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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Guerre sociale : et &#231;a continue, en corps et en corps</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans le num&#233;ro qui d&#233;barque en kiosques ce 2 avril, il y a un dossier sur les corps dans la guerre sociale ; ce qu'ils encaissent, ce qu'ils subissent, ce qu'ils int&#233;riorisent. Mais aussi ce qu'ils peuvent mobiliser pour repousser les assignations. En voici l'introduction. &#171; Corps : nom masculin. Partie mat&#233;rielle d'un &#234;tre anim&#233; consid&#233;r&#233;e en particulier du point de vue de son anatomie, de son aspect ext&#233;rieur. &#187; Le Larousse peut bien le d&#233;finir comme une simple enveloppe charnelle, le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/propres-corps" rel="tag"&gt;propres corps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le num&#233;ro qui d&#233;barque en kiosques ce 2 avril, il y a un dossier sur les corps dans la guerre sociale ; ce qu'ils encaissent, ce qu'ils subissent, ce qu'ils int&#233;riorisent. Mais aussi ce qu'ils peuvent mobiliser pour repousser les assignations. En voici l'introduction.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3602 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L469xH400/-1745-4d5bc.jpg?1779603896' width='469' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Mano&#239;
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Corps : nom masculin. Partie mat&#233;rielle d'un &#234;tre anim&#233; consid&#233;r&#233;e en particulier du point de vue de son anatomie, de son aspect ext&#233;rieur.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Larousse peut bien le d&#233;finir comme une simple enveloppe charnelle, le corps, &#171; &lt;i&gt;lieu o&#249; s'incarnent et se reproduisent dominations et oppressions &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;St&#233;phane Haber, Emmanuel Renault, &#171; Une analyse marxiste des corps ? &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &#187; a tout de l'objet social. Corps des ouvriers exploit&#233;s, corps des femmes contr&#244;l&#233;s, corps des personnes racis&#233;es m&#233;pris&#233;s et malmen&#233;s : tous en gardent les stigmates &#8211; certains, m&#234;me, les cumulent. Mais le corps est, aussi, vecteur de r&#233;sistance : le poing lev&#233; d'un &#233;meutier, les jambes galopantes d'une &#233;vad&#233;e, une apparence &#171; hors la norme &#187; jet&#233;e &#224; la face du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cible et outil, matraqu&#233;e et &#233;mancip&#233;e, lib&#233;r&#233;e et enferm&#233;e, notre carcasse est donc tout autant miroir des dominations qu'instrument des luttes pour s'en extraire. Et un enjeu &#233;minemment politique, qu'il convient de saisir &#224; bras-le-corps.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une &#233;vidence : la machine capitaliste ne tourne pas sans le corps de l'ouvrier. Et si l'enveloppe charnelle du prol&#233;taire a &#233;t&#233; de longue date soumise &#224; la coercition, c'est bien pour r&#233;pondre aux imp&#233;ratifs de productivit&#233; dict&#233;s par une classe dominante largement insensible &#224; ses souffrances &lt;i&gt;[p. II]&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Pour soulever et porter tout &#231;a, il aurait fallu s'accroupir et se relever &#224; la verticale, travailler droit, sur les cuisses, pas sur les reins. Mais on n'a jamais le temps d'y penser et de se tenir comme il faut, &lt;/i&gt;t&#233;moigne Alfred Pacini dans son livre &lt;i&gt;Docker &#224; Marseille &lt;/i&gt;(Payot, 1996)&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Co&#233;crit avec Dominique Pons.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Alors on se courbe, on ramasse le sac ou la caisse et on se l&#232;ve en se redressant. Et puis on marche. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;On prend, on porte, on pose et on recommence. &#199;a vous casse le dos, &#231;a vous brise les vert&#232;bres, &#231;a fait mal, et l'habitude n'y fait rien. Un docker a mal au dos toute sa vie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Mal toute sa vie&lt;/i&gt;. L'humaine condition, faite de labeur et d'aigreurs ? Pas tout &#224; fait. Car corps de dominants et corps de domin&#233;s ne sont pas log&#233;s &#224; la m&#234;me enseigne. Les chiffres ne trompent pas. &#192; 35 ans, un cadre peut esp&#233;rer vivre encore 49 ann&#233;es, soit jusqu'&#224; l'&#226;ge de 84 ans ; c'est six ans de moins pour les ouvriers&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Les in&#233;galit&#233;s d'esp&#233;rance de vie entre les cat&#233;gories sociales se (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Autre r&#233;alit&#233; : il y avait en 2017 quatre fois plus d'enfants ob&#232;ses dans les familles d'ouvriers que dans celles de cadres. L'explication est aussi triviale qu'implacable : &#171; &lt;i&gt;Une personne accapar&#233;e par les difficult&#233;s du quotidien aurait peu de place pour g&#233;rer ses choix alimentaires et un acc&#232;s plus difficile &#224; une alimentation saine et vari&#233;e. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'ob&#233;sit&#233;, maladie de &#8220;pauvres&#8221; &#187;, Le Monde (13/06/2017).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas de doute, le corps de tout un chacun est un terrain de bataille de la lutte des classes. Pour autant, une origine sociale favoris&#233;e &#233;pargne-t-elle forc&#233;ment les physiques ? Pas si simple, tant les vecteurs d'ali&#233;na tion s'entrecroisent. De l'autre c&#244;t&#233; de l'&#233;chiquier social, les jeunes filles &lt;i&gt;bien n&#233;es &lt;/i&gt;sont ainsi plus dispos&#233;es que celles issues des classes populaires &#224; souffrir d'anorexie : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'on pr&#233;sente comme une volont&#233; pathologique de ma&#238;trise propre &#224; un individu pourrait en r&#233;alit&#233; s'enraciner dans un rapport au monde socialement model&#233;&lt;/i&gt;, explique Claire Scodellaro, ma&#238;tresse de conf&#233;rences en d&#233;mographie &#224; Paris-I&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'anorexie, une maladie sociale &#187;, Le Monde diplomatique (septembre 2020).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;On apprend en effet aux jeunes filles &#224; &#8220;bien se tenir&#8221;, &#224; &#8220;se prendre en main&#8221;, &#224; &#8220;ne pas se laisser aller&#8221; &lt;/i&gt;[...]. &lt;i&gt;Autant d'imp&#233;ratifs qu'on observe plus particuli&#232;rement au sein des classes moyennes et sup&#233;rieures, plus enclines que les classes populaires &#224; croire dans la possibilit&#233; de ma&#238;triser son destin social. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre chair dit toujours quelque chose du milieu d'o&#249; l'on vient.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a le versant m&#233;dical, qui frappe tout le monde un jour ou l'autre. Sa cohorte de professionnels qui savent et imposent. Ses in&#233;galit&#233;s de traitement selon l'origine sociale. Sa reproduction de sch&#233;mas de domination basiques, qu'ils soient de classe, de race ou de genre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cet univers trop souvent hostile, les exemples de reconqu&#234;te ne manquent pas. Les mouvements f&#233;ministes des ann&#233;es 1970 ont ainsi &#339;uvr&#233; &#224; se r&#233;approprier les savoirs des premi&#232;res concern&#233;es sur leurs propres corps. &#192; Gen&#232;ve plusieurs d'entre elles cr&#233;&#232;rent en 1978 le Dispensaire des femmes. Un centre qui &#171; &lt;i&gt;offrait des soins pour les femmes, par les femmes, dans une structure autog&#233;r&#233;e, &lt;/i&gt;comme le racontait en 2006 Rina Nissim, une de ses fondatrices. &lt;i&gt;On ne se focalisait toutefois pas uniquement sur la contraception et l'avortement, on voulait &#233;galement offrir les contr&#244;les annuels gyn&#233;cologiques pr&#233;ventifs, des soins pour des petites pathologies, mais aussi pour les moyennes et pour les grosses pathologies chaque fois que c'&#233;tait possible. &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;Ce qui &#233;tait vraiment r&#233;volutionnaire, c'&#233;tait de dire face &#224; une petite pathologie : &#8220;Voil&#224;, votre pathologie, elle est ceci, cela, elle s'explique ainsi, vous avez le choix entre un traitement allopathique qui implique cela, avantages, inconv&#233;nients, et un traitement naturopathique qui implique cela, avantages, inconv&#233;nients.&#8221; &lt;/i&gt;[...] &lt;i&gt;On essayait ainsi d'amener &lt;/i&gt;[l'usag&#232;re] &lt;i&gt;&#224; se mettre en position de faire vraiment un choix. &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Catherine Fussinger, S&#233;verine Rey, Maril&#232;ne Vuille, &#171; S'approprier son corps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;***&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce dossier n'est donc pas qu'un grand march&#233; de la d&#233;ploration. Certes, il &#233;gr&#232;ne les cas d'&#233;coles, comme une planche d'anatomie marqu&#233;e du sceau de l'ali&#233;nation :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; les ratiches d&#233;fonc&#233;es par des dentistes tenant plus du charlatan avide de fric que du soignant &lt;i&gt;[p. VIII &amp; IX] &lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; les seins que le patriarcat et les publicitaires exigent &#171; &lt;i&gt;ronds, fermes et hauts &#187;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;[p. VI] &lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; les cheveux des personnes noires auxquels le contexte postcolonial impose de coller aux st&#233;r&#233;otypes blancs &lt;i&gt;[p. X] &lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; les mains arrach&#233;es de manifestants que l'&#201;tat entend mater &#224; coup de grenades &lt;i&gt;[p. VII] &lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; le corps d'un paysan au travail qui, tout cass&#233; qu'il est, continue d'aimer ce qu'il fait &lt;i&gt;[p. IV &amp; V] &lt;/i&gt; ;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;puce&#034;&gt;&#8211; &lt;/span&gt; ou encore celui de personnes handicap&#233;es revendiquant leur droit de pleinement exister &lt;i&gt;[p. XI]&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les pages qui suivent peuvent aussi se lire autrement. Comme une liste de combats &#224; mener. De territoires corporels &#224; se r&#233;approprier. De poings &#224; lever. Et avec eux toute notre carcasse percluse de cicatrices ou de su&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, la parole est aux corps cern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dossier coordonn&#233; par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce texte est l'introduction au dossier sur &#034;Les corps dans la guerre sociale&#034;, publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;St&#233;phane Haber, Emmanuel Renault, &#171; Une analyse marxiste des corps ? &#187;, &lt;i&gt;Actuel Marx &lt;/i&gt;, n&#176; 41 (2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Co&#233;crit avec Dominique Pons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Les in&#233;galit&#233;s d'esp&#233;rance de vie entre les cat&#233;gories sociales se maintiennent &#187;, site de l'Observatoire des in&#233;galit&#233;s (24/04/2020), chiffres Insee 2009-2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'ob&#233;sit&#233;, maladie de &#8220;pauvres&#8221; &#187;, &lt;i&gt;Le Monde &lt;/i&gt;(13/06/2017).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; L'anorexie, une maladie sociale &#187;, &lt;i&gt;Le Monde diplomatique &lt;/i&gt;(septembre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Catherine Fussinger, S&#233;verine Rey, Maril&#232;ne Vuille, &#171; S'approprier son corps et sa sant&#233;. Entretien avec Rina Nissim &#187;, &lt;i&gt;Nouvelles questions f&#233;ministes&lt;/i&gt;, vol. 25 (2006).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Face &#224; l'&#171; &#233;lectorat populaire &#187;, Macron n'a que le racisme &#224; brandir</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Face-a-l-electorat-populaire</link>
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		<dc:date>2020-02-11T13:52:15Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Rafik Chekkat</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Kalem</dc:subject>
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		<dc:subject>question</dc:subject>
		<dc:subject>pr&#233;sident</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans un contexte de mobilisations sociales ininterrompues depuis un an et avec le scrutin de 2022 en ligne de mire, le pr&#233;sident multiplie les effets d'annonce sur l'immigration et la s&#233;curit&#233;. Un coup tactique destin&#233; &#224; masquer la r&#233;alit&#233; sociale, &#224; r&#233;orienter la col&#232;re populaire et &#224; draguer l'&#233;lectorat frontiste ? Disons-le d'embl&#233;e, les arguments qui font du racisme une simple man&#339;uvre de diversion ne sont pas totalement satisfaisants. Pas plus que l'id&#233;e d'un racisme qui viendrait (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no182-decembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;182 (d&#233;cembre 2019)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans un contexte de mobilisations sociales ininterrompues depuis un an et avec le scrutin de 2022 en ligne de mire, le pr&#233;sident multiplie les effets d'annonce sur l'immigration&lt;i&gt; et&lt;/i&gt; la s&#233;curit&#233;. Un coup tactique destin&#233; &#224; masquer la r&#233;alit&#233; sociale, &#224; r&#233;orienter la col&#232;re populaire et &#224; draguer l'&#233;lectorat frontiste ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3254 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH486/-1464-09e5a.jpg?1779603575' width='400' height='486' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Kalem
