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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>En Appuii aux habitants</title>
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		<dc:creator>Frantz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Si on vous dit 1968-2018 ? Vous r&#233;pondez cinquantenaire du joli mois de mai ? Oui, mais pas que : on c&#233;l&#232;bre aussi les 50 ans du Droit &#224; la ville, livre d'Henri Lefebvre. L'occasion parfaite d'interroger Sylvain, salari&#233; d'Appuii, association qui lutte aux c&#244;t&#233;s des habitants de quartiers populaires confront&#233;s &#224; la d&#233;molition ou &#224; la r&#233;novation de leurs lieux de vie. *** Comment est n&#233;e l'association Appuii ? &#171; Tout a commenc&#233; en 2005, &#224; La Coudraie, un quartier populaire sur les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-populaires" rel="tag"&gt;quartiers populaires&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si on vous dit 1968-2018 ? Vous r&#233;pondez cinquantenaire du joli mois de mai ? Oui, mais pas que : on c&#233;l&#232;bre aussi les 50 ans du &lt;i&gt;Droit &#224; la ville&lt;/i&gt;, livre d'Henri Lefebvre. L'occasion parfaite d'interroger Sylvain, salari&#233; d'Appuii, association qui lutte aux c&#244;t&#233;s des habitants de quartiers populaires confront&#233;s &#224; la d&#233;molition ou &#224; la r&#233;novation de leurs lieux de vie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2677 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH503/-937-b6972.jpg?1782643822' width='400' height='503' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#171; center &#187;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment est n&#233;e l'association Appuii&lt;/strong&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alternatives pour des projets urbains ici et &#224; l'international : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;strong&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout a commenc&#233; en 2005, &#224; La Coudraie, un quartier populaire sur les hauteurs de Poissy, en &#206;le-de-France. Il est situ&#233; sur un terrain tr&#232;s attractif, dans une ville et un d&#233;partement plut&#244;t riches. De quoi donner des envies &#224; certains&#8230; Le maire avait ainsi pour id&#233;e de d&#233;truire ce quartier d'habitat social. Mais les habitants ne se sont pas laiss&#233; faire, luttant contre une d&#233;cision qu'ils jugeaient arbitraire et m&#233;prisante. Certains d'entre eux sont m&#234;me all&#233;s toquer &#224; la porte de l'&#201;cole nationale sup&#233;rieure d'architecture de Paris-La Villette. Et des &#233;tudiants ont accept&#233; de leur donner un coup de main &#8211; certains se sont investis bien au-del&#224; du cadre de leurs &#233;tudes. Une mobilisation tr&#232;s large, qui a pay&#233; : le quartier n'a pas &#233;t&#233; ray&#233; de la carte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La bataille s'est men&#233;e sur deux fronts. Un volet &#8216;&#8216;classique'' : manifestations, occupation et m&#233;diatisation. Et un volet technique, en fournissant des &#233;l&#233;ments pr&#233;cis, en faisant des propositions, en &#233;pluchant les dossiers&#8230; Les habitants mobilis&#233;s ont ainsi acquis des comp&#233;tences, jusqu'&#224; &#234;tre plus au fait des processus urbains que les &#233;lus. Et ils l'ont fait dans un vrai esprit de vivacit&#233; d&#233;mocratique : ils se r&#233;unissaient et se r&#233;unissent encore chaque semaine, ils d&#233;battent et avancent ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e de cette mobilisation, des chercheurs, amicales de locataires et habitants ont commenc&#233; &#224; travailler ensemble dans le cadre d'un programme de recherche-action centr&#233; sur la r&#233;novation urbaine et financ&#233; par la r&#233;gion &#206;le-de-France. Il s'agissait de monter des actions communes, de r&#233;fl&#233;chir aux situations de conflit &#8211; &#224; Vitry-sur-Seine, &#231;a a m&#234;me donn&#233; un film, &lt;i&gt;Apprendre &#224; travailler ensemble&lt;/i&gt;. Un succ&#232;s. &#192; tel point qu'&#224; la fin du programme, certains participants se sont dit que &#231;a r&#233;pondait &#224; un vrai besoin et qu'il fallait continuer. Avec pour objectif de cr&#233;er un outil commun qui r&#233;ponde aux questions des habitants concern&#233;s. &#192; leur envie d'&#234;tre acteurs, et non passifs ou d&#233;poss&#233;d&#233;s. Une sorte de SOS urbain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#231;a s'est formalis&#233; en 2012 avec la cr&#233;ation d'Appuii, association un peu hybride. Y participent des universitaires, des professionnels (ou futurs pros) des m&#233;tiers de la ville, des militants de quartiers populaires et des habitants qui vivent (ou ont v&#233;cu) des projets urbains importants. Toutes les participations sont b&#233;n&#233;voles &#8211; je suis le seul salari&#233;, charg&#233; de coordonner les diff&#233;rentes actions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En th&#233;orie, la loi impose la concertation avec les habitants d'un quartier sur le point d'&#234;tre r&#233;nov&#233;, a fortiori quand le financement provient de l'Anru &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence nationale de r&#233;novation urbaine.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;... Ce n'est que de la poudre aux yeux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La concertation est certes inscrite dans la loi. Et des bureaux d'&#233;tudes sont missionn&#233;s par les acteurs institutionnels qui portent un projet urbain, pour le pr&#233;senter &#224; la population. Mais &#231;a ne marche que dans un sens : les habitants peuvent au mieux exprimer des avis, sans savoir s'ils seront pris en compte. C'est tr&#232;s insuffisant. Il faut de vrais espaces de d&#233;bat, dans lesquels les habitants disposent d'outils pour faire valoir leurs droits, peser dans le processus, &#233;mettre d'autres propositions. D'o&#249; l'id&#233;e de cr&#233;er une sorte de plate-forme, de r&#233;seau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les discours des d&#233;cideurs ont &#233;volu&#233; sur la question de la participation, mais cette &#233;volution n'a pas forc&#233;ment &#233;t&#233; suivie d'effets. Parfois, tout est m&#234;me fait pour &#233;touffer les initiatives&#8230; L'Anru reconna&#238;t elle-m&#234;me le manque de concertation de sa premi&#232;re vague de r&#233;novation urbaine, dans les ann&#233;es 2000. Elle a donc lanc&#233; des conseils citoyens pour la deuxi&#232;me vague, qui a d&#233;but&#233; il y a deux ans. Avec Appuii, on a men&#233; un gros travail pour voir si ces conseils fonctionnaient. Au final, on a constat&#233; qu'ils ne changeaient pas grand-chose : la d&#233;molition/reconstruction impos&#233;e aux habitants reste la norme. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quelle fa&#231;on intervenez-vous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Appuii n'est ni un labo de recherche, ni une association de professionnels, ni un collectif local de quartier. Mais un peu tout &#231;a m&#233;lang&#233; &#8211; il y a diff&#233;rentes sensibilit&#233;s et des membres d'horizons divers. On intervient seulement quand on est sollicit&#233;s par un groupe d'habitants d&#233;j&#224; constitu&#233; et mobilis&#233;. Quand c'est le cas, on essaye de rapidement nouer contact avec d'autres habitants et collectifs locaux, puis on &#233;largit &#224; d'autres structures &#8211; par exemple, le Dal &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Droit au logement.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, Pas Sans Nous, des associations de locataires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on n'est pas un syndicat des quartiers populaires, il n'y a aucune volont&#233; de repr&#233;senter. Notre r&#244;le tient d'abord aux conseils (techniques, m&#233;thodologiques, voire juridiques), puis &#224; la mise en r&#233;seau, en tissant des liens et en apportant des retours d'exp&#233;rience d'autres quartiers. Avec pour objectif qu'il y ait des &#233;changes entre les groupes concern&#233;s par des r&#233;novations urbaines (surtout quand elles rel&#232;vent de la politique nationale de l'Anru). Appuii est d'abord un facilitateur. On fait par exemple circuler des chartes de relogement produites par des groupes locaux, afin que d'autres s'en emparent, ainsi que des conseils juridiques, des astuces pour financer un avocat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'association ambitionne aussi, &#224; un autre niveau, d'amener les professionnels &#224; s'interroger sur leurs pratiques. Par exemple, dans le domaine juridique : la plupart des avocats sp&#233;cialis&#233;s dans l'urbain travaillent pour les am&#233;nageurs, promoteurs et collectivit&#233;s. Ils se placent rarement au service d'habitants en lutte. R&#233;sultat : il y a peu de recours sur les op&#233;rations de renouvellement urbain, et trop peu d'attention est port&#233;e aux droits des r&#233;sidents. D'o&#249; notre id&#233;e de constituer une sorte de r&#233;seau de comp&#233;tences solidaires. Et ce n'est pas qu'une question de dipl&#244;me. Par exemple, quand il y a eu des probl&#232;mes de plomberie &#224; La Coudraie, c'est un habitant bossant sur des chantiers qui comprenait le mieux les d&#233;fauts de la r&#233;habilitation et &#233;tait capable de les expliquer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Y a-t-il une lutte dont tu voudrais particuli&#232;rement parler ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Celle de Fresnes &#224; la cit&#233; des Groux, une cit&#233; de 200 logements. On a &#233;t&#233; appel&#233; par l'association locale, Renaissance des Groux, qui lutte contre un projet de d&#233;molition totale du quartier, ni justifi&#233;, ni concert&#233;. Les gens l'ont appris du jour au lendemain. Ils n'avaient pas l'habitude de s'exprimer et se sont demand&#233; comment emp&#234;cher le bailleur d'effacer leur quartier et comment faire face aux pressions. Appuii est alors venue leur pr&#234;ter main-forte. Depuis deux ans, on a lanc&#233; (et particip&#233; &#224;) pas mal d'initiatives : des ateliers pour enfants, des p&#233;titions, des recueils de t&#233;moignages d'habitants, la construction d'une maquette du quartier, une expo de photos&#8230; Le but : redonner une place centrale aux habitants. Pour qu'ils construisent des envies communes pour le futur, sans se laisser abattre par le m&#233;pris des institutions &#8211; par exemple, le bailleur ne r&#233;pond ni &#224; leurs sollicitations, ni &#224; leurs courriers&#8230; En parall&#232;le, Appuii a aussi lanc&#233; une proc&#233;dure pour avoir acc&#232;s aux documents administratifs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment vois-tu les diff&#233;rentes luttes d'habitants dans l'Hexagone ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que ce soit en &#206;le-de-France, &#224; Nantes, &#224; &#201;chirolles, &#224; Marseille ou &#224; Clermont-Ferrand, un m&#234;me constat se fait jour, celui de la n&#233;cessit&#233; d'une convergence des luttes urbaines. Il faut croiser les luttes, qu'il s'agisse de sauver des terres agricoles ou de combattre des projets impos&#233;s et destructeurs. C'est la seule fa&#231;on d'exister face &#224; la machinerie de communication des m&#233;tropoles ou promoteurs. Et de faire &#233;chec aux logiques de la ville industrielle, puis post-industrielle : rel&#233;gation des plus pauvres et accaparement des terres pour le seul profit. Des logiques tr&#232;s bien expos&#233;es par Henri Lefebvre dans &lt;i&gt;Le Droit &#224; la ville&lt;/i&gt;, livre fondamental dont on f&#234;te cette ann&#233;e les cinquante ans. Pour c&#233;l&#233;brer cet anniversaire, une s&#233;rie d'&#233;v&#233;nements auront d'ailleurs lieu de mars &#224; mai &#224; Paris-Nanterre, Grenoble, Tours, Lille, etc. Il ne s'agit pas seulement de comm&#233;moration, mais de luttes actuelles pour faire vivre ce droit &#224; la ville. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Frantz (&lt;a href='https://cqfd-journal.org/espascespossibles.org'&gt;espascespossibles.org&lt;/a&gt;)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alternatives pour des projets urbains ici et &#224; l'international : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/appuii.wordpress.com'&gt;appuii.wordpress.com&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence nationale de r&#233;novation urbaine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Droit au logement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Home, squat home</title>
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		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Lise Lacombe</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Ils passent souvent inaper&#231;us, si ce n'est du voisinage, du proprio et de la flicaille. Une discr&#233;tion indispensable pour se donner le maximum de chances d'&#233;chapper &#224; l'expulsion. Les squats dits d'habitation sont pourtant bel et bien l&#224;, au c&#339;ur des villes ou aux tr&#233;fonds des campagnes. T&#233;moignages. Une ombre dans la nuit. Qui enjambe une bordure de fen&#234;tre ou croch&#232;te une serrure. P&#233;n&#232;tre sans bruit dans les murs. Ouvre la porte pour faire entrer ses camarades qui attendent un peu plus (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/proprio" rel="tag"&gt;proprio&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ils passent souvent inaper&#231;us, si ce n'est du voisinage, du proprio et de la flicaille. Une discr&#233;tion indispensable pour se donner le maximum de chances d'&#233;chapper &#224; l'expulsion. Les squats dits d'habitation sont pourtant bel et bien l&#224;, au c&#339;ur des villes ou aux tr&#233;fonds des campagnes. T&#233;moignages.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2662 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-922-00413.jpg?1782637903' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Lise Lacombe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une ombre dans la nuit.&lt;/strong&gt; Qui enjambe une bordure de fen&#234;tre ou croch&#232;te une serrure. P&#233;n&#232;tre sans bruit dans les murs. Ouvre la porte pour faire entrer ses camarades qui attendent un peu plus loin. Voil&#224; les squatteurs &#224; l'int&#233;rieur. Ils changent vite la serrure, barricadent la porte, obstruent les ouvertures. Puis attendent. Jusqu'&#224; la visite des flics ou d'un huissier. Ou jusqu'&#224; ce que le d&#233;lai l&#233;gal de 48 heures soit &#233;coul&#233; &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une loi de juin 2015 est cens&#233;e avoir restreint la possibilit&#233; d'invoquer ce (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ce n'est qu'une fois celui-ci pass&#233; qu'ils pourront s'appuyer sur le Code civil pour faire du lieu leur domicile principal, et sur le Code p&#233;nal pour justifier l'inviolabilit&#233; de celui-ci. Cette phase pass&#233;e, il sera temps de penser &#224; habiter &#8211; mais avec la menace de l'expulsion toujours pr&#233;sente dans un coin de la t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Voil&#224; pour le sc&#233;nario id&#233;al.&lt;/strong&gt; Quand tout se passe bien. C'est loin d'&#234;tre toujours le cas. Ouvrir un squat, f&#251;t-il discret et d'habitation, qu'il se trouve au c&#339;ur de la ville ou au fin fond de la cambrousse, c'est d'abord accepter la probabilit&#233; de l'&#233;chec. &#171; &lt;i&gt;Quand tu arrives, tu ne sais pas si le lieu va tenir quelques jours ou plusieurs mois,&lt;/i&gt; explique Jojo &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, qui compte une dizaine de squats au compteur.