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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Une vie sociale un peu terne &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Neuvi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. Apr&#232;s plusieurs mois de report, Claudie a &#233;t&#233; hospitalis&#233;e. Cette dame est condamn&#233;e au lit depuis plus de deux ans par un staphylocoque dor&#233; qui lui ronge la jambe droite . Le m&#233;decin, les infirmi&#232;res, les aide-soignantes, tout le monde l'a encourag&#233;e &#224; accepter l'amputation (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Neuvi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4348 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH356/1500refuserehpad_resultat-2-2-0095b-2cf8f-a4973.jpg?1769345783' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s plusieurs mois de report, Claudie a &#233;t&#233; hospitalis&#233;e. Cette dame est condamn&#233;e au lit depuis plus de deux ans par un staphylocoque dor&#233; qui lui ronge la jambe droite&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le troisi&#232;me &#233;pisode de cette chronique, &#171; Bonjour Claudie, vous aimez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le m&#233;decin, les infirmi&#232;res, les aide-soignantes, tout le monde l'a encourag&#233;e &#224; accepter l'amputation avant qu'il ne soit trop tard. Elle devrait y gagner une certaine autonomie, avec la promesse d'un fauteuil &#233;lectrique &#224; son retour. Mais Claudie ne voulait pas, d'autant plus que son staphylo, elle l'a attrap&#233; &#224; l'h&#244;pital. Elle a demand&#233; l'avis de plusieurs m&#233;decins qui ont tous confirm&#233; la n&#233;cessit&#233; absolue de cette op&#233;ration. Elle a aussi consult&#233; des voyantes en ligne, dont une Gitane aux Saintes-Maries-de-la-Mer. &#171; &lt;i&gt;Les Gitanes, c'est les meilleures ! &lt;/i&gt;m'avait-elle confi&#233;. &lt;i&gt;Et celle-l&#224;, elle n'est pas plus ch&#232;re que les autres : 12 &#8364; les dix minutes. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Claudie est notre r&#233;sidente la plus connect&#233;e. C'est aussi une des plus jeunes : elle n'a pas 65 ans. Que fait Claudie ici ? Et Bernard ? Celui-ci a la maladie de Parkinson et il est en d&#233;pression, certes, mais il n'est gu&#232;re plus &#226;g&#233; que Claudie. Bien souvent, les centres sp&#233;cialis&#233;s se d&#233;lestent de leurs patients &#226;g&#233;s de plus de 60 ans vers les Ehpad, o&#249; la prise en charge n'est &#233;videmment pas aussi bonne et l'environnement pas franchement stimulant. Claudie et Bernard n'ont pas ou plus de famille, ils sont sous tutelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille de son d&#233;part pour l'h&#244;pital, Claudie m'a demand&#233; si je l'appellerais. J'ai voulu &#234;tre honn&#234;te, je lui ai dit que non et lui ai expliqu&#233; pourquoi : nous sommes bien oblig&#233;s de mettre une barri&#232;re entre Ehpad et vie priv&#233;e, sinon &#231;a devient compliqu&#233; &#224; g&#233;rer. &#171; &lt;i&gt;Mais je prendrai de tes nouvelles. &#187;&lt;/i&gt; Elle a lev&#233; les yeux au ciel, l'air de dire : &#171; &lt;i&gt;Tu parles ! &#187;&lt;/i&gt; Aujourd'hui j'apprends qu'elle est en r&#233;animation. Elle est dans le coma et ses chances de s'en sortir sont bien minces. Une grosse bouff&#233;e de mauvaise conscience me submerge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apr&#232;s-midi, nous avons la premi&#232;re r&#233;union du p&#244;le &#171; social et animation&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; que la direction est en train de mettre en place. Il s'agit d'inclure dans les plannings des sorties hors les murs, simples promenades en ville ou visites de mus&#233;es ; des repas dans le jardin, des temps de jeux. C'est une excellente nouvelle et je suis ravi de faire partie de cette &#233;quipe. &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e c'est de privil&#233;gier les personnes qui ont, disons&#8230; une vie sociale un peu terne &#187;&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Luc, l'animateur. L'euph&#233;misme fait sourire dans l'assembl&#233;e. La liste des personnes prioritaires est dress&#233;e : il y a du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les sorties, le CCAS&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Centre communal d'action sociale.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; dispose de deux minibus, un douze places et un six places, &#224; se partager entre les Ehpad, r&#233;sidences autonomie et centres d'h&#233;bergement temporaire de l'agglom&#233;ration. Dix-sept &#233;tablissements au total. C'est maigre, mais on devrait arriver &#224; r&#233;server un v&#233;hicule une fois par mois. Dans le six places, on case trois personnes en fauteuil et trois accompagnants. Temps de &#171; chargement &#187; / &#171; d&#233;chargement&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; : une bonne demi-heure. Le douze places, quant &#224; lui, est r&#233;serv&#233; aux personnes compl&#232;tement autonomes, on ne peut m&#234;me pas y caser un d&#233;ambulateur. &#199;a limite. Des sorties &#171; &#224; pied &#187; sont planifi&#233;es &#8211; jardin des plantes, mus&#233;e &#8211; mais pour un nombre restreint de personnes, toutes en fauteuil, sinon on risque bien de ne pas d&#233;passer l'enceinte du parc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui limite aussi, c'est le budget de ce tout nouveau p&#244;le social : z&#233;ro ! Toutes les id&#233;es sont bonnes &#224; prendre, pourvu que ce soit gratuit. Une tombola, un concert pour r&#233;colter un peu de sous et &#233;largir le champ des possibles ? C'est exclu, nous n'avons pas le droit de g&#233;rer de l'argent en dehors des lignes budg&#233;taires pr&#233;vues. Conclusion : pour rendre moins terne la vie en Ehpad, notamment pour nos jeunes vieux, il reste du boulot&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Denis L.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-dansait-a-en-mourir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-t-aime-comme-un-frere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je t'aime comme un fr&#232;re ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-va-Denis-tranquille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va Denis, tranquille ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;8&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Elle-a-pas-fini-de-vous-emmerder' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Elle a pas fini de vous emmerder, celle-l&#224; ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le troisi&#232;me &#233;pisode de cette chronique, &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Bonjour Claudie, vous aimez le rap ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 194 (janvier 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Centre communal d'action sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un seul little grain de sable, mec</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chien Noir</dc:creator>


		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
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		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>chien noir</dc:subject>
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		<dc:subject>Proph&#232;te</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une nouvelle de notre camarade Chien Noir, publi&#233;e dans notre num&#233;ro d'&#233;t&#233; (200). O&#249; il est question de fraisiers, de b&#234;tes immondes et de grains de sable humains enrayant la brune m&#233;canique. &#171; La nuit n'est peut-&#234;tre que la paupi&#232;re du jour. &#187; (Omar Khayy&#257;m) *** Proph&#232;te de malheur port&#233; sur l'angoisse, j'ai longtemps &#233;t&#233; r&#233;solument pessimiste, ne croyant pas du tout &#224; la possibilit&#233; d'infl&#233;chir la trajectoire de notre civilisation malade. L'horizon selon ma pomme ? Terre br&#251;l&#233;e, aux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chien-noir-1688" rel="tag"&gt;chien noir&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/resolument-pessimiste" rel="tag"&gt;r&#233;solument pessimiste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/civilisation-malade" rel="tag"&gt;civilisation malade&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nuit-n-est" rel="tag"&gt;nuit n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est-peut-etre" rel="tag"&gt;n'est peut-&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/malheur-porte" rel="tag"&gt;malheur port&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Prophete" rel="tag"&gt;Proph&#232;te&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une nouvelle de notre camarade Chien Noir, publi&#233;e dans notre num&#233;ro d'&#233;t&#233; (200). O&#249; il est question de fraisiers, de b&#234;tes immondes et de grains de sable humains enrayant la brune m&#233;canique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4057 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/chiennoir_resultat_600pixels.jpg' width='500' height='610' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; La nuit n'est peut-&#234;tre que la paupi&#232;re du jour.&lt;/i&gt; &#187; (Omar Khayy&#257;m)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;roph&#232;te de malheur port&#233; sur l'angoisse, j'ai longtemps &#233;t&#233; r&#233;solument pessimiste, ne croyant pas du tout &#224; la possibilit&#233; d'infl&#233;chir la trajectoire de notre civilisation malade. L'horizon selon ma pomme ? Terre br&#251;l&#233;e, aux mains de fous dingues illumin&#233;s et de tar&#233;s aux passions tristes. Je m'entends encore r&#233;sumer ma pens&#233;e &#224; l'ami Adnan entre deux lignes de fraises, dans mon mauvais franglais d&#233;pressif : &#171; &lt;i&gt;We're fucked up, mec, totally fucked up.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et si j'ai mis du vin dans mon eau croupie, je le dois en grande partie &#224; ce camarade de r&#233;colte, crois&#233; &#224; l'occasion d'un taf agricole printanier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au moment de notre rencontre, Adnan vivait en France depuis neuf mois. Frais d&#233;barqu&#233; de sa Malaisie natale &#224; 21 ans, il affichait une bouille juv&#233;nile d'Indien des plaines mais oscillait entre na&#239;vet&#233; de l'&#226;ge encore tendre et cette exp&#233;rience du d&#233;racinement qui fait tant grandir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fuyant sa petite entreprise familiale de beignets de poisson et Kuala Lumpur qu'il avait atterri au d&#233;bott&#233; dans le Limousin profond, guid&#233; par une belle histoire de c&#339;ur. Il ne connaissait du pays que ce petit coin paum&#233; et vert, qu'il sillonnait au volant d'une 4L d&#233;glingu&#233;e, en qu&#234;te de savoirs agricoles ne ruinant pas la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour lui c'&#233;tait &#231;a, la France : des petits bleds tranquilles, des agriculteurs branch&#233;s permaculture et les &#233;tals apais&#233;s du march&#233; paysan de Limoges. Un autre monde. Comme si le versant FNSEA du monde rural n'existait pas, enterr&#233; par la Conf' et une arm&#233;e de moustaches bio. Quant &#224; la ville et ses furies : &lt;i&gt;K&#233;saco&lt;/i&gt; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimais bien bosser avec Adnan. On se branchait sur Swing FM, passion Louis Armstrong, et on alternait longues discussions et r&#233;colte silencieuse de ces fraises qui en fin de journ&#233;e nous horripilaient fatalement &#8211; &lt;i&gt;gariguettes go fuck yourself&lt;/i&gt;. S'il parlait peu, il me relan&#231;ait beaucoup : mont&#233;e du fascisme, complotisme sauce QAnon, instagrammisation du monde, quel que soit le sujet il m'&#233;coutait &lt;i&gt;religieusement&lt;/i&gt;. &#192; tel point que je me sentais presque intelligent par moments, c'te blague.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais faut pas croire, si Adnan ne connaissait pas grand-chose &#224; mes lubies, de l'anarchie aux B&#233;rus en passant par le c&#244;tes-du-rh&#244;ne, il avait l'esprit aiguis&#233; et fonci&#232;rement politique. Simplement, il d&#233;roulait sa propre vision du monde, forg&#233;e en autodidacte, loin des chapelles et des br&#233;viaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Adnan avait beau se targuer d'optimisme, il lui arrivait parfois de c&#233;der &#224; des acc&#232;s de m&#233;lancolie. Il suffisait pour &#231;a qu'au troquet, on se pose pas loin d'une t&#233;l&#233; diffusant les infos en continu ou des pubs criardes. &#171; &lt;i&gt;This world is running crazy, man, but not the good crazy&lt;/i&gt; &#187;, qu'il m'avait diagnostiqu&#233; un jour o&#249; l'on buvait un coup, accoud&#233;s au comptoir apr&#232;s une journ&#233;e de boulot. Et moi j'avais opin&#233;, me disant que finalement, il &#233;tait politiquement aussi d&#233;sesp&#233;r&#233; que moi. En &#231;a, je me trompais largement. Oui, son diagnostic &#233;tait sans appel. Mais lui n'avait pas l&#226;ch&#233; l'affaire. Ce qu'Adnan avait formul&#233; ainsi, un jour o&#249; je lui confiais mon sentiment d'impuissance face &#224; la mont&#233;e brune : &#171; &lt;i&gt;There's always quelque chose we can do, mon ami.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout sauf des paroles en l'air.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, on a pris des chemins diff&#233;rents, sans pour autant perdre le contact. Adnan est rest&#233; dans le Limousin et moi je me suis install&#233; &#224; Marseille o&#249; un canard rebelle me proposait un boulot de grouillot sous-pay&#233;. La Conf', la permaculture, les fraises, les chevreuils au r&#233;veil, c'&#233;tait soudain tr&#232;s loin. Surtout que la situation politique partait en vrille et qu'on avait du pain sur la planche niveau manifs et cuites d&#233;sesp&#233;r&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, &#231;a d&#233;g&#233;n&#233;rait salement : extr&#234;me droite au pouvoir, r&#233;pression tous azimuts, attentats de style Loge P2 pour attiser la haine des musulmans, guerre civile and co. L'enfer sauce brune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'islamophobie n'avait d&#233;sormais plus de limites. Il &#233;tait non seulement fort d&#233;conseill&#233; de porter un voile ou une barbe fournie, mais &#233;galement de revendiquer sa foi musulmane. M&#234;me raser les murs n'&#233;tait pas une solution, tant les patrouilles des Milices citoyennes de souche (MCS) se montraient enthousiastes dans leur traque des &#171; terroristes &#187; &#8211; comprendre : toute personne non-blanche ne baissant pas la t&#234;te, ainsi que ceux et celles tentant de les d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, Adnan bouillonnait, m'&#233;crivait-il. Plus la bile brune se g&#233;n&#233;ralisait, plus il &#233;tait d&#233;termin&#233; &#224; faire quelque chose. Lui qui se proclamait musulman soufi de type &#171; spiritualo-pacifiste &#187; et n'aurait pas fait de mal &#224; une mouche de souche avait m&#234;me d&#233;cid&#233; d'entrer en r&#233;sistance. &#192; sa fa&#231;on.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je crois &#224; la theory of the &#8220;grain de sable&#8221;, comme vous dites&lt;/i&gt; &#187;, m'avait-il expliqu&#233; &#224; l'&#233;poque de nos aventures fraisi&#232;res, un matin o&#249;, entre lignes de deux Marats des bois, je lui exposais mes doutes quant &#224; la possibilit&#233; d'un rebond, m&#234;me infime. &#171; &lt;i&gt;Il suffit d'un seul petit broken thing pour que la machine s'arr&#234;te, mec.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ce faire, il avait donc d&#233;cid&#233; de lancer une campagne de propagande antifasciste, &#224; son image, po&#233;tique et artisanale. Le principe : arm&#233; d'un seau de peinture verte et d'un pinceau, il recouvrait les murs des villes du coin d'inscriptions emprunt&#233;es &#224; des po&#232;tes et penseurs arabes &#8211; souvent musulmans &#8211; qui lui tenaient &#224; c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la fa&#231;ade d'un restaurant des environs tenu par le chef de la milice locale, cet &lt;i&gt;affront&lt;/i&gt; sign&#233; du Palestinien Mahmoud Darwich : &#171; &lt;i&gt;Vous, qui tenez sur les seuils, entrez&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Et prenez avec nous le caf&#233; arabe&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Vous pourriez vous sentir des humains, comme nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la devanture du Flunch de Limoges, le premier de la cha&#238;ne &#224; avoir opt&#233; pour une politique &#171; &lt;i&gt;porc obligatoire &#224; tous les repas&lt;/i&gt; &#187;, cette petite pique fort avis&#233;e du Persan Omar Khayy&#257;m : &#171; &lt;i&gt;Avant notre venue, rien ne manquait au monde. Apr&#232;s notre d&#233;part, rien ne lui manquera.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ainsi de suite, quelques mots barbouill&#233;s &#224; la face de notre inertie, d&#233;fiant le silence coupable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il &#233;tait malin et habile, Adnan, &#233;chappant aux cam&#233;ras et aux patrouilles d'autoproclam&#233;s citoyens &#171; vigilants &#187;, offusqu&#233;s par de tels actes relevant d&#233;sormais du &#171; &lt;i&gt;terrorisme par insinuation&lt;/i&gt; &#187; (loi Lejeune du 23/09/24). Et dans la populace du coin comme dans les m&#233;dias, la col&#232;re montait : allait-on laisser une telle campagne de vandalisme semer le grain de la discorde communautaire aupr&#232;s de la jeunesse limousine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas question, nom d'un chien brun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immonde d&#233;nouement a montr&#233; son groin le 15 juillet, vers cinq heures du matin. Cette nuit-l&#224;, Adnan avait d&#233;cid&#233; de frapper un grand coup, ciblant la pr&#233;fecture de Limoges. Il savait qu'il y avait des cam&#233;ras de surveillance et qu'il faudrait se masquer tout en op&#233;rant fissa. Mais il n'avait pas compt&#233; sur cette bande de miliciens encore bourr&#233;s de leur 14 juillet et d&#233;bouchant au moment m&#234;me o&#249; Adnan finissait de tracer une citation de Mohammed Ali : &#171; &lt;i&gt;Qui n'a pas d'imagination n'a pas d'ailes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mauvaise rencontre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S&#251;rs de leur bon droit, les ap&#244;tres de la ratonnade film&#232;rent toute la sc&#232;ne. Les injures. Les gifles. Les crachats. Le tabassage forcen&#233;. Puis, Adnan parvenant &#224; fuir, quelques foul&#233;es &#224; peine, et s'&#233;croulant sous les tirs de Famas d'une patrouille de Vigie nation rappliqu&#233;e fissa.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un terroriste neutralis&#233;, se f&#233;licit&#232;rent les hy&#232;nes au pouvoir et leurs partisans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La routine. Et les cha&#238;nes d'info d'op&#233;rer servilement le service apr&#232;s-vente, louant la vigilance s&#233;curitaire des gouvernants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, il y eut chez certains d'entre nous une forme de fr&#233;missement, de r&#233;action face aux abominables images multidiffus&#233;es. Un d&#233;clic. Comme un bruit de fond disant que ce n'&#233;tait plus tol&#233;rable, qu'on ne pouvait pas mourir &#224; 20 ans pour un tag, que c'&#233;tait la goutte d'eau faisant d&#233;border la vase.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou plut&#244;t : &lt;i&gt;le grain de sable, mec&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinq ans plus tard, c'est toute une plage de grains qui s'inviterait dans les bottes du r&#233;gime honni. Et qui finirait par provoquer la chute de la clique brune et l'av&#232;nement timide d'horizons moins vici&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre temps, il y aurait eu beaucoup de drames, de meurtres, de larmes. Mais aussi : de pleins oc&#233;ans de courage et de d&#233;termination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela, cette &#233;tincelle enflammant les possibles, ce soubassement de l'imaginaire agissant soulevant le pr&#233;sent aplati &#224; la mani&#232;re d'un cric salvateur, c'est &#224; feu Adnan qu'on la devrait, puis &#224; tous ceux et toutes celles qui s'engouffr&#232;rent dans ses traces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; moi, je dois avouer qu'il m'arrive d&#233;sormais de regarder l'avenir avec un soup&#231;on d'optimisme. Et que c'est enti&#232;rement sa faute si parfois le Chien Noir se teinte d'un brin de lumi&#232;re et rappelle qu'apr&#232;s tout, un grain de sable, c'est toujours possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire qu'il y a des moments o&#249; &#231;a urge,&lt;i&gt; my friend&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Chien Noir&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; &lt;i&gt;On peut lire les autres nouvelles de Chien Noir &lt;a href=&#034;https://chien-noir.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt;. &lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La France et les le&#231;ons du Rwanda</title>
