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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Thiers : &#171; Ce spectacle affreux servira de le&#231;on&#8230; &#187;</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Le dimanche 28 mai 1871, la derni&#232;re barricade de la Commune c&#232;de &#224; 13 heures dans le bas de Belleville, au terme de ce qui restera pour l'histoire la Semaine sanglante. &#201;tonnamment, ce bain de sang abominable n'a &#233;t&#233; que peu &#233;tudi&#233; avec m&#233;thode. Mich&#232;le Audin revient sur cette lacune. Depuis une dizaine d'ann&#233;es, les travaux de l'historien anglais Robert Tombs ont eu tendance &#224; revoir consid&#233;rablement &#224; la baisse le bilan humain de la r&#233;pression, ouvrant le champ &#224; une nouvelle bataille (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le dimanche 28 mai 1871, la derni&#232;re barricade de la Commune c&#232;de &#224; 13 heures dans le bas de Belleville, au terme de ce qui restera pour l'histoire la Semaine sanglante. &#201;tonnamment, ce bain de sang abominable n'a &#233;t&#233; que peu &#233;tudi&#233; avec m&#233;thode. Mich&#232;le Audin revient sur cette lacune.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;epuis une dizaine d'ann&#233;es, les travaux de l'historien anglais Robert Tombs&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Malgr&#233; cela, sa synth&#232;se sur la Commune reste un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ont eu tendance &#224; revoir consid&#233;rablement &#224; la baisse le bilan humain de la r&#233;pression, ouvrant le champ &#224; une nouvelle bataille de chiffres. Dans un petit ouvrage intitul&#233;&lt;i&gt; La Semaine sanglante. mai 1871. L&#233;gendes et comptes&lt;/i&gt; (Libertalia, 2021), l'&#233;crivaine Mich&#232;le Audin&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Outre le site in&#233;puisable MaCommuneDeParis.com qu'elle anime, elle est (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; revient sur cet &#233;pisode et quelques l&#233;gendes qui l'ont accompagn&#233;. Abordant la question du d&#233;compte des victimes, elle conclut que les &#171; &lt;i&gt;&#233;valuations plus hautes, autour de 15 000 ou 20 000 morts, ne sont pas exag&#233;r&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. Aussi, rappelle-t-elle, &#171; &lt;i&gt;il ne s'agit pas de se jeter des crimes et des cadavres &#224; la t&#234;te, mais de consid&#233;rer les &#234;tres humains qu'ont &#233;t&#233; ces cadavres avec respect, de ne pas les laisser dispara&#238;tre encore une fois&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; 40 000 fusill&#233;s &#187;, &#171; 30 000 &#187;, &#171; 25 000 &#187;, &#171; 17 000 &#187;, &#171; 12 000 &#187;, &#171; entre 5 700 et 7 400 &#187;, etc. &#192; quoi correspondent les diff&#233;rents bilans de la Semaine sanglante ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a eu que deux &#171; compteurs &#187;, Maxime Du Camp et Camille Pelletan, &#224; la fin des ann&#233;es 1870, pendant le d&#233;bat sur l'amnistie des communards. Le premier, &#233;crivain et historien r&#233;actionnaire, inform&#233; par la direction des cimeti&#232;res, compte 6 500 morts. Le deuxi&#232;me, journaliste radical, &#224; la suite d'une longue enqu&#234;te, arrive &#224; environ 30 000. De retour de d&#233;portation ou d'exil, les communards adoptent ce nombre. Puis plus personne ne compte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les ann&#233;es 2010, Robert Tombs produit de nouvelles &#233;valuations basses. Comme le dit un encadr&#233; d'un de ses articles dans un hors-s&#233;rie r&#233;cent du magazine &lt;i&gt;L'Histoire,&lt;/i&gt; il a compt&#233; les morts dans les registres d'inhumation des 17 cimeti&#232;res parisiens, du 20 au 30 mai. Maxime Du Camp aussi s'&#233;tait limit&#233; &#224; ces dates. M&#234;me m&#233;thode, m&#234;me r&#233;sultat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#231;a ne suffit pas. Je ne donne qu'un exemple : le 31 mai, le registre du cimeti&#232;re Montmartre montre 492 cadavres d'inconnus&#8230; et voil&#224; 500 morts de moins pour ces &#171; compteurs &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle m&#233;thodologie et quelles sources in&#233;dites avez-vous utilis&#233;es pour vos estimations ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai consult&#233; les registres d'inhumation, mis en ligne par les archives de Paris. Mais, s'il y a bien 17 cimeti&#232;res parisiens, il n'y a pas 17 registres. Par exemple, au petit cimeti&#232;re de Bercy, d'apr&#232;s le t&#233;moignage d'&#233;poque d'un adjoint au maire du 12&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement, au moins 400 corps d'inconnus sans actes de d&#233;c&#232;s ont &#233;t&#233; inhum&#233;s, mais aucun registre n'a &#233;t&#233; conserv&#233;. D'autre part, la fa&#231;on d'inscrire &#8212; ou pas &#8212; les corps d'inconnus variait selon les cimeti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai ouvert, aux archives de Paris, des cartons de la direction des cimeti&#232;res et du service de la voirie. L&#224; j'ai appris beaucoup, notamment sur la question des exhumations-r&#233;inhumations. Dans l'urgence, beaucoup de corps avaient &#233;t&#233; inhum&#233;s sur les berges de la Seine, dans les squares, les chantiers, les casemates des fortifications, le bois de Boulogne&#8230; La th&#233;orie des compteurs &#171; minimisants &#187; est que tous ces corps ont &#233;t&#233; imm&#233;diatement exhum&#233;s et emport&#233;s dans les cimeti&#232;res. Pourtant, une lettre de l'inspecteur g&#233;n&#233;ral des cimeti&#232;res d&#233;crit, le 16 juillet, ces cadavres de personnes tu&#233;es en mai dans la chaleur de l'&#233;t&#233;&#8230; Il est forc&#233; d'arr&#234;ter les exhumations &#8212; ce n'&#233;tait donc pas termin&#233;. J'ai retrouv&#233; aussi des factures pour les grandes quantit&#233;s d'eau-de-vie qu'il a fallu donner aux ouvriers qui faisaient ce travail&#8230; Les archives confirment donc que tous les corps ne sont pas arriv&#233;s tout de suite dans les cimeti&#232;res. Et n'ont donc pas &#233;t&#233; d&#233;compt&#233;s. D'ailleurs, on a trouv&#233; des ossements de f&#233;d&#233;r&#233;s dans le sous-sol parisien jusque vers 1920.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'&#233;tais confin&#233;e &#224; Strasbourg une partie du temps pendant lequel j'ai &#233;crit ce livre. C'est gr&#226;ce &#224; l'aide de [&lt;i&gt;l'historien&lt;/i&gt;] Maxime Jourdan &#224; Paris que j'ai pu utiliser un document du service historique de la D&#233;fense, dans lequel l'arm&#233;e avait recens&#233; un certain nombre de personnes recherch&#233;es, qui en fait avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; ex&#233;cut&#233;es. L'arm&#233;e y reconnaissait elle-m&#234;me des ex&#233;cutions dans les ambulances, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au-del&#224; des chiffres, vous &#233;voquez les &#171; l&#233;gendes &#187; de la Semaine sanglante. Comment travaille-t-on sur l'arch&#233;ologie d'une l&#233;gende ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une l&#233;gende est un fait imaginaire, ou d&#233;form&#233;, que l'on croit (ou que certains croient) r&#233;el. Par exemple, l'existence, en bas de Montmartre le 23 mai, d'une barricade tenue par des femmes, est ni&#233;e par Tombs qui parle des &#171; &lt;i&gt;narrations romanc&#233;es faites par Lissagaray&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acteur et t&#233;moin de l'insurrection, le journaliste publie en 1876 la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Et il y a une telle &#171; l&#233;gende dor&#233;e&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; de la Commune, notamment autour des femmes, que cette n&#233;gation pouvait para&#238;tre plausible. Mais le plus simple est de rechercher la premi&#232;re apparition de ce fait. Il se trouve que j'ai beaucoup lu le &lt;i&gt;Journal officiel &lt;/i&gt;publi&#233; par la Commune, et en particulier un article paru&#8230; dans le tout dernier num&#233;ro de ce journal, le 24 mai. Un journaliste raconte avoir &#233;t&#233; contr&#244;l&#233; &#224; cette fameuse barricade. C'est imm&#233;diat ! Il n'a pas eu le temps d'inventer. D'ailleurs la &#171; narration romanc&#233;e&lt;i&gt; &#187;&lt;/i&gt; de Lissagaray, m&#234;me si elle est publi&#233;e plus tard, reprend cet article mot pour mot. Apr&#232;s, je n'ai pas eu de mal &#224; trouver d'autres confirmations. Oui, il y a eu une barricade tenue par des femmes&#8230; et il y a eu aussi des femmes sur bien d'autres barricades !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;galement des faits omis, oubli&#233;s, voire ni&#233;s. C'est le cas des viols. Le contexte des perquisitions, ratissages et massacres en toute impunit&#233; de la Semaine sanglante s'y pr&#234;tait particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La difficult&#233; &#224; dresser un bilan macabre pour la Commune renvoie aux massacres coloniaux (S&#233;tif et Guelma en 1945 ou Madagascar en 1947-48). On pense aux controverses autour des chiffres des morts de la r&#233;pression du 17 octobre 1961. Ce parall&#232;le a-t-il r&#233;sonn&#233; en vous lors de vos recherches ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, si je pense d'abord, &#224; cause du r&#244;le de police jou&#233; par l'arm&#233;e, &#224; la bataille d'Alger en 1957, j'ai pens&#233; aussi au 17 octobre 1961. J'y ai &#233;t&#233; aid&#233;e par l'apparition inattendue, dans ma recherche, de Brigitte Lain&#233;, qui est l'auteure d'un article sur les morts de la Semaine sanglante dans les registres d'&#233;tat civil du 20&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; arrondissement. Mais elle est surtout l'archiviste qui a t&#233;moign&#233; au proc&#232;s en diffamation intent&#233; par Papon &#224; Jean-Luc Einaudi&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;c&#233;d&#233; en 2014, Jean-Luc Einaudi est l'auteur de La Bataille de Paris. 17 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#224; propos du 17 octobre. Elle et son coll&#232;gue Philippe Grand ont appuy&#233; Einaudi &#224; l'aide de ce qu'ils avaient observ&#233; dans les archives auxquelles il n'avait pas eu acc&#232;s. L'historien a gagn&#233; son proc&#232;s, mais les archivistes ont &#233;t&#233; sanctionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois deux &#233;tapes dans ces massacres. D'abord le terrorisme de l'&#201;tat. Il faut faire peur. Comme l'a dit Thiers pendant la Semaine sanglante : &lt;i&gt;&#171; Le sol de Paris est jonch&#233; de leurs cadavres. Ce spectacle affreux servira de le&#231;on, il faut l'esp&#233;rer, aux insurg&#233;s qui osaient se d&#233;clarer partisans de la Commune. &#187;&lt;/i&gt; Massacre de masse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis le d&#233;ni. Il ne faut pas que les vaincus deviennent des martyrs. Le sol de Paris &#233;tait jonch&#233; de leurs cadavres, mais ils n'&#233;taient que 6 500. Les ordres de grandeur sont diff&#233;rents, mais les 38 morts officiels contre les 200 probables&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;[Note de la r&#233;daction] La derni&#232;re &#233;tude de 2006, r&#233;alis&#233;e par les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; du 17 octobre sont dans le m&#234;me rapport que les 6 500/30 000 de la Semaine sanglante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La distance dans le temps facilite l'acc&#232;s aux archives et permet de voir comment celles-ci ont pu &#234;tre, d&#232;s l'origine, manipul&#233;es, voire falsifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par M. L.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le Marquis aux talons rouges&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La sinistre figure du g&#233;n&#233;ral Galliffet reste associ&#233;e &#224; la Semaine sanglante. Louise Michel raconte comment il fait tirer sur une foule de prisonniers sans d&#233;fense : &#171; &lt;i&gt;C'est moi qui suis Galliffet ! Vous me croyez bien cruel, gens de Montmartre, je le suis plus encore que vous ne pensez.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Post&#233;rit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Pour se prendre pour Jules Vall&#232;s, il faut avoir son Galliffet&lt;/i&gt; &#187;, aurait d&#233;clar&#233; le pr&#233;fet Didier Lallement par provocation lors de sa nomination par Macron en pleine crise des Gilets jaunes. L'histoire est peupl&#233;e de dangereux b&#233;gayeurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_3594 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L445xH720/-1737-7080c.jpg?1782641581' width='445' height='720' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien fait partie du dossier &#171; La commune is not dead &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 196 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Malgr&#233; cela, sa synth&#232;se sur la Commune reste un ouvrage de r&#233;f&#233;rence : &lt;i&gt;Paris, bivouac des r&#233;volutions, &lt;/i&gt;Libertalia, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Outre le site in&#233;puisable &lt;i&gt;MaCommuneDeParis.com &lt;/i&gt;qu'elle anime, elle est l'auteure de plusieurs r&#233;cits aux &#233;ditions Gallimard : &lt;i&gt;Comme une rivi&#232;re bleue&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; une vie br&#232;ve&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; Oublier Cl&#233;mence&lt;/i&gt; ou encore &lt;i&gt;Jos&#233;e Meunier. 19, rue des Juifs &lt;/i&gt;(&#224; para&#238;tre le 11 mars).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acteur et t&#233;moin de l'insurrection, le journaliste publie en 1876 la premi&#232;re &#233;dition de sa fameuse &lt;i&gt;Histoire de la Commune de 1871,&lt;/i&gt; consid&#233;r&#233;e comme le classique de chez classique.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;c&#233;d&#233; en 2014, Jean-Luc Einaudi est l'auteur de &lt;i&gt;La Bataille de Paris. 17 octobre 1961 &lt;/i&gt;(Seuil, 1991). Brigitte Lain&#233; est morte en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;[&lt;i&gt;Note de la r&#233;daction&lt;/i&gt;] La derni&#232;re &#233;tude de 2006, r&#233;alis&#233;e par les historiens britanniques Jim House et Neil MacMaster, se refuse &#224; arr&#234;ter un chiffre pr&#233;cis sur le 17 octobre, qui doit &#234;tre consid&#233;r&#233; comme un pic d'une r&#233;pression &#233;tendue sur deux mois pendant lesquels &lt;i&gt;&#171; bien plus de 120 Alg&#233;riens furent assassin&#233;s par la police en r&#233;gion parisienne &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sans les papiers, la rage</title>
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		<dc:creator>Oum Ziad</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des premi&#232;res manifestations post-confinement en France. Le 30 mai dernier, plus d'une dizaine de milliers de personnes sans-papiers brisent l'interdiction de manifester &#224; Paris. Dans plusieurs autres villes comme &#224; Marseille, des mobilisations similaires revendiquent la fin des violences polici&#232;res, la r&#233;gularisation et la fermeture des centres de r&#233;tention. Depuis, le mouvement prend de l'ampleur et des gr&#232;ves de la faim ont &#233;t&#233; lanc&#233;es dans plusieurs centres de r&#233;tention. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no190-septembre-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;190 (septembre 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/foyers" rel="tag"&gt;foyers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait l'une des premi&#232;res manifestations post-confinement en France. Le 30 mai dernier, plus d'une dizaine de milliers de personnes sans-papiers brisent l'interdiction de manifester &#224; Paris. Dans plusieurs autres villes comme &#224; Marseille, des mobilisations similaires revendiquent la fin des violences polici&#232;res, la r&#233;gularisation et la fermeture des centres de r&#233;tention. Depuis, le mouvement prend de l'ampleur et des gr&#232;ves de la faim ont &#233;t&#233; lanc&#233;es dans plusieurs centres de r&#233;tention. T&#233;moignages et analyse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3449 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH398/-1617-2c184.jpg?1782916386' width='500' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;30 mai 2020, dans les rues de Paris. Pouss&#233;es &#224; bout par la d&#233;t&#233;rioration brutale de leurs conditions de vie caus&#233;e par le confinement, plusieurs milliers de personnes, dont une majorit&#233; de sans-papiers, d&#233;fient l'interdiction de manifester du pr&#233;fet Lallement. Pendant pr&#232;s de deux heures, ils d&#233;filent sans banderole et sous les gaz, lanc&#233;s en vain par les escadrons de CRS.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait ma premi&#232;re manifestation,&lt;/i&gt; explique Mody, Malien sans-papiers r&#233;sidant &#224; Montreuil, au foyer Rochebrune. &lt;i&gt;Pendant le confinement, c'&#233;tait risqu&#233; d'aller sur mon chantier de nettoyage. Il y avait beaucoup de contr&#244;les dans les transports et je n'avais pas les moyens de me payer un ticket. Et puis il y a eu l'arr&#234;t total du chantier.&lt;/i&gt; &#187; Quand l'appel &#224; manifester de la Marche des Solidarit&#233;s &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plateforme cr&#233;&#233;e en mars 2018 sous l'impulsion des CSP (Coordination des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a commenc&#233; &#224; circuler, Mody s'est organis&#233; avec d'autres habitants des foyers de travailleurs immigr&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Le confinement a entrav&#233; la solidarit&#233; habituelle des foyers, avec notamment les fermetures des cantines des femmes. Il y avait aussi moins d'argent pour payer les chambres aux titulaires&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les travailleurs r&#233;guliers officiellement h&#233;berg&#233;s qui sous-louent aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;i&gt;ou &#224; envoyer aux familles. Alors on a pris la d&#233;cision d'y aller. On &#233;tait plus de 1 000&lt;/i&gt; &lt;i&gt;de Montreuil &#224; essayer de rejoindre&lt;/i&gt; [la place de la] &lt;i&gt;R&#233;publique. Mais notre groupe a &#233;t&#233; gaz&#233; et bloqu&#233; par la police. En revenant au foyer, on a cr&#233;&#233; le Collectif sans-papiers de Montreuil.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Zina aussi, le confinement a agi comme un d&#233;tonateur. Cette auxiliaire de vie raconte l'impossibilit&#233; de se rendre &#224; son travail, &#224; cause des interdits : &#171; &lt;i&gt;J'ai demand&#233; &#224; ma patronne une attestation d&#233;rogatoire de d&#233;placement, qu'elle n'a pas voulu faire au pr&#233;texte que j'&#233;tais sans-papiers. Elle a &#233;galement refus&#233; de m'accorder le ch&#244;mage partiel.