise g&#233;opolitique o&#249; le Maroc r&#233;prime toute vell&#233;it&#233; ind&#233;pendantiste, d'autres drames humains se jouent. En phase avec une Europe forteresse &#233;tendant toujours plus au sud ses barri&#232;res meurtri&#232;res, les autorit&#233;s marocaines traquent les personnes venues d'Afrique subsaharienne. Au c&#339;ur d'une ville sous tension, des milliers de candidat&#183;es au passage se terrent avant d'entreprendre leur p&#233;rilleuse travers&#233;e vers les &#238;les Canaries. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4596 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/a6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/a6-cccbf.jpg?1768825561' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photos L&#233;mi
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt; Regardez bien : c'est la toute premi&#232;re maison construite &#224; La&#226;youne&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Pointant du doigt une petite demeure peinte en blanc &#224; la porte de m&#233;tal piqu&#233;e de rouille, le p&#232;re Valerio semble recueilli, presque &#233;mu. C'est ici qu'en 1934 tout a commenc&#233;, explique-t-il, l'ann&#233;e z&#233;ro d'une capitale &#224; nulle autre pareille &#8211; une plaque vermoulue en fait foi. &#192; peine le temps de s'esbaudir que le pr&#234;tre de la proche cath&#233;drale Saint-Fran&#231;ois-d'Assise, construite en 1954, quand la cit&#233; &lt;i&gt;appartenait&lt;/i&gt; encore &#224; l'Espagne, nous conduit avec enthousiasme devant &#171; &lt;i&gt;le premier commerce de la ville&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;sormais petite &lt;i&gt;comida&lt;/i&gt; tenue par un transfuge de Marrakech sp&#233;cialis&#233; dans les grillades. Plus t&#244;t, le volubile pr&#233;lat nous avait longuement comment&#233; une vieille photographie noir et blanc de La&#226;youne, alors mini-ville de garnison coloniale encercl&#233;e par un d&#233;sert rocailleux, avant de fi&#232;rement nous tendre le fascicule qu'il a consacr&#233; au passage en ville dans les ann&#233;es 1970 d'une &#233;crivaine chinoise oubli&#233;e : Sanmao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affable et enjou&#233;, &#224; contre-courant de la tension latente pesant sur les rues, Valerio, &lt;i&gt;padre del desierto&lt;/i&gt;, se veut la m&#233;moire des vieilles pierres de la ville, expert &lt;i&gt;&#232;s&lt;/i&gt; La&#226;youne d'antan. Ceci dit, il n'&#233;chappe pas totalement au pr&#233;sent. Au moment de nous quitter, sur une petite place bord&#233;e de terrasses proche de la tr&#232;s moderne avenue Hassan-II, le voil&#224; qui nous pr&#233;vient : &#171; &lt;i&gt;Faites attention &#224; ce que vous dites si vous venez dans ces caf&#233;s. Ici la plupart des consommateurs sont des truands ou des espions de la police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chaque quartier a sa baraque des RG &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Changement d'ambiance. Il faut dire que, aussi attachante qu'elle soit, la capitale r&#233;gionale n'a plus grand-chose &#224; voir avec la petite cit&#233; des sables pour laquelle s'enthousiasmait la proto-hippie Sanmao &#8211; laquelle a inspir&#233; au p&#232;re Valerio cet &#233;lan litt&#233;raire : &#171; &lt;i&gt;Sanmao a donn&#233; vie et sens au d&#233;sert ; c'est au d&#233;sert qu'elle avait entendu les pleurs des chameaux et le sens des dunes.&lt;/i&gt; &#187; Si des dromadaires &lt;i&gt;pleurent&lt;/i&gt; encore pr&#232;s de l'oued Seguia el-Hamra&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Litt&#233;ralement, &#171; le canal rouge &#187;. Les Espagnols ont choisi le site de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; bordant la ville au nord-est, et si subsistent encore quelques &#171; maisons &#339;ufs &#187; aux toits en d&#244;me, La&#226;youne a grandement mu&#233;. Dans un amoncellement de cubes roses et gris de quelques &#233;tages, les quartiers r&#233;sidentiels jouxtent d&#233;sormais des quartiers plus commer&#231;ants aux rues bord&#233;es d'&#233;tals. Au fil du temps, la ville a enfl&#233; sur ses bases, notamment dans les ann&#233;es 1990, s'&#233;tendant vers le sud au point de compter aujourd'hui environ 250 000 habitants, pour la plupart Marocains &#233;loign&#233;s de la culture sahraouie. Car depuis 1975, le royaume ch&#233;rifien exerce d'une main de fer sa mainmise sur le Sahara occidental et ses richesses mini&#232;res, r&#233;primant violemment les vell&#233;it&#233;s d'ind&#233;pendance du peuple sahraoui, apr&#232;s avoir vivement encourag&#233; ses ressortissants &#224; s'y installer en masse pour diluer ses particularit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quence : il r&#232;gne dans la cit&#233; une parano palpable, comme diffus&#233;e par le vent du d&#233;sert, assourdissant toute voix dissonante. Le ton est donn&#233; sur la route qui descend du nord depuis Tarfaya, o&#249; barrages et contr&#244;les se succ&#232;dent. Une fois &#224; l'int&#233;rieur de la ville, les b&#226;timents &#224; vocation militaire ou polici&#232;re hissent leurs aust&#232;res fa&#231;ades &#224; tous les coins de rue. Partout, on croise des contingents de forces de l'ordre &#8211; fourgons de la S&#251;ret&#233; nationale, grad&#233;s sigl&#233;s &#171; commando &#187;, civils patibulaires, camions-citernes kakis en goguette, policiers quill&#233;s en terrasse, &#233;missaires de l'ONU&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Mission des Nations unies pour l'organisation d'un r&#233;f&#233;rendum au Sahara (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;s&#339;uvr&#233;s... Jusqu'aux vendeurs de clopes &#224; l'unit&#233; qui arborent des casquettes &#171; Police &#187;, ou &#224; ce doberman tra&#238;n&#233; par des m&#244;mes hilares et v&#234;tu d'un gilet &#171; &lt;i&gt;Police dog&lt;/i&gt; &#187;. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chaque quartier a sa baraque des RG [Renseignement g&#233;n&#233;raux] ; pour moi, un habitant marocain de La&#226;youne sur cinq est un flic&lt;/i&gt; &#187;, estime au doigt mouill&#233; un camarade s&#233;n&#233;galais. Inv&#233;rifiable. Plausible. Ce qui est s&#251;r : nous sommes au &#171; sud du Maroc &#187;, les mots de &#171; Sahara occidental &#187; n'ont pas droit de cit&#233; en public, pas plus que le nom du Front Polisario&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Front populaire de lib&#233;ration de la Saguia el-Hamra et du R&#237;o de Oro.