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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les clich&#233;s ont la peau dure</title>
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		<dc:date>2022-10-07T12:54:02Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Tomagnetik</dc:subject>
		<dc:subject>Pablo Chignard</dc:subject>
		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Vous avez pu les croiser de-ci de-l&#224; dans les colonnes de CQFD, tant ces chasseurs d'images sont des habitu&#233;s des luttes sociales, qu'ils photographient avec une approche militante revendiqu&#233;e. Et c'est donc avec grand plaisir que l'on parle ici du travail de Serge d'Ignazio, Tomagnetik et Pabloc. D'autant que l'occasion est excellente, puisqu'on peut d&#233;couvrir leur sensibilit&#233; via trois livres bien p&#234;chus tout juste sortis chez Niet ! &#233;ditions : Gilets jaunes &#224; Paris, La Bataille de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tomagnetik" rel="tag"&gt;Tomagnetik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pablo-Chignard-313" rel="tag"&gt;Pablo Chignard&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Vous avez pu les croiser de-ci de-l&#224; dans les colonnes de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, tant ces chasseurs d'images sont des habitu&#233;s des luttes sociales, qu'ils photographient avec une approche militante revendiqu&#233;e. Et c'est donc avec grand plaisir que l'on parle ici du travail de Serge d'Ignazio, Tomagnetik et Pabloc. D'autant que l'occasion est excellente, puisqu'on peut d&#233;couvrir leur sensibilit&#233; via trois livres bien p&#234;chus tout juste sortis chez Niet ! &#233;ditions : &lt;i&gt;Gilets jaunes &#224; Paris&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;La Bataille de la Plaine&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Col&#232;re jaune (ronds-points en Is&#232;re)&lt;/i&gt;. Pr&#233;sentation et discussion.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l y a dans les trois livres de photographies &#224; prix cass&#233;s (6 euros ma bonne dame&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dont un euro revers&#233; aux caisses anti-rep, la classe.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;) sortis par les copains des &#233;ditions Niet ! comme un c&#244;t&#233; inventaire &#224; la Pr&#233;vert versant contestation &#8211; murs qui tombent ; feux de palettes ; voitures renvers&#233;es ; foules en branle ; slogans qui claquent ; majeurs qui se dressent ; assembl&#233;es sauvages, etc. Et cela a un effet tout &#224; fait revigorant. Bien s&#251;r, le pr&#233;sent n'invite pas exactement au grand sourire ravi, moi-m&#234;me je sais, mais ces trois &#233;chantillons visuels de luttes r&#233;centes rappellent cette &#233;vidence : la semi-apathie actuelle ne durera pas, tant les deux ou trois ann&#233;es qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e ont &#233;t&#233; riches en &#233;ruptions et en cr&#233;ativit&#233; rebelles. Toute cette &#233;nergie cr&#233;pitante n'a pas pu dispara&#238;tre, virus ou pas virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re impression : chacun de ces ouvrages d&#233;roule au fil des pages une ambiance fort diff&#233;rente, tant les contextes de ces luttes et la sensibilit&#233; des photographes diff&#232;rent. &lt;i&gt;Gilets jaunes &#224; Paris&lt;/i&gt;, de Serge d'Ignazio, est une plong&#233;e dans divers &#171; actes &#187; parisiens &#233;chelonn&#233;s de novembre 2018 &#224; mars 2019 &#8211; clich&#233;s en noir et blanc montrant les affrontements, les vitrines fracass&#233;es, l'urgence du moment, mais aussi les moments de fraternit&#233; et d'intense communion dans la reprise de la rue. Dans &lt;i&gt;La Bataille de la Plaine&lt;/i&gt; du fringant Tomagnetik, on est transport&#233;s &#224; Marseille, &#224; deux pas du local de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, en 2018 et 2019, quand la population de ce quartier encore un chou&#239;a populaire s'est joyeusement soulev&#233;e contre un projet de requalification et de gentrification attentatoire &#224; l'esprit du lieu &#8211; l&#224;-aussi le noir et blanc domine, mais les modes d'actions sont plus vari&#233;s, avec des tirs &#224; la corde, la mont&#233;e d'un chapiteau, des cercueils s'invitant en manif ou la r&#233;appropriation d'un chantier devenu terre d'ap&#233;ro. Quant &#224; &lt;i&gt;Col&#232;re jaune&lt;/i&gt;, de Pabloc&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui participe activement au Postillon, super canard rebelle bas&#233; &#224; Grenoble (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, il se d&#233;roule en couleurs chaudes (de novembre 2018 &#224; mai 2019), avec une dominante jaune fortement marqu&#233;e &#8211; celle des gilets des occupants d'obscurs ronds-points is&#233;rois, mais aussi des braseros et des feux de palettes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trois livres, trois ambiances, donc. Il ne s'agit pourtant pas de les opposer, loin de l&#224;. Car chacun des trois photographes le dit &#224; sa mani&#232;re : en appuyant sur le d&#233;clencheur, ils ne veulent pas figer l'instant, mais bien le prolonger, le r&#233;percuter. Comme si l'appareil pouvait accompagner le mouvement fugace d'une lutte &#8211; que celle-ci s'incarne dans un projectile balanc&#233;, un slogan peinturlur&#233; ou un rond-point occup&#233; jour et nuit. Il y a donc la violence &#8211; et d'abord celle de la r&#233;pression &#8211; mais aussi la joie, l'&#233;nergie, l'enthousiasme, la cr&#233;ativit&#233;, les sourires et les coudes serr&#233;s. C'est pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;voquer plus pr&#233;cis&#233;ment leurs approches respectives, nous avons propos&#233; aux trois braconniers visuels de commenter une photo de leur choix, tir&#233;e de chaque livret, avec leurs mots, leur sensibilit&#233;. Verbatim.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Tomagn&#233;tik : &#171; Les animaux de la Plaine qui s'&#233;chappent de leur cage &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4754 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/toman-reduit.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH340/toman-reduit-0484d.jpg?1779902464' width='500' height='340' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Tomagn&#233;tik
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai pris cette photo en 2018, &#224; l'&#233;poque o&#249; la place Jean-Jaur&#232;s&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom officiel de cette place que les Marseillais appellent la Plaine, terme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#233;tait int&#233;gralement entour&#233;e d'un grand mur de deux m&#232;tres cinquante de haut, construit pour que les opposants au projet de requalification ne puissent plus mettre de b&#226;tons dans les roues du chantier. Un symbole tr&#232;s violent, hideux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soir-l&#224;, c'&#233;tait la premi&#232;re fois que les opposants au projet parvenaient &#224; faire tomber des pans du mur et se retrouvaient de l'autre c&#244;t&#233;. C'&#233;tait &#224; l'occasion d'un concert sauvage. Des gens avaient profit&#233; de l'&#233;v&#233;nement pour amener des sangles. Les pr&#233;sents ont tir&#233;, tir&#233;, et deux pans du mur ont fini par tomber. Il y avait une vraie joie dans l'air. Et c'est l&#224; que j'ai vu quelqu'un &#233;crire &#8220;&lt;i&gt;Coucou on est l&#224;&lt;/i&gt;&#8221;, puis une autre personne adopter cette posture un peu &#233;trange, comme un singe, un animal perch&#233; sur son rocher, qui s'invite l&#224; o&#249; il n'est pas le bienvenu, &lt;i&gt;boing boing&lt;/i&gt;. Il y a presque un c&#244;t&#233; zoo en n&#233;gatif, photo animali&#232;re. Ce sont les animaux de la Plaine qui s'&#233;chappent de leur cage, tout un mouvement saisi &#224; la vol&#233;e, l'inverse du confinement. Une forme de r&#233;appropriation bien r&#233;sum&#233;e par un autre tag inscrit ce jour-l&#224; : &#8220;&lt;i&gt;Et la Plaine elle est &#224; qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Elle est &#224; nous&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce &#8220;&lt;i&gt;Coucou on est l&#224;&lt;/i&gt;&#8221; n'est pas anodin. C'est un message &#224; la fois l&#233;ger et puissant : on frappe &#224; la porte et elle ne veut pas s'ouvrir ? Eh bien, faites place, on est l&#224;. J'y vois un c&#244;t&#233; annonciateur des Gilets jaunes : vous ne voulez pas nous voir mais nous on s'en fout, on s'invite, on fait tomber vos murs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un clich&#233; &#224; la fois marrant et grave, qui symbolise bien l'esprit frondeur de la Plaine. Il y a le c&#244;t&#233; humoristique et l&#233;ger, mais aussi la rudesse de l'environnement, ce mur qui enferme. C'est quelque chose que j'essaie de d&#233;fendre dans mon travail : la&lt;i&gt; lucidit&#233;&lt;/i&gt; ludique. Ou la ludicit&#233; lucide&lt;i&gt; [rires]&lt;/i&gt;. Et ici ce n'est ni le cadrage qui compte, ni la technique, mais simplement le fait d'avoir &#233;t&#233; l&#224; au bon moment, engag&#233; dans la lutte et la f&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une autre photo dans le livre que je trouve tr&#232;s parlante et qui fait &#233;cho &#224; celle-ci, c'est celle du vigile retenant son chien, lequel a l'air &#233;minemment f&#233;roce avec ses yeux fous. La sc&#232;ne faisait suite &#224; une action o&#249; l'on avait fait tomber la grille prot&#233;geant le chantier. Et l&#224; il y avait eu tout de suite une violence r&#233;pressive en r&#233;action &#224; ce mouvement de lib&#233;ration, qui s'exprimait via un animal qui cette fois-l&#224; appartenait au camp d'en face &#8211; contrairement au &lt;i&gt;singe&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je ne vis plus &#224; la Plaine. Mais je reste marqu&#233; par cette p&#233;riode de lutte. Et je trouve que c'est important de t&#233;moigner de ce qui s'est pass&#233; &#8211; cette belle r&#233;sistance urbaine. Au fond, on n'a ni gagn&#233; ni perdu, mais v&#233;cu un sacr&#233; truc. On sait bien que les am&#233;nageurs veulent faire de ce lieu de vie un truc d'abrutis, de marchands, et que les travaux toujours en cours ont pour objectif de vider la place de son &#226;me. Mais pour l'instant rien n'est fait, parce qu'il y a toujours des gens qui refusent de plier et continuent &#224; porter ce message : &#8220;&lt;i&gt;Coucou on est l&#224;&lt;/i&gt;&#8221;. Et d'ailleurs le livre se finit par une photographie d'une autre inscription forte parlante, sur une banderole : &#8220;&lt;i&gt;On ne partira pas&lt;/i&gt;&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Serge d'Ignazio : &#171; J'ai choisi mon camp &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4753 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/serg-reduit.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/serg-reduit-21202.jpg?1779902464' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Serge d'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Choisir une photographie, c'est forc&#233;ment en mettre de c&#244;t&#233; plein d'autres, sur lesquelles sont pr&#233;sents des milliers de femmes et d'hommes de toutes conditions et origines. L'exercice est donc difficile, frustrant. Apr&#232;s avoir h&#233;sit&#233;, j'ai finalement choisi celle qui est plac&#233;e en 4e de couverture, une photographie de l'avenue des Champs-&#201;lys&#233;es, lors de l'acte IV des Gilets jaunes, le 8 d&#233;cembre 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce clich&#233; ayant &#233;galement servi &#224; illustrer la couverture du livre de Ludivine Bantigny, &lt;i&gt;La plus belle avenue du monde &#8211; une histoire sociale et politique des Champs-&#201;lys&#233;es&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions La D&#233;couverte.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, j'en profite pour le citer : &lt;i&gt;&#8220;Les Champs sont un concentr&#233; de richesses, de d&#233;mesure et d'in&#233;galit&#233;. Mais un lieu intens&#233;ment politique, comme une m&#233;taphore du monde tel qu'il est disput&#233;, attaqu&#233;, refus&#233;. &#8220;La plus belle avenue du monde&#034; serait-elle aussi la plus rebelle&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&#8221;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette courte description r&#233;sume tr&#232;s bien ce qui se joue &#224; ce moment-l&#224; et continue de se jouer : &lt;i&gt;la lutte de classe&lt;/i&gt;. On voudrait la faire oublier, la ringardiser, mais cet antagonisme existe bel et bien. C'est un incessant combat, qu'il faut toujours mener.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce clich&#233; symbolise cette lutte de classe : face &#224; des femmes et des hommes r&#233;clamant simplement plus de justice sociale et de dignit&#233;, sont entass&#233;es des forces de l'ordre, arm&#233;es, casqu&#233;es, sur&#233;quip&#233;es. &#192; travers cette photographie, je suis partie prenante de cette situation. Moi-m&#234;me ouvrier, fils d'ouvrier, j'ai choisi mon camp.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai aussi photographi&#233; &lt;i&gt;la violence&lt;/i&gt;, cette fameuse violence, film&#233;e, montr&#233;e en boucle sur tous les grands m&#233;dias (vitrines cass&#233;es, voitures retourn&#233;es, etc.). Rien de plus facile &#224; mettre en images : c'est spectaculaire et permet de faire intervenir sur tous les plateaux TV les experts en poubelles en flammes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est une violence bien plus insoutenable, qu'il est difficile de capter, c'est la violence sociale, la violence des fins de mois, la violence d'un licenciement, la violence de ne pas pouvoir se nourrir ou se soigner correctement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vitrine, une voiture se remplace ais&#233;ment, un emploi perdu ou jamais obtenu plus difficilement. Dans le livret de Niet !&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Que Serge tient &#224; remercier &#8211; chose faite. Il tient par ailleurs &#224; ajouter (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, les photographies se concentrent sur Paris, mais il y a eu dans la France enti&#232;re &#8211; et m&#234;me au-del&#224; des fronti&#232;res &#8211; des prises de conscience. Des solidarit&#233;s se sont forg&#233;es ; elles survivront de longues ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Pabloc : &#171; Un feu de palette cr&#233;pite &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4755 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/pabloc-reduit.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH326/pabloc-reduit-29d76.jpg?1779902465' width='500' height='326' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Pabloc
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; 10 d&#233;cembre 2018, 20 heures et des poussi&#232;res. Une dizaine de Gilets jaunes &#233;coutent le discours de Macron apr&#232;s trois semaines de r&#233;voltes dans tout le pays. On est au rond-point du Minotaure &#224; Voreppe, en Is&#232;re, devant la cabane &#8220;Paradise II&#8221; d&#233;truite par les bleus et reconstruite dans la foul&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au centre, Morgan, la vingtaine, travaillait dans la restauration. Combien de temps est-il rest&#233; la clope au bec sans l'allumer, le regard d&#233;termin&#233;, concentr&#233; et en col&#232;re contre l'homme, si petit, qui lui faisait face ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;Quand la violence se d&#233;cha&#238;ne, la libert&#233; cesse. C'est donc d&#233;sormais le calme et l'ordre r&#233;publicain qui doivent r&#233;gner. Nous y mettrons tous les moyens car rien ne se construira de durable tant qu'on aura des craintes pour la paix civile.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les smartphonespectateurs le conspuent et ce pendant treize minutes, le temps de son verbiage pr&#233;enregistr&#233;. Macron annonce l'annulation de la hausse de la CSG&lt;i&gt; [contribution sociale g&#233;n&#233;ralis&#233;e]&lt;/i&gt; pour les retrait&#233;s qui touchent moins de 2 000 euros, des heures sup' sans imp&#244;ts ni charges, 100 balles sans le Mars pour les smicards, une prime de fin d'ann&#233;e vers&#233;e au bon vouloir des employeurs et un &#8220;grand d&#233;bat national&#8221; en perspective. Rien n'y fait, les Gilets jaunes le traitent de tous les noms.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;Je sais que certains voudraient dans ce contexte que je revienne sur la r&#233;forme de l'imp&#244;t sur la fortune, mais pendant pr&#232;s de quarante ans, il a exist&#233; ; vivions-nous mieux durant cette p&#233;riode ? Les plus riches partaient et notre pays s'affaiblissait.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant des semaines, le rond-point a vu d&#233;filer des centaines de chasubles jaunes. Elles &#233;rigeaient des cabanes, tractaient les automobilistes en faveur du RIC &lt;i&gt;[r&#233;f&#233;rendum d'initiative citoyenne]&lt;/i&gt;, discutaient, s'engueulaient, envahissaient l'autoroute &#224; proximit&#233;, organisaient des p&#233;ages gratuits et bloquaient la d&#233;partementale &#224; l'aide de barricades.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait l&#224;, entre autres : Ren&#233;, 57 ans, retrait&#233; pour invalidit&#233; de la fonction publique territoriale et ses 800 euros par mois. Laetitia, 40 ans, qui bossait comme factrice et dans un Ehpad. Denis, 66 ans, ancien ouvrier qui en &#171; [avait] &lt;i&gt;bouff&#233; de l'amiante sur les chantiers&lt;/i&gt; &#187;, et se retrouvait avec 1 000 euros de retraite. &#201;lodie, la trentaine, dans l'immobilier pour 1 300 euros, pr&#233;sente tous les midis et qui ne ratait aucune manif hebdomadaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8220;&lt;i&gt;J'entends que le gouvernement poursuive l'ambition des transformations de notre pays que le peuple a choisie il y a maintenant dix-huit mois ; nous avons devant nous &#224; conduire une r&#233;forme profonde de l'&#201;tat, de l'indemnisation du ch&#244;mage et des retraites.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Elles sont indispensables.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Nous voulons des r&#232;gles plus justes, plus simples, plus claires et qui r&#233;compensent ceux qui travaillent.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin du smartphone, un feu de palette cr&#233;pite. Il est d&#233;sert&#233; pour ce quart d'heure de t&#233;l&#233;vision dans la boue. &#192; l'int&#233;rieur de la cabane, Jacky, retrait&#233;, grignote seul un bout de pizza. Lui s'en fout du discours, il ne veut pas l'&#233;couter. Il n'attend rien du pr&#233;sident honni. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dont un euro revers&#233; aux caisses anti-rep, la classe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui participe activement au &lt;i&gt;Postillon&lt;/i&gt;, super canard rebelle bas&#233; &#224; Grenoble o&#249; il ne cesse de ruer dans les portillons (d&#233;so pas d&#233;so).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nom officiel de cette place que les Marseillais appellent la Plaine, terme qui d&#233;signe aussi le quartier alentour.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions La D&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Que Serge tient &#224; remercier &#8211; chose faite. Il tient par ailleurs &#224; ajouter ceci : &#171; &lt;i&gt;Je me permets de signaler que, le 22 septembre 2020, sortira aux &#233;ditions Adespote un livre ayant pour titre : On est l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Cet ouvrage rassemblera 150 photos en noir et blanc. Elles seront accompagn&#233;es d'une dizaine de textes &#8211; r&#233;cits ou commentaires &#8211; d'acteurs et d'actrices de ce mouvement historique. L'int&#233;gralit&#233; des droits d'auteur du livre sera vers&#233;e &#224; la Ligue des droits de l'Homme.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Cauchemar entrep&#244;t</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Chien Noir</dc:creator>


