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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le corps n'existe pas seul en dehors des d&#233;terminations sociales &#187;</title>
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		<dc:creator>Tiphaine Gu&#233;ret</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;De la colonisation de l&#700;Am&#233;rique latine &#224; la r&#233;volution industrielle anglaise en passant par la chasse aux sorci&#232;res, les corps des &#171; domin&#233;s &#187; n&#700;ont cess&#233; d&#700;&#234;tre accapar&#233;s par les puissants. Que subissent aujourd&#700;hui ces m&#234;mes corps dont les deux pieds pataugent dans le capitalisme ? La parole est &#224; la sociologue Jules Falquet. S'il existe des sujets in&#233;puisables, le corps en fait partie. Bross&#233; dans tous les sens du poil, tant dans ses dimensions sociales que culturelles, il vient &#224; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De la colonisation de l&#700;Am&#233;rique latine &#224; la r&#233;volution industrielle anglaise en passant par la chasse aux sorci&#232;res, les corps des &#171; domin&#233;s &#187; n&#700;ont cess&#233; d&#700;&#234;tre accapar&#233;s par les puissants. Que subissent aujourd&#700;hui ces m&#234;mes corps dont les deux pieds pataugent dans le capitalisme ? La parole est &#224; la sociologue Jules Falquet.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3609 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende img' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1751.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH788/-1751-5cf0e.jpg?1782939218' width='500' height='788' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Pole Ka
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;S'il existe des sujets in&#233;puisables, le corps en fait partie. Bross&#233; dans tous les sens du poil, tant dans ses dimensions sociales que culturelles, il vient &#224; nouveau d'&#234;tre questionn&#233; par l'universitaire am&#233;ricaine Silvia Federici dans son livre &lt;i&gt;Par-del&#224; les fronti&#232;res du corps &lt;/i&gt;(Divergences, 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce dont on parle au fond dans cet ouvrage, &#224; savoir du &#8220;corps&#8221; [...], n'a rien de naturel ni d'intemporel : le corps d'apr&#232;s Federici est un sujet/objet marqu&#233; au plus profond par le capitalisme et ses dynamiques historiques &#187;&lt;/i&gt;, &#233;crit la sociologue Jules Falquet dans la pr&#233;face du livre. Elle r&#233;pond ici &#224; nos questions qui, tout en prenant leurs distances avec celles soulev&#233;es par Silvia Federici, traitent en partie du m&#234;me sujet : le corps des domin&#233;s dans la machine &#224; broyer capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire du capitalisme est ponctu&#233;e d'entreprises de domination des corps. Ceux des ouvriers, des femmes, des personnes racis&#233;es... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Un &#233;l&#233;ment cl&#233; pour comprendre ceci est le concept de &#8220;corps-comme- machine-&#224;-force de travail&#8221; d&#233;velopp&#233; par la sociologue fran&#231;aise Colette Guillaumin. Dans la th&#233;orie &#233;conomique classique, on dit que les prol&#233;taires vendent leur force de travail. Mais pour Guillaumin, bien avant cela, certaines personnes ne sont m&#234;me pas propri&#233;taires de leur force de travail : elles ne s'appartiennent pas et sont uniquement (vues comme) des corps-machines-&#224;-force de travail. Ce n'est pas leur force de travail qui est exploit&#233;e, c'est leur corps qui est appropri&#233;, tout entier et sans limites. Ces personnes, ce sont historiquement les personnes esclavagis&#233;es dans les plantations latino-am&#233;ricaines du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle et les femmes dans leur ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de revenir sur la substitution progressive du mode de production esclavagiste par le mode de production capitaliste au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. En 1840, Flora Tristan publie &lt;i&gt;Promenade dans Londres&lt;/i&gt;, un ouvrage dans lequel elle explique notamment comment dans l'Angleterre de la r&#233;volution industrielle, dans le premier tiers du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les capitalistes exploitant des prol&#233;taires sont en train de prendre le dessus sur les propri&#233;taires d'esclaves. En d&#233;crivant le quartier juif et le quartier des Irlandais ainsi que la mis&#232;re terrifiante dans laquelle y vivent les prol&#233;taires, elle explique qu'&#224; la diff&#233;rence des propri&#233;taires d'esclaves, qui ont int&#233;r&#234;t &#224; conserver en vie leurs &#8220;biens&#8221; (dont ils ont achet&#233; les corps), les capitalistes peuvent se permettre d'acheter le travail des prol&#233;taires, pour une heure, un jour, et les laisser mourir de faim et de froid en dehors de ce temps-l&#224;. Engels donnera quelques ann&#233;es apr&#232;s, dans son important ouvrage &lt;i&gt;La Situation de la classe ouvri&#232;re en Angleterre en 1844&lt;/i&gt;, des chiffres terrifiants : la moiti&#233; des enfants de cette classe prol&#233;taire en formation mouraient avant 5 ans, les femmes n'avaient plus leurs r&#232;gles ou ne parvenaient pas &#224; mener leurs grossesses &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au sujet des corps racis&#233;s, on peut s'int&#233;resser aux travaux de la philosophe f&#233;ministe argentine Maria Lugones. Pour elle, comme pour An&#237;bal Quijano, auteur phare de la pens&#233;e d&#233;coloniale (qui est issue d'Am&#233;rique latine), le capitalisme ne remonte pas &#224; l'Angle terre du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle mais &#224; l'invasion europ&#233;enne de l'Am&#233;rique latine &#224; partir de 1492. Selon Quijano, le processus colonial homog&#233;n&#233;ise les personnes envahies et les transforme radicalement en &#8220;Autres&#8221;. Consid&#233;r&#233;es comme &#8220;sans culture&#8221; et pratiquement comme des animaux, elles ont &#233;t&#233; mises au travail jusqu'&#224; la mort. Lugones ajoute &#224; cette analyse que du coup, les envahisseurs ne reconnaissaient pas de genre, mais seulement un sexe, aux colonis&#233;&#183;es. Ils et elles n'&#233;taient que des corps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; celui des femmes europ&#233;ennes, Silvia Federici estime qu'il a surtout &#233;t&#233; progressivement enferm&#233; dans un nouvel espace qui se cr&#233;e &#224; partir de la fin du Moyen &#194;ge, celui de la &#8220;sph&#232;re domestique&#8221;. La chasse aux sorci&#232;res a &#233;t&#233; le moyen, extr&#234;mement violent, de cet enfermement. Enfermer les femmes dans cet espace priv&#233; a permis de s'approprier leur travail en le rendant invisible, en le faisant sortir de l'&#233;change marchand, en le rendant gratuit, en faisant oublier qu'il s'agit v&#233;ritablement d'un travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quatre si&#232;cles apr&#232;s l'apog&#233;e de la chasse aux sorci&#232;res, dans les ann&#233;es 1970, les femmes ont lutt&#233; pour se r&#233;approprier leur corps dans son versant procr&#233;atif... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour les femmes, se r&#233;approprier leur corps en tant que potentiellement procr&#233;ateur (bien qu'il y ait d'autres dimensions &#224; r&#233;cup&#233;rer de nos corps) a pu (et peut toujours) signifier deux choses en m&#234;me temps. Pour certaines, la lutte a consist&#233; &#224; revendiquer la libert&#233; d'interrompre leur grossesse et, en amont, d'avoir le droit d'utiliser des m&#233;thodes contraceptives et d'&#234;tre inform&#233;es &#224; leur propos. En France, l'&#201;tat avait renforc&#233; l'interdiction de tout cela en 1920, apr&#232;s la Premi&#232;re Guerre mondiale, dans le but explicite d'obliger les femmes &#224; repeupler le pays. D'o&#249; le fait qu'une bonne partie du mouvement en France m&#233;tropolitaine, dans les ann&#233;es 1970 et apr&#232;s cinquante ans d'imposition procr&#233;ative, se soit orient&#233; vers la revendication de la contraception et de l'avortement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres femmes &#233;taient &#224; cette &#233;poque avant tout vis&#233;es par des politiques de st&#233;rilisation. Aux &#201;tats-Unis, en 1968, la f&#233;ministe afro-&#233;tatsunienne Frances Beal critiquait dans un texte important, &lt;i&gt;Double Jeopardy : To Be Black and Female&lt;/i&gt;, d'abord les politiques imp&#233;rialistes appuy&#233;es par les &#201;tats-Unis de vasectomies massives en Inde, ensuite les campagnes de st&#233;rilisation forc&#233;es de femmes noires men&#233;es dans la colonie &#233;tats-unienne de Porto Rico, et enfin l'importation de ces poli tiques racistes et sexistes sur le sol m&#234;me des &#201;tats-Unis, o&#249; des femmes afro-&#233;tatsuniennes &#233;taient contraintes d'accepter d'&#234;tre st&#233;rilis&#233;es sous peine de se voir couper leurs allocations. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que reste-t-il aujourd'hui de cette longue histoire d'appropriation des corps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut dire, en s'appuyant sur les travaux de Colette Guillaumin, que le corps n'existe pas &#8220;tout seul&#8221;, dans l'abstrait, en dehors des d&#233;terminations sociales. Le corps des personnes qui subissent le racisme, le sexisme, l'h&#233;t&#233;rosexisme, ne leur appartient toujours pas. On le voit bien avec la justice, quand elle ne sanctionne pas le viol conjugal ou encore lorsqu'elle permet &#224; la police de brutaliser ou d'assassiner certains corps. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur un tout autre plan, l'ouvrage de Silvia Federici que vous avez pr&#233;fac&#233; s'int&#233;resse aux liens que nos corps entretiennent avec la nature. Aujourd'hui, il semble pourtant qu'ils n'aient jamais &#233;t&#233; autant malmen&#233;s par l'industrie...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Nos corps sont soumis par l'industrie &#224; une absorption permanente d'hormones de synth&#232;se, de nourriture et d'eau empoisonn&#233;e, d'&#233;l&#233;ments polluants, de radioactivit&#233;...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela, sans surprise, p&#232;se particuli&#232;rement sur les corps des personnes racis&#233;es et des prol&#233;taires. Aux &#201;tats-Unis, il existe par exemple une tr&#232;s forte pr&#233;valence de l'ob&#233;sit&#233; et du diab&#232;te chez les enfants noirs et latinos. Depuis que le Mexique a sign&#233; le trait&#233; de libre-&#233;change avec les &#201;tats- Unis et le Canada, il subit &#233;galement une v&#233;ritable &#233;pid&#233;mie d'ob&#233;sit&#233; et de diab&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour parler d'une autre source d'empoisonnement, en France, depuis soixante-dix ans, les gouvernements successifs d&#233;cident sans aucune consultation d&#233;mocratique des lieux d'implantation des centrales nucl&#233;aires civiles et militaires, ainsi que o&#249; et quand r&#233;aliser des essais nucl&#233;aires &#224; l'air libre, ou encore o&#249; enfouir les d&#233;chets radioactifs dont personne ne sait comment se d&#233;barrasser. Si je suis polyn&#233;sienne, les explosions devant mon atoll ne me laissent pas le choix d'&#234;tre ou non irradi&#233;e. De la m&#234;me mani&#232;re que si je vis &#224; Bure (Meuse) ou dans toute sa r&#233;gion, mon corps n'aura &#224; l'avenir d'autre alternative que de subir les radiations des poubelles radioactives enter r&#233;es sous mes pieds. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; toutes ces contraintes, comment peut-on esp&#233;rer reprendre le pouvoir sur nos corps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On &lt;i&gt;reprendra corps &lt;/i&gt;en s'informant, en partageant nos analyses et surtout en luttant collectivement. Les groupes de parole f&#233;ministes, historiquement, ont permis (entre autres) de parler du corps, de choses que chacune pensait tr&#232;s intimes et tr&#232;s personnelles, et de se rendre compte qu'il s'agissait de probl&#232;mes communs &#224; beaucoup, et qui &#233;taient en fait politiques. C'est une m&#233;thode qui reste compl&#232;tement d'actualit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Tiphaine Gu&#233;ret&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet entretien fait partie du dossier sur &#034;Les corps dans la guerre sociale&#034;, publi&#233; dans le num&#233;ro 197 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des phalanst&#232;res &#224; la noix de coco s&#233;ch&#233;e</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Des-phalansteres-a-la-noix-de-coco</link>
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		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


