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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; &#199;a va Denis, tranquille ? &#187;</title>
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		<dc:date>2022-01-28T10:09:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Denis L.</dc:creator>


		<dc:subject>Alex Less</dc:subject>
		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'Ehpad</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Septi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public. J'ai r&#233;duit mon temps de travail : je ne bosse plus que dix &#224; douze journ&#233;es par mois, ce qui me laisse plusieurs jours d'affil&#233;e pour mes autres activit&#233;s. L'effet inattendu, c'est qu'apr&#232;s une semaine hors les murs, je me reprends l'Ehpad en pleine poire. Les couloirs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alex-Less" rel="tag"&gt;Alex Less&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Je-vous-ecris-de-l-Ehpad" rel="tag"&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Septi&#232;me &#233;pisode de la chronique de Denis L., qui nous livre chaque mois un r&#233;cit sensible de son quotidien d'auxiliaire de vie dans un Ehpad (&#233;tablissement d'h&#233;bergement pour personnes &#226;g&#233;es d&#233;pendantes) public.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4316 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH356/1500refuserehpad_resultat-2-2-0095b-d619f.jpg?1782959346' width='500' height='356' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration d'Alex Less
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;duit mon temps de travail : je ne bosse plus que dix &#224; douze journ&#233;es par mois, ce qui me laisse plusieurs jours d'affil&#233;e pour mes autres activit&#233;s. L'effet inattendu, c'est qu'apr&#232;s une semaine hors les murs, je me reprends l'Ehpad en pleine poire. Les couloirs interminables, les odeurs, les petits groupes somnolents, les corps avachis dans les fauteuils, ce cruel manque de vie... Presque comme au premier jour sauf que, ce jour-l&#224;, je m'y attendais. D&#232;s que l'on prend trop de recul ou que l'&#233;nergie n'y est plus, c'est toute la tristesse de ce lieu qui vous saisit &#224; la gorge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chez nos r&#233;sident&#183;es aussi les humeurs sont fluctuantes. Suzanne est plut&#244;t bien en ce moment. Elle est moins souvent &#224; errer dans le couloir en soliloquant et, au dernier go&#251;ter du dimanche, elle s'est m&#234;me lev&#233;e et a amorc&#233; un twist, avec ce qui lui reste de hanche et de genoux. &#171; &lt;i&gt;Tu m'aurais vue quand j'&#233;tais jeune ! Ah si j'avais quatre ou cinq ans de moins&lt;/i&gt; &#187;, clame-t-elle. Elle en a 97.
Pour Asun, en revanche, rien ne va. Toujours la m&#234;me histoire : elle r&#234;ve de se barrer de cette &lt;i&gt;casa de mierda &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;1/ &#171; Maison de merde &#187;, en espagnol.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; pour retourner en Espagne, chez elle. Mais l&#224;, sa hargne semble compl&#232;tement retomb&#233;e. Quand je lui apprends qu'il n'y a plus de p&#226;tes de fruits, elle se contente de hausser les &#233;paules et ne revient pas &#224; la charge une demi-heure plus tard pour que j'aille lui en chercher en cuisine. D'habitude c'est comme cela qu'elle m'a, &#224; l'usure. &#192; la fin de mon service, alors que le vestiaire m'appelle furieusement, Asun se confie. Cette fois, elle conclut sa litanie en l&#226;chant : &#171; &lt;i&gt;La seule chose qui me fait plaisir, c'est de penser &#224; Franco !&lt;/i&gt; &#187; et elle me raconte &#224; nouveau et en d&#233;tail ce jour m&#233;morable o&#249; le Caudillo a travers&#233; son village dans sa grande voiture noire d&#233;capotable, drapeaux au vent, sous les acclamations des habitants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;G&#233;rard, lui, prend les choses avec beaucoup de d&#233;tachement. En apparence tout du moins. Il se repose, vautr&#233; sur son lit, le T-shirt tendu par la bedaine, et mange et boit tout ce qui lui passe &#224; port&#233;e de main. Il n'est pas rare que sa voisine de r&#233;fectoire, de retour des toilettes, trouve son assiette vide. Ou qu'une briquette de jus de fruits disparaisse du chariot, &#224; l'heure du go&#251;ter. Mais l&#224;, tout de m&#234;me, il abuse : il a fauch&#233; un kit de semis que nous avions pos&#233; sur une table dans l'id&#233;e d'initier une microactivit&#233; jardinage. En voyant la photo de carottes sur l'emballage, il a d&#251; penser qu'il s'agissait d'un plat cuisin&#233; ! &#199;a me fait sourire, mais je vais tout de m&#234;me lui demander des comptes. &#171; &lt;i&gt; Ah non, c'est pas moi !&lt;/i&gt; &#187; se d&#233;fend-il, alors que sa tablette est pleine de terreau. Par contre, impossible de mettre la main sur le sachet de graines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un midi, alors que je me dirige vers l'office, j'entends derri&#232;re moi : &#171; &lt;i&gt;&#199;a va Denis, tranquille ? &lt;/i&gt; &#187; C'est Christophe, un des agents techniques charg&#233;s de r&#233;parer, remplacer, d&#233;boucher, repeindre&#8230; un jovial, toujours pr&#234;t &#224; vous poser une devinette ou sortir une blague &#224; la Bali Balo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8212; Tranquille, c'est pas exactement le terme, je lui r&#233;ponds.&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est la fin de matin&#233;e, je suis cuit. Christophe prend un ton grave :
&lt;br /&gt;&#8212; Il y a pire que nos boulots, et tu sais ce qui est pire ?&lt;br class='manualbr' /&gt;Pas le courage d'aller sur ce terrain, je hausse les &#233;paules. Christophe poursuit, parfaitement s&#233;rieux pour une fois :
&lt;br /&gt;&#8212; Ce qui est pire, c'est la femme du Sahel avec son sein tari, son b&#233;b&#233; dans les bras !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argument massue ! Que r&#233;pondre &#224; cela ? Rien, je le plante l&#224; sans un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain soir, alors que j'affronte un &#233;vier rempli de vaisselle englu&#233;e de pur&#233;e, tout en guettant du coin de l'&#339;il la pendule afin de ne pas arriver en retard pour le service en salle, avec ce foutu masque qui me cisaille derri&#232;re les oreilles et m'&#233;touffe dans la vapeur du lave-vaisselle, je repense au sein tari de Christophe et me mets &#224; rire.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Denis L.&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;i&gt;Je vous &#233;cris de l'Ehpad est une chronique qui revient tous les mois dans &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; depuis novembre 2020. Nous les mettons progressivement en ligne. Ci-dessous les pr&#233;c&#233;dents &#233;pisodes&lt;/i&gt; : &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Alors-tu-vas-torcher-les-vieux' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Alors, tu vas torcher les vieux ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Tu-commences-a-avoir-la-meme' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Tu commences &#224; avoir la m&#234;me mentalit&#233; que les filles &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;3&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Bonjour-Claudie-vous-aimez-le-rap' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Bonjour Claudie, vous aimez le rap ? &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;4&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Oh-la-barbe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Oh la barbe ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;5&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/On-dansait-a-en-mourir' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; On dansait &#224; en mourir &#187;&lt;/a&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;6&lt;/strong&gt; : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Je-t-aime-comme-un-frere' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Je t'aime comme un fr&#232;re ! &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;1/ &#171; Maison de merde &#187;, en espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le Grand soulagement : &#171; Au gr&#233; des d&#233;sirs &#187; </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-Grand-soulagement-Au-gre-des</link>
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		<dc:date>2021-08-31T10:56:16Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Grand soulagement</dc:subject>
		<dc:subject>Grand</dc:subject>
		<dc:subject>programme</dc:subject>
		<dc:subject>grand remplacement</dc:subject>
		<dc:subject>politique</dc:subject>
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		<dc:subject>qu'&#224; Lyon</dc:subject>
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		<dc:subject>Darmanin</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La France fr&#233;mit. Et avec elle le monde. D'&#233;tranges affiches aux messages radicaux ont en effet &#233;t&#233; placard&#233;es sur les murs de plusieurs villes hexagonales. Sous l'intitul&#233; &#171; Le Grand soulagement &#187;, elles proposent de drastiquement reconsid&#233;rer notre quotidien. Avec des intitul&#233;s fort all&#233;chants. Au choix : &#171; Remplacer Macron par de petites pelures de cl&#233;mentines &#187;. Ou &#171; Remplacer la 5G par le point G &#187;. Voire : &#171; Remplacer le capitalisme par une bonne sieste &#187;. Comme on adh&#232;re pleinement &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/programme" rel="tag"&gt;programme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/grand-remplacement" rel="tag"&gt;grand remplacement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politique" rel="tag"&gt;politique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-a-Lyon" rel="tag"&gt;qu'&#224; Lyon&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/campagne-politique" rel="tag"&gt;campagne politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Darmanin" rel="tag"&gt;Darmanin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La France fr&#233;mit. Et avec elle le monde. D'&#233;tranges affiches aux messages radicaux ont en effet &#233;t&#233; placard&#233;es sur les murs de plusieurs villes hexagonales. Sous l'intitul&#233; &#171; Le Grand soulagement &#187;, elles proposent de drastiquement reconsid&#233;rer notre quotidien. Avec des intitul&#233;s fort all&#233;chants. Au choix : &#171; &lt;i&gt;Remplacer Macron par de petites pelures de cl&#233;mentines&lt;/i&gt; &#187;. Ou &#171; &lt;i&gt;Remplacer la 5G par le point G&lt;/i&gt; &#187;. Voire : &#171; &lt;i&gt;Remplacer le capitalisme par une bonne sieste&lt;/i&gt; &#187;. Comme on adh&#232;re pleinement &#224; ce programme, on a voulu en savoir plus. Et on a donc demand&#233; &#224; Quentin Faucompr&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui a par ailleurs particip&#233; &#224; CQFD, nous offrant au passage l'une de nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ce que porte cette &#233;nigmatique campagne d'affichage, instigu&#233;e avec l'auteur de BD Cyril Pedrosa et lanc&#233;e en avril dernier.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3713 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH350/-1848-275e3.jpg?1782959346' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le programme du Grand soulagement est pour l'instant placard&#233; dans l'Est parisien, ainsi qu'&#224; Lyon, Rennes, Biarritz, Nantes et Bordeaux. Peut-il devenir universel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce programme a vocation &#224; se r&#233;pandre, oui. Pas dans un esprit de conqu&#234;te, mais plut&#244;t comme un souffle, un petit vent frais, qui se glisserait dans les fissures d'un monde en ruine (rires). Sans doute parce qu'il &#233;mane d'un inconscient collectif, auquel finalement plus de gens qu'il ne semble aspirent et pourraient adh&#233;rer&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;Le Grand soulagement est un programme de relaxation politique &#224; objectif tendrement insurrectionnel&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crivez-vous. Est-il vraiment possible de concilier &#171; &lt;i&gt;tendresse&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;insurrection&lt;/i&gt; &#187; ? Le &#171; &lt;i&gt;remplacement&lt;/i&gt; &#187; de G&#233;rald Darmanin par un &#171; &lt;i&gt;bouquet de persil&lt;/i&gt; &#187;, par exemple, ne passe-t-il pas forc&#233;ment par la case guillotine ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nous souhaitons avant tout provoquer un &#233;lan de douceur. Peut-&#234;tre qu'une douceur amplifi&#233;e, face &#224; l'abjection d'un pion comme Darmanin, peut par contraste se r&#233;v&#233;ler offensive. Pas question de guillotine, donc. L'un des objectifs du Grand soulagement est d'ailleurs de remplacer la peine de mort par des bisous dans le cou. Je ne pense pas pour autant que nous soyons des &#8220;bisounours&#8221;, cette insulte ch&#232;re &#224; l'extr&#234;me droite qualifiant les gens qui seraient &#8220;en dehors des r&#233;alit&#233;s&#8221; et ne verraient pas que le monde est &#224; feu et &#224; sang... Une extr&#234;me droite qui consid&#232;re qu'il serait alors naturel de r&#233;primer &#224; coup de LBD 40 des contestataires &#233;colos, de matraquer &#224; mort des gens de &#8220;&lt;i&gt;pas-la-bonne-couleur&lt;/i&gt;&#8221; ou de pi&#233;tiner Genevi&#232;ve Legay qui &#233;tait l&#224; o&#249; il ne fallait pas, sans doute afin de prot&#233;ger les honn&#234;tes-citoyens-qui-n'ont-rien-&#224;-se-reprocher, et qui, eux, auraient conscience des r&#233;alit&#233;s...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir &#224; Darmanin, il est possible que des bouquets de persil fleurissent &#224; chacune de ses apparitions. Pourquoi pas ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3714 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH350/-1849-4b4ed.jpg?1782959346' width='500' height='350' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;S'agit-il de l&#226;cher prise ou plut&#244;t de reprendre prise ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit de d&#233;river. Dans l'espace public et politique. De donner &#224; voir et entendre d'autres perspectives que celles impos&#233;es et finalement admises &#8211; par r&#233;signation ou adh&#233;sion. De se d&#233;barrasser de ce qui nous semble toxique, mais qui pourtant monopolise l'attention. Et de sugg&#233;rer qu'une d&#233;rive serait &#233;minemment bienvenue et surtout : envisageable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; D&#232;s les premiers r&#233;sultats obtenus, vous pourrez d&#233;velopper votre m&#233;thode autonome en inventant vos propres gestes apaisants &#187;, promettez-vous sur les affiches. C'est donc un programme visant &#224; &#233;radiquer les programmes ? Et une campagne politique visant &#224; &#233;radiquer les campagnes politiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un programme politique, oui. Concernant les promesses, il n'y en a aucune, nous sommes plut&#244;t pour l'effet boule de neige, ou m&#234;me l'effet papillon &#8211; nous souhaitons secr&#232;tement que les gens se r&#233;approprient les pistes &#233;vocatrices de ce programme. Peut-&#234;tre ne sommes-nous pas si loin du &#8220;pas de c&#244;t&#233;&#8221; propos&#233; par G&#233;b&#233; avec [sa bande dessin&#233;e] &lt;i&gt;L'An 01&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre campagne, si c'en est une, s'annonce en tout cas comme diff&#233;rente d'une campagne politique classique, bien souvent paternaliste et verticale, se concentrant sur la figure d'une personne, autour de laquelle gravite une masse de croyants et d'opportunistes &#8211; pardon, de militants. Il s'agit aussi de d&#233;tourner ce concept d'extr&#234;me droite qu'est le grand remplacement, of course. Nous avons pour objectif, accessoirement, de remplacer le grand remplacement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu es membre actif de L'Arm&#233;e noire, groupe d'artistes dynamitant de mani&#232;re fort punk la po&#233;sie, le dessin et la politique&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voire notamment, concoct&#233;s par Charles Pennequin et Quentin Faucompr&#233; aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Ce r&#233;jouissant contingent boiteux va-t-il rejoindre la campagne lanc&#233;e en fanfare ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;coute de mon petit doigt, je dirais : peut-&#234;tre. La revue &lt;i&gt;Mon Lapin quotidien&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Trimestriel publi&#233; par la maison d'&#233;dition l'Association et dont Quentin (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; est &#233;galement complice du Grand soulagement.