&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui lutte pour l'ind&#233;pendance du territoire &#8211; la derni&#232;re colonie d'Afrique. Au risque, sinon, de se faire expulser &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt;, m&#233;saventure arriv&#233;e d&#233;but 2019 &#224; Nicolas Marvey, le pr&#233;c&#233;dent &#233;missaire de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sahara occidental : voir La&#226;youne et repartir (de force) &#187;, CQFD n&#176; 176 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#192; premi&#232;re vue, cette &lt;i&gt;omerta&lt;/i&gt; nous concerne peu, puisque nous sommes d'abord venus enqu&#234;ter sur la condition des personnes exil&#233;es de passage &#224; La&#226;youne. Le hic : les deux questions sont li&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un secret de polichinelle : dans le cadre de la politique d'externalisation des fronti&#232;res de l'Espagne et, partant, de l'Europe, le Maroc a de longue date endoss&#233; le r&#244;le de garde-chiourme en chef. Autour des enclaves ib&#233;riques de Ceuta et Melilla, mais aussi des grandes villes de Nador ou Oujda, les policiers marocains sont ainsi charg&#233;s de la sale besogne visant &#224; dissuader les migrant&#183;es subsaharien&#183;nes de pousser plus avant leur projet&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce que documente bien un rapport de l'association marocaine Gadem : &#171; Co&#251;ts (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Une politique qui, par ricochet, a transform&#233; La&#226;youne en &#233;tape centrale du p&#233;riple migratoire. Depuis que le passage vers l'Espagne continentale est devenu difficile voire impossible &#224; partir du nord du pays, c'est d'ici que s'organisent les exp&#233;ditions pour les zones de d&#233;parts de bateaux visant les &#238;les Canaries. Toujours plus nombreuses, les embarcations s'&#233;lancent depuis le littoral qui s'&#233;tend de Tan-Tan &#224; Dakhla, soit une c&#244;te de pr&#232;s de mille kilom&#232;tres &lt;i&gt;(voir carte)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartelaacyouneok_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH638/1200cartelaacyouneok_resultat-420ab.jpg?1768825562' width='500' height='638' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le r&#233;cent rapport du r&#233;seau AlarmPhone sur la zone indique que 7 430 personnes ont r&#233;ussi la travers&#233;e entre janvier et f&#233;vrier 2022, contre 3 915 pour la m&#234;me p&#233;riode en 2021 &lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La Marchandisation des fronti&#232;res &#8211; Comment la militarisation de l'UE (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Une &#233;volution qui explique en partie un r&#233;cent s&#233;isme diplomatique : le 18 mars dernier, le premier ministre espagnol Pedro S&#225;nchez a en effet infl&#233;chi la position historique du pays sur le Sahara occidental. Alors que l'Espagne affichait jusqu'ici une relative neutralit&#233; sur la question, son gouvernement a soudain estim&#233; que le plan du royaume de Mohammed VI pour le territoire constituait une position &#171; &lt;i&gt;s&#233;rieuse, r&#233;aliste et cr&#233;dible&lt;/i&gt; &#187;, au m&#233;pris du droit des Sahraouis &#224; l'autod&#233;termination&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droit constamment r&#233;affirm&#233; par l'ONU, derni&#232;rement dans sa r&#233;solution n&#176; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. L'objectif pour Madrid, dans cet &#233;change de bons proc&#233;d&#233;s : entre autres, encourager Rabat &#224; se montrer encore plus ferme dans sa lutte contre l'immigration dite ill&#233;gale. En termes diplomatiques, le communiqu&#233; du gouvernement marocain annon&#231;ant le revirement espagnol pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;[Nous affichons notre] d&#233;termination &#224; relever ensemble les d&#233;fis communs, notamment la coop&#233;ration pour la gestion des flux migratoires dans la M&#233;diterran&#233;e et l'Atlantique, en agissant toujours dans un esprit de pleine coop&#233;ration.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La&#226;youne m&#234;me, ce bel esprit de &#171; &lt;i&gt;pleine coop&#233;ration&lt;/i&gt; &#187; a eu un effet aussi imm&#233;diat que brutal.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Chass&#233;s comme des rats &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est terrible, ce que l'on vit depuis deux mois : tous les jours il y a des rafles. &#199;a peut te tomber dessus &#224; n'importe quel moment. Ici, tout le monde a d&#233;j&#224; v&#233;cu &#231;a : ils d&#233;barquent au petit matin, cassent la porte, te volent ton portable et ton argent, puis ils te mettent dans un bus pour le nord. &#192; toi de te d&#233;brouiller pour revenir.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette petite cantine ivoirienne o&#249; mijote un plat de riz et de poisson sauce arachide, pr&#232;s du quartier populaire de Skikima, les habitu&#233;&#183;es appuient sans r&#233;serve les dires de la tenanci&#232;re des lieux, portant haut tresses et &#233;l&#233;gante robe turquoise : la situation est devenue intenable, tant la police s'acharne sur les personnes subsahariennes depuis que l'Espagne a offert son soutien &#224; l'autoritarisme marocain il y a deux mois. Et si ce jour-l&#224;, ces exil&#233;&#183;es se retrouvent attabl&#233;&#183;es &#224; discuter, commentant des vid&#233;os du pays sur leurs smartphones, c'est parce qu'ils b&#233;n&#233;ficient d'un bref r&#233;pit pendant la grande pri&#232;re du vendredi apr&#232;s-midi qui occupe tout le monde, flics compris. Un trentenaire timide au sourire triste, occup&#233; &#224; ravauder un sac, confirme : &#171; &lt;i&gt;Depuis que j'ai &#233;t&#233; rafl&#233;, je pars de chez moi tous les jours &#224; cinq heures du matin, pour ne pas risquer de revivre &#231;a. Je vais me poser en plein d&#233;sert ou bien &#224; tout autre endroit &#224; l'&#233;cart des zones dangereuses.&lt;/i&gt; &#187; Dans ce marasme, personne n'est dupe des rouages qui les broient, &#224; l'image de cette dame r&#233;cemment rafl&#233;e avec sa fille de 18 ans, direction le lointain nord, avec &#224; la clef un retour aussi compliqu&#233; qu'on&#233;reux : &#171; &lt;i&gt;Tout &#231;a, c'est pour faire plaisir &#224; l'Europe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4595 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200laayoune1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200laayoune1_resultat-04828.jpg?1768825562' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Depuis que j'ai &#233;t&#233; rafl&#233;, je pars de chez moi tous les jours &#224; cinq heures du matin, pour ne pas risquer de revivre &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Selon les rares associatifs de la ville, il y aurait aujourd'hui environ 20 000 personnes subsahariennes pr&#233;sentes &#224; La&#226;youne, issues d'une douzaine de pays, du S&#233;n&#233;gal &#224; la Sierra Leone en passant par le Niger ou la Guin&#233;e. Et la grande majorit&#233; ne r&#234;verait que d'une chose : tenter la &#171; travers&#233;e &#187;. C'est ici, dans les quartiers populaires de Skikima, Texas, Quartier 84 ou 25-Mars, que l'on fait &#233;tape avant le dernier bond vers l'embarcation. C'est aussi ici que l'on se planque, parfois des mois entiers sans sortir, dans des habitations surpeupl&#233;es aux conditions d'hygi&#232;ne douteuses. C'est ici toujours que l'on revient encore et encore apr&#232;s avoir &#233;t&#233; d&#233;port&#233; au nord et avoir endur&#233; une ou deux nuits dans des centres de tri sommaires, payant &#224; prix d'or le retour dans des &#171; voitures mafia &#187; roulant &#224; travers le d&#233;sert pour &#233;chapper aux barrages. Dans la tension ambiante, c'est une population terrifi&#233;e qui se fait invisible, terr&#233;e, dans l'attente du convoi qui les guidera jusqu'&#224; l'Atlantique et ses &#233;cueils.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout cela, on discute longuement avec plusieurs personnes impliqu&#233;es dans l'Adispros (Association des immigrants des provinces du sud), install&#233;e dans un grand appartement de Skikima, aux murs orn&#233;s de mosa&#239;ques bleues. Ici, diverses communaut&#233;s se c&#244;toient, s'entraident, tentent de faire face ensemble. Qu'elles ou ils soient originaires du S&#233;n&#233;gal, de Guin&#233;e, du Niger ou de C&#244;te d'Ivoire, toutes et tous s'accordent &#224; dire que l'heure est grave. L'un raconte : &#171; &lt;i&gt;Lors d'une r&#233;cente rafle, les chefs des flics nous ont dit : &#8220;On va tous vous faire sortir de la ville.