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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Caryl F&#233;rey, Indien du polar</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
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&lt;p&gt;Entre correction d'&#233;preuves et vir&#233;e en &#201;quateur, Caryl F&#233;rey, globe-trotter du roman noir, nous cause de Condor, son nouveau polar &#224; para&#238;tre le 17 mars. Fair-play et d&#233;conneur, il n'exige pas de relire ses propos : &#171; Je te fais confiance, hein, tu vas pas raconter que j'appelle &#224; voter Fillon ? &#187; CQFD : En 2012 sortait Mapuche, avec comme h&#233;ro&#239;ne, l'Indienne Jana. Quatre ans apr&#232;s, on quitte l'Argentine pour le Chili o&#249; on suit les aventures de sa s&#339;ur, Gabriela, vid&#233;aste militante, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no141-mars-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;141 (mars 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yohanne-Lamoulere-56" rel="tag"&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entre correction d'&#233;preuves et vir&#233;e en &#201;quateur, Caryl F&#233;rey, globe-trotter du roman noir, nous cause de &lt;i&gt;Condor&lt;/i&gt;, son nouveau polar &#224; para&#238;tre le 17 mars&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8202;Condor sortira dans la collection S&#233;rie noire chez Gallimard.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Fair-play et d&#233;conneur, il n'exige pas de relire ses propos : &#171; &lt;i&gt;Je te fais confiance, hein, tu vas pas raconter que j'appelle &#224; voter Fillon ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1660 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/p24-caryl-fe_rey-52842.jpg?1779614913' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Yohanne Lamoul&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : En 2012 sortait &lt;i&gt;Mapuche&lt;/i&gt;, avec comme h&#233;ro&#239;ne, l'Indienne Jana. Quatre ans apr&#232;s, on quitte l'Argentine pour le Chili o&#249; on suit les aventures de sa s&#339;ur, Gabriela, vid&#233;aste militante, accompagn&#233;e d'Esteban, avocat &#171; sp&#233;cialiste des causes perdues &#187;. Qu'est-ce qui t'a pouss&#233; &#224; poursuivre le filon indien ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Caryl F&#233;rey :&lt;/strong&gt; Lors de mon dernier voyage en Argentine, j'ai fait une incursion au Chili o&#249; j'ai rencontr&#233; des Mapuche. Il faut savoir qu'au Chili, contrairement &#224; l'Argentine, les activistes Mapuche sont consid&#233;r&#233;s comme terroristes. J'ai r&#233;cup&#233;r&#233; pas mal de mati&#232;re dont je n'ai pas pu me servir pour le bouquin argentin o&#249; j'avais d&#233;j&#224; &#233;norm&#233;ment &#224; dire avec les grands-m&#232;res de la Place-de-Mai. Du coup, l'id&#233;e d'un second bouquin s'est impos&#233;e. J'avais ador&#233; Jana, l'h&#233;ro&#239;ne de Mapuche, mais je ne pouvais pas la faire intervenir au Chili. Alors j'ai fait intervenir sa petite s&#339;ur, Gabriela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu ma&#238;trises les codes romanesques (amour, action, suspens...), et en m&#234;me temps, tes bouquins sont enrichis de passages historiques, politiques et sociaux. Au final, on a un objet dense, tr&#232;s ambitieux. Comment s'&#233;labore un &#171; noir &#187; de F&#233;rey ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le processus d'&#233;criture me prend quatre ans en tout. Je fais deux voyages. Le premier dure une ann&#233;e durant laquelle je fais du journalisme. Je lis des bouquins, vois des documentaires, les films de Patricio Guzm&#225;n par exemple. Je t&#226;te le terrain, je fais des rep&#233;rages. Apr&#232;s, j'&#233;cris pendant un an et demi. &#192; ce moment-l&#224;, l'histoire commence &#224; &#234;tre un peu en place. Ensuite, je fais un second voyage de deux mois o&#249; j'ai un itin&#233;raire pr&#233;cis et des entretiens pr&#233;vus. Enfin, je reviens en France et je r&#233;&#233;cris l'histoire pendant un an et demi. C'est long. Que ce soit l'Afrique du sud, l'Argentine ou le Chili, j'essaie