		<dc:subject>Fiction</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Au programme ce soir : une nouvelle d'anticipation o&#249; l'hologramme de Philippe Etchebest, le chef de l'&#233;mission Cauchemar en cuisine, joue le Big Brother harcelant. C'est fou : apr&#232;s trois ans &#224; bosser dans cet entrep&#244;t, j'ai encore la boule au ventre chaque matin &#224; l'id&#233;e de venir sillonner ses all&#233;es glauques pour que des trouducs re&#231;oivent chez eux leurs babioles de merde. Pas exactement la joie. Surtout que j'ai bien conscience de faire partie du r&#233;giment des employ&#233;s les plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Au programme ce soir : une nouvelle d'anticipation o&#249; l'hologramme de Philippe Etchebest, le chef de l'&#233;mission &lt;i&gt;Cauchemar en cuisine&lt;/i&gt;, joue le Big Brother harcelant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est fou : apr&#232;s trois ans &#224; bosser dans cet entrep&#244;t, j'ai encore la boule au ventre chaque matin &#224; l'id&#233;e de venir sillonner ses all&#233;es glauques pour que des trouducs re&#231;oivent chez eux leurs babioles de merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas exactement la joie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout que j'ai bien conscience de faire partie du r&#233;giment des employ&#233;s les plus fliqu&#233;s de France, chacun de mes mouvements &#233;tant diss&#233;qu&#233; jusqu'&#224; l'os par une gestion humaine fascisto&#239;de.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si je m'&#233;gare dans la mauvaise all&#233;e, &lt;i&gt;bip&lt;/i&gt; la machine me reprend. Si je m'arr&#234;te pour saluer un coll&#232;gue, &lt;i&gt;bip&lt;/i&gt; elle me signale que je perds du temps. Et si je renverse un chariot, &lt;i&gt;bip&lt;/i&gt; elle rameute mon sup&#233;rieur qui d&#233;barque pour m'engueuler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'enfer sur terre, version management num&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; tel point que je n'aurais jamais imagin&#233; pouvoir tomber plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#212; na&#239;vet&#233;, compagne ador&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est ce matin qu'on a appris la nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le messager : Steve, mon n+1, contrema&#238;tre parfaitement horripilant et puissamment d&#233;vou&#233; &#224; la direction &#8211; caniche &lt;i&gt;&#252;ber alles&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'on b&#226;illait en salle de r&#233;union, le bougre se p&#226;mait d'aise en nous d&#233;crivant notre nouvel &#171; &lt;i&gt;assistant r&#233;gulateur interactif&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;gi par une application charg&#233;e de contr&#244;ler nos t&#226;ches et d&#233;placements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de neuf sous le soleil noir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si Steve &#233;tait surexcit&#233;, tr&#233;pignait litt&#233;ralement d'enthousiasme en nous projetant son power-point pourri, c'&#233;tait parce qu'il y avait une fonctionnalit&#233; in&#233;dite, m&#234;lant, je cite, &#171; &lt;i&gt;l'excellence manag&#233;riale &#224; l'&#233;vasion du divertissement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le coup, on n'a pas tilt&#233;. On croyait que c'&#233;tait simplement une mani&#232;re de nous fliquer encore un peu plus, la routine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf qu'apr&#232;s cinq minutes de blabla, Steve a projet&#233; sur l'&#233;cran une photo de ce chef cuisinier atrabilaire qui fait le bonheur des &#233;missions t&#233;l&#233;vis&#233;es consacr&#233;es &#224; la cuisine : ce tar&#233; de Philippe Etchebest, roi de &lt;i&gt;Cauchemar en cuisine&lt;/i&gt;. &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What the fuck&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; D'un coup, on a &#233;cout&#233; Steve attentivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et c'est ainsi que sous les encouragements &#233;nergiques de ce grand chef &#233;toil&#233;, vous pourrez encore am&#233;liorer votre productivit&#233;, tutoyant ainsi la perfection professionnelle.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Euh.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une heure apr&#232;s, j'avais ma premi&#232;re interaction avec Philippe :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Mais t'es vraiment une sous-merde, en fait. T'as pas capt&#233; que ta pile de bouquins &#233;tait trop haute&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Tu connais pas le principe de la gravit&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Attends, je t'explique : quand une pile vacille, c'est qu'elle risque de s'&#233;crouler&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Trop ouf&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philippe &#233;tait violet de col&#232;re, de grosses veines semblables &#224; des limaces palpitant sur ses tempes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surprise du &lt;i&gt;chef&lt;/i&gt; : je ne le visualisais pas sur &#233;cran mais en face de moi, sous forme hologrammique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dr&#244;le de sensation, comme si j'&#233;tais rabaiss&#233; plus bas que tout au beau milieu de mes coll&#232;gues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il s'est &#233;teint en chuintant et j'ai commenc&#233; &#224; ramasser les 37 exemplaires du dernier Marc Levy &#233;parpill&#233;s &#224; mes pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reprenant ma route en tra&#238;nant mon chariot, je suis pass&#233; devant Rachid, qui se prenait lui aussi une belle soufflante :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;T'as pas encore capt&#233; que pour se rendre de l'all&#233;e 23 au d&#233;p&#244;t C, il faut passer par le tunnel de stockage ext&#233;rieur&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Mais t'&#233;tais o&#249; &#224; la grande distribution des cerveaux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Parti pisser&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rachid tremblait litt&#233;ralement d'humiliation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on a voulu protester.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soir m&#234;me, on s'est r&#233;unis dans la salle de repos pour &#233;crire une lettre &#224; la direction, disant que ce nouveau dispositif &#233;tait une honte et qu'on n'avait aucune envie de se faire injurier par un hologramme psychopathe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un coup dans l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on nous a r&#233;pliqu&#233; d&#232;s le lendemain, dans un mail glacial : cette r&#233;forme s'inscrivait dans le cadre &#171; &lt;i&gt;professionnalo-ludique&lt;/i&gt; &#187; impuls&#233; par le gouvernement via la loi Brogniart d'ao&#251;t dernier. Il s'agissait de nous offrir un surplus de motivation tout en &#233;chappant aux &#171; &lt;i&gt;structures hi&#233;rarchiques classiques&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est plusieurs &#224; avoir song&#233; &#224; d&#233;missionner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais : les cr&#233;dits &#224; rembourser, le ch&#244;mage, les &#233;tudes du petit dernier&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, on est rest&#233;s, s'habituant progressivement aux d&#233;lirantes vagues d'insultes ponctuant chacune de nos erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut bien gagner son pain.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De l'eau a coul&#233; sous les cons. Apr&#232;s Etchebest, on a eu droit &#224; Denis Brogniart. Si le premier nous insultait quand on s'emm&#234;lait les pinceaux, l'animateur de &lt;i&gt;Koh-Lantah&lt;/i&gt; avait davantage vocation &#224; nous insuffler la p&#234;che par son insupportable sabir &#171; motivationnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#199;a commen&#231;ait &#224; faire beaucoup.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, il y a eu la goutte d'eau qui a fait d&#233;border mon vase : l'irruption d'holo-Hanouna, dans la salle de repos. Finies les discussions avec les coll&#232;gues : d&#233;sormais on &#233;tait cens&#233;s prendre notre pause avec en fond sonore et visuel les envol&#233;es d&#233;biles de l'animateur pr&#233;f&#233;r&#233; des Fran&#231;ais &#8211; &#171; &lt;i&gt;Wesh les &lt;/i&gt;fanzouzes&lt;i&gt;, on a bien taff&#233; aujourd'hui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; j'ai d&#233;goupill&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai bondi dans le bureau de Steve, gueul&#233; &#171; &lt;i&gt;Je d&#233;missionne, charogne&lt;/i&gt; &#187;, puis saut&#233; dans ma bagnole, tout heureux de rentrer chez moi pour annoncer &#224; Vanessa que c'en &#233;tait fini des humiliations &#8211; bien fini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai pouss&#233; la porte, elle &#233;tait dans la cuisine. L'embrassant, j'ai not&#233; qu'elle &#233;tait fort p&#226;le et sentait l'alcool.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;&#199;a va pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, je lui ai demand&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a bafouill&#233;, voix tremblante : &#171; &lt;i&gt;C'est l'autre, l&#224;, dans&#8230; dans le salon&#8230; obligatoire&#8230; minist&#232;re de la Sant&#233;... pas eu le choix&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai reconnu sa ganache d&#232;s que j'ai franchi le seuil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Didier&lt;i&gt; fucking&lt;/i&gt; Raoult.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le roi des pand&#233;mies, en chair et en hologramme, plus bavard que jamais : &#171; &lt;i&gt;D'ailleurs je pr&#233;conise un traitement imm&#233;diat &#224; base d'hydrochloroquine d&#232;s la premi&#232;re phase de contamination, toutes les &#233;tudes ayant prouv&#233; que...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis pinc&#233; tr&#232;s fort le bras &#8211; je r&#234;vais ou bien ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Et le pr&#233;sident Macron m'a assur&#233;...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne r&#234;vais pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gardant un calme olympien, j'ai rejoint Vanessa dans la cuisine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pianotant sur mon smartphone, j'ai fait jaillir notre joker pour les p&#233;riodes de crise : les holo-Sex Pistols.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un coup d'un seul, Sid, Johnny et les autres ont d&#233;boul&#233; dans la cuisine en bramant &#171; Anarchy in the UK &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pogot&#233; jusqu'au petit matin en descendant deux bouteilles de pastis. &lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No future&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Chien Noir&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Violences sexuelles : penser l'apr&#232;s</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Violences-sexuelles-penser-l-apres</link>
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		<dc:date>2020-10-16T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>LMG</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>femmes</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Parce</dc:subject>
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		<dc:subject>ans</dc:subject>
		<dc:subject>C'&#233;tait</dc:subject>
		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>rapport</dc:subject>
		<dc:subject>agression</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma. On ne se remet pas d'un viol . C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/agression" rel="tag"&gt;agression&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comment continuer &#224; d&#233;sirer, aimer, s'extasier apr&#232;s avoir &#233;t&#233; agress&#233;e ? Si la trace des violences ne s'efface jamais, certaines femmes parviennent &#224; tisser, autour du traumatisme, un nouveau lien avec leur sexualit&#233;. Parmi des milliers d'histoires, toutes diff&#233;rentes, celle de Fanny et celle d'Emma.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3402 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH332/-1587-36c6b.jpg?1780067530' width='500' height='332' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par LMG
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On ne se remet pas d'un viol&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est en substance ce que drainent beaucoup de discours sur les violences sexuelles. Meurtries dans leur chair, les femmes victimes n'auraient plus qu'&#224; renoncer &#224; leur d&#233;sir, &#224; faire une croix sur leur plaisir. Si pour certaines, d&#233;serter ces terrains est v&#233;cu comme une n&#233;cessit&#233;, d'autres s'attellent &#224; reconstruire leur sexualit&#233; sur les ruines du traumatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est le cas de Fanny&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et Emma qui ont accept&#233; de livrer un t&#233;moignage intime, personnel et mouvant de leur rapport au &#171; sexe &#187; apr&#232;s leur agression. De ce par quoi elles sont pass&#233;es et du terrain gagn&#233;. Des blessures jamais referm&#233;es et des cicatrices sur lesquelles veiller.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fanny a 32 ans. Elle est lesbienne. Adolescente, un homme l'agresse. Il est plus &#226;g&#233; qu'elle, elle le conna&#238;t. Elle dit &#171; non &#187;, il insiste et la force. Quelques ann&#233;es plus tard, alors que Fanny sort avec des femmes, une deuxi&#232;me rencontre tourne mal : dans l'intimit&#233;, celle qu'elle aime fait d'elle son &#171; &lt;i&gt;objet sexuel&lt;/i&gt; &#187;. Douze ans plus tard, Fanny vit aujourd'hui avec Agathe. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon entr&#233;e dans la sexualit&#233; s'est faite par un rapport non consenti impos&#233; par un homme. Je n'&#233;tais pas du tout pr&#234;te, j'ai dit &#8220;non&#8221;. Trop de fois pour ne pas &#234;tre entendue. C'&#233;tait une agression sexuelle. Je le dis comme &#231;a parce que je n'arrive pas encore &#224; parler de viol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression, donc, a eu un impact direct sur mon rapport aux hommes : elle a certainement r&#233;duit le champ des possibles qui n'&#233;tait d&#233;j&#224; pas bien ouvert. Est-ce que je suis gouine parce que mon premier rapport avec un mec a &#233;t&#233; celui-l&#224; ? La question peut se poser, mais je crois que les choses sont plus complexes que &#231;a. Les femmes, je les aimais bien avant ce type-l&#224;, c'est une certitude. J'ai fait un slow avec un gar&#231;on quand j'avais cinq ans qui m'avait un peu &#233;mue, mais j'embrassais d&#233;j&#224; ma meilleure amie &#224; cette &#233;poque-l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cette violence n'est pas &#224; l'origine de mon d&#233;sir pour les femmes, je sais qu'elle a clairement impact&#233; ma sexualit&#233;. Pendant longtemps, j'avais des angoisses &#224; chaque rapport sexuel m&#234;me si mes partenaires &#233;taient des femmes. Ce premier mec n'a pas pu me p&#233;n&#233;trer parce que je n'&#233;tais pas consentante et pendant longtemps, &#224; chaque rapport, je me disais que mon corps n'allait pas r&#233;pondre. C'&#233;tait la crainte de ne pas mouiller assez, d'avoir un vagin trop &#233;troit. Jusqu'&#224; il y a peu, je v&#233;rifiais &#224; chaque fois si j'&#233;tais assez lubrifi&#233;e. &#199;a m'arrive encore aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paradoxalement, cette agression a aussi peut-&#234;tre influenc&#233; d'autres choses : si les hommes ne sont pas pour moi des objets de d&#233;sir, ils peuvent &#234;tre des objets de fantasme. Je ne parlerais pas de fantasmes de viol, mais quand m&#234;me : je pense souvent &#224; des rapports costauds, j'imagine un mec qui me &#8220;chope&#8221;. Pendant un moment, c'&#233;tait tellement pr&#233;sent que je me disais que j'allais me r&#233;veiller un jour en me rendant compte que c'&#233;taient les hommes que je d&#233;sirais vraiment. Donc la violence de ce mec, elle est inscrite dans mon corps jusque dans mes fantasmes et mon d&#233;sir &#8211; qui ne se porte pas sur les hommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette agression, je suis sortie avec plusieurs filles. J'avais 17 ou 18 ans, c'&#233;tait une sexualit&#233; un peu timide, les d&#233;buts o&#249; tu t&#226;tonnes. Et puis &#224; 20 ans, j'ai rencontr&#233; une femme qui avait dix ans de plus que moi et qui m'a brutalis&#233;e. Cette histoire a dur&#233; dix-huit mois pendant lesquels j'&#233;tais rel&#233;gu&#233;e au rang d'objet sexuel. &#199;a m'a bris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand &#231;a s'est termin&#233;, pendant une ann&#233;e, plus aucune femme ne pouvait me toucher. Lorsque je sentais que l'une d'elles me d&#233;sirait, je le vivais comme quelque chose de sale, d'avilissant, de dangereux. Comme je ne pouvais plus envisager une sexualit&#233; avec des femmes, je suis all&#233;e vers des rapports destructeurs. Je me retrouvais dans des lits de mecs que je ne connaissais pas et dont je n'avais pas envie. Je me mettais en difficult&#233;. Je n'en ai quasiment aucun souvenir parce que j'&#233;tais absolument trop saoule pour savoir ce que je faisais, et que je ne voulais d'ailleurs pas savoir. Quand il y a des violences sexuelles dans un rapport amoureux, &#231;a te brise au-del&#224; du corps. Cette histoire montre que les rapports lesbiens sont aussi travers&#233;s par la domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette p&#233;riode, j'ai recommenc&#233; &#224; coucher avec des femmes. Sauf que je m'&#233;tais d&#233;couverte dans la sexualit&#233; avec cette femme qui m'a fait subir des pratiques violentes qui m'emmenaient au-del&#224; de ce que je d&#233;sirais, de ce que voulais et de ce que je pouvais supporter. Cette violence-l&#224; a teint&#233; ma sexualit&#233;. J'avais l'impression que c'&#233;tait &#231;a le mod&#232;le. Parce que j'avais vingt ans, qu'elle en avait trente et que pour moi c'&#233;tait une femme avec un grand &#8220;F&#8221;. Paradoxalement, apr&#232;s je m'ennuyais presque de ne pas avoir mal quand je baisais. J'ai aussi connu des rapports que je consid&#233;rais comme sexuellement puissants alors que c'&#233;taient surtout des rapports dans lesquels je n'arrivais pas &#224; dire que c'&#233;tait trop pour moi. Je travaille encore sur le fait de r&#233;ussir &#224; dire &#8220;&lt;i&gt;&#199;a, &#231;a ne me va pas&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;Pas maintenant, pas de cette mani&#232;re-l&#224;, pas autant.