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;isons-le d'embl&#233;e, les arguments qui font du racisme une simple man&#339;uvre de diversion ne sont pas totalement satisfaisants. Pas plus que l'id&#233;e d'un racisme qui viendrait toujours &#171; d'en haut &#187;, th&#233;orie qui &#244;te toute autonomie d'action aux classes populaires, victimes permanentes et historiques de la duperie des classes poss&#233;dantes. Si les gouvernements successifs ont pu aussi ais&#233;ment jouer la carte du racisme, c'est bien parce que les th&#233;matiques du &lt;i&gt;communautarisme&lt;/i&gt;, de l'&lt;i&gt;islamisme &lt;/i&gt;ou de la&lt;i&gt; vague migratoire&lt;/i&gt; sont durablement install&#233;es dans le d&#233;bat public. Mais c'est aussi parce que les &#171; classes populaires blanches &#187; sont r&#233;ceptives et trouvent une r&#233;tribution &#8211; au moins symbolique &#8211; dans ces discours et mesures racistes.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le pr&#233;sident des ultra-riches&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ch&#244;meurs, retrait&#233;s, fonctionnaires, cheminots, &#233;tudiants, &#233;trangers, b&#233;n&#233;ficiaires des aides au logement&#8230; Rares sont aujourd'hui les populations qui n'ont pas vu leurs ressources diminu&#233;es ou leur situation d&#233;t&#233;rior&#233;e par les mesures lib&#233;rales adopt&#233;es tambour battant depuis 2017, auxquelles il faut ajouter l'incroyable r&#233;pression men&#233;e contre les Gilets jaunes et la traque incessante des personnes exil&#233;es (renforc&#233;e par la loi &#171; Asile et immigration &#187; de septembre 2018). Une politique aussi violemment antipopulaire a d&#232;s le d&#233;but du quinquennat pos&#233; la question de la base sociale de la majorit&#233; actuelle. La suppression de l'ISF et de l'&lt;i&gt;exit tax&lt;/i&gt;, la &lt;i&gt;flat tax&lt;/i&gt; sur les revenus du capital, les privatisations (A&#233;roports de Paris, Fran&#231;aise des jeux, etc.) et les retomb&#233;es &#233;conomiques des mesures prises depuis plus de deux ans profitent &#224; la fraction la plus riche de la population. Les milliardaires fran&#231;ais sont ceux qui s'enrichissent le plus vite : le &#171; pr&#233;sident des ultra-riches &#187; n'a pas usurp&#233; son surnom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces mesures in&#233;galitaires cr&#233;ent toutefois sans cesse des foyers de contestation sociale et compromettent &#224; terme la possibilit&#233; pour le pr&#233;sident d'&#234;tre reconduit pour un second mandat. Conscient de cela, Macron a d&#233;cid&#233; d'investir pleinement la question raciale.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Appara&#238;tre comme &#187; le pr&#233;sident des Blancs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pensionnaire de l'&#201;lys&#233;e a fait part aux &#233;lu&#183;es de sa majorit&#233; r&#233;uni&#183;es en septembre dernier de sa volont&#233; de durcir le ton en mati&#232;re d'immigration&lt;i&gt; et &lt;/i&gt;de s&#233;curit&#233;, th&#232;mes jug&#233;s &#171; r&#233;galiens &#187; qu'il faudrait &#171; &lt;i&gt;affronter en face&lt;/i&gt; &#187; et ne pas abandonner &#224; l'extr&#234;me droite : &#171; &lt;i&gt;La question est de savoir si nous voulons &#234;tre un parti bourgeois ou pas,&lt;/i&gt; d&#233;clare Emmanuel Macron. &lt;i&gt;Les bourgeois n'ont pas de probl&#232;mes avec cela&lt;/i&gt; [l'immigration] &lt;i&gt; : ils ne la croisent pas. Les classes populaires vivent avec. &#187;&lt;/i&gt; M&#234;me si la traque faite aux personnes exil&#233;es n'avait jamais cess&#233; et que les interventions de ministres pour amplifier quantit&#233; de pol&#233;miques racistes &#233;taient d&#233;j&#224; r&#233;guli&#232;res, le changement d'orientation pr&#233;sidentielle est notable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;sireux d'appara&#238;tre comme un candidat consensuel, Macron s'est fait &#233;lire sur la base d'un programme lib&#233;ral, mais non ouvertement raciste. Alors qu'il s'&#233;tait prononc&#233; pour une &#171; la&#239;cit&#233; apais&#233;e &#187;, son silence sur le sujet une fois &#224; l'&#201;lys&#233;e a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; comme une &lt;i&gt;ambigu&#239;t&#233;&lt;/i&gt; sur laquelle il devait s'expliquer. Ce qu'il fit en avril 2018, jugeant que le foulard islamique n'&#233;tait &#171; &lt;i&gt;pas conforme &#224; la civilit&#233;&lt;/i&gt; &#187; fran&#231;aise. Lors d'une allocution t&#233;l&#233;vis&#233;e cons&#233;cutive au d&#233;clenchement du mouvement des Gilets jaunes, le pr&#233;sident a &#233;voqu&#233; l'id&#233;e de la tenue d'un d&#233;bat o&#249; il serait question notamment d'identit&#233; nationale, id&#233;e qu'il a pr&#233;cis&#233;e dans sa lettre aux Fran&#231;ais en janvier dernier. Le discours sans &#233;quivoque sur l' &#187; &lt;i&gt;hydre islamiste &#187;&lt;/i&gt; apr&#232;s l'attaque perp&#233;tr&#233;e &#224; la pr&#233;fecture de police de Paris ne laisse gu&#232;re de doute sur le positionnement que souhaite adopter Macron dans la perspective de la pr&#233;sidentielle de 2022.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le racisme comme in&#233;puisable ressource politique&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Savoir si la violente campagne sur le voile et l'islam que nous venons de vivre &#233;tait destin&#233;e &#224; masquer les probl&#232;mes sociaux cache en r&#233;alit&#233; une autre question, toute simple : pourquoi &#231;a marche ? Pourquoi c'est justement le racisme &#8211; et notamment l'islamophobie &#8211; qui permet d'occuper l'espace politique et m&#233;diatique et pas une autre question ? La facilit&#233; avec laquelle les majorit&#233;s successives peuvent utiliser la carte raciale nous montre que mobiliser l'identit&#233; blanche permet d'unifier des strates tr&#232;s diff&#233;rentes de la population. En agitant les chiffons rouges de l'immigration et de l'islam, le gouvernement entend ainsi rassurer &#171; les Blancs &#187; qui craignent sans cesse le d&#233;classement social. Le message qu'il leur adresse est celui-ci : quoi qu'il puisse vous arriver, aussi brutales que puissent &#234;tre les mesures que nous prenons, vous ne perdrez jamais votre blanchit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parce que les oppressions de classe et de race se renforcent mutuellement, la lutte contre les politiques lib&#233;rales ne peut se faire sans une lutte concomitante contre les politiques racistes qui les accompagnent.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Rafik Chekkat&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Gentrifier, c'est tout un art !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Gentrifier-c-est-tout-un-art</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Gentrifier-c-est-tout-un-art</guid>
		<dc:date>2020-01-16T18:26:49Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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		<dc:subject>Seine</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Une v&#233;ritable locomotive &#224; gentrification. Implant&#233; depuis 2009 &#224; Saint-Denis, le 6B, immeuble de six &#233;tages accueillant 150 artistes et cr&#233;atifs, est d&#233;sormais coqueluche des m&#233;dias. Et du promoteur Br&#233;mond, propri&#233;taire du b&#226;timent, qui s'appuie sur l'image du lieu associatif pour vendre ses apparts. Les publications branch&#233;es ne tarissent pas d'&#233;loges. Trax, magazine sp&#233;cialis&#233; en cultures &#233;lectroniques, &#233;voque ainsi &#171; le fameux spot culinaire et festif de Saint-Denis &#187;, &#171; lieu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Seine" rel="tag"&gt;Seine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/promoteur" rel="tag"&gt;promoteur&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une v&#233;ritable locomotive &#224; gentrification. Implant&#233; depuis 2009 &#224; Saint-Denis, le 6B, immeuble de six &#233;tages accueillant 150 artistes et cr&#233;atifs, est d&#233;sormais coqueluche des m&#233;dias. Et du promoteur Br&#233;mond, propri&#233;taire du b&#226;timent, qui s'appuie sur l'image du lieu associatif pour vendre ses apparts.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3214 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L448xH400/-1431-38b54.jpg?1779603505' width='448' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;es publications branch&#233;es ne tarissent pas d'&#233;loges. &lt;i&gt;Trax&lt;/i&gt;, magazine sp&#233;cialis&#233; en cultures &#233;lectroniques, &#233;voque ainsi &#171; &lt;i&gt;le fameux spot culinaire et festif de Saint-Denis&lt;/i&gt; &#187;, &#171; &lt;i&gt;lieu alternatif incontournable de la r&#233;gion parisienne&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article mis en ligne le 28 mars 2017.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le site Villa-Schweppes, autoproclam&#233; &#171; magazine de la culture nuit &#187;, s'enflamme pour ce &#171; &lt;i&gt;petit coin de paradis&lt;/i&gt; &#187; qui risque &#171; &lt;i&gt;fort de devenir l'un de vos&lt;/i&gt; open air &lt;i&gt;pr&#233;f&#233;r&#233; de l'&#233;t&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article mis en ligne le 31 mai 2016.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Et &lt;i&gt;T&#233;l&#233;rama&lt;/i&gt; en remet une couche, vantant &#171; &lt;i&gt;le succ&#232;s fou&lt;/i&gt; &#187; de cet &#171; &lt;i&gt;espace artistique alternatif&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article mis en ligne le 21 ao&#251;t 2015.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. N'en jetez plus.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mauvaise r&#233;putation&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a dix ans, personne n'aurait pourtant pari&#233; un kopeck sur la potentielle branchitude de cet immeuble de six &#233;tages, gris et &#224; l'abandon, coinc&#233; entre le canal de Saint-Denis et la Seine. L'endroit n'avait alors pas bonne presse. D'un c&#244;t&#233;, l'&#206;le-Saint-Denis, quartier &#224; la mauvaise r&#233;putation. De l'autre, les environs de la gare RER, o&#249; se retrouvaient dealers et consommateurs de crack. Et tout autour, le 93, d&#233;partement honni des Parisiens bon teint, gu&#232;re dispos&#233;s &#224; traverser le p&#233;riph' pour s'encanailler au milieu des barres d'immeubles. Mais alors, que s'est-il pass&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une rencontre, pour commencer. Entre un jeune cr&#233;atif dans le vent et un promoteur habile. &#192; ma gauche, Julien Beller, venu du milieu associatif, architecte sp&#233;cialiste des structures &#233;ph&#233;m&#232;res et festives. &#192; ma droite, Bernard Br&#233;mond, &#224; la t&#234;te du groupe &#233;ponyme, qui se consacre au &#171; &lt;i&gt;d&#233;veloppement de projets immobiliers&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;pour habiter, travailler, vivre et partager&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citation pioch&#233;e sur le site du groupe.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. Pour pont entre les deux, un int&#233;r&#234;t bien compris.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans les r&#232;gles&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout commence en 2008, quand Beller rep&#232;re le b&#226;timent abandonn&#233; en bordure de Seine. L'&#233;norme surface de 7 000 m&#178; lui tape dans l'&#339;il : elle serait parfaite pour accueillir &#224; demeure artistes et associations, ainsi que pour organiser des &#233;v&#233;nements culturello-festifs. Mais pas question de la jouer squat &#8211; l'architecte ne mange pas de ce pain-l&#224;. Lui veut faire les choses dans les r&#232;gles et toque en 2009 &#224; la porte du promoteur, nouveau propri&#233;taire des lieux, pour lui proposer un arrangement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bingo-banco, Br&#233;mond accepte de laisser Beller prendre temporairement possession de l'endroit &#8211; &#224; l'origine pour deux ans et contre un loyer symbolique. L'acte de naissance du 6B. Le lieu associatif, qui a toutes les apparences du squat sans en &#234;tre un, monte vite en puissance. Gr&#226;ce &#224; une politique culturelle ambitieuse et en attirant de jeunes r&#233;sidents en manque d'atelier. En quelques ann&#233;es, la structure fait le plein : l'immeuble h&#233;berge 200 personnes, r&#233;parties sur 150 ateliers. Des architectes, plasticiens, photographes et stylistes, ainsi que des gens de th&#233;&#226;tre, salari&#233;s associatifs et musiciens.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Puissance m&#233;diatique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si le promoteur accepte le &lt;i&gt;deal&lt;/i&gt;, c'est qu'il compte en tirer profit. Il est justement en train de lancer un projet d'am&#233;nagement de quatre hectares face &#224; la Seine, l'&#233;coquartier N&#233;aucit&#233; (dont fait partie, &#224; sa pointe Nord, l'immeuble du 6B). Pas de la petite bi&#232;re : 700 logements, des commerces et des bureaux, qui voient le jour entre 2014 et 2017 sur une friche urbaine. Un chantier de 100 millions d'euros, avec l'id&#233;e de faire venir dans le 93 ces classes moyennes qui n'ont plus les moyens de loger &#224; Paris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour les s&#233;duire, quoi de mieux que la culture ? Br&#233;mond flaire le filon &#8211; l'art va donner &#224; son projet le suppl&#233;ment d'&#226;me qui lui manquait. &#171; &lt;i&gt;Jusqu'en 2011, on ne pensait pas garder le 6B&lt;/i&gt;, explique une cadre du groupe&lt;i&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233;e dans un (bon) papier de Streetpress, &#171; Au 6B, la gentrification (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Puis petit &#224; petit, on a commenc&#233; &#224; se dire : &#8220;Mince, &lt;/i&gt;[&#8230;] &lt;i&gt;le 6B prend de plus en plus de puissance m&#233;diatique.&#8221;&lt;/i&gt; &#187; C'est ainsi que la convention temporaire cesse de l'&#234;tre &#8211; le 6B est d&#233;sormais l&#224; pour longtemps. Malin : il ne co&#251;te pas grand-chose au groupe, mais rapporte beaucoup en termes d'image. Le lieu multiplie en effet les &#233;v&#233;nements (dont le festival Fabrique &#224; R&#234;ves), et attire habitu&#233;s et visiteurs. R&#233;sultat : les articles de presse laudateurs tombent comme &#224; Gravelotte.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Domination symbolique &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;De la bonne pub : les papiers ne manquent jamais de citer N&#233;aucit&#233;. Et constituent un parfait argument de vente &#224; l'intention des &#233;ventuels acheteurs. &#171; &lt;i&gt;Avant, le mod&#232;le de r&#233;ussite pour les classes moyennes, c'&#233;tait de poss&#233;der ses quatre murs et sa place de parking,&lt;/i&gt; note la cadre du groupe. &lt;i&gt;Aujourd'hui, l'important, c'est l'environnement dans lequel on vit.&lt;/i&gt; &#187; D'o&#249; un marketing &#224; part, qui cible les &#171; &lt;i&gt;professions artistiques&lt;/i&gt; &#187; cherchant &#171; &lt;i&gt;un premier appartement&lt;/i&gt; &#187;, reconna&#238;t un communiquant du groupe&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. &#171; [Les membres du 6B] &lt;i&gt;continueront &#224; habiter N&#233;aucit&#233;, &#224; donner une &#226;me au quartier et &#224; le valoriser&lt;/i&gt; &#187;, promet ainsi une plaquette publicitaire. Quant &#224; Beller, il a carr&#233;ment droit &#224; une bio flatteuse sur le site du groupe. Tout s'imbrique. Se confond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Le 6B est au c&#339;ur de notre projet urbain,&lt;/i&gt; s'enflamme Jo&#235;l Gayssot, copr&#233;sident de Br&#233;mond. &lt;i&gt;Vivre &#224; N&#233;aucit&#233;, ce sera s'ouvrir &#224; un nouveau mode d'habiter fond&#233; sur les &#233;changes culturels.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Citation pioch&#233;e sur le site de l'Institut de l'&#233;pargne immobili&#232;re et fonci&#232;re.&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; Pas n'importe quels &#233;changes, pourtant. Car si le 6B chante l'ouverture et en appelle aux dynamiques populaires, il ne parle pas &#224; la plupart des Dionysiens. Seulement &#224; ceux qui appartiennent &#224; la petite-bourgeoisie cr&#233;ative, constatait en 2015 la g&#233;ographe Lina Raad&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans une &#233;tude publi&#233;e sur le site Urbanit&#233;s, &#171; Investissement dans la vie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;La programmation correspond aux&lt;/i&gt; habitus &lt;i&gt;des classes moyennes dot&#233;es d'un capital culturel &#233;lev&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Vanter la mixit&#233; sociale tout en pratiquant l'entre-soi &#8211; joli paradoxe. Et la chercheuse d'en remettre une couche : &#171; &lt;i&gt;Implant&#233; au c&#339;ur d'un quartier en renouvellement urbain, o&#249; les espaces publics sont occup&#233;s par des commer&#231;ants de rue d'origine africaine, et parfois des toxicomanes, le 6B permet aux classes moyennes de s'approprier le quartier et d'y exercer une domination symbolique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Image lisse&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le lieu joue ainsi le r&#244;le de t&#234;te de pont de la gentrification. D'o&#249; le soutien (y compris financier) que lui accordent les collectivit&#233;s locales, qui parient sur sa capacit&#233; &#224; rendre le quartier plus attractif. D'o&#249; l'appui &#8211; aussi &#8211; que lui fournissent certains nouveaux habitants : trois associations de copropri&#233;taires de N&#233;aucit&#233; viennent de donner 6 500 &#8364; au 6B, suite &#224; un &lt;i&gt;crowfunding&lt;/i&gt;. &#171; &lt;i&gt;Leur participation t&#233;moigne du besoin d'avoir un quartier qui se reconstruit&lt;/i&gt; &#187;, pavoise Beller&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cit&#233; dans un article du Journal de Saint-Denis, &#171; Le 6B s'ancre &#224; son (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat, le 6B &#233;volue &#8211; accompagnant de fait (ou devan&#231;ant) l'&#233;volution du quartier. Au fil des ans, les loyers demand&#233;s aux r&#233;sidents augmentent. Et les &#233;v&#233;nements organis&#233;s changent de nature. Exit les soir&#233;es &#233;lectros, trop bruyantes. Exit aussi les rendez-vous pas assez consensuels &#8211; en 2012 d&#233;j&#224;, Br&#233;mond avait exig&#233; (et obtenu) que les Cannabis Social Club cessent de s'y r&#233;unir. Place &#224; une programmation &#171; &lt;i&gt;plus conviviale&lt;/i&gt; &#187; qui &#171; &lt;i&gt;consolide le lien avec N&#233;aucit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Au programme : un restaurant, &#171; &lt;i&gt;des soir&#233;es-concerts&lt;/i&gt;, du stand-up&lt;i&gt;, du th&#233;&#226;tre, un &lt;/i&gt;showcase &#187;. &#199;a fait r&#234;ver.