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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Elle a pas fini de vous emmerder, celle-l&#224; ! &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Huiti&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. &#171; Monsieur, je vous en supplie, sortez-moi de l&#224; ! &#187; Nous sommes samedi, il est 13 h 30, Mme Viguier est seule dans la salle &#224; manger du 4e. &#8212; Qu'est-ce qui se passe, Betty ? Je lui demande. &#8212; Elles sont m&#233;chantes comme la gale ! Elles m'ont mise ici pour pas que je les emmerde ! (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Huiti&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4337 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L426xH600/1500chroniqueehpad_resultat-1b355-da2c5-a8a9c.jpg?1779606211' width='426' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Gautier Ducatez
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Monsieur, je vous en supplie, sortez-moi de l&#224; ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;br class='manualbr' /&gt;Nous sommes samedi, il est 13 h 30, M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Viguier est seule dans la salle &#224; manger du 4&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;.
&lt;br /&gt;&#8212; Qu'est-ce qui se passe, Betty ? Je lui demande.
&lt;br /&gt;&#8212; Elles sont m&#233;chantes comme la gale ! Elles m'ont mise ici pour pas que je les emmerde ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Je vais &#224; l'office me renseigner aupr&#232;s de mes coll&#232;gues. Celles du matin sont parties, il reste Oph&#233;lie et Rita qui travaillent douze heures ce samedi. Demain, elles en feront six tandis que les autres se taperont la longue journ&#233;e. C'est ainsi un week-end sur deux et ces jours-l&#224;, la pause d&#233;jeuner, c'est sacr&#233; ! Oph&#233;lie et Rita me donnent leur version de l'histoire : M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Viguier est tout simplement insupportable, elles n'en peuvent plus ! Celle-ci continue &#224; appeler &#224; l'aide comme si sa vie en d&#233;pendait ; je retourne la voir.
&lt;br /&gt;&#8212; Il para&#238;t que vous les avez insult&#233;es, je lui fais.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh, c'est qu'elles le m&#233;ritent !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, je rapatrie Mme Viguier &#224; l'office pour ne pas la laisser seule. Elle se calme mais, au bout de cinq minutes, elle recommence :
&lt;br /&gt;&#8212; Regardez-les, elles sont en train de manger. Pensez-vous qu'elles m'en proposeraient ?
&lt;br /&gt;&#8212; Vous voulez go&#251;ter, Betty ? lui demande Rita en lui tendant son tacos.
&lt;br /&gt;&#8212; Oh non merci, je n'ai pas faim !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans l'apr&#232;s-midi, alors que je passe devant M. Lacaze en poussant le fauteuil de M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Gaubert vers l'ascenseur, celui-ci m'interpelle :
&lt;br /&gt;&#8212; O&#249; est-ce qu'elle va, celle-l&#224; ?
&lt;br /&gt;&#8212; On sort dans le jardin, M. Lacaze, vous voulez venir ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s un silence songeur, il finit par conclure :
&lt;br /&gt;&#8212; Eh ben, elle a pas fini de vous emmerder !&lt;br class='manualbr' /&gt;Il a un coquard et un pansement sous l'&#339;il, mais il est incapable de raconter ce qui s'est pass&#233;. C'est sa fille, le lendemain, qui me donne le fin mot de l'histoire : &#171; &lt;i&gt;Il l'a brutalis&#233;e&lt;/i&gt;, me dit-elle en me montrant M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Gaubert. &lt;i&gt;Elle s'est d&#233;fendue, bien fait pour lui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Je regarde cette fr&#234;le dame dans son fauteuil roulant, je n'en reviens pas. Mais les aides-soignantes me le confirment : par moments, c'est une v&#233;ritable furie. Pendant quelques jours, M. Lacaze se tient &#224; distance mais l'une et l'autre passent leur journ&#233;e &#224; lentement divaguer dans les couloirs : ils retombent immanquablement l'un sur l'autre, ce qui d&#233;bouche souvent sur des cris voire des empoignades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Viguier, M&lt;sup&gt;m&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Gaubert et M. Lacaze ne participent &#224; aucune animation au cours de la semaine. Celles-ci profitent &#224; une vingtaine de r&#233;sident&#183;es, pratiquement toujours les m&#234;mes. Jeux, chansons, dessin, documentaires... Ce sont chaque semaine plus ou moins les m&#234;mes activit&#233;s. Mais comment un animateur, un seul pour 88 personnes, pourrait-il faire mieux avec un budget annuel de 150 &#8364; ? Le seuil pour b&#233;n&#233;ficier d'un deuxi&#232;me animateur est de 90. Dommage ! Pendant les week-ends et ses cong&#233;s, il n'y a rien du tout. Par ailleurs, je viens d'apprendre que l'ARS &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; avait amput&#233; de 12 000 &#8364; le budget pour les activit&#233;s &#224; but th&#233;rapeutique, destin&#233;es &#224; des personnes dont l'&#233;tat physique ou les troubles cognitifs ne permettent pas de participer aux animations traditionnelles. Il va donc falloir faire un choix : musicoth&#233;rapie, art-th&#233;rapie, gym des mains, qi gong... Qu'est-ce qu'on supprime ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ennui en Ehpad n'est pas une fatalit&#233;, il est parfaitement assum&#233; par nos autorit&#233;s sanitaires. Mais, comme il faut tout de m&#234;me soigner l'image, nous venons de recevoir une table interactive Tovertafel&#174; : un dispositif qui projette de jolis dessins color&#233;s sur une table, avec lesquels on peut interagir. Cela &#171; &lt;i&gt;diminue l'apathie en encourageant le mouvement et l'interaction sociale &lt;/i&gt; &#187;, dixit le site du fabricant. Co&#251;t du joujou : 8 800 &#8364;. Sans commentaire. Mais pourquoi pas, tout est bon &#224; prendre pour se changer les id&#233;es. J'installe Betty devant la table et commence en douceur, avec des fleurs. D&#232;s qu'une p&#226;querette appara&#238;t, elle tape dessus ! Pareil avec les papillons, les bulles de savon ou les feuilles mortes. Au bout de dix minutes &#224; peine, elle en a marre. &#199;a tombe bien, moi aussi. On n'a pas fini de s'emmerder en Ehpad...&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Denis L.&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-dansait-a-en-mourir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-t-aime-comme-un-frere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je t'aime comme un fr&#232;re ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;7&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Ca-va-Denis-tranquille' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; &#199;a va Denis, tranquille ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence r&#233;gionale de sant&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>S'il vous pla&#238;t, dessine-moi un horizon</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<dc:subject>Princesse Cheyenne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Avec son roman L&#224; o&#249; le feu et l'ours (Libertalia, 2021), Corinne Morel Darleux, famili&#232;re de nos colonnes, fait feu imaginatif de tout bois, entre Alice aux trousses du lapin blanc et Petit Prince libertaire. Premi&#232;re com&#232;te propuls&#233;e dans le r&#233;cit, il y a cette jeune fille qui s'appelle Violette et sympathise avec des ours terr&#233;s dans une tani&#232;re. S'ensuit une errance dans le d&#233;sert en qu&#234;te de tribus, puis une arriv&#233;e dans une oasis hissant le drapeau pirate. D&#233;boulent derri&#232;re une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Princesse-Cheyenne" rel="tag"&gt;Princesse Cheyenne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Avec son roman &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; (Libertalia, 2021), Corinne Morel Darleux, famili&#232;re de nos colonnes, fait feu imaginatif de tout bois, entre Alice aux trousses du lapin blanc et Petit Prince libertaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4132 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/libertalia-moreldarleux-laoulefeuetlours-couv_web_rvb.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH732/libertalia-moreldarleux-laoulefeuetlours-couv_web_rvb-cafaa.jpg?1779605116' width='500' height='732' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re com&#232;te propuls&#233;e dans le r&#233;cit, il y a cette jeune fille qui s'appelle Violette et sympathise avec des ours terr&#233;s dans une tani&#232;re. S'ensuit une errance dans le d&#233;sert en qu&#234;te de tribus, puis une arriv&#233;e dans une oasis hissant le drapeau pirate. D&#233;boulent derri&#232;re une palanqu&#233;e de cavaliers patibulaires, de hiboux, de sages singes et de frangipaniers &#8211; tout un univers foisonnant, qui s'adresse aussi bien aux grands enfants qu'aux petits adultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout est vrai&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit pourtant celle qui &#233;voquait dans notre dernier num&#233;ro le pouvoir de l'imaginaire animalier &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; De l'&#233;merveillement &#224; la lutte &#187;, CQFD n&#176; 198 (mai 2021).&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, une fois le r&#233;cit termin&#233;, dans une sorte de postface faisant office de &#171; &lt;i&gt;glossaire, symbolique et coulisses&lt;/i&gt; &#187;. Une affirmation en forme de belle pirouette, r&#233;sumant bien l'ambition port&#233;e par ce premier roman gorg&#233; d'onirisme chatoyant et d'horizons &#233;mancipateurs &#8211; &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tout est vrai&lt;/i&gt; &#187;. Et apr&#232;s tout, pourquoi pas ? Les histoires cont&#233;es dans ces pages, celle de Violette sillonnant le d&#233;sert avec ses compagnons ours, celle de Princesse Cheyenne les accueillant dans une oasis aux faux airs de Zad, celle d'un monde essor&#233;, cram&#233;, o&#249; de nouvelles formes d'alliances avec le vivant composent un antidote &#224; la catastrophe, et celle, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, d'un univers o&#249; enfants et femmes reprennent les commandes, composent toutes un arri&#232;re-fond fonci&#232;rement &lt;i&gt;terrestre&lt;/i&gt;, o&#249; tout se tient, fait sens. Rien de galactique ou d'extra-terrestre l&#224;-dedans, simplement une redistribution des cartes laissant plus de place &#224; la po&#233;sie, &#224; la sensibilit&#233; et aux galops de la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car si &#171; tout est vrai &#187; dans ce texte, du &#171; &lt;i&gt;bruissement des toucans&lt;/i&gt; &#187; &#224; &#171; &lt;i&gt;la course des margays dans les arbres &#224; kapok&lt;/i&gt; &#187;, c'est &#224; l'aune d'une approche de la fiction comme territoire d'exp&#233;rimentation et d'utopie. De l'autre c&#244;t&#233; de ce miroir, il y a certes des drames, des doutes, des d&#233;faites et des amn&#233;sies envahissantes, mais aussi l'exorcisation d'un asphyxiant pr&#233;sent par cet univers r&#234;v&#233; o&#249; les artefacts pesants de la modernit&#233; sont &#233;vacu&#233;s &#8211; le d&#233;sert ou la for&#234;t pour moteurs, pas les &#233;crans ni le spectacle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je me suis mise &#224; &#233;crire avec une envie f&#233;roce de grands espaces arides et de v&#233;g&#233;tation luxuriante&lt;/i&gt; &#187;, explique en fin d'ouvrage celle dont l'essai &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce&lt;/i&gt; (Libertalia, 2019) mettait en lumi&#232;re la capacit&#233; de l'imaginaire (litt&#233;raire en premier lieu) &#224; endiguer l'effondrement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Plongeant dans le bain fictionnel avec ses camarades ursid&#233;s, elle a clairement rempli sa mission, barbotant gaillardement avec les saumons de l'utopie. Un pur bol d'&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; De l'&#233;merveillement &#224; la lutte &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 198 (mai 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les zapatistes &#224; la conqu&#234;te de l'Europe</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-zapatistes-a-la-conquete-de-l</link>
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		<dc:date>2021-06-30T11:38:42Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Patxi Beltzaiz, V&#233;ro Traba</dc:creator>


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&lt;p&gt;Partie en bateau du Mexique le 2 mai dernier, une d&#233;l&#233;gation zapatiste est en route pour le Vieux Continent. Elle y passera l'&#233;t&#233; &#224; tisser des liens avec les acteurs et actrices des luttes qui animent l'Europe. Un &#233;v&#233;nement in&#233;dit : d'ordinaire, c'est chez eux, au c&#339;ur de leurs territoires autonomes du Chiapas, que les zapatistes rencontrent et accueillent des activistes du monde entier. Portfolio souvenir. Le 13 ao&#251;t 1521, les soldats d'Hern&#225;n Cort&#233;s prenaient la capitale de l'empire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Festival-mondial" rel="tag"&gt;Festival mondial&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Partie en bateau du Mexique le 2 mai dernier, une d&#233;l&#233;gation zapatiste est en route pour le Vieux Continent. Elle y passera l'&#233;t&#233; &#224; tisser des liens avec les acteurs et actrices des luttes qui animent l'Europe. Un &#233;v&#233;nement in&#233;dit : d'ordinaire, c'est chez eux, au c&#339;ur de leurs territoires autonomes du Chiapas, que les zapatistes rencontrent et accueillent des activistes du monde entier. Portfolio souvenir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3667 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1804-0d7f5.jpg?1779754037' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 13 ao&#251;t 1521, les soldats d'Hern&#225;n Cort&#233;s prenaient la capitale de l'empire azt&#232;que : c'&#233;tait le d&#233;but effectif de la colonisation espagnole au Mexique. Cinq cents ans plus tard, les descendants de ceux qu'ils avaient pr&#233;tendument &#233;cras&#233;s refont surface et annoncent leur arriv&#233;e &#224; Madrid le 13 ao&#251;t 2021. Une sorte d'invasion invers&#233;e &#224; l'occasion de laquelle les zapatistes du Chiapas se revendiquent &#171; &lt;i&gt;porteurs du virus de la r&#233;sistance et de la r&#233;bellion&lt;/i&gt; &#187; &#8211; les conquistadors, eux, avaient amen&#233; la variole.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'Europe comme premi&#232;re escale&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est le 5 octobre dernier que les zapatistes ont annonc&#233; leur voyage. Dans un communiqu&#233; au titre intrigant, &#171; Une montagne en haute mer &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'av&#232;re finalement que La Monta&#241;a est le nom du bateau &#224; bord duquel les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, ils et elles &#233;crivaient avoir d&#233;cid&#233; de &#171; &lt;i&gt;sortir pour parcourir le monde&lt;/i&gt; &#187;, en envoyant des d&#233;l&#233;gations visiter les cinq continents, &#224; commencer par l'Europe cet &#233;t&#233; : &#171; &lt;i&gt;Nous prendrons la route ou nous naviguerons jusqu'aux terres, aux mers et aux ciels lointains, &#224; la recherche non pas de la diff&#233;rence, ni de la sup&#233;riorit&#233;, ni de l'affrontement, et encore moins du pardon et du regret. Nous partirons &#224; la recherche de ce qui nous rend &#233;gaux.&lt;/i&gt; &#187; Plus concr&#232;tement, il s'agit de prendre le pouls des luttes en cours en Europe et de tisser des liens avec celles et ceux qui combattent &#171; &lt;i&gt;un syst&#232;me exploiteur, patriarcal, pyramidal, raciste, voleur et criminel : le capitalisme&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#233;riple a d'ores et d&#233;j&#224; commenc&#233; : le 2 mai, un voilier a lev&#233; l'ancre de la c&#244;te cara&#239;be pour six &#224; huit semaines de navigation. &#192; son bord, l'&#171; Escadron 42 &#187; : un &#233;quipage compos&#233; de quatre femmes, deux hommes et un&#183;e autre (&lt;i&gt;unoa otroa&lt;/i&gt;) &#8211; qui se d&#233;finit comme transgenre. D'ailleurs, c'est cette personne-l&#224;, Marijose, qui d&#233;barquera en premier au port de Vigo, en Galice. Dans un trait d'humour cinglant, le sous-commandant Galeano a d&#233;crit ce premier pas comme &#171; &lt;i&gt;une claque avec un bas noir pour toute la gauche h&#233;t&#233;ropatriarcale&lt;/i&gt; &#187;. Dans un deuxi&#232;me temps, plus de 160 personnes, essentiellement des femmes, les rejoindront en avion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est que la seconde fois &#8211; et la premi&#232;re depuis 1997 &#8211; qu'une d&#233;l&#233;gation zapatiste se rend sur le Vieux Continent. Il s'agit donc d'un v&#233;ritable &#233;v&#233;nement qui va mobiliser tous les soutiens de la premi&#232;re heure mais aussi toutes celles et ceux qui veulent construire une humanit&#233; sans fronti&#232;re. La liste pr&#233;visionnelle des territoires d'accueil est longue : Allemagne, Autriche, Belgique, Bulgarie, Catalogne, Sardaigne, Chypre, Croatie, Danemark, Slov&#233;nie, Finlande, France, Gr&#232;ce, Pays-Bas, Hongrie, Italie, Luxembourg, Norv&#232;ge, Pays basque, Pologne, Portugal, Royaume-Uni, Roumanie, Russie, Serbie, Su&#232;de, Suisse, Turquie, Ukraine&#8230; et bien s&#251;r Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Une tradition d'accueil&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis ses d&#233;buts &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le soul&#232;vement de l'Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale (EZLN) remonte (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, la r&#233;bellion zapatiste a toujours &#233;t&#233; tourn&#233;e vers le monde. Un inventaire &#224; la Pr&#233;vert ne suffirait pas &#224; recenser toutes ses initiatives militantes rassembleuses, mais citons-en quelques-unes des plus marquantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En juillet 1996, les zapatistes invitent plus de 5 000 personnes provenant de 42 pays lors de la premi&#232;re &#171; Rencontre intergalactique pour l'humanit&#233; et contre le n&#233;olib&#233;ralisme &#187;. Une appellation ambitieuse qui montre bien leur vis&#233;e internationaliste. Entre 2007 et 2009, ils organisent trois &#171; Rencontres des peuples zapatistes avec les peuples du monde &#187;. Par la suite, ils n'h&#233;sitent pas &#224; m&#233;langer les genres, comme lors du premier &#171; Festival mondial de la rage digne &#187;, en 2007, o&#249; la musique devient une arme aussi efficace que les discours politiques. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;galement &#233;voquer la &#171; Petite &#233;cole zapatiste &#187; organis&#233;e en 2013/2014 : une universit&#233; populaire centr&#233;e autour de cinq th&#232;mes &#8211; l'autonomie, les femmes, la r&#233;sistance, la justice, la d&#233;mocratie. Il y eut aussi le &#171; Festival mondial des r&#233;sistances &#187; en 2014, o&#249; furent invit&#233;s de nombreuses organisations et collectifs en lutte contre les m&#233;gaprojets inutiles, dont des repr&#233;sentant&#183;es de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Dans de telles rencontres, l'autonomie se d&#233;cline dans toutes les langues et les luttes convergent &#224; la recherche de voies d'&#233;mancipation, aliment&#233;es par des s&#233;minaires de haute vol&#233;e comme celui sur &#171; &lt;i&gt;la pens&#233;e critique face &#224; l'hydre capitaliste&lt;/i&gt; &#187; de mai 2015.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, inoubliable, il y eut les deux &#171; Rencontres internationales des femmes qui luttent &#187;, en mars 2018 et d&#233;cembre 2019, o&#249; plusieurs milliers de femmes des quatre coins du monde se retrouv&#232;rent pour d&#233;noncer un syst&#232;me patriarcal assassin &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Chez les zapatistes, un monde de femmes en lutte &#187;, CQFD n&#176; 185 (mars (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Chez les zapatistes, la place des femmes n'a jamais &#233;t&#233; anecdotique et, aujourd'hui, leur visibilit&#233; est une priorit&#233; syst&#233;matique. Une posture d'autant plus vitale dans un pays o&#249; le taux de f&#233;minicides est l'un des plus importants au monde.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bient&#244;t, cumbias et d&#233;hanch&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est gr&#226;ce &#224; ce travail de longue haleine, &#224; ces ponts fraternels qui se sont construits, &#224; ces r&#233;seaux de solidarit&#233; ind&#233;fectibles, qu'une d&#233;l&#233;gation zapatiste traverse aujourd'hui l'oc&#233;an pour venir jusqu'&#224; nous. Chez leurs sympathisant&#183;es de toute l'Europe, le d&#233;sir est fort de leur offrir un accueil &#224; la hauteur de ce qu'ils repr&#233;sentent. Depuis plusieurs mois, les projets et les activit&#233;s se peaufinent &#224; l'int&#233;rieur de chaque groupe local. En France, on parle d'&#233;changes avec des Gilets jaunes, des collectifs en lutte contre de grands projets inutiles, des groupes f&#233;ministes ou encore des collectifs de soutien aux migrants. L'impatience n'est pas loin de pointer le bout de son nez... En attendant que les zapatistes posent le pied sur la terre ferme, on peut suivre leur p&#233;riple gr&#226;ce aux r&#233;cits et vid&#233;os post&#233;s sur le site &#171; Enlace zapatista &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons-leur le mot de la fin : &#171; &lt;i&gt;Si l'on r&#233;ussit &#224; d&#233;barquer et &#224; embrasser avec la parole ceux qui luttent, r&#233;sistent et se rebellent l&#224;-bas, alors il y aura de la f&#234;te, des danses, des chansons, et cumbias et d&#233;hanch&#233;s feront fr&#233;mir les sols et les ciels &#233;loign&#233;s les uns des autres.&lt;/i&gt; &#187; Une promesse des plus all&#233;chantes, impossible &#224; refuser. Et d'ici l&#224;, bon vent !&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;V&#233;ro Traba&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h5 class=&#034;spip&#034;&gt;Photos de Patxi Beltzaiz&lt;/h5&gt;&lt;div class='spip_document_3664 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1801-916d7.jpg?1779754038' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3665 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1802-2fb8f.jpg?1779754038' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3666 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1803-c274c.jpg?1779754038' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il s'av&#232;re finalement que &lt;i&gt;La Monta&#241;a&lt;/i&gt; est le nom du bateau &#224; bord duquel les premiers membres de la d&#233;l&#233;gation ont entrepris de traverser l'Atlantique. Le communiqu&#233; est disponible &#224; la lecture sur le site &#171; Enlace Zapatista &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le soul&#232;vement de l'Arm&#233;e zapatiste de lib&#233;ration nationale (EZLN) remonte au 1er janvier 1994.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; Chez les zapatistes, un monde de femmes en lutte &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 185 (mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Licencier tue</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Licencier-tue</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Licencier-tue</guid>