&lt;/i&gt;&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;t&#233; longtemps dans la fuite du lien et je laissais du coup toute la place &#224; une sexualit&#233; v&#233;n&#232;re. Je revendiquais aussi avoir besoin de sexe, je disais que je ne pouvais pas m'en passer. Un peu comme une fiert&#233; virile &#224; la con. J'ai toujours un rapport tr&#232;s angoiss&#233; &#224; la baise : si dans mon couple, ma sexualit&#233; n'explose pas tout le temps, n'est pas au premier plan, je flippe parce que &#231;a veut dire que je laisse la place &#224; autre chose, &#224; une autre forme de lien. Jusqu'&#224; il y a peu, &#231;a me travaillait tous les jours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, je suis avec Agathe, c'est ma premi&#232;re relation longue depuis douze ans. Je peux maintenant &#234;tre avec une femme que j'aime, la d&#233;sirer sans avoir besoin de me sentir salie ou de la salir. C'est le r&#233;sultat d'un long processus. Elle est un vrai soutien. Entre autres parce qu'elle est beaucoup plus au clair que moi avec le consentement. C'est souvent elle qui me fait remarquer qu'il y a quelque chose qui ne me va pas. Elle le voit avant que je l'exprime. Je peux dire aujourd'hui qu'il y a des choses tr&#232;s joyeuses dans ma sexualit&#233;. J'aime la libert&#233; qu'offre un rapport sexuel de lesbiennes, le fait de ne pas &#234;tre pourvue d'un p&#233;nis et de pouvoir en jouer, d&#233;placer cette question du phallus, pour de vrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois que la fa&#231;on dont on se remet d'un viol d&#233;pend de la fa&#231;on dont on est entour&#233;e, entendue. Chez moi le traumatisme est toujours pr&#233;sent, il y a une fissure &#224; un endroit. Tu as beau colmater, poncer, c'est toujours pr&#233;sent. Tu travailles autour de ces failles, mais ton corps imprime, c'est comme une cicatrice. Heureusement qu'on peut se retrouver avec des personnes, lesbiennes ou non d'ailleurs, qu'on peut en parler, construire un discours autour de cette question des violences sexuelles, qu'on peut s'accompagner. Il y a une vraie force puis&#233;e dans la sororit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Emma a 40 ans. Elle vit avec Alex et, ensemble, ils ont une petite fille. Il y a vingt ans, un homme lui impose avec beaucoup de violence une fellation. Une exp&#233;rience douloureuse v&#233;cue &#224; un moment o&#249; son &#233;quilibre &#233;tait d&#233;j&#224; sur la tangente. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#226;ge de vingt ans, dans un moment d'errance li&#233; &#224; une bouff&#233;e d&#233;lirante qui a dur&#233; plusieurs mois, j'ai atterri dans le lit d'un gars rencontr&#233; dans un bar. Il a d'abord voulu me p&#233;n&#233;trer, mais &#231;a m'a fait mal. Il m'a alors attrap&#233;e par les cheveux, a plaqu&#233; sa bite dans le fond de ma gorge et a choisi la vitesse des allers-retours de ma t&#234;te le long de sa verge. J'ai pouss&#233; un tout petit &#8220;&lt;i&gt;&#192; l'aide&lt;/i&gt;&#8221; qui a arrach&#233; un rictus au mec qui dormait au sol &#224; c&#244;t&#233; du lit, et qui n'a pas boug&#233;. Puis j'ai vomi et me suis endormie. Je trouve &#231;a n&#233;cessaire de raconter ce point de d&#233;part parce que toutes les agressions sexuelles ne se ressemblent pas, et leur impact sur la personne peut parfois d&#233;pendre de la nature de l'&#233;v&#233;nement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ce moment-l&#224;, moi, je n'avais pas v&#233;cu moult exp&#233;riences sexuelles. Du coup, &#231;a a marqu&#233; mon rapport &#224; la fellation &#8211; passage souvent oblig&#233; de la sexualit&#233; h&#233;t&#233;ro &#8211; durant de nombreuses ann&#233;es. J'ai d&#233;test&#233; &#231;a pendant longtemps, j'avais tout le temps des haut-le-c&#339;ur quand je m'y attelais. Le fantasme que manipule le porno, selon lequel il faudrait aller tr&#232;s profond, tenir la meuf par les cheveux, lui faire faire des gargarismes improbables, limite lui faire rendre ses tripes, je le trouve particuli&#232;rement abject. Et j'ai l'impression d'avoir crois&#233; pas mal de mecs qui ne l'avaient pas remis en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme cette agression est arriv&#233;e au d&#233;but de ma vie sexuelle, &#231;a n'a pas contribu&#233; &#224; ce que je m'&#233;panouisse vraiment de ce c&#244;t&#233;-l&#224;. Je crois qu'il m'en est rest&#233; longtemps l'id&#233;e qu'il fallait avant tout satisfaire les d&#233;sirs de l'homme, pour &#233;viter qu'il finisse par me contraindre. Je n'ai pas re&#231;u d'&#233;ducation sexuelle de la part de mes parents, pourtant f&#233;ministes. C'&#233;tait vraiment un angle mort total, je n'&#233;tais pas outill&#233;e pour me sentir puissante dans ce domaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aussi dire que dans la d&#233;cennie qui a suivi cette agression, j'ai fait plusieurs passages en h&#244;pital psychiatrique et que j'ai pris un antipsychotique qui m'a fait prendre beaucoup de poids, qui a maintenu mon corps et mes sensations &#224; distance, faisant piquer ma libido en rase-mottes. Je couchais ou avais des histoires affectives avec des gens aussi perdus que moi, et le besoin de tendresse primait largement sur celui de jouir. Pendant longtemps, j'ai eu l'impression de ne pas savoir faire du sexe, un truc d'incapacit&#233;, de handicap, une vision n&#233;gative de moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je couchais avec quelqu'un, c'&#233;tait plus pour satisfaire des attentes sociales. Le sexe &#233;tait pour moi quelque chose d'assez plastique, sans affect, assez routinier au final : on s'embrasse avec la langue, il me pelote les seins, je lui embrasse la bite, il me p&#233;n&#232;tre, et puis voil&#224; c'est fini. Outre les probl&#232;mes de libido impos&#233;s par le m&#233;doc, je pense que cette agression &#224; 20 ans m'a un peu p&#233;t&#233;e dans mon &#233;lan. Qu'elle a mis de l'ins&#233;curit&#233; dans mon rapport au sexe, qu'elle a impact&#233; ma confiance en moi-m&#234;me. Grosso modo, la morale de l'histoire &#233;tait &#8220;&lt;i&gt;Si le mec n'est pas content, tu risques de passer un sale quart d'heure.&lt;/i&gt;&#8221; Ce qui ne me poussait pas &#224; mettre mon plaisir au centre, &#224; l'&#233;panouir, &#224; jouer et &#224; jouir. C'est parce que j'ai rencontr&#233; quelqu'un qui m'y invitait et qui me mettait en confiance pour le faire que j'ai pu remettre de l'&#233;vidence dans la recherche de mon plaisir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette agression a aussi peut-&#234;tre eu un autre impact : ce n'est pas tr&#232;s &#233;tonnant, mais il n'y a pas de fellation dans mes fantasmes. Que ce soit dans ceux dans lesquels je me visualise en homme comme dans ceux dans lesquels je suis une femme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai commenc&#233; &#224; reprendre de la ma&#238;trise sur ma vie en g&#233;n&#233;ral, apr&#232;s le long cycle des passages en HP et des lentes reconstructions, j'ai eu envie de rouvrir ce chantier du sexe. &#201;tonnamment c'est un bouquin qui m'a aid&#233;e, alors que je ne suis pas du tout habitu&#233;e &#224; ce genre de litt&#233;rature &#8220;d&#233;veloppement personnel&#8221;. Il &#233;tait biface : au recto, un guide de la fellation, au verso, un guide du cunnilingus. C'&#233;tait hyper h&#233;t&#233;rocentr&#233;, tr&#232;s romantique dans l'approche de l'acte, avec plein de m&#233;taphores &lt;i&gt;too much&lt;/i&gt;, mais &#231;a m'a aussi aid&#233;e &#224; ne plus voir le phallus comme un marteau-pilon, mais plut&#244;t comme un organe sensible, avec ses zones appelant de la d&#233;licatesse et de l'expertise. La fellation est devenue un acte ludique, o&#249; je restais ma&#238;tresse des choses que je voulais faire ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui je suis avec Alex. C'est moi qui l'ai dragu&#233; effront&#233;ment. Je lui ai rapidement parl&#233; de mon agression sexuelle, qui avait eu lieu douze ans auparavant. J'avais besoin d'&#234;tre sinc&#232;re, de vite expliciter mes zones d'inconfort pour qu'il ne m'y m&#232;ne pas direct, par maladresse. &#199;a a &#233;t&#233; un peu trop abrupt, comme un abordage un peu violent dans une histoire d'amour. Je ne mesurais pas tout ce que &#231;a allait pouvoir brasser chez lui. Du coup, il a eu besoin de me mettre &#224; distance tr&#232;s vite, pour mieux re&#8202;ve&#8202;nir vers moi au bout de quelques semaines, quand &#231;a s'&#233;tait apais&#233; pour lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ose esp&#233;rer que si j'avais d&#233;marr&#233; ma sexualit&#233; autrement, j'aurais pu plus vite faire de ma jouissance un axe central de mes pratiques sexuelles, et donc identifier plus rapidement les endroits o&#249; je n'avais pas envie d'aller. Il m'arrive encore des fois de dire apr&#232;s coup &#8220;&lt;i&gt;&#199;a m'a fait un peu mal, mais je ne voulais pas t'interrompre parce que tu avais l'air bien.&lt;/i&gt;&#8221; Alors m&#234;me qu'entendre l'autre dire la m&#234;me chose me r&#233;vulse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a cette id&#233;e qu'on ne se remettrait pas d'un viol. Je ne me sens pas forc&#233;ment l&#233;gitime &#224; poser un regard dessus parce que j'ai l'impression d'avoir v&#233;cu plut&#244;t une agression sexuelle qu'un viol. Mais si j'ai &#233;t&#233; viol&#233;e et que j'ai une sexualit&#233; &#233;panouie derri&#232;re, alors quoi ? Cela sous-entend que je n'ai pas &#233;t&#233; vraiment viol&#233;e, pour m'en remettre si facilement ? C'est ultra d&#233;primant dans ce que &#231;a a de cat&#233;gorique, de d&#233;finitif aussi : cela revient &#224; dire que d&#232;s mes vingt ans, je pouvais faire une croix sur une vie sexuelle riche et &#233;panouissante. Heureusement que la vie est plus complexe que &#231;a. Dans mon cas, l'enjeu est plut&#244;t de ne pas d&#233;serter le terrain, de me r&#233;p&#233;ter que jouir c'est important et qu'il faut se donner les moyens d'y arriver, sans le vivre comme un truc martial, mais comme un truc auquel j'ai droit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020). Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt; du journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le Code p&#233;nal fran&#231;ais, &#171; &lt;i&gt;tout acte de p&#233;n&#233;tration sexuelle, de quelque nature que ce soit, commis sur la personne d'autrui par la violence, contrainte, menace ou surprise est un viol&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>L'autre r&#233;vo. cul</title>
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		<dc:date>2020-10-10T17:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution</dc:subject>
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		<dc:subject>Alain Giami</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rien &#224; voir avec la purge orchestr&#233;e par le Grand Timonier chinois au tournant des ann&#233;es 1960 et 1970 ! La r&#233;volution sexuelle qui a marqu&#233; les pays occidentaux sur deux d&#233;cennies jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980 avait pour moteur et pour finalit&#233; l'&#233;mancipation individuelle via la promotion du corps et des plaisirs charnels. Comme tout processus historique de grande ampleur, la r&#233;volution sexuelle s'est d&#233;ploy&#233;e sur une longue dur&#233;e avec ses pr&#233;curseurs, sa phase de radicalisation mais (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rien &#224; voir avec la purge orchestr&#233;e par le Grand Timonier chinois au tournant des ann&#233;es 1960 et 1970 ! La r&#233;volution sexuelle qui a marqu&#233; les pays occidentaux sur deux d&#233;cennies jusqu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980 avait pour moteur et pour finalit&#233; l'&#233;mancipation individuelle via la promotion du corps et des plaisirs charnels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme tout processus historique de grande ampleur, la r&#233;volution sexuelle s'est d&#233;ploy&#233;e sur une longue dur&#233;e avec ses pr&#233;curseurs, sa phase de radicalisation mais aussi ses contestations qui repoussent son illusoire ach&#232;vement aux calendes grecques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un ouvrage&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;volutions sexuelles, sous la direction d'Alain Giami et Gert Hekma, La (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; consacr&#233; au sujet, le psychosociologue Alain Giami identifie une premi&#232;re r&#233;volution sexuelle au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle sous la forme d'utopies imagin&#233;es par des auteurs comme Denis Diderot, Sade ou Joseph Fourier. Elle a surtout profit&#233; aux hommes des classes sup&#233;rieures. N&#233;anmoins, elle a permis de commencer &#224; d&#233;tacher le plaisir sexuel des actes reproducteurs et de remettre en cause la monogamie et la famille nucl&#233;aire. La valorisation de l'amour libre qui en a d&#233;coul&#233; a &#233;t&#233; particuli&#232;rement d&#233;velopp&#233;e, un si&#232;cle et demi plus tard, par l'anarchiste individualiste Ernest Armand : sa camaraderie amoureuse &#233;galitaire s'oppose au propri&#233;tarisme, tandis que ses coop&#233;ratives sexuelles o&#249; se troquent c&#226;lins et caresses sont autant de machines de guerre contre les logiques concurrentielles transformant en march&#233; les espaces de rencontres amoureuses. Quant &#224; Sade, ses attaques f&#233;roces contre l'&#201;glise et la morale en g&#233;n&#233;ral ont connu une certaine post&#233;rit&#233; au sein des avant-gardes artistiques et politiques, des surr&#233;alistes aux situationnistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me phase, qualifi&#233;e de &#171; r&#233;formisme sexuel &#187;, a &#233;t&#233; impuls&#233;e en Allemagne, &#224; la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, par des m&#233;decins et des scientifiques convaincus que la libert&#233; sexuelle &#233;tait n&#233;cessaire au bien-&#234;tre des individus. Elle a donn&#233; naissance &#224; une nouvelle discipline, la sexologie, et &#224; une Ligue mondiale pour la r&#233;forme sexuelle, active jusqu'&#224; l'arriv&#233;e au pouvoir d'Hitler. Elle revendiquait notamment l'&#233;galit&#233; entre les sexes, la l&#233;galit&#233; du divorce, la libert&#233; des relations sexuelles entre adultes consentants, l'abolition de la prostitution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La p&#233;riode qui court du d&#233;but des ann&#233;es 1960 au d&#233;but des ann&#233;es 1980 a souvent &#233;t&#233; assimil&#233;e &#224;&lt;i&gt; la &lt;/i&gt;r&#233;volution sexuelle, alors qu'elle n'en aurait constitu&#233; qu'une troisi&#232;me &#233;tape, certes particuli&#232;rement intense. Pour l'ensemble des soci&#233;t&#233;s occidentales, elle s'est caract&#233;ris&#233;e par l'irruption du sexe dans le d&#233;bat public. Et plus pr&#233;cis&#233;ment, pour Alain Giami, &#171; &lt;i&gt;par la dissociation de la sexualit&#233; du mariage&lt;/i&gt; [au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, en Europe de l'Ouest, seuls 10 % des couples ne sont pas mari&#233;s], &lt;i&gt;de la reproduction et du genre, l'&#233;mancipation politique et subjective des gays et des lesbiennes, la multiplication des identifications de genre, l'importance des plaisirs &#233;rotiques pour le bien-&#234;tre global des personnes, des attitudes plus d&#233;tendues envers les m&#339;urs sexuelles&lt;/i&gt; &#187;. Plusieurs &#233;l&#233;ments sont venus favoriser ces changements : prosp&#233;rit&#233; &#233;conomique, d&#233;&#8202;mocratisation et s&#233;cularisation des soci&#233;t&#233;s, connais&#8202;sances plus objectives sur les comportements sexuels, mobilisations collectives de la jeunesse, nouvelles technologies m&#233;dicales autour de la pilule contraceptive. Mais on a pu observer de fortes diff&#233;rences d'un pays &#224; l'autre et quand la r&#233;volution sexuelle d&#233;clinait en Su&#232;de, elle a d&#233;marr&#233; en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des enjeux principaux de cette troisi&#232;me r&#233;volution sexuelle a &#233;t&#233; d'ordre r&#233;glementaire. D'une part, la criminalisation de l'homosexualit&#233; a &#233;t&#233; progressivement abandonn&#233;e. D'autre part, la diffusion de la contraception et la d&#233;p&#233;nalisation de l'avortement ont favoris&#233; l'acc&#232;s des femmes &#224; une sexualit&#233; autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'historien Vincent Vidal-Na&#8202;quet&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Interrog&#233; dans R&#233;volutions sexuelles, documentaire en deux parties de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, le propre d'une r&#233;volution est d'&#234;tre p&#233;riodiquement contest&#233;e. Instrumentalisant la pand&#233;mie de sida en termes de punition divine au milieu des ann&#233;es 1980, des groupes r&#233;actionnaires, tr&#232;s souvent li&#233;s &#224; la droite chr&#233;tienne, se sont acharn&#233;s &#224; stigmatiser les membres des communaut&#233;s gay et lesbienne ainsi que les adeptes des relations &#171; multipartenaires &#187;. Avec pour effet d'acc&#233;l&#233;rer la normalisation de la r&#233;volution sexuelle. La r&#233;cup&#233;ration n&#233;olib&#233;rale a &#339;uvr&#233; dans le m&#234;me sens, en orientant la recherche de r&#233;alisation personnelle au c&#339;ur de la conception optimiste de la sexualit&#233; vers un consum&#233;risme d&#233;brid&#233;. Un nouveau march&#233; dop&#233; par la r&#233;volution num&#233;rique, des sites pornos aux applications de rencontres sexuelles en attendant les perfectionnements de la sexualit&#233; augment&#233;e. Dans ce vaste processus de marchandisation, les femmes ont &#233;t&#233; particuli&#232;rement rabaiss&#233;es au statut d'objets sexuels sans besoins sp&#233;cifiques et destin&#233;s &#224; la seule satisfaction du plaisir masculin. Et l'on attend encore un &#171; printemps sexuel &#187; qui viendrait lib&#233;rer les m&#339;urs dans les soci&#233;t&#233;s des quatre coins du monde o&#249; le patriarcat r&#232;gne encore en despote absolu.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020). Voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no188' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt; du journal.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;R&#233;volutions sexuelles&lt;/i&gt;, sous la direction d'Alain Giami et Gert Hekma, La Musardine, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Interrog&#233; dans &lt;i&gt;R&#233;volutions sexuelles&lt;/i&gt;, documentaire en deux parties de Sylvain Desmille, 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Carnet de luttes sexuelles</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Carnet-de-luttes-sexuelles</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Carnet-de-luttes-sexuelles</guid>