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Une autre s'&#233;meut de voir ses compatriotes &#171; &lt;i&gt;chass&#233;s comme des rats&lt;/i&gt; &#187;, insistant sur la violence des coups de b&#233;liers dans les portes au petit jour et sur les personnes terroris&#233;es qui parfois se cassent les jambes en sautant par les fen&#234;tres. Un troisi&#232;me souligne que le Maroc bafoue tous les droits des personnes exil&#233;es, qu'elles soient en r&#232;gle ou pas : &#171; &lt;i&gt;M&#234;me des gens qui ont la carte de r&#233;sident sont envoy&#233;s dans ces centres indignes du nord, o&#249; on te jette la bouffe &#224; la gueule et o&#249; on te frappe avant de te l&#226;cher en pleine nature. Le pire, c'est que c'est rentable : le Maroc prend l'argent de partout, de l'Europe et des migrants &#224; qui l'on d&#233;robe tout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Tout a chang&#233; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le tableau est sombre, repr&#233;sentatif de la r&#233;pression qui fait rage dans tout le pays. Pourtant, La&#226;youne a eu un temps la r&#233;putation d'&#234;tre moins violente pour les exil&#233;&#183;es que les fronti&#232;res du nord, notamment parce qu'y subsistait un soup&#231;on de tradition d'accueil sahraouie. Au point que certain&#183;es ont su s'y faire une place, &#224; l'image de Babacar, qui raconte qu'en d&#233;barquant il y a de longues ann&#233;es il la voyait comme sa &#171; &lt;i&gt;ville de c&#339;ur&lt;/i&gt; &#187;. Las, les temps ont chang&#233;, &#224; mesure que les routes migratoires d&#233;viaient vers la ville au moment m&#234;me o&#249; l'&#233;conomie marocaine flanchait : &#171; &lt;i&gt;D'abord, il y a eu le covid qui nous a mis &#224; genoux, avec notamment la fin du tourisme&lt;/i&gt; &#187;, raconte un chauffeur de taxi venu de Ouarzazate il y a quelques ann&#233;es et qui d&#233;chante d&#233;sormais. &#171; &lt;i&gt;Et maintenant c'est la hausse des prix de l'essence et des produits alimentaires, on n'y arrive plus&lt;/i&gt; &#187;, poursuit-il, expliquant que lui aussi songe &#224; rejoindre l'Europe. Pour les personnes en migration, la gravit&#233; de la situation est d&#233;cupl&#233;e. Plus aucune possibilit&#233; de trouver du travail pour payer la travers&#233;e, pas m&#234;me dans la ville portuaire de Dakhla, &#224; 500 kilom&#232;tres au sud, o&#249; l'on pouvait auparavant trimer dans les usines de poisson. Et un racisme qui se fait omnipr&#233;sent, les for&#231;ant d'autant plus &#224; se calfeutrer. Pr&#233;cision accablante, &#233;tay&#233;e par plusieurs t&#233;moignages : des petits magouilleurs locaux profiteraient de la situation pour racketter &#224; leur tour les exil&#233;&#183;es, copiant les m&#233;thodes de la police en toute impunit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors il reste la solidarit&#233;. Celle que porte Babacar Ndiaye, qui avec des camarades a organis&#233; des collectes aupr&#232;s de la communaut&#233; s&#233;n&#233;galaise afin d'ouvrir une maison d'accueil pour les personnes d&#233;sargent&#233;es atterrissant &#224; La&#226;youne&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour soutenir ce pr&#233;cieux projet qui a clairement besoin d'aide, se rendre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Celle aussi de ce m&#234;me Babacar et de son coll&#232;gue Abdou, qui, au sein de l'association Sakia El Hamra pour la migration et le d&#233;veloppement, o&#249; ils travaillent comme &#171; m&#233;diateurs sanitaires &#187;, s'emploient notamment &#224; identifier les d&#233;pouilles des personnes mortes en mer, tenant m&#233;ticuleusement un registre des d&#233;c&#232;s aux entr&#233;es gla&#231;antes (&#171; &lt;i&gt;Fait partie de l'accident de Zodiac du ***&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;&#201;tait sur telle embarcation de fortune avec ***&lt;/i&gt; &#187;) et informant les familles rest&#233;es au pays. Celle aussi des militants associatifs sillonnant les prisons pour identifier et apporter un soutien aux personnes subsahariennes emprisonn&#233;es souvent sans preuves pour des d&#233;lits mineurs, ou accus&#233;es d'avoir particip&#233; &#224; l'organisation de travers&#233;es, sans recours possible ni d&#233;fense &#233;quitable. Celle encore de l'Adispros, o&#249; les diff&#233;rentes communaut&#233;s se serrent les coudes dans la temp&#234;te, et o&#249; certain&#183;es r&#234;vent d'une r&#233;action de masse, &#224; l'image d'Ousmane : &#171; &lt;i&gt;Il faudrait r&#233;ussir &#224; organiser une manif contre les d&#233;portations rassemblant tout le monde, les gens qui ont la carte de r&#233;sidents et les autres. &#199;a ferait de l'effet. Mais les gens ont peur, ils sont dans la terreur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4598 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/c6.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/c6-2bde8.jpg?1768825565' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais la solidarit&#233; ne suffit pas. &#192; tel point que m&#234;me chez les plus farouches partisans de l'int&#233;gration sur place qui soulignent les dangers de la route maritime, le doute se fraye un chemin. Ainsi de Clarisse, Ivoirienne et pr&#233;sidente de la section femmes de l'Adispros, classe de &lt;i&gt;lady&lt;/i&gt; et immenses lunettes de soleil au nez, qui avoue son d&#233;sarroi : &#171; &lt;i&gt;Avant, j'essayais de dissuader les femmes de traverser. Parce qu'&#224; La&#226;youne tu pouvais t'installer, faire ton petit commerce, et tu &#233;tais respect&#233;e. Mais tout a chang&#233;. Alors je vous le dis tout net : je ne sais plus quoi opposer aux souhaits de d&#233;part.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ville tombeau, &#224; l'avenir barr&#233; d'un trait de barbel&#233;, les esprits sont plus que jamais tourn&#233;s vers un unique horizon, porteur &#224; la fois d'espoir et de mort : le mur de l'Atlantique&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lirel'article du m&#234;me nom, publi&#233; dans le n&#176; 209 de CQFD (mai 2022) et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Une organisation conjointe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; une trentaine de kilom&#232;tres de la ville, au bout d'une route mang&#233;e par les dunes et sem&#233;e de tractopelles qui tentent de repousser les avanc&#233;es du sable, voici l'oc&#233;an et le grand port de La&#226;youne, dit El Marsa. Au nord comme au sud s'&#233;tendent des centaines de kilom&#232;tres de rivages bord&#233;s de d&#233;sert, de plis et replis de sable et de rocaille. Si cette c&#244;te, militaris&#233;e comme toute la zone, est tr&#232;s surveill&#233;e, ce n'est pas gr&#226;ce &#224; la technologie. Les seules cam&#233;ras qu'on aper&#231;oit sont fixes et dirig&#233;es le long des interminables murs d'enceinte de la gigantesque usine de phosphate Phosboucraa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au nord de ce port d'El Marsa, la c&#244;t&#233; est parsem&#233;e de gu&#233;rites espac&#233;es de quelques centaines de m&#232;tres. Le soir, elles se peuplent d'agents de surveillance. Impossible &#224; premi&#232;re vue de passer entre les mailles du filet. C'est pourtant depuis cette zone qu'ont lieu beaucoup de d&#233;parts. Au bord de l'eau, &#224; quelques encablures de familles affair&#233;es &#224; pique-niquer, tr&#244;ne la carcasse m&#233;tallique d'un sardinier islandais &#233;chou&#233; en 2007, le &lt;i&gt;Que sera sera&lt;/i&gt;. Point de rep&#232;re utile : des mises &#224; l'eau se feraient &#224; l'abri de cette &#233;pave, lorsque les occupants des gu&#233;rites qui l'entourent acceptent de d&#233;tourner le regard. Moyennant corruption, bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4594 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200laayoune2_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200laayoune2_resultat-2-02574.jpg?1768825566' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Des mises &#224; l'eau se feraient &#224; l'abri de cette &#233;pave, lorsque les occupants des gu&#233;rites qui l'entourent acceptent de d&#233;tourner le regard. Moyennant corruption, bien s&#251;r. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;C'est que le &lt;i&gt;modus operandi &lt;/i&gt;est r&#244;d&#233;, ainsi que nous le confie un camarade s&#233;n&#233;galais : &#171; &lt;i&gt;Pour que les convois puissent toucher l'eau, il faut une organisation conjointe entre les thiamen et les Marocains. &#192; toutes les &#233;tapes. Et ce sont les Marocains qui paient les gardes pour qu'ils regardent ailleurs.&lt;/i&gt; &#187; Les &lt;i&gt;thiamen&lt;/i&gt;, ou&lt;i&gt; chairmen&lt;/i&gt;, ce sont les responsables des communaut&#233;s charg&#233;s de l'organisation des voyages. &#171; &lt;i&gt;Ils n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; ce que les convois fassent naufrage&lt;/i&gt; &#187;, explique notre interlocuteur. Mais les &lt;i&gt;chairmen &lt;/i&gt;se retrouvent de fait d&#233;pendants d'interm&#233;diaires locaux pour tout ce qui a trait &#224; la logistique. Sans compter qu'ils sont eux aussi soumis &#224; des logiques de profit&lt;a href=&#034;#nb6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un business des fronti&#232;res bien d&#233;taill&#233; dans le dernier rapport AlarmPhone (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Avec pour cons&#233;quence des bateaux ou des moteurs en mauvais &#233;tat, des t&#233;l&#233;phones satellites sans cr&#233;dit, ou encore des r&#233;serves d'essence insuffisantes pour arriver de l'autre c&#244;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au final, les personnes qui embarquent n'ont aucunement la main sur la mani&#232;re dont s'organise leur voyage. C'est pour cette raison que les associations de La&#226;youne tentent de sensibiliser les candidat&#183;es au d&#233;part sur les dangers de la travers&#233;e, tout en leur fournissant des outils pour l'affronter. Un bon exemple de cette transmission de savoir ? Le jeune Ben, avec qui on se retrouve &#224; &#233;changer sur les applications m&#233;t&#233;o et les temps de travers&#233;e selon les lieux de d&#233;part. Arriv&#233; au Maroc pour poursuivre ses &#233;tudes en fac de m&#233;decine tout en travaillant, il s'est heurt&#233; &#224; des frais d'inscription prohibitifs. Il a alors tent&#233; la travers&#233;e vers les Canaries. Un &#233;chec : &#171; &lt;i&gt;La premi&#232;re fois, c'&#233;tait il y a huit mois. On &#233;tait cinquante-deux, la m&#233;t&#233;o &#233;tait bonne, mais le boudin du Zodiac s'est perc&#233; au moment de le gonfler. J'ai pris &#231;a comme un signe, alors j'ai d&#233;cid&#233; de rester. Mais c'est impossible de s'int&#233;grer avec les changements des derniers mois. Je me dis que je vais peut-&#234;tre retenter. Sinon il ne me reste que le suicide. C'est impossible pour moi de revenir. Avec les dettes, la honte, toute une famille qui s'est saign&#233;e...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Bar&#231;a ou barsakh ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tenter et tenter encore, malgr&#233; les risques. Pour beaucoup, c'est toujours &#171; &lt;i&gt;Bar&#231;a ou barsakh&lt;/i&gt; &#187;, Barcelone ou la mort. Et la plupart des candidat&#183;es &#224; l'exil sont on ne peut plus conscient&#183;es qu'ils s'appr&#234;tent &#224; emprunter un itin&#233;raire extr&#234;mement dangereux, devenu la plus meurtri&#232;re des routes vers l'Europe. En 2021, plus de 4 404 personnes y auraient laiss&#233; la vie&lt;a href=&#034;#nb6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres avanc&#233;s par l'association espagnole Caminando Fronteras : &#171; El peor (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;, soit un cinqui&#232;me des personnes ayant tent&#233; la travers&#233;e. Le d&#233;but de l'ann&#233;e 2022 a encore vu les drames se succ&#233;der. Parmi les derniers naufrages en date, celui d'une embarcation au large de Boujdour le 8 mai dernier, dans lequel quarante-quatre personnes ont trouv&#233; la mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre le Sahara occidental et les Canaries s'&#233;tend un oc&#233;an aux conditions de navigation p&#233;rilleuses. Soumises aux vents et courants, les travers&#233;es vers l'archipel sont longues. S'il est possible d'atteindre l'&#238;le de Fuerteventura en une journ&#233;e depuis Tarfaya, il faut compter deux &#224; trois jours depuis Boujdour, et trois &#224; cinq depuis Dakhla. Sur ces distances, les avaries ne sont pas rares ; et sans t&#233;l&#233;phone satellite, les personnes &#224; bord n'ont aucun moyen de pr&#233;venir les secours. Il arrive alors que des bateaux partent &#224; la d&#233;rive au milieu de l'oc&#233;an. Certains sont parfois retrouv&#233;s &#224; des centaines de kilom&#232;tres des Canaries apr&#232;s avoir err&#233; sur les flots des jours ou des semaines. Selon l'association espagnole Caminando Fronteras, en 2021, quatre-vingt-trois embarcations auraient disparu avec l'ensemble de leurs occupant&#183;es. En r&#233;alit&#233;, il est impossible de d&#233;compter tous les naufrages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces conditions p&#233;rilleuses s'ajoutent les effets des petits arrangements &#233;tatiques autour des zones de recherche et de secours (en anglais &#171; Search and Rescue &#187;, SAR). H&#233;ritage de la colonisation, les eaux c&#244;ti&#232;res du Sahara occidental sont en effet sous la double responsabilit&#233; de l'Espagne et du Maroc. Or les sauveteurs espagnols du Salvamento Mar&#237;timo ne s'aventurent plus que tr&#232;s rarement dans cette zone floue et le Centre de coordination et de sauvetage de Madrid d&#233;l&#232;gue d&#233;sormais les interventions &#224; la Marine royale du Maroc. Laquelle est, de l'avis g&#233;n&#233;ral, plus prompte &#224; intercepter les embarcations qu'&#224; secourir celles qui se trouvent en d&#233;tresse. Le 16 janvier dernier, AlarmPhone a ainsi twitt&#233; &#224; propos d'un bateau de cinquante-cinq personnes, parti de Tarfaya, et en difficult&#233; &#224; seulement 10 kilom&#232;tres des c&#244;tes marocaines. La Marine royale, pr&#233;venue imm&#233;diatement, est arriv&#233;e sur place onze heures apr&#232;s la premi&#232;re alerte. Seules dix personnes ont surv&#233;cu au naufrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; espagnol, les travailleurs du Salvamento Mar&#237;timo n'ont de cesse de d&#233;noncer la baisse de leurs moyens, qui va de pair avec une militarisation de l'organisme de secours civil, d&#233;sormais