		<dc:date>2021-06-22T12:48:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Bonetti</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Ken Loach</dc:subject>
		<dc:subject>Daniel Blake</dc:subject>
		<dc:subject>Loach sorti</dc:subject>
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		<dc:subject>personnage principal</dc:subject>
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		<dc:subject>Kaiser</dc:subject>
		<dc:subject>Daniel</dc:subject>
		<dc:subject>Brigitte Lambert</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quatre mois apr&#232;s l'annonce de la liquidation de l'usine qui l'employait, Slatko s'est suicid&#233;. Pour des raisons intimes ? &#192; cause de la violence d'un syst&#232;me qui d&#233;l&#232;gue l'accompagnement des ch&#244;meurs &#224; des entreprises ? Parce qu'il n'a pas support&#233; l'injustice de voir fermer une usine qui tournait ? Certainement un peu des trois. Il est tentant de dresser des parall&#232;les entre le destin de Slatko et celui du personnage principal de Moi, Daniel Blake, film de Ken Loach sorti en 2016. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Loach-sorti" rel="tag"&gt;Loach sorti&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Brigitte-Lambert" rel="tag"&gt;Brigitte Lambert&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quatre mois apr&#232;s l'annonce de la liquidation de l'usine qui l'employait, Slatko s'est suicid&#233;. Pour des raisons intimes ? &#192; cause de la violence d'un syst&#232;me qui d&#233;l&#232;gue l'accompagnement des ch&#244;meurs &#224; des entreprises ? Parce qu'il n'a pas support&#233; l'injustice de voir fermer une usine qui tournait ? Certainement un peu des trois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l est tentant de dresser des parall&#232;les entre le destin de Slatko et celui du personnage principal de &lt;i&gt;Moi, Daniel Blake&lt;/i&gt;, film de Ken Loach sorti en 2016. Daniel Blake a 59 ans. Slatko &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en avait 51. Dans les premi&#232;res minutes du film, le menuisier entame sa descente aux enfers en r&#233;pondant aux questions d'une bo&#238;te am&#233;ricaine missionn&#233;e par le gouvernement anglais pour tenter de r&#233;ins&#233;rer les ch&#244;meurs comme lui. Dans les derni&#232;res minutes de sa vie, Slatko, ouvrier soudeur licenci&#233; d'une bo&#238;te nomm&#233;e Kaiser, croisait le fer avec Altedia, une entreprise sous-traitante de P&#244;le emploi battant aujourd'hui pavillon am&#233;ricain. Daniel Blake est c&#233;libataire, comme l'&#233;tait Slatko, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait lister sur des pages enti&#232;res les points communs entre les deux vies. Ce serait m&#234;me plus simple de parler de leurs diff&#233;rences. L'une est de taille : dans son malheur, Daniel Blake a la chance de rencontrer Katie, une s&#339;ur de gal&#232;re. Vivant seul dans sa maison de Longuyon, une petite ville du nord de la Meurthe-et-Moselle, Slatco, lui, a plong&#233; sans aucune branche &#224; laquelle se raccrocher. Le 8 f&#233;vrier 2017, ses voisins l'ont vu remonter la rue avec un seau. C'est la derni&#232;re image qu'ils en gardent. Quelques minutes plus tard, il se pendait &#224; un arbre de son verger avec un c&#226;ble &#233;lectrique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Slatko n'a pas laiss&#233; de lettre mais Brigitte Lambert et Bernard Blondin, les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT de l'usine Kaiser, sp&#233;cialis&#233;e dans la fabrication de remorques de poids lourds, connaissent au moins une partie des raisons de ce suicide, puisqu'ils continuaient &#224; prendre de ses nouvelles, ainsi que de la plupart des 130 employ&#233;s laiss&#233;s sur le carreau le 16 octobre 2016. Ce jour-l&#224;, le tribunal de Briey pronon&#231;ait la liquidation judiciaire de ce site, o&#249; bossait Slatko, qui a employ&#233; jusqu'&#224; 300 personnes et r&#233;alis&#233; 50 millions d'euros de chiffre d'affaires durant les p&#233;riodes fastes. Mais &#231;a, c'&#233;tait avant. Avant &#171; &lt;i&gt;la mise en concurrence avec les usines des pays de l'Est&lt;/i&gt; &#187;, comme l'expliquent les deux syndicalistes. Et puis aussi avant la reprise de l'entreprise par des hommes d'affaires &#224; la r&#233;putation sulfureuse et aux &#171; &lt;i&gt;m&#233;thodes dictatoriales&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pompes &#224; finances &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Comme ses potes, Slatko a particip&#233; aux gr&#232;ves successives contre ses nouveaux patrons mais celles-ci se sont heurt&#233;es aux tribunaux et aux &#233;lus locaux, supporters des repreneurs &#224; qui ils avaient offert le site pour une bouch&#233;e de pain &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Usine Kaiser : des salari&#233;s en col&#232;re &#187;, Le R&#233;publicain lorrain (30/05/2015).&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour se rendre aux manifestations ou au boulot, &#224; un kilom&#232;tre de chez lui, ce passionn&#233; de p&#234;che et de nature coupait &#224; travers champs. Il n'avait pas de voiture. Juste un deux-roues. Et il pr&#233;f&#233;rait marcher. Ce que le conseiller d'Altedia ne comprenait pas. Tout comme le fait qu'il n'avait pas d'ordinateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;D&#233;bord&#233;, P&#244;le emploi sous-traite &#224; des priv&#233;s qui sont pay&#233;s au r&#233;sultat. Ils lui ont mis une pression de dingue, &lt;/i&gt;fustige Brigitte Lambert.&lt;i&gt; Il fallait qu'il se cr&#233;e un compte formation sur internet. Mais comment tu fais sans outil et dans une zone blanche&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;alit&#233; que conna&#238;t bien Ralph Blindauer, l'avocat des salari&#233;s de Kaiser : ces entreprises &#171; &lt;i&gt;prennent la place d'un service public qui &#233;tait performant mais qui subit des attaques r&#233;p&#233;t&#233;es. Altedia, BPI, etc. : on peut les appeler des &#8220;pompes &#224; finances&#8221;, qui b&#233;n&#233;ficient de 2&lt;/i&gt; &lt;i&gt;000&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#8364; &#224; 6&lt;/i&gt; &lt;i&gt;000&lt;/i&gt; &lt;i&gt;&#8364; par salari&#233;. Ils profitent d'un march&#233; juteux, celui de l'accompagnement des ch&#244;meurs,&lt;/i&gt; poursuit-il. I&lt;i&gt;ls ne font pas de miracle, loin de l&#224;. Leur chance, c'est que leurs dirigeants circulent dans les cabinets minist&#233;riels et influencent les choix dans le cas des liquidations. &lt;/i&gt;Il conclut :&lt;i&gt; En bout de course, ce sont les Slatko qui trinquent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un coin de sa t&#234;te, Brigitte pense elle aussi &#224; tous les Slatko de Kaiser qu'elle a connus et qui se sont suicid&#233;s, sont morts d'un AVC, encha&#238;nent les d&#233;pressions &#171; &lt;i&gt;parce que retrouver un emploi &#224; 60 ans, c'est impossible&lt;/i&gt; &#187; : Raymond, dont on soup&#231;onne le suicide, est mort le 24 mars 2019 &#224; l'&#226;ge de 69 ans ; Jacques est parti, un an plus t&#244;t &#224; 58 ans, laissant derri&#232;re lui les m&#234;mes interrogations ; Yves a le c&#339;ur qui flanche depuis l'hiver 2016, etc.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Sentiment d'injustice&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pendant les deux ans qui ont pr&#233;c&#233;d&#233; la fermeture, les prud'hommes nous ont d&#233;bout&#233;s, les pr&#233;fets et sous-pr&#233;fets nous ont ignor&#233;s. Et voil&#224; comment on d&#233;sindustrialise tranquillement en France,&lt;/i&gt; d&#233;plorent d'une seule voix Brigitte et Bernard. &lt;i&gt;Comment on plonge des femmes et des hommes dans le d&#233;sespoir. On redoutait des histoires comme celle de Slatko, on les a eues...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment d'injustice se trouve alors en bonne place dans les raisons qui poussent au suicide ou bousillent la sant&#233; mentale. &#171; &lt;i&gt;Oui, l'usine avait des fragilit&#233;s, li&#233;es aux plans sociaux successifs qui l'ont saign&#233;e,&lt;/i&gt; admet Ralph Blindauer. &lt;i&gt;Mais elle avait de quoi poursuivre sa route. Les remorques Kaiser, on en voit partout sur les routes d'Europe. C'est du solide.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une viabilit&#233; que confirmait &#233;galement l'avocat des patrons : &#171; &lt;i&gt;Le carnet de commandes est bon, la tr&#233;sorerie assur&#233;e et la comp&#233;tence ind&#233;niable&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Kaiser : le redressement judiciaire est prolong&#233; &#187;, Le R&#233;publicain lorrain (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'action collective&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe si les usines tiennent la route, dans le bassin de Longwy, o&#249; se trouve Longuyon, les mauvaises nouvelles s'encha&#238;nent. Et la pand&#233;mie n'a rien &#224; voir l&#224;-dedans. Apr&#232;s Kaiser et ses 130 employ&#233;s, c'est Gorcy-La Roche (m&#233;tallurgie, jusqu'&#224; 120 salari&#233;s), SKTB (fonderie d'aluminium, 80 salari&#233;s) ou encore FVM (carters d'huile pour bo&#238;tes de vitesse, 127 salari&#233;s) qui ont mordu la poussi&#232;re. Lorraine Tubes a quant &#224; elle &#233;t&#233; rachet&#233;e par ArcelorMittal qui robotise et continue de grignoter les effectifs, pass&#233;s de 400 &#224; 90.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la derni&#232;re r&#233;union de pr&#233;paration du 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai &#224; Longwy, l'intersyndicale CGT, FO, Sud, FSU ne savait pas trop comment analyser le contexte. Seule certitude, d'apr&#232;s G&#233;rard Lagorce, Michel Mengin ou encore Philippe Spillmann : &#171; &lt;i&gt;On d&#233;sindustrialise &#224; tout-va ici, et dans un silence qu'on n'a jamais connu.&lt;/i&gt; &#187; C'est que, dans les ann&#233;es 1980, en plein bassin sid&#233;rurgique de Longwy, les usines ne fermaient pas sans heurts &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Une Longwy de luttes &#187;, CQFD n&#176; 194 (janvier 2021).&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Et G&#233;rard de conclure : &#171; &lt;i&gt;Il faut qu'on reprenne go&#251;t &#224; l'action collective, aux &#233;changes, aux assembl&#233;es de luttes. Sans quoi, on se fera manger tout cru&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;S&#233;bastien Bonetti&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Usine Kaiser : des salari&#233;s en col&#232;re &#187;, &lt;i&gt;Le R&#233;publicain lorrain&lt;/i&gt; (30/05/2015).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Kaiser : le redressement judiciaire est prolong&#233; &#187;, &lt;i&gt;Le R&#233;publicain lorrain&lt;/i&gt; (22/04/2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Une-Longwy-de-luttes' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Une Longwy de luttes&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 194 (janvier 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le bitcoin, ou comment acc&#233;l&#233;rer face &#224; un mur</title>
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		<dc:creator>Johnny Deep</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;C'est une monnaie virtuelle qui a l'avantage d'exister ind&#233;pendamment des &#201;tats et des banques. Mais, victime de son succ&#232;s, le bitcoin est devenu un produit de sp&#233;culation comme un autre. Surtout, son fonctionnement n&#233;cessite de d&#233;lirantes quantit&#233;s d'&#233;nergie : &#224; l'ann&#233;e, le syst&#232;me bitcoin consomme plus d'&#233;lectricit&#233; que la Belgique. Explications. Qu'est-ce qu'une cryptomonnaie ? C'est en premier lieu une monnaie. M&#234;me si elle n'a pas d'existence mat&#233;rielle, elle permet d'acheter et de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Clement-Buee" rel="tag"&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bitcoin" rel="tag"&gt;bitcoin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bitcoins" rel="tag"&gt;bitcoins&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bloc" rel="tag"&gt;bloc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/transactions" rel="tag"&gt;transactions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/reseau-bitcoin" rel="tag"&gt;r&#233;seau bitcoin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nouveau-bloc" rel="tag"&gt;nouveau bloc&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/blocs" rel="tag"&gt;blocs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chaine" rel="tag"&gt;cha&#238;ne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Qu-est-ce-qu-une" rel="tag"&gt;Qu'est-ce qu'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/client-bitcoin" rel="tag"&gt;client bitcoin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est une monnaie virtuelle qui a l'avantage d'exister ind&#233;pendamment des &#201;tats et des banques. Mais, victime de son succ&#232;s, le bitcoin est devenu un produit de sp&#233;culation comme un autre. Surtout, son fonctionnement n&#233;cessite de d&#233;lirantes quantit&#233;s d'&#233;nergie : &#224; l'ann&#233;e, le syst&#232;me bitcoin consomme plus d'&#233;lectricit&#233; que la Belgique. Explications.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1799.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH892/-1799-07f14.jpg?1779754040' width='500' height='892' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Cl&#233;ment Bu&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'une cryptomonnaie ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est en premier lieu une monnaie. M&#234;me si elle n'a pas d'existence mat&#233;rielle, elle permet d'acheter et de vendre des biens et services, au m&#234;me titre que les euros. Or ces euros, nous les &#233;changeons de plus en plus souvent par carte bancaire ou par virement, donc de mani&#232;re &#233;lectronique. Ce transfert passe toujours par l'interm&#233;diaire des banques, auxquelles l'&#201;tat a confi&#233; le r&#244;le de s&#233;curiser les transactions. Les cryptomonnaies ont le m&#234;me usage que les euros, mais pr&#233;sentent une grande diff&#233;rence : elles se passent des banques, tout en fournissant un protocole de transaction s&#233;curis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Comment utiliser le bitcoin ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour ouvrir un compte, il suffit d'installer un des logiciels d&#233;di&#233;s &#224; cet usage (nomm&#233; &#171; client bitcoin &#187;) et de cr&#233;er un &#171; portefeuille &#187; (&lt;i&gt;wallet&lt;/i&gt;). Certains sites proposent &#233;galement de le faire, mais cela implique qu'ils poss&#232;dent la cl&#233; de votre portefeuille, avec les risques associ&#233;s. Pour obtenir des bitcoins, il faut soit se faire payer un bien ou un service en bitcoins par une personne qui en poss&#232;de (&#233;galement par l'interm&#233;diaire d'un logiciel client bitcoin) en lui fournissant l'adresse de notre portefeuille, soit en acheter chez un courtier en ligne, qui met en relation des acheteurs et des vendeurs de monnaies (comme on y ach&#232;terait des dollars). Dans de nombreux pays, des &#171; distributeurs &#187; de bitcoins sont mis &#224; disposition dans les rues par des entreprises priv&#233;es et permettent d'&#233;changer des esp&#232;ces contre des bitcoins (et inversement) en entrant l'adresse de son portefeuille bitcoin. D'apr&#232;s Statistica. com, il y en a plus de 9 000 aux &#201;tats-Unis !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre-Atlantique, le bitcoin serait d&#233;j&#224; accept&#233; par plus d'un tiers des petits et moyens commerces, d'apr&#232;s une enqu&#234;te commandit&#233;e par le cyber- assureur HSB. Fait marquant, Visa et Mastercard sont en train de s'y ouvrir. Au d&#233;but du printemps, la somme des bitcoins en circulation valait plus de 1 000 milliards de dollars.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D'o&#249; vient le bitcoin ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; en 2009 par le myst&#233;rieux &#171; Satoshi Nakamoto &#187;, une personne ou un groupe dont l'identit&#233; r&#233;elle reste inconnue. D'abord objet de curiosit&#233; r&#233;serv&#233; aux geeks, le bitcoin est devenu d'ann&#233;e en ann&#233;e un v&#233;ritable ph&#233;nom&#232;ne de soci&#233;t&#233;, au point d'inqui&#233;ter les &#201;tats qui, tout au long de l'histoire, ont jalousement gard&#233; le monopole de &#171; battre la monnaie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que, dans la foul&#233;e de la crise financi&#232;re de 2008, l'objectif du (ou des) fondateur(s) a &#233;t&#233; affich&#233; d&#232;s le d&#233;part : proposer une alternative mon&#233;taire d&#233;centralis&#233;e permettant de se passer des institutions financi&#232;res &#233;tatiques centralis&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On comprend donc la m&#233;fiance des &#201;tats face &#224; l'&#233;mergence de ce nouveau moyen de paiement sans fronti&#232;res et &#233;chappant &#224; leur contr&#244;le. D'autant que la difficult&#233; &#224; identifier les possesseurs &#8211; un minimum pr&#233;cautionneux &#8211; des portefeuilles l'a transform&#233; &lt;i&gt;ipso facto&lt;/i&gt; en standard pour les transactions ill&#233;gales et la fraude fiscale, &#224; l'instar de l'argent liquide.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;En quoi le succ&#232;s du bitcoin est-il un &#233;chec ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; son succ&#232;s foudroyant et son adoption de plus en plus large, le bitcoin a visiblement &#233;chou&#233; &#224; atteindre son objectif politique initial. Il est en effet devenu un nouvel actif boursier soumis &#224; la sp&#233;culation, comme le march&#233; des actions, sur lequel nombre de capitalistes et de financiers se sont jet&#233;s d&#232;s qu'ils ont entrevu la perspective d'en tirer des b&#233;n&#233;fices. Le cours du bitcoin &#233;tant tr&#232;s volatile, il est risqu&#233; d'en d&#233;tenir sur une longue dur&#233;e, ce qui limite grandement les possibilit&#233;s de s'en servir comme moyen d'&#233;change fiable et durable pour se passer des banques. Si le bitcoin a atteint des sommets au d&#233;but du printemps, comme toutes les bulles financi&#232;res, il peut se crasher n'importe quand &#8211; apr&#232;s avoir d&#233;pass&#233; les 63 500 dollars le 13 avril, il en valait moins de 35 000 le 23 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Success-story lib&#233;rale devenue classique, pauvre un jour et millionnaire le lendemain, voil&#224; le faux espoir d'enrichissement que le bitcoin donne aux investisseurs amateurs, au risque de les ruiner le surlendemain. Le bitcoin pourrait bien &#234;tre le dernier avatar des vieilles chim&#232;res de la ru&#233;e vers l'or ou de l'Eldorado, remises au go&#251;t du jour pour les aventuriers technophiles du XXIe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et en termes &#233;cologiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Effectivement, la sp&#233;culation et la volatilit&#233; ne sont pas la seule face obscure de la pi&#232;ce num&#233;rique. Il y a pire : &#224; la date de l'&#233;criture de cet article, la consommation &#233;nerg&#233;tique annualis&#233;e du bitcoin est estim&#233;e par l'universit&#233; de Cambridge&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette estimation est actualis&#233;e quotidiennement &#224; l'adresse suivante : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#224; 121 TWh &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un t&#233;rawattheure vaut mille gigawattheures, soit un milliard de kilowattheures.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#192; titre de comparaison, l'ensemble des centres de donn&#233;es (&lt;i&gt;datacenters&lt;/i&gt;) du monde ont consomm&#233; pr&#232;s de 200 TWh en 2019 &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : Agence internationale de l'&#233;nergie (IEA).