Si notre campagne prend en premier lieu la forme d'affiches, des actions diff&#233;rentes sont pr&#233;vues dans les prochains mois. Ce sera au gr&#233; des d&#233;sirs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_3715 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1850.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-1850-634e1.jpg?1782959346' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui a par ailleurs particip&#233; &#224; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, nous offrant au passage l'une de nos couvertures embl&#233;matiques, d&#233;peignant Manuel Valls en &#171; &lt;i&gt;chef des casseurs&lt;/i&gt; &#187; (n&#176;144, juin 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voire notamment, concoct&#233;s par Charles Pennequin et Quentin Faucompr&#233; aux &#233;ditions Al Dante, les volumineux et hallucin&#233;s livres de L'Arm&#233;e noire, Tome 1 (2010), et Tome 2 (2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Trimestriel publi&#233; par la maison d'&#233;dition l'Association et dont Quentin Faucompr&#233; est depuis 2020 co-r&#233;dacteur en chef.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les damn&#233;es de la terre</title>
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		<dc:date>2021-05-27T14:27:18Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Arnaud Chastagner</dc:creator>


		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
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&lt;p&gt;Depuis cinq mois, l'Inde est secou&#233;e par un soul&#232;vement sans pr&#233;c&#233;dent de paysans r&#233;clamant l'annulation d'un projet de r&#233;forme agraire. Invisibilis&#233;es par la surrepr&#233;sentation des hommes dans ces r&#233;voltes, les femmes, qui constituent une large part de la main-d'&#339;uvre du secteur agricole, s'organisent et luttent pour leurs droits. De v&#233;ritables villes-campements s'&#233;tendent sur des kilom&#232;tres autour de New Delhi. Les remorques des tracteurs sont am&#233;nag&#233;es pour y dormir et de grandes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Narendra-Modi" rel="tag"&gt;Narendra Modi&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis cinq mois, l'Inde est secou&#233;e par un soul&#232;vement sans pr&#233;c&#233;dent de paysans r&#233;clamant l'annulation d'un projet de r&#233;forme agraire. Invisibilis&#233;es par la surrepr&#233;sentation des hommes dans ces r&#233;voltes, les femmes, qui constituent une large part de la main-d'&#339;uvre du secteur agricole, s'organisent et luttent pour leurs droits.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1782.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH726/-1782-e2c89.jpg?1782772338' width='500' height='726' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De v&#233;ritables villes-campements s'&#233;tendent sur des kilom&#232;tres autour de New Delhi. Les remorques des tracteurs sont am&#233;nag&#233;es pour y dormir et de grandes cuisines communautaires distribuent de la nourriture en continu. Depuis fin novembre, des milliers de personnes vivant du travail de la terre se sont install&#233;es autour de la capitale indienne pour protester contre le projet d'une nouvelle r&#233;forme de lib&#233;ralisation du secteur agricole. Si le texte agite autant, c'est parce qu'il pr&#233;voit l'ouverture, aux entreprises de l'agroalimentaire, de nouveaux march&#233;s jusqu'alors contr&#244;l&#233;s par l'&#201;tat et la suppression des prix minimum fix&#233;s pour l'achat de certaines denr&#233;es. En d'autres termes, le gouvernement sort le tapis rouge aux grands groupes de l'agroalimentaire et de la distribution qui pourront n&#233;gocier directement avec les exploitant&#183;es et imposer,&lt;i&gt; in fine&lt;/i&gt;, leurs conditions et prix d'achat &#224; la paysannerie. Compos&#233;e essentiellement de petit&#183;es propri&#233;taires&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Inde, 86 % des paysan&#183;nes poss&#232;dent moins de deux hectares. &#171; Rakesh (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, cette derni&#232;re n'aurait alors que peu de poids dans les n&#233;gociations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face au soul&#232;vement massif, la Cour supr&#234;me d&#233;cide, en janvier, de suspendre de mani&#232;re temporaire cette r&#233;forme, impos&#233;e sans concertation par le gouvernement autoritaire du nationaliste hindou Narendra Modi. Mais le mouvement ne s'essouffle pas. La paysannerie indienne reste intransigeante : elle exige l'abrogation pure et simple du projet de loi. Parmi la population mobilis&#233;e, de nombreuses femmes s'organisent et tiennent le si&#232;ge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Venue s'installer pour un temps au campement de Singhu, situ&#233; au nord de la capitale, Gurleen, 22 ans, est l'une d'entre elles : &#171; &lt;i&gt;Mon &#233;ducation a &#233;t&#233; rendue possible gr&#226;ce &#224; l'agriculture. Ma famille en d&#233;pend, mon avenir aussi, &lt;/i&gt;explique la jeune femme. &lt;i&gt;Et c'est justement l'&#233;ducation qui m'a permis de comprendre comment ces politiques gouvernementales allaient nous affecter. Et comment nous les femmes sommes en premi&#232;re ligne&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e dans l'article &#171; Women at Farm Stir : &#8220;We Are Recreating History&#8221; &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Inde, en 2018, 80 %&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Move over &#8220;Sons of the soil&#8221; : Why You Need to Know the Female Farmers (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; des femmes actives travaillaient de pr&#232;s ou de loin dans l'agriculture. Elles repr&#233;sentent alors un tiers de la main-d'&#339;uvre agricole et la moiti&#233; d'entre elles sont des agricultrices ind&#233;pendantes qui travaillent sur la propri&#233;t&#233; familiale. Une &#233;tude men&#233;e par le minist&#232;re des Finances entre 2017 et 2018 souligne m&#234;me une tendance &#224; la &#171; &lt;i&gt;f&#233;minisation du secteur agricole&lt;/i&gt; &#187;. En cause : l'exode rural et le nombre croissant d'hommes &#233;voluant vers des emplois ruraux non agricoles mieux r&#233;mun&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Manque de reconnaissance &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, seuls 13 %&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; des agricultrices poss&#232;dent des terres &#224; leur nom. Or, en Inde, tout passe par le titre de propri&#233;t&#233; fonci&#232;re. Un probl&#232;me de taille, comme le souligne Rukmini Rao, membre fondatrice du Forum pour les droits des agricultrices (Makaam), un r&#233;seau de soutien national et informel : &#171; &lt;i&gt;Sans terre, les femmes ne sont pas reconnues comme agricultrices malgr&#233; leur importante contribution au secteur. Cette pr&#233;carisation les rend vuln&#233;rables.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard de la loi, la majorit&#233; des paysannes sont seulement consid&#233;r&#233;es comme des cultivatrices ou des ouvri&#232;res agricoles. Elles ne peuvent donc b&#233;n&#233;ficier des aides publiques ou des programmes gouvernementaux. Cons&#233;quence : de nombreuses femmes ont recours &#224; des r&#233;seaux informels de cr&#233;dits, &#224; des taux &#233;lev&#233;s, pour financer les semences, les engrais ou simplement amortir de mauvaises r&#233;coltes. Alimentant de fait une situation d&#233;j&#224; pr&#233;caire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, un projet de loi&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Attaining Entitlement : Women Farmers and Land Rights &#187;, &#224; lire sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; a pourtant tent&#233; de faire avancer les choses en proposant de consid&#233;rer comme agricultrice toute femme qui travaille la terre. Ceci dans le but de leur permettre de b&#233;n&#233;ficier pleinement des droits et des aides allou&#233;s. Mais ce projet a d&#233;finitivement &#233;t&#233; abandonn&#233; en 2013, faute de volont&#233; politique. Depuis cet &#233;chec, aucune modification l&#233;gislative n'a r&#233;pondu &#224; la f&#233;minisation grandissante du monde paysan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les concern&#233;es, la seule esquisse de protection est alors &#224; chercher du c&#244;t&#233; des lois personnelles : en Inde, chaque individu est rattach&#233; au droit de sa religion, chacune ayant ses propres lois. Le droit personnel encadre notamment les questions de succession, de mariage ou encore d'adoption. &#171; &lt;i&gt;Certaines lois r&#233;gissent la question de l'h&#233;ritage, comme la loi hindoue sur la succession qui a &#233;t&#233; modifi&#233;e en 2005 pour &#234;tre plus &#233;galitaire, &lt;/i&gt;explique Rukmini Rao. &lt;i&gt;Mais elles sont peu prises en compte. Le probl&#232;me, c'est la norme sociale, les coutumes, la tradition. Le patriarcat traverse les classes et les castes.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, Rukmini Rao l'assure : &#171; &lt;i&gt;Si les agricultrices ne sont pas en mesure de les r&#233;clamer, elles sont tr&#232;s conscientes de leurs droits.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce tableau, les moins prot&#233;g&#233;es sont celles qui se trouvent tout en bas de la paysannerie indienne : les femmes issues des communaut&#233;s &lt;i&gt;dalits&lt;/i&gt; (encore appel&#233;es &#171; intouchables &#187;) ou de basses castes. Journali&#232;res ou saisonni&#232;res, elles travaillent de mani&#232;re contractuelle sur les exploitations de propri&#233;taires terriens qui imposent leurs conditions. Un prol&#233;tariat souvent pay&#233; &#224; la journ&#233;e, sans r&#233;elle marge de man&#339;uvre pour faire valoir ses droits. Pour ces ouvri&#232;res agricoles sans terre, le combat contre cette r&#233;forme se fait donc une question de s&#233;curit&#233; alimentaire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Faire entendre sa voix&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Critiqu&#233;e par certains, la pr&#233;sence des femmes dans les campements qui bordent New Delhi n'est pourtant plus &#224; questionner. Brossant une esquisse de portrait sociologique de ces paysannes en lutte, Sangeet Toor, une activiste qui documente le mouvement paysan, estime que &#171; &lt;i&gt;la plupart des femmes pr&#233;sentes sont issues de familles qui poss&#232;dent de petites parcelles. Les ouvri&#232;res agricoles &lt;/i&gt;dalits&lt;i&gt; participent, elles, occasionnellement car, en tant que journali&#232;res, elles n'ont pas le privil&#232;ge de perdre des journ&#233;es de travail. Quant aux femmes urbaines, &#224; l'exception des militantes et des &#233;tudiantes, elles ne sont pas pr&#233;sentes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire entendre d'autres voix et mettre en avant de nouveaux regards, Sangeet Toor anime avec une petite &#233;quipe la gazette &lt;i&gt;Karti &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Dharti &lt;/i&gt;(&#171; Celles qui travaillent la terre &#187;). Une publication de quatre pages enti&#232;rement coordonn&#233;e par une &#233;quipe f&#233;minine. Imprim&#233;e en langue penjabi, elle est notamment diffus&#233;e sur les lieux des protestations paysannes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Karti Dharti &lt;i&gt;est pens&#233;e pour que les femmes racontent leurs histoires personnelles, qu'elles puissent exprimer comment ce mouvement les affecte et de quelle mani&#232;re il est fa&#231;onn&#233; par leur pr&#233;sence&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Sangeet Toor. Pour autant, la parution s'adresse &#224; tout le monde : &#171; &lt;i&gt;&#192; &lt;/i&gt; &lt;i&gt;terme, nous souhaitons l&#233;gitimer la parole d'expertes. Montrer que les femmes ma&#238;trisent des sujets techniques autant que les hommes, notamment sur des th&#233;matiques li&#233;es &#224; l'agriculture&lt;/i&gt; &#187;, conclut-elle, en se r&#233;jouissant du fait que &#171; &lt;i&gt;ce mouvement normalise la pr&#233;sence des femmes dans les manifestations&lt;/i&gt; &#187;. Un mouvement qui ne semble d'ailleurs pas pr&#234;t de s'&#233;teindre : semaine apr&#232;s semaine, il emporte dans son sillage une part grandissante de la population, &#233;cras&#233;e par les multiples coups de force politiques du gouvernement autoritaire du sulfureux Narendra Modi et son supr&#233;macisme hindou.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Arnaud Chastagner&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En Inde, 86 % des paysan&#183;nes poss&#232;dent moins de deux hectares. &#171; &lt;a href=&#034;https://www.lemonde.fr/international/article/2021/02/16/rakesh-tikait-le-paysan-qui-defie-le-pouvoir-indien_6070074_3210.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rakesh Tikait, le paysan qui d&#233;fie le pouvoir indien&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;(16/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233;e dans l'article &#171; &lt;a href=&#034;https://ruralindiaonline.org/en/articles/women-at-farm-stir-we-are-recreating-history/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; Women at Farm Stir : &#8220;We Are Recreating History&#8221; &lt;/a&gt; &#187;, ruralindiaonline.org (16/01/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.oxfamindia.org/women-empowerment-india-farmers&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Move over &#8220;Sons of the soil&#8221; : Why You Need to Know the Female Farmers that Are Revolutionizing Agriculture in India&lt;/a&gt; &#187;, article &#224; lire sur le site de la branche indienne de l'ONG Oxfam (14/11/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.isas.nus.edu.sg/wp-content/uploads/2019/03/ISAS-Insights-No.-551.pdf&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Attaining Entitlement : Women Farmers and Land Rights&lt;/a&gt; &#187;, &#224; lire sur le site de l'Institute of South Asian Studies (19/03/2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cheval de labeur, cheval de gr&#226;ce</title>
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&lt;p&gt;Longtemps essentiel aux paysans, le cheval de trait a bien failli dispara&#238;tre une fois l'agriculture m&#233;canis&#233;e. Rat&#233; : depuis une vingtaine d'ann&#233;es, il fait son grand retour dans les champs. Derri&#232;re l'image de carte postale de beaux chevaux crini&#232;re au vent, on a voulu savoir ce que cette pratique disait de la condition animale au travail. Direction l'Ard&#232;che. &#171; Un pas&#8230; Droite&#8230; Allez, un pas&#8230; Arr&#234;t. &#187;. D'une voix douce et ferme, No&#233;mie dirige Iouki, un cheval de trait comtois de bient&#244;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Longtemps essentiel aux paysans, le cheval de trait a bien failli dispara&#238;tre une fois l'agriculture m&#233;canis&#233;e. Rat&#233; : depuis une vingtaine d'ann&#233;es, il fait son grand retour dans les champs. Derri&#232;re l'image de carte postale de beaux chevaux crini&#232;re au vent, on a voulu savoir ce que cette pratique disait de la condition animale au travail. Direction l'Ard&#232;che.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH378/-1780-004d1.jpg?1782666951' width='500' height='378' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Killian Pelletier