plac&#233; sous un commandement unique en &#233;troite collaboration avec la garde civile. Autant de changements politiques qui ont des cons&#233;quences imm&#233;diates et funestes sur les vies humaines &lt;i&gt;(voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-est-tombe-a-l-eau' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le t&#233;moignage d'Eva&lt;/a&gt;, qui a perdu sa fille dans la travers&#233;e)&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la r&#233;pression grandissante s'abattant sur La&#226;youne et ses environs, elle aggrave largement la situation, et contraint les candidat&#183;es au passage &#224; jouer le tout pour le tout. &#171; &lt;i&gt;Les rafles et d&#233;portations am&#232;nent &#224; des d&#233;parts pr&#233;cipit&#233;s,&lt;/i&gt; explique Babacar. &lt;i&gt;Quand les gens arrivent sur la plage et que le temps n'est pas bon, ils continuent parce qu'ils pensent qu'on va les arr&#234;ter s'ils retournent. Les naufrages sont souvent li&#233;s &#224; cette pr&#233;cipitation. La r&#233;pression cause aussi ces drames-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces &#171; &lt;i&gt;drames-l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, comme au large de la Libye, comme &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque, comme en tant d'endroits, sont largement imputables &#224; une Europe &#233;rigeant toujours plus de barri&#232;res meurtri&#232;res, aussi bien &#224; ses fronti&#232;res qu'au c&#339;ur de pays &#171; alli&#233;s &#187;, r&#233;mun&#233;r&#233;s pour cette t&#226;che ingrate. Ainsi les mort&#183;es demeurent des ombres, des invisibles. &#192; l'image de ce cimeti&#232;re improvis&#233; dans le d&#233;sert, dont une courte vid&#233;o tourne parmi les migrant&#183;es de La&#226;youne. On y voit un vieil homme qui arrose gravement quelques tombes abritant les d&#233;pouilles de personnes mortes en mer, d&#233;risoires petits monticules de terre orn&#233;s de pierres blanches. Et celui qui nous montre ces images de l&#226;cher : &#171; &lt;i&gt;Avec le vent, le sable ne tardera pas &#224; les recouvrir. Il n'y aura plus trace d'eux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;milien Bernard &amp; Mathilde Offroy&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Loueila Mint : &#171; Ces accords cachent beaucoup d'irr&#233;gularit&#233;s et de sang &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Avocate et activiste sahraouie, Loueila Mint vit aux Canaries. Elle est tr&#232;s impliqu&#233;e dans la d&#233;fense des personnes exil&#233;es arrivant sur place et a notamment particip&#233; &#224; un documentaire consacr&#233; au sujet, &lt;i&gt;Aqui estamos&lt;/i&gt; (2021). En compl&#233;ment de l'article que nous avons consacr&#233; &#224; la situation des personnes bloqu&#233;es &#224; La&#226;youne dans l'attente d'une travers&#233;e vers ces m&#234;mes Canaries, elle a accept&#233; de r&#233;pondre &#224; quelques questions pour CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que se passe-t-il pour les personnes migrantes &#224; leur arriv&#233;e aux Canaries ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord que beaucoup de personnes migrantes perdent la vie pendant la travers&#233;e, &#224; cause des politiques migratoires. Pour celles qui parviennent sur les c&#244;tes des &#238;les Canaries, elles sont soumises &#224; la r&#233;glementation nationale en mati&#232;re d'immigration. D'apr&#232;s cette r&#233;glementation, toute personne qui entre de mani&#232;re irr&#233;guli&#232;re fera l'objet d'une proc&#233;dure d'expulsion, c'est-&#224;-dire qu'une proc&#233;dure visant &#224; la renvoyer dans son pays d'origine sera engag&#233;e contre elle. En pratique, toutes les personnes ne peuvent pas &#234;tre renvoy&#233;es. C'est par exemple le cas pour les femmes les plus vuln&#233;rables, les enfants accompagn&#233;s de leur m&#232;re, les mineurs &#233;trangers non accompagn&#233;s et les demandeurs de protection internationale. Mais tout autre adulte en r&#233;gime g&#233;n&#233;ral sera renvoy&#233; dans son pays d'origine &#8211; d'autant plus s'ils sont ressortissants du Maroc ou du S&#233;n&#233;gal&lt;a href=&#034;#nb6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux pays ont sign&#233; des accords bilat&#233;raux avec l'Espagne, qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;. Et si c'est un Sahraoui, il sera alors trait&#233; comme un Marocain et remis aux autorit&#233;s marocaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles &#233;volutions ont eu lieu aux &#238;les Canaries en mati&#232;re d'accueil et de l&#233;gislation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cours des ann&#233;es 2020-2021, on a constat&#233; de nombreuses violations des droits fondamentaux, notamment les droits &#224; la dignit&#233; de la personne, &#224; l'int&#233;grit&#233; physique, &#224; un avocat de qualit&#233; ou &#224; un interpr&#232;te. Heureusement, le bilan est plus positif aujourd'hui. Dans ce bilan, il faut diff&#233;rencier la r&#233;ception des bateaux &#224; leur arriv&#233;e, qui rel&#232;ve du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur, et de l'accueil, qui rel&#232;ve du minist&#232;re de l'Inclusion et de la migration. Et c'est cette deuxi&#232;me dimension, l'accueil, qui s'est am&#233;lior&#233; en un an et demi. Disons qu'aujourd'hui il y a plus de ressources, plus d'organisation. Il y a aussi davantage de transferts de personnes arrivant aux Canaries vers le continent espagnol, une chose tr&#232;s positive : ceux qui entrent et veulent poursuivre leur voyage peuvent le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler qu'en 2020 et encore plus en 2021, les &#238;les Canaries &#233;taient devenues une prison pour toute les personnes migrantes qui arrivaient. Beaucoup de personnes ont souffert de cette situation, aussi bien la population immigr&#233;e en transit que le reste de la population immigr&#233;e des &#238;les Canaries. D&#233;sormais les personnes qui arrivent ne sont plus pi&#233;g&#233;es ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles &#233;volutions constates-tu dans ton travail d'avocate ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'avocate travaillant avec les populations immigr&#233;es, mais &#233;galement en tant qu'avocate moi-m&#234;me immigr&#233;e, je n'ai pas vu de transformation ou de changement dans la l&#233;gislation. Par contre, avec les autres avocats engag&#233;s aux c&#244;t&#233;s des populations immigr&#233;es, nous sommes parvenus &#224; impulser un d&#233;bat juridique, dans les &#238;les Canaries, qui nous a permis d'aller devant les tribunaux pour faire stopper toutes les irr&#233;gularit&#233;s qui avaient lieu. C'est certain qu'il y a encore beaucoup d'irr&#233;gularit&#233;s et de violations des droits fondamentaux. Malgr&#233; tout, l'accueil des personnes exil&#233;es s'est beaucoup am&#233;lior&#233;. Quand &#224; la r&#233;ception des rescap&#233;.es au moment de l'arriv&#233;e des bateaux, je pense qu'il varie selon l'&#238;le o&#249; ils d&#233;barquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il une criminalisation de certaines personnes ? Notamment des conducteurs de bateaux, comme dans d'autres pays d'arriv&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, bien s&#251;r. L'entr&#233;e ill&#233;gale de personnes migrantes sur le territoire est une infraction administrative, en d'autres termes, c'est un peu comme