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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Somebody got murdered</title>
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		<dc:creator>Lluno</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, la mort aux trousses. Retourner &#224; la prison apr&#232;s une longue absence n&#233;cessite souvent de me botter le cul. J'ai beau &#234;tre convaincu de ce que j'y fais, la flemme m'envahit : flemme des hauts murs, flemme des matons, des faux sourires et de la violence qui suinte de partout. &#192; chaque fois, il s'agit de reconstruire cette (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no251-avril-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;251 (avril 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chronique-carcerale" rel="tag"&gt;Chronique carc&#233;rale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Ce mois-ci, la mort aux trousses.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Retourner &#224; la prison apr&#232;s une longue absence n&#233;cessite souvent de me botter le cul. J'ai beau &#234;tre convaincu de ce que j'y fais, la flemme m'envahit : flemme des hauts murs, flemme des matons, des faux sourires et de la violence qui suinte de partout. &#192; chaque fois, il s'agit de reconstruire cette sorte de carapace qui me permet d'&#233;voluer en milieu carc&#233;ral sans trop me faire d&#233;foncer par ce que j'y vois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rentr&#233;e de septembre. J'essaie d'apporter avec moi l'&#233;nergie accumul&#233;e pendant les vacances. Je me sens en pleine forme. La m&#233;t&#233;o estivale m'enjaille et quand je tombe sur une flop&#233;e de gros moutons en train de ruminer langoureusement les p&#226;querettes des &#171; abords &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'ext&#233;rieur au pied des b&#226;timents dans l'argot de la prison.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, mon c&#339;ur fond. Est-ce que m&#234;me la taule serait moins p&#233;nible au soleil ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une voiture est parqu&#233;e devant l'entr&#233;e, genre petit monospace plein &#224; craquer. Un surveillant aide deux civils &#224; charger les derniers cartons. Je les salue en passant et me r&#233;jouis int&#233;rieurement de cette vision inhabituelle : un jeune vient d'&#234;tre lib&#233;r&#233;, son p&#232;re &#8211; fr&#232;re ? Cousin ? &#8211; est venu l'accueillir &#224; la sortie, un agent leur pr&#234;te main forte. Dans le sas d'entr&#233;e, je suis bient&#244;t rejoint par ce surveillant, un homme rond et serviable que je c&#244;toie r&#233;guli&#232;rement parce qu'il officie comme rempla&#231;ant &#224; diff&#233;rents postes de la maison d'arr&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Une lib&#233;ration ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Non, un d&#233;c&#232;s. Suicide. On l'a retrouv&#233; samedi dans sa cellule. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reste p&#233;trifi&#233; et relis la sc&#232;ne avec horreur. J'ai envie de m'enfuir, de m'excuser aupr&#232;s d'eux. Le surveillant s'en est d&#233;j&#224; all&#233;. Il doit effectuer je ne sais quelle t&#226;che administrative absurde qui constitue la suite de sa journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le suicide n'est pas un drame en prison. C'est tout au plus un al&#233;a pr&#233;visible qui g&#233;n&#232;re des rapports et des commissions de pr&#233;vention, mais rarement une r&#233;elle prise en charge. &#171; &lt;i&gt; Vuln&#233;rabilit&#233; et dangerosit&#233; produisent une pr&#233;occupation institutionnelle similaire : toutes deux sont susceptibles de venir perturber l'ordre carc&#233;ral &lt;/i&gt; &#187;, expliquent le psychiatre Thomas Fovet et la sociologue Camille Lancevel&#233;e dans &lt;i&gt;La prison pour asile&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions de la MSH, 20&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; ?&lt;i&gt; &lt;/i&gt;Avec une telle logique, celui ou celle qui se coupe les veines a plus de chance de finir au mitard qu'en unit&#233; de soins psychiatriques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre les deux, il y a les cellules de protection d'urgence &#8211; joliment baptis&#233;es CProU ou &#171; cellules lisses &#187; dans le lexique p&#233;t&#233; de l'administration. C'est le rejeton de ce que la taule et l'HP savent faire de plus moche : 8 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; garantis &#171; sans point d'accroche &#187; avec du mobilier scell&#233; au sol et du plexiglas sale boulonn&#233; autour de la t&#233;l&#233; et de la fen&#234;tre. Le d&#233;tenu qui s'y trouve plac&#233; est g&#233;n&#233;ralement dot&#233; en prime de v&#234;tements en papier et d'une couverture en plastique : de quoi bader bien tranquillement pendant les 24 heures qui suivent sa tentative de suicide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fin de la journ&#233;e. J'ai entendu parler de trois agressions entre prisonniers, dont une &#224; l'huile bouillante, et une matonne m'a dit &#224; propos des d&#233;tenus qu'ils &#233;taient &#171; &lt;i&gt;pire que des gosses&lt;/i&gt; &#187;. Dehors, le soleil a disparu et ma joie avec.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'ext&#233;rieur au pied des b&#226;timents dans l'argot de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions de la &lt;i&gt;MSH, 20&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Incorruptible</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Incorruptible</link>
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		<dc:date>2026-03-27T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lluno</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. &#201;pisode 5 : un magot &#224; la cl&#233; ? &#171; Vous allez recevoir des sollicitations, croyez-moi. Il faut tout refuser, m&#234;me si &#231;a n'a l'air de rien. &#187; L'homme en chemise bleu ciel a une allure de banquier. La quarantaine sel-poivre, le nez long et fin, la poigne ferme. Il m'a alpagu&#233; au d&#233;tour d'une coursive, m'a demand&#233; qui j'&#233;tais sans (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no250-mars-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;250 (mars 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chronique-carcerale" rel="tag"&gt;Chronique carc&#233;rale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. &#201;pisode 5 : un magot &#224; la cl&#233; ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous allez recevoir des sollicitations, croyez-moi. Il faut tout refuser, m&#234;me si &#231;a n'a l'air de rien.&lt;/i&gt; &#187; L'homme en chemise bleu ciel a une allure de banquier. La quarantaine sel-poivre, le nez long et fin, la poigne ferme. Il m'a alpagu&#233; au d&#233;tour d'une coursive, m'a demand&#233; qui j'&#233;tais sans s'attendre visiblement &#224; ce que je lui retourne la question : &#171; &lt;i&gt;Eh bien, le directeur d'&#233;tablissement !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les pr&#233;sentations faites, il se met en t&#234;te de m'avertir : on va tenter de m'utiliser. Le ton oscille entre la pr&#233;venance et la menace &#8211; &#231;a doit &#234;tre un truc qu'on apprend &#224; l'ENAP, l'&#201;cole de l'administration p&#233;nitentiaire. &#171; &lt;i&gt;&#199;a va vite, vous savez. Vous acceptez de poster une carte d'anniversaire parce que sinon elle arrivera trop tard et vous voil&#224; coinc&#233;. La fois d'apr&#232;s, on vous demandera autre chose et si vous d&#233;clinez, on vous fera chanter.&lt;/i&gt; &#187; Je l'assure de mon incorruptibilit&#233; totale. Non, je n'accepterai rien, ni pour rendre service ni contre de l'argent. Je sens que pour Monsieur le directeur, les intervenants ext&#233;rieurs sont des maillons faibles dans sa cha&#238;ne de contr&#244;le et de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mois passent et je constate, non sans d&#233;ception, que personne ne cherche &#224; me soudoyer. C'est d'autant plus dommage que le portique d'entr&#233;e &#233;tant durablement en panne, j'entre et sors avec une facilit&#233; d&#233;concertante au point de me retrouver un matin avec mon t&#233;l&#233;phone qui vibre au beau milieu d'un atelier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a bien ce jeune qui pr&#233;tend pouvoir me filer 1 000 euros en cash, l&#224; tout de suite, et qu'on m'attendra &#224; l'ext&#233;rieur avec une marchandise pour lui, mais il est trop flambeur pour que je le prenne au s&#233;rieux. Il prend les autres &#224; t&#233;moin, amuse la galerie, se moque de moi parce mon statut de b&#233;n&#233;vole lui para&#238;t &#234;tre un choix de vie passablement idiot. &#192; quoi bon bosser sans &#234;tre pay&#233; ? Lui se faisait mille deux par jour, il y a peu. Mille cinq quand &#231;a tournait bien, cr&#226;ne-t-il, d&#233;clenchant l'hilarit&#233; des autres &#171; stups &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;tenus tomb&#233;s pour trafic de stup&#233;fiants.