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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>B&#233;ziers : La citoyennet&#233; est un sport de combat</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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		<dc:subject>Revenu</dc:subject>

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&lt;p&gt;En 2014, Robert M&#233;nard remportait la mairie de B&#233;ziers (H&#233;rault) avec le soutien du Front National. Multipliant des arr&#234;t&#233;s municipaux tout &#224; la fois antisociaux et grotesques, l'&#233;dile s'est montr&#233; un habile provocateur. Un temps sonn&#233;, le peuple biterrois rel&#232;ve la t&#234;te. Et le poing. Mercredi 18 f&#233;vrier, 8 h du matin. Le mercure du thermom&#232;tre peine &#224; d&#233;givrer sous les 4&#176;. A gauche, min&#233;rale et d&#233;serte, la place du 14-Juillet. En ligne d'horizon, les immenses cubes de la m&#233;diath&#232;que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 2014, Robert M&#233;nard remportait la mairie de B&#233;ziers (H&#233;rault) avec le soutien du Front National. Multipliant des arr&#234;t&#233;s municipaux tout &#224; la fois antisociaux et grotesques, l'&#233;dile s'est montr&#233; un habile provocateur. Un temps sonn&#233;, le peuple biterrois rel&#232;ve la t&#234;te. Et le poing.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1428 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-1-e989c.png?1779610053' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mercredi 18 f&#233;vrier, 8 h du matin. Le mercure du thermom&#232;tre peine &#224; d&#233;givrer sous les 4&#176;. A gauche, min&#233;rale et d&#233;serte, la place du 14-Juillet. En ligne d'horizon, les immenses cubes de la m&#233;diath&#232;que Andr&#233;-Malraux imposent leurs 8 000 m2 de surface. Au coin de la rue d'Alsace, un duo de bigotes attend dans le froid les premi&#232;res &#226;mes &#224; guider vers la lumi&#232;re de Dieu. Leur pancarte annonce : &#171; &lt;i&gt;O&#249; trouver les r&#233;ponses aux grandes questions de la vie ?&lt;/i&gt; &#187; Peut-&#234;tre sur l'affiche surplombant leurs t&#234;tes o&#249; tr&#244;ne le nouvel &#171; ami &#187; de la police municipale biterroise. Un 7.65 semi-automatique avec un &#233;cusson bleu-blanc-rouge sur la crosse. Avant de faire couler le sang, le dernier coup de pub du maire Robert &#171; Dirty Harry &#187; M&#233;nard a fait couler beaucoup d'encre. Une nouvelle fois, les journalistes sont venus radiographier cette ville de B&#233;ziers.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1429 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH750/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-2b-671eb.png?1779603367' width='500' height='750' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Couvre-feu pour les mineurs de 13&#8200;ans, arr&#234;t&#233; anti-crachats ou anti-linge aux fen&#234;tres : &#224; la t&#234;te de la ville depuis un an, Robert M&#233;nard a su d&#233;montrer qu'avant d'&#234;tre un habile gestionnaire, il &#233;tait un communicant des plus retors. Objectif de la man&#339;uvre : insuffler dans l'espace urbain le poison lent et continu d'une peur diffuse. Non pas celle du d&#233;classement social ou de la mis&#232;re mais de cette pl&#232;be bigarr&#233;e qui occupe encore le c&#339;ur de la ville. De 1975 &#224; 1999, la ville a perdu plus de 15 000 habitants. Tandis que les classes moyennes fuyaient l'intra-muros pour s'installer dans les villages p&#233;riph&#233;riques (ah ! L'irr&#233;sistible tropisme du bonheur pavillonnaire !), la m&#233;tropole montpelli&#233;raine finissait d'aspirer la jeunesse biterroise. Ceinturant la ville, les grandes zones commerciales (Villeneuve-l&#232;s-B&#233;ziers, Polygone, etc.) finissaient de terrasser le r&#233;seau des petits commerces de la cit&#233;. B&#233;ziers, ville sinistr&#233;e, la triste devise n'allait plus quitter les basques de la sous-pr&#233;fecture de l'H&#233;rault. Hormis pour le top ten des villes les plus pauvres de France, la cit&#233; biterroise restait hors course, promise &#224; la longue pente du d&#233;clin. Un sympt&#244;me ne trompait pas : les k&#233;babs fleurissaient sur les dignes all&#233;es Paul-Riquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Romancier et homme de th&#233;&#226;tre, Gilles Moraton est aussi biblioth&#233;caire, sp&#233;cialis&#233; dans les livres anciens. On prend place dans une grande salle de lecture de la m&#233;diath&#232;que. Les portes ne sont pas encore ouvertes au public. &#171; &lt;i&gt;J'imagine que vous &#234;tes venus me voir pour la lettre ?