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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>L'invasion des terrasses volantes : Airbnb contre Barcelone</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec, Ferdinand Cazalis</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Les 7,5 millions de touristes visitant chaque ann&#233;e Barcelone semblent un cadeau tomb&#233; du ciel par avions low-cost pour l'&#233;conomie locale. Comment la nouvelle mairie combat-elle la &#171; touristification &#187;, qui pousse les habitants &#224; abandonner leur vie de quartier aux promoteurs et &#224; la fr&#233;n&#233;sie locative des usagers d'Airbnb ? &#171; Sur les limpides ondes azur&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, vers la c&#244;te nord-est de l'Espagne, se d&#233;tache une grande agglom&#233;ration d'immeubles. Contrastant avec les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/cote-nord-est" rel="tag"&gt;c&#244;te nord-est&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les 7,5 millions de touristes visitant chaque ann&#233;e Barcelone semblent un cadeau tomb&#233; du ciel par avions &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; pour l'&#233;conomie locale. Comment la nouvelle mairie combat-elle la &#171; touristification &#187;, qui pousse les habitants &#224; abandonner leur vie de quartier aux promoteurs et &#224; la fr&#233;n&#233;sie locative des usagers d'Airbnb ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Sur les limpides ondes azur&#233;es de la M&#233;diterran&#233;e, vers la c&#244;te nord-est de l'Espagne, se d&#233;tache une grande agglom&#233;ration d'immeubles. Contrastant avec les innombrables clochers de campagne, des monuments, et plus sp&#233;cialement des chemin&#233;es d'usine d&#233;montrent &#224; l'horizon que nous approchons non seulement d'une grande m&#233;tropole, mais d'un immense centre commercial. C'est Barcelone, la puissante rivale de Marseille et de G&#234;nes&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le port de Barcelone &#187;,&lt;i&gt; Dun's Review International&lt;/i&gt;, Mairie de Barcelone, Commission pour l'attraction des &#233;trangers et des touristes, 1905.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1604 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barcelonecqfd1.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/barcelonecqfd1-ecbda.jpg?1768816059' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis le 24 mai 2015&lt;/strong&gt;, la mairie de Barcelone a une dr&#244;le d'architecture. Celles et ceux qui ont remport&#233; le plus grand nombre de suffrages n'ont aucune exp&#233;rience dans les institutions politiques, n'ont pas poli les bancs des grandes &#233;coles. Des gens de la rue plut&#244;t, des militant.e.s de terrain dont le combat farouche contre les expulsions de logement ou pour les droits des d&#233;munis a s&#233;duit les &#233;lecteurs pr&#233;caris&#233;s de la cit&#233; catalane. Les 25% de voix r&#233;colt&#233;es par la liste Barcelona en Com&#250;, men&#233;e par Ada Colau (jusque-l&#224; porte-parole de la PAH&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plataforma de afectados por la hipoteca, association de familles ruin&#233;es et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;), ne permettent cependant pas la majorit&#233; absolue. L'&#233;quipe doit faire face &#224; l'opposition de la classe politicienne classique et des puissants entrepreneurs de la ville la plus riche de l'&#201;tat espagnol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, Ada claque la bise aux employ&#233;s municipaux en arrivant le matin, tu verrais leur t&#234;te !&lt;/i&gt;, sourit une de ses camarades squatteuses des premiers temps. &lt;i&gt;Elle leur a ouvert les &#233;tages jusqu'ici r&#233;serv&#233;s aux notables. Et quand de dr&#244;les d'&#233;nergum&#232;nes comme moi passent la porte, c'est les flics de l'entr&#233;e qui tirent la tronche.