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qui ont l'air de savoir qu'il exag&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors quoi, personne pour me faire sombrer dans la d&#233;linquance ? Je suis presque r&#233;sign&#233; quand je fais la connaissance de Monsieur Gorce. Originaire du coin, c'est un habitu&#233; des lieux qui fait le yoyo int&#233;rieur-ext&#233;rieur depuis une quinzaine d'ann&#233;es. La plupart de nos interactions sont prises dans la brume de sa d&#233;fonce. Un jour o&#249; je le trouve particuli&#232;rement agit&#233;, il s'attarde et, une fois seuls, se lance :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; J'ai besoin d'argent pour me payer un avocat, cette fois je vais les faire tomber.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Tomber qui ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; L'administration ! L'argent, je l'ai mais&#8230; il est dehors. Alors, j'ai&#8230; j'ai pens&#233; &#224; vous !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a le front constell&#233; de gouttelettes. Je l'observe interloqu&#233;, tandis qu'il me parle des 15 700 euros enterr&#233;s dans le jardin de sa m&#232;re, &#171; &lt;i&gt;au fond, juste derri&#232;re le cabanon&lt;/i&gt; &#187;. Je le coupe, explique que non, je ne vais pas faire &#231;a, que &#231;a ne sert &#224; rien d'aller plus loin. Il s'excuse puis me demande &#224; qui il devrait s'adresser pour cette mission : &#171; &lt;i&gt;&#192; personne !&lt;/i&gt; &#187; Une heure plus tard, la route du retour me conduit devant le panneau indiquant le village de Gorce m&#232;re. 15 000 balles ? J'ai beau dire, &#231;a mettrait du beurre dans mon b&#233;n&#233;volat.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;tenus tomb&#233;s pour trafic de stup&#233;fiants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Familles, je vous hais</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Familles-je-vous-hais</link>
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		<dc:date>2026-02-20T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lluno</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
		<dc:subject>Audrey Esnault</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. &#201;pisode 4 : une pens&#233;e pour les familles. Pour entrer, je sonne, je montre ma tronche &#224; la cam&#233;ra et j'attends que la porte se d&#233;verrouille. Parfois, il faut patienter un moment mais l'autre bout de l'interphone ne prend pas toujours la peine de m'informer. Alors j'attends. Je poursuis ma lecture en m'adossant au mur d'enceinte, une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no249-fevrier-2026-251" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;249 (f&#233;vrier 2026)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Audrey-Esnault" rel="tag"&gt;Audrey Esnault&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_1_-7-207e5.png?1771631793' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. &#201;pisode 4 : une pens&#233;e pour les familles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6412 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/prison_final2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH295/prison_final2-f57bf.jpg?1771631910' width='500' height='295' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour entrer, je sonne, je montre ma tronche &#224; la cam&#233;ra et j'attends que la porte se d&#233;verrouille. Parfois, il faut patienter un moment mais l'autre bout de l'interphone ne prend pas toujours la peine de m'informer. Alors j'attends. Je poursuis ma lecture en m'adossant au mur d'enceinte, une jambe pli&#233;e et l'autre droite, dans cette posture qui m'est confortable. &#171; &lt;i&gt;Enlevez votre pied, vous n'&#234;tes pas chez vous !&lt;/i&gt; &#187; C'est un petit homme &#233;triqu&#233;, en civil. Je l'ai d&#233;j&#224; crois&#233; ici mais je n'ai aucune id&#233;e de la fonction qu'il occupe. &#171; &lt;i&gt;Vous me retirerez &#233;galement la casquette avant d'entrer. Vous venez voir qui ? - Bonjour. Euh&#8230; Je viens voir personne, je suis l'intervenant en m&#233;diation artistique&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Oups&lt;/i&gt;, il est contrit le petit monsieur. Le voil&#224; qui change de ton et bafouille une excuse. C'est qu'il a cru que j'attendais pour un parloir et les gens des parloirs - les &#171; &lt;i&gt;familles&lt;/i&gt; &#187; comme on les appelle invariablement quelle que soit la nature de leur lien avec les personnes d&#233;tenues - on est visiblement autoris&#233; &#224; leur parler comme de la merde, &#224; les infantiliser d&#232;s le perron.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avoir un proche en prison, c'est toucher du doigt l'arbitraire et la d&#233;mesure bureaucratique qui r&#232;gnent derri&#232;re les miradors. Les proches - quand il y en a - effectuent tout un tas de d&#233;marches pour les d&#233;tenus : envoyer de la thune, apporter le linge propre et r&#233;cup&#233;rer le sale, organiser les parloirs, adresser les garanties pour les demandes d'am&#233;nagement de peine. Chacune de ces actions est r&#233;gie par des r&#232;gles pointilleuses et qui varient d'une d&#233;tention &#224; l'autre. Il faut faire bonne figure avec les gens qui enferment ton fils, ton ami, garder son calme, au risque de voir son permis de visite suspendu. Pour quelques mois ou pour toujours.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah non Madame, vous ne pouvez pas lui donner toutes ces photos de vos enfants, c'est interdit !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Mais pourquoi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; Parce que c'est interdit Madame, cinq photos maximum, c'est pas moi qui fais les r&#232;gles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore : &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s l'heure, c'est plus l'heure ! Oui, je sais vous avez fait quatre heures de route mais c'est pas moi qui fais les r&#232;gles.&lt;/i&gt; &#187;
Est-ce que c'est &#233;crit quelque part que les familles aussi sont coupables ou est-ce qu'elles ne sont qu'un levier de plus dont on se sert pour punir ?
L'an dernier, un d&#233;tenu qui jouissait d'un haut niveau de surveillance me racontait &#224; quoi ressemblait d&#233;sormais les parloirs avec sa femme malade, vivant &#224; 450 kilom&#232;tres de l&#224; : fouille &#224; nu avant d'entrer, entretien de 45 minutes dans un cagibi avec vitre de s&#233;paration, fouille &#224; nu en ressortant. Deux fouilles int&#233;grales alors qu'ils ne peuvent m&#234;me pas se toucher ?
&#201;puis&#233;, il avait fait une demande de transfert pour rapprochement, la Cour europ&#233;enne des droits de l'homme reconnaissant aux personnes d&#233;tenues un droit fondamental au maintien de leurs liens familiaux. L'administration a &#233;tudi&#233; son dossier. Elle a consid&#233;r&#233; que l'&#233;loignement n'&#233;tait pas un probl&#232;me : puisque l'&#233;pouse avait r&#233;ussi &#224; venir &#224; plusieurs reprises, elle pouvait tr&#232;s bien continuer &#224; le faire. Un mois plus tard, j'ai appris qu'on l'avait transf&#233;r&#233; encore plus loin, &#224; l'autre bout du pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La faim des for&#231;ats</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-faim-des-forcats</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lluno</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