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mont&#233;e en gamme&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Place &#8211; surtout - &#224; de nouveaux r&#233;sidents, salari&#233;s de start-up et d'entreprises dites innovantes. Un appel &#224; candidatures a &#233;t&#233; ainsi publi&#233; en juin pour proposer &#171; &lt;i&gt;des locaux attractifs &#224; des acteurs &#233;conomiques pr&#234;ts&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;&#224; participer &#224; une dynamique de d&#233;veloppement &#233;conomique&lt;/i&gt; &#187;. Un investissement de 10 millions d'euros est pr&#233;vu pour 2020 &#8211; le tour de table r&#233;unit le promoteur, la ville et la communaut&#233; d'agglo.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de plus logique : le 6B continue &#224; servir de locomotive &#224; la mont&#233;e en gamme du quartier. Le temps des artistes peu fortun&#233;s est bient&#244;t termin&#233;, les entrepreneurs d&#233;barquent. &#171; &lt;i&gt;Si les artistes et les m&#233;nages sont le plus souvent des acteurs involontaires de la gentrification,&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;les diff&#233;rents acteurs de l'immobilier t&#233;moignent d'une r&#233;elle volont&#233; de transformer les quartiers populaires, en s'appuyant sur les premiers&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume la g&#233;ographe Anne Clerval&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans Paris sans le peuple, La D&#233;couverte, 2013.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Voil&#224; que les artistes sont les dindons de la farce. Pour un peu, on les plaindrait. Ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Jean-Baptiste Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Article mis en ligne le 28 mars 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Article mis en ligne le 31 mai 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Article mis en ligne le 21 ao&#251;t 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Citation pioch&#233;e sur le site du groupe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233;e dans un (bon) papier de &lt;i&gt;Streetpress&lt;/i&gt;, &#171; &lt;a href=&#034;https://www.streetpress.com/sujet/130284-au-6b-la-gentrification-heureuse&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Au 6B, la gentrification heureuse&lt;/a&gt; &#187;, mis en ligne le 27 ao&#251;t 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Citation pioch&#233;e sur le site de l'Institut de l'&#233;pargne immobili&#232;re et fonci&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans une &#233;tude publi&#233;e sur le site Urbanit&#233;s, &#171; Investissement dans la vie locale des classes moyennes et appropriation de l'espace en banlieue rouge &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cit&#233; dans un article du &lt;i&gt;Journal de Saint-Denis&lt;/i&gt;, &#171; Le 6B s'ancre &#224; son territoire &#187;, mis en ligne le 2 mai 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans &lt;i&gt;Paris sans le peuple&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Il faut casser le consensus environnemental &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Il-faut-casser-le-consensus</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


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		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Tous unis contre la fin du monde ? Oui... et non. D&#233;j&#224;, parce qu'&#224; vue de nez, on n'y sera pas tous en m&#234;me temps. Pauvres en avant, riches en arri&#232;re. Et puis parce que la fin de ce monde, il va falloir aller la chercher. Para&#238;trait que le syst&#232;me est coriace. Racisme (environnemental), imp&#233;rialisme (environnemental) et in&#233;galit&#233;s (environnementales) : oui, la crise &#233;cologique ravive des choses anciennes, et cr&#233;e des luttes nouvelles. Entretien avec Razmig Keucheyan, sociologue engag&#233; et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no180-octobre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;180 (octobre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/une3_cabrule" rel="tag"&gt;une3_cabrule&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faut" rel="tag"&gt;faut&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes" rel="tag"&gt;classes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/crise-environnementale" rel="tag"&gt;crise environnementale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/environnementale" rel="tag"&gt;environnementale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/inegalites-environnementales" rel="tag"&gt;in&#233;galit&#233;s environnementales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement-ouvrier" rel="tag"&gt;mouvement ouvrier&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Tous unis contre la fin du monde ? Oui... et non. D&#233;j&#224;, parce qu'&#224; vue de nez, on n'y sera pas tous en m&#234;me temps. Pauvres en avant, riches en arri&#232;re. Et puis parce que la fin de &lt;i&gt;ce&lt;/i&gt; monde, il va falloir aller la chercher. Para&#238;trait que le syst&#232;me est coriace. Racisme (environnemental), imp&#233;rialisme (environnemental) et in&#233;galit&#233;s (environnementales) : oui, la crise &#233;cologique ravive des choses anciennes, et cr&#233;e des luttes nouvelles. Entretien avec Razmig Keucheyan, sociologue engag&#233; et auteur d'ouvrages sur l'&#233;cologie politique, mais aussi sur les pens&#233;es critiques &#224; gauche et plus r&#233;cemment sur la consommation&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Longtemps adh&#233;rent au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), il s'est ensuite (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3116 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH285/-1347-de454.jpg?1780779454' width='500' height='285' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que tu entends par &#171; in&#233;galit&#233;s environnementales &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le discours &#233;cologique dominant consiste &#224; dire que la crise environnementale est quelque chose de radicalement nouveau dans l'histoire de l'humanit&#233;, notamment car c'est un type de p&#233;ril qui concerne l'humanit&#233; dans son ensemble, ind&#233;pendamment des classes sociales, du genre, des divisions qui ont caract&#233;ris&#233; les soci&#233;t&#233;s modernes depuis qu'elles existent. C'est ce que j'appelle le consensus environnemental, c'est le discours de l'&#233;cologie &lt;i&gt;mainstream &lt;/i&gt;dominante. Et c'est d&#233;politisant au possible. L'histoire des mouvements sociaux montre que ces derniers se d&#233;clenchent quand il y a de la division, du conflit, quand une partie de l'humanit&#233; se sent l&#233;s&#233;e, victime d'une injustice &#8211; les classes populaires par rapport &#224; la bourgeoisie, les femmes par rapport aux hommes, les colonis&#233;s par rapport aux colonisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc absolument critiquer ce consensus. Et le premier angle d'attaque, ce sont les in&#233;galit&#233;s environnementales : non seulement l'empreinte carbone des diff&#233;rentes classes sociales n'est pas la m&#234;me (les riches d&#233;truisent la plan&#232;te beaucoup plus que les classes populaires), mais en plus les effets de la crise environnementale ne sont pas ressentis de la m&#234;me mani&#232;re selon la classe sociale &#224; laquelle on appartient. Les classes populaires souffrent davantage des catastrophes naturelles, des cyclones, des canicules, mais aussi des pollutions, de l'effondrement de la biodiversit&#233;, de la rar&#233;faction des ressources naturelles comme l'eau.
C'est une &lt;i&gt;connerie &lt;/i&gt;sur le plan analytique de dire qu'il faut que l'humanit&#233; suspende ses divisions. Car ce que fait la crise environnementale, c'est aggraver ces in&#233;galit&#233;s environnementales, sachant que ces in&#233;galit&#233;s-l&#224; viennent s'empiler, s'ajouter aux autres : les in&#233;galit&#233;s &#233;conomiques, de genre et de race. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a se traduit de mani&#232;re g&#233;ographique &#224; l'int&#233;rieur des pays ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En France, assez peu d'&#233;tudes ont &#233;t&#233; produites sur les in&#233;galit&#233;s environnementales, mais parmi celles publi&#233;es aux &#201;tats-Unis, il y en a une qui concerne l'Hexagone. Elle compare la localisation des incin&#233;rateurs de d&#233;chets, polluants et canc&#233;rig&#232;nes, et la proportion de populations immigr&#233;es dans les zones d'habitation alentour. R&#233;sultat : ces incin&#233;rateurs sont install&#233;s de mani&#232;re privil&#233;gi&#233;e l&#224; o&#249; vivent les immigr&#233;s (et les classes populaires). Souvent, c'est un choix d&#233;lib&#233;r&#233; de la part des pouvoirs publics ou des entreprises, mais pas forc&#233;ment. La d&#233;cision peut r&#233;pondre &#224; une logique comme le prix du m&#232;tre carr&#233; ; elle peut aussi tenir au fait que les cat&#233;gories dominantes ont davantage la capacit&#233; de se mobiliser, d'avoir recours au droit, &#224; leurs r&#233;seaux politiques pour emp&#234;cher l'installation. C'est une logique syst&#233;mique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons une catastrophe naturelle, l'une des plus d&#233;vastatrices de l'histoire : l'ouragan Katrina, en 2005 &#224; la Nouvelle-Orl&#233;ans. Les fractions de la population qui ont majoritairement morfl&#233; sont les pauvres et les Noirs. Pour la raison simple que les classes dominantes r&#233;sident sur les hauteurs de la ville depuis tr&#232;s longtemps. Les classes populaires s'&#233;taient install&#233;es l&#224; o&#249; elles pouvaient, l&#224; o&#249; le prix du m&#232;tre carr&#233; &#233;tait le plus faible, sur le bord de mer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, il y a aussi la dimension raciale. Exemple : le chlord&#233;cone, un insecticide chimique. On l'a utilis&#233; en Martinique et en Guadeloupe alors qu'on savait depuis longtemps qu'il &#233;tait canc&#233;rig&#232;ne. C'est un scandale sanitaire de type amiante. On l'a interdit en m&#233;tropole, mais pas chez les pauvres et les ex-colonis&#233;s. Pareil pour les essais nucl&#233;aires aux &#201;tats-Unis, beaucoup ont &#233;t&#233; effectu&#233;s dans des r&#233;gions o&#249; vivent principalement les Am&#233;rindiens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette domination a aussi une dimension Nord-Sud...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le Nord s'est d&#233;velopp&#233; en pillant les ressources naturelles du Sud : c'est ce que l'on nomme l'imp&#233;rialisme environnemental. Il existe &#233;galement le concept de dette environnementale. Ce ne sont pas les pays du Sud qui ont une dette financi&#232;re envers les pays du Nord &#8211; cette fameuse dette du tiers-monde &#8211; mais c'est exactement l'inverse : les pays du Nord ont une dette environnementale envers les pays du Sud, une dette issue de toute l'histoire du colonialisme mais qui s'aggrave encore par d'autres biais. Par exemple, les pays du Nord viennent d&#233;verser leurs d&#233;chets industriels, nucl&#233;aires ou chimiques dans les pays du Sud [&lt;i&gt;lire aussi page VI&lt;/i&gt;].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dimension environnementale de cette domination permet de faire la connexion entre le th&#232;me classique du mouvement ouvrier qu'est l'imp&#233;rialisme et la question &#233;cologique. Cela permet de connecter les deux et donc &#233;ventuellement de penser aussi quelles pourraient &#234;tre les conditions d'une convergence. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourtant, il existe un discours ambiant qui affirme que les pauvres, et notamment ceux des pays pauvres, polluent plus&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un discours qui est souvent li&#233; &#224; un argument d&#233;mographique : les pauvres seraient non seulement pollueurs mais en plus ils sont nombreux, &#8220;&lt;i&gt;ils se reproduisent &#224; une telle vitesse&lt;/i&gt;&#8221;, ce genre d'arguments... Bien s&#251;r, les riches aussi seront affect&#233;s par la crise environnementale, mais dans une certaine mesure seulement. Dans le centre-ville de Paris par exemple, on constate des taux de pollution de l'air &#233;lev&#233;s, alors m&#234;me que des quartiers tr&#232;s riches s'y trouvent. Mais le bilan global, c'est quand m&#234;me que de mani&#232;re &#233;crasante, ce sont les classes populaires qui vont morfler. Alors m&#234;me que l'origine de la crise environnementale vient du mode de vie des dominants. Les classes populaires sont aussi consum&#233;ristes, il n'est pas question de le nier. Mais en termes d'empreinte &#233;cologique, ce sont clairement les dominants qui sont les plus responsables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir sur l'id&#233;e du consensus environnemental, tu as &#233;crit &lt;i&gt;La nature est un champ de bataille&lt;/i&gt;, il y a cinq ans. Depuis, des mouvements comme les ZAD (Zones &#224; d&#233;fendre) ont pris de l'ampleur et ils remettent de la conflictualit&#233;, non ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r, l&#224; il y a de la conflictualit&#233;, et aussi des exp&#233;rimentations de modes de vie diff&#233;rents. Avec une limite selon moi : cette id&#233;e que construire des alternatives &#233;cologistes suppose de quitter la soci&#233;t&#233; et d'aller s'installer dans un ailleurs. C'est probl&#233;matique : il y a plein de gens qu'on laisse derri&#232;re et une politique r&#233;volutionnaire doit &#234;tre faite l&#224; o&#249; est la majorit&#233; des gens sont, c'est-&#224;-dire dans les villes, dans les campagnes. Pas &#224; l'&#233;cart. Cette esp&#232;ce de s&#233;paratisme est &#224; la fois extr&#234;mement int&#233;ressante car elle permet d'exp&#233;rimenter des modes de vie nouveaux, de cr&#233;er des r&#233;seaux, mais les ZAD ne sont pas des lieux d'exp&#233;rimentations populaires. Ce qu'il faut, comme le disent eux-m&#234;mes plein de gens qui participent &#224; ces mouvements, c'est g&#233;n&#233;raliser la ZAD . Et g&#233;n&#233;raliser la ZAD suppose forc&#233;ment de la transformer en autre chose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concernant le mouvement ouvrier, tu prends l'exemple d'AZF &#224; Toulouse : apr&#232;s la catastrophe (31 morts dans l'explosion de l'usine chimique en 2001), il y a eu une bataille entre les associations de citoyens et les syndicats qui d&#233;fendaient les emplois. Ce qui montre &#224; quel point le mouvement ouvrier peut &#234;tre productiviste. Est-ce que depuis, il y a eu un changement ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans le mouvement ouvrier, les fractions majoritaires ont souvent &#233;t&#233; productivistes, et par cons&#233;quent peu sensibles &#224; la question &#233;cologique. Mais il faut s'empresser de dire que ce n'est pas le cas de tout le monde. Depuis longtemps, le mouvement ouvrier est travaill&#233; par la question de la qualit&#233; de vie, par la question d'un rapport plus sobre &#224; la nature... Ces th&#233;matiques sont pr&#233;sentes depuis le XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Mais aujourd'hui, les d&#233;bats ont lieu. Il y a eu une prise de conscience que les travailleurs sont apr&#232;s tout les premi&#232;res victimes du risque industriel et la question des emplois verts a fait bouger les lignes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis il y a un autre &#233;l&#233;ment &#224; prendre en consid&#233;ration. Aujourd'hui, les classes ouvri&#232;res &#233;mergentes dans des pays comme la Chine, l'Inde ou le Br&#233;sil, se forment un peu sur le mod&#232;le de la classe ouvri&#232;re europ&#233;enne du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, mais avec une diff&#233;rence : elles naissent alors que la crise &#233;cologique est d&#233;j&#224; l&#224;. Par exemple en Chine, la connexion entre les luttes ouvri&#232;res et les luttes &#233;cologiques est beaucoup plus forte parce que les gens ont conscience des pollutions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discours sur la fin du monde est tr&#232;s fort en ce moment... Le syst&#232;me pourrait s'effondrer par lui-m&#234;me. Qu'en penses-tu ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; &#171; Le capitalisme est un syst&#232;me qui a quand m&#234;me fait la preuve de sa r&#233;sistance, de sa r&#233;silience. Il n'a pas besoin que l'on soit heureux. Au contraire, il peut &lt;i&gt;marchandiser&lt;/i&gt; notre malheur et tr&#232;s bien prosp&#233;rer dans des &#233;cosyst&#232;mes d&#233;vast&#233;s. Bien s&#251;r il y a Trump, mais les capitalistes &lt;i&gt;s&#233;rieux &lt;/i&gt;ont compris qu'il y a une crise environnementale&#8230; et qu'elle peut &#234;tre source de profit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vois un autre probl&#232;me : il n'est pas certain que l'id&#233;e de l'effondrement ait des effets politiques positifs. Elle cr&#233;e des effets de sid&#233;ration et peut conduire &#224; un repli sur soi. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelque part, en lui permettant de se r&#233;inventer, la crise &#233;cologique pourrait presque aider le capitalisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette r&#233;invention du capitalisme passe par la finance, qui peut cr&#233;er des nouveaux instruments, des d&#233;riv&#233;s ou des obligations, et les faire fonctionner sur tel ou tel aspect de la crise environnementale. Par exemple, sur la survenue ou non d'une catastrophe naturelle, les financiers misent de l'argent. Parfois ils perdent, parce que la catastrophe survient et qu'il faut d&#233;bourser de l'argent, en d&#233;dommageant les assur&#233;s notamment. Mais c'est un secteur qui ne cesse de grandir, donc ils y gagnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est important d'&#234;tre attentif au secteur des assurances pour comprendre les &#233;volutions du capitalisme ; comprendre comment les assureurs r&#233;fl&#233;chissent, c'est aussi anticiper ce qui va se passer. Non seulement ils ont conscience de la crise environnementale, mais ils r&#233;fl&#233;chissent &#224; long terme. On dit toujours que le capitalisme est court-termiste ; c'est en partie vrai, mais &#233;galement faux. Les tenants du capitalisme savent que leur syst&#232;me g&#233;n&#232;re des risques, de l'instabilit&#233; et, de fait, des in&#233;galit&#233;s. Ils sont m&#234;me capables de faire des choses qui contreviennent &#224; l'id&#233;ologie n&#233;olib&#233;rale, comme faire le contraire de la doctrine mon&#233;tariste et r&#233;injecter du fric dans le syst&#232;me. M&#234;me si &#233;videmment, cet argent va aux financiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur cette id&#233;e que les classes dominantes se pr&#233;parent &#224; la crise environnementale, tu vois d'autres aspects que la finance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, toute la dimension s&#233;curitaire, la mont&#233;e en puissance &#224; laquelle on assiste aujourd'hui des appareils s&#233;curitaires, militaires, policiers... Bien s&#251;r, cet ensemble n'a pas pour seule origine la crise environnementale, mais il est certain qu'il va servir aussi dans les ann&#233;es qui viennent &#224; en g&#233;rer les cons&#233;quences, comme les migrations climatiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a aussi le s&#233;paratisme accru des classes dominantes : elles ont une tendance de plus en plus grande &#224; vivre dans des enclos &#8211; dans les pays du Sud surtout, mais pas seulement. L'une des pointes, c'est le Br&#233;sil. Les &lt;i&gt;gated communities&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;R&#233;sidences ou quartiers ferm&#233;s.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; existaient avant, mais c'est aussi le fruit de la crise environnementale. C'est une mani&#232;re de pr&#233;parer les choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la crise a des effets sanitaires massifs. Elle met une pression de plus en plus grande sur la S&#233;curit&#233; sociale, les syst&#232;mes hospitaliers, etc. Et cela conduit &#224; des syst&#232;mes de sant&#233; &#224; deux vitesses, avec des h&#244;pitaux d&#233;labr&#233;s, en crise permanente, pour les classes populaires&#8230; et des syst&#232;mes priv&#233;s hautement performants, mais payants, pour ceux qui ont les moyens. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton dernier livre, sorti en septembre, &lt;i&gt;Les Besoins artificiels&lt;/i&gt;, traite de questions de consommation. En quoi c'est li&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les soci&#233;t&#233;s dans lesquelles nous vivons sont des soci&#233;t&#233;s de consommation, c'est une banalit&#233; de le dire, et c'est l'une des causes de la crise environnementale. Comment on en sort ? Plusieurs pistes sont propos&#233;es, notamment des pistes imm&#233;diates, comme un allongement de la garantie des marchandises de deux &#224; dix ans, une proposition d'associations comme le R&#233;seau action climat et les Amis de la Terre. &#199;a n'a l'air de rien, mais &#231;a permettrait de rendre les objets durables. Les industries sont contre, bien entendu. L&#224; encore, la question de la dur&#233;e de vie des marchandises est une lutte. Sur du plus long terme, il est int&#233;ressant de se pencher sur l'histoire des associations de consommateurs, comme l'UFC - Que choisir. Aujourd'hui, ce sont des associations qui n'ont pas l'air d'&#234;tre tr&#232;s politiques ; elles recommandent telle marque plut&#244;t que telle autre. Mais avant, au d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, elles &#233;taient assez li&#233;es aux syndicats ; autrement dit elles ne se limitaient pas &#224; intervenir dans le champ de la consommation, elles &#233;taient aussi int&#233;ress&#233;es par des enjeux productifs, li&#233;s aux conditions de travail, au niveau des salaires, qu'est-ce qui est produit et dans quelle proportion. Tout producteur est un consommateur, et l'inverse est vrai. Il faudrait trouver le moyen d'institutionnaliser le lien entre les deux, de faire des associations communes. Et ce qui sous-tend ce lien entre consommateur et producteur, c'est la question des besoins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se d&#233;barrasser des besoins artificiels ? Il faut trouver le moyen de faire en sorte que tout un chacun soit partie prenante de la d&#233;lib&#233;ration, pour &#233;viter la dictature. Bien s&#251;r, il faut utiliser les ressources de la loi, de l'&#201;tat, mais il faut qu'&#224; la base il y ait des formes de d&#233;mocratie directe, de conseil, o&#249; la d&#233;lib&#233;ration sur les besoins a lieu. Il n'y a pas beaucoup d'exemples historiques, car on est dans une situation nouvelle, mais il y a quand m&#234;me toute la tradition r&#233;volutionnaire bas&#233;e sur cette id&#233;e de conseils. De toute fa&#231;on, on est dans une situation tellement compliqu&#233;e qu'il faut balancer des hypoth&#232;ses. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a dix ans, tu avais fait dans &lt;i&gt;H&#233;misph&#232;re gauche&lt;/i&gt; un panorama des luttes et des pens&#233;es critiques, avec un constat : celui du manque d'un mouvement ambitieux plus global... Et maintenant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si en dix ans, rien ne s'&#233;tait pass&#233;, il y aurait de quoi se flinguer. Mais ce n'est pas vrai, il y a plein de choses positives. On n'a pas chang&#233; le monde : le capitalisme est toujours l&#224;. Pareil pour la crise environnementale. Mais si on fait le bilan, on trouve Occupy, le mouvement des places en Espagne, en Gr&#232;ce, les ZAD, les Gilets jaunes... Le panorama a beaucoup chang&#233;, dans un sens de mobilisation accrue. Si on m'avait dit en 2010 qu'au Royaume-Uni, Jeremy Corbyn, un gauchiste, serait &#224; la t&#234;te du Labour, j'aurais dit : &#8220;&lt;i&gt;C'est impossible.&lt;/i&gt;&#8221; Bien s&#251;r, tout n'est pas parfait dans le Labour, loin de l&#224;. Pareil pour Bernie Sanders aux &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un des probl&#232;mes vient de la fragmentation entre des partis institutionnels et des mouvements tr&#232;s anti-institutionnels, comme les ZAD ou les Gilets jaunes. Il n'y a pas encore de synth&#232;se, sans parler de convergence des luttes. C'est normal. C'est ainsi que s'est d&#233;roul&#233;e l'&#233;mergence du mouvement ouvrier au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. D'abord une prolif&#233;ration de luttes, et puis avec le temps, et &#231;a prend du temps, des &#233;l&#233;ments de synth&#232;se, des secteurs qui passent des alliances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas question de mettre tout le monde sous le m&#234;me chapeau. De toute &#233;vidence, les marches pour le climat, c'est un ph&#233;nom&#232;ne en partie m&#233;diatique, bien s&#251;r &#231;a a ses limites mais il y a une &#233;nergie, m&#234;me confuse. Politiquement, ce n'est pas un d&#233;sert. Les crises sont toujours un champ de lutte. Elles conduisent &#224; la r&#233;surgence de trucs vraiment tr&#232;s r&#233;acs, mais ouvrent des possibles. Et donc il faut bosser pour multiplier les exp&#233;riences communes, pour faire le lien entre des th&#233;matiques diff&#233;rentes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Margaux Wartelle&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Longtemps adh&#233;rent au Nouveau parti anticapitaliste (NPA), il s'est ensuite rapproch&#233; de la France insoumise, avant de s'en &#233;loigner. Aux &#233;ditions La D&#233;couverte, il a publi&#233; &lt;i&gt;H&#233;misph&#232;re gauche &#8211; Une cartographie des nouvelles pens&#233;es critiques&lt;/i&gt; (2010),&lt;i&gt; La Nature est un champ de bataille&lt;/i&gt; (2014) et &lt;i&gt;Les Besoins artificiels&lt;/i&gt; (septembre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;R&#233;sidences ou quartiers ferm&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Renaud Duterme : &#171; Le fil rouge de l'effondrement, c'est l'explosion des in&#233;galit&#233;s &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Renaud-Duterme-Le-fil-rouge-de-l</link>
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		<dc:date>2019-02-14T04:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis que Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens ont publi&#233; un petit livre intitul&#233; Comment tout peut s'effondrer (2015), le sujet est &#224; la mode . Les auteurs sont r&#233;guli&#232;rement invit&#233;s dans les m&#233;dias pour &#233;voquer la &#171; collapsologie &#187;, concept qu'ils ont forg&#233; pour &#233;tiqueter cette &#171; science &#187; de la mort des civilisations. Leur postulat de d&#233;part n'a rien de farfelu : nous serions au bord d'une grave crise aux motifs complexes et il conviendrait d'ores et d&#233;j&#224; de s'y pr&#233;parer. D'o&#249; le titre de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no171-decembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;171 (d&#233;cembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Vincent-Croguennec" rel="tag"&gt;Vincent Croguennec&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes" rel="tag"&gt;classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/societe" rel="tag"&gt;soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jared-Diamond" rel="tag"&gt;Jared Diamond&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pablo-Servigne" rel="tag"&gt;Pablo Servigne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Diamond" rel="tag"&gt;Diamond&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Naomi-Klein" rel="tag"&gt;Naomi Klein&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes-dominantes" rel="tag"&gt;classes dominantes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis que Pablo Servigne et Rapha&#235;l Stevens ont publi&#233; un petit livre intitul&#233; &lt;i&gt;Comment tout peut s'effondrer&lt;/i&gt; (2015), le sujet est &#224; la mode&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On peut &#233;galement remonter &#224; la publication en 2004 d'Effondrement, ouvrage (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; . Les auteurs sont r&#233;guli&#232;rement invit&#233;s dans les m&#233;dias pour &#233;voquer la &#171; collapsologie &#187;, concept qu'ils ont forg&#233; pour &#233;tiqueter cette &#171; science &#187; de la mort des civilisations. Leur postulat de d&#233;part n'a rien de farfelu : nous serions au bord d'une grave crise aux motifs complexes et il conviendrait d'ores et d&#233;j&#224; de s'y pr&#233;parer. D'o&#249; le titre de leur dernier ouvrage : &lt;i&gt;Une autre fin du monde est possible&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Seuil, 2018. Trois auteurs aux commandes : les deux pr&#233;cit&#233;s et Gauthier (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Probl&#232;me : si la probabilit&#233; d'un effondrement g&#233;n&#233;ral cr&#232;ve les yeux, les ouvrages de ses thurif&#233;raires manquent singuli&#232;rement de mordant, versant m&#234;me dans des passages&lt;i&gt; new age &lt;/i&gt;un peu trop l&#233;nifiants. On n'y trouve aucune critique r&#233;elle du capitalisme ou de l'explosion des in&#233;galit&#233;s sociales &#224; l'&#233;chelle de la plan&#232;te. Un manque combl&#233; par l'essayiste Renaud Duterme, qui a publi&#233; un ouvrage mettant en avant l'aspect politique de la question :&lt;i&gt; De quoi l'effondrement est-il le nom ?&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sous-titr&#233; &#171; La fragmentation du monde &#187;, il a &#233;t&#233; publi&#233; en 2016 chez Utopia.&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; Un livre qui rappelle que la fin du monde aussi est affaire de lutte des classes. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2778 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH328/-1033-265b5.jpg?1780133936' width='500' height='328' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que notre imaginaire de l'effondrement est fantaisiste. Et que nous y accolons une vision &#224; la fois romantique et centr&#233;e sur le quotidien des classes moyennes occidentales...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Disons que les premi&#232;res images qui nous viennent en t&#234;te quand on parle d'effondrement sont pour beaucoup celles popularis&#233;es par la litt&#233;rature et le cin&#233;ma post-apocalyptiques : des environnements ravag&#233;s, des villes d&#233;sertes dans lesquelles la nature a repris ses droits, ou encore des sc&#232;nes de d&#233;sordre g&#233;n&#233;ralis&#233;, voire de guerre civile. Or, ces images sont d&#233;j&#224; une r&#233;alit&#233; dans bien des endroits du monde. Non seulement dans des pays dits du tiers-monde (pensons aux nombreux bidonvilles qui jouxtent les m&#233;gapoles ou aux pays en proie &#224; des conflits meurtriers tels que le Y&#233;men ou la Syrie), mais aussi en Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on regarde l'envers des vitrines du capitalisme mondialis&#233;, on peut y voir dans maints endroits &#8211; des zones d&#233;sindustrialis&#233;es aux camps de r&#233;fugi&#233;s en passant par les quartiers pauvres au sein des m&#233;tropoles &#8211; des populations qui (sur)vivent dans des conditions tr&#232;s pr&#233;caires, lesquelles renvoient pr&#233;cis&#233;ment &#224; l'imaginaire que l'on peut se faire d'une soci&#233;t&#233; effondr&#233;e (absence de services publics, manque de revenus, ins&#233;curit&#233;, malnutrition, p&#233;nuries en tout genre, etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par cons&#233;quent, quand on regarde au-del&#224; de la fameuse classe moyenne (si tant est que ce concept signifie encore quelque chose), on en vient &#224; consid&#233;rer l'effondrement davantage comme un processus d&#233;j&#224; en marche plut&#244;t que comme un &#233;v&#233;nement susceptible de nous plonger du jour au lendemain dans un monde &#224; la &lt;i&gt;Walking Dead&lt;/i&gt;, zombies except&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le discours sur l'effondrement est tr&#232;s d&#233;politis&#233;, &#224; l'image des &lt;i&gt;best-sellers&lt;/i&gt; de Pablo Servigne ou de Jared Diamond. Comme s'il ne fallait pointer ni le capitalisme ni les classes dirigeantes dans le d&#233;sastre en cours...