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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; L'irr&#233;gularit&#233; enferme les sans-papiers dans une position de fragilit&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat. Pendant plusieurs ann&#233;es, le sociologue (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sasha-Wizel" rel="tag"&gt;Sasha Wizel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, nombre de travaux sur l'exil se sont concentr&#233;s sur les parcours migratoires. Cette pr&#233;occupation n&#233;cessaire en a &#233;clips&#233; une autre, qui fut longtemps un important cheval de bataille de la gauche : la question des personnes arriv&#233;es &#224; bon port, qui attendent souvent pendant plusieurs ann&#233;es leur r&#233;gularisation. Entretien avec le chercheur Stefan Le Courant, qui vient de publier &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4648 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200lecourant_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH574/1200lecourant_resultat-81d14.jpg?1783149108' width='500' height='574' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Sasha Wizel
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;endant plusieurs ann&#233;es, le sociologue Stefan Le Courant a enqu&#234;t&#233; dans un local de r&#233;tention administrative (LRA) et recueilli les t&#233;moignages de centaines de personnes en attente de r&#233;gularisation. Dans son livre &lt;i&gt;Vivre sous la menace &#8211; Les Sans-papiers et l'&#201;tat&lt;/i&gt;, paru au Seuil au mois d'avril, il d&#233;crit des existences sur le qui-vive en permanence. Des vies emprisonn&#233;es dans leur condition clandestine, emp&#234;ch&#233;es de se projeter vers l'avenir et, souvent, de tisser des liens solides avec leur environnement. Des existences invisibilis&#233;es, oubli&#233;es, soumises &#224; une implacable et absurde politique du chiffre des expulsions. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre livre sur la condition des sans-papiers en France s'intitule &lt;i&gt;Vivre sous la menace&lt;/i&gt;. Quelles sont celles qui p&#232;sent sur les personnes exil&#233;es en attente de r&#233;gularisation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La premi&#232;re menace &#224; laquelle on pense est &#233;videmment celle de l'expulsion vers le pays d'origine, mais en r&#233;alit&#233; elle se concr&#233;tise assez rarement : moins de 20 % des obligations de quitter le territoire fran&#231;ais (OQTF) sont ex&#233;cut&#233;es. En r&#233;alit&#233;, le seul fait de s&#233;journer irr&#233;guli&#232;rement en France &#233;tend la menace &#224; d'autres sph&#232;res : le risque quotidien, c'est alors d'&#234;tre contr&#244;l&#233;, arr&#234;t&#233;, enferm&#233;&#8230; avec toutes les cons&#233;quences que l'on suppose sur la vie de tous les jours, le travail, le logement, les relations personnelles&#8230; L'irr&#233;gularit&#233; enferme aussi les personnes dans une position de fragilit&#233; qui les expose &#224; toutes sortes d'abus de la part d'autres personnes qui exploiteraient leur faiblesse : employeurs, interm&#233;diaires ou logeurs. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vivre dans l'attente&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation passe par un v&#233;ritable parcours du combattant de plusieurs ann&#233;es, dont les personnes sortent souvent essor&#233;es, physiquement et psychologiquement&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Durant mon enqu&#234;te dans un local de r&#233;tention administrative (LRA), antichambre des centres de r&#233;tention administrative (CRA), j'ai en effet rencontr&#233; beaucoup de personnes dont la sant&#233; semblait d&#233;t&#233;rior&#233;e. Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e, du fait des conditions de vie pr&#233;caire, de travail et de logement&#8230; La sant&#233; mentale est aussi affect&#233;e ; c'est pour cela que j'ai tenu &#224; ce que le livre se termine sur ma rencontre avec un homme qui me semblait &#8220;fou&#8221;. Il r&#233;pondait &#224; c&#244;t&#233; de mes questions. J'ai mis du temps &#224; comprendre qu'&#224; mes interrogations juridiques &#8211; je remplissais en r&#233;tention une mission d'assistance juridique &#8211; il r&#233;pondait par une &#233;vocation, parfois confuse, de ses conditions de vie.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Tous les travaux sur la sant&#233; des personnes exil&#233;es montrent que celle-ci ne se d&#233;t&#233;riore pas uniquement dans le pays d'origine, ni m&#234;me pendant le voyage, mais surtout dans le pays d'arriv&#233;e. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les vies que j'ai observ&#233;es sont des existences sur le qui-vive, les personnes sont toujours en train de se demander o&#249; le danger va surgir, comment s'en pr&#233;munir, en qui elles peuvent avoir confiance&#8230; Les circonstances les conduisent &#224; se m&#233;fier d'un peu tout, au point que certaines d'entre elles d&#233;veloppent des obsessions. Un de mes interlocuteurs m'a dit un jour : &#8220;&lt;i&gt;Au moins, la prison, on sait quand &#231;a s'arr&#234;te&lt;/i&gt;.&#8221; Les personnes vivent suspendues dans un &#233;ternel pr&#233;sent, dans l'attente de la r&#233;gularisation, et nourrissent un sentiment d'incapacit&#233;, d'impuissance&#8230; Elles se retrouvent prises dans un monde o&#249; il est impossible de savoir quand l'irr&#233;gularit&#233; prendra fin, un monde dans lequel il est difficile de se projeter, tant l'avenir est conditionn&#233; par l'obtention des papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La vie sans papiers impacte aussi les relations personnelles&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela fait partie des choses qui m'ont surpris : jusqu'o&#249; l'irr&#233;gularit&#233; exerce ses effets chez certains. Beaucoup de personnes en couple avec une ou un sans-papiers se rendent compte, par exemple, du pouvoir que celui des deux qui a la nationalit&#233; fran&#231;aise finit par acqu&#233;rir (&#224; son corps d&#233;fendant) sur son conjoint. Les autorit&#233;s fran&#231;aises impliquent les deux conjoints dans les d&#233;marches administratives, demandent des preuves de la r&#233;alit&#233; de la relation et poussent les couples &#224; envisager rapidement le mariage puisqu'il s'agit de la seule union v&#233;ritablement reconnue&#8230; Des sentiments de l'un peut ainsi d&#233;pendre le s&#233;jour de l'autre.
C'est pourquoi beaucoup de sans-papiers h&#233;sitent &#224; dire qu'ils sont en situation irr&#233;guli&#232;re au d&#233;but d'une relation. Car ils ont int&#233;rioris&#233; la figure d&#233;pr&#233;ciative du sans-papiers qui serait un manipulateur ou un profiteur &#8211; tandis que son conjoint serait forc&#233;ment une victime, ou trop na&#239;f. En 2009, le ministre de l'Immigration &#201;ric Besson avait d&#233;nonc&#233; les &#8220;&lt;i&gt;mariages gris&lt;/i&gt;&#8221;, o&#249; l'un des &#233;poux abuse l'autre afin d'obtenir des papiers. C'est absurde : comment prouver devant un juge la r&#233;alit&#233; d'un sentiment ? Mais ce genre de d&#233;clarations a un impact politique, elles renforcent les clich&#233;s sur les sans-papiers et p&#232;sent sur la vie des personnes concern&#233;es. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dans le labyrinthe administratif&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Votre travail interroge beaucoup la question de l'acc&#232;s &#224; l'administration&#8230; Les rapports avec une bureaucratie &#233;trang&#232;re sont n&#233;cessairement compliqu&#233;s et anxiog&#232;nes, mais vous &#233;voquez aussi une &#171; &lt;i&gt;ins&#233;curit&#233; juridique&lt;/i&gt; &#187; li&#233;e aux fr&#233;quents changements des lois et des r&#232;glements, et aussi &#224; un certain arbitraire dans leur application. Comment &#231;a ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'application du droit des &#233;trangers rel&#232;ve moins de l'&lt;i&gt;arbitraire&lt;/i&gt;, au sens o&#249; il s'exercerait ind&#233;pendamment de lois et r&#232;glements existants, que du &lt;i&gt;discr&#233;tionnaire&lt;/i&gt;, dans la mesure o&#249; leur application est soumise &#224; l'interpr&#233;tation de l'administration. C'est d'ailleurs sa sp&#233;cificit&#233; : il y a tellement de lois et de circulaires qui se superposent, de pratiques possibles, que les agents en pr&#233;fecture ont la possibilit&#233; de s'appuyer sur des textes tr&#232;s diff&#233;rents qui leur permettent de justifier des d&#233;cisions souvent peu coh&#233;rentes. Ce pouvoir discr&#233;tionnaire fait partie de leurs attributions, il leur est explicitement confi&#233; par la pr&#233;fecture, par exemple lorsqu'elle leur demande d'&#233;valuer le niveau de langue d'un demandeur avant de lui d&#233;livrer un titre, alors qu'ils n'ont pas de comp&#233;tences sp&#233;cifiques pour le faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; l'impression, chez beaucoup de sans-papiers, qu'il y a des incoh&#233;rences, que les choses ne marchent pas comme elles devraient. S'impose alors l'id&#233;e que la loi et le droit ne sont pas stables, qu'ils ne permettent pas r&#233;ellement de comprendre la situation ni de s'orienter concr&#232;tement. L'exemple typique, c'est quand un demandeur apprend que quelqu'un qui est arriv&#233; en France apr&#232;s lui a re&#231;u des papiers avant lui. Les sans-papiers passent beaucoup de temps &#224; s'interroger sur les d&#233;cisions de l'administration, &#224; essayer de se rep&#233;rer dans leurs m&#233;andres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Surtout que la r&#233;gularisation ne passe pas forc&#233;ment par les formes l&#233;gales...