de mettre un maximum d'informations politiques, sociales et ethniques. En m&#234;me temps, j'adore le roman. Il faut vraiment que le lecteur ait envie de tourner les pages et de savoir ce qui va arriver au h&#233;ros. Le plus dur, c'est de cr&#233;er cette empathie pour les personnages. L'id&#233;e, c'est de faire vibrer le lecteur avec eux pour qu'il soit impliqu&#233; dans les probl&#233;matiques du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une partie du bouquin se passe &#224; Poblaci&#243;n La Victoria, quartier tr&#232;s pauvre de Santiago. Que peux-tu nous dire de cet endroit ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Santiago est une ville assez triste. L'architecture est moche, c'est pollu&#233; et plein de bagnoles. C'est vraiment &#224; l'image de toute la politique men&#233;e depuis la chute d'Allende. Le seul quartier que j'ai trouv&#233; int&#233;ressant, c'est La Victoria. C'est la premi&#232;re &#171; &lt;i&gt;toma&lt;/i&gt; &#187; : prise de possession d'un immense terrain vague par des populations pauvres, en 1957. Il y avait une telle mis&#232;re au Chili que les gens se sont accapar&#233;s cet endroit pour survivre. Plusieurs gouvernements ont tent&#233; de les d&#233;loger. En vain. Allende est le seul qui a essay&#233; de rendre le quartier vivable &#224; travers un programme d'aides publiques (eau, &#233;lectricit&#233;, jardins, etc.). En 1973, quand Pinochet prend le pouvoir, la r&#233;pression a &#233;t&#233; tellement f&#233;roce que nombre de Chiliens ont d&#251; fuir le pays. Mais les gens de La Victoria &#233;taient tellement pauvres qu'ils ne pouvaient pas partir. Du coup, ils ont r&#233;sist&#233; avec les moyens du bord. On voit encore aujourd'hui sur les murs du quartier les fresques relatant les batailles contre les carabiniers. C'est vraiment un quartier embl&#233;matique. Ce qui est terrible, c'est que lors de la transition ayant mis fin &#224; la dictature, les membres de la Concertaci&#243;n&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Concertaci&#243;n de Partidos por la Democracia : coalition de gauche et du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; n'ont eu aucun mot pour eux. Autant les jeunes de La Victoria sont, comme partout, d&#233;politis&#233;s, autant les plus vieux qui ont r&#233;sist&#233; sont tr&#232;s amers. Je r&#233;sume &#231;a en disant que tout ce qu'a amen&#233; la d&#233;mocratie, c'est les &#233;crans plats et les t&#233;l&#233;phones portables. Cette amn&#233;sie historique, cette fa&#231;on de faire table rase du pass&#233;, est symptomatique du Chili.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; La Victoria, les gens ont &#233;t&#233; hyper accueillants alors qu'on y a d&#233;barqu&#233; un peu &#224; l'arrache. Mais &#231;a reste un endroit chaud. Dans le bouquin, il y a ce moment o&#249; Gabriela et Esteban vont chez les carabiniers apr&#232;s que des jeunes meurent par overdose. Les flics s'en foutent de leur histoire. Ce passage avec les carabiniers, je l'ai construit sur du v&#233;cu. Le pote qui m'accompagnait au Chili s'est fait braquer sa cam&#233;ra avec un flingue. Les t&#233;moins de la sc&#232;ne ont reconnu l'agresseur : El Chuque&lt;i&gt;El Chuque a tir&#233; son surnom du film d'horreur &lt;i&gt;Chucky&lt;/i&gt;, &#224; cause de ses balafres sur le visage.&lt;/i&gt;. Un gars connu comme le loup blanc. Les gens nous ont pouss&#233;s &#224; aller porter plainte, parce que eux, quand ils y allaient, les carabiniers s'en foutaient royalement. On y a &#233;t&#233;. Les flics, &#231;a les faisait chier grave de prendre notre d&#233;position : &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous foutez dans ce quartier, vous avez rien &#224; faire l&#224; !