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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Comment faire chialer son patron&#8230;</title>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Accompagner le changement (comprendre la restructuration), est l'un des leitmotivs &#224; la mode chez les nouveaux managers. Dans le cadre de la cession de notre usine par le franco-fran&#231;ais Total &#224; la soci&#233;t&#233; autrichienne Borealis il y a un an, ces petits g&#233;nies se sont dit qu'un saupoudrage de dirigeants belges permettrait de mieux faire face &#224; ce s&#233;isme culturel. En effet, comme tout le monde le sait, la France et la Belgique c'est pareil. Donc, on s'est retrouv&#233;s avec des PDG, DRH ainsi que (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no130-mars-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;130 (mars 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/DRH" rel="tag"&gt;DRH&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Accompagner le changement (comprendre la restructuration), est l'un des leitmotivs &#224; la mode chez les nouveaux managers. Dans le cadre de la cession de notre usine par le franco-fran&#231;ais Total &#224; la soci&#233;t&#233; autrichienne Borealis il y a un an, ces petits g&#233;nies se sont dit qu'un saupoudrage de dirigeants belges permettrait de mieux faire face &#224; ce s&#233;isme culturel. En effet, comme tout le monde le sait, la France et la Belgique c'est pareil. Donc, on s'est retrouv&#233;s avec des PDG, DRH ainsi que des chefs de service belges. Le hic, c'est qu'ils sont majoritairement flamands et que, question langue, il a fallu qu'ils se mettent au fran&#231;ais, comme pas mal de chez nous ont d&#251; se mettre &#224; l'anglais.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1443 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH357/p12-cqfd58-ded8e.png?1782642420' width='400' height='357' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; des probl&#232;mes de langues, c'est &#224; un v&#233;ritable choc de culture sociale que nous avons assist&#233;. Car nos nouveaux patrons, qui n'en reviennent toujours pas, ont d&#233;couvert le droit du travail, les syndicats, les gr&#232;ves et j'en passe. Leur &#233;tonnement a &#233;t&#233; particuli&#232;rement profond lorsqu'ils se sont rendu compte que les salari&#233;s pouvaient arr&#234;ter les b&#233;canes et ne pas venir gratter lors des journ&#233;es d'action de gr&#232;ve. Ainsi le 16&#8200;octobre dernier, une partie de l'usine avait &#233;t&#233; stopp&#233;e et aucun sac d'engrais n'&#233;tait sorti. La demande d'explication adress&#233;e par la direction &#224; tous les syndicats (m&#234;me ceux qui n'appelaient pas au blocage des machines) n'avait pas tra&#238;n&#233;. Avec un discours toujours aussi bien rod&#233; : vous comprenez ce n'est pas le moment vu la conjoncture, l'&#233;tat des installations&#8230; On avait eu le droit aussi &#224; une lettre du PDG. Du classique, donc. Auparavant, sous Total, c'&#233;tait plus direct et parfois plus chaud, notamment lorsque le &lt;i&gt;big boss&lt;/i&gt; avait effectu&#233; une descente &#171; au contact &#187; des gr&#233;vistes pour les traiter de cons et d'assassins. Effet de sid&#233;ration garanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le PDG actuel essaie d'&#234;tre plus diplomate. Reste que, apr&#232;s la derni&#232;re journ&#233;e d'action en date, les organisations syndicales ont encore &#233;t&#233; convoqu&#233;es par le staff de la direction g&#233;n&#233;rale &#224; Courbevoie, si&#232;ge de la bo&#238;te. Encore une fois pour se voir ass&#233;ner le m&#234;me discours ferme et paternaliste : &#171; &lt;i&gt;En Autriche et dans les autres pays o&#249; nous sommes implant&#233;s, nous ne subissons pas l'arr&#234;t de la production lors de ces journ&#233;es politiques qui s'adressent au gouvernement. Nous n'avons pas &#224; subir &#231;a. Nous comprenons le droit de manifester, mais pas d'arr&#234;ter les machines. Dans nos pays, nous ne comprenons les mouvements de gr&#232;ve que lorsqu'ils concernent les probl&#232;mes de l'entreprise.