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&lt;p&gt;Pour un nouveau monde &#8211; Les utopistes bretons au XIXe si&#232;cle de Jean-Yves Guengant (&#233;d. Apog&#233;e) nous documente pointilleusement sur les tentatives de synth&#232;se exp&#233;rimentales entre le monde de la paysannerie traditionnelle &#233;chappant &#224; toute mainmise &#233;tatique et celui des coop&#233;ratives agricoles &#171; fraternelles &#187; pionni&#232;res des ann&#233;es 1830-1880. Aux crois&#233;es du christianisme social (pouah !) et du combat libertaire pour un nouvel ordre soci&#233;taire &#171; dont le socle serait le travail attrayant &#187; et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guengant" rel="tag"&gt;Guengant&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;&lt;i&gt;our un nouveau monde &#8211; Les utopistes bretons au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle &lt;/i&gt;de Jean-Yves Guengant (&#233;d. Apog&#233;e) nous documente pointilleusement sur les tentatives de synth&#232;se exp&#233;rimentales entre le monde de la paysannerie traditionnelle &#233;chappant &#224; toute mainmise &#233;tatique et celui des coop&#233;ratives agricoles &#171; fraternelles &#187; pionni&#232;res des ann&#233;es 1830-1880. Aux crois&#233;es du christianisme social (pouah !) et du combat libertaire pour un nouvel ordre soci&#233;taire &#171; &lt;i&gt;dont le socle serait le travail attrayant &#187;&lt;/i&gt; et le refus des servitudes, le mouvement des socialistes romantiques brestois d'avant la Belle &#201;poque est d&#233;crit et analys&#233; ici dans les d&#233;tails. Un mouvement imp&#233;tueusement philanthrope dont les fers de lance seront l'&#233;crivain saint-simonien &#201;mile Souvestre aux romans (tel Riche et pauvre) emport&#233;s par la lutte des classes (&#171; &lt;i&gt;Que le peuple cesse d'&#233;couter et de r&#233;p&#233;ter pour regarder par lui-m&#234;me et chercher. &#187;&lt;/i&gt;) Et Charles Pellerin, le fil conducteur de la saga de Guengant, qui deviendra le premier biographe de Charles Fourier (1838) et qui se d&#233;foncera jusqu'&#224; son dernier soupir (en 1883) pour la r&#233;alisation imm&#233;diate du fouri&#233;risme. Un fouri&#233;risme tout &#224; fait &lt;i&gt;light &lt;/i&gt;s'entend &#224; l'image de celui que pr&#233;coniseront trouillardement absolument tous les disciples du g&#233;nial utopiste apr&#232;s avoir proc&#233;d&#233; &#224; un triage chafouin de ses id&#233;es. En 1832, dans le canard &lt;i&gt;Le Phalanst&#232;re&lt;/i&gt;, Pellerin d&#233;peint &#171; &lt;i&gt;la vari&#233;t&#233; des t&#226;ches &#187;&lt;/i&gt; qui peut rendre le travail attrayant en Basse-Bretagne, faisant par exemple d&#233;couvrir &#224; ses lecteurs le battage au fl&#233;au, un travail collectif o&#249; deux groupes en file rivalisent de force et de rapidit&#233;. Il se fait plus tard le preux chevalier du &#171; garantisme &#187;, soit l'extension continue des dispositifs de garantie pour chacun (assurances, coop&#233;ratives, soci&#233;t&#233;s de secours mutuel, rentes phalanst&#233;riennes). Il accuse l'&#201;glise catholique d'&#234;tre l'ennemie de toutes les formes de libert&#233;. Et, lui-m&#234;me toubib, recense les maux qu'une m&#233;decine harmonienne devrait terrasser : les habitations insalubres, le d&#233;faut d'exercices corporels, la malnutrition, certes, mais aussi &#171; &lt;i&gt;l'abstinence forc&#233;e de plaisirs &#187;&lt;/i&gt;. Et bient&#244;t, sous son impulsion notamment, des essais de cr&#233;ations de communes mod&#232;les sont dans l'air. &#171; &lt;i&gt;Cette commune mod&#232;le&lt;/i&gt;, s'&#233;crie l'agitateur fouri&#233;riste Jean Czynski dans &lt;i&gt;L'Avenir des ouvriers &lt;/i&gt;(1839),&lt;i&gt; organisez-la selon la loi d'association. Associez cent familles de fortunes in&#233;gales, de caract&#232;res oppos&#233;s, de tous &#226;ges, avec des penchants et des go&#251;ts diff&#233;rents ; exploitez une lieue carr&#233;e de terre comme si elle appartenait &#224; un seul homme et bient&#244;t, par la loi d'attraction, par le jeu des groupes et s&#233;ries, vous y verrez r&#233;gner l'abondance, la paix, l'amour, l'enthousiasme et l'harmonie. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le lexique fouri&#233;riste &lt;/strong&gt;assez bien foutu quoiqu'un peu spartiate lui aussi qui couronne ce trait&#233; d'histoire r&#233;gionale nous ram&#232;ne par moments au vrai de vrai enivrant magicien Fourier. Pour qui l'attraction passionn&#233;e, c'est une impulsion &#171; &lt;i&gt;en vertu de laquelle on aime, d&#233;sire, choisit, et par cons&#233;quent veut et agit librement &#187;&lt;/i&gt;. Et pour qui l'&#233;ducation, c'est &#171; &lt;i&gt;l'&#233;cole d'&#233;closion des instincts &#187;&lt;/i&gt;. Mais le mieux &#224; faire, c'est sans nul doute de ne pas se contenter de croustillantes miettes, et de s'offrir co&#251;te que co&#251;te (je le hurle sans cesse &#224; la lune) le plus &#233;pastrouillant lilivre jamais frigouss&#233; :&lt;i&gt; Le Nouveau Monde amoureux &lt;/i&gt;de Charles Fourier r&#233;&#233;dit&#233; par les Presses du r&#233;el et par Stock.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;No&#235;l Godin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur les traces d'homo touristicus : Ah, les jolies vacances aux colonies&#8230;</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'explosion du tourisme de masse, le &#171; voyage d'agr&#233;ment &#187; &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; une petite &#233;lite aristocratique et bourgeoise. Cette jet set avant l'heure a pos&#233; les bases d'une industrie cannibale et imprim&#233; durablement un &#233;tat d'esprit colonialiste &#171; pacifique en apparence, destructeur en r&#233;alit&#233; &#187;. Rapide vue panoramique sur la naissance d'une esp&#232;ce pr&#233;datrice Cat&#233;gorie nouvelle apparue &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, le touriste, tout en marchant sur les pas des uns ou des autres, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'explosion du tourisme de masse, le &#171; voyage d'agr&#233;ment &#187; &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; une petite &#233;lite aristocratique et bourgeoise. Cette jet set avant l'heure a pos&#233; les bases d'une industrie cannibale et imprim&#233; durablement un &#233;tat d'esprit colonialiste &#171; &lt;i&gt;pacifique en apparence, destructeur en r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Formule de la romanci&#232;re Chantal Thomas.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Rapide vue panoramique sur la naissance d'une esp&#232;ce pr&#233;datrice&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-836.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH1063/-836-325a3.jpg?1782670183' width='500' height='1063' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cat&#233;gorie nouvelle apparue &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, le touriste, tout en marchant sur les pas des uns ou des autres, se distingue de l'explorateur, du colonisateur, du curiste ou du p&#232;lerin par la vacuit&#233; sociale de son loisir. &#192; la fin des guerres napol&#233;oniennes, la mode du voyage non utilitaire, r&#233;serv&#233; aux classes oisives, conna&#238;t un v&#233;ritable essor en Europe. Le d&#233;veloppement du chemin de fer, du bateau &#224; vapeur et des &#233;changes internationaux, ainsi que l'expansion coloniale et les voyages scientifiques qui les accompagnent, &#233;largissent l'horizon du touriste au cours du XIXe. En 1841, le puritain Thomas Cook flaire le bon filon et ouvre, en Angleterre, la premi&#232;re agence de voyages. Le premier circuit organis&#233; de l'histoire r&#233;unit ainsi 500 membres de ligues contre l'alcoolisme pour un d&#233;placement en train de Leicester &#224; Loughborough.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, le path&#233;tique de l'&lt;i&gt;homo touristicus&lt;/i&gt;, ersatz d'aventurier qui entend jouir du spectacle du monde sans rien c&#233;der de son confort, suscite la curiosit&#233; et la caricature. D&#232;s le deuxi&#232;me quart du XIXe si&#232;cle, l'illustrateur suisse Rodolphe T&#246;pffer dresse, dans &lt;i&gt;Voyages en zigzag&lt;/i&gt;, une typologie sarcastique de cette engeance observ&#233;e dans les Alpes. Il cible particuli&#232;rement, le &#171; &lt;i&gt;no-no&lt;/i&gt; &#187;, touriste anglais hautain, &#171; &lt;i&gt; un itin&#233;raire &#224; la main, un lorgnon sur la belle nature&lt;/i&gt; &#187;, qui reste dans un rapport livresque &#224; ce qui l'entoure et cultive l'entre-soi : &#171; &lt;i&gt;Haut comme une grue, muet comme un poisson, il se salue lui-m&#234;me et ceux de son esp&#232;ce&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;et il m&#233;prise beaucoup les pays &#8220; o&#249; tute le monde paarl&#233; &#224; tute le monde &#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite &#233;galement, l'impact de ces nouveaux arrivants p&#232;se sur les paysages et l'activit&#233; des autochtones : &#171; &lt;i&gt;On voit les touristes s'acheminer en longues files vers les Alpes ou les Pyr&#233;n&#233;es ; chaque ann&#233;e leur nombre va croissant, si bien m&#234;me qu'ils ont fini par transformer l'aspect de leurs rendez-vous habituels... Des populations enti&#232;res n'ont qu'une occupation : donner &#224; boire et &#224; manger aux touristes&lt;/i&gt; &#187;, constate (d&#233;j&#224;) le &lt;i&gt;Grand dictionnaire Larousse universel du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. D&#233;sormais, c'est au monde, r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de spectacle, et aux locaux, devenus figurants, de s'adapter et de r&#233;pondre aux besoins de ces dr&#244;les d'oiseaux de passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'exotisme n'est pas qu'une histoire de paysage lointain. &#192; la faveur d'une guerre ou d'une catastrophe se fait jour un tourisme &#233;v&#233;nementiel. L'historien &#201;ric Fournier &#233;voque ainsi ce &#171; &lt;i&gt;tourisme de champ de bataille&lt;/i&gt; &#187; qui fleurit durant l'&#233;t&#233; suivant la r&#233;pression de la Commune. &#171; &lt;i&gt;Ces Anglais visitant les ruines encore fumantes &#224; des fins exclusivement r&#233;cr&#233;atives semblent incongrus et ind&#233;cents aux yeux des Parisiens. Les discours &#224; leur encontre sont cependant marqu&#233;s par le d&#233;dain et la moquerie, plus que par l'agressivit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric Fournier, Paris en ruines &#8211; Du Paris haussmannien au Paris communard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; La pr&#233;sence de ces flegmatiques touristes atteste de la fin de la guerre et participe &#224; la renaissance culturelle de la capitale... et aux affaires des cochers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tourisme colonial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette p&#233;riode de colonisation, ce n'est pas par hasard si la curiosit&#233; touristique s'&#233;tend aussi &#224; de nouveaux territoires &#224; peine pacifi&#233;s. Selon l'historienne Colette Zytnicki, qui s'est pench&#233;e sur le cas de l'Alg&#233;rie, &#171; &lt;i&gt;le tourisme constitue un outil de domination coloniale&lt;/i&gt; &#187;. D&#232;s les ann&#233;es 1880, des circuits sont d'ailleurs mis en place &#224; travers tout le Maghreb. &#171; &lt;i&gt;Le tourisme, loin d'&#234;tre un &#233;l&#233;ment superficiel, est donc inscrit au c&#339;ur de la situation coloniale. Il permet de justifier la pr&#233;sence imp&#233;riale, il contribue &#224; remodeler paysages urbains et ruraux, il peut m&#234;me accro&#238;tre les tensions. Par ailleurs, le tourisme conna&#238;t en Alg&#233;rie les m&#234;mes &#233;tapes de d&#233;veloppement qu'en Europe. Plus encore, dans le syst&#232;me imp&#233;rial o&#249; s'inclut le tourisme, les id&#233;es circulent d'un point &#224; l'autre, des r&#233;seaux s'&#233;tablissent, r&#233;seaux politiques de fonctionnaires fran&#231;ais qui vont d'un endroit de l'Empire &#224; l'autre ou les syndicats d'initiative organis&#233;s au niveau du Maghreb, r&#233;seaux &#233;conomiques constitu&#233;s par ces grandes soci&#233;t&#233;s de transport.