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un pas&#8230; Droite&#8230; Allez, un pas&#8230; Arr&#234;t.&lt;/i&gt; &#187;. D'une voix douce et ferme, No&#233;mie dirige Iouki, un cheval de trait comtois de bient&#244;t quatre ans, le positionnant entre deux rangs de vigne pour remuer la terre et l'a&#233;rer. Puis elle bloque les dents de la petite herse que le cheval va tracter et l'aligne correctement, remet d'aplomb autour de son torse les guides reli&#233;s au mors et lance un sonore &#171; &lt;i&gt;Devant&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'attelage se met alors en branle d'un pas tranquille et r&#233;gulier, ne s'arr&#234;tant qu'un instant, le temps que le crottin de Iouki vienne enrichir le sol fra&#238;chement retourn&#233;. Et voil&#224; quelques arpents de terre viticole d&#233;sherb&#233;s sans autre produit que les gouttes de sueur d'une femme et d'un cheval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#233;mie Courson travaille au Mas de Libian, &#224; Saint-Marcel-d'Ard&#232;che, avec la famille Thibon. Ce domaine, certifi&#233; en biodynamie, revendique plus de trois si&#232;cles d'existence sans qu'aucun pesticide ni herbicide n'ait jamais &#233;t&#233; r&#233;pandu sur ses 25 hectares de vignes. Depuis le milieu des ann&#233;es 2000, le travail du sol s'y fait en traction &#233;quine, et pas seulement pour faire de belles photos, comme l'explique No&#233;mie : &#171; &lt;i&gt;Si tu travailles la vigne en biodynamie, le choix du cheval est logique, tu ne devrais m&#234;me pas pouvoir faire autrement. Tu t'attaches &#224; respecter un cycle naturel et le cheval y a toute sa place.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me s'il est de belle corpulence, le cheval de trait, par son pas lent, a un effet moindre que le tracteur sur le tassement de la terre au pied des vignes. Un d&#233;tail pour le profane mais un d&#233;tail qui, r&#233;p&#233;t&#233; &#224; longueur d'ann&#233;e, rev&#234;t une importance fondamentale pour les vignerons s'attachant &#224; produire des vins sains, issus d'une terre qui respire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cheval 1 - Tracteur 0&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impulsion, essentiellement, d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de vignerons ayant souhait&#233; red&#233;finir leur rapport &#224; la terre, le cheval a donc retrouv&#233; le chemin des champs apr&#232;s de longues d&#233;cennies d'&#233;clipse. Une tendance qui n'a rien d'&#233;ph&#233;m&#232;re, des pr&#233;curseurs comme le Mas de Libian inspirant de nouveaux arrivants. Toujours en Ard&#232;che mais 40 km au nord, &#224; Aubignas, L&#233;na et Alex ont investi un coteau et viennent de planter leurs pieds de vignes sur l'hectare et demi du domaine des Bois Perdus. Pour eux le choix est d&#233;j&#224; fait : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'on b&#226;tit est bas&#233; sur la conviction que la vigne est un &#234;tre vivant. Au m&#234;me titre que les oliviers qui sont au-dessus, que les bois qui l'entourent. Ou que les animaux qui viennent pisser et chier &#224; ses pieds. Ou que nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour les futurs travaux dans les vignes, entre un Massey Ferguson rutilant et un Comtois ou un Percheron, L&#233;na n'h&#233;site pas : &#171; &lt;i&gt;Un tracteur, &#231;a perd de l'huile, &#231;a fume, &#231;a pue, &#231;a te menotte &#224; ton banquier pendant des ann&#233;es et tu ne peux pas discuter avec lui quand tu en as marre de planter des piquets ou de piocher. Un cheval ne cr&#233;e pas de dette mais du lien, et c'est de l'or pour la vigne.&lt;/i&gt; &#187; L'histoire r&#233;cente du vieux tracteur, r&#233;cup&#233;r&#233; pour de gros &#339;uvres sur leur domaine, qui a pris feu tout seul sous les yeux de L&#233;na, cramant une remise au passage, ne fera qu'ent&#233;riner l'option animale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le cheval est dans la place&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau rapport au vivant passe donc par des choix r&#233;fl&#233;chis, d&#233;termin&#233;s, &#233;thiques autant qu'&#233;cologiques. Inclure le cheval dans ce travail quotidien ne rel&#232;ve plus de la contrainte mais du d&#233;sir. Une vraie rupture si l'on reprend l'histoire du labeur de l'animal domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout temps, les b&#234;tes de somme ont fourni trois apports majeurs aux soci&#233;t&#233;s humaines : nourriture, vitesse et confort de d&#233;placement, force de travail. Un triptyque d&#233;clin&#233; sous toutes les latitudes et dans lequel z&#233;bu, yack, dromadaire, chien, &#233;l&#233;phant, b&#339;uf, cheval forment un bestiaire de l'animal au travail. Portant, tractant, il prend place dans toutes les &#233;pop&#233;es humaines, les plus nobles comme les plus sales, accompagnant &#224; son corps d&#233;fendant des bouleversements de grande ampleur, comme le souligne l'historien &#201;ric Baratay : &#171; &lt;i&gt;La multiplication des animaux de trait pr&#233;cipite les campagnes dans l'&#233;conomie de production, d'&#233;change, de croissance du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle industriel &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#234;tes de somme, Seuil, 2011&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce panorama, le cheval est omnipr&#233;sent, utile aux champs comme &#224; la ville : il est de tous les transports (individuels ou collectifs), de tous les labeurs, de toutes les industries (agricoles, foresti&#232;res, mini&#232;res), de toutes les guerres (700 000 chevaux morts lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale), de tous les loisirs. Tout autant pilier du monde agricole que compagnon d'agr&#233;ment, symbole de puissance sociale que &#171; &lt;i&gt;sous-prol&#233;taire sur lequel est construit l'essor &#233;conomique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, on compte ainsi pas moins de trois millions de chevaux sur le sol fran&#231;ais en 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pic de population qui d&#233;clinera lentement mais s&#251;rement au gr&#233; de la m&#233;canisation de l'agriculture et de la motorisation des transports. Au lendemain des ann&#233;es 1950, le cheval de trait dispara&#238;t progressivement du paysage et les neuf races fran&#231;aises semblent promises &#224; l'extinction. Si, &#224; cette &#233;poque, il anime encore quelques f&#234;tes des moissons et autres kermesses, il ne doit finalement sa survie... qu'au commerce de sa viande pour lequel un cheptel assez cons&#233;quent aura &#233;t&#233; maintenu, suffisant pour r&#233;activer ensuite une fili&#232;re de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un compagnon de travail&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;surrection du cheval de trait &#224; la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tient donc quelque peu du miracle. Et celles et ceux qui participent &#224; son retour entretiennent avec lui un rapport empreint d'un intense respect : &#171; &lt;i&gt;Avec mon cheval Iouki je suis dans un dialogue permanent,&lt;/i&gt; raconte No&#233;mie.&lt;i&gt; Il vient d'arriver au domaine et, tous les deux, on apprend &#224; se conna&#238;tre, &#224; se respecter, &#224; avoir confiance l'un en l'autre. Ce n'est pas un animal de compagnie, c'est un compagnon de travail, de vie.&lt;/i&gt; &#187; L'observant &#224; l'&#339;uvre avec Iouki, marchant tous deux du m&#234;me pas, je constate l'osmose qui les lie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iouki est le premier cheval de No&#233;mie. Si, plus jeune, elle a longuement c&#244;toy&#233; des chevaux dans un ranch savoyard, ce n'&#233;tait alors que du loisir et elle ne s'imaginait pas y revenir plus tard : &#171; &lt;i&gt;Je suis venue au Mas de Libian comme saisonni&#232;re pour les vendanges et, comme j'aimais les chevaux, Catherine Thibon, qui s'en occupait, m'a prise avec elle. J'ai tellement aim&#233; qu'en 2018 j'ai commenc&#233; une formation de conduite de chevaux de trait. Depuis 2019 je propose des prestations &#224; d'autres domaines, dans les vignes, ou en mara&#238;chage. Et de la demande, il y en a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Pour voler de ses propres ailes, No&#233;mie vient donc de faire l'acquisition de Iouki qu'elle est all&#233;e chercher dans le Jura. Elle sourit en se rem&#233;morant cette journ&#233;e : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;leveur m'a pr&#233;sent&#233; deux chevaux. Le premier &#233;tait poli, il ob&#233;issait mais rien de plus... Il n'en avait clairement rien &#224; foutre de moi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! J'ai vite senti que &#231;a ne le ferait pas. Et puis avec celui-l&#224;,&lt;/i&gt; poursuit-elle en caressant l'encolure de Iouki, &lt;i&gt;il s'est tout de suite pass&#233; quelque chose, une attention, un d&#233;sir d'&#234;tre ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Respect mutuel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le bin&#244;me est en apprentissage, chacun d&#233;couvrant les attentes de l'autre et ses limites. La t&#226;che de No&#233;mie ne rel&#232;ve pas du dressage : &#171; &lt;i&gt;C'est un partenariat, tout repose sur les sensations. Il faut que ce soit harmonieux. On prend notre temps, c'est essentiel pour le lien. On va travailler ensemble du printemps &#224; l'automne, six jours sur sept, six heures par jour. Et l'hiver, c'est vacances pour tout le monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Si Iouki ne se blesse pas, ce partenariat peut durer vingt ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce mercredi pluvieux, No&#233;mie &#233;courte le travail dans les vignes. La terre est trop grasse, Iouki bosse pour rien. En rentrant &#224; l'&#233;curie, on passe devant une mare bruyamment anim&#233;e par des grenouilles tandis que deux geais se chamaillent au-dessus de nos t&#234;tes. Puis on n'entend plus que le son des sabots sur les cailloux, le raclement de la herse, les mots que murmurent No&#233;mie &#224; son cheval et le &lt;i&gt;plic-ploc&lt;/i&gt; des gouttes. &#199;a sent l'herbe mouill&#233;e et le crottin. Chaque chose est &#224; sa place, surtout le tracteur en train de rouiller dans un champ plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;B&#234;tes de somme&lt;/i&gt;, Seuil, 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une islamophobie &#224; peine voil&#233;e</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Cl&#233;ment Bu&#233;e</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>Amel</dc:subject>

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&lt;p&gt;D&#233;j&#224; fourre-tout r&#233;pressif, le projet de loi contre le &#171; s&#233;paratisme &#187; a &#233;t&#233; lourdement durci par le S&#233;nat, qui y a ajout&#233; son lot de mesures ciblant les musulmans... et les musulmanes. S'il &#233;tait promulgu&#233; en l'&#233;tat, ce texte impacterait lourdement la vie quotidienne des femmes qui portent le voile, les excluant de fait de nombreux espaces sociaux. Paroles de concern&#233;es. Dans sa version adopt&#233;e par l'Assembl&#233;e au mois de f&#233;vrier, la loi cens&#233;e conforter &#171; le respect des principes de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Clement-Buee" rel="tag"&gt;Cl&#233;ment Bu&#233;e&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/texte" rel="tag"&gt;texte&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/loi" rel="tag"&gt;loi&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voile" rel="tag"&gt;voile&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/deja" rel="tag"&gt;d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/port" rel="tag"&gt;port&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sorties-scolaires" rel="tag"&gt;sorties scolaires&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/public" rel="tag"&gt;public&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Amel" rel="tag"&gt;Amel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;j&#224; fourre-tout r&#233;pressif, le projet de loi contre le &#171; s&#233;paratisme &#187; a &#233;t&#233; lourdement durci par le S&#233;nat, qui y a ajout&#233; son lot de mesures ciblant les musulmans... et les musulmanes. S'il &#233;tait promulgu&#233; en l'&#233;tat, ce texte impacterait lourdement la vie quotidienne des femmes qui portent le voile, les excluant de fait de nombreux espaces sociaux. Paroles de concern&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3638 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1779-86d0f.jpg?1782848919' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Cl&#233;ment Bu&#233;e
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans sa version adopt&#233;e par l'Assembl&#233;e au mois de f&#233;vrier, la loi cens&#233;e conforter &#171; &lt;i&gt;le respect des principes de la R&#233;publique&lt;/i&gt; &#187; &#233;tait d&#233;j&#224; des plus cors&#233;es. Sous couvert de lutte contre l'islamisme radical, ce texte ultra r&#233;pressif s'en prenait notamment aux libert&#233;s associatives&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les associations dans le viseur &#187;, CQFD n&#176; 196 (mars 2020).&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; et &#224; l'instruction &#224; domicile, tout en d&#233;stabilisant les &#233;quilibres issus de la loi de 1905 sur la s&#233;paration des &#201;glises et de l'&#201;tat. Majoritaires au palais du Luxembourg, les s&#233;nateurs Les R&#233;publicains ont aggrav&#233; le p&#233;ril : &#171; &lt;i&gt;On aurait dit une comp&#233;tition, c'&#233;tait &#224; celui qui serait le plus r&#233;pressif,&lt;/i&gt; a racont&#233; &#224; &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; la s&#233;natrice &#233;cologiste Esther Benbassa. &lt;i&gt;La droite s'est empar&#233;e d'un sujet racoleur, l'islam, et elle a tap&#233;, tap&#233;... Il y a une forme d'acharnement, de hargne, dans tout &#231;a&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; &#8220;S&#233;paratisme&#8221; : au S&#233;nat, la fi&#232;vre islamophobe &#187;, (13/04/2021).&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat des courses : un texte lest&#233; d'amendements &#224; l'islamophobie assum&#233;e. Et parmi eux, un certain nombre ciblant directement les femmes : interdiction du &#171; burkini &#187; dans les piscines, prohibition du port du voile lors d'&#233;v&#233;nements sportifs ou pour les m&#232;res accompagnatrices de sorties scolaires... Les s&#233;nateurs ont beau avoir pris soin de ne jamais le nommer clairement, le voile se retrouve aujourd'hui encore au centre d'une guerre des &#171; valeurs r&#233;publicaines &#187; qui risque fort de rel&#233;guer certaines femmes au ban de la cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette fin avril, le texte doit encore &#234;tre examin&#233; par une commission mixte paritaire (compos&#233;e de d&#233;put&#233;s et de s&#233;nateurs) avant de retourner &#224; l'Assembl&#233;e, qui aura le dernier mot. Les jeux ne sont pas encore faits, mais la perspective de l'adoption de cette loi et le climat d&#233;l&#233;t&#232;re qu'elle instille atteignent d'ores et d&#233;j&#224; les principales int&#233;ress&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Moins de sorties scolaires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Amel est musulmane et porte le voile. &#201;tudiante en droit &#224; Grenoble, elle est aussi membre d'Alliance citoyenne &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fond&#233;e en 2012 &#224; Grenoble, l'association se mobilise autant pour l'inclusion (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, une association de d&#233;fense des habitants des quartiers populaires. Pour Amel, il est clair que l'amendement vot&#233; au S&#233;nat interdisant le port de signes religieux aux personnes participant &#171; &lt;i&gt;aux activit&#233;s li&#233;es &#224; l'enseignement dans ou en dehors des &#233;tablissements&lt;/i&gt; &#187; cible en particulier les femmes qui portent le voile. Elle ne comprend pas : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;cole est un service public mais les m&#232;res, elles, ne sont pas des agents du service public : pourquoi devraient-elles respecter le devoir de neutralit&#233; qui incombe aux agents&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; interroge-t-elle. &lt;i&gt;Ont-ils conscience que, dans de nombreuses &#233;coles, &lt;/i&gt;a fortiori &lt;i&gt;dans celles des quartiers populaires, ce sont les mamans portant le voile qui accompagnent les sorties scolaires ? Que c'est gr&#226;ce &#224; ces femmes qu'elles peuvent se tenir&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marie-Jeanne &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, professeure dans une &#233;cole primaire du centre de Marseille, abonde : &#171; &lt;i&gt;Ce sont essentiellement ces mamans qui viennent aux sorties. Alors, si cette loi passe, je fais quoi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Je continue comme si de rien n'&#233;tait et celles qui acceptent de venir malgr&#233; l'interdiction se feront contr&#244;ler devant les &#233;l&#232;ves ? Ou alors j'applique la loi et je dois expliquer &#224; des enfants, pour qui la pr&#233;sence des parents &#224; l'&#233;cole est une fiert&#233; et permet de faire le lien entre la maison et l'institution, que leur m&#232;re ne peut pas nous accompagner parce qu'elle porte le voile&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clubs de sport communautaires&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Parmi les mesures qui inqui&#232;tent, il y a aussi celle qui vise &#224; interdire le port de signes religieux ostensibles &#171; &lt;i&gt;pour la participation aux &#233;v&#233;nements et aux comp&#233;titions organis&#233;s par les f&#233;d&#233;rations sportives et les associations affili&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;j&#224; que ce n'&#233;tait pas simple... Bouchra &lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Membre d'Alliance citoyenne, Bouchra fait &#233;galement partie des Hijabeuses, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, sa passion, c'est le foot. Inscrite pendant deux ans au club d'Argenteuil (Val-d'Oise), elle ne s'y rend plus depuis le d&#233;but de la crise sanitaire, mais continue de taper le ballon avec des amies. Son voile n'a jamais pos&#233; probl&#232;me ni &#224; ses co&#233;quipi&#232;res ni &#224; son entra&#238;neur. En revanche, lors de matchs, des arbitres lui ont d&#233;j&#224; demand&#233; de retirer son couvre-chef. Aujourd'hui, la Fifa (F&#233;d&#233;ration internationale de football association) autorise le port du voile aux joueuses, mais son homologue fran&#231;aise, la FFF, l'interdit. Si le texte &#233;tait vot&#233; en l'&#233;tat par l'Assembl&#233;e, pas de grand changement dans les faits donc, mais un signal fort : &#171; &lt;i&gt;Cette loi, c'est une fa&#231;on de l&#233;gitimer une exclusion que l'on subit d&#233;j&#224;&lt;/i&gt; &#187;, estime Bouchra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Initialement propos&#233; pour lutter contre la naissance de &#171; &lt;i&gt;clubs sportifs communautaires&lt;/i&gt; &#187;, l'amendement risque d'avoir l'effet inverse : &#171; &lt;i&gt;On va finir par cr&#233;er nos propres structures pour pouvoir jouer en paix : ils se rendent compte que ce sont eux qui le fa&#231;onnent, le communautarisme&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; fulmine Bouchra. Pour elle, ce qui vient d'&#234;tre vot&#233; va d'ailleurs &#224; l'encontre des valeurs du sport : &#171; &lt;i&gt;L'inclusion, la tol&#233;rance, le respect.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Face aux mairies, on pouvait tenter de discuter &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sana &lt;a href=&#034;#nb5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;galement membre de l'association.