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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Notre-Dame-des-Landes : L'assembl&#233;e des salamandres</title>
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		<dc:creator>Nicolas de La Casini&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Val K</dc:subject>
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&lt;p&gt;Taper au portefeuille des derniers paysans de Notre-Dame-des-Landes qui refusent de partir n'a pas march&#233;. Et face aux menaces d'expulsions, la r&#233;sistance fourbit son sens de l'autod&#233;fense. A gauche, un tracteur d&#233;mont&#233;, b&#233;quill&#233; sur un gros billot de bois. Il manque une roue. &#192; droite, une banderole &#171; Am&#233;liorez l'existant, pr&#233;servez l'avenir &#187;, un paquet de pancartes &#171; Non &#224; l'a&#233;roport &#187;. Au milieu, deux vaches en contreplaqu&#233; veillent sur l'assembl&#233;e du mouvement, 300 personnes bien (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/projet-d-aeroport" rel="tag"&gt;projet d'a&#233;roport&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Taper au portefeuille des derniers paysans de Notre-Dame-des-Landes qui refusent de partir n'a pas march&#233;. Et face aux menaces d'expulsions, la r&#233;sistance fourbit son sens de l'autod&#233;fense.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A gauche, un tracteur d&#233;mont&#233;, b&#233;quill&#233; sur un gros billot de bois. Il manque une roue. &#192; droite, une banderole &#171; Am&#233;liorez l'existant, pr&#233;servez l'avenir &#187;, un paquet de pancartes &#171; Non &#224; l'a&#233;roport &#187;. Au milieu, deux vaches en contreplaqu&#233; veillent sur l'assembl&#233;e du mouvement, 300 personnes bien serr&#233;es. Le hangar ne ferme que sur trois c&#244;t&#233;s, mais au QG de la r&#233;sistance, nomm&#233; La Vacherit en clin d'&#339;il &#224; la bergerie du Larzac, on se tient chaud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, 25 janvier, un juge a d&#233;cid&#233; l'expulsion, ou plut&#244;t l'&#171; expulsabilit&#233; &#187;, des quatre irr&#233;ductibles paysans et de onze familles qui ont refus&#233; de composer &#224; l'amiable avec Vinci, ainsi que le ch&#232;que pour partir de la Zad. Jusqu'ici, la justice les avaient &#233;pargn&#233;s. &#171; &lt;i&gt;L'&#201;tat a pos&#233; le geste le plus co&#251;teux politiquement : rendre expulsables les paysans historiques&lt;/i&gt; &#187;, analyse l'assembl&#233;e. La lutte contre l'a&#233;roport et son monde entre dans un espace-temps de crispation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les contraintes environnementales agacent s&#233;rieusement les promoteurs du projet, avec ces dates butoirs, ces p&#233;riodes l&#233;gales de protection de la faune et de la flore interdisant de couper les arbres, de toucher aux mares, aux ruisseaux. Le calendrier administratif les rend aussi impatients : il leur faut absolument d&#233;marrer les travaux, au moins un peu, mais vite, sous peine de devoir reprendre &#224; z&#233;ro les proc&#233;dures d'expropriation en janvier 2017, et surtout voir la d&#233;claration d'utilit&#233; publique du projet d'a&#233;roport devenir caduque en f&#233;vrier 2018.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/vacherit-622a2.jpg?1779848576' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de ValK.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contraintes sans astreinte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partisans du projet claironnent que ces paysans expulsables l&#232;vent le dernier obstacle avant les bulldozers. Cette d&#233;cision de papier n'a pourtant pas d&#251; &#234;tre c&#233;l&#233;br&#233;e &#224; la pr&#233;fecture ou chez Vinci. C'est m&#234;me une d&#233;faite. Vinci n'a pas obtenu l'astreinte financi&#232;re r&#233;clam&#233;e ; 200 euros par jour et par dossier. B&#226;timents de ferme, hangars, terres : certains cumulaient quatre dossiers. Le juge n'a pas accord&#233; cette sanction financi&#232;re individualis&#233;e qui aurait forc&#233; les paysans &#224; partir d'eux-m&#234;mes, atteints au portefeuille, sans besoin de gendarmes enlis&#233;s dans la boue du bocage. C'&#233;tait pourtant une arme redoutable, les paysans craignant d'avoir &#224; se poser la question : &#171; &lt;i&gt;On en est &#224; combien &#224; payer aujourd'hui ?