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		<dc:creator>Beno&#238;t Godin</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le 27 mai dernier, dans un discours tr&#232;s m&#233;diatis&#233; prononc&#233; &#224; Kigali, un pr&#233;sident de la R&#233;publique reconnaissait enfin une &#171; responsabilit&#233; accablante &#187; de la France dans le g&#233;nocide des Tutsis en 1994. Emmanuel Macron faisait alors sienne la formule du rapport Duclert, rendu public deux mois plus t&#244;t. Dans le m&#234;me temps pourtant, il refusait de pr&#233;senter des excuses et rejetait l'id&#233;e d'une complicit&#233; fran&#231;aise. Pour les rescap&#233;s, pour tous ceux et celles qui ont combattu pour mettre en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alexis-Huguet-274" rel="tag"&gt;Alexis Huguet&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Martin-David" rel="tag"&gt;Martin David&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Duclert" rel="tag"&gt;Duclert&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 27 mai dernier, dans un discours tr&#232;s m&#233;diatis&#233; prononc&#233; &#224; Kigali, un pr&#233;sident de la R&#233;publique reconnaissait enfin une &#171; &lt;i&gt;responsabilit&#233; accablante&lt;/i&gt; &#187; de la France dans le g&#233;nocide des Tutsis en 1994. Emmanuel Macron faisait alors sienne la formule du rapport Duclert, rendu public deux mois plus t&#244;t. Dans le m&#234;me temps pourtant, il refusait de pr&#233;senter des excuses et rejetait l'id&#233;e d'une complicit&#233; fran&#231;aise. Pour les rescap&#233;s, pour tous ceux et celles qui ont combattu pour mettre en lumi&#232;re le r&#244;le de l'&#201;tat fran&#231;ais dans cette trag&#233;die, ces mots, si tardifs, apparaissent tout &#224; la fois essentiels et insuffisants. Surtout, ils doivent maintenant se traduire en actes, particuli&#232;rement sur le terrain judiciaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3679 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;332&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1815.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1815-db332.jpg?1768675651' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Kabuga, Rwanda, avril 2019. Derri&#232;re la palissade se trouvait un charnier. Un an plus t&#244;t, les confidences d'un g&#233;nocidaire avaient permis la d&#233;couverte de nombreuses fosses communes dans cette ville ordinaire de la p&#233;riph&#233;rie de Kigali. D'apr&#232;s les associations de rescap&#233;s, pr&#232;s de 40 000 corps y gisaient.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo d'Alexis Huguet
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Nous &#233;tions parvenus &#224; nous &#233;chapper en passant par le Burundi. Une autre partie de ma famille a pris un autre chemin, tous se sont fait tuer. J'ai pu rejoindre la r&#233;gion de Bordeaux o&#249; vivait d&#233;j&#224; ma s&#339;ur. Tout de suite, j'ai compris que j'arrivais dans un pays qui &#233;tait de l'autre c&#244;t&#233;. &#192; la t&#233;l&#233;vision, on ne parlait pas de g&#233;nocide, mais de conflits interethniques ou tribaux. Il y avait une volont&#233; &#233;vidente que &#231;a reste une violence de l&#224;-bas.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ad&#233;la&#239;de Mukantabana, une &#171; &lt;i&gt;survivante&lt;/i&gt; &#187; comme elle se pr&#233;sente, l'admet : lorsqu'elle atterrit en France peu apr&#232;s avoir fui les massacres, elle ne mesure pas encore &#224; quel point sa terre d'accueil est en effet &#171; &lt;i&gt;un pays de l'autre c&#244;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Bien s&#251;r, depuis l'op&#233;ration Noro&#238;t&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op&#233;ration militaire fran&#231;aise (1990-1993) qui, sous couvert de protection et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, elle sait que l'&#201;tat fran&#231;ais appuie avec force le r&#233;gime raciste du dictateur Juv&#233;nal Habyarimana. Mais elle n'apprendra que bien plus tard la profondeur de ce soutien aux extr&#233;mistes hutus qui a dur&#233; tout au long du g&#233;nocide, et se poursuivra m&#234;me longtemps apr&#232;s&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; (re)lire dans CQFD : &#171; La France au Rwanda, 25 ans d'impunit&#233; &#187; (n&#176; 177, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Cette r&#233;alit&#233; atroce et stup&#233;fiante, d&#233;j&#224; connue &#224; l'&#233;poque des faits, archidocument&#233;e depuis, sue du monde entier, la France va s'acharner &#224; la dissimuler pendant plus de vingt-cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dire l'&#233;v&#233;nement qu'a repr&#233;sent&#233; la publication ce 26 mars du rapport de la commission pr&#233;sid&#233;e par l'historien Vincent Duclert et charg&#233;e par l'&#201;lys&#233;e &#171; &lt;i&gt;d'analyser le r&#244;le de la France durant cette p&#233;riode&lt;/i&gt; &#187;. De nombreuses interrogations entouraient cette commission, mise en place par un Macron que l'on sait adepte des coups marketing, h&#233;berg&#233;e au minist&#232;re des Arm&#233;es, bouscul&#233;e par des pol&#233;miques autour de sa composition, amen&#233;e &#224; ne travailler qu'&#224; partir d'archives&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Surtout que ce ne furent pas, comme annonc&#233;, &#171; toutes les archives (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&#8230; De quoi faire craindre une nouvelle tentative d'absoudre la France de ses fautes et de prolonger encore un n&#233;gationnisme d'&#201;tat. Elle aura finalement permis d'ouvrir une &#171; &lt;i&gt;br&#232;che dans le d&#233;ni fran&#231;ais&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Formule emprunt&#233;e &#224; l'historien St&#233;phane Audoin-Rouzeau.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;. Membre de l'association Survie&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sp&#233;cialis&#233;e dans la d&#233;nonciation du syst&#232;me &#171; Fran&#231;afrique &#187;.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, l'une des premi&#232;res organisations &#224; avoir d&#233;nonc&#233; d&#232;s 1994 le r&#244;le de la France dans le g&#233;nocide des Tutsis&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et m&#234;me bien avant : en janvier 1993, Jean Carbonare, pr&#233;sident de Survie &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, Martin David admet &#171; &lt;i&gt;une &#233;norme avanc&#233;e, permettant &#224; cette v&#233;rit&#233; de devenir audible, notamment aupr&#232;s du grand public. Pendant vingt-sept ans, on nous a trait&#233;s d'extr&#233;mistes ou de falsificateurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une complicit&#233; inassumable&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'op&#233;ration restait cependant &#224; haut risque et il ne fait aucun doute que les conclusions du rapport Duclert ont &#233;t&#233; encadr&#233;es et valid&#233;es au sommet de l'&#201;tat. Avec cette probl&#233;matique : comment avouer tout en essayant de limiter les dommages collat&#233;raux ? &#171; &lt;i&gt;La sortie du rapport s'est accompagn&#233;e d'une com' bien huil&#233;e qui a martel&#233; deux id&#233;es principales : responsabilit&#233; de la France, mais absence de complicit&#233;. La commission le justifie par le fait qu'elle n'a pas trouv&#233; trace d'une intention g&#233;nocidaire chez les responsables fran&#231;ais. Mais si les Fran&#231;ais avaient eu une intention g&#233;nocidaire, ils n'auraient pas &#233;t&#233; des complices, ils auraient &#233;t&#233; eux-m&#234;mes des g&#233;nocidaires ! Pour nous, &lt;/i&gt;insiste Martin David, &lt;i&gt;cet argument ne r&#233;siste pas, pas plus qu'il ne r&#233;siste &#224; la jurisprudence Papon&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Maurice Papon a &#233;t&#233; condamn&#233; en 1998 pour &#171; complicit&#233; de crimes contre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ad&#233;la&#239;de Mukantabana, elle, d&#233;plore surtout que le rapport Duclert ne nomme pas les personnes derri&#232;re cette complicit&#233; : &#171; &lt;i&gt;S'il y a responsabilit&#233;, c'est qu'il y a des responsables. On a tout mis sur le dos de celui qui n'est plus l&#224; &lt;/i&gt;[Fran&#231;ois Mitterrand]&lt;i&gt;. C'est &#233;vident qu'il a beaucoup &#224; se reprocher, c'&#233;tait lui le pr&#233;sident de la R&#233;publique, mais un pr&#233;sident n'agit pas seul : de nombreuses personnes qui ont &#233;t&#233; impliqu&#233;es sont encore vivantes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Martin David confirme : &#171; &lt;i&gt;Le rapport &#233;vite soigneusement de creuser des aspects qui pourraient incriminer des responsables fran&#231;ais. Et bien des aspects tr&#232;s incriminants pour la France en g&#233;n&#233;ral.&lt;/i&gt; &#187; Et d'&#233;num&#233;rer une longue liste de manques malgr&#233; les quelque 1 200 pages du texte final : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a rien sur les livraisons d'armes que la France a poursuivies m&#234;me pendant le g&#233;nocide, alors qu'un embargo avait &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233; par l'ONU. Rien non plus sur la &#8220;strat&#233;gie indirecte&#8221;, le r&#244;le de mercenaires fran&#231;ais comme Paul Barril ou Bob Denard. Le rapport Duclert &#233;vacue en un paragraphe le fait que l'op&#233;ration Turquoise avait pour but premier de ralentir l'avanc&#233;e du Front patriotique rwandais (FPR) face aux Forces arm&#233;es rwandaises (FAR), alli&#233;es des Fran&#231;ais. Alors que c'est le FPR qui met fin aux massacres des Tutsis&#8230; Rien non plus sur la fuite des g&#233;nocidaires, couverte par la France qui les a laiss&#233;s s'installer au Za&#239;re voisin o&#249; ils ont pu aller reconstituer leurs forces en vue de la reconqu&#234;te.&lt;/i&gt; &#187; Ou comment &#233;viter de trop nourrir l'id&#233;e d'une complicit&#233; fran&#231;aise...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'art de ne pas s'excuser&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Paris, le rapport Duclert servait d'abord &#224; pr&#233;parer le terrain &#224; Emmanuel Macron avant sa visite officielle au Rwanda et son discours au M&#233;morial du g&#233;nocide &#224; Kigali. Sans surprise, lui aussi a rejet&#233; l'accusation d'une complicit&#233; fran&#231;aise, ce qui fait bondir Martin David : &#171; &lt;i&gt;Macron raconte l'horreur des tueries pour tout de suite pr&#233;ciser que le sang coul&#233; n'a pas d&#233;shonor&#233; les armes et les mains de nos soldats&#8230; L&#224; o&#249; le rapport Duclert &#233;cartait la complicit&#233; par absence d'intention, Macron le fait par absence de commission, c'est d'un cynisme absolu ! Tout le monde sait pertinemment que ce ne sont pas les Fran&#231;ais qui ont perp&#233;tr&#233; les massacres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, on attendait des excuses officielles de la France par la bouche de son pr&#233;sident. Macron s'y est refus&#233;, pr&#233;f&#233;rant une formule alambiqu&#233;e sur &#171; &lt;i&gt;le don de [...] pardonner&lt;/i&gt; &#187; qui appartiendrait aux victimes&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Seuls ceux qui ont travers&#233; la nuit peuvent peut-&#234;tre pardonner, nous (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Pour Martin David, &#171; &lt;i&gt;reconna&#238;tre ainsi une responsabilit&#233; accablante et en m&#234;me temps ne pr&#233;senter aucune excuse, c'est une position odieuse. Le discours de Macron s'adressait pour beaucoup aux Fran&#231;ais et on sent le jeu d'&#233;quilibriste auquel il se pr&#234;te pour &#233;viter d'appara&#238;tre trop repentant, au risque de s'attirer les foudres de la droite.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si des associations de rescap&#233;s ont elles aussi d&#233;plor&#233; cette absence d'excuses, Ad&#233;la&#239;de Mukantabana dit ne pas en &#234;tre choqu&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Je suis d'accord avec Macron lorsqu'il dit qu'un g&#233;nocide ne s'excuse pas&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est en ces termes que Macron a justifi&#233; ses non-excuses dans la conf&#233;rence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. De toute fa&#231;on, il faudra beaucoup plus qu'un discours pour que l'on pardonne. Si on nous demande de pardonner, il faut d'abord nous donner la force de le faire. Cela passe par des actes. En faveur de la m&#233;moire, en faveur de la justice.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Apathie judiciaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Illustration saisissante du d&#233;ni de l'&#201;tat fran&#231;ais, la justice pr&#233;cis&#233;ment est &#224; ce jour au point mort, ou presque. On estime qu'une centaine de g&#233;nocidaires vivent actuellement dans l'Hexagone. Gr&#226;ce en particulier au patient travail du Collectif des parties civiles pour le Rwanda (CPCR), trente-deux plaintes ont pu &#234;tre d&#233;pos&#233;es &#224; ce jour. Seulement trois ont d&#233;bouch&#233; sur un jugement. &#171; &lt;i&gt;Cela va &#224; une lenteur dramatique, &lt;/i&gt;s'indigne Martin David. &lt;i&gt;Justice n'est toujours pas rendue alors que les victimes comme les accus&#233;s vieillissent. Macron a fait des annonces, attendons de voir, mais jusqu'&#224; pr&#233;sent, ils ont tout fait pour que &#231;a aille le moins vite possible : le p&#244;le &#8220;Crimes contre l'humanit&#233;&#8221; du tribunal de Paris est sous-dot&#233;, la justice a refus&#233; d'auditionner des personnages cl&#233;s dans plusieurs affaires visant des responsables fran&#231;ais&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Symbole de cette criante apathie judiciaire, Agathe Habyarimana, la veuve de l'ancien pr&#233;sident rwandais, soup&#231;onn&#233;e d'avoir &#233;t&#233; une des t&#234;tes pensantes du&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Hutu Power, coule des jours plut&#244;t paisibles en France depuis 1998. Sans statut l&#233;gal, sa demande d'asile refus&#233;e &#224; plusieurs reprises, la septuag&#233;naire n'a pourtant jamais &#233;t&#233; ni expuls&#233;e ni extrad&#233;e vers le Rwanda qui la r&#233;clamait. Pas plus qu'elle n'a &#233;t&#233; jug&#233;e, ni m&#234;me mise en examen, comme le permettrait la loi fran&#231;aise&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La comp&#233;tence universelle permet, en droit fran&#231;ais, de juger, entre autres, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Le CPCR a pourtant d&#233;pos&#233; une plainte contre elle pour &#171; complicit&#233; de g&#233;nocide et de crimes contre l'humanit&#233; &#187; il y a maintenant quatorze ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre volet judiciaire, c'est la qu&#234;te de responsables fran&#231;ais. &#171; &lt;i&gt;Nous avons avec Survie d&#233;pos&#233; cinq plaintes contre des responsables civils et militaires fran&#231;ais,&lt;/i&gt; explique Martin. &lt;i&gt;Des plaintes contre des personnes physiques, au p&#233;nal, ou contre X &#8211; car on ne peut pas porter plainte contre l'arm&#233;e dans ce pays. Aucune n'a abouti pour l'heure.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons l&#224; aussi un cas embl&#233;matique : l'affaire Bisesero, du nom d'une cha&#238;ne de collines dans l'ouest du Rwanda o&#249; furent assassin&#233;s plusieurs dizaines de milliers de Tutsis. Le 27 juin 1994, les rescap&#233;s crurent &#234;tre sauv&#233;s quand l'arm&#233;e fran&#231;aise arriva sur les lieux. Malgr&#233; leurs supplications, cette derni&#232;re les abandonna sur place, &#224; la merci des sinistres milices hutues Interahamwe. Quand un groupe de militaires, enfreignant les ordres, revint enfin trois jours plus tard, pr&#232;s d'un millier de Tutsis suppl&#233;mentaires avaient &#233;t&#233; massacr&#233;s. Une plainte contre X a &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e en 2004. D&#233;but mai, le parquet de Paris a requis un non-lieu g&#233;n&#233;ral. Survie ne baisse toutefois pas les bras : l'association a fait une demande d'actes compl&#233;mentaires, esp&#233;rant porter au dossier des archives r&#233;v&#233;l&#233;es par la commission Duclert et ainsi relancer la proc&#233;dure.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La dignit&#233; des Rwandais&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il faut tenir compte de la dignit&#233; des Rwandais,&lt;/i&gt; nous dit Ad&#233;la&#239;de Mukantabana.&lt;i&gt; Si le Rwanda ne s'&#233;tait pas tenu debout et n'avait pas demand&#233; des comptes &#224; la France durant toutes ces ann&#233;es, jamais Macron n'aurait fait tout &#231;a. Pas plus qu'il ne l'aurait fait si le Rwanda ne s'&#233;tait pas relev&#233;, s'il ne s'&#233;tait pas impos&#233; sur la sc&#232;ne africaine.&lt;/i&gt; &#187; Stable, s&#251;r, r&#233;guli&#232;rement cit&#233; en exemple (en d&#233;pit des d&#233;rives autoritaristes de ses dirigeants), le Rwanda est certes un petit pays, mais il est en effet devenu un acteur incontournable de la r&#233;gion. Ainsi qu'une vraie force &#233;conomique, affichant un taux de croissance impressionnant. On notera d'ailleurs qu'une dizaine de chefs d'entreprise accompagnait la d&#233;l&#233;gation pr&#233;sidentielle &#224; Kigali.