&lt;/i&gt; &#187; La jeune Alg&#233;rienne, qui vit &#224; Paris depuis sept ans, a d&#233;j&#224; connu le traumatisme de recevoir une obligation de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sign&#233;e de la pr&#233;fecture. Elle d&#233;cide de se mobiliser. D'abord en lan&#231;ant un &#171; live &#187; sur Facebook aux premiers jours du confinement, puis en cr&#233;ant un groupe virtuel, &#171; Ensemble pour la r&#233;gularisation &#187;, qui rassemble d&#233;sormais 44 000 adh&#233;rents. Zina se rapproche aussi de la Marche des Solidarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Galvanis&#233;s par le succ&#232;s du 30 mai, les organisateurs de cette plateforme d&#233;cident d'organiser un acte II. Le 7 juin, Anzoumane Sissoko, porte-parole de la Coordination 75 des sans-papiers et cofondateur de la Marche des Solidarit&#233;s, lance sur les r&#233;seaux sociaux : &#171; &lt;i&gt;Sans-papiers, o&#249; que vous soyez, organisez-vous en collectifs de sans-papiers&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'acte II se d&#233;roule le 20 juin ; il est suivi dans 25 grandes villes de France. La Marche des Solidarit&#233;s se pose alors comme un nouvel espace de coordination des collectifs sans-papiers et des luttes syndicales comme celle des Frichti &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Suite au licenciement de 200 livreurs sans-papiers en juin, les salari&#233;s de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ou des travailleurs sans-papiers de Chronospost &#224; Alfortville (Val-de-Marne).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'acte III, rendez-vous est donn&#233; le 17 octobre sur les Champs-&#201;lys&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Contre les violences polici&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet &#233;lan n'est pas &#233;tranger &#224; ce qui se passe de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique. En mai dernier, plus de deux mois apr&#232;s le d&#233;but du confinement fran&#231;ais, le meurtre de George Floyd par un policier blanc aux &#201;tats-Unis fait &#233;cho aux violences polici&#232;res que connaissent les communaut&#233;s sans-papiers, sur les campements ou dans les centres de r&#233;tention. &#171; &lt;i&gt;Quand nous sortons, nous exprimons aussi notre col&#232;re contre les violences polici&#232;res. Lamine Dieng&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;c&#233;d&#233; le 17 juin 2007 des suites de son interpellation.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;&#233;tait sans-papiers&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Mody, avant d'&#233;voquer le rapprochement strat&#233;gique avec le Comit&#233; Adama, devenu fer de lance de cette lutte : &#171; &lt;i&gt;Les r&#233;unions organis&#233;es par la Marche des Solidarit&#233;s ont permis ces connexions : maintenant on se d&#233;place ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de surprenant pour Anzoumane Sissoko, qui a connu l'enfermement &#224; son arriv&#233;e en France, il y a plus de vingt ans : &#171; &lt;i&gt;La lutte contre les violences polici&#232;res a toujours fait partie des revendications pour lesquelles se sont organis&#233;s nos collectifs depuis 2000, avec celle pour la r&#233;gularisation et celle, plus sp&#233;cifique, des foyers de travailleurs immigr&#233;s. En cela, les coordinations de sans-papiers sont un mod&#232;le d'organisation pour f&#233;d&#233;rer les luttes. Y compris les luttes syndicales comme celles des Frichti ou celle contre les fronti&#232;res.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, depuis la cr&#233;ation de 48 ollectifs de sans-papiers &#224; la suite de l'occupation de l'&#233;glise Saint-Bernard, &#224; Paris en 1996, les tentatives de coordination, comme l'Union nationale des sans-papiers, se sont heurt&#233;es aux divisions. &#201;galement en cause, la reprise en main des foyers par l'&#201;tat, alors que ces lieux ont longtemps &#233;t&#233; des bases d'organisation essentielles &#224; Paris. &#171; &lt;i&gt;Avant dans les foyers, il y avait tout un syst&#232;me de solidarit&#233; qui permettait cette f&#233;d&#233;ration et que le gouvernement veut casser,&lt;/i&gt; analyse Anzoumane Sissoko. &lt;i&gt;&#199;a allait de la cantine &#224; la salle de r&#233;union, r&#233;unissant les diff&#233;rentes nationalit&#233;s, les anciens et les primo-arrivants. Maintenant, ceux qui viennent d'arriver en France dorment &#224; la rue, &#224; Calais comme &#224; Paris.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Montreuil, le foyer de Rochebrune o&#249; vit Mody est ainsi dans le viseur des pouvoirs publics : il fait partie des d&#233;molitions prioritaires voulues par l'&#201;tat et son gestionnaire Coallia, sous pr&#233;texte de surpopulation (1 000 r&#233;sidents pour une capacit&#233; de 400) et d'&#171; &lt;i&gt;activit&#233;s commerciales non autoris&#233;es&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cette menace pour l'organisation de la lutte des sans-papiers (&#171; &lt;i&gt;une r&#233;union dans un foyer, c'est un tribun et 300 personnes pr&#234;tes &#224; sse mobiliser&lt;/i&gt; &#187; confie un militant), les animateurs de la Marche des Soli&#8202;darit&#233;s militent pour la mise en lien des foyers parisiens. Des critiques pointent toutefois son mod&#232;le d'organisation, parfois jug&#233; trop vertical. Au sein des m&#234;mes foyers, d'autres mod&#232;les coexistent : ainsi des Gilets noirs, qui se r&#233;unissent en collectifs autonomes dans les foyers de Vitry et Ivry et sur des r&#233;pertoires d'action souvent similaires, comme l'occupation spectaculaire du Panth&#233;on en 2019. Bien qu'acteurs de la manifestation du 30 mai, ils expliquent leur absence aux r&#233;unions de coordination : &#171; &lt;i&gt;Nous les Gilets noirs on s'organise pour nous-m&#234;mes. Chez nous il n'y a pas de dirigeant, de patron ou de chef : on d&#233;cide ensemble et on s'organise avec tout le monde.&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; du 3 juin.&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; un positionnement qui para&#238;t irr&#233;aliste &#224; certains. &#171; &lt;i&gt;Comment peut-on demander la r&#233;gularisation des sans-papiers tout en appelant &#224; br&#251;ler les pr&#233;fectures&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, interroge Anzoumane Sissoko, qui souligne ainsi des divergences dans le rapport aux autorit&#233;s. Si beaucoup estiment qu'il faut composer avec l'&#201;tat pour obtenir des r&#233;gularisations, les Gilets noirs revendiquent une approche plus radicale : &#171; &lt;i&gt;Nous ne voulons pas seulement des papiers, mais casser le syst&#232;me qui cr&#233;e des sans-papiers.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#192; Marseille&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au bord de la M&#233;diterran&#233;e, se saisissant de l'appel parisien, plusieurs membres de l'Association des usagers de la Pada &lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plateforme d'accueil pour les demandeurs d'asile.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, la nouvelle organisation d'autod&#233;fense des demandeurs d'asile &#224; Marseille, ont &#233;galement os&#233; braver l'interdiction de manifester le 30 mai. Comme &#224; Paris, le d&#233;c&#232;s de George Floyd a &#233;t&#233; un des vecteurs de la mobilisation &#8211; en t&#233;moignaient les d&#233;nonciations du racisme d'&#201;tat, griffonn&#233;es sur les pancartes en carton et greff&#233;es aux appels &#224; la r&#233;gularisation. Plusieurs jours avant les mobilisations derri&#232;re la banni&#232;re Black Lives Matter, les manifestants ont d&#233;nonc&#233; d'embl&#233;e la &lt;i&gt;hogra&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terme arabe renvoyant &#224; l'humiliation et &#224; l'injustice.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; polici&#232;re et le racisme qui suinte du traitement politique r&#233;serv&#233; aux &#233;trangers de seconde classe, demandeurs d'asile ou non. &#171; &lt;i&gt;Lorsque j'ai vu la vid&#233;o &lt;/i&gt;[de la mort George Floyd]&lt;i&gt;, j'ai pleur&#233;&lt;/i&gt; &#187;, confiait Amadou de l'Association des usagers de la Pada, alors que ses pas rejoignaient f&#233;brilement ceux de ses fr&#232;res sur le haut de la Canebi&#232;re, le 30 mai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de l'acte II de la Marche des solidarit&#233;s du 20 juin, plus de 1 000 Marseillais sans-papiers sortent manifester et s'agenouillent &#224; quelques m&#232;tres du commissariat central, poing lev&#233;. Parmi eux, Naceira, m&#232;re de quatre filles, qui n'a plus cess&#233; de lever le sien depuis l'appel Facebook de Zina la Parisienne. Le 30 mai, elle avait &#233;t&#233; verbalis&#233;e par la police sur le Vieux-Port, pour deux banderoles en tissu qui avaient rameut&#233; un peu plus de dix personnes : &#171; &lt;i&gt;Quand c'est interdit, c'est encore mieux&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Au moins, on nous entend&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, sourit celle qui a quitt&#233; l'Alg&#233;rie pour prot&#233;ger ses filles. &#171; &lt;i&gt;Je suis divorc&#233;e&lt;/i&gt; khula &lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Divorce islamique parfois accord&#233; &#224; l'&#233;pouse, mais &#224; son d&#233;savantage.&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;i&gt;suite aux violences de mon mari, mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; accept&#233; par ma famille. Je me bats pour mes filles, qui sont sans-papiers en France, pour qu'elles puissent travailler, &#234;tre ind&#233;pendantes et qu'elles n'aient pas &#224; se marier.&lt;/i&gt; &#187; Naceira est l'une des &#233;nergies du nouveau Collectif sans-papiers 13 et travaille &#224; la mobilisation des Alg&#233;riens dans ce mouvement : &#171; &lt;i&gt;Les Alg&#233;riens sont d'une communaut&#233; sans-papiers qui &#233;tait jusque-l&#224; divis&#233;e, malgr&#233; la gal&#232;re et l'histoire commune avec la France. Quand les autorit&#233;s vont-elles comprendre que la France est notre deuxi&#232;me pays&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233;s autonomes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; Marseille aussi, le confinement a &#233;t&#233; tr&#232;s durement v&#233;cu. Certains allocataires de l'Ada (allocation pour demandeur d'asile) ont vu leurs droits suspendus en plein confinement tandis que, comme ailleurs, le syst&#232;me D s'effondrait avec les interdictions de d&#233;placement et la fermeture des chantiers et des march&#233;s. Face &#224; la situation, le Collectif Dahdah, form&#233; par des Sierra-L&#233;onais mobilis&#233;s contre l'expulsion de leur squat l'hiver pr&#233;c&#233;dent, commencent par d&#233;noncer la bombe sanitaire et sociale qui menace les communaut&#233;s immigr&#233;es les plus pr&#233;caires. Il est vite rejoint par d'autres demandeurs d'asile d'Afrique subsaharienne ou d'Europe centrale. Ensemble, ils coorganisent un r&#233;seau de distribution alimentaire, le March&#233; rouge, avec diff&#233;rents militants autonomes marseillais, dont le collectif anti-fronti&#232;re Al Manba. &#192; Marseille, cette solidarit&#233; faite de collectes, distributions et maraudes a pouss&#233; sur le champ laiss&#233; libre par les pros du caritatif et n'a pas c&#233;d&#233; aux coups de chauffe de la police qui a tent&#233; de lui mettre des b&#226;tons dans les roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exp&#233;riences in&#233;dites d'organisation autogestionnaire n&#233;es pendant le confinement ont rallum&#233; les braises de la mobilisation, dans un contexte o&#249; les expulsions de logements, comme celle de la maison occup&#233;e de Saint-Just &lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Grand squat marseillais ouvert en d&#233;cembre 2018, qui a h&#233;berg&#233; des centaines (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;, ont repris de plus belle.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Oum Ziad&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Des fronti&#232;res ferm&#233;es, sauf aux expulsions&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Alors que le Portugal et l'Italie annon&#231;aient durant le confinement la r&#233;gularisation opportune de milliers de travailleurs et travailleuses sans-papiers, en premi&#232;re ligne des sales boulots (dans les secteurs &#233;conomiques prioritaires : l'alimentation, le nettoyage, les soins), l'&#201;tat fran&#231;ais fermait les guichets de ses pr&#233;fectures et poursuivait les expulsions, tant que le passages aux fronti&#232;res le permettaient. D'autres sans-papiers sont rest&#233;s enferm&#233;s pendant pr&#232;s de 90 jours (le maximum l&#233;gal) en centre de r&#233;tention administrative (CRA), alors m&#234;me que tout le monde savait que leur expulsion serait impossible, la plupart des vols internationaux &#233;tant annul&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur des CRA, des enferm&#233;s se sont mutin&#233;s pour protester contre les risques de contamination, la fermeture des parloirs (qui signifie moins d'argent pour cantiner&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Acheter quelque chose dans le magasin interne d'un centre de r&#233;tention ou (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;) et l'enfermement de nouveaux retenus qui ajoutait &#224; la surpopulation. D&#232;s l'annonce du 16 mars, les prisonniers des CRA de Lille-Lesquin (Nord) et du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne) sont entr&#233;s en gr&#232;ve de la faim. &#171; &lt;i&gt;On a entendu &#224; la t&#233;l&#233; que c'est la guerre. Mais ici, il n'y a rien. Aucune pr&#233;caution. Tout est sale. On n'est pas des animaux quand m&#234;me ! On a peur&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moignait un homme au CRA de Oissel, pr&#232;s de Rouen (Seine-Maritime), relay&#233; par le blog &#171; &#192; bas les CRA &#187;. Mais le gouvernement n'a jamais eu l'intention de fermer les centres de r&#233;tention. Et ce sont les juges qui ont lib&#233;r&#233; des retenus au compte-goutte, n'&#233;tant pas toujours press&#233;s de tenir compte de l'&#233;tat d'urgence sanitaire. Dans le m&#234;me temps, l'&#201;tat a transf&#233;r&#233; en CRA d'autres d&#233;tenus extraits de prison, afin qu'ils soient expuls&#233;s au titre de la double peine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En cette fin ao&#251;t, comme &#224; Rennes et au Mesnil-Amelot, les retenus du CRA de Marseille, qui tourne &#224; nouveau &#224; plein r&#233;gime, ont d&#233;clar&#233; dans un communiqu&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communiqu&#233; disponible dans un article intitul&#233; &#171; Soutien aux gr&#233;vistes de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-11&#034;&gt;11&lt;/a&gt; qu'ils reprenaient leur gr&#232;ve de la faim, face au retour annonc&#233; de la pand&#233;mie : &#171; &lt;i&gt;On se remet en gr&#232;ve de la faim d&#232;s le 22-23 ao&#251;t &#224; cause de la situation qui ne change pas : les fronti&#232;res sont ferm&#233;es et pourtant on nous maintient 60 jours ou plus en centre de r&#233;tention. Dans le m&#234;me temps, les arrestations continuent puisqu'il y a toujours des gens qui arrivent dans le CRA. Les risques de contamination augmentent. Il y a au moins quatre cas confirm&#233;s de coronavirus au sein de la police aux fronti&#232;res qui garde le centre. Et pourtant rien n'est fait pour nous prot&#233;ger, on ne nous donne pas de masques. Dans la police, &#231;a se met en arr&#234;t maladie pour &#233;viter de venir au CRA.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mouvement des retenus des CRA est soutenu par un appel national &#224; manifester le 5 septembre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plateforme cr&#233;&#233;e en mars 2018 sous l'impulsion des CSP (Coordination des sans-papiers) historiques de Paris et Vitry, soutenue par plusieurs comit&#233;s &#171; V&#233;rit&#233; et Justice &#187;, le NPA et certains syndicats comme Solidaires et la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les travailleurs r&#233;guliers officiellement h&#233;berg&#233;s qui sous-louent aux primo-arrivants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Suite au licenciement de 200 livreurs sans-papiers en juin, les salari&#233;s de cette soci&#233;t&#233; de livraison de repas &#224; domicile se sont mis en gr&#232;ve pendant plus d'un mois. Fin juillet, la direction et la pr&#233;fecture ont conc&#233;d&#233; &#224; la moiti&#233; d'entre eux le droit de d&#233;poser une demande de r&#233;gularisation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;c&#233;d&#233; le 17 juin 2007 des suites de son interpellation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communiqu&#233; du 3 juin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plateforme d'accueil pour les demandeurs d'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terme arabe renvoyant &#224; l'humiliation et &#224; l'injustice.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Divorce islamique parfois accord&#233; &#224; l'&#233;pouse, mais &#224; son d&#233;savantage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Grand squat marseillais ouvert en d&#233;cembre 2018, qui a h&#233;berg&#233; des centaines de familles et mineurs isol&#233;s, jusqu'&#224; son expulsion en juin 2020, apr&#232;s un incendie possiblement criminel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Acheter quelque chose dans le magasin interne d'un centre de r&#233;tention ou d'une prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communiqu&#233; disponible dans un article intitul&#233; &#171; &lt;a href=&#034;https://mars-infos.org/soutien-aux-grevistes-de-la-faim-5256&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soutien aux gr&#233;vistes de la faim du CRA de Marseille&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Mars-infos.org&lt;/i&gt; (24/08/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Pour l'h&#244;pital : de la maille, pas des m&#233;dailles !</title>
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		<dc:date>2020-06-15T18:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re, Francesco Nocera, Iffik Le Guen, Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