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En ce qui me concerne, c'est justement apr&#232;s la lecture du livre de Jared Diamond que j'ai eu l'id&#233;e d'&#233;crire sur le sujet. Dans son livre pourtant volumineux, on ne trouve en effet aucune mention du capitalisme et tr&#232;s peu d'analyses en termes de rapports de classes et d'exploitation (du moins quand il parle de notre civilisation). Il n'y a somme toute rien de surprenant, car Diamond ne s'est jamais fait remarquer pour ses opinions de gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est diff&#233;rent pour Rapha&#235;l Stevens et Pablo Servigne. Je connaissais ce dernier personnellement avant qu'il ne sorte &lt;i&gt;Comment tout peut s'effondrer&lt;/i&gt; et il ne s'est jamais cach&#233; de ses tendances libertaires. Pourtant le mot &#8220;capitalisme&#8221; est &#233;galement absent de son livre. En fait, lui et son co-auteur ont pr&#233;f&#233;r&#233; adopter une posture scientifique et non partisane dans le but de toucher un maximum de personnes. Si je peux comprendre cette posture &#8220;f&#233;d&#233;ratrice&#8221;, il est clair que c'est un d&#233;saccord que j'ai avec une grande partie de cette mouvance dite &#8220;collapsologique&#8221;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au regard des facteurs objectifs qui nous conduisent au d&#233;sastre, il est en effet clair que la logique capitaliste, l'accaparement des richesses et l'explosion des in&#233;galit&#233;s sont les causes fondamentales de l'impasse dans laquelle nous sommes. Il est d'autant plus important de le souligner que les catastrophes &#224; venir vont encore davantage creuser le foss&#233; entre une infime minorit&#233; et le reste de la soci&#233;t&#233;, tout en permettant au grand capital et aux classes dominantes d'accentuer leur emprise sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Naomi Klein a parfaitement analys&#233; ce qu'elle nomme tr&#232;s justement le &#8220;capitalisme du d&#233;sastre&#8221;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;La Strat&#233;gie du choc&lt;/strong&gt; &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Premi&#232;re publication en 2007 au Canada.&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, &lt;strong&gt;Naomi Klein d&#233;montre que le n&#233;o-lib&#233;ralisme mondialis&#233; se nourrit des catastrophes naturelles et des soubresauts politiques. Cela semble remettre en cause cette id&#233;e r&#233;currente selon laquelle un effondrement permettrait d'enfin tourner la page de la course &#224; l'ab&#238;me capitaliste...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si le capitalisme est emp&#234;tr&#233; dans ses contradictions, il ne risque pas de s'effondrer de lui-m&#234;me. Au contraire : on voit que le d&#233;sarroi et l'ins&#233;curit&#233; &#233;conomique et sociale favorisent la mainmise du capital sur l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. La Gr&#232;ce illustre bien cette tendance. On a vu comment une crise &#233;conomique est utilis&#233;e par les classes dominantes pour justifier des politiques antisociales drastiques. C'est somme toute ce qu'il s'est pass&#233; dans les nombreux pays du Sud qui ont vu intervenir le FMI dans leurs affaires int&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, le sentiment d'ins&#233;curit&#233; (r&#233;el ou fantasm&#233;) qui accompagne n&#233;cessairement les catastrophes, qu'elles soient naturelles ou sociales, fournit de nouvelles niches pour des capitaux &#224; la recherche de rentabilit&#233;. Le contr&#244;le des fronti&#232;res, les dispositifs de surveillance et le gigantesque march&#233; de la s&#233;curit&#233; laissent ainsi entrevoir ce que Mathieu Rigouste nomme un keyn&#233;sianisme s&#233;curitaire, qui a probablement de beaux jours devant lui. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au regard de ces perspectives, on voit &#233;galement surgir des appels &#224; un contr&#244;le radical de la d&#233;mographie. Vous &#234;tes tr&#232;s critiques &#224; ce sujet...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une probl&#233;matique qui revient souvent dans les d&#233;bats. Il est clair que r&#233;soudre les probl&#232;mes auxquels l'humanit&#233; fait face est plus compliqu&#233; sur une plan&#232;te &#224; 7,5 milliards d'habitants que sur une &#224; 2 milliards. Cela dit, la plupart des n&#233;o-malthusiens ne veulent pas admettre l'&#233;vidence : mettre cette question au centre du d&#233;bat revient implicitement &#224; envisager une solution autoritaire du style de celle qu'a mise en place le gouvernement chinois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Except&#233; une solution coercitive, la meilleure fa&#231;on pour que les familles fassent moins d'enfants est d'am&#233;liorer les conditions &#233;conomiques dans lesquelles elles vivent (s&#233;curit&#233; sociale, d&#233;mocratisation de la contraception, revenus d&#233;cents) et de favoriser l'&#233;mancipation des femmes. En d'autres termes : si les f&#233;tichistes de la question d&#233;mographique usaient autant d'&#233;nergie &#224; combattre les in&#233;galit&#233;s et le n&#233;o-colonialisme qui ont appauvri les pays du Sud, la population finirait &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; par se stabiliser. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous citez la rappeuse Keny Arkana en exergue : &#171; &lt;i&gt;Tout ce qui est fond&#233; sur l'injustice est vou&#233; &#224; s'&#233;crouler.&lt;/i&gt; &#187; Comme s'il y avait une porte de sortie autre que l'autoritarisme et l'explosion des in&#233;galit&#233;s...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne suis pas un f&#233;tichiste du mot &#8220;effondrement&#8221;. Mais je le mobilise parce que j'estime qu'il correspond bien &#224; ce qui est en train de se passer, &#224; savoir une conjonction d'impasses sur les plans &#233;conomiques, &#233;cologiques et sociaux, laissant entrevoir un basculement dans &#8220;autre chose&#8221;. Ce que cette autre chose sera, j'estime que &#231;a n'est ni &#224; moi ni &#224; personne de le proposer. Il d&#233;coulera plut&#244;t des luttes, des mobilisations et surtout de l'&#233;mergence d'une conscience de classes qui guidera ces combats. Car le fil rouge de toutes ces impasses, c'est bien l'explosion des in&#233;galit&#233;s, qui sont &#224; la fois la cause et la cons&#233;quence de cet &#8220;effondrement&#8221;. Sans une redistribution radicale des richesses et une remise en cause du mod&#232;le productiviste, je pense que toute issue &#8220;positive&#8221; est vou&#233;e &#224; &#234;tre soit r&#233;cup&#233;r&#233;e, soit marginalis&#233;e. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On peut &#233;galement remonter &#224; la publication en 2004 d'&lt;i&gt;Effondrement&lt;/i&gt;, ouvrage de l'historien Jared Diamond, dont le Premier ministre &#201;douard Philippe serait un grand fan.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Seuil, 2018. Trois auteurs aux commandes : les deux pr&#233;cit&#233;s et Gauthier Chapelle.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sous-titr&#233; &#171; La fragmentation du monde &#187;, il a &#233;t&#233; publi&#233; en 2016 chez Utopia.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Premi&#232;re publication en 2007 au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Insultes de Macron : &#171; Un racisme de classe de la gauche de droite &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Un-racisme-de-classe-de-la-gauche</link>
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		<dc:date>2018-09-13T09:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>fran&#231;ais</dc:subject>
		<dc:subject>Macron</dc:subject>
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		<dc:subject>classes populaires</dc:subject>
		<dc:subject>Emmanuel Macron</dc:subject>
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&lt;p&gt;Les insultes de Macron ne viennent pas de nulle part. Mais s'inscrivent dans une mise au pas n&#233;o-lib&#233;rale initi&#233;e dans les ann&#233;es 1980, selon G&#233;rard Mauger, directeur de recherche au Centre europ&#233;en de sociologie et de science politique. Le point sur le sujet, en trois questions. Le m&#233;pris de classe affich&#233; par Macron est-il un aboutissement du chemin parcouru par un PS se d&#233;tachant progressivement des classes populaires ? &#171; La politique dont Macron revendique la responsabilit&#233;, en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes" rel="tag"&gt;classes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emmanuel-Macron" rel="tag"&gt;Emmanuel Macron&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nicolas-Sarkozy" rel="tag"&gt;Nicolas Sarkozy&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Francois-Hollande" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Hollande&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes-sociales" rel="tag"&gt;classes sociales&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Macron-est-il" rel="tag"&gt;Macron est-il&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les insultes de Macron ne viennent pas de nulle part. Mais s'inscrivent dans une mise au pas n&#233;o-lib&#233;rale initi&#233;e dans les ann&#233;es 1980, selon G&#233;rard Mauger, directeur de recherche au Centre europ&#233;en de sociologie et de science politique. Le point sur le sujet, en trois questions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2557 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-822-41f9f.jpg?1779603247' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le m&#233;pris de classe affich&#233; par Macron est-il un aboutissement du chemin parcouru par un PS se d&#233;tachant progressivement des classes populaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La politique dont Macron revendique la responsabilit&#233;, en pr&#233;tendant avoir re&#231;u le mandat de la mener &#224; bien, ne fait en effet que poursuivre celles de Fran&#231;ois Hollande et de Nicolas Sarkozy, qui ne faisaient elles-m&#234;mes que prolonger celles de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs de droite ou de &#8216;&#8216; la gauche de droite '' depuis 1983. Ce qu'ils appellent des r&#233;formes&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur ce sujet, voir G&#233;rard Mauger, Rep&#232;res pour r&#233;sister &#224; l'id&#233;ologie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; consiste, en substance, &#224; affranchir le capital des &#8216;&#8216; entraves '' mises en place entre 1945 et 1975 (S&#233;curit&#233; sociale, droit du travail, etc.), au nom de la construction europ&#233;enne qui l'impose&#8230; L'impuissance navr&#233;e qu'a affich&#233;e pendant un temps le Parti socialiste invoquait l'Union europ&#233;enne (d&#233;crite comme une r&#233;alisation internationaliste), et plus g&#233;n&#233;ralement la mondialisation (con&#231;ue comme une sorte de ph&#233;nom&#232;ne naturel ou technologique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, les politiques n&#233;o-lib&#233;rales mises en &#339;uvre par les uns et les autres sont la traduction pratique de leur croyance collective (int&#233;ress&#233;e) &#224; l'utopie du march&#233; pur et parfait. Au fil de cette histoire, le rapport du &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt; du PS, Terra Nova&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il s'agit du Projet 2012 &#8211; contribution n&#176; 1, titr&#233;e &#171; Gauche, quelle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, a marqu&#233; une &#233;tape, en faisant sienne la repr&#233;sentation des classes populaires qu'incarne la figure du &#8216;&#8216; beauf '' machiste, homophobe, raciste, x&#233;nophobe et ralli&#233; au FN. Ce rapport a officialis&#233; en quelque sorte le racisme de classe de &#8216;&#8216; la gauche de droite ''&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Fran&#231;ais dans la bouche de Macron subissent des injonctions d&#233;valorisantes (trop prot&#233;g&#233;s), inaccessibles (tous milliardaires) ou non d&#233;sir&#233;es (tous auto-entrepreneurs), rappelant le management par la terreur en entreprise. La m&#233;thode Macron pourrait-elle se rapprocher d'une nouvelle gouvernance manag&#233;riale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Emmanuel Macron incarne l'adh&#233;sion inconditionnelle &#224; &#8216;&#8216; l'esprit du capitalisme '' sous sa forme contemporaine. Avec une certaine na&#239;vet&#233;, il pense pouvoir la faire partager par les Fran&#231;ais, toutes classes sociales confondues (&#233;tant entendu que, de son point de vue, les classes sociales appartiennent au pass&#233; et qu'il s'adresse &#224; des individus). Dans cette perspective ethnocentrique mais assez largement partag&#233;e, tout Fran&#231;ais est, sinon une startup en herbe, du moins un manager virtuel, m&#251; par l'aspiration &#224; devenir milliardaire&#8230; Et l'incapacit&#233; de concevoir d'autres int&#233;r&#234;ts que l'accumulation ind&#233;finie de capital &#233;conomique, conduit &#224; percevoir les r&#233;calcitrants &#224; ce genre de croyance comme des individus frileux, timor&#233;s, gagne-petit, crisp&#233;s sur leurs acquis et allergiques au risque&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'usage des petites phrases d&#233;complex&#233;es, de Sarkozy &#224; Macron, revient &#224; agiter les ferments d'une guerre civile. Comme si les pseudo-&#233;lites avaient la certitude d'avoir un monde de rechange dans lequel continuer &#224; vivre confortablement en cas d'&#233;croulement g&#233;n&#233;ralis&#233;. La nouvelle mouture d'une strat&#233;gie du pire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je ne pense pas que la guerre civile soit &#224; l'ordre du jour, m&#234;me si Emmanuel Macron m&#232;ne activement la lutte de classes : ce qu'il appelle &#8216;&#8216; r&#233;former la France ''&#8230; Des petites phrases que se plaisent &#224; relever les journalistes, j'en retiens deux. Dans l'une, Emmanuel Macron oppose &#8216;&#8216; &lt;i&gt;ceux qui r&#233;ussissent&lt;/i&gt; '' &#224; &#8216;&#8216; &lt;i&gt;ceux qui ne sont rien&lt;/i&gt; '' : l'&#234;tre et le n&#233;ant, en quelque sorte. Elle r&#233;sume assez bien, je crois, ce que je viens d'indiquer. Pour Emmanuel Macron et ses semblables il n'y a qu'un jeu qui vaille d'&#234;tre jou&#233; &#8211; celui de l'accumulation capitaliste. Et la r&#233;ussite s'y mesure en milliards d'euros (comme dans les palmar&#232;s des journaux financiers). Tout autre jeu et tout autre enjeu semblent lui &#233;chapper&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la seconde petite phrase, Macron s'en prend &#224; &#8216;&#8216; &lt;i&gt;ceux qui foutent le bordel&lt;/i&gt; '' et qui refusent de &#8216;&#8216; &lt;i&gt;jouer le jeu&lt;/i&gt; '' qu'il entend imposer &#224; tou.te.s. En fait, il me semble que ce sont eux &#8211; Emmanuel Macron et les &#8216;&#8216; &#233;lites '' adh&#233;rant &#224; ces croyances &#8211; qui n'ont pas de monde de rechange. Tout se passe non seulement comme s'ils &#233;taient incapables de concevoir qu'un &#8216;&#8216; autre monde est possible '', mais que d'autres mondes existent ici et maintenant : ces gens-l&#224; sont aveugles et sourds &#224; d'autres jeux et d'autres enjeux que les leurs&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur ce sujet, voir G&#233;rard Mauger, &lt;i&gt;Rep&#232;res pour r&#233;sister &#224; l'id&#233;ologie dominante&lt;/i&gt;, &#201;ditions du Croquant, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il s'agit du Projet 2012 &#8211; contribution n&#176; 1, titr&#233;e &#171; Gauche, quelle majorit&#233; &#233;lectorale pour 2012 ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Classes vides, enfants en rade</title>