&lt;/i&gt; &#187; Parce que nous sommes joueurs nous avons dit avoir compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, lorsque ont eu lieu les N&#233;gociations annuelles obligatoires concernant les augmentations, les primes et tout et tout, la CGT a appel&#233; &#224; mettre bas les marteaux. Les salari&#233;s s'en sont empar&#233;s et ont m&#234;me voulu commencer le mouvement la veille de la date pr&#233;vue. Rien de surprenant &#233;tant donn&#233; le climat d&#233;l&#233;t&#232;re qui r&#232;gne dans la bo&#238;te : chaque jour, la pression sur tous et chacun se fait un peu plus forte, les machines fonctionnent de moins en moins bien, la hi&#233;rarchie est toujours plus stress&#233;e et pesante. De plus, il y a eu pas mal de jeunes embauch&#233;s, plut&#244;t rebelles, qui veulent montrer qu'ils ne se laissent pas marcher sur les pieds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ayant une solide exp&#233;rience de ces s&#233;ances de n&#233;gociations o&#249; on se fait avoir si on n'a pas le rapport de force, je me suis quand m&#234;me fait violence pour faire partie de la d&#233;l&#233;gation syndicale. La r&#233;union a commenc&#233; avec une direction souriante, le jeune responsable RH belge plut&#244;t content (nous l'appellerons John), la DRH minaudant comme &#224; son habitude. Et puis, ils ont fait leurs propositions. Des augmentations au ras des p&#226;querettes, expliqu&#233;es par les mauvais r&#233;sultats et la fameuse conjoncture. Les syndicats ont demand&#233; une suspension de s&#233;ance. Ce qui nous a permis de relayer par sms les avanc&#233;es en forme d'aum&#244;ne de la direction. &#199;a n'a fait ni une ni deux. Dans la foul&#233;e, les retours ont &#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;On arr&#234;te tout&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus tard, lorsque l'&#233;quipe de direction est revenue, ils tiraient la tronche. La DRH regardait ses pieds et le jeune responsable avait la larme (de crocodile) &#224; l'&#339;il. Ils venaient d'apprendre l'arr&#234;t de la production. John a alors dit qu'il ne comprenait pas, qu'il &#233;tait pour la discussion et qu'une gr&#232;ve, c'&#233;tait violent. Du coup, devant tant de &#171; violence &#187; de notre part, les cartes avaient chang&#233; et un nouveau cycle de n&#233;gociations pouvait d&#233;marrer. Au bout de trois heures d'empoignades, les offres ont &#233;t&#233; nettement revues &#224; la hausse, une prime de fin d'ann&#233;e augment&#233;e de 40 %, entre autres. &#201;videmment, ce n'est jamais &#224; la hauteur de ce qu'on voudrait comme compensation &#224; nos heures perdues au travail, mais pour avoir plus il faudrait autre chose qu'une petite gr&#232;ve d'une journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quittant la r&#233;union, John s'est excus&#233; de s'&#234;tre mis en col&#232;re. Ce dont on ne s'&#233;tait m&#234;me pas aper&#231;u. Il a dit aussi qu'il souhaitait que la gr&#232;ve s'arr&#234;te. Ce &#224; quoi je lui ai r&#233;pondu que c'&#233;tait une gr&#232;ve de 24&#8200;heures et qu'on n'en &#233;tait qu'au d&#233;but. Il a rentr&#233; la t&#234;te dans ses &#233;paules et est parti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, je retrouvais les coll&#232;gues dans les secteurs arr&#234;t&#233;s et ils avaient tous la banane. C'&#233;tait une petite victoire mais une victoire quand m&#234;me. Et par les temps qui courent &#231;a s'appr&#233;cie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Encore un !</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Efix</dc:subject>
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		<dc:subject>Dans l'atelier</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dan n'en peut plus. Il ne supporte plus de faire les quarts, de travailler de nuit ou de devoir se lever tr&#232;s t&#244;t le matin. C'est bien simple : il ne dort plus. Et &#231;a se voit sur son visage. Lui qui &#233;tait jovial et sportif, il est d&#233;fait aujourd'hui. Cass&#233;. Un rien l'&#233;nerve, tout le monde le d&#233;go&#251;te. Dan s'engueule avec les gens de son syndicat, r&#226;le devant le contrema&#238;tre. Avec ses coll&#232;gues, il est ronchon et triste. Plus pareil, le Dan. N'avoir quasiment pas dormi de la nuit et se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dan n'en peut plus. Il ne supporte plus de faire les quarts, de travailler de nuit ou de devoir se lever tr&#232;s t&#244;t le matin. C'est bien simple : il ne dort plus. Et &#231;a se voit sur son visage. Lui qui &#233;tait jovial et sportif, il est d&#233;fait aujourd'hui. Cass&#233;. Un rien l'&#233;nerve, tout le monde le d&#233;go&#251;te. Dan s'engueule avec les gens de son syndicat, r&#226;le devant le contrema&#238;tre. Avec ses coll&#232;gues, il est ronchon et triste. Plus pareil, le Dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N'avoir quasiment pas dormi de la nuit et se retrouver vers 5 h du matin devant des consoles et des &#233;crans d'ordinateur &#224; surveiller les pressions et les temp&#233;ratures, il ne peut plus. C'est plus une vie. Auparavant, &#231;a lui plaisait plut&#244;t ce c&#244;t&#233; technique, de devoir dompter des machines pour en faire sortir des produits plus ou moins utiles. Aujourd'hui, apr&#232;s 25 ann&#233;es de bons et loyaux services, c'est fini. Il n'en peut plus, il p&#232;te les plombs. M&#234;me le caf&#233; du matin, pris avec les coll&#232;gues dans le r&#233;fectoire lui retourne le bide.