&lt;/i&gt; &#187; Ils l'avaient avou&#233; : ils n'auraient pas tenu longtemps. D&#233;sormais, tous les r&#233;sistants sont pareillement expulsables, sans traitement de d&#233;faveur. Les fermes occup&#233;es de Bellevue le sont &#171; &lt;i&gt;sans d&#233;lai &lt;/i&gt; &#187; depuis octobre 2013 et avril 2014. &#199;a soude un peu plus. &#171; &lt;i&gt;On est devenu comme nos voisins occupants&lt;/i&gt; &#187;, note Marcel Th&#233;bault, un des &#233;leveurs laitiers cibl&#233;s par le dernier jugement. M&#234;me si une fois pass&#233; le d&#233;lai de deux mois avant que l'expulsion ne soit applicable, &#171; &lt;i&gt;pas s&#251;r que nos enfants dorment bien&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Photo cocktail des anciens&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'assembl&#233;e s'interrompt pour lire les d&#233;clarations de Valls de l'apr&#232;s-midi. Son baratin sur la n&#233;cessit&#233; de l'a&#233;roport rase-bocage ne varie pas, mais avec un changement de date : les travaux annonc&#233;s d&#233;but 2016 seraient report&#233;s &#224; l'automne. Pas si s&#251;r. Tout le monde est aux aguets pour d&#233;fendre la Zad, tout de suite. On parle du risque d'avoir &#224; faire face &#224; un camp fortifi&#233; gard&#233; par des gendarmes, strat&#233;gie utilis&#233;e dans le Val-de-Suze pour d&#233;marrer les travaux du train grande vitesse Lyon-Turin. Un septuag&#233;naire fait une d&#233;monstration de lance-pierres avec un syst&#232;me de gla&#231;ons dans du papier alu, pleins de peinture &#171; &lt;i&gt;pour aveugler les flics&lt;/i&gt; &#187;, et propose que &#171; &lt;i&gt;les personnes de&lt;/i&gt; [sa] &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ration posent en photo, &#224; visage d&#233;couvert, avec des cocktails molotov, on s'en fout d'&#234;tre reconnus&lt;/i&gt; &#187;. Un barbu rigolard propose de &#171; &lt;i&gt; faire un black block de 50 000 personnes&lt;/i&gt; &#187;. P&#233;ages gratuits, for&#234;t plant&#233;e en quelques heures dans un bitume sensible, construction de tours de vigie et de d&#233;fense s'envisagent tr&#232;s concr&#232;tement. Certains veulent cibler les lieux de pouvoir, de consommation de masse, de &#171; &lt;i&gt; flux de transport &#224; fort impact &#233;conomique&lt;/i&gt; &#187;, comme diraient des technocrates. Un appel &#224; mobilisation massive le 27 f&#233;vrier est lanc&#233;, mais o&#249; ? Dans Nantes, autour de la ville comme lors du blocus du p&#233;riph&#233;rique le 9 janvier, men&#233; par plus de 400 tracteurs et quelque 20&#8202;000 pi&#233;tons et cyclistes ? Pr&#233;f&#233;rer se retrouver dans le p&#233;rim&#232;tre de la Zad ? &#171; &lt;i&gt;Si on est nombreux, &#231;a craint pour les salamandres&#8230; Et attention &#224; l'entre-soi. On ne g&#234;ne personne sur la zone&lt;/i&gt; &#187;, dit une zadiste. &#171; &lt;i&gt;Mais si, faut occuper la Zad et se montrer, comme j'ai occup&#233; mon usine quand j'&#233;tais ouvrier &lt;/i&gt; &#187;, objecte un jeune retrait&#233;, qui a fait cent bornes pour venir &#224; l'AG de ce soir. Occuper, c'est d&#233;j&#224; ce qui se fait depuis plus de six ans&#8230; &#171; &lt;i&gt;Ah, mais arr&#234;tez d'applaudir&#8230; On n'est pas au spectacle&lt;/i&gt; &#187;, s'agace une fille sous son bonnet, d&#233;clenchant illico une salve d'applaudissements de l'assembl&#233;e, hilare. Une &#233;quipe de fins limiers cherche l'identit&#233; de l'entreprise de