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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Politiques de terres vol&#233;es</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Alexandre Hyacinthe</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Emilie Seto</dc:subject>
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		<dc:subject>Bernard Lambert</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, le ph&#233;nom&#232;ne d'accaparement des terres a pris de l'ampleur, et avec lui ses cons&#233;quences d&#233;sastreuses, notamment sur le continent africain et en Europe de l'Est. En France, on ne conna&#238;t pas pour l'instant d'investissements massifs visant les terres de la part des grandes entreprises multinationales. Pour autant, on peut bien parler de confiscation du foncier agricole, qui se d&#233;veloppe de diff&#233;rentes mani&#232;res, plus ou moins insidieuses. Petite typologie non exhaustive (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bernard-Lambert" rel="tag"&gt;Bernard Lambert&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, le ph&#233;nom&#232;ne d'accaparement des terres a pris de l'ampleur, et avec lui ses cons&#233;quences d&#233;sastreuses, notamment sur le continent africain et en Europe de l'Est. En France, on ne conna&#238;t pas pour l'instant d'investissements massifs visant les terres de la part des grandes entreprises multinationales. Pour autant, on peut bien parler de confiscation du foncier agricole, qui se d&#233;veloppe de diff&#233;rentes mani&#232;res, plus ou moins insidieuses. Petite typologie non exhaustive de ce qui prive les paysans et paysannes de leur outil de production.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Entre le marteau de la m&#233;tropole et l'enclume de l'agro-industrie !&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Dans son livre &lt;i&gt;Les paysans dans la lutte des classes&lt;/i&gt;, le syndicaliste paysan Bernard Lambert distinguait d&#233;j&#224; en 1970 les &#171; paup&#233;ris&#233;s &#187; &#8211; les paysans contraints de rejoindre le prol&#233;tariat industriel faute de fermes assez grandes pour &#234;tre comp&#233;titives &#8211; des &#171; prol&#233;taris&#233;s &#187; &#8211; oblig&#233;s d'investir sans rel&#226;che pour se maintenir dans la comp&#233;tition, et donc d'absorber peu &#224; peu les terres laiss&#233;es par ceux qui partaient. En France, le statut du fermage et les baux ruraux que celui-ci r&#233;git, issus des conqu&#234;tes sociales d'apr&#232;s-guerre, limitent consid&#233;rablement les droits des propri&#233;taires&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Encore aujourd'hui, pr&#232;s des trois quarts des surfaces agricoles en France (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ; cependant, la &#171; modernisation &#187; de l'agriculture a entra&#238;n&#233; une diminution drastique du nombre de paysans et paysannes. La course &#224; la productivit&#233; et &#224; la sp&#233;cialisation de l'agriculture a profond&#233;ment accentu&#233; la concentration des outils de production et creus&#233; les &#233;carts entre petites fermes et grandes exploitations. Plus r&#233;cemment, d'autres ph&#233;nom&#232;nes de confiscation des terres sont apparus : arriv&#233;e d'investisseurs priv&#233;s, pression urbaine, &#171; &#233;cotourisme &#187;, etc. D'ampleur et de visibilit&#233; vari&#233;es, toutes ces transformations entra&#238;nent des formes d'accaparement tout autant pr&#233;occupantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1563 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/seto_accaparement.