&lt;i&gt; Mais tu n'as pas le choix, tu dois te mettre au boulot : nettoyer, remettre l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, r&#233;cup&#233;rer des meubles dans la rue, lancer des travaux d'am&#233;nagement&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Une &#233;tape indispensable pour se sentir chez soi &#8211; &lt;i&gt;home squat home&lt;/i&gt;. Sauf que le chez-soi peut tr&#232;s vite ne plus l'&#234;tre. Et les heures (voire les jours ou semaines) de travail auront &#233;t&#233; abattues en pure perte. Jojo encore : &#171; &lt;i&gt;&#199;a coupe parfois les jambes : tu t'investis &#224; fond, tout en sachant que le risque d'expulsion plane. &#192; force, &#231;a fatigue. Tu finis par avoir envie de te poser, de souffler sans avoir &#224; te dire que bient&#244;t il faudra tout recommencer. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un travail de rep&#233;rage&lt;/strong&gt; en amont permet de mettre davantage de chances de son c&#244;t&#233;. Une reconnaissance qui s'effectue d'abord de visu : &#171; &lt;i&gt;Observez si les lieux sont bien vides et s'il n'y a pas de passage,&lt;/i&gt; r&#233;sume la brochure &#8216;&#8216; Le squat de A &#224; Z '' &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Disponible sur le site squat.net&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Il y a divers indices : volets ferm&#233;s, bo&#238;te aux lettres pleine de vieilles pubs, tas de feuilles mortes devant la porte, jardin en friche, &#233;tat du b&#226;timent&#8230; Pour v&#233;rifier s'il y a du passage, placez un bout de papier discret dans l'embrasure de chaque porte et portail, et v&#233;rifiez r&#233;guli&#232;rement leur pr&#233;sence.&lt;/i&gt; &#187; Ce rep&#233;rage se double souvent d'une enqu&#234;te sur le propri&#233;taire, histoire d'estimer le risque de le voir d&#233;barquer. J&#233;r&#244;me, pass&#233; par divers squats de l'Est parisien et du Sud de la France, aime cette &#233;tape : &#171; &lt;i&gt;J'ai toujours cherch&#233; &#224; en savoir le plus possible sur le lieu. C'est-&#224;-dire me rendre au cadastre pour trouver le nom du proprio, me renseigner pour savoir s'il habite &#224; proximit&#233;, rechercher des infos &#224; son propos sur Internet&#8230; &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font color=&#034;#21610B&#034;&gt;&lt;strong&gt;Enqu&#234;te sur le proprio&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parfois&lt;/strong&gt;, celui-ci est carr&#233;ment aux abonn&#233;s absents. Ainsi de cette maison vide depuis une trentaine d'ann&#233;es dans une banlieue r&#233;sidentielle de Marseille, demeure &#224; l'abandon que Louise et deux de ses copines avaient rep&#233;r&#233;e : &#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait une grande baraque avec jardin, dans un &#233;tat d&#233;plorable. Elle faisait partie d'une succession, la famille se d&#233;chirait sur l'h&#233;ritage et la maison &#233;tait en indivision. &lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s y avoir r&#233;fl&#233;chi, les trois amies ont d&#233;cid&#233; d'&#233;crire aux propri&#233;taires pour leur proposer un arrangement : elles se chargeraient des lourds travaux d'am&#233;nagement contre une remise de loyer. Mais elles n'ont jamais eu de r&#233;ponse. Et ont finalement pris possession de l'endroit &#224; la hussarde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les proprios&lt;/strong&gt; sont loin de se montrer toujours accommodants. Certains se font m&#234;me justice eux-m&#234;mes plut&#244;t que de lancer une proc&#233;dure d'expulsion. Et d&#233;barquent avec des sbires pour virer les squatteurs. &#171; &lt;i&gt;C'est plus effrayant que l'arriv&#233;e des flics,&lt;/i&gt; note J&#233;r&#244;me.&lt;i&gt; Avec la police, il y a un cadre, surtout quand la proc&#233;dure d'expulsion est lanc&#233;e. Tandis qu'avec des gros bras, &#231;a peut vraiment partir en cacahu&#232;tes... &lt;/i&gt; &#187; C'est ce qu'a connu Tic, squatteur de longue date qui venait de se d&#233;gotter un petit appartement &#224; Marseille : &#171; &lt;i&gt;J'avais attendu 48 heures &#224; l'int&#233;rieur, puis j'&#233;tais sorti quelques heures. Des gros bras sont pass&#233;s pendant ce temps, ils ont p&#233;t&#233; la porte, et cass&#233; ou vol&#233; mes affaires. Je ne suis &#233;videmment pas rest&#233; dans l'appart'.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font color=&#034;#21610B&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; On partageait tout &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perdre&lt;/strong&gt; ses (maigres) possessions : voil&#224; l'une des hantises de celles et ceux qui font le choix du squat. Une crainte qui pousse &#224; ne pas accumuler. &#192; voyager l&#233;ger, comme Jojo &#224; la fin des ann&#233;es 1990 : &#171; &lt;i&gt; On r&#233;cup&#233;rait des matelas &#224; Emma&#252;s, des meubles dans la rue &#8211; on s'en fichait de les perdre en cas d'expulsion. Quand &#231;a arrivait, je balan&#231;ais mes v&#234;tements et mes affaires dans deux sacs de couchage, et je m'en allais.&lt;/i&gt; &#187; Il n'y avait pas grand-chose d'autre &#224; sauver, souligne le m&#234;me en souriant : &#171; &lt;i&gt;On &#233;tait jeunes, on n'avait rien mais on partageait tout. On mettait notre argent en commun, on volait la nourriture et l'alcool, on rentrait en douce dans les concerts...&lt;/i&gt; &#187; Bref, le minimum vital &#8211; que demande le peuple ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement&lt;/strong&gt; : il a parfois envie d'un peu de confort. Surtout en prenant de l'&#226;ge. &#171; &lt;i&gt;Pendant longtemps, je n'ai &#224; peu pr&#232;s rien poss&#233;d&#233; &#8211; juste trois grands sacs d'affaires diverses, que je pouvais boucler &#224; la va-vite,&lt;/i&gt; explique J&#233;r&#244;me. &lt;i&gt;Mais j'ai fini par acheter un ordinateur. Et l&#224;, &#231;a devient tout de suite plus chiant : si tu pars en week-end, il te faut chercher un endroit s&#251;r o&#249; l'entreposer, parce que tu n'es jamais certain que le squat ne sera pas visit&#233; par les flics ou le proprio en ton absence.&lt;/i&gt; &#187; Un stress toujours pr&#233;sent, comme en filigrane.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est le c&#244;t&#233; chiant&lt;/strong&gt; du squat : tu restes toujours pr&#233;caire et tu d&#233;penses beaucoup d'&#233;nergie &#224; ouvrir et tenir le lieu&lt;/i&gt; &#187;, poursuit J&#233;r&#244;me, qui a ainsi altern&#233; squats et locations classiques. Un cas de figure fr&#233;quent chez les squatteurs longue dur&#233;e &#8211; il leur arrive d'opter pour le confort d'un bail, le temps de recharger leurs batteries ou, par exemple, d'&#233;lever des enfants en bas &#226;ge. Mais ils finissent souvent par retourner &#224; leur premier amour. Par manque de thunes. Par go&#251;t de la vie en collectif. Et par amour de la libert&#233;. &#192; commencer par celle de &#171; &lt;i&gt;ne pas avoir &#224; accepter un taf qui ne te pla&#238;t pas juste pour payer ton loyer &lt;/i&gt; &#187;, remarque Jojo. Ainsi que celle d'am&#233;nager &#224; l'envi son int&#233;rieur, souligne la brochure &#171; Le Squat de A &#224; Z &#187; : &#171; &lt;i&gt;Squatter, c'est aussi habiter au sens plein du terme : c'est &#234;tre libre et responsable de son lieu de vie. C'est pouvoir y faire ce que l'on veut sans se r&#233;f&#233;rer &#224; un proprio qui de toute fa&#231;on n'y vit pas.&lt;/i&gt; &#187; Nulle autorisation &#224; demander pour abattre une cloison, installer une mezzanine ou peindre les murs de toutes les couleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;font color=&#034;#21610B&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Un pro du b&#226;timent &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/font&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et puis&lt;/strong&gt;, &#224; force de se retrousser les manches pour faire de la ma&#231;onnerie ou remettre en ordre de marche les circuits &#233;lectriques, les squatteurs finissent par acqu&#233;rir tout un &#233;ventail de comp&#233;tences. Bien oblig&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Au fil des ann&#233;es, tu deviens presque un pro du b&#226;timent&lt;/i&gt; &#187;, rigole Jojo, qui souligne au passage : &#171; &lt;i&gt;Dans tous les squats o&#249; j'ai v&#233;cu, nous avons laiss&#233; l'endroit en meilleur &#233;tat que celui dans lequel on l'avait trouv&#233;. &lt;/i&gt; &#187; M&#234;me chose pour Louise et ses deux copines, qui ont travaill&#233; des mois &#224; remettre en &#233;tat la maison tr&#232;s d&#233;labr&#233;e qu'elles avaient r&#233;cup&#233;r&#233;e. Toutes trois ont d&#251; serrer les dents et s'ent&#234;ter pour parvenir &#224; rendre l'endroit vivable : &#171; &lt;i&gt; &#199;'a &#233;t&#233; compliqu&#233; de remettre l'eau. On n'y serait d'ailleurs pas parvenu si on n'avait pas re&#231;u des coups de main de gens plus exp&#233;riment&#233;s. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est qu'entre squatteurs&lt;/strong&gt;, l'entraide joue &#224; plein &#8211; le mode d'habiter rapproche et permet de facilement nouer des liens entre les lieux. Soutien en cas de tentative d'expulsion, &#233;change de comp&#233;tences, coups de main occasionnels&#8230; Une solidarit&#233; d'autant plus forte que les squatteurs sont confront&#233;s &#224; une m&#234;me adversit&#233;, celle impos&#233;e par un monde dont ils ont refus&#233; les r&#232;gles (immobili&#232;res). Cet habitat du refus fait sens par lui-m&#234;me, souligne la brochure sus-cit&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Chaque squat est diff&#233;rent.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Mais tout squat est &#8216;&#8216;politique'', dans la mesure o&#249; il bouleverse, m&#234;me parfois involontairement, l'ordre social et la propri&#233;t&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une loi de juin 2015 est cens&#233;e avoir restreint la possibilit&#233; d'invoquer ce d&#233;lai de 48 heures. Mais pour l'instant, pas de retour sur son application.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tous les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Disponible sur le site squat.net&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Retour offensif &#224; la terre</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans &#202;tre for&#234;ts &#8211; Habiter des territoires en lutte (Zones, 2017), Jean-Baptiste Vidalou livre une vision revigorante de toutes ces luttes qui ont la &#171; d&#233;termination de sortir du monde mortif&#232;re de l'&#233;conomie &#187;. Pour tenter d'habiter cette Terre meurtrie, pour l'habiter vraiment, avec ses tripes et sa sensibilit&#233;. Entretien. Face &#224; la gestion globale et technologique des espaces et des hommes, comment continuer &#224; habiter un monde de plus en plus inhospitalier pour l'immense majorit&#233; des (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans &lt;i&gt;&#202;tre for&#234;ts &#8211; Habiter des territoires en lutte&lt;/i&gt; (Zones, 2017), Jean-Baptiste Vidalou livre une vision revigorante de toutes ces luttes qui ont la &#171; d&#233;termination de sortir du monde mortif&#232;re de l'&#233;conomie &#187;. Pour tenter d'habiter cette Terre meurtrie, pour l'habiter vraiment, avec ses tripes et sa sensibilit&#233;. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2663 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH558/-923-9ce2f.jpg?1782637903' width='400' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Elzazimut
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; la gestion globale et technologique des espaces et des hommes, comment continuer &#224; habiter un monde de plus en plus inhospitalier pour l'immense majorit&#233; des &#234;tres humains ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; l'&#233;vidence, ce monde conna&#238;t un tournant historique. Nous allons vers un r&#233;chauffement de trois &#224; quatre degr&#233;s par rapport &#224; 1880, et cela d'ici la fin du XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Un chaos climatique s'annonce. Et si rien n'est fait, il pourrait rendre inhabitables de grandes parties de cette plan&#232;te &#8211; &#224; l'or&#233;e 2300, c'est carr&#233;ment un r&#233;chauffement de 8 &#224; 13 degr&#233;s qui est envisag&#233;&#8230; Dans ce contexte, les n&#233;gociations pour le climat que m&#232;ne la petite caste des gouvernants, &#224; l'abri dans des bureaux climatis&#233;s, para&#238;t bien risible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors oui, la situation est catastrophique, non seulement au vu des cons&#233;quences tr&#232;s r&#233;elles et physiques de ce &#8220;crime&#8221; climatique, mais aussi en regard de l'h&#233;g&#233;monie de ces gouvernants qui pr&#233;tendent apporter les solutions aux probl&#232;mes qu'ils ont eux-m&#234;mes initi&#233;s. Il est aussi de plus en plus clair que ce n'est pas la pr&#233;tendue &#8220;transition &#233;nerg&#233;tique&#8221; qui apportera le salut de l'humanit&#233;, puisque celle-ci consiste en r&#233;alit&#233; en une addition des &#233;nergies fossiles, nucl&#233;aires et renouvelables. Les historiens de l'&#233;nergie et de l'extractivisme, par exemple Christophe Bonneuil, Philippe Bihouix ou encore Anna Bednik, l'ont bien montr&#233; : cette transition est d'abord et avant tout une transition de l'&#233;conomie en recherche de nouveaux gisements. La fusion entre les technologies de l'information et le &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; &#233;nerg&#233;tique incarne cette troisi&#232;me r&#233;volution industrielle lou&#233;e par les ap&#244;tres de l'&#233;conomie verte. Une fusion qui n'est possible qu'avec l'extraction pharaonique de m&#233;taux et terres rares, n&#233;cessairement accompagn&#233;e d'immenses ravages environnementaux et humains. Voyez le dernier livre de Guillaume Pitron, &lt;i&gt;La Guerre des m&#233;taux rares&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les Liens qui lib&#232;rent, 2018.