si vous gariez mal votre voiture et que vous receviez une amende. Migrer et arriver en bateau n'est pas un crime, c'est une infraction administrative. Pourtant, les personnes concern&#233;es sont trait&#233;es comme si elles avaient commis un crime. D&#232;s qu'elles arrivent, elles sont plac&#233;es en d&#233;tention. On leur lit leurs droits et elles sont d&#233;tenues pendant des heures. Et ensuite, selon qu'elles souhaitent &#234;tre renvoy&#233;es dans leur pays d'origine ou bien continuer leur voyage, on cherche &#224; les criminaliser. En tant qu'avocate, je suis amen&#233;e &#224; assister des personnes migrantes venant du continent africain, mais aussi des ressortissants espagnols, r&#233;sidant ici, aux Canaries, et je constate que les diff&#233;rences de traitement entre ces deux populations sont tr&#232;s grandes. J'ai d&#233;j&#224; &#233;t&#233; emp&#234;ch&#233;e d'acc&#233;der &#224; des personnes d&#233;tenues qui m'avaient d&#233;sign&#233;e comme leur avocate. Ce qui est pourtant, en termes de droit, quelque chose de basique et d'essentiel, et n'arriverait jamais s'il s'agissait d'Espagnols ayant commis un crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La criminalisation peut toucher les mineurs comme les adultes qui arrivent. Mais elle est surtout focalis&#233;e sur conducteurs suppos&#233;s des bateaux. On se trouve devant un syst&#232;me qui cherche &#224; tout prix un coupable, une personne &#224; condamner pour pouvoir adresser un message aux autres. Et cela se traduit par des enqu&#234;tes men&#233;es par les services de l'immigration pour tenter de trouver la personne responsable, celle qui, selon eux, appartient &#224; une organisation criminelle et a mis la vie d'autres personnes en danger &#8211; dans leur t&#234;te, le capitaine. Sauf que dans la plupart des cas, il s'agit seulement d'une personne migrante parmi les autres, qui voulait voyager et faire la travers&#233;e. Ils ne se soucient pas de savoir si les personnes survivent ou meurent dans l'Atlantique, &#224; cause de leur politique migratoire. Par contre, si tu survis et que quelqu'un dit que c'est toi qui conduisait le bateau, c'est suffisant pour &#234;tre mis en d&#233;tention pr&#233;ventive, et ensuite te condamner &#224; quatre, cinq, ou six ans de privation de libert&#233; dans un centre de d&#233;tention p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et que peux-tu dire des accords d'expulsion que l'Espagne a sign&#233;s avec des pays comme le Maroc, le S&#233;n&#233;gal ou la Mauritanie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a effectivement des accords bilat&#233;raux qui existent entre l'Espagne et certains pays concernant le rapatriement soit de leurs propres ressortissants, soit de ceux de pays tiers. Le Maroc utilise cet accord dans sa strat&#233;gie de rapprochement avec l'Union europ&#233;enne. Ce qui est &#233;trange, c'est qu'il stipule que peuvent &#234;tre expuls&#233;s vers la Maroc non seulement ses propres ressortissants, mais &#233;galement ceux de pays tiers, or cette disposition n'est jamais appliqu&#233;e. D'autre part, cet accord ratifi&#233; entre la Maroc et l'Espagne n'est pas seulement relatif &#224; la question des expulsions, mais aussi &#224; celle des extraditions. Et tout &#224; fait l&#233;galement, puisqu'il a &#233;t&#233; valid&#233; par la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne. M&#234;me chose pour la S&#233;n&#233;gal, et d&#233;sormais pour la Mauritanie. Dans son accord bilat&#233;ral, la Mauritanie a accept&#233; de recevoir des ressortissants maliens expuls&#233;s qui avaient transit&#233; par son territoire, en &#233;change, &#233;videmment, d'un r&#233;tribution de l'&#201;tat espagnol. Et bien que cela s'opposait &#224; une r&#233;solution europ&#233;enne, puisqu'il s'agissait de renvoyer contre leur gr&#233; des populations venant d'un pays en guerre. Tout ceci, tous ces accords pass&#233;s dans un cadre pr&#233;tendument l&#233;gal, cachent beaucoup d'irr&#233;gularit&#233;s, beaucoup de sang et beaucoup de vies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Litt&#233;ralement, &#171; le canal rouge &#187;. Les Espagnols ont choisi le site de La&#226;youne en grande partie &#224; cause de ses nappes phr&#233;atiques appr&#233;ciables.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La Mission des Nations unies pour l'organisation d'un r&#233;f&#233;rendum au Sahara occidental (Minurso) tra&#238;ne depuis 1991 son spleen &#224; La&#226;youne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Front populaire de lib&#233;ration de la Saguia el-Hamra et du R&#237;o de Oro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Sahara-occidental-voir-Laayoune-et' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Sahara occidental : voir La&#226;youne et repartir (de force) &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 176 (mai 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce que documente bien un rapport de l'association marocaine Gadem : &#171; Co&#251;ts et blessures &#8211; Rapports sur les op&#233;rations des forces de l'ordre men&#233;es dans le nord du Maroc entre juillet et septembre 2018. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://alarmphone.org/fr/2022/03/31/la-marchandisation-des-frontieres/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; La Marchandisation des fronti&#232;res &#8211; Comment la militarisation de l'UE alimente les r&#233;seaux de trafic entre l'Afrique du Nord et l'Espagne &#187;&lt;/a&gt;, site d'AlarmPhone (31/03/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Droit constamment r&#233;affirm&#233; par l'ONU, derni&#232;rement dans sa r&#233;solution n&#176; 2602 du 29 octobre 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour soutenir ce pr&#233;cieux projet qui a clairement besoin d'aide, se rendre sur la page HelloAsso &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/kalliope/collectes/soutenons-les-migrant-e-s-a-laayun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Soutenons les migrant.es &#224; L&#226;ayun ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-mur-de-l-Atlantique' class=&#034;spip_in&#034;&gt;l'article du m&#234;me nom&lt;/a&gt;, publi&#233; dans le n&#176; 209 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (mai 2022) et consacr&#233; au rapport du r&#233;seau AlarmPhone sur les travers&#233;es vers les Canaries.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un business des fronti&#232;res bien d&#233;taill&#233; dans le dernier rapport AlarmPhone d&#233;j&#224; cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffres avanc&#233;s par l'association espagnole Caminando Fronteras : &lt;a href=&#034;https://caminandofronteras.org/el-peor-ano-en-las-fronteras-4404-victimas-en-las-rutas-de-acceso-a-espana-durante-2021/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; El peor a&#241;o en las fronteras : 4 404 v&#237;ctimas en las rutas de acceso a Espa&#241;a durante 2021 &#187;&lt;/a&gt;, site de l'association (03/01/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces deux pays ont sign&#233; des accords bilat&#233;raux avec l'Espagne, qui facilitent l'expulsion de leurs ressortissants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Tout le monde est tomb&#233; &#224; l'eau &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-est-tombe-a-l-eau</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-est-tombe-a-l-eau</guid>