&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, ann&#233;e o&#249; la Belgique a consomm&#233; environ 84 TWh d'&#233;lectricit&#233; &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Source : F&#233;d&#233;ration belge des entreprises &#233;lectriques et gazi&#232;res (Febeg).&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour assurer une seule transaction en bitcoin, il faut utiliser quelque 215 kWh &lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Quel est le co&#251;t &#233;nerg&#233;tique d'une transaction de bitcoins ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Or, d'apr&#232;s la Commission de r&#233;gulation de l'&#233;nergie fran&#231;aise, la consommation mensuelle moyenne d'un foyer fran&#231;ais &#233;tait d'environ 395 kWh en 2019...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, l'empreinte carbone de cette apocalyptique monnaie est estim&#233;e annuellement &#224; 37 m&#233;gatonnes de CO2 par le site &lt;i&gt;Digiconomist.net&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Donn&#233;es actualis&#233;es disponibles &#224; l'adresse suivante : https://digiconomist.net/&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, soit l'&#233;quivalent des &#233;missions de la Nouvelle-Z&#233;lande ! Face &#224; ce constat, un &#233;cologiste a appel&#233; les hackers du monde entier &#224; faire tomber le r&#233;seau bitcoin &lt;a href=&#034;#nb5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Green hackers around the world, let's destroy Bitcoin &#187;, Medium.com, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi le bitcoin est-il si &#233;nergivore ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter les fraudes et garantir l'int&#233;grit&#233; du syst&#232;me bitcoin, chaque transaction n&#233;cessite la r&#233;solution d'une tr&#232;s complexe &#233;nigme informatique &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt;. C'est &#224; ce moment-l&#224; qu'interviennent les &#171; mineurs &#187; de bitcoin, qui sont des entreprises ou des particuliers mettant leurs ordinateurs au service du r&#233;seau bitcoin et &#233;tant r&#233;mun&#233;r&#233;s en bitcoins. Leurs machines passent leur temps &#224; faire des calculs, tr&#232;s &#233;nergivores, afin de r&#233;soudre des &#233;nigmes math&#233;matiques qui permettent de s&#233;curiser les transactions de tous les autres utilisateurs. Ces &#233;nigmes sont si complexes que, pour &#234;tre r&#233;solues, elles n&#233;cessitent de nombreux ordinateurs connect&#233;s en parall&#232;le &#8211; les r&#233;sultats ne peuvent donc pas &#234;tre falsifi&#233;s par une personne mal intentionn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le comble de l'ironie avec le terme consacr&#233; de &#171; minage &#187; (&lt;i&gt;mining&lt;/i&gt;) est qu'une importante partie de l'&#233;lectricit&#233; utilis&#233;e pour ces calculs provient de centrales &#224; charbon ou plus g&#233;n&#233;ralement d'&#233;nergies fossiles. Il est donc possible de filer la m&#233;taphore, car le minage de bitcoins n'est pas seulement virtuel, il contribue &#224; un extractivisme destructeur pour la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il des alternatives ? &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le bitcoin n'est que la plus ancienne et la plus connue des dizaines de cryptomonnaies qui circulent aujourd'hui. On peut ainsi citer Monero, en vogue sur le &lt;i&gt;dark web&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le dark web (ou &#171; web clandestin &#187;) est constitu&#233; de r&#233;seaux chiffr&#233;s qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, qui propose des transactions difficiles &#224; tracer, contrairement au bitcoin qui, bien qu'il ne stocke pas les adresses IP, est &#171; transparent &#187; (toutes les transactions sont publiques). Il y a aussi le MobileCoin, actuellement exp&#233;riment&#233; au Royaume-Uni par les utilisateurs de l'application de messagerie Signal, qui semble consommer moins d'&#233;nergie et proposer des transactions plus rapides. On peut &#233;galement &#233;voquer le projet Diem (anciennement &#171; Libra &#187;, port&#233; par un consortium dont fait partie Facebook) et le yuan num&#233;rique, que la banque centrale chinoise exp&#233;rimente dans le but de remplacer le bitcoin et de surveiller toutes les transactions en temps r&#233;el, risquant d'entra&#238;ner ses utilisateurs encore plus profond dans le cauchemar orwellien de l'empire du Milieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pr&#234;ts &#224; investir ?&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Johnny Deep&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fiche technique : la blockchain, un syst&#232;me ultra s&#251;r mais un g&#226;chis &#233;nerg&#233;tique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Comme la plupart des services en ligne, le bitcoin utilise une base de donn&#233;es : c'est l&#224; que sont m&#233;moris&#233;es les transactions. Et c'est gr&#226;ce &#224; l'historique de ces transactions, et en partant de la premi&#232;re de celles-ci, que l'on peut calculer la quantit&#233; de bitcoins qui se trouve dans chaque portefeuille. Mais afin d'&#234;tre s&#251;r que le montant calcul&#233; est le bon, l'int&#233;grit&#233; de cet historique doit &#234;tre garantie. Sinon, en falsifiant le montant d'une transaction pass&#233;e, un pirate pourrait facilement augmenter la valeur pr&#233;sente de son portefeuille. Le g&#233;nie de &#171; Satoshi Nakamoto &#187; a &#233;t&#233; d'inventer un mod&#232;le de base de donn&#233;es respectant parfaitement ces conditions : la &lt;i&gt;blockchain&lt;/i&gt; (&#171; cha&#238;ne de blocs &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son unit&#233; de base est un &#171; bloc &#187; virtuel, registre d'une taille maximale de 1 Mo, dans lequel on peut stocker une liste de transactions. Les blocs sont cr&#233;&#233;s par les mineurs, qui sont les utilisateurs et les entreprises les plus engag&#233;s dans la communaut&#233; bitcoin et qui mettent des serveurs, appel&#233;s &#171; n&#339;uds &#187;, &#224; disposition du r&#233;seau bitcoin. Chaque n&#339;ud poss&#232;de un exemplaire complet de la &lt;i&gt;blockchain&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand un serveur cr&#233;e un nouveau bloc pour valider les derni&#232;res transactions faites par des utilisateurs, il enregistre &#224; l'int&#233;rieur de ce bloc l'empreinte num&#233;rique (&lt;i&gt;hash&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le hash d'une donn&#233;e (par exemple un texte ou un fichier) est une suite de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;) du bloc pr&#233;c&#233;dent, formant ainsi une cha&#238;ne virtuelle de blocs qui se suivent. C'est cette suite de r&#233;f&#233;rences aux empreintes num&#233;riques des blocs pr&#233;c&#233;dents qui forme la &#171; cha&#238;ne &#187;. D&#232;s lors, le nouveau bloc est envoy&#233; &#224; tous les autres serveurs pour qu'ils ajoutent le dernier-n&#233; &#224; leur version de la cha&#238;ne, apr&#232;s v&#233;rification de sa validit&#233;. Les blocs pr&#233;c&#233;dents ne peuvent donc pas &#234;tre modifi&#233;s (par cons&#233;quent les transactions pass&#233;es) car leur empreinte ne serait plus la m&#234;me, ce qui entra&#238;nerait une rupture de la cha&#238;ne facile &#224; d&#233;tecter. Ce mod&#232;le est parfaitement d&#233;centralis&#233; : n'importe qui peut v&#233;rifier l'int&#233;grit&#233; de la cha&#238;ne ou ajouter un bloc, mais est oblig&#233; de suivre la r&#232;gle commune pour que les autres n&#339;uds acceptent son nouveau bloc (d'o&#249; le proverbe &lt;i&gt;code is law&lt;/i&gt;, &#171; le code est la loi &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, un n&#339;ud malveillant pourrait tr&#232;s bien, &#224; la suite d'un bloc qu'il aurait falsifi&#233; &#224; son avantage, recalculer les empreintes de tous les blocs suivants afin que la cha&#238;ne reste enti&#232;re, et transmettre sa version alternative de la &lt;i&gt;blockchain&lt;/i&gt; aux autres serveurs. Pour &#233;viter cela, &#224; chaque cr&#233;ation de bloc, il est demand&#233; au mineur de r&#233;soudre une &#233;nigme math&#233;matique n&#233;cessitant beaucoup de puissance &#8211; cette &#233;nigme &#233;tant, qui plus est, sp&#233;cifique aux donn&#233;es de transactions contenues dans le bloc concern&#233;. C'est ce qu'on appelle la &#171; preuve de travail &#187; (&lt;i&gt;proof of work&lt;/i&gt;, PoW). La solution de l'&#233;nigme, facilement v&#233;rifiable, doit &#234;tre enregistr&#233;e &#224; l'int&#233;rieur du bloc, et fait donc &#233;galement partie de son empreinte num&#233;rique. Empreinte qui, rappelons-le, permet de relier les blocs entre eux. Pour garder la cha&#238;ne enti&#232;re, un pirate devrait donc r&#233;soudre toutes les &#233;nigmes des blocs suivants celui qu'il a falsifi&#233;. La r&#233;alisation de l'ensemble de ces calculs &#233;tant beaucoup plus lente que la vitesse &#224; laquelle de nouveaux blocs sont ajout&#233;s par la communaut&#233; &#224; la &lt;i&gt;blockchain&lt;/i&gt;, le pirate ne pourra jamais rattraper l'extr&#233;mit&#233; de la cha&#238;ne &#8211; m&#234;me s'il s'agit d'un &#201;tat &#233;quip&#233; de supercalculateurs. Voil&#224;, en bref, comment sont s&#233;curis&#233;s les bitcoins, de mani&#232;re totalement d&#233;centralis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me : cet atout majeur du bitcoin &#8211; l'int&#233;grit&#233; des transactions &#8211; est aussi l'un de ses plus grands d&#233;fauts, inscrit au plus profond de son ADN, car cette int&#233;grit&#233; n&#233;cessite une grande puissance de calcul, et donc beaucoup d'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'inciter des utilisateurs &#224; mettre &#224; disposition leur puissance de calcul au service du r&#233;seau bitcoin, et de les d&#233;dommager pour l'&#233;lectricit&#233; consomm&#233;e, ceux qui arrivent &#224; cr&#233;er un bloc en r&#233;solvant l'&#233;nigme associ&#233;e sont r&#233;compens&#233;s par les frais des transactions qu'il contient, ainsi que par de nouveaux bitcoins automatiquement &#233;mis pour l'occasion. Les utilisateurs qui s'adonnent &#224; cette activit&#233;, rappelons-le, sont appel&#233;s des &#171; mineurs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; minage &#187; est principalement effectu&#233; avec des GPU, les processeurs qui &#233;quipent les cartes graphiques, plus performants pour effectuer les calculs permettant de r&#233;soudre les &#233;nigmes math&#233;matiques que les processeurs classiques, dits &#171; CPU &#187; &#8211; d'o&#249; les ruptures de stock de plus en plus fr&#233;quentes de cartes graphiques d&#233;di&#233;es aux jeux vid&#233;o &lt;a href=&#034;#nb5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le fabricant NVidia a &#233;t&#233; r&#233;cemment contraint de brider certaines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il faut de nombreux GPU, travaillant 24 heures sur 24, pour pouvoir esp&#233;rer cr&#233;er un bloc. Un minage &#171; rentable &#187; n&#233;cessite donc de gros investissements. Pour plus d'efficacit&#233;, beaucoup ont recours &#224; du mat&#233;riel sp&#233;cifique, utilis&#233; pour le calcul scientifique, permettant de brancher de nombreuses cartes graphiques sur une m&#234;me machine. De plus, les cartes graphiques sont renouvel&#233;es r&#233;guli&#232;rement car elles doivent &#234;tre de derni&#232;re g&#233;n&#233;ration pour que le minage reste rentable (par rapport au prix de l'&#233;lectricit&#233;). Un scandale, quand on conna&#238;t les d&#233;g&#226;ts environnementaux caus&#233;s par l'&#233;lectronique, de la mine &#224; la d&#233;charge...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre scandale : quand un mineur r&#233;sout une &#233;nigme et parvient donc &#224; cr&#233;er un nouveau bloc, l'&#233;lectricit&#233; utilis&#233;e par les mineurs concurrents, qui tentaient de r&#233;soudre l'&#233;nigme de leur c&#244;t&#233; &#233;galement, a &#233;t&#233; d&#233;pens&#233;e pour rien...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; l'&#233;poque de la ru&#233;e vers l'or, peu parviennent &#224; tirer leur &#233;pingle du jeu ; au vrai, ce sont les fournisseurs de mat&#233;riel ou d'&#233;nergie et les gros investisseurs qui s'enrichissent le plus. Dans ce contexte, il arrive souvent que des mineurs particuliers s'associent pour avoir plus de chances de r&#233;soudre un nouveau bloc et en partager les b&#233;n&#233;fices. Les plus investis et les entreprises se sp&#233;cialisant dans cette activit&#233; cr&#233;ent des fermes de minage, qui peuvent r&#233;unir de quelques dizaines (parfois avec des PC portables) &#224; des milliers de machines. Les r&#233;gions froides sont privil&#233;gi&#233;es car toutes ces machines produisent de la chaleur et n&#233;cessitent d'&#234;tre refroidies pour ne pas surchauffer. Mais le crit&#232;re le plus d&#233;terminant dans le choix du lieu d'installation est le co&#251;t de l'&#233;lectricit&#233;. C'est en Chine, un pays dont le mix &#233;lectrique reste tr&#232;s focalis&#233; sur le charbon et les autres &#233;nergies fossiles, que les mineurs de bitcoins sont le plus implant&#233;s, &#224; hauteur de 75 % de la puissance de minage mondiale &lt;a href=&#034;#nb5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#034;Policy Assessments for the Carbon Emission Flows and Sustainability of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette estimation est actualis&#233;e quotidiennement &#224; l'adresse suivante : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.cbeci.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.cbeci.org&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un t&#233;rawattheure vaut mille gigawattheures, soit un milliard de kilowattheures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : Agence internationale de l'&#233;nergie (IEA).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Source : F&#233;d&#233;ration belge des entreprises &#233;lectriques et gazi&#232;res (Febeg).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/quel-est-le-cout-energetique-d-une-transaction-de-bitcoins_150629&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Quel est le co&#251;t &#233;nerg&#233;tique d'une transaction de bitcoins ?&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;SciencesEtAvenir.fr&lt;/i&gt;, (08/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Donn&#233;es actualis&#233;es disponibles &#224; l'adresse suivante : &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://digiconomist.net/bitcoin-energy-consumption&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://digiconomist.net/bitcoin-en...&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://medium.com/crypto-lucid/green-hackers-around-the-world-lets-destroy-bitcoin-725700434a8f&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Green hackers around the world, let's destroy Bitcoin&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Medium.com&lt;/i&gt;, 06/02/2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;dark web&lt;/i&gt; (ou &#171; web clandestin &#187;) est constitu&#233; de r&#233;seaux chiffr&#233;s qui sont superpos&#233;s &#224; ceux de l'internet classique. Le plus connu est celui propos&#233; par le Projet Tor, accessible avec le Tor Browser, un navigateur bas&#233; sur Firefox. Si le &lt;i&gt;dark web&lt;/i&gt; est connu et d&#233;cri&#233; pour ses contenus ill&#233;gaux, il ne faut pas s'arr&#234;ter &#224; cette premi&#232;re impression, qui lui a valu son qualificatif de &lt;i&gt;dark&lt;/i&gt; : litt&#233;ralement &#171; obscur, sombre &#187;. En effet, il permet &#233;galement &#224; des journalistes ou des opposants politiques de communiquer de mani&#232;re s&#233;curis&#233;e, notamment dans les pays qui restreignent les droits humains. Attention cependant, son usage est de plus en plus surveill&#233; (quand il n'est pas simplement interdit) par les &#201;tats qui pratiquent la surveillance de masse, car ils tol&#232;rent mal qu'une partie du trafic internet leur soit cach&#233;e. Il convient donc de prendre certaines pr&#233;cautions avant de s'y connecter, comme de passer par un interm&#233;diaire (par exemple en utilisant un VPN).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le &lt;i&gt;hash&lt;/i&gt; d'une donn&#233;e (par exemple un texte ou un fichier) est une suite de chiffres et de lettres g&#233;n&#233;r&#233;e par des fonctions math&#233;matiques sp&#233;ciales, appel&#233;es &#171; fonctions de hashage &#187;. On peut citer par exemple MD5 ou SHA-1. Il est tr&#232;s rare que deux donn&#233;es aient le m&#234;me &lt;i&gt;hash&lt;/i&gt;. Ainsi, un texte dont une seule lettre aura &#233;t&#233; modifi&#233;e aura un &lt;i&gt;hash&lt;/i&gt; totalement diff&#233;rent de la version pr&#233;c&#233;dente, propri&#233;t&#233; tr&#232;s utile en s&#233;curit&#233; informatique, notamment pour v&#233;rifier l'int&#233;grit&#233; des donn&#233;es. Par exemple, le hash MD5 de &#171; CQFD &#187; est &#171; 78dc991a2a21572cc8757c521b119fc7 &#187;, tandis que celui de &#171; CQFD ! &#187; est &#171; c7a9fbc1abcd33043ef92249493b45c0 &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le fabricant NVidia a &#233;t&#233; r&#233;cemment contraint de brider certaines fonctionnalit&#233;s des cartes graphiques d&#233;di&#233;es aux jeux vid&#233;os afin qu'elles ne soient plus accapar&#233;es par les &#171; mineurs &#187; de bitcoins. Parall&#232;lement, la firme a annonc&#233; le lancement d'une gamme d&#233;di&#233;e sp&#233;cialement au &#171; minage &#187; de cryptomonnaies.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#034;&lt;a href=&#034;https://www.nature.com/articles/s41467-021-22256-3&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Policy Assessments for the Carbon Emission Flows and Sustainability of BitcoinBblockchain Operation in China&lt;/a&gt;&#034;, &lt;i&gt;Nature Communications&lt;/i&gt; (06/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La fin du monde industriel ?</title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de CQFD une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguis&#233; sur l'impact des restructurations et des fermetures. J'ai travaill&#233; pendant plus de quarante ann&#233;es en usine. Une usine de l'industrie chimique de la r&#233;gion de Rouen (Seine-Maritime). Gasp ! Quarante ans dans la m&#234;me usine ! Quelque chose qu'on ne peut plus imaginer aujourd'hui. Je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-engrais" rel="tag"&gt;d'engrais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pendant dix ans, de 2005 &#224; 2015, Jean-Pierre Levaray a tenu dans les pages de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; une chronique corrosive intitul&#233;e &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &#187;. Il a repris la plume pour ce dossier, posant son regard aiguis&#233; sur l'impact des restructurations et des fermetures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3658 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH515/-1797-6723e.jpg?1779604205' width='500' height='515' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de L.L. De Mars