		<dc:date>2020-09-17T18:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nina Faure, Y&#233;l&#233;na Perret</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C&#233;line Le Gouail</dc:subject>
		<dc:subject>corps</dc:subject>
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		<dc:subject>sexualit&#233;</dc:subject>
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		<dc:subject>Plaisir</dc:subject>
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		<dc:subject>rapports</dc:subject>
		<dc:subject>avons relu</dc:subject>
		<dc:subject>clitoris</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis pr&#232;s de cinq ans, Nina Faure et Y&#233;l&#233;na Perret travaillent sur la sexualit&#233; comme enjeu f&#233;ministe. Pour l'actualisation du manuel Notre corps, nous-m&#234;mes et la r&#233;alisation du documentaire Le Plaisir f&#233;minin, elles ont recueilli des centaines de t&#233;moignages de femmes cisgenres, mais aussi de personnes trans et non binaires. Compilant lectures et enqu&#234;tes, elles ont tent&#233; de tracer une perspective r&#233;volutionnaire pour abolir le patriarcat... dans la sexualit&#233;, pour commencer. Dans une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis pr&#232;s de cinq ans, Nina Faure et Y&#233;l&#233;na Perret travaillent sur la sexualit&#233; comme enjeu f&#233;ministe. Pour l'actualisation du manuel &lt;i&gt;Notre corps, nous-m&#234;mes&lt;/i&gt; et la r&#233;alisation du documentaire &lt;i&gt;Le Plaisir f&#233;minin&lt;/i&gt;, elles ont recueilli des centaines de t&#233;moignages de femmes cisgenres, mais aussi de personnes trans et non binaires. Compilant lectures et enqu&#234;tes, elles ont tent&#233; de tracer une perspective r&#233;volutionnaire pour abolir le patriarcat... dans la sexualit&#233;, pour commencer.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3403 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;22&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH340/-1588-ba83a.jpg?1779767184' width='500' height='340' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par C&#233;line Le Gouail
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;poque qui semble bien lointaine, nous avons d&#233;couvert que le clitoris ne se r&#233;sumait pas &#224; ce que l'on voyait de lui, qu'il poss&#233;dait en fait des racines internes et mesurait de 8 &#224; 12 cm. Nous &#233;tions surprises de notre m&#233;connaissance et convaincues que cette repr&#233;sentation nouvelle &#233;tait capable de changer la face du monde. C'&#233;tait il y a cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galil&#233;es de la sexualit&#233;, nous &#233;tions pr&#234;tes &#224; d&#233;fendre son int&#233;grit&#233; face aux m&#233;decins, psychanalystes et &#233;diteurs de livres scolaires qui l'avait coup&#233; des sch&#233;mas anatomiques et de nos imaginaires. Des copines qui travaillaient dans l'&#233;ducation &#224; la sexualit&#233; s'emparaient du sujet pendant qu'&#224; Marseille, on cr&#233;ait un troupeau de clitoris g&#233;ants en carton survolant le carnaval de la Plaine. Ailleurs, de nombreuses autres personnes prenaient ce chantier &#224; bras-le-corps et les initiatives fleurissaient. En 2016, un crop-clitoris de 120 m&#232;tres apparaissait dans un champ pr&#232;s de Montpellier sur le mod&#232;le des &lt;i&gt;crop-circles&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Formes g&#233;om&#233;triques que l'on peut parfois observer dans les plantations de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#171; extraterrestres &#187;. Odile Fillod, ing&#233;nieure et chercheuse en sociologie des sciences, mod&#233;lisait des clitos pour les imprimantes 3D et &#233;tait re&#231;ue sur le plateau de l'&#233;mission &lt;i&gt;Quotidien&lt;/i&gt; pour en parler. Peu &#224; peu, notre combat pour faire sortir le clitoris de l'ombre, notre perspective r&#233;volutionnaire principale, se trouvait ramen&#233;e au rang de revendication sociale-d&#233;mocrate sur l'&#233;chelle de la r&#233;volution. Et le patriarcat &#233;tait toujours l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La parole est &#224; nous&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors nous avons continu&#233; &#224; parler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Montpellier, &#224; Paris, puis de l'Ard&#232;che &#224; Saint-Denis, nous avons men&#233; des dizaines de discussions collectives non mixtes&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Par non-mixit&#233; nous entendons ici sans hommes cisgenres, c'est-&#224;-dire entre (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; dans le cadre de l'actualisation de &lt;i&gt;Notre corps nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notre corps, nous-m&#234;mes, collectif, Hors d'Atteinte, 2020.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, ce manuel f&#233;ministe historique des ann&#233;es 1970 bas&#233; sur des t&#233;moignages de femmes. Afin d'en garder une trace, nous filmions ce travail pour le (futur) documentaire &lt;i&gt;Le Plaisir f&#233;minin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'a pas &#233;t&#233; si simple. S'avouer petit &#224; petit que oui, parfois, il pouvait arriver que nous n'&#233;prouvions pas de plaisir, que la r&#233;ciprocit&#233; ou la joie ne soient pas toujours au rendez-vous. Que nous ne nous retrouvions pas tant que &#231;a dans cette image de femme lib&#233;r&#233;e qui jouit sans entraves.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fur et &#224; mesure des discussions, les m&#234;mes constats revenaient, sans appel : honte de nos corps, tabou de la masturbation, douleurs pendant les rapports, exp&#233;riences de violences sexuelles, difficult&#233;s &#224; obtenir du plaisir par la p&#233;n&#233;tration ou &#224; faire passer nos d&#233;sirs avant ceux de nos partenaires... Nos r&#233;cits se faisaient &#233;cho avec une persistance qui nous frappait. Nous semblions toutes avoir &#233;t&#233; confront&#233;es &#224; des probl&#232;mes de consentement, surtout dans les rapports h&#233;t&#233;rosexuels avec des hommes cisgenres. La joie de pouvoir enfin parler se m&#234;lait au d&#233;sespoir de ce constat : les meufs, particuli&#232;rement les h&#233;t&#233;ros, ne prennent pas leur pied&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon une &#233;tude men&#233;e en 2017 par l'Institut Kinsey (un centre de recherche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Renverser nos lits&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors, avec d'autres participantes, nous sommes pass&#233;es &#224; la phase 2 : les travaux pratiques. Il fallait partir &#224; la reconqu&#234;te de nos corps et de notre plaisir. Nous avons d&#233;couvert des techniques de masturbation gr&#226;ce au site&lt;i&gt; Oh My God Yes&lt;/i&gt;. Nous avons &#233;pluch&#233; les brochures d'&lt;i&gt;Infokiosque.net&lt;/i&gt;, comme la magnifique &lt;i&gt;Apprendre le consentement en 3 semaines&lt;/i&gt; qui nous a aid&#233;es &#224; ne plus &#171; juste &#187; consentir, &#224; savoir dire non mais aussi oui, &#224; formuler des demandes claires. Nous avons compil&#233; les pistes propos&#233;es dans &lt;i&gt;Jouir&lt;/i&gt;, le livre de Sarah Barmark&lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; &#171; En qu&#234;te de l'orgasme f&#233;minin &#187;, La D&#233;couverte, 2019.&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Nous avons d&#233;couvert des &lt;i&gt;sextoys&lt;/i&gt; qui su&#231;otent le clitoris, d'autres assez puissants pour provoquer des &#233;jaculations. Nous avons regard&#233; du porno f&#233;ministe, &#233;cout&#233; des podcasts &#233;rotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons fait des ateliers d'auto-exploration et d&#233;couvert la diversit&#233; de nos sexes, nous permettant parfois de nous r&#233;concilier avec le n&#244;tre. Nous avons aussi mieux compris leur fonctionnement gr&#226;ce &#224; l'incroyable &#171; chatte en mousse &#187; cr&#233;&#233;e par Rapha&#235;lle Morel pour le Planning familial, un outil en textile reproduisant les parties souvent m&#233;connues de notre anatomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Individuellement, nous avons eu des petites victoires, ri, joui, infl&#233;chi les sch&#233;mas de relations qui ne nous convenaient pas, r&#233;ussi &#224; reprendre le contr&#244;le sur leur d&#233;roul&#233;. Nous avons red&#233;fini la place que prenait la p&#233;n&#233;tration pendant les rapports, nous avons voulu que ceux-ci ne se terminent plus par l'&#233;jaculation masculine. Nous avons c&#233;l&#233;br&#233; la panne, imagin&#233; qu'un rapport sexuel, ce pouvait aussi &#234;tre se toucher les mains vingt minutes dans un canap&#233;. Nous avons cr&#233;&#233; tout cela &#224; partir de nos discussions renversantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'important, c'est la communication, entend-on de toute part d&#232;s qu'il s'agit de couple et de sexualit&#233;. Nous avons donc aussi essay&#233; de communiquer le bonheur de ces d&#233;couvertes &#224; nos partenaires masculins, d'&#233;changer librement avec eux sur nos frustrations et nos envies, de trouver des solutions &#224; deux. Mais un jour, au d&#233;tour d'une discussion, L&#233;a&lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; a r&#233;sum&#233; ce que nous &#233;tions nombreuses &#224; ressentir : &#171; &lt;i&gt;En sortant des ateliers j'ai plein d'id&#233;es, mais face &#224; mon mec, c'est impossible de les mettre en place&lt;/i&gt;. &#187; Nous nous retrouvions &#224; devoir g&#233;rer des r&#233;actions allant du d&#233;sint&#233;r&#234;t poli &#224; la franche hostilit&#233; face &#224; nos explorations. Notre enthousiasme n'&#233;tait pas si partag&#233; que &#231;a et nous avons commenc&#233; &#224; avoir la d&#233;sagr&#233;able impression de devoir faire tout ce boulot sans trop bousculer nos partenaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous retrouvions dans une impasse : celle de la lutte qui se joue face &#224; celui qu'on aime ou qui partage notre lit. Celle pour laquelle nous n'avions pas &#233;t&#233; pr&#233;par&#233;s, conditionn&#233;es par notre &#233;ducation genr&#233;e &#224; faire plaisir et ne pas faire de vagues. Celle qui se joue dans l'intimit&#233;, l'espace dans lequel les femmes subissent les plus grandes violences. Est-ce que pour mieux faire l'amour nous allions devoir leur faire la guerre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il faut dire qu'en feuilletant les num&#233;ros d'&#233;t&#233; &#171; Sp&#233;cial sexe &#187; des magazines, qui pr&#244;nent la masturbation orgasmique et l'achat de &lt;i&gt;sextoys&lt;/i&gt; entre deux pages de publicit&#233;s pour &#234;tre &lt;i&gt;beach body ready&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Au corps pr&#234;t pour la plage &#187;.&#034; id=&#034;nh4-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, nous voyions bien que les explorations personnelles ne suffisaient pas &#224; faire la r&#233;volution. Que ce n'&#233;tait pas avec des mantras individualistes, compatibles avec le bouillon lib&#233;ral du d&#233;veloppement personnel, que nous allions r&#233;soudre notre &#233;pineux probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;inventer la poudre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes tourn&#233;es vers nos a&#238;n&#233;es. Nous avons relu la version des ann&#233;es 1970 de &lt;i&gt;Notre corps, nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, celle que nous &#233;tions en train d'actualiser. Et nous avons &#233;t&#233; frapp&#233;es de voir que tout &#233;tait d&#233;j&#224; l&#224; et que rien ne nous avait &#233;t&#233; transmis. Alors que nous pensions avoir fait une d&#233;couverte en remettant en cause la p&#233;n&#233;tration, les autrices de l'&#233;poque &#233;crivaient d&#233;j&#224; que &#171; &lt;i&gt;l'orgasme ne vient pas du vagin mais du clitoris&lt;/i&gt; &#187;. Et affirmaient surtout : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;volution sexuelle qu'on nous a promise n'a pas eu lieu dans nos sexualit&#233;s &lt;/i&gt;[h&#233;t&#233;ros] &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons relu les classiques. Apr&#232;s la th&#233;oricienne f&#233;ministe lesbienne Monique Wittig, c'est avec les militant.es &lt;i&gt;queer&lt;/i&gt;, comme Juliet Drouar, que nous avons repens&#233; l'h&#233;t&#233;rosexualit&#233; comme r&#233;gime politique et voulu transgresser les normes de genre. De la sociologue Christine Delphy &#224; l'universitaire Silvia Federici, nous avons aussi compris que, dans un cadre patriarcal, la sexualit&#233; est une part int&#233;grante du travail reproductif, de l'ensemble de ces t&#226;ches qui, comme le m&#233;nage, le soin ou le soutien &#233;motionnel, incombent aux femmes&lt;a href=&#034;#nb4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous utilisons ici le mot &#171; femme &#187; en tant que construction sociale et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; dans le foyer et dans la soci&#233;t&#233;, sans que cela ne soit ni reconnu ni valoris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que d'efforts et de comp&#233;tences non reconnues avions-nous d&#233;velopp&#233;s ! Pour verbaliser, g&#233;rer la frustration, pr&#233;parer nos corps pour nous rendre d&#233;sirables, prendre soin, voire m&#234;me mettre en sc&#232;ne notre plaisir. Et on voudrait nous faire croire qu'on est du c&#244;t&#233; &#171; passif &#187;... Apr&#232;s le concept de charge &#233;motionnelle, nous d&#233;couvrions celui de charge sexuelle, le fait de porter la responsabilit&#233; d'une sexualit&#233; &#171; &#233;panouie &#187;, plus souvent dans l'int&#233;r&#234;t de nos partenaires que du n&#244;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes rendues &#224; l'&#233;vidence : nos sexualit&#233;s sont travers&#233;es par des rapports de force qui nous d&#233;passent. M&#234;me si nous aurions aim&#233; ne pas le croire, ne pas le voir, il n'y a finalement aucune raison que ce pan de nos vies soit &#233;pargn&#233; par la domination masculine. En essayant de comprendre pourquoi nous avions moins de plaisir et parfois moins de d&#233;sir que nos partenaires ou souvent des &#171; mauvaises exp&#233;riences &#187;, il a fallu prendre conscience que les rapports de domination qui se jouent dans la soci&#233;t&#233; se retrouvent dans la chambre &#224; coucher. Car comment &#171; avoir envie &#187; apr&#232;s des doubles journ&#233;es de travail&lt;a href=&#034;#nb4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cumul du temps de travail effectu&#233; &#224; l'ext&#233;rieur de la maison et du travail (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; ? Comment &#234;tre &#224; l'aise avec nos corps quand ils ne rentrent jamais dans la norme ? Comment accepter le d&#233;sir de l'autre quand la culture du viol nous pousse &#224; confondre d&#233;sir et agression ? Comment reprendre le pouvoir quand on nous apprend &#224; faire passer les besoins de l'autre avant les siens ? Comment reconstruire sa sexualit&#233; apr&#232;s les violences sexuelles que nous sommes nombreuses &#224; avoir subies ? Au sein m&#234;me de la sexualit&#233; se rejouent les dominations sexistes, racistes, classistes, validistes... Et on voudrait que nous apprenions &#224; &#171; l&#226;cher prise &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Et si pour avoir plus de plaisir, il fallait abolir le patriarcat ?&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour bouleverser les rapports de genre, nous nous sommes aventur&#233;es sur le terrain des luttes collectives. &#201;carts de salaires, &#233;carts de jouissance, m&#234;me combat : du plaisir il y en a dans les caisses du patriarcat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le f&#233;minisme et la sexualit&#233; comme enjeux politiques n'ont, il faut bien le reconna&#238;tre, pas franchement &#233;t&#233; investis par nos camarades r&#233;volutionnaires masculins &#8211; quand ils n'essayaient pas de nous rappeler que le vrai combat &#233;tait celui de la lutte des classes. Pendant ces ann&#233;es de recherche, c'est du c&#244;t&#233; de groupes informels, de chercheuses, d'amies, de f&#233;ministes, en bref, des meufs cis et des personnes trans que nous avons trouv&#233; la vitalit&#233; et l'inventivit&#233;. Du c&#244;t&#233; des hommes cis, rares sont les proches et les militants qui se sont r&#233;ellement comport&#233;s comme des alli&#233;s et des soutiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Minus et Cortex, les souris obsessionnelles de dessin anim&#233; tentant de conqu&#233;rir le monde, nous avons inlassablement mont&#233; des plans d'attaque contre le patriarcat, pour finir le soir dans notre cage sans avoir r&#233;ussi. Mais nous n'&#233;tions pas seules : en 2017, 2018, 2019, 2020, les manifestations ont pris de l'ampleur, les marches de nuit ont explos&#233;, nous avons &#233;t&#233; renvers&#233;es par la d&#233;termination de tout plein de personnes autour de nous. Les luttes se sont montr&#233;es aussi diverses que radicales : inventer de nouveaux imaginaires sexuels pens&#233;s par nous, d&#233;truire le mod&#232;le h&#233;t&#233;rosexuel dominant qui enferme nos d&#233;sirs, riposter aux agressions et au harc&#232;lement de rue, se rebeller contre l'exotisation des femmes noires, arabes, asiatiques, d&#233;noncer les violeurs, cr&#233;er des espaces de discussion non mixtes, lutter pour nos salaires, pour la valorisation du travail du &lt;i&gt;care&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ensemble des activit&#233;s et m&#233;tiers li&#233;s au soin de l'autre.&#034; id=&#034;nh4-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;, pour la fin des doubles journ&#233;es de travail. Et pour cela, utiliser tous les outils du mouvement social (manifestation, solidarit&#233;, gr&#232;ve, sabotage) afin de reprendre le pouvoir dans nos lits et sur nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de force qui s'installe se r&#233;percute dans nos vies intimes. Il permet des progr&#232;s inatteignables dans de simples discussions &#224; deux. Car m&#234;me seule &#224; seul dans une chambre, nous parlons &#224; pr&#233;sent en groupe.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nina Faure &amp; Y&#233;l&#233;na Perret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Communiqu&#233; du Front pour l'abolition du patriarcat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les jours du patriarcat sont compt&#233;s : le Front pour l'abolition du patriarcat (FAP) monte un programme secret contre la domination masculine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le FAP est un groupe qui agit en souterrain pour arriver &#224; ses fins. Apr&#232;s avoir constat&#233; les d&#233;g&#226;ts de la p&#233;n&#233;tration dans la qualit&#233; des rapports sexuels, sa premi&#232;re action &#171; visible &#187; est la cr&#233;ation de la Journ&#233;e mondiale sans p&#233;n&#233;tration (JMSP), le 19 d&#233;cembre 2020. Mais bien d'autres &#233;tapes sont &#224; pr&#233;voir jusqu'&#224; la victoire.&lt;/p&gt;