&#034; id=&#034;nh5-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, quant &#224; elle, aimerait fr&#233;quenter les bassins des piscines v&#234;tue de son maillot de bain couvrant, plus connu sous le nom de burkini. Sauf que le S&#233;nat a vot&#233; un amendement stipulant que &#171; &lt;i&gt;le r&#232;glement d'utilisation d'une piscine &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;publique &#224; usage collectif garantit le respect des principes de neutralit&#233; des services publics et de la&#239;cit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Une mani&#232;re d&#233;guis&#233;e d'interdire le port de ces tenues. &#171; &lt;i&gt;On prive en quelque sorte des femmes d'acc&#232;s &#224; l'espace public : c'est une exclusion de fait, &lt;/i&gt;rench&#233;rit Sana. &lt;i&gt;Quant au vivre- ensemble et ces belles valeurs qu'on nous a vendues, on se rend compte qu'elles ne valent finalement que lorsque tu r&#233;ponds &#224; un standard d'effacement de ton identit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les piscines, avant m&#234;me les d&#233;bats autour de la loi &#171; S&#233;paratisme &#187;, le climat &#233;tait d&#233;j&#224; tendu : l'&#233;crasante majorit&#233; des municipalit&#233;s fran&#231;aises n'autorisent pas cette tenue dans le r&#232;glement des piscines publiques. Mais pour Sana, &#171; &lt;i&gt;si cet amendement ne &#8220;changera&#8221; pas directement une r&#233;alit&#233; d&#233;j&#224; existante, il limitera notre marge de man&#339;uvre : face aux mairies, on pouvait tenter de discuter ces mesures. Si c'est inscrit dans la loi, cela annulera toute possibilit&#233; d'&#233;change et de mobilisation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Nous occupons tout le d&#233;bat public &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En parlant de mobilisation, Amel, l'&#233;tudiante en droit, est aussi membre d'Amnesty international et participe r&#233;guli&#232;rement &#224; des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales f&#233;ministes qui se tiennent dans sa ville. Elle a &#233;galement d&#233;fil&#233; en mars dernier dans les rues de Grenoble contre la loi &#171; S&#233;paratisme &#187; au c&#244;t&#233; du collectif f&#233;ministe Nous toutes, du NPA (Nouveau parti anticapitaliste) ou encore de l'Action antifasciste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fi&#232;vre qui anime les d&#233;bats autour du port du voile lui laisse un go&#251;t amer : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes une minorit&#233; de femmes &#224; le porter mais nous occupons tout le d&#233;bat public. Un d&#233;bat auquel nous sommes tr&#232;s peu invit&#233;es &#224; participer : ce sont d'ailleurs surtout des hommes qui prennent la parole.&lt;/i&gt; &#187; Et Amel de conclure : &#171; &lt;i&gt;Trop couvertes ou pas assez, c'est &#224; nous de d&#233;cider.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Les-associations-dans-le-viseur&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les associations dans le viseur&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 196 (mars 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/130421/separatisme-au-senat-la-fievre-islamophobe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt; &#8220;S&#233;paratisme&#8221; : au S&#233;nat, la fi&#232;vre islamophobe &#187;&lt;/a&gt;, (13/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Fond&#233;e en 2012 &#224; Grenoble, l'association se mobilise autant pour l'inclusion des femmes qui portent le voile que pour celle des personnes handicap&#233;es ou encore pour la d&#233;fense des locataires du parc HLM. En mars dernier, Alliance citoyenne s'est retrouv&#233;e dans le viseur de G&#233;rald Darmanin qui annon&#231;ait avoir interpell&#233; la Commission europ&#233;enne, lui demandant d'annuler une subvention accord&#233;e &#224; l'association. Dans son courrier, le ministre de l'Int&#233;rieur &#233;voque une structure &#171; &lt;i&gt;ralli&#233;e &#224; la mouvance de l'antiracisme d&#233;colonial&lt;/i&gt; &#187;, l'accuse de &#171; &lt;i&gt;promouvoir des r&#232;gles compatibles avec la charia&lt;/i&gt; &#187; et ajoute que ses membres &#171; &lt;i&gt;n'expriment aucune compassion pour les victimes du terrorisme&lt;/i&gt; &#187;. En cause, un post abject exhum&#233; du compte de Facebook de Taous Hammouti, une des porte-parole de l'association. En 2015, elle avait relay&#233; un visuel sur lequel on pouvait lire &#171; &lt;i&gt;N'oubliez jamais que c'est Charlie qui a d&#233;gain&#233; le premier&lt;/i&gt; &#187;. Le 30 mars dernier, elle revenait sur cette affaire dans une interview au &lt;i&gt;Dauphin&#233; lib&#233;r&#233;&lt;/i&gt;, reconnaissant qu'il s'agissait d'&#171; &lt;i&gt;une erreur&lt;/i&gt; &#187;. Alliance citoyenne a quant &#224; elle tenu &#224; pr&#233;ciser dans un communiqu&#233; que Taous Hammouti n'&#233;tait pas membre de l'association &#224; cette &#233;poque et que cette phrase &#171; &lt;i&gt;absolument condamnable&lt;/i&gt; &#187; ne &#171; &lt;i&gt;[refl&#233;tait] en rien les id&#233;es et valeurs&lt;/i&gt; &#187; de ses membres.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; modifi&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Membre d'Alliance citoyenne, Bouchra fait &#233;galement partie des Hijabeuses, un collectif compos&#233; de femmes, musulmanes ou non, qui lutte pour l'inclusion de celles qui portent le voile dans le sport.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;galement membre de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Quand les b&#234;tes sont heureuses, on l'est aussi &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Quand-les-betes-sont-heureuses-on</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Quand-les-betes-sont-heureuses-on</guid>
		<dc:date>2021-05-19T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
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		<dc:subject>Charline</dc:subject>
		<dc:subject>vaches</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;l&#232;ne</dc:subject>
		<dc:subject>relation</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Charline, H&#233;l&#232;ne et Cl&#233;mence sont &#233;leveuses. Passionn&#233;es par leur m&#233;tier, elles travaillent ensemble dans une ferme de Haute-Vienne. Qu'il s'agisse de vaches, de ch&#232;vres ou de cochons, elles rappellent ici que l'&#233;levage peut aussi passer par une attention constante au bien-&#234;tre de l'animal. Et que les relations tiss&#233;es avec des b&#234;tes vou&#233;es &#224; &#171; nous nourrir &#187; sont parfois plus complexes qu'on pourrait le penser. Rencontre. Pour un foutu urbain comme moi, la Tournerie est un genre de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Betes" rel="tag"&gt;B&#234;tes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Parce" rel="tag"&gt;Parce&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Helene" rel="tag"&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/relation" rel="tag"&gt;relation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Charline, H&#233;l&#232;ne et Cl&#233;mence sont &#233;leveuses. Passionn&#233;es par leur m&#233;tier, elles travaillent ensemble dans une ferme de Haute-Vienne. Qu'il s'agisse de vaches, de ch&#232;vres ou de cochons, elles rappellent ici que l'&#233;levage peut aussi passer par une attention constante au bien-&#234;tre de l'animal. Et que les relations tiss&#233;es avec des b&#234;tes vou&#233;es &#224; &#171; &lt;i&gt;nous nourrir &lt;/i&gt; &#187; sont parfois plus complexes qu'on pourrait le penser. Rencontre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3633 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH254/-1774-b1ef9.jpg?1782959347' width='500' height='254' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour un foutu urbain comme moi, la Tournerie est un genre de miracle. Au sein de cette ferme collective pos&#233;e dans un coin paum&#233; de Haute-Vienne, ils sont en effet une douzaine de jeunes motiv&#233;&#183;es &#224; pratiquer depuis environ cinq ans une agriculture &#224; taille humaine et militante. Loin de l'industriel et de l'exploitation. Loin de la solitude et de la d&#233;pression. Loin des pesticides et du gigantisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur 80 hectares de terrain, certain&#183;es font du mara&#238;chage, d'autres du pain ou de la bi&#232;re&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les produits sont bio et vendus au magasin de la ferme.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Sur place, il y a aussi des vaches et des b&#339;ufs, ainsi que des ch&#232;vres et des cochons &#8211; chaque cheptel &#233;tant d'environ 50 t&#234;tes. Elles sont surtout trois &#224; s'occuper de ces b&#234;tes. Il y a Charline, qui se partage entre vaches et mara&#238;chage. H&#233;l&#232;ne qui oscille entre vaches et ch&#232;vres. Et Cl&#233;mence qui est en charge des cochons. Des exp&#233;riences forc&#233;ment diff&#233;rentes, ne serait-ce que par les caract&#233;ristiques de chaque activit&#233; &#8211; les porcs et les b&#339;ufs sont &#233;lev&#233;s pour leur viande, les ch&#232;vres et les vaches d'abord pour leur lait &#8211;, mais li&#233;es par une volont&#233; commune d'offrir aux b&#234;tes une vie &lt;i&gt;heureuse&lt;/i&gt;, malgr&#233; l'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s de l'abattoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je leur ai propos&#233; de mener une p&#233;rilleuse discussion collective autour de leurs rapports aux b&#234;tes, elles ont toutes trois accept&#233; de se pr&#234;ter au jeu. Sans doute parce qu'elles estiment que l'on peut tout &#224; fait concilier la d&#233;fense d'un mode de vie soutenable et respectueux de la nature avec le recours &#224; l'&#233;levage et &#224; ce qu'il implique &#8211; l'abattage final. Cela ne veut pas dire qu'elles ne s'interrogent pas ou parlent d'une m&#234;me voix. Simplement : ce quotidien qu'elles partagent avec leurs b&#234;tes, elles ne le voient pas sous l'angle d'une pr&#233;dation, mais d'une relation partag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La parole est aux &#233;leveuses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un contrat &#224; honorer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : Cette envie de bosser avec des b&#234;tes vient de mon enfance. Mes parents travaillaient avec des chevaux et la relation &#224; l'animal est rapidement devenue ma passion. &#192; tel point qu'au moment o&#249; la question de l'agriculture s'est pos&#233;e, l'&#233;levage m'a sembl&#233; &#234;tre une &#233;vidence. Et si aujourd'hui j'ai parfois des doutes sur le syst&#232;me dans lequel on s'inscrit et sur notre utilit&#233; politique, je ne voudrais pas faire autre chose que passer mes journ&#233;es en compagnie de mes b&#234;tes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant tout, je consid&#232;re qu'il y a un &lt;i&gt;deal&lt;/i&gt; pass&#233; avec elles. Elles nous offrent de la viande et du lait, tandis qu'en retour on leur donne nourriture et protection. C'est pour &#231;a que j'ai tr&#232;s mal v&#233;cu la mort accidentelle d'un veau il y a peu. Ce n'&#233;tait pas de notre faute, mais je me suis dit sur le moment que nous n'avions pas honor&#233; notre part du contrat. Un sentiment d'autant plus terrible qu'on pense tout le temps &#224; cette responsabilit&#233;. On veut que les b&#234;tes soient bien nourries, en troupeaux, dehors le plus souvent possible. Et on consid&#232;re qu'on travaille avec elles, &lt;i&gt;ensemble&lt;/i&gt;. Un seul moment nous &#233;chappe pour l'instant, celui de l'abattoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Moi aussi je porte une attention extr&#234;me &#224; la sant&#233; et au bonheur de mes cochons. Je veux qu'ils vivent dans le confort. Sachant qu'il y a de nombreuses similitudes entre un cochon et un sanglier, je fais en sorte qu'ils connaissent au maximum ce qu'ont ces derniers dans la nature : qu'ils puissent avoir acc&#232;s &#224; l'herbe, gratter le sol, se bauger dans la boue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; la fin, il y a ce sentiment de responsabilit&#233; qui est omnipr&#233;sent. Au point que leur sant&#233; m'importe encore au moment o&#249; ils sont charg&#233;s dans la remorque en direction de l'abattage. Un jour, l'un d'eux s'est bless&#233; lors de cette &#233;tape et &#231;a m'a vraiment boulevers&#233;e. Notre r&#244;le, c'est de faire le maximum pour qu'ils soient bien &lt;i&gt;jusqu'au bout&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quand les b&#234;tes sont heureuses, alors on l'est aussi. Avec des moments de joie fabuleux. Je n'&#233;changerais pour rien au monde ces instants o&#249;, apr&#232;s avoir boss&#233; sur des cl&#244;tures, j'ouvre la porte aux cochons qui d&#233;couvrent leur nouvel espace et sont tellement contents qu'ils font des pirouettes dans tous les sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : Je ressens la m&#234;me chose quand on change les ch&#232;vres de p&#226;ture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : Ou quand il y a un veau qui na&#238;t et que toutes les autres vaches arrivent en courant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3634 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH378/-1775-ccef7.jpg?1782959347' width='500' height='378' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : Tout &#231;a pour dire que si les v&#233;gans &lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui excluent tout produit animal de leur alimentation.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; se focalisent sur la question de l'abattage et de la mort, ce n'est qu'une infime partie du temps pass&#233; avec les b&#234;tes. Au quotidien, c'est &#224; la fois une implication &#233;norme et une joie r&#233;p&#233;t&#233;e. Avec des pr&#233;occupations r&#233;currentes : comment on g&#232;re la reproduction, l'alimentation et l'espace de vie ; comment on s'occupe des petits ; comment on vit des choses ensemble. Une chose est s&#251;re : le rapport aux b&#234;tes est tr&#232;s complexe, travers&#233; par ce qu'on vit chacun dans nos vies, nos sensibilit&#233;s et les b&#234;tes en question. Cela passe par divers canaux, qui vont de l'odeur &#224; tes souvenirs d'enfance. Cl&#233;m' n'a pas les m&#234;mes relations &#224; ses cochons, que Cha' aux vaches ou moi aux ch&#232;vres.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ces b&#234;tes qui t'&#233;l&#232;vent&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : Ce qui est s&#251;r, c'est que cette relation a des effets sur toi. D'autant qu'avec les b&#234;tes, tu ne contr&#244;les pas tout. Si tu veux changer les ch&#232;vres de p&#226;ture mais qu'elles ne veulent pas, eh bien c'est comme &#231;a &#8211; tu t'en vas et tu reviens plus tard. Pour moi qui ai d'abord connu la relation &#224; l'animal avec des chevaux, c'&#233;tait inimaginable avant. J'&#233;tais influenc&#233;e par ce c&#244;t&#233; dressage et la recherche de fusion qui l'accompagne. Mais avec les vaches, &#231;a ne fonctionne pas comme &#231;a. Et c'est encore pire avec les ch&#232;vres, parce que tu n'as pas de prise : un troupeau c'est un fluide, qu'il faut apprendre &#224; laisser couler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : Oui, ce m&#233;tier t'apprend qu'avec les animaux &#231;a ne se passe jamais comme tu l'avais imagin&#233;. Et qu'il faut l&#226;cher l'affaire par moments. C'est une relation qui demande donc de se bousculer. Depuis que j'ai commenc&#233; l'&#233;levage, beaucoup de mes &lt;i&gt;a priori &lt;/i&gt;ont chang&#233;. On &#233;volue au contact des b&#234;tes, ce qui est bon signe. Et puis je me suis toujours dit que je ne me l&#232;verai jamais pour autre chose que cette relation &#224; l'animal. Depuis que je suis plong&#233;e dedans, j'arrive &#224; sauter du lit avec joie. Par contre, le jour o&#249; &#231;a dispara&#238;t, je ne me l&#232;ve plus...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : Elles t'ont bien &#233;lev&#233;e, tes b&#234;tes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Rires)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : C'est clair. Et j'aime bien changer la focale de cette mani&#232;re. Voir que les ch&#232;vres m'ont d'une certaine mani&#232;re &#233;duqu&#233;e. Par exemple, si on avait le choix, je ne les changerais pas de parc aussi souvent. Sauf qu'elles le demandent. Je ne suis pas qu'&#233;leveuse, je suis &#233;lev&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : J'aurais tendance &#224; dire que ce n'est pas le cas avec les vaches, parce qu'elles sont moins fut&#233;es. Mais &#224; bien y r&#233;fl&#233;chir, il y a souvent des combats psychologiques avec elles, toujours perdus. Par exemple quand je les mets dans une parcelle o&#249; il n'y a plus rien &#224; bouffer, qu'elles me meuglent dessus et finissent par obtenir gain de cause : je les d&#233;place. Elles savent que c'est ma part du&lt;i&gt; deal &lt;/i&gt;que de respecter leurs d&#233;cisions. Sachant que ce contrat vient de loin. Il d&#233;coule du fait qu'elles ont accept&#233; de se faire domestiquer. Si un animal est domestiqu&#233;, c'est qu'il y a trouv&#233; son int&#233;r&#234;t &#8211; il y a plein d'esp&#232;ces qui ne l'ont jamais &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Quand je vous &#233;coute parler de votre rapport aux b&#234;tes, je me rends compte que je ne suis pas dans la m&#234;me situation. Oui, les cochons m'offrent du bonheur et je veux leur bonheur. Mais je ne m'autorise pas de relations privil&#233;gi&#233;es. Sans doute parce que mes b&#234;tes &#224; moi, je ne les fr&#233;quente g&#233;n&#233;ralement pas plus d'un an grand maximum. Quand j'entame une relation avec des cochons, je sais que c'est pour les tuer, pour faire de la viande. Vous, c'est avant tout pour faire de la reproduction et du lait. On ne part pas du m&#234;me postulat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions, s'attacher c'est trop dur. Par exemple, il y a en ce moment un jeune &#224; qui je dois faire des piq&#251;res parce qu'il est malade. Sauf que, pour les lui faire, je dois l'amadouer avec des fromages rat&#233;s de la fromagerie. &#199;a marche tr&#232;s bien, &#231;a me permet de lui faire les piq&#251;res en douceur. Le probl&#232;me : il est en train de s'habituer &#224; ce traitement de faveur. Et quand je donne &#224; manger &#224; tout le monde, il arrive comme un d&#233;rat&#233; et me regarde droit dans les yeux avec toute l'envie du monde, attendant le suppl&#233;ment... C'est hyper dur de lui refuser. Mais si je ne le fais pas, je pense que jamais je ne serai capable de l'emmener &#224; l'abattoir. D'o&#249; une id&#233;e que j'ai en t&#234;te, &#224; l'avenir : &#233;lever un cochon truffier. L&#224;, je pourrai me permettre cette relation particuli&#232;re sur la longueur.