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai travaill&#233; pendant plus de quarante ann&#233;es en usine. Une usine de l'industrie chimique de la r&#233;gion de Rouen (Seine-Maritime). &lt;i&gt;Gasp&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &lt;/i&gt;Quarante ans dans la m&#234;me usine ! Quelque chose qu'on ne peut plus imaginer aujourd'hui. Je vous en ai d&#233;j&#224; parl&#233;, il y a quelques ann&#233;es, &#224; travers ma chronique &#171; Je vous &#233;cris de l'usine &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;pisodes de ces chroniques ont depuis &#233;t&#233; r&#233;unis dans un ouvrage &#233;ponyme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, ce n'est pas pour jouer au vieux con mais, pendant tout ce temps, j'en ai vu des usines fermer, des r&#233;gions sinistr&#233;es, des ouvriers qui se battent pour leur survie, des suicides lors de licenciements, des ch&#244;meurs... Dans la r&#233;gion rouennaise, d&#232;s les ann&#233;es 1970, j'ai commenc&#233; &#224; voir plier boutique les usines de filature et de m&#233;tallurgie. Apr&#232;s, ce furent les usines chimiques &#8211; notamment d'engrais, nombreuses dans le coin &#8211;, suivies des sous-traitants de l'automobile. Cela a toujours entra&#238;n&#233; des conflits, souvent durs et longs, rarement victorieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque fermeture son lot de ch&#244;meurs mais aussi un brassage. Dans l'usine o&#249; je pointais, ce sont des ouvriers licenci&#233;s de papeteries ou d'usines d'engrais, des chaudronniers, des &#233;lectriciens, qui arrivaient pour remplacer nos coll&#232;gues partant en retraite. C'&#233;tait une bonne chose pour nous : chacun amenait ses exp&#233;riences de travail mais &#233;galement de rapport &#224; la hi&#233;rarchie voire de bagarres sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans mon usine aussi, nous avons connu des restructurations ; des arr&#234;ts d'ateliers pour cause de v&#233;tust&#233; ou d'obsolescence ; des produits qui se vendent moins bien, aux yeux des actionnaires. Ce qui fait que, de rachats en changements de nom, l'effectif de l'usine, en quarante ann&#233;es, est pass&#233; de 2 000 &#224; 350.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tr&#232;s nombreuses fois, nous avons pens&#233; que la bo&#238;te allait fermer. &#192; chaque annonce de plan &#171; social &#187;, nous &#233;tions convaincus que ce serait le dernier. Quand nos usines sont pass&#233;es sous le giron de Total, nous savions que c'&#233;tait pour se d&#233;barrasser d'un secteur jug&#233; pas assez rentable. La catastrophe d'AZF, &#224; Toulouse en 2001, a oblig&#233; Total &#224; ralentir ses vell&#233;it&#233;s. Les fermetures ont tout de m&#234;me eu lieu et pr&#232;s de dix usines ont disparu, ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e. En 2013, &#233;chaud&#233; par un des proc&#232;s de la catastrophe, &#224; l'issue duquel la responsabilit&#233; d'une de ses filiales avait &#233;t&#233; point&#233;e, Total a vendu ce qui restait : ses trois derniers sites de fabrication d'engrais (se situant dans des zones fortement agricoles et surtout c&#233;r&#233;ali&#232;res) &#224; Borealis, bo&#238;te autrichienne aux capitaux venant d'Abu Dhabi. Une 4e situ&#233;e &#224; Mazingarbe (Pas-de-Calais) a &#233;t&#233; c&#233;d&#233;e &#224; Maxam. Aujourd'hui, Maxam ferme l'usine et Borealis cherche &#224; revendre ses sites fran&#231;ais depuis deux ans. &#199;a continue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les restructurations et les d&#233;localisations font partie de l'histoire industrielle. Les fabriques, ateliers, usines ont r&#233;guli&#232;rement connu des mutations, parfois brutales. Cela commen&#231;a sans doute lorsque la vapeur et les turbines remplac&#232;rent les moulins le long des fleuves et rivi&#232;res. Ensuite il y eut le gaz puis l'&#233;lectricit&#233;, le taylorisme, le toyotisme, l'automatisation, la robotisation, l'informatisation...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; chaque bouleversement technique son lot de changement de fa&#231;on de travailler, mais aussi ses fermetures d'usines ou ses constructions de nouveaux sites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre les modifications de produits et &#233;volutions des techniques, outre les modes, outre les ateliers trop vieux, c'est d&#233;sormais surtout une guerre &#233;conomique qui se joue &#224; coups de dividendes jug&#233;s toujours trop faibles par les actionnaires. Et si, devant les cam&#233;ras, les PDG se tapent dans le dos, c'est pour mieux s'&#233;charper sur les march&#233;s. Chacun d'entre eux ne visant qu'&#224; faire couler ou acheter le concurrent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, ceux qui trinquent sont celles et ceux qui travaillent dans ces bo&#238;tes. Aussi bien les salari&#233;s qui sont vir&#233;s que ceux qui les remplacent dans un autre pays o&#249; l'usine a &#233;t&#233; r&#233;implant&#233;e et o&#249; l'on bosse pour des salaires de mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Europe, il semblerait qu'il y ait eu une certaine inertie dans les restructurations, notamment par rapport au continent am&#233;ricain o&#249;, pourtant, le tissu industriel s'amenuise aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En moins de quarante ans, le nombre d'ouvriers en France, r&#233;pertori&#233; par l'INSEE, est pass&#233; de 6,9 millions &#224; 5,3 millions... Ce n'est pas rien. Et c'est surtout dans l'industrie que &#231;a s'est vid&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour autant, au niveau mondial, le nombre d'ouvriers est en progression. Ils se trouvent maintenant en Asie, o&#249; l'agriculture intensive a vid&#233; les campagnes et offert une main-d'&#339;uvre pas cher aux entreprises qui prosp&#232;rent d&#233;sormais en Inde, au Pakistan, en Chine, en Cor&#233;e...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la situation sanitaire et &#233;conomique contribue &#224; amplifier le mouvement vers une industrie connect&#233;e, d&#233;j&#224; entrepris depuis quelques ann&#233;es. L'industrie asiatique a pris les devants mais, dans les pays occidentaux, pour ceux et celles qui ne se retrouvent pas sur le carreau, cela entra&#238;ne la casse des collectifs : t&#233;l&#233;travail et ub&#233;risation des m&#233;tiers. Ainsi que la fin du salariat (c'est autre chose que l'abolition du salariat revendiqu&#233;e jadis) par la mise en concurrence de chacun, somm&#233; de devenir autoentrepreneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;gion de Rouen a &#233;t&#233; tr&#232;s touch&#233;e par ces restructurations. Le nombre d'usines a fondu comme neige au soleil. Le seul avantage, c'est qu'on y respire mieux (sauf quand Lubrizol s'est enflamm&#233;e en septembre 2019). Le dernier gros bastion historique &#224; avoir ferm&#233;, c'est la Chapelle Darblay, une papeterie historique de la r&#233;gion qui fabriquait du papier recycl&#233; de qualit&#233;. Pour l'instant, il n'y a pas de repreneur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque l'on suit les m&#233;andres de la Seine autour de Rouen, on ne voit plus que de gigantesques hangars en taule avec des plateformes de chargement pour semi-remorques. Bollor&#233; et consorts ont pris la rel&#232;ve et livrent &#224; pr&#233;sent par la route les contenus de containers arrivant par gros tankers, bourr&#233;s de &lt;i&gt;big bags &lt;/i&gt;d'engrais ou de produits chimiques qui &#233;taient fabriqu&#233;s aux m&#234;mes endroits avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre usine historique de la r&#233;gion, la raffinerie Shell-Petroplus de Petit-Couronne, a &#233;t&#233; ferm&#233;e il y a plus de six ans. Voil&#224; qu'on apprend, apr&#232;s la d&#233;pollution du site, que, dans les grands hangars en cours de montage, c'est Amazon qui s'installe. Carr&#233;ment. Un mouvement s'est cr&#233;&#233; pour emp&#234;cher cette implantation, avec p&#233;titions et manifestations &#224; la cl&#233;. Seul le maire de la ville milite pour que &#231;a se fasse, &#171; pour l'emploi &#187;. Et quel emploi ! Des exploit&#233;s en CDD qui doivent aller chercher les produits d'une all&#233;e &#224; l'autre en vitesse (faisant jusqu'&#224; 20 bornes par jour) et des livreurs, au statut impos&#233; de micro-entrepreneurs, qui doivent livrer au plus vite et dans n'importe quelles conditions. Sans compter tout ce qu'implique Amazon dans la consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre exemple de cette fin d'un monde industriel, &#224; quelques kilom&#232;tres de ce site, en lisi&#232;re de Rouen, juste aux portes de l'usine Lubrizol, la M&#233;tropole a lanc&#233; en 2011 la cr&#233;ation d'un &#171; &#233;coquartier &#187;, ce qui est tendance. L'objectif &#233;tant en partie d'y faire venir vivre celles et ceux qui bossent &#224; La D&#233;fense (une heure de route ou de train quand il n'y a pas de bouchon ou de parpaing sur les voies). Le hic, c'est que sur ce terrain se trouvaient auparavant des usines chimiques et m&#233;tallurgiques. Il y a dans ces sols des hydrocarbures, des m&#233;taux lourds et j'en passe. Plut&#244;t que de d&#233;polluer, il a &#233;t&#233; d&#233;cid&#233; de faire venir des tas de terre par trains et camions pour remonter le sol de plus de six m&#232;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue dans le meilleur des mondes.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Jean-Pierre Levaray&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie du dossier &#171; Apr&#232;s l'usine &#187; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &#233;pisodes de ces chroniques ont depuis &#233;t&#233; r&#233;unis dans un ouvrage &#233;ponyme publi&#233; chez Libertalia (2016).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1798.jpg' width=&#034;350&#034; height=&#034;577&#034; alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La mode, l'industrie textile et la prison</title>
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		<dc:date>2021-06-14T05:12:31Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Gwenola Ricordeau, Jo&#235;l Charbit</dc:creator>


		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
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		<dc:subject>Prison Chic</dc:subject>

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&lt;p&gt;On conna&#238;t tous l'expression &#171; apporter des oranges en prison &#187;. Elle appara&#238;t aujourd'hui bien incongrue : si dans le pass&#233; les prisonnier&#183;es ont pu d&#233;pendre des colis alimentaires de leurs proches, c'est &#224; pr&#233;sent surtout des sacs de linge qui sont amen&#233;s lors des parloirs. Ironie de l'histoire, la couleur orange est aujourd'hui associ&#233;e aux prisons en raison de la teinte des uniformes dont ont &#233;t&#233; affubl&#233;s certains prisonniers de guerre &#224; Guant&#225;namo. De la commercialisation de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On conna&#238;t tous l'expression &#171; apporter des oranges en prison &#187;. Elle appara&#238;t aujourd'hui bien incongrue : si dans le pass&#233; les prisonnier&#183;es ont pu d&#233;pendre des colis alimentaires de leurs proches, c'est &#224; pr&#233;sent surtout des sacs de linge qui sont amen&#233;s lors des parloirs. Ironie de l'histoire, la couleur orange est aujourd'hui associ&#233;e aux prisons en raison de la teinte des uniformes dont ont &#233;t&#233; affubl&#233;s certains prisonniers de guerre &#224; Guant&#225;namo. De la commercialisation de d&#233;guisements de prisonnier&#183;es aux d&#233;fil&#233;s de mode entre les murs, en passant par la mode &#171; Made in Prison &#187;, d&#233;tricotons les liens qui se sont tiss&#233;s entre l'industrie textile et les prisons !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3655 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1795.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH639/-1795-880e9.jpg?1779732594' width='500' height='639' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;C&lt;/span&gt;es derni&#232;res ann&#233;es, mes recherches sur la mat&#233;rialit&#233; de l'exp&#233;rience carc&#233;rale m'ont conduite &#224; travailler sur la &#171; culture de la punition &#187;, pour reprendre l'expression de Michelle Brown &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Autrice d'un essai intitul&#233; The Culture of punishment (2009).&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui d&#233;signe la mani&#232;re dont la culture populaire et des pratiques culturelles ordinaires t&#233;moignent de l'id&#233;ologie punitive et de son usage par le syst&#232;me p&#233;nal. C'est un vaste champ de recherche qui peut amener, par exemple, &#224; discuter du clip &#171; Telephone &#187; de la chanteuse Lady Gaga et de ce qu'il dit de la sexualisation des femmes incarc&#233;r&#233;es &#224; travers la reprise de codes iconographiques et de sch&#233;mas narratifs du sous-genre cin&#233;matographique des &#171; films de femmes en prison &#187;. Pour ma part, je m'int&#233;resse surtout au &#171; tourisme carc&#233;ral &#187; aux &#201;tats-Unis. En particulier &#224; la transformation d'anciennes prisons en mus&#233;es et lieux de loisirs &#8211; par exemple pour des soir&#233;es &#224; th&#232;mes (souvent autour du paranormal). Or ce tourisme carc&#233;ral s'accompagne de la production et de la vente de nombreux objets : porte-cl&#233;s, tasses, casquettes ou tee-shirts, estampill&#233;s d'un simple nom de prison ou de messages &#171; humoristiques &#187; (hauts floqu&#233;s d'un &#171; &lt;i&gt;Alcatraz psycho ward outpatient&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Patient du quartier psychiatrique d'Alcatraz &#187;.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, layette avec des rayures noires et blanches portant des inscriptions comme &#171; &lt;i&gt;I just did 9 months on the inside&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Je viens de faire 9 mois dedans &#187;.&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Autant dire que j'ai l'habitude du mauvais go&#251;t du merchandising autour des prisons...&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;guisements aux nuances carc&#233;rales&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a bient&#244;t quatre ans, j'ai pass&#233; mon premier Halloween sur le sol &#233;tatsunien dans la petite ville californienne o&#249; je venais d'emm&#233;nager. Les jours pr&#233;c&#233;dents, l'universit&#233; pour laquelle je travaille avait placard&#233; de nombreuses affiches recommandant d'&#233;viter tout costume proc&#233;dant &#224; une r&#233;appropriation culturelle (d&#233;guisements en &#171; mexicain &#187;, &#171; indien &#187;, etc.). J'ai &#233;t&#233; surprise par l'ampleur de la c&#233;l&#233;bration : ce jour-l&#224;, une bonne partie du personnel et des &#233;tudiant&#183;es &#233;taient costum&#233;&#183;es. Je m'en suis amus&#233;e jusqu'&#224; ce que je passe une heure de cours avec un de mes &#233;tudiant&#183;es affubl&#233; de la museli&#232;re du &lt;i&gt;serial killer&lt;/i&gt; Hannibal Lecter dans&lt;i&gt; Le Silence des agneaux&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon malaise n'a ensuite &#233;t&#233; que grandissant puisque j'ai r&#233;guli&#232;rement crois&#233; &#8211; en diverses occasions &#8211; des personnes d&#233;guis&#233;es en policier ou en &#171; prisonnier de Guant&#225;namo &#187; sans que personne ne s'en offusque. On m'a m&#234;me sugg&#233;r&#233;, parce que j'enseigne la criminologie, qu'un costume de prisonnier aurait pu &#234;tre une tenue de choix pour une soir&#233;e Halloween &#224; laquelle j'&#233;tais invit&#233;e !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agissait pas d'une id&#233;e totalement saugrenue au regard de la banalit&#233; de la commercialisation de ce type de d&#233;guisement. Dans les magasins de farces et attrapes comme sur Amazon, les offres de costumes de prisonnier&#183;es sont nombreuses &lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous laissons ici de c&#244;t&#233; ceux &#224; connotation sexuelle qui m&#233;riteraient une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; : uniformes type &#171; Guant&#225;namo &#187;, tenue ray&#233;e noire et blanche accompagn&#233;e d'un faux boulet, etc. On trouve aussi des costumes similaires &#224; celui de Lady Gaga dans le fameux clip &#171; Telephone &#187; ou la suppos&#233;e tenue de Paris Hilton lors de sa peine de 45 jours de prison en 2007.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s de la s&#233;rie &lt;i&gt;Orange Is the New Black&lt;/i&gt; (OITNB), s'il a mis en lumi&#232;re certains aspects de l'incarc&#233;ration des femmes, s'est aussi accompagn&#233; de la commercialisation d'accessoires de &lt;i&gt;cosplay&lt;/i&gt; inspir&#233;s de certains de ses personnages et de formes de glamourisation de ceux-ci. Cela n'a pas &#233;chapp&#233; &#224; l'&#233;dition britannique du magazine de mode &lt;i&gt;Vogue&lt;/i&gt; qui, en avril 2014, dans un &#171; article &#187; titr&#233; &#171; Hot Trend Alert : Prison Chic &#187; (Alerte tendance : le prison chic), sugg&#233;rait &#224; ses lectrices l'achat de certains v&#234;tements &#171; style &lt;i&gt;OITNB&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces anecdotes ne rel&#232;vent pas du mauvais go&#251;t ou du manque de sensibilit&#233; de quelques individus. Elles t&#233;moignent plut&#244;t d'un ensemble de pratiques sociales qui suscitent peu de controverses &#8211; m&#234;me si l'on peut noter le scandale provoqu&#233; par la soir&#233;e &#171; New Guant&#225;namo &#187; organis&#233;e par le magazine &lt;i&gt;Flaunt&lt;/i&gt; lors du festival de Coachella (Californie) en 2013. Ces usages soul&#232;vent pourtant de nombreuses questions. Quel est le sens d'un d&#233;guisement de prisonnier (ou de policier, du reste) ? Que moquent et de qui rient ceux et celles qui se d&#233;guisent ainsi ? Dans quel monde faut-il vivre pour &#233;prouver du plaisir dans ce genre de d&#233;guisement ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;cup&#233;ration et fashion faux-pas&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La glamourisation des personnages d'&lt;i&gt;OITNB&lt;/i&gt; s'inscrit dans un cadre bien plus large : celui de la r&#233;cup&#233;ration par la mode de codes de sous-cultures contestataires ou de populations marginalis&#233;es, comme le montrent les usages qu'elle a fait du &#171; punk &#187; ou du &#171; street &#187;. Les d&#233;bats que peuvent soulever ces utilisations (qu'elles soient pens&#233;es en termes d'appropriation culturelle ou de marchandisation) sont parfois r&#233;duits, dans le monde de la mode, &#224; de simples &#171; faux pas &#187;. En la mati&#232;re, celui de la marque Gucci est sans doute le plus c&#233;l&#232;bre : lors de la pr&#233;sentation de sa collection en octobre 2019, ses mannequins arboraient des accessoires &#233;voquant fortement des bracelets &#233;lectroniques. M&#234;me si ceux-ci se sont av&#233;r&#233;s &#234;tre de petites sacoches destin&#233;es au transport d'accessoires de maquillage, on peut s'interroger sur l'imaginaire de ceux et celles qui les ont con&#231;us sans &#171; penser &#224; mal &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La glamourisation du syst&#232;me p&#233;nal prend en outre de multiples formes, comme l'utilisation pour des &lt;i&gt;shootings&lt;/i&gt; de mode d'anciennes prisons, par exemple celle de Gloucester (Royaume-Uni). Cela rappelle la mise en sc&#232;ne par le photographe Oliviero Toscani, en 2000, de condamn&#233;s &#224; mort aux &#201;tats-Unis pour la campagne de publicit&#233; Benetton &#171; Regarder la mort en face &#187;. Quelques ann&#233;es plus tard, la s&#233;rie de photos &#171; State of Emergency &#187; de Steven Meisel, publi&#233;e par l'&#233;dition italienne de &lt;i&gt;Vogue&lt;/i&gt; en septembre 2006 a suscit&#233; des controverses similaires (instrumentalisation de la violence d'&#201;tat, rabaissement de ses victimes au rang d'objet, etc.). Mettant notamment en sc&#232;ne des violences polici&#232;res (parfois &#224; caract&#232;re sexuel) et les fouilles subies par les femmes qui rendent visite &#224; un proche incarc&#233;r&#233;, cette s&#233;rie de photos &#233;voquait celles prises en 2003 &#224; la prison d'Abu Ghraib de militaires US torturant des prisonniers irakiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En parall&#232;le, l'industrie de la mode se targue parfois d'intentions critiques vis-&#224;-vis du syst&#232;me p&#233;nal. Ainsi, en 2008, &#224; l'occasion de la Saint-Valentin, la marque de lingerie Agent Provocateur a envoy&#233; au Premier ministre britannique Gordon Brown une culotte orange, couleur devenue embl&#233;matique de Guant&#225;namo, avec l'inscription &#171; Fair trial my arse &#187; (Proc&#232;s &#233;quitable, mon cul). Cet envoi constituait en fait une op&#233;ration de communication conjointe avec l'organisation de d&#233;fense des droits humains Reprieve, notamment engag&#233;e aupr&#232;s des d&#233;tenus de Guant&#225;namo, dont deux membres avaient &#233;t&#233; accus&#233;s d'avoir fourni ill&#233;galement des sous-v&#234;tements &#224; deux de leurs clients. Mais cette action a sans doute moins contribu&#233; &#224; l'am&#233;lioration du sort des prisonniers qu'&#224; la construction de l'image &#171; provocatrice &#187; de la marque de lingerie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;fil&#233;s entre les murs et fringues &#171; Made in Prison &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sur un autre plan, les d&#233;fil&#233;s de mode en prison sont sans doute, avec les b&#233;b&#233;s incarc&#233;r&#233;s aux c&#244;t&#233;s de leur m&#232;re, l'angle favori sous lequel les m&#233;dias, en particulier ceux dits &#171; f&#233;minins &#187;, traitent des prisons pour femmes. D'autant que les administrations p&#233;nitentiaires adorent ce genre de publicit&#233; qui permet de montrer des prisonni&#232;res investies dans des activit&#233;s typiquement &#171; f&#233;minines &#187;. Souvent pr&#233;sent&#233;s comme des initiatives tr&#232;s originales, ces d&#233;fil&#233;s se retrouvent sous &#224; peu pr&#232;s toutes les latitudes. Par exemple, en France, la styliste Sakina M'sa organise r&#233;guli&#232;rement des &#171; &lt;i&gt;fashion weeks&lt;/i&gt; &#187; &#224; la prison pour femmes de Fleury-M&#233;rogis. De ces d&#233;fil&#233;s ont &#233;t&#233; tir&#233;s un documentaire (&lt;i&gt;Mode d'&#233;vasion&lt;/i&gt;, 2019) et une exposition de photographies d'Antoine d'Agata (sur les grilles de l'H&#244;tel de Ville de Paris, &#224; l'automne 2019).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la capitalisation de l'industrie de la mode sur la prison ne se r&#233;duit pas &#224; la seule exploitation des repr&#233;sentations qui y sont associ&#233;es : elle passe aussi par l'utilisation du travail des prisonnier&#183;es dont elle fait parfois un signe distinctif, &#224; l'instar de la marque Prison Blues. Cr&#233;&#233;e en 1989 avec l'aide d'une subvention g&#233;n&#233;r&#233;e par les saisies effectu&#233;es dans le cadre de la r&#233;pression du trafic de stup&#233;fiants, la marque repose sur le travail des prisonniers de Pendleton (Oregon, &#201;tats-Unis) pour la fabrication de ses jeans, tee-shirts, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; mode &#233;thique &#187; a ainsi vu na&#238;tre une niche : certaines marques mettent en avant leur &#171; engagement social &#187; en faisant travailler des prisonnier&#183;es sous couvert de favoriser leur r&#233;insertion. C'est ce que fait Carcel, une marque de v&#234;tements fabriqu&#233;s par des femmes incarc&#233;r&#233;es au P&#233;rou et en Tha&#239;lande. Prison Art est quant &#224; elle son &#233;quivalent au Mexique. Parmi les acteurs de ce secteur, Thomas Jacob, le cr&#233;ateur de la marque Piet&#224;, a souvent eu les honneurs des m&#233;dias fran&#231;ais (&lt;i&gt;Le Parisien&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Les Inrocks&lt;/i&gt;, etc.) et &#233;trangers. Pour la fabrication, son entreprise recourt &#224; des prisonniers de Lima (P&#233;rou).