&lt;/i&gt; &#187; L'homme h&#233;site, rappelle qu'il est soumis &#224; un devoir de r&#233;serve. Avant de se regonfler : le maire n'est pas son sup&#233;rieur puisque la m&#233;diath&#232;que d&#233;pend de la communaut&#233; d'agglo. &#171; &lt;i&gt;M&#233;nard a la m&#234;me d&#233;marche que tous les maires frontistes &#233;lus pr&#233;c&#233;demment dans les villes du Sud. Sauf qu'en plus, c'est un communicant. Tout en critiquant les m&#233;dias, il sait s'en servir.&lt;/i&gt; &#187; Gilles est calme, souriant. Dans sa t&#234;te, les digues ont saut&#233; lorsqu'il a d&#233;couvert la derni&#232;re campagne de pub de M&#233;nard. Coupler l'image d'un pistolet avec le mot &#171; ami &#187;, la provoc fut celle de trop : &#171; &lt;i&gt;J'ai fait une lettre ouverte qui part du constat qu'une arme ne peut pas &#234;tre un ami. C'est d'abord un objet destin&#233; &#224; tuer. Pour moi, c'est une apologie de la violence, un appel &#224; la haine. C'est aussi une fa&#231;on de pr&#233;parer les gens &#224; la guerre, &#224; sa guerre &#224; lui&lt;/i&gt;. &#187; La lettre a &#233;t&#233; mise en ligne le mercredi 11 f&#233;vrier, 200&#8200;partages sur Facebook en deux heures. &#171; &lt;i&gt;&#199;a m'a tr&#232;s &#233;tonn&#233;. Je ne m'y attendais pas. Le fait que j'exprime ce que beaucoup pensent a agi comme un catalyseur.&lt;/i&gt; &#187; Courte, sobre, la missive interpelle le premier &#233;lu biterrois jusque dans les recoins les plus pathog&#232;nes de sa politique : &#171; &lt;i&gt;Vous voulez choquer, vous voulez qu'on parle de vous dans les m&#233;dias nationaux, votre immense ego ne peut se satisfaire du silence et pour ce faire, vous n'h&#233;sitez pas &#224; faire appel aux instincts les plus bas, &#224; la part sombre des individus, la protection du clan contre l'ennemi. Mais l'ennemi, Robert M&#233;nard, l'ennemi est surtout dans votre t&#234;te, vous &#234;tes votre propre ennemi, et le fait que vous ayez re&#231;u le pouvoir du peuple ne vous autorise pas &#224; ramener le peuple dans la pr&#233;histoire.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Identit&#233; biterroise : de la croix occitane au k&#233;bab&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1430 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-5-fe9d5.png?1779610053' width='500' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Retour dans les rues gel&#233;es. En quelques heures, un nouveau slogan appara&#238;t sur les panneaux publicitaires : &#171; &lt;i&gt;D&#233;sormais notre ville a des milliers de nouveaux amis. 72 % des sond&#233;s par RMC et M6 ont vot&#233; pour l'affiche sur notre Police municipale !&lt;/i&gt; &#187; Il y a quelque chose de proprement orwellien &#224; voir ces injonctions politiques surgir et saturer la ville. On en oublierait presque la quarantaine de cam&#233;ras de vid&#233;osurveillance quadrillant la cit&#233;. A quelques m&#232;tres de l'&#233;glise de la Madeleine, rendez-vous est pris avec la n&#233;buleuse du contre-journal num&#233;rique &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.envieabeziers.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En vie &#224; B&#233;ziers&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Ursula&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A sa demande, son pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; en r&#233;sume les premiers jalons : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e du journal est venue d'une mobilisation spontan&#233;e, de gens issus de milieux diff&#233;rents, politiques ou associatifs. Il y a eu la volont&#233; d'entrer dans une joute verbale contre le verbe naus&#233;abond v&#233;hicul&#233; par M&#233;nard &#224; travers son bulletin municipal.&lt;/i&gt; &#187; Tir&#233; &#224; allure bimensuelle par la mairie, &lt;i&gt;Le journal de B&#233;ziers&lt;/i&gt; est un joyau de propagande m&#233;nardienne, &#171; &lt;i&gt;un truc entre Closer et le Nouveau D&#233;tective&lt;/i&gt; &#187;, selon Gilles Moraton. Le num&#233;ro du 15 f&#233;vrier titre sur la pr&#233;c&#233;dente gestion de Raymond Couderc, patron UMP de la ville de 1995 &#224; 2014. D&#233;penses incontr&#244;l&#233;es, absent&#233;isme important, dette structurellement toxique : face au bilan ruineux de son pr&#233;d&#233;cesseur, M&#233;nard promet une gestion rigoureuse. Plus loin, deux pages s'&#233;talent &#224; la gloire de la police municipale. &#171; &lt;i&gt; La nuit, dans certaines rues de B&#233;ziers, depuis des ann&#233;es, c'&#233;tait l'heure du &#8220;business&#8221;, de l'embrouille, de la baston parfois&lt;/i&gt; &#187;, commence l'article aux allures de mauvais polar. Avant de promettre qu'avec une hausse de 37 &#224; 67&#8200;agents de police, &#171; &lt;i&gt;l'affaire sera un peu moins dans le sac pour la faune nocturne&lt;/i&gt; &#187;. Sur les deux pages centrales, ce sont les filles de l'&#233;quipe de volley-ball, les &#171; B&#233;ziers Angels &#187; qui posent au sortir de la douche. Sous la machiste titraille &#171; Cool mouill&#233;es &#187;, les sportives minaudent avec leur plastique de potiche. En