&lt;/i&gt; &#187; Au-del&#224; de ce changement d'ambiance des plus heureux, la nouvelle &#233;quipe doit r&#233;soudre l'impossible &#233;quation des vingt expulsions de logements par jour dans Barcelone, dont 85% dues &#224; des impay&#233;s de loyer, le reste concernant les propri&#233;taires victimes de la crise du cr&#233;dit, ou des occupations. Pour cela, l'une des premi&#232;res mesures, d&#233;sir&#233;e par certain-e-s et redout&#233;e par d'autres : imposer un moratoire sur les licences touristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Touristification &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comme ailleurs, certains quartiers sont ici touch&#233;s par la gentrification&lt;/i&gt;, raconte Jaume, permanent de la Banc Expropriat, une banque occup&#233;e retap&#233;e en centre social dans le quartier de Gracia. &lt;i&gt;Le Centre d'art moderne qui tr&#244;ne sur le vieux quartier populaire du Raval en est un bon exemple, &#224; proximit&#233; de La Rambla. Autour de lui, les immigr&#233;-e-s, les familles pauvres et les prostitu&#233;-e-s sont peu &#224; peu remplac&#233;-e-s par des barbiers pour hipsters et des boutiques de v&#233;los vintage. Mais il y a un autre ph&#233;nom&#232;ne qui d&#233;truit les communaut&#233;s de voisins du centre : depuis plus de vingt ans, la ville est presque enti&#232;rement vou&#233;e au tourisme. Il nous manquait un mot pour expliquer ce ph&#233;nom&#232;ne. Du coup, on a pris l'habitude d'appeler &#231;a la &#8220;touristification&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s le d&#233;but du XXe si&#232;cle, et sans interruption pendant le franquisme, Barcelone a mis&#233; sur le tourisme pour son d&#233;veloppement culturel et &#233;conomique. Une capitalisation de l'image et du r&#234;ve qui a su valoriser les &#339;uvres de l'architecte Gaud&#237;, les toiles de Picasso, son port m&#233;diterran&#233;en et son doux climat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Jeux olympiques de 1992, premier grand symbole de l'ouverture internationale de l'&#201;tat espagnol apr&#232;s la dictature, viennent parfaire ce mod&#232;le &#233;conomique. Le besoin de moderniser l'a&#233;roport, les gares ferroviaires et les infrastructures de loisirs donne un ch&#232;que en blanc aux urbanistes. La cr&#233;ation du village olympique permet de repenser le littoral en plantant des gratte-ciel sur une partie du quartier de p&#234;cheurs de La Barceloneta. Dans Poblenou, la zone d'habitation post-industrielle &#171; Icaria &#187; (r&#233;f&#233;rence au &lt;i&gt;Voyage en Icarie&lt;/i&gt; d'&#201;tienne Cabet, socialiste utopique fran&#231;ais du XIXe si&#232;cle) est ras&#233;e, pour accueillir un grand parc et des plages cr&#233;&#233;es de toutes pi&#232;ces en lieu et place d'autoconstructions et de bidonvilles. Le tout est dessin&#233; par l'agence MBM, les m&#234;mes architectes qui, forts de leur exp&#233;rience de b&#233;tonneurs, ont repens&#233; le port de Rio de Janeiro en pr&#233;vision des JO de 2016.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de 2000 et en pr&#233;paration du Forum international des cultures 2004, Poblenou est une nouvelle fois d&#233;poss&#233;d&#233; de son histoire avec le grand projet 22@ tourn&#233; vers les nouvelles technologies, le design et les m&#233;dias. Au pied des 150 m&#232;tres de la tour de bureaux Agbar, p&#233;nis g&#233;ant de l'architecte Jean Nouvel surplombant le quartier encore en chantier, P&#233;p&#233; a les cheveux aussi blancs que le ton ferme. &#171; &lt;i&gt;Ils ont continu&#233; la Diagonal,&lt;/i&gt; (art&#232;re principale de Barcelone) &lt;i&gt;jusqu'ici, en virant les gitans et les industries. Avec 22@, ils ont perc&#233; un nouveau quartier d'affaires : quel int&#233;r&#234;t pour les gens du quartier ?