Les prisons du tiers-monde dans lesquelles ces marques emploient des prisonnier&#183;es sont pourtant fr&#233;quemment d&#233;crites dans les articles qui font complaisamment la promotion de ces entreprises comme &#171; les pires prisons au monde &#187;. Mais qu'importe, l'argument de vente est l&#224; et le public cibl&#233; : ces marques s'adressent &#224; des consommateurs plut&#244;t ais&#233;s (le moindre tee-shirt de Prison Art est vendu plus de 55 &#8364;) qui sont sensibles au &lt;i&gt;white saviorism &lt;/i&gt;(&#171; complexe du sauveur blanc &#187;) et peuvent &#234;tre s&#233;duits par des v&#234;tements dont le lieu de fabrication est un &#233;l&#233;ment de distinction.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La prison et ses codes vestimentaires &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors que l'industrie de la mode capitalise sur le travail et la cr&#233;ativit&#233; des prisonnier&#183;es, la mode elle-m&#234;me est g&#233;n&#233;ralement r&#233;prim&#233;e en prison d&#232;s lors qu'elle ne constitue pas une activit&#233; contribuant &#224; son image. En effet, l'habillement y est g&#233;n&#233;ralement extr&#234;mement codifi&#233; : le port de certaines couleurs est fr&#233;quemment interdit, notamment pour des raisons de s&#233;curit&#233; (comme dans les prisons fran&#231;aises le bleu ou le kaki, r&#233;serv&#233;s au personnel p&#233;nitentiaire) et les restrictions sur le type et le nombre de v&#234;tements qui peuvent &#234;tre gard&#233;s en cellule sont souvent nombreuses (par exemple l'interdiction des ceintures ou des v&#234;tements &#224; capuche). La mani&#232;re de porter les habits peut elle aussi &#234;tre r&#233;glement&#233;e, comme le boutonnage des chemises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre extr&#234;mement codifi&#233; o&#249; l'image de soi est d&#233;j&#224; mise &#224; mal, la raret&#233; des ressources oblige les personnes d&#233;tenues &#224; d&#233;ployer des tr&#233;sors d'imagination (d&#233;tournement d'usage, &#233;changes clandestins, etc.) pour singulariser leurs tenues, voire leurs uniformes. Le clip tourn&#233; en mars 2019 par Rashod &#171; 2500shod &#187; Stanley, jeune homme originaire d'Atlanta, dans la prison o&#249; il est incarc&#233;r&#233;, t&#233;moigne du caract&#232;re subversif que peut prendre un d&#233;fil&#233; de mode clandestin organis&#233; au milieu des lits d'un dortoir de prison. Le clip en question pr&#233;sentait &#171; The Trenches &#187; (les tranch&#233;es), des cr&#233;ations r&#233;alis&#233;es &#224; partir des seuls uniformes de l'&#233;tablissement et &#224; l'aide de trombones et de fil dentaire. La viralit&#233; de la vid&#233;o a valu &#224; Rashod Stanley des probl&#232;mes avec l'administration mais lui a ensuite permis de cr&#233;er sa ligne de v&#234;tements.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'industrie textile et le business des prisons&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'utilisation du travail forc&#233; des Ou&#239;ghours et des personnes enferm&#233;es dans des camps de travail en Chine est, quant &#224; elle et &#224; juste titre, r&#233;guli&#232;rement reproch&#233;e &#224; l'industrie textile, sans que soit pour autant mise sur la table celle du travail carc&#233;ral dans de nombreux pays. Au cours des premiers mois de la pand&#233;mie de Covid, l'invisibilit&#233; de cette question a &#233;t&#233; particuli&#232;rement frappante : alors qu'on leur interdisait parfois d'en porter, de nombreuses personnes d&#233;tenues ont d&#251; s'atteler &#224; la confection de masques (en France, au moins huit &#233;tablissements ont &#233;t&#233; mobilis&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'identit&#233; de certaines marques est construite autour de leur recours au travail de prisonnier&#183;es, l'industrie textile est, de son c&#244;t&#233;, souvent tr&#232;s discr&#232;te sur son utilisation du travail carc&#233;ral &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt;. De nombreux &#201;tats utilisent ainsi la main- d'&#339;uvre carc&#233;rale pour r&#233;pondre &#224; ses propres besoins en mati&#232;re d'uniformes (militaires, policiers, etc.) ou encore d'&#233;quipements des h&#244;pitaux (notamment pour les draps). Aux &#201;tats-Unis, c'est la Federal Prison Industries (plus connue sous le nom d'Unicor) qui g&#232;re ce march&#233; gr&#226;ce &#224; une vingtaine d'ateliers install&#233;s au sein d'&#233;tablissements p&#233;nitentiaires o&#249; les prisonnier&#183;es touchent un salaire maximal de 0,95 &#8364; de l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de conditions de travail et de salaire, les ateliers de confection en prison n'ont rien &#224; envier aux &lt;i&gt;sweatshops&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ateliers ou usines de l'industrie textile dans lesquels les employ&#233;s sont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, avec lesquels ils sont directement en concurrence. Mais l'int&#233;gration des prisons dans la cha&#238;ne de production n'est pas le seul enjeu &#233;conomique du syst&#232;me carc&#233;ral pour l'industrie textile. En effet, le march&#233; des laveries et des uniformes sont des secteurs profitables, comme en t&#233;moigne le succ&#232;s commercial rencontr&#233; aux &#201;tats-Unis par le fournisseur d'uniformes Bob Barker.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En prison, les v&#234;tements sont parfois ce que les personnes d&#233;tenues poss&#232;dent de plus intimes, notamment s'ils portent des odeurs famili&#232;res, comme celles d'un &#234;tre cher ou d'une lessive employ&#233;e ordinairement. Or, les habits sont mis &#224; rude &#233;preuve, notamment en raison des conditions d'entretien et de stockage qui sont rarement ad&#233;quates. Mais c'est hors les murs qu'ils subissent parfois un destin pire que l'usure pr&#233;matur&#233;e : ces derni&#232;res ann&#233;es, les &lt;i&gt;pa&#241;os &lt;/i&gt;(les &#171; mouchoirs &#187; que les prisonnier&#183;es chicanos aux &#201;tats-Unis d&#233;corent pour les offrir &#224; leurs proches) sont devenus des objets d'exposition et int&#233;ressent de plus en plus les collectionneurs d'art&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Gwenola Ricordeau&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Turbin carc&#233;ral &#224; la fran&#231;aise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;E&lt;/span&gt;n France (comme dans beaucoup d'autres pays), le travail carc&#233;ral est un domaine particuli&#232;rement opaque, o&#249; les cha&#238;nes d'interm&#233;diaires parviennent efficacement &#224; masquer l'identit&#233; des clients finaux. Il est donc difficile d'obtenir des informations pr&#233;cises et actualis&#233;es sur les entreprises textiles qui recourent au travail des prisonnier.es. Cependant, le recoupement de plusieurs sources d'information permet de se faire une id&#233;e des types d'activit&#233;s et des entreprises impliqu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le Service de l'emploi p&#233;nitentiaire&lt;/strong&gt; (SEP) semble &#234;tre l'entit&#233; disposant du plus grand nombre d'ateliers de confection en prison. &#192; ce jour, d'apr&#232;s le site du SEP, leur nombre s'&#233;l&#232;ve &#224; neuf : Arles et Marseille (Bouches-du-Rh&#244;ne), Ch&#226;teauroux (Indre), Moulins (Allier), Muret (Haute-Garonne), Rennes (Ille-et-Vilaine), Saint-Martin-de-R&#233; (Charente-Maritime), Valence (Dr&#244;me) et Val-de-Reuil (Eure). L'activit&#233; &#171; confection &#187; du SEP repr&#233;senterait en 2018 38 % de son chiffre d'affaires (soit plus de 9 millions d'euros). Outre la fabrication d'uniformes p&#233;nitentiaires, d'apr&#232;s son rapport de 2019, le SEP re&#231;oit des commandes d'entreprises tierces. La m&#234;me ann&#233;e, le Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des lieux de privation de libert&#233; (CGLPL)&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les donn&#233;es qui suivent sont issues des diff&#233;rents rapports de visite du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; a relev&#233; des r&#233;mun&#233;rations horaires des prisonniers &#224; l'atelier de Ch&#226;teauroux d&#233;gringolant &#224; 2,56 &#8364;, et donc inf&#233;rieures au tarif normalement en vigueur (le &#171; seuil minimum de r&#233;f&#233;rence &#187;) fix&#233; &#224; 45 % du SMIC horaire, soit 4,52 &#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les principaux donneurs d'ordre&lt;/strong&gt; de l'industrie textile dans les prisons fran&#231;aises sont le SEP, des institutions publiques et des entreprises priv&#233;es, parmi lesquelles le prestataire de services sp&#233;cialis&#233; dans les &#171; lieux sensibles &#187; Gepsa ou encore la multinationale de sous-traitance de services Sodexo. Ces entreprises g&#232;rent directement des pans entiers des &#233;tablissements p&#233;nitentiaires, dont les ateliers de travail. Elles proposent alors &#224; d'autres entreprises d'y sous-traiter leur production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ainsi, au centre p&#233;nitentiaire de Rennes&lt;/strong&gt;, d'apr&#232;s le CGLPL, les ateliers de confection g&#233;r&#233;s par le SEP fabriquent essentiellement des pantalons pour l'administration p&#233;nitentiaire. Une partie des tenues du personnel m&#233;dical du CHU de Rennes y &#233;taient &#233;galement produites, au moins jusqu'en 2015. &#192; cette date, de &#171; jeunes cr&#233;ateurs &#187; de la r&#233;gion y faisaient &#233;galement produire, par les femmes incarc&#233;r&#233;es, entre 400 et 30 000 pi&#232;ces par an. La r&#233;mun&#233;ration y &#233;tait d'environ 4 &#8364; de l'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; il y a peu&lt;/strong&gt;, la marque Les Cakes de Bertrand faisait r&#233;aliser &#224; des personnes d&#233;tenues au centre de d&#233;tention de Joux-la-Ville (Yonne) des op&#233;rations de thermocollage sur v&#234;tements pour 2,63 &#8364; de l'heure. Des oreillers &#171; bio &#187; &#233;taient &#233;galement confectionn&#233;s jusqu'&#224; r&#233;cemment par les prisonniers de cet &#233;tablissement pour le compte de Bambou et Co. avec une r&#233;mun&#233;ration horaire de 4,56 &#8364; &#224; la cl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quant &#224; la maison d'arr&#234;t de Pau&lt;/strong&gt;, jusqu'en 2013, l'association d'insertion ACT 3 avait en concession les ateliers de tissage du &#171; quartier femmes &#187;. Elle d&#233;tenait &#233;galement un atelier de haute couture dont une partie de la production figurait au catalogue de Dior ou de Chanel. Le CGLPL notait &#224; l'&#233;poque que &#171; &lt;i&gt;40&lt;/i&gt; &lt;i&gt;% environ des mod&#232;les&lt;/i&gt; [propos&#233;s par ACT 3]&lt;i&gt; venaient de la d&#233;tention&lt;/i&gt; &#187;. Il soulignait aussi que l'association &#171; &lt;i&gt;[assurait] le fonctionnement courant de l'atelier, mais les r&#233;mun&#233;rations des employ&#233;es [provenaient] des cr&#233;dits de formation professionnelle du Conseil r&#233;gional au tarif de 2,49 &#8364; de l'heure&lt;/i&gt; &#187;. Cerise sur le g&#226;teau, cet &#171; atelier d'insertion &#187; b&#233;n&#233;ficiait d'un financement par la fondation Veolia. En 2014, ACT 3 et ses ateliers ont &#233;t&#233; rachet&#233;s par le brodeur Lesage (qui travaille notamment pour Chanel). Depuis, myst&#232;re&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Jo&#235;l Charbit&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Autrice d'un essai intitul&#233; &lt;i&gt;The Culture of punishment&lt;/i&gt; (2009).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Patient du quartier psychiatrique d'Alcatraz &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Je viens de faire 9 mois dedans &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nous laissons ici de c&#244;t&#233; ceux &#224; connotation sexuelle qui m&#233;riteraient une r&#233;flexion &#224; part enti&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ateliers ou usines de l'industrie textile dans lesquels les employ&#233;s sont exploit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les donn&#233;es qui suivent sont issues des diff&#233;rents rapports de visite du CGLPL, consultables sur son site.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Inceste : silence, on &#233;crabouille</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Inceste-silence-on-ecrabouille</link>
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		<dc:date>2021-06-12T05:58:43Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathilde Offroy</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Souvent rel&#233;gu&#233; au rang de fait divers sordide, longtemps prot&#233;g&#233; par un silence de plomb, l'inceste est pour l'anthropologue Doroth&#233;e Dussy le Berceau des dominations, titre de l'enqu&#234;te percutante qu'elle a consacr&#233;e au sujet. Anthropologue au CNRS, Doroth&#233;e Dussy a subi des abus sexuels pendant son enfance. C'est ce qui l'a pouss&#233;e &#224; mener une longue enqu&#234;te ethnographique sur l'inceste. Durant plusieurs ann&#233;es, elle a rencontr&#233;, par le biais d'associations d'accueil de victimes, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sarah-Fisthole" rel="tag"&gt;Sarah Fisthole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/n-est" rel="tag"&gt;n'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-inceste" rel="tag"&gt;l'inceste&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sexuels" rel="tag"&gt;sexuels&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/abus-sexuels" rel="tag"&gt;abus sexuels&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Souvent rel&#233;gu&#233; au rang de fait divers sordide, longtemps prot&#233;g&#233; par un silence de plomb, l'inceste est pour l'anthropologue Doroth&#233;e Dussy &lt;i&gt;le Berceau des dominations&lt;/i&gt;, titre de l'enqu&#234;te percutante qu'elle a consacr&#233;e au sujet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3653 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1793-ba353.jpg?1779640210' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;nthropologue au CNRS, Doroth&#233;e Dussy a subi des abus sexuels pendant son enfance. C'est ce qui l'a pouss&#233;e &#224; mener une longue enqu&#234;te ethnographique sur l'inceste. Durant plusieurs ann&#233;es, elle a rencontr&#233;, par le biais d'associations d'accueil de victimes, en France et au Qu&#233;bec, des personnes ayant subi l'inceste enfants. Elle s'est &#233;galement rendue en prison, o&#249; elle a men&#233; des entretiens avec des incesteurs condamn&#233;s. Fruit de ce travail, &lt;i&gt;Le Berceau des dominations. Anthropologie de l'inceste&lt;/i&gt;, publi&#233; une premi&#232;re fois en 2013, vient d'&#234;tre r&#233;&#233;dit&#233; aux &#233;ditions Pocket. Charlotte Pudlowski &lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Co fondatrice de Louie Media et r&#233;alisatrice d'un podcast remarquable sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui signe la pr&#233;face, explique que c'est &#171; &lt;i&gt; le genre de livre qui changerait le monde si les gens voulaient bien le lire&lt;/i&gt; &#187;. On ne peut qu'acquiescer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car &lt;i&gt;Le Berceau des dominations &lt;/i&gt;est un ouvrage crucial. L'autrice, qui revendique d'introduire une rupture dans l'&#233;criture et les rapports de domination qu'elle charrie, ne s'embarrasse pas de faux-semblants. Dans un style tranchant, parfois cru et imag&#233;, elle d&#233;cortique ce qu'elle nomme le &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me inceste&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;montrant que ce dernier structure et organise notre ordre social, bien au-del&#224; du cercle familial. Pour preuve, les enqu&#234;tes disponibles sur la pr&#233;valence de l'inceste, c'est-&#224;-dire la proportion d'enfants touch&#233;s par le ph&#233;nom&#232;ne. Elles s'accordent sur une fourchette basse de 5 &#224; 10 % d'enfants victimes d'abus sexuels dans leur famille. Des chiffres qui placent l'inceste bien loin du fait divers et permettent de dire que ce n'est pas un ph&#233;nom&#232;ne marginal, mais un fait social r&#233;pandu. Or, les soci&#233;t&#233;s humaines sont r&#233;put&#233;es &#234;tre fond&#233;es sur trois interdits universels : le cannibalisme, le meurtre et l'inceste. Ce dernier serait donc &#224; la fois l'un des tabous structurant nos soci&#233;t&#233;s et une pratique courante. Doroth&#233;e Dussy s'empare de cette contradiction qu'elle explique n'&#234;tre qu'apparente. Le &#171; &lt;i&gt; syst&#232;me inceste&lt;/i&gt; &#187; tient en effet par le silence, et c'est son interdit qui le lui garantit. Autrement dit : &#171; &lt;i&gt;L'interdit de l'inceste prot&#232;ge l'inceste. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les victimes sont des deux sexes, les incesteurs sont tr&#232;s majoritairement des hommes. Une statistique qu&#233;b&#233;coise &#233;value ainsi &#224; 4 % la proportion de femmes chez les auteurs d'abus sexuels. 