fin de journal, on d&#233;couvrira la prose faisand&#233;e de Laurent Obertone, essayiste r&#233;ac et auteur du pamphlet z&#233;mouro-compatible &lt;i&gt;La France Big Brother&lt;/i&gt;. Apr&#232;s Philippe de Villiers, Obertone &#233;tait le dernier invit&#233; du cycle de conf&#233;rences cyniquement appel&#233; &#171; B&#233;ziers lib&#232;re la parole &#187;. Les maux &#224; l'origine du d&#233;clinisme fran&#231;ais selon Obertone : &#171; &lt;i&gt;Le concept d'&#233;galit&#233;, la soci&#233;t&#233; de consommation, le progressisme, mai 68, l'antiracisme&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Fermez le bal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;L'autre id&#233;e en faisant En vie &#224; B&#233;ziers&lt;/i&gt;, poursuit Ursula, &lt;i&gt;c'&#233;tait de montrer la part cr&#233;ative et heureuse de vivre de la population. A part une personne, nous sommes tous amateurs. On a cette intuition que B&#233;ziers est devenue une sorte de laboratoire de l'extr&#234;me droite et, outre les billets d'humeur qui soulagent&lt;/i&gt; (rires&#8230;), &lt;i&gt;on a fait des articles de fond pour comprendre pourquoi et comment la pens&#233;e d'extr&#234;me droite progresse en France et en Europe. Ce questionnement-l&#224;, on ne le sent pas du tout au centre des pr&#233;occupations des partis politiques.&lt;/i&gt; &#187; Et David de confirmer : &#171; &lt;i&gt;Il y a une vraie atonie dans la sph&#232;re politicienne ; cela nous a pouss&#233;s, &#224; travers le journal, &#224; r&#233;fl&#233;chir ensemble &#224; comment M&#233;nard est arriv&#233; aussi facilement, qu'est-ce qui a pr&#233;par&#233; le terrain.&lt;/i&gt; &#187; A quelques pas du caf&#233; o&#249; on sirote nos boissons, se trouve le quartier Capnau, enchev&#234;trement de petites ruelles &#233;troites. Ballade &#171; typique &#187; dans une partie du vieux B&#233;ziers qui en ferait presque oublier le taux de pauvret&#233; de ses habitants. Val&#233;rie est institutrice dans le quartier. Elle explique les logements d&#233;labr&#233;s, les anciennes &#233;choppes ferm&#233;es. &#171; &lt;i&gt;Plus de 90&#8200;% de mes &#233;l&#232;ves sont issus de l'immigration, des pauvres, des Gitans. Les autres enfants sont &#224; l'&#233;cole priv&#233;e Le Pic qui est juste &#224; c&#244;t&#233;. Tous les matins, je passe &#224; pied devant cette &#233;cole et&#8230;&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;&#8230;tu fais attention &#224; ne pas te faire &#233;craser par les 4X4 !&lt;/i&gt; &#187;, la coupe &#201;ric avec malice. Salve de rires. Val&#233;rie reprend : &#171; &lt;i&gt;Exactement&#8230; Tu as toutes ces grosses bagnoles gar&#233;es en double file avec le moteur qui tourne, les gosses qui sortent, propres sur eux. D&#232;s que je d&#233;passe l'&#233;cole priv&#233;e, j'ai l'impression que je rentre dans un nouveau monde. Physiquement. Ce sont des gens tr&#232;s, tr&#232;s pauvres, qui vivent dans des logements insalubres. Les marchands de sommeil leur louent des trucs pourris ; j'ai rencontr&#233; une maman r&#233;cemment qui loue un F1 &#224; 700 euros !&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Alors qu'&#224; B&#233;ziers, les loyers sont ridiculement bas !&lt;/i&gt; mart&#232;le &#201;ric. &lt;i&gt;Pour 500&#8200;euros, tu peux louer un super appart mais il faut passer par des circuits auxquels eux n'ont pas acc&#232;s, parce que pas de travail ou en situation irr&#233;guli&#232;re. Du coup, ils n'ont pas droit au parc locatif officiel et passent par des loueurs peu scrupuleux.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arpentant les rues du c&#339;ur historique, on croise un site de fouilles arch&#233;ologiques rappelant que les rives de l'Orb ont s&#233;duit les premi&#232;res colonies humaines d&#232;s l'&#232;re du n&#233;olithique. La ville romaine, Baeterrae, &#233;rig&#233;e en 52, donnera tout son essor &#224; la cit&#233;. Place Saint-Cyr, l'essor a bel et bien laiss&#233; la place &#224; l'essoreuse. &#171; &lt;i&gt;Quand je vivais dans le coin, il y avait une boucherie chevaline, une &#233;picerie, deux bars et un buraliste&lt;/i&gt;, se rem&#233;more David. &lt;i&gt;Tout a disparu. Ne reste que la boulangerie.&lt;/i&gt; &#187; La boulang&#232;re est accueillante mais pr&#233;f&#232;re passer le crachoir &#224; son mari. L'homme d&#233;boule de son atelier, avenant : &#171; &lt;i&gt;C'est pour monsieur M&#233;nard ?