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dans ce labyrinthe, il n'est pas toujours facile de distinguer voies l&#233;gales et ill&#233;gales. On peut prendre l'exemple de cette ancienne employ&#233;e de pr&#233;fecture que j'ai nomm&#233;e Sabrina, qui monnaye ses comp&#233;tences en pr&#233;parant des dossiers de demande de r&#233;gularisation. Certains de mes interlocuteurs qui avaient eu affaire &#224; elle ne savaient pas si son intervention &#233;tait tout &#224; fait l&#233;gale &#8211; d'autant qu'en effet, ses comp&#233;tences tiennent sans doute autant &#224; son savoir-faire en mati&#232;re de constitution des dossiers qu'&#224; ses contacts &#224; la pr&#233;fecture ! Tout le monde sait ce qu'est une &#8220;vraie&#8221; carte de s&#233;jour mais les voies pour l'obtenir sont moins &#233;videntes : les sans-papiers ont donc l'impression d'errer dans un univers opaque o&#249; ils cherchent des interstices. Ce sont des qu&#234;tes tr&#232;s solitaires, qui n'encouragent pas &#224; mettre en commun le savoir. Beaucoup ont int&#233;gr&#233; le discours du &#8220;seuil&#8221;, de la &#8220;capacit&#233; maximale d'accueil des &#233;trangers sur le territoire&#8221; &#8211; discours qui rel&#232;ve du politique et pas d'une quelconque r&#233;alit&#233; d&#233;mographique. Les demandeurs s'estiment ainsi souvent en comp&#233;tition les uns contre les autres. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation signifie-t-elle au moins la fin des probl&#232;mes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la grande d&#233;sillusion de beaucoup de mes interlocuteurs. Dans leur esprit, le jour o&#249; ils obtiendront des papiers sera aussi celui o&#249; ils pourront retourner voir leurs parents &#8211; quand je leur demandais ce qu'ils feraient quand ils seraient r&#233;gularis&#233;s, &#231;a venait toujours en premier &#8211; et travailler normalement. Mais en r&#233;alit&#233;, m&#234;me avec des papiers, ils ne sont pas forc&#233;ment qualifi&#233;s, ils subissent le racisme et se retrouvent en fait cantonn&#233;s aux m&#234;mes t&#226;ches subalternes qu'avant, au moins les premi&#232;res ann&#233;es apr&#232;s leur r&#233;gularisation. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous &#233;voquez une &#171; &lt;i&gt;politique d'expulsion qui n'expulse pas&lt;/i&gt; &#187;. C'est absurde&#8230; Quelle est selon vous la finalit&#233; de ce syst&#232;me ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout cela part du constat que les &#201;tats n'arrivent pas &#224; appliquer leur souverainet&#233; dans le sens d'un contr&#244;le effectif des personnes qui entrent sur leur territoire. Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire, dans un contexte plus g&#233;n&#233;ral d'encadrement des populations jug&#233;es ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Ces politiques mettent donc en place un autre type de contr&#244;le de la population, en tra&#231;ant des fronti&#232;res &#224; l'int&#233;rieur m&#234;me du territoire. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de s'entendre pour accueillir les migrants, les pays europ&#233;ens se livrent &#224; une concurrence par le bas dans l'espoir qu'ils se rabattront sur celui d'&#224; c&#244;t&#233;, o&#249; les conditions de vie seraient un peu moins hostiles, o&#249; le harc&#232;lement policier serait un peu moins syst&#233;matique. Mais ces politiques n'ont pas beaucoup d'influence sur les parcours individuels : les circulations ne sont pas fonction des l&#233;gislations mais des liens familiaux ou communautaires, des histoires coloniales&#8230; Calais en est un bon exemple : aussi ferm&#233;e que paraisse la fronti&#232;re, les gens continuent de vouloir passer en Angleterre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Travailler sans papiers&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le maintien de travailleurs sans-papiers dans l'ill&#233;galit&#233; fournit &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre particuli&#232;rement corv&#233;able et docile, qui ne jouit d'aucun droit social. Dans quelle mesure ce march&#233; du travail &lt;i&gt;bis &lt;/i&gt;constitue-t-il une &#171; finalit&#233; cach&#233;e &#187; de la politique migratoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains chercheurs voudraient trouver une fonction &#224; ces politiques r&#233;pressives, avec l'id&#233;e que l'&#201;tat fournirait ainsi &#224; l'&#233;conomie une main-d'&#339;uvre corv&#233;able. C'est s&#233;duisant en th&#233;orie : en effet, les travailleurs sans-papiers sont cantonn&#233;s &#224; des t&#226;ches peu r&#233;mun&#233;ratrices et se comportent souvent en employ&#233;s mod&#232;les afin de ne pas attirer l'attention. Mais pour un patron, il n'est pas toujours avantageux d'employer un sans-papiers qui risque en permanence de se faire arr&#234;ter et de quitter son poste du jour au lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette lecture est donc un peu r&#233;ductrice. Entre le patron exploiteur et celui qui aide son employ&#233; &#224; obtenir ses papiers, entre les sans-papiers travaillant dans des conditions proches de l'esclavage moderne (priv&#233;s de passeport, vivant au domicile de leurs patrons, pas ou rarement pay&#233;s) et d'autres qui jouissent des conditions normales d'un travail r&#233;gulier avec cong&#233;s pay&#233;s et paiement des heures suppl&#233;mentaires, les situations sont tr&#232;s vari&#233;es. Le &#8220;travail au noir&#8221; n'est pas l'apanage des seuls sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers &#233;clatent r&#233;guli&#232;rement, qui d&#233;bouchent parfois sur la r&#233;gularisation d'une partie des gr&#233;vistes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;but de mon travail correspond avec les grandes gr&#232;ves de travailleurs sans-papiers de 2006-2009. Les chercheurs qui les ont suivies de pr&#232;s ont montr&#233; comment le droit au travail a pu servir de support au droit au s&#233;jour&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Avec ces mobilisations, on s'est rendu compte que beaucoup de travailleurs sans-papiers &#233;taient en fait r&#233;guliers, avaient des fiches de paie, payaient des imp&#244;ts, etc., en utilisant les papiers d'autres personnes. Les gr&#232;ves ont ainsi permis de faire exister la figure du travailleur sans-papiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;gularisation g&#233;n&#233;rale des sans-papiers a longtemps fait partie des revendications traditionnelles de la gauche, qui l'a d'ailleurs partiellement mise en &#339;uvre en 1981 et 1997. Or vous signalez que cette question s'est aujourd'hui d&#233;politis&#233;e, au point de dispara&#238;tre du d&#233;bat public. Pourquoi ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On peut &#233;videmment signaler le glissement du champ politique vers la droite, dans un contexte o&#249; l'&#201;tat est de moins en moins capable d'intervenir sur l'&#233;conomie et se concentre d'autant plus sur ses pouvoirs r&#233;galiens, notamment autour des questions migratoires. Un tournant important a &#233;t&#233; celui de la politique du chiffre, mise en place suite &#224; la loi organique de 2001 relative aux lois de finances, qui organise le budget de l'&#201;tat en fonction de missions et d'objectifs &#224; atteindre, et que Nicolas Sarkozy a mise en application &#224; l'&#233;poque o&#249; il &#233;tait ministre de l'Int&#233;rieur (2002-2004 et 2005-2007). D&#232;s lors, toute la cha&#238;ne du contr&#244;le, du policier de terrain au pr&#233;fet, est soumise &#224; des obligations de r&#233;sultat chiffr&#233;es. Cette politique exerce donc des effets concrets sur les sans-papiers. Depuis 2012, il n'existe officiellement plus d'objectifs chiffr&#233;s. En r&#233;alit&#233;, toute la politique n'est &#233;valu&#233;e qu'en fonction du nombre de personnes expuls&#233;es ; c'est l&#224;-dessus que communique le ministre de l'Int&#233;rieur. Or, &#224; partir du moment o&#249; le chiffre devient une finalit&#233;, l'impact social ou politique, ou l'efficacit&#233; d'une politique, ne sont plus interrog&#233;s. La politique du chiffre exclut du d&#233;bat public la question de la pertinence ou de la l&#233;gitimit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en voit le r&#233;sultat aujourd'hui : au d&#233;but des ann&#233;es 1980, quand un r&#233;gime de r&#233;tention sp&#233;cifique a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour les &#233;trangers en situation irr&#233;guli&#232;re, cela a suscit&#233; d'&#233;normes d&#233;bats. Aujourd'hui, ce n'est plus du tout discut&#233;, y compris par la gauche. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pierre Barron, Anne Bory, S&#233;bastien Chauvin, Nicolas Jounin et Lucie Tourette, &lt;i&gt;On bosse ici, on reste ici&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! &#8211; La Gr&#232;ve des sans-papiers : une aventure in&#233;dite&lt;/i&gt;, La D&#233;couverte, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>&#171; Les pays europ&#233;ens se sont habitu&#233;s &#224; la violence contre les migrants &#187;</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-pays-europeens-se-sont</link>