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, c'est &#233;difiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fable de l'&#233;conomie verte est ainsi en train de tomber. Seulement voil&#224;, malgr&#233; l'urgence de la situation, nous allons perdre 50 ans en nous lan&#231;ant dans cette nouvelle religion verte de l'hyper-industriel. Un demi-si&#232;cle d'extractivisme fou, jusqu'&#224; l'&#233;puisement de ces nouvelles mines&#8230; Non d&#233;cid&#233;ment, la solution ne viendra pas de ces g&#233;o-ing&#233;nieurs et autres intendants de la plan&#232;te. Comment croire des &#234;tres qui pr&#233;tendent gouverner le monde depuis un point de vue si manifestement &#233;tranger &#224; celui-ci ? Comme s'ils pilotaient le globe depuis une cabine spatiale &#8211; rien de ce qui arrive ne semble les toucher sensiblement. Si nous devons prendre &#224; bras-le-corps les probl&#232;mes de notre temps, ce sera sans eux. Comme le montrent bien les camarades de l'Amassada &#224; travers leur lutte contre le m&#233;ga-transformateur RTE et les m&#233;ga-centrales &#233;oliennes du Sud-Aveyron. Ce n'est pas &#224; une politique de gestion technocratique, de management &#233;cologique, quel qu'il soit, ou de gouvernance climatique qu'il faut en appeler, mais bien &#224; un radical retour sur Terre. En finir avec cette vue surplombante sur les &#234;tres, qui les r&#233;duit &#224; des lignes d'algorithmes et &#224; des plans comptables, serait d&#233;j&#224; un bon d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit donc d'habiter ce monde, au plein sens du terme. C'est-&#224;-dire partir de l&#224; o&#249; on vit, de l&#224; o&#249; on lutte, partir de nos situations singuli&#232;res, &#233;laborer des liens entre les &#234;tres qui sont l&#224;, humains et non-humains, commencer &#224; regarder les sols non comme une mati&#232;re premi&#232;re mais comme une architecture vivante, comprendre une for&#234;t non comme un stock sur pied mais comme une communaut&#233; de vie. Tout est &#224; r&#233;apprendre &#224; ce niveau sensible des connaissances. Cela s'annonce passionnant. Et augure de bien des alliances in&#233;dites. L'objectif est d'en finir avec la posture universelle d'un Homme ma&#238;tre et possesseur de la nature. Nous en avons assez soup&#233; de cette pathologie toute occidentale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discours sur l'&#233;cologie a souvent &#233;t&#233; confront&#233; &#224; des confusions &#224; propos de &#171; la terre qui ne ment pas &#187;, du retour aux racines... Comment les pratiques de lutte dans les for&#234;ts ou dans d'autres espaces naturels peuvent-elles aujourd'hui aller dans le sens de l'&#233;mancipation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est l'&#233;cueil dans lequel il ne faut pas tomber. Fuir l'&#233;co-modernisme des managers pour en revenir au fascisme des ann&#233;es 1930, ce serait ballot. Dans un monde qui gagne quatre degr&#233;s, il n'y a pas que les thermom&#232;tres qui disjonctent, les boussoles politiques semblent elles aussi tourner folles. Qui pourrait encore aujourd'hui raisonnablement d&#233;finir ce qu'est la gauche, la droite&#8230; Tout &#231;a n'a plus aucun sens, et c'est sans doute notre chance. Car &#224; l'heure o&#249; l'Homme, ou plus certainement une certaine classe d'hommes devenue h&#233;g&#233;monique, en arrive &#224; transformer la plan&#232;te en une gigantesque plate-forme logistique, ce n'est pas avec les vieux r&#233;flexes politiques qu'on s'en sortira. Il faut penser quelque chose d'assez nouveau. On doit partir de l&#224; o&#249; on vit et de ce &#224; quoi nous tenons. Trop longtemps l'homme occidental a pens&#233; la libert&#233; comme un arrachement syst&#233;matique &#224; tout ce qui le liait au monde. Il en a tir&#233; une forme atrophi&#233;e de l'&#233;mancipation, qui signifiait avant tout la coupure violente d'avec les &#234;tres et les choses peuplant le monde. Ce qui a produit le standard du &#8220;sujet libre&#8221; et toutes les &#8220;applis&#8221; qui vont maintenant avec. Aujourd'hui, on doit donc penser et agir contre cette atrophie elle-m&#234;me. Il s'agit d'apprendre &#224; se lier, &#224; s'ancrer. Comme le disait un camarade de Bure, &#8220;&lt;i&gt;nous ne sommes pas des occupants de ce bois Lejuc que nous d&#233;fendons contre l'Andra et Cig&#233;o, mais nous sommes ses habitants&lt;/i&gt;&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne peut donc ni se fier aux conceptions rances et nostalgiques d'une campagne qui &#224; l'&#233;vidence n'existe plus qu'&#224; titre de mus&#233;e, ni s'en remettre aux sir&#232;nes des clusters m&#233;tropolitains. Ni l'une ni l'autre de ces options si r&#233;duites de la vie ne peut nous conduire ailleurs qu'au d&#233;sastre. Imaginez un monde partag&#233; entre des ghettos s&#233;curis&#233;s de l'entre-soi et des r&#233;serves &lt;i&gt;high tech&lt;/i&gt; multi-nodales&#8230; voil&#224; une image de l'enfer. Nous ne pouvons laisser cette hypoth&#232;se d'un fascisme &#233;cologico-compatible se r&#233;aliser. C'est pourquoi les luttes d'aujourd'hui, qui prennent la for&#234;t ou des espaces dits &#8220;naturels&#8221; comme enjeu politique, tapent juste : elles se situent d&#233;j&#224; au-del&#224; de cette alternative infernale, elles refusent de choisir entre les ghettos de l'entre-soi et les ghettos smart. Comme le dit Bruno Latour, il ne s'agit pas de retourner &#224; la terre, mais de retourner sur Terre. Ce qui n'a rien &#224; voir. D'un c&#244;t&#233; le monde clos des identit&#233;s, de l'autre une singuli&#232;re prolif&#233;ration de mondes. D'un c&#244;t&#233; l'universel, de l'autre les singularit&#233;s. Si l'&#233;mancipation a un sens politique aujourd'hui, c'est dans la mesure o&#249; elle r&#233;ussit &#224; &#233;laborer des attachements sensibles. &#192; d&#233;fendre les territoires qu'elle se sera donn&#233;s. &#192; se rencontrer, organiser des f&#234;tes m&#233;morables, penser les techniques : agro-&#233;cologie, d&#233;bardage animal, for&#234;t jardin&#233;e, auto-construction, etc&#8230; mais les pieds sur Terre, comme le sugg&#232;re le film &#233;ponyme de Batiste Combret sur Notre-Dame-des-Landes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont pour vous les points communs et les diff&#233;rences entre les pratiques de d&#233;sertion du syst&#232;me vers les territoires ruraux de l'apr&#232;s-1968 et celles actuelles ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je pense que nous vivons quelque chose de totalement diff&#233;rent aujourd'hui. La fuite vers les campagnes dans les ann&#233;es 1970 partait de l'id&#233;e qu'il existait encore des oasis en dehors de ce monde, des oasis qui seraient comme des lieux prot&#233;g&#233;s de toutes les atteintes de &#8220;l'ext&#233;rieur&#8221;. Elles en tiraient ainsi, pour un moment, une accalmie existentielle au sein d'un monde v&#233;cu &#224; juste titre comme invivable. Mais on conna&#238;t l'avenir des oasis qui ne combattent pas le d&#233;sert : elles se font ensevelir &#224; leur tour. La plupart des &#8220;n&#233;oruraux&#8221; qui voulaient fuir &lt;i&gt;la&lt;/i&gt; politique, soit par sinc&#233;rit&#233; &#233;thique, soit par d&#233;go&#251;t des querelles de chapelles, se sont ainsi vus rattrap&#233;s par &lt;i&gt;le &lt;/i&gt;politique. Les infrastructures ou les dispositifs administratifs s'&#233;tendent maintenant partout, jusque dans les lieux les plus recul&#233;s. Qu'on pense seulement aux parcs naturels, aux zones de l'&#233;olien industriel, &#224; la pollution de l'air, ou tout simplement au changement climatique qui ne conna&#238;t pas les fronti&#232;res g&#233;ographiques. On ne peut fuir longtemps ce monde sans devoir un jour ou l'autre s'y battre pour quelque chose qui nous tient aux tripes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi, beaucoup d'initiatives d'installation, de retour &#224; la terre dans les ann&#233;es 1970 ont &#233;t&#233; neutralis&#233;es par leur int&#233;gration dans les circuits de l'&#233;conomie locale, &#224; travers les labels et le tourisme. L'exemple des C&#233;vennes est ici parlant : le mode de vie qui se voulait un exemple concret d'alternative au capitalisme s'est fait imperceptiblement phagocyter par ce m&#234;me capitalisme. Pensons &#224; la transformation des paysans en agents d'entretien du paysage ou simplement en figurants pittoresques pour les touristes d'un &#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les luttes du pr&#233;sent, qui naissent ici ou l&#224; sur les restes de cette campagne productiviste ou mus&#233;ale, partent, elles, d'un tout autre point de vue. Elles s'appuient sur le constat que les oasis n'existent plus, ou alors en tant que mensonges. Que partout le &#8220;dedans&#8221; du syst&#232;me a lanc&#233; ses tentacules &#224; l'assaut du monde. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de &#8220;dehors&#8221;, mais que ce &#8220;dehors&#8221; se manifeste par autant de br&#232;ches &#233;clatant les murs et les &#233;crans de ce syst&#232;me. Ce qui signifie que les luttes pour la vie, une vie digne d'&#234;tre v&#233;cue, peuvent na&#238;tre partout, et n'importe quand, &#224; l'occasion par exemple du blocage d'un chantier d'am&#233;nagement, d'une &#233;meute, d'une place occup&#233;e, de tout &#233;v&#233;nement qui vient briser le cours normal de l'&#233;conomie-monde. L'exigence que ces luttes vitales ne doivent pas trahir, c'est de ne pas s'enfermer &#224; nouveau dans l'entre-soi. Elles doivent se propager ailleurs, tisser des liens avec d'autres luttes, se rendre joignables par tout un chacun. C'est ce que fait assez bien le mouvement des luttes territoriales en France aujourd'hui. Un &#233;lan de d&#233;sertion, mais aussi d'ancrage. Et ce n'est pas un hasard si l'imaginaire du marronnage, soit la fuite collective des esclaves vers les for&#234;ts ou les montagnes &#224; l'&#233;poque coloniale, ressurgit aujourd'hui. Parce que la question des attachements et celle des territoires qu'on est pr&#234;ts &#224; d&#233;fendre sont cruciales. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre pseudonyme est un hommage au personnage central de la guerre des Demoiselles en Ari&#232;ge au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. En quoi cette r&#233;volte est-elle embl&#233;matique de la lutte contre un certain ordre du monde ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jean Baptiste Vidalou &#233;tait l'un des personnages que l'histoire a retenus de cet &#233;pisode insurrectionnel de la guerre des Demoiselles. Mais c'est un personnage parmi d'autres, plus berger anonyme que chef de guerre. Cette r&#233;volte populaire, qui d&#233;bute dans les ann&#233;es 1830 en Ari&#232;ge, est originale &#224; plus d'un titre. C'est une r&#233;volte de montagnards contre un nouveau code forestier, qui leur interdit d'user librement des sous-bois pour le p&#226;turage de leurs troupeaux. Ce qui brise &#233;videmment la tradition des communaux. On le sait historiquement, cette &#8220;rationalisation&#8221; des for&#234;ts est une tendance qui court depuis les ordonnances de 1669 sur les Eaux et For&#234;ts, promulgu&#233;es par Colbert. Cette r&#233;glementation r&#233;pondait aux besoins grandissants de la Marine en bois d'&#339;uvre puis, plus tard, &#224; ceux des ma&#238;tres de forge et des charbonniers. Colbert s'&#233;tait lanc&#233; dans une v&#233;ritable guerre contre ce qu'il appelait le &#8220;jardinage forestier&#8221;, c'est-&#224;-dire l'usage diversifi&#233; qu'en faisaient les communaut&#233;s paysannes, et qui semblait trop ''chaotique'' aux yeux du Contr&#244;leur g&#233;n&#233;ral des finances de Louis XIV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux si&#232;cles plus tard donc, la guerre des Demoiselles est la r&#233;ponse imm&#233;diate et carnavalesque des peuples montagnards &#224; cette logique d'arraisonnement de leurs for&#234;ts. Les jeunes gens se d&#233;guisent en femmes, en animaux, se noircissent le visage, se cachent en for&#234;t, harc&#232;lent les gardes forestiers, font fuir les charbonniers, poursuivent les gendarmes. Les r&#233;volt&#233;s profitent de leur connaissance du terrain pour dresser des embuscades. C'est une r&#233;volte qui s'est propag&#233;e dans toute la r&#233;gion et qui a perdur&#233; de mani&#232;re moins intense jusqu'en 1870. Mais ce qu'il faut en retenir, &#224; mon avis, c'est cet alliage in&#233;dit des usages communaux, d'une culture populaire et des formes de gu&#233;rilla qui prennent les carnavals ou les charivaris pour terrain de jeu et de lutte. Cela en fait une histoire qui nous parle encore aujourd'hui, qui trame un imaginaire commun, quelque chose que l'on peut se r&#233;approprier. Il n'est alors nullement &#233;tonnant que les camarades de Notre-Dame-des-Landes invitent le 10 f&#233;vrier &#224; f&#234;ter l'abandon du projet d'a&#233;roport lors d'un carnaval o&#249; les symboles de ces &#8220;grands projets inutiles&#8221; seront, comme de bon droit, br&#251;l&#233;s dans la joie et la d&#233;termination... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Contre une civilisation qui m&#232;ne cette plan&#232;te &#224; la catastrophe, faisons le pari que c'est ce retour du terrien que c&#233;l&#232;brent les mouvements de r&#233;appropriation de terres ou ce qui voit le jour dans les ZAD. &#187; L'abandon du projet d'a&#233;roport &#224; Notre-Dame-des-Landes est-il une &#233;tape importante dans une reprise de l'offensive pour le mouvement social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une grande victoire pour le mouvement, c'est ind&#233;niable. Mais une grande bataille reste &#224; mener sur le &#8220;foncier&#8221;, les terres agricoles g&#233;r&#233;es collectivement, ainsi que les lieux de vie sur place&#8230; Et il n'est pas dit que cela se passe sans conflits avec le gouvernement ou la chambre d'agriculture. En tout cas, l'avenir de la Zad est ouvert. Et ce qui importe dans cette victoire tient en effet &#224; ce retour du &#8220;terrien&#8221;, ce fait massif et partag&#233; par de plus en plus de monde que c'est depuis notre quotidien, notre sensibilit&#233;, nos attachements, nos corps, nos affects, nos territoires que la politique doit &#234;tre repens&#233;e. Une fois de plus, je crois que face aux gouvernants qui semblent si &#8220;d&#233;-terrestr&#233;s&#8221; dans leur vision manag&#233;riale et h&#233;g&#233;monique de la plan&#232;te, nous devons partir de notre situation commune d'habitants. Non pas de &#8220;r&#233;sidents&#8221;, mais bien d'habitants. C'est-&#224;-dire de cette mani&#232;re, toujours situ&#233;e et singuli&#232;re, de se lier aux lieux qui eux aussi nous habitent. J'ai pris dans &lt;i&gt;&#202;tre for&#234;ts &lt;/i&gt;l'exemple de ces espaces de refuge et de vie que sont les for&#234;ts, mais cela vaut ailleurs. Partout o&#249; des liens naissent entre des &#234;tres qui s'organisent pour briser le &lt;i&gt;continuum &lt;/i&gt;mortif&#232;re de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se passe partout, et ne fera que cro&#238;tre. Car c'est la seule voie d&#233;sirable pour sortir du ravage que nous h&#233;ritons de trois si&#232;cles d'usinage des corps et des esprits. Cela ne pouvait plus durer sans que ces corps, justement, &#233;coutent enfin la rage enfouie dans leurs muscles. Mais ce mouvement ne sera puissant, je crois, que s'il arrive &#224; cr&#233;er des alliances. Pas seulement des &#8220;alliances sylvestres&#8221;, mais entre tous les refuzniks &#224; ce syst&#232;me, tous les subalternes du &lt;i&gt;management&lt;/i&gt; global. Pour que s'annonce un marronnage massif et diffus... &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les Liens qui lib&#232;rent, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>L'An 01 et l'habitat group&#233; : &#171; On arr&#234;te tout, on r&#233;fl&#233;chit et c'est pas triste &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/L-An-01-et-l-habitat-groupe-On</link>