&lt;/i&gt; &#187; On corrige la m&#233;prise et repose la question : comment expliquer la survie de la boulangerie alors que tous les autres commerces ont ferm&#233; ? Le propri&#233;taire des lieux se lance dans une rapide introspection avant de l&#226;cher : &#171; &lt;i&gt;Vous savez, j'aime ma ville mais le commerce a chang&#233;. Je pense que la relance d'une ville doit passer par son identit&#233;. Je fais des g&#226;teaux traditionnels, des coques, des c&#339;urs-amandes. Il y a des clients qui m'&#233;crivent pour me remercier, m&#234;me des Am&#233;ricains&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Puis sur le ton de la confidence : &#171; &lt;i&gt;Vous avez vu le drapeau occitan sur la vitrine ? Si les gens le voient, ils rentrent. Sinon ils croient que c'est un k&#233;bab. Il faudrait un artisan sur la place qui fasse des croix occitanes pour attirer du monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La police : entre Palm Beach et le &#171; Canada &#233;quatorial &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Para&#238;t que c'est les meilleurs k&#233;babs de tout B&#233;ziers. Sur la terrasse, quelques clients attabl&#233;s profitent d'une flaque de soleil. A l'int&#233;rieur, Omar et Abdallah s'affairent derri&#232;re le comptoir. On s'installe. Les k&#233;babs ne font pas mentir leur r&#233;putation. Quelle a &#233;t&#233; leur r&#233;action quand ils ont vu les nouvelles affiches de la mairie ? Abdallah : &#171; &lt;i&gt;Chaud et froid, froid et chaud, &#224; force, on finit par &#234;tre blas&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Moi ? J'ai pris une photo !&lt;/i&gt; &#187;, lance hilare Omar. On insiste. Omar aff&#251;te sa lance de jouteur : &#171; &lt;i&gt;Tu veux des phrases longues, tu veux de la s&#233;mantique ? Les flics, c'est devenu une pub ici. C'est le T&#233;l&#233;thon. Hier soir, en rentrant du boulot en voiture, je suis rest&#233; bloqu&#233; devant une affiche qui tournait en boucle au-dessus de la Poste : Un seul num&#233;ro utile, la police.&lt;/i&gt; &#187; Omar ouvre des yeux ronds qui traduisent une certaine sid&#233;ration. &#171; &lt;i&gt;B&#233;ziers, c'est la ville des prototypes. On a eu Palm Beach avec les flics en VTT, le Canada &#233;quatorial &#8211; &#233;cris pas, &#231;a n'existe pas !&#8200;&#8211;&#8200;avec la brigade &#233;questre et maintenant on a la police arm&#233;e.&lt;/i&gt; &#187; Attendant que les rires se calment, l'homme poursuit et on ne sait plus s'il continue son one-man-show ou si de sombres pr&#233;sages sous-tendent sa parole : &#171; &lt;i&gt; Avant, je passais devant les flics avec ma capuche, maintenant je l'enl&#232;ve. On est devenus des cibles.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1431 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-8-e0fb2.png?1779610053' width='500' height='707' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Conseill&#232;re &#224; P&#244;le Emploi, Maryvonne t&#233;moigne du climat d&#233;l&#233;t&#232;re depuis l'&#233;lection de M&#233;nard. Plusieurs fois, elle a &#233;t&#233; t&#233;moin de propos racistes. La derni&#232;re fois, c'&#233;tait dans le bus : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;trangers vous faites chier ! Vous venez juste ici pour faire des gosses !&lt;/i&gt; &#187; Auparavant, c'&#233;tait des voisins qui lan&#231;aient &#224; une poign&#233;e de gamins ayant eu la mauvaise id&#233;e de frapper le ballon sous leurs volets : &#171; &lt;i&gt;Ici les beurs, on n'en veut pas ! &lt;/i&gt; &#187; Ursula a &#233;t&#233; marqu&#233;e par un autre &#233;pisode. C'&#233;tait lors de la venue de Philippe de Villiers le 9&#8200;d&#233;cembre dernier au th&#233;&#226;tre de la ville pour la sortie de son livre &lt;i&gt;Le roman de Jeanne d'Arc&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Il y a eu quelques agitateurs dans la salle et de Villiers a retourn&#233; tout le th&#233;&#226;tre contre eux. Ils se sont fait huer et sortir. De Villiers a comment&#233; l'incident en l&#226;chant : &#8220;D'ailleurs si Jeanne D'Arc revenait, vous savez ce qu'elle ferait ? Elle nettoierait les banlieues.&#8221; La foule a applaudi. Un vrai climat de lynchage. Bien que la sc&#232;ne soit film&#233;e et en ligne sur Internet, je n'en ai vu aucun &#233;cho dans la presse.&lt;/i&gt; &#187; David, quant &#224; lui, se souvient d'un autre f&#226;cheux moment. C'&#233;tait au moment de No&#235;l, M&#233;nard avait fait installer une cr&#232;che religieuse dans la mairie. L'affaire avait fait grand bruit et une plainte avait &#233;t&#233; d&#233;pos&#233;e pour non-respect du principe de la&#239;cit&#233;. David &#233;tait devant la mairie lorsqu'un jeune &#233;tait arriv&#233; et avait tagu&#233; &#171; la&#239;cit&#233; &#187; sur le parvis. &#171; &lt;i&gt;Imm&#233;diatement cinq sbires de M&#233;nard ont fait irruption, tr&#232;s agressifs. J'ai essay&#233; de calmer le jeu et puis neuf policiers ont d&#233;barqu&#233; et nous ont molest&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1432 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH422/p04-reportage-beziers-julien-revenu-2015-7-19ca3.png?1779610053' width='400' height='422' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Julien Revenu.