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3635 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1776.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH715/-1776-cac95.jpg?1782959347' width='500' height='715' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : C'est marrant parce que moi, en ch&#232;vres et en vaches, je ne me dis jamais &#171; &lt;i&gt;Faut que j'arr&#234;te, sinon je l'emm&#232;ne pas &#224; l'abattoir&lt;/i&gt; &#187;. Se focaliser sur la fin, c'est &#234;tre dans une optique de consommation. &#199;a oblit&#232;re tout le reste. Je me concentre justement sur les moments de partage. Par exemple, il y a un troupeau de vaches et de b&#339;ufs qui ne vivent pas &#224; la ferme, mais en ext&#233;rieur. On va les voir une fois par jour environ et c'est toujours un plaisir. Parce que pour elles, on est toujours une bonne nouvelle : soit on les change de pr&#233;, soit on leur apporte du foin. On a cr&#233;&#233; une relation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'abattoir : ce qui &#171; &#233;chappe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Ce n'est pas un plaisir pour moi d'aller &#224; l'abattoir, mais ce n'est pas non plus un traumatisme. Sans doute parce que petite d&#233;j&#224; j'avais l'habitude : mes parents ramenaient des demi-cochons qu'on emballait dans la cuisine. En revanche, je ne supporte pas de me dire qu'on ne ma&#238;trise pas certaines choses. Quand le boucher me dit qu'il y a un gros bleu dont j'ignorais l'existence sur la peau d'une b&#234;te, je le vis mal : sachant tout de mes b&#234;tes, je peux dire que ce n'&#233;tait pas l&#224; avant l'abattoir. Et &#231;a implique qu'il y a cette partie qui m'a &#233;chapp&#233;. Car oui, cette &#233;tape nous &#233;chappe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour &#231;a que quand Jocelyne Porcher parle de d&#233;velopper l'abattoir sur place &lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La sociologue Jocelyne Porcher a fond&#233; le collectif Quand l'abattoir vient &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &#231;a me parle. Ici, on r&#233;fl&#233;chit &#224; des solutions de ce genre, comme les caissons d'abattage mobiles, avec plusieurs &#233;leveurs qui se regrouperaient. L'id&#233;e : l'animal est abattu chez toi, si bien que tu ma&#238;trises tout le cycle. Cela forme un tout pour moi : &#233;lever chaque b&#234;te avec amour, mais aussi l'amener &#224; l'abattoir, porter sa carcasse dans tes bras, la mettre dans un caisson, la d&#233;couper. Pendant un an, je l'ai nourri, j'ai pris soin d'elle, etc. C'est une mani&#232;re d'assumer, de donner de la valeur aux choses. Comme disait ma m&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Au moins, elle n'est pas morte pour rien...&lt;/i&gt; &#187; De la m&#234;me mani&#232;re que si quelqu'un ne finit pas sa viande &#224; table je trouve &#231;a hyper choquant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : Oui, c'est une question de respect. Je me souviens du jour o&#249; il y a eu une coupure de courant d'un cong&#233;lo dans lequel il y avait de la viande. J'&#233;tais boulevers&#233;e, parce que je savais tr&#232;s bien quelle vache &#233;tait concern&#233;e. Et j'&#233;tais l&#224; &#224; me dire &#171; &lt;i&gt;Putain, je chiale devant un bout de viande, c'est trop con&lt;/i&gt; &#187;. Mais il faut vivre tout le processus pour comprendre la valeur de ce qui est tiss&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3637 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1778.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH574/-1778-9b2be.jpg?1782959347' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Il faut aussi dire que cela s'inscrit dans un cycle. Ce n'est pas que l'animal, mais les c&#233;r&#233;ales que tu fais pousser pour le nourrir, la vie ensemble. C'est le bout de la cha&#238;ne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : Et malgr&#233; tout, la relation est tellement complexe qu'il y a des moments o&#249; tu as de gros doutes &#8211; &#231;a brasse. Aussi parce qu'on ne nous a pas transmis dans notre enfance ces questions de rapport &#224; la mort, &#224; l'abattage, &#224; la sant&#233; d&#233;faillante. Du coup on apprend sur le tas. Et parfois c'est rude. Tu charges un b&#339;uf dans la b&#233;taill&#232;re, il r&#233;siste, il pleut, et c'est pour l'envoyer &#224; l'abattoir, alors tu te dis &#171; &lt;i&gt;Mais merde, c'est quoi ma vie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Tant que tu n'as pas v&#233;cu ce genre de moments, tu ne peux pas savoir. Et peut-&#234;tre qu'un jour je ne pourrai plus emmener de cochons &#224; l'abattoir. C'est arriv&#233; &#224; une amie &#233;leveuse de vaches allaitantes qui formulait les choses ainsi : &#171; &lt;i&gt;&#199;a m'est tomb&#233; dessus un jour, j'arrivais plus &#224; les emmener.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : Personnellement, je ne change pas de regard &#224; l'abattoir. Du coup je vis ce moment hyper mal. Et je pense qu'on ne respecte pas le contrat en les amenant dans ces abattoirs conventionnels. Mais il ne faut pas ramener toute notre activit&#233; &#224; &#231;a. Le reste du contrat est respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : Justement, c'est bien s&#251;r paradoxal, mais je me dis parfois que ce moment est encore pire pour nos b&#234;tes &#224; nous. Parce qu'elles ont eu une bonne vie, ont v&#233;cu dehors des ann&#233;es. Et voil&#224; qu'on les met dans une bo&#238;te, puis dans une autre bo&#238;te, et forc&#233;ment elles sont en panique totale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3636 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH436/-1777-cc9b4.jpg?1782959347' width='500' height='436' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si on abattait &#224; la ferme, je pense qu'il y aurait plein de trucs qui se l&#232;veraient. J'aurais moins la boule au bide. L&#224; c'est tellement opaque &#8211; tu ne vois pas mais tu devines. Plus que de me d&#233;tacher de l'acte de mise &#224; mort, je veux m'en rapprocher. Pour la coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : Nous, &#233;leveurs paysans, on milite pour un abattage plus respectueux des animaux mais c'est une r&#233;ponse partielle au probl&#232;me. La vraie solution serait de tout changer et qu'il n'y ait plus d'&#233;levage industriel et donc plus d'abattage industriel. &lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Questions de fond&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Tout &#231;a s'inscrit dans notre d&#233;marche globale. Si on la porte avec des structures classiques, comme la Conf&#233;d&#233;ration paysanne, on essaye aussi de se r&#233;approprier localement tout ce qui est possible. Par exemple, je suis tr&#232;s investie dans la Cuma (Coop&#233;rative d'utilisation du mat&#233;riel agricole) du coin, un local ouvert &#224; tous les agriculteurs souhaitant adh&#233;rer. Ce n'est pas un lieu anodin : il permet de se r&#233;approprier le matos, de le partager. Moi je l'utilise pour les d&#233;coupes de viande. Et comme &#231;a, tu es ma&#238;tre de ton produit du d&#233;but &#224; la fin. Cette mani&#232;re de s'engager, tr&#232;s locale, t'am&#232;ne &#224; conna&#238;tre les agriculteurs voisins, &#224; partager des savoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : Tu parlais de la Conf', et &#231;a me rappelle qu'il y a un moment j'&#233;tais plus militante. Sauf qu'en ce moment, je me pose tellement de questions sur l'&#233;levage en g&#233;n&#233;ral que je ne sais plus trop quoi penser. Et &#231;a me renvoie aux d&#233;bats initi&#233;s par les v&#233;gans. Au d&#233;but, quand ils ont commenc&#233; &#224; davantage faire parler d'eux dans notre coin, je l'ai hyper mal pris, d'autant que c'&#233;tait pr&#233;sent dans notre sph&#232;re proche. Et j'avais envie de leur dire qu'ils parlaient de ce qu'ils ne connaissaient pas, que c'&#233;tait une r&#233;action de personne urbaine, coup&#233;e des r&#233;alit&#233;s. Je voulais leur expliquer le rapport tiss&#233; avec les b&#234;tes. Mais aujourd'hui, je me dis parfois que, sur le fond, ils n'ont pas tort : c'est vrai qu'on fait n'importe quoi avec les animaux sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : C'est s&#251;r que ces questions du v&#233;ganisme et de l'antisp&#233;cisme nous poussent &#224; nous interroger. Oui, c'est le bon sujet, le bon combat, et ils font avancer des trucs. Pour moi, le simple v&#233;g&#233;tarisme est absurde : si tu manges du fromage, forc&#233;ment tu es dans ce syst&#232;me. Si t'as du lait, t'as des morts. Donc en un sens, les v&#233;gans ont raison. Mais dans le m&#234;me temps, ils n'ont pas les bonnes solutions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Sur ce point, je ne suis pas d'accord. Pour moi certains de ces militants et militantes sont dangereux dans ce qu'ils portent. Leur volont&#233;, c'est la fin de l'&#233;levage. Et s'ils ne s'attaquent pas pour l'instant aux &#233;levages paysans, ils ne pensent pas moins qu'on fait partie du probl&#232;me &#8211; alors qu'on construit ici l'inverse de l'agriculture industrielle. Sachant que leurs alternatives, au fond, c'est l'agroalimentaire et la chimie &lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;f&#233;rence &#224; un sujet qui fait d&#233;bat : l'&#233;ventuelle g&#233;n&#233;ralisation du recours (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;H&#233;l&#232;ne&lt;/strong&gt; : C'est une histoire de trajectoires, aussi. Mais je crois que je les comprends. Si je vivais en ville, je pense que je serais v&#233;gan. Il faut vivre ce rapport &#224; l'animal, pour comprendre que l'&#233;levage, ce n'est pas forc&#233;ment de l'exploitation. On travaille ensemble, on tisse des liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cl&#233;mence&lt;/strong&gt; : Pour moi, ce qui a cr&#233;&#233; les v&#233;gans, c'est l'industrie. Avant, les gens savaient ce que c'&#233;tait de manger de la viande, parce que les animaux &#233;taient tu&#233;s devant eux. Puis on a planqu&#233; tout &#231;a. Aujourd'hui, on te fout un steak bizarre dans ton assiette, tu ne sais plus ce que c'est. Et quand t'en prends conscience, tu trouves &#231;a horrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Charline&lt;/strong&gt; : On a tout &#233;loign&#233;, distanci&#233;. Et ce qu'on essaye de faire &#224; la Tournerie, c'est justement l'inverse : reprendre la main sur notre environnement et notre alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tous les produits sont bio et vendus au magasin de la ferme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Qui excluent tout produit animal de leur alimentation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La sociologue Jocelyne Porcher a fond&#233; le collectif Quand l'abattoir vient &#224; la ferme, en 2015. Dans ses ouvrages, notamment &lt;i&gt;Vivre avec les animaux. Une utopie pour le XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; (La D&#233;couverte, 2014), elle d&#233;veloppe un plaidoyer pour un &#233;levage rompant avec les logiques industrielles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;R&#233;f&#233;rence &#224; un sujet qui fait d&#233;bat : l'&#233;ventuelle g&#233;n&#233;ralisation du recours &#224; des aliments non carn&#233;s mais fabriqu&#233;s dans des conditions industrielles d&#233;sastreuses.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Morts en prison : le long combat des familles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Morts-en-prison-le-long-combat-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Morts-en-prison-le-long-combat-des</guid>
		<dc:date>2021-05-17T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Beno&#238;t Godin</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Taoufik Belrhitri, 40 ans, est mort le 18 octobre 2020 alors qu'il &#233;tait incarc&#233;r&#233; &#224; Perpignan. Sa disparition s'inscrit dans la longue liste des morts dites &#171; suspectes &#187; en d&#233;tention : des d&#233;c&#232;s dont les causes officielles &#8211; suicides, accidents, arr&#234;ts cardiaques &#8211; sont contest&#233;es par les proches. Pour eux, commence alors un interminable et &#233;prouvant combat dans l'espoir d'obtenir, selon la formule consacr&#233;e, v&#233;rit&#233; et justice. Et de faire appara&#238;tre au grand jour la violence insupportable (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gwen-Tomahawk" rel="tag"&gt;Gwen Tomahawk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/familles" rel="tag"&gt;familles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Taoufik Belrhitri, 40 ans, est mort le 18 octobre 2020 alors qu'il &#233;tait incarc&#233;r&#233; &#224; Perpignan. Sa disparition s'inscrit dans la longue liste des morts dites &#171; suspectes &#187; en d&#233;tention : des d&#233;c&#232;s dont les causes officielles &#8211; suicides, accidents, arr&#234;ts cardiaques &#8211; sont contest&#233;es par les proches. Pour eux, commence alors un interminable et &#233;prouvant combat dans l'espoir d'obtenir, selon la formule consacr&#233;e, v&#233;rit&#233; et justice. Et de faire appara&#238;tre au grand jour la violence insupportable de l'institution p&#233;nitentiaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3632 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1773.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1773-458f3.jpg?1782953548' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;ans un petit appartement aux murs blancs du quartier Mailloles de Perpignan (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), Oukacha Belrhitri sert le th&#233; &#224; la menthe. Houria, son &#233;pouse, fait d&#233;filer sur sa tablette quelques photos et vid&#233;os de famille. Sur l'une d'elles, on voit deux de leurs petits-enfants courant dans cette m&#234;me pi&#232;ce non loin de leur fils a&#238;n&#233; Taoufik, assis sur le balcon. Une sc&#232;ne de vie banale et joyeuse, capt&#233;e il y a quelques mois &#224; peine. &#171; &lt;i&gt;Depuis la mort de mon fils, je ne suis pas bien, &lt;/i&gt;confie-t-elle.&lt;i&gt; Je ne sors presque plus de ma chambre, je ne dors pas malgr&#233; les m&#233;dicaments... Nous sommes tous perturb&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin octobre 2020, Mohammed, le plus jeune fils d'Houria et Oukacha, croise une connaissance tout juste lib&#233;r&#233;e de la maison d'arr&#234;t de Perpignan. Celle-ci lui apprend que Taoufik, son fr&#232;re a&#238;n&#233; incarc&#233;r&#233; dans le m&#234;me &#233;tablissement, serait probablement d&#233;c&#233;d&#233; durant sa d&#233;tention. Inqui&#232;te, mais incr&#233;dule, la famille appelle imm&#233;diatement l'Administration p&#233;nitentiaire (AP) : celle-ci d&#233;ment, assure que tout va bien. Rappel&#233;e deux jours plus tard, elle maintient et &#233;voque des rumeurs mensong&#232;res &lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Contact&#233;e, l'Administration p&#233;nitentiaire n'a pas donn&#233; suite &#224; nos (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Taoufik Belrhitri est en r&#233;alit&#233; mort deux semaines plus t&#244;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra finalement attendre 23 jours pour que son entourage soit officiellement averti de sa disparition. Non par l'AP, mais par les services locaux de l'&#233;tat civil : ne sachant que faire du corps, ceux-ci ont contact&#233;, un peu au hasard, l'ex-femme du d&#233;funt. Pour se justifier, l'AP aurait pr&#233;tendu ne pas savoir comment joindre la famille. Comment y croire ? Oukacha montre les bordereaux des mandats qu'il envoyait chaque mois &#224; son fils : son nom et ses coordonn&#233;es y figurent.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Mon fr&#232;re, ce n'est pas un chien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On annonce aux Belrhitri que Taoufik se serait &#233;touff&#233; avec un morceau de viande et aurait &#233;t&#233; mis sous respirateur plusieurs jours &#224; l'h&#244;pital. &#171; &lt;i&gt;On aurait pu aller le voir, lui dire au revoir, &lt;/i&gt;regrette Houria&lt;i&gt;. Il a cinq fr&#232;res et s&#339;urs, six enfants&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Ils sont cens&#233;s devoir nous appeler avant de le d&#233;brancher.&lt;/i&gt; &#187; La famille demande &#224; voir le corps de Taoufik, on le lui refuse sous pr&#233;texte que celui-ci serait trop ab&#238;m&#233;. L'autorisation lui est finalement accord&#233;e au bout de trois nouvelles semaines : les proches d&#233;couvrent alors un corps maquill&#233;, mais pr&#233;sentant malgr&#233; cela des marques de violences. &#171; &lt;i&gt;Il avait le nez tordu, comme cass&#233;, un coup dans la tempe et l'&#339;il enfonc&#233;, &lt;/i&gt;raconte Mohammed.&lt;i&gt; Ce serait un bout de viande qui lui a fait &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? On n'y croit pas une seconde. Tout est louche dans cette histoire&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur avocat n'envoie pas moins de trois courriers recommand&#233;s, le premier d&#232;s novembre, pour r&#233;clamer le dossier d'enqu&#234;te et une audience au parquet de Perpignan. Sans succ&#232;s. Entre temps, lui comme la famille re&#231;oivent des appels de gendarmes ou de l'institut m&#233;dico-l&#233;gal leur enjoignant de r&#233;cup&#233;rer le corps. &#171; &lt;i&gt;Ils ont voulu faire vite, nous pousser &#224; l'enterrer rapidement pour classer l'affaire,&lt;/i&gt; l&#226;che Mohammed, &lt;i&gt;mais mon fr&#232;re, ce n'est pas un chien&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Bien s&#251;r, on voudrait l'enterrer au plus vite et pouvoir faire notre deuil... mais pas avant une autopsie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but avril, au moment de cet entretien avec Houria, Oukacha et Mohammed, rien n'avait boug&#233; du c&#244;t&#233; de la justice. Revirement de situation quelques jours plus tard : le procureur finit par recevoir le p&#232;re et l'oncle de Taoufik, accompagn&#233;s de leur avocat. Ce dernier, M&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; Nguyen Phung, acc&#232;de enfin au dossier d'enqu&#234;te. Il est effar&#233; par ce qu'il lit : &#171; &lt;i&gt;Il n'y a rien dedans ! Juste un rapport du surveillant principal, et un examen m&#233;dico-l&#233;gal hallucinant : un m&#233;decin l&#233;giste a simplement vu le corps &#224; la morgue et a dit qu'il ne pr&#233;sentait aucun coup ext&#233;rieur, qu'il n'y avait aucune raison de ne pas retenir l'hypoth&#232;se de la fausse route.