&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Pour rejoindre le FAP et comploter contre le patriarcat, envoyer un mail &#224; : &lt;i&gt;journeemondialesanspenetration@gmail.com&lt;/i&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;ul class=&#034;spip&#034; role=&#034;list&#034;&gt;&lt;li&gt; Sinon, rendez-vous sur le site &lt;a href=&#034;http://journeemondialesanspenetration.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;JourneeMondialeSansPenetration.org&lt;/a&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/li&gt;&lt;/ul&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Formes g&#233;om&#233;triques que l'on peut parfois observer dans les plantations de c&#233;r&#233;ales.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Par non-mixit&#233; nous entendons ici sans hommes cisgenres, c'est-&#224;-dire entre femmes cisgenres, hommes et femmes trans et personnes non binaires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Notre corps, nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;, collectif, Hors d'Atteinte, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon une &#233;tude men&#233;e en 2017 par l'Institut Kinsey (un centre de recherche &#233;tatsunien), 95 % des hommes d&#233;clarent avoir un orgasme &#224; chaque rapport contre 65 % des femmes h&#233;t&#233;rosexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &#171; En qu&#234;te de l'orgasme f&#233;minin &#187;, La D&#233;couverte, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Au corps pr&#234;t pour la plage &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nous utilisons ici le mot &#171; femme &#187; en tant que construction sociale et assignation de genre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cumul du temps de travail effectu&#233; &#224; l'ext&#233;rieur de la maison et du travail domestique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'ensemble des activit&#233;s et m&#233;tiers li&#233;s au soin de l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Derri&#232;re la porte du club</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Violette Chaude</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>salon</dc:subject>

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&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, Zora a fait l'exp&#233;rience de la prostitution dans un club de Gen&#232;ve. De ce v&#233;cu de plusieurs semaines, elle a tir&#233; un long r&#233;cit o&#249; elle raconte le lieu, les relations sexuelles tarif&#233;es et le rapport aux clients. Elle a confi&#233; ses &#233;crits &#224; Violette Chaude, qui en a r&#233;dig&#233; un r&#233;sum&#233; respectant les faits. Seuls les noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s. &#171; T'es de nationalit&#233; fran&#231;aise ? Tu fais la fellation naturelle ? La sodomie ? &#187; Ce sont, sans pr&#233;liminaires, les trois premi&#232;res (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remi" rel="tag"&gt;R&#233;mi&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il y a quelques ann&#233;es, Zora a fait l'exp&#233;rience de la prostitution dans un club de Gen&#232;ve. De ce v&#233;cu de plusieurs semaines, elle a tir&#233; un long r&#233;cit o&#249; elle raconte le lieu, les relations sexuelles tarif&#233;es et le rapport aux clients. Elle a confi&#233; ses &#233;crits &#224; Violette Chaude, qui en a r&#233;dig&#233; un r&#233;sum&#233; respectant les faits. Seuls les noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3407 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH512/-1592-7136b.jpg?1779603571' width='400' height='512' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; T'es de nationalit&#233; fran&#231;aise&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Tu fais la fellation naturelle&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? La sodomie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187; Ce sont, sans pr&#233;liminaires, les trois premi&#232;res questions que pose C&#233;lia, la g&#233;rante. Apr&#232;s, il faut aller s'inscrire &#224; la brigade des m&#339;urs. Rendez-vous chez les flics d&#232;s le lendemain. Identit&#233;, lieu de travail, dur&#233;e du s&#233;jour. En vingt minutes, c'est boucl&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Gen&#232;ve, rue de Berne. Les femmes posent en vitrine et les n&#233;ons des enseignes font mal aux yeux. Le club est situ&#233; dans un appartement au deuxi&#232;me &#233;tage d'un immeuble d'habitation &#224; la fa&#231;ade discr&#232;te. Seule une plaque dor&#233;e indique sa pr&#233;sence. Un digicode filtre l'acc&#232;s et l'accueil est assur&#233; par une des filles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte d'entr&#233;e donne sur un petit bar. Comptoir encombr&#233;. Sur la droite, &#233;cran t&#233;l&#233;. Grands miroirs. Cam&#233;ras de surveillance : toutes les pi&#232;ces sont film&#233;es, &#224; l'exception des chambres et des WC. Rien &#224; voir avec l'atmosph&#232;re raffin&#233;e promise par le site internet. Le comptoir est &#233;clair&#233; par un n&#233;on blafard et rev&#234;tu d'une imitation de marbre. Sur les canap&#233;s et tables basses du salon, les affaires des filles, jet&#233;es en vrac : habits, sacs, vernis, bouteilles de coca, paquets de g&#226;teaux, chips, ordinateurs, t&#233;l&#233;phones, chaussures &#224; talons. Des toilettes et une enfilade de six chambres. Chaque suite est &#233;quip&#233;e d'une douche, d'un fauteuil, d'un lit &lt;i&gt;king size&lt;/i&gt; et d'un miroir. Une table de chevet avec un seau plein de capotes et une poubelle, vid&#233;e apr&#232;s chaque passe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sence obligatoire de 11 h &#224; minuit. La g&#233;rante est l&#224; de 18 h &#224; la fermeture et surveille les all&#233;es et venues. Toute sortie &#224; l'ext&#233;rieur avec un client doit &#234;tre factur&#233;e au prix d'une escorte, soit 100 CHF&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, un franc suisse vaut 0,94 euro.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu peux dormir sur place, dans les chambres ou dans le salon. S'il n'y a pas de client apr&#232;s 2 heures du mat', il n'en viendra plus. La g&#233;rante prend 120 CHF sur les deux premi&#232;res passes, 80 sur la troisi&#232;me et les suivantes c'est tout pour toi&lt;/i&gt;. &#187; Il ne vient pas tant de clients que &#231;a. Le montant de la passe est libre. Mais la g&#233;rante ne souhaite pas une r&#233;putation de club trop cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fille poursuit la conversation dans un charmant mix anglo-fran&#231;ais : &#171; &lt;i&gt;Je te conseille de start &#224; 300 &lt;/i&gt; &lt;i&gt;CHF half-an-hour and 450 CHF an heure for the basic ; shower, massage, blow-job and love. Then, tu can ask ce que tu veux for whatever you accept to do, nobody will know. Tu write sur le registre l'heure d'entr&#233;e et de sortie of the room, la monnaie et le type of r&#232;glement, if CB or cash. You pay C&#233;lia every night before she leaves le club for what you did dans la journ&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Je comprends vite qu'il est possible de faire beaucoup de bl&#233; en tr&#232;s peu de temps et que bien plus que de sexe, il est surtout question de bluff et de b&#233;nefs. Ne jamais laisser son sac &#224; main tra&#238;ner. Toujours le garder avec soi, on ne sait jamais. Avec les clients, prendre toujours l'argent avant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les arriv&#233;es et les d&#233;parts sont incessants. Une des filles, hollandaise, est escorte professionnelle. Elle vient tous les trois mois pour une p&#233;riode de trois-quatre semaines. Sa client&#232;le est riche. Beaucoup sont des hommes c&#233;l&#232;bres et, dit-on, tr&#232;s amoureux d'elle. Elle les tient au courant de ses diff&#233;rents s&#233;jours &#224; travers l'Europe. Le club, son pied-&#224;-terre &#224; Gen&#232;ve, lui permet de faire des clients pendant la journ&#233;e et de rentabiliser son temps au maximum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant l'heure d'ouverture, on est vautr&#233;es sur les canap&#233;s. Jogging us&#233; par-dessus nos tenues sexy. Quand la sonnette retentit, en place. On tombe le futal. String et talon haut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier soir, premi&#232;re passe. D&#233;monstration par l'exemple, pas besoin de tutoriel. &#171; &lt;i&gt;Les filles, client&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; C&#233;lia semble conna&#238;tre le micheton et l'installe. Elle se dirige vers le salon : &#171; &lt;i&gt;Les filles, pr&#233;sentation en 6 !&lt;/i&gt; &#187; Nous nous levons toutes et dans un cliquetis de talons, nous nous dirigeons vers la chambre n&#176; 6. Le protocole devient rapidement familier. Entrer. Montrer son corps de face : visage, ventre et seins. Bises interdites. Donner son blaze en regardant dans les yeux : &#171; &lt;i&gt;Enchant&#233;e, Zora.&lt;/i&gt; &#187; Demi-tour aguicheur. Faire bouger ses cheveux. Vue de dos : jambes, fesses et chute de reins. Ne pas parler. Retourner au salon.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C&#233;lia me conseille &#224; l'habitu&#233; pour 500 CHF, deux grammes de coke et une bouteille de champagne. Surtout ne pas parler de la poudre aux autres filles, c'est C&#233;lia qui fournit. J'ai un trac monstre. Sans me conna&#238;tre, elle vante mes m&#233;rites en disant que je n'ai &#171; &lt;i&gt;pas de tabous&lt;/i&gt; &#187;. Je masse un peu le gars. Il me tend la somme en coupures que je glisse dans mon sac et je vais m'inscrire sur le registre. Le compte &#224; rebours est lanc&#233; : une alarme sur mon t&#233;l&#233;phone. Je retrouve le gars. Deux larges traces et une coupette. Reprise du massage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'homme est en instance de divorce et me montre des photos de ses gosses. Je le suce &#224; la demande. Il passe un appel et dans sa discussion, il dit &#234;tre au boulot et ne pas s'en sortir. Dix minutes plus tard, il raccroche. &#201;jacule. Soupire. Il me remercie et va prendre une douche. J'en profite pour regarder l'heure. Il reste encore 35 minutes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type me fait de la peine. Je suis d&#233;fonc&#233;e et je me sens &#224; l'aise. Il me demande une sodomie. Il a une toute petite bite, je fais le calcul : 200 CHF pour le gramme de coke X 2, la passe &#224; 500. Je lui dis OK pour 300 CHF de plus. Il refuse, puis n&#233;gocie. J'accepte pour 200. &#199;a dure trois minutes. Ni plaisir, ni douleur. L'alarme sonne, l'heure est &#233;coul&#233;e. Une douche avant de quitter la chambre. Il veut me revoir. Je refuse de lui donner mon num&#233;ro. Je le raccompagne &#224; la porte et le remercie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour dans la chambre pour ranger et me laver. Je frotte &#224; fond tout ce que je peux. Ce mec vient de d&#233;bourser un Smic et rentre chez sa femme et ses enfants. Je suis sonn&#233;e par cette v&#233;rit&#233; bien plus que par la passe en elle-m&#234;me. De retour au salon, je jette un &#339;il au bar. Certaines sont en chambre ou parties &#224; l'ext&#233;rieur, en escorte. J'entends simuler d'o&#249; je suis. Les filles m'engueulent quand je leur dis que je n'ai pas donn&#233; mon 06 au gars.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La sonnette retentit &#224; nouveau. C&#233;lia va &#224; la porte. Je me hisse sur mes talons. Nous ne sommes plus que quatre filles. J'entre dans la chambre, d&#233;file et serre la main. La trentaine, barbu, il porte une vieille doudoune. Retour au salon, C&#233;lia revient : &#171; &lt;i&gt;Zora, c'est pour toi.&lt;/i&gt; &#187; J'encha&#238;ne avec mon deuxi&#232;me client. Dans la chambre, le gars me dit qu'il m'a choisi pour mon cul. Il n'a pas l'air tranquille. Trop excit&#233;, sale et &#233;m&#233;ch&#233;. Il me tend un billet de 500 euros en me disant d'un ton r&#226;peux : &#171; &lt;i&gt;Je veux une heure, je vais te d&#233;foncer. Je vais te prendre partout et surtout je veux te d&#233;foncer le cul&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne sais pas comment r&#233;agir. Le mec pue l'alcool et la sueur. Je fixe le billet violet. Je n'en avais jamais vu. Une voix qui ne m'appartient pas sort de ma gorge et parle &#224; ma place : &#171; &lt;i&gt;OK. Mais ce n'est pas assez. Je veux 800 euros.&lt;/i&gt; &#187; Choqu&#233;, il continue &#224; me tripoter en bredouillant qu'il n'a que &#231;a, qu'il a trop envie de moi. Je maintiens mon tarif en m'&#233;loignant de lui. Il finit par l&#226;cher l'affaire et quitte le club tr&#232;s &#233;nerv&#233;. Le montant de la passe joue beaucoup dans la relation pute/client. Il offre une possible protection. Je suis impressionn&#233;e par ma r&#233;action. J'&#233;prouve envers moi-m&#234;me plus de respect que ce que je pensais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de soir&#233;e. Les filles somnolent sur les sofas. Je chope une couette, r&#233;quisitionne la 6, glisse les pr&#233;cieux billets dans la poche de mon jogging et m'endors instantan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dimanche. Pas un client en vue. La majorit&#233; des clients &#233;tant des hommes mari&#233;s, ils passent le week-end en famille. Les filles s'ennuient et s'activent sur leur smartphone &#224; la recherche d'une escorte. Lundi est une bonne journ&#233;e. Eux et nous reprenons le travail. La plupart sont des hommes d'affaires. Ils passent pendant la pause d&#233;jeuner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'apr&#232;s-midi, un client est annonc&#233; dans la 3. 4e d&#233;fil&#233; de la journ&#233;e, celui-ci prendra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mec semble tr&#232;s vieux. Une des filles me glisse que j'ai de la chance : souvent il ne bande presque pas. Son d&#233;sir : 30 minutes et une douche ensemble pour 300 CHF. Le contact avec sa vieille peau mouill&#233;e est surprenant. Peur de l'ab&#238;mer. Il voudrait qu'on s'embrasse &#171; &lt;i&gt;amoureusement&lt;/i&gt; &#187;. Quelques secondes apr&#232;s que je l'ai aid&#233; &#224; enfiler une capote, il a joui sans p&#233;n&#233;tration. Je l'ai raccompagn&#233; &#224; la porte. Personne ne me pose de questions. Par un accord tacite, nous ne parlons quasiment jamais des passes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Excit&#233;s, entre 30 et 35 ans, alliance au doigt, ils s'installent au bar. Celui dont c'est l'anniversaire se fait appeler Nounours. Avec lui : Franck, t&#234;te de connard &#224; la d&#233;gaine de baqueux, et Nicolas, le chef du trio. Ces gars me sont antipathiques. Blagues graveleuses, commentaires du genre &#171; &lt;i&gt;Elle, elle est trop bonne. &#8211;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Mec, mate-moi ce cul.&lt;/i&gt; &#187; Nous faisons semblant de nous amuser. C&#233;lia me prend &#224; part : &#171; &lt;i&gt;Tu vois le Nounours, l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ? Ce type p&#232;se environ 35 000 euros par mois. Il te regarde depuis tout &#224; l'heure, tu devrais essayer d'le brancher.&lt;/i&gt; &#187; J'ai du mal. On se croirait &#224; un ap&#233;ro dans le BTP, sauf que sur les tables ce n'est pas de la Kro, mais cinq bouteilles de Mo&#235;t &#224; 150 boules chacune. J'en ai marre de faire la cruche. Je pr&#233;f&#233;rerais partir en chambre. Je veux voir les billets, je ne pense qu'&#224; &#231;a. Nous ne pensons toutes qu'&#224; &#231;a. Les mecs se font prier. C'est un truc typique des mecs au bar. Ils se laissent allumer par une fille pour partir avec une autre. Ils adorent provoquer des tensions entre nous. &#199;a leur donne de l'importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la finale, c'est une partouze qu'ils veulent. N&#233;goci&#233;e &#224; 450 CHF. Ils s'installent dans la chambre la plus grande. Vodka. On commence nos affaires dans la douche, puis sur le lit. Ils sont dans un d&#233;lire porno-path&#233;tique. Ils ne s'amusent pas et nous non plus. Nounours cherche &#224; m'embrasser, &#231;a me d&#233;go&#251;te. Franck s'&#233;nerve parce qu'il n'arrive pas &#224; jouir. Je simule tant bien que mal, &#231;a n'en finit pas, quand soudain, &lt;i&gt;all&#233;luia&lt;/i&gt; ! Le portable sonne la lib&#233;ration. Revenus au bar, les types prennent un air satisfait. Il ne s'agirait pas d'admettre devant un bordel tout entier qu'ils n'ont pas r&#233;ussi &#224; se finir en une heure avec deux filles. Je prends une longue douche pour ne pas les recroiser et me lave cinq fois la bouche &#224; l'Hextril.