96 % sont donc des hommes &lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette &#233;tude porte sur les auteurs et autrices d'&#171; infractions sexuelles &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, et c'est loin d'&#234;tre anodin : Doroth&#233;e Dussy y voit un continuum entre les violences faites aux femmes et celles exerc&#233;es sur les enfants. Continuum qui d&#233;coule d'une m&#234;me conception masculiniste de la sexualit&#233;, les hommes s'autorisant &#224; s'approprier les corps &#224; leur port&#233;e, quels qu'ils soient. Continuum dont l'inceste serait une sorte de paroxysme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le Berceau des dominations&lt;/i&gt; n'est pas une lecture facile, parce qu'il contraint &#224; admettre que l'inceste est en fait un ph&#233;nom&#232;ne aussi banal qu'immonde. Mais, au-del&#224; du sentiment d'&#233;touffement que cette plong&#233;e peut inspirer, il permet de penser l'abominable. Par la charge analytique et politique qu'il porte, il redonne du souffle. Il interdit de refermer les yeux et nous impose de porter nos combats au-del&#224; de l'indignation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel a &#233;t&#233; le point de d&#233;part de vos recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ayant v&#233;cu l'inceste dans mon enfance, je me suis effondr&#233;e apr&#232;s ma th&#232;se et mon entr&#233;e au CNRS. En cherchant &#224; aller mieux, j'ai voulu lire pour comprendre, mais il y avait peu de ressources documentaires sur le sujet. La plupart concernaient la pr&#233;valence et leurs r&#233;sultats &#233;taient ahurissants. Depuis que ces enqu&#234;tes existent, c'est-&#224;-dire depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, elles r&#233;v&#232;lent une proportion stable de 5 &#224; 10 % des enfants qui vivent des abus sexuels dans leur famille. De quoi faire r&#233;fl&#233;chir une anthropologue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai donc cherch&#233; ce qu'on avait en magasin et j'ai r&#233;alis&#233; que la multitude des travaux sur la question portait en r&#233;alit&#233; sur l'interdit de l'inceste, c'est-&#224;-dire sur les r&#232;gles de prescription matrimoniale et d'alliance. Par contre, il n'y avait rien sur ce qui se passe lorsque &#231;a arrive &lt;i&gt;vraiment&lt;/i&gt;. C'est de l&#224; que mon enqu&#234;te est partie. Avec cette question : qu'est-ce qui se passe quand &#231;a se produit r&#233;ellement ? Et que penser de cette proportion stable &#224; travers les &#226;ges, en Occident, dans des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s diverses ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce taux de pr&#233;valence permettrait de dire qu'on est tous touch&#233;s de pr&#232;s ou de loin par l'inceste...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On consid&#232;re qu'en sixi&#232;me, dans une classe de trente &#233;l&#232;ves, il y a trois gosses incest&#233;s. Et, parce qu'un tiers des incesteurs sont des adolescents ou de grands enfants, dans une classe de seconde au lyc&#233;e, il y a un violeur. Rien que cette approche quantitative permet de dire qu'on est tous socialis&#233;s depuis tout petits avec des personnes qui ont v&#233;cu l'inceste &#8211; ou avec des incesteurs. Simplement, on ne les conna&#238;t pas. D&#232;s la maternelle, on a parfois un petit ou une petite camarade de classe qui vit des abus sexuels &#224; la maison. L'inceste, &#234;tre incest&#233;&#183;e, c'est &#234;tre viol&#233; chez soi &#224; r&#233;p&#233;tition, &#234;tre un objet sexuel. Et l'effet de cet &#233;crabouillement, de cette sexualit&#233; qu'on vous impose, fait qu'on ne vit pas une enfance normale et qu'on n'est pas tout &#224; fait pareil. Les autres enfants ne savent pas que cette petite fille ou ce petit gar&#231;on sont incest&#233;&#183;es, mais ils ne veulent pas trop avoir affaire &#224; eux. Et ils apprennent &#224; se taire, d&#233;j&#224;, &#224; ce moment. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles d&#233;couvertes avez-vous faites durant vos recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'un des grands enseignements de cette enqu&#234;te, c'est que l'inceste survient dans une famille o&#249; il est toujours d&#233;j&#224; l&#224;. Et il se transmet, dans la m&#234;me proportion, de g&#233;n&#233;ration en g&#233;n&#233;ration. Cette stabilit&#233;, c'est le syst&#232;me inceste. Des m&#233;canismes le reconduisent &#224; peu pr&#232;s &#224; l'identique d'une d&#233;cennie &#224; l'autre. Comment ? Un peu comme tout dans la famille : par mim&#233;tisme. On voit bien ce qu'on h&#233;rite de nos ascendants, comment on reproduit des tics de langages ou des mimiques. Il y a aussi des go&#251;ts qui se transmettent, comme par exemple le foot. Dans les familles o&#249; il y a de l'inceste, les enfants passent leurs premi&#232;res ann&#233;es avec des parents, des oncles, des tantes, des grands-parents, qui ont eu par le pass&#233; des rapports incestueux. Et leurs relations en gardent la trace. Elles sont m&#226;tin&#233;es d'un rapport de fascination-r&#233;pulsion, d'&#233;rotisation, de d&#233;go&#251;t, de peur. Les enfants s'impr&#232;gnent de tous ces &#233;l&#233;ments et &#231;a passe &#224; la g&#233;n&#233;ration d'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est important &#224; prendre en compte, c'est que ce qui se joue dans la famille incestueuse est assez banal. Tous nos rapports sociaux sont p&#233;tris et p&#233;n&#233;tr&#233;s de rapports de domination. La famille, avec sa forte asym&#233;trie des positions, est une cascade de dominations, et l'inceste en est une sorte de paroxysme. Parce qu'&#233;videmment il y a de la sexualit&#233; dans l'inceste, mais c'est un m&#233;lange, une articulation entre sexualit&#233; et inclination pour l'&#233;crabouillement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez d'ailleurs &#224; plusieurs reprises d' &#171; &#233;crabouillement &#187;, d'enfants &#171; &#233;crabouill&#233;s &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je trouve que c'est un mot qui convient. Parler de rapports de domination donne l'impression qu'on reste indemne. Alors que, quand on subit l'inceste, on est un peu comme une punaise &#233;crabouill&#233;e. On est en bouillie int&#233;rieurement et &#231;a ne se voit pas. &#202;tre pris comme un objet sexuel emp&#234;che de se construire comme sujet. C'est &#231;a, &#234;tre &#233;crabouill&#233; : l'impossibilit&#233; de grandir autrement qu'en &#233;tant juste une carcasse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous montrez qu'il n'y a pas un profil type d'incesteur. Toutefois, une figure revient &#224; plusieurs reprises dans votre travail, c'est celle du patriarche...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; S'il y a 5 &#224; 10 % d'incest&#233;&#183;es, il faut la m&#234;me proportion d'incesteurs, ce qui fait en France trois &#224; six millions de violeurs. C'est beaucoup, trois &#224; six millions, c'est beaucoup d'hommes. Tous les hommes forts ou puissants d'une famille ne sont pas des incesteurs mais certains le sont. Presque tous ceux que j'ai rencontr&#233;s sont bien ins&#233;r&#233;s socialement. Ils ont une femme ou en ont eu, &#233;ventuellement des ma&#238;tresses. Ils ont une vie sexuelle bien remplie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces hommes, ces patriarches, prennent pour objet sexuel un enfant de leur famille, mais tr&#232;s peu sont p&#233;dophiles. Ils n'ont pas une inclination sexuelle sp&#233;cifique pour les enfants. Ce qu'ils recherchent, c'est la satisfaction imm&#233;diate de leurs d&#233;sirs et de leur bon plaisir. La satisfaction sans frustration de leur &#233;go&#239;sme &#8211; une socialisation typiquement masculine. Et donc ce sont des viols d'aubaine. L'occasion fait le larron. Pour autant, ces incesteurs ne se voient pas du tout comme des violeurs. Puisque ce qu'ils font ne ressemble pas au st&#233;r&#233;otype d'un viols, par un inconnu au coin d'un bois. Eux ne sont pas haineux. Ils &#8220;aiment beaucoup leur petite fille&#8221;. Ils sont de &#8220;bons p&#232;res de famille&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ils savent pourtant que ce qu'ils font n'est pas autoris&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;videmment. Tout le monde sait qu'on n'a pas de rapport sexuel avec un enfant. Mais ils le font quand m&#234;me. De la m&#234;me mani&#232;re qu'on s'est tous d&#233;j&#224; arrang&#233; avec nous-m&#234;me pour faire quelque chose d'interdit. C'est du m&#234;me ordre. Ce n'est pas vraiment plus important pour ces types d'aller dans la chambre de leur gosse ou dans la salle de bain pour satisfaire une mont&#233;e de libido que de se garer sur une place de stationnement pour les personnes handicap&#233;es. &#199;a ne compte pas plus. Parce qu'au fond, une fellation, qu'est-ce que c'est dans une vie ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment les incesteurs font-ils taire leurs victimes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les strat&#233;gies de silenciation mises en place sont tr&#232;s efficaces. Pour faire taire, on peut rendre la parole de l'enfant ill&#233;gitime. En lui r&#233;p&#233;tant tout le temps qu'il est stupide, en le disqualifiant et le d&#233;valorisant d&#232;s qu'il fait quelque chose. On peut aussi instaurer un climat de crainte g&#233;n&#233;ralis&#233;, par exemple en massacrant les animaux domestiques. Tabasser un chien, tuer des chats de fa&#231;on atrocement cruelle, c'est une fa&#231;on de montrer qui est le patron. Le message est clair : si tu ne files pas droit, voil&#224; ce qui peut t'arriver.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La silenciation passe finalement tr&#232;s rarement par l'intimidation et la menace directe. La plupart du temps, &#231;a n'est m&#234;me pas formul&#233;, avec l'id&#233;e que ce qui n'est pas dit n'existe pas. Ce qui compte, c'est que le m&#244;me ne le dise pas au tout d&#233;but de la p&#233;riode des abus sexuels, ou qu'il ne soit pas entendu. Parmi les dizaines de personnes rencontr&#233;es au cours de mon enqu&#234;te, et qui avaient v&#233;cu l'inceste enfant, aucune ne s'est compl&#232;tement tue. Simplement, la plupart du temps, ce que les enfants disent n'est pas compr&#233;hensible. Ils n'ont pas encore de mots pour dire les gestes de la sexualit&#233; ou nommer les parties du corps. Ils essaient de le dire mais le font de fa&#231;on tellement elliptique que le message n'est pas re&#231;u.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, il faut bien avoir en t&#234;te que, au moment o&#249; un enfant est incest&#233;, l'inceste est d&#233;j&#224; l&#224; dans sa famille. Cela veut dire que ses parents ont &#233;t&#233; habitu&#233;s &#224; se taire et &#224; &#234;tre sourds et aveugles &#224; toutes les r&#233;v&#233;lations d'incestes. Donc, m&#234;me si l'enfant disait avec des mots clairs et intelligibles que son p&#232;re, son oncle ou le compagnon de sa m&#232;re lui impose des gestes sexuels, il ne serait pas entendu. Et, une fois que c'est install&#233;, ce ne sera plus dit. Parce que c'est tellement co&#251;teux de le dire qu'apr&#232;s ce premier essai, l'enfant se tait. Il peut ensuite se passer beaucoup de temps avant la prochaine tentative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette nouvelle tentative se fait parfois apr&#232;s une longue p&#233;riode d'amn&#233;sie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Muriel Salmona &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Psychiatre, Muriel Salmona travaille notamment sur la m&#233;moire traumatique et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;value qu'une amn&#233;sie traumatique s'ensuit pour la moiti&#233; des enfants vivant des abus sexuels pr&#233;coces. L'amn&#233;sie, on sait ce que c'est mais on ne voit pas tr&#232;s bien comment &#231;a fonctionne pour l'inceste. On peut vivre une dissociation au moment sexuel, qui fait qu'on n'est pas l&#224;, qu'on n'est plus dans son corps. D'autres fois, on est l&#224; mais on oublie d&#232;s que l'incesteur sort de la chambre ou de la salle de bain. Tout le monde conna&#238;t &#231;a : c'est comme quand ce qu'on allait dire nous &#233;chappe la seconde d'apr&#232;s. Ici c'est la m&#234;me chose. On ne pourrait m&#234;me pas raconter ce qui s'est pass&#233; parce qu'on ne sait plus que &#231;a a exist&#233;. C'est horrible, on est priv&#233; de soi et on met du temps &#224; r&#233;unir tous les morceaux. Sortir de l'amn&#233;sie, c'est alors &#233;merger de ce brouillard. Une personne ou un &#233;v&#233;nement peut permettre un d&#233;clic en mettant une image et des mots sur ce qu'on a v&#233;cu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que se passe-t-il dans la famille au moment du d&#233;voilement, lorsque l'incest&#233;&#183;e r&#233;v&#232;le les faits dont il ou elle a &#233;t&#233; victime ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au moment du proc&#232;s, les incesteurs ont s&#251;rement pass&#233; un sale quart d'heure mais, quand je les rencontre, l'effervescence est retomb&#233;e et la famille s'est recompos&#233;e autour d'eux. Ce qui montre bien que l'inceste est structurant et que la soci&#233;t&#233; fonctionne avec. La famille va bien jusqu'au moment du d&#233;voilement. C'est quand la r&#233;v&#233;lation est entendue que &#231;a pose probl&#232;me. Elle provoque une sorte de r&#233;volution dans cet ordre social o&#249; l'inceste devait &#234;tre tu. Le silence rompu, tout le monde est alors contraint de se repositionner, au moins jusqu'au moment d'arriver &#8211; ce qui n'est jamais compl&#232;tement possible &#8211; &#224; remettre le couvercle sur la marmite. Les fr&#232;res et s&#339;urs, les oncles et tantes, les grands-parents sont forc&#233;s de se demander ce qu'ils ont fait pendant tout ce temps, ce qu'ils n'ont pas vu ou refus&#233; de voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que se dire &#8220;&lt;i&gt;mon p&#232;re est un violeur&lt;/i&gt;&#8221;, c'est moche. Personne n'en a envie. Si bien que les gens pr&#233;f&#232;rent la situation d'avant, dans laquelle il &#233;tait juste leur p&#232;re. C'est comme &#231;a que, dans la grande majorit&#233; des cas, la famille se recompose autour de l'incesteur et non de l'incest&#233;&#183;e. C'est celui qui d&#233;nonce l'inceste qui contrevient &#224; l'ordre familial et c'est cette personne qui en est &#233;ject&#233;e, parfois avec ceux qui la suivent dans son d&#233;sir de d&#233;voilement. Quant &#224; l'incesteur, sa place de dominant ou de patriarche dans la cellule familiale n'est pas mise &#224; mal. Ce que &#231;a dit, c'est que son statut admet la possibilit&#233; qu'il ait viol&#233;. Il a faut&#233;, mais on l'absout. Un patriarche n'est jamais d&#233;tr&#244;n&#233;. Une fois qu'il est en place, c'est comme le pape, c'est jusqu'&#224; la mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que l'inceste est un &#233;l&#233;ment structurant dans notre soci&#233;t&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On en vient au titre du livre. En sciences sociales, les d&#233;terminants sociaux sont majoritairement pens&#233;s dans un mouvement du haut vers le bas. Depuis les structures sociales et les institutions vers nos vies quotidiennes &#224; nous, pauvres petits scarab&#233;es. Il me semble qu'on gagnerait &#224; raisonner &#224; l'envers. Les premiers moments de socialisation sont dans la famille. On s'impr&#232;gne de tout ce qui s'y passe, de tout ce qu'on apprend &#224; la maison. &#199;a nous structure et nous organise. C'est le cas du patriarcat, avec cette figure du patriarche, des rapports tr&#232;s asym&#233;triques dans la famille, et parfois de l'inceste. Par &#233;claboussure, &#231;a mod&#232;le ensuite tout notre &lt;i&gt;&#234;tre au monde&lt;/i&gt; et impr&#232;gne tous les autres rapports sociaux. L'inceste fonde beaucoup de choses. Et le terreau, le premier germe, c'est la famille. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Selon vous, notre syst&#232;me judiciaire ne peut pas &#234;tre un appui pour venir &#224; bout du &#171; syst&#232;me inceste &#187;. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En France, moins de 2 % des plaintes pour viol aboutissent &#224; une condamnation. Notre syst&#232;me judiciaire est hyper masculiniste. Et si ce sont des hommes comme Duhamel &lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Olivier Duhamel est politologue et constitutionnaliste. Dans La Familia (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; qui font ou valident les textes de loi, on comprend pourquoi. Les d&#233;lais de prescription sont souvent attaqu&#233;s mais les proc&#233;dures judiciaires, le syst&#232;me d'administration de la preuve notamment, posent tout autant probl&#232;me. Tout est index&#233; sur le bon plaisir de l'incesteur, sur ce qu'il s'autorise ou s'interdit. M&#234;me la qualification des infractions &#8211; la diff&#233;rence entre agression sexuelle, viol ou atteinte sexuelle &#8211; est cal&#233;e sur la question de savoir si l'agresseur a r&#233;ussi ou non &#224; s'inhiber. Mais qui a dit qu'il &#233;tait moins pire que votre p&#232;re se masturbe devant vous &#8211; ce qui n'est m&#234;me pas une atteinte sexuelle &#8211; et vous oblige &#224; regarder en vous disant des insanit&#233;s, qu'un geste sexuel avec p&#233;n&#233;tration ? Aucune petite fille viol&#233;e, aucun petit gar&#231;on viol&#233;. Ce sont les patriarches, les dominants, qui font les institutions et d&#233;terminent nos structures sociales. Si les lois &#233;taient faites par des femmes viol&#233;es, notre soci&#233;t&#233; ne serait pas la m&#234;me. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On parle beaucoup en ce moment de lib&#233;ration de la parole, notamment avec les #MeToo et #MeTooInceste. Avez-vous l'impression qu'on avance malgr&#233; tout ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour les personnes qui s'expriment &#224; travers #MeToo, il n'y a pas de retour en arri&#232;re possible, c'est un moment qui change leur vie. &#199;a permet le d&#233;voilement et &#231;a autorise &#224; d'autres la possibilit&#233; de le dire. Et donc de se r&#233;parer. Si ces gens sont r&#233;par&#233;s, on peut imaginer que leurs enfants n'auront pas la m&#234;me vie qu'eux. Pour autant, je ne suis pas s&#251;re que ce mouvement puisse bousculer les fondements de notre soci&#233;t&#233;. On voit bien comment des d&#233;cennies de travaux sur les violences conjugales n'ont pas permis qu'il y ait un f&#233;minicide de moins l'ann&#233;e derni&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, de plus en plus d'hommes voient qu'ils sont perdants dans l'inceste et le patriarcat dur. Tous n'ont pas envie d'&#234;tre un patriarche. Ce qui est une chose positive, &#233;tant donn&#233; que ce sont eux qui dirigent le monde. Il y a aujourd'hui plus de place pour des masculinit&#233;s diff&#233;rentes, &#233;panouies et l&#233;gitimes, qui ne sont pas dans l'&#233;crabouillement. Et s'il y a moins de jouissance dans l'exercice du pouvoir pour les hommes, il y aura moins d'&#233;crabouilleurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Mathilde Offroy&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Co fondatrice de &lt;i&gt;Louie Media&lt;/i&gt; et r&#233;alisatrice d'un podcast remarquable sur l'inceste : &#171; Ou peut-&#234;tre une nuit &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette &#233;tude porte sur les auteurs et autrices d'&#171; infractions sexuelles &#187; toutes cat&#233;gories confondues. Source : Minist&#232;re de la S&#233;curit&#233; publique du Qu&#233;bec (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Psychiatre, Muriel Salmona travaille notamment sur la m&#233;moire traumatique et les cons&#233;quences psychiques des traumatismes pour les personnes ayant subi des violences.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Olivier Duhamel est politologue et constitutionnaliste. Dans &lt;i&gt;La Familia grande&lt;/i&gt; (Seuil, 2021), sa belle-fille, Camille Kouchner, a r&#233;v&#233;l&#233; les abus qu'il a commis sur son fr&#232;re, lorsqu'ils &#233;taient adolescents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Apr&#232;s l'abattoir</title>