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		<dc:date>2022-05-06T10:50:24Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec le sp&#233;cialiste des migrations et g&#233;ographe Olivier Clochard, qui retrace des d&#233;cennies de faillite g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'Europe concernant l'accueil des migrants. Olivier Clochard est g&#233;ographe au CNRS, sp&#233;cialiste des migrations. Depuis des ann&#233;es, il op&#232;re un travail critique des politiques europ&#233;ennes en la mati&#232;re, et a notamment publi&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 la premi&#232;re carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe. Il a &#233;galement dirig&#233; l'impressionnant travail de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/annees" rel="tag"&gt;ann&#233;es&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/politiques-europeennes" rel="tag"&gt;politiques europ&#233;ennes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec le sp&#233;cialiste des migrations et g&#233;ographe Olivier Clochard, qui retrace des d&#233;cennies de faillite g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'Europe concernant l'accueil des migrants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4532 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;202&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200clochard1_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200clochard1_resultat-2-9a01f.jpg?1782853070' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photographie de Louis Witter. L&#233;gende : Des jeunes marocains tentent de franchir les barri&#232;res du port de Ceuta, qui m&#232;nent aux ferries &#224; destination de l'Espagne. Le 17 f&#233;vrier 2019 &#224; Ceuta, Espagne.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;livier Clochard est g&#233;ographe au CNRS, sp&#233;cialiste des migrations. Depuis des ann&#233;es, il op&#232;re un travail critique des politiques europ&#233;ennes en la mati&#232;re, et a notamment publi&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 la premi&#232;re carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe. Il a &#233;galement dirig&#233; l'impressionnant travail de documentation qu'est l'&lt;i&gt;Atlas des migrants en Europe&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Atlas des migrants en Europe &#8211; Approche critique des politiques migratoires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Dans cet entretien, il dresse le portrait d'une Europe toujours plus cadenass&#233;e, semant violence et mort &#224; l'encontre des personnes en exil tentant de la rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les politiques europ&#233;ennes en mati&#232;re de migration donnent l'impression d'un processus de durcissement acc&#233;l&#233;r&#233;, tout en s'inscrivant dans un temps long&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette situation s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1990, avec la mise en place de l'espace Schengen et la communautarisation des politiques d'asile et d'immigration. Il y a eu &#224; partir de cette &#233;poque un renforcement des contr&#244;les, notamment aux fronti&#232;res ext&#233;rieures de cet espace. Une politique qui ne concernait plus seulement l'int&#233;rieur de l'Europe mais &#233;galement l'espace m&#233;diterran&#233;en, provoquant de plus en plus de d&#233;c&#232;s : noyades dans des rivi&#232;res et fleuves frontaliers comme l'&#201;vros &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque, morts par hypothermie dans les massifs montagneux ; et puis de nombreux naufrages, devenus malheureusement une banalit&#233;. Cela a men&#233; &#224; cette s&#233;quence terrible en 2015, o&#249; plusieurs bateaux charg&#233;s de centaines de personnes ont sombr&#233; en M&#233;diterran&#233;e. De 2014 &#224; 2016, le bilan dans la partie centrale de cette mer s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 12 000 personnes noy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;currence des naufrages est d&#233;sormais entr&#233;e dans une forme de normalit&#233;, tr&#232;s inqui&#233;tante. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les pays europ&#233;ens se sont habitu&#233;s &#224; la violence &#224; l'encontre des migrants. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, c'&#233;tait plus discret mais pas moins violent, &#224; l'image de policiers marocains crevant avec des couteaux des bateaux pneumatiques en pleine mer. Aujourd'hui, nous avons affaire &#224; une violence assum&#233;e. Par exemple avec le cas des 19 migrants morts de froid apr&#232;s avoir &#233;t&#233; refoul&#233;s et d&#233;pouill&#233;s de leurs habits &#224; la fronti&#232;re grecque, en f&#233;vrier dernier. Des cas graves qui ne suscitent pas de r&#233;action &#8211; hormis de la part de certains m&#233;dias, ONG et militants tentant d'interpeller les responsables, sans effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en tout cas acter qu'il y a d&#233;sormais une certaine acceptation de la brutalit&#233;. Certes, cela ne se voit pas vraiment dans les textes europ&#233;ens, o&#249; la question des renvois et des refoulements s'exprime de mani&#232;re feutr&#233;e, euph&#233;mis&#233;e. Sur le terrain, par contre, &#231;a se d&#233;cline de mani&#232;re tr&#232;s brutale. Il y a de multiples cas. Par exemple les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt; en mer &#201;g&#233;e, o&#249; des agents des forces de l'ordre tapent avec des perches sur les personnes dans les navires. Nous pourrions aussi mentionner ce qui se passe &#224; Calais, avec des expulsions presque quotidiennes et o&#249;, devant l'important renforcement des contr&#244;les frontaliers, les exil&#233;s tentent la travers&#233;e du d&#233;troit sur de fr&#234;les embarcations, conduisant l&#224; aussi &#224; de nombreux naufrages. Ce sont des choses que je croyais impensables jusqu'il y a peu. En 2015 encore, il y avait une certaine attention &#224; ces questions, bien symbolis&#233;e par le film &lt;i&gt;Welcome&lt;/i&gt; de Vincent Lindon (2009), mettant en sc&#232;ne une approche humaniste de la question calaisienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble qu'il aurait pu y avoir un changement de cap en 2015, avec l'Allemagne ouvrant ses portes et la m&#233;diatisation de la mort du petit Aylan Kurdi. Or c'est l'inverse qui s'est pass&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;tant donn&#233; la guerre en Syrie qui durait depuis quatre ans, on aurait certes pu penser qu'il y aurait une v&#233;ritable prise de conscience, similaire &#224; ce qu'on a r&#233;cemment vu avec l'Ukraine. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; le cas. Et on s'est content&#233; de poursuivre la politique s&#233;curitaire li&#233;e &#224; la communautarisation des politiques europ&#233;ennes d'asile et d'immigration, avec notamment une augmentation importante des barri&#232;res (Ceuta, Melilla, fronti&#232;res entre la Turquie et la Gr&#232;ce ou la Bulgarie, etc.) et des moyens de contr&#244;le technologiques (drones, enregistrement des empreintes digitales, etc.). Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, des entreprises priv&#233;es sont &#224; la man&#339;uvre pour profiter de ce march&#233; juteux. La Commission europ&#233;enne a ainsi propos&#233; d&#232;s 2002 la mise en place d'un groupe de recherche europ&#233;en sur la s&#233;curit&#233;, charg&#233; de travailler sur &#8220;&lt;i&gt;la gestion int&#233;gr&#233;e des fronti&#232;res&lt;/i&gt;&#8221; des &#233;tats membres. Et en 2004, on a fait appel &#224; diverses entreprises comme Airbus et Thales en France, Ericsson en Su&#232;de ou Indra en Espagne, qui participent &#224; la conception des technologies &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment. Tous participent &#224; ces recherches, promeuvent intens&#233;ment l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; d'un contr&#244;le renforc&#233;, avec un fort lobbying aupr&#232;s des instances europ&#233;ennes. Et tout cela est men&#233; de mani&#232;re relativement opaque. Cela conduit &#224; un effet boucle, avec application de ces mesures dans tout l'espace europ&#233;en, sans aucune prise en compte des recherches sur les migrations. La critique n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, comme le montre l'exemple de la situation migratoire autour du mur entre la Serbie et la Hongrie, les gens passent quand m&#234;me. Au fond, les murs et leur attirail technologique ne sont pas tr&#232;s efficaces, et contribuent simplement &#224; rendre encore plus dure l'existence des personnes exil&#233;es. Je me souviens d'avoir particip&#233; en 2015-2016 &#224; un groupe de travail diligent&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur Bernard Cazeneuve et cens&#233; proposer des pistes pour am&#233;liorer la situation migratoire &#224; Calais. Avec la sociologue Karen Akoka, nous avions pos&#233; cette question : est-ce qu'il ne faudrait pas commencer par faire un bilan des politiques men&#233;es depuis pr&#232;s de quinze ans, notamment sur le plan financier ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Au fond, les murs et leur attirail technologique ne sont pas tr&#232;s efficaces, et contribuent simplement &#224; rendre encore plus dure l'existence des personnes exil&#233;es. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notre requ&#234;te n'a pas &#233;t&#233; accept&#233;e. Et c'est pareil dans toute l'Europe : on investit &#233;norm&#233;ment d'argent dans des dispositifs de contr&#244;le sans se soucier des effets, notamment sur les principaux concern&#233;s, mais aussi sur la constitution de r&#233;seaux de passeurs toujours plus puissants &#8211; plus il y a d'obstacles, plus ils sont n&#233;cessaires. On ne prend jamais &#231;a en compte. Ni l'aspect moral, ni l'aspect financier. Et on poursuit la mise en place de ces dispositifs, alors m&#234;me que les gens continuent d'arriver et sont maintenus dans des conditions tr&#232;s difficiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4533 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;314&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200clochard2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200clochard2_resultat-73b76.jpg?1782853070' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photographie de Louis Witter. L&#233;gende : Dans les blocs de b&#233;ton du port dorment tous ceux qui ne vont ni au centre pour mineurs, ni au centre pour majeurs. Zakaria se r&#233;veille aux alentours de huit heures. Pour se laver un peu, il r&#233;cup&#232;re de l'eau de mer dans un petit seau. Le 22 f&#233;vrier 2019 &#224; Ceuta, Espagne.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re &#233;volution inqui&#233;tante, la d&#233;cision du Royaume-Uni d'externaliser les demandes d'asile au Rwanda...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, c'est une id&#233;e ancienne. En 1986, le Danemark avait d&#233;j&#224; avanc&#233; une proposition similaire devant les Nations unies, reprise en 1994 par les Pays-Bas dans un cadre intergouvernemental. Mais ces deux intentions &#233;taient rest&#233;es &#224; l'&#233;tat de projet. Cette volont&#233; de d&#233;l&#233;guer le traitement de l'asile &#224; d'autres pays que celui o&#249; est la personne trouve aussi ses origines dans la convention de Dublin de 1990, transform&#233;e en r&#232;glement en 2003. Ses dispositions r&#233;pondent &#224; l'obsession des &#201;tats de renvoyer les requ&#233;rants dans le pays par lequel ils sont entr&#233;s en Europe. Cette r&#233;glementation engendre un fort d&#233;s&#233;quilibre entre &#201;tats et prend tr&#232;s peu en compte les projets de vie des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e, remise &#224; l'ordre du jour par le Royaume-Uni, a &#233;t&#233; plusieurs fois propos&#233;e par le pass&#233;, notamment en 2003, avec d&#233;j&#224; les Britanniques aux manettes, sugg&#233;rant que les migrants soient renvoy&#233;s dans des camps &#224; l'ext&#233;rieur de l'Union europ&#233;enne (UE). En 2004, les ministres italien et allemand de l'Int&#233;rieur ont cherch&#233; eux aussi &#224; externaliser la proc&#233;dure de demande d'asile, en utilisant l'euph&#233;misme &#8220;&lt;i&gt;guichet europ&#233;en de l'immigration&lt;/i&gt;&#8221;. Aucune de ces tentatives n'a &#233;t&#233; suivie. Mais elles correspondaient &#224; des coups de boutoir dans les politiques d'asile, de plus en plus forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le Rwanda, il y a aussi eu une construction progressive de son r&#244;le. Je vous renvoie notamment &#224; une note d'actualit&#233; du r&#233;seau Migreurop, &#8220;Prot&#233;ger et contr&#244;ler, les deux visages du HCR&#8221; &lt;i&gt;[mai 2020]&lt;/i&gt;. On y montrait que l'Europe n'accueillait pas de r&#233;fugi&#233;s touch&#233;s par le conflit libyen et que le Rwanda jouait un r&#244;le notable dans le dispositif mis en place par l'UE pour accueillir les &#233;trangers en tr&#232;s grande difficult&#233; dans le pays, en &#233;change de millions de dollars. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a de plus en plus d'acteurs impliqu&#233;s et des ramifications d'une complexit&#233; assez effarante...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, les cas sont multiples. De la Libye que l'on paye pour retenir les migrants dans les conditions que l'on sait aux pays dits de &#8220;transit&#8221;, comme la Serbie, somm&#233;s de s'impliquer davantage en &#233;change notamment d'une politique de visas plus favorable pour leurs ressortissants. En tout cas, on s'oriente de plus en plus vers les pays frontaliers de l'UE. Avec une politique europ&#233;enne de voisinage &#224; partir de 2001. Ou les partenariats pour la mobilit&#233; (PPM) mis en place avec la Tunisie, la Moldavie, etc., qui visent &#224; favoriser certaines &#8220;migrations choisies&#8221;, ce qui induit &#233;galement l'id&#233;e de formaliser davantage l'approche europ&#233;enne restrictive des migrations. Ou bien l'enchev&#234;trement d'accords bilat&#233;raux et multilat&#233;raux entre &#201;tats de l'UE et pays africains. L'id&#233;e, c'est qu'on facilite certaine mobilit&#233;s &#8220;choisies&#8221; et que, de l'autre c&#244;t&#233;, on renforce les contr&#244;les migratoires vis-&#224;-vis d'autres personnes qualifi&#233;es d'ind&#233;sirables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce paysage vient s'ajouter le pacte europ&#233;en sur la migration et l'asile de 2020, que la chercheuse Claire Rodier qualifiait r&#233;cemment d' &#171; usine &#224; gaz &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce pacte fourre-tout vient renforcer l'id&#233;e de mettre en place de grands centres de transit, comme en Gr&#232;ce par exemple avec les &lt;i&gt;hotspots&lt;/i&gt;, pour op&#233;rer des tris entre, d'un c&#244;t&#233;, celles et ceux que les &#201;tats consentent &#224; accepter et, de l'autre, celles et ceux que les autorit&#233;s rejettent, soit en les expulsant de l'UE, soit en laissant les personnes enferm&#233;es dans des situations d&#233;gradantes et inhumaines. Il est certes rappel&#233; dans ce pacte le &#8220;&lt;i&gt;plein respect du principe de non-refoulement&lt;/i&gt;&#8221; ou plus largement le &#8220;&lt;i&gt;respect des droits fondamentaux&lt;/i&gt;&#8221;. Mais dans le m&#234;me temps est annonc&#233; le renforcement des contr&#244;les policiers. Si ce pacte n'est pas encore appliqu&#233;, il s'inscrit en tout cas dans la droite ligne des politiques de ces trente derni&#232;res ann&#233;es. Et il ne va clairement pas vers davantage de simplification&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'on en parle moins depuis le d&#233;but de la guerre en Ukraine, qui a mis en lumi&#232;re la dimension diff&#233;renci&#233;e des politiques men&#233;es &#8211; et le racisme latent des mesures appliqu&#233;es &lt;i&gt;[lire p. VIII]&lt;/i&gt;. Si les dispositifs europ&#233;ens mis en place pour les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens soulignent la n&#233;cessit&#233; de venir en aide aux personnes en qu&#234;te de protection, ces m&#233;canismes &#233;voquent &#233;galement des formes de racisme profond&#233;ment ancr&#233;es dans nos soci&#233;t&#233;s. Par exemple &#224; Calais, la maire Natacha Bouchart (ex-LR qui vient de rallier le pr&#233;sident de la R&#233;publique) et la sous-pr&#233;fecture ont mis &#224; disposition l'auberge de jeunesse pour les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens, alors qu'ils appliquent depuis des ann&#233;es une politique tr&#232;s restrictive &#224; l'encontre des migrants en transit sur leur territoire (&#233;vacuation de squats, d&#233;mant&#232;lement de camps informels, interdiction &#224; certaines associations de fournir de la nourriture, etc.). On a entendu des d&#233;clarations &#233;c&#339;urantes sur les&lt;i&gt; bons&lt;/i&gt; r&#233;fugi&#233;s ukrainiens. Un journaliste britannique de la BBC a &#233;voqu&#233; &#8220;&lt;i&gt;des gens avec des yeux bleus et des cheveux blonds&lt;/i&gt;&#8221;. En tout cas, la proc&#233;dure de r&#233;ponse &#224; un &#8220;afflux massif&#8221; a &#233;t&#233; mise en place pour l'Ukraine. Ce qui est une tr&#232;s bonne chose. Mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas dans le pass&#233;, par exemple en 2011 avec le Printemps arabe, alors que Malte et l'Italie faisaient des demandes en ce sens. Ni en 2015 avec la crise syrienne ou en 2021 avec l'Afghanistan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tableau trac&#233; est noir. Y a-t-il des lueurs d'espoirs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il convient d&#233;j&#224; de rappeler qu'il y a beaucoup de gens et d'associations qui m&#232;nent un travail critique et humanitaire. On peut esp&#233;rer qu'&#224; un moment cela produise des effets sur la soci&#233;t&#233;, qu'il y ait une vraie r&#233;flexion. Et l'exemple ukrainien a montr&#233; une chose : quand on veut mettre les moyens d'un v&#233;ritable accueil, on peut. Mais ces questions ne sont pour l'instant pas prises en compte par les responsables politiques, les seuls sans doute &#224; m&#234;me de faire changer de cap les politiques migratoires des pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'exemple ukrainien a montr&#233; une chose : quand on veut mettre les moyens d'un v&#233;ritable accueil, on peut. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il y a beaucoup d'outils que l'on peut mobiliser. De mon c&#244;t&#233;, c'est la g&#233;ographie. Spatialiser les questions migratoires permet de rassembler des informations et des &#233;l&#233;ments dispers&#233;s dans un texte, de faire prendre conscience d'une situation dont on entend parler par intermittence. Pour la question des morts aux fronti&#232;res, des camps, des accords, &#231;a apporte quelque chose, &#231;a appuie le d&#233;veloppement des analyses critiques. La carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe que j'avais r&#233;alis&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2000 est toujours actualis&#233;e aujourd'hui, notamment par le g&#233;ographe Nicolas Lambert&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment &#171; Les damn&#233;&#183;es de la mer &#187;, sur le site de Migreurop (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, rappelant le co&#251;t humain terrible des politiques europ&#233;ennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Atlas des migrants en Europe &#8211; Approche critique des politiques migratoires&lt;/i&gt;, Armand Colin, 2017, sous l'impulsion du r&#233;seau Migreurop.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article3026.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les damn&#233;&#183;es de la mer &#187;&lt;/a&gt;, sur le site de Migreurop (05/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Victoria Lomasko : &#171; J'ai d&#251; m'enfuir &#224; mon tour... &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec l'artiste russe en exil Victoria Lomasko, dont les reportages dessin&#233;s auscultent la Russie de Poutine et donnent la parole &#224; celles et ceux qui ne l'ont jamais. Des voix qui prennent aux tripes. Inattendues. Souvent paum&#233;es. Ou en col&#232;re. Il y a cette ancienne enseignante sans domicile, regard triste, &#233;perdue : &#171; Mon fils s'est empar&#233; de ma chambre dans la baraque et m'a dit : &#8220;Va-t-en, je veux boire librement.&#8221; &#187; Cet ado griffonnant dans le cadre d'un atelier de dessin (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no208-avril-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;208 (avril 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-autres" rel="tag"&gt;d'autres&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/guerre" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Russie" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pussy-Riot" rel="tag"&gt;Pussy Riot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/D-autres-Russies" rel="tag"&gt;D'autres Russies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Russies" rel="tag"&gt;Russies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Moscou" rel="tag"&gt;Moscou&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L111xH150/vic1-a4d04-bb45c.png?1782908699' class='spip_logo spip_logo_right' width='111' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec l'artiste russe en exil Victoria Lomasko, dont les reportages dessin&#233;s auscultent la Russie de Poutine et donnent la parole &#224; celles et ceux qui ne l'ont jamais.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4486 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;75&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria4_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200victoria4_resultat-2-df2c6.jpg?1782908699' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Tous les dessins illustrant cet entretien sont sign&#233;s de Victoria Lomasko
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;es voix qui prennent aux tripes. Inattendues. Souvent paum&#233;es. Ou en col&#232;re. Il y a cette ancienne enseignante sans domicile, regard triste, &#233;perdue : &#171; &lt;i&gt;Mon fils s'est empar&#233; de ma chambre dans la baraque et m'a dit : &#8220;Va-t-en, je veux boire librement.&lt;/i&gt;&#8221; &#187; Cet ado griffonnant dans le cadre d'un atelier de dessin organis&#233; dans une colonie p&#233;nitentiaire : &#171; &lt;i&gt;Je dessine ma haine contre le monde entier. &#187;&lt;/i&gt; Ces travailleuses du sexe de Nijni Novgorod qui se marrent : &#171; &lt;i&gt;On tient le coup gr&#226;ce au rire &#8211; et &#224; la vodka.&lt;/i&gt; &#187; Ou bien cette manifestante &#224; toque motif crabe, 73 ans, enflamm&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Bravo, les Pussy Riot ! J'aurais chant&#233; avec vous : &#8220;Sainte Vierge, chasse Poutine !&#8221; &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces voix, c'est le terreau o&#249; Victoria Loumasko puise ses enqu&#234;tes graphiques. &lt;i&gt;D'autres Russies&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; en fran&#231;ais chez les camarades de The Hoochie Coochie en 2018, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, recueil de reportages dessin&#233;s entre 2008 et 2016, livre le portrait d'une Russie tout sauf monolithique, abonn&#233;e &#224; la mis&#232;re et &#224; la d&#233;merde. Le livre faisait suite &#224; son reportage sur le proc&#232;s ubuesque en 2006 des organisateurs d'une exposition scandale, &lt;i&gt;L'Art interdit&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En collaboration avec Anton Nikola&#239;ev, The Hoochie Coochie, 2014.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, qui montrait n&#233;anmoins une certaine pugnacit&#233; de la sc&#232;ne artistique moscovite malgr&#233; la r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela semble loin maintenant. Et Victoria a quitt&#233; en urgence son pays apr&#232;s l'invasion de l'Ukraine. C'est donc de Bruxelles qu'a r&#233;pondu &#224; nos questions celle dont les livres n'ont jamais &#233;t&#233; publi&#233;s en Russie et qui va bient&#244;t sortir dans plusieurs pays europ&#233;ens&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Notamment en France (toujours chez The Hoochie Coochie), en Allemagne et en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; un nouvel ouvrage intitul&#233; &lt;i&gt;Le Dernier artiste sovi&#233;tique&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4490 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria8_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200victoria8_resultat-14cf8.jpg?1782908699' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous avez r&#233;cemment quitt&#233; la Russie. Vous vous sentiez directement menac&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; quelles menaces ai-je &#233;t&#233; pr&#233;cis&#233;ment confront&#233;e ? C'est la question qu'on me pose &#224; chaque entretien, ces derni&#232;res ann&#233;es. Malheureusement, je ne peux pas divertir le public occidental avec des histoires comme celles des Pussy Riot. Je n'ai pas &#233;t&#233; en prison, je n'ai subi ni perquisitions, ni interrogatoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tant qu'artiste documentant la r&#233;alit&#233;, j'ai employ&#233; une autre strat&#233;gie : me faire la plus discr&#232;te possible pour pouvoir poursuivre mon travail au long cours. Il y a trois ans, j'ai demand&#233; &#224; un avocat ce qu'il se passerait si mon livre &lt;i&gt;D'autres Russies&lt;/i&gt; &#8211; qui a &#233;t&#233; traduit en six langues &#8211; &#233;tait publi&#233; dans le pays. Il m'a r&#233;pondu qu'il enfreignait tant les nouvelles lois r&#233;pressives que l'&#233;diteur &#233;ventuel et moi encourions jusqu'&#224; dix ans de prison. Sachant cela, je suis malgr&#233; tout rest&#233;e en Russie o&#249; j'ai r&#233;alis&#233; de nouvelles &#339;uvres qui auscultent et critiquent le r&#233;gime poutinien. Mais c'&#233;tait impossible de montrer ce genre de choses en Russie. Elles n'ont donc &#233;t&#233; publi&#233;es et expos&#233;es qu'&#224; l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me sans la guerre, j'aurais t&#244;t ou tard fini sur la liste des &#8220;agents de l'&#233;tranger&#8221; en raison de mes activit&#233;s. Aujourd'hui, cette liste a &#233;t&#233; remplac&#233;e par celle des &#8220;nationaux-tra&#238;tres&#8221;. Critiquer le r&#233;gime, collaborer avec des organisations occidentales ou se dire oppos&#233; &#224; la guerre en Ukraine sont d&#233;sormais des crimes graves en Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand j'ai compris que les fronti&#232;res &#233;taient presque toutes ferm&#233;es et qu'&#224; l'int&#233;rieur du pays un grand nettoyage des dissidents avait lieu, j'ai achet&#233; un billet d'avion pour le Kirghizistan &#8211; je n'avais ni visa ni argent pour aller en Europe. Le jour de mon d&#233;part, un des instituts &#233;trangers avec lesquels je collaborais avant la guerre m'a tout &#224; coup obtenu un visa Schengen. Et me voil&#224; ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;D'autres Russies&lt;/i&gt;, vous d&#233;crivez ceux que vous appelez les &#171; invisibles &#187; &#8211; des personnes vivant en province et souvent abandonn&#233;es &#224; leur sort... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai r&#233;alis&#233; les reportages sur les &#8220;invisibles&#8221; entre 2009 et 2012. C'&#233;tait l'&#233;poque de la pseudo &#8220;stabilit&#233; poutinienne&#8221;. Tout semblait bien aller dans le pays, les lib&#233;raux et les artistes contemporains de Moscou vivaient heureux et repus. Mais d&#232;s qu'on sortait de la capitale, la pauvret&#233; et l'arbitraire sautaient aux yeux. Je suis n&#233;e dans une petite ville et mes parents y vivent encore. J'ai connu cette pr&#233;carit&#233; d&#232;s mon enfance et &#231;a m'int&#233;ressait de la d&#233;peindre.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#034;&lt;i&gt;D&#232;s qu'on sortait de la capitale, la pauvret&#233; et l'arbitraire sautaient aux yeux.&lt;/i&gt;&#034;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Le cauchemar que vit actuellement la Russie ne vient pas du fait que Poutine serait soudainement devenu fou. L'arbitraire &#233;tait d&#233;j&#224; partout. La situation n'a fait qu'empirer, d'abord lentement, puis de plus en plus vite. Aujourd'hui, la Russie est &#224; 100 % une dictature. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4489 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria7_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200victoria7_resultat-53620.jpg?1782908699' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;D'autres Russies&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;strong&gt;&#233;voque les mobilisations populaires de 2012, notamment pour des &#233;lections libres. Qu'est-ce qu'il en reste ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les grandes manifestations de 2012 ont eu lieu uniquement &#224; Moscou. Elles ont surtout rassembl&#233; les intellectuels et la classe moyenne, pour qui la soci&#233;t&#233; russe &#233;tait une soci&#233;t&#233; o&#249; nous pourrions, comme en Europe, d&#233;fendre nos droits pacifiquement. Elles ont fini au tribunal pour des dizaines de manifestants. Apr&#232;s cela, les gens proches de l'opposition ont commenc&#233; &#224; fuir la Russie. En 2021, une journaliste &#233;trang&#232;re s'est &#233;cri&#233;e, en me voyant dessiner une modeste action politique : &#8220;Oh, vous &#234;tes encore l&#224; ? C'est bien qu'une personne au moins soit rest&#233;e en Russie !&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et maintenant, comme vous pouvez le constater, j'ai d&#251; m'enfuir &#224; mon tour. Ceux qui sont rest&#233;s savent qu'ils &#233;coperont probablement d'une peine de prison ferme s'ils participent &#224; des actions contre la guerre. La plupart des gens sont d'ailleurs convaincus qu'en cas d'&#233;meute massive le pouvoir est pr&#234;t &#224; faire tirer sur la foule. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4485 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria3_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH356/1200victoria3_resultat-4ac80.jpg?1782908699' width='500' height='356' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vos livres entrem&#234;lent cr&#233;ation graphique et une forme de journalisme fond&#233; sur le t&#233;moignage...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les premiers textes apparus dans mes dessins, en 2008, &#233;taient les r&#233;pliques des personnages, cit&#233;es litt&#233;ralement. Je me suis toujours int&#233;ress&#233;e &#224; ce que disent les gens, &#224; leurs opinions sur la vie et &#224; leur destin. Mais au d&#233;but mes textes &#233;taient tr&#232;s courts, en commentaires aux dessins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par la suite, je me suis mise &#224; &#233;tudier et utiliser certaines techniques journalistiques, comme la collecte de mat&#233;riaux et la conduite d'entretiens. Ces deux derni&#232;res ann&#233;es, je suis pass&#233;e &#224; une nouvelle &#233;tape pour mon prochain livre, &lt;i&gt;Le Dernier artiste sovi&#233;tique&lt;/i&gt;, o&#249; j'ai eu envie d'&#233;crire davantage comme une &#233;crivaine. Il me semble que j'y suis parvenue dans le dernier chapitre, intitul&#233; &#8220;Moscou : la vie sur une &#238;le&#8221;. J'y raconte comment mes amis et mes connaissances, artistes et activistes, essaient de faire quelque chose de nouveau et de beau, d'important et d'utile, dans ce pays o&#249; beaucoup de choses sont d&#233;j&#224; interdites. Je n'accepterai jamais que leurs efforts, que &lt;i&gt;nos&lt;/i&gt; efforts, aient &#233;t&#233; vains pour la seule raison qu'un dictateur a d&#233;clench&#233; une guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &lt;i&gt;D'Autres Russies&lt;/i&gt;, ce nouveau livre se divise en deux parties. La premi&#232;re raconte mes voyages dans les anciennes r&#233;publiques sovi&#233;tiques. Les principaux th&#232;mes sont la soci&#233;t&#233; civile, l'activisme, les transformations de l'espace urbain, les droits des femmes et des personnes LGBT, la religion. La deuxi&#232;me se compose de trois chapitres : &#171; Voyage &#224; Minsk &#187;, &#171; Moscou : la bataille des g&#233;n&#233;rations &#187; &#8211; qui traite des manifestations en soutien &#224; &lt;i&gt;[l'opposant]&lt;/i&gt; Alexe&#239; Navalny et du conflit id&#233;ologique entre jeunes et personnes &#226;g&#233;es &#8211;, et &#171; Moscou : la vie sur une &#238;le &#187; &#8211; qui &#233;voque la vie sociale &#224; Moscou &#224; la veille de la guerre. On peut dire que c'est un dernier adieu &#224; l'&#233;poque sovi&#233;tique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4487 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria5_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200victoria5_resultat-c5815.jpg?1782908699' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous pensez pouvoir retourner en Russie un jour ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, sans aucun doute. Le r&#233;gime de Poutine n'a aucune perspective d'avenir. Ce pouvoir va probablement s'autod&#233;truire &#8211; on a d&#233;j&#224; appris qu'il y avait eu des arrestations au sein du FSB&lt;i&gt; [renseignement russe]&lt;/i&gt;. Mes livres seront publi&#233;s en russe et la jeune g&#233;n&#233;ration les lira. Mais en fait, je pr&#233;f&#233;rerais &#234;tre une citoyenne du monde, vivre o&#249; j'en ai envie au moment o&#249; j'en ai envie, beaucoup voyager et montrer mon travail dans le monde entier. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard &amp; traduits du russe par G&#233;rald Auclin&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4484 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH730/1200victoria2_resultat-62805.jpg?1782908699' width='500' height='730' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4488 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria6_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH499/1200victoria6_resultat-c80d4.jpg?1782908699' width='500' height='499' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4483 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200victoria1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH708/1200victoria1_resultat-a0037.jpg?1782908699' width='500' height='708' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div class='spip_document_4492 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/vic1-a4d04.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH677/vic1-a4d04-994d9.png?1782908699' width='500' height='677' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; en fran&#231;ais chez les camarades de The Hoochie Coochie en 2018, traduction G&#233;rald Auclin.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En collaboration avec Anton Nikola&#239;ev, The Hoochie Coochie, 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Notamment en France (toujours chez The Hoochie Coochie), en Allemagne et en Espagne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les &#226;mes vivantes</title>
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		<dc:date>2022-03-04T11:44:01Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>&#201;dito</dc:subject>
		<dc:subject>qu'on</dc:subject>
		<dc:subject>pays</dc:subject>
		<dc:subject>Camp</dc:subject>
		<dc:subject>Russie</dc:subject>
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		<dc:subject>d'un pays</dc:subject>