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1080 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH256/p12-cqfd51efix-04163.jpg?1782641355' width='500' height='256' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Efix.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Dan a demand&#233; une mutation dans un autre service, au labo ou dans les bureaux, mais on lui a dit qu'il n'a pas le profil ou qu'il n'y a pas de place. Et c'est comme si tout s'&#233;croulait pour Dan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;pression que &#231;a s'appelle et Dan reste chez lui avec des m&#233;docs pour faire passer. Dans l'atelier, beaucoup le critiquent, surtout ses chefs, parce que c'est un bon &#233;l&#233;ment et que c'est compliqu&#233; de le remplacer, alors qu'il manque d&#233;j&#224; du monde. Apr&#232;s quatre mois d'arr&#234;t, il revient au boulot. &#199;a ne va pas mieux. A peine reprend-il son poste que &#231;a recommence. De nouvelles nuits sans dormir. Dan va voir le m&#233;decin du travail qui le d&#233;clare inapte au travail post&#233;. Sauf que, pour l'instant, dans l'usine, il n'y a pas d'endroit o&#249; il pourrait &#234;tre mut&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je pourrais tr&#232;s bien vous licencier&lt;/i&gt; &#187;, dit la DRH, presque avec le sourire. Sauf que pour Dan, il n'en est pas question. Il n'est pas comme Manuel qui, &#224; force, a r&#233;ussi &#224; partir dans d'assez bonnes conditions financi&#232;res (voir &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Un-homme-en-colere&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;121&lt;/a&gt;). Il ne peut pas &#234;tre jet&#233; apr&#232;s ses 25 ann&#233;es de bons et loyaux services, alors qu'il &#233;tait si bien not&#233; par sa hi&#233;rarchie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a accept&#233; de continuer &#224; travailler en poste, de faire les nuits, jusqu'apr&#232;s la p&#233;riode des cong&#233;s pour soulager les copains, qu'ils ne fassent pas trop d'heures suppl&#233;mentaires. Apr&#232;s, basta ! La DRH devra lui trouver un autre travail. Ou alors, il faudra partir. Mais les mois passent&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me le m&#233;decin l'appuie. Depuis quelque temps, elle n'arr&#234;te pas de rencontrer des salari&#233;s qui n'en peuvent plus. Le profil est le m&#234;me : la cinquantaine, plut&#244;t l'aspect de mecs en forme. Mais &#231;a ne va plus. L'un c'est de la d&#233;pression, l'autre du diab&#232;te&#8230; de plus en plus souvent, ce sont des &#171; &lt;i&gt;troubles musculo-squelettiques&lt;/i&gt; &#187;, comme on dit maintenant. De grands gaillards qui se sont us&#233;s d'avoir port&#233; des charges, mani&#233; des masses, man&#339;uvr&#233; des vannes et des mat&#233;riels trop vieux et gripp&#233;s. Les arr&#234;ts maladie sont de plus en plus longs pour certains. Avec comme cons&#233;quences des difficult&#233;s pour remplacer les manquants, pour constituer des &#233;quipes, pour &#233;viter une trop grave d&#233;sorganisation des services.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au mois de f&#233;vrier, rentrant de courtes vacances, Dan retourne voir le m&#233;decin qui maintient son diagnostic d'inaptitude. Apprenant qu'une place se lib&#232;re au labo, Dan postule. Mais ce n'est pas simple. On dirait que la DRH veut le faire de nouveau languir. Comme si elle lui faisait un vrai cadeau en lui donnant cette place. Les semaines passent. On lui dit qu'il faudrait qu'il fasse une petite formation. Il a d&#233;j&#224; eu une formation de chimiste mais c'&#233;tait il y a longtemps. Au bout du compte, Dan obtient la place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et, presque du jour au lendemain, fini pour lui le travail post&#233;, en &#233;quipe. Seulement son d&#233;part est per&#231;u comme une trahison par ses chefs sur l'air connu du rat abandonnant le navire en train de sombrer. Alors les 15 jours de cong&#233;s qu'il lui reste &#224; prendre, il les passera chez lui