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Rue de la Rotonde, on trouve les locaux de la Cimade ; une cinquantaine de migrants y sont h&#233;berg&#233;s. Des grappes d'enfants jouent dans la cour. Depuis la Seconde Guerre mondiale, le foyer a vu d&#233;filer toutes les migrations biterroises : Espagnols, Nord-Africains et maintenant pays de l'Est et Afrique subsaharienne. Venu d'Agde, G&#233;rard vient r&#233;guli&#232;rement donner des cours &#224; des minots de tous pays. La chasse aux pauvres, il l'a d&#233;j&#224; constat&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Quand j'arrive &#224; la gare, je passe par le Jardin des Po&#232;tes. Avant les &#233;lections, c'&#233;tait un quartier populaire ; depuis quelque temps, plus rien. Tout est quadrill&#233; par les flics, les petits trafics se sont d&#233;plac&#233;s ailleurs.&lt;/i&gt; &#187; Un des messages les plus serin&#233;s par la municipalit&#233; est le nettoyage de la ville : au niveau architectural, &#231;a passe par le ravalement des fa&#231;ades, au niveau humain, par une &#233;limination des pauvres gr&#226;ce &#224; un incessant harc&#232;lement policier. David : &#171; &lt;i&gt;M&#233;nard a rattach&#233; les services de m&#233;diation de la ville &#224; la police municipale. Une nouvelle verticalit&#233; tr&#232;s fasciste dans l'&#226;me. Concernant les SDF, il a le projet de cr&#233;er une association &#224; laquelle ils seraient oblig&#233;s d'adh&#233;rer. Ainsi ils seraient fich&#233;s, renouant ainsi avec l'ancien d&#233;lit de vagabondage. Il l'a dit clairement : il n'en veut pas un seul dehors&lt;/i&gt;. &#187; Dans cette ambiance, un lieu comme la Cimade fait figure de pr&#233;cieuse enclave. R&#233;guli&#232;rement, elle ouvre ses portes pour accueillir conf&#233;rences ou d&#233;bats qui ne pourraient pas avoir lieu ailleurs. Parce que le droit des migrants, c'est aussi le droit de tous, le lieu tend &#224; s'ouvrir de plus en plus sur le quartier, la ville. &#171; &lt;i&gt;On cherche &#224; recr&#233;er du lien. On n'en est m&#234;me plus &#224; parler de solidarit&#233; mais simplement de se rencontrer. &#199;a passe par des choses simples : la bouffe, la musique, les gosses, les droits aussi&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Daniel, un de ses permanents. Fin mars, avec d'autres associations, la Cimade compte r&#233;&#233;diter le Festival des peuples. Nouvelle ligne de mire : l'acquisition d'un immeuble associatif, lieu vu comme &#171; &lt;i&gt;convivial et participatif &lt;/i&gt; &#187;. Extrait de la plateforme : &#171; &lt;i&gt;Eh oui, on nous r&#233;p&#232;te &#224; longueur de temps que B&#233;ziers s'ennuie et se meurt jour apr&#232;s jour. Mais &#224; B&#233;ziers, loin des bourdonnements politiques et m&#233;diatiques, de nombreux habitants, associations, citoyens se bougent et font vivre cette ville.&lt;/i&gt; &#187; La nuit d'apr&#232;s, des mains anonymes proc&#233;daient &#224; de sauvages d&#233;tournements des derni&#232;res pubs flattant la police municipale. M&#234;me pas mort, le peuple biterrois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illustrations de &lt;a href=&#034;http://julienrevenu.blogspot.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Julien Revenu&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1433 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L228xH236/p04-revenu-68d86.png?1779610053' width='228' height='236' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A sa demande, son pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Revenu inconditionnel, k&#233;sako ?</title>
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		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


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&lt;p&gt;Enseignant et objecteur de croissance, Baptiste Mylondo ferraille pour d&#233;montrer la dimension r&#233;volutionnaire et r&#233;aliste du projet de revenu inconditionnel. En lui &#233;pargnant la question r&#233;currente de son financement, CQFD lui a offert la possibilit&#233; de pr&#233;ciser sa pens&#233;e. CQFD : Quelle diff&#233;rence faire entre revenu garanti, revenu minimum, revenu socialis&#233; (contrats aid&#233;s), revenu universel et revenu inconditionnel ? Baptiste Mylondo : Il existe en effet une confusion entre plusieurs (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no125-octobre-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;125 (octobre 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tanxxx" rel="tag"&gt;Tanxxx&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/inconditionnel" rel="tag"&gt;inconditionnel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-revenu" rel="tag"&gt;d'un revenu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/revenu-insuffisant" rel="tag"&gt;revenu insuffisant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/revenus" rel="tag"&gt;revenus&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Enseignant et objecteur de croissance, Baptiste Mylondo ferraille pour d&#233;montrer la dimension r&#233;volutionnaire et r&#233;aliste du projet de revenu inconditionnel. En lui &#233;pargnant la question r&#233;currente de son financement,&lt;i&gt; CQFD&lt;/i&gt; lui a offert la possibilit&#233; de pr&#233;ciser sa pens&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1252 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH536/p07-10-tanxxx05-20ca5.jpg?1779602886' width='400' height='536' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Tanxxx.