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colette Zytnicki, Alg&#233;rie, terre de tourisme &#8211; Histoire d'un loisir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certains de ces premiers touristes se r&#233;v&#232;lent parfois des observateurs de qualit&#233; &#8211; qui &#171; &lt;i&gt;par leur &#233;ducation savent peindre ou dessiner, se servir d'instruments de mesure g&#233;ographique&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Pierre, &#171; Le tourisme, stade ultime du colonialisme &#187;, L'Histoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; ou des premiers appareils photo &#8211;, la plupart des r&#233;cits se contentent de propager tout un imaginaire imp&#233;rial. Publi&#233; quatre ans apr&#232;s l'insurrection de Kabylie de 1871, le roman &lt;i&gt;En Kabylie &#8211; Voyage d'une Parisienne au Djurdjura&lt;/i&gt; se pr&#233;sente ainsi comme le r&#233;cit de voyage, sous escorte de l'arm&#233;e, d'une &#233;l&#233;gante en terres amazigh. Les cat&#233;gorisations racistes que l'auteur, l'&#233;crivain franco-belge Joseph Vilbort, pr&#234;te &#224; son h&#233;ro&#239;ne au sujet des indig&#232;nes alg&#233;riens alimentent &#224; longueur de pages les st&#233;r&#233;otypes coloniaux : &#171; &lt;i&gt;Malgr&#233; leur peau de suie, madame Elvire pr&#233;f&#233;rait de beaucoup&lt;/i&gt; [les n&#232;gres d'Alger] &lt;i&gt;aux Arabes d'Alger, paresseux, sordides et filous, aux Maures &#224; la face blafarde, aux Koulourlis, fils &#233;tiol&#233;s des Turcs et des Mauresques, et m&#234;me aux Juifs industrieux, qui ont l'art de s'enrichir o&#249; tant d'autres s'appauvrissent et poss&#232;dent aujourd'hui la moiti&#233; de la ville&lt;/i&gt;. [...] &lt;i&gt;Mais ceux qui avaient su gagner toute sa sympathie, c'&#233;taient les Biskris et surtout les Kabyles, que la mis&#232;re chasse, les premiers, des oasis du Ziban, les seconds des roches djurjuriennes : presque tous ces hommes-l&#224; ont un bon visage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je hais les voyages et les explorateurs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, une nouvelle r&#233;volution des transports a&#233;riens et automobiles, conjugu&#233;e &#224; l'acc&#232;s aux cong&#233;s pay&#233;s, ouvre dans les soci&#233;t&#233;s occidentales la voie au tourisme de masse. Parall&#232;lement, avec la mise en cause du colonialisme et l'av&#232;nement d'une industrie des loisirs, s'op&#232;re une critique esth&#233;tique de l'exotisme, dont l'incipit de &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt; (1955) de Claude L&#233;vi-Strauss constitue le parfait postulat : &#171; &lt;i&gt;Je hais les voyages et les explorateurs&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un flux incessant, de nouvelles cat&#233;gories de touristes apparaissent : depuis le croisi&#233;riste &lt;i&gt;all inclusive&lt;/i&gt; jusqu'au routard en qu&#234;te d'authenticit&#233;, aspir&#233; &#224; son tour dans le nouveau march&#233; d'un tourisme dit durable. D&#232;s lors, le touriste, c'est toujours l'autre. Mais il exacerbe &#224; chaque fois la profonde in&#233;galit&#233; des rapports Nord-Sud, dont les drames migratoires offrent chaque jour la plus brutale des illustrations. Ce que rappellent Mahmoud Traor&#233; et Bruno Le Dantec dans leur livre &lt;i&gt;Dem ak xabaar, partir et raconter&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Lignes, 2012 (N.B. : Bruno Le Dantec est l'un des piliers de CQFD).&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; : il a fallu trois ans &#224; Mahmoud pour atteindre l'Europe au p&#233;ril de sa vie depuis sa Casamance natale, alors qu'un touriste europ&#233;en n'a besoin que de trois heures d'avion pour aller bronzer sur les plages du S&#233;n&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Marrakech &#224; Barcelone, l'industrie du tourisme annexe des territoires entiers pour les transformer en parcs d'attractions. Apog&#233;e du village vacances hors sol &#8211; &#171; &lt;i&gt;sorte de camp scout m&#226;tin&#233; de faux air de kibboutz m&#234;l&#233; de phalanst&#232;re intellectuel&lt;/i&gt; &#187;, dixit Wikipedia (sic) &#8211;, le Club M&#233;diterran&#233;e, cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1950, pr&#233;tend ainsi casser les codes sociaux en &#171; d&#233;mocratisant &#187; l'acc&#232;s du plus grand nombre &#224; des activit&#233;s sportives et &#171; culturelles &#187; encore confidentielles. La promesse d'un monde de loisirs sans fin pr&#233;cipite la fin des derni&#232;res utopies sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tourisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, forme de divertissement permanent, emp&#234;che alors de questionner son rapport au monde et aux autres. Mais aussi &#224; soi-m&#234;me. D&#233;plorant la standardisation des aliments par la normalisation marchande, Guy Debord voyait dans le touriste de la fin du XXe si&#232;cle l'incarnation d'un stade achev&#233; de d&#233;possession : &#171; &lt;i&gt;Le touriste est celui qui est trait&#233; partout aussi mal que chez lui : c'est l'&#233;lecteur en d&#233;placement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article &#171; Abat-faim &#187;, Encyclop&#233;die des Nuisances, tome I, fascicule 5, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Formule de la romanci&#232;re Chantal Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ric Fournier, &lt;i&gt;Paris en ruines &#8211; Du Paris haussmannien au Paris communard&lt;/i&gt;, Imago, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Colette Zytnicki, &lt;i&gt;Alg&#233;rie, terre de tourisme &#8211; Histoire d'un loisir colonial&lt;/i&gt;, Vend&#233;miaire, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Michel Pierre, &#171; Le tourisme, stade ultime du colonialisme &#187;, &lt;i&gt;L'Histoire&lt;/i&gt;, juillet-ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Lignes, 2012 (N.B. : Bruno Le Dantec est l'un des piliers de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Article &#171; Abat-faim &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#233;die des Nuisances&lt;/i&gt;, tome I, fascicule 5, novembre 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>En avant les nouveaux enfants du tonnerre !</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/En-avant-les-nouveaux-enfants-du</link>
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		<dc:date>2018-08-13T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>n'a jamais</dc:subject>
		<dc:subject>Mich&#232;le Riot-Sarcey</dc:subject>
		<dc:subject>fameux Dictionnaire</dc:subject>
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		<dc:subject>Cheville ouvri&#232;re</dc:subject>
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		<dc:subject>Riot-Sarcey n'a</dc:subject>
		<dc:subject>jamais cess&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Cheville ouvri&#232;re notamment du fameux Dictionnaire des Utopies (Larousse), Mich&#232;le Riot-Sarcey n'a jamais cess&#233; de bourlinguer &#224; travers le XIXe si&#232;cle &#224; la recherche de &#171; voix dissonantes, d'exp&#233;riences singuli&#232;res, de traces d'utopies effac&#233;es &#187; qui pourraient nous aider &#224; imaginer aujourd'hui des voies alternatives. Dans l'ouvrage collectif Genre et utopie (Presses universitaires de Vincennes), notre exploratrice est elle-m&#234;me explor&#233;e par une chi&#233;e de ma&#238;tres de conf&#233;rence et de &#171; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cheville ouvri&#232;re notamment du fameux &lt;i&gt;Dictionnaire des Utopies&lt;/i&gt; (Larousse), Mich&#232;le Riot-Sarcey n'a jamais cess&#233; de bourlinguer &#224; travers le XIXe si&#232;cle &#224; la recherche de &#171; &lt;i&gt;voix dissonantes, d'exp&#233;riences singuli&#232;res, de traces d'utopies effac&#233;es&lt;/i&gt; &#187; qui pourraient nous aider &#224; imaginer aujourd'hui des voies alternatives. Dans l'ouvrage collectif &lt;i&gt;Genre et utopie&lt;/i&gt; (Presses universitaires de Vincennes), notre exploratrice est elle-m&#234;me explor&#233;e par une chi&#233;e de ma&#238;tres de conf&#233;rence et de &#171; &lt;i&gt;professeurs de chaire sup&#233;rieure&lt;/i&gt; &#187; (sic !) sans que le livre soit pour autant &#224; envoyer aux pelotes. Car ce grand cours d'histoire d'une historienne, bien souvent fastidieux, fourmille de petits cours d'Histoire foutrement stimulants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi qu'&#201;ric Aunoble, &#224; qui nous devons le formidable &lt;i&gt;Le Communisme tout de suite !&lt;/i&gt; (&#233;d. Les nuits rouges), d&#233;crit &#226;prement le sort d&#233;gueulbif r&#233;serv&#233; aux partisanes communistes (volontiers trait&#233;es de &#171; &lt;i&gt;youpines-bolcheviques&lt;/i&gt; &#187;) pendant la guerre civile 1918-1919 en Ukraine. C'est ainsi que l'historiographe de la Commune Jacques Rougerie y livre des documents pr&#233;cieux sur le &#171; &lt;i&gt;gouvernement direct du peuple par lui-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187;. Et c'est ainsi que le meilleur connaisseur de Charles Fourier, Ren&#233; Sch&#233;rer, d&#233;nonce f&#233;rocement l'&#233;ducation civilis&#233;e &#171; &lt;i&gt;devant laver les cervelles enfantines de gr&#233; ou de force&lt;/i&gt; &#187; &#224; laquelle il oppose le travail-jeu harmonien &#224; tous les postes de commande. Contre les diktats de la famille et de l'&#233;cole, contre le r&#232;gne des parents et des instits, Fourier et Sch&#233;rer exaltent l'esprit de bande des petits garnements qui deviennent souvent les &#171; &lt;i&gt;vrais ma&#238;tres d'enthousiasme&lt;/i&gt; &#187; des gosses d&#233;gourdis. Et en route vers l'av&#232;nement d'un &#171; &lt;i&gt;peuple enfant&lt;/i&gt; &#187; espi&#232;gle et audacieux aimant&#233; par le go&#251;t du travail attrayant et passionn&#233; qui serait le n&#339;ud du nouveau mouvement soci&#233;taire un peu dans l'esprit des &#171; Enfants du Tonnerre &#187;, ce bataillon de petits p&#233;troleurs de la Commune de 1871, adeptes de d&#233;fil&#233;s rebelles &#171; &lt;i&gt;en forme de tourbillon, de fourmili&#232;re, de serpentage ou encore d'orage&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Agac&#233; par les pragmatistes cyniques pour qui une utopie, c'est automatiquement un &#233;chec virtuel, le philosophe r&#233;fractaire Jacques Bouveresse eut cette r&#233;plique : &#171; &lt;i&gt;Les faits, dit-on, sont t&#234;tus. Mais, en un certain sens, les id&#233;aux et les fins ne le sont pas moins.&lt;/i&gt; &#187; Autrement dit, au diable les bousilleurs d'utopies ! C'est dans cette perspective gloupitante, qui ouvre son tir, que la fort savante revue &lt;i&gt;Tacet&lt;/i&gt; (&#233;d. Presses du r&#233;el) consacre en bonne et ardue forme un num&#233;ro copieux aux &lt;i&gt;Sonorit&#233;s de l'utopie&lt;/i&gt; dans le but de saisir comment elle peut &#234;tre atteinte par le biais de la musique. Au sommaire notamment, pour les ultram&#233;lomanes chevaucheurs de com&#232;tes, Les Utopies et les distopies dans les technologies sonores ; Les Atmosph&#232;res utopiques dans les pratiques musicales ; l'utopie &#224; l'&#233;cole exp&#233;rimentale de Princeton et surtout le traitement de l'utopie chez le compositeur post-johncagien tr&#232;s allum&#233; Horatiu Radulescu dont les partitions nirvanaesques permettraient une &#171; &lt;i&gt;r&#233;&#233;valuation de ce que signifie le concept m&#234;me d'utopie&lt;/i&gt; &#187;, qu'il rebaptise oto-utopie, et tendraient de plus en plus &#224; &#171; &lt;i&gt;supplanter la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#187;, une telle utopie s'av&#233;rant &#234;tre, jambon &#224; cornes !, &#171; &lt;i&gt;la rencontre intime entre le ph&#233;nom&#232;ne acoustique et le sujet &#224; l'&#233;coute&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Refus de parvenir</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Refus-de-parvenir</link>
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		<dc:date>2016-05-02T06:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Bouquin</dc:subject>
		<dc:subject>Baptiste Alchourroun</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
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		<dc:subject>Refus</dc:subject>