&lt;/i&gt; &#187; Gr&#226;ce &#224; une lutte des habitants du quartier rassembl&#233;s dans le collectif Fotut 2004 &#224; laquelle le vieil anarchiste a particip&#233; activement, la destruction a &#233;t&#233; limit&#233;e, et des jardins autog&#233;r&#233;s ont fleuri. &#171; I&lt;i&gt;l y a 5 ans, c'&#233;tait des travaux partout, tout le temps ! Heureusement, avec la crise, le bruit des grues s'est tu.&lt;/i&gt; &#187; Le silence du progr&#232;s sonne toujours trop tard. Les touristes, attir&#233;s par les sir&#232;nes du Forum des cultures de 2004, ont eu le temps de se laisser charmer par cette zone proche de la mer, moins dense que le centre-ville, et d&#233;di&#233;e &#224; leurs p&#232;lerinages. &#171; &lt;i&gt;M&#234;me la Rambla du quartier a &#233;t&#233; repens&#233;e et c&#233;d&#233;e aux bars et aux restaurants. On avait l'habitude de s'y promener et de s'y rencontrer. Maintenant, on doit zigzaguer entre les terrasses et les boutiques de souvenirs.&lt;/i&gt; &#187; Comme parachut&#233;es depuis les charters &#224; touristes, la ville grouille en effet de ces terrasses aux menus homog&#232;nes, qui enl&#232;vent chaque jour un peu plus de trottoir et privatisent l'espace public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'en 2007, en plein boom &#233;conomique, Barcelone anticipe les enjeux du marketing territorial, et son expertise de r&#233;am&#233;nagement s'exporte. &#171; &lt;i&gt;La marque Barcelone a un grand potentiel international, associ&#233;e &#224; la r&#233;ussite, l'innovation, le talent, la cr&#233;ativit&#233; et une position d'avant-garde&lt;/i&gt; &#187;, proclame fira-news, le site d'information de l'&#233;v&#233;nementiel local. Carte de visite en m&#234;me temps que laboratoire pour la classe cr&#233;ative qui la transforme &#224; folle allure, la ville post-JO cro&#238;t au rythme des grands &#233;v&#233;nements. Quand, dans les ann&#233;es 2000, les voyages &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt; se multiplient et r&#233;volutionnent le tourisme international, tous les ingr&#233;dients sont r&#233;unis pour faire de Barcelone l'une des premi&#232;res destinations au monde, avec une augmentation constante : aujourd'hui, 7,5 millions de touristes g&#233;n&#232;rent 14% du PIB municipal. &#171; &lt;i&gt; Le PIB, c'est une chose, sa redistribution, c'en est une autre&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;cise Carlos, nouveau porte-parole de la PAH locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette &#233;conomie profite surtout aux grandes familles d'industriels de la construction et de l'h&#244;tellerie&lt;/i&gt;, relance Jes&#250;s du journal ind&#233;pendant catalan &lt;i&gt;La Directa&lt;/i&gt;.&lt;i&gt; Pour les autres, c'est des emplois pr&#233;caires de larbins, entre 3,5 et 5 euros de l'heure !&lt;/i&gt; &#187; &#201;conomie perverse : plus les gens travaillent pour am&#233;liorer l'offre d'accueil, plus ils font monter les prix de leur propre quotidien &#8211; loyers, &#233;piceries, restaurants... Les industriels, sachant jouer sur plusieurs terrains et botter en touche au bon moment, sortent grands gagnants de ces d&#233;cennies de terre br&#251;l&#233;e. Comme Josep N&#250;&#241;ez, pr&#233;sident du FC Barcelona de 1978 &#224; 2000, constructeur et h&#244;telier condamn&#233; &#224; six ans de prison l'an dernier pour avoir soudoy&#233; les agents du Fisc, mais toujours un pied dehors. Ou bien son successeur au Bar&#231;a, Joan Gaspart, ancien pr&#233;sident du Tourisme de la ville et directeur h&#244;telier du groupe Husa, endett&#233; &#224; hauteur de 150 millions d'euros et accus&#233; de ne pas avoir pay&#233; ses employ&#233;s pendant plusieurs mois, mais dont le d&#233;ficit vient d'&#234;tre rachet&#233; par de grandes banques nationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Monopoly&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une