&lt;/i&gt; &#187; Je leur ai pas dit que j'&#233;tais &#233;crivain, juste que le matos vol&#233; co&#251;tait dans les deux mille euros. L&#224;, j'ai vu leur regard changer. Tout d'un coup, ils ont d&#233;p&#234;ch&#233; une patrouille pour retrouver El Chuque. Mais c'&#233;tait pas pour nous rendre la cam&#233;ra, c'&#233;tait dans le but de mettre la main dessus et la revendre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a un rapport de guerre civile larv&#233;e entre la population de La Victoria et les carabiniers&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier, il y a une t&#233;l&#233; communautaire, Se&#241;al-3. Des gens tr&#232;s sympas, formidables. Quand ils font des reportages qui ne plaisent pas aux flics, ces derniers font des descentes et saccagent le mat&#233;riel. &#192; La Victoria, les flics, c'est l'ennemi de la population. Il y a une vraie haine du pauvre, des classes laborieuses, au Chili.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1661 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH581/couv-condor2-782ea.jpg?1779602827' width='400' height='581' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nich&#233; dans &lt;i&gt;Condor&lt;/i&gt;, il y a un conte po&#233;tico-politique : &#171; L'Infini cass&#233; &#187;. Une parabole donquichottesque avec en filigrane la figure du chanteur V&#237;ctor Jara, tortur&#233; et ex&#233;cut&#233; par la junte. Quelle est la gen&#232;se de ce texte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette all&#233;gorie du n&#233;olib&#233;ralisme est un peu la pierre angulaire du livre. Le Chili est le premier pays &#224; avoir servi de cobaye aux chantres du n&#233;olib&#233;ralisme. Le conte existait avant le livre, mais j'avais la volont&#233; de l'ins&#233;rer dans un polar. Ce qui a &#233;t&#233; dur, c'est de faire rentrer ce texte assez long, une vingtaine de pages, dans la chair du roman. C'est Gabriela qui le lit, avec Esteban &#224; c&#244;t&#233; d'elle. On p&#233;n&#232;tre l'esprit des deux personnages et on voit na&#238;tre une sorte de lien mystique entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on trouve des polars tout faits. On te vend des m&#233;thodes pour &#233;crire. Un chapitre doit faire tant de pages avec un rebondissement &#224; la fin pour accrocher le lecteur. Le texte doit avancer vite. Si le polar doit juste devenir une technique pour alpaguer le gogo, &#231;a m'int&#233;resse pas du tout. Du coup, je pr&#233;f&#232;re mettre de la po&#233;sie, des choses hors cadre, mais qui restent du domaine du noir. L'id&#233;e, c'est de casser les codes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des Maoris aux Indiens Mapuches en passant par les Zoulous, d'o&#249; te vient cette fascination pour ces peuples dits autochtones ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pas r&#233;fl&#233;chi &#224; pourquoi je pr&#233;f&#233;rais le rock &#224; la vari&#233;t&#233;. C'est des choses que tu ressens. Quand j'&#233;tais gamin, j'&#233;tais d&#233;j&#224; fascin&#233; par les Indiens d'Am&#233;rique du Nord. &#192; travers tous ces peuples rencontr&#233;s, on retrouve les m&#234;mes probl&#233;matiques. Chez nous Occidentaux, la terre nous appartient. On met du barbel&#233; et on dit &#231;a c'est &#224; moi. Pour eux, c'est une ineptie totale : c'est nous qui appartenons &#224; la terre. On est absolument irr&#233;conciliables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 500 ans de colonisation, ces peuples ont beaucoup souffert. Quand je vois une population opprim&#233;e qui a tant de choses &#224; nous apprendre, c'est comme si on tuait une part de nous-m&#234;mes. Un chef sioux, au soir de sa vie, a dit : &#171; &lt;i&gt;Nous ne savions pas mentir, nous n'&#233;tions pas civilis&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; J'adore. Le mensonge pour eux, c'est le d&#233;shonneur total. Imagine si nos soci&#233;t&#233;s occidentales pouvaient assimiler un tant soit peu ce message, &#231;a changerait quand m&#234;me pas mal de trucs. Imagine un Cahuzac chez les Sioux : il serait banni &#224; vie !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#8202;&lt;i&gt;Condor&lt;/i&gt; sortira dans la collection S&#233;rie noire chez Gallimard.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Concertaci&#243;n de Partidos por la Democracia : coalition de gauche et du centre qui a dirig&#233; le pays de 1990 &#224; 2010.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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