sans pouvoir remettre un pied dans l'atelier. On ne veut plus de lui, m&#234;me pour un pot avec les coll&#232;gues de son &#233;quipe. C'est comme &#231;a, et pas autrement. Il viendra plus tard chercher ses affaires et vider ses placards. Un cas parmi d'autres et qui semble se multiplier. Le fait que la retraite soit recul&#233;e de deux ann&#233;es, &#231;a a &#233;t&#233; comme un coup de massue sur les t&#234;tes. Devoir bosser plus longtemps alors qu'on aspire &#224; arr&#234;ter tout&#8230; C'est usant pour le moral jusqu'&#224; l'inaptitude d&#251;ment diagnostiqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fait, moi aussi, j'ai &#233;t&#233; d&#233;clar&#233; &#171; &lt;i&gt;inapte&lt;/i&gt; &#187;. Une autre histoire&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Zaza est fatigu&#233;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Zaza-est-fatigue</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Nardo</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>qu'il</dc:subject>
		<dc:subject>ans</dc:subject>
		<dc:subject>DRH</dc:subject>
		<dc:subject>Zaza</dc:subject>
		<dc:subject>entretien pr&#233;alable</dc:subject>
		<dc:subject>recevoir Zaza</dc:subject>
		<dc:subject>licenciement</dc:subject>
		<dc:subject>Convocation</dc:subject>
		<dc:subject>Zaza vient</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Convocation pour entretien pr&#233;alable &#224; licenciement. &#187; C'est ce qu'il y a d'inscrit sur la lettre que vient de recevoir Zaza, et qu'il me tend. C'est le cinqui&#232;me licenciement quasiment de ce type auquel je dois assister en trois ans, ce qui laisse r&#234;veur sur l'&#233;tat social de la bo&#238;te. Zaza vient d'avoir 55 ans. &#194;ge qu'il ne fait pas car ses bonnes joues lui donnent un aspect poupin. D'origine polonaise, il a travaill&#233; pour les Houill&#232;res dans le Nord de la France. Il y a vingt ans, il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_99 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH388/nardo87Levaray-6c76c.png?1782638964' width='400' height='388' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Convocation pour entretien pr&#233;alable &#224; licenciement. &#187; &lt;/strong&gt; C'est ce qu'il y a d'inscrit sur la lettre que vient de recevoir Zaza, et qu'il me tend. C'est le cinqui&#232;me licenciement quasiment de ce type auquel je dois assister en trois ans, ce qui laisse r&#234;veur sur l'&#233;tat social de la bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Zaza vient d'avoir 55 ans. &#194;ge qu'il ne fait pas car ses bonnes joues lui donnent un aspect poupin. D'origine polonaise, il a travaill&#233; pour les Houill&#232;res dans le Nord de la France. Il y a vingt ans, il a atterri sur le site de Rouen, suite &#224; la fermeture de son usine. Il a eu du mal &#224; s'acclimater, d'autant que son &#233;loignement correspondait avec la mort de ses parents.
Pendant longtemps, Zaza a &#233;t&#233; un &#171; bon &#233;l&#233;ment &#187;, connaissant son boulot sur le bout des doigts, ne rechignant pas &#224; faire des heures suppl&#233;mentaires pour gonfler son salaire. Permettant ainsi &#224; ses quatre enfants d'obtenir leurs BTS. Pour autant, le taciturne Zaza &#233;tait bien vu par ses coll&#232;gues.
Et puis, on ne sait pas tout de la vie des autres. Il s'est mis &#224; noyer son mal de vivre dans la vodka. Il arrivait compl&#232;tement bourr&#233; &#224; l'atelier. Et dans ces moments-l&#224;, quand il ne s'&#233;croulait pas, il &#233;tait suicidaire. Combien de fois ses coll&#232;gues l'ont emp&#234;ch&#233; de sauter du haut de l'atelier !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et comme si &#231;a ne suffisait pas, et de fa&#231;on h&#233;r&#233;ditaire, il a d&#233;velopp&#233; un diab&#232;te grave ainsi que de l'hypertension. Forc&#233;ment, l'insuline et la vodka, &#231;a ne fait pas un cocktail terrible. D'autant qu'en plus, les T&#233;moins de J&#233;hovah lui ont mis le grappin dessus et que, dans leurs dogmes, la prise de m&#233;dicaments est contraire aux volont&#233;s de leur dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a deux ans, un matin de f&#233;vrier, voulant de nouveau en finir, il tente d'enjamber un pont au-dessus de la Seine. Il est envoy&#233; pour trois mois &#224; l'h&#244;pital psychiatrique. &#192; son retour, &#233;videmment, il ne peut plus travailler en fabrication. Trop de risques pour lui et ses coll&#232;gues. La DRH parle de licenciement pour inaptitude. Le syndicat intervient pour que la direction lui accorde un poste