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		<dc:subject>c'est Poutine</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;On croyait na&#239;vement respirer, s'accorder quelques bouff&#233;es moins anxiog&#232;nes... Mais au bout d'un tunnel sous le Covid, c'est Poutine qui nous attendait... On croyait na&#239;vement respirer, s'accorder quelques bouff&#233;es moins anxiog&#232;nes... Mais au bout d'un tunnel sous le Covid, c'est Poutine qui nous attendait : bruits de bottes inqui&#233;tants &#8211; il bluffe, il bluffe pas ? &#8211;, puis reconnaissance des deux territoires ukrainiens s&#233;cessionnistes du Donbass et, dans la foul&#233;e, l'invasion. &#192; l'heure (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no207-mars-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;207 (mars 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edito" rel="tag"&gt;&#201;dito&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/qu-on" rel="tag"&gt;qu'on&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Camp" rel="tag"&gt;Camp&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Russie" rel="tag"&gt;Russie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-heure" rel="tag"&gt;l'heure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/naivement-respirer" rel="tag"&gt;na&#239;vement respirer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/croyait-naivement" rel="tag"&gt;croyait na&#239;vement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un-pays" rel="tag"&gt;d'un pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bluffe" rel="tag"&gt;bluffe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/c-est-Poutine" rel="tag"&gt;c'est Poutine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On croyait na&#239;vement respirer, s'accorder quelques bouff&#233;es moins anxiog&#232;nes... Mais au bout d'un tunnel sous le Covid, c'est Poutine qui nous attendait...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n croyait na&#239;vement respirer, s'accorder quelques bouff&#233;es moins anxiog&#232;nes... Mais au bout d'un tunnel sous le Covid, c'est Poutine qui nous attendait : bruits de bottes inqui&#233;tants &#8211; il bluffe, il bluffe pas ? &#8211;, puis reconnaissance des deux territoires ukrainiens s&#233;cessionnistes du Donbass et, dans la foul&#233;e, l'invasion. &#192; l'heure o&#249; l'on &#233;crit ces lignes, il y a des combats dans Kyiv &lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On a l'habitude, en fran&#231;ais, d'appeler de son nom russe, &#171; Kiev &#187;, la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, les tanks avancent, les obus s'abattent sur Kharkiv, la population ukrainienne se terre, fuit vers les fronti&#232;res de l'ouest ou s'arme &#224; la va-vite &#8211; tout &#231;a, &#224; une journ&#233;e de bagnole de la fronti&#232;re fran&#231;aise. T&#233;tanisant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voil&#224; pour l'heure viss&#233;s &#224; nos &#233;crans, mettant &#224; jour nos quelques savoirs g&#233;opolitiques, &#233;carquillant yeux et oreilles devant le racisme d'&#233;ditocrates en roue libre, philosophant sur l'exode en cours et le flux migratoire qui s'annonce : &#171; &lt;i&gt;On parle pas de Syriens qui fuient les bombardements du r&#233;gime&lt;/i&gt; [...]&lt;i&gt;, on parle d'Europ&#233;ens qui partent dans leurs voitures qui ressemblent &#224; nos voitures&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Philippe Corb&#233;, sur BFM-TV (24/02/2022).&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187; Ou : &#171; &lt;i&gt;Ce sont des Europ&#233;ens de culture.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Nous ne sommes pas face &#224; des migrants qui vont passer dans une logique d'immigration&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Christophe Barbier, sur BFM-TV (26/02/2022).&#034; id=&#034;nh4-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; r&#233;actions politiques, rien de foufou mais quand m&#234;me des &#233;volutions &#224; noter, M&#233;lenchon ayant notamment mis de l'eau dans son ambigu&#235; vodka &lt;a href=&#034;#nb4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'article de Mediapart &#171; Ukraine : M&#233;lenchon aux prises avec son pass&#233; &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. En revanche, on s'&#233;tonne de voir circuler dans nos r&#233;seaux des &#171; expertises &#187; g&#233;ostrat&#233;giques &#224; la truelle, qui la jouent camp contre camp, rappelant des pr&#233;c&#233;dents sans trop de rapport ou d&#233;non&#231;ant au doigt mouill&#233; le sort des russophones d'Ukraine &lt;a href=&#034;#nb4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lesquels, au moment o&#249; nous bouclons, semblent en fait assez motiv&#233;s pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;&#8230; Non, on ne peut pas faire comme si c'&#233;tait anodin de se prendre des bombes sur la gueule, et comme si celui qui les lance &#233;tait un peu excusable, vu que c'est un ennemi des Amerlos qu'on n'aime pas trop non plus. Les ennemis de nos ennemis, etc. C'est pas si simple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous semblait pourtant que, pas moins que les &#201;tats-Unis, la Russie avait largement fait, d&#232;s le d&#233;but des ann&#233;es 1990, ses preuves comme puissance imp&#233;rialiste agressive, avant m&#234;me que l'Otan ne vienne chasser sur ses plates-bandes. Apr&#232;s avoir attis&#233; les tensions intercommunautaires dans les anciennes r&#233;publiques sovi&#233;tiques, elle occupe militairement &#8211; et jusqu'&#224; aujourd'hui &#8211; une partie de la Moldavie et de la G&#233;orgie. La mont&#233;e en puissance de l'Otan, &#224; la fin de la m&#234;me d&#233;cennie, co&#239;ncide avec la terrible boucherie des deux guerres de Tch&#233;tch&#233;nie, la premi&#232;re (1994-1996) sous Boris Eltsine, la deuxi&#232;me (1999-2000) au d&#233;but du premier mandat de Poutine : entre 150 000 et 300 000 morts civils. Avec un peu de m&#233;moire, difficile de la jouer camp contre camp, fa&#231;on coup de billard imparable &#224; douze bandes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De notre c&#244;t&#233;, le d&#233;clenchement de cette guerre nous a surpris en plein bouclage de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Depuis, on se demande un peu d'o&#249; qu'on cause. R&#233;ponse lucide : d'un pays tr&#232;s riche, quatri&#232;me puissance nucl&#233;aire mondiale, qui n'h&#233;site jamais longtemps &#224; envoyer son arm&#233;e d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts bien compris. Mais aussi d'un pays o&#249;, avec toutes les dominations et toutes les limites qu'on sait et qu'on d&#233;nonce, un canard comme le n&#244;tre peut para&#238;tre sans encombres &#8211; ce qui ne serait pas forc&#233;ment le cas en Russie &#8211; et o&#249; manifester est une libert&#233; certes menac&#233;e, mais pas un acte h&#233;ro&#239;que non plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors on pense beaucoup &#224; ces Russes, souvent des femmes, qui se plantent dans la rue, parfois seuls, avec une pancarte contre la guerre, avant de se faire embarquer par la police ; et &#224; ces milliers d'autres qui se sont r&#233;unis, malgr&#233; la trouille, dans les plus grandes villes du pays. Notre empathie, on n'a pas tant envie de la gaspiller envers les pr&#233;sidents bombardeurs et on n'a gu&#232;re l'intention d'essayer de se mettre dans leur t&#234;te. Mais plut&#244;t dans celles de ces jeunes soldats envoy&#233;s au casse-pipe pour une cause qui n'est celle de personne, et des civils qui subissent les bombardements ou fuient leur pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Union europ&#233;enne (UE) devrait annoncer dans les prochains jours l'ouverture inconditionnelle de ses fronti&#232;res aux r&#233;fugi&#233;s ukrainiens, &#224; qui seraient octroy&#233;es des autorisations de s&#233;jour, avec permis de travail, pour une dur&#233;e pouvant aller jusqu'&#224; trois ans &lt;a href=&#034;#nb4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; EU plans to grant Ukrainians right to stay for up to 3 years &#187;, Reuters (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;, voire l'adh&#233;sion de l'Ukraine &#224; l'UE via une proc&#233;dure acc&#233;l&#233;r&#233;e. Quant aux sanctions in&#233;dites et historiques qui sont prises contre la Russie, on n'est pas dupes et on se dit bien que la Chine, la Syrie ou l'Arabie saoudite seraient &#233;galement de bonnes clientes. Reste que sur le premier point, on esp&#232;re bien fort que les enfants blondinets aux joues roses qui affluent aux postes-fronti&#232;res slovaques, polonais, roumains et hongrois mettront enfin &#224; l'Europe le nez dans le caca de sa politique migratoire. Et que des voix s'&#233;l&#232;veront de plus en plus nombreuses contre le traitement diff&#233;renci&#233; des populations fuyant un conflit selon des crit&#232;res clairement racistes : &#224; l'heure o&#249; ces lignes sont &#233;crites, &#224; la fronti&#232;re polonaise, les expatri&#233;s africains sont repouss&#233;s ou passent apr&#232;s les autres. D'o&#249; ce mot de la fin : accueil inconditionnel, et basta. &#9679;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4413 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;165&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/hop-02a1f-be5e1.jpg?1783306291' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Oeuvre d'Omar Ibrahim, publi&#233;e dans le n&#176;136 de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; (&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Syrie-De-cette-experience-de' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Syrie : &#034;De cette exp&#233;rience de souffrance, nous pouvons extraire un sens d'&#233;mancipation&#034; &#187;&lt;/a&gt;)