mainmise des industriels du r&#234;ve qui explique pourquoi, en faisant du tourisme son premier cheval de bataille, la nouvelle mairie cherche &#224; taper l&#224; o&#249; &#231;a fait mal. Mais depuis le moratoire qu'elle a impos&#233; sur les licences touristiques, seuls 35 chantiers ont pu &#234;tre stopp&#233;s. 50 autres projets verront le jour. Les nouveaux squatteurs de la mairie n'ont par exemple rien pu faire contre le dernier projet lanc&#233; par N&#250;&#241;ez avant son jugement : un eni&#232;me h&#244;tel de luxe n&#233;goci&#233; avec l'ancienne mairie dans le quartier Arc de Triomf, en lieu et place de logements sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1605 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barcelonecqfd2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH371/barcelonecqfd2-7ae68.jpg?1768816061' width='500' height='371' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Idem pour la tour Banesto sur la Pla&#231;a Catalunya, pass&#233;e aux mains d'Amancio Ortega, proprio du groupe textile Inditex (Zara) et de la cha&#238;ne NH Hoteles, 3e fortune mondiale selon Forbes. L'aile droite abrite Apple pendant que le chantier d'h&#244;tel dans le b&#226;timent central bat son plein. &#171; &lt;i&gt; Cet immeuble est tr&#232;s symbolique pour le mouvement social,&lt;/i&gt; explique Jordi, militant squatteur de la premi&#232;re heure. &lt;i&gt;En septembre 2010, c'est la r&#233;forme du travail, les syndicats convoquent une gr&#232;ve et se font d&#233;border par les mouvements autonomes. On squatte alors l'actuel Apple Store sur cette place pendant trois jours. Des ami.e.s descendent en rappel la tour Banesto pour d&#233;rouler une immense banderole : &#171; Ceci est une invitation &#224; lutter ensemble &#187;. On entame une &#8220;gr&#232;ve de la pr&#233;carit&#233;&#8221;, on installe des piquets mobiles et on questionne le sens de la lutte avec les gens de la rue. L'ann&#233;e suivante, en 2011, c'est sur cette m&#234;me place, d'habitude r&#233;serv&#233;e aux pigeons et aux touristes, que se sont retrouv&#233;s les manifestants du 15-M. On a occup&#233; les lieux et tenu t&#234;te &#224; la police qui nous encerclait. Il y avait un certain bonheur de r&#233;cup&#233;rer la Pla&#231;a Catalunya pour en faire une forteresse de la lutte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, la mairie est entre les mains de celles et ceux qui exprimaient leur col&#232;re dans la rue, mais la Place Catalunya est redevenue celle du pouvoir, des banques, des fast-foods et de Desigual. De l&#224;, press&#233;e et tournoyante, la foule plonge vers le grand axe de La Rambla, puis se d&#233;verse vers la mer, apr&#232;s avoir contourn&#233; la statue de Christophe Colomb pointant du doigt les colonies perdues des Am&#233;riques. Autrefois point de convergence, propice &#224; la rencontre des habitants de la ville, la grand-rue pi&#233;tonne est aujourd'hui fuie par les indig&#232;nes. 95 millions de passants l'ont travers&#233;e en 2014, soit 260 000 par jour, dont seulement 20% de Barcelonais. On y entend parler toutes les langues du monde, et le catalan, ailleurs courant et au centre de toutes les attentions dans ce moment de revendications ind&#233;pendantistes, prend les accents d'un &#233;trange dialecte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Airbnb&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jordi a notamment particip&#233; aux luttes sur le logement depuis une dizaine d'ann&#233;es et a encore du mal &#224; croire au statut actuel de ses camarades. &#171; &lt;i&gt;Avant qu'elle soit maire, on a ouvert plusieurs squats avec Ada Colau. La semaine derni&#232;re, j'ai mang&#233; sur le toit de la mairie avec ma pote, Gala. Aujourd'hui, c'est la maire du district du centre-ville, qui va d'ici jusqu'en bas de La Rambla. Mais avant, c'&#233;tait une des adversaires les plus f&#233;roces de l'urbanisme municipal !