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		<dc:date>2021-06-10T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Gwen Tomahawk</dc:subject>
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&lt;p&gt;Fin 2013, l'abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finist&#232;re) fermait ses portes, laissant sur le carreau 889 salari&#233;s. Comment r&#233;inventer sa vie apr&#232;s plus de quinze ans d'usine et huit mois de lutte pour conserver son emploi ? C'est la question que le r&#233;alisateur Philippe Guilloux a pos&#233;e, cinq ans plus tard, &#224; sept anciens salari&#233;s. &#171; Il y a dans cette soci&#233;t&#233; une majorit&#233; de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup illettr&#233;es. &#187; Nous sommes le 17 septembre 2014 et la voix d'Emmanuel (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Fin 2013, l'abattoir Gad de Lampaul-Guimiliau (Finist&#232;re) fermait ses portes, laissant sur le carreau 889 salari&#233;s. Comment r&#233;inventer sa vie apr&#232;s plus de quinze ans d'usine et huit mois de lutte pour conserver son emploi ? C'est la question que le r&#233;alisateur Philippe Guilloux a pos&#233;e, cinq ans plus tard, &#224; sept anciens salari&#233;s.&lt;i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3651 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;28&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1791-2218c.jpg?1779754045' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
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&lt;p&gt;&#171; Il y a dans cette soci&#233;t&#233; une majorit&#233; de femmes. Il y en a qui sont pour beaucoup illettr&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Nous sommes le 17 septembre 2014 et la voix d'Emmanuel Macron, alors ministre de l'&#201;conomie, r&#233;sonne sur les ondes d'Europe 1. Ces &#171; &lt;i&gt;femmes pour beaucoup illettr&#233;es&lt;/i&gt; &#187; dont il parle, ce sont les anciennes salari&#233;es de Gad, une entreprise d'abattage et de d&#233;coupe situ&#233;e &#224; Lampaul-Guimiliau, dans le Finist&#232;re : apr&#232;s huit mois de lutte pour conserver leur emploi, pr&#232;s de 900 salari&#233;s s'&#233;taient retrouv&#233;s au ch&#244;mage suite &#224; l'annonce de la fermeture de leur usine, le 11 octobre 2013. &#192; l'&#233;poque, le conflit avait &#233;t&#233; largement couvert par les m&#233;dias, Gad &#233;tant devenu l'embl&#232;me du naufrage des bo&#238;tes familiales rachet&#233;es par de grands groupes et des ravages de la mise en concurrence d'entreprises du cru sur le march&#233; europ&#233;en : &#171; &lt;i&gt;Gad a &#233;t&#233; en partie victime de la concurrence des abattoirs allemands, qui emploient une main-d'&#339;uvre meilleur march&#233; venue de Bulgarie ou de Roumanie&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Gad, nouveau coup dur port&#233; &#224; la Bretagne &#187; (13/10/2013).&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;, pointait du doigt le journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#232;s de huit ans apr&#232;s la fermeture du site de Lampaul, Gad fait encore causer : en f&#233;vrier dernier, 370 anciens employ&#233;s ont une nouvelle fois contest&#233; leur licenciement devant la cour d'appel de Rennes. Des indemnit&#233;s ont pourtant &#233;t&#233; vers&#233;es et l'eau a coul&#233; sous les ponts depuis le dernier cochon tu&#233;, la derni&#232;re pi&#232;ce de viande d&#233;coup&#233;e, la derni&#232;re barquette empaquet&#233;e. Qu'importe : eux &#233;taient surtout l&#224; afin &#171; &lt;i&gt;que soit reconnue la monstruosit&#233; d'un licenciement&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Sept ans apr&#232;s la fermeture de l'abattoir, les ex-Gad contestent leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;. Pour comprendre cette t&#233;nacit&#233;, il faut remonter le temps et tenter de saisir ce qui s'est jou&#233; pour ces travailleurs les mois ayant suivi leur d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a entrepris de faire le r&#233;alisateur Philippe Guilloux avec son film &lt;i&gt;Les Illettr&#233;es&lt;/i&gt;. En 2018, plus de quatre ans apr&#232;s la fermeture, il est parti &#224; la rencontre de sept anciennes et anciens salari&#233;s de Gad afin de retracer leur vie &#171; d'apr&#232;s &#187;. La perte de rep&#232;res, les coups de bol, les gal&#232;res et surtout le ch&#244;mage auquel aucun ne pensait &#234;tre confront&#233; un jour. Verdict : qu'ils aient ou non rebondi, tous sont marqu&#233;s au fer rouge par cette exp&#233;rience. Parmi eux, Jo&#235;lle, Hassina et Fabienne.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La perte des liens&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; la cam&#233;ra de Philippe Guilloux, l'&#233;motion d'Hassina Tamindjoute est palpable. Originaire des Ardennes, Hassina n'y trouve pas de boulot. Elle d&#233;barque alors en Bretagne. Rapidement embauch&#233;e comme int&#233;rimaire chez Gad, elle d&#233;croche en quelques semaines un CDI. Et restera dix-huit ans &#224; l'abattoir. Son job ? Mettre en barquette la viande issue de l'animal pr&#233;alablement tu&#233; et d&#233;coup&#233; par d'autres. &#171; &lt;i&gt;Ce n'&#233;tait pas &#233;vident tous les jours, mais&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[...]&lt;/i&gt; &lt;i&gt;j'ai trouv&#233; des coll&#232;gues avec qui je m'entendais super bien&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les paroles des trois anciennes salari&#233;es sont tir&#233;es du film de Philippe (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;, se souvient-elle. Hassina les appelle sa &#171; &lt;i&gt;deuxi&#232;me famille&lt;/i&gt; &#187;. Pour elle, l'annonce du licenciement a &#233;t&#233; une claque : il allait falloir quitter ceux qui &#233;taient devenus les siens. &#171; &lt;i&gt;On se voit plus beaucoup maintenant&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore-t-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; Fabienne Vourc'h, la fermeture de l'usine dans laquelle elle a pass&#233; dix-sept ans de sa vie a boulevers&#233; toute son organisation familiale : elle travaillait avec son mari qu'elle avait rencontr&#233; chez Gad. Fabienne se souvient : &#171; &lt;i&gt;Mon premier jour, j'ai pouss&#233; les portes battantes : il y avait 150 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;personnes, mais je n'ai vu que lui.&lt;/i&gt; &#187; Pour elle aussi, la fermeture du site signifiait bien plus que la perte d'un travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien d'&#233;tonnant, d'apr&#232;s Dani&#232;le Linhart, sociologue et autrice du livre &lt;i&gt;Perte d'emploi, perte de soi&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;r&#232;s, 2005.&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Les usines sont aussi des lieux de lien social o&#249; se tissent de vraies relations qui d&#233;bordent parfois sur la vie priv&#233;e. Le sentiment de constituer une famille est particuli&#232;rement pr&#233;sent quand le travail effectu&#233; est p&#233;nible.&lt;/i&gt; &#187; Elle poursuit : &#171; &lt;i&gt;Quand on jette un &#230;il ext&#233;rieur, on se dit que travailler dans un abattoir, il y a mieux dans la vie. Au d&#233;but, les ouvriers se disent la m&#234;me chose, sauf qu'ils vont t&#226;cher de trouver un sens &#224; ce qu'ils font : il s'agit de construire quelque chose de positif &#224; partir d'une r&#233;alit&#233; peu favorable. Pour y parvenir, on va alors s'entraider, cr&#233;er une communaut&#233;, rigoler ensemble. Finalement ils sont fiers de ce qu'ils font et se sont donn&#233; tellement de mal pour cela que c'est horrible quand, &#224; cause d'une d&#233;cision prise par des dirigeants en quelques instants et d'une signature appos&#233;e en bas d'une feuille, leur sort bascule dans un d&#233;ni de tout ce qu'ils ont v&#233;cu et cr&#233;&#233; ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois la fermeture de Gad act&#233;e, la mairie a mis la salle des f&#234;tes du village &#224; disposition des anciens salari&#233;s, afin qu'ils puissent se retrouver autour d'un caf&#233;. Cette permanence, c'est Jo&#235;lle Crenn qui la tenait souvent. Pour elle, conserver les relations, apr&#232;s quasi deux d&#233;cennies pass&#233;es chez Gad, &#233;tait essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, &#171; les gadiens &#187;, comme ils s'appellent toujours, tentent de maintenir un semblant de communaut&#233;. Sur la page Facebook &#171; Les Irr&#233;ductibles de chez Gad &#187;, orn&#233;e du logo de l'entreprise, ils continuent d'annoncer les d&#233;c&#232;s des anciens coll&#232;gues entre deux offres d'emploi du coin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'infamie du ch&#244;mage&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Jo&#235;lle fait partie de ceux qui ont rebondi rapidement apr&#232;s leur licenciement : &#171; &lt;i&gt;Dans le temps, elle tenait un restaurant qu'elle avait d&#251; vendre apr&#232;s le d&#233;c&#232;s de son mari, &lt;/i&gt;raconte Philippe Guilloux. &lt;i&gt;Au moment o&#249; elle a compris que Gad allait fermer, dans le village d'&#224; c&#244;t&#233;, une vieille&lt;/i&gt; &lt;i&gt;dame qui tenait le seul commerce du bled est morte. Jo&#235;lle est all&#233;e voir la mairie en proposant de reprendre le lieu et d'y monter un petit resto, avec un d&#233;p&#244;t de pain, de quoi acheter le journal.&lt;/i&gt; &#187; De son c&#244;t&#233;, Jo&#235;lle l'assure : &#171; &lt;i&gt;&#199;a m'a aid&#233;e d'avoir une activit&#233; auparavant. [...] Et puis je ne me voyais pas travailler dans une autre entreprise, avec le risque de licenciement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hassina, comme beaucoup d'autres, est quant &#224; elle pass&#233;e par la case ch&#244;mage. Un moment particuli&#232;rement mal v&#233;cu : &#171; &lt;i&gt;On n'est rien, on n'est pas reconnu par la soci&#233;t&#233;. Si, en tant que ch&#244;meur : les personnes qui ne font rien.&lt;/i&gt; &#187; Pour les ouvriers de Gad, le ch&#244;mage a &#233;t&#233; d'autant plus douloureux que beaucoup n'avaient jamais imagin&#233; faire autre chose de leur vie. &#192; l'abattoir, le CDI &#233;tait la norme avec en sus ce fantasme partag&#233; que l'usine ne fermerait jamais. &#192; tel point que certaines banques estimaient que leurs clients travaillant chez Gad n'avaient pas besoin de contracter d'assurance ch&#244;mage lorsqu'ils empruntaient pour l'achat d'une maison. &#171; &lt;i&gt;Pour les salari&#233;s d'entreprises comme Gad, le statut de ch&#244;meur correspond &#224; un effondrement de l'image de soi et de sa l&#233;gitimit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, notamment parce qu'ils ne s'y attendaient pas, &lt;/i&gt;explique Dani&#232;le Linhart. &lt;i&gt;Apr&#232;s avoir eu le sentiment de contribuer pendant des ann&#233;es &#224; produire quelque chose d'essentiel, ici nourrir des gens, la perte d'emploi est extr&#234;mement mal v&#233;cue.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un parcours sem&#233; d'emb&#251;ches&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Hassina, la route a &#233;t&#233; longue avant de retrouver un semblant d'&#233;quilibre : &#171; &lt;i&gt;Jusqu'&#224; un moment encore pas si lointain, le matin c'&#233;tait tr&#232;s dur pour moi de me lever.&lt;/i&gt; &#187; Avant de se lancer dans une formation de d&#233;sosseur-pareur et d'y trouver son compte, elle a gal&#233;r&#233; : &#171; &lt;i&gt;On m'a propos&#233; un contrat pro &#224; Quimper&lt;/i&gt; [&#224; 70 km de Lampaul-Guimiliau]. &lt;i&gt;J'ai dit pourquoi pas. Je ne me suis pas rendu compte de la distance, le plus important &#233;tait d'aller bosser. Mais j'ai &#233;t&#233; oblig&#233;e d'arr&#234;ter : c'&#233;tait un gouffre &lt;/i&gt;[financier]&lt;i&gt;. J'ai eu des dettes. [...] La descente aux enfers a commenc&#233;...&lt;/i&gt; &#187; En 2018, Hassina avait retrouv&#233; un emploi mais perdu une chose essentielle : &#171; &lt;i&gt;Ma confiance en moi&lt;/i&gt; &#187;, dit-elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hassina n'a pas &#233;t&#233; la seule &#224; vivre un passage &#224; vide. D'apr&#232;s Dani&#232;le Linhart, beaucoup d'ouvriers ayant v&#233;cu la fermeture de leur usine &#171; &lt;i&gt;se sentaient performants en tant que collectif de travail. Sauf que la recherche d'emploi est individuelle. Et, quand on se retrouve devant un recruteur et qu'on lui dit qu'on a, comme ici, travaill&#233; vingt ans dans un abattoir, on est relativement mal per&#231;u et l'on peine &#224; faire passer ce sentiment de comp&#233;tence, d'utilit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Elle ajoute : &#171; &lt;i&gt;Alors que vous &#234;tes cass&#233;, on vous demande de montrer comment vous &#234;tes capables de rebondir. C'est cynique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Gad &#224; jamais&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On restera Gad jusqu'au bout de notre vie&lt;/i&gt; &#187;, assure Jo&#235;lle qui raconte que, dans son restaurant, &#171; &lt;i&gt;il n'y a pas un jour o&#249; l'on ne &lt;/i&gt;[lui]&lt;i&gt; parle pas de Gad&lt;/i&gt; &#187;. M&#234;me son de cloche du c&#244;t&#233; de Fabienne, aujourd'hui vendeuse, que certains clients alpaguent &#224; coup de &#171; &lt;i&gt;Vous &#234;tes mieux ici, hein&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; Hassina, lorsqu'elle est partie bosser &#224; Quimper, elle &#233;tait plut&#244;t contente de ne plus se r&#233;sumer &#224; une &#171; ancienne de chez Gad &#187; : &#171; &lt;i&gt;Je revivais ; [...] j'ai rencontr&#233; d'autres personnes, qui ne savaient pas ce que j'avais v&#233;cu.&lt;/i&gt; &#187; Un d&#233;tail qui compte, quand on sait que certains se sont entendu dire que leur marquage syndical allait les handicaper dans leur recherche d'emploi, ou qu'une conjointe demandant une augmentation devait d&#233;j&#224; s'estimer heureuse d'avoir un travail quand son compagnon venait de perdre le sien.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Extr&#234;me droite ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les huit mois de conflit semblent aussi avoir fa&#231;onn&#233; le rapport qu'entretient chacun &#224; la politique. Ainsi, pour Hassina, &#231;a a &#233;t&#233; un cr&#232;ve-c&#339;ur de voter Macron en 2017 : &#171; &lt;i&gt;J'avais pas le choix : c'&#233;tait soit lui, soit Le Pen...&lt;/i&gt; &#187; Quant &#224; Fabienne, Philippe Guilloux l'a contact&#233;e en ne sachant pas &#224; quoi s'attendre : elle aurait exprim&#233; au journal &lt;i&gt;Lib&#233;ration &lt;/i&gt;son intention de voter extr&#234;me droite. &#171; &lt;i&gt;Gauche ou droite, ce sont des nombrilistes qui ne pensent qu'&#224; eux. On en a ras le bol, on veut du changement&lt;/i&gt; &#187;, citait le journal &lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Fabienne et Fr&#233;d&#233;ric Vourc'h. Abattus &#187; (28/10/2013).&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Le r&#233;alisateur assure que Fabienne estime que sa parole aurait &#233;t&#233; d&#233;form&#233;e. Mais, &#171; &lt;i&gt;&#224; l'abattoir, beaucoup de ses coll&#232;gues ne cachaient plus leur choix du FN&lt;/i&gt; [RN] &lt;i&gt;comme exutoire au d&#233;sespoir et &#224; l'exasp&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;, relatait encore &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore, rien d'&#233;tonnant pour Dani&#232;le Linhart : &#171; &lt;i&gt;Cela a &#233;t&#233; analys&#233; : lorsque des usines dont le r&#244;le est d&#233;terminant pour la vie sociale et &#233;conomique du territoire ferment, on observe un basculement vers l'extr&#234;me droite. D'autant plus quand la mise en concurrence sur le march&#233; europ&#233;en a pes&#233; dans la fermeture de l'entreprise.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez Gad, d'autres se sont investis en politique comme l'ancien d&#233;l&#233;gu&#233; syndical Olivier Le Bras. Pour certains &#171; gadiens &#187;, le fait qu'il devienne &#233;lu au conseil r&#233;gional de Bretagne a &#233;t&#233; difficile &#224; avaler : &#171; &lt;i&gt;Des salari&#233;s qui avaient lutt&#233; avec lui ne comprenaient pas comment il pouvait s'investir ainsi apr&#232;s ce que les politiques leur avaient fait, &lt;/i&gt;r&#233;sume Philippe Guilloux. &lt;i&gt;Mais, pour Olivier, il s'agissait de faire valoir la voix des ouvriers au sein des lieux de pouvoir. Combien de d&#233;put&#233;s peuvent dire : j'ai &#233;t&#233; ouvrier pendant dix-neuf ans&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un nouvel abattoir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, le rachat d'une partie du site de Lampaul-Guimiliau vient d'&#234;tre officialis&#233; : c'est la Cooperl, un groupe agroalimentaire, qui r&#233;cup&#232;re le b&#233;b&#233;. Un nouvel abattoir devrait &#234;tre install&#233; sur les &#171; ruines &#187; de l'ancien et d&#233;boucher, &#224; terme, sur la cr&#233;ation de 500 emplois. Sur la page Facebook des &#171; Irr&#233;ductibles de chez Gad &#187;, les d&#233;bats au sujet de la reprise d'un outil de production que les salari&#233;s ont toujours cru viable vont bon train. Ainsi, d'une certaine Huguette qui semble bien compter sur une part du g&#226;teau rafl&#233; par la Cooperl :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;J'ai dit &#224; un de mes boss que j'allais postuler. R&#233;ponse : &lt;br /&gt;&#8212; Ben Huguette, tu n'as pas tourn&#233; la page&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte a &#233;t&#233; publi&#233; dans le dossier &#034;Apr&#232;s l'usine&#034; du num&#233;ro 199 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/futurs/2013/10/13/gad-nouveau-coup-dur-porte-a-la-bretagne_939241/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Gad, nouveau coup dur port&#233; &#224; la Bretagne&lt;/a&gt; &#187; (13/10/2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.ouest-france.fr/bretagne/lampaul-guimiliau-29400/finistere-sept-ans-apres-la-fermeture-de-l-abattoir-les-ex-gad-contestent-leur-licenciement-7142843&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Sept ans apr&#232;s la fermeture de l'abattoir, les ex-Gad contestent leur licenciement&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; (4/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les paroles des trois anciennes salari&#233;es sont tir&#233;es du film de Philippe Guilloux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;r&#232;s, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.liberation.fr/futurs/2013/10/28/fabienne-et-frederic-vourc-h-abattus_942936/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fabienne et Fr&#233;d&#233;ric Vourc'h. Abattus &lt;/a&gt; &#187; (28/10/2013).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Le fascisme a mut&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans La Possibilit&#233; du fascisme &#8211; France, la trajectoire du d&#233;sastre, publi&#233; en 2018 &#224; La D&#233;couverte, Ugo Palheta dressait un tableau alarmant de la situation politique hexagonale, sonnant l'alerte brune. Depuis, c'est peu de dire que les choses ont empir&#233;. Entretien. &#171; Il faut attirer violemment l'attention sur le pr&#233;sent tel qu'il est si on veut le transformer. Pessimisme de l'intelligence. Optimisme de la volont&#233;. &#187; C'est en conclusion de son ouvrage La Possibilit&#233; du fascisme, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no199-juin-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;199 (juin 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jeremy-Boulard-Le-Fur" rel="tag"&gt;Jeremy Boulard Le Fur&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;La Possibilit&#233; du fascisme &#8211; France, la trajectoire du d&#233;sastre&lt;/i&gt;, publi&#233; en 2018 &#224; La D&#233;couverte, Ugo Palheta dressait un tableau alarmant de la situation politique hexagonale, sonnant l'alerte brune. Depuis, c'est peu de dire que les choses ont empir&#233;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3650 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;39&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH511/-1790-65499.jpg?1779754047' width='500' height='511' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de J&#233;r&#233;my Boulard Le Fur