		<dc:subject>Serge D'Ignazio</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons. En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serge-D-Ignazio" rel="tag"&gt;Serge D'Ignazio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/place" rel="tag"&gt;place&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sante" rel="tag"&gt;Sant&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gouvernement" rel="tag"&gt;gouvernement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/crise" rel="tag"&gt;crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soignants" rel="tag"&gt;soignants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prime" rel="tag"&gt;prime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-hopital" rel="tag"&gt;L'h&#244;pital&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans notre num&#233;ro d'avril, nous donnions la parole &#224; plusieurs travailleuses et travailleurs hospitaliers. C'&#233;tait le d&#233;but de la crise sanitaire et nos interlocuteurs se pr&#233;paraient au pire, tout en maudissant les gouvernements successifs responsables du piteux &#233;tat de l'h&#244;pital public. Deux mois plus tard, nous r&#233;cidivons.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3360 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH510/-1547-d2efd.jpg?1782638466' width='400' height='510' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Serge D'Ignazio
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En cette fin mai, le pic de l'&#233;pid&#233;mie semble pass&#233; ; suivant les r&#233;gions, il a &#233;t&#233; plus ou moins intense. Mais chez les soignant&#183;es d'un peu partout, restent la fatigue, le traumatisme des moments durs et une m&#233;fiance solide envers les fumeuses promesses du gouvernement. Une &#233;vidence : les probl&#232;mes structurels du service public de la sant&#233; demeurent. Une certitude : dans le &#171; monde d'apr&#232;s &#187;, rien ne sera obtenu sans lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Christian Prud'homme est infirmier anesth&#233;siste et secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral Force ouvri&#232;re aux H&#244;pitaux universitaires de Strasbourg. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#034;La &#8220;m&#233;daille de l'engagement&#8221; serait de l'ordre du risible si la situation n'&#233;tait pas aussi s&#233;rieuse &#8211; ce &#8220;merci&#8221; nous fait une belle jambe. Ce n'est pas faute d'avoir averti les gouvernements qui se sont succ&#233;d&#233; depuis vingt ans. Ce que nous avons toujours revendiqu&#233;, ce sont justement des conditions de travail correctes. En clair : mettre fin &#224; la gestion &#224; flux tendu, &#233;puisante pour l'ensemble des personnels et qui a fait que la priorit&#233; aux soins a recul&#233; devant les logiques purement &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La prime est une bonne chose et la revalorisation salariale annonc&#233;e ne peut que nous satisfaire. Il reste &#224; d&#233;couvrir ce que contiendra effectivement le plan S&#233;gur. Car si la question reste uniquement salariale, sans r&#233;ponse de fond, les probl&#232;mes de l'ensemble de la cha&#238;ne hospitali&#232;re publique resteront les m&#234;mes. L'h&#244;pital public a vu son financement ass&#233;ch&#233; par la baisse et le gel des cotisations sociales depuis des ann&#233;es. Des h&#244;pitaux ont d&#251; contracter des emprunts toxiques qui n'ont fait que d&#233;multiplier leurs difficult&#233;s. R&#233;sultat : les patients et les personnels en paient le prix aujourd'hui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Leurs annonces ne valent rien ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Camille* est infirmi&#232;re aux urgences dans un h&#244;pital priv&#233; des Bouches-du-Rh&#244;ne. Fin mars, elle nous expliquait que la crise sanitaire &#233;tait le r&#233;sultat de choix politiques d&#233;sastreux. Deux mois plus tard, elle ne d&#233;col&#232;re pas. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme tous mes coll&#232;gues, je suis &#233;puis&#233;e. Fatigu&#233;e par le climat anxiog&#232;ne et par nos nouvelles conditions de travail : bosser avec un masque, transpirer dans ses couches de v&#234;tements, sa blouse et sa surblouse, puis se changer entre chaque patient. G&#233;rer l'anxi&#233;t&#233; des patients, augment&#233;e par l'interdiction des visites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ne jamais conna&#238;tre son emploi du temps d'une semaine sur l'autre, ne jamais pouvoir se projeter, &#231;a aussi c'est &#233;reintant. C'est l&#224; que tu te rends compte que la conscience professionnelle des soignants est dingue. Au mois de mai, j'ai travaill&#233; 180 heures et aucune n'a &#233;t&#233; pay&#233;e en heure suppl&#233;mentaire. Je n'ai pas non plus touch&#233; la prime Urgences alors que j'y travaille depuis plusieurs mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autre motif de fatigue : le cirque m&#233;diatique et les fausses r&#233;ponses politiques. Chez les soignants, on a us&#233; de l'&#233;nergie en s'&#233;nervant sur les discours autour des masques d'abord jug&#233;s inutiles, puis bient&#244;t obligatoires. On est dans une politique du spectacle : il y a eu des TGV et des avions affr&#233;t&#233;s, un h&#244;pital militaire parce que &#231;a fait bien &#224; la t&#233;l&#233;. Mais la base &#233;l&#233;mentaire, l'&#233;ducation &#224; la sant&#233; publique, n'a pas &#233;t&#233; dispens&#233;e. Personne n'a vraiment expliqu&#233; aux gens comment se laver les mains, comment retirer un masque ou des gants. Il aurait fallu mettre en place des tentes en ext&#233;rieur dans lesquels des soignants auraient renseign&#233; sur la conduite &#224; tenir. Au lieu de &#231;a, on a eu droit &#224; des flashs info en boucle qui ont paniqu&#233; la population et ne lui ont pas permis de s'autonomiser. Pourtant, il y avait du personnel disponible pour &#231;a : les soignants dont les services avaient ferm&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ce qu'il faut d&#233;fendre&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un h&#244;pital ne fonctionne pas sans brancardiers, sans aides-soignantes, sans travailleurs des services d'hygi&#232;ne. Ce qu'on veut, c'est la revalorisation de l'h&#244;pital entier. Et puis quand ils parlent d'une prime aux soignants, c'est qui pour eux les soignants ? Pourquoi cette prime ne concerne-t-elle que l'h&#244;pital ? L'aide-soignante en Ehpad ne l'a pas m&#233;rit&#233;e, peut-&#234;tre ? Cette prime, c'est pas ce qu'on demande, on n'en a d'ailleurs pas encore vu la couleur. Leurs annonces ne valent rien : le vendredi avant le d&#233;confinement ils ont enlev&#233; les renforts, des fois qu'on voudrait se reposer. Et puis aucun repr&#233;sentant des soignants n'a &#233;t&#233; invit&#233; pour pr&#233;parer leur grand plan S&#233;gur de la sant&#233;. Il n'y a que des PDG et des m&#233;decins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour moi, le gouvernement est en train d'essayer de casser le soutien aux soignants. La crise du Covid est arriv&#233;e sur fond de climat social tendu et elle a notamment mis un stop aux mobilisations des Gilets jaunes qui &#233;taient attentifs &#224; la question des soignants. Tout comme l'&#233;tait le mouvement contre la r&#233;forme des retraites. Quand le gouvernement annonce une prime de 1 500 &#8364; pour nous, c'est violent pour les personnes qui ont subi de plein fouet la crise sanitaire, qui n'ont plus de revenus ou sont pay&#233;es au Smic. Pareil pour le dispositif permettant aux travailleurs de nous offrir leurs cong&#233;s. Jamais on ne voudrait des cong&#233;s des gens ! Ils en remettent une couche en expliquant que la revalorisation des salaires des soignants va demander un effort &#224; tout le monde. En fait, ils sont en train de faire croire que les soignants sont devenus des privil&#233;gi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On tirait la sonnette d'alarme depuis longtemps. Maintenant on n'en est plus l&#224; : c'est arriv&#233;. On a maltrait&#233; les soignants, donc maltrait&#233; les patients. Le bilan est dramatique. On compte les morts mais la souffrance, elle, n'est pas quantifiable. Dans les Ehpad ou dans les centres pour personnes handicap&#233;es, on a laiss&#233; les gens souffrir, voire mourir seuls. On les a abandonn&#233;s parce qu'on a tout mobilis&#233; sur la sant&#233; de ceux qui repr&#233;sentent la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant il faut un recrutement massif, arr&#234;ter de traiter l'h&#244;pital comme une entreprise. Le fric est l&#224; mais ils l'injectent pour sauver Air France ou Renault. Je suis d&#233;go&#251;t&#233;e. Si &#231;a continue comme &#231;a, on va se retrouver avec un syst&#232;me de sant&#233; &#224; l'am&#233;ricaine. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Euphrasie* est &#233;tudiante infirmi&#232;re en Occitanie. &#201;puis&#233;e apr&#232;s deux mois intenses en service de r&#233;animation, elle estime qu'il n'y a rien &#224; attendre des promesses gouvernementales. Et que la lutte passera par la rue.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;*&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En cette fin mai, tu es en arr&#234;t-maladie pour cause d'&#233;puisement. Qu'est-ce qui s'est pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une sorte d'&#233;puisement psychique, ou &#233;motionnel. Je n'ai pas trop vu les choses venir : il y a eu ma &#8220;r&#233;quisition&#8221; ainsi que celle de mes camarades, la derni&#232;re semaine de mars, dans le service de r&#233;animation en tant que stagiaire &#8220;en renfort&#8221;. S'adapter &#224; une &#233;quipe en place n'est jamais facile &#8211; surtout quand certains titulaires m&#233;prisent les stagiaires &#8211; et encore moins dans ce contexte. Il y a eu de la tension en permanence, les restrictions de mat&#233;riel, ma propre peur, celle de mes proches, les malades en souffrance, les angoisses des familles&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien que &#171; stagiaire &#187;, tu as boss&#233; &#224; plein temps. &#192; quel tarif as-tu &#233;t&#233; pay&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Mon indemnit&#233; de stage &#233;tait de 38 &#8364; par semaine. Nous sommes en attente d'une augmentation de prime allou&#233;e par la R&#233;gion. Il a fallu des p&#233;titions et des pressions syndicales importantes pour &#234;tre reconnus comme &#8220;aidants&#8221; et non plus comme &#8220;esclaves&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels moments t'ont marqu&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au niveau des choses positives, il y a eu tout ce qu'on a fait pour que l'humain ait sa place. Si les familles sont interdites en r&#233;a, il n'&#233;tait pas envisageable que la restriction de mat&#233;riel (masques, surblouses) pr&#233;vale sur la d&#233;tresse des patients et de leur famille. On s'est donc rapidement &#8220;arrang&#233;&#8221; pour que les patients gardent un contact avec leurs proches. Via les &#8220;visio&#8221; ou t&#233;l&#233;phones, mails et exceptionnellement des visites. Dans l'ensemble, notre &#233;quipe &#233;tait tr&#232;s soud&#233;e, avec de belles solidarit&#233;s. D'ailleurs, on a &#233;t&#233; nourris par des restos ou des gens de l'ext&#233;rieur pendant plusieurs semaines. Je garde aussi en t&#234;te le souvenir du premier patient sorti de r&#233;a avec une haie d'honneur sous nos applaudissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a aussi eu des moments terribles. Par exemple la d&#233;tresse des patients qui arrivent encore conscients et pour qui r&#233;animation &#233;tait synonyme de mort. Les m&#233;dias hyper anxiog&#232;nes ont d'ailleurs bien contribu&#233; &#224; majorer leurs angoisses. Cela s'est traduit par des refus de soins, ce qui nous a demand&#233; beaucoup de patience et de n&#233;gociation. Et puis on recrachait un discours rassurant sans avoir aucun recul sur le coronavirus, ne sachant pas vers quoi nous allions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont d'apr&#232;s toi les le&#231;ons &#224; tirer de cette &#171; crise Covid &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La sant&#233; est affaire de gros sous. Le gouvernement ne fera rien pour nous. Nous avons manifest&#233; sous les coups de la police pendant de longs mois auparavant. D&#233;j&#224; &#224; Nancy ou ailleurs, des suppressions de lits et de postes sont pr&#233;vues. Il n'y a rien &#224; attendre de ces politiques. Ce que je veux ? Prot&#233;ger les riches et laisser crever les pauvres, c'est fini. La lutte est dans la rue, elle est violente. L'h&#244;pital est totalement d&#233;labr&#233; et les soignants continuent de bosser, s'appuyant sur leurs ressources personnelles et certaines convictions encore vivantes pour le secteur public. Mais jusqu'&#224; quand ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Cette prime n'endort personne &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour avec Greg, infirmier et syndicaliste au Centre hospitalier universitaire (CHU) de la Timone, sur la fa&#231;on dont les &#233;quipes soignantes ont affront&#233; les deux mois d'&#233;pid&#233;mie &#224; Marseille.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut s'estimer chanceux que l'&#233;pid&#233;mie ait touch&#233; Marseille en d&#233;cal&#233; par rapport &#224; l'&#233;picentre alsacien. Cela a permis de profiter des mesures de confinement pour freiner la circulation du virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; mai, nous avons hiss&#233; sur la fa&#231;ade du CHU une banderole au slogan &#233;vocateur : &#8220;&lt;i&gt;Ni m&#233;daille ni charit&#233;&lt;/i&gt;&#8221;. Et qu'a fait le directeur g&#233;n&#233;ral de l'AP-HM lors d'un de ses d&#233;placements ext&#233;rieurs ? Il s'est affich&#233; visitant un local dans lequel s'activaient des couturi&#232;res b&#233;n&#233;voles pour confectionner des surblouses de protection. Qu'a promis Emmanuel Macron le 13 mai ? Une m&#233;daille et une place pour les soignants lors du d&#233;fil&#233; du 14 juillet. On n'est jamais compl&#232;tement arm&#233; contre un foutage de gueule &#224; ce point d&#233;complex&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a pu prendre le pouls de l'ensemble du personnel d&#232;s que les &#8220;cellules Covid&#8221; nous ont autoris&#233;s &#224; nous r&#233;unir physiquement en respectant les mesures de s&#233;curit&#233; sanitaire. Tous et toutes, administratifs compris, ont parl&#233; du poids de la fatigue et de l'angoisse face au manque de mat&#233;riel, de la col&#232;re aussi. Tous et toutes ont dit s'&#234;tre sentis abandonn&#233;.es par des employeurs incapables de les prot&#233;ger. La d&#233;fiance est grande envers le gouvernement, le directeur g&#233;n&#233;ral de la Sant&#233;, les responsables de l'Agence r&#233;gionale de sant&#233; et leurs discours remplis de h&#233;ros, de sacrifices et de vide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, il y a la fameuse prime de 1 500 &#8364;. Mais il s'agit surtout d'une op&#233;ration de communication pour faire taire les revendications et diviser les soignants. Tout d'abord, une distinction macabre est faite entre les d&#233;partements en fonction du nombre de morts. Les plus &#8220;l&#233;taux&#8221; seront bien dot&#233;s tandis que les autres n'auront rien &#8211; alors qu'ils ont peut-&#234;tre tout simplement bien g&#233;r&#233; la crise. Ensuite, l'enveloppe budg&#233;taire est insuffisamment provisionn&#233;e au niveau national et c'est aux dirigeants locaux de la compl&#233;ter. Mais comme ils savent que l'&#201;tat leur demandera de rendre des comptes sur leurs d&#233;penses, que leur carri&#232;re reste &#233;troitement li&#233;e aux &#233;conomies budg&#233;taires, ils essayent de gratter sur le montant de la prime en multipliant les crit&#232;res d'exclusion et de r&#233;duction. Cette prime n'endort personne, m&#234;me si elle va mettre du beurre dans les &#233;pinards de celles et ceux qui ont les r&#233;mun&#233;rations les plus faibles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Blouses blanches, col&#232;re noire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les r&#233;unions reprenant entre nous et la direction, on s'est attel&#233;s &#224; faire le bilan de la crise. Dans notre ligne de mire, le Comit&#233; interminist&#233;riel de performance et de la modernisation de l'offre de soins (Copermo) qui pr&#233;voit la suppression de 1 000 postes (soignants et administratifs) et la fermeture de 400 lits &#224; Marseille. Pour l'instant, nous n'avons obtenu que sa suspension. Par ailleurs, si les mots ont chang&#233; avec la crise sanitaire et ses cons&#233;quences sur l'organisation du travail &#8211; retours d'exp&#233;rience, t&#233;l&#233;travail, t&#233;l&#233;consultation, coordination avec le priv&#233; &#8211;, les objectifs demeurent. Leur r&#233;alisation conna&#238;tra peut-&#234;tre m&#234;me une nouvelle ardeur &#224; l'occasion du grand S&#233;gur de la sant&#233; lanc&#233; le 25 mai. L&#224; aussi le lexique employ&#233; n&#233;cessite un d&#233;codeur : promotion de la &#8220;souplesse&#8221; des &#233;quipes ou de la &#8220;mobilit&#233;&#8221; des agents &#8211; pour ne pas dire &#8220;flexibilit&#233;&#8221;, terme d&#233;sormais trop connot&#233;. Comme le gouvernement l'avait fait avec les instituteurs pr&#233;c&#233;demment, on sent pointer &#224; l'horizon une vieille lune des technocrates n&#233;olib&#233;raux : en finir avec les 35 heures en conditionnant une augmentation des salaires &#224; un assouplissement du temps de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, pas un mot sur l'&#233;volution de la grille indiciaire qui permettrait une v&#233;ritable revalorisation des traitements dans la fonction publique hospitali&#232;re. &lt;i&gt;Nada&lt;/i&gt; &#233;galement sur l'arr&#234;t des fermetures de lits et des fusions de services. &#192; la place, un discours ahurissant sur des r&#233;formes qui n'ont pas &#233;t&#233; assez rapides ! &#192; 20 h 05 &#224; la t&#233;l&#233;, un assaut de bonnes intentions pour renforcer l'&#201;tat-providence. Dans les coulisses, une note de la Caisse des d&#233;p&#244;ts et consignations d&#233;bordant de propositions favorables &#224; la privatisation du syst&#232;me de sant&#233; : du d&#233;veloppement des partenariats public-priv&#233; au rapprochement entre m&#233;decine de ville (lib&#233;rale) et h&#244;pital public en passant par la place grandissante accord&#233;e aux soins ambulatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le carton plein pour le pouvoir actuel serait le d&#233;mant&#232;lement du statut de la fonction publique d&#233;j&#224; partiellement engag&#233; avec le plan de r&#233;formes &#8220;Action publique 2022&#8221; qui facilite le recours aux contractuels. Concernant l'h&#244;pital, ils ont d&#233;j&#224; un cheval de Troie id&#233;al : le statut d'&#233;tablissement priv&#233; &#224; but non lucratif, lequel a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; adopt&#233; par l'H&#244;pital europ&#233;en et l'h&#244;pital Saint-Joseph &#224; Marseille. Les salari&#233;s y sont sous contrat comme dans une clinique et ne disposent plus d'aucun des droits protecteurs associ&#233;s au statut de la fonction publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La mobilisation est en train de monter et devrait culminer lors de la manifestation intersyndicale du 16 juin &#8211; malgr&#233; la fatigue, la crainte d'&#234;tre r&#233;prim&#233;, les divisions traditionnelles qui peuvent ressortir &#224; tout moment... Parce qu'alors que la direction ne cesse de dire &#8220;&lt;i&gt;On a bien g&#233;r&#233; la situation&lt;/i&gt;&#8221;, les coll&#232;gues savent bien qu'ils ont &#233;t&#233; les seuls &#224; devoir faire face &#224; cette crise. Nous &#233;tions plusieurs centaines le 26 mai pour l'action men&#233;e lors du premier &#8220;mardi de la col&#232;re&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Anne* est cadre de sant&#233; en canc&#233;rologie dans un h&#244;pital du Grand Est. En charge de deux &#233;quipes, elle estime que le gouvernement a failli dans sa gestion de crise &#8211; et pas qu'un peu.