		<dc:subject>Alex Less</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Au menu ce mois-ci : gamelle, kebab et yaourts go&#251;t ouin-ouin. R&#233;cemment, le d&#233;put&#233; RN du coin est venu exercer son droit de visite. La direction l'a promen&#233; pendant deux heures et quand il a crois&#233; des d&#233;tenus ce guignol s'est &#233;tonn&#233; qu'ils ne soient pas en &#171; tenue p&#233;nitentiaire &#187;. Il s'attendait &#224; quoi ? Un ensemble en toile orange (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no248-janvier-2026" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;248 (janvier 2026)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH79/logo_page_d_accueil_cqfd_5_-6-f4a28.png?1769866895' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='79' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Luno intervient b&#233;n&#233;volement en prison. Chaque mois, il livre ici un regard oblique sur la taule et ses rouages par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Au menu ce mois-ci : gamelle, kebab et yaourts go&#251;t &lt;i&gt;ouin-ouin&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_6362 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/248_13_prison_alexless.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH655/248_13_prison_alexless-c767c.jpg?1769815807' width='500' height='655' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;R&lt;/span&gt;&#233;cemment, le d&#233;put&#233; RN du coin est venu exercer son droit de visite. La direction l'a promen&#233; pendant deux heures et quand il a crois&#233; des d&#233;tenus ce guignol s'est &#233;tonn&#233; qu'ils ne soient pas en &#171; &lt;i&gt;tenue p&#233;nitentiaire&lt;/i&gt; &#187;. Il s'attendait &#224; quoi ? Un ensemble en toile orange avec num&#233;ro d'&#233;crou sur la poitrine ? La prison &#8211; comme la justice en g&#233;n&#233;ral &#8211; souffre d'une repr&#233;sentation fauss&#233;e. L'imaginaire commun est celui des films et s&#233;ries am&#233;ricaines. Or, en France, personne ne crie &#171; &lt;i&gt;Objection, votre honneur !&lt;/i&gt; &#187; au milieu d'un tribunal et les d&#233;tenus portent leurs propres v&#234;tements depuis le d&#233;but des ann&#233;es 1980. Personne ne s'en &#233;tait plaint jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, j'ai longtemps cru qu'il existait de grands r&#233;fectoires o&#249; les prisonniers mangeaient dans le &lt;i&gt;brouhaha&lt;/i&gt; des couverts et des incartades. Je les ai cherch&#233;s avant de comprendre que &#231;a aussi, &#231;a n'existait pas : en France, tout le monde est en cellule &#224; l'heure des repas. Comme en Ehpad et &#224; l'hosto, la bouffe est produite par des entreprises priv&#233;es particuli&#232;rement voraces, servie &#224; des horaires archa&#239;ques (on d&#238;ne souvent &#224; 17 heures 30) et le plus souvent, elle n'est vraiment pas app&#233;tissante. Selon ses moyens et ses go&#251;ts, on peut manger tout ou partie de ce qui est propos&#233; &#8211; la gamelle &#8211; et la compl&#233;ter ou carr&#233;ment la remplacer par ce qu'on ach&#232;te en plus &#8211; les cantines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien manger devient alors une affaire de premi&#232;re importance qui g&#233;n&#232;re des pressions, des jalousies et des trafics audacieux &#8211; les fameux drones livreurs de kebabs. J'en ai pris conscience le jour o&#249; j'ai vu un lascar menacer l'auxi cuisine&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#171; auxiliaires &#187; sont des d&#233;tenus qui travaillent au service g&#233;n&#233;ral de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; pour qu'il y ait du tiramisu au dessert :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tu sais bien que c'est pas moi qui d&#233;cide, &lt;/i&gt;marmonnait le quinquag&#233;naire en baissant les yeux tandis que j'approchais pour m'assurer que la situation n'escalade pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211;&lt;i&gt; Alors tu m'sors au moins du mascarpone, fr&#232;re ! J'en peux plus moi... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soudain, &#231;a m'a rappel&#233; mon pote gourmet qui, en d&#233;tention provisoire, demandait &#224; ses visiteurs de faire entrer des &#233;pices au parloir &#8211; le shit, c'est facile &#224; choper ici, disait-il, pas le zaatar et la muscade&#8230; Ces condiments de luxe lui avaient permis d'&#233;tablir un deal avec son co-d&#233;tenu : lui cuisinait des trucs d&#233;licieux pour deux et, en &#233;change, l'autre acceptait de manger vegan.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour certains, c'est la premi&#232;re fois de leur vie qu'ils se font &#224; manger eux-m&#234;mes (la moiti&#233; des gens en prison ont moins de 33 ans). Ils apprennent l&#224;, avec peu de moyens, pas mal de temps et une petite plaque &#233;lectrique. Bien s&#251;r, pour cela, il ne faut pas &#234;tre &#233;touff&#233; par son orgueil de classe comme le d&#233;tenu Nicolas S., bri&#232;vement incarc&#233;r&#233; &#224; la Sant&#233; cet automne et dont une indiscr&#233;tion nous apprenait peu de temps avant sa lib&#233;ration qu'il d&#233;daignait la gamelle par peur d'&#234;tre empoisonn&#233; et se refusait &#171; &lt;i&gt;par principe&lt;/i&gt; &#187; &#224; cuisiner lui-m&#234;me. Le Mandela de Neuilly-sur-Seine n'aurait apparemment gob&#233; que des yaourts pendant trois semaines, suscitant l'angoisse de ses proches et m&#233;decins. Et personne pour lui &lt;i&gt;droner&lt;/i&gt; un homard du Fouquet's ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &#171; auxiliaires &#187; sont des d&#233;tenus qui travaillent au service g&#233;n&#233;ral de la prison.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le maton qui guette (en moi)</title>
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		<dc:date>2025-12-20T13:07:22Z</dc:date>
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		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>

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&lt;p&gt;Luno est b&#233;n&#233;vole en prison et nous en livre un aper&#231;u chaque mois. Un regard oblique sur la taule et ses rouages, par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Deuxi&#232;me &#233;pisode : que des fachos dans ces quartiers (p&#233;nitentiaires). Il y a quelques ann&#233;es, je suis tomb&#233; en stop sur un fonctionnaire du Spip. Le Spip c'est un service p&#233;nitentiaire d'insertion qui porte le m&#234;me nom que l'&#233;cureuil de Spirou &#8211; ce qui est assez chou, mais la comparaison s'arr&#234;te l&#224;. Le gars m'avait confi&#233; qu'il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Luno est b&#233;n&#233;vole en prison et nous en livre un aper&#231;u chaque mois. Un regard oblique sur la taule et ses rouages, par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Deuxi&#232;me &#233;pisode : que des fachos dans ces quartiers (p&#233;nitentiaires).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;I&lt;/span&gt;l y a quelques ann&#233;es, je suis tomb&#233; en stop sur un fonctionnaire du Spip. Le Spip c'est un service p&#233;nitentiaire d'insertion qui porte le m&#234;me nom que l'&#233;cureuil de Spirou &#8211; ce qui est assez chou, mais la comparaison s'arr&#234;te l&#224;. Le gars m'avait confi&#233; qu'il venait de quitter la prison o&#249; il bossait parce qu'elle &#233;tait &#171; &lt;i&gt;gangr&#233;n&#233;e par une &#233;quipe de matons fachos&lt;/i&gt; &#187;. Selon lui, c'&#233;tait de notori&#233;t&#233; publique dans l'AP&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'Administration p&#233;nitentiaire, couramment abr&#233;g&#233;e AP.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les gardes-chiourme s'organisaient pour faire recruter leurs potes, ce qui avait fini par rendre l'atmosph&#232;re particuli&#232;rement naus&#233;abonde. Lui &#233;tait parti pour un poste en &#171; milieu ouvert &#187;, d&#233;pit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'avais appris deux trucs dans cette bagnole : d'abord qu'il existait des Spip de gauche qui &#233;coutent les B&#233;rus et qu'il y avait des prisons encore pires que les autres. Cette image du gang de fafs en uniforme bleu me hantait sans pour autant me surprendre totalement. D&#232;s que j'ai pu, je me suis donc tourn&#233; vers la meuf du Spip de la Maison d'arr&#234;t o&#249; j'interviens :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; &#8211; T'en penses quoi toi, Dominique, de cette histoire ? C'est vrai qu'il y a des prisons connues pour &#234;tre des repaires de matons fachos ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8211; Oh fachos, fachos, a-t-elle commenc&#233; par grommeler comme si j'exag&#233;rais. Ils sont tous un peu fachos, tu sais ! Ici c'est probablement du 100 %... Apr&#232;s il y a ceux avec qui on peut quand m&#234;me blaguer, et puis les autres. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Merde alors ! Mais, elle fait comment Dominique ? Elle qui a l'air si sympa avec son grand sourire coiff&#233; d'un charmant b&#233;gaiement. Elle qui vient du militantisme &#233;colo... Elle fait comment pour aller bosser tous les matins et dire bonjour, salut, merci, bonne ann&#233;e, &#224; lundi ? Forc&#233;ment, quelque part, elle a d&#251; se faire ronger par l'ambiance g&#233;n&#233;rale, abdiquer des choses !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en &#233;tais l&#224;, &#224; me demander s'il &#233;tait possible de circuler longtemps en taule sans finir par soi-m&#234;me penser comme une porte &#224; barreaux, quand j'ai eu un d&#233;but de r&#233;ponse. Je discutais avec un d&#233;tenu &#224; peine majeur, &#171; primaire &#187;, c'est-&#224;-dire emprisonn&#233; pour la premi&#232;re fois. C'&#233;tait la fin de notre atelier jeux de soci&#233;t&#233; et je lui ai souhait&#233; bon week-end, bon courage. C'est l&#224; que j'ai capt&#233;, en me retournant, qu'il m'avait chour&#233; un jeu de cartes. Je ne sais pas ce qui m'a pris mais je l'ai rattrap&#233; dans le couloir pour lui demander s'il n'avait pas oubli&#233; quelque chose. Le m&#244;me a baiss&#233; les yeux et sorti le paquet de la poche de son surv&#234;t' Tacchini. Entre temps, j'avais repris mes esprits, mais c'&#233;tait d&#233;j&#224; foutu : derri&#232;re moi un surveillant d&#233;boulait, curieux. Il valait mieux que tout &#231;a rentre dans l'ordre rapidement. Le d&#233;tenu a marmonn&#233; qu'il n'avait pas fait expr&#232;s, j'ai r&#233;pondu moi non plus, ce qui ne voulait rien dire dans le contexte. Le surveillant a d&#233;tourn&#233; les yeux, gueul&#233; &#171; &lt;i&gt;casqueeette !&lt;/i&gt; &#187; pour qu'un type dans l'escalier la retire et nous a oubli&#233;s. Tout &#233;tait fini. J'ai regard&#233; mon pauvre jeu de cartes et j'ai eu salement envie de chialer : je n'&#233;tais pas devenu maton mais d&#233;j&#224; un bon vigile.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'Administration p&#233;nitentiaire, couramment abr&#233;g&#233;e AP.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La prison en feu ?</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-prison-en-feu</link>