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH188/seto_accaparement-7dd5c.jpg?1782791790' width='500' height='188' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Agrobusiness&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que le 17 juin aura lieu le proc&#232;s en appel de neuf personnes ayant particip&#233; au d&#233;montage de l'usine des 1 000 vaches en Picardie, les cas similaires de fermes-usines se multiplient, synonymes d'une industrialisation massive de l'agriculture. On recense ainsi actuellement en France pr&#232;s d'une trentaine de projets : &#233;levage monstre de porcs dans le Pas-de-Calais, usine &#224; engraissement de veaux dans le Limousin, b&#226;timents &#224; &#233;tages de centaines de milliers de poulets dans l'Ouest... Ces projets accapareurs de terres ont de plus en plus souvent pour finalit&#233; la production d'agrocarburants, de biogaz ou de photovolta&#239;que, r&#233;orientant massivement le foncier agricole vers une destination industrielle tr&#232;s profitable pour ses promoteurs, mais non rentable sans un soutien public massif&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Patrick Sadones, &#171; Agriculture et production d'&#233;nergie dite renouvelable : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans le cas des 1 000 vaches&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En moyenne en France, une exploitation laiti&#232;re compte une cinquantaine de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, projet d'un entrepreneur du BTP qui vise &#224; faire m&#233;thaniser la bouse des vaches pour la transformer en biogaz, 3 000 hectares de terres sont n&#233;cessaires rien que pour &#233;pandre les d&#233;chets organiques r&#233;sultant de ce processus industriel ; l'&#233;levage n'a plus aucun lien au sol (les vaches sont nourries et traites par des robots) et le lait des vaches est devenu un sous-produit, moins rentable que leur merde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Accaparement de proximit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Moins visibles que ces grands projets industriels, certaines fermes &#171; familiales &#187; classiques (ou les structures soci&#233;taires qui en sont issues) n'ont jamais cess&#233; de s'agrandir pour rester comp&#233;titives. Ces &#171; cumulards &#187; &#8211; comme on les nomme dans le milieu &#8211; r&#233;cup&#232;rent ou se partagent les terres des fermes qui arr&#234;tent leur activit&#233;, dans un cercle vicieux sans fin. D'abord, on r&#233;cup&#232;re des hectares de culture ou de prairie, pour avoir un peu plus de revenus et quelques primes en rab&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jusqu'&#224; tr&#232;s r&#233;cemment, aux surfaces des fermes laiti&#232;res &#233;taient li&#233;s des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Ensuite, on investit dans le mat&#233;riel n&#233;cessaire &#224; ces nouvelles dimensions. Une fois le mat&#233;riel acquis... pourquoi ne pas acqu&#233;rir quelques hectares de plus pour l'amortir ? Et apr&#232;s &#234;tre devenu grand, il est facile d'&#234;tre visible dans le tissu politique local comme dans le syndicalisme agricole majoritaire (FNSEA) : les portes vers de nouveaux hectares s'ouvrent de plus en plus simplement. Coupl&#233;s au changement de destination des b&#226;timents agricoles &#8211; sur lequel on reviendra &#8211;, des outils de production viables et &#224; taille humaine se retrouvent ainsi d&#233;mantel&#233;s, au profit de structures trop ch&#232;res et trop endett&#233;es pour &#234;tre reprises, et trop grandes pour &#234;tre viables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette course &#224; l'agrandissement est encourag&#233;e par la Politique agricole commune (PAC) qui redistribue en partie ses aides publiques en fonction du nombre d'hectares exploit&#233;s par l'agriculteur. Lors de la r&#233;cente r&#233;forme de la PAC, les &#201;tats europ&#233;ens avaient la possibilit&#233; de moduler certaines aides &#224; l'hectare, et ainsi limiter la sp&#233;culation li&#233;e aux primes &#224; l'hectare. Mais comme on pouvait s'y attendre, l'agro-&#233;cologie pr&#244;n&#233;e depuis peu par notre minist&#232;re de l'Agriculture ne rime pas avec r&#233;forme agraire, et l'option de