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Maintenant que la s&#233;quence est termin&#233;e,&lt;/i&gt; analyse Martin David&lt;i&gt;, on voit bien quel en &#233;tait l'objectif : renouer des relations diplomatiques mais aussi &#233;conomiques entre les deux pays. Les entreprises hexagonales vont pouvoir refaire des affaires l&#224;-bas, la France y retrouver une assise. C'est terrible, mais les raisons qui motivent aujourd'hui Macron dans son rapprochement avec le Rwanda de Paul Kagame sont les m&#234;mes que celles qui ont pouss&#233; Mitterrand &#224; l'&#233;poque &#224; soutenir Habyarimana : d&#233;velopper la zone d'influence de la France.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le militant anticolonial va plus loin : &#171; &lt;i&gt;C'est la structure m&#234;me de l'&#201;tat dans la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique qui a permis &#224; un pr&#233;sident, &#224; l'&#233;cart de tout contr&#244;le d&#233;mocratique, d'engager des moyens militaires et financiers aupr&#232;s d'un r&#233;gime qui pr&#233;parait, puis commettait un g&#233;nocide. Or, ce syst&#232;me reste pr&#233;sent &#224; l'identique&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! On appuie toujours des r&#233;gimes totalement antid&#233;mocratiques, au nom des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de la France.&lt;/i&gt; &#187; Et de faire le lien avec l'actualit&#233; r&#233;cente : &#171; &lt;i&gt;Quand Macron est le seul chef d'&#201;tat occidental pr&#233;sent aux fun&#233;railles d'Idriss D&#233;by&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pr&#233;sident-dictateur tchadien d&#233;c&#233;d&#233; en avril dernier dans des circonstances (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, on est dans la m&#234;me affligeante logique. D&#233;by n'avait pas de projet id&#233;ologique g&#233;nocidaire, mais c'&#233;tait un despote qui a fait torturer et massacrer des gens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Via l'association Cauri qu'elle pr&#233;side, Ad&#233;la&#239;de Mukantabana r&#233;alise aujourd'hui un important travail de transmission de la m&#233;moire et de pr&#233;vention des g&#233;nocides&lt;a href=&#034;#nb2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a &#233;galement publi&#233; L'Innommable (Agahomamunwa). Un r&#233;cit du g&#233;nocide (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-12&#034;&gt;12&lt;/a&gt;. Malgr&#233; tout le chemin qui reste &#224; parcourir, elle ne cache pas sa satisfaction apr&#232;s ce moment &#171; &lt;i&gt;tant attendu&lt;/i&gt; &#187; de mise au jour de la v&#233;rit&#233;. Et savoure la normalisation des relations entre son pays d'origine et son pays d'accueil. Mais elle non plus n'oublie pas que le syst&#232;me fran&#231;africain est &#224; l'origine de tout : &#171; &lt;i&gt;L'&#201;tat fran&#231;ais a soutenu bien des fois des dictatures sur le continent africain, comme il l'a fait chez nous. Maintenant, nous savons jusqu'o&#249; cela peut conduire. Le Rwanda de 1994 servira-t-il de le&#231;on&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Je le souhaite. Voil&#224; ce qui repr&#233;senterait de vraies excuses.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;*&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L&#233;gende de la photographie d'Alexis Huguet illustrant l'article&lt;/strong&gt; : &lt;i&gt;Kabuga, Rwanda, avril 2019. Derri&#232;re la palissade se trouvait un charnier. Un an plus t&#244;t, les confidences d'un g&#233;nocidaire avaient permis la d&#233;couverte de nombreuses fosses communes dans cette ville ordinaire de la p&#233;riph&#233;rie de Kigali. D'apr&#232;s les associations de rescap&#233;s, pr&#232;s de 40 000 corps y gisaient.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Op&#233;ration militaire fran&#231;aise (1990-1993) qui, sous couvert de protection et d'&#233;vacuation de ressortissants occidentaux, est venue en pleine guerre civile appuyer, et m&#234;me sauver, le r&#233;gime rwandais en place.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; (re)lire dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/La-France-au-Rwanda-25-ans-d' class=&#034;spip_in&#034;&gt; La France au Rwanda, 25 ans d'impunit&#233; &lt;/a&gt; &#187; (n&#176; 177, juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Surtout que ce ne furent pas, comme annonc&#233;, &#171; toutes les archives fran&#231;aises &#187;. Par exemple, les archives de la mission parlementaire de 1998 ont &#233;t&#233; refus&#233;es &#224; la commission. Un coup du pr&#233;sident de l'Assembl&#233;e nationale Richard Ferrand, ex-mitterrandiste ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Formule emprunt&#233;e &#224; l'historien St&#233;phane Audoin-Rouzeau.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sp&#233;cialis&#233;e dans la d&#233;nonciation du syst&#232;me &#171; Fran&#231;afrique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et m&#234;me bien avant : en janvier 1993, Jean Carbonare, pr&#233;sident de Survie &#224; l'&#233;poque, alertait dans le 20 heures&lt;i&gt; &lt;/i&gt;de France 2 sur les crimes de masse qui avaient d&#233;j&#224; commenc&#233; &#224; &#234;tre perp&#233;tr&#233;s contre les Tutsis, mais aussi sur la responsabilit&#233; de la France.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Maurice Papon a &#233;t&#233; condamn&#233; en 1998 pour &#171; complicit&#233; de crimes contre l'humanit&#233; &#187; alors m&#234;me que le jugement rendu &#233;tablit qu'il n'avait pas personnellement d'intention g&#233;nocidaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Seuls ceux qui ont travers&#233; la nuit peuvent peut-&#234;tre pardonner, nous faire le don de nous pardonner.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;C'est en ces termes que Macron a justifi&#233; ses non-excuses dans la conf&#233;rence de presse qui a suivi son discours.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La comp&#233;tence universelle permet, en droit fran&#231;ais, de juger, entre autres, des crimes contre l'humanit&#233; m&#234;me s'ils ont &#233;t&#233; commis &#224; l'&#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pr&#233;sident-dictateur tchadien d&#233;c&#233;d&#233; en avril dernier dans des circonstances troubles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-12&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-12&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-12&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;12&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Elle a &#233;galement publi&#233; &lt;i&gt;L'Innommable (Agahomamunwa). Un r&#233;cit du g&#233;nocide des Tutsi&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Grandir sous l'&#339;il de l'atome</title>
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		<dc:date>2021-08-07T07:18:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ema Alvarez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Depuis deux d&#233;cennies, les habitants de Bure doivent cohabiter avec le projet de poubelle nucl&#233;aire port&#233; par l'Agence nationale de gestion des d&#233;chets radioactifs. Parfois venus de loin, des militants se sont install&#233;s dans les environs pour organiser la lutte. Mais cette opposition n'a pas toujours bonne presse et le village subit l'omnipr&#233;sence polici&#232;re. C'est dans ce climat d&#233;l&#233;t&#232;re que Lisette a pass&#233; son adolescence. Quand elle arrive &#224; Bure, un village de 90 &#226;mes au sud de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH90/-1844-1605a.jpg?1768815835' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis deux d&#233;cennies, les habitants de Bure doivent cohabiter avec le projet de poubelle nucl&#233;aire port&#233; par l'Agence nationale de gestion des d&#233;chets radioactifs. Parfois venus de loin, des militants se sont install&#233;s dans les environs pour organiser la lutte. Mais cette opposition n'a pas toujours bonne presse et le village subit l'omnipr&#233;sence polici&#232;re. C'est dans ce climat d&#233;l&#233;t&#232;re que Lisette a pass&#233; son adolescence.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand elle arrive &#224; Bure, un village de 90 &#226;mes au sud de la Meuse, Lisette&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a une quinzaine d'ann&#233;es. Ses parents ont achet&#233; une vieille bicoque pour presque rien. Ils ne sont pas venus pour &#231;a mais se retrouvent vite plong&#233;s dans l'&#233;mulsion de la lutte &#233;cologique, sociale et politique qui prend forme. Nous sommes au mitan des ann&#233;es 2000, &#224; l'&#233;poque o&#249; l'opposition au projet d'enfouissement de d&#233;chets nucl&#233;aires commence &#224; s'enraciner, notamment gr&#226;ce &#224; l'arriv&#233;e de militants venus d'ailleurs. Lisette se souvient : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait tr&#232;s impressionnant, tous ces gens qui arrivaient de loin avec de nouvelles id&#233;es, une autre mani&#232;re de vivre&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfouissement des d&#233;chets a beau n'&#234;tre encore qu'un projet, ses r&#233;percussions suintent d&#233;j&#224; &#224; la surface : toxique socialement avant m&#234;me de l'&#234;tre sanitairement. D'une part, la pr&#233;sence gendarmesque se fait de plus en plus pesante. D'autre part, le monstre nucl&#233;aire a besoin de terres pour monter son projet : &#224; terme, 15 km&lt;sup&gt;&#178;&lt;/sup&gt; de galeries souterraines destin&#233;es &#224; enterrer quelque 80 000 m&lt;sup&gt;3&lt;/sup&gt; de d&#233;chets radioactifs. Pour se procurer le foncier n&#233;cessaire, l'Andra ach&#232;te aux habitants leurs champs et bouts de for&#234;t &#224; des tarifs largement sup&#233;rieurs aux prix du march&#233; &#8211; quand elle ne propose pas, en &#233;change, des terrains situ&#233;s plus loin, mais deux ou trois fois plus grands. La r&#233;gion est pauvre, celles et ceux qui y vivent n'ont pas vraiment le choix : la plupart acceptent le deal. Dans l'entourage de Lisette, certains habitants s'&#233;taient un peu engag&#233;s dans la lutte au d&#233;but, bloquant les premiers trains apportant le mat&#233;riel de construction, manifestant devant les bureaux de l'Andra ; ils se sentent d&#233;sormais collabos. Partag&#233;s entre un sentiment de culpabilit&#233; et d'ill&#233;gitimit&#233;, ils se tiennent peu &#224; peu &#224; l'&#233;cart de la lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Police partout, intimit&#233; nulle part&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Adolescente, Lisette subissait d&#233;j&#224; les contr&#244;les policiers &#224; r&#233;p&#233;tition. Pas parce qu'elle &#233;tait suspect&#233;e de faire partie de la r&#233;sistance, mais parce que Bure et sa r&#233;gion &#233;taient d&#233;j&#224; un terrain propice &#224; la r&#233;pression : la Meuse est l'un des d&#233;partements les plus pauvres du pays, la consommation et le business de l'h&#233;ro&#239;ne y font partie int&#233;grante du paysage. L'adolescence l&#224;-bas, c'&#233;taient les fouilles au corps journali&#232;res et les copains qui tombent dans la dope. Cette r&#233;pression quotidienne et le projet de l'Andra ont fait na&#238;tre en elle de puissantes r&#233;flexions politiques. Mais avec ses copines, Lisette ne discutait pas de tout &#231;a. Rien que d'en parler, c'&#233;tait dangereux. Enfin, c'est ce qui se racontait ; du coup, tout le monde se taisait. La machine de la peur &#233;tait en marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2017, &#231;a se corse. Alors qu'elle s'&#233;tait envol&#233;e depuis plusieurs ann&#233;es vers d'autres ailleurs, Lisette tombe malade. Et revient passer quelques semaines chez ses parents. Le village est transform&#233; : les gendarmes sont partout. Les militaires sont partout. Les services de renseignement sont partout. Une grande enqu&#234;te judiciaire pour &#171; association de malfaiteurs &#187; &lt;i&gt;[lire ci-contre]&lt;/i&gt; vient de d&#233;buter et des moyens martiaux sont d&#233;ploy&#233;s pour identifier les pr&#233;tendus malfrats. Sur l'unique rond-point du village, des bidasses en treillis exhibent leur attirail l&#233;tal. Chaque matin, avec sa m&#232;re, Lisette se pose sur le pas de la porte pour compter les passages des voitures bleu-blanc-rouge : 1, 2, 3, 4, 5&#8230; 25. Vingt-cinq en une journ&#233;e ! Dans le reflet de sa tasse de th&#233;, elle peut contempler les va-et-vient des drones qui observent chaque recoin de pelouse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La surveillance s'infiltre dans les entrailles et s'y cristallise. Depuis, Lisette a peur, tout le temps, d'&#234;tre observ&#233;e. Contr&#244;l&#233;e. &#201;cout&#233;e. En elle, un refus de toute forme d'autorit&#233; et une rage ont grandi : &#171; &lt;i&gt;Plus tard, tu conscientises que toute ta vie a finalement &#233;t&#233; construite autour de ces r&#233;flexions.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le projet aura putr&#233;fi&#233; jusqu'&#224; ses souvenirs d'enfance : &#171; &lt;i&gt;On dit que la Meuse, c'est moche, c'est plat, mais ce n'est pas vrai&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Il y a des super beaux endroits et ils vont &#234;tre compl&#232;tement d&#233;truits&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Il para&#238;t que la rivi&#232;re d'Orman&#231;on va &#234;tre recouverte de cailloux pour drainer les sols. &#199;a n'est qu'une rumeur mais c'est terrible d'imaginer cette vall&#233;e, o&#249; l'on allait se baigner, compl&#232;tement saccag&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Lisette connaissait tous les chemins du bois Lejuc, en dessous duquel vont &#234;tre enterr&#233;s les d&#233;chets radioactifs : &#171; &lt;i&gt;J'allais me promener presque tous les jours, le sol &#233;tait recouvert de chanterelles, je m'arr&#234;tais toutes les cinq minutes pour les ramasser&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui, il y a des cam&#233;ras accroch&#233;es aux arbres et celui qui p&#233;n&#232;tre dans la zone risque 500 &#8364; d'amende.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Ema Alvarez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le m&#234;me sujet, lire aussi &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/A-Bure-qui-sont-les-malfaiteurs' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#192; Bure, &#8220;qui sont les malfaiteurs ?&#8221;&lt;/a&gt; &#187;, publi&#233; dans le m&#234;me num&#233;ro de &lt;/i&gt;CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De l'air</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/De-l-air</link>
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		<dc:date>2021-08-02T05:46:35Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>Canto Grande</dc:subject>
		<dc:subject>Victor Polay</dc:subject>
		<dc:subject>MRTA</dc:subject>
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		<dc:subject>Canto</dc:subject>
		<dc:subject>Sentier lumineux</dc:subject>
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		<dc:subject>T&#250;pac Amaru</dc:subject>
		<dc:subject>tunnel</dc:subject>
		<dc:subject>Victor</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;CQFD a souvent salu&#233; les exploits de princes et princesses de la belle, toutes et tous en lutte acharn&#233;e contre l'enfer carc&#233;ral. Ici, le r&#233;cit va suivre la geste hors du commun de militants r&#233;volutionnaires dans le P&#233;rou de la fin des ann&#233;es 1980. Leur mission ? Creuser un tunnel de plus de 300 m&#232;tres pour lib&#233;rer leurs camarades d&#233;tenus dans une prison de haute s&#233;curit&#233;. Le MRTA dans la &#171; sale guerre &#187; En 1984, Victor Polay fonde le Mouvement r&#233;volutionnaire T&#250;pac Amaru (MRTA) en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/MRTA" rel="tag"&gt;MRTA&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grande" rel="tag"&gt;Grande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Canto" rel="tag"&gt;Canto&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sentier-lumineux" rel="tag"&gt;Sentier lumineux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Polay" rel="tag"&gt;Polay&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tupac-Amaru" rel="tag"&gt;T&#250;pac Amaru&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/tunnel" rel="tag"&gt;tunnel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Victor-532" rel="tag"&gt;Victor&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt;a souvent salu&#233; les exploits de princes et princesses de la belle, toutes et tous en lutte acharn&#233;e contre l'enfer carc&#233;ral. Ici, le r&#233;cit va suivre la geste hors du commun de militants r&#233;volutionnaires dans le P&#233;rou de la fin des ann&#233;es 1980. Leur mission ? Creuser un tunnel de plus de 300 m&#232;tres pour lib&#233;rer leurs camarades d&#233;tenus dans une prison de haute s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3711 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;83&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1846.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH683/-1846-ac067.jpg?1768731542' width='500' height='683' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration d'Aur&#233;lien Gomez, issue du livre &#034;Le Tunnel&#034;, de Guillermo Thorndike