am&#233;nag&#233;. Et Zaza de se retrouver au fin fond de l'usine, dans une cabane en taule, avec comme seule compagnie, un transistor. Pas terrible pour une personne plus que neurasth&#233;nique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, &#231;a ne le fait pas. Zaza multiplie les arr&#234;ts maladie et les absences justifi&#233;es ou non. La direction menace &#224; nouveau de le licencier, et il faut parlementer pour le garder dans les effectifs. Venir travailler est devenu au-dessus des forces de Zaza, mais le probl&#232;me c'est que le laisser chez lui, et sans ressource, risque d'aggraver son cas. En harcelant la m&#233;decine du travail et la CPAM, le syndicat obtient que Zaza puisse &#234;tre reconnu comme invalide classe 2, ce qui lui permettra de toucher une pension qui repr&#233;sente environ 75 % de son salaire. Du coup, la DRH peut entamer les proc&#233;dures de licenciement sans culpabiliser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne vous raconterai pas l'entretien, mais lorsque la DRH demande &#224; Zaza ce qu'il va faire de sa prime de licenciement et qu'il lui r&#233;pond qu'il va ouvrir une &#233;choppe de cordonnier, il n'y a qu'elle pour y croire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref. Pourquoi je vous raconte cette histoire, somme toute banale et qui ne pouvait pas finir autrement, sauf mort du protagoniste ? C'est qu'elle illustre assez bien ce qui se passe dans les bo&#238;tes depuis un bon moment. Le licenciement par rupture conventionnelle ou &#171; n&#233;goci&#233; &#187; (comme on dit) est devenu un mode de gestion des DRH. La date de d&#233;part en retraite vient d'&#234;tre retard&#233;e mais le Medef pousse les patrons &#224; g&#233;rer les d&#233;parts des salari&#233;s &#226;g&#233;s (ou pas) avec des licenciements par consentement mutuel. Du coup, ce ne sont plus eux qui paient mais la CPAM ou le P&#244;le emploi. Depuis que cette possibilit&#233; est offerte aux patrons, on arrive &#224; pr&#232;s de 400 000 licenciements de ce type.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le cas de Zaza, cette solution pourra peut-&#234;tre venir &#224; bout de ses probl&#232;mes existentiels, mais on sait que dans le bureau de la DRH, cette proposition est faite r&#233;guli&#232;rement &#224; des salari&#233;s. Certains s'offusquent qu'on leur propose un licenciement en fin de carri&#232;re, d'autres y r&#233;fl&#233;chissent, mais c'est le patron qui gagne &#224; chaque fois.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le cadre se rebiffe</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Le-cadre-se-rebiffe-782</link>
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		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#192; PROPOS DE L'USINE, j'aurais pu vous parler de mon atelier qui, apr&#232;s un chantier de cinq mois, n'arrive pas &#224; red&#233;marrer. Parce que, mettre du mat&#233;riel de derni&#232;re g&#233;n&#233;ration sur des machines qui ont trente ans, &#231;a ne r&#233;ussit pas souvent et,au fur et &#224; mesure qu'on avance dans la proc&#233;dure de d&#233;marrage, on d&#233;couvre des fuites ou des probl&#232;mes. Tout le monde dans l'atelier est crev&#233; &#224; cause de la tension, des heures sup'obligatoires et de devoir courir partout. J'aurais pu vous parler aussi (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#192; PROPOS DE L'USINE, j'aurais pu vous parler de mon atelier qui, apr&#232;s un chantier de cinq mois, n'arrive pas &#224; red&#233;marrer. Parce que, mettre du mat&#233;riel de derni&#232;re g&#233;n&#233;ration sur des machines qui ont trente ans, &#231;a ne r&#233;ussit pas souvent et,au fur et &#224; mesure qu'on avance dans la proc&#233;dure de d&#233;marrage, on d&#233;couvre des fuites ou des probl&#232;mes. Tout le monde dans l'atelier est crev&#233; &#224; cause de la tension, des heures sup'obligatoires et de devoir courir partout. J'aurais pu vous parler aussi des trois proc&#232;s aux prud'hommes intent&#233;s par des coll&#232;gues et par la CGT de la bo&#238;te contre le patron, mais tout cela c'est du quotidien. Actuellement,l'usine est sous le coup d'une affaire beaucoup plus &#171; people &#187;, tout le monde en parle dans les ateliers et les bureaux et pendant ce temps-l&#224;, on ne pense pas &#224; autre chose. Tout le monde est &#224; l'aff&#251;t des moindres ragots sur cette affaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand je suis rentr&#233; &#224; l'usine, un des premiers conseils qu'on m'a donn&#233;s c'est : &lt;i&gt;&#171; Ne