d&#233;broussaillage, r&#233;cemment choisie par appel d'offres, mais que la pr&#233;fecture garde secret &#171; &lt;i&gt;par s&#233;curit&#233;&lt;/i&gt; &#187;. &#171; &lt;i&gt;C'est vrai, ils ont un peu du souci &#224; se faire&lt;/i&gt; &#187;, sourit un zadiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concorde et coh&#233;sion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si zadistes, familles et paysans exploitants sont expulsables, personne ne partira de soi-m&#234;me. M&#234;me Alphonse Fresneau, 84 ans, concern&#233; par cette derni&#232;re d&#233;cision de justice, a dit : &#171; &lt;i&gt;Je reste !&lt;/i&gt; &#187; C'est l'un des premiers paysans &#224; s'&#234;tre &#233;lev&#233;s dans les ann&#233;es 1970 contre ce projet d'a&#233;roport imagin&#233; par d'&#233;minents technocrates voulant &#233;viter au Concorde de passer le mur du son au-dessus des campagnes fran&#231;aises en ne d&#233;cha&#238;nant ses r&#233;acteurs qu'apr&#232;s l'escale nantaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quarante-cinq ans apr&#232;s, dans cette agitation d'assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, une certaine concorde r&#232;gne pourtant. Toutes les composantes sont l&#224;. Malgr&#233; les disparit&#233;s, les sensibilit&#233;s et les options strat&#233;giques, malgr&#233; les tentatives de division orchestr&#233;es par le pr&#233;fet et reprises par les m&#233;dias, la coh&#233;sion tient solidement entre paysans historiques et zadistes, le collectif de paysans Copain, l'association citoyenne Acipa, la coordination qui int&#232;gre syndicats et groupes politiques, le groupe d'&#233;lus C&#233;DPa, les Naturalistes en lutte, les comit&#233;s anti-a&#233;roport de toute la France, r&#233;cemment raviv&#233;s apr&#232;s des mois de sommeil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette union solidaire ne fait pas les affaires de l'&#201;tat, des &#233;lus droite-gauche et des patrons du lobby local du BTP. Quand ils parlent de la Zad, on croirait entendre les Versaillais cracher sur la Commune de Paris. Alors ministre de l'Int&#233;rieur, Valls avait parl&#233; de &#171; &lt;i&gt;kyste&lt;/i&gt; &#187; &#224; &#233;radiquer. L'ex-pr&#233;sident PS de r&#233;gion, Jacques Auxiette, voulait &#171; &lt;i&gt;karcheriser&lt;/i&gt; &#187; la zone et y rejouer, &#171; &lt;i&gt; comme au Mali &lt;/i&gt; &#187;, l'op&#233;ration Serval. Son successeur, Bruno Retailleau, LR, ex-villi&#233;riste, exige le retour &#224; &#171; &lt;i&gt; la supr&#233;matie de la loi de la R&#233;publique sur la loi de la jungle&lt;/i&gt; &#187; pour r&#233;gler la &#171; &lt;i&gt;situation anarchique qui r&#232;gne&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un bien commun des luttes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus qu'un persistant obstacle &#224; un grand projet, c'est ce que repr&#233;sente la Zad qui les g&#234;ne, avec ses potagers collectifs, ses tonnes de patates et d'oignons produits, son bl&#233; qui nourrit la meunerie et la boulangerie, ses assembl&#233;es autogestionnaires. La Zad constitue d'ores et d&#233;j&#224; un bien commun des luttes. Un espace pr&#233;cieux, construit sur plusieurs ann&#233;es, qui a su d&#233;velopper la solidarit&#233; avec les migrants de Calais, des passerelles vers les quartiers populaires, avec les luttes en Russie, en Italie, en Angleterre. L'insoumission bouillonnante s'y passe all&#232;grement de police, de juges, de conseils municipaux, de chambres d'agriculture. Le partage, l'entraide, d'autres mani&#232;res de b&#226;tir sans permis de construire, de cultiver sans acte notari&#233;, de se nourrir en marge du capitalisme. Pour les partisans de l'ordre, mater cette r&#233;sistance est peut-&#234;tre plus urgent que couler leur b&#233;ton prometteur de dividendes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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