		<dc:date>2022-06-17T09:58:28Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Mathilde Offroy</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;T&#233;moignage d'Eva, qui a perdu sa fille dans un naufrage sur la route des Canaries le 26 avril 2022. [Ce t&#233;moigne a &#233;t&#233; recueilli dans le cadre d'un article sur la situation des personnes exil&#233;es dans le Sahara Occidental : &#171; La&#226;youne, tombeau des invisibles &#187;] *** &#171; J'ai quitt&#233; le S&#233;n&#233;gal le 25 septembre 2019, pour le Maroc. Je suis arriv&#233;e &#224; Nador, enceinte d'un mois. L&#224;-bas, on m'a amen&#233;e dans la for&#234;t de Bolingo. Ils m'ont dit que je devais d&#233;poser mon argent dans une boutique pour (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;T&#233;moignage d'Eva, qui a perdu sa fille dans un naufrage sur la route des Canaries le 26 avril 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;[Ce t&#233;moigne a &#233;t&#233; recueilli dans le cadre d'un article sur la situation des personnes exil&#233;es dans le Sahara Occidental : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Laayoune-tombeau-des-invisibles' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; La&#226;youne, tombeau des invisibles &#187;&lt;/a&gt;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai quitt&#233; le S&#233;n&#233;gal le 25 septembre 2019, pour le Maroc. Je suis arriv&#233;e &#224; Nador, enceinte d'un mois. L&#224;-bas, on m'a amen&#233;e dans la for&#234;t de Bolingo. Ils m'ont dit que je devais d&#233;poser mon argent dans une boutique pour qu'ils le gardent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vivre dans cette for&#234;t, c'&#233;tait pas facile, surtout enceinte. M&#234;me l'eau c'&#233;tait un probl&#232;me &#8211; je passais souvent 15 jours sans me laver. J'y ai v&#233;cu huit mois et y ai m&#234;me accouch&#233; par moi-m&#234;me. Avec le b&#233;b&#233;, j'ai &#233;t&#233; prise en charge &#224; l'h&#244;pital puis chez Caritas pendant deux mois. C'&#233;tait bien. Ils m'ont accueillie, et ont pris soin de moi et du b&#233;b&#233;. Mais quand je suis revenue &#224; la for&#234;t, j'ai d&#233;couvert qu'on avait mang&#233; l'argent que j'avais laiss&#233; &#224; la boutique ! Je n'avais plus rien. Je ne pouvais pas voyager. Alors il a fallu que je tape salam (mendier) avec mon enfant, pour avoir de quoi manger. Quand j'ai eu un peu d'argent, je suis partie &#224; Dakhla, pour aller travailler dans les frigos de poissons. J'ai travaill&#233; trois mois jusqu'&#224; avoir assez d'argent, puis je suis all&#233;e La&#226;youne, pour tenter le passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re tentative n'a pas march&#233;, on n'est pas mont&#233; sur l'eau, parce que les policiers nous ont arr&#234;t&#233;&#183;es. La deuxi&#232;me fois, on est parti&#183;es dans une petite pirogue. On &#233;tait 61 personnes, dont 8 enfants et 26 femmes, tous tass&#233;s dans le bateau. Ils nous ont dit qu'il fallait avancer pendant douze heures et qu'ensuite on aurait des contacts. Mais le t&#233;l&#233;phone satellite qu'on nous avait donn&#233; n'avait pas de cr&#233;dit, on ne pouvait pas appeler. Il n'y avait de r&#233;seau pour appeler avec le t&#233;l&#233;phone normal. On ne savait plus quoi faire. On a pass&#233; trois jours sur l'eau, &#224; tourner, tourner, tourner. On avait du carburant mais on ne savait pas o&#249; aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au bout d'un moment, on a d&#233;riv&#233; vers le Maroc. Quand on a retrouv&#233; du r&#233;seau, on a appel&#233; Helena&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Helena Maleno de l'organisation Caminando Fronteras.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Elle nous a donn&#233; un cap pour aller dans la bonne direction. Alors on a essay&#233; d'avancer, pendant plusieurs heures. C'est l&#224; qu'un avion est venu nous localiser. Il nous a vu puis il est reparti. On a pu parl&#233; avec les secouristes espagnols (via le t&#233;l&#233;phone satellite recharg&#233; en cr&#233;dit) qui nous ont dit qu'un grand bateau allait venir. Tout de suite apr&#232;s, on a vu un grand bateau, on a cru que c'&#233;tait celui qui devait nous sauver et qu'on avait fait Boza&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Faire Boza &#187; : arriver en Europe.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Mais en fait c'&#233;tait un bateau de commerce. Quand on essayait d'approcher de lui, il s'&#233;loignait. Et quand on s'arr&#234;tait, il dirigeait des projecteurs sur nous. &#199;a faisait trois jours qu'on &#233;tait en mer, tout le monde &#233;tait tellement fatigu&#233;. On a attendu encore pendant des heures, en pleine nuit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, le bateau de secours est venu. Il s'est approch&#233;, et nous a lanc&#233; une corde pour qu'on attache le bateau. Ensuite, dans la man&#339;uvre, le bateau s'est renvers&#233;. Tout le monde est tomb&#233; &#224; l'eau en m&#234;me temps. C'est seulement l&#224; qu'ils ont commenc&#233; &#224; lancer des gilets de sauvetage. Les gens les attrapaient, mais les enfants ne pouvaient rien faire. J'avais mon b&#233;b&#233; de 2 ans dans les bras. Je le levais au-dessus de l'eau, mais &#224; un moment je n'y arrivais plus, il m'a &#233;chapp&#233;. Puis ils nous ont lanc&#233; une corde pour nous remonter. C'est comme &#231;a qu'on est sortis. Sur les 26 femmes, il n'y a eu que 11 rescap&#233;es. Et tous les enfants sont rest&#233;s dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bateau nous a amen&#233;&#183;es aux Canaries. Maintenant je suis &#224; Bilbao, dans un centre o&#249; l'on est pas mal accueilli&#183;es. Mais &#231;a fait toujours tr&#232;s mal. Quand je vois des b&#233;b&#233;s, je me mets toujours &#224; pleurer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4601 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1688-30a6a-d72eb-f36fb.jpg?1768825566' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Antonin Malchiodi
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Helena Maleno de l'organisation Caminando Fronteras.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Faire Boza &#187; : arriver en Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La r&#233;volution des amants</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-revolution-des-amants</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-revolution-des-amants</guid>