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		<dc:date>2018-11-28T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>J&#233;line Yakoublanc</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Ils sont neuf adultes et trois enfants. Et ont rachet&#233; ensemble il y a trois ans une ferme &#224; l'abandon. Depuis, ils bossent dur pour la remettre en &#233;tat. Et posent les bases de leur vie collective. Pr&#233;sentation. *** Caz&#232;res, 5 000 habitants, &#224; 60 kilom&#232;tres au sud de Toulouse. Une petite ville qui a du mal &#224; para&#238;tre joyeuse, surtout sous la pluie. C'est que l'ancien bourg agricole a perdu en vitalit&#233;, et fait bien p&#226;le figure par rapport &#224; la capitale r&#233;gionale, promue &#171; N&#233;cropole (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ils sont neuf adultes et trois enfants. Et ont rachet&#233; ensemble il y a trois ans une ferme &#224; l'abandon. Depuis, ils bossent dur pour la remettre en &#233;tat. Et posent les bases de leur vie collective. Pr&#233;sentation.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caz&#232;res&lt;/strong&gt;, 5 000 habitants, &#224; 60 kilom&#232;tres au sud de Toulouse. Une petite ville qui a du mal &#224; para&#238;tre joyeuse, surtout sous la pluie. C'est que l'ancien bourg agricole a perdu en vitalit&#233;, et fait bien p&#226;le figure par rapport &#224; la capitale r&#233;gionale, promue &#171; N&#233;cropole d'&#233;quilibre &#187; par l'&#201;tat dans les ann&#233;es 1960. C'est pourtant l&#224;, &#224; Caz&#232;res, qu'une bande de joyeux poteaux et potesses a d&#233;cid&#233; de racheter en commun une grande ferme &#224; l'abandon. Au frontispice, le b&#226;timent affiche l'inscription &#171; L'an 1901 &#187; &#8211; un signe, s&#251;rement. Pour tout le monde, l'endroit est d&#233;sormais L'An 01 &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'An 01 est une BD de G&#233;b&#233; sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui a inspir&#233; un film du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le foncier&lt;/strong&gt; n'est pas tr&#232;s cher dans la r&#233;gion, et la mise de fonds &#233;tait d'autant plus r&#233;duite que la ferme &#233;tait en mauvais &#233;tat. Elle n'est pas encore totalement r&#233;nov&#233;e, d'ailleurs : trois ans apr&#232;s l'achat, les trois enfants et neuf adultes (plus ou moins trentenaires) n'habitent pas encore tous sur place. En attendant, ils r&#233;alisent eux-m&#234;mes les travaux. Une fois ceux-ci termin&#233;s, chaque foyer aura son logement privatif ; toutes et tous partageront aussi des espaces communs (jardin, cuisine, locaux techniques, buanderie et biblioth&#232;que). Pour chapeauter le tout, une structure juridique flexible, explique L'An 01 sur son site Internet &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://an01.tila.im/&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt; Nous sommes formellement des associ&#233;.e.s au sein d'une soci&#233;t&#233; par action simplifi&#233;e, coop&#233;rative, &#224; capital variable. Cela nous permet de d&#233;connecter le droit de vote du capital apport&#233;, et d'accueillir facilement de nouvelles personnes.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est un projet&lt;/strong&gt; intellectuellement et politiquement int&#233;ressant, un lieu d'apprentissage collectif, qui fonctionne beaucoup par coop&#233;ration et entraide,&lt;/i&gt; d&#233;veloppe Maud, qui habite l&#224; par intermittence.&lt;i&gt; On a envie de rayonner, de donner envie &#224; d'autres. D'autant que ce lieu vit aussi gr&#226;ce aux &#8220; enthousiastes ''&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour garantir une dimension collective &#224; ce projet d'habitat, les fondateurs (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;i&gt;, qui ne sont pas juste des potes filant un coup de main : ils apportent un regard sur le fonctionnement. La question de savoir comment les int&#233;grer est r&#233;currente.&lt;/i&gt; &#187; Et ce n'est pas le seul sujet auquel les membres de L'An 01 apportent un soin particulier : &#171; &lt;i&gt;On fait tr&#232;s attention au respect des identit&#233;s et orientations sexuelles, ainsi qu'&#224; la r&#233;partition des t&#226;ches quotidiennes,&lt;/i&gt; pr&#233;cise Maud. &lt;i&gt;Par exemple, on a instaur&#233; une sorte de permis dans le cadre des travaux. Avant d'utiliser pour la premi&#232;re fois un outil dangereux, chacun.e doit passer cinq minutes &#224; apprendre &#224; s'en servir avec un.e habitant.e qui le ma&#238;trise &#8211; il s'agit de mutualiser les fonctions, ainsi que d'&#233;viter la sp&#233;cialisation et la division sexu&#233;e du travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH575/-935-acd84.jpg?1782637903' width='400' height='575' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;162 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En filigrane&lt;/strong&gt;, un projet politique, r&#233;sum&#233; par Maud : &#171; &lt;i&gt;Mettre nos vies en concordance avec nos id&#233;es : &#233;galit&#233; des genres, d&#233;mocratie directe, d&#233;croissance, etc. &lt;/i&gt; &#187; Diego approuve. Apr&#232;s une p&#233;riode de tourisme universitaire, le jeune homme s'est trouv&#233; une vocation : c&#233;r&#233;alier-boulanger bio. Quant &#224; Alban, il a quitt&#233; son emploi d'ing&#233;nieur pour devenir jardinier et agriculteur. Il &#339;uvre d&#233;sormais sur un hectare de terre, dont 3 000 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de mara&#238;chage sur sol vivant (sans labour ni engrais, avec paillage permanent), le reste accueillant les arbres fruitiers et les animaux d'&#233;levage. Il en vit chichement, mais sans se tuer au labeur et sans l'isolement subi par la majorit&#233; des paysans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si le lieu&lt;/strong&gt; se veut collectif, chacun choisit son niveau d'implication et d&#233;finit son rapport au groupe. Certain.e.s souhaitent ainsi prendre tous leurs repas en commun, tandis que d'autres tiennent &#224; pr&#233;server leur intimit&#233;. &#171; &lt;i&gt;On laisse le choix dans le curseur entre individuel et collectif,&lt;/i&gt; explique Alban.&lt;i&gt; Mais il y a aussi des bornes qui sont pos&#233;es collectivement.&lt;/i&gt; &#187; Dont la participation &#224; l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale hebdomadaire &#8211; une fr&#233;quence de r&#233;union r&#233;guli&#232;re qui permet d'aborder rapidement les probl&#232;mes et d'&#233;viter les non-dits. Parce que, bien s&#251;r, tout ne peut pas &#234;tre toujours rose. Le lot de toute utopie en construction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'An 01 est une BD de G&#233;b&#233; sur une gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale, qui a inspir&#233; un film du m&#234;me nom, sorti en 1973 et r&#233;alis&#233; par Jacques Doillon, Alain Resnais et Jean Rouch. Le titre de cet article provient d'ailleurs des dialogues de ce film.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://an01.tila.im/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://an01.tila.im/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour garantir une dimension collective &#224; ce projet d'habitat, les fondateurs ont cr&#233;&#233; le statut d'&#171; enthousiaste &#187;, c'est-&#224;-dire de coop&#233;rateur de L'An 01 (et d&#233;tenteur de parts sociales).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Tout le monde d&#233;teste le Grand Paris</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Tout-le-monde-deteste-le-Grand</link>
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		<dc:date>2018-11-27T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
		<dc:subject>collectif</dc:subject>
		<dc:subject>Grand Paris</dc:subject>
		<dc:subject>left</dc:subject>
		<dc:subject>habitants</dc:subject>
		<dc:subject>cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nanterre</dc:subject>
		<dc:subject>logements sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>municipalit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>relogement</dc:subject>
		<dc:subject>cit&#233; &#201;mile-Aillaud</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Le 13 janvier, rue Marceau, dans le b&#226;timent squatt&#233; du Centre social autog&#233;r&#233; d'Ivry-sur-Seine, se tenait une assembl&#233;e des collectifs en lutte contre le Grand Paris. Venus des quatre coins de l'&#206;le-de-France, les repr&#233;sentants de collectifs d'habitants ont pu partager leurs exp&#233;riences. Et dire leur sentiment commun de subir un processus inexorable dont ils ne sont que les pions. *** Voici les trois principaux constats qu'ils ont dress&#233;s. D&#233;gradation des logements sociaux &#171; Le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif" rel="tag"&gt;collectif&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Grand-Paris" rel="tag"&gt;Grand Paris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/left" rel="tag"&gt;left&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/logements-sociaux" rel="tag"&gt;logements sociaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/municipalites" rel="tag"&gt;municipalit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/relogement" rel="tag"&gt;relogement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cite-Emile-Aillaud" rel="tag"&gt;cit&#233; &#201;mile-Aillaud&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le 13 janvier, rue Marceau, dans le b&#226;timent squatt&#233; du Centre social autog&#233;r&#233; d'Ivry-sur-Seine, se tenait une assembl&#233;e des collectifs en lutte contre le Grand Paris. Venus des quatre coins de l'&#206;le-de-France, les repr&#233;sentants de collectifs d'habitants ont pu partager leurs exp&#233;riences. Et dire leur sentiment commun de subir un processus inexorable dont ils ne sont que les pions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2675 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;73&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH575/-935-acd84.jpg?1782637903' width='400' height='575' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture du n&#176;162 de &#034;CQFD&#034;, illustr&#233;e par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Voici les trois principaux constats qu'ils ont dress&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;gradation des logements sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le bailleur n'entretient plus, il ne r&#233;pare plus les ascenseurs, ni les espaces collectifs&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moignent des habitants de Ch&#226;tenay-Malabry. Les bailleurs et les municipalit&#233;s peuvent alors en profiter pour d&#233;plorer des &#171; &lt;i&gt; dysfonctionnements urbains et fonctionnels qui nuisent &#224; l'attractivit&#233; &lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Novlangue employ&#233;e dans une &#171; Charte partenariale de relogement &#187; des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; de telle ou telle cit&#233; et justifier ainsi une &#171; &lt;i&gt;red&#233;finition de l'offre r&#233;sidentielle &lt;/i&gt; &#187;. En clair, virer du pauvre, attirer du cadre et c&#233;der l'habitat social au priv&#233;. D'autres n'ont m&#234;me pas ce probl&#232;me : ainsi, &#171; &lt;i&gt;&#224; Saint-Maur-des-Foss&#233;s&lt;/i&gt; [Val-de-Marne], &lt;i&gt;le maire&lt;/i&gt; [LR] &lt;i&gt;se vante publiquement de payer des p&#233;nalit&#233;s plut&#244;t que de remplir son quota de logements sociaux&lt;/i&gt; &#187;, souligne un participant.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Opacit&#233; des projets des bailleurs et de la mairie&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le collectif de Gentilly-Arcueil d&#233;nonce le parcours extr&#234;mement difficile pour acc&#233;der aux documents officiels, qui s'av&#232;rent souvent incompr&#233;hensibles. Partout, les situations sont similaires, quelle que soit la couleur politique des municipalit&#233;s. &#192; Champigny-sur-Marne ou &#224; Nanterre, o&#249; les maires sont PCF ou apparent&#233;, comme &#224; Fresnes, o&#249; la maire est socialiste, ou &#224; Bobigny (UDI) : m&#234;me absence de concertation, m&#234;me enfumage, m&#234;mes coups de pression et m&#234;me langue de b&#233;ton&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sentiment de trahison est certes exacerb&#233; dans les municipalit&#233;s de gauche. Mais le constat se fait jour partout : &#171; &lt;i&gt;Les maires se comportent comme des petits barons.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Dans les Hauts-de-Seine, c'est toujours le syst&#232;me Pasqua, une gestion client&#233;liste et communautariste &lt;/i&gt; &#187;, affirme un membre d'un collectif qui souhaite rester anonyme, parce que les services municipaux et HLM peuvent &#171; &lt;i&gt;te pourrir la vie si tu te mets sur leur chemin &lt;/i&gt; &#187;. Et de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;On te donne&lt;/i&gt; [un HLM, un local, un poste] &lt;i&gt;en fonction de ton all&#233;geance et on te fait comprendre qu'on peut te le reprendre...&lt;/i&gt; &#187; Le tout s'accompagne d'une pr&#233;paration des esprits : &#171; &lt;i&gt;On cherche &#224; conditionner les populations au Grand Paris,&lt;/i&gt; remarque cet habitant de la cit&#233; &#201;mile-Aillaud &#224; Bobigny, en lutte contre la privatisation des espaces verts. &lt;i&gt;Le blason-logo de la ville est ainsi devenu &#8220; Bobigny-Grand Paris &#8221;. &lt;/i&gt; &#187; Sans concertation, &#233;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rel&#233;gation des populations les plus pauvres toujours plus loin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s d&#233;molition pour insalubrit&#233;. &#192; Plessis-Robinson, des &#233;tudes ont montr&#233; que les personnes &#226;g&#233;es et malades ont souffert des conditions tr&#232;s brutales de leur relogement suite &#224; la destruction de leur cit&#233;. D'autant que ce relogement s'accompagne souvent d'un syst&#232;me de loterie savamment entretenu par la mairie, o&#249; &#171; &lt;i&gt; chacun esp&#232;re d&#233;crocher le bon lot au d&#233;triment de son voisin, ce qui cristallise les ranc&#339;urs et la zizanie&lt;/i&gt; &#187;, indique un habitant de Fresnes. Les plans pr&#233;voient un relogement dans un rayon de cinq kilom&#232;tres. &#171; &lt;i&gt; &#192; Nanterre, les habitants ont peur d'&#234;tre relog&#233;s au-del&#224; de Mantes-la-Jolie&lt;/i&gt; &#187;, confie V&#233;ronique, habitante de la cit&#233; &#201;mile-Aillaud, dont la r&#233;novation est imminente. &#171; &lt;i&gt; J'ai l'impression qu'on veut nous d&#233;gager de l'&#206;le-de-France&lt;/i&gt; &#187;, accuse un membre du collectif Triangle de Gonesse, qui d&#233;nonce la destruction de terres agricoles pour des projets urbanistiques &#224; destination des cadres moyens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parfois, face au rouleau compresseur des promoteurs et des municipalit&#233;s, les luttes de locataires paient. Ce fut le cas pour le collectif DAL (Droit au logement) des habitants de la rue des Agnettes, promise &#224; la r&#233;novation, &#224; Gennevilliers (Hauts-de-Seine) : il a finalement r&#233;ussi &#224; obtenir le relogement au m&#234;me prix au m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; de tous les habitants, dans le m&#234;me quartier. Mais le chemin de l'union est sem&#233; d'emb&#251;ches. &#171; &lt;i&gt;C'est un comble : d&#232;s qu'on essaye d'informer ou de s'organiser, on nous accuse d'&#234;tre la cause de l'anxi&#233;t&#233; des gens,&lt;/i&gt; s'indigne V&#233;ronique, de Nanterre. &lt;i&gt;En gros, soit on est des statistiques, soit on est de la merde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;M.L. (merci &#224; Jo&#235;l de FPP)&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Novlangue employ&#233;e dans une &#171; Charte partenariale de relogement &#187; des Hauts-de-Seine.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Belges et belles baraques</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Belges-et-belles-baraques</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Belges-et-belles-baraques</guid>
		<dc:date>2018-11-23T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Ana&#239;s Ang&#233;ras, Iffik Le Guen, Smerf, Vincent Pourcelle</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Mickomix</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>temps</dc:subject>
		<dc:subject>ann&#233;es</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>d'une</dc:subject>
		<dc:subject>Parce</dc:subject>
		<dc:subject>habitants</dc:subject>
		<dc:subject>quartier</dc:subject>