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'ensemble, mes coll&#232;gues ont peur qu'une m&#233;daille remplace une augmentation salariale et les recrutements qui s'imposent pour bien faire fonctionner les services. On se dit que c'est encore un &#233;cran de fum&#233;e. Ce que les gens attendent autour de moi, c'est des moyens pour bien travailler, en termes de mat&#233;riel et de conditions de travail, ainsi que la reconnaissance de leur total investissement depuis le d&#233;but de cette crise. Et depuis bien avant !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous a permis de tenir, c'est l'entraide. Nous avons re&#231;u des visi&#232;res imprim&#233;es en 3D par un collectif alsacien et tout un tas de mat&#233;riel qui ne venait pas de l'&#201;tat, mais par exemple d'entreprises. Je ne sais pas ce que &#231;a aurait donn&#233; si on avait d&#251; compter uniquement sur la r&#233;action du gouvernement. En fait, toutes ses mises en place logistiques ont tr&#232;s peu servi &#224; mes &#233;quipes. Pour le dire vite, c'est le r&#233;seau d'entraide qui a &#233;t&#233; le plus efficace et le plus r&#233;actif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau des annonces et du plan S&#233;gur, je suis dubitative. Surtout, j'ai entendu des membres de la majorit&#233; dire des choses d&#233;montrant qu'ils ne vivent pas dans le m&#234;me monde. Encore ce matin &lt;i&gt;[26 mai]&lt;/i&gt;, j'ai entendu l'un d'eux affirmer que les 35 heures &#224; l'h&#244;pital &#233;taient une b&#234;tise et que les infirmi&#232;res sont oblig&#233;es de faire des m&#233;nages parce qu'on ne leur propose pas de travailler plus. &#199;a, quand m&#234;me, il faut se l'entendre dire ! Quand on sait que le nombre d'heures suppl&#233;mentaires effectu&#233;es d&#233;passe largement les quotas...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une prime ponctuelle ne va calmer personne. Ce que nous voulons, nous le crions haut et fort depuis des ann&#233;es. Et malgr&#233; tout, tu en as qui sont capables de dire que ce que le personnel soignant r&#233;clame d'abord avant tout, c'est de pouvoir travailler plus. C'est compl&#232;tement fou. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret, Iffik Le Guen, Francesco Nocera &amp; Clair Rivi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;* Pr&#233;nom modifi&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>P&#233;nurie de d&#233;cence</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Penurie-de-decence</link>
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&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement interdit les manifs. Mais alors pour l'&#233;galit&#233; des armes, il faudrait aussi interdire les r&#233;formes. Une sorte de moratoire, de pause... et le Parlement se remettra au travail quand on aura de nouveau le droit de manifester. &#187; Difficile de donner tort &#224; l'avocat Rapha&#235;l Kempf quand il &#233;crit ces mots sur Twitter le samedi 17 mai. Coronavirus oblige, le mouvement social, bouillant depuis des mois, s'est largement mis &#224; l'arr&#234;t pendant le confinement. En partie par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no188-juin-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;188 (juin 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edito" rel="tag"&gt;&#201;dito&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Raphael-Kempf-1286" rel="tag"&gt;Rapha&#235;l Kempf&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/confinement" rel="tag"&gt;confinement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-avocat-Raphael" rel="tag"&gt;l'avocat Rapha&#235;l&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Coronavirus" rel="tag"&gt;Coronavirus&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; Le gouvernement interdit les manifs. Mais alors pour l'&#233;galit&#233; des armes, il faudrait aussi interdire les r&#233;formes. Une sorte de moratoire, de pause... et le Parlement se remettra au travail quand on aura de nouveau le droit de manifester. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Difficile de donner tort &#224; l'avocat Rapha&#235;l Kempf quand il &#233;crit ces mots sur Twitter le samedi 17 mai. Coronavirus oblige, le mouvement social, bouillant depuis des mois, s'est largement mis &#224; l'arr&#234;t pendant le confinement. En partie par soumission aux directives des autorit&#233;s, en partie par esprit de responsabilit&#233; : les soignants et les soignantes composant avec les maigres moyens que les politiciens leur avaient conc&#233;d&#233;s, il n'&#233;tait pas question aux yeux de la plupart des militants de risquer d'encombrer l'h&#244;pital avec des malades contamin&#233;s en manif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis, la donne a bien chang&#233;. La consommation de masse a repris ses droits : d&#232;s le 11 mai, les files d'attente prosp&#233;raient &#224; l'entr&#233;e des magasins de fringues. Et en ce mois de juin naissant, les derni&#232;res grandes interdictions encore en vigueur concernent essentiellement les sports collectifs, les stades, les hippodromes et les grands festivals. Mais aussi les &#171; rassemblements de plus de dix personnes sur la voie publique &#187;, dont bien &#233;videmment les manifs.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Lundi 16 mars, en m&#234;me temps qu'il proclamait le confinement, Emmanuel Macron avait eu la d&#233;cence de reporter sa r&#233;forme des retraites &#8211; apr&#232;s avoir eu l'ind&#233;cence de la faire passer via le 49-3 &#224; l'occasion d'un conseil des ministres cens&#233;ment consacr&#233; au coronavirus. Mercredi 13 mai, deux jours apr&#232;s le d&#233;confinement, la tr&#234;ve &#233;tait d&#233;j&#224; enterr&#233;e, l'Assembl&#233;e nationale adoptant la loi Avia &#171; contre la haine en ligne &#187;. Un texte d'une dangerosit&#233; extr&#234;me : sous pr&#233;texte de forcer Google et Facebook &#224; mod&#233;rer les contenus haineux h&#233;berg&#233;s sur leurs plateformes, il donne &#224; la police le pouvoir d'exiger des administrateurs de n'importe quel site web qu'ils suppriment dans l'heure un quelconque contenu jug&#233; illicite. &#192; qui revient-il d'appr&#233;cier l'ill&#233;galit&#233; dudit contenu ? &#192; la police &#8211; elle-m&#234;me. Et si les administrateurs du site vis&#233; ne lui ont pas donn&#233; satisfaction dans les soixante minutes, elle peut exiger des fournisseurs d'acc&#232;s internet qu'ils bloquent l'acc&#232;s &#224; la page en question. Apr&#232;s un confinement o&#249; les bleus n'h&#233;sitaient pas &#224; d&#233;barquer chez les impudents ayant os&#233; accrocher &#224; leur fen&#234;tre une banderole fustigeant le &#171; Macronavirus &#187;, voici qui est rassurant en termes de libert&#233; d'expression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me domaine, une autre &#171; bonne nouvelle &#187; : le 26 mai, une journaliste de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; convoqu&#233;e par l'IGPN (Inspection g&#233;n&#233;rale de la police nationale) en tant que suspecte de &#171; recel de violation du secret professionnel &#187;. Les b&#339;ufs-carottes traquaient la source qui lui avait permis de d&#233;noncer les mensonges du procureur de Nice et du pr&#233;sident de la R&#233;publique dans l'affaire Genevi&#232;ve Legay. En mars 2019, cette militante septuag&#233;naire avait &#233;t&#233; gri&#232;vement bless&#233;e par un policier. L'agent soup&#231;onn&#233; d'avoir renseign&#233; la journaliste vient d'&#234;tre suspendu de ses fonctions ; l'enqu&#234;te sur les violences, elle, est toujours au point mort&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Fermez-la dans la rue, bouclez-la sur internet, taisez-vous dans les m&#233;dias : tel semble &#234;tre le message de la Macronie &#224; tous ceux qui la critiquent. Ces derni&#232;res semaines, nombre de militants ont ramass&#233; des amendes, m&#234;me quand ils manifestaient en respectant scrupuleusement les r&#232;gles de distanciation sociale. Plut&#244;t que nous anesth&#233;sier encore plus que ne l'a fait le coronavirus, ces intimidations appellent une r&#233;ponse cinglante : reprendre la rue, &#171; &lt;i&gt;quoi qu'il en co&#251;te&lt;/i&gt; &#187;. Face &#224; ce pouvoir ind&#233;cent d'autoritarisme, il est grand temps de d&#233;confiner les luttes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Rolls de la raison d'&#201;tat</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-Rolls-de-la-raison-d-Etat</link>
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		<dc:date>2019-10-17T03:13:04Z</dc:date>
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		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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&lt;p&gt;Quand deux de ses hommes ont perdu la vie en lib&#233;rant des otages enlev&#233;s au B&#233;nin, le commando Hubert a connu les honneurs de la Nation. L'histoire de cette unit&#233; d'&#233;lite comporte cependant des chapitres bien moins glorieux. Le commando Hubert ? Une plateforme num&#233;rique d&#233;livrant des services fort sp&#233;ciaux de lib&#233;ration d'otages en VTC ? La confusion aurait pu s'installer &#224; l'&#233;coute des informations radiophoniques en ce 10 mai 2019. On y apprenait qu'une op&#233;ration de vive force men&#233;e par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no178-juillet-aout-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;178 (juillet-ao&#251;t 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mai" rel="tag"&gt;mai&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/forces" rel="tag"&gt;forces&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand deux de ses hommes ont perdu la vie en lib&#233;rant des otages enlev&#233;s au B&#233;nin, le commando Hubert a connu les honneurs de la Nation. L'histoire de cette unit&#233; d'&#233;lite comporte cependant des chapitres bien moins glorieux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3007 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L410xH400/-1243-48679.jpg?1782663850' width='410' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e commando Hubert ? Une plateforme num&#233;rique d&#233;livrant des services fort sp&#233;ciaux de lib&#233;ration d'otages en VTC ? La confusion aurait pu s'installer &#224; l'&#233;coute des informations radiophoniques en ce 10 mai 2019. On y apprenait qu'une op&#233;ration de vive force men&#233;e par des membres dudit commando au Burkina Faso s'&#233;tait sold&#233;e par la mort de deux d'entre eux, l'&#233;largissement de quatre otages et la neutralisation chirurgicale de quatre ravisseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand orchestre m&#233;diatique s'est alors mis &#224; entonner, &lt;i&gt;fortississimo&lt;/i&gt;, l'air de l'hommage de tout un peuple au sacrifice h&#233;ro&#239;que des h&#233;ros de la Nation ressoud&#233;e. Chaque titre y allant de sa partition. Dans l'&#233;dition du 10 mai du &lt;i&gt;Figaro&lt;/i&gt;, &#224; l'unisson de la d&#233;tresse du chef d'&#233;tat-major des arm&#233;es, Fran&#231;ois Lecointre, &#171; &lt;i&gt;au bord des larmes&lt;/i&gt; &#187;, il &#233;tait important d'insister, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, sur les qualit&#233;s du &#171; Black Hornet 3 &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Id&#233;al pour vos probl&#232;mes de kidnapping, maintien de l'ordre ou jalousie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &#171; &lt;i&gt;minuscule drone-espion de 16 centim&#232;tres&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt;nouveau bijou de l'Arm&#233;e fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;. Celui qui paie l'orchestre choisit la musique, a-t-on coutume de dire chez Dassault, propri&#233;taire du plus vieux journal de France. La plupart des autres gazettes nationales se sont content&#233;es de reprendre &#224; grosses lamp&#233;es des extraits de l'oraison fun&#232;bre prononc&#233;e le 14 mai par le chef supr&#234;me des arm&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Et notre pays sent bien, notre pays sait bien dans ses profondeurs que votre exemple nous sauve tous.&lt;/i&gt; &#187; Toujours aussi perch&#233; Manu-Christ, non ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les Bretons du &lt;i&gt;T&#233;l&#233;gramme &lt;/i&gt;et d'&lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans leurs &#233;ditions du 14 mai.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, le commando Hubert, c'est un peu comme des gars du pays. Presque tous issus des fusiliers marins, ils en forment &#171; &lt;i&gt;l'&#233;lite de l'&#233;lite&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien oubli&#233; ? &#171; &lt;i&gt;La palme d'or des forces sp&#233;ciales fran&#231;aises, comparables aux Navy Seals am&#233;ricains &#187;&lt;/i&gt;. Ah ! Le tout au terme d'une &#171; &lt;i&gt;s&#233;lection &#224; nulle autre pareille&lt;/i&gt; &#187;. La preuve ultime : &#171; &lt;i&gt;Aucune femme n'a jamais &#233;t&#233; brevet&#233;e commando. &#187;&lt;/i&gt; Et pour parfaire le tableau, rien de tel que l'h&#233;ritage de la France libre : le lieutenant de vaisseau Augustin Hubert, tu&#233; le 6 juin 1944, faisait partie des 177 hommes du commando Kieffer&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A priori aucun lien de parent&#233; avec la graphiste en chef de ce mensuel.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; d&#233;barqu&#233;s sur les c&#244;tes normandes aux c&#244;t&#233;s des centaines de milliers de soldats alli&#233;s. Des h&#233;ros fran&#231;ais en bonne et due forme donc. &#192; condition d'ignorer la part d'ombre de toute cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Avec les sp&#233;cialistes de l'homicide commandit&#233;&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la remilitarisation du service Action de la Direction g&#233;n&#233;rale de la s&#233;curit&#233; ext&#233;rieure (DGSE, services secrets), en 1986, le pouvoir ex&#233;cutif est press&#233; d'utiliser ce nouvel outil pour des op&#233;rations aussi violentes que discr&#232;tes. Aux c&#244;t&#233;s du 11&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; r&#233;giment parachutiste de choc (des sp&#233;cialistes de l'homicide commandit&#233;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cofond&#233; par le g&#233;n&#233;ral Aussaresses, de sinistre m&#233;moire, pour mener des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;), les autres &#233;l&#233;ments des forces sp&#233;ciales, dont le commando Hubert, sont de plus en plus sollicit&#233;s. Notamment, le 5 mai 1988, lors de l'op&#233;ration &#171; Victor &#187; &#224; Ouv&#233;a en Nouvelle-Cal&#233;donie. Alors que des militants du Front de lib&#233;ration nationale kanak et socialiste sont solidement retranch&#233;s dans une grotte avec une vingtaine de gendarmes captur&#233;s peu avant, Jacques Chirac, Premier ministre de la premi&#232;re cohabitation et candidat &#224; l'&#233;lection pr&#233;sidentielle dont le deuxi&#232;me tour est pr&#233;vu le 8 mai, donne l'ordre de lancer l'assaut. Sous un ciel couvert, &#224; 6 h 10, 75 hommes du 11&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; choc du commando Hubert et du Groupe d'intervention de la gendarmerie nationale (GIGN) passent &#224; l'action. Rapidement, deux sont tu&#233;s et deux autres bless&#233;s. D&#232;s lors, tout s'emballe. Tandis que les otages s'&#233;chappent par une chemin&#233;e naturelle, les militaires fran&#231;ais emploient un lance-flammes pour d&#233;loger les d&#233;fenseurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la suite des &#233;v&#233;nements, les t&#233;moignages divergent. N&#233;anmoins, de nombreuses enqu&#234;tes journalistiques font &#233;tat d'ex&#233;cutions sommaires et d'actes de torture commis sur les 19 Kanaks massacr&#233;s ce jour-l&#224;. Et le g&#233;n&#233;ral Vidal, commandant du dispositif militaire sur place, demande au chef du GIGN, le capitaine Legorjus, de taire la participation du commando Hubert &#224; cette op&#233;ration&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Devenues bras arm&#233;s de la N&#233;m&#233;sis r&#233;publicaine, les forces sp&#233;ciales fran&#231;aises sont au c&#339;ur du changement de doctrine dans la lutte contre le terrorisme act&#233; d&#232;s 2008 sous Sarkozy et confirm&#233; ensuite par Hollande. D&#233;sormais, la France s'aligne sur la mani&#232;re forte, employ&#233;e syst&#233;matiquement par les &#201;tats-Unis en cas de kidnapping ou plus globalement face aux mouvements djihadistes. Jusque dans le vocabulaire emprunt&#233; par le ministre de la D&#233;fense, Le Drian, au moment du d&#233;clenchement de l'op&#233;ration Serval en 2013 : &#171; &lt;i&gt;On va casser le plus possible de ces connards&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vincent Nouzille, Les Tueurs de la R&#233;publique, Fayard, 2015.&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;. C'est (aussi) celui qui dit qui l'est, non ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Id&#233;al pour vos probl&#232;mes de kidnapping, maintien de l'ordre ou jalousie chronique : bient&#244;t disponible sur Arma-zone.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans leurs &#233;ditions du 14 mai.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;A priori&lt;/i&gt; aucun lien de parent&#233; avec la graphiste en chef de ce mensuel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cofond&#233; par le g&#233;n&#233;ral Aussaresses, de sinistre m&#233;moire, pour mener des op&#233;rations clandestines de contre-insurrection en Indochine puis en Alg&#233;rie, il a &#233;t&#233; dissous en 1963 apr&#232;s dix-sept ann&#233;es de bons et loyaux s&#233;vices.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Vincent Nouzille, &lt;i&gt;Les Tueurs de la R&#233;publique&lt;/i&gt;, Fayard, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des poulets pour les gr&#233;vistes</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Des-poulets-pour-les-grevistes</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Des-poulets-pour-les-grevistes</guid>
		<dc:date>2019-05-18T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>C&#233;cile Kiefer</dc:subject>