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		<dc:date>2025-11-28T23:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Lluno</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>

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&lt;p&gt;Luno est b&#233;n&#233;vole en prison, et nous en livre un aper&#231;u chaque mois. Un regard oblique sur la taule et ses rouages, par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Premier &#233;pisode : trouver ses marques. &#171; C'est un Alg&#233;rien et un Marocain, ils sont en haut d'un immeuble. Qui c'est qui saute le premier ? &#187; Il pouffe. C'est le genre de gars qui a du mal &#224; attendre pour envoyer sa chute. Je m'approche pour ne pas la rater. &#171; Ah, je la connais surveillant mais l&#224;&#8230; je m'en souviens plus. &#8211; Qui (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Luno est b&#233;n&#233;vole en prison, et nous en livre un aper&#231;u chaque mois. Un regard oblique sur la taule et ses rouages, par quelqu'un qui y passe mais n'y dort pas. Premier &#233;pisode : trouver ses marques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;&#171; C&lt;/span&gt;&lt;i&gt;'est un Alg&#233;rien et un Marocain, ils sont en haut d'un immeuble. Qui c'est qui saute le premier ?&lt;/i&gt; &#187; Il pouffe. C'est le genre de gars qui a du mal &#224; attendre pour envoyer sa chute. Je m'approche pour ne pas la rater.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ah, je la connais surveillant mais l&#224;&#8230; je m'en souviens plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#8211; Qui c'est qui saute le premier ? C'est l'immeuble ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les deux se marrent, et de bon c&#339;ur on dirait. Un maton grisonnant et un jeune d&#233;tenu maghr&#233;bin en requins. Je suis paum&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis que j'ai mis un pied en taule, j'en ai des dizaines comme &#231;a : des moments o&#249; je patine, o&#249; ce qui se vit n'entre pas vraiment dans ma grille de compr&#233;hension. C'&#233;tait plus simple avant, quand les choses &#233;taient claires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fleury, novembre 2017. Premi&#232;re fois que je vois une prison d'aussi pr&#232;s et elle est gigantesque : 140 hectares, pr&#232;s de 4 500 personnes incarc&#233;r&#233;es, la plus grande zonz d'Europe (encore une belle victoire pour la France). J'apporte un sac d'affaires pour mon pote. Des habits, quelques bouquins et une paire de baskets neuves que j'ai gal&#233;r&#233; &#224; choisir &#8211; fallait-il qu'elles aient l'air on&#233;reuses pour que &#231;a impose le respect ou au contraire bon march&#233; pour ne pas attiser la convoitise et donc les emmerdes ? Le samedi matin, c'est jour de visite : il y a foule devant la maison d'arr&#234;t pour hommes. Beaucoup de femmes et de gamins de tout &#226;ges, des ados, de rares types plus &#226;g&#233;s. On attend sous le crachin. Un maton de deux m&#232;tres bloque l'entr&#233;e sans fournir d'explication pour le retard. Quand la porte s'ouvre enfin, il crie, repousse ceux qui se pressent, tutoie, se moque de qui ne parle pas bien fran&#231;ais. J'ai les boules pour les familles qui se font humilier par ce blaireau en uniforme mais qui seront encore l&#224; samedi prochain, et celui d'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me faut quelques ann&#233;es avant de remettre un pied en prison, cette fois en tant qu'intervenant aux c&#244;t&#233;s de plusieurs assos. Les &#233;tablissements que je fr&#233;quente n'ont rien &#224; voir avec une usine comme Fleury : ils sont relativement petits &#8211; des &#171; boutiques &#224; l'ancienne &#187;, &#171; familiales &#187; presque. &#192; l'int&#233;rieur et au-del&#224; des blagues de maton, je d&#233;couvre un monde chelou. Les prisonniers que je rencontre ne sont pas sp&#233;cialement contre la taule et les personnels, eux, ne se font gu&#232;re d'illusions sur son utilit&#233;. Pour les premiers, c'est parfois une &#233;tape pr&#233;vue, anticip&#233;e. Et s'ils la jugent injuste pour eux, elle serait &#171; bien m&#233;rit&#233;e &#187; pour d'autres. Quant aux seconds, ils sont trop bien plac&#233;s pour savoir que ce n'est pas l'enfermement &#224; trois ou quatre par cellule de 9 m&lt;sup&gt;2&lt;/sup&gt; qui autorise &#224; r&#233;fl&#233;chir et &#224; &#171; donner du sens &#224; la peine &#187;, comme disent les textes de loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moi, j'arrive l&#224; avec mon bagage anticarc&#233;ral et mon vieux seum toujours pas dig&#233;r&#233;. Mais je sais que je viens ici pour tremper ces id&#233;es tranchantes dans le r&#233;el, voir si &#231;a tient. &#192; la fin, si les surveillants sont des humains et les taulards aussi, est-ce qu'on criera encore &#171; La prison en feu, les matons au milieu &#187; ?&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Luno&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La prison &#8211; comme le reste &#8211; ce sont celles et ceux qui la subissent qui en parlent le mieux. Je vous incite donc &#224; lire des &#233;crits de taulards et &#224; suivre ce que font &lt;a href=&#034;https://www.lenvolee.net&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;les camarades de &lt;i&gt;L'envol&#233;e&lt;/i&gt; qui donnent depuis plus de vingt ans la parole aux enferm&#233;&#183;es&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Du martini dans le molotov</title>
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		<dc:date>2006-05-22T09:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Chez les taulards &#224; perpette de Lannemezan, la d&#233;ferlante anti-CPE a &#233;t&#233; suivie d'un oeil plus rigolard que passionn&#233;. La pr&#233;carit&#233; ? En zonzon, elle a depuis toujours quelques longueurs d'avance. Le plus beau, c'est que pour b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle, le d&#233;tenu doit n&#233;cessairement avoir un CDI en b&#233;ton. Mais pour notre correspondant, les images de la lutte &#233;voquent aussi quelques bons souvenirs&#8230; LA VOIX AU BOUT DU FIL me questionne : &#171; Comment en zonzon voyez-vous la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no33-avril-2006" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;33 (avril 2006)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chez les taulards &#224; perpette de Lannemezan, la d&#233;ferlante anti-CPE a &#233;t&#233; suivie d'un oeil plus rigolard que passionn&#233;. La pr&#233;carit&#233; ? En zonzon, elle a depuis toujours quelques longueurs d'avance. Le plus beau, c'est que pour b&#233;n&#233;ficier d'une lib&#233;ration conditionnelle, le d&#233;tenu doit n&#233;cessairement avoir un CDI en b&#233;ton. Mais pour notre correspondant, les images de la lutte &#233;voquent aussi quelques bons souvenirs&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;LA VOIX AU BOUT DU FIL me questionne : &lt;i&gt;&#171; Comment en zonzon voyez-vous la mobilisation contre le CPE ? &#187;&lt;/i&gt; Je suis surpris et je n'ai pas grand-chose &#224; dire. Bien s&#251;r je regarde la t&#233;l&#233; et je lis les journaux, mais je ne vis pas la situation. Je me sens d'ailleurs d'un autre temps, d'un autre pays. &#201;videmment, en suivant la cha&#238;ne info am&#233;ricaine en direct, je fr&#233;mis aux cavalcades des jeunes traqu&#233;s par les hordes de scarab&#233;es noirs. Quelques souvenirs soixante-huitards remontent &#224; ma m&#233;moire. L'&#233;clairage public se refl&#232;te sur les casques et les boucliers comme sur une carapace d'insecte&#8230; Le silence se prolonge. Mon interlocuteur l'interrompt brusquement, comme s'il se rendait compte. &lt;i&gt;&#171; Je comprends, je comprends&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Le camarade est un ancien prisonnier politique marseillais. Pour mieux visualiser sa t&#234;te, je me raccroche &#224; un reportage de FR3-Provence, l'instant o&#249; il entre dans le box des accus&#233;s en roulant des &#233;paules dans son