&lt;/i&gt; &#187; Ces sept derni&#232;res ann&#233;es, Ciutat Vella, le quartier dont est responsable Gala Pin a perdu 9% de sa population &#8211; en m&#234;me temps que l'offre h&#244;teli&#232;re augmentait de 35%. Gala a une longue exp&#233;rience de ce qu'elle nomme &#171; &lt;i&gt; le tourisme pr&#233;dateur&lt;/i&gt; &#187;. Avant de prendre ses fonctions, elle &#233;tait une des actrices de cette forme de lutte de plus en plus courante dans l'&#201;tat espagnol, m&#234;lant associations de riverains et activistes radicaux. Elle a notamment partag&#233; le combat du comit&#233; d'habitants de l'Ostia contre la transformation du petit quartier portuaire de La Barceloneta.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224;-bas, la traditionnelle F&#234;te des p&#234;cheurs n'a pas eu lieu cette ann&#233;e. Il y a 25 ans, les anciens de la rue des P&#234;cheurs avaient r&#233;cup&#233;r&#233; cette tradition, devenue avec le temps un rendez-vous incontournable de la Festa Major, puis l'un des symboles populaires de la lutte pour la pr&#233;servation du quartier. Aujourd'hui, les jeunes fuient plus haut dans la ville pour des logements moins chers, ou &#224; la p&#233;riph&#233;rie, l&#224; o&#249; le tourisme n'a pas encore avanc&#233; ses pions. Certains &#233;migrent vers d'autres villes, voire d'autres pays moins affect&#233;s par la crise. Ici, les petites surfaces habitables et la proximit&#233; de la mer ont &#233;t&#233; autant d'atouts pour les sous-locations saisonni&#232;res, d'abord, puis pour la transformation des habitations p&#233;rennes en appartements touristiques. &#171; &lt;i&gt;Un touriste de plus, un voisin de moins&lt;/i&gt; &#187;, a-t-on pris l'habitude de dire. Lou&#233;s &#224; la nuit, &#224; la semaine ou au mois &#224; de riches ou moins riches venus du monde entier, les biens immobiliers rapportent plus aux propri&#233;taires qu'une location &#224; l'ann&#233;e &#224; des familles du coin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Beaucoup de gens font face &#224; la crise gr&#226;ce &#224; Airbnb&lt;/i&gt;, avoue Arnau, photographe freelance et pr&#233;caire. &lt;i&gt;Tu peux louer une pi&#232;ce chez toi et aller dormir chez des potes, et vu qu'il n'y a pas de boulot, c'est tentant de laisser ton appart libre pour te faire jusqu'&#224; 1 500 euros en un mois.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s les vols &lt;i&gt;low-cost&lt;/i&gt;, les smartphones et Internet ont marqu&#233; la seconde r&#233;volution industrielle du tourisme. Une r&#233;ponse bricol&#233;e &#224; la crise. Un compl&#233;ment de revenus au prix de s'exiler de chez soi, de voir sa communaut&#233; de quartier dissoute et de ne pas agir sur les causes de la crise : d&#233;r&#233;gulation du march&#233;, non taxation des transactions immobili&#232;res, sp&#233;culation locative et captation des valeurs d'entraide et de convivialit&#233; par les g&#233;ants du net.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le nouveau directeur marketing d'Airbnb, transfuge d'Easyjet, d&#233;fend pourtant le mod&#232;le &#171; &lt;i&gt;convivial de l'&#233;conomie du partage&lt;/i&gt; &#187; de la firme, plateforme en ligne cens&#233;e r&#233;inventer le tourisme en permettant aux voyageurs de dormir chez l'habitant : &#171; &lt;i&gt;Nous g&#233;n&#233;rons des exp&#233;riences r&#233;elles, &#233;motionnelles, entre h&#244;tes, offrant la possibilit&#233; de vivre comme des locaux, gr&#226;ce &#224; la technologie. Le plus important est notre capacit&#233; &#224; construire une communaut&#233;, qui est d&#233;j&#224; devenue la premi&#232;re aire de voyage de la plan&#232;te, mettant en contact h&#233;bergeurs et visiteurs, dans une ambiance de confiance, en minimisant les risques gr&#226;ce &#224; la technologie.&lt;/i&gt; &#187; (hosteltur.com, 1/7/15).