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le MRTA dans la &#171; sale guerre &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1984, Victor Polay fonde le Mouvement r&#233;volutionnaire T&#250;pac Amaru (MRTA) en r&#233;f&#233;rence &#224; deux figures, historiques et mythiques, de la lutte des indig&#232;nes p&#233;ruviens contre la domination coloniale espagnole. Il s'inspire aussi des gu&#233;rillas empruntant la voie de l'unit&#233; populaire, nationaliste et tiers-mondiste, actives dans plusieurs pays d'Am&#233;rique latine. Mais le MRTA s'en distingue par le combat tous azimuts qu'il m&#232;ne &#224; la fois contre le pouvoir de gauche &#171; l&#233;gale &#187; puis de droite n&#233;olib&#233;rale (dispos&#233; &#224; laisser les militaires liquider 500 000 &#171; m&#233;contents, radicaux, syndicalistes, suspects&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Tunnel, Guillermo Thorndike, Syllepse, janvier 2021. L'essentiel du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; pour r&#233;tablir l'ordre), contre la gu&#233;rilla mystico-mao&#239;ste du Sentier lumineux d'Abimael Guzm&#225;n (alias pr&#233;sident Gonzalo) et contre les barons du narcotrafic.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette intransigeance explique en partie la faiblesse des effectifs du mouvement &#8211; quelques centaines de combattants et combattantes &#8211; et son r&#244;le mineur dans la &#171; sale guerre&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plusieurs milliers de personnes tortur&#233;es et ex&#233;cut&#233;es par des escadrons de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187; qui a d&#233;chir&#233; le P&#233;rou entre 1980 et 2001. De son c&#244;t&#233;, le Sentier lumineux a r&#233;ussi &#224; se constituer une solide base sociale dans certaines zones rurales en passant des alliances de circonstances avec les narcotrafiquants contre la police et l'arm&#233;e, elles-m&#234;mes corrompues jusqu'&#224; l'os &#8211; un sch&#233;ma qu'on a &#233;galement vu &#224; l'&#339;uvre en Colombie ou en Afghanistan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Traqu&#233;s par des milliers de soldats, les tupamaristes (membres du MRTA) sont accul&#233;s &#224; la fuite et &#224; la clandestinit&#233; tandis que leur chef est arr&#234;t&#233; en 1989.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Canto Grande&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Transf&#233;r&#233; dans la prison de haute s&#233;curit&#233; de Canto Grande, la premi&#232;re du pays, Victor Polay apprend de la cinquantaine de tupamaristes qui y sont d&#233;j&#224; incarc&#233;r&#233;s qu'une &#233;vasion est en cours de pr&#233;paration depuis d&#233;j&#224; plusieurs mois. Il place alors tous ses efforts dans diff&#233;rents stratag&#232;mes facilitant l'op&#233;ration : rep&#233;rage des points faibles du dispositif de surveillance, pressions sur les gardes pour obtenir des autorisations de circulation, manipulation des hauts grad&#233;s de la police d&#233;tenus pour des affaires de corruption ainsi que du mouchard &#8211; Mono (&#171; le singe &#187;) &#8211; coll&#233; &#224; ses basques par l'administration p&#233;nitentiaire. Et il peut compter sur Lucero, militante aguerrie ayant subi des s&#233;ances de torture vingt jours durant, qui doit prendre la t&#234;te de la belle depuis le b&#226;timent des femmes, ainsi que sur Mateo, responsable des &#233;vasions pour le MRTA. Ce dernier est &#233;galement charg&#233; de prot&#233;ger les militants de l'organisation des autres groupes de prisonniers, notamment des &#171; p&#233;licans &#187; : prisonniers parmi les plus pauvres, pr&#234;ts &#224; toutes les bassesses pour un quignon de pain. Il anime aussi un groupe folklorique &#224; base de sonores tambourins qui vont s'av&#233;rer d'une utilit&#233; pr&#233;cieuse pour guider l'&#233;quipe de secours&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tunnel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'ext&#233;rieur de l'enceinte de Canto Grande, une vingtaine de petites mains s'activent dans la plus grande discr&#233;tion autour d'une maison achet&#233;e sous couverture par le MRTA. Ce sont les &#171; taupes &#187;, encadr&#233;es par Azucena (la ma&#238;tresse de maison au sang-froid remarquable lorsqu'&#224; plusieurs reprises tout semble perdu), Rafael et le &#171; Technicien &#187;. Toujours sous la menace d'un tremblement de terre et &#224; la limite de la suffocation dans des galeries jusqu'&#224; 70 m&#232;tres de profondeur et &#224; des temp&#233;ratures d&#233;passant les 40 degr&#233;s, elles d&#233;potent parfois une cinquantaine de sacs de terre par jour pour creuser un tunnel de 333 m&#232;tres de long en 848 jours. Le tout sous les ordres de Rafael, qui peut se r&#233;v&#233;ler un impitoyable contrema&#238;tre, et du &#171; Technicien &#187; qui con&#231;oit un syst&#232;me d'a&#233;ration ing&#233;nieux, fait mettre du caoutchouc autour des roues des wagonnets m&#233;talliques, calcule tours et d&#233;tours pour &#233;viter les parois rocheuses les plus dures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;vasion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8-9 juillet 1990, la grande nuit est arriv&#233;e. Dans la prison, les officiers corrompus sont concentr&#233;s sur leur s&#233;rie pr&#233;f&#233;r&#233;e &#8211;&lt;i&gt; Les Incorruptibles&lt;/i&gt; &#8211; ; les gardes et une partie des autres prisonniers suivent la finale de la Coupe du monde de foot opposant l'Argentine &#224; l'Allemagne tout en picolant abondamment ; Alberto Fujimori, candidat de la droite n&#233;olib&#233;rale victorieux de l'&#233;lection pr&#233;sidentielle de juin, n'a pas encore re&#231;u l'investiture. Tout le monde sait qu'un tunnel est en construction quelque part. Des forages sont lanc&#233;s dans l'enceinte de Canto Grande et le commandant des gardes taquine Polay sur l'avancement du tunnel. Mais rien n'y fait et, un peu avant 4 heures du matin, les tupamaristes se la font, leur belle ! Ce n'est que le lendemain que les autorit&#233;s d&#233;couvriront que le tunnel n'avait pas &#233;t&#233; construit depuis l'int&#233;rieur de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2021. Une prison secr&#232;te situ&#233;e dans une base de la marine p&#233;ruvienne. Victor Polay observe son pays s'enfoncer dans la pand&#233;mie en grande partie &#224; cause du d&#233;mant&#232;lement du syst&#232;me hospitalier public men&#233; par Fujimori. En juin, il assiste &#224; la pr&#233;sidentielle qui voit Keiko Fujimori, la fille d'Alberto, contester sa d&#233;faite. L'&#201;tat ne pardonne jamais. Le peuple non plus.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Iffik Le Guen&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Tunnel&lt;/i&gt;, Guillermo Thorndike, Syllepse, janvier 2021. L'essentiel du pr&#233;sent r&#233;cit est tir&#233; de ce livre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plusieurs milliers de personnes tortur&#233;es et ex&#233;cut&#233;es par des escadrons de la mort, 100 000 taulards s'entassant dans 68 prisons pour un pays de 30 millions d'habitants, 300 000 paysannes st&#233;rilis&#233;es de force.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les montagnes en partage</title>
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		<dc:date>2021-07-29T06:02:50Z</dc:date>
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		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Gautier Ducatez</dc:subject>
		<dc:subject>propri&#233;t&#233; priv&#233;e</dc:subject>
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&lt;p&gt;Pr&#233;sent&#233;e comme une solution &#224; la crise &#233;cologique, la notion de &#171; communs &#187; conna&#238;t aujourd'hui un notable regain d'attention. Dans la vall&#233;e d'Ossau, en B&#233;arn (Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques), certains alpages sont encore g&#233;r&#233;s de mani&#232;re collective, basant leur fonctionnement sur des formes tr&#232;s anciennes de droits d'usage. Les r&#233;sistances les plus radicales sont parfois invisibles pour les profanes. Chaque ann&#233;e, d&#233;but juillet, lors du jour de transhumance &#224; pied (la &#171; d&#233;v&#234;te &#187; comme on (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/montagne" rel="tag"&gt;montagne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pr&#233;sent&#233;e comme une solution &#224; la crise &#233;cologique, la notion de &#171; communs &#187; conna&#238;t aujourd'hui un notable regain d'attention. Dans la vall&#233;e d'Ossau, en B&#233;arn (Pyr&#233;n&#233;es-Atlantiques), certains alpages sont encore g&#233;r&#233;s de mani&#232;re collective, basant leur fonctionnement sur des formes tr&#232;s anciennes de droits d'usage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3705 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH407/-1840-12445.jpg?1768815823' width='500' height='407' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration Gautier Ducatez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es r&#233;sistances les plus radicales sont parfois invisibles pour les profanes. Chaque ann&#233;e, d&#233;but juillet, lors du jour de transhumance &#224; pied (la &#171; d&#233;v&#234;te &#187; comme on l'appelle dans la vall&#233;e d'Ossau), des dizaines de touristes s'amassent &#224; la tomb&#233;e de la nuit dans les rues &#233;troites de Laruns. Envo&#251;t&#233;s par le son sourd des cloches, les spectateurs mitraillent avec leurs appareils photo le d&#233;fil&#233; de milliers de basco-b&#233;arnaises, brebis laiti&#232;res &#224; la laine drue comme de longs cheveux blancs qui pendouillent jusqu'aux sabots. Tous connaissent le &#171; fromage du pays &#187; et l'AOC Ossau-Iraty. Peu cependant savent que, derri&#232;re leur apparence rude &#8211; &#233;paules larges et cuisses &#233;paisses sous leur short de rugby &#8211;, les &#233;leveurs accompagnant les b&#234;tes se partagent les estives de mani&#232;re solidaire : ils se r&#233;partissent ces p&#226;turages de montagne au-del&#224; de toute notion de propri&#233;t&#233; priv&#233;e ou de limite communale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une &#171; anomalie &#187; : en montagne, les p&#226;tures et cabanes sont souvent priv&#233;es. Et quand les alpages appartiennent &#224; une commune, il existe g&#233;n&#233;ralement un contrat de location direct, parfois tr&#232;s on&#233;reux, entre celle-ci et l'&#233;leveur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De nombreux travaux historiques ont pourtant montr&#233; qu'en termes d'usage des terres, la stricte propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'a pas toujours &#233;t&#233; la r&#232;gle. Jusqu'&#224; la R&#233;volution, la majorit&#233; des lois et des usages privil&#233;giait les droits collectifs &#224; la terre. Mais aujourd'hui, la vall&#233;e d'Ossau est une rare exception, une survivance &#224; la r&#233;forme des enclosures d&#233;but&#233;e autour du XVIe si&#232;cle en Grande-Bretagne, durant laquelle de grands propri&#233;taires anglais, puis europ&#233;ens, ont ferm&#233; les parcelles et exclu des terres communes les paysans les plus pauvres qui les utilisaient depuis le haut Moyen &#194;ge. Une spoliation l&#233;gale, qui initia une nouvelle pratique du droit &#224; la propri&#233;t&#233; dans lequel s'enracina le capitalisme naissant&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et que d&#233;non&#231;a &#224; l'&#233;poque Thomas More, chanoine, juriste, historien et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cisions collectives&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Officialis&#233;e d&#232;s 1012, la &#171; d&#233;v&#234;te &#187; ossaloise a donc pour sa part travers&#233; les &#233;poques en r&#233;sistant &#224; l'envahisseur priv&#233;. Le Haut-B&#233;arn compte en effet encore de 90 &#224; 95 % de terres collectives, la plupart propri&#233;t&#233; des communes. Et quand une estive s'&#233;tale sur plusieurs municipalit&#233;s, de mani&#232;re indivisible, la gestion se fait alors par les &#233;leveurs au travers d'un syndicat. Un fonctionnement que d&#233;crit Daniel Carrey, le pr&#233;sident du &#171; syndic &#187; du bas-Ossau : &#171; &lt;i&gt;Il s'agit de montagnes non d&#233;limit&#233;es entre les communes. Dans chaque commune, les &#233;leveurs choisissent un repr&#233;sentant pour faire valoir des droits, &#233;quivalents &#224; des parts, sans savoir o&#249; se trouvent pr&#233;cis&#233;ment leurs parts de p&#226;turage. Ils &#233;lisent un &#8220;pr&#233;sident&#8221;, qui a plus un r&#244;le de coordinateur puisque les d&#233;cisions sont vot&#233;es ou prises sous le principe du compromis. Fait rare, tous les paysans reversent leur prime &#224; l'herbe de la PAC&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Politique agricole commune.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;au syndic. Ce qui permet de construire ou d'entretenir en commun les cabanes et de mettre aux normes les salles de fabrication fromag&#232;re.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La date de la fameuse &#171; d&#233;v&#234;te &#187;, fix&#233;e cette ann&#233;e au 8 juillet, est aussi d&#233;cid&#233;e de mani&#232;re concert&#233;e, en fonction des conditions de d&#233;neigement et de circulation. Sachant que les troupeaux les plus courageux remontent la vall&#233;e sur plus de 60 km, tout &#231;a &#224; pied et &#224; pattes...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien que pour le syndicat du bas-Ossau, environ 3 000 hectares de montagnes sont p&#226;tur&#233;s de mani&#232;re &#171; transcommunale &#187;. Cela concerne 65 familles ou fermes, originaires de 9 villages diff&#233;rents, pour un total d'environ 7 000 brebis laiti&#232;res, 1 200 vaches et 140 juments de trait. Ajoutons qu'en Haut-B&#233;arn, les choses ont chang&#233; depuis l'&#233;poque o&#249; Pierre Bourdieu d&#233;crivait dans &lt;i&gt;Le Bal des c&#233;libataires&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; en 2002 au Seuil et issu d'enqu&#234;tes men&#233;es d&#232;s les ann&#233;es 1960.&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; une organisation traditionnelle o&#249; le cadet non mari&#233; s'occupait des troupeaux transhumants : un tiers des cabanes abritent aujourd'hui une berg&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Lib&#233;ralisme &#233;conomique en PLS&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 1968, un article qui rendra c&#233;l&#232;bre le biologiste am&#233;ricain Garrett Hardin, &#171; La Trag&#233;die des communs &#187;, renouvelait un clich&#233; classique du lib&#233;ralisme &#233;conomique, selon lequel un bien est mieux g&#233;r&#233; s'il fait l'objet d'une appropriation. Hardin prenait justement l'exemple d'un champ ouvert &#224; tous les bergers. Au terme d'une r&#233;flexion th&#233;orique en apparence complexe, mais sans la moindre r&#233;f&#233;rence ethnographique, il estimait que chaque berger &#233;tait pouss&#233; &#224; augmenter &#224; outrance son troupeau et que cela conduisait &#224; l'&#233;puisement de la ressource et &#224; la ruine de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndics de la vall&#233;e d'Ossau sont un contre-exemple &#233;vident. Les concern&#233;s s'&#233;chinent &#224; les g&#233;rer de mani&#232;re &#233;quitable, assure Daniel Carrey : &#171; &lt;i&gt;Chacun se voit attribuer un &#8220;cujalar&#8221; : une cabane, un parc pour la nuit et un secteur de montagne. Mais selon l'emplacement, les conditions de p&#226;turage sont diff&#233;rentes. Celui qui est install&#233; &#224; 1 600 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;m&#232;tres d'altitude aura plus d'herbe que celui &#224; 2 200 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;m&#232;tres. Nous faisons donc en sorte de ne p&#233;naliser personne, en attribuant, par exemple, les secteurs en fonction de la taille des cheptels.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Versant th&#233;orique, alors que les notions de droits exclusifs et de propri&#233;t&#233; priv&#233;e semblaient s'&#234;tre impos&#233;es, les sciences sociales sont actuellement bouscul&#233;es par de nombreux travaux de recherche sur la notion des &#171; communs &#187; : &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but des ann&#233;es 1990, la politologue Elinor Ostrom s'est attach&#233;e &#224; pointer les erreurs th&#233;oriques de Hardin, soulignant qu'il postulait que les individus agissent uniquement dans la recherche de leur seul int&#233;r&#234;t imm&#233;diat, excluant que certains agissent en fonction d'une forme d'int&#233;r&#234;t collectif, &lt;/i&gt;explique Genevi&#232;ve Azam, &#233;conomiste et membre d'Attac.&lt;i&gt; En 2009, Elinor Ostrom a re&#231;u le prix Nobel d'&#233;conomie pour avoir montr&#233; que l'autogouvernement &#233;tait la strat&#233;gie la plus optimale pour g&#233;rer au mieux les ressources et ce que l'on appelle aujourd'hui les biens communs.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le fruit de luttes acharn&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'instar des montagnes b&#233;arnaises, arros&#233;es par les entr&#233;es oc&#233;aniques, le cirque d'Aneu, &#224; la fronti&#232;re franco-espagnole, est un espace verdoyant, aux cimes souvent masqu&#233;es par la brume. Visage rond et b&#233;ret sur la t&#234;te, Jean Esturonne, 88 printemps, y a longtemps men&#233; son troupeau. Il rappelle que la gestion commune des alpages n'est pas le fruit du hasard mais le r&#233;sultat de luttes contre l'&#201;tat central et le paradigme de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Les Ossalois ont d&#251; r&#233;sister, parfois avec violence, pour maintenir leurs usages, comme en 1828, pour les terres du Pont-Long dont le tribunal civil de Pau a &#233;t&#233; contraint de leur laisser l'usage, &lt;/i&gt;raconte Jean.&lt;i&gt; Ces derni&#232;res ann&#233;es, nous avons aussi combattu le projet d'une station de ski &#224; Aneu et nous avons m&#234;me tent&#233; de racheter, sans succ&#232;s, la montagne de Socques, une estive priv&#233;e qu'un seigneur avait obtenue &#224; l'&#233;poque et dont jouissent ses descendants.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si l'exp&#233;rience (hors) du commun men&#233;e ici s'av&#232;re concluante et m&#233;riterait d'&#234;tre export&#233;e, les tenants de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e n'ont de cesse de s'y opposer : en 2015, l'&#201;tat a ainsi impos&#233; que les repr&#233;sentants des &#233;leveurs des syndics de la vall&#233;e d'Ossau soient forc&#233;ment des conseillers municipaux, sous peine de perdre leur pouvoir d&#233;cisionnaire. Mais pour Jean Esturonne, c'est un simple obstacle &#224; d&#233;passer : &#171; &lt;i&gt;On s'adapte, de mani&#232;re &#224; continuer &#224; mettre en avant une approche bas&#233;e sur l'usage et le partage des ressources.&lt;/i&gt; &#187; Un combat sans fin.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et que d&#233;non&#231;a &#224; l'&#233;poque Thomas More, chanoine, juriste, historien et philosophe auteur de &lt;i&gt;L'Utopie&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Politique agricole commune.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; en 2002 au Seuil et issu d'enqu&#234;tes men&#233;es d&#232;s les ann&#233;es 1960.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#192; Gaza, cultiver la r&#233;sistance</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/A-Gaza-cultiver-la-resistance</link>
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		<dc:date>2021-07-24T08:03:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Sarah Katz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>L.L. de Mars</dc:subject>
		<dc:subject>Imad Sweilam</dc:subject>
		<dc:subject>Beit Hanoun</dc:subject>
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		<dc:subject>Khuza'a</dc:subject>
		<dc:subject>Musab Habib</dc:subject>