		<dc:date>2022-06-17T09:58:25Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans d'existence et vingt-quatre num&#233;ros en ligne, Trou noir d&#233;barque en version papier. Pour ses &#233;diteurs, aucun doute : la r&#233;volution sera sexuelle ou ne sera pas. Trou noir, revue mensuelle en ligne , et de Mario Mieli (1952-1983), l'un des fondateurs du mouvement de lib&#233;ration gay/trans italien, profond&#233;ment influenc&#233; par la pens&#233;e marxiste . Pour l'un comme pour l'autre, l'homosexualit&#233;, d&#232;s lors qu'elle est &#171; consciente &#187;, v&#233;cue dans sa puissance subversive, est en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no210-juin-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;210 (juin 2022)&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s deux ans d'existence et vingt-quatre num&#233;ros en ligne, &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt; d&#233;barque en version papier. Pour ses &#233;diteurs, aucun doute : la r&#233;volution sera sexuelle ou ne sera pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Trou noir,&lt;/i&gt; revue mensuelle en ligne&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lisible sur trounoir.org.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, a d&#233;boul&#233; sur la Toile d&#233;but 2020, avec pour sous-titre : &#171; Voyage dans la dissidence sexuelle &#187;. L'&#233;dito du n&#176;20, pens&#233; comme un point d'&#233;tape, rappelait l'ambition de d&#233;part : &#171; &lt;i&gt;Interroger et politiser la sexualit&#233; sous toutes ses formes, sans avoir peur d'&#234;tre tranchant ou &#224; contre-courant.&lt;/i&gt; &#187; Chaque 28 du mois, c'est donc l'&#233;meute intellectuelle autour des plumards. Au programme : histoire et m&#233;moire des luttes &#171; &lt;i&gt;minoritaires&lt;/i&gt; &#187;, tour d'horizon international et culture des dissidences sexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Investiguer la notion de &#171; &lt;i&gt;dissidence sexuelle&lt;/i&gt; &#187;, c'est en somme la t&#226;che que s'est assign&#233;e &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;. Deux figures tut&#233;laires hantent le propos : celles de Guy Hocquenghem (1946-1988), militant du Front homosexuel d'action r&#233;volutionnaire (Fhar) avant de devenir un pol&#233;miste g&#233;nial&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une s&#233;lection de ses articles de presse est paru en 2017 chez Verticales (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, et de Mario Mieli (1952-1983), l'un des fondateurs du mouvement de lib&#233;ration gay/trans italien, profond&#233;ment influenc&#233; par la pens&#233;e marxiste&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un recueil de ses textes, La Gaie critique &#8211; Politique de la lib&#233;ration (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Pour l'un comme pour l'autre, l'homosexualit&#233;, d&#232;s lors qu'elle est &#171; &lt;i&gt;consciente&lt;/i&gt; &#187;, v&#233;cue dans sa puissance subversive, est en elle-m&#234;me une force de d&#233;stabilisation de la soci&#233;t&#233;, qui &#233;branle non seulement les structures familiales mais, selon Mieli, remet aussi en cause le mode de production en lui opposant une communaut&#233; fond&#233;e sur le plaisir. &#171; &lt;i&gt;Les vrais r&#233;volutionnaires, cessant d'&#234;tre des politiciens, seront des amants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Armes th&#233;oriques&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Paru fin mai, &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt; version papier, sous-titr&#233; cette fois &#171; Revue de la dissidence sexuelle &#187;, d&#233;barque dans les librairies sous la forme d'une revue au format de poche, qui comprend cinq textes d&#233;j&#224; publi&#233;s et deux in&#233;dits. L'objet est un manifeste, r&#233;dig&#233; dans une langue tant&#244;t rigoureuse, tant&#244;t &lt;i&gt;camp&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Argot queer d&#233;signant les attitudes suppos&#233;es exprimer une certaine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, voire les deux &#224; la fois. Mais c'est aussi une bo&#238;te &#224; outils contondants, destin&#233;e &#224; alimenter les rencontres en chair et en os autour de la revue et, qui sait, &#224; semer des id&#233;es d'auto-organisation dans son sillage. Le sommaire est riche, fourbissant des armes th&#233;oriques ou remettant en question des figures de la culture gay. Pour commencer, un retour sur le parcours du penseur nationaliste Renaud Camus, pass&#233; des plans cul qu'il d&#233;crivait dans &lt;i&gt;Tricks&lt;/i&gt; (1979) &#224; la th&#233;orie du grand remplacement. Puis la critique ac&#233;r&#233;e que fait Olivier Cheval&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cheval a sign&#233; d&#233;but 2021 une tribune remarqu&#233;e, &#224; juste titre, sur les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; de l'&#339;uvre de l'&#233;crivain gay culte des ann&#233;es 1990 Guillaume Dustan, empreinte &#224; ses yeux d'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale : &#171; &lt;i&gt;Il est int&#233;gralement individualiste : la seule morale, c'est la responsabilit&#233; individuelle.&lt;/i&gt; &#187; Suivent, entre autres, le r&#233;cit navrant d'un proc&#232;s pour agression transphobe &#224; Paris et deux essais violents et tendus d&#233;veloppant la pens&#233;e de Mario Mieli depuis des points de vue convergeants mais distincts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;H&#233;ritages, donc, mais aussi d&#233;bats : les r&#233;f&#233;rences que fournit &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt; sont autant d'invitations &#224; penser et &#224; objecter. Dont acte. Au sujet de Renaud Camus, par exemple, on peut regretter que tout un imaginaire viriliste et patriarcal, qui parcourt &#224; la fois l'histoire de la pens&#233;e et de l'esth&#233;tique gay et r&#233;actionnaire, ne soit pas convoqu&#233; : qu'il se fantasme en m&#226;le blanc bodybuild&#233; ou en esth&#232;te fran&#231;ais de souche, Camus ne d&#233;sire que ce qui (croit-il) lui ressemble. On peut aussi rester sur sa faim &#224; propos de Mieli, au sujet duquel on aurait aim&#233; voir davantage d&#233;velopp&#233;es les critiques que lui adressait le penseur marxiste Jacques Camatte quand celui-ci lui &#233;crivait : &#171; &lt;i&gt;Pour moi, la question essentielle ce n'est pas la sexualit&#233; mais l'amour.&lt;/i&gt; &#187; Ces points de frottement sont pr&#233;cis&#233;ment le signe que quelque chose a lieu. Avec &lt;i&gt;Trou noir&lt;/i&gt;, le cul fait son retour dans la pens&#233;e r&#233;volutionnaire. Aussi urgent que n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;div class='spip_document_4604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/illufinacementtn1_3-bb6c51e177634691ae80213b9132df66_sb1143x450_bb1x1x900x450.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH249/illufinacementtn1_3-bb6c51e177634691ae80213b9132df66_sb1143x450_bb1x1x900x450-ea8e9.jpg?1768825567' width='500' height='249' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lisible sur &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://trounoir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;trounoir.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une s&#233;lection de ses articles de presse est paru en 2017 chez Verticales sous le titre un &lt;i&gt;journal de r&#234;ve&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un recueil de ses textes, &lt;i&gt;La Gaie critique &#8211; Politique de la lib&#233;ration sexuelle&lt;/i&gt;, sortira fin ao&#251;t aux &#233;ditions La Temp&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Argot queer d&#233;signant les attitudes suppos&#233;es exprimer une certaine sensibilit&#233; gay, faite d'outrance et d'autod&#233;rision.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cheval a sign&#233; d&#233;but 2021 une tribune remarqu&#233;e, &#224; juste titre, sur les partouzes gay sous drogues en temps de Covid. Lire &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Derniere-lecon-sur-le-confinement&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Derni&#232;re le&#231;on sur le confinement &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Lundi matin &lt;/i&gt;(04/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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