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		<dc:subject>parvient jamais</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Depuis de nombreuses ann&#233;es, l'&#233;quipe lausannoise du Centre international de recherches sur l'anarchie tente d'actualiser la th&#233;orie et les pratiques du refus de parvenir n&#233;es au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Au-del&#224; des seuls appels &#224; d&#233;serter le syst&#232;me et des comportements d'esquive individuels, il s'agit de participer &#224; une &#233;mancipation de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. On ne compte plus dans la litt&#233;rature du XIXe si&#232;cle les personnages de parvenus, chez Balzac, Stendhal ou Flaubert, tous trait&#233;s (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parvenir" rel="tag"&gt;parvenir&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/chute-abyssale" rel="tag"&gt;chute abyssale&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/termine-immanquablement" rel="tag"&gt;termine immanquablement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/parvient-jamais" rel="tag"&gt;parvient jamais&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis de nombreuses ann&#233;es, l'&#233;quipe lausannoise du Centre international de recherches sur l'anarchie&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Toutes les citations sont tir&#233;es de Refuser de parvenir, id&#233;es et pratiques, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; tente d'actualiser la th&#233;orie et les pratiques du refus de parvenir n&#233;es au d&#233;but du XXe si&#232;cle. Au-del&#224; des seuls appels &#224; d&#233;serter le syst&#232;me et des comportements d'esquive individuels, il s'agit de participer &#224; une &#233;mancipation de la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1680 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L204xH300/jpg-90808.jpg?1782644300' width='204' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;On ne compte plus dans la litt&#233;rature du XIXe si&#232;cle les personnages de parvenus, chez Balzac, Stendhal ou Flaubert, tous trait&#233;s avec condescendance : l'arriviste est unanimement d&#233;test&#233;, d&#233;crit comme un homme d&#233;vor&#233; par l'ambition et son ascension se termine immanquablement par une chute abyssale, car il ne parvient jamais &#224; en assumer les contradictions. Pour lui qui se trouve tout en bas de l'&#233;chelle sociale, tous les moyens sont bons et tous les coups sont permis pour parvenir &#224; ses fins dans une lutte des places n'ayant rien &#224; envier au &lt;i&gt;struggle for life&lt;/i&gt; darwinien. Mais ce petit man&#232;ge ne concerne que la &#171; haute &#187; : ceux qui sont bien en place sciant les branches auxquels les aspirants essaient de se raccrocher pour les d&#233;tr&#244;ner. Dans une soci&#233;t&#233; o&#249; le capitalisme sauvage (non encore domestiqu&#233; par le compromis social-d&#233;mocrate) se d&#233;ploie sans vergogne, le para&#238;tre et l'argent sont (d&#233;j&#224;) canonis&#233;s. Le parvenu s'y coule comme dans une seconde peau &#224; grand renfort de compromissions. De l'autre c&#244;t&#233; de la barricade, le non parvenu ne se consid&#232;re pas comme un rat&#233;. Le reniement de ses convictions constitue la ligne rouge entre refus de parvenir et refus de r&#233;ussir : le premier se concr&#233;tise dans le souci d'une action nouant, de mani&#232;re pr&#233;caire, id&#233;al d'&#233;mancipation collective et pratiques individuelles, le m&#233;pris de l'argent et des privil&#232;ges, un cadre &#233;thique aidant &#224; minimiser l'influence de quelques tendances humaines trop humaines (orgueil, vanit&#233;, &#233;go&#239;sme), un rejet de la prise de pouvoir, du principe hi&#233;rarchique m&#234;me, un abandon de la comp&#233;tition de tous contre tous au profit de la coop&#233;ration de tous avec tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Haro sur les sociaux-tra&#238;tres !&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, ce jeu de chaises musicales permettant d'acc&#233;der aux meilleures positions sociales laisse le monde ouvrier dans une indiff&#233;rence marmor&#233;enne, m&#234;me si l'Internationale, en 1871, lance d&#233;j&#224; cet avertissement pr&#233;monitoire : &#171; &lt;i&gt;Il n'est pas de sauveurs supr&#234;mes : Ni dieu, ni c&#233;sar, ni tribun.&lt;/i&gt; &#187; Dans sa contribution consacr&#233;e au milieu anarchiste lyonnais entre 1919 et 1939, Claire Auzias insiste sur &#171; &lt;i&gt; l'incongruit&#233; de parvenir&lt;/i&gt; &#187; chez la plupart des militants unis par un fort sentiment d'identit&#233; de classe et un engagement quotidien. Le refus, implicite, de toute promotion sociale se manifeste d'abord par une hostilit&#233; certaine envers &#171; &lt;i&gt;les tendances &#224; la professionnalisation du syndicalisme et&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;la volont&#233; des communistes de contr&#244;ler le monde ouvrier&lt;/i&gt; &#187;. Ces d&#233;rives sont per&#231;ues comme autant de trahisons de classe en faveur d'une recherche personnelle de profit, de carri&#232;re, de pouvoir ou de prestige. Et l'on se moque all&#232;grement d'un L&#233;on Jouhaux accroch&#233; &#224; son poste de secr&#233;taire national de la CGT pendant des d&#233;cennies. Vis-&#224;-vis du travail, ensuite, cela passe par le refus d'un trop fort attachement &#224; un patron ou &#224; un m&#233;tier. Au &#171; carri&#233;risme &#187;, on pr&#233;f&#232;re l'existence du &#171; trimard &#187; qui consiste &#224; vagabonder en passant d'un emploi &#224; un autre &#224; la mani&#232;re des hobos am&#233;ricains. Ce qui permet aussi de r&#233;pandre l'agitation r&#233;volutionnaire au-del&#224; des seules villes industrielles. Si la fiert&#233; du m&#233;tier est tr&#232;s r&#233;pandue, des ruses pour &#233;chapper aux contraintes du travail marchand sont mises en pratique par certains ouvriers. Et Claire Auzias de pr&#233;ciser : &#171; &lt;i&gt;Le macadam, simulation d'accident de travail confirm&#233; par la complaisance du docteur socialiste Grandcl&#233;ment, surnomm&#233; &#8220;le roi du macadam&#8221;, ouvrait droit &#224; un demi-salaire pay&#233; sur l'assurance patronale. R&#233;gis Eyraud s'en fit une sp&#233;cialit&#233; pendant au moins cinq ans, de 1923 &#224; 1928, et cumula jusqu'&#224; sept arr&#234;ts de maladie &#224; la fois dans toute la France.&lt;/i&gt; &#187; Concernant le savoir, enfin, les anarchistes, surtout les individualistes, pratiquent l'autodidactisme. Alors que le certificat d'&#233;tudes primaires est le dipl&#244;me le plus &#233;lev&#233; auquel la quasi-totalit&#233; de la population puisse acc&#233;der, l'instrumentalisation de la culture scolaire au profit d'une ascension sociale n'a pas de sens. On se cultive de mani&#232;re d&#233;sint&#233;ress&#233;e, pour ouvrir ses horizons vers des aventures de coop&#233;ratives fond&#233;es par-del&#224; les oc&#233;ans, pour forger son esprit critique, pour entretenir une sorte de gymnastique r&#233;volutionnaire susceptible de b&#226;tir et d&#233;fendre une culture de classe. Dans une atmosph&#232;re de l&#233;g&#232;ret&#233; bien d&#233;crite par Claire Auzias : &#171; &lt;i&gt;Tous ont pratiqu&#233; les sorties champ&#234;tres, les pique-niques, les causeries sur l'herbe dans la campagne environnante. Quelques-uns pouss&#232;rent la marche &#224; pied et les balades &#224; v&#233;lo plus loin, jusqu'&#224; la M&#233;diterran&#233;e. Certains m&#234;me affich&#232;rent une admiration pour les voyageurs partis vers de lointaines contr&#233;es fonder des communaut&#233;s&lt;/i&gt; [&#8230;]. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1681 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH532/-3-5da8e.jpg?1782647308' width='400' height='532' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les fausses promesses de la m&#233;ritocratie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, apr&#232;s la Seconde Guerre mondiale, le boom des Trente Glorieuses comme la mise en &#339;uvre du programme de d&#233;mocratisation scolaire vont donner une nouvelle vigueur &#224; l'id&#233;ologie m&#233;ritocratique selon laquelle l'ascension sociale est ouverte &#224; tous &#224; condition d'y travailler chacun d'arrache-pied. Jusque-l&#224;, comme le rappelle Anne Steiner, &#171; &lt;i&gt;l'alphab&#233;tisation et la scolarisation n'avaient pas pour but d'assurer &#224; chacun des chances de mobilit&#233; sociale, mais de faire de tous les enfants fran&#231;ais, quelle que soit leur profession future, des r&#233;publicains et des patriotes capables d'exercer leurs droits civiques,&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;pourvus des capacit&#233;s intellectuelles minimales exig&#233;es par l'&#233;volution du travail industriel.&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s la fin des ann&#233;es 1960, la tertiarisation de l'&#233;conomie est grosse consommatrice de cadres et de professions interm&#233;diaires tandis que la condition ouvri&#232;re commence &#224; se d&#233;grader. Anne Steiner ajoute : &#171; &lt;i&gt;Et c'est ainsi que l'id&#233;ologie m&#233;ritocratique s'est impos&#233;e &#224; tous ! Une id&#233;ologie qui justifie l'in&#233;galit&#233; des places au nom d'une pr&#233;tendue &#233;galit&#233; des chances. Une id&#233;ologie qui renforce la l&#233;gitimit&#233; des dominants et d&#233;sarme les domin&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Enfants et adolescents rencontrant des difficult&#233;s &#224; obtenir le s&#233;same du dipl&#244;me sont alors renvoy&#233;s &#224; leur &#233;chec personnel dans la qu&#234;te de parvenir que leurs parents ont con&#231;ue pour eux. Certes, sous l'influence des mouvements de contre-culture am&#233;ricains (Beatniks, Diggers&#8230;), les appels &#224; la d&#233;sertion comme la recherche de voies alternatives pour r&#233;ussir sa vie vont se multiplier apr&#232;s Mai-68. Mais, c'est l'entr&#233;e dans un ch&#244;mage de masse au cours des ann&#233;es 1980 qui viendra porter l'estocade finale au mythe m&#233;ritocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le refus de parvenir aujourd'hui &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les soci&#233;t&#233;s actuelles, le d&#233;sir de parvenir &#224; tout prix est &#224; la fois omnipr&#233;sent &#8211; et renforc&#233; par certains usages d'Internet &#8211; et &#226;prement combattu ou simplement moqu&#233; par des individus comme des collectifs qui entendent privil&#233;gier la solidarit&#233;, l'entraide, le partage, les biens communs. Ce qui oblige, d'apr&#232;s les membres du CIRA Lausanne, &#224; red&#233;finir le refus de parvenir : &#171; &lt;i&gt;On pourrait reprocher &#224; l'expression de concerner uniquement les personnes qui ont la possibilit&#233; de parvenir, donc d'&#234;tre une pr&#233;occupation de privil&#233;gi&#233;s. M&#234;me si j'admets l'importance de contextualiser (dans une soci&#233;t&#233; pyramidale, tout le monde n'a pas les m&#234;mes chances de &#8220;r&#233;ussir&#8221;), j'aurais envie d'&#233;largir la port&#233;e du refus de parvenir. Je le vois comme une sorte de cadre &#233;thique en vertu duquel on s'efforce de ne pas rechercher une position de domination ou de ne pas utiliser celle-ci au d&#233;triment des autres. Vu sous cet angle, tout le monde peut s'approprier ce principe, quelle que soit la position occup&#233;e dans la soci&#233;t&#233;. M&#234;me au plus bas de l'&#233;chelle sociale, il s'agirait par exemple de ne pas reporter ses frustrations sur des personnes encore plus mal loties et, fondamentalement, de ne pas chercher &#224; devenir calife &#224; la place du calife si un jour on en avait la possibilit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Toutes les citations sont tir&#233;es de &lt;i&gt;Refuser de parvenir, id&#233;es et pratiques&lt;/i&gt;, &#201;ditions Nada, &#224; para&#238;tre en avril 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; L&#224; o&#249; nul n'ob&#233;it, personne ne commande &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-ou-nul-n-obeit-personne-ne</link>
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		<dc:date>2015-02-21T04:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>No&#235;l Godin</dc:creator>


		<dc:subject>Cap sur l'utopie !</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>Anselme Bellegarrigue</dc:subject>
		<dc:subject>bio Anselme</dc:subject>
		<dc:subject>titre Textes</dc:subject>
		<dc:subject>Michel Perraudeau</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#194;ge d'Homme</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#339;uvre quasi</dc:subject>
		<dc:subject>roborative bio</dc:subject>
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		<dc:subject>fracassant pol&#233;miste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Deux ans apr&#232;s la roborative bio Anselme Bellegarrigue, le premier des libertaires (&#233;ditions Libertaires), son auteur, Michel Perraudeau, frappe plus fort en sortant &#224; l'&#194;ge d'Homme, sous le titre Textes politiques, l'&#339;uvre quasi compl&#232;te du fracassant pol&#233;miste du XIXe si&#232;cle. Accusant les socialistes de vouloir &#171; faire de la soci&#233;t&#233; une immense ruche &#187;, Bellegarrigue ne tomba dans aucun de leurs panneaux. Il fustigea la d&#233;mocratie participative &#171; s'engraissant sur le dos des &#233;lecteurs &#187;. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no128-janvier-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;128 (janvier 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Anselme-Bellegarrigue" rel="tag"&gt;Anselme Bellegarrigue&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bio-Anselme" rel="tag"&gt;bio Anselme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/titre-Textes" rel="tag"&gt;titre Textes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Perraudeau" rel="tag"&gt;Michel Perraudeau&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Age-d-Homme" rel="tag"&gt;l'&#194;ge d'Homme&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/roborative-bio" rel="tag"&gt;roborative bio&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quasi-complete" rel="tag"&gt;quasi compl&#232;te&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fracassant-polemiste" rel="tag"&gt;fracassant pol&#233;miste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Deux ans apr&#232;s la roborative bio &lt;i&gt;Anselme Bellegarrigue&lt;/i&gt;, le premier des libertaires (&#233;ditions Libertaires), son auteur, Michel Perraudeau, frappe plus fort en sortant &#224; l'&#194;ge d'Homme, sous le titre &lt;i&gt;Textes politiques&lt;/i&gt;, l'&#339;uvre quasi compl&#232;te du fracassant pol&#233;miste du XIXe si&#232;cle. Accusant les socialistes de vouloir &#171; &lt;i&gt;faire de la soci&#233;t&#233; une immense ruche&lt;/i&gt; &#187;, Bellegarrigue ne tomba dans aucun de leurs panneaux. Il fustigea la d&#233;mocratie participative &#171; &lt;i&gt;s'engraissant sur le dos des &#233;lecteurs&lt;/i&gt; &#187;. Il fila une frott&#233;e au principe m&#234;me de gouvernement (&#171; &lt;i&gt;Le pouvoir ne poss&#232;de que ce qu'il prend au peuple&lt;/i&gt; &#187;). Il vitup&#233;ra contre &#171; &lt;i&gt; le dogme de la r&#233;signation, de l'abn&#233;gation, de la renonciation &#224; soi-m&#234;me&lt;/i&gt; &#187; et contre le gr&#233;garisme. Il se fit le chantre avec la virulence d'un Stirner de l'individualisme libertaire. Il jeta les bases d'une soci&#233;t&#233; harmonieuse sans &#201;tat dans son journal &lt;i&gt;L'Anarchie&lt;/i&gt;. &#171; Journal de l'ordre &#187; (1859) dont il &#233;tait l'unique r&#233;dacteur. Et, en attendant le grand chambard, il exhorta &#224; l'abstentionnisme et &#224; la d&#233;sob&#233;issance passive syst&#233;matique. C'est probablement lui, en effet, qui exposa anonymement dans le quotidien toulousain &lt;i&gt;La Civilisation&lt;/i&gt; la &#171; &lt;i&gt; th&#233;orie du calme plat&lt;/i&gt; &#187; consistant &#224; ne plus m&#234;me prendre connaissance des lois en vigueur et &#224; r&#233;pondre par la l&#233;thargie &#224; tout arr&#234;t&#233; municipal ou &#224; toute autre directive officielle jusqu'&#224; ce que l'appareil social tout entier soit cocassement paralys&#233; par cette symphonie de fins de non-recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On continue &#224; planer chouagamment avec &lt;i&gt;La Communaut&#233; politique des &#171; tous uns &#187;&lt;/i&gt; (Les Belles Lettres), un entretien-fleuve du journaliste plut&#244;t freudo-marxiste Michel Enaudeau avec le meilleur d&#233;cortiqueur des &#233;crits de La Bo&#233;tie, le professeur Miguel Abensour. Lequel oppose dans le champ politique d'apr&#232;s 1989 deux formes de totalit&#233;s : le Tous Un, soit l'&#201;tat, et le tous un (le Contr'Un selon La Bo&#233;tie), soit une &#171; &lt;i&gt;d&#233;mocratie insurgeante&lt;/i&gt; &#187; tendant vers &#171; &lt;i&gt;une soci&#233;t&#233; autre&lt;/i&gt; &#187;. Et apr&#232;s avoir &#233;voqu&#233; quelques &#171; &lt;i&gt;fortes effervescences utopiques&lt;/i&gt; &#187; nous ayant entra&#238;n&#233; dans une &#171; &lt;i&gt;politique de l'&#233;mancipation&lt;/i&gt; &#187; comme la r&#233;volution de juin 1848, la Commune de Paris de 1871, les journ&#233;es de mai 1937 &#224; Barcelone ou Mai 68, Abensour conclut son appel &#224; la &#171; &lt;i&gt;non-domination&lt;/i&gt; &#187; par ces mots engageants : &#171; &lt;i&gt;N'oublions pas la sommation utopique que nous adresse le temps pr&#233;sent.&lt;/i&gt; &#187; Peut-&#234;tre lib&#232;rera-t-elle les hommes de la peur et les lancera-t-elle dans la recherche d'une soci&#233;t&#233; &#171; &lt;i&gt;conjuguant le d&#233;sir de libert&#233; et le d&#233;sir d'utopie&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; La pente naturelle de la machine consiste &#224; rendre impossible toute vie humaine authentique &#187; (Orwell)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-pente-naturelle-de-la-machine</link>
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		<dc:date>2014-04-10T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Plonk et Replonk</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>techniques</dc:subject>
		<dc:subject>discours</dc:subject>
		<dc:subject>technique</dc:subject>
		<dc:subject>machines</dc:subject>
		<dc:subject>machine</dc:subject>
		<dc:subject>technologie</dc:subject>
		<dc:subject>trajectoires techniques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Osez critiquer publiquement la technologie et vous vous retrouverez qualifi&#233; d'obscurantiste, de nostalgique de la bougie et de l'&#226;ge des cavernes, d'antihumaniste, voire de p&#233;tainiste nostalgique du &#171; retour &#224; la terre &#187;. Le philosophe G&#252;nter Anders pr&#233;disait &#171; une mort intellectuelle, sociale ou m&#233;diatique &#187; &#224; ceux qui encourent ce risque. Or force est de constater que la technocratie qui r&#232;gne sur le monde, d&#233;di&#233;e int&#233;gralement &#224; l'efficacit&#233;, a effectivement &#224; voir avec un processus de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/XIXe-siecle" rel="tag"&gt;XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/techniques" rel="tag"&gt;techniques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/discours" rel="tag"&gt;discours&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/technique" rel="tag"&gt;technique&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/machine" rel="tag"&gt;machine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/technologie" rel="tag"&gt;technologie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/trajectoires-techniques" rel="tag"&gt;trajectoires techniques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Osez critiquer publiquement la technologie et vous vous retrouverez qualifi&#233; d'obscurantiste, de nostalgique de la bougie et de l'&#226;ge des cavernes, d'antihumaniste, voire de p&#233;tainiste nostalgique du &#171; retour &#224; la terre &#187;. Le philosophe G&#252;nter Anders pr&#233;disait &#171; &lt;i&gt;une mort intellectuelle, sociale ou m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187; &#224; ceux qui encourent ce risque. Or force est de constater que la technocratie qui r&#232;gne sur le monde, d&#233;di&#233;e int&#233;gralement &#224; l'efficacit&#233;, a effectivement &#224; voir avec un processus de domination totalitaire auquel l'homme est sans cesse condamn&#233; &#224; s'adapter. Dans un ouvrage synth&#233;tique, intitul&#233; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Technocritiques-9782707178237.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Technocritiques, Du refus des machines &#224; la contestation des technosciences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (&#233;ditions La D&#233;couverte, 2014), l'historien Fran&#231;ois Jarrige retrace le fil politique des oppositions sociales et intellectuelles aux changements techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y croise luddites et paysans r&#233;fractaires, mais aussi un Rousseau qui refuse de croire en la lib&#233;ration du travail par la technique et propose de &#171; &lt;i&gt;proscrire avec soin toute machine qui peut abr&#233;ger le travail &lt;/i&gt; &#187; ; un Charles Fourier, annonciateur du d&#233;r&#232;glement climatique ; un Gandhi lecteur de William Morris, John Ruskin et Tolsto&#239; ; et aussi Jacques Ellul, les penseurs de la d&#233;croissance ou encore nos camarades de &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre&lt;/a&gt; (PMO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion avec l'auteur autour de ces r&#233;sistances qui refusent d'abdiquer face &#224; la captation du futur par la technique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Qu'est-ce qui t'a port&#233; vers cet objet de recherche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH621/p10-technocritiques-135fe.jpg?1782642025' width='400' height='621' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois Jarrige :&lt;/strong&gt; La question des oppositions et des r&#233;sistances aux changements techniques m'int&#233;resse depuis longtemps. Ma th&#232;se de doctorat portait sur les ouvriers briseurs de machines au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. Comme tout objet de recherche, le sujet du livre est au carrefour de plusieurs influences scientifiques, universitaires ou plus personnelles. J'appartiens &#224; une g&#233;n&#233;ration n&#233;e en m&#234;me temps que le nouveau milieu technique qui &#233;merge &#224; partir des ann&#233;es 1970 &#8211; model&#233; par l'informatique et les biotechnologies &#8211; or la rapidit&#233; du processus et la prolif&#233;ration des discours enthousiastes ne cessent de m'intriguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historiographique, je me place sous la tutelle de l'historien Edward P. Thompson, c'est-&#224;-dire celle d'une histoire sociale &#171; par en bas &#187;, qui se veut compr&#233;hensive &#224; l'&#233;gard des acteurs, qui essaye d'aller au-del&#224; de ce que Thompson appelait la &#171; &lt;i&gt;condescendance de la post&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#8211; ce m&#233;pris que nous, qui pensons &#234;tre au sommet de l'&#233;volution, portons sur les acteurs du pass&#233;. C'est aussi en m'int&#233;ressant aux travaux des socio-anthropologues des techniques, comme Alain Gras, que j'ai commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on dont les soci&#233;t&#233;s pass&#233;es pensaient leur rapport aux techniques. Les historiens, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, se d&#233;sint&#233;ressent de ce domaine, parce qu'il p&#232;se dessus la m&#233;fiance associ&#233;e au &#171; d&#233;terminisme technique &#187;, qui voudrait ramener toute explication de la soci&#233;t&#233; &#224; la technique qui dominerait tout. Or, je pense qu'on ne peut pas la mettre de c&#244;t&#233;, car elle fa&#231;onne, sans le d&#233;terminer enti&#232;rement, le champ des possibles de nos actions, de notre rapport au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta mise en perspective du rapport &#224; la technique nous fait saisir l'anciennet&#233; du d&#233;bat philosophique : l'homme se sert-il de la machine ou sert-il la machine ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y a un probl&#232;me dans le discours philosophique sur la technique, c'est qu'il en fait une abstraction, d&#233;tach&#233;e des rapports sociaux, beaucoup de penseurs ont &#233;labor&#233; une ontologie de la technique en lien avec une r&#233;flexion sur la nature de l'homme. Dans mon livre, j'ai plut&#244;t essay&#233; de relier les discours et actions critiques &#224; leur &#233;poque. Le r&#244;le qu'on accorde &#224; la technique, comme le langage pour d&#233;signer ce qu'on appelle aujourd'hui technique, ne sont pas des invariants historiques. Ainsi le terme &#171; technique &#187; comme cat&#233;gorie abstraite, tel qu'on l'entend aujourd'hui, n'&#233;merge qu'au XVIIIe si&#232;cle. &#201;tymologiquement, la technique d&#233;signe l'art et &#171; l'habilet&#233; &#224; faire quelque chose &#187;, mais ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle qu'apparaissent r&#233;ellement les significations actuelles associant la technique &#224; l'activit&#233; productive et &#224; la manipulation de l'environnement. Les termes &#171; machine &#187; et &#171; machinisme &#187; envahissent le discours au XIXe si&#232;cle. Apr&#232;s 1945, la notion de machine ne suffit plus pour d&#233;signer la prolif&#233;ration des objets et des produits industriels, donc on a forg&#233; le n&#233;ologisme &#171; technoscience &#187;, c'est-&#224;-dire un nouveau stade de la technique, qui ferait alliance avec les dispositifs de la science, des laboratoires et de l'industrie. Donc, je ne me situe pas dans une dialectique g&#233;n&#233;rale d'opposition pure entre l'homme et la machine. M&#234;me chez Ellul, ce qui est contest&#233; en premier lieu, c'est la technique moderne, fabriqu&#233;e par le grand capitalisme et sa sacralisation. J'essaie de d&#233;crire comment des acteurs sociaux, paysans ou ouvriers, et des intellectuels ont protest&#233; contre des trajectoires techniques, parce qu'ils y voyaient d'abord des formes d'exploitation, d'in&#233;galit&#233;s, de remises en cause de leur mode de vie, de dangers pour l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs tu nuances l'id&#233;e re&#231;ue sur le mouvement luddite consid&#233;r&#233; comme une r&#233;volte contre la m&#233;canisation. Tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Les travailleurs des d&#233;buts de l'&#232;re industrielle ne se sont pas oppos&#233;s au machinisme naissant au nom d'une suppos&#233;e misotechnie ou d'un refus obscurantiste du progr&#232;s, ils se sont oppos&#233;s &#224; des &#8220;trajectoires technologiques&#8221; qui mena&#231;aient d'accentuer la discipline et d'&#233;roder le contr&#244;le qu'ils d&#233;tenaient sur leur savoir-faire et sur l'organisation du travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des luddites, ce mouvement de briseurs de machines anglais des ann&#233;es 1811-1812, a frapp&#233; les contemporains qui voyaient dans la &#171; r&#233;volution industrielle &#187; une promesse consid&#233;rable en termes de lib&#233;ration de la productivit&#233;. En r&#233;alit&#233;, c'est un ph&#233;nom&#232;ne complexe qui s'inscrit dans un contexte social de crise frumentaire, de hausse du ch&#244;mage, de lois r&#233;pressives, etc. Alors que les industriels cherchaient &#224; discipliner la main-d'&#339;uvre, la machine devient un symbole de cette