		<dc:subject>baraque</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Voil&#224; plus de quarante ans qu'une chouette exp&#233;rimentation d'habitat l&#233;ger a d&#233;marr&#233; dans le quartier de la Baraque, juste &#224; c&#244;t&#233; de Louvain-la-Neuve. Apr&#232;s un rapide retour sur les &#233;v&#233;nements qui ont rythm&#233; cette aventure, nous avons cru bon de laisser la parole &#224; trois &#171; baraquis &#187; pour qu'ils nous content cet autre rapport &#224; l'habitat et &#224; l'urbain qu'ils tentent de construire. Les fondations de la baraque Tout commence &#224; la fin des ann&#233;es 1960. En pleine crise entre Belgique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; plus de quarante ans qu'une chouette exp&#233;rimentation d'habitat l&#233;ger a d&#233;marr&#233; dans le quartier de la Baraque, juste &#224; c&#244;t&#233; de Louvain-la-Neuve. Apr&#232;s un rapide retour sur les &#233;v&#233;nements qui ont rythm&#233; cette aventure, nous avons cru bon de laisser la parole &#224; trois &#171; baraquis &#187; pour qu'ils nous content cet autre rapport &#224; l'habitat et &#224; l'urbain qu'ils tentent de construire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH354/-921-2de5e.jpg?1782766248' width='500' height='354' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mickomix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les fondations de la baraque&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tout commence &#224; la fin des ann&#233;es 1960.&lt;/strong&gt; En pleine crise entre Belgique francophone et Belgique n&#233;erlandophone, exacerb&#233;e par les revendications des nationalistes flamands, l'Universit&#233; catholique de Louvain (UCL), la plus grande institution acad&#233;mique du pays, est contrainte de se scinder en deux entit&#233;s autonomes. La section francophone d&#233;m&#233;nage alors pr&#233;cipitamment du c&#244;t&#233; du Brabant wallon, dans une agglom&#233;ration qui reste &#224; construire, Louvain-la-Neuve. Cette ville nouvelle &#224; vocation universitaire est appel&#233;e &#224; sortir de terre en lieu et place d'un espace naturel de 900 hectares et d'un hameau d'une vingtaine de maisons, La Baraque. Les b&#226;tisses sont cens&#233;es &#234;tre d&#233;molies apr&#232;s expropriation des personnes habitant ici plut&#244;t qu'ailleurs, certaines depuis plusieurs g&#233;n&#233;rations. Une dizaine d'entre elles d&#233;cident alors de dire non &#224; un plan d'urbanisation qui ferait la part belle au b&#233;ton aux d&#233;pens de la vie villageoise qu'elles ont toujours connue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au milieu des ann&#233;es 1970&lt;/strong&gt;, le Plan particulier d'am&#233;nagement (PPA) de l'UCL &#233;tant officialis&#233;, des universitaires et des &#233;tudiants rejoignent la lutte des &#171; anciens &#187; (surnom des quelques habitants d'origine entr&#233;s en r&#233;sistance). Certains reprennent des maisons dont les occupants ont &#233;t&#233; expropri&#233;s, d'autres d&#233;cident de mettre leurs connaissances en architecture au service d'un projet plus ambitieux : occuper des terrains un peu &#224; l'&#233;cart pour construire par eux-m&#234;mes, rapidement et &#224; moindre co&#251;t, des logements conformes &#224; leurs aspirations, tr&#232;s &#233;loign&#233;es des injonctions de la soci&#233;t&#233; de consommation en plein essor. Dix-neuf roulottes, dix serres, deux bus, cinq d&#244;mes et trois cabanes sont am&#233;nag&#233;s collectivement pour accueillir une trentaine de personnes et autant de chiens, poules et ch&#232;vres. Certes, le confort est sommaire, avec seulement un ou deux points d'eau, mais l'&#233;lectricit&#233; est install&#233;e partout. L'UCL se montre d'abord peu favorable &#224; cette implantation sans droit ni titre, avant d'accepter une initiative exp&#233;rimentale limit&#233;e et parrain&#233;e par la facult&#233; d'Architecture. Quant aux &#233;lus de la commune concern&#233;e, ils font preuve d'une franche hostilit&#233;, demandes d'expulsion &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au cours des ann&#233;es 1980&lt;/strong&gt;, l'exp&#233;rimentation se structure autour d'un comit&#233; de quartier, pour mieux r&#233;sister aux pressions ext&#233;rieures. Celui-ci r&#233;dige, en concertation avec l'UCL et la commune, un nouveau PPA (adopt&#233; en 1991), plus respectueux de l'environnement naturel et qui officialise la pr&#233;sence de zones d&#233;di&#233;es &#224; l'habitat alternatif. Pour favoriser la coh&#233;sion du groupe, un espace de rencontres, Le Zoo, est transform&#233; en lieu de r&#233;union hebdomadaire, bar et restaurant. Des r&#232;gles appliqu&#233;es &#224; la transmission des logements sont &#233;labor&#233;es afin d'&#233;loigner le risque de sp&#233;culation. Enfin, des travaux am&#233;liorent confort et s&#233;curit&#233; de La Baraque (eau, &#233;lectricit&#233;, t&#233;l&#233;phone, acc&#232;s des services de secours), des am&#233;nagements d'autant plus n&#233;cessaires que le nombre d'habitants a quadrupl&#233; et que des familles se sont install&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des ann&#233;es 2000 &#224; aujourd'hui&lt;/strong&gt;, le dialogue avec les institutions et la m&#233;diatisation volontaire de leur exp&#233;rimentation permettent aux habitants du quartier de s'inscrire dans la r&#233;alit&#233; locale et, au-del&#224;, de d&#233;jouer les pi&#232;ges de la marginalisation. Mais le revers de cette r&#233;ussite appara&#238;t dans le flux croissant de curieux (le site est d&#233;sormais mentionn&#233; dans les guides touristiques de la r&#233;gion), qu'il faut canaliser par l'organisation de visites guid&#233;es. Un passage de l'ombre &#224; la lumi&#232;re fort bien analys&#233; par Ana&#239;s Angeras dans la monographie &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Des normes d' &#8216;&#8216;habiter'' questionn&#233;es : le quartier de la Baraque &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qu'elle a consacr&#233;e &#224; La Baraque et &#224; ses habitants : &#171; &lt;i&gt;&#192; la lutte frontale, ils pr&#233;f&#232;rent et d&#233;veloppent ainsi une modalit&#233; de r&#233;sistance plus adapt&#233;e &#224; l'asym&#233;trie des forces en jeu. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; lire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La Baraque : un quartier alternatif vu par ses habitants&lt;/i&gt;, livre r&#233;dig&#233; par un groupe d'habitants du quartier, disponible sur place et bient&#244;t sur habiterleger.be&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le &#171; temps &#187; de l'autogestion ?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Outre son allure de village rural&lt;/strong&gt; arborant de multiples marques de r&#233;sistances et d'&#233;mancipations, l'une des r&#233;putations du quartier de La Baraque est d'&#234;tre (trop) lent. &#192; son propos, on entend souvent : &#171; &lt;i&gt;Depuis le temps qu'ils parlent de se r&#233;gulariser&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;&#199;a fait au moins 15 ans qu'ils disent qu'ils vont se constituer en asbl &lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une asbl est une association type loi 1901 en Belgique.&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;S'ils avaient eu envie de s'y mettre, ils l'auraient fait depuis longtemps &lt;/i&gt; &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est vrai que nous cultivons une certaine lenteur.&lt;/strong&gt; C'est d'ailleurs ce qu'on r&#233;pond aux autorit&#233;s communales et fonci&#232;res lorsque celles-ci jouent d'arguments r&#233;glementaires pour pousser &#224; la normalisation de notre espace de vie : &#171; &lt;i&gt;Notre quartier fonctionne en autogestion et nous sommes une centaine d'habitants n'ayant pas toujours le m&#234;me avis. Pour nous mettre d'accord, cela prend forc&#233;ment du temps. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si r&#233;gler les urgences n'est pas notre fort&lt;/strong&gt; (ce que nous reprochent parfois les personnes qui attendraient du quartier une aide envers leur situation personnelle), c'est parce que nous nous m&#233;fions des situations d'urgence : ce sont rarement les meilleures conseill&#232;res. Penser l'autogestion dans l'urgence signifierait par exemple faire l'impasse sur la consultation des voisins quand on veut pr&#234;ter ou agrandir son habitat. Ou n&#233;gliger de consulter tous les habitants du quartier lorsqu'il s'agit d'enjeux plus larges, comme celui de sa structure juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce principe de se donner le temps&lt;/strong&gt; ne correspond pas aux canons habituels de notre soci&#233;t&#233; moderne. Mais en r&#233;alit&#233;, la lenteur est un outil efficace : un projet dont les arguments tiennent encore apr&#232;s deux ou trois ans sera sans doute capable d'endurer bien des al&#233;as et temp&#234;tes. Parce qu'il fait d&#233;j&#224; preuve des qualit&#233;s n&#233;cessaires &#224; sa survie sur le long terme : r&#233;flexion, pers&#233;v&#233;rance, structuration... Et parce qu'en cas de d&#233;saccord, il est indispensable de prendre le temps n&#233;cessaire pour en parler, s'expliquer, s'&#233;couter, y r&#233;fl&#233;chir, prendre de la distance, puis en reparler encore, s'exprimer, y r&#233;fl&#233;chir &#224; nouveau... jusqu'&#224; ce qu'une forme d'accord en r&#233;sulte. Cet art de communiquer n&#233;cessite forc&#233;ment du temps, en plus de son apprentissage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En vrai, cette lenteur ne signifie nullement d&#233;s&#339;uvrement.&lt;/strong&gt; Mais r&#233;sonne plut&#244;t avec l'id&#233;e de &lt;i&gt;qualit&#233; de vie&lt;/i&gt;. La port&#233;e politique de notre projet r&#233;side dans l'organisation autog&#233;r&#233;e de notre espace. Et organiser celui-ci r&#233;clame du temps, celui que nous n'avons pas &#224; investir dans une activit&#233; professionnelle ali&#233;nante gr&#226;ce au moindre co&#251;t de nos logements, mais dont il est attendu qu'il soit restitu&#233; sous diverses formes d'implication. Nous ne payons certes pas de loyer mensuel, mais nous consacrons une partie de nos journ&#233;es aux n&#233;cessit&#233;s de gestion sociale : aller &#224; la rencontre des autres habitants, participer aux activit&#233;s qui assurent du lien social (repas hebdomadaires, pratiques d'entraide et de solidarit&#233;, ateliers divers, concerts&#8230;), garantir la p&#233;rennit&#233; de notre fonctionnement et assurer notre d&#233;fense (groupes de travail, organisation et suivi des r&#233;unions&#8230;). Si on y ajoute les chantiers collectifs pour le maintien des infrastructures, l'autoconstruction et l'entretien de son habitat, on peut passer toute sa vie au quartier de La Baraque sans s'y ennuyer un seul instant ! Mais s'y &#233;puiser, si&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'exp&#233;rimentation quotidienne de notre &#171; vivre ensemble &#187;&lt;/strong&gt; nous conduit aussi &#224; accepter de vivre dans &#171; l'essai-erreur &#187;, d'&#234;tre en proie au doute, de nous tromper pour mieux recommencer, ce qui ne correspond pas non plus au mod&#232;le soci&#233;tal actuel d'une mobilit&#233; &#224; toute &#233;preuve et d'un rythme de vie effr&#233;n&#233;. Si nous h&#233;sitons &#224; parler de r&#232;gles lorsque nous les &#233;dictons nous-m&#234;mes, parce qu'elles rigidifieraient nos possibilit&#233;s et nos moyens d'&#234;tre, nous &#233;voquons volontiers des principes d'usage, &#233;labor&#233;s au cours des 42 ans d'existence du quartier de La Baraque par celles et ceux qui ont manifest&#233; de l'int&#233;r&#234;t pour son projet de vie. Pas toujours facile, bien s&#251;r. Mais quelle source de (r&#233;)-apprentissage !&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ana&#239;s Ang&#233;ras&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Un rapport organique &#224; l'habitat&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui frappe d'abord le visiteur&lt;/strong&gt; en balade au quartier de La Baraque, c'est l'aspect bucolique de ce sous-bois parcouru de chemins entrela&#231;ant des cabanes h&#233;t&#233;roclites. Un paysage qui fait na&#238;tre des images d'&#201;pinal de vieux villages forestiers et qui donne une &#171; impression de nature &#187;. Mais apr&#232;s une observation un peu plus approfondie, ce m&#234;me visiteur se rendra compte qu'il n'en est rien : il se trouve bel et bien dans un quartier urbain, certes bien int&#233;gr&#233; &#224; son environnement, mais quand m&#234;me proche d'une autoroute, d'une gare, d'un centre-ville, d'un parking souterrain et de multiple chantiers t&#233;moins du plein essor de la ville nouvelle. Un bruit de fond continu, que les habitants se plaisent &#224; comparer &#224; celui de la mer, vient d'ailleurs constamment rappeler la pr&#233;sence enveloppante de la ville. &#171; &lt;i&gt;Tout de m&#234;me, la nature est plus pr&#233;sente ici &lt;/i&gt; &#187;, veulent se rassurer certains. Oui certes, l'absence de b&#233;ton, les hautes futaies, les friches, les mares, les tas de bois et les p&#226;tures o&#249; paissent ch&#232;vres, moutons et &#226;nes constituent une poche salvatrice pour la biodiversit&#233; dans cette r&#233;gion hautement urbanis&#233;e. Mais s'il faut chercher un atout environnemental au quartier, c'est plut&#244;t dans la fa&#231;on organique qu'ont les habitants de concevoir leur habitat, et par-del&#224;, leur urbanisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'autoconstruction, &#233;rig&#233;e en valeur pionni&#232;re et fondamentale&lt;/strong&gt; du quartier (elle guide les questions de revente et de lutte contre la sp&#233;culation), a aussi un tr&#232;s fort int&#233;r&#234;t sur le plan &#233;cologique. Parce que l'apprenti constructeur choisit en g&#233;n&#233;ral les mat&#233;riaux les plus simples &#8211; ici, il utilise la terre limoneuse du quartier pour &#233;difier des murs en terre-paille. Et parce qu'une construction &#233;chelonn&#233;e sur plusieurs ann&#233;es, au fur et &#224; mesure des besoins, permet de r&#233;duire au maximum son empreinte &#233;cologique. Les espaces sont ainsi calcul&#233;s au plus juste, de m&#234;me que la qualit&#233; et la quantit&#233; des mat&#233;riaux. Et les b&#226;tisses sont form&#233;es de modules superpos&#233;s, int&#233;gr&#233;s &#224; la v&#233;g&#233;tation, mais o&#249; on peut encore deviner la pr&#233;sence d'une vieille roulotte ou de la cabane originelle. Cette fa&#231;on de concevoir son habitat, sans plan ni architecte, est proche de l'architecture vernaculaire de nos a&#239;eux, et fait tout le charme du vieil hameau de La Baraque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est bien s&#251;r un vrai plaisir de construire son habitat.&lt;/strong&gt; Mais c'est aussi un sacerdoce. Chaque &#233;t&#233;, il faut lancer un nouveau chantier pour faire un sort &#224; cette &#233;ternelle fuite, redresser la roulotte ou parce que la famille s'agrandit&#8230; Et il n'est pas rare, entre auto-constructeurs, de se saluer d'un &#171; &lt;i&gt;Comment &#231;a va avec tes fuites ?&lt;/i&gt; &#187;. La maison ainsi con&#231;ue devient un prolongement de sa personne &#8211; elle est entretenue au m&#234;me titre qu'on prend soin de sa sant&#233;. Mais comme les espaces priv&#233;s ne sont jamais tr&#232;s vastes, le &lt;i&gt;baraqui &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Belgique, le terme &#171; baraki &#187; d&#233;signait &#224; l'origine un forain qui vit (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; vit beaucoup dehors, dans sa salle &#224; manger-jardin, dans son salon-parking ou, &#224; couvert, dans les espaces partag&#233;s de la r&#233;gie de quartier La Fattoria et du bar du Zoo, o&#249; se tiennent r&#233;guli&#232;rement les repas collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; qui construit sa maison&lt;/strong&gt; en ne se r&#233;f&#233;rant qu'&#224; l'avis de ses voisins proches, il ne vient pas &#224; l'id&#233;e de consulter les autorit&#233;s communales pour refaire un chemin ou une canalisation. Non, on le fait nous-m&#234;mes. Au-del&#224; de l'autoconstruction, c'est donc aussi &#224; un auto-urbanisme que nous nous essayons. C'est d'abord entre nous que sont prises les d&#233;cisions de lancer un chantier, d'ouvrir un chemin ou de poser un r&#233;seau &#233;lectrique. Et c'est seulement ensuite, pour peu que ce soit vraiment n&#233;cessaire, qu'on consultera l'autorit&#233; &lt;i&gt;ad hoc&lt;/i&gt;. C'est gr&#226;ce &#224; cette volont&#233; collective que nous utilisons pour la plupart des toilettes s&#232;ches &#224; &#171; liti&#232;res bio-ma&#238;tris&#233;es &#187;. Cela a r&#233;duit nos factures d'eau de moiti&#233; &lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La consommation moyenne d'eau en Wallonie est de 40 m&#232;tres cubes par an et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Et nous s&#233;parons du coup les eaux grises &lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit des eaux us&#233;es domestiques faiblement pollu&#233;es.&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, ce qui nous a permis de mettre en place &#224; leur intention un filtre d'&#233;puration par lagunage &lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ces deux projets ont &#233;t&#233; men&#233;s par les habitants en suivant les conseils et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; traitant les effluents de 40 foyers. L'eau qui en ressort serait m&#234;me &#171; &lt;i&gt;plus pure que celle du r&#233;seau de distribution&lt;/i&gt; &#187;, comme le r&#233;p&#232;te &#224; l'envi Jacques, le patriarche des lieux. Le pire, c'est qu'il a raison.