m&#233;lange pas le cul avec le travail. &#187;&lt;/i&gt; Recommandation facile &#224; tenir dans une bo&#238;te o&#249; ne travaillent que des hommes et o&#249; les rares femmes se trouvent dans les bureaux. Les quelques coll&#232;gues homos ne draguent pas non plus au boulot. Du coup, les &#171; histoires &#187; ont toujours concern&#233; des cadres, jadis avec leur secr&#233;taire,aujourd'hui avec d'autres cadres, car ici l'encadrement s'est nettement f&#233;minis&#233;. Les cadres, avec leurs horaires, avec leur univers qui s'arr&#234;te aux bornes de la bo&#238;te et avec leurs relations de pouvoir sont souvent sujet &#224; ce genre de liaison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les histoires d'adult&#232;re de nos cadres &#233;maillent donc notre quotidien,mais l&#224;, avec la mode des reality-shows, o&#249; tout le monde se confie &#224; tout le monde, et avec l'outil Internet, cela a pris une tout autre ampleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;P. a &#233;t&#233; DRH de l'usine jusqu'en juin2008. Il a quitt&#233; ses fonctions assez rapidement et &#231;a a &#233;tonn&#233; tout le monde, d'autant qu'il disait partout qu'il voulait rester jusqu'en 2010. En partant, il a expliqu&#233; qu'il avait trouv&#233; mieux dans une autre filiale de Total. Seulement six mois apr&#232;s, nous apprenons qu'il a &#233;t&#233; d&#233;barqu&#233; du jour au lendemain de son nouveau poste, ce qui nous a fait nous poser quelques questions sur le parcours du bonhomme. P. &#233;tait un DRH qui ne voulait pas de conflit et qui savait embobiner pour faire comprendre &#224; tous ceux qui souhaitaient une augmentation comment ils pouvaient s'en passer. Il n'y avait pas eu de gros conflits pendant qu'il &#233;tait l&#224;, mais on s'est rattrap&#233;s depuis (voir &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; pr&#233;c&#233;dents).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand, par le biais de l'Intranet, un message est parvenu dans les bureaux, les syndicats et quelques ateliers, tout le monde a &#233;t&#233; surpris. Le DRH cachait bien son jeu. Petit, bedonnant, maniaque, cinquante piges, il &#233;tait tout le temps &#224; nous vanter les valeurs chr&#233;tiennes et familiales. L&#224;, par mail, il nous a appris ses aventures sexuelles avec la charg&#233;e de la communication (une jeune cadre qui en veut, envoy&#233;e sp&#233;cialement par Total pour redorer l'image de la bo&#238;te, mais qui n'en fiche pas lourd). Il ne donne pas beaucoup de d&#233;tails, mais tout est lourd de sous-entendus. Rien de tel qu'un catho traditionaliste qui se l&#226;che. Pire que tout, il descend le cadre (devenu chef de service) qui l'a remplac&#233; dans les bras de sa belle. Il accuse, il vide son sac. N'ayant plus rien &#224; perdre, il d&#233;verse sa bile et veut entra&#238;ner le nouveau couple dans sa chute. A priori,il semblerait qu'il soit accus&#233; de harc&#232;lement par voie de mails,et surtout d'avoir colport&#233; des bruits sur le nouvel amant aupr&#232;s d'autres DRH.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bref, vous voyez le topo. Du sordide chez les cadres. Et dans les ateliers, o&#249; le nouveau galant est devenu le responsable, les mails sont accroch&#233;s en &#233;vidence, histoire de montrer que tout le monde sait. Les salari&#233;s se sont empar&#233;s de l'histoire pour se moquer de leur chef et pour relativiser tous les discours qu'il pourrait tenir afin que les gars restent tranquilles &#224; bien lui ob&#233;ir.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>C'est pas l'moment</title>
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		<dc:date>2006-04-10T09:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Pierre Levaray</dc:creator>


		<dc:subject>Je vous &#233;cris de l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>l'usine</dc:subject>