r&#233;partir un minimum le soutien aux paysans par ce biais a &#233;t&#233; abandonn&#233;e en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de la question de fond de la r&#233;partition des richesses, cette concentration des terres a localement des cons&#233;quences agronomiques directes, comme en t&#233;moigne Fanny, paysanne dans l'Ain : &#171; &lt;i&gt; En polyculture-&#233;levage, il faut &#224; la fois des p&#226;tures, des prairies fauchables et des surfaces labourables. Les grosses fermes r&#233;cup&#232;rent souvent les meilleures terres, et cr&#233;ent donc des d&#233;s&#233;quilibres localement, renfor&#231;ant la sp&#233;cialisation.&lt;/i&gt; &#187; Les &#233;levages voisins priv&#233;s des bonnes terres se retrouvent en effet d&#233;pendants d'achat d'aliments ext&#233;rieurs, tandis que les &#171; cumulards &#187; &#233;coulent leur production vers des fili&#232;res longues au prix du march&#233;. L'enjeu est de taille pour les ann&#233;es &#224; venir : alors que pr&#232;s de la moiti&#233; des agriculteurs et agricultrices partiront en retraite d'ici dix ans, que vont devenir ces fermes devenues trop grandes, o&#249; s'entassent hectares, tracteurs, b&#226;timents, pour parfois seulement un ou deux emplois ? La mauvaise r&#233;ponse pointe d&#233;j&#224; : des fermes laiti&#232;res surendett&#233;es se sont vu racheter leurs dettes par leur coop&#233;rative ou un acheteur priv&#233;, ouvrant la porte &#224; un nouveau type d'investisseurs dans la production agricole. Mais une autre r&#233;ponse voit aussi heureusement le jour : s'atteler d&#232;s maintenant au &#171; d&#233;membrement &#187; de ces fermes, en recr&#233;ant des outils collectifs, l&#224; o&#249; ils ont disparu. Ainsi, ici ou l&#224;, des &#233;leveurs lib&#232;rent leurs quelques hectares irrigables pour du mara&#238;chage, ou des c&#233;r&#233;aliers proches de la retraite accueillent de nouvelles personnes sur leur ferme avec troupeaux, serres et vergers, multipliant par 4 ou 5 le nombre d'activit&#233;s sur la m&#234;me surface.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;comodernit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas le parfum des huiles essentielles qui masquera l'odeur des chemin&#233;es de Feyzin&lt;/i&gt; &#187;, annon&#231;ait le tract d'un festival dans la Dr&#244;me en 2012 &#8211; Feyzin &#233;tant une commune au sud de Lyon, o&#249; se situe un grand bassin p&#233;trochimique. Disparition du pastoralisme, difficult&#233;s de m&#233;canisation : certaines r&#233;gions comportent encore des terrains en pente et des terrasses en friche, progressivement d&#233;laiss&#233;es par l'agriculture comp&#233;titive, comme c'est le cas en Dr&#244;me et en Ard&#232;che. Ces zones ont donc constitu&#233; ces derni&#232;res d&#233;cennies un refuge accessible pour le &#171; hors cadre familial &#187;, celles et ceux qui n'avaient pas de patrimoine pour se lancer dans la paysannerie. Ces derniers ont pu y rencontrer des personnes qui ont toujours les savoir-faire adapt&#233;s &#224; ces territoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seulement, les terrasses en friche et les jolis hameaux, dot&#233;s d&#233;sormais du haut d&#233;bit, attirent aussi un tout autre public. D&#233;but 2015, sur un site de petites annonces, on pouvait trouver dans la m&#234;me r&#233;gion : &#171; &lt;i&gt;&#192; r&#233;nover : demeure de charme dans b&#226;timent agricole, id&#233;al pour tourisme ou t&#233;l&#233;travail&lt;/i&gt; &#187; &#8211; annonce propos&#233;e par... la Safer, organisme parapublic suppos&#233; maintenir la destination agricole du foncier rural. Que faire d'une terrasse en friche et de p&#226;tures pauvres quand on n'a ni maison ni b&#226;timent ? Ce b&#226;ti fait pourtant tout autant partie de l'outil de production pour les paysans et paysannes, mais attire un public bien plus solvable. M&#234;me quand c'est pour y passer seulement trois mois dans l'ann&#233;e, comme en t&#233;moigne Val&#233;rie, en Ard&#232;che : &#171; &lt;i&gt;Toutes les maisons refaites et confortables ont les volets ferm&#233;s une grande partie de l'ann&#233;e, et on n'arrive pas &#224; entretenir les n&#244;tres, nous qui vivons ici. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, parmi ces nouveaux arrivants, certains recherchent avec sinc&#233;rit&#233; &#224; sortir d'un mode de vie urbain fait de stress et d'hyperconsommation. Mais comme le souligne Georges, artisan en milieu rural dans le Massif central : &#171; &lt;i&gt;Ils viennent avec leurs codes, leur culture, et parfois, on est bien plus face &#224; une extension de leur mode de vie urbain que dans la construction de quelque chose de nouveau, qui serait &#224; inventer. Et &#231;a, &#231;a peut &#234;tre une violence pour les gens d'ici, qui ne peuvent pour certains que constater l'effondrement de leur monde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet attrait pour se mettre au vert constitue un bon filon &#233;conomique ou m&#233;diatique pour certains. La vall&#233;e de la Dr&#244;me a ainsi &#233;t&#233; d&#233;cr&#233;t&#233;e &#171; Biovall&#233;e &#187; il y a quelques ann&#233;es, pour &#171; am&#233;nager et valoriser &#187; le territoire et &#171; accompagner l'innovation &#187;. Bruno, paysan sur place, t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r qu'on est pour le d&#233;veloppement du bio, mais pourquoi dans une seule vall&#233;e ? Et en plus, &#224; quelques kilom&#232;tres des centrales nucl&#233;aires qui ne sont pas remises en cause... La Biovall&#233;e, c'est beaucoup d'id&#233;es, dont certaines int&#233;ressantes, mais on ne voit pas d'impact concret, et &#231;a n'emp&#234;che visiblement pas la r&#233;alisation de projets n&#233;fastes ici. En termes d'am&#233;nagement du territoire, la Dr&#244;me est pens&#233;e comme &#231;a : la vall&#233;e du Rh&#244;ne est la plaine pour l'industrie, le reste sert de &#8220;zone verte&#8221;, o&#249; les entreprises ferment, et o&#249; il restera bien quelques paysans parqu&#233;s, un peu comme dans un zoo.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En remontant cette vall&#233;e de la Dr&#244;me, on trouve plus haut l'&#201;cole de la Nature et des Savoirs, qui invite sur son site &#224; &#171; &lt;i&gt; donner vie &#224; une &#8220;&#233;comodernit&#233;&#8221;&lt;/i&gt; &#187; dans &#171; &lt;i&gt; un territoire naturel pr&#233;serv&#233;, &#233;loign&#233; des centres urbains, mais proche d'une gare SNCF&lt;/i&gt; &#187;. Ce &#171; &lt;i&gt;lieu &#8220;syst&#233;mique&#8221;&lt;/i&gt; &#187; permet la &#171; &lt;i&gt;mise en &#339;uvre de stages, formations, s&#233;minaires de &#8220;ruptures&#8221;, &#224; destination des cadres, dirigeants d'entreprises, &#233;tudiants de grandes &#233;coles et grand public&lt;/i&gt; &#187;. En quelques mots de pr&#233;sentation, on comprend qu'on n'est pas toutes et tous &#233;gaux devant le retour &#224; la nature. Ce type d'acteur, et sa client&#232;le, n'ont pas de probl&#232;mes de capital pour acqu&#233;rir du foncier, transformant ainsi significativement le march&#233; de l'immobilier et la d&#233;mographie locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur place, quelques jeunes install&#233;s, habitantes et habitants, et jusqu'&#224; certains conseils municipaux, n'entendent pas devenir les &#233;l&#233;ments de d&#233;cor pittoresque pour une mise au vert de cadres sup&#233;rieurs stress&#233;s, et continuent &#224; lutter pour que la terre et le b&#226;ti soient accessibles &#224; celles et ceux qui souhaitent prendre en main leur vie ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lent grignotage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a les cas embl&#233;matiques, les a&#233;roports et les lignes TGV, qui consomment des centaines d'hectares d'un seul tenant. Ou bien les projets plus restreints, mais si hallucinants de b&#234;tise qu'ils retiennent