blouson de teddy-boy. &lt;i&gt;&#171; Apr&#232;s l'hommage &#224; Jo&#235;lle devant le mur des F&#233;d&#233;r&#233;s, nous sommes all&#233;s aux bastons de Nation. &#187;&lt;/i&gt; &#192; son enthousiasme, je crois entendre exploser les grenades offensives. Il suffirait de si peu pour que les lacrymog&#232;nes me br&#251;lent les yeux. Je me dis que j'irais bien faire l'apr&#232;s-dissolution d'une manif. &lt;i&gt;&#171; Mais le JAP [juge d'application des peines] ne voudra pas&#8230; c'est certain ! &#187;&lt;/i&gt; Pourtant j'aimerais tant leur balancer un pav&#233; sur la gueule ou, mieux, un Molotov, bien alcoolis&#233; ! &lt;i&gt;&#171; Dans ton cocktail Molotov, il faut mettre du Martini mon petit&#8230; &#187;&lt;/i&gt; De notre temps, les rengaines du p&#232;re Ferr&#233; rythmaient l'anarchique d&#233;sinvolture des rues en p&#233;tard. Jusqu'au dernier moment, j'aurais serr&#233; la bouteille brune contre moi. Puis mon regard aurait suivi son voyage dans le ciel orang&#233; des r&#233;verb&#232;res. Avant qu'un geyser de flammes rousses illumine les godillots du mille-pattes&#8230; Sur l'&#233;cran de t&#233;l&#233; d&#233;filent les images d'une assembl&#233;e dans une fac occup&#233;e. Un jeune arbore sur la poitrine le visage du Che, il prend la parole : &lt;i&gt;&#171; Je demande le vote d'une motion condamnant la violence. &#187;&lt;/i&gt; Les os du pauvre Guevara doivent faire des loopings dans sa tombe de Santa Clara. Originaire de Limoux, Mahmoud porte lui aussi un T-shirt du Che, il s'&#233;nerve : &lt;i&gt;&#171; Regarde-le ce couillon ! &#187;&lt;/i&gt; Il est le seul &#233;tudiant encart&#233; du b&#226;timent, finalement il est l'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale &#224; lui tout seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En croisant un groupe de matons dans l'escalier, nous avons entendu : &lt;i&gt;&#171; Il ne faut pas que le gouvernement c&#232;de&#8230; &#187;&lt;/i&gt; Ils croient si fort au parti de l'ordre. Une v&#233;ritable religion. Mais dans la centrale, aucun prisonnier n'a &#233;voqu&#233; publiquement le CPE. Seul Max s'est adress&#233; aux coll&#232;gues de l'atelier &#224; la veille de la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale : &lt;i&gt;&#171; Oh les mecs, comment fait-on demain pour aller au boulot, para&#238;t qu'il y a pas de m&#233;tro ! &lt;/i&gt; &#187; Regroup&#233;s autour de la table de b&#233;ton, les gros costauds ont rigol&#233; dans leur barbe. CPE ou pas, ici la vie sans vie suit son cours. Hier, Ren&#233;, dit &#171; Canette &#187; (parce qu'il peut d&#233;vorer six parts de canard aux olives, du moins c'est ce que pr&#233;tend l'Albanais) et St&#233;phane le jardinier se sont trait&#233;s d'encul&#233;s &#224; la suite d'une histoire balourde de ramassage de pissenlits. Depuis plusieurs week-ends, ils bataillaient ferme pour nous d&#233;montrer qui des deux &#233;tait le meilleur p&#226;tissier. &#192; l'&#233;tage, nous ne demandions pas mieux qu'&#224; d&#233;jouer les go&#251;teurs de ce concours enrag&#233;. &lt;i&gt;&#171; Le con, il met pas assez de beurre dans les beignets ! &#187;&lt;/i&gt; Avec le retour d'un beau soleil, les boulistes ont r&#233;apparu dans la seconde cour. Lundi en fin d'apr&#232;s-midi, le pr&#233;fet nous a rendu visite. Quant aux deux aum&#244;niers, d&#233;sormais ils &#233;vitent un &#233;tage. Ils ont appris que plusieurs adeptes d'une secte sataniste s'y &#233;taient regroup&#233;s. Plus g&#233;n&#233;ralement, la d&#233;tention grogne &#224; propos du prix du t&#233;l&#233;phone. Au moins un tiers d'augmentation d'un seul coup, alors que, selon les infos de la t&#233;l&#233;con, les appels &#224; partir d'un fixe ont baiss&#233; d'autant. &lt;i&gt;&#171; Encore une affaire de racket ! &#187;&lt;/i&gt;, conclut la vox populi des coursives. Mais ce n'est pas tout car les discussions tournent en boucle sur la nouvelle application des peines. La centrale de s&#233;curit&#233; est au r&#233;gime sec. Plus de condi. Plus de perm. Plus de gr&#226;ce. Ou alors au comptes gouttes&#8230; Inutile de vous en dire davantage, nous avons d'autres sujets de conversation que les questions de l'heure pour les p&#233;kins du dehors. Et puis, CNE, CPE, CDD ou int&#233;rim, qu'importe si &#224; l'ext&#233;rieur les contrats de pr&#233;carit&#233; se multiplient : notre JAP est tr&#232;s conservateur, il r&#233;clame dans chaque dossier de lib&#233;ration un CDI en b&#233;ton, m&#234;me pour les gars ayant d&#233;pass&#233; l'&#226;ge de la retraite. Il se fout que la loi ait &#233;t&#233; vot&#233;e au temps b&#233;ni du plein emploi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais n'allez pas croire que dans les zonzons nous ne r&#233;agissons pas aux probl&#232;mes politiques. Bien au contraire, mais instinctivement nous nous sentons plus proches de nos cong&#233;n&#232;res taulards du monde entier. L'opprim&#233; est solidaire de l'opprim&#233; o&#249; qu'il se trouve. Et la d&#233;tention enti&#232;re a &#233;t&#233; particuli&#232;rement sensible aux images d'Abou Ghra&#239;b et de Guantanamo. Comme elle ronchonne au silence orchestr&#233; dans les affaires de torture et des prisons clandestines de la CIA. Ces probl&#232;mes font partie de notre probl&#232;me. Et nous nous en pr&#233;occupons sans doute beaucoup plus que les &#233;tudiants gr&#233;vistes et incommensurablement plus que les b&#233;ni-oui-oui m&#226;chouillant le mot de d&#233;mocratie &#224; longueur de journ&#233;e. L'apr&#232;s-midi o&#249; l'arm&#233;e isra&#233;lienne a attaqu&#233; la prison de J&#233;richo, d'un coup la tension dans la taule a grimp&#233; d'un cran. Chaque coup de pelleteuse contre le b&#226;timent o&#249; s'&#233;taient r&#233;fugi&#233;s les membres du FPLP &#233;tait ponctu&#233; d'un &lt;i&gt;&#171; fils de pute ! &#187;&lt;/i&gt; ou d'un &lt;i&gt;&#171; b&#226;tard ! &#187;&lt;/i&gt; Les taulards, quelles que soient leurs opinions, ont pris parti. Au rez-de-chauss&#233;e, un camarade a lanc&#233; un mot d'ordre de gr&#232;ve de plateau si les prisonniers &#233;taient assassin&#233;s. Il faut rappeler que le seul bombage du b&#226;timent a &#233;t&#233; longtemps : &lt;i&gt;&#171; Gaza = Varsovie, Tsahal = Waffen SS. &#187;&lt;/i&gt; &#192; l'&#233;poque du si&#232;ge de J&#233;nine, un gars, &#224; l'abri des cam&#233;ras, l'a &#233;crit en lettres b&#226;tons sur le mur en face de la buanderie. Le slogan a tenu plus d'un an avant d'&#234;tre effac&#233; la semaine pass&#233;e. Globalement, la Palestine est le centre de la politisation en prison. En cela les taules sont plus proches de l'&#233;tat d'esprit des quartiers. Pourquoi en serait-il autrement, la composition cosmopolite de classe y est la m&#234;me, comme l'&#233;tat d'oppression&#8230; Pour en revenir au CPE, le 28 mars dernier, &#224; l'heure de la manif g&#233;n&#233;rale &#224; Paris, un bricard fait irruption dans ma cellote : &lt;i&gt;&#171; Fouille sp&#233;ciale ! &#187;&lt;/i&gt; Apr&#232;s la fouille &#224; corps, je me rhabille et me glisse en promenade. &#192; peine arriv&#233; sur le terrain de sport, le talkie-walkie du surveillant crachote un ordre : &lt;i&gt;&#171; Tous les agents du b&#226;timent A doivent se rendre dans la cellule de Rouillan. &#187;&lt;/i&gt; &#192; mes c&#244;t&#233;s, Georges rigole : &lt;i&gt;&#171; Au moins, maintenant, on sait o&#249; va se d&#233;rouler la contre-manif pro-CPE ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Au paradis des repentis</title>
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		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