		<dc:subject>Total</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;L'AMBIANCE est toujours pourrie &#224; l'usine, &#231;a ne peut pas changer d'un mois sur l'autre. Total annonce des b&#233;n&#233;fices immoraux, mais sa filiale engrais est carr&#233;ment d&#233;ficitaire (moins 55 millions d'euros pour 2006) et l'ann&#233;e 2007 commence tr&#232;s mal. Total ne veut plus &#233;ponger les dettes. Sans doute que la multinationale va garder sa filiale Grande-Paroisse jusqu'&#224; la fin du futur proc&#232;s d'AZF et apr&#232;s basta ! L'ambiance n'est pas due uniquement &#224; ce d&#233;ficit - on est habitu&#233; -, mais surtout (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no43-mars-2006" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;43 (mars 2006)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/revendications" rel="tag"&gt;revendications&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'AMBIANCE est toujours pourrie &#224; l'usine, &#231;a ne peut pas changer d'un mois sur l'autre. Total annonce des b&#233;n&#233;fices immoraux, mais sa filiale engrais est carr&#233;ment d&#233;ficitaire (moins 55 millions d'euros pour 2006) et l'ann&#233;e 2007 commence tr&#232;s mal. Total ne veut plus &#233;ponger les dettes. Sans doute que la multinationale va garder sa filiale Grande-Paroisse jusqu'&#224; la fin du futur proc&#232;s d'AZF et apr&#232;s basta ! L'ambiance n'est pas due uniquement &#224; ce d&#233;ficit - on est habitu&#233; -, mais surtout avec les restructurations et le vieillissement du mat&#233;riel, rien ne va. Tout le monde a du travail par-dessus la t&#234;te, tout le monde a la pression&#8230; &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s &#231;a ira mieux &#187;&lt;/i&gt;, nous dit-on, mais personne n'y croit plus. Dans l'atelier d'ammoniac o&#249; je bosse (qui est le coeur de l'usine rouennaise), &#231;a ne marche pas bien. Le mat&#233;riel casse souvent, c'est dangereux et &#231;a nous donne un surcro&#238;t de travail et de stress. Les copains l'ont fait savoir &#224; la direction, en envoyant plusieurs p&#233;titions demandant, entre autres, des contreparties financi&#232;res. Jusqu'&#224; pr&#233;sent, la direction a fait la sourde oreille, ce qui n'a pas arrang&#233; le climat. M&#234;me pas une petite r&#233;ponse, m&#234;me pas un &#171; Non ! &#187;. Comme si on n'existait pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La col&#232;re et l'exasp&#233;ration sont mont&#233;es d'un cran lorsqu'au niveau du groupe a eu lieu une r&#233;union paritaire sur l'augmentation annuelle des salaires. Comme celle-ci ne va se monter qu'&#224; 1,8 % pour l'ann&#233;e (mieux que pour les fonctionnaires, mais beaucoup moins que pour les autres salari&#233;s de Total, 3,5 %, et encore moins que pour les actionnaires, 33 %), les copains ont trouv&#233; qu'on nous prenait pour des moins-que-rien. C'est Total qui d&#233;cide quand fermer nos bo&#238;tes mais nous ne sommes pas trait&#233;s &#224; &#233;galit&#233;. Jean-Mi, Manu, Djamel, quelques autres et moi-m&#234;me, nous nous retrouvons dans le r&#233;fectoire. Il y a longtemps que je n'avais vu autant de col&#232;re : &lt;i&gt;&#171; Il faut qu'on marque le coup &#187;, &#171; on fait un vrai cahier de revendications &#187;, &#171; avec un ultimatum &#187;, &#171; on s'est trop laiss&#233; avoir &#187;, &#171; y en a marre &#187;, &#171; profitons que l'atelier va red&#233;marrer &#187;&lt;/i&gt;&#8230; En trois jours, un cahier de revendications est &#233;labor&#233; par le personnel des cinq &#233;quipes travaillant dans l'atelier. &#199;a discute ferme. Une trentaine de revendications &#233;parses en sortent qui vont de demandes de formation &#224; une prime mensuelle suppl&#233;mentaire de 200 euros, en passant par la retraite &#224; 55 ans. . Mission est donn&#233;e &#224; deux d&#233;l&#233;gu&#233;s, un CGT et un CFDT, de d&#233;poser les revendications. Le jeudi, lorsque le DRH re&#231;oit le texte, il le prend avec d&#233;dain, pensant sans doute que les gars n'iront pas &#224; la gr&#232;ve. Le lendemain, les syndicats redemandent l'ouverture de n&#233;gociations avant conflit. La direction propose de ne retrouver les organisations syndicales que le lundi. L'atelier &#233;tant encore &#224; l'arr&#234;t, c'est pas facile de passer outre. Le lundi, la r&#233;union dure de 10h00 &#224; 18h30, en trois phases Outre les d&#233;l&#233;gu&#233;s CGT et CFDT, ce sont plus d'une quinzaine de coll&#232;gues de l'atelier qui s'invitent (sur cinquante personnes qui y travaillent). &#199;a discute tr&#232;s fort, les gars disent vraiment ce qu'ils pensent et ce qu'ils veulent au DRH. Il n'y a qu'&#224; les laisser parler. L'ambiance est tr&#232;s chaude. Au bout du compte, la direction ne propose que d'augmenter une prime d&#233;j&#224; existante de 25 euros. On est loin des revendications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que le d&#233;l&#233;gu&#233; CFDT sort : &lt;i&gt;&#171; Attention, il va y avoir la gr&#232;ve et il ne faut pas qu'il y ait de gr&#232;ve. &#187;&lt;/i&gt; Il propose m&#234;me &#224; la direction d'augmenter la prime de 40 euros plut&#244;t que de 25, et que ce sera suffisant pour &#233;viter le conflit. On le regarde tous, interloqu&#233;s. De quoi se m&#234;le-t-il ? Tout le monde quitte la salle et une assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale se d&#233;roule dans l'atelier en phase de pr&#233;d&#233;marrage. La gr&#232;ve est vot&#233;e et lanc&#233;e. &lt;i&gt;&#171; Ce n'est pas le bon moment &#187;&lt;/i&gt;, dit le DRH.