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		<dc:creator>No&#235;l Tardif</dc:creator>


		<dc:subject>Marine Summercity</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Ubuesque ! En Seine-Saint-Denis, des enfants attendent des mois avant de pouvoir rejoindre leur classe. Pendant ce temps, leurs professeurs font cours dans des salles presque vides. Alice Groult, enseignante au coll&#232;ge Jean-Moulin d&#8216;Aubervilliers, revient pour CQFD sur la scandaleuse situation de ces classes d'accueil. Qu'est-ce qu'une classe d'accueil ? &#171; Il s'agit d'un dispositif sp&#233;cial pour les enfants qui arrivent de pays &#233;trangers (Maghreb, Proche-Orient, Asie, Afrique noire, etc.) (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marine-Summercity" rel="tag"&gt;Marine Summercity&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ubuesque ! En Seine-Saint-Denis, des enfants attendent des mois avant de pouvoir rejoindre leur classe. Pendant ce temps, leurs professeurs font cours dans des salles presque vides. Alice Groult, enseignante au coll&#232;ge Jean-Moulin d&#8216;Aubervilliers, revient pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; sur la scandaleuse situation de ces classes d'accueil.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1951 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH576/-241-c0b08.jpg?1779603541' width='400' height='576' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Marine Summercity.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qu'une classe d'accueil ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit d'un dispositif sp&#233;cial pour les enfants qui arrivent de pays &#233;trangers (Maghreb, Proche-Orient, Asie, Afrique noire, etc.) et qui ont besoin d'apprendre notre langue avant de pouvoir suivre une scolarit&#233; en classe &#8216;&#8216; traditionnelle ''. &#192; la cl&#233;, des cours de fran&#231;ais bien s&#251;r, &#224; raison de 10 &#224; 12 heures par semaine. Mais aussi des &#233;quipes motiv&#233;es pour accueillir des enfants souvent marqu&#233;s par un parcours migratoire difficile. Et une r&#233;flexion sur l'int&#233;gration de ces &#233;l&#232;ves au sein d'autres classes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Seine-Saint-Denis, ce dispositif ne fonctionne pas comme il devrait ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que ce soit &#224; Aubervilliers, Stains, Saint-Denis ou &#224; Montreuil, nous dressons aujourd'hui un m&#234;me constat : les classes d'accueil dans les coll&#232;ges du 93 sont quasiment vides. Et les &#233;l&#232;ves migrant.e.s qui devraient y &#234;tre inscrits attendent depuis plusieurs mois chez eux. Ce n'est pas nouveau, malheureusement. L'an pass&#233; d&#233;j&#224;, un mouvement de gr&#232;ve des professeurs de classes d'accueil avait &#233;t&#233; lanc&#233;, pour d&#233;noncer cette situation scandaleuse. Il s'agissait de protester contre le d&#233;lai d'attente impos&#233; aux enfants avant leur scolarisation &#8211; de six &#224; huit mois en moyenne. Et de s'opposer &#224; la volont&#233; de l'institution scolaire de les transformer en &#8216;&#8216; dispositif UPE2A '' (Unit&#233; p&#233;dagogique pour &#233;l&#232;ve allophone arrivant), lequel signifie moins d'heures et de moyens pour les &#233;l&#232;ves. Ce dispositif fait aussi voler en &#233;clats la notion de groupe-classe, pourtant essentielle dans la coh&#233;rence p&#233;dagogique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En filigrane se dessine un affrontement entre deux visions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Des tenants d'une p&#233;dagogie nouvelle posent en effet que ces &#233;l&#232;ves devraient directement rejoindre les classes &#8216;&#8216; ouvertes ''. C'est-&#224;-dire qu'ils suivraient certains cours en classe traditionnelle, sans que des moyens suppl&#233;mentaires ou des formations sp&#233;cifiques ne soient accord&#233;s &#224; leurs professeurs. D'autant plus illusoire qu'il s'agit de coll&#232;ges plac&#233;s en REP ou REP+ (R&#233;seaux d'&#233;ducation prioritaire, concernant les &#233;tablissements dont beaucoup &#233;l&#232;ves sont issus de familles en difficult&#233; financi&#232;re), avec des effectifs d&#233;j&#224; lourds. &#192; en croire le discours institutionnel, il ne s'agirait pas de faire des &#233;conomies sur le dos des &#233;l&#232;ves migrant.e.s. Ni de profiter de ce que leurs familles ne peuvent de toute &#233;vidence pas r&#233;agir comme le feraient des parents du centre-ville bourgeois de Paris &#8211; oh non, surtout pas ! Ce m&#234;me discours fait carr&#233;ment passer les professeurs hostiles &#224; cette triste &#233;volution pour des r&#233;fractaires &#224; l'&#233;ducation pour les migrant.e.s version XXIe si&#232;cle. Nous n'aurions rien compris, en somme. Et peu importe les multiples &#8216;&#8216; couacs '' constat&#233;s. &#192; l'image de cette UPE2A qui a ouvert en catastrophe au milieu de l'ann&#233;e derni&#232;re. Pour salle de classe, le foyer des &#233;l&#232;ves. Et pour enseignante, une professeure contractuelle non form&#233;e... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous aviez pourtant obtenu quelques garanties apr&#232;s le mouvement de gr&#232;ve ?&lt;/strong&gt;
&#171; Nous pensions en effet avoir &#233;t&#233; un peu entendus, apr&#232;s trois audiences aupr&#232;s des grands pontes de l'inspection acad&#233;mique. D'autant que nous n'&#233;tions pas les seuls &#224; nous inqui&#233;ter : le D&#233;fenseur des droits avait lui aussi fait conna&#238;tre ses pr&#233;-occupations &#224; propos du temps d'attente. Et puis, on nous avait promis quelques ouvertures de classe &#8211; c'&#233;tait d&#233;j&#224; &#231;a, m&#234;me s'il s'agissait de contrats de 20 heures, et non 26. Bref, nous avons cru que le droit &#224; une m&#234;me &#233;ducation pour tou.te.s, quel que soit le pays d'origine, n'&#233;tait pas totalement enterr&#233;. Erreur ! &#192; la rentr&#233;e, la plupart d'entre nous ont d&#233;couvert des classes quasiment vides. &#192; l'exception des maintiens (&#233;l&#232;ves arriv&#233;s en cours d'ann&#233;e derni&#232;re), presque aucun nouvel enfant n'a &#233;t&#233; affect&#233; &#224; nos classes. Alors m&#234;me que les directrices des Centres d'information et d'orientation font &#233;tat &#8211; &#231;&#224; et l&#224; &#8211; de chiffres aberrants : dans certaines villes, pr&#232;s de 100 enfants auraient pass&#233; les tests pour &#234;tre scolaris&#233;s et se trouveraient sur liste d'attente. Ils ne rejoindront les salles de classe qu'en f&#233;vrier ou mars ! Ils se retrouvent donc &#224; attendre chez eux (quand il y a un &#8216;&#8216; chez eux '') pendant que nous ne faisons cours que pour cinq ou six &#233;l&#232;ves. C'est compl&#232;tement idiot. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous en avez parl&#233; aux repr&#233;sentants de l'institution ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Bien s&#251;r. Mais l'inspection acad&#233;mique reste muette. Et ne r&#233;pond pas &#224; notre proposition de former un groupe de travail pour aider le personnel administratif dans l'affectation des &#233;l&#232;ves. Elle se contente d'&#233;voquer un &#8216;&#8216; changement de personnel '' et pr&#233;tend que &#8216;&#8216; la nouvelle inspectrice '' doit prendre connaissance des dossiers. Une justification l&#233;g&#232;re, voire grotesque. Mais qui r&#233;v&#232;le le m&#233;pris total de notre hi&#233;rarchie quant &#224; la scolarisation des &#233;l&#232;ves &#233;trangers, &#224; leur accueil et &#224; leur int&#233;gration. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les Hommes du progr&#232;s</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-Hommes-du-progres</link>
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		<dc:date>2017-01-16T03:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Emmanuel Sans&#233;au</dc:creator>


		<dc:subject>Actualit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Ruoyi Jin</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Versant oriental de la Silicon Valley, Boston se d&#233;voue tout enti&#232;re au culte de &#171; l'&#233;conomie du savoir &#187;. Douce utopie d'une mar&#233;e &#171; d'innovations disruptives &#187; et de &#171; travail cr&#233;atif &#187; qui soul&#232;verait tous les bateaux&#8230; &#224; l'exception des moins qualifi&#233;s. La Nissan bleue file &#224; vive allure. Elle s'engouffre dans les tunnels vides du centre-ville, fend les larges boulevards de Cambridge, en banlieue de Boston. &#192; bord, miracle &#171; d'innovation disruptive &#187;, le service UberPool a permis de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ruoyi-Jin" rel="tag"&gt;Ruoyi Jin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes" rel="tag"&gt;classes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bill-Gates" rel="tag"&gt;Bill Gates&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Versant oriental de la Silicon Valley, Boston se d&#233;voue tout enti&#232;re au culte de &#171; l'&#233;conomie du savoir &#187;. Douce utopie d'une mar&#233;e &#171; d'innovations disruptives &#187; et de &#171; travail cr&#233;atif &#187; qui soul&#232;verait tous les bateaux&#8230; &#224; l'exception des moins qualifi&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1805 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH501/-112-99f57.jpg?1779603041' width='400' height='501' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ruoyi Jin
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La Nissan bleue file &#224; vive allure. Elle s'engouffre dans les tunnels vides du centre-ville, fend les larges boulevards de Cambridge, en banlieue de Boston. &#192; bord, miracle &#171; d'innovation disruptive &#187;, le service UberPool a permis de r&#233;unir George et Marc pour une quinzaine de minutes. Ou comment transformer une berline &#233;triqu&#233;e en ar&#232;ne de la guerre des classes. George, la cinquantaine, est le chauffeur. Il tient un restaurant &#224; Lowell, ville sinistr&#233;e &#224; 50km d'ici, et vient faire le lumpen-taxi le week-end. Marc est le second passager, banquier de son &#233;tat. Comme son statut l'exige, le trentenaire est aussi fin id&#233;ologue. En cette semaine de fin novembre, les chauffeurs Uber ont manifest&#233; dans plusieurs villes des &#201;tats-Unis pour r&#233;clamer un salaire minimum.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On lance le sujet. &#171; &lt;i&gt;C'est la mission naturelle des hommes que de cr&#233;er des produits nouveaux, explique le banquier. C'est le progr&#232;s. Les humains veulent satisfaire leurs besoins imm&#233;diatement, or les taxis traditionnels n'y r&#233;pondent plus. Uber, c'est le futur. Ceux qui s'y opposent vont contre l'ordre des choses.&lt;/i&gt; &#187; George semble modestement satisfait d'avoir pris la voie de la modernit&#233;. On lui demande s'il convoite cette vieille relique de salaire minimum. &#171; &lt;i&gt;Ah oui, mais c'est pas possible avec Uber. Ils ne veulent pas, on est auto-employ&#233;s. C'est pour des questions d'assurance et&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le banquier reprend la parole : &#171; &lt;i&gt;&#199;a n'a pas de sens de les requalifier en salari&#233;s. Les gens qui travaillent &#224; la commission ne sont pas des salari&#233;s. C'est aussi simple que &#231;a&lt;/i&gt;. &#187; On claque la porti&#232;re face au Massachusetts Institute of Technology (MIT).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Boston appartient aux &#171; Hommes de progr&#232;s &#187; comme Marc. C'est un bastion des classes dipl&#244;m&#233;es et l'une des villes les plus prosp&#232;res des &#201;tats-Unis. Plus de 150 000 &#233;tudiants y remplissent des universit&#233;s hors de prix, telles Harvard et le MIT. Elles y font figure de couveuses &#224; cols blancs pour les &#171; industriels du savoir &#187; : Microsoft, Google, Novartis, Pfizer et Amazon ont pignon sur rue. Une telle concentration de g&#233;nie a produit plus de 7&#8202;000 brevets en 2014 &lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans l'ensemble du Massachusetts.&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. C'est aussi la championne des in&#233;galit&#233;s. Si le revenu moyen du Massachusetts (dont elle est la capitale) compte parmi les plus &#233;lev&#233;s au monde, ses habitants les plus riches gagnent jusqu'&#224; 18 fois plus que leurs voisins pauvres &lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. City and metropolitan inequality on the rise, driven by declining (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Pareil bilan incombe largement au parti d&#233;mocrate : depuis 1930, pas un seul maire r&#233;publicain n'y a &#233;t&#233; &#233;lu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que le mariage du &#171; Parti du peuple &#187; et des classes privil&#233;gi&#233;es tient de la conversion du premier aux &#233;vangiles du libre march&#233; et du &#171; capitalisme &#233;clair&#233;. &#187; D&#232;s le tournant des ann&#233;es 1970, une nouvelle g&#233;n&#233;ration de d&#233;mocrates se prenait de passion pour le &#171; travail cr&#233;atif &#187; et les qu&#234;tes existentielles. &#171; &lt;i&gt;Les gens &#233;clair&#233;s ne se souciaient plus de salaire minimum et de droits des travailleurs. Mais les sottises sur l'authenticit&#233; et l'accomplissement personnel &#8211; le topo des &#8220;jeunes existentialistes&#8221; &#8211; cela ferait gagner des &#233;lections&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit Thomas Frank &lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Auteur de Pourquoi les pauvres votent &#224; droite (Agone, 2013) et de Listen (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Voil&#224; que le travailleur &#224; la cha&#238;ne, ali&#233;n&#233; et peu sophistiqu&#233;, basculait de base &#233;lectorale &#224; force d'opposition au changement. Les Nouveaux D&#233;mocrates ont ainsi fait du renoncement une philosophie politique &#8211; nul ne peut s'opposer &#224; &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie post-industrielle&lt;/i&gt; &#187; &#8211; pour devenir le parti de la &#171; &lt;i&gt;classe du savoir&lt;/i&gt; &#187;, des &#171; &lt;i&gt;travailleurs connect&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, des &#171; &lt;i&gt;innovateurs disruptifs&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le Massachusetts, c'est l'ancien gouverneur d&#233;mocrate, M. Deval Patrick, qui a fait figure de missionnaire de &#171; &lt;i&gt;l'&#233;conomie de l'innovation&lt;/i&gt; &#187;. Ici, point de fatalisme : plusieurs centaines de millions de dollars agit&#233;s en cr&#233;dits d'imp&#244;ts et subventions. M&#234;me credo pour l'administration Obama, qui a fait de la Silicon Valley son principal alli&#233;. &#171; &lt;i&gt;Le mod&#232;le du d&#233;veloppement urbain futuriste qu'a cr&#233;&#233; la nouvelle &#233;conomie dite de l'innovation n'est autre que de la propagande pour le syst&#232;me de pouvoir actuel&lt;/i&gt;, &#233;crit John Summers. &lt;i&gt;Ce sont des int&#233;r&#234;ts de classe d&#233;guis&#233;s en prosp&#233;rit&#233;. Et c'est tout ce que les plus progressistes des d&#233;mocrates sont en mesure d'offrir au pays&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ancien r&#233;dacteur en chef du magazine The Baffler. La citation provient de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; C'est donc sans surprise qu'Hillary Clinton avait song&#233;, en cas de victoire &#224; la pr&#233;sidentielle de novembre dernier, &#224; nommer Tim Cook (PDG d'Apple) ou Bill Gates pour la vice-pr&#233;sidence &#8211; deux champions de l'&#233;vasion fiscale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retour &#224; Cambridge. Force est de reconna&#238;tre que la vie des &#171; &lt;i&gt;travailleurs cr&#233;atifs&lt;/i&gt; &#187; y est tr&#233;pidante. On longe des appartements de luxe affichant de vibrantes devises sur leurs fa&#231;ades (&#171; &lt;i&gt;Vivez inspir&#233;, &#233;levez votre statut&lt;/i&gt; &#187;), un incubateur de startups (&#171; &lt;i&gt;L'innovation pour tous&lt;/i&gt; &#187;), une franchise de Food lab Clover (&#224; ne pas confondre avec un fast food) pour enfin pi&#233;tiner l'Entrepreneur Walk of Fame de Kendall Square. Devant les plaques de marbre gris honorant Steve Jobs et Bill Gates, une &#233;paisse dalle est engrav&#233;e d'une maxime lumineuse : &#171; &lt;i&gt;N'allez pas l&#224; o&#249; le chemin peut mener. Allez l&#224; o&#249; il n'y a pas de chemin et laissez une trace&lt;/i&gt;. &#187; On peut aussi mesurer la vie moderne &#224; l'aune de la boutique du MIT, o&#249; les esprits cr&#233;atifs s'adonnent aux joies de la litt&#233;rature de demain : &lt;i&gt;L'Art de la rivalit&#233;&lt;/i&gt; (S. Smee), &lt;i&gt;La Conqu&#234;te du bonheur&lt;/i&gt; (Bertrand Russell), &lt;i&gt;9 choses que les personnes &#224; succ&#232;s font diff&#233;remment&lt;/i&gt; (H.D. Halvorson), etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croise un &#233;tudiant bien engag&#233; pour &#171; &lt;i&gt;laisser une trace sur son chemin&lt;/i&gt; &#187;, tout juste dipl&#244;m&#233; en ing&#233;nierie biom&#233;dicale. &#171; &lt;i&gt;Pour quatre ans d'&#233;tudes, j'ai pay&#233; autour de 200 000 dollars&lt;/i&gt; [environ 185 000 euros, ndlr]. &lt;i&gt;Et c'est sans compter le prix du logement. J'ai une belle dette &#224; payer. L&#224; o&#249; j'ai de la chance, c'est que je vais dans un secteur qui paie raisonnablement bien. Mais si je voulais travailler dans l'administration publique ou l'&#233;ducation, &#231;a aurait &#233;t&#233; impossible de tout rembourser rapidement. &#199;a prendrait vingt ou trente ans&lt;/i&gt;. &#187; D'apr&#232;s l'institut TICAS, la plupart des &#233;tudiants du Massachusetts quittent l'universit&#233; avec une dette moyenne de 31 000 dollars (pr&#232;s de 29 000 euros).