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&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la demande de conditionnelle de Jann-Marc Rouillan vient enfin de tomber : c'est non, car il n'a toujours pas expi&#233; ses p&#233;ch&#233;s.Apr&#232;s dix-huit ans de cabane,il faut encore montrer patte blanche et se signer de l'autre, de pr&#233;f&#233;rence &#224; genoux. Heureux les repentis car le paradis de la conditionnelle leur appartient ! NEUF MOIS APR&#200;S ma demande de lib&#233;ration conditionnelle, grands seigneurs, les magistrats ont enfin daign&#233; me r&#233;pondre. Sans surprise, leur refus sous forme (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no28-novembre-2005" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;28 (novembre 2005)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-il" rel="tag"&gt;qu'il&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres" rel="tag"&gt;d'autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/autant" rel="tag"&gt;autant&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfin-daigne" rel="tag"&gt;enfin daign&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/veritables-victimes" rel="tag"&gt;v&#233;ritables victimes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/grands-seigneurs" rel="tag"&gt;grands seigneurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/liberation-conditionnelle" rel="tag"&gt;lib&#233;ration conditionnelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/PDG-Trucmuche" rel="tag"&gt;PDG Trucmuche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; la demande de conditionnelle de Jann-Marc Rouillan vient enfin de tomber : c'est non, car il n'a toujours pas expi&#233; ses p&#233;ch&#233;s.Apr&#232;s dix-huit ans de cabane,il faut encore montrer patte blanche et se signer de l'autre, de pr&#233;f&#233;rence &#224; genoux. Heureux les repentis car le paradis de la conditionnelle leur appartient !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;NEUF MOIS APR&#200;S ma demande de lib&#233;ration conditionnelle, grands seigneurs, les magistrats ont enfin daign&#233; me r&#233;pondre. Sans surprise, leur refus sous forme d'hom&#233;lie &#233;nonce les poncifs du culte des victimes.&lt;i&gt; &#171; Souffrances endur&#233;es par les victimes &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; D&#233;termination &#224; d&#233;nier toute reconnaissance de la qualit&#233; de victime &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; D&#233;ni &#224; l'&#233;gard des victimes&#8230; notamment, celles ex&#233;cut&#233;es sans autre forme de proc&#232;s &#187;&lt;/i&gt;&#8230; Les juges se gardent bien de pr&#233;ciser les faits, le nombre et jusqu'aux noms. Plus de g&#233;n&#233;ral Machin-chose, ni de PDG Trucmuche, l'anonymat conforte leur destin&#233;e sanctifi&#233;e. Et le &#171; notamment &#187; laisse penser qu'il y en a d'autres, beaucoup d'autres ! Leurs fant&#244;mes ont rejoint l'immense troupe des errants aujourd'hui idol&#226;tr&#233;s en un v&#233;ritable paganisme d'&#201;tat ! Cet obscurantisme n'est pas sans rappeler les cultes des anc&#234;tres ou celui des divinit&#233;s des for&#234;ts et des marais terrifiant les enfants dissip&#233;s. Qu'importe ! Car la culture chr&#233;tienne fichera sur ces basses croyances sa croix de fer. Et la vulgate s'&#233;tale au grand jour. Impossible d'&#233;chapper &#224; la tartuferie. &#192; la centrale de Lannemezan, certaines conseill&#232;res en insertion vous poursuivent un crucifix dans la main droite et le code p&#233;nal sous le bras gauche.&lt;i&gt; &#171; Monsieur Rouillan, vous avez pens&#233; &#224; vos victimes ? &#187;&lt;/i&gt; Si vous tentez de fuir, elles vous lancent des anath&#232;mes en vous promettant au moins pire &lt;i&gt;&#171; quatre ans de plus ! &#187;&lt;/i&gt; Leur chef hante les coursives en prof&#233;rant des menaces d'une voix caverneuse &lt;i&gt;&#171; Repentez vous ! Repentez vous ! &#187;&lt;/i&gt; Le directeur pr&#234;che l'amour de son prochain mais renforce le carcan disciplinaire. C'est bien connu, qui aime bien ch&#226;tie bien. Dans cette basilique de la haute s&#233;curit&#233;, Dominique le moine, tenant lieu d'aum&#244;nier, observe avec amusement ce petit monde de nouveaux pr&#233;dicateurs et de sacristains lui volant son pain quotidien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les prisons de France, par la force du plus fort, certains prisonniers succombent aux sornettes inquisitoriales. Ils se confessent en catimini ou participent &#224; des c&#233;r&#233;monies expiatoires puant la servilit&#233; et l'hypocrisie. Selon leur repentance, d'autres arborent des croix d'or et d'argent plus ou moins ostentatoires. Si pr&#232;s de Lourdes, on sait bien que le club de pri&#232;re est un v&#233;ritable ascenseur pour le paradis d'une conditionnelle. Et que dire de ces bonnes &#226;mes du dehors s'imaginant en charge d'une mission sacerdotale ? Elles esp&#232;rent sans doute une indulgence en &#233;change de nos conversions et nous abreuvent de correspondances pieuses. Pendant de longs mois, un &#233;v&#234;que, finalement promu cardinal, a rencontr&#233; en cellule un ancien activiste r&#233;volutionnaire afin qu'il endosse la bure des p&#233;nitents et qu'il soit touch&#233; par la gr&#226;ce de la &lt;i&gt;&#171; souffrance des victimes &#187;&lt;/i&gt;. La foi l'a &#233;clair&#233;. All&#233;luia ! La magistrature de cette nouvelle R&#233;publique de Salo est &#224; la d&#233;rive. Je ne m'&#233;tonnerais pas de lire prochainement dans les attendus d'une d&#233;cision judiciaire la sommation &#224; des g&#233;nuflexions&#8230; Deux mille Ave et autant de Pater Noster&#8230; sans compter la cr&#233;mation de quelques cierges, un p&#232;lerinage &#224; Rocamadour et l'achat de deux ou trois offices de r&#233;demption. Il se trouvera toujours une crapule qu'on encensera pour pr&#233;tendre haut et fort qu'une conditionnelle vaut bien une messe. Attention ! Il est essentiel de ne pas se tromper d'&#201;vangile. Surtout pas ! Car autant l'amour du dieu blanc des catholiques est signe de r&#233;adaptation sociale, autant d'autres croyances religieuses seront comprises comme l'absolu contraire. Il faut voir comment ils traquent les musulmans. Les matons dressent les listes des prisonniers je&#251;nant pour le car&#234;me et r&#233;alisant scrupuleusement les cinq pri&#232;res. Au rez-de-chauss&#233;e de chaque b&#226;timent, il y a bien une salle tenant lieu de mosqu&#233;e. Mais elle est abandonn&#233;e depuis belle lurette. Sa fr&#233;quentation r&#233;guli&#232;re &#233;tait le pr&#233;texte &#224; des refus de r&#233;ductions de peine et &#224; des transferts disciplinaires. Le pauvre gitan de Perpignan que l'on appelle Manolo en taule (ceux qui jouent de la guitare sont souvent baptis&#233;s Manolo), lass&#233; d'une &#233;glise raciste et rang&#233;e avec constance du c&#244;t&#233; des donneurs de coups de triques, s'est fait protestant comme la majorit&#233; de son peuple et n'h&#233;site plus &#224; pr&#233;diquer : &lt;i&gt;&#171; Moi y&#233; m'en fous des gr&#226;c&#233;s et des victimes, y&#233; suis &#233;vany&#233;list&#233;. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque le moine Dominique passe sous ma fen&#234;tre, je l'apostrophe au cri d'&lt;i&gt;&#171; &#192; bas l'&#201;glise ! &#187;&lt;/i&gt; Il me r&#233;pond par un large sourire et un &lt;i&gt;&#171; Toi, change de disque ! &#187;&lt;/i&gt; Un apr&#232;s-midi dans la cour, profond&#233;ment agac&#233; par la tartuferie judiciaire, devant un troupeau d'ouailles, il questionna &#224; haute voix :&lt;i&gt; &#171; Victimes ? Victimes ? D'abord il faudrait se demander qui sont les v&#233;ritables victimes de ce syst&#232;me. &#187;&lt;/i&gt; Son propos iconoclaste terrorisa deux culs-b&#233;nits qui jet&#232;rent par-dessus leurs &#233;paules des regards inquiets en direction de l'&#233;chauguette. Ils ont si peur d'&#234;tre condamn&#233;s au b&#251;cher par les inquisiteurs de l'application des peines. Ils savent qu'il en faut si peu. Pour tant l'interrogation de notre Savonarole est l&#233;gitime. Qui sont, &#224; notre &#233;poque, les v&#233;ritables victimes ? Et que penser d'une telle dissym&#233;trie ? Nous avons remarqu&#233; qu'aucun magistrat - eux pourtant si prompts &#224; faire la le&#231;on - n'a os&#233; bl&#226;mer le g&#233;n&#233;ral Aussaresses pour son empathie envers ses victimes fellagas ! Que dire de l'absence de reproche aux patrons d'Eternit ou des autres entreprises conditionnant l'amiante, ayant laiss&#233; crever &#224; petit feu des milliers d'ouvriers ? Oui, qui sont les v&#233;ritables victimes ? Quand on sait que les enfants de certains quartiers d&#233;sh&#233;rit&#233;s re&#231;oivent &#224; leur berceau un mandat de d&#233;p&#244;t &#224; titre ult&#233;rieur&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les juges aiment &#224; se d&#233;guiser dans les jupons noirs de la fille a&#238;n&#233;e de l'&#201;glise, mais ce ne sont que des pharisiens. La liturgie du culte des victimes est &#224; sens unique. Il ne concerne pas puissants et ma&#238;tres toujours blanchis jusqu'&#224; l'immacul&#233;. Quel juge oserait ouvrir une information sur la complicit&#233; des gouvernants de ce pays dans le g&#233;nocide rwandais ? Le monde barbote dans la barbarie, des arm&#233;es de tueurs officient aux quatre coins de la plan&#232;te et les troupes fran&#231;aises ne sont pas exemptes de carnage. Il n'y a pas si longtemps, ils ont bombard&#233; les usines des faubourgs de Belgrade et tir&#233; &#224; la mitrailleuse sur les manifestants d&#233;sarm&#233;s devant l'h&#244;tel Ivoire d'Abidjan. Sans parler de l'h&#233;catombe quotidienne d&#233;coulant des m&#233;canismes de l'accaparement des richesses. Le droit consacre le vol. Et la paup&#233;risation de masse coupable de tant de drames, l'exploitation du travail jusqu'&#224; l'&#233;puisement de la vie, les famines continentales et le manque d'eau potable repr&#233;sentent autant d'armes de destruction massives utilis&#233;es chaque jour contre la population mondiale. Oui, je vous le demande, qui sont les victimes ? Et qui sont les complices des lois r&#233;gissant les massacres ? Poser ces questions est d&#233;j&#224; un signe h&#233;r&#233;tique. Et tout mon propos illustre combien les juges ont raison quand ils affirment que mes &lt;i&gt;&#171; traits de personnalit&#233; &#187;&lt;/i&gt; ne sont pas compatibles avec une &lt;i&gt;&#171; r&#233;adaptation sociale &#187;&lt;/i&gt;. Ainsi soit-il !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La panoplie du maton</title>