&lt;/i&gt; &#187; L'avocat demande dans la foul&#233;e une autopsie qui est accord&#233;e le 12 avril. Soit tout juste le d&#233;marrage d'une enqu&#234;te digne de ce nom, six mois apr&#232;s les faits ! &#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, le corps de Taoufik attend toujours &#224; la morgue.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tenir bon face &#224; la justice&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de Taoufik Belrhitri n'est pas une exception : elle fait &#233;cho &#224; de nombreuses autres &#171; morts suspectes &#187; en d&#233;tention. Comme celle de Sambaly Diabat&#233;, 32 ans, mort &#233;touff&#233; le 9 ao&#251;t 2016 pendant un transfert vers la prison de Saint-Martin-de-R&#233; (Charente-Maritime). Ou celle d'Idir Mederres, 22 ans, d&#233;c&#233;d&#233; le 9 septembre 2020 au quartier disciplinaire de la prison de Lyon-Corbas (Rh&#244;ne), qui se serait pendu deux semaines avant sa lib&#233;ration. Ou encore celle de Jimony Rousseau, incarc&#233;r&#233; &#224; Meaux-Chauconin (Seine-et-Marne), mort le 2 f&#233;vrier 2021, apr&#232;s un refus de rentrer en cellule&#8230; et une semaine de coma. Il ne s'agit l&#224; que de trois cas parmi les plus r&#233;cents. Trois cas dont nous avons connaissance gr&#226;ce aux mobilisations soutenues des familles.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tout cela ne date pas d'hier et nous n'avons pas affaire &#224; des cas isol&#233;s : la prison est structurellement violente. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le revirement, pour l'heure limit&#233;, de la justice dans la gestion du &#171; dossier Belrhitri &#187; ne doit en effet rien au hasard : il a &#233;t&#233; gagn&#233; de haute lutte par les proches de Taoufik. Ceux-ci ont tenu bon face &#224; un appareil judiciaire et p&#233;nitentiaire m&#233;prisant et tout-puissant. Ils ont pris un avocat, puis un second. Alert&#233; les m&#233;dias tant qu'ils ont pu. &#201;crit au ministre de la Justice &#8211; qui n'a pas daign&#233; r&#233;pondre. Recueilli des t&#233;moignages de cod&#233;tenus pour tenter d'&#233;tablir les faits. Mis en place, avec l'aide de militant&#183;es du coin, un comit&#233; de soutien&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le comit&#233; V&#233;rit&#233; et Justice 66.&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et organis&#233; un rassemblement devant le tribunal le 13 mars dernier. &#171; &lt;i&gt;On essaie toutes les possibilit&#233;s,&lt;/i&gt; dit Houria. &lt;i&gt;Cela fait du bien de parler, beaucoup de gens nous disent de ne pas laisser tomber.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pour qu'une mobilisation existe,&lt;/i&gt; explique Pierre, du collectif et journal anticarc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Collectif anticarc&#233;ral auquel CQFD avait ouvert ses colonnes dans son n&#176;186 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;il faut que soient r&#233;unis au moins trois &#233;l&#233;ments : une parole des seuls qui peuvent t&#233;moigner de ce qui se passe vraiment, soit les gens &#224; l'int&#233;rieur de la prison ; une famille d&#233;termin&#233;e &#224; se battre ; et des soutiens pour qu'elle ne soit pas laiss&#233;e &#224; la merci de l'AP. On retrouve ces trois ingr&#233;dients dans les bagarres pour Taoufik, Idir, Sambaly&#8230; mais c'est h&#233;las tr&#232;s rare.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans la lign&#233;e des luttes contre les violences polici&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il semble pourtant qu'on assiste &#224; une intensification des mobilisations autour de ces morts en d&#233;tention, dans la lign&#233;e des nombreuses luttes contre les violences polici&#232;res &#8211; et plus particuli&#232;rement de ces luttes n&#233;es autour d'affaires concernant des personnes tu&#233;es par les forces de l'ordre. &#171; &lt;i&gt;C'est &#233;videmment li&#233;, &lt;/i&gt;estime Pierre. &lt;i&gt;Beaucoup ont vu des familles qui parviennent &#224; se faire entendre, &#224; faire de leur combat un sujet politique de premier plan, et se disent donc qu'il est possible de faire conna&#238;tre ce qu'ils subissent.&lt;/i&gt; &#187; Et de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Cela ne concerne pas que des histoires r&#233;centes : certaines familles, plut&#244;t isol&#233;es, coinc&#233;es dans des proc&#233;dures judiciaires parfois depuis des ann&#233;es, r&#233;apparaissent actuellement, acceptent de rendre leur cas public, de rencontrer d'autres mobilisations, ce qui est hyper fort. Cela montre bien que tout cela ne date pas d'hier et que nous n'avons pas affaire &#224; des cas isol&#233;s : la prison est structurellement violente&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les violences carc&#233;rales et l'impunit&#233; qui les entoure, (re)lire &#171; Quand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre nuance toutefois le renouveau apparent de ces mobilisations : &#171; L'Envol&#233;e &lt;i&gt;existe depuis 20 ans et nous avons toujours &#233;t&#233; contact&#233;s par des familles qui se battent pour des proches morts en d&#233;tention, mais elles restaient jusque l&#224; assez isol&#233;es. Parce qu'il y avait peu de collectifs existants, tr&#232;s peu d'&#233;cho m&#233;diatique, pas de r&#233;seaux sociaux encore&#8230; Aujourd'hui, m&#234;me si cela part toujours d'histoires particuli&#232;res, des groupes essaient d'avancer ensemble, des r&#233;seaux se constituent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement contre les violences polici&#232;res ne cr&#233;e pas simplement un effet d'entra&#238;nement salutaire : il incorpore de plus en plus les luttes contre les violences carc&#233;rales. Le 7 f&#233;vrier par exemple, plusieurs collectifs engag&#233;s contre les pratiques brutales des forces de l'ordre (Justice pour Adama, Justice pour Gaye Camara) se sont joints &#224; la marche blanche organis&#233;e pour Jimony Rousseau devant la maison d'arr&#234;t o&#249; il est d&#233;c&#233;d&#233;. Plus marquante encore, la date du 20 mars 2021 : ce jour-l&#224;, des milliers de personnes manifestaient &#224; travers toute la France contre le racisme et les violences polici&#232;res, mais aussi carc&#233;rales et judiciaires. Selon Pierre, &#171; &lt;i&gt;c'est la premi&#232;re fois qu'une marche de ce type inclut &#233;galement dans ses revendications les violences en prison. C'est vraiment d&#251; au travail militant et &#224; l'action de toutes ces familles en lutte. Maintenant, ce n'est qu'un d&#233;but, esp&#233;rons que ce rapprochement va s'intensifier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Porter la voix des prisonnier.es&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La consolidation d'un front commun contre les violences d'&#201;tat en g&#233;n&#233;ral ne serait pas de trop pour appuyer des familles confront&#233;es &#224; une institution impitoyable : chacune de ces luttes montre en effet les difficult&#233;s infinies rencontr&#233;es d&#232;s lors qu'il s'agit d'obtenir une r&#233;ponse sur le terrain judiciaire. Pierre rappelle que &#171; &lt;i&gt;l'ensemble de la cha&#238;ne p&#233;nale se couvre toujours, &#224; une ou deux exceptions pr&#232;s&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Hasard de l'actualit&#233; et fait exceptionnel, le 20 avril, cinq surveillants (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, car la prison c'est la justice, et inversement. C'est du m&#234;me ordre que dans les affaires polici&#232;res, mais avec encore davantage une culture du secret. Car le travail de la police est malgr&#233; tout expos&#233; &#224; un certain regard social qui n'existe pas en prison&lt;/i&gt; &#187;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; Il poursuit : &#171; &lt;i&gt;Ce que peuvent gagner les familles en lutte, ce n'est donc pas tant la reconnaissance judiciaire, mais la possibilit&#233; de ne pas rester seules face &#224; la mort et de faire exister la v&#233;rit&#233; qu'on veut leur voler, ce qui est essentiel.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le collectif Idir Espoir et Solidarit&#233;, cr&#233;&#233; autour du combat pour Idir Mederres, appelle &#171; &lt;i&gt;toutes celles et ceux qui sont indign&#233;&#183;es par les violences p&#233;nitentiaires&lt;/i&gt; &#187; &#224; un rassemblement place Bellecour, &#224; Lyon, le dimanche 30 mai prochain. Avec la volont&#233; affich&#233;e d'instituer un rendez-vous national annuel pour porter la voix des prisonnier&#183;es. Pierre salue la proposition : &#171; &lt;i&gt;Ce collectif travaille &#224; lier les diff&#233;rentes luttes et porte de plus une revendication tr&#232;s importante, &#224; savoir la fermeture des quartiers disciplinaires. Une exigence d&#233;j&#224; d&#233;fendue par beaucoup de mouvements de prisonniers, car les choses les plus graves se passent bien souvent dans ces mitards.&lt;/i&gt; Il souligne : &lt;i&gt;Ce combat n'est pas l&#224; que pour obtenir la v&#233;rit&#233; pour telle ou telle personne, m&#234;me si c'est &#233;videmment capital : c'est aussi un combat men&#233; pour l'ensemble des d&#233;tenu&#183;es, pour qu'il n'y ait pas d'autres Idir, Sambaly ou Jimony demain.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oukacha ne dit pas autre chose lorsqu'il confie : &#171; &lt;i&gt;Je ne pleure pas que mon fils, je pleure tous ceux qui sont morts en prison.&lt;/i&gt; &#187; Il ressert du th&#233; &#224; la menthe. Houria conclut : &#171; &lt;i&gt;On ne veut pas que cela se reproduise avec un autre, un autre, un autre&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Beno&#238;t Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'omerta ou &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'Administration p&#233;nitentiaire (AP) n'aime pas que l'on fasse de la publicit&#233; autour des morts en d&#233;tention (elle ne publie d'ailleurs aucun chiffre officiel). Encore moins lorsque ces morts peuvent &#234;tre imputables aux violences de ses propres agents. Elle a annonc&#233; en ce d&#233;but d'ann&#233;e avoir port&#233; plainte pour diffamation et injure publique contre &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;. En cause, le num&#233;ro 52 du journal du collectif &lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Envol&#233;e (octobre 2020).&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; et son dossier intitul&#233; &#171; Peine de mort en prison &#187;. Celui-ci revient en d&#233;tail sur plusieurs affaires, notamment les d&#233;c&#232;s d'Idir Mederres et Sambaly Diabat&#233;. On peut y lire par exemple le t&#233;moignage d'un d&#233;tenu de la maison d'arr&#234;t de Lyon-Corbas accusant explicitement les surveillants d'avoir tu&#233; le jeune Idir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la premi&#232;re fois que l'AP s'en prend ainsi &#224; ce collectif anticarc&#233;ral particuli&#232;rement actif (et tr&#232;s pr&#233;sent aupr&#232;s des familles), mais leur derni&#232;re offensive judiciaire remontait &#224; 2005. &#192; cette heure, rien d'officiel n'est encore parvenu aux membres de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; ou &#224; leur avocat : difficile donc de savoir s'il s'agissait de simples menaces, ou si le minist&#232;re de la Justice ira jusqu'&#224; un proc&#232;s qui mettrait forc&#233;ment en lumi&#232;re un certain nombre de r&#233;alit&#233;s de la vie en prison qu'il cherche &#224; occulter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'annonce de cette plainte s'est, en revanche, accompagn&#233;e de la censure bien r&#233;elle du num&#233;ro incrimin&#233;, interdit de distribution dans l'ensemble des taules de France. L&#224; encore, ce n'est pas la premi&#232;re fois que &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; voit sa distribution aux d&#233;tenu.es emp&#234;ch&#233;e, mais cette censure &#233;tait jusqu'&#224; pr&#233;sent circonscrite &#224; tel ou tel &#233;tablissement. Cette fois, c'est une mesure g&#233;n&#233;rale in&#233;dite, ce qui a fait r&#233;agir plusieurs organisations de d&#233;fense des droits humains : cinq d'entre elles (comme l'Observatoire international des prisons ou la Ligue des droits de l'Homme), se sont jointes &#224; &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; pour signer une tribune commune : elles y d&#233;noncent &#171; &lt;i&gt;une nouvelle illustration de la chape de plomb que l'Administration p&#233;nitentiaire met sur un ph&#233;nom&#232;ne qui devrait au contraire alerter et inqui&#233;ter.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le num&#233;ro 53 de &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; para&#238;tra ce mois-ci et devrait, en th&#233;orie, pouvoir &#234;tre &#224; nouveau distribu&#233; aux d&#233;tenu.es. Pour passer information et message de solidarit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des prisons, reste aussi l'&#233;mission de radio du collectif, diffus&#233;e chaque vendredi &#224; 19 h sur Fr&#233;quence Paris plurielle et reprise par de nombreuses autres stations locales. L'AP n'a pas encore trouv&#233; le moyen de bloquer les ondes FM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Contact&#233;e, l'Administration p&#233;nitentiaire n'a pas donn&#233; suite &#224; nos sollicitations.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le comit&#233; V&#233;rit&#233; et Justice 66.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Collectif anticarc&#233;ral auquel &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; avait &lt;a href=&#034;https://cqfd-journal.org/Face-au-Covid-19-en-prison&#034;&gt;ouvert ses colonnes&lt;/a&gt; dans son n&#176;186 (avril 2020). Plus d'informations sur leurs activit&#233;s sur lenvolee.net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les violences carc&#233;rales et l'impunit&#233; qui les entoure, (re)lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Quand-les-matons-bastonnent' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Quand les matons bastonnent &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 177 (juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Hasard de l'actualit&#233; et fait exceptionnel, le 20 avril, cinq surveillants du centre de d&#233;tention de Val-de-Reuil (Eure) ont &#233;t&#233; condamn&#233;s en appel &#224; des peines de prison ferme suite au tabassage d'un d&#233;tenu.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; (octobre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pistage animal : dialogue universel</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pistage-animal-dialogue-universel</link>
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		<dc:date>2021-05-15T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Antoine Souquet</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>20100</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>terre</dc:subject>
		<dc:subject>Francis</dc:subject>
		<dc:subject>vivants</dc:subject>
		<dc:subject>Pierre</dc:subject>
		<dc:subject>animaux</dc:subject>
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		<dc:subject>sauvages</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pister des animaux ? Une pratique plus contemporaine qu'on ne l'imagine. Loin d'&#234;tre cantonn&#233;e &#224; l'exotisme du chasseur pal&#233;olithique, cette activit&#233; continue d'avoir cours, notamment dans le P&#233;rigord o&#249; une association organise des formations en pleine for&#234;t. Reportage. Le regard captiv&#233; de Pierre scanne le sol couvert de feuilles couleur cuivre, de mousse et de bois mort. S'il scrute si m&#233;ticuleusement la for&#234;t, c'est qu'il est &#224; la recherche de bris&#233;es qui doivent l'emmener &#224; Francis, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/-20100-" rel="tag"&gt;20100&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sauvages" rel="tag"&gt;sauvages&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pister des animaux ? Une pratique plus contemporaine qu'on ne l'imagine. Loin d'&#234;tre cantonn&#233;e &#224; l'exotisme du chasseur pal&#233;olithique, cette activit&#233; continue d'avoir cours, notamment dans le P&#233;rigord o&#249; une association organise des formations en pleine for&#234;t. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH498/-1772-36360.jpg?1782724795' width='500' height='498' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de 20100