l'attention, comme le Center Parcs &#224; Roybon en Is&#232;re. Mais il y a, plus sournois, plus diffus, et tout aussi rapide, les hectares de non-lieux, ni villes ni campagne, o&#249; s'empilent lotissements, ronds-points, et hangars franchis&#233;s. Et les ronds-points, comme les villas, poussent particuli&#232;rement bien dans les bonnes terres plates et cultivables. Au nord des Alpes, les vall&#233;es et plaines savoyardes sont un haut lieu de ce ph&#233;nom&#232;ne. Gen&#232;ve, son taux de change en francs suisses et le tourisme industriel attirent le b&#233;ton comme le fumier attire les mouches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, quelques fermes ont particip&#233; &#224; ce d&#233;veloppement, en &#233;tant propri&#233;taires de terrains qui changent d'usage, comme l'explique Matthieu, mara&#238;cher en Haute-Savoie : &#171; &lt;i&gt;Le prix d'un m&#232;tre carr&#233; constructible ici, c'est plus d'un mois de retraite agricole de ma grand-m&#232;re. Voil&#224; un peu le contexte.&lt;/i&gt; &#187; Encore aujourd'hui, certains propri&#233;taires &#171; stockent &#187; du foncier, attendant son classement constructible. Un lotissement ici, une zone commerciale l&#224;, une voie rapide : l'impact direct est souvent r&#233;duit. En trente ans, un &#233;leveur de la r&#233;gion t&#233;moigne de la perte de 6 &#224; 10 hectares sur la ferme familiale, en plusieurs &#233;tapes. Et un projet autoroutier en mena&#231;ait 12 de plus. Selon lui, &#171; &lt;i&gt;il faut prendre en compte l'impact indirect : des zones de p&#226;ture qui deviennent inaccessibles pour les vaches, le mitage progressif et le morcellement des parcelles, qui rendent plus difficile l'activit&#233; agricole au quotidien&lt;/i&gt; &#187;. Sans compter l'augmentation tr&#232;s rapide de la population dans ces zones. Le cercle vicieux de la m&#233;tropole se poursuit : plus ces espaces se densifient, plus on cr&#233;e de nouveaux axes de circulation, r&#233;duisant le temps de trajet vers de nouvelles zones qui subissent alors les m&#234;mes transformations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les terres agricoles restantes r&#233;sonne cette phrase du &lt;i&gt;Seigneur des Anneaux&lt;/i&gt;, reprise &#224; son compte par une peinture murale d'un quartier de Gen&#232;ve : &#171; &lt;i&gt;Mais tous ces endroits deviendront bient&#244;t des &#238;lots assi&#233;g&#233;s, pour peu que les choses continuent de suivre le cours qu'elles ont pris.&lt;/i&gt; &#187; Pendant ce temps-l&#224;, on ne sait toujours pas cuisiner le bitume.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;France : Le sel de la &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/France-Le-sel-de-la-terre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;terre accapar&#233;e&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/L-accaparement-des-terres-est-un&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'accaparement des terres&lt;/a&gt; est un nouveau visage du colonialisme&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Encore aujourd'hui, pr&#232;s des trois quarts des surfaces agricoles en France sont en fermage, donc soumises &#224; ce statut.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Patrick Sadones, &#171; Agriculture et production d'&#233;nergie dite renouvelable : pourquoi ? Comment ? &#187;, revue &lt;i&gt;POUR&lt;/i&gt;, 2013/2 (n&#176;218).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En moyenne en France, une exploitation laiti&#232;re compte une cinquantaine de vaches.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jusqu'&#224; tr&#232;s r&#233;cemment, aux surfaces des fermes laiti&#232;res &#233;taient li&#233;s des quotas, droits &#224; produire d&#233;sormais disparus. R&#233;cup&#233;rer des terres &#233;tait alors n&#233;cessaire pour augmenter son volume de production.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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