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard dans la soir&#233;e, je tombe sur un mec cool et simple. Il fait partie d'un groupe de cinq hommes en costard, un peu flippants, genre anciens l&#233;gionnaires. Rapide calcul du fric et je me retrouve avec ce Kosovar &#224; l'accent &#233;pais, doux comme un agneau. Comme il me le demande gentiment et que sa bite est propre et ras&#233;e, je le suce sans capote pour 300 CHF en plus de la passe. Je suis contente en recomptant mes billets. J'ai bien gagn&#233; ma soir&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est la fin du s&#233;jour. Un vrai canon au visage de mannequin se pointe. Je ne m'attendais pas &#224; tomber sur un gars d'une telle beaut&#233;. Et voil&#224; que &#231;a arrive et qu'en plus il va me baiser et payer pour &#231;a. Lui aussi dit m'avoir choisi pour mon cul et mes tatouages. Les mecs expliquent souvent leur choix, comme s'ils avaient &#224; se justifier. Ils imaginent peut-&#234;tre qu'on va les remercier. Le vrai probl&#232;me, de toute fa&#231;on, c'est quand ils parlent. Comme souvent en d&#233;but de passe, la rencontre s'amorce sous la douche. Son sexe est &#233;norme. Et puis direction le lit. Jeu avec le miroir. Il jouit deux fois. J'&#233;prouve du plaisir. Je pense &#224; la capote. J'y pense souvent. J'ai peur qu'elle l&#226;che. Une passe &#224; 500 balles, c'est bien, mais avec le sida, &#231;a ne vaut pas le coup. Je culpabilise d'avoir ressenti du d&#233;sir. &#199;a n'est pas arriv&#233; avec les autres gars. On refait l'amour. C'est vraiment bon. Nous avons fr&#244;l&#233; la tendresse, puis l'alarme a sonn&#233;. Sans commentaire, je l'ai &#233;teinte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avant de partir, il me demande mon pr&#233;nom et d'o&#249; je viens. La situation en est transform&#233;e. Je me sens comme humili&#233;e, vuln&#233;rable, &#231;a devient bien plus brutal que toutes les autres passes. Il rench&#233;rit en disant que j'ai l'air d'une fille bien et qu'il ne comprend pas comment j'en suis arriv&#233;e l&#224;. L'atmosph&#232;re se crispe. Il quitte la chambre. Je retourne dans le salon sans rien dire &#224; personne. Il est interdit de donner son vrai pr&#233;nom. Je me sens salie pour la premi&#232;re fois depuis mon arriv&#233;e. La nuit d'apr&#232;s, je fais des cauchemars.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois quitt&#233; le club, j'ai ressenti de la haine envers ce gars. Je pr&#233;f&#232;re un mec qui paye pour me tringler et qui se barre sans un regard plut&#244;t qu'un type qui paye pour faire semblant de compatir &#224; ma pauvre condition. La seule chose qu'on attend ici, c'est du fric.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi ces clients qui viennent chercher des profils de filles bien sp&#233;cifiques. Des putes &#171; classes &#187;, &lt;i&gt;bling-bling&lt;/i&gt;, pro et exp&#233;riment&#233;es, pour les sortir en escorte et briller en soir&#233;e. Ou des filles jeunes blanches et blondes de pr&#233;f&#233;rence, gaul&#233;es comme des adolescentes pour jouer &#224; la poup&#233;e porno ou au jeune couple amoureux.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce fut comme un voyage sans guide et en chute libre dans l'envers du d&#233;cor de notre soci&#233;t&#233; bien-pensante. &#192; la recherche de l'amoral, du vice, de l'extr&#234;me. Se sentir vivante. Avoir besoin de pousser la domination patriarcale et l'annihilation totale de soi-m&#234;me &#224; son paroxysme pour en comprendre les rouages &#8211; et finir par se pardonner.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Violette Chaude, d'apr&#232;s les &#233;crits de Zora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, un franc suisse vaut 0,94 euro.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Incarc&#233;ration de masse : la nouvelle s&#233;gr&#233;gation</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Mc McGill</dc:subject>
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		<dc:subject>Alexander</dc:subject>

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&lt;p&gt;De tous les pays du monde, les &#201;tats-Unis sont celui qui emprisonne le plus. Avec pour c&#339;ur de cible les personnes racis&#233;es et pauvres. Apr&#232;s l'esclavage et les lois s&#233;gr&#233;gationnistes, l'incarc&#233;ration de masse est le nouvel avatar des oppressions raciales : telle est l'id&#233;e-force du documentaire 13th. &#192; voir. D'abord, quelques chiffres. Flippants. Dans le monde, un quart des personnes incarc&#233;r&#233;es le sont aux &#201;tats-Unis, pays qui ne repr&#233;sente pourtant que 5 % de la population plan&#233;taire. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De tous les pays du monde, les &#201;tats-Unis sont celui qui emprisonne le plus. Avec pour c&#339;ur de cible les personnes racis&#233;es et pauvres. Apr&#232;s l'esclavage et les lois s&#233;gr&#233;gationnistes, l'incarc&#233;ration de masse est le nouvel avatar des oppressions raciales : telle est l'id&#233;e-force du documentaire &lt;i&gt;13th&lt;/i&gt;. &#192; voir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3391 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L472xH400/-1576-985ad.jpg?1779603543' width='472' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mc McGill
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;D'abord, quelques chiffres. Flippants. Dans le monde, un quart des personnes incarc&#233;r&#233;es le sont aux &#201;tats-Unis, pays qui ne repr&#233;sente pourtant que 5 % de la population plan&#233;taire. Et cet ogre p&#233;nitentiaire a une nette pr&#233;f&#233;rence pour les personnes non blanches : alors qu'&#224; peine 7 % des Am&#233;ricains sont des hommes noirs, ces derniers repr&#233;sentent 40 % des d&#233;tenus. Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;alis&#233; en 2016 par Ava Duvernay, le documentaire &lt;i&gt;13th&lt;/i&gt; apporte un &#233;clairage historique &#233;difiant sur la criminalisation structurelle des minorit&#233;s ethniques outre-Atlantique &#8211; dont le meurtre de George Floyd par un agent de police &#224; Minneapolis n'est qu'une &#233;ni&#232;me illustration.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;13th&lt;/i&gt; ? Le treizi&#232;me. Le treizi&#232;me amendement de la Constitution des &#201;tats-Unis qui, &#224; la fin de la S&#233;cession, interdit formellement l'esclavage, &#171; &lt;i&gt;sauf en tant que punition d'un crime&lt;/i&gt; &#187;. Une faille vite exploit&#233;e pour relancer l'&#233;conomie sudiste &#8211; mise &#224; mal par l'&#233;mancipation des esclaves &#8211; via le travail forc&#233; des condamn&#233;s. &#171; &lt;i&gt;On a arr&#234;t&#233; les Afro-Am&#233;ricains en masse, &lt;/i&gt;rappelle dans le documentaire Michelle Alexander, autrice de &lt;i&gt;La Couleur de la justice : incarc&#233;ration de masse et nouvelle s&#233;gr&#233;gation raciale aux &#201;tats-Unis &lt;/i&gt;(traduit en fran&#231;ais aux &#233;ditions Syllepse en 2017)&lt;i&gt;. Ce fut le premier boom carc&#233;ral du pays.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment justifier cette discrimination ? &#171; &lt;i&gt;Rapidement, il y a eu un processus de mythification de la d&#233;linquance noire&lt;/i&gt; &#187;, explique l'universitaire Jelani Cobb. Se propage alors la figure du Noir dangereux, du Noir violeur, du Noir qu'on peut lyncher en toute impunit&#233;. Et les pendaisons sommaires se multiplient. &#171; &lt;i&gt;Quand il est devenu inacceptable de perp&#233;trer de tels actes,&lt;/i&gt; r&#233;sume l'avocat Bryan Stevenson&lt;i&gt;, &#231;a a pris une forme plus l&#233;gale : la s&#233;gr&#233;gation.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1960, le mouvement des droits civiques parvient &#224; imposer l'&#233;galit&#233; formelle devant la loi dans les anciens &#201;tats sudistes. Mais la s&#233;gr&#233;gation se r&#233;invente vite : le pr&#233;sident Richard Nixon d&#233;gaine le concept de &#171; guerre contre la drogue &#187;. Des ann&#233;es plus tard, son conseiller John Ehrlichman avouera l'entourloupe : &#171; [Nixon avait]&lt;i&gt; deux ennemis : la gauche pacifiste et les Noirs. &lt;/i&gt;[&#8230;]&lt;i&gt; On ne pouvait pas punir le pacifisme ou le fait d'&#234;tre Noir. Mais en associant les hippies &#224; la marijuana et les Noirs &#224; l'h&#233;ro&#239;ne et en les criminalisant lourdement, on pouvait d&#233;stabiliser ces communaut&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; De 357 292 d&#233;tenus en 1970, la population carc&#233;rale passe &#224; 513 900 en 1980.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous la pr&#233;sidence de Ronald Reagan, la &#171; guerre contre la drogue &#187; s'intensifie. Le rappeur Killer Mike en fait un efficace r&#233;sum&#233; dans sa chanson &#171; Reagan &#187; : &#171; &lt;i&gt;Ils ont d&#233;clar&#233; la guerre &#224; la drogue comme au terrorisme&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Ce qu'ils ont fait en r&#233;alit&#233; c'est laisser la police terroriser n'importe qui&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Mais surtout des jeunes Noirs qu'ils traitaient de N&#232;gres&lt;/i&gt; &lt;i&gt;/&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Ils nous plaquaient &#224; terre le doigt sur la g&#226;chette&lt;/i&gt; &#187;. Alors que la coca&#239;ne semble surtout une affaire de Blancs plut&#244;t ais&#233;s, son d&#233;riv&#233;, le crack (moins cher) est davantage consomm&#233; dans les quartiers noirs. Et la r&#233;ponse p&#233;nale diff&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Trente grammes de crack, &#231;a valait autant de prison que trois kilos de coca&#239;ne&lt;/i&gt; &#187;, remarque l'universitaire James Kilgore. En 1990, les ge&#244;les am&#233;ricaines enferment plus d'un million de personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lass&#233; de perdre les &#233;lections, le Parti d&#233;mocrate s'aligne sur les discours les plus s&#233;curitaires des R&#233;publicains. En 1992, Bill Clinton est &#233;lu pr&#233;sident. Durant son mandat, les lois se durcissent encore (peines planchers, &lt;i&gt;Three Strikes Law&lt;/i&gt; &#8211; un pr&#233;venu condamn&#233; pour la troisi&#232;me fois prend perp&#233;tuit&#233;). Les p&#233;nitenciers poussent comme des champignons, g&#233;n&#233;rant de colossaux dividendes pour leurs gestionnaires priv&#233;s et les prestataires de services (t&#233;l&#233;phonie, nourriture&#8230;). Jamais rassasi&#233;e, l'industrie carc&#233;rale paye des lobbyistes pour influencer les parlementaires, les poussant &#224; voter des lois encore plus r&#233;pressives afin de remplir ses &#233;tablissements. En 2001, les &#201;tats-Unis comptent plus de deux millions de prisonniers. Dont 878 400 personnes noires.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si on ajoute &#224; la d&#233;tresse des d&#233;tenus celle de leurs familles, on constate que la machine &#224; incarc&#233;rer broie des dizaines de millions de vie, participant au passage &#224; la reproduction des in&#233;galit&#233;s : selon le Pew Research Center (un institut de statistiques), 11,4 % des enfants noirs ont un parent en prison contre 1,8 % des minots blancs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis, combien de personnes n'ayant rien &#224; se reprocher pr&#233;f&#232;rent plaider coupable et n&#233;gocier une peine &#171; plus l&#233;g&#232;re &#187; plut&#244;t que passer des ann&#233;es en d&#233;tention provisoire et risquer une condamnation encore plus d&#233;lirante ? Combien de pauvres croupissent dans leur ge&#244;le parce qu'ils n'ont pas les moyens de payer la caution exig&#233;e pour leur lib&#233;ration ? Selon un rapport universitaire produit en 2017 par le National Registry of Exonerations, la moiti&#233; des emprisonn&#233;s &#224; tort sont des Africains-Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre ph&#233;nom&#232;ne pernicieux : la prison continue apr&#232;s la prison. Frapp&#233; du sceau d'infamie de &#171; criminel &#187;, il est plus difficile de trouver un logement, un travail, de d&#233;crocher une licence commerciale. D'obtenir la garde de ses gosses. Voire m&#234;me juste de voter : &#171; &lt;i&gt;En Alabama, environ 30 % des hommes noirs ont perdu le droit de vote &#224; la suite d'une condamnation criminelle&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;plore l'avocat Bryan Stevenson. Apr&#232;s l'esclavage, le travail forc&#233; des d&#233;tenus, les lynchages et la s&#233;gr&#233;gation, l'incarc&#233;ration de masse boucle la boucle : &#171; &lt;i&gt;Par ce syst&#232;me, une fois de plus, des millions de pauvres, pour la plupart des personnes de couleur, sont priv&#233;s des droits suppos&#233;ment obtenus gr&#226;ce au mouvement des droits civiques&lt;/i&gt; &#187;, analyse Michelle Alexander.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es pourtant, la tendance est &#224; la d&#233;flation carc&#233;rale : des politiciens, r&#233;publicains comme d&#233;mocrates, fustigent un syst&#232;me qui n'a en rien r&#233;solu la criminalit&#233; alors qu'il co&#251;te les yeux de la t&#234;te. Des lobbyistes d&#233;fendent d&#233;sormais des proc&#233;d&#233;s d'incarc&#233;ration &#224; domicile. Tout changer pour ne rien changer, en somme. &#171; &lt;i&gt;O&#249; est le progr&#232;s si les personnes de couleur sont toujours autant surveill&#233;es&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;, interroge Michelle Alexander. &lt;i&gt;La diff&#233;rence, c'est qu'une entreprise fera du profit avec la surveillance GPS. Seule la nature de la prison change.&lt;/i&gt; &#187; L'oppression, d&#233;cid&#233;ment, est une plante vivace.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Depuis le nord, Sud Radio &#233;met vers l'extr&#234;me droite</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Depuis-le-nord-Sud-Radio-emet-vers</link>
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		<dc:date>2020-09-04T17:31:45Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-S&#233;bastien Mora</dc:creator>


		<dc:subject>une3_cabrule</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Cons&#233;quence de son rachat par la soci&#233;t&#233; Fiducial, mastodonte de l'expertise comptable, &#171; la radio du Sud &#187; est d&#233;sormais enti&#232;rement r&#233;alis&#233;e &#224; Paris. Sans le moindre accent m&#233;ridional mais avec la pr&#233;tention de &#171; parler vrai &#187;, ses dirigeants ont ouvert les micros en grand &#224; la &#171; pol&#233;mique &#187;. Entendez : &#224; la banalisation des id&#233;es d'extr&#234;me droite. &#171; Vous devez aimer votre m&#232;re. Vous &#234;tes en France, c'est notre m&#232;re, la France, notre famille &#187;, mart&#232;le Philippe de Villiers dans les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mere" rel="tag"&gt;m&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Cons&#233;quence de son rachat par la soci&#233;t&#233; Fiducial, mastodonte de l'expertise comptable, &#171; la radio du Sud &#187; est d&#233;sormais enti&#232;rement r&#233;alis&#233;e &#224; Paris. Sans le moindre accent m&#233;ridional mais avec la pr&#233;tention de &#171; parler vrai &#187;, ses dirigeants ont ouvert les micros en grand &#224; la &#171; pol&#233;mique &#187;. Entendez : &#224; la banalisation des id&#233;es d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3408 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH494/-1593-36068.jpg?1779602673' width='400' height='494' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Gautier Ducatez