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		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
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		<dc:subject>nouvelles</dc:subject>
		<dc:subject>Nantes</dc:subject>
		<dc:subject>Saint-Nazaire</dc:subject>
		<dc:subject>l'autorit&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;T&#233;moignage d'un natif de Saint-Nazaire, Donato, qui a fait son initiation politique, entre autres, au tournant des ann&#233;es 1960 et 1970, dans un climat enthousiasmant de convergence des luttes. &#192; m&#233;diter... Par quelle porte d&#233;rob&#233;e es-tu entr&#233; dans les &#233;v&#233;nements de Mai 68 ? &#171; En 1967, j'ai 16 ans et demi et je me fais virer du lyc&#233;e &#224; Saint-Nazaire [Loire-Atlantique]. Des forces obscures d&#233;cident de m'exp&#233;dier &#224; la campagne dans un internat &#224; poigne, &#224; Savenay. Mal leur en prend. Quand (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no165-mai-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;165 (mai 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Cecile-Kiefer-227" rel="tag"&gt;C&#233;cile Kiefer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/ouvriers" rel="tag"&gt;ouvriers&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Saint-Nazaire" rel="tag"&gt;Saint-Nazaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-autorite" rel="tag"&gt;l'autorit&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;T&#233;moignage d'un natif de Saint-Nazaire, Donato, qui a fait son initiation politique, entre autres, au tournant des ann&#233;es 1960 et 1970, dans un climat enthousiasmant de convergence des luttes. &#192; m&#233;diter...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2885 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;59&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L180xH255/-1129-1ad8c.jpg?1782641352' width='180' height='255' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;165 de CQFD, illustr&#233;e par C&#233;cile Kiefer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;P&lt;/petitelettrine&gt;&lt;strong&gt;ar quelle porte d&#233;rob&#233;e es-tu entr&#233; dans les &#233;v&#233;nements de Mai 68 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En 1967, j'ai 16 ans et demi et je me fais virer du lyc&#233;e &#224; Saint-Nazaire &lt;i&gt;[Loire-Atlantique]&lt;/i&gt;. Des forces obscures d&#233;cident de m'exp&#233;dier &#224; la campagne dans un internat &#224; poigne, &#224; Savenay. Mal leur en prend. Quand &#231;a d&#233;marre, je me retrouve en position id&#233;ale : &#224; mi-chemin entre Saint-Nazaire et Nantes, entre les mouvements ouvrier, paysan et &#233;tudiant. C&#244;t&#233; nazairien, on est d&#233;j&#224; accoutum&#233;s aux gr&#232;ves et manifestations violentes depuis au moins 1955. La ville vit au rythme des chantiers navals et des revendications des prolos qui y travaillent, soit la majorit&#233; de la population active de la ville. Dans ce contexte d'agitation r&#233;guli&#232;re, Mai 68 n'a pas &#233;t&#233; un moment si particulier que cela. En 1964 d&#233;j&#224;, une copine en quatri&#232;me, avant de rentrer en classe, nous glissait : &#8220;&lt;i&gt;Mon p&#232;re s'est fait arracher une main en relan&#231;ant une grenade contre les flics.&lt;/i&gt;&#8221; D&#233;but 1968, &#224; la fin d'une nouvelle manif bloqu&#233;e par des rang&#233;es de CRS, j'ai vu les ouvriers d'une fabrique de parpaings &#233;difier une v&#233;ritable forteresse depuis laquelle ils canardaient les flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le vrai bouleversement, &#224; mes yeux, c'est le refus g&#233;n&#233;ralis&#233; de l'autorit&#233; qui s'exprime en 1968. L'autorit&#233; des politiciens, bien s&#251;r, De Gaulle en t&#234;te, mais aussi celle des cur&#233;s et de tous les bien-pensants en g&#233;n&#233;ral. Dans une r&#233;gion tr&#232;s catholique, la d&#233;couverte de la sexualit&#233;, les discussions autour de la contraception et les mobilisations en faveur de la l&#233;galisation de l'IVG ont &#233;t&#233; d'autant plus lib&#233;ratrices. L'autorit&#233; des patrons comme des leaders syndicaux, enfin. En plein c&#339;ur du mouvement qui paralyse l'&#233;conomie fran&#231;aise, les ouvriers nazairiens font &#233;galement gr&#232;ve, mais ils occupent peu les usines malgr&#233; les consignes de la CGT ou de FO. Ils vont se promener en famille, &#224; la plage ou &#224; la p&#234;che avec les copains, et surtout ce sont des d&#233;bats sans fin. Je vois na&#238;tre l'id&#233;e encore assez floue et d&#233;nu&#233;e de r&#233;f&#233;rences politiques d'une vie sans l'obligation de travailler. Apr&#232;s la chape de plomb du gaullisme se cr&#233;ent chaque jour des possibilit&#233;s nouvelles. Notre soif de curiosit&#233; para&#238;t insatiable : nouvelles lectures, nouvelles musiques, nouveaux types de rencontres. une nouvelle r&#233;alit&#233; semble &#233;merger. Dans les ann&#233;es suivantes, on a eu l'impression que ce climat d'insubordination durerait tout le temps&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et &#224; Nantes, c'&#233;tait tr&#232;s chaud !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est vrai ! Lola Miesseroff le raconte fort bien dans son bouquin &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voyage en outre-gauche, Libertalia, 2018.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le 13 mai, 20 000 personnes, &#233;tudiants, prolos, paysans, tous confondus, attaquent la pr&#233;fecture. Et le pr&#233;fet, Jean-&#201;mile Vi&#233;, ancien directeur des RG, demande &#224; Paris l'autorisation de faire tirer sur la foule. Le 14 mai, les ouvriers de Sud-Aviation, grande usine a&#233;ronautique situ&#233;e en p&#233;riph&#233;rie de Nantes, lancent, parmi d'autres, le mouvement de gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et s&#233;questrent leur patron pendant deux semaines. Autour des ateliers, 150 &#233;tudiants se mettent en position pour emp&#234;cher l'intervention des flics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce que je retiendrai de ces moments-l&#224;. Il y a eu peu de s&#233;paration entre ceux qui s'impliquaient dans la lutte. Les ouvriers avaient conserv&#233; des liens &#233;troits avec les paysans de la Bri&#232;re, parce que beaucoup venaient eux-m&#234;mes de l&#224; et poss&#233;daient encore de petites terres familiales. Rien d'&#233;tonnant, donc, &#224; voir d&#233;bouler lors des manifs les tracteurs et Bernard Lambert, fondateur du mouvement des Paysans-travailleurs (&#224; l'origine de la Conf&#233;d&#233;ration paysanne). Les distributions de poulets et de l&#233;gumes aux gr&#233;vistes s'inscrivaient dans cette m&#234;me logique, et ce depuis des ann&#233;es. Quant &#224; ceux qui bastonnaient s&#233;v&#232;re autour de l'universit&#233; de Nantes, ils &#233;taient pour beaucoup les fils et les filles des ouvriers de Saint-Nazaire ou de Nantes. Du moins, celles et ceux qui avaient d&#233;croch&#233; leur bac. En r&#233;alit&#233;, tout le monde se c&#244;toyait d&#233;j&#224;. C'est ce qui a donn&#233; au m&#233;lange son caract&#232;re explosif. Au-del&#224; de l'activisme des organisations politiques, mao&#239;stes ou trotskystes, comme syndicales, Unef ou Comit&#233; d'action lyc&#233;en. Il n'a pas &#233;t&#233; n&#233;cessaire de faire converger des luttes, puisque celles-ci ont &#233;t&#233; men&#233;es par des gens partageant une culture ouvri&#232;re d&#233;j&#224; tr&#232;s combative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Voyage en outre-gauche&lt;/i&gt;, Libertalia, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Une vie large et sans souci &#187;</title>
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		<dc:date>2019-05-01T05:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Mickomix</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;1968. Dur, le retour &#224; la normale apr&#232;s la belle flamb&#233;e de mai. Certains feront carri&#232;re, devenant les faire-valoir du discours le plus consensuel, voire conservateur. D'autres ont pris la tangente vers les marges de la soci&#233;t&#233;. Petite histoire de ces &#233;chapp&#233;es hors la loi. &#171; Non, je remettrai plus les pieds dans cette taule ! &#187; Les larmes et les cris d'une jeune ouvri&#232;re de chez Wonder, &#224; Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), film&#233;e au moment de la reprise du travail, sont un concentr&#233; de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/rage-ressentie" rel="tag"&gt;rage ressentie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;1968. Dur, le retour &#224; la normale apr&#232;s la belle flamb&#233;e de mai. Certains feront carri&#232;re, devenant les faire-valoir du discours le plus consensuel, voire conservateur. D'autres ont pris la tangente vers les marges de la soci&#233;t&#233;. Petite histoire de ces &#233;chapp&#233;es hors la loi.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2864 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L344xH364/-1110-2be81.jpg?1782641450' width='344' height='364' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mickomix
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Non, je remettrai plus les pieds dans cette taule&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Les larmes et les cris d'une jeune ouvri&#232;re de chez Wonder, &#224; Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), film&#233;e au moment de la reprise du travail, sont un concentr&#233; de la rage ressentie par celles et ceux qui v&#233;curent Mai 1968 &#224; fond. Ceux et celles pour qui, apr&#232;s &#231;a, plus rien ne pouvait &#234;tre comme avant, surtout le chagrin. &#171; &lt;i&gt;C'est une victoire, ils ont recul&#233;,&lt;/i&gt; la console un repr&#233;sentant syndical devant l'usine.&lt;i&gt; Ils vous augmentent de 6 % !&lt;/i&gt; &#187; Ce &#224; quoi l'ouvri&#232;re r&#233;torque : &#171; &lt;i&gt;Il a &#233;t&#233; sabot&#233;, le vote&lt;/i&gt; [de reprise] &lt;i&gt; ! Ils ont fait &#231;a &#224; la saloperie, oui&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#199;'a &#233;t&#233; machin&#233;, tout &#231;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; C'&#233;tait la gr&#232;ve elle-m&#234;me, en brisant la routine, qui &#233;tait une victoire. &#192; l'arri&#232;re-plan, un contrema&#238;tre canalise les ouvriers vers la porte d'entr&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Je r&#233;p&#232;te, les gens de Wonder, rentrez reprendre votre travail tranquillement.&lt;/i&gt; &#187; Une autre jeune femme esquive cette main qui la pousse et lance &#224; la cantonade : &#171; &lt;i&gt;Je rentre pas non plus, j'ai pas envie de rentrer, d'ailleurs&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Et le bureaucrate syndical, ton mielleux et sourire crisp&#233; : &#171; &lt;i&gt;On peut pas tout avoir tout d'un coup, il faut savoir terminer une gr&#232;ve.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce r&#233;alisme soumis &#224; une r&#233;alit&#233; devenue insupportable qui en a pris un coup en 1968. Et pas qu'au Quartier latin. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;forme, oui. La chienlit, non&lt;/i&gt; &#187;, avait clam&#233; un De Gaulle aux abois. &#171; &lt;i&gt;Nous sommes ici pour vivre&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;pondait cr&#226;nement Pierre Peuchmaurd dans son &lt;i&gt;Journal des barricades&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Peuchmaurd, Plus vivants que jamais &#8211; Journal des barricades, r&#233;&#233;dit&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; publi&#233; quelques mois plus tard. Sur les barricades, &#171; &lt;i&gt;il y a des nouveaux ce soir, de jeunes ouvriers, ceux qui demain seront la p&#232;gre&lt;/i&gt; &#187;, observait le jeune homme d&#232;s le 23 mai. L'espoir soulev&#233; par ces journ&#233;es ressenties intens&#233;ment fut vite r&#233;duit par la&lt;i&gt; realpolitik&lt;/i&gt; et les accords de Grenelle, mais pas effac&#233; des m&#233;moires pour autant.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Nous sommes l&#224; pour vivre &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience v&#233;cue dans ce pays paralys&#233; par la plus grande gr&#232;ve sauvage de l'histoire moderne, dans ces usines occup&#233;es, dans ces conversations et ces attroupements spontan&#233;s au coin des rues, ne pouvait pas s'&#233;vanouir comme &#231;a, sans laisser de traces. &#171; &lt;i&gt;Je me souviens de Gaby Cohn-Bendit, fr&#232;re de Dany et prof d'allemand dans mon bahut nantais,&lt;/i&gt; raconte Donato &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tous les pr&#233;noms cit&#233;s en t&#233;moignage ont &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement modifi&#233;s.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;i&gt;. En plein mai, il donnait des causeries informelles sur la plage. Comme des cours d'histoire improvis&#233;s, passionnants, ouverts au d&#233;bat et au mouvement en cours. On &#233;tait nombreux &#224; aller l'&#233;couter, dont des ouvriers en gr&#232;ve. Tous ne restaient pas dans les usines occup&#233;es, certains partaient &#224; la p&#234;che&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &lt;/i&gt; &lt;i&gt;Et ce sont ceux-l&#224; qui sont venus se joindre &#224; nous, avec qui on a sympathis&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissant mois de mai, souligne encore Pierre Peuchmaurd : &#171; &lt;i&gt;Il y a l&#224;, ramass&#233;e, toute cette force qui ne nous quitte pas depuis que chaque jour est r&#233;volution. Quelque chose passe qui nous avertit que, quand nous nous l&#232;verons, tout &#224; l'heure, nul ne pourra nous arr&#234;ter. &#192; cause de cette force frondeuse, insolente, cette force heureuse. Nous sommes l&#224; pour vivre. Les arbres nous le disent qui nous saluent, et le soir sur nous qui fait patte de velours. Nulle part il n'y a de flics, et ni m&#234;me de passants. La ville, tout autour, est silencieuse. La libert&#233; s'emm&#234;le dans nos cheveux, rit dans le rire des filles, se frotte &#224; nous comme un chat confiant.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Donato s'en rappelle, comme si c'&#233;tait hier, de cet enthousiasme qui allait influencer durablement ses refus, ses choix de vie. &#171; &lt;i&gt;La soci&#233;t&#233; gaulliste &#233;tait super r&#233;ac, &#231;a sentait le renferm&#233;, le moralisme &#233;troit et la messe. Adolescent, je me croyais inadapt&#233;, isol&#233; dans mon malaise. Avec Mai-68, je me suis rendu compte qu'on &#233;tait des milliers, voire des millions. Et cette objectivation du malaise m'a permis de r&#233;aliser que c'&#233;tait la soci&#233;t&#233; qui &#233;tait inadapt&#233;e, pas nous. L&#224;, on a vu un monde nouveau &#224; port&#233;e de main, d'autres possibles s'offraient &#224; nous. On a eu envie d'&#234;tre libres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le retour &#224; la normale, apr&#232;s ce sentiment g&#233;n&#233;ralis&#233; d'insoumission et de libert&#233;, n'allait pas de soi. Si de jeunes ouvri&#232;res refus&#232;rent de retourner &#224; l'usine, il y eut aussi des gosses qui formul&#232;rent le programme de Rimbaud &#8212; &#171; &lt;i&gt;Nous ne travaillerons jamais&lt;/i&gt; &#187; &#8212; avant m&#234;me d'avoir go&#251;t&#233; &#224; l'amertume du turbin, d&#232;s l'&#233;cole. &#171; &lt;i&gt;Peu de temps apr&#232;s mai, de jeunes Ni&#231;ois ont eu la main lourde avec un proviseur de lyc&#233;e,&lt;/i&gt; raconte Alex. &lt;i&gt;Le mec &#233;tait un salaud ultra-autoritaire qui se vantait de faire passer le go&#251;t de l'insubordination aux &#233;l&#232;ves. Il ne s'agissait pas de ch&#226;timents corporels comme dans le film&lt;/i&gt; If&lt;i&gt;, mais d'humiliations et de punitions de caserne. Et donc, ils ont attendu le gars un soir dans la rue et l'ont rou&#233; de coups. Le type en a &#233;t&#233; traumatis&#233; au point de se suicider au gaz, chez lui, quelques jours apr&#232;s. On n'a jamais su qui avait fait &#231;a.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; L'avenir &#233;tait dans l'escroquerie &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Donato &#233;voque avec humour ses rares exp&#233;riences du labeur : &#171; &lt;i&gt;D&#233;scolaris&#233;, j'ai boss&#233; dans une grande librairie catholique de Nantes. Je commandais des bouquins de Wilhelm Reich sur la lib&#233;ration sexuelle, le vieux bigot n'y voyait que du feu. Avec une coll&#232;gue, on mettait des livres d'art dans les poubelles, et on les r&#233;cup&#233;rait le soir pour les revendre. Puis j'ai zon&#233; avec des jeunes de cit&#233;s. On &#233;clatait des vitrines en y projetant les arceaux &#224; bicyclettes. Je cachais nos larcins chez ma m&#232;re&#8230; Je me suis fait attraper, le juge m'a mis du sursis et une mise &#224; l'&#233;preuve, mais c'&#233;tait trop tard, je ne voulais plus baisser la t&#234;te.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'autre bout de l'Hexagone, Alex suivait &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me parcours peu acad&#233;mique : &#171; &lt;i&gt;On tra&#238;nait avec des loubards du Vieux-Nice. Au d&#233;but, on vivotait. Cambrioler des villas en hiver, piquer des mobylettes, rafler le contenu d'une vitrine, &#231;a ne rapporte pas gros. Tu te fais arnaquer par des receleurs sans scrupule. Alors on a pens&#233; &#224; monter sur des braquages. Mais un affranchi, D&#233;d&#233; le Putois, nous a dit que les braquages, c'&#233;tait fini. Il y avait de moins en moins d'argent liquide dans les caisses et on risquait de se prendre une balle dans le dos pour pas grand-chose. Selon lui, l'avenir &#233;tait plut&#244;t dans l'escroquerie. C'est gr&#226;ce &#224; D&#233;d&#233; qu'on s'est lanc&#233;s dans les ch&#232;ques vol&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; L'ill&#233;galit&#233; devenait plus subtile. &#171; &lt;i&gt;C'est l&#224; qu'on a commenc&#233; &#224; mener&lt;/i&gt; &#8216;&#8216;&lt;i&gt;une vie large et sans souci&lt;/i&gt;''&lt;i&gt;, comme disait Richard Widmark dans &lt;/i&gt;Les Forbans de la nuit. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, chaparder, filouter, reprendre un peu de ce que le capitalo vole au populo, est un ph&#233;nom&#232;ne qui n'avait pas attendu 1968. Disons que mai a fait refleurir le c&#244;t&#233; bravache de ceux que les situationnistes appelleront &#171; &lt;i&gt;les blousons noirs politis&#233;s&lt;/i&gt; &#187;. Comme si l'esprit des Pieds nickel&#233;s, des Apaches et de Marius Jacob &#233;tait revenu bras dessus, bras dessous pour cr&#226;ner sur le bord du trottoir. La double morale bourgeoise avait soudain perdu son h&#233;g&#233;monie toutes en apparences. Une mentalit&#233; irr&#233;v&#233;rencieuse traverse ainsi les ann&#233;es 1970, avec des films comme &lt;i&gt;Themroc &lt;/i&gt;et &lt;i&gt;Les Valseuses&lt;/i&gt;, les premiers sketches de Coluche, le mouvement punk, Jules Van et son Vrai art nouveau des joyeux aigrefins &lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir &#171; Lib&#233;ration &#224; l'&#233;coute de la resquille &#187;, p. VII de ce dossier sur le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, et toutes les mouvances marginales qui aspiraient &#224; vivre gratuitement et s'imaginaient en fossoyeurs du vieux monde&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet esprit de mai qui ne meurt pas est parfaitement exprim&#233; dans un texte d'Andr&#233;a Doria, &#233;crit peu de temps avant sa mort, en 1991 : &#171; &lt;i&gt;Voleuse, je ne volais pas seulement de l'argent, mais aussi le temps et son usage. Je volais ma vie, je volais ma mort. La logique de l'argent nous plie de sa main de fer, nous prend toujours plus notre temps, notre intelligence d'&#234;tre ensemble, de vivre. Alors mes vols (et je pr&#233;cise, toujours commis en douceur et au d&#233;triment de l'&#201;tat et des banques) ne sont qu'une toute petite reprise en regard de la d&#233;possession g&#233;n&#233;ralis&#233;e de soi dans l'esclavage salari&#233;.&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;N'Dr&#233;a, Les &#233;ditions du bout de la ville, 2016.&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; Voil&#224; clairement ce qu'on peut appeler, en &#233;cho aux mots du d&#233;sordre qui avaient illumin&#233; les murs au printemps 1968, de la po&#233;sie en actes. Tout ce dont notre &#233;poque a besoin.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Peuchmaurd, &lt;i&gt;Plus vivants que jamais &#8211; Journal des barricades&lt;/i&gt;, r&#233;&#233;dit&#233; par Libertalia en 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tous les pr&#233;noms cit&#233;s en t&#233;moignage ont &#233;t&#233; l&#233;g&#232;rement modifi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-vieil-art-nouveau-Liberation-a' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt; &#224; l'&#233;coute de la resquille &#187;&lt;/a&gt;, p. VII de ce dossier sur le petit ill&#233;galisme.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;N'Dr&#233;a&lt;/i&gt;, Les &#233;ditions du bout de la ville, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Mai 68 comm&#233;momifi&#233;</title>