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vincent Pourcelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sp&#233;culations et r&#233;glementations : des menaces qui planent&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Longtemps, on a trembl&#233;&lt;/strong&gt; parce que notre situation &#233;tait pr&#233;caire. Mais depuis une vingtaine d'ann&#233;es, la vraie menace que nous ressentons dans notre quotidien est celle de la r&#233;gularisation. Comment appliquer les r&#233;glementations en vigueur tout en maintenant une autogestion p&#233;renne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notre&lt;/strong&gt; quartier est d&#233;sormais per&#231;u comme un exemple de &lt;i&gt;participation&lt;/i&gt;. Mais les autorit&#233;s nous poussent quand m&#234;me &#224; rejoindre les dispositifs conventionnels qui, en la mati&#232;re, sont contre-productifs. Et nous voil&#224; confront&#233;s &#224; trois probl&#232;mes majeurs : le permis d'urbanisme, la cr&#233;ation d'une personnalit&#233; morale et la sp&#233;culation sur les habitations apr&#232;s r&#233;gularisation.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Money, Money, Money&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela&lt;/strong&gt; fait maintenant longtemps que nous r&#233;fl&#233;chissons &#224; la valeur de nos habitations. Globalement, elles s'&#233;coulent dix &#224; vingt fois moins cher que le cours du march&#233;. Mais elles se vendent quand m&#234;me. Quelques-uns d'entre nous ont r&#233;gl&#233; le probl&#232;me radicalement en donnant leur maison lors de leur d&#233;part, mais beaucoup continuent &#224; la mettre en vente quand ils d&#233;cident de s'en aller.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sujet&lt;/strong&gt; qui anime beaucoup nos &#233;bats labiaux est la question de la main-d'&#339;uvre. La plupart d'entre nous estime qu'il ne faut pas en tenir compte dans le calcul de cette valeur d'habitation, car elle est un &lt;i&gt;pr&#233;sent&lt;/i&gt; qui ne doit pas &#234;tre mon&#233;tis&#233;. Pour r&#233;gler le probl&#232;me, nous avons &#233;labor&#233; une grille d'&#233;valuation du prix au m&#232;tre carr&#233;, dont le respect n'est pas obligatoire. Cet outil est bas&#233; sur nos bonnes pratiques, sur des d&#233;bats formels ou informels autour d'une bi&#232;re ou d'un caf&#233;, et il a &#233;t&#233; valid&#233; lors de r&#233;unions de &#171; grand quartier &#187;. Il s'appuie sur une s&#233;rie de param&#232;tres d&#233;terminants qui concernent la qualit&#233; m&#234;me de nos habitats : structure, mat&#233;riaux &#233;cologiques ou de r&#233;cup&#233;ration, chauffage, isolation&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Prix du terrain&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pendant&lt;/strong&gt; que nous pinaillons pour lutter contre la sp&#233;culation sur nos habitations, le prix du terrain augmente, lui, d'ann&#233;e en ann&#233;e. Achet&#233; &#224; tr&#232;s bas prix (sous la contrainte de l'expropriation) par l'universit&#233; catholique de Louvain dans les ann&#233;es 1970, il vaut parfois 300 fois plus aujourd'hui. L'universit&#233; cr&#233;e ainsi de la plus-value et sp&#233;cule, alors que son projet d'origine, &#224; travers l'emphyt&#233;ose &lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'emphyt&#233;ose, ou bail emphyt&#233;otique, s'&#233;tend sur une tr&#232;s longue dur&#233;e. En (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, &#233;tait de lutter contre la sp&#233;culation. Elle y a sans doute pris go&#251;t : 10 % de ses entr&#233;es comptables proviennent d&#233;sormais de l'immobilier. Mais elle reste quand m&#234;me convaincue de nous faire un cadeau en pratiquant un &#171; tarif social &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;La fondation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'universit&#233;&lt;/strong&gt; et les pouvoirs publics aimeraient ne plus &#234;tre responsables civilement de tout ce qui pourrait arriver (ou qui a pu arriver). Peu leur chaut donc que nous ayons d&#233;fini nos propres crit&#232;res de salubrit&#233; et nos propres pratiques d'urbanisme. Ils attendent de nous la cr&#233;ation d'une structure dot&#233;e d'une personnalit&#233; juridique. Nous r&#233;fl&#233;chissons actuellement &#224; la cr&#233;ation d'une fondation, qui semble &#234;tre juridiquement plus souple que le statut associatif. Mais quelle qu'en soit la forme finale, ce mod&#232;le amplifiera la fracture entre les actifs, qui s'impliquent, et les autres, et figera les r&#244;les en diminuant leurs mobilit&#233;s et leurs interchangeabilit&#233;s pour tout doucement scl&#233;roser les liens qui nous tiennent. Il y a une r&#233;elle volont&#233; de nous insti-&lt;i&gt;tuer&lt;/i&gt;, afin de disposer d'un interlocuteur unique et de rationaliser les rapports de forces. Pour au final nous mettre facilement le grappin dessus et brider ce qui fait notre qualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous&lt;/strong&gt; ne pourrons &#233;voquer ici, faute de place, le permis d'urbanisation qu'on nous impose alors qu'il n'est pas vraiment adapt&#233; aux habitats l&#233;gers. Ni aborder les difficiles chantiers collectifs organis&#233;s autour des sch&#233;mas d'am&#233;nagement du territoire. Disons juste que cela tient parfois du calvaire, m&#234;me si nous ne perdons jamais de vue qu'il s'agit avant tout d'une aventure collective excitante et motivante, bien que chronophage et &#233;nergivore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans&lt;/strong&gt; tous les cas, nous ne portons pas tous le m&#234;me regard sur cette r&#233;gularisation. Certains se rassurent, d'autres se questionnent sur les potentiels d&#233;g&#226;ts. Le pis, &#224; mon sens, serait l'&#233;puration sociale. Pour y &#233;chapper, et r&#233;sister &#224; cette m&#233;tamorphose forc&#233;e, nous allons devoir nous montrer assertifs et cr&#233;atifs. L'aventure continue.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Smerf&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Des normes d' &#8216;&#8216;habiter'' questionn&#233;es : le quartier de la Baraque &#187;, &lt;i&gt;Socio-anthropologie&lt;/i&gt; n&#176; 32, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une asbl est une association type loi 1901 en Belgique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En Belgique, le terme &#171; baraki &#187; d&#233;signait &#224; l'origine un forain qui vit dans une baraque, une roulotte. Il est aujourd'hui utilis&#233; de fa&#231;on p&#233;jorative pour d&#233;signer une personne mal d&#233;grossie... &#192; La Baraque, nous sommes des &#171; baraquis &#187; avec un &#171; q &#187;, m&#234;me si nous nous sentons proches des &#171; k &#187;...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La consommation moyenne d'eau en Wallonie est de 40 m&#232;tres cubes par an et par habitant, mais seulement de 20 &#224; La Baraque.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il s'agit des eaux us&#233;es domestiques faiblement pollu&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ces deux projets ont &#233;t&#233; men&#233;s par les habitants en suivant les conseils et travaux de Joseph Orszagh.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'emphyt&#233;ose, ou bail emphyt&#233;otique, s'&#233;tend sur une tr&#232;s longue dur&#233;e. En &#233;change d'un loyer modique, le locataire doit am&#233;liorer le bien concern&#233; &#8211; le bailleur r&#233;cup&#233;rera l'ensemble &#224; &#233;ch&#233;ance.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Tentons l'impossible pour &#233;viter l'impensable &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Tentons-l-impossible-pour-eviter-l</link>
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		<dc:date>2018-08-12T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
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		<dc:subject>Irmgard Keun</dc:subject>

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&lt;p&gt;Je l&#232;ve mon verre de bi&#232;re belge Brigand aux &#233;ditions CNT-RP qui n'h&#233;sitent pas &#224; se rouler dans le classique avec une ressortie de De l'autogestion. Th&#233;ories et pratiques. La simplicit&#233; fulgurante de l'&#233;quip&#233;e fait du bien. Son in&#233;branlable coh&#233;rence itou. D'autant plus qu'on r&#233;alise d'entr&#233;e de jeu que cet ouvrage panoramique est lui-m&#234;me autog&#233;r&#233;. Et qu'on y explore aussi bien l'autogestion th&#233;orique (les origines du concept, le dialogue temp&#233;tueux marxisme/anarchisme, le coop&#233;rativisme, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cap-sur-l-utopie" rel="tag"&gt;Cap sur l'utopie !&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/belge-Brigand" rel="tag"&gt;belge Brigand&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/biere-belge" rel="tag"&gt;bi&#232;re belge&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-autogestion" rel="tag"&gt;l'autogestion&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cohen-Seat" rel="tag"&gt;Cohen S&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/editions-CNT-RP" rel="tag"&gt;&#233;ditions CNT-RP&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Brigand" rel="tag"&gt;Brigand&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Keun" rel="tag"&gt;Keun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-Irmgard-Keun" rel="tag"&gt;d'Irmgard Keun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Seat" rel="tag"&gt;S&#233;at&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Irmgard-Keun" rel="tag"&gt;Irmgard Keun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2212 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L442xH662/-485-94d48.jpg?1782644018' width='442' height='662' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je l&#232;ve mon verre de bi&#232;re belge Brigand aux &#233;ditions CNT-RP qui n'h&#233;sitent pas &#224; se rouler dans le classique avec une ressortie de &lt;i&gt;De l'autogestion. Th&#233;ories et pratiques.&lt;/i&gt; La simplicit&#233; fulgurante de l'&#233;quip&#233;e fait du bien. Son in&#233;branlable coh&#233;rence itou. D'autant plus qu'on r&#233;alise d'entr&#233;e de jeu que cet ouvrage panoramique est lui-m&#234;me autog&#233;r&#233;. Et qu'on y explore aussi bien l'autogestion th&#233;orique (les origines du concept, le dialogue temp&#233;tueux marxisme/anarchisme, le coop&#233;rativisme, l'apport d'Yvan Bourdet, d'Henri Lefebvre, des conseillistes, des situs, la notion d'autogestion g&#233;n&#233;ralis&#233;e) que l'autogestion historique (les exp&#233;riences yougoslaves et alg&#233;riennes &#8211;rat&#233;es &#8211;, les caricatures r&#233;cup&#233;ratrices du PCF, du PSU, de la CFDT, de LO, le brave TAC, l'Espagne libertaire, la coriace CNT). Et aussi bien l'autogestion p&#233;dagogique, avec les &#233;coles populaires kanakes chouchout&#233;es par Louise Michel, que l'autogestion en actes aujourd'hui (le zapatisme, les Zad, Rojava, l'Atelier m&#233;canique de Nantes, la boulangerie kropotkienne de Montreuil-sous-Bois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'importe alors si tout &#231;a, c'est quelquefois barbant, &#231;a a le m&#233;rite d'&#234;tre clair comme du jus de chique, d'&#234;tre fichtrement bien rumin&#233;, bien inform&#233;, bien chiad&#233;. Et il en faut, jambon &#224; cornes !, des pr&#233;cis d'initiation &#224; la subversion collectiviste tout &#224; fait &#233;l&#233;mentaires comme &#231;a. Il en faut pour augmenter tant soit peu nos chances de mettre en l'air l'ordre autoritaire-marchand. Mais rien ne nous emp&#234;che quand on refile&lt;i&gt; De l'autogestion&lt;/i&gt; ou l'usuel de Daniel Gu&#233;rin sur &lt;i&gt;L'Anarchisme&lt;/i&gt; &#224; des lustucrus d&#233;sireux de se bichonner une petite culture contestataire de base d'adjoindre &#224; ces trait&#233;s scrupuleusement didactiques des invites &#224; la r&#233;volte autrement rigolboches (&lt;i&gt;Les Pieds Nickel&#233;s&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;Le P&#232;re Peinard&lt;/i&gt;, les bios de Marius Jacob ou du pirate Misson, &lt;i&gt;L'Encyclop&#233;die des farces et attrapes&lt;/i&gt;&#8230;). Ou alors, tr&#232;s r&#233;cemment, gr&#226;ce aux &#233;ditions Agone, le r&#233;jouissant &lt;i&gt;Quand je serai grande, je changerai tout&lt;/i&gt; d'Irmgard Keun (1905-1982), ouvrage fricass&#233; en 1936 &#224; Amsterdam et dans lequel une petite fille, dans l'Allemagne de 1918, &#233;crit &#224; l'Empereur qu'il ferait mieux d'abdiquer, fourre l'aigle p&#234;cheur de la salle de dessin dans le lit de tante Millie, force son p&#232;re &#224; jeter une bombe &#224; eau sur une voisine moralisatrice, propose qu'on agr&#233;mente les go&#251;ters de dames patronnesses organis&#233;s par sa m&#232;re avec des chocolats au savon, tente de transmettre la scarlatine &#224; un soldat pour lui &#233;viter le front et s'insurge violemment contre le principe des punitions. Tous de ce tonneau de poudre, les livres d'Irmgard Keun sont bien s&#251;r interdits sous Hitler. Mais aussi fantasque que ses jeunes h&#233;ro&#239;nes, si la romanci&#232;re rebelle s'exile d'Allemagne en 1935, c'est pour y rentrer clandestinement en 1940, consid&#233;rant que c'est encore l&#224; la meilleure cachette.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2213 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-486-52aca.jpg?1782963678' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;J'allais laisser l&#224; Irmgard Keun, mais il aurait &#233;t&#233; dommage que je vous prive du portrait gloupitant qui est fait d'elle dans la pr&#233;face anonyme &#224; &lt;i&gt;Quand je serai grande&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Cette jeune narratrice, dot&#233;e d'une confiance en soi que n'alt&#232;re aucun compromis, d'une absence totale de sens de la nuance, d'une infinie libert&#233; de ton et d'esprit et d'un humour ravageur, permet &#233;galement &#224; Keun de pr&#233;senter l'opposition au bellicisme, &#224; la morale bourgeoise, &#224; l'injustice, &#224; la misogynie et, par extension, au nazisme, comme tout simplement logique, frapp&#233;e au coin du bon sens.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s cette r&#233;cr&#233; qui me donne envie d'aller faire de sales blagues &#224; Alain Finkielkraut dont l'existence me para&#238;t beaucoup trop pot-au-feu, vous ne trouvez pas ?, je reviens &#224; la pyramide de livres que j'ai encore &#224; palper pour vous. J'attrape au vol&lt;i&gt; R&#233;inventer la gauche&lt;/i&gt; de Nicole Borvo Cohen S&#233;at et Patrice Cohen S&#233;at (Demopolis). Voyons un peu ce que les deux signeurs de ce livre-manifeste, ex-chevilles ouvri&#232;res du PCF, proposent &#171; &lt;i&gt; pour une nouvelle organisation politique des classes populaires&lt;/i&gt; &#187;. Ils sugg&#232;rent, nos p&#233;quins, au bout de 136 pages, que &#171; &lt;i&gt; la nouvelle organisation politique du peuple se prolonge et s'int&#232;gre &#224; un rassemblement europ&#233;en ob&#233;issant lui aussi &#224; la double r&#232;gle de la diversit&#233; et du commun&lt;/i&gt; &#187;. Tr&#232;s fort, les S&#233;at, tr&#232;s fort !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour terminer moins path&#233;tiquement mon survol, j'attrape le tr&#232;s tr&#232;s choucard &lt;i&gt;Mourir au travail ? Plut&#244;t crever&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Aux &#233;ditions Le Passage clandestin.&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui exhorte fouri&#233;ristement &#224; &#171; &lt;i&gt;se lib&#233;rer du travail&lt;/i&gt; &#187;. N'attendez pas que j'y revienne le mois prochain pour le d&#233;vorer, ce serait cruche. Sachez d'ores et d&#233;j&#224; qu'il finit mieux que la ratatouille des S&#233;at en reprenant une des plus bandantes formules de d&#233;sordre situationniste qui ouvre et cl&#244;t cette chronique : &#171; &lt;i&gt;Tentons l'impossible pour &#233;viter l'impensable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Aux &#233;ditions Le Passage clandestin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Face &#224; la science fran&#231;aise de la pers&#233;cution&#8230; L'astuce rrom de la cabane</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Face-a-la-science-francaise-de-la</link>