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Il faut attirer violemment l'attention sur le pr&#233;sent tel qu'il est si on veut le transformer. Pessimisme de l'intelligence. Optimisme de la volont&#233;.&lt;/i&gt; &#187; C'est en conclusion de son ouvrage&lt;i&gt; La Possibilit&#233; du fascisme&lt;/i&gt;, intitul&#233;e &#171; Conjurer le d&#233;sastre &#187;, que le sociologue Ugo Palheta mobilise cette citation du th&#233;oricien politique italien Antonio Gramsci. Et elle dit beaucoup de l'approche d&#233;ploy&#233;e dans son livre, publi&#233; un peu plus d'un an apr&#232;s l'accession au pouvoir d'un certain Macron et plus que jamais d'actualit&#233;. Il ne s'agit pas pour lui de c&#233;der au catastrophisme ni &#224; la comparaison au forceps, mais de poser un regard lucide sur l'escalade en cours, pour mieux en combattre le morbide aboutissement se profilant &#224; l'horizon &#8211; &lt;i&gt;optimisme de la volont&#233;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Fascisation&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;Protofascisme&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;N&#233;ofascisme en gestation&lt;/i&gt; &#187;. C'est comme on veut. Ugo Palheta ne cherche pas &#224; imposer une &#233;tiquette. Il se contente de pointer les facteurs conduisant &#224; cette d&#233;sagr&#233;gation politique, guid&#233; par une triple impulsion &#8211; autoritarisme galopant, crise du n&#233;olib&#233;ralisme et explosion du racisme &#8211; dont les stigmates s'accumulent. Son constat : &#171; &lt;i&gt;Sous des formes disparates et encore embryonnaires, mais dont la seule &#233;num&#233;ration dit la scl&#233;rose de la politique fran&#231;aise &#224; l'&#226;ge n&#233;olib&#233;ral, c'est le fascisme qui s'annonce, non comme une hypoth&#232;se abstraite, mais comme une possibilit&#233; concr&#232;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pourtant pas de plaquer sur le pr&#233;sent un pass&#233; qui, par d&#233;finition, ne se r&#233;p&#233;tera jamais &#224; l'identique, explique-t-il : &#171; &lt;i&gt;L'usage du concept de fascisme charrie &#224; l'&#233;vidence un danger d'anachronisme, du moins si l'on pense la r&#233;surgence du fascisme comme une r&#233;p&#233;tition trait pour trait ou comme le produit d'une continuit&#233; revendiqu&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Ne pas chercher le fac-simil&#233; du nazisme ou du r&#233;gime mussolinien, donc, mais l'adaptation contemporaine et hexagonale de cette b&#234;te politique immonde qu'est le fascisme, qu'il d&#233;finit ainsi : &#171; &lt;i&gt;Mouvement de masse qui pr&#233;tend &#339;uvrer &#224; la r&#233;g&#233;n&#233;ration d'une &#8220;communaut&#233; imaginaire&#8221; consid&#233;r&#233;e comme organique (nation, &#8220;race&#8221; et/ou civilisation), par la purification ethno-raciale, par l'an&#233;antissement de toute forme de conflit social et de toute contestation.&lt;/i&gt; &#187; D'aucuns diront que le danger reste lointain. D'autres, qu'il est d&#233;j&#224; l&#224;. Il semble en tout cas fondamental d'en pointer les contours pour mieux en contrer les avanc&#233;es. Dont acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a souvent d&#233;bat sur la d&#233;signation du fascisme, terme qu'on rechigne en g&#233;n&#233;ral &#224; utiliser. Comment le cerner ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a au moins trois difficult&#233;s, au-del&#224; de la question de l'usage plus ou moins pol&#233;mique des concepts. L'une tient au d&#233;bat historiographique et &#224; l'absence de consensus sur la d&#233;finition du fascisme, avec, &#224; un p&#244;le, les historien&#183;nes qui r&#233;duisent le fascisme au fascisme italien des ann&#233;es 1920-1930 et, &#224; un autre, celles et ceux qui d&#233;veloppent un concept plus g&#233;n&#233;rique du fascisme o&#249; il s'agit de distinguer des vari&#233;t&#233;s de fascisme (et j'adh&#232;re &#233;videmment &#224; cette vision). Il y a ensuite le fait que le fascisme peut &#234;tre envisag&#233; soit sous l'angle de son id&#233;ologie (son projet), soit sous l'angle des mouvements portant cette id&#233;ologie, soit sous l'angle des r&#233;gimes, des &#201;tats. Il faut donc pr&#233;ciser &#224; chaque fois de quoi on parle : il n'y a pas de r&#233;gime fasciste en France actuellement, mais il y a des mouvements politiques qui propagent diverses id&#233;ologies fascistes. Enfin, il y a le fait que le fascisme a toujours &#233;t&#233; divers et opportuniste (notamment en mati&#232;re de doctrine &#233;conomique), m&#234;me s'il y a bien une matrice commune : un projet de r&#233;g&#233;n&#233;ration nationale ou civilisationnelle par purification ethno-raciale et politique du corps social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis &lt;i&gt;[l'historien]&lt;/i&gt; Zeev Sternhell quand il dit que le fascisme n'est pas n&#233; dans les tranch&#233;es de 14-18 et qu'il n'est pas mort dans un bunker de Berlin en 1945. Le fascisme a mut&#233;, il s'est adapt&#233; &#224; un nouveau contexte, a appris &#224; se rendre indiscernable, &#224; se mouler dans l'id&#233;ologie dominante (la &#8220;d&#233;fense de la R&#233;publique&#8221;, par exemple, autrefois honnie par l'extr&#234;me droite fran&#231;aise). Et un peu partout il engrange des succ&#232;s &#224; mesure que le capitalisme s'enfonce dans la crise, que les gauches d&#233;&#231;oivent ou trahissent, et que les mouvements d'&#233;mancipation se montrent incapables de faire &#233;merger une alternative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre est sorti en 2018, peu avant le d&#233;but du mouvement des Gilets jaunes. Depuis, entre r&#233;pression et d&#233;rive autoritaire, la d&#233;confiture politique semble se confirmer... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le sous-titre de mon livre &#233;tait &#8220;la trajectoire du d&#233;sastre&#8221;. Chacun&#183;e pourra constater qu'on n'a pas d&#233;vi&#233; d'un pouce de cette trajectoire ; au contraire, on s'y enfonce de mani&#232;re de plus en plus &#233;vidente. Oui, la situation est pire aujourd'hui qu'en 2018 et il ne pouvait en &#234;tre autrement &#233;tant donn&#233; le projet n&#233;olib&#233;ral qu'incarne et que porte Macron : une refonte de l'ensemble des rapports sociaux et m&#234;me des subjectivit&#233;s dans le but d'accro&#238;tre les profits par une intensification de l'exploitation. Ce qui suppose la destruction des conqu&#234;tes sociales des classes populaires, une remise en cause des acquis d&#233;mocratiques fondamentaux (notamment les libert&#233;s publiques), et une surench&#232;re raciste permanente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression du mouvement des Gilets jaunes a &#233;t&#233; &#224; la hauteur de la violence sociale intrins&#232;que &#224; ce projet, mais aussi de la perte de l&#233;gitimit&#233; du pouvoir politique et du projet n&#233;olib&#233;ral qu'ont port&#233; tous les gouvernements depuis les ann&#233;es 1980. Quand vous n'&#234;tes dispos&#233; &#224; rien conc&#233;der de s&#233;rieux &#224; la classe travailleuse, quand vous brisez m&#233;thodiquement les &#233;l&#233;ments du &#8220;compromis social&#8221; d'apr&#232;s-guerre et quand vous m&#233;prisez les mouvements sociaux (notamment les organisations syndicales), la domination politique peut de moins en moins s'exercer pacifiquement, en particulier face &#224; un mouvement qui n'accepte pas de se plier aux r&#232;gles habituelles de la conflictualit&#233; sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;pendance toujours plus marqu&#233;e du r&#233;gime envers ses forces de r&#233;pression, police et arm&#233;e, n'a-t-elle pas ouvert la porte &#224; une d&#233;rive s&#233;curitaire d&#233;cupl&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; ces vingt derni&#232;res ann&#233;es ont tous contribu&#233; &#224; l'autonomisation de la police et &#224; la puissance politique dont b&#233;n&#233;ficient les syndicats de police aujourd'hui, dont les positions sont relay&#233;es largement &#8211; ce qui est un fait nouveau &#8211; par des m&#233;dias ultra-complaisants. L'intensification de la r&#233;pression est une spirale tr&#232;s difficile &#224; stopper : la substitution progressive de l'&#201;tat p&#233;nal &#224; l'&#201;tat social, pour reprendre les termes de Lo&#239;c Wacquant, ne peut qu'aboutir &#224; toujours plus de criminalisation de la pauvret&#233; et d'in&#233;galit&#233;s. Ce sont de parfaits ingr&#233;dients pour maintenir ou accro&#238;tre la petite d&#233;linquance (en sachant par ailleurs que, sur le temps long, la criminalit&#233; la plus grave a baiss&#233;), justifiant aux yeux des m&#233;dias et des gouvernements l'intensification de la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut voir &#233;galement que les appareils de r&#233;pression poussent leur avantage et en particulier, en leur sein, les secteurs les plus r&#233;actionnaires, gagn&#233;s ou en passe d'&#234;tre gagn&#233;s au projet n&#233;ofasciste : il suffit de lire les tribunes des militaires dans &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt; pour voir que c'est tout le langage et toute la vision du monde propre &#224; la fachosph&#232;re qui y sont repris. Je ne crois pas du tout &#224; un coup d'&#201;tat militaire, mais ce que tout cela signale, c'est un processus de fascisation de l'&#201;tat qui fait que l'extr&#234;me droite, si elle parvenait au pouvoir, trouverait un soutien massif du c&#244;t&#233; des appareils de r&#233;pression pour faire ce qui est au c&#339;ur de son projet : instaurer un r&#233;gime d'apartheid racial sous couvert de &#8220;d&#233;fense de la France&#8221; ; &#233;craser toute capacit&#233; d'action politique des exploit&#233;&#183;es et des opprim&#233;&#183;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Crise du Covid aidant, nous sommes encore plus profond&#233;ment entr&#233;s dans un &#233;tat d'exception permanent &#8212; &#233;tat d'urgence s&#233;curitaire, &#233;tat d'urgence sanitaire, etc. Est-ce qu'il n'y a pas l&#224; tous les ferments d'un pouvoir d&#233;j&#224; autoritaire glissant vers le fascisme &#224; la faveur d'une crise sanitaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le chemin vers le fascisme n'est le produit ni d'une lente involution sans secousses (un simple glissement progressif, graduel), ni d'un coup de force des fascistes leur permettant de conqu&#233;rir le pouvoir une fois pour toutes et d'appliquer leur programme. La d&#233;rive de la classe dominante et de son personnel politique fournit un terrain sur lequel peut prosp&#233;rer le fascisme, mais il faut que le prol&#233;tariat subisse toute une s&#233;rie de d&#233;faites sociales et politiques d&#233;cisives pour que les fascistes parviennent au pouvoir et soient en capacit&#233; de transformer profond&#233;ment l'&#201;tat et les rapports sociaux dans un sens v&#233;ritablement &lt;i&gt;fasciste&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donc il n'y a rien d'automatique : des reculs profonds se sont op&#233;r&#233;s et des batailles ont &#233;t&#233; perdues, mais d'autres sont &#224; venir, qu'il nous faut pr&#233;parer et engager en cherchant les voies (difficiles) de la radicalit&#233; et de l'unit&#233;. Il n'y aura pas d'issue hors de cette combinaison. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;l&#233;ment est peu pr&#233;sent dans votre livre : la dimension num&#233;rique de cette propagande, celle qui a fait &#233;lire Trump et fait d&#233;sormais prosp&#233;rer les complotistes de type QAnon. Les nouveaux avatars du fascisme passeront-ils forc&#233;ment par ces nouvelles formes de propagande ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est d&#233;j&#224; le cas et, dans la mesure o&#249; les fascistes n'ont aucun probl&#232;me &#224; user du mensonge, l'&#233;volution du paysage politique et m&#233;diatique leur est &#233;minemment favorable. Quand un ministre dit se foutre des statistiques de la d&#233;linquance et pr&#233;f&#233;rer &#8220;&lt;i&gt;le bon sens du boucher-charcutier de Tourcoing&lt;/i&gt;&#8221;, quand les cha&#238;nes d'info en continu donnent sans cesse la parole &#224; des producteurs industriels de fausses informations (Zemmour n'&#233;tant qu'un exemple parmi d'autres), quand tout est r&#233;gi par la maximisation de l'audimat, des clics et des retweets, les fascistes sont &#224; leur aise pour d&#233;velopper leur propagande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le fait le plus d&#233;cisif &#224; mon sens est celui qui est le moins aper&#231;u : c'est d'abord la faiblesse du niveau d'organisation des classes populaires qui peut rendre une partie d'entre elles et eux perm&#233;able &#224; la propagande raciste d'id&#233;ologues dominants (et appartenant aux classes dominantes), voire aux th&#233;ories d&#233;lirantes d&#233;velopp&#233;es par les courants conspirationnistes. Ce qu'a offert pendant longtemps le mouvement ouvrier, &#224; une &#233;chelle de masse, ce sont non seulement des solidarit&#233;s collectives et un espoir de transformation sociale, mais c'est aussi une grille de lecture rationnelle du monde &#224; partir notamment des antagonismes sociaux fondamentaux : des classes et des luttes de classes. C'est tout cela qui s'est effiloch&#233; et qu'il nous faut reconstruire d'une mani&#232;re adapt&#233;e &#224; notre &#233;poque (en int&#233;grant des enjeux dont certains sont relativement nouveaux, comme l'environnement, et d'autres non, tels que le racisme et le patriarcat), parce que, quand vous ne croyez plus en rien, vous &#234;tes pr&#234;ts &#224; croire n'importe qui et n'importe quoi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'il tente de se racheter une image, le Rassemblement national (RN) est selon vous porteur d'un fascisme &#171; en gestation &#187;. Quels sont les outils &#224; d&#233;ployer pour que cette gestation n'aille pas &#224; son terme ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La r&#233;ponse qui vient tout de suite &#224; l'esprit, c'est le d&#233;veloppement de l'antifascisme, aspect imp&#233;ratif, mais qui n'est malheureusement pas suffisant (surtout si l'on focalise l'antifascisme sur la lutte contre le RN, ce qui me semble une erreur). Si le d&#233;veloppement du fascisme est un produit de la crise du capitalisme en g&#233;n&#233;ral, et en particulier ici d'une crise du capitalisme fran&#231;ais (y compris dans sa dimension imp&#233;rialiste, dont on n'a pas parl&#233;, mais qui est importante), on ne peut vaincre le fascisme sans que s'impose une alternative &#233;mancipatrice au capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La formule gagnante est facile &#224; formuler, beaucoup plus difficile &#224; mettre en pratique : d&#233;velopper les organisations, coalitions, id&#233;es et pratiques antifascistes ; intensifier et &#233;largir les mobilisations sociales, en cherchant notamment &#224; reconstruire &#224; la base (sur les lieux de travail et les lieux de vie) ; mener la bataille des id&#233;es en cherchant non pas &#224; se satisfaire de petites niches, mais &#224; s'adresser au plus grand nombre ; et b&#226;tir une organisation anticapitaliste de masse, ayant son centre de gravit&#233; dans les luttes sociales, mais capable de se d&#233;velopper, y compris sur le terrain &#233;lectoral et institutionnel. La barre est tr&#232;s haute, mais ce n'est pas parce que les objectifs paraissent inatteignables qu'ils ne doivent pas &#234;tre poursuivis. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		
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