&lt;i&gt; &#171; C'est ce que vous nous dites &#224; chaque fois. Comme si on ne faisait gr&#232;ve que lorsque &#231;a vous convient. &#187; &#171; Non&lt;/i&gt;, r&#233;pond le DRH, &lt;i&gt;ce n'est pas la bonne p&#233;riode, vu la conjoncture. &#187;&lt;/i&gt; Tout le monde rigole. Il part. La gr&#232;ve s'organise et c'est plut&#244;t euphorisant. Le ras-le-bol est tel qu'on ne peut pas faire l'impasse sur une gr&#232;ve. Le mardi, le mouvement est bien parti mais la direction ne se manifeste pas. Par contre elle convoque toute la hi&#233;rarchie pour un briefing. Et c'est comme &#231;a que &#231;a se passe maintenant : les ing&#233;nieurs ne sont plus que la caisse de r&#233;sonance de la direction. Ces jeunes ing&#233;nieurs ont d&#251; &#234;tre form&#233;s pour &#231;a, pour croire tout ce que dit le patron et transmettre sa parole partout dans l'usine. Une v&#233;ritable campagne de contre-information contre les gr&#233;vistes se met en place. Dans toute l'usine (et m&#234;me dans ce qu'il reste du groupe), il est dit que les gr&#233;vistes sont des suicidaires qui veulent fermer l'usine. L'&#233;p&#233;e de Damocl&#232;s est si pr&#232;s des t&#234;tes que tous les autres services et ateliers de l'usine voient la gr&#232;ve d'un mauvais oeil. La peur de la fermeture est bien pr&#233;sente. En m&#234;me temps, il y en a qui disent que les gr&#233;vistes doivent aller au bout s'il le faut, m&#234;me si la bo&#238;te doit fermer. Ceux qui disent &#231;a ont souvent d&#233;pass&#233; la cinquantaine et souhaitent qu'un nouveau plan de pr&#233;retraite tombe, ou ce sont les plus jeunes qui en ont marre et qui voudraient aller voir ailleurs. Sp&#233;cial comme climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La CGT sort un tract expliquant les revendications et, &#224; contre-courant, appelle les autres secteurs de l'usine &#224; d&#233;poser leurs revendications et &#224; faire gr&#232;ve. La gr&#232;ve semblant s'installer pour durer, la direction g&#233;n&#233;rale convoque toutes les organisations syndicales &#224; la D&#233;fense, le jeudi. La DG appelle les syndicats pour qu'ils fassent reprendre le travail. Elle explique que l'&#233;tat de la soci&#233;t&#233; est tel qu'une gr&#232;ve va la conduire &#224; une &lt;i&gt;&#171; situation encore plus pr&#233;caire &#187;&lt;/i&gt;. Comme si une gr&#232;ve, m&#234;me longue, condamnait une bo&#238;te qui, de toute fa&#231;on, marche mal &#224; cause du manque d'investissement. Les syndicats sont convaincus par le directeur g&#233;n&#233;ral. En rentrant sur Rouen, ils convoquent les gr&#233;vistes pour voter si continuer ou pas. La CGC et la CFDT veulent &#224; tout prix que l'atelier d&#233;marre et que la gr&#232;ve s'arr&#234;te. Le repr&#233;sentant de la CGT a le cul entre deux chaises, car il a trop &#233;cout&#233; et trop cru les propos de la direction. Un vote est organis&#233; qui donne un r&#233;sultat &#224; 50 %. C'est l&#224; que le repr&#233;sentant de la CFDT appelle par t&#233;l&#233;phone ceux qui ne sont pas venus et qui sont plut&#244;t timor&#233;s, et impose qu'on prenne en compte leur avis (par t&#233;l&#233;phone !). Du coup la reprise du travail est &#171; vot&#233;e &#187;. Et c'est dans l'amertume qu'on reprend le boulot avec juste cette petite augmentation de prime. Ah oui ! Un fait positif : la CFDT n'a plus le droit de cit&#233; dans l'atelier, mais on se pose la question de savoir si &#231;a vaut vraiment le coup d'utiliser les syndicats quand ceux-ci (m&#234;me la CGT) tombent dans le panneau du discours patronal&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;PS : quelques jours apr&#232;s, c'est dans une autre usine du groupe (&#224; Mazingarbe, pr&#232;s de Lens) qu'un conflit se d&#233;clenche. L&#224;, les ing&#233;nieurs lancent directement une p&#233;tition contre les gr&#233;vistes et, au bout de deux jours, la CGT appelle &#224; reprendre le travail, &lt;i&gt;&#171; vu la situation de l'entreprise, ce n'est pas le moment &#187;&lt;/i&gt;. La direction remercie alors les organisations syndicales qui ont fait preuve de &#171; responsabilit&#233; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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