lutte. De m&#234;me, le monde agricole du XIXe si&#232;cle a &#233;t&#233; structurellement r&#233;calcitrant &#224; toute une s&#233;rie d'innovations, y compris pour des outils aussi simples que la faux, qui mit du temps &#224; remplacer la faucille. Cette opposition des paysans a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme une r&#233;action de &#171; routine instinctive &#187;, de conservatisme atavique de paysans arri&#233;r&#233;s. Or, si on s'int&#233;resse au contexte social, &#224; l'organisation du travail et &#224; la sociabilit&#233; des campagnes, on s'aper&#231;oit qu'ils avaient d'excellentes raisons de protester. Mais ces raisons n'&#233;taient pas prises en compte par ceux qui avaient le monopole de la parole dans l'espace public, qu'ils soient experts ou observateurs sociaux. Aujourd'hui encore, dans les th&#233;ories du management, on mobilise le terme de &#171; routine &#187; pour d&#233;signer le conservatisme &#224; l'&#233;gard de toute &#171; modernisation &#187; ou modification des pratiques de travail. Avec ce type de vocabulaire, on n'explique rien sauf &#224; vouloir d&#233;l&#233;gitimer la d&#233;fense de modes de vie &#233;minemment respectables au demeurant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH352/p10-luddites-b0718.jpg?1782642025' width='400' height='352' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs, tu constates qu'au XIXe si&#232;cle, au moment o&#249; les griefs s'accumulent contre les ravages de l'industrialisation, les d&#233;g&#226;ts de la chimie, les accidents m&#233;caniques, la d&#233;gradation de l'environnement, &#171; &lt;i&gt;les nouvelles logiques industrielles tendent &#224; acclimater les dangers en les rendant acceptables au nom du progr&#232;s de la nation&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me du risque, qu'on pense &#234;tre une notion r&#233;cente, est pr&#233;sent d&#232;s le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, comme l'ont montr&#233; notamment les historiens Jean-Baptiste Fressoz ou Thomas Le Roux. Contrairement &#224; la vision dominante, et rassurante, selon laquelle notre monde serait enfin devenu conscient de ses d&#233;rives et de ses fragilit&#233;s, notamment &#224; l'&#233;gard des ravages des choix techniques pass&#233;s, l'histoire montre plut&#244;t une technicisation croissante en d&#233;pit des multiples critiques et mises en garde, toujours repouss&#233;es comme catastrophistes ou trop pessimistes. Il a exist&#233; de multiples fa&#231;ons d'acclimater les technologies dangereuses et contest&#233;es depuis deux si&#232;cles en d&#233;pit de la conscience de leur risque. En France, le d&#233;cret de 1810 cr&#233;e par exemple le cadre l&#233;gislatif autorisant l'installation administrative d'entreprises polluantes. Vers 1840, face aux critiques qui mettaient en cause les proc&#233;d&#233;s de fabrication dangereux et insalubres pour la sant&#233; des ouvriers, les hygi&#233;nistes expliquaient que c'&#233;tait d'abord le mode de vie des classes populaires, l'alcoolisme, etc. qui &#233;taient les vraies causes des maladies. Ainsi, il fallait moraliser le peuple plut&#244;t que transformer l'appareil de production. Ce que la sociologue Sezin Top&#231;u, qui a &#233;tudi&#233; les contestations du nucl&#233;aire, appelle le &#171; &lt;i&gt;gouvernement de la critique&lt;/i&gt; &#187; n'a cess&#233; d'accompagner les trajectoires techniques dangereuses depuis deux si&#232;cles. Les critiques et les opposants n'ont cess&#233; d'&#234;tre repouss&#233;s au moyen de multiples instruments policiers, juridiques ou discursifs ; d'&#234;tre peints comme de dangereux technophobes nostalgiques et frileux, l&#224; o&#249; les promoteurs des derni&#232;res technologies sont d&#233;crits immanquablement comme des h&#233;ros apportant le &#171; progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors des &#233;meutes de Roubaix en mars 1867, 20 000 tisserands se soul&#232;vent contre l'arriv&#233;e de m&#233;tiers perfectionn&#233;s &#8211; qui r&#233;duisaient la main-d'&#339;uvre, augmentaient les cadences, diminuaient les salaires et introduisaient un r&#232;glement disciplinaire et un syst&#232;me d'amendes &#8211;, les membres de l'Internationale les exhortent &#224; respecter les machines : &#171; &lt;i&gt; Ouvriers de Roubaix, quels que soient vos justes griefs, rien ne peut justifier les actes de destruction dont vous vous &#234;tes rendus coupables. Songez que la machine, instrument de travail, doit vous &#234;tre sacr&#233;e ; songez que de pareilles violences compromettent votre cause et celle de tous les travailleurs.&lt;/i&gt; &#187; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, peut-on dire que le mouvement ouvrier organis&#233; a plut&#244;t accompagn&#233; le progr&#232;s industriel et technologique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer les acteurs ordinaires, les ouvriers d'en bas, et les discours &#233;manant de leurs porte-parole et des organisations socialistes et syndicales. La critique des machines qui &#233;tait tr&#232;s large au d&#233;but du XIXe si&#232;cle a peu &#224; peu &#233;t&#233; marginalis&#233;e comme un type de critique sociale ill&#233;gitime. Une des nombreuses raisons est la qu&#234;te de respectabilit&#233; du mouvement ouvrier naissant. Lorsque les membres de l'AIT&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association internationale des travailleurs.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; disent aux ouvriers &#171; &lt;i&gt;Ne cassez pas les machines !&lt;/i&gt; &#187;, c'est en fait un message adress&#233; &#224; la bourgeoisie pour dire &#171; &lt;i&gt;nous sommes responsables et nous sommes vos interlocuteurs&lt;/i&gt; &#187;. Pour autant la critique de la technologie est omnipr&#233;sente dans le mouvement ouvrier et dans les conflits &#224; la base. Mais ce qui est d'abord condamn&#233;, ce sont les usages capitalistes de la machine. L'id&#233;e qui va s'imposer chez les socialistes et ailleurs, c'est que la technique est neutre et que seules comptent les conditions sociales de son utilisation. L'un des grands arguments du syndicalisme, c'est de vouloir mettre la machine et les progr&#232;s techniques, non plus au service du profit et du patronat, mais au service de l'&#233;mancipation et de la collectivit&#233;. &#192; cet &#233;gard, le mouvement syndical a co-construit le monde industriel, et on peut dire qu'il est parvenu au XXe si&#232;cle &#224; modeler certaines conditions d'utilisation des techniques en permettant d'en att&#233;nuer les dangers dans un certain nombre de cas : mises en place de normes, de r&#232;gles de travail, de protection. Mais le contrecoup de cela, c'est la d&#233;politisation de l'objet technique, ramen&#233;e &#224; une sorte d'angle mort de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela explique en partie la difficult&#233; de cat&#233;gorisation politique des &#171; technocritiques &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, la question qui revient constamment est : &#171; La technocritique est-elle r&#233;actionnaire ou progressiste ? &#187; Dans l'&#233;tat du discours public et l'imaginaire social actuel, poser la question c'est d&#233;j&#224; consid&#233;rer la critique des techniques comme r&#233;actionnaire &#8211; reste &#224; savoir ce que recouvre la notion tr&#232;s probl&#233;matique de &#171; la r&#233;action &#187;, qui est h&#233;rit&#233;e de la lutte entre l'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution. Or, les discours technocritiques ont souvent &#233;t&#233; port&#233;s par des discours &#233;mancipateurs et &#233;galitaires. Il existe aussi des penseurs traditionnalistes, catholiques, comme Louis Veuillot, qui avaient horreur des machines, symboles de la modernit&#233;, de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils avaient en horreur la d&#233;mocratie ou le prol&#233;tariat dans lesquels ils voyaient la remise en cause de l'ordre ancien. Toutefois, le r&#233;el int&#233;r&#234;t de penser la technocritique, c'est de d&#233;caler le regard par rapport aux cat&#233;gories politiques classiques. On constate d'ailleurs aujourd'hui &#224; quel point la dialectique gauche-droite est simpliste, quand on voit la similitude entre les politiques de gauche et de droite. &#192; cet &#233;gard, l'av&#232;nement de l'&#233;cologie politique a jou&#233; un r&#244;le important comme reconfiguration du champ politique en int&#233;grant &#224; la r&#233;flexion sociale une pr&#233;occupation environnementale &#8211; qui est &#233;galement tr&#232;s largement une question sociale. Par ailleurs, la mont&#233;e de l'&#233;cologie politique a contribu&#233; &#224; repenser et &#224; repolitiser la technique, avec les d&#233;bats dans les ann&#233;es 1970, port&#233;s par Ivan Illich ou Lewis Mumford&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet de Lewis Mumford, lire l'article de Fran&#231;ois Jarrige dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, sur les technologies &#171; alternatives &#187; ou &#171; douces &#187;, d&#233;coupl&#233;es des conditions capitalistes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir &#224; l'apog&#233;e de l'id&#233;ologie de la technoscience, le slogan de l'Exposition universelle de Chicago en 1933 : &#171; &lt;i&gt; La science trouve, l'industrie applique, l'homme s'adapte&lt;/i&gt; &#187;, ne dit-il pas tout de l'aspect totalitaire de cette id&#233;ologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magnifique (rires). Les ann&#233;es 1930 sont en effet un moment de cadrage modernisateur o&#249; la technologie devient un ciment identitaire aux &#201;tats-Unis, plus qu'en Europe, avec la g&#233;n&#233;ralisation de l'automobile, la radio, les gratte-ciel, etc. Le mot &#171; machine &#187; est omnipr&#233;sent &#8211; Le Corbusier parle des &#171; &lt;i&gt;machines &#224; habiter&lt;/i&gt; &#187; pour qualifier son projet architectural, on pense au film de Chaplin &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=lU46H9Tn7RQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Temps modernes&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, etc. &#8211;, c'est aussi un moment de remise en cause radicale du monde industriel et technologique. On trouve donc cette remise en cause chez des penseurs comme Simone Weil ou George Orwell qui affirmait &#224; cette &#233;poque que &#171; &lt;i&gt; la pente naturelle de la machine consiste &#224; rendre impossible toute vie humaine authentique&lt;/i&gt; &#187;. La grande crise de 1929 va contribuer &#224; cette d&#233;fiance vis-&#224;-vis de la promesse d'abondance sur laquelle repose la technologie. Les deux guerres mondiales vont &#234;tre interpr&#233;t&#233;es aussi comme de formidables moments de d&#233;mesure technologique : la premi&#232;re guerre mondiale impulse les avions, l'artillerie lourde, la chimie, l'industrie des transports, etc. En r&#233;action les discours des entrepreneurs de technologies affirment que s'il y a crise c'est que la soci&#233;t&#233; ne s'adapte pas assez vite. D'une certaine mani&#232;re la psychologie et les sciences sociales vont &#234;tre mises au service de cette adaptation. On affirme que la technique est neutre et in&#233;luctable, qu'il ne s'agit pas d'adapter la technique aux hommes mais d'adapter les hommes &#224; la technique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/p10-usine-plonk-cqfd119-26c16.jpg?1782642025' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parlais d'Orwell, on pourrait aussi voir dans les r&#233;cits dystopiques des proph&#233;ties apocalyptiques qui contribuent &#224; d&#233;moraliser les derniers espoirs d'&#233;mancipation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours apocalyptique de la perte de contr&#244;le sur la technologie est un th&#232;me structurant de la technocritique ; il appara&#238;t d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle. Je vois dans cette tradition litt&#233;raire pessimiste une sorte de sid&#233;ration face au devenir du monde, m&#234;me si les auteurs sont tr&#232;s divers, ils agissent comme des lanceurs d'alerte. Leur fonction est justement d'&#234;tre le miroir invers&#233; des discours technoproph&#233;tiques qui, eux, apparaissent normaux et l&#233;gitimes. Depuis le milieu du XIXe si&#232;cle, on investit la technique &#8211; le train, le t&#233;l&#233;graphe, l'automobile, le nucl&#233;aire, les OGM, le num&#233;rique &#8211; des m&#234;mes possibilit&#233;s formidables : la paix dans le monde, la disparition de la faim, l'entente universelle, etc. Et aujourd'hui, cette propagande est omnipr&#233;sente dans la pub, dans les m&#233;dias, dans le discours marketing comme dans le discours politique. La technologie reste fascinante pour les hommes politiques car elle leur permet d'&#233;viter de penser ! Il suffit de s'en remettre aux promesses de la technologie : on va &#233;quiper toutes les &#233;coles en tablettes et il n'y aura plus besoin de penser la crise