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		<dc:date>2005-04-18T09:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
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&lt;p&gt;Dans les corridors de l'administration p&#233;nitentiaire, la mode est au western m&#226;tin&#233; CRS : costumes noirs, cagoules, rangers clout&#233;s, gants matelass&#233;s, fusils &#224; pompes, balles anti-&#233;meutes&#8230; Les taules se transforment en commissariats de couvre-feu, la d&#233;tention en garde &#224; vue illimit&#233;e. L'air du temps est du bleu des gyrophares. Nos matons ont toujours r&#234;v&#233; de ressembler &#224; des policiers. Et le discours de leurs syndicats sur le manque d'effectifs pour accomplir les t&#226;ches de r&#233;insertion (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les corridors de l'administration p&#233;nitentiaire, la mode est au western m&#226;tin&#233; CRS : costumes noirs, cagoules, rangers clout&#233;s, gants matelass&#233;s, fusils &#224; pompes, balles anti-&#233;meutes&#8230; Les taules se transforment en commissariats de couvre-feu, la d&#233;tention en garde &#224; vue illimit&#233;e. L'air du temps est du bleu des gyrophares.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos matons ont toujours r&#234;v&#233; de ressembler &#224; des policiers. Et le discours de leurs syndicats sur le manque d'effectifs pour accomplir les t&#226;ches de r&#233;insertion sociale des prisonniers sonne faux et s'accorde de nos jours &#224; la tartuferie p&#233;nitentiaire. Les hommes et les femmes de base r&#233;clament des rangers clout&#233;s, une noire matraque, une paire de menottes et un fusil &#224; pompe. Perben leur a offert toute la panoplie ! Les prisons ressemblent de plus en plus &#224; des commissariats. Ces deux derni&#232;res ann&#233;es, nous avons &#233;t&#233; les t&#233;moins de ce changement de cap. Avec la d&#233;t&#233;rioration acc&#233;l&#233;r&#233;e des conditions de d&#233;tention, nous allons vers une simple garde &#224; vue ad vitam et cetera, comme c'est d&#233;j&#224; le cas dans les prisons de quelques &#201;tats du Sud am&#233;ricain. Tout d&#233;buta dans la farce. Apr&#232;s s'&#234;tre battus pour un r&#233;gime de retraite identique &#224; celui de la police - ce qui est juste en soi -, deux syndicats majoritaires ont obtenu le droit pour les fonctionnaires d'arborer des galons de CRS et d'abandonner ainsi les signes distinctifs de l'engeance carc&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis tr&#232;s vite les choses tourn&#232;rent &#224; l'aigre avec la cr&#233;ation des ERIS (&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;), p&#226;les copies du RAID et autres GIPN, tous v&#234;tus de noir et masqu&#233;s de cagoules de moto. Depuis les passages &#224; tabac se multiplient lors d'op&#233;rations cibl&#233;es et des fouilles &#224; grand spectacle o&#249; ils d&#233;truisent tout ce qui leur tombe sous les chaussures &#224; clous. Un ancien moniteur de sport de la centrale de Moulins, qui au quotidien jouait les gentils et serrait les mains, tout &#224; la fois un peu complice et un peu malfrat, devint par enchantement l'un des pires bastonneurs des ERIS lyonnais. Anonymat et impunit&#233; totale garantis, pourquoi se g&#234;nerait-il ? La cohorte d&#233;barque le m&#233;pris d&#233;gobill&#233; avec l'&#233;vidente volont&#233; d'humilier. D'ailleurs, en dehors des coups, le seul rapport des encagoul&#233;s avec les prisonniers se r&#233;sume aux strip-teases ponctu&#233;s d'insultes et de commentaires pendards : &lt;i&gt;&#171; &#192; quatre pattes ! &#187;&lt;/i&gt;,&lt;i&gt; &#171; Tourne-toi ! &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; Couch&#233;, mains dans le dos ! &#187;&lt;/i&gt;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au courant des demandes pressantes des permanents syndicaux, un maton de la vieille &#233;cole me confessait voici quelques ann&#233;es : &lt;i&gt;&#171; Le jour o&#249;, dans le mirador, ils nous &#233;quiperont de fusils &#224; lunette, je d&#233;missionnerai. &#187;&lt;/i&gt; Il est parti &#224; la retraite. Et ses coll&#232;gues brandissent d&#233;sormais les fameux fusils. Bien s&#251;r, un repr&#233;sentant du personnel expliqua &#224; la t&#233;l&#233; que c'&#233;tait pour mieux viser les jambes ! Je fus malheureusement t&#233;moin de l'un des premiers passages &#224; l'acte &#224; la centrale d'Arles. Le pauvre Enzo, petit voleur sarde n'ayant jamais tu&#233; personne, a &#233;t&#233; cribl&#233; de balles alors qu'il &#233;tait assis &#224; califourchon sur le mur d'enceinte. Ce fut un tel carnage que lorsque la juge de Tarascon demanda &#224; visionner la sc&#232;ne, les bandes des six cam&#233;ras s'&#233;taient volatilis&#233;es. Il n'y a d&#233;cid&#233;ment aucune surprise avec la p&#233;nitentiaire ! Il para&#238;t que sur les bandes on aurait pu reconna&#238;tre l'ordure qui lui donna le coup de gr&#226;ce. Pourquoi craignent-ils ces images ? Le communiqu&#233; officiel du minist&#232;re et les tracts de l'UFAP auraient sans doute affirm&#233; que la pauvre b&#234;te souffrait trop, qu'il fallait bien faire quelque chose et qu'il s'agissait donc d'une mesure humanitaire&#8230; Et les journaleux n'auraient-ils pas comme un seul homme repris cette version ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines auparavant, deux d&#233;tenus guyanais avaient &#233;t&#233; assassin&#233;s de sang froid au pied du mur. Avec de telles armes, impossible de louper la cible, et lorsqu'ils ont des comptes &#224; r&#233;gler entre eux, ils font mouche de la m&#234;me fa&#231;on. De son mirador, &#224; Moulins, un amoureux &#233;conduit tua sur le coup sa dulcin&#233;e en uniforme. Peut-&#234;tre &#233;tait-elle affili&#233;e au syndicat qui avait r&#233;clam&#233; haut et fort ces armes redoutables contre la canaille ? Puis la parodie polici&#232;re envahit les coursives de la d&#233;tention. Comme d'habitude, cela d&#233;buta dans les quartiers d'isolement (QI). Ils trouv&#232;rent une bonne raison de menotter un ou deux individus &#171; tr&#232;s dangereux &#187; puis ils entrav&#232;rent tous les pensionnaires du QI au tristement c&#233;l&#232;bre D5 de Fleury. Au moment d'y d&#233;barquer, j'observai &#224; travers la grille la t&#234;te du brigadier. Il rayonnait d'un tel bonheur, une v&#233;ritable jouissance &#224; jouer au flic. Maintenant, dans tous les secteurs, les galonn&#233;s sont &#233;quip&#233;s d'une paire de menottes et de gants, de ces fameux gants matelass&#233;s sur les phalanges afin d'&#233;viter les fractures quand ils cognent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me &#224; l'h&#244;pital de Fresnes, grand mouroir des prisons fran&#231;aises, le chef d'&#233;tage roule des &#233;paules avec son &#233;quipement d'intervention. Dans certains &#233;tablissements dits s&#233;curitaires, ils s'&#233;quipent aujourd'hui de fusils &#224; pompes garnis jusqu'&#224; la gueule de balles anti-&#233;meutes. Sans doute h&#233;ritier d'une famille de grands braconniers, un &lt;i&gt;&#171; galon jaune &#187;&lt;/i&gt; de Moulins, portant le nom d'un acteur qui parle de lui &#224; la troisi&#232;me personne, aussi con mais beaucoup moins beau, aimait &#224; se balader sur les coursives le fusil en bandouli&#232;re. Pour un oui ou pour un non, il braquait l'engin sous le nez d'un prisonnier : &lt;i&gt;&#171; Alors maintenant tu fais moins le malin ! &#187;&lt;/i&gt; Partout cette ambiance western gagne du terrain. On peut l&#233;gitimement se demander de ce qu'il adviendra une fois que le minist&#232;re aura acc&#233;d&#233; &#224; la demande pressante de cr&#233;er des unit&#233;s arm&#233;es de transfert et de surveillance. Certains fonctionnaires se plaisent d&#233;j&#224; &#224; r&#234;ver tout haut du pompon, du gyrophare bleu et de la mitraillette &#224; la porti&#232;re frapp&#233;e du blason : &#171; Administration p&#233;nitentiaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a peu, le rapport Truche, magistrat de la Commission nationale de d&#233;ontologie de la s&#233;curit&#233;, &#233;clairait certains faits d'une lumi&#232;re crue. Les tabassages au mitard de la centrale de Moulins l'ann&#233;e pass&#233;e auraient &#233;t&#233; commis par des grad&#233;s et des surveillants qui s'&#233;taient d&#233;guis&#233;s avec des uniformes des ERIS. Ils aiment tellement les tenues noires et bleu marine qu'ils en planquaient dans les placards ! Et ce qui devait arriver arriva. D&#233;but f&#233;vrier, un coll&#232;gue d&#233;barqua. &lt;i&gt;&#171; H&#233; les gars, au 2e il y a des ERIS