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le regard captiv&#233; de Pierre scanne le sol couvert de feuilles couleur cuivre, de mousse et de bois mort. S'il scrute si m&#233;ticuleusement la for&#234;t, c'est qu'il est &#224; la recherche de bris&#233;es&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petites branches cass&#233;es qui servent &#224; indiquer une direction ou &#224; marquer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qui doivent l'emmener &#224; Francis, organisateur d'un atelier de pistage animal auquel participent quelques habitants du coin. Oui, mais Francis s'est bien planqu&#233; et Pierre pi&#233;tine. Pas grave. Il y a d'autres marques &#224; glaner. L'&#339;il aiguis&#233;, il me glisse : &#171; &lt;i&gt;&#199;a a &#233;t&#233; gratt&#233; l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; me d&#233;signant un peu de terre retourn&#233;e. Probable signature d'un des nombreux chevreuils qui logent dans ce bois du P&#233;rigord.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Du chasseur au philosophe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pistage, c'est l'acte de rep&#233;rer et d'interpr&#233;ter les signes laiss&#233;s par des animaux. Empreintes donc, mais aussi crottes, coul&#233;es&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chemin form&#233; par le passager r&#233;gulier des animaux&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et autres poils. Parmi ceux qui utilisent ces savoirs, il y a &#233;videmment les chasseurs, mais aussi les naturalistes et certains ruraux, qui c&#244;toient des b&#234;tes sauvages dans leur environnement imm&#233;diat. Mes camarades de formation ne sont pourtant pas ici pour compter la faune prot&#233;g&#233;e ou r&#233;colter des troph&#233;es de chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce week-end d'&#233;quinoxe de printemps, c'est l'association Je suis la piste qui organise la formation d'une journ&#233;e &#224; laquelle je participe. Son objectif : diffuser des pratiques &#171; ancestrales &#187; pour permettre aux participants d'avoir une connaissance plus riche des &#234;tres vivants sauvages et des environnements dans lesquels ils &#233;voluent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effet direct de l'exp&#233;rience : peu &#224; peu, la perception humaine s'&#233;veille et les bois se repeuplent. &#192; mesure que notre attention s'affine et que le monde autour de nous se complexifie, l'&#171; &lt;i&gt;angoisse du silence du monde et de la solitude cosmique&lt;/i&gt; &#187; s'estompe, note Baptiste Morizot dans son livre &lt;i&gt;Sur la piste animale&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actes Sud, 2018.&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#192; l'heure o&#249; la biodiversit&#233; s'effondre &#224; vitesse grand V et o&#249; nos interactions avec les autres vivants sont r&#233;duites &#224; peau de chagrin, le philosophe pisteur nous invite &#224; sortir de l'isolement qui impr&#232;gne les imaginaires des humains modernes coup&#233;s de relations quotidiennes et signifiantes aux vivants.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; You'll never walk alone &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour aux sous-bois. &#199;a y est, &#224; force de galoper nez sur les brindilles, on a fini par trouver le formateur. Constitu&#233; de Pierre, Max et Ben, le petit groupe &#233;coute attentivement le speech de Francis. &#171; &lt;i&gt;Le pistage c'est l'art de trouver, identifier, interpr&#233;ter et suivre des s&#233;ries de traces laiss&#233;es par quelque chose sur le paysage&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-il. Le message est clair pour les apprentis pisteurs, qui doivent &#224; pr&#233;sent se lancer dans le grand bain forestier et &#233;laborer leurs premi&#232;res hypoth&#232;ses. &#192; quelques m&#232;tres de l&#224;, le groupe est pench&#233; autour d'un trou passablement large. Les suppositions s'encha&#238;nent. &#171; &lt;i&gt;&#199;a serait pas l'entr&#233;e d'une galerie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, tente l'un. Mauvaise pioche, le trou ne d&#233;bouche sur aucune cavit&#233;. Des racines m&#226;chouill&#233;es et des traces de petites griffes resserrent le panel des possibilit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Et si c'&#233;tait l'&#339;uvre d'un blaireau&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, lance un autre. Pas &lt;i&gt;b&#234;te&lt;/i&gt; : l'animal aurait la corpulence et la force n&#233;cessaires pour retourner la terre de la sorte. Et puis, il a un mobile : il se r&#233;gale des vers de terre, que l'on d&#233;busque en fouillant le sol. M&#234;me si cette hypoth&#232;se est la plus plausible, Francis prend garde de temp&#233;rer : &#171; &lt;i&gt;Chaque piste est un puzzle. Il y a plein de pi&#232;ces et il ne faut pas directement sauter aux conclusions.&lt;/i&gt; &#187; Cette fois-ci, les indices semblent concorder et mener vers le must&#233;lid&#233;. Le premier des quelques animaux sauvages que les participants vont identifier au cours de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, une nouvelle &#233;nigme. Une petite pente d&#233;voile une grosse empreinte d'ongul&#233;&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mammif&#232;re dont le pied se termine par un sabot.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. La terre meuble est creus&#233;e sur une grosse dizaine de centim&#232;tres, donnant l'impression d'une glissade. Max met d&#233;licatement ses doigts dans la marque afin de mieux sentir ses d&#233;tails. Pour identifier l'esp&#232;ce, on se met en qu&#234;te de traces de gardes&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les gardes sont les doigts atrophi&#233;s des ongul&#233;s, situ&#233;s plus haut sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Francis en d&#233;busque une en forme de demi-lune, caract&#233;ristique du sanglier. Prochaine &#233;tape, trouver l'empreinte suivante, ce qui donnera, en mesurant la distance entre les deux, une id&#233;e de la taille de la b&#234;te. Une fois l'&#233;cart &#233;valu&#233;, on peut d&#233;nicher les autres empreintes en recalquant la distance sur le sol &#224; partir de la derni&#232;re, et ainsi dessiner la trajectoire de l'animal, son allure, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus haut, de nouveaux &#233;l&#233;ments rebattent les cartes : l&#224; encore des traces de glissades, mais dans la direction oppos&#233;e. Est-ce que l'interpr&#233;tation faite en aval &#233;tait fausse ? Est-ce un autre individu ? Qu'est-ce qui a pu provoquer le comportement, apparemment de fuite, de ces animaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matin&#233;e se poursuit sur ce rythme, de signes en traces, de terriers en crottes, conduisant le groupe tant&#244;t vers des buissons, tant&#244;t vers des coul&#233;es animales. La for&#234;t, monde myst&#233;rieux et muet en d&#233;but de journ&#233;e, s'emplit peu &#224; peu de pr&#233;sences, se parant de voies de circulation, d'enjeux territoriaux et de strat&#233;gies animales. Tr&#232;s vite, on comprend que nous ne sommes jamais exclusivement entre humains et que les interactions avec les autres vivants sont constantes, que nous en ayons conscience ou pas. Dans la for&#234;t p&#233;rigourdine, les chevreuils n'ont pas attendu que nous les remarquions pour d&#233;taler et les passereaux ont lanc&#233; leurs cris d'alarme bien avant que nous ne levions les yeux vers eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dialogue de b&#234;tes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Francis, l'humain en milieu naturel est souvent l'&#233;quivalent d'&#171; &lt;i&gt;un &#233;crivain qui ne sait pas lire&lt;/i&gt; &#187;. Nous serions de pi&#232;tres locuteurs d'un syst&#232;me linguistique commun aux vivants. Tous les signes que nos amis pisteurs ont appris &#224; rep&#233;rer et &#224; d&#233;chiffrer sont en effet le produit de ce r&#233;seau dans lequel chaque esp&#232;ce &#8211; et m&#234;me chaque individu &#8211; &#233;crit et lit selon ses caract&#233;ristiques et capacit&#233;s propres. C'est en ce sens que la majorit&#233; d'entre nous est illettr&#233;e. Les urbains sont souvent des lecteurs maladroits, puisqu'ils c&#244;toient un nombre limit&#233; d'esp&#232;ces animales et ne font gu&#232;re attention aux signes qu'ils laissent. De m&#234;me, nous avons rarement conscience d'&#233;crire. Pourtant, comme tout animal, l'humain &#233;met des signes, d'autant plus s'il ne le r&#233;alise pas. Il laisse des odeurs, plie des branches, marque des sols, fait des mouvements, &#233;met des sons, renvoie des couleurs. Tout cela est senti et interpr&#233;t&#233; par les &#234;tres vivants qui se trouvent &#224; proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; sans doute une &lt;i&gt;piste&lt;/i&gt; &#224; explorer si l'on souhaite &#233;tablir des relations moins agressives vis-&#224;-vis du vivant et particuli&#232;rement des animaux sauvages. Les situations conflictuelles et probl&#233;matiques avec les b&#234;tes sauvages ne manquant pas, notamment chez les &#233;leveurs et agriculteurs, il faudrait donc apprendre &#224; y r&#233;pondre par le dialogue. L'objectif, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; : d&#233;velopper notre compr&#233;hension des signes animaux pour d&#233;crypter leurs langages sp&#233;cifiques et affiner notre &#233;criture afin d'adapter les messages qu'on leur envoie. Le mot de la fin &#224; Baptiste Morizot : &#171; &lt;i&gt;Les animaux ne sont pas seulement dignes d'une attention infantile ou morale&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : ils sont les cohabitants de la terre avec lesquels nous partageons une ascendance, l'&#233;nigme d'&#234;tre vivant, et la responsabilit&#233; de cohabiter d&#233;cemment &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mani&#232;res d'&#234;tre vivant, Actes Sud, 2020.&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Antoine Souquet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Petites branches cass&#233;es qui servent &#224; indiquer une direction ou &#224; marquer un point sp&#233;cifique en milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chemin form&#233; par le passager r&#233;gulier des animaux&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Actes Sud, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mammif&#232;re dont le pied se termine par un sabot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les gardes sont les doigts atrophi&#233;s des ongul&#233;s, situ&#233;s plus haut sur la patte que les deux ongles de devant, qui eux marquent plus profond&#233;ment le sol.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mani&#232;res d'&#234;tre vivant&lt;/i&gt;, Actes Sud, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>De l'&#233;merveillement &#224; la lutte</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/De-l-emerveillement-a-la-lutte</link>
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		<dc:date>2021-05-14T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Lise Lacombe</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce (Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman L&#224; o&#249; le feu et l'ours (2021). En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Lise-Lacombe" rel="tag"&gt;Lise Lacombe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sauvage" rel="tag"&gt;sauvage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce &lt;/i&gt;(Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; (2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-4a6bd.jpg?1782728251' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 %. Dans ce contexte de r&#233;tr&#233;cissement de l'espace habitable, les conflits de territoire entre humains et &#171; non-humains &#187; sont appel&#233;s &#224; se multiplier. D&#233;j&#224;, en Alaska, on voit un nombre croissant d'ours fouiller les poubelles pour survivre. &#192; Marseille, ce sont des sangliers qui s'invitent en ville. &#192; Strasbourg et Londres, les renards investissent d&#233;sormais les parcs urbains. De plus en plus d'animaux sauvages sont condamn&#233;s &#224; partager les m&#234;mes zones que nous. Nous qui les avons chass&#233;s, expuls&#233;s de leurs territoires et avons cru pouvoir les exclure de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de cohabitation forc&#233;e, nous allons avoir besoin de &#171; &lt;i&gt;diplomates&lt;/i&gt; &#187;, comme le formule le philosophe Baptiste Morizot &lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cela implique de se d&#233;faire de nos pr&#233;jug&#233;s et de d&#233;velopper des sch&#233;mas de pens&#233;e permettant le d&#233;veloppement de relations politiques avec les animaux. Pour cela, il faut r&#233;&#233;valuer en profondeur notre place dans les &#233;cosyst&#232;mes. L'humain est un mammif&#232;re qui ne survit pas sans air respirable, sans ressources comestibles ni eau potable. Cette appartenance au monde vivant marque une interd&#233;pendance et devrait en toute logique instaurer un int&#233;r&#234;t commun &#224; pr&#233;server les conditions de vie sur Terre. Elle pourrait m&#234;me refonder l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, notion cl&#233; du droit public fran&#231;ais qui d&#233;signe la finalit&#233; d'institutions cens&#233;es servir une population consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire non seulement les &#234;tres humains mais aussi les autres animaux, les v&#233;g&#233;taux, microbes et champignons. Sans parler des virus qui nous ont douloureusement rappel&#233; qu'il faut composer avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec la nature contre ceux qui l'effondrent &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce constat nous invite en premier lieu &#224; &#233;carquiller les yeux. Car de l'&#233;merveillement na&#238;t aussi la force de se battre. L'&#233;crivain William Morris a ainsi &#233;tabli dans son texte &lt;i&gt;L'Art en ploutocratie&lt;/i&gt; (1883) la puissance d'&#233;mancipation du sentiment esth&#233;tique. Sa conviction : &#171; &lt;i&gt;Il n'existe rien de ce qui participe &#224; notre environnement qui ne soit beau ou laid, qui ne nous ennoblisse ou nous avilisse.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi il appelait &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;tendre le sens du mot art jusqu'&#224; englober la configuration de tous les aspects ext&#233;rieurs de notre vie&lt;/i&gt; &#187;. Dans cette optique, certains proposent de constituer des r&#233;serves sauvages &#8211; &#224; l'image de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). D'autres sugg&#232;rent d'inventer de nouveaux m&#233;canismes de pr&#233;servation de la nature, sans pour autant gommer son alt&#233;rit&#233; &#8211; ce que porte notamment la philosophe de l'environnement Virginie Maris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre peut-on &#233;galement &#233;chafauder de nouvelles alliances, comme le proposent L&#233;na Balaud et Antoine Chopot dans leur livre &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; (2021), afin d'&#171; &lt;i&gt;agir avec la nature contre ceux qui l'effondrent&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, aux jardins populaires autog&#233;r&#233;s des Va&#238;tes &#224; Besan&#231;on, c'est le tr&#232;s f&#233;ministe crapaudalyte (dit &#171; accoucheur &#187;) qui a permis de ralentir les travaux d'un &#233;coquartier mena&#231;ant de d&#233;truire 35 hectares de terre. En 2019, la finale du championnat de France de jet-ski a &#233;t&#233; stopp&#233;e en Corse par des dauphins qui, non contents de saboter la course de moteurs bruyants et polluants, se sont amus&#233;s en sautant entre les engins &#224; l'arr&#234;t. Dans le ciel de Paris, des go&#233;lands ont attaqu&#233; les drones de la Pr&#233;fecture de police pendant un acte des Gilets jaunes. Formellement, ils ne s'en prenaient pas aux drones : ils prot&#233;geaient leurs &#339;ufs. Mais la symbolique reste puissante : les activistes, qu'ils luttent pour la justice sociale ou pour le climat et la biodiversit&#233;, ne font rien d'autre que prot&#233;ger, eux aussi, la possibilit&#233; d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout nous presse &#224; sortir de l'anthropocentrisme et &#224; repenser les fronti&#232;res entre le sauvage et le domestique. Toutes les fronti&#232;res. Ce n'est pas un hasard si la droite et les n&#233;o fascistes utilisent le terme d'ensauvagement pour d&#233;signer les violences urbaines et condamner les migrations. Tracer des fronti&#232;res entre sauvage et civilis&#233;, domestiquer et cr&#233;er des hi&#233;rarchies entre &#171; races &#187;, c'est toute l'histoire de la colonisation. Et tout ce qu'il faut d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des rencontres et frottement in&#233;dits &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;construction n&#233;cessite une certaine facult&#233; d'empathie, puisqu'elle impose de comprendre les sentiments et &#233;motions d'un autre individu. De se mettre &#224; sa place. La fiction peut nous y aider en permettant des rencontres et frottements in&#233;dits, en transposant les corps, affranchis des contraintes mat&#233;rielles de la vraie vie. Ainsi dans &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;(2020), roman de Camille Brunel, une &#233;pid&#233;mie transforme les humains en animaux, sans distinction. On voit surgir des c&#233;tac&#233;s, bonobos, rhinoc&#233;ros et pythons qui sont autant d'amis, d'enfants, de maris ou de voisins. C'est aussi ce qui arrive &#224;&lt;i&gt; La femme chang&#233;e en renard &lt;/i&gt;(1924) de David Garnett. Dans la campagne anglaise, au passage d'une chasse &#224; courre, le mari de Silvia d&#233;couvre avec stupeur que celle-ci a &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;e en renarde, l'instinct vulpin &#233;clipsant progressivement la part &#171; civilis&#233;e &#187; de Sylvia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux romans, le passage d'une forme &#224; l'autre ne modifie pas fondamentalement la relation qui s'exerce entre humains et &#171; non-humains &#187;. Le fr&#232;re transform&#233; en lapin, comme la femme chang&#233;e en renard, sont tout bonnement devenus lapin et renard. Il n'y a pas &#224; proprement parler d'&#171; &lt;i&gt;&#234;tre de la m&#233;tamorphose&lt;/i&gt; &#187;, au sens o&#249; l'entendent Baptiste Morizot et Nastassja Martin, qui dans leur article &#171; Retour du temps du mythe &#187; &lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire sur le site du journal suisse Issue (13/12/2018).