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'apr&#232;s le site ind&#233;pendant InsidAirbnb, qui tente de synth&#233;tiser et de rendre publiques les donn&#233;es d'Airbnb, 55% des annonces barcelonaises sont le fait de multipropri&#233;taires. Certains vont m&#234;me jusqu'&#224; proposer 30, 50, voire 70 logements. Pour le comit&#233; de quartier de l'Ostia, &#171; &lt;i&gt;un appartement touristique perd de vue la fonction sociale du logement pour devenir un commerce&lt;/i&gt; &#187;. L&#224; o&#249; la gentrification voit pousser des vendeurs de smoothies ou des &#233;piceries bio sur les cendres des squats et &#224; l'ombre des centres d'art, la touristification plante des restos paella &amp; sangria et des boutiques de castagnettes en plastique sur les d&#233;combres des espaces de sociabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon la mairie, les appartements touristiques ont augment&#233; de 60% en cinq ans pour arriver au chiffre de 10 000, &#171; &lt;i&gt;s&#251;rement le triple, &#233;tant donn&#233; que tr&#232;s peu d'entre eux se d&#233;clarent aux autorit&#233;s de surveillance du tourisme&lt;/i&gt; &#187;. Face &#224; cela, l'&#233;quipe d'Ada Colau plaide pour une redistribution des b&#233;n&#233;fices g&#233;n&#233;r&#233;s pour am&#233;liorer les services publics, accompagn&#233;e d'une responsabilisation des touristes comme usagers de la ville au m&#234;me titre que ses habitants. &#192; San Francisco, ville de la Silicon Valley et des nouvelles technologies, la &#171; Proposition F &#187; cherche aussi &#224; calmer les ardeurs d'Airbnb. Un r&#233;f&#233;rendum est propos&#233; le 3 novembre aux habitants pour r&#233;guler les transactions locatives. En r&#233;ponse, le site a lanc&#233; une campagne de pub avec pour message : &#171; &lt;i&gt;Ch&#232;res biblioth&#232;ques, nous esp&#233;rons que vous utiliserez un peu de nos 12 millions de dollars de taxe de s&#233;jour pour ouvrir vos &#233;tablissements un peu plus tard le soir.&lt;/i&gt; &#187; Ou quand les serpents de l'&#201;tat et du progr&#232;s se mordent la queue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le grand partage annonc&#233; par les nouvelles technologies ouvre les portes de son cheval de Troie : l&#224; o&#249; existaient des &#233;conomies locales et des syst&#232;mes coop&#233;ratifs &#233;mergent des march&#233;s globaux g&#233;n&#233;rateurs de pr&#233;carit&#233; et d'in&#233;galit&#233;s sociales, comme en t&#233;moignent les cas d'Uber, de Blablacar ou d'Airbnb. A Barcelone comme ailleurs, les seuls quartiers &#224; m&#234;me de r&#233;sister &#224; la confiscation de leur ville sont ceux qui s'organisent aujourd'hui autour de comit&#233;s de quartier et de mouvements de lutte pour le logement. Pour Gala Pin, conseill&#232;re municipale de Barcelona en Com&#250; et responsable de l'arrondissement le plus touristique de la ville, Airbnb &#171; &lt;i&gt;est le fruit d'un mod&#232;le global, totalement hors de contr&#244;le.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Nous n'arriverons &#224; rien sans l'implication des habitants et des comit&#233;s de quartier&lt;/i&gt; &#187; (eldiario.es 8/10/15).&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1606 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barcelonecqfd3.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH400/barcelonecqfd3-6d84d.jpg?1768816062' width='500' height='400' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ferdinand Cazalis.
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		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plataforma de afectados por la hipoteca, association de familles ruin&#233;es et expuls&#233;es de leur logement par les banques. Pr&#233;sente dans plus de 240 quartiers.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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