		<dc:subject>L'inondation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lorsque Isra&#235;l bombarde Gaza, ce sont surtout les zones urbaines qui sont pilonn&#233;es. Les terres agricoles, elles, demeurent en permanence &#224; port&#233;e de fusil et de tank. Essentiellement localis&#233;es &#224; l'est de la bande de Gaza, elles y sont long&#233;es par la barri&#232;re de s&#233;paration, qui s'est impos&#233;e jusqu'au milieu des champs. L'occupant a nomm&#233; ce poumon vert &#171; zone tampon &#187; et d&#233;cr&#233;t&#233; le secteur no man's land. Vent debout contre l'accaparement de leurs terres, les paysans gazaouis maintiennent (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-inondation" rel="tag"&gt;L'inondation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Lorsque Isra&#235;l bombarde Gaza, ce sont surtout les zones urbaines qui sont pilonn&#233;es. Les terres agricoles, elles, demeurent en permanence &#224; port&#233;e de fusil et de tank. Essentiellement localis&#233;es &#224; l'est de la bande de Gaza, elles y sont long&#233;es par la barri&#232;re de s&#233;paration, qui s'est impos&#233;e jusqu'au milieu des champs. L'occupant a nomm&#233; ce poumon vert &#171; zone tampon &#187; et d&#233;cr&#233;t&#233; le secteur &lt;i&gt;no man's land&lt;/i&gt;. Vent debout contre l'accaparement de leurs terres, les paysans gazaouis maintiennent co&#251;te que co&#251;te les champs en culture. Une lutte de longue haleine que nous raconte Sarah Katz, membre d'une ONG palestinienne et convaincue que la solidarit&#233; internationale a un r&#244;le &#224; jouer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3692 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH300/-1827-235c2.jpg?1768653059' width='500' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration L. L. de mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La crue inonde compl&#232;tement les terres et d&#233;truit toutes les cultures.&lt;/i&gt; &#187; L'inondation dont parle Imad Sweilam, cultivateur &#224; Beit Hanoun, au nord de la bande de Gaza, n'a rien de naturel. C'est un acte de guerre : &#171; &lt;i&gt;L'eau vient des territoires de l'occupant. Elle s'&#233;coule ensuite, &#224; partir de la r&#233;gion orientale de Shuja'iyya, jusqu'ici.&lt;/i&gt; &#187; Lui aussi paysan, Musab Habib confirme : &#171; &lt;i&gt;Quand l'occupant ouvre les vannes des r&#233;servoirs, on entend d'abord le bruit puis les terres sont compl&#232;tement inond&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Lorsque, enfin, la terre commence &#224; s&#233;cher, Musab et ses coll&#232;gues reprennent les labours, pr&#233;parent les semailles : &#171; &lt;i&gt;Mais l'occupation isra&#233;lienne rouvre les portes des r&#233;servoirs pour nous ramener au stade z&#233;ro.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a l'eau qui inonde, et il y a l'eau qui manque : celle confisqu&#233;e par l'occupant, qui pompe de fa&#231;on aussi intensive qu'ill&#233;gale les nappes phr&#233;atiques environnant la bande de Gaza. R&#233;sultat : le niveau des eaux souterraines baissant, l'eau de mer s'infiltre. Sur l'essentiel de l'enclave, le pr&#233;cieux liquide est donc devenu impropre &#224; la consommation et m&#234;me, par endroits, &#224; l'irrigation&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un rapport de prospective onusien publi&#233; en 2012 et intitul&#233; &#171; Gaza in 2020, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le village de Khuza'a, dans le sud-est du territoire, la nappe phr&#233;atique est encore &#233;pargn&#233;e mais, pour irriguer les champs, il faut remonter l'eau de quelque 200 m&#232;tres. &#192; l'&#233;t&#233; 2016, faute d'&#233;lectricit&#233; pour actionner les pompes, la r&#233;colte a s&#233;ch&#233; sur pied... Pour &#233;viter ce d&#233;sastre, il aurait fallu pouvoir stocker l'eau en hauteur en remplissant un ch&#226;teau d'eau pendant les brefs moments o&#249; l'&#233;lectricit&#233; le permet. Furieux de ce g&#226;chis, le &lt;i&gt;mokhtar&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chef traditionnel.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; de Khuza'a lan&#231;a un appel &#224; la solidarit&#233;. Il fut entendu : fruit d'une lutte men&#233;e de concert par les paysans, la municipalit&#233;, le mouvement de solidarit&#233; fran&#231;ais et de jeunes Gazaouis volontaires, un ch&#226;teau d'eau de 17 m&#232;tres de haut se dresse depuis d&#233;cembre 2016 &#224; deux kilom&#232;tres de la barri&#232;re de s&#233;paration. Pied de nez aux trafiquants de haine, il arbore le sigle de l'UJFP (Union juive fran&#231;aise pour la paix)&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Proche de l'UJFP, l'autrice de cet article est membre de la section (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cultures VS bulldozer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'eau n'est pas le seul probl&#232;me auquel font face les paysans de Gaza. &#171; &lt;i&gt;Le premier probl&#232;me auquel sont confront&#233;s les agriculteurs dans les zones jouxtant la barri&#232;re de s&#233;paration, c'est l'arm&#233;e, &lt;/i&gt;t&#233;moigne Abu Saleh, un autre paysan de Khuza'a. &lt;i&gt;Les machines sortent pour d&#233;truire les terres et les r&#233;coltes disparaissent en quelques instants.Vous ne savez jamais quand et o&#249; le bulldozer viendra d&#233;truire les champs. Mais je ne peux rien faire, si ce n'est continuer et r&#233;sister au destin.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre dernier, l'arm&#233;e isra&#233;lienne a placard&#233; des tracts sommant, en h&#233;breu et en arabe, les paysans de reculer leurs cultures &#224; 300 m&#232;tres de la barri&#232;re de s&#233;curit&#233;, faute de quoi elles seraient saccag&#233;es par les bulldozers. &#171; &lt;i&gt;On ne bougera pas&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;torquait alors un jeune cultivateur du coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme si tous ces soucis ne suffisaient pas, les paysans doivent aussi se battre pour faire reconna&#238;tre l'importance de leur travail &#224; leurs propres autorit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a rien pour aider les agriculteurs, ni pour l'&#233;lectricit&#233; ni pour l'eau, &lt;/i&gt;d&#233;plore Abu Saleh. &lt;i&gt;De plus, les prix de vente ne correspondent pas aux co&#251;ts des cultures. D'ailleurs, lorsque les prix sont &lt;/i&gt;[trop]&lt;i&gt; bas, la plupart des agriculteurs laissent les r&#233;coltes en terre, parce que l'embauche de travailleurs co&#251;te plus cher que ce qu'ils obtiendraient en vendant les r&#233;coltes.&lt;/i&gt; &#187; Une impression domine : celle de n'&#234;tre qu'une variable d'ajustement dans des rapports de force dont la population est exclue. &#171; &lt;i&gt;Le minist&#232;re de l'Agriculture, &lt;/i&gt;poursuit Abu Saleh, &lt;i&gt;exhorte les paysans &#224; continuer, &#224; ne pas cesser de semer. Mais comment le peuvent-ils&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Est-ce que ce ne sont que des slogans que le minist&#232;re r&#233;p&#232;te pour maquiller son &#233;chec &#224; s'acquitter de ses responsabilit&#233;s&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi parce qu'ils ne peuvent pas compter sur les autorit&#233;s que les agriculteurs de Khuza'a ont fond&#233; un lieu &#224; eux, une Maison des paysans, outil n&#233;cessaire de leur autonomie face &#224; tous les pouvoirs. Mettant en avant leur besoin de formation, ils y ont accueilli, en juin 2020, une premi&#232;re intervention d'agronomes, et cherchent &#224; s'assurer la participation r&#233;guli&#232;re d'un ing&#233;nieur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une p&#233;pini&#232;re solidaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre lutte : celle des semences. Desserrer l'emprise des importateurs, celle des lobbys semenciers, n&#233;gocier des graines de qualit&#233;, ne plus supporter seuls les mauvais taux de croissance des plants... autant d'enjeux capitaux pour les paysans de Gaza. C'est de ces volont&#233;s qu'est n&#233; un projet de p&#233;pini&#232;re solidaire. Et c'est notamment gr&#226;ce au partenariat entre deux associations fran&#231;aises, Humani'Terre et l'UJFP, qu'il est devenu mat&#233;riellement possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inaugur&#233;e en juillet 2020, cette p&#233;pini&#232;re est unique en son genre dans la bande de Gaza : elle n&#233;gocie les graines et assure la croissance des plants, ce qui d&#233;gage les paysans du face-&#224;-face individuel, forc&#233;ment in&#233;gal, avec les importateurs. En outre, les utilisateurs assument collectivement les probl&#232;mes rencontr&#233;s lors de la croissance en pleine terre, en exemptant du paiement des plants les exploitations subissant des pertes. Un r&#233;el succ&#232;s, dont les &#233;chos dans toute la &#171; zone tampon &#187; laissent augurer que ce projet ne restera pas le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les agriculteurs gazaouis se battent pour exister dans des conditions uniques : un blocus intol&#233;rable, l'eau de la nappe phr&#233;atique d&#233;tourn&#233;e, leurs &#233;quipements mitraill&#233;s ou br&#251;l&#233;s, leurs mouvements entrav&#233;s, leurs produits interdits d'exportation, leur march&#233; int&#233;rieur sombrant dans la grande pauvret&#233;. Sans compter qu'ils sont aussi soumis aux difficult&#233;s partag&#233;es autour du globe et inh&#233;rentes &#224; l'agriculture familiale : &#234;tre la proie des lobbys semenciers, accul&#233; par les prix des intrants. Malgr&#233; tout, le village de Khuza'a prouve qu'appuy&#233;e par la solidarit&#233; internationale, la r&#233;sistance est possible.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Sarah Katz&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un rapport de prospective onusien publi&#233; en 2012 et intitul&#233; &#171; Gaza in 2020, a liveable place ? &#187; documentait en profondeur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chef traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Proche de l'UJFP, l'autrice de cet article est membre de la section fran&#231;aise de l'International Solidarity Movement (ISM), une ONG militant pour la lib&#233;ration de la Palestine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ce qu'il faut durer</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Ce-qu-il-faut-durer</link>
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		<dc:date>2021-07-19T05:41:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
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		<dc:subject>faut</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Ambitieuse, l'&#233;quipe fondatrice de CQFD r&#234;vait de &#171; niquer le Monde diplo' &#187;. Dix-huit ans et 200 num&#233;ros plus tard, on attend encore l'explosion des ventes... mais on est toujours l&#224;, d&#233;termin&#233;s &#224; ne rien l&#226;cher. Au fait, &#171; CQFD &#187;, &#231;a veut dire quoi ? Tous les participants interrog&#233;s s'accordent sur un point : cette r&#233;union fut copieusement arros&#233;e. Et joyeuse. L'enthousiasme m&#234;me : on allait monter un super canard. Il fallait lui trouver un nom. Les id&#233;es fusent et finalement, deux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Charles-Jacquier-573" rel="tag"&gt;Charles Jacquier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/journal" rel="tag"&gt;journal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/participants-interroges" rel="tag"&gt;participants interrog&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/interroges-s-accordent" rel="tag"&gt;interrog&#233;s s'accordent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parce-qu-il" rel="tag"&gt;parce qu'il&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ambitieuse, l'&#233;quipe fondatrice de CQFD r&#234;vait de &#171; &lt;i&gt;niquer le Monde diplo'&lt;/i&gt; &#187;. Dix-huit ans et 200 num&#233;ros plus tard, on attend encore l'explosion des ventes... mais on est toujours l&#224;, d&#233;termin&#233;s &#224; ne rien l&#226;cher. Au fait, &#171; CQFD &#187;, &#231;a veut dire quoi ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les participants interrog&#233;s s'accordent sur un point : cette r&#233;union fut copieusement arros&#233;e. Et joyeuse. L'enthousiasme m&#234;me : on allait monter un super canard. Il fallait lui trouver un nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es fusent et finalement, deux titres se d&#233;tachent : &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Le Bonobo&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;J'&#233;tais la seule nana, au milieu de tous ces mecs, &lt;/i&gt;se souvient Marie Nenn&#232;s, qui d&#233;fendait cette simiesque proposition. &lt;i&gt;Ce que j'aimais bien chez les bonobos, c'&#233;tait leur mode de r&#233;solution des conflits : quand il y a un probl&#232;me, on nique&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Je n'ai absolument pas &#233;t&#233; entendue sur ce point-l&#224;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e de &#171; CQFD &#187;, elle, est venue de Charles Jacquier, un camarade f&#233;ru d'histoire sociale : &#171; &lt;i&gt;J'ai pris le tome 2 de l'&lt;/i&gt;Histoire du mouvement anarchiste en France &lt;i&gt;de Jean Maitron et j'ai commenc&#233; &#224; regarder les titres des journaux dans la bibliographie. C'est comme &#231;a que je suis tomb&#233; sur &lt;/i&gt;Ce qu'il faut dire&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un canard pacifiste au milieu de la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mont&#233; par les anarchistes S&#233;bastien Faure et Mauricius, ce journal antimilitariste est publi&#233; de 1916 &#224; 1917, en pleine Premi&#232;re Guerre mondiale ! &#171; &lt;i&gt;Ce que j'ai trouv&#233; s&#233;duisant, c'&#233;tait ce c&#244;t&#233; &#224; contre-courant des id&#233;es dominantes&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Charles Jacquier. Farouchement pacifiste, &lt;i&gt;Ce qu'il faut dire&lt;/i&gt; subit maintes fois les foudres de la censure, qui n'h&#233;site pas &#224; caviarder des colonnes enti&#232;res &lt;i&gt;[voir ci-contre]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3685 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1821.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH710/-1821-4158e.jpg?1768717013' width='500' height='710' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;f&#233;rence &#224; l'antimilitarisme n'est pas pour d&#233;plaire aux fondateurs du nouveau &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, et pour cause : une grande partie de l'&#233;quipe est issue du &lt;i&gt;RIRe&lt;/i&gt;, journal &#233;dit&#233; par le R&#233;seau d'information aux r&#233;fractaires (au service militaire) &#224; partir du milieu des ann&#233;es 1990 et qui, en ce d&#233;but des ann&#233;es 2000, a perdu sa principale raison d'&#234;tre, Jacques Chirac ayant siffl&#233; la fin de la conscription&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce qui ne veut pas dire que les antimilitaristes de l'&#233;poque n'avaient plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce que j'aimais bien aussi, &lt;/i&gt;reprend Charles Jacquier, &lt;i&gt;c'&#233;tait l'expression &#8220;CQFD&#8221;, &#8220;ce qu'il faut dire&#8221; ; assez cash, sans trop de circonvolutions.&lt;/i&gt; &#187; &#171; CQFD &#187; signifie-t-il donc tout simplement &#171; Ce qu'il faut dire &#187; ? Pas si simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En math&#233;matiques, l'expression &#171; CQFD &#187; est le sigle de &#171; Ce qu'il fallait d&#233;montrer &#187; ; on l'&#233;crit &#224; la fin d'un raisonnement &#171; &lt;i&gt;pour indiquer que le r&#233;sultat obtenu a &#233;t&#233; d&#233;montr&#233;&lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;dixit&lt;/i&gt; Wikipedia. Mais dans le cas du pr&#233;sent journal, l'&#233;quipe s'est tout de suite amus&#233;e &#224; trouver des tas d'autres sens. Au fil des num&#233;ros, deux d&#233;clinaisons ont pris le dessus : &#171; CQFD &#187; pour &#171; Ce qu'il faut d&#233;truire &#187; (qui fut d'ailleurs l'URL du premier site internet du journal) et, de mani&#232;re plus large et consensuelle, &#171; Ce qu'il faut dire, d&#233;truire, d&#233;velopper &#187;. Pour sa part, le bulletin d'abonnement a longtemps &#233;t&#233; titr&#233; &#171; Ce qu'il faut d&#233;bourser &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un chien rouge venu d'Allemagne&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour faire un journal, il faut donc un nom et, parfois, une mascotte. Celle de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; d&#233;nich&#233;e par l'aminche Olivier Cyran dans les archives de la presse satirique allemande : c'est un chien rouge qui se lib&#232;re de ses cha&#238;nes. Un bouledogue imagin&#233; par Thomas Theodor Heine, cofondateur en 1896 de &lt;i&gt;Simplicissimus&lt;/i&gt;, hebdomadaire &#171; &lt;i&gt;d'une prodigieuse expressivit&#233; graphique et d'une insolence carabin&#233;e dans son ex&#233;cration des uniformes, du patronat, du colonialisme et des gros culs cousus d'or portant moustache en guidon de v&#233;lo pour complaire au Kaiser. F&#233;rocement anti-guerre en 14-18, il s'est par la suite embourgeois&#233;, jusqu'&#224; applaudir l'&#233;crasement des spartakistes&lt;/i&gt; &#187;, rappelait Olivier dans ces colonnes en 2018, &#224; l'occasion des 15 ans du pr&#233;sent canard dont il est cofondateur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3687 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1823.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH706/-1823-5c2ec.jpg?1768717014' width='500' height='706' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Smic &#224; temps partiel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour faire un journal, il faut de l'espoir. L'&#233;quipe fondatrice en avait &#224; revendre : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e c'&#233;tait de niquer le Diplo,&lt;/i&gt; confie, goguenard, un autre ancien pilier du journal &#8211; &lt;i&gt;Le Monde diplomatique&lt;/i&gt; vend aujourd'hui pr&#232;s de 180 000 exemplaires chaque mois.&lt;i&gt; On disait &#231;a en rigolant, mais &#224; moiti&#233; seulement.&lt;/i&gt; &#187; Blague &#224; part, &#171; &lt;i&gt;on esp&#233;rait faire un canard &#233;conomiquement viable qui nous permettrait d'en vivre &#8211; ce qui s'est av&#233;r&#233; utopique,&lt;/i&gt; regrette Olivier Cyran. &lt;i&gt;&#192; l'&#233;poque, on pensait qu'on pouvait arriver &#224; 30 000 ventes ; nos rep&#232;res c'&#233;tait&lt;/i&gt; La Grosse Bertha&lt;i&gt; et le &lt;/i&gt;Charlie Hebdo&lt;i&gt; des ann&#233;es 1990.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; diffuse environ 4 000 exemplaires par mois, abonnements et kiosques confondus. Des chiffres relativement stables depuis plusieurs ann&#233;es mais qui ne permettent de salarier que cinq personnes au Smic &#224; temps partiel, voire tr&#232;s partiel (personne, &#233;videmment, ne compte ses heures sup'...). C'est l&#224; le minimum n&#233;cessaire pour assurer le secr&#233;tariat administratif (paperasse, gestion des abonnements, envoi des colis, etc.), le secr&#233;tariat de r&#233;daction (coordination &#233;ditoriale, relecture et correction des textes, mise &#224; jour du site internet...) et le graphisme (maquette et coordination des illustrations&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;H&#233;rit&#233; en partie de Charlie Hebdo (dont Olivier Cyran avait d&#233;sert&#233; d&#232;s 2001 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; reste un canard sans pub ni actionnaires, qui ne go&#251;te que tr&#232;s exceptionnellement aux subventions (contrats aid&#233;s mis &#224; part). Un journal &#233;dit&#233; depuis Marseille par une &#233;quipe qui n'a cess&#233; de se renouveler, se f&#233;minisant significativement ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; ce qui a contribu&#233; &#224; amener de nouveaux sujets. Un mensuel papier qui tourne aussi largement gr&#226;ce au travail b&#233;n&#233;vole de centaines voire de milliers d'auteurs, autrices, dessinateurs et dessinatrices ayant particip&#233; depuis dix-huit ans. Que toutes et tous soient ici remerci&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, pour quoi faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour faire un journal, il faut une ligne &#233;ditoriale. Dans le n&#176; 0, imprim&#233; en avril 2003, un mois avant le n&#176; 1, l'&#233;quipe affichait ses intentions. Le contexte du moment ? Puisque Jacques Chirac venait de refuser d'engager la France dans la guerre en Irak, les m&#233;dias &lt;i&gt;mainstream&lt;/i&gt; survendaient l'image erron&#233;e d'un pays pacifiste, oubliant toutes les autres guerres, ventes d'armes et bassesses diverses dont l'Hexagone est coupable. &#171; &lt;i&gt;Pourquoi &lt;/i&gt;CQFD &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, &#233;crivaient donc les r&#233;dacteurs de l'&#233;poque. &lt;i&gt;Parce qu'&#234;tre anti-militariste, c'est s'opposer &#224; toutes les guerres, y compris celles que m&#232;ne la France sur son propre territoire. Et que pour parler de ces guerres-l&#224; on ne fera jamais confiance aux pacifistes en peau de lapin qui fustigent Donald Rumsfeld&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors chef du d&#233;partement am&#233;ricain de la D&#233;fense.