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; ceux que l'absence de dipl&#244;mes disqualifie d'office pour une &#171; &lt;i&gt;vie inspir&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, il ne leur reste qu'&#224; courber l'&#233;chine. &#171; &lt;i&gt;La tech ? C'est super. Si on trouve un jour un rem&#232;de au cancer, ce sera ici&lt;/i&gt;. &#187; Binky, employ&#233; dans un magasin de v&#234;tements, s'est &#233;chou&#233; sur un banc de la place Lafayette. &#171; &lt;i&gt;Apr&#232;s, si t'as pas de dipl&#244;me, c'est gal&#232;re. Le prix de la vie est de plus en plus &#233;lev&#233;, &#231;a devient inabordable.&lt;/i&gt; &#187; Plus tard, on croise Ross. Le cinquantenaire &#171; &lt;i&gt;tr&#232;s tr&#232;s occup&#233;&lt;/i&gt; &#187; tient une entreprise d'&#233;v&#232;nementiel. &#171; &lt;i&gt;C'est in-croy-able ce qui arrive &#224; Boston. Le prix de l'immobilier a juste explos&#233; ces derni&#232;res ann&#233;es. C'est impossible d'acheter quoi que ce soit. Le pire, c'est quand mon deuxi&#232;me fils est entr&#233; &#224; l'universit&#233;. Il a fallu que j'hypoth&#232;que ma maison pour son emprunt &#233;tudiant&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On finit la journ&#233;e dans un caf&#233; de Somerville, &#224; 10 minutes de Cambridge. Rendez-vous &#233;tait donn&#233; avec Harris, un responsable de l'Union internationale des employ&#233;s de service (SEIU, 2 millions de membres). &#171; &lt;i&gt;Ici, c'est comme New York ou San Francisco : une ville riche avec des niveaux de pauvret&#233; effarants. Auparavant, seules les classes populaires &#233;taient laiss&#233;es de c&#244;t&#233;. Mais on a de plus en plus de gens qualifi&#233;s qui viennent frapper &#224; notre porte. Des gens avec des th&#232;ses qui ne s'en sortent plus. On est devenu le syndicat des chauffeurs de taxi, des travailleurs de fast food, des employ&#233;s de cantine scolaire et&#8230; des enseignants pr&#233;caris&#233;s. On voit aussi des psychoth&#233;rapeutes ou des avocats commis d'office qui sont trait&#233;s comme des contractuels. Ce sont les cols blancs du pass&#233;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'on se rassure. Interrog&#233; en 2014 sur le niveau effarant des in&#233;galit&#233;s qui gangr&#232;nent sa ville, le maire de Boston, Martin Walsh, reconnaissait qu'il est &#171; &lt;i&gt;impossible de fonder une famille en gagnant seulement le salaire minimum&lt;/i&gt; &#187; (fix&#233; &#224; 11 dollars par heure, environ 10,40 euros). Ainsi, M. Walsh a imagin&#233; une solution &#224; la hauteur de son parti : &#171; &lt;i&gt;plus d'&#233;ducation&lt;/i&gt; &#187; pour les ouvriers non qualifi&#233;s et &#171; &lt;i&gt;entamer une conversation avec les milieux d'affaires plut&#244;t que de les taxer davantage&lt;/i&gt; &#187;. &#192; bon entendeur.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans l'ensemble du Massachusetts.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &lt;i&gt;City and metropolitan inequality on the rise, driven by declining incomes&lt;/i&gt;, Brookings Institution, janvier 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Auteur de &lt;i&gt;Pourquoi les pauvres votent &#224; droite&lt;/i&gt; (Agone, 2013) et de &lt;i&gt;Listen Liberal&lt;/i&gt; (Metropolitan Books, 2016) dont est issue cette citation.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ancien r&#233;dacteur en chef du magazine &lt;i&gt;The Baffler&lt;/i&gt;. La citation provient de l'article &#171; The People's Republic of Zuckerstan &#187; (2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un lyc&#233;e au piquet</title>
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		<dc:creator>Jo&#235;l Auster</dc:creator>


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&lt;p&gt;Si tu veux tuer ton chien, dis qu'il a la rage. Et pour fermer une &#233;cole, soutiens que les b&#226;timents s'&#233;croulent, ajoute le pr&#233;sident socialiste de la r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes. Jamais contents, parents, profs et &#233;l&#232;ves ont montr&#233; les dents, et ont limit&#233; la casse. La &#171; non-reconstruction &#187; de Mounier ? Jean-Jacques Queyranne soigne ses formules, mais en annon&#231;ant, le 27 septembre dernier, la fermeture de ce lyc&#233;e grenoblois avant l'&#233;t&#233;, le pr&#233;sident PS de la r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes a soulev&#233; une (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no89-mai-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;89 (mai 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nardo-59" rel="tag"&gt;Nardo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes" rel="tag"&gt;classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/eleves" rel="tag"&gt;&#233;l&#232;ves&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jean-Jacques-Queyranne" rel="tag"&gt;Jean-Jacques Queyranne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartiers-Sud" rel="tag"&gt;quartiers Sud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Queyranne-soigne" rel="tag"&gt;Queyranne soigne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Si tu veux tuer ton chien, dis qu'il a la rage. Et pour fermer une &#233;cole, soutiens que les b&#226;timents s'&#233;croulent, ajoute le pr&#233;sident socialiste de la r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes. Jamais contents, parents, profs et &#233;l&#232;ves ont montr&#233; les dents, et ont limit&#233; la casse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_133 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH278/nardo_lycee89-d766d.png?1779602894' width='400' height='278' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par Nardo
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171; non-reconstruction &#187;&lt;/strong&gt; de Mounier ? Jean-Jacques Queyranne soigne ses formules, mais en annon&#231;ant, le 27 septembre dernier, la fermeture de ce lyc&#233;e grenoblois avant l'&#233;t&#233;, le pr&#233;sident PS de la r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes a soulev&#233; une opposition pugnace. Un collectif de parents, profs et &#233;l&#232;ves campe sur le site, d&#233;pose deux recours devant le tribunal administratif et, le 7 avril dernier, Queyranne essuie un revers cinglant au sein du conseil r&#233;gional o&#249; il d&#233;tient pourtant une confortable majorit&#233;. Tout &#231;a pour un bahut d&#233;glingu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a le cul entre deux chaises, le lyc&#233;e Mounier. B&#226;ti en 1963 entre le centre-ville et les quartiers Sud, aujourd'hui long&#233; par le tram, il devient lyc&#233;e exp&#233;rimental de 1973 &#224; 1983, dans le sillon du laboratoire p&#233;dagogique du quartier de la Villeneuve&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En juillet 2010, apr&#232;s la mort d'un braqueur, eurent lieu &#224; la Villeneuve (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Mounier brasse les classes sociales : ses options musique, arts ou sciences attirent des &#233;l&#232;ves ais&#233;s du centre-ville, alors qu'il compte le plus fort taux de boursiers de l'acad&#233;mie. Il accueille des BTS, des classes pour &#233;l&#232;ves d'origine &#233;trang&#232;re, et offre un choix unique de troisi&#232;mes langues &#8211; chinois, turc, arabe... Tout en &#233;tant class&#233; deuxi&#232;me de l'agglom&#233;ration pour son taux de r&#233;ussite au baccalaur&#233;at.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#171; Ce que je connais du dossier me fait dire que rien ne justifiait la fermeture compl&#232;te &#187;&lt;/i&gt;, indique Patrice Voir, adjoint au maire de Grenoble. Cet ancien de Mounier fut pendant douze ans administrateur du lyc&#233;e en tant qu'&#233;lu r&#233;gional : &lt;i&gt;&#171; Pour moi, la s&#233;curit&#233; a servi de pr&#233;texte &#224; une d&#233;cision purement budg&#233;taire. &#187;&#171; La s&#233;curit&#233;, c'est l'arme fatale&lt;/i&gt;, ajoute Marc Garnier, parent d'&#233;l&#232;ve. &lt;i&gt;C'est tr&#232;s difficile de contredire un responsable quand il brandit une mise en danger des enfants. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or rien n'a confirm&#233; les propos alarmistes de la r&#233;gion. Un &#171; rapport d'expertise structurelle &#187; r&#233;alis&#233; par un cabinet ind&#233;pendant en juin 2010 indique qu'un des b&#226;timents &lt;i&gt;&#171; devra &#234;tre d&#233;construit, mais que les d&#233;sordres observ&#233;s ne pr&#233;sentent pas de caract&#232;re d'instabilit&#233; &#224; cinq ans. &#187;&lt;/i&gt; Alors que tout devait fermer en juin 2011, avec d&#233;ploiement des quelque huit cents &#233;l&#232;ves dans d'autres lyc&#233;es, les concessions pleuvent. D&#232;s le mois de novembre, Queyranne accepte de maintenir des classes de premi&#232;re et terminale pour que les derniers &#233;l&#232;ves terminent leur cycle &#224; Mounier. Exit les secondes, certaines options sp&#233;cifiques et les BTS... Fin janvier 2011, derni&#232;re concession de taille : trois classes de secondes seront maintenues sur les sept existantes &#224; la rentr&#233;e, avec toutes les options. Mais pour &#233;viter un d&#233;mant&#232;lement progressif, il faudrait au moins deux nouvelles classes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Directement concern&#233; par le d&#233;mant&#232;lement, le Coll&#232;ge-lyc&#233;e &#233;litaire pour tous (CLEPT) a eu chaud. Il accueille des &#233;l&#232;ves d&#233;crocheurs de quinze &#224; vingt-deux ans. Install&#233; &#224; la Villeneuve depuis 2000, il permet &#224; une centaine de jeunes par an de passer leur bac. &lt;i&gt;&#171; Ne maintenir que trois secondes, c'&#233;tait encore un s&#233;rieux coup de canif port&#233; &#224; l'entit&#233; Mounier, dont le CLEPT fait partie &#187;&lt;/i&gt;, explique Bernard Gerde, prof de lettres.
&lt;i&gt;&#171; Dans les quartiers Sud, c'est le seul lyc&#233;e g&#233;n&#233;ral. Les lyc&#233;es techniques sont tr&#232;s nombreux autour d'ici, et il n'est pas question de les fermer, bizarrement... &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Politiquement, l'affaire co&#251;te cher &#224; Jean-Jacques Queyranne. Le 7 avril dernier, lors d'un vote devant autoriser &#171; le pr&#233;sident &#224; se d&#233;fendre &#187; devant le tribunal administratif, le couperet tombe : 87 contre, 51 pour, et 18 abstentions. &#171; C'est la premi&#232;re fois en Rh&#244;ne-Alpes que l'assembl&#233;e refuse au pr&#233;sident le droit de se d&#233;fendre &#187;, jubile le collectif. Parmi les contre, tous les &#233;lus &#233;cologistes et Front de gauche. Lors du premier recours, fin f&#233;vrier, Queyranne avait obtenu gain de cause gr&#226;ce aux voix de l'UMP et du FN.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non loin du lyc&#233;e Mounier, &#224; une station de tramway, tr&#244;ne l'externat Notre-Dame, &#233;tablissement priv&#233; r&#233;cemment r&#233;nov&#233; par... la r&#233;gion Rh&#244;ne-Alpes. Selon un &#233;lu UMP de Grenoble entendu &#224; la sortie du conseil municipal, &#171; les &#233;tablissements priv&#233;s peuvent dire merci &#224; Jean-Jacques Queyranne ! &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En juillet 2010, apr&#232;s la mort d'un braqueur, eurent lieu &#224; la Villeneuve des affrontements avec les forces de l'ordre. Des affrontements qui inspir&#232;rent le &#171; Discours de Grenoble &#187; &#233;ruct&#233; le 30 juillet par Nicolas Sarkozy. Pour J&#233;rome Soldeville, prof depuis quinze ans &#224; Mounier, &lt;i&gt;&#171; les &#233;v&#233;nements de cet &#233;t&#233; &#224; la Villeneuve ont quelque peu perturb&#233; le bon d&#233;roulement de la fermeture du lyc&#233;e. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les damn&#233;s de la ville</title>
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		<dc:creator>Fran&#231;ois Maliet, Gilles Lucas</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans le discours consensuel, l&#233;nifiant et b&#234;tifiant de la sociologie officielle, la ville serait le lieu par excellence du &#171; vivre ensemble &#187;. Avec l'apartheid urbain croissant, non reconnu comme tel mais bien r&#233;el, qui marque l'urbanisation contemporaine, elle n'est m&#234;me plus le lieu o&#249; les citadins pourraient vivre c&#244;te &#224; c&#244;te. Et elle pourrait bien devenir celui du face &#224; face. Jean-Pierre Garnier, sociologue dissident, nous en livre quelques facettes . CQFD : &#171; L'air de la ville rend (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no85-janvier-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;85 (janvier 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Supplement" rel="tag"&gt;Suppl&#233;ment&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes" rel="tag"&gt;classes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/classes-populaires" rel="tag"&gt;classes populaires&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans le discours consensuel, l&#233;nifiant et b&#234;tifiant de la sociologie officielle, la ville serait le lieu par excellence du &#171; vivre ensemble &#187;. Avec l'apartheid urbain croissant, non reconnu comme tel mais bien r&#233;el, qui marque l'urbanisation contemporaine, elle n'est m&#234;me plus le lieu o&#249; les citadins pourraient vivre c&#244;te &#224; c&#244;te. Et elle pourrait bien devenir celui du face &#224; face. Jean-Pierre Garnier, sociologue dissident, nous en livre quelques facettes&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean-Pierre Garnier, Une violence &#233;minemment contemporaine Essais sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : &#171; L'air de la ville rend libre &#187;, disait un proverbe m&#233;di&#233;val allemand. Qu'en est-il aujourd'hui ? Et &#233;tait-ce vraiment le cas par le pass&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jean-Pierre Garnier :&lt;/strong&gt; L'air de la ville est de plus en plus asphyxiant. Pas seulement &#224; cause de la pollution de l'air, mais parce qu'il y existe un conditionnement massif, notamment par le biais de la publicit&#233;, sous ses diff&#233;rentes formes. Les gens sont v&#233;ritablement model&#233;s, format&#233;s par le matraquage que permettent les nouveaux moyens dits de communication.