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		<dc:creator>Nicolas de La Casini&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;En cinquante ans, la chienlit s'est bien aseptis&#233;e. Entre folklore vid&#233; de sa substance rebelle et occasion de remplir le tiroir-caisse, le souvenir de Mai 68 n'a plus rien &#224; voir avec ce qu'a vraiment port&#233; le mouvement. Totalement d&#233;politis&#233;e, sa comm&#233;moration s'annonce aussi copieuse qu'insipide. *** (C'&#233;tait y a un an dans &#8220;CQFD&#8221;...) *** Automne dernier. Les Journ&#233;es du patrimoine attirent les badauds &#233;bahis &#224; la fac de Nanterre, haut lieu du joli mois de mai. Le pr&#233;sident de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no165-mai-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;165 (mai 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Automne-dernier" rel="tag"&gt;Automne dernier&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/celebre" rel="tag"&gt;c&#233;l&#232;bre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mais-faudrait" rel="tag"&gt;mais faudrait&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fibre" rel="tag"&gt;fibre&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En cinquante ans, la chienlit s'est bien aseptis&#233;e. Entre folklore vid&#233; de sa substance rebelle et occasion de remplir le tiroir-caisse, le souvenir de Mai 68 n'a plus rien &#224; voir avec ce qu'a vraiment port&#233; le mouvement. Totalement d&#233;politis&#233;e, sa comm&#233;moration s'annonce aussi copieuse qu'insipide.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2895 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH322/-1139-85dbd.jpg?1782740701' width='500' height='322' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk &amp; Replonk
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;(C'&#233;tait y a un an dans &#8220;CQFD&#8221;...)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;A&lt;/span&gt;utomne dernier. Les Journ&#233;es du patrimoine attirent les badauds &#233;bahis &#224; la fac de Nanterre, haut lieu du joli mois de mai. Le pr&#233;sident de l'universit&#233;, Jean-Fran&#231;ois Balaud&#233;, soupire : &#171; &lt;i&gt;La m&#233;moire de Mai 68 s'est &#233;loign&#233;e du lieu, cet &#233;v&#233;nement n'est plus partag&#233; par les &#233;tudiants qui sont sur le campus,&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;m&#234;me si on garde une fibre d'engagement, une fibre militante. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 avril, le m&#234;me gugusse &#224; &lt;i&gt;fibre engag&#233;e&lt;/i&gt; envoie la flicaille virer les &#233;tudiants qui occupent sa fac. D'autres pr&#233;sidents d'universit&#233; agissent de m&#234;me, r&#233;quisitionnant la matraque pour d&#233;loger ces salauds d'&#233;tudiants indociles. Mai 68, comme vieillerie, &#231;a passe, mais faudrait pas que &#231;a donne dans le &lt;i&gt;remake&lt;/i&gt;. Alors, on c&#233;l&#232;bre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les soixante-huitards n'ont pas pens&#233; &#224; bomber sur les murs : &#171; &lt;i&gt;Il est interdit de comm&#233;morer !&lt;/i&gt; &#187; &#199;a n'aurait pas arr&#234;t&#233; institutions et histrions, qui conjuguent chansonnette et &#233;v&#233;nementiel pour un anniversaire soigneusement d&#233;politis&#233;, &#233;ni&#232;me enterrement de premi&#232;re classe. Comme si une marque de ketchup s'associait au souvenir de la Semaine sanglante et r&#233;duisait La Commune &#224; un clip de promo pour chipolatas &#224; tremper dans le rouge.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Jet set en dentelles&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'avance, la quintessence de la mode bourge s'est pay&#233; Mai 68. C'&#233;tait en f&#233;vrier, lors de la &lt;i&gt;fashion week&lt;/i&gt;. Au menu, des clips Gucci chor&#233;graphiant de faux &#233;tudiants propres sur eux, poings lev&#233;s et fringues de marque, sur fond de zique sign&#233;e du c&#233;l&#232;bre DJ Laurent Garnier. Comptez 6 320 &#8364; pour une tenue compl&#232;te &#8211; chaussettes comprises. Revendiquant le m&#234;me h&#233;ritage de la r&#233;volte, la collection Dior m&#234;le &#171; &lt;i&gt; mousseline de soie et dentelles&lt;/i&gt; &#187; pour un d&#233;fil&#233; chic d&#233;cor&#233; de fausses affiches, couvertures de magazines de mode et photos d'archives de la maison de haute couture, histoire de transformer cette exhibition du luxe en &#171; &lt;i&gt;QG des revendications d'une jeunesse en &#233;bullition&lt;/i&gt; &#187;. Et puis, le sac Dior en toile brod&#233;e motif hippie est carr&#233;ment donn&#233; : 1 480 &#8364; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effacement de toute subversion et la r&#233;cup&#233;ration de la r&#233;volte en marchandise sont d&#233;sormais de grands classiques. une fonction primaire du cannibalisme ultralib&#233;ral et de la soci&#233;t&#233; de surconsommation. En 2005 d&#233;j&#224;, Leclerc avait r&#233;utilis&#233; une illustre affiche de Mai 68, collant un code-barres sur le bouclier d'un CRS &#224; matraque et l'accompagnant d'un slogan remast&#233;ris&#233; : &#171; La hausse des prix oppresse votre pouvoir d'achat.&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; une deuxi&#232;me pub pompait la non moins c&#233;l&#232;bre affiche d'&#233;poque clamant &#171; Nous sommes le pouvoir&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; au-dessus d'une rang&#233;e stylis&#233;e de six ouvriers en lutte. Slogan que le distributeur avait remplac&#233; par &#171; Il est interdit d'interdire de vendre moins cher &#187;, tandis qu'un sac de provisions prenait la place de la clef &#224; molette tenue par l'un des prolos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1989, pour c&#233;l&#233;brer la R&#233;volution fran&#231;aise, le d&#233;fil&#233; paillettes de Jean-Paul Goude avait vir&#233; au spectaculaire, moulin&#233; au &lt;i&gt;storytelling &lt;/i&gt;bien rem&#226;ch&#233;. Mais cette fois, pour Mai 68, pas de commission officielle du cinquantenaire, ni de gros budget allou&#233; par l'&#201;tat pour sa c&#233;l&#233;bration. Macron aurait-il trouv&#233; ce pass&#233; barricadier un peu dangereux ? Il a pourtant publi&#233; en 2016 un ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;R&#233;volution&lt;/i&gt;...&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; &#201;moi &#187; et moi&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sident ne bougeant pas le petit doigt, ce sont les m&#233;diath&#232;ques ou facult&#233;s qui prennent finalement le relais de la comm&#233;moration. &#192; Paris, les biblioth&#232;ques c&#233;l&#232;brent ainsi l'&#233;conomie sociale et solidaire comme &#171; &lt;i&gt;d&#233;clinaison de la notion d'utopie&lt;/i&gt; &#187;, exhument les chansons de l'ann&#233;e 1968 en mode &lt;i&gt;blind test&lt;/i&gt; et refourguent des places pour une conf&#233;rence sur le joli mois de mai anim&#233;e par un &#171; &lt;i&gt; sp&#233;cialiste de l'histoire des couleurs &lt;/i&gt; &#187;. Yeah.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Bordeaux, c'est le service com' de la fac qui s'y colle, proposant des ateliers s&#233;rigraphie dont le visiteur repart &#171; &lt;i&gt; avec slogan, tract, affiche &lt;/i&gt; &#187;. Du souvenir DIY postdat&#233;, en somme. Quant aux biblioth&#232;ques universitaires de la ville, elle organisent un cycle &#171; &#201;moi de mai &#187; qui propose des &#171; &lt;i&gt;&#233;clats de m&#233;moire&lt;/i&gt; &#187; pour vivre &#171; &lt;i&gt;ces instants vol&#233;s au quotidien qui ont contribu&#233; &#224; changer tant de choses&lt;/i&gt; &#187;. En vrai, de l'&#233;motionnel en miettes. Dont le moulage d'une statue grecque de Pallas, qui a eu les yeux noircis &#224; la bombe de peinture en 1968. Sacr&#233;e relique, religieusement conserv&#233;e au mus&#233;e local !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le vrai nirvana comm&#233;moratif de ce cycle est pr&#233;vu pour le 30 mai : les visiteurs sont invit&#233;s &#224; enterrer une &#171; &lt;i&gt;capsule temporelle&lt;/i&gt; &#187; enfouie dans une bo&#238;te en plastoc. Laquelle ne sera &#8211; promis &#8211; exhum&#233;e que dans 50 ans. L'occasion d'un &#171; &lt;i&gt;contre-pied &#224; l'Histoire&lt;/i&gt; &#187; puisque &#171; &lt;i&gt;le public se retrouvera impliqu&#233; dans des questionnements sur un temps anachronique&lt;/i&gt; &#187;. Mazette. Pour finir la soir&#233;e en beaut&#233;, des &#233;tudiants entonneront les refrains &#171; &lt;i&gt;qui racontent les &#233;v&#233;nements de Mai 68 &lt;/i&gt; &#187; : Gilbert B&#233;caud, The Mamas &amp; The Papas et Procol Harum.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Motards, p&#233;d&#233;g&#233;s, biscuits, crowdfunding&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Sur les &#233;crans ou les ondes, dans la rue ou les lieux publics se multiplient les r&#233;f&#233;rences &#224; l'insurrection de mai. Tout &#224; leur refus r&#233;volutionnaire de la vitesse limit&#233;e &#224; 80 km/h, les &#171; Motards en col&#232;re &#187; manifestent &#224; fond &#171; &lt;i&gt; en clin d'&#339;il &#224; Mai 68&lt;/i&gt; &#187;... Sur France Info, la chronique &#171; Mon pav&#233; 2018 &#187; r&#233;duit l'esprit de mai &#224; une grosse grogne, tendant le micro &#224; un chef (de cuisine) qui d&#233;bite les vertus de la discipline et de la soumission, &#224; un philosophe s'insurgeant &#171; &lt;i&gt;contre l'hypnose li&#233;e aux &#233;crans&lt;/i&gt; &#187;, &#224; un p&#233;d&#233;g&#233; appelant &#224; y aller mollo sur la transparence ou &#224; un &#233;crivain pleurant la langue fran&#231;aise &#224; vau-l'eau. L'in&#233;vitable Attali invoque, quant &#224; lui, le besoin d'&#171; &lt;i&gt;&#233;ducation des femmes &#224; la cr&#233;ation d'entreprise&lt;/i&gt; &#187;. Les autres pav&#233;istes pr&#244;nent le r&#233;veil de l'optimisme, la r&#233;invention de l'&#201;glise, un meilleur sommeil ou encore fustigent l'ob&#233;sit&#233;. Dans ce tr&#232;s conformiste inventaire &#224; la Pr&#233;vert, pas un seul cheminot gr&#233;viste, ni de zadiste en p&#233;tard ou d'&#233;tudiant en lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Nantes, la nostalgie de 1968 se noie dans le festival Carr&#233;ment Biscuits, d&#233;cr&#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt; 100 % participatif &lt;/i&gt; &#187;, avec ritournelle en plein air et &lt;i&gt;flash mob&lt;/i&gt; au coin de la rue. Le programme pr&#233;voit de partager des souvenirs du mois de mai &#171; &lt;i&gt;en t&#234;te &#224; t&#234;te&lt;/i&gt; &#187; et d'&#233;couter une chorale participative chanter (pas trop fort) une bande-son de l'&#233;poque. Des com&#233;diens sortant du Conservatoire vont livrer &#224; trois reprises une petite prestation cens&#233;e faire &#171; &lt;i&gt; revivre l'essence des revendications de Mai 68 &lt;/i&gt; &#187;. une troupe de th&#233;&#226;tre de rue sera aussi de la partie folkloris&#233;e, avec une &#171; &lt;i&gt;d&#233;ambulation d'une heure. Casques sur les oreilles, les participants deviendront interpr&#232;tes d'une aventure sonore o&#249; se m&#234;leront patrimoine, histoire, expression corporelle&lt;/i&gt; &#187;. C'&#233;tait tellement &#231;a, Mai 68 : twist dans la rue, madison dans les facs et jerk dans les usines... Pas d'inqui&#233;tude en cas d'affluence : la balade guid&#233;e au casque audio &#171; &lt;i&gt;permet de ma&#238;triser la jauge, &#224; l'inverse d'une visite guid&#233;e classique o&#249; le public peut s'agr&#233;ger &lt;/i&gt; &#187;. La foule non pr&#233;vue, c'est la hantise des comm&#233;mos sous bonne garde. Aucun risque avec ces visites guid&#233;es arpentant sagement les lieux des manifs, men&#233;es par des guides-conf&#233;renciers de la Direction du patrimoine et de l'arch&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus loin, &#224; Barcelone, l'Institut fran&#231;ais c&#233;l&#232;bre &#171; &lt;i&gt;Mai 68 et l'expression in&#233;dite d'un besoin de culture de ce cinquantenaire&lt;/i&gt; &#187;, en invitant Jean-Jacques Aillagon, ministre de la Culture sous Chirac, &#224; d&#233;blat&#233;rer sur &#171; &lt;i&gt;m&#233;c&#233;nat et sponsoring culturel &#224; la fran&#231;aise&lt;/i&gt; &#187;. Le rapport avec la choucroute ? Simple : &#171; &lt;i&gt;La place du crowdfunding, la gratuit&#233; de la culture, le financement citoyen ou l'investissement priv&#233; sont li&#233;s &#224; l'explosion culturelle de Mai 68.&lt;/i&gt; &#187; Soyez impassibles, demandez le r&#233;alisme.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Nicolas de la Casini&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>O&#249; sont pass&#233;s les damn&#233;s de Nanterre ?</title>
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		<dc:creator>Bilani Ley Ben Laachen</dc:creator>


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&lt;p&gt;9 avril 2018, les CRS expulsent violemment un amphi occup&#233; de la fac de Nanterre, sur demande de son pr&#233;sident. Une strat&#233;gie pas tr&#232;s efficace... R&#233;cit au c&#339;ur d'une lutte d&#233;concertante, mais bouillante. (C'&#233;tait y a un an dans &#8220;CQFD&#8221;...) *** Lundi matin. Soleil d'avril &#224; Marseille. Au caf&#233;, les infos se bousculent : expulsion de la Zad, &#233;tudiants matraqu&#233;s &#224; Nanterre, cocktails Molotov d&#233;couverts &#224; la Commune libre de Tolbiac&#8230; Certains jours, la monotonie c&#232;de la place au dilemme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;9 avril 2018, les CRS expulsent violemment un amphi occup&#233; de la fac de Nanterre, sur demande de son pr&#233;sident. Une strat&#233;gie pas tr&#232;s efficace... R&#233;cit au c&#339;ur d'une lutte d&#233;concertante, mais bouillante.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2884 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L464xH400/-1128-e803f.jpg?1782653858' width='464' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;(C'&#233;tait y a un an dans &#8220;CQFD&#8221;...)&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;undi matin. Soleil d'avril &#224; Marseille. Au caf&#233;, les infos se bousculent : expulsion de la Zad, &#233;tudiants matraqu&#233;s &#224; Nanterre, cocktails Molotov d&#233;couverts &#224; la Commune libre de Tolbiac&#8230; Certains jours, la monotonie c&#232;de la place au dilemme corn&#233;lien : o&#249; bouger pour voir ce qui se trame ? Le lendemain, &#231;a redouble. Du tr&#232;s s&#233;rieux c&#244;t&#233; Nantais ; &#224; Tolbiac, le pr&#233;sident temp&#232;re, tandis que celui de Nanterre, Jean-Fran&#231;ois Balaud&#233;, regrette l'intervention polici&#232;re au micro de BFM-TV, sans rien dire des sept interpell&#233;s de la veille. &#192; l'&#233;couter, les CRS l'auraient secouru face &#224; des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs et anarchistes incontr&#244;l&#233;s. Chaud. Apr&#232;s les soi-disant origines zadistes de l'occup' de Tolbiac, les enrag&#233;s de Nanterre auraient repris le pouvoir ? Il fallait en avoir le c&#339;ur net : billet pour Nanterre.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La Chienlit, c'est lui !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; sur place, campus vert et aseptis&#233;, plus ghetto s&#233;curitaire que campus libertaire, un cordon flottant de zozos bariol&#233;s chante de la vari&#233;t&#233; fran&#231;aise et nous indique le lieu de l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale. &#171; La chienlit, c'est lui &#187;, annonce un portrait du pr&#233;sident affich&#233; dans tous les couloirs. L'amphi, lui, est nickel. Et blind&#233;. M&#234;me les plus s&#233;rieux des professeurs sont morts de rire : &#171; &lt;i&gt; T'as vu le communiqu&#233; pr&#233;sidentiel ? Il se d&#233;cr&#233;dibilise&lt;/i&gt; &#187;, sourit une prof d'ethnologie. &#171; &lt;i&gt; &#199;a vire &#224; la schizophr&#233;nie,&lt;/i&gt; rench&#233;rit un prof de g&#233;o, qui a accroch&#233; une banderole contre les violences polici&#232;res &#224; sa fen&#234;tre. &lt;i&gt;Balaud&#233; a tellement r&#234;v&#233; les comm&#233;morations de Mai 68 qu'il a d&#251; vouloir nous aider. &#192; mon avis, c'est un trotskiste d&#233;guis&#233;... &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un bon millier d'&#233;tudiants, d'agents administratifs et d'enseignants s'&#233;gosillent. Ambiance pas vraiment anarchiste, mais survolt&#233;e. Des jeunes, outr&#233;s par l'intervention polici&#232;re, appellent &#224; la reddition du lieutenant de Macron. Acclamations. Un vrai chaudron. Quand d&#233;boule une ligne de postiers en gr&#232;ve, dont certains anciens de la fac, l'ambiance vrille. Des frissons. &#199;a crie, poing lev&#233;, jusqu'au puissant &#171; &lt;i&gt;Siamo tutti antifascisti !