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		<dc:date>2018-08-11T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Margo Chou</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Vincent Croguennec</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>petit</dc:subject>
		<dc:subject>utilitaires caboss&#233;s</dc:subject>
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&lt;p&gt;Ce n'est pas juste de l'habitat pr&#233;caire. Il y a l&#224; une agilit&#233; de l'esprit et des mains inspir&#233;e tout autant par la n&#233;cessit&#233; que par une fa&#231;on de vivre. Derri&#232;re les pins, un campement pos&#233; dans l'urgence : trois abris de bric et de broc, une caravane et deux v&#233;hicules utilitaires caboss&#233;s. Depuis l'arriv&#233;e de &#171; ces gens-l&#224; &#187;, la r&#233;sidence ferm&#233;e d'&#224; c&#244;t&#233; est aux abois : une cave aurait &#233;t&#233; visit&#233;e et une bicyclette d'enfant subtilis&#233;e. Une &#233;lue locale d&#233;boule dans la clairi&#232;re, &#224; la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ce n'est pas juste de l'habitat pr&#233;caire. Il y a l&#224; une agilit&#233; de l'esprit et des mains inspir&#233;e tout autant par la n&#233;cessit&#233; que par une fa&#231;on de vivre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Derri&#232;re les pins, un campement pos&#233; dans l'urgence : trois abris de bric et de broc, une caravane et deux v&#233;hicules utilitaires caboss&#233;s. Depuis l'arriv&#233;e de &#171; &lt;i&gt; ces gens-l&#224;&lt;/i&gt; &#187;, la r&#233;sidence ferm&#233;e d'&#224; c&#244;t&#233; est aux abois : une cave aurait &#233;t&#233; visit&#233;e et une bicyclette d'enfant subtilis&#233;e. Une &#233;lue locale d&#233;boule dans la clairi&#232;re, &#224; la t&#234;te d'une troupe de journalistes et de riverains en col&#232;re. Rien n'a &#233;t&#233; laiss&#233; au hasard : les impr&#233;cations font vite place au discours de la dame, qui exige de la pr&#233;fecture le d&#233;mant&#232;lement du camp, au nom de l'hygi&#232;ne et de la paix civile. Les familles rroms r&#233;fugi&#233;es l&#224; apr&#232;s une &#233;ni&#232;me &#233;viction encaissent les insultes en silence, sans baisser les yeux. La petite foule pr&#233;-pogromique leur a fait ouvrir les fourgonnettes et les cabanes, mais pas trace de v&#233;lo vol&#233; lov&#233; l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2521 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH570/-787-2903b.jpg?1782642573' width='400' height='570' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour qui entre ici d'un pied plus l&#233;ger, c'est autre chose qui saute aux yeux. Dans le plus cru des d&#233;nuements, le savoir-faire des constructeurs rroms r&#233;alise des miracles, avec tout l'amour qu'ils mettent &#224; &#233;difier, am&#233;nager, calfeutrer, d&#233;corer, chauffer et habiter des lieux par avance condamn&#233;s &#224; l'expulsion. L'ami Ion dit qu'ils savent d&#233;j&#224; o&#249; ils iront quand ils se feront casser. Ils savent remonter une maison en 24 heures chrono. Ils savent les poubelles o&#249; tout trouver. Ils savent o&#249; quoi comment. Hommage &#224; leur ent&#234;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cahute, patchwork de mati&#232;res pauvres, co&#251;t de fabrication z&#233;ro euro, est un petit bijou de confort. Ce module collectif &#8211; et &#233;volutif &#8211; accueille la famille &#233;largie qui va et vient entre le pays et la France. Place &#224; la science tsig de l'hospitalit&#233; archa&#239;que. Bienvenue dans la baraque multifonction. &#192; la fois chambre, cuisine, salle de jeu (&#244; le divin rami des familles !), salle de bains. On y fait tout et &#231;a marche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors, une femme d&#233;limite son pas de porte en balayant la poussi&#232;re. &#192; l'int&#233;rieur, les murs et le plafond sont tapiss&#233;s de tissus r&#233;cup&#233;r&#233;s. Un sofa, un lit, pl&#233;thore de coussins dodus et des fleurs dans un vase sur la table basse. Les &#233;pluchures, les cendres de cigarette ? &#171; &lt;i&gt;On met tout par terre. On balaye apr&#232;s, plusieurs fois par jour, et le sol est toujours propre.&lt;/i&gt; &#187; Une autre cabane, la salle des ados, fait office de micro-centre social o&#249; on fume le oinj. Le tout mont&#233; en un clin d'&#339;il, comme quelque chose d'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dehors, &#231;a paie pas de mine. C'est froid, c'est gris. Terre. Boue. &#192; l'int&#233;rieur, il fait chaud. Gr&#226;ce au po&#234;le &#224; bois, la soupe est toujours pr&#234;te. Les lits aussi, o&#249; l'on tient salon allong&#233;s, sans trop se soucier du monde ext&#233;rieur. Si la paix dure un peu, au fil des mois, la &lt;i&gt;platz&lt;/i&gt; &#233;volue &#8211; toute civilisation qui se respecte sait qu'elle a d&#233;marr&#233; comme &#231;a, petit &#224; petit. Bouts de baraquements espac&#233;s. Grosse jaille &#224; l'entr&#233;e, comme un totem pour espanter le diable. Carcasses et c&#226;bles cram&#233;s. Caravanes. &lt;i&gt;Cobolan&lt;/i&gt; &#8211; les rats. &lt;i&gt;Mult&lt;/i&gt; &#8211; beaucoup. Courent en tous sens vers tous les coins. Apr&#232;s les poubelles, la manche ou les chantiers, on revient chez soi fatigu&#233;. Hommage au labeur de recyclage que m&#232;ne le gang des poussettes dans des villes qui lui sont hostiles tout en se targuant d'&#234;tre accueillantes et durables. Les maisons l&#233;g&#232;res des Rroms devraient rappeler qu'ici la plupart des cit&#233;s de banlieue ont &#233;t&#233; &#233;difi&#233;es sur l'emplacement des bidonvilles kabyles, arabes, portugais&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; qu'on atterrisse, on a besoin d'un ext&#233;rieur le plus vaste possible pour y bricoler, jouer, danser, entreposer la ferraille ou r&#233;parer sa caisse. Ce sont les femmes qui bossent tout le temps sur le terrain. L'intendance est lourde. Il faut aller chercher l'eau par le chemin de gros cailloux, marcher quinze minutes, jusqu'&#224; la borne des pompiers, remplir les sept ou huit bidons de 10 &#224; 15 litres et les hisser dans le caddie. Pousser tr&#232;s fort le chariot pour que tout roule &#8211; pour &#231;a, c'est bien d'&#234;tre trois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a une collecte des habitants de la &lt;i&gt;platz&lt;/i&gt; pour racheter la &lt;i&gt;benzina&lt;/i&gt;, l'essence pour le &lt;i&gt;g&#233;n&#233;rator&lt;/i&gt;. &#192; la nuit tomb&#233;e, c'est Cosmine, le petit fr&#232;re, qui est envoy&#233; pour l'allumer. Au fond du camp, sous un abri. De l&#224;, des c&#226;bles &#233;lectriques passent au-dessus des toits et courent jusqu'aux maisons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pr&#233;carit&#233; qui s'&#233;quipe et s'ing&#233;nie fait &#233;cho, de loin, aux Zad et aux piquets de gr&#232;ve, aux villages de n&#232;g' marrons ou aux favelas, aux bivouacs de chasseurs-cueilleurs, aux repaires de l'enfance buissonni&#232;re au fond des jardins. &#192; l'autre bout de la cha&#238;ne involutive, il y a la Trump Tower, dont l'overdose de dorures d&#233;note une psychologie de primate. O&#249; loge la b&#234;te ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Locataires en ordre de bataille : La Butte-Rouge, c'est son non</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Locataires-en-ordre-de-bataille-La</link>
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		<dc:date>2018-08-07T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Une partie de la cit&#233;-jardin de la Butte-Rouge, &#224; Ch&#226;tenay-Malabry, est menac&#233;e de r&#233;novation. Sous pr&#233;texte de &#171; mixit&#233; sociale &#187;, deux tiers des habitants les plus modestes sont sur le point de perdre leur logement social, forc&#233;s de partir s'installer plus loin. Aujourd'hui, ils cherchent &#224; s'organiser en collectif, mais la mairie leur met des b&#226;tons dans les roues. Reportage. &#171; C'est un ghetto o&#249; il fait bon vivre &#187;, dit Lydia en souriant. Elle est une des animatrices du collectif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif-Droit" rel="tag"&gt;collectif Droit&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une partie de la cit&#233;-jardin de la Butte-Rouge, &#224; Ch&#226;tenay-Malabry, est menac&#233;e de r&#233;novation. Sous pr&#233;texte de &#171; mixit&#233; sociale &#187;, deux tiers des habitants les plus modestes sont sur le point de perdre leur logement social, forc&#233;s de partir s'installer plus loin. Aujourd'hui, ils cherchent &#224; s'organiser en collectif, mais la mairie leur met des b&#226;tons dans les roues. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est un ghetto o&#249; il fait bon vivre&lt;/i&gt; &#187;, dit Lydia en souriant. Elle est une des animatrices du collectif Droit au logement (DAL) des locataires de la Butte-Rouge, &#224; Ch&#226;tenay-Malabry, dans la banlieue sud de Paris. Propri&#233;t&#233; de l'office HLM des Hauts-de-Seine, cette cit&#233;-jardin historique [ voir encadr&#233; ci-dessous ], construite entre 1931 et 1965, regroupe pr&#232;s de 4 000 logements sociaux. Soit 9 000 habitants, le quart de la population de cette petite ville plut&#244;t cossue. La cit&#233; est r&#233;partie sur 70 hectares dans un parc de verdure, &#224; la lisi&#232;re du bois de Verri&#232;res. Les habitats sont espac&#233;s, entrecoup&#233;s d'escaliers, de d&#233;nivel&#233;s, de rues en m&#233;andre. Entre les petits blocs d'immeubles de deux &#224; cinq &#233;tages, faits de briques recouvertes de stuc rouge p&#226;le, on trouve des enfilades de jardins ouvriers. Une imposante barre en arc de cercle de huit &#233;tages sur pilotis, nomm&#233;e &#171; la demi-lune &#187;, domine la butte. &#171; &lt;i&gt; Le paysage est tr&#232;s verdoyant et l'ensemble de blocs simples et cubiques, avec les jardins dispers&#233;s sur l'arri&#232;re des b&#226;timents, donne un paysage tout &#224; fait charmant&lt;/i&gt; &#187;, peut-on lire sur la page Wikip&#233;dia, comme dans une brochure touristique. La Butte-Rouge est aussi pr&#233;sent&#233;e dans les &#233;coles d'architecture comme mod&#232;le d'habitat populaire &#8211; et contre-mod&#232;le de la cit&#233;-b&#233;ton. Une demande de classement au titre des sites patrimoniaux a d'ailleurs &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e en janvier au minist&#232;re de la Culture par l'association Environnement 92.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Loyer multipli&#233; par deux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, un projet de r&#233;novation urbaine port&#233; par la mairie et l'office HLM, s'inscrivant dans une &#171; &lt;i&gt; strat&#233;gie d'intervention globale sur dix &#224; quinze ans&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;voit la destruction de plusieurs pans de cette cit&#233;-jardin afin de la &#171; &lt;i&gt; d&#233;senclaver &lt;/i&gt; &#187;. Les &#171; &lt;i&gt;&#238;lots-tests&lt;/i&gt; &#187; concern&#233;s par la destruction sont situ&#233;s le long de l'avenue de la Division-Leclerc, qui doit accueillir la future voie de tramway T10 et r&#233;pondre &#224; un plus haut standing d'habitation.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2522 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH355/-788-aec15.jpg?1782963678' width='500' height='355' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Eug&#232;ne Riousse.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'objectif est de privatiser un tiers des logements et de faire passer un autre tiers en logements &#171; interm&#233;diaires &#187;, alors qu'ils sont actuellement en PLAI (Pr&#234;t locatif aid&#233; d'int&#233;gration, le loyer le plus bas, soit 5 &#8364; le m2). Ce qui signifierait un loyer multipli&#233; au moins par deux. Sous pr&#233;texte de favoriser la &#171; &lt;i&gt;mixit&#233; urbaine et sociale&lt;/i&gt; &#187; &#8211; pas assez de cadres &#8211; et de souligner les &#171; &lt;i&gt;inadaptations d'usages et de confort d'habitabilit&#233;, de performance &#233;nerg&#233;tique pour les logements&lt;/i&gt; &#187; &#8211; pas assez de garages souterrains &#8211;, le maire Georges Siffredi (LR), aux manettes depuis vingt ans, promet d'inventer &#171; &lt;i&gt;la cit&#233;-jardin du XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans &#171; La Butte-Rouge va devenir la cit&#233;-jardin du XXIe si&#232;cle &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, d&#233;lest&#233;e ainsi des deux tiers des habitants les plus modestes. Et pour cela, il &#171; &lt;i&gt; veut aller vite&lt;/i&gt; &#187;. Le projet est estim&#233; &#224; 284 millions d'euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Si l'on juge des intentions par leur r&#233;sultat, on ne peut qu'en conclure que la valeur de ces quartiers historiquement symboliques du progr&#232;s social en France est purement et simplement ni&#233;e au profit de projets immobiliers qui s'accompagneront d'importants profits, et d'une gentrification de ces quartiers d'habitat populaire&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit, dans un texte intitul&#233; &#171; &#201;chec de la politique d'intervention sur les cit&#233;s-jardins &#187;, l'architecte Alexandre Sirvin, arri&#232;re-petit-fils de Paul Sirvin, l'un des archis du &#171; &lt;i&gt;trio de choc&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Avec Joseph Bassompierre et Paul de Rutte.&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; qui a dessin&#233; les immeubles des premi&#232;res phases de la Butte-Rouge. Et de poursuivre : &#171; &lt;i&gt;Encore une fois, la pression des quartiers d'affaires, le manque de ressources allou&#233;es &#224; la r&#233;novation, ainsi que la construction en masse de logements tout proches ne semblent pas laisser beaucoup d'alternatives.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Faire union &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette destruction annonc&#233;e, un collectif DAL des locataires de la cit&#233;-jardin s'est constitu&#233;, &#224; l'initiative de cinq dr&#244;les de dames dr&#244;lement combatives. &#171; &lt;i&gt;Le maire a d&#233;sign&#233; un &#8220; conseil citoyen &#8221; de mani&#232;re opaque, sur le mod&#232;le des citoyens vigilants. Cela lui sert d'alibi pour court-circuiter toute concertation&lt;/i&gt;, explique Nadia, membre du collectif. &lt;i&gt;De son c&#244;t&#233;, l'office HLM refuse de nous fournir le plan de r&#233;novation. Depuis septembre, on a aussi demand&#233; &#224; obtenir un local, mais il nous a &#233;t&#233; r&#233;pondu qu'on instillait la peur&#8230; On est oblig&#233;s de faire un recours.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce lundi 15 janvier, en fin de journ&#233;e, le collectif est pourtant bien d&#233;cid&#233; &#224; informer les habitants des &#238;lots-tests concern&#233;s par la destruction &#8211; ceux de l'all&#233;e Jean-Mermoz et de la rue &#201;douard-Vaillant. Il a lanc&#233; une invitation &#224; se r&#233;unir dans un local associatif appartenant &#224; la mairie, une cinquantaine de personnes y ont r&#233;pondu. Sans certitude que &#231;a se passera bien : le collectif en a &#233;t&#233; averti il y a quelques jours, la municipalit&#233; serait furax et cherchera sans doute &#224; emp&#234;cher la tenue de la r&#233;union.