de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'&#232;re de la consommation de masse, la technologie s'est introduite de fa&#231;on tentaculaire et &#224; un rythme in&#233;dit dans tous les espaces de la vie sociale. G&#252;nter Anders disait que la &#171; &lt;i&gt;gr&#232;ve priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187; ne changera rien &#224; la colonisation par des faux besoins technologiques, dont on se passait merveilleusement il y a vingt ans&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re de poser une question centrale aujourd'hui : o&#249; se situent les formes de r&#233;sistance collective ? D'une certaine mani&#232;re, le syndicalisme a &#233;t&#233; une force historique &#8211; certes imparfaite et inaboutie &#8211; de n&#233;gociation et de fa&#231;onnement des trajectoires techniques. Aujourd'hui il y a tout un courant sur la d&#233;connexion volontaire face &#224; la saturation du num&#233;rique. Dans la perspective d'Anders, ce genre d'action individuelle, c'est du pipeau. C'est au contraire une mani&#232;re de dire : regardez, vous avez le choix de vous connecter ou pas. Toujours le th&#232;me de la neutralit&#233; ou du m&#233;susage des techniques. De m&#234;me &#224; la croyance des hackers en leur capacit&#233; &#224; subvertir la technique, on opposera facilement l'argument qu'il faut &#234;tre soi-m&#234;me un formidable technicien. Or, m&#234;me si l'on vit dans un monde hypertechnologique, c'est aussi un monde o&#249; la plupart des gens ne ma&#238;trisent pas la technique. &#201;videmment, on n'a pas le choix ! Car la technologie fa&#231;onne le monde et ses trajectoires sont model&#233;es plus que jamais par des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et politiques gigantesques et hyper-concentr&#233;s. On est dans un processus d'adaptation massive &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Aujourd'hui, dans un cadre mondialis&#233;, il n'y a plus d'espace politique d'intervention possible, d'autant que tous les pouvoirs &#8211; l'&#201;tat ou les institutions internationales &#8211; s'en remettent &#224; la technologie comme solution &#224; tous nos probl&#232;mes. A contrario, un des arguments majeurs de la technocritique actuelle, &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne, c'est justement la mise en avant des limites environnementales aux trajectoires technologiques en cours, comme le num&#233;rique, qui demandent une mobilisation de mati&#232;res premi&#232;res et d'&#233;nergies consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paradoxalement, le discours actuel pr&#233;tend que la soci&#233;t&#233; technicienne est une soci&#233;t&#233; extr&#234;mement fragile et vuln&#233;rable, sentiment renforc&#233; par la notion de risque et le principe de pr&#233;caution.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es, les mobilisations qui mettent la technoscience au c&#339;ur de leur lutte tendent &#224; s'accro&#238;tre : opposition &#224; de grands projets industriels, lutte anti-OGM, refus des technologies s&#233;curitaires, etc. Ce ne sont pas des mouvements &#171; technophobes &#187; stricto sensu et ils peuvent rassembler des &#233;l&#233;ments tr&#232;s h&#233;t&#233;roclites : des militants politiques, des riverains contre les nuisances (pollution, risques) ou des mouvements plus professionnels (&#233;leveurs contre le pu&#231;age de leurs brebis). Ces luttes s'accompagnent d'une remise en cause de la figure de l'expert et du technicien, d'o&#249; l'inqui&#233;tude des autorit&#233;s scientifiques, industrielles et politiques. C'est fascinant de constater &#224; quel point ces pouvoirs gigantesques s'inqui&#232;tent de l'influence de groupes technocritiques marginaux. Certains ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; se fendre r&#233;cemment d'une tribune pour se plaindre de l'opposition grandissante de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise aux technologies&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La France a besoin de scientifiques techniciens &#187; par Robert Badinter, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Alors que dans les faits la critique de la technoscience se heurte imm&#233;diatement &#224; la disqualification et &#224; la r&#233;pression avec tout le discours sur l'&#233;coterrorisme. On construit un spectre : le technophobe qui menacerait la civilisation. Parall&#232;lement, les &#201;tats essaient de multiplier les dispositifs d'acceptabilit&#233; des produits technologiques. Cela confirme &#224; mon sens la d&#233;monstration que la technique est int&#233;gralement un ph&#233;nom&#232;ne politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH371/p10-plonk--timbreur-timbre_-8951f.jpg?1782642025' width='500' height='371' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association internationale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au sujet de Lewis Mumford, lire l'article de Fran&#231;ois Jarrige dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lechappee.org/radicalite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radicalit&#233;&lt;/a&gt;, 20 penseurs vraiment critiques&lt;/i&gt;, L'&#233;chapp&#233;e, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &#171; La France a besoin de scientifiques techniciens &#187; par Robert Badinter, Jean-Pierre Chev&#232;nement, Alain Jupp&#233; et Michel Rocard, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 14 octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mapuche : Le cycle de la reconstruction</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Mapuche-Le-cycle-de-la</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Mapuche-Le-cycle-de-la</guid>
		<dc:date>2013-06-13T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Florencia Mazzadi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Martin Barzilai</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>Mapuches</dc:subject>
		<dc:subject>mapuche</dc:subject>
		<dc:subject>fleuve Biob&#237;o</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;sistance indig&#232;ne</dc:subject>
		<dc:subject>l'&#201;tat chilien</dc:subject>
		<dc:subject>nom donn&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>formation &#233;tablit</dc:subject>
		<dc:subject>propri&#233;taires terriens</dc:subject>
		<dc:subject>nation mapuche</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, incapable de venir &#224; bout de la r&#233;sistance indig&#232;ne, l'&#201;tat chilien en formation &#233;tablit le fleuve Biob&#237;o comme fronti&#232;re entre le Chili et le Wallmapu, nom donn&#233; &#224; la nation mapuche et &#224; son territoire. Depuis, l'accord a &#233;t&#233; balay&#233; par la politique expansionniste de Santiago et le pays mapuche a peu &#224; peu &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; 5 % de sa surface originale. &#192; grand renfort de subventions, notamment durant la dictature de Pinochet, l'exploitation effr&#233;n&#233;e des ressources (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no110-avril-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;110 (avril 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Martin-Barzilai-105" rel="tag"&gt;Martin Barzilai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/XIXe-siecle" rel="tag"&gt;XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mapuches" rel="tag"&gt;Mapuches&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mapuche" rel="tag"&gt;mapuche&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fleuve-Biobio" rel="tag"&gt;fleuve Biob&#237;o&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/resistance-indigene" rel="tag"&gt;r&#233;sistance indig&#232;ne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Etat-chilien" rel="tag"&gt;l'&#201;tat chilien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nom-donne" rel="tag"&gt;nom donn&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/formation-etablit" rel="tag"&gt;formation &#233;tablit&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/proprietaires-terriens" rel="tag"&gt;propri&#233;taires terriens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nation-mapuche" rel="tag"&gt;nation mapuche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au d&#233;but du XIXe si&#232;cle, incapable de venir &#224; bout de la r&#233;sistance indig&#232;ne, l'&#201;tat chilien en formation &#233;tablit le fleuve Biob&#237;o comme fronti&#232;re entre le Chili et le Wallmapu, nom donn&#233; &#224; la nation mapuche et &#224; son territoire. Depuis, l'accord a &#233;t&#233; balay&#233; par la politique expansionniste de Santiago et le pays mapuche a peu &#224; peu &#233;t&#233; r&#233;duit &#224; 5 % de sa surface originale.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_640 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;130&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barm0450725_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/barm0450725_copie-8dfa6.jpg?1782837208' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Martin Barzilai. La rivi&#232;re Pilmaiquen, au c&#339;ur d'enjeux &#233;nerg&#233;tiques.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;La rivi&#232;re Pilmaiquen, au c&#339;ur d'enjeux &#233;nerg&#233;tiques.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&#192; grand renfort de subventions, notamment durant la dictature de Pinochet, l'exploitation effr&#233;n&#233;e des ressources naturelles au sud du fleuve Biob&#237;o a dop&#233; l'&#233;conomie chilienne. &#192; l'inverse de cette logique &#233;conomique, le peuple mapuche consid&#232;re qu'il faut pr&#233;server son environnement naturel. En ce sens, la d&#233;possession des terres n'est pas seulement v&#233;cue comme une spoliation de leurs ressources ou de leurs biens, mais aussi et surtout comme la destruction de leur cosmogonie, leur compr&#233;hension spirituelle du monde et tout ce qui d&#233;finit leur mode de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Longtemps, l'exode rural conduira beaucoup de Mapuches &#224; occulter leur langue et leur culture pour ne pas subir la s&#233;gr&#233;gation sociale. Mais &#224; partir des ann&#233;es 1990, une nouvelle g&#233;n&#233;ration va envisager le retour vers ses terres ancestrales en renouant avec une forme de vie plus communautaire. Un volet activiste a accompagn&#233; ce r&#233;investissement culturel. Des actions de sabotage et d'incendie contre les propri&#233;taires terriens et les entreprises de plantations de conif&#232;res sont alors men&#233;es pour revendiquer l'autod&#233;termination du peuple mapuche. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, des leaders sont arr&#234;t&#233;s, comme Hector Llaitul, Patricia Troncoso et d'autres, subissant de plein fouet les lois anti-terroristes. Le mouvement mapuche est de plus en plus assimil&#233; &#224; une organisation terroriste et se joue alors une v&#233;ritable guerre de basse intensit&#233;. Ainsi, le 3 janvier 2008, Mat&#237;as Catrileo, &#233;tudiant en agronomie et militant de 22 ans, est abattu par la police de plusieurs balles dans le dos lors de l'occupation d'un terrain appartenant &#224; de riches propri&#233;taires terriens. Catrileo devient alors une ic&#244;ne de la cause mapuche, tandis que le carabiniero accus&#233; reste en fonction jusqu'en 2013.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 4 janvier 2013, cinq ans plus tard, jour pour jour, le couple de septuag&#233;naires Werner et Vivian Luchsinger, cousins des propri&#233;taires du terrain o&#249; a &#233;t&#233; tu&#233; Mat&#237;as Catrileo &#8211; eux m&#234;mes riches propri&#233;taires terriens connus pour ne jamais c&#233;der aux demandes de redistribution de terres des Mapuches &#8211; sont &#224; leur tour assassin&#233;s et leur maison incendi&#233;e. Le ministre de l'Int&#233;rieur, Andr&#233;s Chadwick, en profite pour incriminer le mouvement mapuche dans son ensemble, en d&#233;pit des communiqu&#233;s d'organisations repr&#233;sentatives niant toute responsabilit&#233;. Les prisonniers politiques mapuches sont s&#233;par&#233;s, transf&#233;r&#233;s et leurs requ&#234;tes refus&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_641 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;426&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/barm0450729_copie.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH334/barm0450729_copie-f39de.jpg?1782837208' width='500' height='334' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Martin Barzilai. Premier barrage hydro&#233;lectrique construit sur la rivi&#232;re Pilmaiquen. Il en existe un deuxi&#232;me sur la rivi&#232;re et un troisi&#232;me en pr&#233;paration. Ce dernier devra inonder un endroit sacr&#233; pour les Mapuches.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Premier barrage hydro&#233;lectrique construit sur la rivi&#232;re Pilmaiquen. Il en existe un deuxi&#232;me sur la rivi&#232;re et un troisi&#232;me en pr&#233;paration. Ce dernier devra inonder un endroit sacr&#233; pour les Mapuches.