&lt;/i&gt; &#187;. On croit r&#234;ver : le vieux monde va tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La suite est moins glorieuse. Deux heures de discussion sans fin, orchestr&#233;es par des orga' &#224; l'ancienne, des interventions de d&#233;put&#233;s de &#171; gauche &#187; pleurant l'absence de respect &#224; l'assembl&#233;e, et voil&#224; : une bonne moiti&#233; de la salle a fui. Pas d'action. Pour l'auto-organisation, on reviendra. Le pr&#233;sident peut remercier ses bureaucrates du jour. L'histoire se r&#233;p&#232;te, parfois b&#233;gaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toni, agent administratif, peste en apart&#233;. &#171; &lt;i&gt; La convergence des luttes, d'accord. Mais les quartiers populaires ont disparu des discours. Pour beaucoup, &#231;a se r&#233;sume &#224; la barrette de shit qu'ils vont choper &#224; c&#244;t&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Brutal, mais lucide. Longtemps encercl&#233;e d'usines, de bidonvilles et de cit&#233;s de transit, Nanterre a chang&#233;, mais certains trucs demeurent. En 2014, de petits bidonvilles &#233;closent, suivis de pr&#232;s par une vague de r&#233;fugi&#233;s expuls&#233;s de Paris : des collectifs se montent. Toni est de la partie. Des liens se retissent avec les habitants, &#224; l'image de Monia, militante au centre social du Petit Nanterre. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s deux ann&#233;es &#224; saouler les financeurs pour les cours qu'on a lanc&#233;s avec les migrants, Monia a d&#233;bloqu&#233; 15 000&lt;/i&gt; &#8364;&lt;i&gt;gr&#226;ce au centre. On a pu financer 30 dipl&#244;mes, plus que la fac.&lt;/i&gt; &#187; Les militants de cit&#233; filant la patte aux activistes sans le sou de la fac : le symbole de Mai 68 s'inverse. Classe... mais lointain d&#233;j&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;pression, pourtant, fait bouger les lignes. Les vid&#233;os d'&#233;tudiants &#224; terre tir&#233;s par les cheveux se propagent &#224; vitesse grand V. Jusque chez des anciens du Mouvement du 22 mars, qui d&#233;noncent ce mardi le communiqu&#233; pr&#233;sidentiel &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En un texte intitul&#233; &#171; Mieux que Pierre Grappin en 1968, prop/osons les CRS (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Difficile de dire pour autant de quoi Nanterre prendra le nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, sans action, &#200;ve, jeune zadiste, s'ennuie. Alors on file vers la rumeur qui circule : la Sorbonne occup&#233;e. Le mythe, l'&#233;tincelle. Mais apr&#232;s cinq heures sous la pluie, face aux CRS dans un quartier pas vraiment ami, on se les g&#232;le et on s'emmerde s&#233;v&#232;re. La police r&#233;veille ce beau monde en l'aspergeant de lacrymo et en vidant la belle cour d'honneur. Mai 68 sera pour plus tard. La forteresse reste ferm&#233;e &#224; triple tour sous une pluie de bouteilles, suivi d'une course sauvage sur le Boul' Mich'. Car un autre bruit court : Tolbiac est assi&#233;g&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dix minutes de v&#233;lo plus tard, &#231;a craint : rues coup&#233;es, cars de police partout, encerclement. Mais les gens continuent d'affluer. M&#233;dias, banderoles, fanfare, la colline de Tolbiac surplombe une pl&#232;be qui grossit de minute en minute, chante, danse sous les fumig&#232;nes et les slogans antifascistes, jusqu'&#224; la volatilisation des CRS sous les hourras. &#171; &lt;i&gt; Ils reviendront quand il n'y aura personne. Mais &#231;a reste classe &lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che un voisin. &#171; &lt;i&gt;Arr&#234;t des &#233;vacuations &#224; la Zad !&lt;/i&gt; &#187;, ajoute notre zadiste. Tolbiac vivra, Zad vaincra.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#171; Ni violences, ni d&#233;gradations &#187;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Samedi. Retour &#224; Nanterre. Des bottes en caoutchouc s'&#233;chinent au milieu des moutons qui broutent les pelouses, pr&#233;parant l'&#233;v&#233;nement du jour : &lt;i&gt;sound system&lt;/i&gt;, tireuse de bi&#232;re et jeunes en treillis. Les vigiles, eux, ont disparu. Salles ouvertes, extincteurs en balade un peu partout, petits groupes sur les toits... L'&#233;norme b&#233;vue de lundi p&#232;se : la pr&#233;sidence fait profil bas en guettant l'erreur... ou l'enlisement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, on danse. Mais de jeunes gardes nous stoppent vite &#224; l'entr&#233;e des b&#226;timents : &#171; &lt;i&gt;Pas d'alcool &#224; l'int&#233;rieur !&lt;/i&gt; &#187; Ambiance. L'occup', elle, annonce la couleur, sur papier kraft : &#171; &lt;i&gt; R&#232;gle n&#176; 1 : ni violence, ni d&#233;gradation. &lt;/i&gt; &#187; C'est pour les keufs ou pour nous ? &#171; &lt;i&gt;Ce sont les r&#232;gles qu'ils se sont fix&#233;es souverainement&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse un ancien de la CNT.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;tages sont ouverts, mais pas accessibles pour autant. &#171; &lt;i&gt;R&#233;serv&#233;s aux gens qui dorment. Pas de mecs, cis, blancs&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;vient une pancarte. Une ombre nous interpelle : &#171; &lt;i&gt; Vous n'avez pas le droit d'&#234;tre l&#224;. Vous &#234;tes qui ?&lt;/i&gt; &#187; D&#233;cid&#233;ment, les vigiles ont le look &#233;tudiant ces jours-ci. On redescend un peu v&#233;n&#232;res. Dans un amphi, du rap aiguise l'app&#233;tit d'un ou deux lascars sur les murs. Cinq &#233;tudiants d&#233;boulent. Stupeur ! Ils effacent les graffitis antifascistes. &#171; &lt;i&gt;On ne veut pas de d&#233;gradation. Et c'est g&#234;nant en cours. &lt;/i&gt; &#187; Une patrouille de gars casqu&#233;s d&#233;barque. Enfin ! Mais pour veiller sur les interdits. Stop ! On venait en campus r&#233;volt&#233;, on se retrouve dans une occup' tenue de main de fer par la CGT en 1968, interdite aux &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;ext&#233;rieurs&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187; et prot&#233;geant l'outil de travail. &#171; &lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;del&gt;Mai 68&lt;/del&gt; Avril 2018, d&#233;but d'une lutte prolong&#233;e&lt;i&gt; &lt;/i&gt; &#187;, annon&#231;ait pourtant une pancarte &#224; l'entr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autocontr&#244;le, derni&#232;re pierre &#224; l'&#233;difice du tout s&#233;curitaire ? Nanterre reprend son allure de ghetto. Le philosophe du soir, Farid, ne s'y trompe pas. La cinquantaine, les dents noircies par les ann&#233;es 1980 pass&#233;es dans les cit&#233;s du coin, il balance : &#171; &lt;i&gt;Y a pas grand monde par rapport aux gens que je croise tous les jours. Et aucun jeune de Nanterre&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le rod&#233;o des scooters s'est effac&#233;. Les grues, elles, poussent comme des champignons. Avec l'invasion de la D&#233;fense, difficile de trancher : c'est la facult&#233; ou la rouge et immigr&#233;e Nanterre qui a tant chang&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Tolbiac, &#224; cette heure,&lt;i&gt; rave-party &lt;/i&gt;et feu d'artifice s'invitent sur le campus. On a sans doute vieilli, comme les prof' et leur culture en 1968, mais on est paum&#233;. Le huis clos universitaire engloutit le temps, les &#233;nergies, d&#233;serte les manifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et revisite parfois son espace. Car, le lundi au soleil revigore. Ou alors c'est l'interview de Macron la veille, avec son m&#233;pris habituel : d&#233;nonciation des &#171; &lt;i&gt; groupes politiques&lt;/i&gt; &#187; dans les facs, refus de &#171; &lt;i&gt; dipl&#244;mes en chocolat&lt;/i&gt; &#187;. R&#233;sultat probant : Nanterre est bloqu&#233;e, droit et &#233;co compris. Rarissime. Il y a du monde partout, de petits groupes en AG, de discussions informelles en cours alternatifs sur la violence. L'ambiance diurne a repris ses droits. M&#234;me Toni semble ragaillardi : &#171; &lt;i&gt;Les gens &#233;changent. Un groupe de profs vient de se prendre la mis&#232;re par des jeunes qui discutaient avec eux, tout en finesse. &lt;/i&gt; &#187; Pas la plus militante, Malla a &#171; &lt;i&gt;entendu des cris quand les policiers ont d&#233;barqu&#233; lundi. J'ai vu des &#233;tudiants se faire tra&#238;ner sur plusieurs m&#232;tres. Je n'avais pas d'avis, mais apr&#232;s &#231;a...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil des b&#226;timents, les banderoles s'encha&#238;nent : &#171; Ils comm&#233;morent, on recommence &#187;, jusqu'aux derni&#232;res du lundi, &#171; Nanterre sur les toits &#187;, &#171; Nanterre en chocolat &#187;. D'immenses fresques sont recouvertes de slogans : &#171; Nik la mus&#233;&#239;fication, vive la zbeulification &#187;. L'imagination sans le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;17 h. Des &#233;tudiants un peu flipp&#233;s bloquent encore. &#171; &lt;i&gt;Ils s'&#233;puisent&lt;/i&gt; &#187;, lance Alex, prof' de socio. &#171; &lt;i&gt;Que ce soit le mouvement, l'occup', rien ne ressemble &#224; la lutte contre la loi Travail&lt;/i&gt; &#187;, encha&#238;ne, d&#233;&#231;ue, cette jeune travailleuse venue voir son ancienne fac en &#233;bullition. &#192; l'&#233;poque, les AG patinent, une occup' s'en s&#233;pare, le mouvement se concentre sur des manifs v&#233;n&#232;res, sauvagement r&#233;prim&#233;es. Le campus compte &#224; lui seul de nombreux bless&#233;s, arr&#234;t&#233;s, cinq ou six proc&#232;s et m&#234;me une longue d&#233;tention provisoire. &#171; &lt;i&gt;&#199;a laisse des traces...&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;C'est un peu bisounours, mais les lignes bougent vite. Et l'ampleur impressionne,&lt;/i&gt; ajoute Alex, &#233;ternelle optimiste. &lt;i&gt;Les jeunes sont &#224; fond et r&#233;fl&#233;chissent en permanence &#224; la fa&#231;on d'&#233;largir et de faire durer le mouvement&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas faux. Quelques minutes plus tard, un large comit&#233; de mobilisation &#233;voque des actions &#224; proximit&#233;, ainsi que l'obligation de surprendre et de changer de strat&#233;gie. Plusieurs voix s'&#233;l&#232;vent contre la routine et l'accaparement des AG au moment o&#249;, coup de th&#233;&#226;tre, la pr&#233;sidence annule les partiels du lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nanterre fait le plein mardi, avec 1 800 personnes en AG, et ridiculise deux jours plus tard son pr&#233;sident venu faire amende honorable, c'est-&#224;-dire tenter d'en finir avec le blocage en &#171; &lt;i&gt;renouant le dialogue&lt;/i&gt; &#187;. Puis Tolbiac s'&#233;teint... vid&#233;e dans la nuit, avec un pr&#233;sident p&#233;rorant sur les d&#233;g&#226;ts pharaoniques pour faire passer la pilule de la violente &#233;vacuation. La schizophr&#233;nie bat son plein, avec des communiqu&#233;s voguant de site en site. Le&lt;i&gt; burn out&lt;/i&gt; n'est pas loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs, les examens annul&#233;s, on s'attendait &#224; une fac vide. On tombe sur une ambiance d&#233;lirante, o&#249; les clameurs forc&#233;es des anti-bloqueurs cachent mal l'&#233;tonnant rapport de force. 1 260 pour le blocage, 336 contre. Du jamais vu ! avril 2018 plus fort que mai 1968 ? &#192; voir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anti-bloqueurs, h&#233;ritiers de Macron, Sarkozy et Hortefeux, anciens de Nanterre, en sont pour leur frais, r&#233;duits &#224; huer les cheminots dans l'assembl&#233;e. Quand les &#233;boueurs font gr&#232;ve, les orduriers sont indign&#233;s. Ils tenteront bien un coup de force &#224; la sortie. En vain. Autre le&#231;on de Mai 68 : apr&#232;s la grande peur, la bourgeoisie et le pouvoir se d&#233;fendent. Les m&#233;cheux r&#233;actionnaires reviendront plus tard, dans un &#233;trange mic-mac d'occupation finissante et de visites de jeunes paum&#233;s du quartier, autorisant &#224; nouveau la pr&#233;sence de flics. D&#233;lice pour une pr&#233;sidence vacillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Finalement, &#224; Nanterre la rouge, le &lt;i&gt;zbeul &lt;/i&gt; n'est jamais loin. Mais pas toujours l&#224; o&#249; on l'attend.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bilani Ley Ben Laachen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En un texte intitul&#233; &#171; Mieux que Pierre Grappin en 1968, prop/osons les CRS en 2018 ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Chronique printani&#232;re d'une fronti&#232;re meurtri&#232;re</title>
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		<dc:date>2018-11-07T14:39:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Clair Rivi&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans les montagnes du Brian&#231;onnais, plusieurs exil&#233;s ont perdu la vie en tentant de rejoindre l'Hexagone. Traqu&#233;s par la police et l'extr&#234;me droite, ils sont secourus par des militants solidaires, que l'&#201;tat cherche &#224; intimider. Trois d'entre eux ont m&#234;me pass&#233; neuf jours en prison. C'&#233;tait un petit miracle : depuis deux ans que les migrants franchissent les cols des Hautes-Alpes pour passer en France, aucun n'avait perdu la vie sur ce p&#233;rilleux chemin. H&#233;las, au mois de mai, les beaux (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Juliette-Iturralde" rel="tag"&gt;Juliette Iturralde&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontieres" rel="tag"&gt;fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/forces" rel="tag"&gt;forces&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Briancon" rel="tag"&gt;Brian&#231;on&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les montagnes du Brian&#231;onnais, plusieurs exil&#233;s ont perdu la vie en tentant de rejoindre l'Hexagone. Traqu&#233;s par la police et l'extr&#234;me droite, ils sont secourus par des militants solidaires, que l'&#201;tat cherche &#224; intimider. Trois d'entre eux ont m&#234;me pass&#233; neuf jours en prison.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2481 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/-747-2cc7f.jpg?1782641327' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Juliette Iturralde.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'&#233;tait un petit miracle : depuis deux ans que les migrants franchissent les cols des Hautes-Alpes pour passer en France, aucun n'avait perdu la vie sur ce p&#233;rilleux chemin. H&#233;las, au mois de mai, les beaux jours ont r&#233;v&#233;l&#233; trois cadavres. Les premiers dans le Brian&#231;onnais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la fronti&#232;re franco-italienne, le droit d'asile est foul&#233; aux pieds. Chaque jour, la police hexagonale repousse des exil&#233;s, m&#234;me mineurs, au m&#233;pris des proc&#233;dures l&#233;gales et de l'humanit&#233;. Sous Hollande comme sous Macron, l'&#201;tat fran&#231;ais refuse de prendre sa part dans l'accueil des pauvres h&#232;res d&#233;barqu&#233;s en Italie par centaines de milliers. Que Rome se d&#233;brouille ! Rome s'est d&#233;brouill&#233;e : &#224; la suite d'accords troubles avec la Libye, les flux de r&#233;fugi&#233;s ont ralenti. Combien sont-ils d&#233;sormais, ces Subsahariens coinc&#233;s sur la rive sud de la M&#233;diterran&#233;e, dans ce pays de torture, de racket, d'emprisonnement arbitraire et d'esclavage ? Ce pays o&#249; l'&#233;pouvantable d&#233;put&#233; &#201;ric Ciotti (LR) voudrait que l'&lt;i&gt;Aquarius&lt;/i&gt; ram&#232;ne les rescap&#233;s des naufrages, puisqu'en Italie, le gouvernement n&#233;ofasciste a commenc&#233; &#224; fermer ses ports.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Heureusement, dans ce grand drame de notre &#233;poque qu'est la question migratoire, d'autres choisissent la fraternit&#233;. Une option de plus en plus risqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Montgen&#232;vre, 10 mars&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les Hautes-Alpes, Beno&#238;t Ducos est menuisier. Cet hiver, il multiplie les maraudes pour porter secours aux migrants qui tentent de traverser la fronti&#232;re. Mal &#233;quip&#233;s, non habitu&#233;s &#224; de telles altitudes, les exil&#233;s risquent leur vie en tentant d'esquiver les forces de l'ordre. Ce soir-l&#224;, Beno&#238;t rep&#232;re six personnes dans la nuit, dont un couple avec ses deux enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La maman &#233;tait vraiment &#233;puis&#233;e. En discutant, on a appris qu'elle &#233;tait enceinte de huit mois et demi&lt;/i&gt;, se souvient-il. &lt;i&gt;On s'est donc dit qu'il fallait la descendre &#224; l'h&#244;pital le plus rapidement possible. On a essay&#233; de se d&#233;p&#234;cher, mais on a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s &#224; l'entr&#233;e de Brian&#231;on. Et il n'y a pas eu moyen de faire comprendre &#224; la dizaine de douaniers rigolant autour de mon v&#233;hicule que cette femme souffrait atrocement et qu'il y avait une urgence vitale... On a perdu beaucoup de temps.