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Vous devez aimer votre m&#232;re. Vous &#234;tes en France, c'est notre m&#232;re, la France, notre famille&lt;/i&gt; &#187;, mart&#232;le Philippe de Villiers dans les studios de Sud Radio. Ce 10 juin, invit&#233; de l'&#233;mission &#171; Bercoff dans tous ses &#233;tats &#187;, l'ex-pr&#233;sident du Mouvement pour la France assure la promotion de son dernier ouvrage, aussi consistant que plein de fra&#238;cheur : &lt;i&gt;Les Gaulois r&#233;fractaires demandent des comptes au Nouveau Monde&lt;/i&gt;. Furieux &#224; l'&#233;gard des manifestants d&#233;non&#231;ant les violences polici&#232;res, De Villiers lance une ritournelle nationaliste bien identifiable : &#171; &lt;i&gt;Si vous n'aimez pas cette famille, cette m&#232;re, cette civilisation, si vous n'aimez pas Victor Hugo, Montaigne, Pascal, P&#233;guy et les autres...&lt;/i&gt; &#187; Il n'a pas le temps de finir sa phrase, que le journaliste Andr&#233; Bercoff la conclut lui-m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;Quittez-l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un d&#233;rapage ? La veille, Bercoff entamait son &#233;mission ainsi : &#187; &lt;i&gt;Il y a des petits groupes qui essayent de faire basculer tout le monde dans l'assignation &#224; r&#233;sidence ethnique, communautariste, religieuse ou autre...&lt;/i&gt; &#187; Du velours pour son invit&#233; Verlaine Djeni, cadre du parti Les R&#233;publicains et proche de Laurent Wauquiez, qui n'eut pas trop &#224; se contenir : &#171; &lt;i&gt;La France a tout donn&#233; &#224; plusieurs g&#233;n&#233;rations d'Africains&lt;/i&gt; [&#8230;]&lt;i&gt;. Le totalitarisme ne vient pas des Blancs, il vient des minorit&#233;s. Une minorit&#233; qui contr&#244;le et d&#233;cide ce que tu dois dire...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis 2016, Andr&#233; Bercoff distille &#224; longueur d'ondes les th&#232;ses favorites de l'extr&#234;me droite. Collaborateur des sites fachosph&#233;riques&lt;i&gt; Boulevard Voltaire&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Riposte la&#239;que&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Figarovox&lt;/i&gt; et de l'hebdomadaire &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;, il est imprenable en mati&#232;re d'inversion de la relation dominants/domin&#233;s, notamment lorsqu'il encha&#238;ne les insinuations sur la menace du &#171; grand remplacement &#187; et d&#233;nonce le racisme &#171; anti-blanc &#187;. Pas une semaine non plus sans qu'il ne relaye &lt;i&gt;l'&lt;/i&gt; &#187; Obamagate &#187; et les autres th&#233;ories du complot de Donald Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce pol&#233;miste constitue le noyau dur d'une radio qui brandit le &#171; &lt;i&gt;parlons vrai&lt;/i&gt; &#187; pour justifier des pol&#233;miques sur des &#171; &lt;i&gt;th&#232;mes de soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187; propres &#224; occulter tout le reste, notamment les enjeux de justice sociale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le troupeau du &#171; politiquement incorrect &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2013, en faillite, Sud-Radio est rachet&#233;e par Fiducial SA, un poids lourd de l'expertise comptable. Premi&#232;re cons&#233;quence : si cette radio est principalement diffus&#233;e dans le sud de l'Hexagone &#8211; du Pays basque jusqu'&#224; Marseille &#8211;, les &#233;missions ne sont plus pr&#233;par&#233;es &#224; Toulouse. Depuis 2017, v&#233;ritable caricature du centralisme fran&#231;ais, c'est &#224; Courbevoie, en r&#233;gion parisienne, que son antenne est enti&#232;rement r&#233;alis&#233;e. &#192; Sud Radio, plus rien n'incarne le Sud, ni le contenu des talk-shows entrecoup&#233;s de publicit&#233;s criardes, ni l'accent pointu de ses animateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me effet, et non des moindres : une d&#233;rive tr&#232;s &#224; droite de la ligne &#233;ditoriale. Le nouveau propri&#233;taire, Christian Latouche, 58&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; fortune fran&#231;aise selon l'hebdomadaire &lt;i&gt;Challenges&lt;/i&gt;, c&#244;toyait dans les ann&#233;es 2000 le Mouvement national r&#233;publicain de Bruno M&#233;gret&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Christian Latouche, un videur de bo&#238;tes qui ne verse pas dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. &#192; Sud Radio, sous couvert de &#171; &lt;i&gt;non politiquement correct&lt;/i&gt; &#187;, on d&#233;nonce surtout les &#171; &lt;i&gt;idiots utiles&lt;/i&gt; &#187;, les &#171; &lt;i&gt;bobos&lt;/i&gt; &#187; et autres &#171; &lt;i&gt;islamo-gauchistes&lt;/i&gt; &#187;. Mal camoufl&#233;e derri&#232;re une obsession &#171; &lt;i&gt;souverainiste&lt;/i&gt; &#187;, l'accointance de la radio avec l'extr&#234;me droite est &#233;vidente : le directeur de &lt;i&gt;Valeurs actuelles&lt;/i&gt;, Geoffroy Lejeune&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est l'auteur d'un roman de politique-fic&#8202;tion imaginant une candidature (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, y a longtemps r&#233;alis&#233; des chroniques ; &#201;lisabeth L&#233;vy du magazine &lt;i&gt;Causeur&lt;/i&gt;, intervient dans la matinale. Quant &#224; l'&#233;mission quotidienne &#171; Les Incorrectibles &#187;, elle est r&#233;alis&#233;e en partenariat avec &lt;i&gt;L'Incorrect&lt;/i&gt;, magazine dans le sillage &#171; conservateur &#187; et &#171; identitaire &#187; de Marion Mar&#233;chal Le Pen.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme l'a analys&#233; l'historien G&#233;rard Noiriel&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le venin dans la plume : &#201;douard Drumont, &#201;ric Zemmour et la part sombre de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, dans un contexte de concurrence acharn&#233;e entre les m&#233;dias, le scandale et la provocation apparaissent comme un moyen s&#251;r d'acqu&#233;rir de la visibilit&#233; dans l'espace public. Didier Ma&#239;sto, le patron de la radio, s'en amuse : &#171; &lt;i&gt;On est trait&#233;s de populistes et complotistes, mais &#231;a ne me d&#233;range pas&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Pour preuve, le 30 mars, le professeur Luc Montagnier d&#233;ballait ses th&#232;ses extravagantes sur l'origine de la Covid-19. Le 6 juin, un &#171; grand &#187; d&#233;bat sur l'efficacit&#233; de l'hydroxychloroquine opposait Idriss Aberkane, pseudo scientifique au CV dop&#233;, et Laurent Alexandre, fondateur de &lt;i&gt;Doctissimo&lt;/i&gt; et climatosceptique acharn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;pit d'une audience limit&#233;e (moins de 1 % selon M&#233;diam&#233;trie), l'extr&#234;me droite et une fraction de la droite fran&#231;aise en perdition savent qu'&#224; Sud Radio, elles b&#233;n&#233;ficient toujours d'entretiens complaisants : les r&#233;acs pr&#233;tendument anticonformistes comme &#201;ric Zemmour, Michel Onfray, Gilles-William Goldnadel ; des repr&#233;sentants de la Manif pour tous ; les plus coriaces des RN comme Marion Mar&#233;chal Le Pen et Jean Messiha ; des souverainistes comme Fran&#231;ois Asselineau, Paul-Marie Co&#251;teaux, Nicolas Dupont-Aignan et Florian Philippot ; des essayistes amoureux du &#171; pass&#233; glorieux &#187; de la France comme Dimitri Casali, ou Laurent Obertone, journaliste pourfendeur du multiculturalisme. Sans oublier l'identitaire Damien Rieu et m&#234;me des allum&#233;s virtuels de la fachosph&#232;re comme Papacito.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;L'ode au &#171; m&#226;le dominant &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Didier Ma&#239;sto justifie la diffusion de ces discours identitaires f&#233;roces au nom du &#171; pluralisme &#187;, en arguant que quelques figures class&#233;es &#224; gauche, notamment Juan Branco et Thomas Porcher, se sont d&#233;j&#224; &#233;gar&#233;es &#224; l'antenne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s actif sur le r&#233;seau social Twitter, le patron de Sud Radio surjoue l'indignation d&#232;s que l'on &#233;voque le ton ultra droitier de son antenne, au point de menacer de &#171; &lt;i&gt;saisir le CSA&lt;/i&gt; &#187;. C'est pourtant lui qui publiait en 2018 une tribune dans &lt;i&gt;Valeurs actuelles &lt;/i&gt;intitul&#233;e &#171; La chasse &#224; l'homme blanc au CSA : quand un racisme peut en cacher un autre &#187;. Depuis le 30 mars, Didier Maisto anime sa propre &#233;mission, intitul&#233;e &#171; Toute v&#233;rit&#233; est bonne &#224; dire &#187;, o&#249; il recycle le vieux refrain de la censure pr&#233;tendument exerc&#233;e par les &#171; &lt;i&gt;bien-pensants&lt;/i&gt; &#187;. D&#233;j&#224;, au micro du site &lt;i&gt;Boulevard Voltaire&lt;/i&gt; en f&#233;vrier 2019, il justifiait son combat pour &#171; &lt;i&gt;permettre au d&#233;bat d'exister en dehors du politiquement correct&lt;/i&gt; &#187; en estimant que &#171; &lt;i&gt;le droit &#224; la diff&#233;rence est l'arme de l'Anti-France qui veut morceler la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s avoir rencontr&#233; fin 2018 ses premiers Gilets jaunes, tr&#233;molo dans la voix, le directeur de Sud Radio s'est autoproclam&#233; journaliste de r&#233;f&#233;rence du mouvement. Dans &lt;i&gt;Passager clan&lt;/i&gt; &lt;i&gt;destin&lt;/i&gt;, ouvrage paru en mars, Didier Ma&#239;sto alterne r&#233;cit autobiographique archiromanc&#233; et d&#233;nonciation des &#171; &lt;i&gt;communautarismes, encourag&#233;s par des politiciens sans scrupules venant y cultiver des client&#232;les in vitro&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Usant et abusant du &#171; nous &#187;, il s'y affiche comme le porte-parole de la population fran&#231;aise. Mais laquelle ? Vraisemblablement pas celle de la &#171; &lt;i&gt;diversit&#233;, minorit&#233;s visibles, #balancetonporc, covoiturage, transition &#233;nerg&#233;tique... Ces mots sont vides de sens pour cette France, LA France&lt;/i&gt; &#187;, peut-on y lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sa France &#233;ternelle, ayant perdu sa &#171; &lt;i&gt;souverainet&#233;&lt;/i&gt; &#187;, souffrirait d'une &#171; &lt;i&gt;oligarchie corrompue&lt;/i&gt; &#187; et des &#171; &lt;i&gt;m&#233;dias mainstream&lt;/i&gt; &#187;. Mais bien entendu, rien de &#171; &lt;i&gt;corrompu&lt;/i&gt; &#187; quand Ma&#239;sto c&#233;l&#232;bre son propre patron, Christian Latouche, en des termes &#233;quivoques : un &#171; &lt;i&gt;m&#226;le dominant&lt;/i&gt; &#187; et un &#171; &lt;i&gt;chef de guerre&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;d&#233;gage des ph&#233;romones&lt;/i&gt; &#187;. Le &#171; parlons vrai &#187; ou la reconnaissance du ventre ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-S&#233;bastien Mora&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.humanite.fr/social-eco/christian-latouche-un-videur-de-boites-qui-ne-verse-pas-dans-le-bling-bling-502265#:~:text=13%20Ao%C3%BBt%2C%202012-,Christian%20latouche.,pas%20dans%20le%20bling%2Dbling&amp;text=%C3%80%20soixante%2Ddouze%20ans%2C%20le,loin%20des%20feux%20des%20projecteurs.&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Christian Latouche, un videur de bo&#238;tes qui ne verse pas dans le bling-bling&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;L'Humanit&#233;&lt;/i&gt; (13/08/2012).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il est l'auteur d'un roman de politique-fic&#8202;tion imaginant une candidature d'union des droites autour d'&#201;ric Zemmour &#224; la pr&#233;sidentielle de 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le venin dans la plume : &#201;douard Drumont, &#201;ric Zemmour et la part sombre de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Il n'existe pas de &#8220;vrai homme&#8221; &#187;</title>
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		<dc:date>2020-09-02T19:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Alexis Le Roux</dc:subject>
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		<dc:subject>culture gay</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;N&#233;e dans les ann&#233;es 1980 au sein de la communaut&#233; gay californienne, la sous-culture bear (ours) sublime les corps gros et poilus. En jouant avec les codes de la masculinit&#233; traditionnelle, les bears d&#233;boulonnent le mythe de la soi- disant &#171; nature masculine &#187;, qui se veut h&#233;t&#233;rosexuelle et virile. Entretien avec le sociologue Javier S&#225;ez del &#193;lamo, activiste gay espagnol... et bear. Comment d&#233;finirais-tu la culture bear ? Quand et o&#249; est-elle n&#233;e ? &#171; C'est une culture qui valorise le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alexis-Le-Roux" rel="tag"&gt;Alexis Le Roux&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/homme" rel="tag"&gt;homme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/culture-959" rel="tag"&gt;culture&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bear" rel="tag"&gt;bear&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/culture-bear" rel="tag"&gt;culture bear&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bears" rel="tag"&gt;Bears&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gay" rel="tag"&gt;gay&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/culture-gay" rel="tag"&gt;culture gay&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;N&#233;e dans les ann&#233;es 1980 au sein de la communaut&#233; gay californienne, la sous-culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; (ours) sublime les corps gros et poilus. En jouant avec les codes de la masculinit&#233; traditionnelle, les bears d&#233;boulonnent le mythe de la soi- disant &#171; nature masculine &#187;, qui se veut h&#233;t&#233;rosexuelle et virile. Entretien avec le sociologue Javier S&#225;ez del &#193;lamo, activiste gay espagnol... et bear.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3406 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;74&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH472/-1591-c3a7e.jpg?1779602904' width='400' height='472' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Romain, Monsieur Ours Occitanie M&#233;diterran&#233;e 2019 / Photo Alexis Le Roux
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment d&#233;finirais-tu la culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; ? Quand et o&#249; est-elle n&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une culture qui valorise le corps des hommes gros, avec une pilosit&#233; corporelle assum&#233;e ainsi qu'un certain d&#233;braillement. Elle &#233;rotise des traits de masculinit&#233; li&#233;s aux personnes &#226;g&#233;es ou matures, comme la barbe ou la corpulence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une sous-culture gay qui est n&#233;e en Californie &#224; la fin des ann&#233;es 1980. Elle rassemblait au d&#233;part un m&#233;lange de motards gays, de personnes issues de la communaut&#233; &#8220;cuir&#8221; et d'autres hommes qui ne se sentaient pas repr&#233;sent&#233;s dans la culture gay am&#233;ricaine dominante : ils ne se reconnaissaient ni dans le quartier Castro &#224; San Francisco, ni dans les films ou les magazines qui montraient toujours des hommes athl&#233;tiques, jeunes et glabres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette culture s'est rapidement &#233;tendue &#224; d'autres pays. En Espagne, au d&#233;but des ann&#233;es 1990, il existait d&#233;j&#224; des associations comme Gorditos (&#8220;Petits gros&#8221;), dont je faisais partie, et il y a eu des bars d&#233;di&#233;s &#224; cette communaut&#233; pendant de nombreuses ann&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle a &#233;t&#233; la port&#233;e subversive des &#171; ours &#187; au sein de la communaut&#233; gay mais aussi dans le milieu h&#233;t&#233;rosexuel ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que cette sous-culture a &#233;t&#233; subversive parce qu'elle a rompu avec une image st&#233;r&#233;otyp&#233;e du monde gay : jusqu'alors, le gay &#233;tait le personnage eff&#233;min&#233;, &#224; plumes, la &#8220;folle&#8221; &#8211; ou le minet qui fr&#233;quente le gymnase. Tout &#224; coup, les h&#233;t&#233;rosexuels se sont rendu compte qu'un gros homme barbu, ressemblant en tout point &#224; un homme h&#233;t&#233;ro, pouvait &#234;tre homo. Qu'un boucher, un chauffeur de camion, un travailleur agricole, un homme qui a l'air tr&#232;s masculin, peut potentiellement &#234;tre gay.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette image est tr&#232;s d&#233;rangeante parce que l'homosexuel n'est plus l'&lt;i&gt;autre&lt;/i&gt; absolu. Il n'est pas un extraterrestre habill&#233; en rose, il peut &#234;tre n'importe qui : votre voisin, votre oncle, votre partenaire de travail ou de football. C'est en cela que le &lt;i&gt;bear &lt;/i&gt;est subversif. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En termes de films, de revues ou d'iconographie, quelles sont les principales r&#233;f&#233;rences culturelles &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; en Europe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le film &lt;i&gt;Cachorro&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Diffus&#233; en fran&#231;ais sous le titre Le Gamin.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de Miguel Albaladejo, sorti en 2004, a &#233;t&#233; une r&#233;f&#233;rence c&#233;l&#232;bre dans toute l'Europe. La s&#233;rie TV sur les &#8220;ours&#8221; anglais &lt;i&gt;Where the Bears are&lt;/i&gt; (2012-2018) est vraiment dr&#244;le et assez c&#233;l&#232;bre. Aux &#201;tats-Unis, il existe des dizaines de revues, de sites web, de rassemblements, etc., ainsi que tout un tas de soci&#233;t&#233;s de production pornographique sp&#233;cialis&#233;es dans le porno &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; depuis les ann&#233;es 1990.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les images des grands rassemblements &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; sont &#233;galement tr&#232;s connues : la &lt;i&gt;Bear Pride &lt;/i&gt;de Cologne, &lt;i&gt;Mad Bear&lt;/i&gt; &#224; Madrid, Bearcelona... mais ce ne sont peut-&#234;tre pas des &#233;v&#233;nements culturels &#224; proprement parler, plut&#244;t des f&#234;tes de plaisir, de danse, de sexe. Il y a aussi les campagnes de lutte contre le sida que j'ai men&#233;es en 2003 et 2007 et qui ont eu du succ&#232;s dans toute l'Europe en termes de diffusion. La premi&#232;re s'intitulait &#8220;Pelos s&#237;, a pelo no&#8221; &lt;i&gt;[litt&#233;ralement : &#8220;Des poils oui, &#224; poil (sans capote), non&#8221;]&lt;/i&gt; et la seconde &#233;tait &#8220;Osos : especie protegida&#8221;&lt;i&gt; [&#8220;Ours, esp&#232;ce prot&#233;g&#233;e&#8221;]&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La culture &lt;i&gt;bear &lt;/i&gt; joue beaucoup sur une masculinit&#233; id&#233;alis&#233;e, li&#233;e &#224; la nature sauvage, l'animalit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une relation paradoxale. D'un c&#244;t&#233;, cela entretient quelque chose d'&#233;rotique, une certaine id&#233;e de l'homme naturel, de l'homme sauvage de la for&#234;t, de la montagne, du b&#251;cheron... mais en r&#233;alit&#233;, ce n'est qu'un fantasme. La plupart des gens de la culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; sont des hommes de la classe moyenne, urbains, qui n'ont jamais vu un arbre de leur vie et qui ne savent m&#234;me pas faire un feu ou utiliser une hache.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes cens&#233;s &#234;tre &#8220;naturels&#8221;, c'est-&#224;-dire ne pas porter de fioritures ou ne pas prendre soin de nous. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il y a toute une gamme de fringues, de produits de beaut&#233;, d'huiles pour barbe, d'accessoires tels que des bretelles, des chemises &#224; carreaux, des slips avec le petit drapeau &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt;... C'est en fait tr&#232;s artificiel, nous ressemblons &#224; Barbie Bear, &lt;i&gt;Bearbie [rires]&lt;/i&gt; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a des gens qui se passent tr&#232;s bien de tout cela et n'ach&#232;tent pas ces choses : ceux qui habitent dans des petites villes et qui sont indiff&#233;rents &#224; ce marketing ; les plus pauvres qui ne peuvent pas d&#233;penser d'argent pour cela... Et il y a les autres, ceux qui passent leurs journ&#233;es &#224; acheter les derniers accessoires &#224; la mode et assistent &#224; tous les rassemblements &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; du monde &#8211; des hommes riches qui sont g&#233;n&#233;ralement blancs aussi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fond, pour moi, cela d&#233;montre le sens performatif de la masculinit&#233;, c'est-&#224;-dire qu'elle est le r&#233;sultat d'une s&#233;rie d'actes r&#233;p&#233;t&#233;s, de mani&#232;res de se comporter, de parler, de s'habiller... Bien entendu, la masculinit&#233; h&#233;t&#233;rosexuelle est comme &#231;a aussi : ses fondements sont fragiles. Dans notre mouvement &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt;, il est clairement &#233;tabli que la masculinit&#233; est une performance, qu'il n'y a pas d'essence masculine tout comme il n'existe pas de &#8220;vrai homme&#8221;. Elle se construit au moyen d'objets ou de r&#233;p&#233;titions, et c'est en quelque sorte paradoxal que les &lt;i&gt;bears &lt;/i&gt;r&#233;cup&#232;rent ces codes pour la culture gay. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En se r&#233;appropriant les codes masculins virils, les &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; ne se font-ils pas assimiler par le monde h&#233;t&#233;ro ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En effet, ce qui &#233;tait au d&#233;part tr&#232;s lib&#233;rateur a une face sombre et, d'une certaine mani&#232;re, nous participons aussi &#224; renforcer les traditionnels codes masculins machistes. En fait, nous sommes g&#233;n&#233;ralement beaucoup plus accept&#233;s que d'autres dans le milieu h&#233;t&#233;rosexuel parce que nous ne donnons pas l'image typique du gay eff&#233;min&#233;. Cela a parfois conduit &#224; des discours&lt;i&gt; follophobes&lt;/i&gt; merdiques qui reproduisent le machisme et l'homophobie et s'attaquent &#224; nos fr&#232;res homosexuels eff&#233;min&#233;s, victimes de violences. Il faut aussi se rappeler qu'il y a des &lt;i&gt;bears &lt;/i&gt;&#8220;folles&#8221;, ce que j'adore parce que je trouve &#231;a vraiment agr&#233;able de voir un homme grand et tr&#232;s masculin qui a en m&#234;me temps des gestes ou une voix f&#233;minine. C'est quelque chose qui m'attire &#233;norm&#233;ment et pour lequel j'ai beaucoup d'affection. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;N'existe-t-il pas le danger que le mouvement &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; soit aussi une culture de &#171; dissimulation &#187; en ne remettant pas en cause la masculinit&#233; et la binarit&#233; du genre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour certains gays, &#234;tre &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; peut &#234;tre une sorte de placard, qui permet de se cacher derri&#232;re un aspect masculin ou h&#233;t&#233;rosexuel afin de passer inaper&#231;u ou de pouvoir insulter et pers&#233;cuter les p&#233;d&#233;s eff&#233;min&#233;s. Il y a un aspect assez macho dans la communaut&#233; &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt;. Il ne concerne pas tout le monde bien s&#251;r, mais on peut y entendre des commentaires contre les femmes, contre les lesbiennes, contre les transsexuels, contre les gays &#8220;folles&#8221;. C'est un discours tr&#232;s conservateur que j'ai d&#233;nonc&#233; &#224; maintes reprises dans des articles. J'ai &#233;galement r&#233;dig&#233; un manifeste&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Texte intitul&#233; &#171; Manifiesto BearPride 2007 &#187;, &#224; lire en espagnol sur le site (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; pour avertir de ce danger tout en demandant aux associations &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; de le signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fin de compte, c'est une culture tr&#232;s traditionnelle ; aujourd'hui, il n'y a que des rassemblements autour du sexe ou de la danse, ce qui est bien, j'y vais aussi, mais je ne vois pas beaucoup de r&#233;flexions sur la solidarit&#233;, l'homophobie ou les activit&#233;s culturelles. Je pense donc que le capitalisme a &#233;norm&#233;ment absorb&#233; la culture &lt;i&gt;bear&lt;/i&gt; ; il faut le reconna&#238;tre et ne pas l'id&#233;aliser. Nous sommes devenus un ph&#233;nom&#232;ne de mode dans de nombreux endroits et nous devons d&#233;sormais vivre avec ce paradoxe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux &#201;tats-Unis, le mouvement a &#233;t&#233; tr&#232;s actif contre le sida et pour aider les personnes atteintes du VIH dans les ann&#233;es 1990. Aujourd'hui, c'est fini, nous ne voyons plus de campagnes ou de discours politiques au sein de notre communaut&#233;. Mais j'esp&#232;re toujours que les &lt;i&gt;bears&lt;/i&gt; pourront &#224; nouveau se montrer plus solidaires, aller au-del&#224; de la simple consommation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Diffus&#233; en fran&#231;ais sous le titre&lt;i&gt; Le Gamin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Texte intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;http://archivo.dosmanzanas.com/index.php/archives/2896&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Manifiesto BearPride 2007&lt;/a&gt; &#187;, &#224; lire en espagnol sur le site &lt;i&gt;DosManzanas.com&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Lettre &#224; mes amours p&#233;d&#233;s cisgenres</title>
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		<dc:date>2020-09-01T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Mario</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Mario est un homme trans, assign&#233; au genre f&#233;minin &#224; sa naissance. Sa sexualit&#233; de mec qui aime les hommes est marqu&#233;e par un corps diff&#233;rent. Dans cette lettre qui parle d'amour, de solitude et de violences, Mario aborde son rapport au cruising, l'art de la drague entre hommes dans les lieux publics. Un r&#233;cit intime des bouleversements qui le traversent et de ses questions rest&#233;es pour l'instant sans r&#233;ponse. De toute fa&#231;on, mon rapport &#224; la sexualit&#233; a toujours &#233;t&#233; compliqu&#233;. De toute (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no189-juillet-aout-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;189 (juillet-ao&#251;t 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/desir" rel="tag"&gt;d&#233;sir&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Mario est un homme trans, assign&#233; au genre f&#233;minin &#224; sa naissance. Sa sexualit&#233; de mec qui aime les hommes est marqu&#233;e par un corps diff&#233;rent. Dans cette lettre qui parle d'amour, de solitude et de violences, Mario aborde son rapport au cruising, l'art de la drague entre hommes dans les lieux publics. Un r&#233;cit intime des bouleversements qui le traversent et de ses questions rest&#233;es pour l'instant sans r&#233;ponse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3405 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L486xH400/-1590-6ac12.jpg?1779603392' width='486' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Sarah Fisthole
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;De toute fa&#231;on, mon rapport &#224; la sexualit&#233; a toujours &#233;t&#233; compliqu&#233;. De toute fa&#231;on mon corps est marqu&#233; par le temps, les transitions. De toute fa&#231;on il a v&#233;cu les violences et la coercition. Alors dis-moi, comment on baise&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui baise quoi, qui baise qui et &#231;a change quoi ? Depuis que je prends de la testost&#233;rone, que mon corps habill&#233; est identifi&#233; dans les espaces publics comme masculin et que mes regards me placent du c&#244;t&#233; des p&#233;d&#233;s, je ne cesse de me poser cette question : comment on baise ? Je me mets o&#249; et tu fais quoi ? Car si tout change, rien ne bouge. Comme toujours, mon d&#233;sir va vers les hommes et, pris au pi&#232;ge entre diverses repr&#233;sentations de ce que c'est que de faire du sexe entre mecs, d'&#234;tre un &#171; vrai p&#233;d&#233; &#187;, mon pass&#233; et les angoisses dont mon corps porte encore les stigmates, je ne sais parfois plus vers o&#249; me tourner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je te mate dans la rue et que tu me regardes en retour, nous pensons tous les deux &#224; la queue que je n'ai pas. Moi parce que j'ai peur d'&#234;tre d&#233;couvert et toi parce que tu la d&#233;sires. Alors il reste les cages d'escalier et le noir complet. Les soir&#233;es o&#249; bourr&#233;, si tu m'interpelles, je te suivrai sur la pointe des pieds. D'une certaine fa&#231;on le fait de&lt;i&gt; cruiser&lt;/i&gt;, m&#234;me si je ne vais souvent pas plus loin que du flirt, me permet de garder la t&#234;te haute et me fait me sentir moins seul. On se croise et lorsque tu me regardes, je suis homme. Je me sens beau. Je me sens faire partie d'une communaut&#233; secr&#232;te dont nous seuls connaissons les codes. Petit sourire en coin, yeux qui p&#233;tillent. Il est tard et on tra&#238;ne dehors. On tourne dans les rues, on se cherche et j'aime la tension qui s'en d&#233;gage ; le sentiment d'appartenance communautaire et notre d&#233;sir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On ne me baise pas, ou si peu &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; toi, inconnu de la rue, je ne te dirai pas que je suis trans&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Personne dont le genre ressenti diverge de celui assign&#233; &#224; la naissance.&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, tu ne le sauras pas, je d&#233;vierai tes mains, je les emp&#234;cherai de savoir, je te ceinturerai pour que tu ne t'aventures pas sur des territoires dangereux. Parce que j'en ai trop entendu. J'ai trop compris. Face &#224; moi, le d&#233;sir est complexe : on doit apprendre &#224; faire avec ma chatte. Cela n&#233;cessite du temps. Je suis d'ailleurs toujours oblig&#233; de le r&#233;p&#233;ter : si tu veux qu'on ait des rapports sexuels chouettes, orgasmiques, consentis, il te faudra prendre le temps et me laisser l'espace d'&#234;tre qui je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce temps comme cet espace sont des luxes qui ne me sont que rarement accord&#233;s et je suis trop souvent rel&#233;gu&#233; dans les limbes de l'ambigu&#239;t&#233; ou du platonique. En r&#233;alit&#233; on m'embrasse, on me touche, on se frotte, on dort avec moi, on me c&#226;line comme un joujou mais on ne me baise pas, ou si peu. On me le dit aussi : non, on n'ira pas plus loin. On m'explique. Et on se raisonne, car il est difficile d'&#234;tre p&#233;tri de d&#233;sir pour moi. Je suis le petit fr&#232;re, le gar&#231;on &#224; qui on tient la main, l'&#233;paule disponible, celui que tu vois comme un adolescent alors m&#234;me que je suis plus vieux que toi, et l'ami toujours pr&#233;sent. Mais on ne me retourne pas. Par contre on me serre fort, pour ne pas voir ma douleur et masquer sa g&#234;ne. Et aujourd'hui, je sais, ils veulent ma chaleur mais pas le feu. Alors je cours les rues et cherche des &#233;tincelles dans les regards.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Alors c'est &#231;a aussi d'&#234;tre p&#233;d&#233; ? &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je te suis, tu me suis, on s'embrasse, je te touche, tu m'entra&#238;nes, je te dis non, tu n'entends pas, tu me pousses, je te d&#233;sire quand m&#234;me, tu ouvres la porte et on entre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la porte se ferme cette fois, voil&#224; que je ne sais plus. Alors je me jette sur ta queue, parce que c'est plus simple de m'agenouiller que de r&#233;fl&#233;chir &#224; mon propre d&#233;sir et mes peurs. Et quand je te retourne contre le mur pour te bouffer le cul et que tu g&#233;mis, je me sens puissant, je suis un homme. Mais quand c'est toi qui me jettes, me plaques et m'encules de force sans capote alors que je dis non, je panique. Qu'est-ce que je fais l&#224; ? Est-ce que tu as vu que je n'avais pas de bite ? Comment est-ce que je me sens ? Voil&#224; que tu ouvres la porte. Il est une heure du matin, tu plantes un baiser humide sur ma joue puis traces ta route dans la nuit tandis que je reste seul avec du sperme d&#233;goulinant de mon short. Je sais ce qu'il faut que je fasse : aller &#224; l'h&#244;pital, prendre un traitement post-exposition&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Traitement qui r&#233;duit le risque de contamination par le VIH apr&#232;s une prise (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dire ce qu'il s'est pass&#233;. Mais raconter quoi et comment ? Est-ce que c'est une agression ? Et qui s'est fait agresser ? Un jeune mec p&#233;d&#233;, une fille biscornue ou tout simplement un mec trans ? Comment en parler ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors c'est aussi &#231;a d'&#234;tre p&#233;d&#233; ? &#199;a existe chez vous aussi ? Mais pourquoi personne n'a rien &#224; en dire ? Et lorsque j'en parle &#224; mes copains les p&#233;dales n&#233;s du bon c&#244;t&#233; du genre, pourquoi me regardent-ils comme si c'&#233;tait une partie de l'apprentissage ? Mais apprentissage de quoi ? De la honte ? Mais nous la connaissons tous d&#233;j&#224;. Finalement mon corps, ses d&#233;sirs, et la vie que nous avons men&#233;e ont-ils leur place quelque part ? Existe-t-il un moyen de vivre ma sexualit&#233; comme je l'entends sans craindre ni rejet, ni f&#233;tichisation, ni agression ? Tant de questions qui restent pour l'instant sans r&#233;ponse, tant et si bien que lorsque je n'y prends pas garde, je m'enferme dans le silence.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On est dans le m&#234;me radeau &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Alors pour &#233;viter cette mort silencieuse, je voudrais pouvoir vous dire que je vous aime. Vous &#234;tes mes fr&#232;res de gal&#232;re, de sexe, d'amour, d'amiti&#233;, d'affection aussi. Vous m'apportez des choses que je ne pensais pas possibles lorsque j'&#233;tais coinc&#233; dans cette vie h&#233;t&#233;rosexuelle monogame mortif&#232;re qui n'a jamais &#233;t&#233; la mienne. J'ai essay&#233; de toutes mes forces d'&#234;tre la bonne meuf, de celles qui font la bouffe, qui r&#233;confortent leur petit mari et rendent les parents fiers, mais ce n'est pas qui je suis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je sais ce qu'il en co&#251;te de sortir du placard. Je sais ce qu'il en co&#251;te de ne pas &#234;tre la norme et de savoir que quoi que tu fasses, le moule ne te correspondra pas car il est carr&#233; et tu es rond. Je sais ce que nos vies de&lt;i&gt; queers &lt;/i&gt;nous co&#251;tent, comme je sais qu'elles nous pressurisent jusqu'&#224; nous laisser exsangues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je sais aussi que je ne supporte plus le silence autour de mes diff&#233;rences. Je suis p&#233;d&#233; et trans. Nous sommes sur le m&#234;me radeau, mais on n'y est pas arriv&#233;s de la m&#234;me fa&#231;on. J'ai nag&#233; plus longtemps, dans des eaux plus sombres et contre des courants plus forts et j'aimerais qu'on en parle. Qu'on parvienne &#224; trouver des ponts, des liens entre nous tous qui avons grandi avec ce sentiment de d&#233;viance et de monstruosit&#233; que la soci&#233;t&#233; cis-h&#233;t&#233;ronormative nous fait ressentir.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Le patriarcat se retrouve dans les interstices de nos libert&#233;s &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car moi et mon corps trans sommes fatigu&#233;s. Fatigu&#233;s de parler dans le vide, fatigu&#233;s de se faire rejeter, dominer, agresser et d'&#234;tre renvoy&#233;s aux limites de cette communaut&#233; de&lt;i&gt; freaks&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Monstre humain &#187;. Anglicisme qui d&#233;signe des personnes qui rejettent les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, d&#233;j&#224; marginale. Parfois j'ai l'impression qu'on reproduit la violence que nous nous sommes mang&#233;s et qu'on la vomit dans nos relations. Les douleurs qu'ont subies nos corps, inflig&#233;es par le regard cis-h&#233;t&#233;ro&#8202;sexuel et le patriarcat, se retrouvent dans les interstices de nos libert&#233;s et si nous voulons respirer il devient urgent de les d&#233;truire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on se penche sur nos blessures et qu'on r&#233;fl&#233;chisse &#224; ne pas reproduire ces rapports de domination : ceux des mascs&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; masculin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otypes associ&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; sur les fems&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; f&#233;minin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otyp&#233;s associ&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, des blanc.hes sur des racis&#233;. es, des cisgenres sur les transgenres, des s&#233;ronegs sur les s&#233;ropos&lt;a href=&#034;#nb8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour &#171; s&#233;ron&#233;gatifs &#187; et &#171; s&#233;ropositifs &#187;.&#034; id=&#034;nh8-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, des p&#233;n&#233;trant.es sur les p&#233;n&#233;tr&#233;.es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on en finisse avec la violence de l'h&#233;t&#233;ronormativit&#233; et l'autod&#233;testation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je voudrais qu'on soit heureux. Mais pour &#231;a il faudrait qu'on en parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors mes amours, on s'y met quand ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mario&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&gt;&gt;&gt; Cet article est extrait d'un dossier de 17 pages consacr&#233; aux sexualit&#233;s, publi&#233; sur papier dans le num&#233;ro 189 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (juillet-ao&#251;t 2020).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Personne dont le genre ressenti diverge de celui assign&#233; &#224; la naissance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Traitement qui r&#233;duit le risque de contamination par le VIH apr&#232;s une prise de risque r&#233;cente.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Monstre humain &#187;. Anglicisme qui d&#233;signe des personnes qui rejettent les normes de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; masculin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otypes associ&#233;s &#224; la masculinit&#233; h&#233;g&#233;monique et dominante (blanche, h&#233;t&#233;rosexuelle et cisgenre).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Abr&#233;g&#233; du mot &#171; f&#233;minin &#187;, le terme fait r&#233;f&#233;rence aux st&#233;r&#233;otyp&#233;s associ&#233;s &#224; la f&#233;minit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour &#171; s&#233;ron&#233;gatifs &#187; et &#171; s&#233;ropositifs &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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