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Une tentative de dialogue avec le gouvernement est nou&#233;e par les organisations les plus conciliantes lors du Sommet sur le mont &#209;ielol, &#224; Temuco. Le 16 janvier 2013, le leader Auc&#225;n Huilcam&#225;n convoque les communaut&#233;s mapuches et les autorit&#233;s gouvernementales &#224; une rencontre &#224; Teuco &#8211; Auc&#225;n Huilcam&#225;n est consid&#233;r&#233; par nombre de Mapuches comme un &#8220;vendu&#8221; parce qu'apr&#232;s avoir lutt&#233; dans les ann&#233;es 1990, il a quitt&#233; le Chili pour la France, o&#249; il a travaill&#233; pour l'UNESCO. Parall&#232;lement, des &#233;l&#233;ments plus radicaux continuent &#224; incendier des maisons de propri&#233;taires terriens. La mort du couple Luchsinger divise au sein m&#234;me des organisations les plus contestataires. Ram&#243;n Llanquileo, militant politique mapuche emprisonn&#233; depuis quatre ans, d&#233;clarait quelques jours apr&#232;s le drame : &#171; Cette action a retourn&#233; l'opinion publique contre notre cause. &#187; Le mouvement semble d&#233;sormais &#234;tre &#224; un tournant de son histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite du Dossier Mapuche : &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Une-chamane-en-prison'&gt;l&#224;&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La num&#233;risation des SDF</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-numerisation-des-SDF</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/La-numerisation-des-SDF</guid>
		<dc:date>2012-04-21T07:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>d'h&#233;bergement</dc:subject>
		<dc:subject>Michel</dc:subject>
		<dc:subject>Trouver</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on Lef&#233;bure</dc:subject>
		<dc:subject>dit Michel</dc:subject>
		<dc:subject>lib&#233;ral L&#233;on</dc:subject>
		<dc:subject>SIAO</dc:subject>
		<dc:subject>d'un Office</dc:subject>
		<dc:subject>Office central</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Rationaliser le co&#251;t des pauvres, tel est l'objectif permanent de la gestion du social. Et pour ce faire, on peut compter sur la mise en place de machines &#224; gaz bureaucratiques et inefficaces. Un exemple nous est donn&#233; avec l'indigente prise en charge des sans-abri. Depuis la fin du XIXe si&#232;cle, la complainte des gestionnaires de la pauvret&#233; est toujours la m&#234;me. &#171; Que d'efforts perdus faute d'&#234;tre coordonn&#233;s, que de ressources &#233;parpill&#233;es sur des indignes ! &#187;, se plaignait d&#233;j&#224; le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no98-mars-2012" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;98 (mars 2012)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/XIXe-siecle" rel="tag"&gt;XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-hebergement" rel="tag"&gt;d'h&#233;bergement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-4528" rel="tag"&gt;Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Trouver" rel="tag"&gt;Trouver&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Leon-Lefebure" rel="tag"&gt;L&#233;on Lef&#233;bure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/dit-Michel" rel="tag"&gt;dit Michel&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/liberal-Leon" rel="tag"&gt;lib&#233;ral L&#233;on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/SIAO" rel="tag"&gt;SIAO&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-Office" rel="tag"&gt;d'un Office&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Office-central" rel="tag"&gt;Office central&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rationaliser le co&#251;t des pauvres, tel est l'objectif permanent de la gestion du social. Et pour ce faire, on peut compter sur la mise en place de machines &#224; gaz bureaucratiques et inefficaces. Un exemple nous est donn&#233; avec l'indigente prise en charge des sans-abri.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis la fin du XIXe si&#232;cle, la complainte des gestionnaires de la pauvret&#233; est toujours la m&#234;me. &lt;i&gt;&#171; Que d'efforts perdus faute d'&#234;tre coordonn&#233;s, que de ressources &#233;parpill&#233;es sur des indignes ! &#187;&lt;/i&gt;, se plaignait d&#233;j&#224; le politicien lib&#233;ral L&#233;on Lef&#233;bure en 1889. Lui pr&#233;conisait de cr&#233;er une multitude de p&#244;les de savoirs locaux, centralis&#233;s au sein d'un Office central des &#339;uvres de bienfaisance afin de cerner les &#233;volutions du paup&#233;risme et de trouver le meilleur moyen de les combattre. Quelque cent vingt ans plus tard, une nouvelle proposition de centralisation est faite &#224; grand renfort d'informatisation et de th&#233;orie manag&#233;riale : le Service int&#233;gr&#233; de l'accueil et de l'orientation (SIAO&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. B&#233;r&#233;nice Kalo, &#171; Les &#201;crans du social &#187;, revue Z n&#176;5, automne 2011.&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;) et les Plans d&#233;partementaux accueil h&#233;bergement insertion (PDAHI). Ces deux outils visent &lt;i&gt;&#171; une meilleure ad&#233;quation entre l'offre et la demande d'h&#233;bergement &#187;&lt;/i&gt; &#224; destination des Sans domicile fixe (SDF). On centralise les informations avec l'id&#233;e de minimiser l'&#233;parpillement des d&#233;penses. Aux travailleurs sociaux agissant &#224; la base de se soumettre &#224; ces nouveaux outils que leur propose la Direction g&#233;n&#233;rale de la coh&#233;sion sociale et de les nourrir d'une masse d'informations concernant les individus dans le besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, ce nouveau dispositif fonctionne de la mani&#232;re suivante : l'&#233;duc doit faire des pr&#233;conisations au SIAO pour chaque cas particulier afin qu'une des quatre commissions hebdomadaires &#8211; r&#233;unissant la plupart des associations d&#233;partementales s'occupant d'h&#233;bergement et d'insertion &#8211; examine la demande. Il s'agit d'abord de remplir une fiche-questionnaire. &lt;i&gt;&#171; Si tu suis toutes les questions&lt;/i&gt;, dit Michel, &#233;ducateur sp&#233;cialis&#233; dans un centre d'h&#233;bergement d'urgence durant cet hiver, &lt;i&gt;cette fiche donne une impression de prise en charge. Tu en as pas mal qui ont envie d'y croire. &#187; &lt;/i&gt; C'est ce que la novlangue technocratique nomme : &lt;i&gt;&#171; convier les usagers aux r&#233;flexions strat&#233;giques pour &#233;valuer les nouvelles orientations publiques. &#187;&lt;/i&gt; Mais comme le pr&#233;cise l'&#233;ducateur, un certain nombre de questions sont aberrantes : &lt;i&gt;&#171; &#199;a n'a aucun sens de demander &#224; quelqu'un qui ne peut m&#234;me pas trouver un lieu fixe chaque soir : alors, votre logement, plut&#244;t &#224; Paris intra-muros ou plut&#244;t en &#206;le-de-France ? &#187;&lt;/i&gt; Les SDF sont rarement en mesure de trouver autre chose que des structures d'h&#233;bergement. Un certain nombre de cases, ne servant &#224; rien, sont donc &lt;i&gt;&#171; remplies pour la forme &#187;&lt;/i&gt;. Manifestement, l'essentiel est de donner l'apparence d'une r&#233;elle activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En deux mois, Michel n'a r&#233;ussi qu'&#224; obtenir une seule orientation effective sur les trente-neuf fichiers envoy&#233;s, qui transitent exclusivement par le SIAO. Michel a pourtant essay&#233; d'appeler directement des structures d'accueil qu'il connaissait afin de trouver des solutions rapides. Invariablement, il a re&#231;u la m&#234;me r&#233;ponse : &lt;i&gt;&#171; Il faut passer par le SIAO. &#187;&lt;/i&gt; Mais, paradoxalement, la pression qu'il a pu exercer sur celui-ci &#224; travers ses multiples appels a abouti &#224; trois propositions &#8211; &#233;videmment bancales. Comme quoi les coups de pressions fonctionnent toujours. Comme celle que le SIAO a mis d&#233;but janvier : &lt;i&gt;&#171; Ils nous disaient : &#8220;Envoyez des fiches, envoyez des fiches !&#8221;, parce qu'ils recevaient tr&#232;s peu de fiches. Et ils se sont dit que si personne ne le faisait, c'&#233;tait la merde ! &#187;&lt;/i&gt; Mais, apr&#232;s tout, dit Michel, &lt;i&gt;&#171; tu pourrais clairement les envoyer se faire foutre, vu ce qu'ils proposent. Le probl&#232;me, c'est que t'es face &#224; des mecs qui ont rien, qui sont &#224; la rue... Faut trouver un truc quoi ! Alors&#8230; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. B&#233;r&#233;nice Kalo, &#171; Les &#201;crans du social &#187;, revue &lt;a href=&#034;https://www.zite.fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;Z&lt;/i&gt;&lt;/a&gt; n&#176;5, automne 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Abandon et fraude nourrici&#232;re</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Abandon-et-fraude-nourriciere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Abandon-et-fraude-nourriciere</guid>
		<dc:date>2012-02-10T07:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>enfants</dc:subject>
		<dc:subject>si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
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&lt;p&gt;Les violentes transformations &#233;conomiques du XIXe si&#232;cle ont radicalement chang&#233; le paysage social des pays occidentaux. L'exode rural qui les accompagne a introduit un nombre consid&#233;rable de &#171; sauvages &#187; dans les cit&#233;s. Face &#224; cette d&#233;sorganisation sociale sans &#233;quivalent, les classes dirigeantes, effray&#233;es, ont essay&#233; &#224; la fin du si&#232;cle de recr&#233;er une morale, un lien social que leurs r&#233;volutions technologiques successives &#233;taient en train d'an&#233;antir. L'id&#233;e d'une solidarit&#233; organis&#233;e par (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no95-decembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;95 (d&#233;cembre 2011)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-vieux-dossiers" rel="tag"&gt;Les vieux dossiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violentes-transformations" rel="tag"&gt;violentes transformations&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/meres" rel="tag"&gt;m&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les violentes transformations&lt;/strong&gt; &#233;conomiques du XIXe si&#232;cle ont radicalement chang&#233; le paysage social des pays occidentaux. L'exode rural qui les accompagne a introduit un nombre consid&#233;rable de &#171; sauvages &#187; dans les cit&#233;s. Face &#224; cette d&#233;sorganisation sociale sans &#233;quivalent, les classes dirigeantes, effray&#233;es, ont essay&#233; &#224; la fin du si&#232;cle de recr&#233;er une morale, un lien social que leurs r&#233;volutions technologiques successives &#233;taient en train d'an&#233;antir. L'id&#233;e d'une solidarit&#233; organis&#233;e par l'&#201;tat, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e en 1789, ressurgit. Celle-ci va s'appuyer sur une Administration obsessionnelle qui n'aura de cesse de distinguer les m&#233;ritants des &#171; parasites &#187;. En voici un exemple, &#224; travers une petite histoire des enfants trouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIIIe si&#232;cle, la mort hantait le perron des &#233;glises dans des bassins en marbre ou en pierres, dans des couchettes de bois recouvertes de paille &#8211; humbles berceaux o&#249; l'on d&#233;posait les enfants que les familles ne pouvaient pas assumer. Le nouveau-n&#233; abandonn&#233; l&#224; p&#233;rissait de l'action funeste de l'air et des intemp&#233;ries avant que quiconque ne vienne le recueillir. Pratique anonyme de l'abandon que ne permettaient pas les hospices, o&#249; on laissait l'enfant au vu et au su de tous. Afin de rem&#233;dier &#224; ces &#171; morts honteuses &#187;, un d&#233;cret imp&#233;rial &#171; concernant les enfants trouv&#233;s ou abandonn&#233;s et les orphelins pauvres &#187; est promulgu&#233; en 1811. Il impose la g&#233;n&#233;ralisation, dans chaque hospice, d'un dispositif technique, le &#171; tour &#187; : cylindre en bois vertical, tournant sur lui-m&#234;me, ferm&#233; d'un c&#244;t&#233; et creux de l'autre. On d&#233;pose ainsi l'enfant en toute discr&#233;tion, sans aucun contact avec le personnel de l'hospice. Lamartine en parlait comme d'une &lt;i&gt;&#171; ing&#233;nieuse invention de la charit&#233; chr&#233;tienne, qui a des mains pour recevoir, et qui n'a point d'yeux pour voir, point de bouche pour r&#233;v&#233;ler ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-F. Terme, J.-B. Montfalcon, Histoire des enfants trouv&#233;s, Paris, Paulin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Les femmes qui nourrissaient les enfants des hospices recevaient un salaire, et avec cette anonymisation de l'abandon, un usage populaire important se d&#233;veloppe tout au long du xix e si&#232;cle. De nombreuses m&#232;res parviennent, par divers contacts, &#224; suivre la trace de leur enfant et &#224; le r&#233;cup&#233;rer tout en se faisant payer en tant que nourrice. Ce ph&#233;nom&#232;ne se r&#233;pand si intens&#233;ment que l'Administration d&#233;cide de s'en pr&#233;occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re digue pr&#233;ventive arriva du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur en 1827 pour emp&#234;cher toute connivence entre les &#171; messagers &#187; et les nourrices. Car c'est l'arrangement avec les messagers (responsables du transfert des enfants de l'hospice aux nourrices) qui permettaient aux m&#232;res de r&#233;cup&#233;rer leurs enfants. La circulaire pr&#233;conise l'&#233;change des enfants d'un hospice avec celui d'un autre d&#233;partement. &#192; certains endroits, &#224; l'annonce de cette mesure, des m&#232;res viennent rechercher leurs enfants &#224; l'hospice, tandis que le nombre d'abandons baisse. La lourdeur logistique et financi&#232;re de l'op&#233;ration met rapidement un terme &#224; cette mesure. Une id&#233;e germe alors chez les administrateurs de l'assistance publique : mettre en place des bureaux ouverts, au lieu des &#171; tours &#187;. Apr&#232;s une gestion aveugle des entr&#233;es et des sorties des enfants, un patient travail de consignation des enfants d&#233;pos&#233;s dans les hospices est amorc&#233;. Les bureaux ouverts ne feront pas d'autre publicit&#233; que l'inscription muette sur un registre (consigner le nom des personnes venant d&#233;poser les nouveau-n&#233;s, et celui de la m&#232;re). Cette mesure permit de r&#233;duire le nombre d'usages &#171; frauduleux &#187; qu'avait introduit le &#171; tour &#187;, et d'organiser un syst&#232;me de secours aux familles les plus d&#233;munies : apr&#232;s enqu&#234;te administrative, les m&#232;res peuvent recevoir une aide financi&#232;re pour au moins un an. Pour conjurer la fraude, on passe d'un syst&#232;me d'assistance &#171; aveugle &#187; qui s'exerce dans des lieux sp&#233;cialis&#233;s, &#224; une aide financi&#232;re et m&#233;dicale accord&#233;e directement aux familles. La question se pose alors de savoir &#224; qui l'attribuer. Cette mesure ne va pas sans un contr&#244;le individualis&#233; et entra&#238;ne une immixtion de l'&#201;tat dans les foyers. D&#232;s lors que cette aide est institu&#233;e, elle est en droit de s'&#233;tendre &#224; toutes les m&#232;res en grande difficult&#233; &#8211; qui n'avaient pour autant pas toutes recours &#224; l'abandon d'enfants. Mise en place chaotique de ce qui donnera naissance, au d&#233;but du XXe si&#232;cle, aux allocations familiales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;J.-F. Terme, J.-B. Montfalcon, &lt;i&gt;Histoire des enfants trouv&#233;s&lt;/i&gt;, Paris, Paulin, 1840. Voir aussi Jacques Donzelot, &lt;i&gt;La Police des familles&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, coll. &#171; Critique &#187;, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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