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt;mais applaudissent Nicolas Sarkozy&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ministre de l'Int&#233;rieur &#224; l'&#233;poque.&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Parce qu'entre les m&#233;dias vraiment d&#233;pendants et la presse faussement ind&#233;pendante il y a une place b&#233;ante pour une information sans rhumatismes et non-pr&#233;m&#226;ch&#233;e, r&#233;colt&#233;e dans et avec nos r&#233;seaux militants. Parce que les violences polici&#232;res, parce que le remplissage des prisons, parce que la loi du plus fort et du plus friqu&#233;, parce que les charters d'immigr&#233;s &#8220;humanis&#233;s&#8221; par la Croix-Rouge, les charrettes de licenci&#233;s, la criminalisation des quartiers en danger, la b&#234;tise f&#233;roce, la duperie, la peur, l'oubli.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que dix-huit ans plus tard, la liste des &#171; parce que &#187; n'a pas perdu un gramme, parce qu'on pourrait m&#234;me l'allonger copieusement, parce qu'il y a toujours autant de choses qu'il faut dire, d&#233;truire, d&#233;velopper, d&#233;couvrir, d&#233;construire, d&#233;sacraliser, d&#233;zinguer, d&#233;goupiller, diagnostiquer, d&#233;sirer, divaguer, double-cliquer, discuter, d&#233;chiffrer, d&#233;sactiver, d&#233;tricoter, d&#233;ligoter, d&#233;nucl&#233;ariser, d&#233;foncer&#8230; Parce que tout &#231;a, 200 num&#233;ros plus tard, on est toujours l&#224;. CQFD.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3688 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L450xH538/-1824-9e583.jpg?1768717014' width='450' height='538' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dessin de R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3689 spip_document spip_documents spip_document_file spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt;
&lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/pdf/-36.pdf' class=&#034; spip_doc_lien&#034; title='PDF - 1.4 Mio' type=&#034;application/pdf&#034;&gt;&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L64xH64/pdf-b8aed.svg?1768649032' width='64' height='64' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Les 200 unes en PDF
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ce qui ne veut pas dire que les antimilitaristes de l'&#233;poque n'avaient plus rien &#224; dire, notamment sur la question de l'armement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;H&#233;rit&#233; en partie de &lt;i&gt;Charlie Hebdo&lt;/i&gt; (dont Olivier Cyran avait d&#233;sert&#233; d&#232;s 2001 les colonnes qui, d&#233;j&#224;, viraient &#224; l'aigre politiquement), le go&#251;t du dessin de presse fut longtemps l'un des traits saillants du canard. Aujourd'hui, les illustrations restent tr&#232;s pr&#233;sentes, mais leur style a &#233;volu&#233; &#8211; on trouve moins de &#171; gros nez &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alors chef du d&#233;partement am&#233;ricain de la D&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ministre de l'Int&#233;rieur &#224; l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>To-do list : d&#233;sarmer le b&#233;ton, reprendre la terre, sortir les poubelles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/To-do-list-desarmer-le-beton</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/To-do-list-desarmer-le-beton</guid>
		<dc:date>2021-07-16T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
		<dc:subject>20100</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>terres</dc:subject>
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		<dc:subject>Hymne officieux</dc:subject>
		<dc:subject>terres agricoles</dc:subject>
		<dc:subject>Soul&#232;vements</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Colomban</dc:subject>
		<dc:subject>agricoles</dc:subject>
		<dc:subject>mara&#238;chers industriels</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une belle manif et des prises de paroles incisives. Une palanqu&#233;e de tracteurs en col&#232;re. Des actions de blocage contre l'agriculture industrielle et son monde. Des montgolfi&#232;res antifascistes. Des militants de tous horizons, issus des luttes pour le climat, des braises encore vives de Notre-Dame-des-Landes ou de l'agriculture paysanne... S&#251;r, le week-end organis&#233; par le collectif informel des Soul&#232;vements de la Terre les 19, 20 et 21 juin derniers avait de quoi requinquer le plus pessimiste (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/-20100-" rel="tag"&gt;20100&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/terres" rel="tag"&gt;terres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/terre" rel="tag"&gt;terre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hymne-officieux" rel="tag"&gt;Hymne officieux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/terres-agricoles" rel="tag"&gt;terres agricoles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Soulevements" rel="tag"&gt;Soul&#232;vements&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Saint-Colomban" rel="tag"&gt;Saint-Colomban&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agricoles" rel="tag"&gt;agricoles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maraichers-industriels" rel="tag"&gt;mara&#238;chers industriels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une belle manif et des prises de paroles incisives. Une palanqu&#233;e de tracteurs en col&#232;re. Des actions de blocage contre l'agriculture industrielle et son monde. Des montgolfi&#232;res antifascistes. Des militants de tous horizons, issus des luttes pour le climat, des braises encore vives de Notre-Dame-des-Landes ou de l'agriculture paysanne... S&#251;r, le week-end organis&#233; par le collectif informel des Soul&#232;vements de la Terre les 19, 20 et 21 juin derniers avait de quoi requinquer le plus pessimiste des militants anticapitalistes. Et c'&#233;tait d'autant plus salvateur que le lieu choisi, Saint-Colomban (Loire-Atlantique) croule litt&#233;ralement sous les assauts des b&#233;tonneurs de tous crins et des partisans de l'agriculture intensive. Retour sur un &#233;lan qui ne demande qu'&#224; faire tache d'huile.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3684 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1820.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1820-aa41f.jpg?1768700631' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Collage de 20100
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Foule qui pioche et pioche qui rompt / Y a de la terre sous le b&#233;ton&lt;/i&gt; &#187; (Hymne officieux des Soul&#232;vements de la Terre)&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;5 heures du mat, jet des frissons : la douzaine de tracteurs qui patientaient dans la cour d'une ferme des environs de Saint-Colomban s'&#233;lancent en cahotant. Ils forment la majeure partie de la &#171; colonne Sud &#187;, qui ne tardera pas &#224; se renforcer de quelques retardataires en cours de route et retrouvera ceux de la &#171; colonne Nord &#187; aux abords de la cible. En tout, ils sont quarante &#224; avaler en grondant le bitume et les chemins de Loire-Atlantique, certains massifs et modernes aux faux airs de dinosaures de m&#233;tal, d'autres ch&#233;tifs et d&#233;pouill&#233;s, &#224; l'ancienne. De bric et de broc, certes, mais cette arm&#233;e verte est clairement d&#233;ter'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fait encore nuit et, dans l'engin qui m&#232;ne la marche de l'arm&#233;e du Sud, garni de trois escogriffes r&#234;vant de caf&#233;s et viennoiseries, on scrute l'obscurit&#233; trou&#233;e par les phares avec une l&#233;g&#232;re angoisse : les pandores sont-ils au courant pour l'action ? Apr&#232;s quelques minutes, &lt;i&gt;bim&lt;/i&gt;, on pile : des gendarmes nous font face. La consigne tourne vite : &#171; &lt;i&gt;Y a les flics, plan B&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Ballet des gros engins qui font demi-tour puis s'esquivent &#224; l'anglaise vers un petit chemin de traverse serpentant dans le bocage. &#171; &lt;i&gt;Tu penses, depuis Notre-Dame-des-Landes on conna&#238;t tous les d&#233;tours pour les leurrer&lt;/i&gt; &#187;, me dira plus tard en se marrant Beno&#238;t *, historique des luttes du coin et ma&#238;tre-strat&#232;ge en mati&#232;re de convois agricoles &#8211; &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;al, c'est de rouler &#224; 16 ou 17 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;km/h, comme &#231;a tu ne perds pas ceux qui plafonnent &#224; 20 et n'ont aucune reprise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une petite heure de route, des reins en miettes, et voil&#224; le b&#226;timent cibl&#233; par les boutefeux des Soul&#232;vements de la Terre, en banlieue nantaise : la coop&#233;rative Oc&#233;ane, plateforme de fruits &amp; l&#233;gumes produits par des mara&#238;chers industriels et desservant notamment les hypermarch&#233;s de la r&#233;gion. Quelques bottes de paille d&#233;pos&#233;es, une banderole dress&#233;e &#8211; &#187; Stop &#224; l'extension de l'industrie mara&#238;ch&#232;re &#187; &#8211; et le si&#232;ge peut commencer, avec, au menu, brioche offerte par un camarade boulanger, jus de pomme bio et accord&#233;on. Sont pr&#233;sents une centaine de motiv&#233;s &#8211; des paysans, des militants sans &#233;tiquettes, mais aussi des syndicalistes de la CGT et de Solidaires, rameut&#233;s en minibus. L'objectif : bloquer quelques heures ce n&#339;ud commercial au service de l'agriculture dans ce qu'elle a de plus destructrice. Car les produits dispatch&#233;s ici sont pour la plupart issus d'une agriculture li&#233;e &#224; l'exploitation de tr&#232;s polluantes carri&#232;res g&#233;antes de sable &#8211; mati&#232;re dont les mara&#238;chers font massivement usage pour optimiser leurs r&#233;coltes. Deux d'entre elles sont d'ailleurs situ&#233;es &#224; Saint-Colomban, lieu de d&#233;part de l'action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magie d'une organisation aff&#251;t&#233;e : l&#224;-bas aussi, &#231;a cr&#233;pite. &#192; l'heure o&#249; les tracteurs et la centaine de personnes qui les accompagnent commencent &#224; bloquer la coop&#233;rative Oc&#233;ane, un groupe d'environ 150 manifestants s'approche des grilles de ces carri&#232;res, exploit&#233;es par les monstres GSM et Lafarge&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le premier occupe 65 hectares pour 400 000 tonnes de sable extraites par an, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Certains portent des chambres &#224; air de tracteur, d'autres des crocodiles et cygnes gonflables, qu'ils comptent utiliser pour barboter dans les plans d'eau n&#233;cessaires &#224; cette industrie particuli&#232;re et ainsi bloquer les lieux. Ils n'y parviendront pas, faute de pouvoir blouser les flics rappliqu&#233;s en nombre avec l'appui d'un h&#233;licopt&#232;re, mais l'ensemble du site sera bien ferm&#233; tout ce lundi, victoire notable. Les messages sur les banderoles font r&#233;f&#233;rence au projet d'extension des carri&#232;res au profit de ces deux groupes qui ont fini d'essorer &#224; sec les 115 hectares qu'ils se partageaient et visent &#224; satisfaire leur morbide fringale, &#224; rebours des recommandations environnementales&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le projet, qui sera valid&#233; (ou pas) &#224; l'horizon 2021 contreviendrait (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. On peut notamment lire : &#171; Les carri&#232;res touchent le fond &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux actions rondement men&#233;es, donc, dans l'enthousiasme et la d&#233;termination. Et qui, malgr&#233; des cibles diff&#233;rentes, d&#233;noncent une m&#234;me fuite en avant, balafrant aussi bien les terres agricoles que les humains vivant dans leurs environs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Haut foutage de gueule environnemental&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La veille de ces deux actions, je me balade en Logan moribonde sur la D 178, le long des champs de m&#226;che et de radis cultiv&#233;s par les mara&#238;chers industriels, pour constater l'&#233;tendue du d&#233;sastre. Un d&#233;tail attire mon attention, &#224; la fois d&#233;risoire et tellement parlant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un petit panneau sans pr&#233;tention, dress&#233; en bordure d'un immense champ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il y avait un proc&#232;s des massacreurs de la nature, nul doute que son cynique message pourrait &#234;tre convoqu&#233; comme pi&#232;ce &#224; conviction, le procureur Triton haussant la voix : &#171; &lt;i&gt;Pollueurs de la terre, qu'avez-vous &#224; dire pour votre d&#233;fense&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? &#201;tait-ce une blague ou bien le comble du cynisme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Las : on n'en est pas encore l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'instant, il est pos&#233; au-dessus de deux autres messages, l'un grognant que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e r&#232;gne en ma&#238;tre ici, l'autre que des cam&#233;ras filment tout individu susceptible de s'aventurer par l&#224; &#8211; la bonne ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce panneau s'&#233;tale un dessin de couleur rouge, sympa, presque champ&#234;tre, repr&#233;sentant une petite ferme &#233;panouie au soleil, chouette, avec des arbres fruitiers opulents et un mignon papillon qui vol&#232;te. Et cette mention officielle, d&#233;cern&#233;e par l'Association nationale pour le d&#233;veloppement : &#171; Haute valeur environnementale &#187; (HVE).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les yeux se l&#232;vent et si le corps op&#232;re un 360 &#176; de type &lt;i&gt;tour d'horizon&lt;/i&gt;, il est facile de r&#233;sumer la gueule des environs : un grand d&#233;sert de terre ingrate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu sauras quand tu seras au bon endroit : &#231;a ressemble &#224; tout sauf &#224; des champs cultiv&#233;s, plut&#244;t &#224; une autre plan&#232;te&lt;/i&gt; &#187;, m'assurait un riverain impliqu&#233; dans l'association La T&#234;te dans le sable, Xavier*&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms suivis d'un ast&#233;risque ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, d&#233;sol&#233; par la progression de ce vide que d'aucuns appellent la &#171; &lt;i&gt;mer de plastique&lt;/i&gt; &#187;. Et d'ajouter qu'il y a peu se trouvait autour de l'endroit d'o&#249; j'observe l'horizon macram&#233; une ferme d'&#233;levage &#224; taille plus &lt;i&gt;humaine&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui a d&#233;vor&#233; cette ferme ? Une agro-industrie devenue folle, pratiquant un mara&#238;chage industriel pr&#233;dateur sans que les autorit&#233;s &#8211; locales ou nationales &#8211; ne s'en &#233;meuvent. Au contraire, les accapareurs destructeurs qui la g&#232;rent ont m&#234;me droit &#224; leurs m&#233;dailles, le label HVE permettant (notamment) de toucher des subventions &#233;tant tellement ais&#233; &#224; obtenir que le Mordor du &lt;i&gt;Seigneur des anneaux&lt;/i&gt; le d&#233;crocherait ais&#233;ment&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut par exemple l'obtenir en utilisant des pesticides de synth&#232;se et en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les papillons, par contre, c'est mort : pas un camarade h&#233;liophile voletant &#224; l'horizon.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le retour du &#171; temps des seigneurs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des champs comme celui-ci, il y en a beaucoup dans les environs des deux voraces carri&#232;res. Logique, en un sens, puisque ceux qui les cultivent utiliseraient &#224; eux seuls 30 % du sable extrait sur place par GSM et Lafarge. &#171; &lt;i&gt;L'implantation des carri&#232;res attire les mara&#238;chers industriels : les uns s'appuient sur les autres pour d&#233;vaster les environs de concert&lt;/i&gt; &#187;, explique Basile*, l'un des initiateurs des Soul&#232;vements de la Terre. Immenses et secs, ces champs d&#233;natur&#233;s ont envahi le dit &#171; pays de Retz &#187; et sont pour certains couverts d'un hideux plastique noir. D'autres sont saupoudr&#233;s de g&#233;n&#233;reuses couches de sable&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le sable, c'est pour r&#233;chauffer le sol et le drainer &#187;, explique (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Cela d&#233;pend de l'&#233;poque et des cultures pratiqu&#233;es &#8211; avec une pr&#233;dominance de m&#226;che et de muguet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une constante : ces terres appartiennent &#224; des agriculteurs usant d'une forme d'accaparement rendue possible par le biais de montages soci&#233;taires alambiqu&#233;s&lt;i&gt; [voir l'encadr&#233;]&lt;/i&gt;. Disposant de moyens financiers cons&#233;quents, ils rach&#232;tent les terres &#224; des prix plus &#233;lev&#233;s que celui du march&#233;, rognant ensuite sur les salaires de leurs ouvriers, qui bossent dans des conditions infernales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand j'ai atterri dans le coin, je cherchais un travail et j'ai pris le premier qui se pr&#233;sentait&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Hugo*, longs cheveux blonds, bobine de surfeur sympa et clopiaux &#224; la cha&#238;ne. &#171; &lt;i&gt;C'est comme &#231;a que je me suis retrouv&#233; &#224; bosser sur un champ immense, au beau milieu de la mer de plastique. J'ai tenu deux jours et demi avant de me casser.