L'ambiance est inqui&#232;te, les habitants ignorent tout des projets de r&#233;novation. Marie, responsable nationale du DAL-HLM, intervient en tant que conseill&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Tant que les locataires sont isol&#233;s et ont peur, les promoteurs gagnent &#224; tous les coups. Il n'y a pas de formule magique juridique pour emp&#234;cher les projets de l'Anru&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence nationale pour la r&#233;novation urbaine, &#233;tablissement public qui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;La seule solution, c'est de faire union.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s un tour de table, les habitants r&#233;unis commencent &#224; d&#233;rouler leurs dol&#233;ances : &#171; &lt;i&gt;Il y a cinquante ans que je suis l&#224;, o&#249; je vais aller ?&lt;/i&gt; &#187;, s'inqui&#232;te une dame avec de grosses lunettes, venue avec son mari. &#171; &lt;i&gt;Le loyer sert normalement &#224; payer l'entretien des parties communes et des logements. Pourtant, d&#232;s qu'on signale un probl&#232;me, ils font du bricolage&lt;/i&gt; &#187;, s'agace un p&#232;re de famille. &#171; &lt;i&gt;La mairie parle de manque de mixit&#233; sociale, mais la vraie mixit&#233; du quartier, c'est nous&lt;/i&gt; &#187;, remarque Nadia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Intervention municipale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, les &#233;tapes de la mobilisation s'&#233;noncent comme une &#233;vidence : &#171; &lt;i&gt;Il faut vite une p&#233;tition &#224; faire signer dans toute la cit&#233;, en disant qu'on ne souhaite pas partir et qu'on veut que ce soit entretenu.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Tout &#224; fait d'accord, approuve une dame, je m'occupe de la faire signer dans mon escalier.&lt;/i&gt; &#187; Il est aussi question d'organiser une manifestation devant la mairie, ce qui d&#233;clenche l'enthousiasme. C'est alors qu'une silhouette sombre se glisse &#224; l'entr&#233;e. L'homme, m&#226;choire serr&#233;e, la mine grave, les mains enfouies dans les poches de son trois-quarts anthracite, se d&#233;cide &#224; apostropher l'assembl&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Qui est le responsable de cette r&#233;union ? Je suis le directeur de l'IDSU&lt;/i&gt; [Insertion et d&#233;veloppement social urbain],&lt;i&gt; responsable de la salle. Vous n'avez pas l'autorisation d'&#234;tre ici. Ce que vous faites est ill&#233;gal. Veuillez sortir imm&#233;diatement !&lt;/i&gt; &#187; Le brouhaha s'instaure : &#171; &lt;i&gt;On nous a ouvert sans effraction, on reste pour terminer la r&#233;union. Soit vous y participez si &#231;a vous concerne, soit vous repassez dans une heure&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;On va pas sortir ! Vous ne nous faites pas peur !&lt;/i&gt; &#187; ; &#171; &lt;i&gt;Si on ne peut pas rester ici, on ira se r&#233;unir &#224; la Mairie !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Afin d'&#233;viter que le ton ne monte trop vite, la jeune assembl&#233;e, encore peu s&#251;re d'elle-m&#234;me, d&#233;cide finalement d'&#233;courter cette premi&#232;re prise de contact. Un commissaire et trois policiers entrent &#224; leur tour pour intimer l'ordre d'&#233;vacuer la salle. La s&#233;ance est lev&#233;e, mais les discussions continuent sur le trottoir. L'incident semble f&#233;d&#233;rer les esprits : &#171; &lt;i&gt;On vient encore d'avoir un bel exemple de d&#233;mocratie locale&lt;/i&gt;, ironise quelqu'un.&lt;i&gt; C'est un aveu de faiblesse de la part de la municipalit&#233;. Elle va vite avoir le retour de b&#226;ton...&lt;/i&gt; &#187; Et chacun-chacune se quitte en se promettant de ne pas en rester l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'utopie urbaine d'Henri Sellier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Banlieue oasis&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;cit&#233;-jardin&lt;/i&gt; &#187; : des formules qui semblent tenir de l'oxymore, au regard de d&#233;cennies d'urbanisme de cages &#224; lapins, de cit&#233;s-ghettos et d'&#233;checs de la politique de la ville. Pourtant, le concept de cit&#233;-jardin a jadis nourri l'utopie d'une ville autosuffisante et verdoyante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi de 1895, qui ouvre la politique de logement social en France, accompagne un mouvement d'hygi&#233;nisation pr&#233;tendant extirper la classe ouvri&#232;re des taudis insalubres sans air ni lumi&#232;re, propices &#224; toutes les &#233;pid&#233;mies. L'instigateur de la loi, Jules Siegfried, un conservateur social, esp&#232;re ainsi faire de l'ouvrier un homme nouveau &#8211; &#171; &lt;i&gt;devenu &#233;conome, pr&#233;voyant, d&#233;finitivement gu&#233;ri des utopies socialistes et r&#233;volutionnaires, arrach&#233; au cabaret&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et favoriser son accession &#224; la petite propri&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; gauche, on s'empare de la question du logement &#224; partir de 1910. Le libertaire Georges Cochon d&#233;fend bec et ongles les locataires contre les proprios-vautours en organisant des d&#233;m&#233;nagements &#224; la cloche de bois. Et le socialiste r&#233;formateur Henri Sellier (1883-1943), maire de Suresnes&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'&#224; son &#233;viction par le gouvernement de Vichy en 1941.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, imagine l'am&#233;lioration de la vie ouvri&#232;re &#224; l'&#233;chelon municipal. Administrateur du mouvement planificateur de l'habitat bon march&#233; (anc&#234;tre du HLM), il est &#224; l'initiative d'une quinzaine de cit&#233;s-jardins construites en banlieue parisienne, con&#231;ues par les architectes Joseph Bassompierre, Paul de Rutte et Andr&#233; Arfvison, et par le paysagiste Andr&#233; Riousse. Au c&#339;ur du projet, le souci constant du bien-&#234;tre ouvrier. Ainsi, la cit&#233;-jardin de Suresnes, b&#226;tie en briques &#224; partir de 1921, est con&#231;ue avec des &#233;quipements et services publics destin&#233;s &#224; r&#233;pondre aux besoins sociaux de la population : une cr&#232;che, des &#233;coles, un dispensaire m&#233;dical, des centres sportifs, des lieux de culte, un th&#233;&#226;tre, un magasin coop&#233;ratif, un foyer de jeunes travailleurs, un centre de retraite et des jardins ouvriers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le concept de cit&#233;-jardin est influenc&#233; par les travaux de l'urbaniste britannique Ebenezer Howard, qui voulait sceller l'&#171; &lt;i&gt;union joyeuse&lt;/i&gt; &#187; des villes et de la campagne dans des &lt;i&gt;garden suburbs&lt;/i&gt;. Au d&#233;part, les architectes devaient s'inspirer de l'esth&#233;tique de la maison basse au toit pointu et richement v&#233;g&#233;talis&#233;e du cottage anglais. Entre les premi&#232;res cit&#233;s-jardins &#224; dimension humaine des Lilas et l'horrible cit&#233; de la Muette &#224; Drancy de sinistre m&#233;moire&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1940, la cit&#233; de La Muette &#224; Drancy fut choisie comme camp d'internement. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, dernier mod&#232;le de cit&#233;-jardin construit en 1934, on mesure le passage progressif d'un projet d'urbanisme encore emprunt d'utopie sociale et d'autonomie municipale &#224; une politique fonctionnelle et technocratique de grands ensembles qui vont d&#233;figurer durablement la banlieue. Peu &#224; peu, le choix des barres et des tours verticales &lt;i&gt;low cost&lt;/i&gt;, faiblement entour&#233;es de v&#233;g&#233;tation, s'impose partout. Un choix accentu&#233; par la pression d&#233;mographique vers les villes apr&#232;s-guerre. S'ouvre alors la voie de la b&#233;tonisation &#224; outrance des ann&#233;es 1950-1970 et de la gestion sociale et client&#233;liste des populations des quartiers populaires.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; dans &#171; La Butte-Rouge va devenir la cit&#233;-jardin du XXIe si&#232;cle &#187;, article mis en ligne sur le site du &lt;i&gt;Parisien&lt;/i&gt; le 02/03/2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Avec Joseph Bassompierre et Paul de Rutte.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence nationale pour la r&#233;novation urbaine, &#233;tablissement public qui accompagne les projets de destruction/r&#233;novation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jusqu'&#224; son &#233;viction par le gouvernement de Vichy en 1941.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1940, la cit&#233; de La Muette &#224; Drancy fut choisie comme camp d'internement. C'est de l&#224; que partaient les convois de Juifs pour les camps de la mort.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>En Guyane, un &#233;veil politique am&#233;rindien</title>
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		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans Petit Guerrier pour la paix, le militant kali'na Alexis Tiouka raconte son histoire, mais surtout celle du mouvement politique autochtone de Guyane. 130 pages sur le droit &#224; la terre, la propri&#233;t&#233; collective, l'&#233;ducation assimilationniste et&#8230; l'espoir de justice. Traditionnellement, chez les Kali'na de Guyane, on ne nomme pas les enfants &#224; la naissance. &#171; Nous pr&#233;f&#233;rons attendre que l'enfant grandisse un peu et que son caract&#232;re commence &#224; s'affirmer pour lui choisir un nom. Mes (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no162-fevrier-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;162 (f&#233;vrier 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Juliette-Barbanegre" rel="tag"&gt;Juliette Barban&#232;gre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kali-na" rel="tag"&gt;Kali'na&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans&lt;i&gt; Petit Guerrier pour la paix&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; Les luttes am&#233;rindiennes racont&#233;es &#224; la jeunesse (et &#224; tous les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le militant kali'na Alexis Tiouka raconte son histoire, mais surtout celle du mouvement politique autochtone de Guyane. 130 pages sur le droit &#224; la terre, la propri&#233;t&#233; collective, l'&#233;ducation assimilationniste et&#8230; l'espoir de justice.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2211 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-484.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH842/-484-da01b.jpg?1782645799' width='400' height='842' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Barban&#232;gre.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Traditionnellement, chez les Kali'na de Guyane, on ne nomme pas les enfants &#224; la naissance. &#171; &lt;i&gt;Nous pr&#233;f&#233;rons attendre que l'enfant grandisse un peu et que son caract&#232;re commence &#224; s'affirmer pour lui choisir un nom. Mes parents voulaient me nommer Aluikawa&#239;, qui signifie &#8220; petit guerrier &#8221;, car j'&#233;tais turbulent et agit&#233;. Mais &#224; l'&#233;poque, on ne pouvait pas donner de pr&#233;nom kali'na aux enfants. Les personnes charg&#233;es de l'&#233;tat civil ne le prenaient pas en compte.&lt;/i&gt; &#187; Dans le cas d'Alexis Tiouka, c'est m&#234;me l'instituteur du village qui a d&#233;cid&#233; : l'enfant &#233;tant n&#233; le 17 juillet, jour de la Saint-Alexis, le choix fut vite fait. C'&#233;tait en 1959.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le minot est devenu juriste. Il est l'un des leaders des luttes autochtones de Guyane, dont il livre sa vision dans &lt;i&gt;Petit Guerrier pour la paix&lt;/i&gt;. Un livre de 130 pages percutantes, qui se d&#233;vore d'une traite, &#233;crit sous forme de questions-r&#233;ponses avec la journaliste H&#233;l&#232;ne Ferrarini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alexis Tiouka y raconte l'&#233;cole de son enfance, le pensionnat catholique d&#232;s six ans &#8211; &#171; &lt;i&gt;On nous interdisait d'y parler nos langues. Il fallait parler fran&#231;ais. Il fallait aller &#224; la messe.&lt;/i&gt; &#187; L'acculturation qui en d&#233;coule : &#171; &lt;i&gt;On a oubli&#233; l'usage de certaines plantes m&#233;dicinales, les noms de certains arbres&#8230; Les anciens ne nous ont pas transmis toutes les connaissances qu'ils avaient.&lt;/i&gt; &#187; Et puis, il y a ce questionnement identitaire, qui trouble encore la jeunesse am&#233;rindienne d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais puisque &#171; &lt;i&gt;le poison et l'anti-poison ont parfois la m&#234;me origine&lt;/i&gt; &#187;, Alexis et d'autres Kali'na utiliseront le savoir tir&#233; de leurs &#233;tudes pour faire avancer la cause am&#233;rindienne. Non par les armes, comme leurs anc&#234;tres qui s'opposaient &#224; l'implantation des colons, mais par les mots.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Leur discours, enfin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;cembre 1984, &#224; Awala, ces jeunes activistes r&#233;unissent 1 500 personnes issues des six peuples autochtones de Guyane. Le chiffre est consid&#233;rable : &#224; l'&#233;poque, il ne reste sur le territoire qu'&#224; peine plus de 4 000 Am&#233;rindiens, rescap&#233;s du &#171; choc microbien &#187; et des autres calamit&#233;s dues &#224; la colonisation. L'&#233;v&#233;nement est pr&#233;sent&#233; comme culturel ; &#233;lus locaux et repr&#233;sentants de la pr&#233;fecture y sont convi&#233;s. Quand F&#233;lix Tiouka, le fr&#232;re d'Alexis, prend le micro, ils n'en croient pas leurs oreilles : le discours (historique) qu'il prononce est &#233;minemment revendicatif. L'orateur affirme &#171; &lt;i&gt;bien haut et bien fort&lt;/i&gt; &#187; les &#171; &lt;i&gt;droits de souverainet&#233;&lt;/i&gt; &#187; des Am&#233;rindiens sur la terre. Puis il critique le capitalisme in&#233;galitaire et d&#233;vastateur pour la nature que la France vient leur imposer : &#171; &lt;i&gt;Nous voulons orienter notre d&#233;veloppement en fonction de nos valeurs et de nos traditions l&#233;gu&#233;es par nos anc&#234;tres&lt;/i&gt; &#187;. Et, aussi, &#171; &lt;i&gt;traiter d'&#233;gal &#224; &#233;gal avec les gouvernements de la soci&#233;t&#233; dominante et non plus &#234;tre consid&#233;r&#233;s comme des peuples inf&#233;rieurs&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un tel discours, comment r&#233;agissent les intendants de la R&#233;publique ? &#171; &lt;i&gt;Mal,&lt;/i&gt; &#233;crit Alexis Tiouka. &lt;i&gt;Ils sont partis.&lt;/i&gt; &#187; Mais peu importe : d&#233;sormais, ce ne sont plus les anthropologues qui parlent au nom des autochtones. &#171; &lt;i&gt;L&#224;, le discours, c'&#233;tait le n&#244;tre !&lt;/i&gt; &#187; &#8211; et pour l'&#201;tat et les &#233;lus guyanais, il allait falloir en tenir compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 1990, Alexis Tiouka portera le combat au niveau du droit international, main dans la main avec d'autres peuples autochtones du monde. Leur lutte m&#232;nera, en 2007, &#224; l'adoption &#224; l'ONU de la D&#233;claration des droits des peuples autochtones. Un texte sign&#233; par la France, mais qui n'a qu'une port&#233;e symbolique. La Convention 169 de l'Organisation internationale du travail, elle, est juridiquement contraignante. Mais &#171; &lt;i&gt; la France s'est bien gard&#233;e de la signer ! &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Propri&#233;t&#233; collective des terres&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, la lutte continue. Pour la reconnaissance des langues et des cultures am&#233;rindiennes. Pour une &#233;ducation adapt&#233;e. Pour l'acc&#232;s aux soins, aujourd'hui d&#233;faillant, particuli&#232;rement chez les peuples autochtones des villages isol&#233;s de la for&#234;t&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur le sujet, lire &#171; Far West m&#233;dical &#187;, article publi&#233; dans le dossier &#171; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pour le respect de l'environnement, contre l'orpaillage &#8211; clandestin ou industriel. Pour la restitution de terres, car aujourd'hui encore en Guyane, &#171; &lt;i&gt;plus de 90 % du territoire appartient &#224; l'&#201;tat&lt;/i&gt; (&#8230;).&lt;i&gt; Les Am&#233;rindiens et les Businenge&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Descendants d'esclaves ayant fui les plantations du Suriname, on les appelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ne poss&#232;dent aucun titre de propri&#233;t&#233; sur la terre sur laquelle ils vivent pourtant depuis des si&#232;cles&lt;/i&gt; &#187;. Lutte, aussi, pour la reconnaissance par la R&#233;publique de la propri&#233;t&#233; collective : &#171; &lt;i&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s am&#233;rindiennes, il n'y a pas de droit individuel sur la terre. Cela n'a pas de sens de dire : c'est &#8220; mon &#8221; terrain. C'est notre terre, c'est la terre sur laquelle nous vivons, tous&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;C'est cela que nous&lt;/i&gt; [voulons] &lt;i&gt;faire comprendre &#224; l'&#201;tat : il n'y a pas qu'une mani&#232;re de consid&#233;rer la terre et le droit de propri&#233;t&#233; sur cette plan&#232;te. Nous aussi nous avons notre mani&#232;re de voir les choses : pourquoi ne serait-elle pas reconnue ? Pourquoi serait-elle moins l&#233;gitime ?&lt;/i&gt; &#187; Sur certains points, les revendications autochtones n'ont rien d'exclusif : les autres Guyanais aussi sont touch&#233;s par &#171; &lt;i&gt;le manque d'infrastructures, les difficult&#233;s d'acc&#232;s aux droits, la violence, la vie ch&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, l'application de lois pens&#233;es en m&#233;tropole &#224; un territoire &#233;quatorial&#8230; &#192; Cayenne et ailleurs, lors des manifestations du printemps dernier, ils &#233;taient tous ensemble.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &lt;i&gt;Les luttes am&#233;rindiennes racont&#233;es &#224; la jeunesse (et &#224; tous les curieux)&lt;/i&gt;, il a &#233;t&#233; publi&#233; en novembre 2017 chez Ibis Rouge &#201;ditions.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur le sujet, lire &#171; Far West m&#233;dical &#187;, article publi&#233; dans le dossier &#171; Dom-Tom : colonies d'aujourd'hui &#187; (&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no155-juin-2017&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n &#176; 155&lt;/a&gt;, juin 2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Descendants d'esclaves ayant fui les plantations du Suriname, on les appelle aussi les &#171; Noirs-Marrons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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