sans cagoules ! &#187;&lt;/i&gt; Bien s&#251;r, on est all&#233; jeter un coup d'&#339;il, et la surprise pass&#233;e, nous f&#251;mes forc&#233;s de reconna&#238;tre l'&#233;vidence : un paquet de matons avait opt&#233; pour la tenue de combat, blouson d'intervention, pantalons de treillis et rangers&#8230; Avant on rigolait du surveillant accrochant le sifflet &#224; une fourrag&#232;re gliss&#233;e &#224; l'&#233;paulette, de ses commandements &lt;i&gt;&#171; affirmatif, rompez ! &#187;&lt;/i&gt; et du claquement de ses talons devant un sup&#233;rieur. Et maintenant les voici tous d&#233;guis&#233;s en CRS ! Mais comme le pr&#233;cisera avec sinc&#233;rit&#233; l'un d'eux : &lt;i&gt;&#171; Rien &#224; voir, il s'agit de tenues de la BAC, parce que nous sommes les seuls vrais de l'anti-criminalit&#233;, non ? &#187;&lt;/i&gt; Et &#224; la vision d'un groupe sombre stationn&#233; au bout de la coursive, qui nous rappela une autre &#233;poque et le carrefour du Boul'mich, avec un vieux copain nous entonn&#226;mes le refrain du quartier latin : face &#224; &lt;i&gt;&#171; vos hommes bien lunett&#233;s, bien casqu&#233;s, bien boucl&#233;s, bien grenad&#233;s, bien sold&#233;s, nous nous sommes mis &#224; crier : &#224; bas l'&#201;tat policier, &#224; bas l'&#201;tat policier ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Loft-story carc&#233;ral</title>
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&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances. Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison avec la s&#233;rie &#171; 9 m2 &#187;. En se d&#233;marquant des grosses cha&#238;nes de la lobotomie commer&#231;ante, Arte a exploit&#233; ce filon in&#233;dit en nous collant une semaine durant de la fausse existence cellulaire. Je suis allong&#233; sur le m&#234;me lit &#224; trois &#233;tages. J'ai la m&#234;me fen&#234;tre, la m&#234;me table, finalement la m&#234;me cellule. N&#233;anmoins, face &#224; ces images, le faux me saute &#224; la gueule. Et quelle que soit l'intention des faussaires. D'ailleurs, Momo avoue qu'en jouant cette com&#233;die, &lt;i&gt;&#171; c'est comme si je me retirais&#8230; du monde carc&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien l&#224; le probl&#232;me. Dans &#171; 9 m2 &#187;, la prison a disparu, remplac&#233;e par le silence. M&#234;me au plus profond d'un quartier de haute s&#233;curit&#233;, le vacarme ne s'&#233;vanouit jamais &#224; ce point. Qu'importe l'heure, la rumeur des centaines d'emmur&#233;s presse sur l'instant personnel. Chaque peau de b&#233;ton palpite &#224; celle des voisins. Pas une nuit sans qu'un gars ne p&#232;te les plombs. Celui qui n'a pas eu sa dose. Celui qu'ils baluchonnent, direction le mitard. Du soir au matin et du matin au soir, la prison frappe &#224; la porte et hurle &#224; la fen&#234;tre. Il n'y a rien &#224; faire contre cet envahissement, sauf quand on ne supporte plus, comme ce cong&#233;n&#232;re de Moulins qui, en rentrant de l'atelier, tirait des rideaux opaques et portait un casque anti-bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs &#171; 9 m2 &#187; de t&#233;l&#233;, o&#249; sont les centaines de gars du b&#226;timent ? Si ce n'est le caricatural et lointain appel &#224; la pri&#232;re d'un mufti d'occasion, la fen&#234;tre est muette, pas de discussions ni de disputes. Les murs et les tuyaux ne r&#233;sonnent pas aux diff&#233;rents codes pour annoncer l'approche de la ronde ou les trois coups brefs pour &lt;i&gt;&#171; les yoyos ! &#187;&lt;/i&gt;. Chez moi, &#224; 5 heures du mat', les matons &#233;veillent les transf&#233;r&#233;s. Une demi-heure apr&#232;s, le roulis des chariots secoue les b&#226;timents. Les premiers verrous. &#192; la p&#233;riode du Car&#234;me, les bruits des assiettes et les repas pr&#233;par&#233;s sur les chauffes. La derni&#232;re ronde tourne et sort par les promenades. Un maton shoote une canette vide pour effrayer les rats. Ils discutent comme en plein jour. Les insultes pleuvent des fen&#234;tres et en r&#233;ponse quelques menaces s'&#233;l&#232;vent. D'un coup, la galerie s'&#233;broue des verrous. &#192; l'ambiance, on sait si on aura affaire la matin&#233;e enti&#232;re &#224; une &#233;quipe de fachos. Les portes claquent. Les ordres sont hurl&#233;s par le chef de table : &lt;i&gt;&#171; 1er, 2e, 4e, envoyez les mouvements 7 h 30 ! &#187;&lt;/i&gt;. Chaque &#233;tage doit confirmer : &lt;i&gt;&#171; 1er re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 2e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt; et ainsi de suite. &lt;i&gt;&#171; 3e, quatre arrivants &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 3e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;. Et les cris sont incessants jusqu'au changement d'&#233;quipe et ensuite jusqu'&#224; la tomb&#233;e de la nuit et la fermeture des verrous. &#192; chaque heure du jour et de la nuit, la prison vit et passent les heures. Nous sommes ces heures qui sonnent et s'enfuient. C'est la condition des prisonniers. Et pas besoin de montre, la rumeur nous alerte. L'horloge rythme le tempo de son sempiternel tic-tac de murs et de fer. Et son tapage nous sert de barom&#232;tre, on y pressent le degr&#233; de tension, si une bagarre se pr&#233;pare, si des comptes se r&#233;gleront &#224; la douche ou dans l'escalier. La prison nous pr&#233;vient si la journ&#233;e sera longue ou si elle sera comme toutes les autres&#8230; un jour &#224; perdre ou un jour &#224; &#233;chapper au pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est normal que si l'&#233;mission &#171; 9 m2 &#187; ne fait pas ressentir la prison, les matons disparaissent avec elle. Aucun commandement, pas de pr&#233;sence mena&#231;ante, nul encagoul&#233;. Du coup, l'enfermement est ch&#226;tr&#233; de tout contenu d'oppression et de r&#233;sistance. Il faut un effort d'imagination pour sentir la pr&#233;sence du maton derri&#232;re l'&#339;illeton. Savoir qu'&#224; tout moment, ils peuvent entrer et &#233;ructer un ordre, sonder les barreaux, retourner la cellule pour une fouille. Dans ce loft, m&#234;me en r&#234;ve les acteurs ne pensent pas &#224; la cavale. Et s'ils existent - on finit par en douter - les matons vaquent &#224; des occupations tout &#224; fait anodines. O&#249; est la menace omnipr&#233;sente du fusil dans le mirador ? Surtout aux Baumettes, o&#249; il n'y a pas si longtemps un maton a flingu&#233; un d&#233;tenu d&#233;sarm&#233; et bless&#233; quatre autres candidats au d&#233;part. Derri&#232;re la porte, toujours le silence, l'absence. Pas de cris : &lt;i&gt;&#171; En ligne, sortez les mains des poches ! &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;&#171; En silence, alignez-vous ! &#187;&lt;/i&gt;. Pas d'insultes ni d'humiliations jusqu'aux tabassages, et en r&#233;ponse les dizaines de portes secou&#233;es &#224; coups de tabourets. Dans cette zonzon imaginaire, ni trafic ni arme. Plus de balances, plus de besoin de se serrer les coudes. Le cellote ne fleure pas le chichon, pas de flasque de pastis dissimul&#233;e dans le cale&#231;on. Pas d'infos &#224; mots couverts, pas de portable. Tout est clean jusqu'&#224; l'aseptis&#233;. Rien &#224; cacher, pas de r&#233;volte contre la direction, le JAP, la longueur des peines, pas de d&#233;sespoir ultime, pas de r&#233;crimination ou de gueulante contre le syst&#232;me anthropophage, aucune revendication pour soi ou pour ses cong&#233;n&#232;res, pas de r&#234;ve d'incendie, pas de souvenir des &#233;meutes pass&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs bidonnent. D'ailleurs ils savent ce que le spectateur attend. Pour dealer du folklore, ils collent dans le d&#233;cor trois ou quatre photos de nanas &#224; poil. Finalement, le seul int&#233;r&#234;t de cet exercice est de r&#233;exposer le drame social de la prison. L'immense majorit&#233; de la population p&#233;nale n'a aucune conscience de sa situation. Ils subissent la prison, ils en sont les &#233;ternels vaincus. Le feuilleton &#171; 9 m2 &#187; nous expose un carc&#233;ral civilis&#233; et propret. Le r&#234;ve de tout ma&#238;tre en communication de l'Administration p&#233;nitentiaire, une prison qui ne serait qu'une gentillette privation de libert&#233;. Et pour le dehors, c'est d'autant plus cr&#233;dible que ce sont des d&#233;tenus qui nous la servent ! On comprend pourquoi l'ensemble des m&#233;dias a trouv&#233; ce triste spectacle tr&#232;s chouette. Par contre, regardez &lt;i&gt;l'&#201;xp&#233;rience&lt;/i&gt;, le film d'Olivier Hirschbiegel, et vous saisirez pourquoi les laudateurs ont tout int&#233;r&#234;t &#224; dissimuler le face-&#224;-face taulards/matons. Car que l'on soit d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, tout change, entre l'opprim&#233; et celui qui par son r&#244;le m&#234;me devient finalement un tortionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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