&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;crivaient ainsi les caract&#233;ristiques de cette entit&#233; hybride : &#171; &lt;i&gt;Son statut n'est pas assignable, et les relations sociales qu'il entretient avec le collectif humain en pr&#233;sence ne sont pas stabilis&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est diff&#233;rente dans &lt;i&gt;L'homme qui savait la langue des serpents&lt;/i&gt; d'Andrus Kivir&#228;hk (2013), fabuleux roman empreint de la mythologie estonienne du XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle o&#249; &#234;tres humains, serpents et ours parlent la m&#234;me langue, dialoguent et vont m&#234;me parfois jusqu'&#224; s'aimer. Pour reprendre les termes des auteurs du &#171; Retour du temps du mythe &#187;, c'est bien &#171; &lt;i&gt;un temps d'avant le temps, dans lequel les &#234;tres sont encore indistincts. Les formes de vies ne sont pas encore s&#233;par&#233;es. Les animaux ne sont pas encore distincts des humains&lt;/i&gt; &#187;. Las, l'arriv&#233;e des colons chr&#233;tiens va bouleverser statuts et relations, menacer la coexistence et teinter les rapports de m&#233;fiance, d'incompr&#233;hension et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &#234;tre de la m&#233;tamorphose &#187; d'un genre nouveau, qui vient interroger la notion m&#234;me de normalit&#233;, on le trouve &#233;galement dans &lt;i&gt;F&#233;lines &lt;/i&gt;(2019), roman de St&#233;phane Servant. Des jeunes femmes atteintes d'une mutation inconnue voient leur corps se couvrir de poils, leurs sens s'aiguiser et leurs forces d&#233;cupler. Mises au ban de la soci&#233;t&#233;, elles sont nomm&#233;es &#171; &lt;i&gt;obscures&lt;/i&gt; &#187; et trait&#233;es comme inf&#233;rieures. Mais elles conservent leurs singularit&#233;s et leur m&#233;moire. Pour reprendre les termes de l'anthropologue Philippe Descola, si leur &#171; &lt;i&gt;physicalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; s'est modifi&#233;e, elles gardent leur &#171; &lt;i&gt;int&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (&#233;motions, conscience, d&#233;sirs...). On peut interpr&#233;ter la mutation des f&#233;lines comme une r&#233;ponse adaptative aux d&#233;r&#232;glements provoqu&#233;s par l'Anthropoc&#232;ne. En faisant effraction du statut qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;, elles se montrent inassignables. Une m&#233;tamorphose qui ouvre la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier acte des &lt;a href=&#034;https://lessoulevementsdelaterre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soul&#232;vements de la terre &lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, fin mars 2021, on a vu des femmes-renardes jouer des percussions. Auparavant, on a aussi crois&#233; des cort&#232;ges d&#233;guis&#233;s en animaux pour protester contre les cirques ou les abattoirs. Et des banderoles &#171; &lt;i&gt;Phoque le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187; dans les manifestations pour le climat. Mais au-del&#224; de ces alliances &#233;videntes, l'imaginaire animal peut aussi s'inviter dans les luttes sociales. Inspirer des m&#233;canismes de fuite, de furtivit&#233; &#224; la Damasio &lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain, notamment auteur du livre Les Furtifs (2019).&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, de camouflage et de terriers comme base arri&#232;re quand il y a besoin de se mettre au vert. Le biomim&#233;tisme, qui consiste &#224; s'inspirer des formes, mati&#232;res, propri&#233;t&#233;s, processus et fonctions du vivant, n'est pas le monopole de l'industrie. &#192; nous de nous en emparer autrement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corinne Morel Darleux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant &lt;/i&gt;(Wildproject, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; lire sur le site du journal suisse &lt;i&gt;Issue&lt;/i&gt; (13/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &lt;i&gt;&#224; reprendre les terres et &#224; bloquer les industries qui les d&#233;vorent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &#201;crivain, notamment auteur du livre &lt;i&gt;Les Furtifs&lt;/i&gt; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Urbanisme &#224; la marseillaise</title>
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		<dc:date>2021-05-12T08:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;La chambre r&#233;gionale des comptes PACA vient de publier un rapport r&#233;v&#233;lant qu'&#224; Marseille, des fonds publics destin&#233;s au logement ont &#233;t&#233; d&#233;vi&#233;s au profit d'un caprice d'&#233;lus au co&#251;t exorbitant : la r&#233;novation pompeuse et arbitraire de la place Jean-Jaur&#232;s. Les responsables, eux, rendront-ils un jour des comptes ? Des punks &#224; chien, les magistrats de la chambre r&#233;gionale des comptes (CRC) de Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur ? G&#233;rard Chenoz, ex-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; locale d'&#233;quipement et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/place" rel="tag"&gt;place&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CRC" rel="tag"&gt;CRC&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Gerard-Chenoz" rel="tag"&gt;G&#233;rard Chenoz&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La chambre r&#233;gionale des comptes PACA vient de publier un rapport r&#233;v&#233;lant qu'&#224; Marseille, des fonds publics destin&#233;s au logement ont &#233;t&#233; d&#233;vi&#233;s au profit d'un caprice d'&#233;lus au co&#251;t exorbitant : la r&#233;novation pompeuse et arbitraire de la place Jean-Jaur&#232;s. Les responsables, eux, rendront-ils un jour des comptes ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3629 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;32&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-1770-84da4.jpg?1782677853' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photographie de Patxi Beltzaiz
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;es punks &#224; chien, les magistrats de la chambre r&#233;gionale des comptes (CRC) de Provence-Alpes-C&#244;te d'Azur ? G&#233;rard Chenoz, ex-pr&#233;sident de la Soci&#233;t&#233; locale d'&#233;quipement et d'am&#233;nagement de l'aire m&#233;tropolitaine (Soleam), n'est pas loin de le penser puisque leur r&#233;cent rapport donne raison aux opposants &#224; sa tr&#232;s ch&#232;re &#171; requalification &#187; de la place Jean-Jaur&#232;s (&lt;i&gt;aka&lt;/i&gt; La Plaine), qui souleva l'indignation de bien des habitants et usagers de ce lieu embl&#233;matique de la vie sociale marseillaise. En octobre 2018, l'&#233;lu justifiait l'&#233;rection d'un mur de b&#233;ton &#224; 400 000 &#8364; autour de la place par l'absolue n&#233;cessit&#233; de prot&#233;ger &#171; son chantier &#187; d'une bande de &#171; &lt;i&gt;zadistes qui aiment fumer le chichon&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos tenus le 22 octobre 2018 au si&#232;ge de la Soleam. Les autres citations (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux ans et demi plus tard, alors que les travaux touchent &#224; leur fin, l'heure des comptes a sonn&#233;. Et c'est sans appel : le rapport de la CRC &#233;voque &#171; &lt;i&gt;un projet non pr&#233;vu initialement, qui devient la plus importante op&#233;ration de l'Op&#233;ration grand centre-ville (OGCV) : alors que les cinq p&#244;les initiaux&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui pointaient cinq &#238;lots d&#233;grad&#233;s situ&#233;s &#224; proximit&#233; de la place Jean-Jaur&#232;s.&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; avaient pour th&#233;matique le logement, en 2013 [&#8230;] le projet a &#233;volu&#233; vers une requalification de la place Jean-Jaur&#232;s, [&#8230;] qui constitue la seule r&#233;alisation concr&#232;te engag&#233;e &#224; ce jour. [&#8230;] L'op&#233;ration de r&#233;am&#233;nagement de la place est devenue la principale op&#233;ration de l'OGCV avec 17 M&#8364; TTC pr&#233;vus.&lt;/i&gt; &#187; En r&#233;alit&#233;, apr&#232;s divers avenants et autres impr&#233;vus, et alors que l'habitat du proche quartier de Noailles se d&#233;gradait dangereusement, plus de 20 millions auront &#233;t&#233; dilapid&#233;s dans ce flagrant d&#233;lit de non-assistance &#224; population en danger.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Pas une thune pour sauver Noailles &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rembobinage : fin janvier 2018, lors d'une r&#233;union publique au th&#233;&#226;tre Mazenod (88 rue d'Aubagne, Noailles), un parterre d'&#233;lus expliquait aux habitants que le dossier logement, &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s complexe&lt;/i&gt; &#187;, serait trait&#233; plus tard et qu'en attendant, on ferait un audit. Pourtant, une &#233;tude avait d&#233;j&#224; montr&#233; que l'insalubrit&#233; frappait la moiti&#233; du quartier, qui ne compte que 3 % de logements sociaux alors que 80 % des habitants peuvent y pr&#233;tendre. De fait, ce sont les marchands de sommeil qui g&#232;rent la demande &lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#171; Le ventre de Marseille crie famine &#187;, CQFD n&#176; 162 (f&#233;vrier 2018).&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Mais, selon Chenoz, l'urgence &#233;tait de pi&#233;tonniser le bas de la rue et d'y implanter &#224; coup de pr&#233;emptions des boutiques&lt;i&gt; chicos&lt;/i&gt;, pour que &#171; &lt;i&gt;&#231;a devienne un quartier branch&#233;&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuf mois plus tard et trente m&#232;tres plus bas, huit locataires mouraient sous les d&#233;combres des 63 et 65 rue d'Aubagne. &#171; &lt;i&gt;20 millions pour d&#233;truire La Plaine, pas une thune pour sauver Noailles, &#224; qui profite le crime&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, interrogea une banderole lors d'une Marche de la col&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le rapport de la CRC, un chiffre pique les yeux. En huit ans (de 2010 &#224; 2018), 31 logements ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s au lieu des 1 500 pr&#233;vus. Pendant ce temps, l'argent &#233;tait siphonn&#233; pour botoxer le &#171; c&#339;ur de ville &#187; et le rendre sexy aux yeux des touristes et investisseurs. Si l'on ajoute &#224; la r&#233;novation autoritaire de La Plaine l'injonction pressante de la Soleam aux copropri&#233;t&#233;s du centre-ville pour qu'elles ravalent leurs fa&#231;ades sans se soucier de l'&#233;tat du b&#226;ti, l'arme du crime se pose l&#224;, sur la table.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Table rase &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Selon Patrick Lacoste, de l'association un centre-ville pour tous, qui milite pour le maintien des classes populaires dans les quartiers r&#233;nov&#233;s, cette esp&#232;ce de &#171; &lt;i&gt;d&#233;tournement de finances publiques&lt;/i&gt; &#187; au profit de la mise en vitrine de La Plaine s'est d&#233;cid&#233;e en petit comit&#233;. Cinq &#233;lus de la majorit&#233; d'alors (Les R&#233;publicains) sont &#224; la man&#339;uvre : G&#233;rard Chenoz, Yves Moraine, Sabine Bernasconi, Bruno Gilles (tous trois maires d'arrondissements) et Solange Biaggi (adjointe charg&#233;e du commerce). Pour faire valider leur coup de bonneteau et le choix du prestataire le plus docile par la commission d'appel d'offres, le club des cinq s'assura le vote d'un &#233;lu PS, Roland Cazzola, aujourd'hui conseiller municipal charg&#233; de l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors d'une r&#233;union avec des commer&#231;ants de La Plaine inquiets pour leur survie pendant les deux ans de chantier, Yves Moraine leur r&#233;torqua qu'ils seraient bien contents de revendre leur affaire &#224; bon prix une fois le quartier revaloris&#233;. Dialogue de sourds : lui r&#233;fl&#233;chissait en sp&#233;culateur, eux en habitants. Le projet de la Soleam &#233;tait con&#231;u telle une razzia sur un territoire qui avait su, malgr&#233; l'abandon, se r&#233;inventer autour de sa vie nocturne, son march&#233;, ses caf&#233;s. Derri&#232;re le coup de force suintait la volont&#233; de faire table rase, vraie obsession de l'&#233;quipe de Jean-Claude Gaudin, maire de Marseille entre 1995 et 2020. Aux forains d&#233;log&#233;s du march&#233; qui se tenait jusqu'alors sur la place, l'&#233;lue charg&#233;e des emplacements lan&#231;a : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai rien contre vous, mais vous attirez des populations qu'on ne veut plus voir en ville.&lt;/i&gt; &#187; R&#233;f&#233;rence faite aux habitants des quartiers Nord qui venaient y faire leurs courses.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;La foire aux audits&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, sentant le vent du boulet de canon, le nouveau pr&#233;sident Les R&#233;publicains de la Soleam, Lionel Royer-Perreaut, pr&#233;tend que les critiques de la CRC lui serviront &#224; am&#233;liorer son action. Et aussi sec, il promet&#8230; un audit. L'habitat social, la mixit&#233; ? Il n'a rien contre, mais &#171; &lt;i&gt;dans les quartiers p&#233;riph&#233;riques&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Provence (25/04/2021).&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;. D'apr&#232;s Emmanuel Patris, ex-technicien de la Soleam devenu activiste du droit au logement, si certains esp&#232;rent que la Spla-In&lt;i&gt; [voir encadr&#233;]&lt;/i&gt; garantira un salutaire contr&#244;le &#233;tatique, les h&#233;ritiers de Gaudin entendent bien, depuis la Soleam et leur fief de la M&#233;tropole, garder la main sur ce juteux secteur d'inactivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ni la CRC, ni la mairie de gauche n'ont signal&#233; &#224; la justice ce d&#233;voiement d'argent public. Mais le constat saignant des experts enrichira peut-&#234;tre l'instruction du dossier des effondrements meurtriers de la rue d'Aubagne. En attendant, sur La Plaine requalifi&#233;e, les haut-parleurs flanquant les cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance diffusent une musique de supermarch&#233;. Sans doute pour calmer les esprits.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen &amp; Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Soleam : (bien) vivre et laisser pourrir&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Tout en empochant de confortables r&#233;mun&#233;rations, la Soleam aura donc brill&#233; par son incurie sur la question du logement et de la lutte contre l'insalubrit&#233;. Missions pourtant clairement rappel&#233;es dans son objet social. La chambre r&#233;gionale des comptes (CRC) n'est pourtant pas dupe de l'identit&#233; des v&#233;ritables responsables. Car la Soleam, soci&#233;t&#233; publique locale aux pr&#233;rogatives tr&#232;s vastes (de la requalification de quartiers entiers &#224; l'acquisition d'immeubles par voie d'expropriation et de pr&#233;emption), n'est qu'un instrument entre les mains de ses actionnaires, &#224; savoir la M&#233;tropole (&#224; hauteur de 80%) et la Ville. Mais il est pratique de disposer d'un fusible pour encaisser le choc de certains scandales. Ce fut d&#233;j&#224; le cas avec Marseille Am&#233;nagement, pr&#233;d&#233;cesseur de la Soleam et absorb&#233; par elle en 2013, dont le directeur avait &#233;t&#233; inqui&#233;t&#233; par la justice dans une affaire de favoritisme. Patrick Lacoste, d'un centre-ville pour tous, en est convaincu : &#171; &lt;i&gt;Marseille Am&#233;nagement avait &#233;t&#233; pris la main dans le sac pour des contrats de gr&#233; &#224; gr&#233; conclus avec des investisseurs qui montaient des soci&#233;t&#233;s civiles immobili&#232;res afin de faire de la r&#233;novation d&#233;fiscalis&#233;e de taudis, contribuant ainsi &#224; chasser les chibanis&lt;/i&gt; &lt;i&gt;et les propri&#233;taires occupants&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Propos tenus le 22 octobre 2018 au si&#232;ge de l'association.&#034; id=&#034;nh10-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187; C'est donc tout sauf un hasard si on a retrouv&#233; des proches, voire des &#233;lus de l'ancienne majorit&#233;, parmi les propri&#233;taires de logements insalubres apr&#232;s les effondrements de 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Soleam a pu servir &#224; planquer dans ses placards certains dossiers embarrassants de Marseille Am&#233;nagement, comme le laisse entendre le rapport de la CRC. Mais la chose sera peut-&#234;tre plus difficile avec l'arriv&#233;e dans le paysage de la Soci&#233;t&#233; publique locale d'am&#233;nagement d'int&#233;r&#234;t national (Spla-In) impos&#233;e par l'ex-ministre du Logement, Julien Denormandie. C'est du moins l'avis de Patrick Lacoste : &#171; &lt;i&gt;C'est comme une mise sous tutelle &#224; dose hom&#233;opathique avant la probable absorption de la Soleam par la Spla-In. L'&#201;tat s'est engag&#233; &#224; veiller &#224; ce que les centaines de millions inject&#233;s ne soient pas d&#233;tourn&#233;s vers d'autres projets cosm&#233;tiques d'am&#233;nagement de places publiques.&lt;/i&gt; &#187; De son c&#244;t&#233; et sans rire, Lionel Royer-Perreaut, nouvel am&#233;nageur en chef, annonce la livraison de 122 logements tout en pr&#233;textant des retards justifi&#233;s par la longueur des &#233;tudes pr&#233;alables et la complexit&#233; des op&#233;rations. Son cr&#233;do sur les r&#233;seaux sociaux ? &#171; &lt;i&gt;#FaireEnsembleAuServiceDeTous&lt;/i&gt; &#187;. &#8226;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Propos tenus le 22 octobre 2018 au si&#232;ge de la Soleam. Les autres citations d'&#233;lus ont &#233;t&#233; capt&#233;es en&lt;i&gt; live&lt;/i&gt; par les auteurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui pointaient cinq &#238;lots d&#233;grad&#233;s situ&#233;s &#224; proximit&#233; de la place Jean-Jaur&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-ventre-de-Marseille-crie-famine' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le ventre de Marseille crie famine&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 162 (f&#233;vrier 2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;La Provence&lt;/i&gt; (25/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Propos tenus le 22 octobre 2018 au si&#232;ge de l'association.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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