&lt;/i&gt; &#187; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Il n'y avait quasiment que des ouvriers agricoles &#233;trangers, amen&#233;s sp&#233;cialement de Roumanie ou du Maroc, et ils trimaient comme des beaux diables sous les invectives de petits chefs bourr&#233;s d&#232;s midi qui leur hurlaient dessus &#224; chaque fois qu'ils ralentissaient la cadence. Et interdiction de parler aux autres employ&#233;s. Un genre d'esclavage moderne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hugo n'est pas le seul &#224; parler d'esclavage pour d&#233;crire ces conditions de travail, rappelant les immenses exploitations d'Andalousie, avec des ouvriers agricoles ramen&#233;s de pays pauvres, ne parlant pas fran&#231;ais et log&#233;s dans de grands b&#226;timents tristes appartenant &#224; leur employeur. &#171; &lt;i&gt;C'est un monde extr&#234;mement opaque, mais on sait que les patrons paient ces travailleurs d&#233;tach&#233;s au salaire le plus bas possible, avec retenue d'argent pour le logement et des contrats d&#233;rogatoires qui peuvent atteindre les 70 heures par semaine au moment de la r&#233;colte du muguet pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;taille Ronan, de la CGT Sud-Loire, pr&#233;sent &#224; l'action de blocage de la plateforme Oc&#233;ane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voisin de ces terres toxiques, Xavier r&#233;sume la situation en convoquant le souvenir de feu son p&#232;re agriculteur : &#171; &lt;i&gt;Je me souviens de ce jour o&#249; il &#233;tait proche de la fin et o&#249; il m'a dit &#8220;Tu sais, j'aurais jamais cru vivre &#231;a, mais avec ces usines &#224; m&#226;che et &#224; muguet on revient &#224; ce qui subsistait encore ici dans l'entre-deux-guerres, le temps des seigneurs et des serfs.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; Un terrible constat, partag&#233; par la femme de Xavier, Caroline* : &#171; &lt;i&gt;Le pire, c'est que tout &#231;a provoque un gaspillage &#233;norme et a un impact consid&#233;rable sur l'environnement. L'association La T&#234;te dans le sable a bien montr&#233; &#224; quel point ce type de culture est n&#233;faste pour les nappes phr&#233;atiques. On est dans une agriculture de saccage de la nature.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce tableau dantesque, grignotant aussi bien le bocage que les petites exploitations agricoles, c'est peu dire que les autorit&#233;s m&#233;nagent ceux qui m&#232;nent le bal agro-industriel. &#192; l'image d'un certain Jean-Fran&#231;ois Vimet, qui poss&#232;de moult soci&#233;t&#233;s et se pose en &lt;i&gt;tycoon&lt;/i&gt; du muguet, type qui selon des t&#233;moignages unanimes et remont&#233;s ne fait pas franchement figure de symbole d'une agriculture raisonnable. Et pourtant : quand le ministre de l'Agriculture, Julien Denormandie, et le ministre d&#233;l&#233;gu&#233; aux Petites et moyennes entreprises, Alain Griset, se d&#233;placent en avril dernier dans le coin, c'est bien &#224; l'exploitation de ce Vimet qu'ils rendent visite. &#171; &lt;i&gt;Le &#8220;savoir-faire fran&#231;ais&#8221; a &#233;t&#233; mis en &#233;vidence par Alain Griset, qualifiant &#8220;d'impressionnante la capacit&#233; des professionnels &#224; pr&#233;parer le muguet pour le jour J&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivait pour l'occasion &lt;i&gt;Le Courrier du pays de Retz&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; En visite chez un producteur de muguet, deux ministres confirment les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cocorico : le &#171; savoir-faire &#187; des &lt;i&gt;seigneurs&lt;/i&gt; de la terre saccag&#233;e est ici reconnu &#224; sa juste valeur. Parfait symbole d'un microcosme local mazout&#233; par une agro-industrie aux airs de mar&#233;e noire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Au carrefour des b&#233;tonneurs&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, Saint-Colomban ne paye pas de mine &#8211; m&#234;me pas question d&#233;bine. Une petite bourgade de Loire-Atlantique un peu moche, de type pavillonnaire-rural, ne se poussant pas du col. Trois gros milliers d'habitants, une mairie hideuse, des fa&#231;ades proprettes, l'ennui qui plane dans l'air, une vie associative municipale largement financ&#233;e par GSM et Lafarge&lt;a href=&#034;#nb8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon les militants de La T&#234;te dans le sable.&#034; id=&#034;nh8-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, voil&#224; trac&#233;e la banale esquisse, aux gros pinceaux. Rien de bien notable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il doit pourtant y avoir quelque chose dans l'eau du robinet du coin ou dans le potentiel magouilleur des &#233;lus locaux qui attire les projets inutiles et saccageurs. Comme si les carri&#232;res de sable et l'invasion du mara&#238;chage industriel ne suffisaient pas, deux autres monstruosit&#233;s sont en effet dans les cartons. &#192; quelques kilom&#232;tres au nord-est, &#224; Montbert, c'est Amazon qui a des vues sur un gigantesque terrain. Impliqu&#233;e dans le collectif Anina (Amazon ni ici ni ailleurs), Dominique explique que l'entreprise am&#233;ricaine tentaculaire souhaite construire un espace de stockage de 185 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; et que cela impacterait fortement une r&#233;gion d&#233;j&#224; abonn&#233;e &#224; l'essor de zones d'activit&#233; aussi sordides que polluantes. Et de rappeler que &#171; &lt;i&gt;la Loire-Atlantique est une championne en mati&#232;re de projets inutiles&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre candidat au podium de la d&#233;vastation vise, lui, &#224; s'implanter au sud de Saint-Colomban, &#224; Corcou&#233;-sur-Logne. Sa sp&#233;cialit&#233; : le m&#233;thane, soit l'exploitation des d&#233;jections des b&#234;tes d'&#233;levage. Le &#171; &lt;i&gt;m&#233;thaniseur XXL&lt;/i&gt; &#187; et ses trois chemin&#233;es de 50 m&#232;tres de haut, cens&#233;s &#234;tre construits par une multinationale danoise, Nature Energy, pr&#233;sentent en effet un bilan &#233;cologique projet&#233; des plus d&#233;plorables, avec, selon les opposants un risque majeur de pollution des nappes phr&#233;atiques. Il est pr&#233;vu de transformer chaque ann&#233;e 700 000 tonnes de lisier et de fumier en biogaz&lt;a href=&#034;#nb8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffres extraits d'un article de France 3, &#171; Pol&#233;mique autour du projet de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, n'en jetez plus, la coupe d&#233;gueule, tant il appara&#238;t que sont condens&#233;s dans les environs de Saint-Colomban nombre de calamit&#233;s frappant aussi bien les tenants d'une agriculture paysanne ma&#238;tris&#233;e que les pourfendeurs de la b&#233;tonisation du monde. Une exception ? Pas forc&#233;ment. Plut&#244;t : un condens&#233; de ce d&#233;sert avide que les amoureux du b&#233;ton concoctent dans les campagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de ceux qui disent non, la mayonnaise n'a pas pris imm&#233;diatement. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, on avait clairement l'impression que tout le monde s'en foutait, que pour les gens des environs c'&#233;tait normal de voir notre environnement d&#233;vast&#233; en mode acc&#233;l&#233;r&#233;&lt;/i&gt; &#187;, explique Hector *, un militant du coin. Il rappelle aussi que les pressions n'ont pas tard&#233;, venues aussi bien des flics que des mara&#238;chers ou des exploitants de la carri&#232;re. Quant au maire de Saint-Colomban, il les accuse d'encourager les zadistes &#224; venir sur place. Nul doute qu'il a appr&#233;ci&#233; ce week-end militant et sa dynamique, que r&#233;sume bien Hector : &#171; &lt;i&gt;Comme on ne ne nous &#233;coutait pas, on a voulu monter d'un cran. C'est pour &#231;a qu'on est all&#233;s &#224; la rencontre des camarades des Soul&#232;vements de la Terre, pour leur proposer d'organiser ensemble ce temps de r&#233;sistance. Il fallait donner plus de r&#233;sonance &#224; nos luttes locales.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La v&#233;rit&#233; si je soul&#232;vements&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un spectre hante ce week-end de luttes : celui de Notre-Dame-des-Landes (NDDL). Pour rappel : apr&#232;s des ann&#233;es de combat acharn&#233; et de rassemblements pyrotechniques, et malgr&#233; une r&#233;pression relevant parfois de l'occupation militaire, le projet d'a&#233;roport est d&#233;finitivement enterr&#233; en janvier 2018. Une victoire porteuse d'horizons r&#233;jouissants, mais qui ne se passe alors pas sans prises de t&#234;te et de bec, entre ceux qui optent pour la r&#233;gularisation des terres agricoles (360 hectares au total) et d'autres se consid&#233;rant comme les dindons de la farce. Une p&#233;riode complexe, parfois moche, avec des plaies toujours pas referm&#233;es. Quoi qu'il en soit, le lieu reste depuis un territoire d'exp&#233;rimentation et un symbole fort, brassant initiatives et militants. Et c'est sur place qu'&#224; l'&#233;t&#233; 2020 est lanc&#233; un premier rassemblement visant &#224; organiser ces &#171; Soul&#232;vements de la Terre &#187;. Le principe : mettre en branle une campagne de lutte visant &#224; f&#233;d&#233;rer le plus largement possible, incluant, outre les franges les plus autonomes, des acteurs moins &lt;i&gt;attendus&lt;/i&gt;, comme la Conf&#233;d&#233;ration paysanne ou Youth For Climate. En janvier, un appel est r&#233;dig&#233;, qui donne le ton : &#171; &lt;i&gt;Nous ne nous r&#233;soudrons pas &#224; contempler la fin du monde, impuissant.es, isol&#233;.es et enferm&#233;.es chez nous. Nous avons besoin d'air, d'eau, de terre et d'espaces lib&#233;r&#233;s pour explorer de nouvelles relations entre humains comme avec le reste du vivant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Jean*, historique de la lutte anti-a&#233;roport, tout cela est n&#233; d'un constat concret : &#171; &lt;i&gt;Dans les moments forts du combat, des gens d&#233;barquaient sur la Zad par milliers. Et on se disait toujours qu'il faudrait r&#233;ussir &#224; f&#233;d&#233;rer ces gens au-del&#224; de NDDL une fois la victoire ent&#233;rin&#233;e. C'est l'un des objectifs des Soul&#232;vements.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les rassemblements organis&#233;s sont pour l'instant moins &#171; massifs &#187; que ceux de l'embl&#233;matique Zad, ils ont par contre vite suscit&#233; un &#233;lan de propositions concr&#232;tes, qui a pouss&#233; les personnes aux manettes &#224; faire feu de tout bois, ambition au taquet. Sont d&#233;sormais pr&#233;vues trois &#171; saisons &#187;, chacune compos&#233;e de plusieurs &#171; actes &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Consacr&#233;e &#224; la d&#233;nonciation de l'artificialisation des terres, la premi&#232;re est en cours et a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; jalonn&#233;e d'&#233;tapes importantes : en mars &#224; Besan&#231;on, aux Va&#238;tes, pour d&#233;fendre 34 hectares de terres menac&#233;es par un &#233;coquartier ; en avril vers Rennes contre l'extension des installations du club de foot local ; en mai au &#171; Pays de Suc &#187; (Haute-Loire) contre la d&#233;viation de la RN 88 voulue par un certain Laurent &lt;i&gt;fucking&lt;/i&gt; Wauquiez ; et en juin, donc, autour de Saint-Colomban (&#233;pisode faisant office de transition avec la saison 2, davantage consacr&#233;e &#224; une th&#233;matique plus sp&#233;cifiquement agricole &#8211; l'accaparement des terres). Quant &#224; la saison 3, il se murmure qu'elle pourrait &#234;tre consacr&#233;e &#224; l'invasion du champ agricole par d'ali&#233;nantes technologies high-tech &#8211; l'agriculture sans humains ? &lt;i&gt;No pasar&#225;n&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3683 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1819.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH1214/-1819-3eede.jpg?1768700632' width='500' height='1214' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tectonique des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De tout ce joyeux chambard militant, on peut retenir quelques pans particuli&#232;rement encourageants. La volont&#233; de f&#233;d&#233;rer largement, donc, mais aussi le fait de m&#234;ler luttes urbaines et rurales. Et cette impression largement partag&#233;e que, face &#224; l'infinie sinistrose politique du moment, les luttes &#233;colos locales sont l'un des rares horizons porteurs d'espoir. &#171; &lt;i&gt;Ces combats sont souvent vus comme l&#233;gitimes, avec, en face, des gens qui ont de plus en plus de mal &#224; justifier le saccage de l'environnement, &lt;/i&gt;rappelle Jean*. &lt;i&gt;Et c'est en partie pour cela qu'ont &#233;t&#233; obtenues plusieurs victoires importantes&lt;a href=&#034;#nb8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;NDLR : Formulation modifi&#233;e suite &#224; la remarque du principal int&#233;ress&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. Outre celle de Notre-Dame-des-Landes, il y a eu par exemple l'abandon du projet d'&#233;coquartier mena&#231;ant le &#8220;Quartier libre des Lentill&#232;res&#8221;, &#224; Dijon. Ou bien celui du Center Parcs de Roybon, dans la for&#234;t de Chambaran, en Is&#232;re, &#224; l'&#233;t&#233; 2020. Et aussi la d&#233;confiture du projet EuropaCity, dans le Triangle de Gonesse, pr&#232;s de Paris, fin 2019. Des luttes ayant mobilis&#233; beaucoup de monde et qui ont &#233;t&#233; influenc&#233;es par l'exemple de la Zad, qui a montr&#233; qu'&#224; condition d'&#234;tre ancr&#233; et d&#233;termin&#233; tu peux faire reculer les bulldozers, ouvrir des br&#232;ches.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me son de cloche chez les agriculteurs venus participer en tracteurs &#224; l'action contre la coop&#233;rative Oc&#233;ane, &#224; l'image de Dominique, la cinquantaine joviale : &#171; &lt;i&gt;La lutte de Notre-Dame-des-Landes nous a profond&#233;ment chang&#233;s.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Tous ces gens que tu vois d&#233;bouler en tracteur, il y a eu pour eux un avant et un apr&#232;s. Et je suis vraiment heureux d'avoir v&#233;cu &#231;a, parce que &#231;a m'a ouvert &#224; d'autres horizons, malgr&#233; les difficult&#233;s et les engueulades. Je n'aurais par exemple jamais compris les jeunes qui brisent des vitrines en manif sans cette exp&#233;rience. Et on n'attend qu'une chose : relancer un mouvement de masse.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Christian, qui ne boude pas son plaisir au moment de d&#233;filer dans Saint-Colomban tous klaxons hurlant apr&#232;s l'action de blocage, avec pause prolong&#233;e devant la mairie si timide face &#224; l'agro-industrie, il estime avoir v&#233;cu &#171; &lt;i&gt;quelque chose d'exceptionnel avec la lutte de Notre-Dame-des-Landes&lt;/i&gt; &#187;, victorieuse selon lui gr&#226;ce &#224; &#171; &lt;i&gt;l'alliance entre agriculteurs locaux, qui avaient besoin d'autres horizons pour donner plus de consistance &#224; la lutte, et militants ext&#233;rieurs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'autres horizons&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien &#231;a.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'heure de plier bagage apr&#232;s trois jours d'actions, manifs, ateliers et rencontres, le sourire est donc de mise. Comme si chacun avait en t&#234;te que, malgr&#233; des forces vives encore limit&#233;es, quelque chose se tisse peu &#224; peu, de bric et de broc, grondant dans l'ombre des saccageurs, se pr&#233;parant &#224; bondir. Sans doute en raison d'un foisonnement difficilement descriptible, lumineux et foutraque, dont certains &#233;l&#233;ments m&#233;ritent d'&#234;tre mentionn&#233;s :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; La manif du samedi en bordure de carri&#232;res, derri&#232;re un char &#224; la sono taquine, oscillant entre &lt;i&gt;Internationale&lt;/i&gt; version sovi&#233;tique et tube punk bramant &#171; &lt;i&gt;Si c'est vous le futur nous serons la gu&#233;rilla&lt;/i&gt; &#187;. &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; La participation impromptue d'un collectif grenoblois nomm&#233; Les Rallumeurs d'&#233;toiles, sp&#233;cialis&#233; dans la confection de ballons g&#233;ants, envoyant haut dans le ciel de Loire-Atlantique des banderoles antifascistes (&#171; &lt;i&gt;Le fascisme c'est comme la gangr&#232;ne, on l'&#233;limine ou on en cr&#232;ve&lt;/i&gt; &#187;) et des jeux de mots pourraves (&#171; &lt;i&gt;On m&#226;che sur la t&#234;te&lt;/i&gt; &#187;). &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Le p&#233;tage de durite d'un mara&#238;cher industriel, d&#233;barqu&#233; vrombissant en Audi grand luxe, alpaguant les bloqueurs de la plateforme logistique d'un furieux &#171; &lt;i&gt;Mais vous m'emp&#234;chez de travailler&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; puis remball&#233; par un vieux de la vieille coutur&#233; de cicatrices : &#171; &lt;i&gt;Oui, c'est bien pour &#231;a qu'on est l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; une &#171; danse de l'ours &#187; collective improvis&#233;e sur la route passant devant la plateforme, bloquant voitures et camions dans un grand n'importe quoi chor&#233;graphique et suscitant pourtant l'enthousiasme klaxonneur de certains routiers &#8211; &lt;i&gt;p&#244;&#244;&#244;&#244;&#244;nnnn&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une belle respiration, donc. Et l'impression sans doute un chou&#239;a na&#239;ve mais tellement bienvenue que ces Soul&#232;vements, &#224; Saint-Colomban comme ailleurs, ne sont que le d&#233;but d'une longue longue lutte. Qui finira, c'est &#233;crit, par renverser la table des zombies saccageurs et ouvrir un nouveau chapitre. Son titre : &#171; Adieu les cons, adieu b&#233;ton &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La question fonci&#232;re, nerf de la guerre agricole&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;C'est une question centrale des Soul&#232;vements de la Terre &lt;i&gt;and co&lt;/i&gt;, mais moins connue que celle de l'artificialisation des territoires : l'accaparement des terres agricoles par une petite frange d'agriculteurs, davantage branch&#233;s FNSEA&lt;a href=&#034;#nb8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;F&#233;d&#233;ration nationale des syndicats d'exploitants agricoles, clairement en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; productiviste que paysannerie ma&#238;tris&#233;e &#8211; &#224; l'image des mara&#238;chers industriels de Saint-Colomban. Il est pourtant fondamental de la creuser, d'autant plus au regard de ces chiffres que la Conf&#233;d&#233;ration paysanne (Conf') s'&#233;chine &#224; r&#233;p&#233;ter : dans dix ans, la moiti&#233; des paysans en activit&#233; seront partis en retraite. Il faut donc tout faire pour que ceux qui les remplacent n'appartiennent pas au camp des grosses exploitations au bilan &#233;cologique et social d&#233;plorable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vrai, cette &#233;volution s'inscrit dans un paysage &#233;minemment complexe. Pour essayer d'y voir plus clair, j'ai discut&#233; avec Morgane, sp&#233;cialiste des questions fonci&#232;res &#224; la Conf'. Elle m'a cont&#233; une histoire peu connue. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, des outils visant &#224; assurer une juste r&#233;partition des terres ont &#233;t&#233; mis en place, avec protection des agriculteurs et loyers des terres encadr&#233;s. Dans les ann&#233;es 1960, deux autres outils sont venus appuyer cette base : le contr&#244;le &#233;tatique des structures agricoles, visant &#224; favoriser l'installation de jeunes agriculteurs et &#233;viter l'agrandissement disproportionn&#233; ; et la cr&#233;ation des Soci&#233;t&#233;s d'am&#233;nagement foncier et d'&#233;tablissement rural (Safer), charg&#233;es de contr&#244;ler la vente du foncier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, la France est donc rest&#233;e plut&#244;t &#171; progressiste &#187; en la mati&#232;re, posant quelques barri&#232;res &#224; la logique capitaliste d'accaparement effr&#233;n&#233;. Mais progressivement ces outils ont perdu leur sens. De m&#234;me que les labels de type &#171; Haute valeur environnementale &#187; ne signifient plus grand-chose, que les aides de la PAC (Politique agricole commune) pleuvent sur l'agriculture industrielle, que les Safer sont sous influence FNSEA, la r&#233;gulation &#233;tatique de la r&#233;partition des terres est devenue une vaste blague. &#171; &lt;i&gt;Ils ont rendu impuissants des outils qui avaient fait leurs preuves&lt;/i&gt; &#187;, explique Morgane. S'il est impossible d'entrer ici dans tous les d&#233;tails techniques, il convient de mentionner la g&#233;n&#233;ralisation des &#171; montages soci&#233;taires &#187; chez les agriculteurs visant &#224; s'&#233;tendre, soit la mat&#233;rialisation d'une financiarisation du secteur, permettant de d&#233;jouer les cadres r&#233;gulateurs. Et Morgane de mentionner le cas d'un agriculteur de Loire-Atlantique poss&#233;dant une soixantaine de soci&#233;t&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Le contr&#244;le des structures ne s'applique plus et cela se fait au b&#233;n&#233;fice des grands propri&#233;taires et de l'agriculture financiaris&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;nonce-t-elle. Avant de nuancer le constat : &#171; &lt;i&gt;Cela concerne aussi les exploitants de taille normale, pouss&#233;s &#224; s'&#233;tendre toujours plus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le chantier est immense. Ce que rappelle Manon*, paysanne du coin impliqu&#233;e dans un groupe de jeunes agriculteurs cherchant des solutions &#224; cette tendance de fond : &#171; &lt;i&gt;Il y a plein de mani&#232;res de faire ce m&#233;tier en &#233;vitant l'agrandissement. Mais les investisseurs sont aux aguets, pr&#234;ts &#224; sauter sur tout agriculteur partant &#224; la retraite. Nous ce qu'on voudrait c'est trouver des mani&#232;res de convaincre ces derniers qu'il vaut mieux transmettre &#224; des jeunes souhaitant s'installer, qu'on sera l&#224; pour les accompagner dans ce moment difficile.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est compliqu&#233; de combattre l'accaparement, car c'est moins spectaculaire que l'artificialisation&lt;/i&gt; &#187;, explique Thomas, jeune paysan affili&#233; &#224; la Conf' de Haute-Vienne, d&#233;cid&#233; &#224; ruer dans les brancards ruraux. Et Ben, son camarade, de compl&#233;ter le propos : &#171; &lt;i&gt;Tout pousse les agriculteurs &#224; s'agrandir, des subventions de la PAC au discours ambiant. On ne veut pas pointer du doigt ceux qui tombent dedans, mais simplement rappeler que, comme l'usage des pesticides, c'est une question syst&#233;mique. Qui appelle une r&#233;ponse de fond.&lt;/i&gt; &#187; &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le premier occupe 65 hectares pour 400 000 tonnes de sable extraites par an, le second 49 hectares pour 350 000 tonnes. Depuis leur ouverture il y a vingt ans, 10 millions de tonnes de sable ont &#233;t&#233; pr&#233;lev&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le projet, qui sera valid&#233; (ou pas) &#224; l'horizon 2021 contreviendrait notamment au Sch&#233;ma de coh&#233;rence territorial (SCOT).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms suivis d'un ast&#233;risque ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On peut par exemple l'obtenir en utilisant des pesticides de synth&#232;se et en usant de quelques artifices de type replantage d'arbres en bord de terrains. Voir notamment &#171; &lt;a href=&#034;https://reporterre.net/Le-ministre-de-l-Agriculture-fait-une-PAC-pour-les-gros-et-pas-pour-le-bio&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le ministre de l'Agriculture fait une PAC pour les gros et pas pour le bio&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Reporterre&lt;/i&gt; (22/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Le sable, c'est pour r&#233;chauffer le sol et le drainer&lt;/i&gt; &#187;, explique Christian, agriculteur, qui ajoute : &#171; &lt;i&gt;C'est une technique qui gaspille beaucoup, parce qu'il faut toujours en remettre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://actu.fr/pays-de-la-loire/saint-philbert-de-grand-lieu_44188/loire-atlantique-en-visite-chez-un-producteur-de-muguet-deux-ministres-confirment-les-mesures-pour-le-1er-mai_41410289.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En visite chez un producteur de muguet, deux ministres confirment les mesures pour le 1er mai&lt;/a&gt; &#187; (28/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon les militants de La T&#234;te dans le sable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffres extraits d'un article de France 3, &#171; &lt;a href=&#034;https://france3-regions.francetvinfo.fr/pays-de-la-loire/loire-atlantique/loire-atlantique-polemique-autour-du-projet-methaniseur-xxl-corcoue-logne-1897932.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pol&#233;mique autour du projet de m&#233;thaniseur XXL &#224; Corcou&#233;-sur-Logne&lt;/a&gt; &#187; (23/11/20). Notons que ce projet pose de nombreux probl&#232;mes &#233;cologiques, notamment de par sa production de &#171; digestat &#187;, ensuite massivement &#233;pandu dans les champs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;NDLR : Formulation modifi&#233;e suite &#224; la remarque du principal int&#233;ress&#233; tenant &#224; rectifier la formulation de ses propos, et donc (tr&#232;s l&#233;g&#232;rement) diff&#233;rente de celle figurant dans la version papier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;F&#233;d&#233;ration nationale des syndicats d'exploitants agricoles, clairement en faveur d'une vision ultra-productiviste de l'agriculture.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L'&#233;cof&#233;minisme invite &#224; d&#233;passer les dualismes &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-ecofeminisme-invite-a-depasser</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Au sein des luttes pour la d&#233;fense des terres, une constante : la pr&#233;sence massive de femmes. Et parmi elles, des &#233;cof&#233;ministes consid&#233;rant qu'il existe un lien tangible entre domination patriarcale et accaparement des terres. Autrement dit : on n'aurait pas &#171; affaire &#224; des ph&#233;nom&#232;nes sans aucun rapport, mais plut&#244;t &#224; deux aspects d'un seul et m&#234;me syst&#232;me &#187;, comme l'explique Jeanne Burgart Goutal, philosophe et autrice d'&#202;tre &#233;cof&#233;ministe &#8211; Th&#233;ories et pratiques, un bouquin paru en 2020 &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no200-juillet-aout-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;200 (juillet-ao&#251;t 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/place" rel="tag"&gt;place&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au sein des luttes pour la d&#233;fense des terres, une constante : la pr&#233;sence massive de femmes. Et parmi elles, des &#233;cof&#233;ministes consid&#233;rant qu'il existe un lien tangible entre domination patriarcale et accaparement des terres. Autrement dit : on n'aurait pas &#171; affaire &#224; des ph&#233;nom&#232;nes sans aucun rapport, mais plut&#244;t &#224; deux aspects d'un seul et m&#234;me syst&#232;me &#187;, comme l'explique Jeanne Burgart Goutal, philosophe et autrice d'&lt;i&gt;&#202;tre &#233;cof&#233;ministe &#8211; Th&#233;ories et pratiques&lt;/i&gt;, un bouquin paru en 2020 &#224; L'&#201;chapp&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3682 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH656/-1818-a0992.jpg?1768907692' width='500' height='656' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mot honni des f&#233;ministes tant il a servi de pr&#233;texte &#224; des mill&#233;naires d'ali&#233;nation des femmes, la notion de &#171; nature &#187; (au sens large) semble aujourd'hui s'offrir une virginit&#233; : &#171; L'Amazonie, ma chatte, arr&#234;tez de tout raser ! &#187;, peut-on lire sur certaines pancartes lors de manifestations &#233;colos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;fense de la nature &#8211; et par extension celle des terres &#8211; figure ainsi en bonne place &#224; l'agenda de certaines f&#233;ministes, &#224; l'instar de celles qui ont tenu des barricades &#224; Notre-Dame-des-Landes tout en fustigeant le sexisme de certains de leurs camarades de lutte. Ou d'autres ayant organis&#233; un week-end en mixit&#233; choisie &#224; Bure, notamment pour se r&#233;approprier leur pouvoir d'agir face aux sbires de l'Andra&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence nationale pour la gestion des d&#233;chets radioactifs.&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Discr&#232;te ces derni&#232;res d&#233;cennies, cette articulation des luttes ne date pourtant pas d'hier : Fran&#231;oise d'Eaubonne, penseuse libertaire, th&#233;oricienne de l'&#233;cof&#233;minisme et saboteuse de premi&#232;re classe d&#233;fendait d&#233;j&#224; vertement dans les ann&#233;es 1970 la n&#233;cessit&#233; de mener ces deux combats de front&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet Fran&#231;oise d'Eaubonne et l'&#233;cof&#233;minisme de Caroline Goldblum (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apparent antagonisme de d&#233;part &#8211; d&#233;fense des femmes, d&#233;fense de la nature &#8211; appara&#238;t donc soluble dans un certain f&#233;minisme. Et c'est pourquoi on a demand&#233; &#224; Jeanne Burgart Goutal de nous en dire plus, sachant qu'elle a largement d&#233;frich&#233; le sujet dans son livre &lt;i&gt;&#202;tre &#233;cof&#233;ministe. Th&#233;ories et pratiques.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Du combat des habitants de Plogoff (Finist&#232;re) contre l'implantation d'une centrale nucl&#233;aire dans les ann&#233;es 1980 &#224; la mobilisation actuelle contre l'enfouissement de d&#233;chets radioactifs &#224; Bure (Meuse), les femmes semblent investir massivement les luttes pour la d&#233;fense des terres. Comment le comprendre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La question est d&#233;licate et je n'ai pas de r&#233;ponse tranch&#233;e, mais on peut soulever plusieurs hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on prend le cas de Plogoff, l'omnipr&#233;sence des femmes dans la lutte peut s'expliquer par le contexte. &#192; l'&#233;poque, l'&#233;conomie locale reposant sur la p&#234;che, les hommes &#233;taient souvent en mer. Ce sont donc les femmes qui ont d&#251; mener le combat. Parce qu'elles restaient sur place avec les enfants, ce sont &#233;galement elles qui ont les premi&#232;res saisi l'&#233;tendue des risques de d&#233;gradations que faisait peser sur leur environnement imm&#233;diat le projet de centrale nucl&#233;aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'a donc pas besoin de pr&#233;tendre que les femmes seraient essentiellement plus proches de la nature : il suffit d'une explication sociologique reposant sur l'analyse de la division sexuelle du travail. Dans la plupart des soci&#233;t&#233;s, ce sont les femmes qui sont charg&#233;es de s'occuper des corps et en particulier des corps vuln&#233;rables : nourrir les enfants, s'occuper des vieux, des personnes malades. Or, les d&#233;gradations environnementales que peut, par exemple, produire l'enfouissement de d&#233;chets radioactifs ont un impact sur la sant&#233;. Et parce que ce sont les femmes qui seront charg&#233;es de s'occuper des corps vuln&#233;rables, elles ont plus imm&#233;diatement conscience de l'impact de certains projets d&#233;gradant &#224; la fois l'environnement et la sant&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon Starhawk, autrice et activiste am&#233;ricaine, les oppressions &#171; &lt;i&gt;de race, de sexe, de classe, et la destruction &#233;cologique&lt;/i&gt; &#187; seraient imbriqu&#233;es. C'est d'ailleurs le point de d&#233;part de la pens&#233;e &#233;cof&#233;ministe. Quel lien entre les violences faites aux femmes et celles faites &#224; la terre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut trouver certaines analogies entre ces oppressions et la destruction des terres : des m&#233;canismes similaires d'objectivation, de r&#233;ification, d'exploitation, de domination par la violence... Et de r&#233;els liens de causalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce sujet, il est &#233;clairant d'observer ce qui se met en place autour de grands projets industriels. En Am&#233;rique du Sud, par exemple, les projets d'extraction mini&#232;re d&#233;vastent l'environnement de nombreuses communaut&#233;s rurales, souvent indig&#232;nes. Et ils ont recours &#224; une main-d'&#339;uvre massive, g&#233;n&#233;ralement masculine. Des hommes d&#233;racin&#233;s, qui se retrouvent loin de leur foyer. Sur place, cela cr&#233;e de nouvelles violences &#224; l'&#233;gard des femmes : une recrudescence des viols, un business de la prostitution... Plusieurs collectifs sud-am&#233;ricains, comme le Colectivo Casa et le Renamat, mettent en exergue ces imbrications, sur lesquelles se penche &#233;galement le documentaire &lt;i&gt;Ni les femmes ni la terre&lt;/i&gt; (2018), de Marine Allard, Lucie Assemat et Coline Dhaussy. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez dans votre livre l'exemple des Bombes atomiques, un collectif qui s'est notamment illustr&#233; en organisant, en septembre 2019, un rassemblement &#224; Bure &#171; &lt;i&gt;entre femmes, lesbiennes, personnes trans, intersexes, non binaires&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Comment analyser ces ponts entre luttes pour la d&#233;fense des terres et luttes LGBT ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'&#233;cof&#233;minisme, dont se revendiquent les Bombes atomiques, invite &#224; d&#233;passer les dualismes : nature/culture, humain/animal, corps/esprit, masculin/f&#233;minin... Avant de d&#233;couvrir l'&#233;cof&#233;minisme, je m'int&#233;ressais surtout au f&#233;minisme &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt; de Judith Butler et Donna Haraway, qui appelle &#224; sortir de la binarit&#233;. Et c'est une pens&#233;e que j'ai retrouv&#233;e dans l'&#233;cof&#233;minisme, contrairement au clich&#233; qu'on en a souvent. D'ailleurs, dans les ann&#233;es 1970-1980, il y a eu des passerelles entre les &#233;cof&#233;ministes et le mouvement de retour &#224; la terre men&#233; par des &#8220;lesbiennes s&#233;paratistes&#8221; qui ont cr&#233;&#233; des communaut&#233;s rurales non mixtes, notamment aux &#201;tats-Unis, dans l'Oregon. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme vous l'&#233;voquiez, l'investissement des femmes dans les luttes pour la terre est &#233;galement fortement ancr&#233; dans les pays du Sud, en Am&#233;rique latine, mais aussi en Inde, o&#249; est n&#233; le mouvement Chipko. Quelle est son histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le mouvement Chipko a pris racine dans les ann&#233;es 1970 &#224; Mandal, au nord de l'Inde. &#192; l'&#233;poque, les habitants avaient cr&#233;&#233; une coop&#233;rative locale avec un atelier de fabrication d'outils agricoles. Eux attendaient que le service forestier leur alloue des parcelles de for&#234;ts pour leur activit&#233;, ce qu'il a refus&#233;, avant d'en vendre certaines &#224; un fabricant de mat&#233;riel de sport. Les mobilisations ont alors commenc&#233; et les femmes y ont pris part massivement. Elles ont prot&#233;g&#233; les arbres avec leurs propres corps pour emp&#234;cher qu'ils soient abattus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s la militante &#233;cof&#233;ministe Vandana Shiva, il s'agissait au d&#233;but d'un mouvement assez mixte, puis la contestation est devenue plus f&#233;minine et plus clairement &#233;cologiste. Parce que les int&#233;r&#234;ts des hommes et des femmes divergeaient. Les hommes se satisfaisaient de gagner la premi&#232;re partie de la lutte : ce n'&#233;tait pas &#224; une entreprise ext&#233;rieure d'exploiter les arbres, mais &#224; eux, localement. Les femmes avaient d'autres ambitions : pour elles, que ce soit une entreprise ext&#233;rieure ou leurs propres mecs qui d&#233;truisent la for&#234;t revenait au m&#234;me. Au fur et &#224; mesure, la lutte leur a permis une forme d'&#233;mancipation : leur r&#244;le a chang&#233; dans la communaut&#233;, elles ont r&#233;clam&#233; une place dans les instances de d&#233;cision locales et le mouvement a obtenu un moratoire de quinze ans sur la coupe des arbres dans deux &#201;tats du nord de l'Inde. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites qu'on ne peut pas pour autant qualifier d'&#233;cof&#233;ministes certaines luttes pour la terre men&#233;es dans les pays du Sud, pour la bonne raison que &#171; &lt;i&gt;les femmes de ces mouvements r&#233;cusent explicitement ces &#233;tiquettes&lt;/i&gt; &#187; : celle de f&#233;ministes comme celle d'&#233;cologistes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le contexte d'une ancienne colonie comme l'Inde, on peut soup&#231;onner d'imp&#233;rialisme les notions export&#233;es par l'Occident, comme &#8220;&#233;cologie&#8221; et &#8220;f&#233;minisme&#8221;. D'autant que des arguments pseudo f&#233;ministes ont historiquement &#233;t&#233; mis au service du discours colonialiste, en inf&#233;riorisant les Indiens et en taxant en bloc leur culture de barbare et arri&#233;r&#233;e, &#224; cause de certaines traditions patriarcales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de faire de ces femmes en lutte pour la terre des &#8220;&#233;cof&#233;ministes &#224; leur insu&#8221;, il me semble plus int&#233;ressant d'essayer de comprendre comment elles d&#233;finissent elles-m&#234;mes leur mouvement, comment elles formulent ce au nom de quoi elles s'engagent. C'est tout l'enjeu d'une pens&#233;e d&#233;coloniale : apprendre &#224; se d&#233;coloniser au lieu de plaquer nos concepts et nos mots d'ordre partout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence nationale pour la gestion des d&#233;chets radioactifs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet &lt;i&gt;Fran&#231;oise d'Eaubonne et l'&#233;cof&#233;minisme&lt;/i&gt; de Caroline Goldblum et Fran&#231;oise d'Eaubonne, paru au Passager clandestin en 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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