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Quelle diff&#233;rence faire entre revenu garanti, revenu minimum, revenu socialis&#233; (contrats aid&#233;s), revenu universel et revenu inconditionnel ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Baptiste Mylondo&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Baptiste Mylondo est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la question, dont le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; :&lt;/strong&gt; Il existe en effet une confusion entre plusieurs propositions alternatives ou concurrentes. Elles peuvent r&#233;pondre &#224; diverses formulations (parfois les m&#234;mes, pour ajouter &#224; la confusion), partager certaines caract&#233;ristiques communes (l'inconditionnalit&#233; par exemple, m&#234;me si elle n'est pas toujours entendue de la m&#234;me mani&#232;re&#8230;) mais elles se distinguent souvent par les montants avanc&#233;s, les modalit&#233;s de versement envisag&#233;es, les b&#233;n&#233;ficiaires retenus, le fondement adopt&#233;, ou parfois m&#234;me la conception de l'inconditionnalit&#233; d&#233;fendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me limiterai &#224; trois exemples. Personnellement, je pr&#233;f&#232;re le revenu &#171; suffisant &#187;, qui pr&#233;cise le crit&#232;re de d&#233;termination du montant, au revenu &#171; minimum &#187; ou au revenu &#171; de base &#187; qui n'en disent rien et n'excluent surtout pas un revenu insuffisant. De m&#234;me, je pr&#233;f&#232;re le revenu &#171; de citoyennet&#233; &#187; (formule que j'emploie parfois), condition de la participation effective des citoyens &#224; la vie sociale, au revenu &#171; citoyen &#187; de Villepin par exemple, conditionn&#233; par la nationalit&#233;. Je pr&#233;f&#232;re enfin le revenu &#171; inconditionnel &#187;, comme son nom l'indique, &#224; un revenu &#171; garanti &#187; vers&#233; sous condition de ressources (principe de &#171; l'inconditionnalit&#233; faible &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais parce que l'appellation ne dit pas tout, il convient de pr&#233;ciser ce que l'on entend par revenu inconditionnel et pourquoi on le d&#233;fend. Pour ma part, je milite pour un revenu vers&#233; sans condition ni contrepartie, &#224; tous les membres d'une communaut&#233; politique donn&#233;e (les r&#233;sidents si l'on prend l'&#233;chelle nationale), et d'un montant suffisant pour pouvoir &#234;tre &#224; l'abri de la pauvret&#233;, acc&#233;der aux biens et services jug&#233;s essentiels et se passer durablement d'emploi. Concernant le pourquoi, c'est la double question du fondement (en quoi est-ce juste ?) et de l'objectif (pourquoi est-ce souhaitable ?). De mon point de vue, le revenu inconditionnel doit venir reconna&#238;tre, permettre et encourager la contribution de tous &#224; la richesse sociale, et il doit permettre, entre autres bienfaits, de remettre en cause le culte de l'emploi, l'addiction au turbin, la folie de la croissance et &#173;l'exploitation capitaliste. C'est dans cette optique que je le d&#233;fends.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Certains voient dans le projet d'un revenu d'existence un possible mode d'am&#233;nagement du capitalisme mondialis&#233;, en cumulant par exemple toutes les aides en nature comme en esp&#232;ces vers&#233;es par le syst&#232;me social ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe en effet des projets dont l'ambition est d'am&#233;nager voire de sauver le capitalisme de lui-m&#234;me, mais ce n'est assur&#233;ment pas le mien. Parmi les propositions de revenus inconditionnels &#224; combattre, il y a cette version digne du &lt;i&gt;Meilleur des mondes&lt;/i&gt; d'Huxley, qui consiste &#224; acheter la paix sociale par du pain et des jeux. C'est ce que certains ont appel&#233; le &#171; tititainement&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ou tittytainment : le terme, qui renvoie &#224; la fois au sein maternel (tit) (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;. Il s'agit donc de divertir, de gaver et d'apaiser les masses que les gains de productivit&#233; et la m&#233;canisation &#224; outrance permettent de maintenir &#224; l'&#233;cart du processus de production.