D'un c&#244;t&#233;, le publicitaire fait que le citoyen-citadin se croit libre parce qu'il peut choisir entre diff&#233;rentes marchandises. Mais de l'autre, le s&#233;curitaire tous azimuts assure le contr&#244;le des individus. Je ne pense pas que l'air de la ville contemporaine rende libre. Au contraire, il rend les gens de plus en plus conformistes, soumis aussi bien au r&#232;gne de la marchandise qu'&#224; l'omnipr&#233;sence polici&#232;re. Dans les ann&#233;es 1960, Louis Chevalier&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Louis Chevalier, historien et d&#233;mographe, &#233;tait sp&#233;cialiste du milieu (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; croyait encore que ce qui faisait l'identit&#233; de Paris &#233;tait la m&#233;fiance du petit peuple vis-&#224;-vis des autorit&#233;s, sa propension &#224; critiquer et &#224; moquer les pouvoirs en place, voire &#224; se soulever contre eux. Il pensait que, malgr&#233; les transformations subies par la capitale sous l'effet de l'urbanisme pompidolien, subsisterait cet esprit de r&#233;bellion. Vingt ans plus tard, ce n'&#233;tait d&#233;j&#224; plus valable : une partie des couches populaires avait d&#233;j&#224; &#233;t&#233; rejet&#233;e en p&#233;riph&#233;rie &#8211; &#224; l'&#233;poque, il ne s'agissait pas de &#171; r&#233;habilitation &#187; pour les bobos, mais de &#171; r&#233;novation urbaine &#187;, plus brutale encore, on l'appelait &#171; r&#233;novation bulldozer &#187; car on faisait carr&#233;ment table rase de l'habitat ancien et de ses habitants pour implanter des bureaux, des immeubles dits &#171; de standing &#187;, des &#233;quipements &#171; haut de gamme &#187;. Il y avait &#233;galement un autre ph&#233;nom&#232;ne, de dimension internationale : l'&#171; am&#233;ricanisation &#187; du mode de vie. De plus en plus, les nouvelles g&#233;n&#233;rations de Parisiens, influenc&#233;es par la radio, la t&#233;l&#233;, le cin&#233;ma, les disques, se tournaient vers l'&lt;i&gt;american way of life&lt;/i&gt;, sa musique, ses v&#234;tements&#8230; Or, ce qui faisait la sp&#233;cificit&#233; d'une ville comme Paris, c'&#233;taient les particularit&#233;s de chacun de ses quartiers h&#233;rit&#233;es de l'histoire. Peu &#224; peu, on a assist&#233; &#224; leur banalisation, leur normalisation. L'air de la ville rend libre ? Non. Sauf pour ces sociologues align&#233;s qui nous expliquent qu'aujourd'hui, il y a une d&#233;massification de la soci&#233;t&#233;, que les gens ne sont plus d&#233;termin&#233;s par leur groupe social, qu'ils deviennent des individus non r&#233;ductibles &#224; leurs appartenances de classe. Ils appartiendraient de mani&#232;re transitoire &#224; des &#171; tribus &#187; multiples et changeantes, comme le pr&#233;tend le sociologue branchouille Michel Maffesoli. D'autres discernent sans rire l'av&#232;nement d'une &#171; &lt;i&gt;m&#233;tropole des individus&lt;/i&gt; &#187;. Pour ces sociologues de march&#233;, le citadin serait plus libre que jamais. En fait, il est libre comme un client dans un libre-service.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que les gens &#233;chappaient au monde rural lors de l'industrialisation et de l'urbanisation au XIXe si&#232;cle explique le succ&#232;s de cette expression. On &#233;tait libre par rapport au poids de la religion, de la morale traditionnelle, des us et coutumes, du regard des voisins. Les gens arrivaient en ville, ils y &#233;taient inconnus. Ils &#233;taient devenus des individus, mais regroup&#233;s par classes sociales. Dans certains quartiers se formait alors une nouvelle identit&#233; qui &#233;tait, parall&#232;lement &#224; celles des bourgeois dans les &#171; beaux quartiers &#187;, celle de la classe ouvri&#232;re, avec ses valeurs, ses utopies, ses programmes, ses leaders, ses organisations. Organisations qui n'&#233;taient pas seulement politiques et syndicales, cela pouvait aussi &#234;tre des communaut&#233;s de toutes sortes, form&#233;es dans des clubs de jeux, les bals, lors des f&#234;tes&#8230; On se retrouvait dans les caf&#233;s, ces lieux de s&#233;dition comme disaient les ministres de la police. C'est en partie en r&#233;action &#224; ce ph&#233;nom&#232;ne qu'&#233;mergea, &#224; la fin du xixe si&#232;cle, une politique du logement social : pour &#233;viter que les prolos &#171; tra&#238;nent dans la rue &#187;, se r&#233;unissent dans des &#171; mauvais lieux &#187;, discutent entre eux, complotent et s'organisent. Et, en incitant les ouvriers &#224; vivre en famille, &#224; se replier sur le logement, pour privatiser le mode de vie et effriter le sentiment de solidarit&#233; collective. N&#233;anmoins, jusque vers les ann&#233;es 1920-1930, l'identit&#233; ouvri&#232;re n'avait cess&#233; se s'affirmer comme identit&#233; de r&#233;sistance, voire de contre-offensive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vois-tu un lien entre cet affaiblissement de la &#171; libert&#233; des villes &#187; et l'arriv&#233;e massive d'urbains dans les campagnes, appel&#233;e aussi rurbanisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'y vois surtout l'effet du march&#233; du logement. La concentration urbaine, qui va de pair avec la concentration du capital, fait que les classes dirigeantes ont besoin de plus en plus d'espaces bien situ&#233;s pour accueillir les si&#232;ges sociaux, les palais des congr&#232;s, les services li&#233;s aux activit&#233;s directionnelles (&#171; conseil &#187;, publicit&#233;&#8230;), les &#233;quipements de prestige, les r&#233;sidences pour cadres dirigeants, etc. Il y a une accumulation au centre des agglom&#233;rations de la force de travail qualifi&#233;e. C'est cette &#233;lite urbaine internationalis&#233;e qui pousse &#224; un &#233;talement urbain. La p&#233;riph&#233;rie s'&#233;tend sans fin. &#192; propos des banlieues, on disait &#171; sub-urbain &#187;. On parle maintenant de &#171; p&#233;ri-urbain &#187; ou m&#234;me de &#171; rurbain &#187;, car les zones rurales sont phagocyt&#233;es par des n&#233;o-citadins. Il faut distinguer deux cat&#233;gories. D'un c&#244;t&#233;, les exil&#233;s volontaires qui, appartenant aux couches ais&#233;es, vont habiter en maisons individuelles avec de l'espace et de la verdure pour les enfants. Dans ces banlieues dites r&#233;sidentielles, r&#233;sident aussi les jeunes cadres et techniciens qui veulent se mettre au large vu le prix des logements en ville. De l'autre c&#244;t&#233;, il y a les couches populaires, ouvri&#232;res et employ&#233;es, &#233;ject&#233;es des parties centrales des agglom&#233;rations par la sp&#233;culation, la gentrification et les politiques de &#171; renouvellement urbain &#187; qui visent &#224; r&#233;server les espaces &#171; requalifi&#233;s &#187; &#224; des gens &#171; de qualit&#233; &#187;. Mais on trouve aussi les franges inf&#233;rieures de la petite bourgeoisie intellectuelle (enseignants, travailleurs sociaux, infirmi&#232;res, artistes&#8230;), avec des jobs mal pay&#233;s et plus ou moins intermittents, qui ne peuvent s'offrir le centre des villes, devenu trop cher.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste donc &#224; un exode urbain des couches inf&#233;rieures et moyennes qui migrent vers la lointaine p&#233;riph&#233;rie. Certains vont s'&#233;tablir dans un habitat rural ou semi-rural d&#233;grad&#233; parce que d&#233;laiss&#233; par une population locale vieillissante. Mais ces nouveaux venus tirent le diable par la queue. Beaucoup n'ont pas trouv&#233; de travail car la ville est trop loin, &#224; vingt, trente voire quarante kilom&#232;tres. On peut parler d'une prol&#233;tarisation de ces n&#233;o-citadins exil&#233;s dans les zones rurales, tr&#232;s diff&#233;rents de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs, les n&#233;o-ruraux &#171; babas &#187; des ann&#233;es 1970. Des &#233;tudes montrent d'ailleurs que la majeure partie des couches populaires ne vit pas dans les &#171; cit&#233;s &#187;. Il n'y a que 3,8 millions d'habitants dans les 750 &#171; zones urbaines sensibles &#187; qui d&#233;fraient la chronique m&#233;diatico-polici&#232;re, alors que les classes populaires repr&#233;sentent environ 54 % de la population ! La majorit&#233; vit soit dans le sub-urbain, soit dans le p&#233;ri-urbain ou les zones rurales. Au XIXe si&#232;cle, le clivage de classes se traduisait par une coexistence plus ou moins pacifique des couches populaires et des couches bourgeoises. Aujourd'hui, il prend la forme du s&#233;paratisme. Les bourgeois ne voient m&#234;me plus les prolos ! Et r&#233;ciproquement. L'expansion urbaine s'&#233;tend sur des territoires de plus en plus vastes. Pour parfaire le tout, si l'on peut dire, il n'y a pas de communication entre ce qui reste de la culture rurale et celle de ces nouveaux arrivants. Ces derniers sont isol&#233;s, sans contact, sinon exceptionnellement comme, par d'exemple, dans les &#171; march&#233;s bio &#187; et les foires &#224; la brocante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi les classes dominantes ont-elles besoin de se r&#233;approprier les centres-villes ? N'aurait-il pas &#233;t&#233; plus &#233;conomique pour elles de s'installer autour, dans des friches, des zones d'activit&#233;s&#8230; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a plusieurs types d'activit&#233;s. Effectivement, certaines, dites de pointe, peuvent &#234;tre d&#233;centralis&#233;es et d&#233;concentr&#233;es. Elles sont le support du d&#233;veloppement du capitalisme actuel : les laboratoires et centres de recherche, &#233;tablissements d'enseignement sup&#233;rieur. C'est pour &#231;a qu'on a fait des &#171; campus &#187; ou des &#171; technop&#244;les &#187;. Mais en ce qui concerne les activit&#233;s directionnelles et strat&#233;giques, la n&#233;cessit&#233; demeure, malgr&#233; les nouvelles techniques de communication, de ce que les patrons et les managers &#233;tasuniens appellent le&lt;i&gt; face to face contact&lt;/i&gt;. Et cela ne peut se faire n'importe o&#249;. Il faut des endroits tr&#232;s facilement accessibles, o&#249; l'on trouve sur place tout et tous ceux qui participent &#224; la prise de d&#233;cision. Par exemple, les salles de conf&#233;rences, bureaux d'avocats, les bo&#238;tes de publicit&#233;, les caf&#233;s et restaurants o&#249; l'on se retrouve. Il faut qu'il y ait un lieu central pour ces activit&#233;s, r&#233;unissant toutes ces conditions, financi&#232;res, juridiques, m&#233;diatiques, culturelles. On a m&#234;me cr&#233;&#233; des centres directionnels bis un peu p&#233;riph&#233;riques pour d&#233;sengorger les centres des m&#233;tropoles, comme La D&#233;fense &#224; Paris ou Canary Wharf &#224; Londres&#8230; Mais l'interconnexion des relations d'affaires et mondaines exige la concentration d'&#233;quipements qui concourt &#224; la reproduction de cette classe dirigeante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais quels sont alors aujourd'hui les projets des urbanistes ? Am&#233;nager les centres-villes pour les seuls int&#233;r&#234;ts des classes dirigeantes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui la majeure partie des urbanistes, des architectes, des paysagistes qui travaillent pour le secteur priv&#233; ou pour les collectivit&#233;s territoriales se pr&#233;occupent tr&#232;s peu du sort des couches populaires. La mission impartie &#224; certains am&#233;nageurs urbains, c'est de contribuer &#224; &#233;viter les troubles &#8211; les pr&#233;tendues violences urbaines &#8211; engendr&#233;s par la rel&#233;gation des classes domin&#233;es dans un habitat d&#233;grad&#233; et d&#233;gradant. Autrement dit, rendre la s&#233;gr&#233;gation sociospatiale supportable par ceux qui la subissent. Mais, l'essentiel, pour les responsables politiques, &#233;lus locaux en t&#234;te, est de donner la priorit&#233; aux r&#233;alisations qui attirent les &#171; d&#233;cideurs &#187;, banquiers et patrons de firmes, ainsi que leurs servants : ing&#233;nieurs, chercheurs, universitaires de haut rang, la &#171; mati&#232;re grise &#187;, comme ils disent. Il faut donc aussi des b&#226;timents embl&#233;matiques, monumentaux, images de marque de la &#171; m&#233;tropole &#187;, comme la tour de la CMA-CGM &#224; Marseille&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cette tour torsad&#233;e, situ&#233;e dans le quartier d'affaires Eurom&#233;diterran&#233;e, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. C'est un urbanisme qui a, sur le plan politique, pour projet et pour but de d&#233;poss&#233;der les couches populaires du droit &#224; la ville, du droit &#224; la centralit&#233; urbaine pour laisser la place aux &#233;lites. On peut r&#233;sumer les principes de cet urbanisme exclusif et excluant par les cinq H : haute technologie en ce qui concerne les activit&#233;s &#233;conomiques, hautes qualifications pour les cerveaux, hauts revenus, &#233;quipements haut de gamme et haute qualit&#233; environnementale. Ce sont les cinq piliers de la sagesse urbanistique d'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contre, aux classes populaires parqu&#233;es dans les &#171; cit&#233;s &#187;, on r&#233;serve l'architecture dite de pr&#233;vention situationnelle ou &lt;i&gt;defensible space&lt;/i&gt;. Import&#233;e des &#201;tats-Unis, l'id&#233;e est d'&#171; am&#233;nager les lieux afin de pr&#233;venir le crime &#187;. Avec un double objectif : que les configurations spatiales soient dissuasives pour des fauteurs de troubles potentiels, mais facilitent aussi la r&#233;pression. On supprimera ainsi les toits-terrasses, les culs-de-sac, les recoins, les halls traversants, les auvents. On encouragera la &#171; r&#233;sidentialisation &#187; des HLM en transformant une partie de l'espace public au pied des immeubles en jardinets semi-privatifs avec des cl&#244;tures et des haies pour les prot&#233;ger des intrus, o&#249; l'on pourra introduire des barbel&#233;s ou des plantes v&#233;n&#233;neuses. Tout cela est officiel. Ce qui ne l'est pas, ce sont tous les dispositifs pr&#233;ventifs ou plut&#244;t pr&#233;paratifs militaropoliciers de &#171; guerre civile de basse intensit&#233; &#187;, dont traite le sociologue Mathieu Rigouste, pour &#233;craser les r&#233;voltes des damn&#233;s de la ville dans l'avenir&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mathieu Rigouste, L'Ennemi int&#233;rieur, La D&#233;couverte, 2009.&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean-Pierre Garnier, &lt;a href=&#034;http://atheles.org/agone/contrefeux/uneviolenceeminemmentcontemporaine/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Une violence &#233;minemment contemporaine Essais sur la ville, la petite bourgeoisie intellectuelle et l'effacement des couches populaires&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, Agone, 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Louis Chevalier, historien et d&#233;mographe, &#233;tait sp&#233;cialiste du milieu parisien. Il a notamment publi&#233; : &lt;a href=&#034;http://www.editions-perrin.fr/fiche.php?F_ean13=9782262027148&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Classes laborieuses et classes dangereuses &#224; Paris pendant la premi&#232;re moiti&#233; du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, &#233;ditions Perrin, 1958, r&#233;&#233;dition Plon, 2002, et &lt;i&gt;Les Parisiens&lt;/i&gt;, Hachette, 1967, r&#233;&#233;d. Hachette, Coll. Pluriel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cette tour torsad&#233;e, situ&#233;e dans le quartier d'affaires Eurom&#233;diterran&#233;e, est la plus haute de Marseille. Elle abrite le si&#232;ge social de la compagnie de transport maritime CMA-CGM.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mathieu Rigouste, &lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-L_ennemi_interieur-9782707153968.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;L'Ennemi int&#233;rieur&lt;/i&gt;&lt;/a&gt;, La D&#233;couverte, 2009.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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