&lt;/i&gt; &#187; Selon la pr&#233;fecture, l'attente n'a dur&#233; que 16 minutes. Mais d'apr&#232;s Beno&#238;t Ducos, entre le d&#233;but du contr&#244;le et l'arriv&#233;e des pompiers, il s'est pass&#233; plus d'une heure&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vers 23 h 10 ou 23 h 15, la maman a enfin &#233;t&#233; transport&#233;e &#224; l'h&#244;pital. Et nous, avec le papa et les enfants, on a &#233;t&#233; emmen&#233;s au poste de police. Moi, j'ai &#233;t&#233; rel&#226;ch&#233; rapidement. Mais le lendemain, on a appris que l'h&#244;pital avait d&#251; insister aupr&#232;s de la police aux fronti&#232;res pour faire revenir le papa et les enfants, qui &#233;taient en train d'&#234;tre reconduits en Italie alors que la maman accouchait ! C'&#233;tait un accouchement par c&#233;sarienne, donc difficile et risqu&#233;, qui ne pouvait se faire ni dans la neige, ni dans une voiture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques jours plus tard, Beno&#238;t sera convoqu&#233; par la police aux fronti&#232;res, soup&#231;onn&#233; d'aide &#224; &#171; l'entr&#233;e, &#224; la circulation ou au s&#233;jour irr&#233;gulier d'un &#233;tranger en France &#187;. Tarif potentiel ? Cinq ans de prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Col de L'&#201;chelle, 21 avril&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;t&#233; dernier, le groupuscule G&#233;n&#233;ration identitaire avait affr&#233;t&#233; un bateau en M&#233;diterran&#233;e, pour refouler les migrants vers les eaux libyennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette ann&#233;e, m&#234;me concept, mais &#224; la montagne. Une petite centaine d'activistes d'extr&#234;me droite, issus de plusieurs pays d'Europe, se retrouvent au col de l'&#201;chelle. D'apr&#232;s eux, &#224; la fronti&#232;re franco-italienne, l'&#201;tat fait preuve de laxisme. Les n&#233;ofascistes installent donc une cl&#244;ture en plastique pour mat&#233;rialiser cette fronti&#232;re, qui se trouve en r&#233;alit&#233; quelques kilom&#232;tres en contrebas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des 4x4 rutilants, des h&#233;licopt&#232;res tournant dans le ciel : pour cette op&#233;ration de propagande, les moyens sont consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une vid&#233;o diffus&#233;e sur le Web, les militants x&#233;nophobes expliquent leur th&#233;orie : &#171; &lt;i&gt;L'immigration massive&lt;/i&gt; &#187; est un &#171; &lt;i&gt;danger mortel &lt;/i&gt; &#187;. Il faudrait donc que la jeunesse europ&#233;enne &#171; &lt;i&gt;reprenne son avenir en main et d&#233;fende sa civilisation&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clavi&#232;re, 22 avril&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lendemain, les soutiens des migrants r&#233;pliquent par une manifestation. Parties de Clavi&#232;re, dernier village italien avant le col de Montgen&#232;vre, quelque 120 personnes, accompagn&#233;es d'une trentaine d'exil&#233;s, prennent la direction de la France. &#192; la fronti&#232;re, les forces de l'ordre les attendent. Une petite bousculade plus tard, le barrage est forc&#233;. Dans l'apr&#232;s-midi, le cort&#232;ge solidaire arrive &#224; Brian&#231;on. Victoire&#8230; provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car le soir m&#234;me, plusieurs marcheurs sont interpell&#233;s. Devant les m&#233;dias, G&#233;rard Collomb, le ministre de l'Int&#233;rieur, renvoie dos &#224; dos fascistes et solidaires. Il affirme vouloir &#171; &lt;i&gt;combattre ceux qui souhaitent faire &#233;chec aux contr&#244;les des fronti&#232;res, comme ceux qui pr&#233;tendent se substituer aux forces de l'ordre dans ces missions&lt;/i&gt; &#187;. Mais il choisit son camp : les Identitaires, eux, ne sont pas inqui&#233;t&#233;s. Et surtout, des renforts de police et de gendarmerie sont envoy&#233;s dans les montagnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gap, 24 avril&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux jours plus tard, au tribunal, trois des marcheurs solidaires passent en comparution imm&#233;diate : une Italienne, Eleonora, un Belgo-suisse, Theo, et un Suisse, Bastien. &#194;g&#233;s de 23 &#224; 26 ans, ils sont vite surnomm&#233;s, &#171; les 3 de Brian&#231;on &#187;. La justice leur reproche notamment d'avoir &#171; &lt;i&gt;par aide directe ou indirecte, facilit&#233; ou tent&#233; de faciliter l'entr&#233;e irr&#233;guli&#232;re en France de plus d'une vingtaine d'&#233;trangers&lt;/i&gt; &#187;. Circonstance aggravante, aux yeux du procureur, &#171; &lt;i&gt;les faits ont &#233;t&#233; commis en bande organis&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Le tarif double donc : les pr&#233;venus risquent dix ans de prison et 750 000 &#8364; d'amende.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ils demandent le report du proc&#232;s, le temps de pr&#233;parer leur d&#233;fense. Le tribunal accepte, mais les place en d&#233;tention provisoire. Ces derni&#232;res ann&#233;es, des peines d'amende ou de prison avec sursis avaient d&#233;j&#224; &#233;t&#233; prononc&#233;es contre des d&#233;fenseurs des migrants. Mais c'est la premi&#232;re fois que des &#171; d&#233;linquants solidaires &#187; sont effectivement incarc&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gap, 3 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Neuf jours plus tard, le tribunal de Gap revient &#224; de meilleurs sentiments. Bastien, Theo et Eleonora sont lib&#233;r&#233;s. Ils quittent la prison des Baumettes, &#224; Marseille, mais restent soumis &#224; un contr&#244;le judiciaire strict : interdiction de s'exprimer sur les r&#233;seaux sociaux et obligation de demeurer dans un d&#233;partement fran&#231;ais, avec pointage r&#233;gulier &#224; la gendarmerie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brian&#231;on, 29 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, le mariage avait d&#233;fray&#233; la chronique : Marcel Amphoux, paysan hirsute, &#233;pousait une Parisienne de 25 ans sa cadette. La belle s'&#233;tait vite retrouv&#233;e accus&#233;e d'en vouloir au copieux h&#233;ritage du vieil ermite. Depuis sa mort en voiture, un an plus tard, l'h&#233;ritage fait l'objet d'une &#233;pique bataille judiciaire. Et la maison de Marcel, dans tout &#231;a ? Sur les hauteurs de Brian&#231;on, en attendant l'&#233;pilogue de l'histoire, elle est squatt&#233;e par des militants libertaires, qui en ont fait un havre pour les migrants de passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le jardin, voici Destin, qui vient du Cameroun. Qu'en pense-t-il, lui, de ce &#171; d&#233;lit de solidarit&#233; &#187; ? &#171; &lt;i&gt;D&#233;j&#224;, les droits de l'homme le disent : tout &#234;tre humain en situation de d&#233;tresse doit &#234;tre prot&#233;g&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Puis il d&#233;signe les cimes frontali&#232;res : &#171; &lt;i&gt;Nous sommes pass&#233;s dans cette brousse-l&#224;, avec de la neige. Avant de ressortir, certains ne sentaient m&#234;me plus leurs jambes. Si une personne trouve un gars couch&#233; au bord de la route et qu'elle d&#233;cide de l'aider, on ne peut pas l'emprisonner pour &#231;a. Si elle l'avait laiss&#233; l&#224;, il allait mourir. Et les policiers auraient alors d&#251; lui dire : &#8220; Non, tu as laiss&#233; un &#234;tre humain mourir, il fallait que tu l'aides. &#8221; Mais du coup, si elle l'aide, les policiers disent encore : &#8220; Non, pourquoi l'aider ? &#8221; Moi finalement, je ne comprends pas cette histoire...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Brian&#231;on, 30 m&lt;/strong&gt;ai&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le march&#233;, Ana&#239;s distribue des tracts contre les fronti&#232;res. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s leur manifestation au col de l'&#201;chelle, une quinzaine d'Identitaires sont rest&#233;s dans la r&#233;gion&lt;/i&gt;, raconte-t-elle. &lt;i&gt;On a recueilli des t&#233;moignages expliquant qu'ils montaient sur les cols et s'amusaient &#224; traquer les exil&#233;s, &#224; les bloquer, &#224; appeler la police pour qu'elle les arr&#234;te et les ram&#232;ne c&#244;t&#233; italien. &#199;a a dur&#233; quelques semaines. On nous a m&#234;me rapport&#233; que parfois, la police les f&#233;licitait de leur travail... Apr&#232;s, ils sont venus dans Brian&#231;on et au moment o&#249; les exil&#233;s arrivaient en ville, &#233;puis&#233;s, apr&#232;s avoir march&#233; depuis la fronti&#232;re, ils s'amusaient encore &#224; les poursuivre. En essayant de leur &#233;chapper, un gars a saut&#233; par-dessus un grillage et s'est compl&#232;tement d&#233;chir&#233; la main. Il y a une vraie mise en danger, de l'intimidation&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Clavi&#232;re, 30 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Brian&#231;on, il y a donc &#171; Chez Marcel &#187;. Et &#224; Clavi&#232;re, le squat solidaire s'appelle &#171; Chez J&#233;sus &#187;. De fait, c'est une salle paroissiale attenante &#224; l'&#233;glise qui est occup&#233;e par des libertaires. Elle sert d'abri aux migrants sur le point de tenter la travers&#233;e de la fronti&#232;re. Apr&#232;s les &#233;v&#233;nements d'avril, Yann a d&#233;cid&#233; de venir y donner un coup de main : &#171; &lt;i&gt;Quand on aborde le sujet des &#8220; groupustules &#8221; identitaires, on a tendance &#224; focaliser sur eux. Mais depuis que je suis l&#224;, ce sont vraiment les forces de l'ordre qui posent probl&#232;me. Ce sont elles qui traquent et qui sont &#224; l'origine des morts qu'on a eus derni&#232;rement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gap, 31 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, les &#171; 3 de Brian&#231;on &#187; vont &#234;tre jug&#233;s. Pour les soutenir, pr&#232;s de 200 personnes sont venues de Suisse, d'Italie et de France. &#171; &lt;i&gt;&#192; bas l'&#201;tat, les flics et les fronti&#232;res !&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;Siamo tutti antifascisti !&lt;/i&gt; &#187;, scandent-elles devant le tribunal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la salle d'audience, la d&#233;fense passe &#224; l'attaque. Ce ne sera pas le proc&#232;s des trois pr&#233;venus, mais celui de la loi elle-m&#234;me. Me Henri Leclerc commence par rappeler l'origine du &#171; d&#233;lit de solidarit&#233; &#187; : &#171; &lt;i&gt;C'est un d&#233;cret-loi de Daladier de 1938. De quoi s'agissait-il &#224; l'&#233;poque ? De pallier l'afflux massif d'une mis&#232;re du monde tout &#224; fait particuli&#232;re : les juifs d'Allemagne et de Pologne.&lt;/i&gt; &#187; Me Aur&#233;lie Valetta, dans la m&#234;me veine : &#171; &lt;i&gt;Ceux qui sont condamn&#233;s pour crime d'humanit&#233; en des temps d'injustice seront reconnus demain comme des Justes.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Une question reste en suspens : comment voulez-vous que l'histoire se souvienne de ce tribunal ?&lt;/i&gt; &#187; Applaudissements dans la salle. Me C&#233;cile Faure-Brac, elle, cite Antoine de Saint-Exup&#233;ry : &#171; &lt;i&gt;Une d&#233;mocratie doit &#234;tre une fraternit&#233;, sinon c'est une imposture.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les avocats de Theo et Bastien, le &#171; d&#233;lit de solidarit&#233; &#187; est incompatible avec la notion de &#171; fraternit&#233; &#187; proclam&#233;e par la Constitution. Ils demandent donc au tribunal de reporter le proc&#232;s, le temps de soumettre leur point de vue au Conseil constitutionnel, qui pourrait alors d&#233;cider d'abroger la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Eleonora, elle, ne souhaite pas s'associer &#224; cette d&#233;marche. Son avocat, Me Philippe Chaudon, s'en explique : &#171; [Ma cliente] &lt;i&gt;consid&#232;re que &#8220; l'anarchie organis&#233;e&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;est le plus haut degr&#233; de libert&#233; et d'ordre auquel l'humanit&#233; puisse parvenir &#8221;.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Elle nous dit : &#8220; Je suis l'ennemie de votre r&#233;publique. Je ne vous reconnais donc pas le droit &#224; vous, mon avocat, de demander au Conseil constitutionnel de dire si ce que j'ai fait est l&#233;gal ou ill&#233;gal. Je sais que ce que j'ai fait est l&#233;gal, humain, conforme &#224; mes valeurs. &#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gap, 31 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le procureur passe un sale moment. &#199;a fait deux heures qu'on le traite quasiment de nazi et voil&#224; qu'au moment o&#249; il prend la parole, les manifestants mass&#233;s devant le tribunal entonnent le fameux &#171; &lt;i&gt;Tout le monde d&#233;teste la police !&lt;/i&gt; &#187;. Visiblement mal &#224; l'aise, il botte en touche : &#171; &lt;i&gt;La justice n'a pas pour mission de prendre part &#224; des d&#233;bats politiques, encore moins id&#233;ologiques.&lt;/i&gt; &#187; Puis il se d&#233;fend sur le fond : &#171; &lt;i&gt;Qui a &#233;t&#233; poursuivi devant les juridictions des Hautes-Alpes pour avoir donn&#233; du pain, ouvert sa porte ? Personne.&lt;/i&gt; &#187; Me Yassine Djermoune rappellera plus tard que des dizaines de militants solidaires ont &#233;t&#233; auditionn&#233;s au commissariat : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est jamais innocent d'&#234;tre convoqu&#233; devant la police.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gap, 31 mai&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tribunal rend sa d&#233;cision : la question des avocats ne sera pas transmise au Conseil constitutionnel. Mais, saisis dans une autre affaire, les &#171; Sages &#187; doivent de toute fa&#231;on d&#233;cider cet &#233;t&#233; si le &#171; d&#233;lit de solidarit&#233; &#187; est compatible ou non avec la &#171; fraternit&#233; &#187;. Alors, il est urgent d'attendre : l'affaire est renvoy&#233;e au 8 novembre. D'ici l&#224;, les &#171; 3 de Brian&#231;on &#187; recouvrent leur libert&#233; : leur contr&#244;le judiciaire est lev&#233;. Ils peuvent rentrer dans leur pays et reprendre leur vie l&#224; o&#249; ils l'avaient laiss&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la sortie, Bastien et Theo prennent le micro : &#171; &lt;i&gt;La question de fond, c'est : &#8220; Pourquoi les gens migrent ? &#8221; Les in&#233;galit&#233;s, les mis&#232;res, les guerres, les d&#233;sastres &#233;cologiques et autres&#8230; Un point les relie tous : le capitalisme et son histoire, qui passe par l'esclavagisme, le colonialisme et l'imp&#233;rialisme.&lt;/i&gt; &#187; La foule applaudit. Les deux jeunes reprennent : &#171; &lt;i&gt;Ce sont les m&#234;mes pays qui criminalisent l'exil qui en sont les coupables.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gap, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son bureau, C&#233;cile Bigot-Dekeyzer, pr&#233;f&#232;te des Hautes-Alpes, r&#233;pond &#224; la radio publique belge&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plusieurs citations de cet article sont issues d'un reportage r&#233;alis&#233; pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Non seulement les forces de police ne mettent pas les migrants en danger, mais elles vont m&#234;me, &#224; travers les secours en montagne, chercher toutes les personnes qui se retrouvent en difficult&#233;, sans se demander si elles sont en situation r&#233;guli&#232;re ou irr&#233;guli&#232;re. Par ailleurs, elles ont l'obligation de respecter des r&#232;gles de d&#233;ontologie, la dignit&#233; humaine, les valeurs de la R&#233;publique. J'ai toute confiance dans la fa&#231;on dont elles travaillent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et quid des miliciens d'extr&#234;me droite ? &#171; &lt;i&gt;Ils ont &#233;t&#233; tr&#232;s surveill&#233;s tout au long de leur pr&#233;sence par la police et la gendarmerie&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fin juin, G&#233;n&#233;ration identitaire a finalement annonc&#233; la suspension de son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. [&#8230;] &lt;i&gt;Il n'y a jamais eu, en aucune mani&#232;re, de collaboration avec les forces de l'ordre de la part de G&#233;n&#233;ration identitaire. Savoir si, par ailleurs, ils ont mis des personnes en danger ou s'ils ont usurp&#233; les fonctions de tel ou tel, &#224; ce stade rien n'a &#233;t&#233; mis en &#233;vidence, mais une enqu&#234;te judiciaire a &#233;t&#233; ouverte par le procureur. C'est lui qui dira, &#224; l'issue de cette enqu&#234;te, si des infractions ont &#233;t&#233; commises ou non.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de quoi rassurer les militants solidaires, qui estiment que l'&#201;tat a clairement pris parti pour les n&#233;ofascistes, qui ont pu vaquer &#224; leur basse besogne en toute tranquillit&#233;, pendant que les &#171; 3 de Brian&#231;on &#187; &#233;taient embastill&#233;s. &#171; &lt;i&gt;La question n'est pas de savoir s'il y a deux poids deux mesures, si on est d'accord avec tel positionnement ou tel autre sur le plan politique&lt;/i&gt;, assure la pr&#233;f&#232;te. &lt;i&gt;La seule question qu'il faut se poser, c'est : &#8220;Est-ce que les lois ont &#233;t&#233; respect&#233;es ou non ? &#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La Roche-De-Rame, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son jardin, Agn&#232;s Antoine, de l'association Tous Migrants, r&#233;fute l'argument : &#171; &lt;i&gt;Les lois sont adapt&#233;es selon le bon vouloir des politiques qui sont en place. Le droit en lui-m&#234;me n'existe pas, on en fait ce qu'on veut.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Alberts, 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; juin&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au cimeti&#232;re du hameau des Alberts, il y a une tombe fra&#238;che. Celle d'Alpha Diallo, mort en traversant la fronti&#232;re. Ce soir, plusieurs dizaines d'autochtones et d'exil&#233;s sont venus se recueillir. Une montagnarde prend la parole : &#171; &lt;i&gt;Alpha, surtout et par-dessus tout, il faut te rendre hommage. Toi, l'enfant, l'homme, le fr&#232;re. Ici, la terre pleure ton &#226;me &#233;chou&#233;e. Pardonne-nous, Alpha, car nous n'avons pas su te sauver. Nous avons cru &#234;tre forts, parfaits, encore convaincus d'avoir &#233;vit&#233; le pire. Mais te voici, avec ton corps d'adolescent, ayant tout perdu, ayant tout donn&#233;.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Repose en paix parmi nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines avant Alpha&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;but juin, des informations laissaient finalement penser que le corps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, il y avait eu Blessing, une jeune Nig&#233;riane morte noy&#233;e dans la Durance. Elle serait tomb&#233;e dans l'eau en essayant d'&#233;chapper aux forces de l'ordre. Puis un autre corps a &#233;t&#233; retrouv&#233;, &#224; la fonte des neiges, sur le versant italien du col de l'&#201;chelle. Depuis combien de mois reposait-il l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aux Alberts, alors que la nuit tombe au pied des pentes qui m&#232;nent &#224; l'Italie, un montagnard s'adresse aux disparus : &#171; &lt;i&gt;Vous qui avez travers&#233; le d&#233;sert, les prisons de Libye, les risques de la M&#233;diterran&#233;e, qui avez failli mourir peut-&#234;tre cent fois, vous aviez fini de traverser les montagnes, vous &#233;tiez enfin arriv&#233;s &#224; bon port... Et non, il a fallu qu'&#224; trois, vous mouriez les uns apr&#232;s les autres. Continuons &#224; nous battre, pour mettre &#224; l'abri les jeunes qui sont en d&#233;tresse, quelles que soient leur race, leur appartenance politique ou religieuse. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plusieurs citations de cet article sont issues d'un reportage r&#233;alis&#233; pour la RTBF par Pierre Isnard-Dupuy et l'auteur de ces lignes. Il a &#233;t&#233; diffus&#233; le 9 juin dans l'&#233;mission &lt;a href=&#034;https://www.rtbf.be/auvio/detail_les-carnets-francophones?id=2360229&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les Carnets francophones &#187;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fin juin, G&#233;n&#233;ration identitaire a finalement annonc&#233; la suspension de son op&#233;ration alpine. Pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;but juin, des informations laissaient finalement penser que le corps enterr&#233; aux Alberts n'&#233;tait pas celui d'Alpha Diallo, mais celui d'un autre exil&#233; anonyme. Alpha Diallo aurait donc disparu en montagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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