On peut aussi mentionner l'approche lib&#233;rale, souvent agit&#233;e pour d&#233;cr&#233;dibiliser les propositions de gauche. Elle consiste &#224; verser un revenu insuffisant financ&#233; par la suppression de toute protection sociale, et &#224; all&#233;ger substantiellement le droit social (en &#244;tant par exemple cette charge insoutenable du smic qui p&#232;se sur les employeurs) pour que le march&#233; du travail puisse enfin fonctionner correctement.
Enfin, je signale parfois une autre approche, &#171; ni de droite, ni de gauche &#187;, visant uniquement &#224; simplifier la protection sociale et le syst&#232;me fiscal. On ne peut &#233;videmment se satisfaire d'un tel projet qui cautionnerait la r&#233;partition actuelle des richesses. C'est pourquoi il est indispensable de concevoir le revenu inconditionnel dans le cadre d'un projet politique plus large de transformation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela ne conduit-il pas &#224; faire financer un mode de vie occidental par les travailleurs chinois et demain malgaches ou nig&#233;rians ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soyons clairs, notre mode de vie n'est possible que parce que nous exploitons le reste de la plan&#232;te et ses habitants. Instaurer un revenu inconditionnel en France par exemple ne changera vraisemblablement pas grand-chose &#224; l'affaire. Avec cette mesure, il s'agit surtout d'instaurer une nouvelle politique de revenus remettant en cause l'ampleur et l'injustice des in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques et sociales. Dans cette optique, le revenu inconditionnel doit notamment aller de pair avec un revenu maximum. Cela permettrait d&#233;j&#224; de remettre en cause l'exploitation au sein de notre soci&#233;t&#233;. Pour le dire vite, cela &#244;terait aux plus riches le pouvoir de commander tout en donnant aux moins riches la possibilit&#233; de refuser de les servir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et le travailleur chinois ? Il est clair que son quotidien ne sera pas chamboul&#233; pour autant, mais cela ne doit pas nous emp&#234;cher d'adopter d'autres mesures afin de mettre un terme &#224; &#173;l'exploitation que nous lui imposons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel lien &#233;tablir entre revenu inconditionnel et d&#233;croissance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui nous sommes pris dans un cercle vicieux qui nous pousse &#224; bosser trop, pour consommer trop, pour bosser trop, etc. C'est la cons&#233;quence directe de la &#171; valeur travail &#187; (la survalorisation sociale de l'emploi) et de l'imp&#233;ratif de croissance. Mon espoir est que la mise en place d'un revenu inconditionnel nous permette de sortir de cette logique absurde et nous conduise &#224; une d&#233;croissance qui doit &#234;tre une d&#233;croissance de notre mode de vie autant qu'une lib&#233;ration de notre temps. L'enjeu est de poser enfin la question du &#171; suffisant &#187; (et donc, incidemment, la question du &#171; trop &#187;) au lieu de viser maladivement le &#171; toujours plus &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier Bye-bye turbin :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Bye-Bye-Turbin-Introduction&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Introduction&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-travail-en-miettes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le travail en miettes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Au-turbin-camarade&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au turbin, camarade !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/La-dame-pipi-est-l-avenir-du&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La dame-pipi est l'avenir du ch&#244;meur&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-sale-boulot-des-socialos&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Le sale boulot des &#171; socialos &#187;&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Fais-moi-mal-boss&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Fais-moi mal, boss !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Heureux-fiers-et-chomeurs&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Heureux, fiers et ch&#244;meurs&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Revenu-inconditionnel-kesako&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Revenu inconditionnel, k&#233;sako ?&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Baptiste Mylondo est l'auteur de plusieurs ouvrages sur la question, dont le dernier en date :&#8200;&lt;i&gt;Pour un revenu sans conditions : garantir l'acc&#232;s aux biens et services essentiels&lt;/i&gt;, Utopia, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ou tittytainment : le terme, qui renvoie &#224; la fois au sein maternel (&lt;i&gt;tit&lt;/i&gt;) et au divertissement (&lt;i&gt;entertainment&lt;/i&gt;), a &#233;t&#233; forg&#233; par Zbigniew Brzezinski, ex-conseiller de Jimmy Carter, &#224; l'occasion d'une r&#233;union de grands de ce monde en 1995. Leur pr&#233;occupation : que faire des 80 % de ch&#244;meurs que la globalization va jeter sur le carreau ?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le cul des autres</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-cul-des-autres</link>
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		<dc:date>2012-05-01T05:19:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Les entrailles de Mademoiselle</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Sandrine et H&#233;l&#233;na grappillent toutes les deux le Revenu de solidarit&#233; active (RSA). Sandrine a un enfant de huit ans, vit en couple et travaille quelques heures par jour dans le &#171; service &#224; la personne &#187;. Toute la journ&#233;e, elle court entre la maison, les courses, le m&#233;nage, la bouffe, l'&#233;cole et les personnes &#226;g&#233;es qu'elle lave, fait manger et &#233;coute se plaindre. Elle bosse deux heures par jour, quarante-cinq minutes le matin, quarante-cinq minutes le midi, et une demi-heure le soir. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no98-mars-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;98 (mars 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-entrailles-de-Mademoiselle" rel="tag"&gt;Les entrailles de Mademoiselle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Tanxxx" rel="tag"&gt;Tanxxx&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quarante-cinq-minutes" rel="tag"&gt;quarante-cinq minutes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quarante-cinq" rel="tag"&gt;quarante-cinq&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Sandrine et H&#233;l&#233;na grappillent toutes les deux le Revenu de solidarit&#233; active (RSA). Sandrine a un enfant de huit ans, vit en couple et travaille quelques heures par jour dans le &#171; service &#224; la personne &#187;. Toute la journ&#233;e, elle court entre la maison, les courses, le m&#233;nage, la bouffe, l'&#233;cole et les personnes &#226;g&#233;es qu'elle lave, fait manger et &#233;coute se plaindre. Elle bosse deux heures par jour, quarante-cinq minutes le matin, quarante-cinq minutes le midi, et une demi-heure le soir. &#201;videmment, avec les temps de trajet, ce boulot n'est absolument pas rentable, puisqu'elle passe deux heures sur vingt-quatre dans sa voiture&#8230; soit autant qu'au boulot ! Sans compter qu'elle se casse le dos et se coltine souvent des cas assez lourds, comme M. D., qui pisse partout et se&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_311 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;12&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH399/98tanxxx-59fea.png?1779602765' width='400' height='399' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Tanxxx
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;comporte comme un gros d&#233;gueulasse. Elle le supporte pourtant tous les matins, du lundi au dimanche compris. Au total, elle travaille environ quarante-cinq heures par mois, ce qui l'aide vaguement &#224; mettre du beurre dans les coquillettes. Mais il para&#238;t qu'elle a plut&#244;t de la chance, car elle n'est pas seule, m&#234;me si son mari ne fait pas grand-chose &#224; la maison et que le gamin est suffisamment grand pour &lt;i&gt;&#171; se garder tout seul &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui n'est pas le cas d'H&#233;l&#233;na, qui a une enfant de deux ans et qui est &#171; parent isol&#233; &#187;, comme on dit. Elle s'est toujours demand&#233; pourquoi on appelait cela &#171; parent isol&#233; &#187;, parce que jusqu'&#224; pr&#233;sent, &#224; chaque fois qu'elle rencontre quelqu'un qui &#233;l&#232;ve seul ses gamins, c'est une femme. Comme beaucoup d'entre elles, H&#233;l&#233;na essaie de courir apr&#232;s son ex pour toucher une pension alimentaire qui ne vient jamais. Elle re&#231;oit 778 euros de RSA et, en plus, cumule deux petits boulots. Ce n'est pas que &#231;a l'enchante, mais elle s'est sentie oblig&#233;e d'accepter la derni&#232;re proposition qu'on lui a faite, pour ne pas avoir l'air de rechigner &#224; la t&#226;che. Du coup, elle encha&#238;ne des journ&#233;es marathon et mange dans sa voiture, en cinq minutes, en esp&#233;rant que les heures effectu&#233;es ne lui fassent pas baisser les aides qu'elle touche. Ce serait la catastrophe, avec la nounou &#224; payer et le prix de l'essence. Faire garder les mioches, c'est la grande pr&#233;occupation des femmes qui se d&#233;battent avec les minimas, comme on dit, et auxquelles on demande d'accepter des petits boulots mal pay&#233;s pour montrer qu'elles font preuve de bonne volont&#233; dans leur d&#233;marche de &#171; retour &#224; l'emploi &#187;. L'une d'entre elles, l'air morne, me r&#233;sume sa vie ainsi : &lt;i&gt;&#171; Comme boulot, on me propose toujours de m'occuper du cul des vieux&#8230; &#199;a ne me change pas, &#224; la maison, je torche d&#233;j&#224; celui de mon mec et de mon gamin. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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