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;On a l'habitude, en fran&#231;ais, d'appeler de son nom russe, &#171; Kiev &#187;, la capitale de l'Ukraine. Les autorit&#233;s du pays insistent depuis plusieurs ann&#233;es pour faire adopter son nom ukrainien, &#171; Kyiv &#187;. On tente le coup.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Philippe Corb&#233;, sur BFM-TV (24/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Christophe Barbier, sur BFM-TV (26/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'article de &lt;i&gt;Mediapart&lt;/i&gt; &#171; &lt;a href=&#034;https://www.mediapart.fr/journal/france/260222/ukraine-melenchon-aux-prises-avec-son-passe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Ukraine : M&#233;lenchon aux prises avec son pass&#233;&lt;/a&gt; &#187; fait le point sur les revirements et contradictions du leader de la France Insoumise sur le r&#233;gime russe (26/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lesquels, au moment o&#249; nous bouclons, semblent en fait assez motiv&#233;s pour envoyer les tanks se faire cuire le cul.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.reuters.com/world/europe/eu-plans-grant-ukrainians-right-stay-up-3-years-2022-02-28/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;EU plans to grant Ukrainians right to stay for up to 3 years&lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;Reuters&lt;/i&gt; (28/02/2022).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Sarajevo : rester, r&#233;sister</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Sarajevo-rester-resister</link>
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		<dc:date>2022-01-21T10:25:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Laurent Perez</dc:creator>


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		<dc:subject>mineurs</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Interminable apr&#232;s-guerre en Bosnie-Herz&#233;govine. Tandis que la population s'exile en masse et que les discours identitaires &#233;crasent la contestation sociale, des collectifs se mobilisent pour d&#233;noncer les potentats qui tiennent le pays, ou pallier leur incurie. Du local d'une association &#233;colo &#224; l'accueil de jour tenu par un collectif de soutien aux exil&#233;s, en passant par un centre culturel autog&#233;r&#233;, balade dans un Sarajevo en r&#233;sistance, solidaire et antifasciste. Le 23 novembre dernier, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no205-janvier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;205 (janvier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mineurs" rel="tag"&gt;mineurs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Federation" rel="tag"&gt;F&#233;d&#233;ration&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sarajevo" rel="tag"&gt;Sarajevo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bosnie-Herzegovine" rel="tag"&gt;Bosnie-Herz&#233;govine&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Kompas" rel="tag"&gt;Kompas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/canton" rel="tag"&gt;canton&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Akcija" rel="tag"&gt;Akcija&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jeanne-Frank-17884" rel="tag"&gt;Jeanne Frank&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Interminable apr&#232;s-guerre en Bosnie-Herz&#233;govine. Tandis que la population s'exile en masse et que les discours identitaires &#233;crasent la contestation sociale, des collectifs se mobilisent pour d&#233;noncer les potentats qui tiennent le pays, ou pallier leur incurie. Du local d'une association &#233;colo &#224; l'accueil de jour tenu par un collectif de soutien aux exil&#233;s, en passant par un centre culturel autog&#233;r&#233;, balade dans un Sarajevo en r&#233;sistance, solidaire et antifasciste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4281 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;211&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bosnie2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200bosnie2_resultat-103b4.jpg?1782959585' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Sarajevo, 14 octobre 2018. Plus de vingt ans apr&#232;s la &#64257;n du con&#64258;it arm&#233; et les accords de Dayton, la guerre reste omnipr&#233;sente dans le paysage : un mur d'immeuble cribl&#233; d'impacts de balles.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Jeanne Frank
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;L&lt;/span&gt;e 23 novembre dernier, des milliers de mineurs d&#233;barquent de toute la F&#233;d&#233;ration de Bosnie-Herz&#233;govine pour camper devant le si&#232;ge du gouvernement, &#224; Sarajevo. Couverte de dettes, l'EDF locale, Elektroprivreda BiH, a d&#233;cid&#233; de r&#233;duire leur salaire de 850 &#224; 570 marks convertibles (de 425 &#224; 285 euros) et de supprimer leurs cotisations retraite. Les habitants se relaient pour apporter caf&#233;, th&#233;, nourriture et couvertures aux gr&#233;vistes. Mais dans l'hiver saraj&#233;vien, la nuit est longue : le lendemain, les mineurs plient bagage et poursuivent la gr&#232;ve chez eux. M&#234;me si l'&#233;lectricit&#233; du pays d&#233;pend largement du charbon dont les r&#233;serves sont au plus bas, la population adh&#232;re massivement au mouvement. Et &#231;a marche. Le 1&lt;sup&gt;er&lt;/sup&gt; d&#233;cembre, l'affaire est pli&#233;e : la quasi-totalit&#233; des revendications des mineurs sont satisfaites&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir les articles du Courrier des Balkans, notamment &#171; Bosnie-Herz&#233;govine : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La liste des soutiens dessine une dr&#244;le d'intersectionnalit&#233; en mode spontan&#233;. Revendiquant l'exemple du syndicat Lesbians and Gays Support the Miners, actif durant la gr&#232;ve des mineurs britanniques en 1984-1985 &lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le film Pride de Matthew Marcus (2014) retrace cette histoire.&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, les militants de la Marche des fiert&#233;s se rangent derri&#232;re les mineurs : en tant que &#171; &lt;i&gt;collectif antifasciste&lt;/i&gt; &#187;, ils estiment &#171; &lt;i&gt;la question des droits des travailleurs indissociable de celles pour lesquelles [ils se] battent&lt;/i&gt; &#187; &lt;i&gt;(voir encadr&#233;&lt;/i&gt; &lt;i&gt;2)&lt;/i&gt;. Les membres du squat DKC Sarajevo, centre culturel autog&#233;r&#233;, sont eux aussi de la partie. Ceux de Kompas 071, un collectif de soutien aux migrants, apportent des couvertures aux mineurs. Un peu plus surprenant, l'association &#233;cologiste Eko Akcija soutient &#233;galement le mouvement. Invit&#233;e &#224; la t&#233;l&#233;vision locale, Svjetlana Nedimovi&#263;, chercheuse en sciences politiques et militante de l'association, explique les raisons d'un ralliement pas si paradoxal : &#171; &lt;i&gt;La transition &#233;nerg&#233;tique est in&#233;vitable, ici comme ailleurs. Mais la question n'est pas seulement de sauver la plan&#232;te, il s'agit aussi que les gens vivent mieux. La cause des probl&#232;mes &#233;cologiques, ce n'est pas l'humanit&#233;, mais ce qu'on appelle le capitalisme, qui a pour but le profit et exploite les gens aussi bien que la nature.&lt;/i&gt; &#187; Au mur du local d'Eko Akcija, le slogan de la r&#233;sistance communiste yougoslave : &#171; &lt;i&gt;Mort au fascisme, libert&#233; pour le peuple&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un slogan f&#233;d&#233;rateur qui a sem&#233; des graines : aujourd'hui, sur les questions sociales et contre les &#233;lites locales, l'union s'impose souvent comme une &#233;vidence. Depuis la fin de la guerre qui a d&#233;chir&#233; le pays de 1992 &#224; 1995, les institutions bosniennes g&#232;rent la mis&#232;re au gr&#233; des int&#233;r&#234;ts des partis nationalistes bosniaque, croate et serbe, qui se partagent le pays comme un morceau de gibier &lt;i&gt;(voir carte et encadr&#233; 1)&lt;/i&gt; et d&#233;tournent la frustration populaire en entretenant la m&#233;fiance et les ranc&#339;urs entre communaut&#233;s. Le salaire minimum n'atteint pas les 200 euros, soit le loyer d'un petit appartement &#224; Sarajevo. Les emplois publics sont mieux pay&#233;s (et plus r&#233;guli&#232;rement), mais inaccessibles sans le piston d'un parti. D&#233;go&#251;t&#233;s, les habitants &#233;migrent en masse, par familles enti&#232;res. Les premiers chiffres viennent de tomber pour 2021 : pas moins de 170 000 personnes, soit plus de 5 % de la population, seraient parties cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233; avec les exil&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les autorit&#233;s regardent leur population partir avec la m&#234;me indiff&#233;rence qu'elles voient les exil&#233;s arriver. Le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur du canton de Sarajevo n'a tout simplement jamais r&#233;pondu aux tentatives de prise de contact du collectif Kompas 071, qui a ouvert &#224; l'automne 2020 un accueil de jour pour les migrants. Pas tr&#232;s &#233;tonnant, si l'on consid&#232;re que les deux camps de r&#233;fugi&#233;s de la r&#233;gion de Sarajevo &#8211; de m&#234;me que le camp de Lipa, dans le canton d'Una-Sana, &#224; la fronti&#232;re croate &#8211; sont g&#233;r&#233;s par l'Organisation internationale pour les migrations (OIM), une agence de l'ONU, sans participation gouvernementale. Les besoins sont pourtant &#233;normes, explique Ines Tanovi&#263;, membre de Kompas. En effet, depuis 2018, la route des r&#233;fugi&#233;s traverse fr&#233;quemment la Bosnie-Herz&#233;govine. Sarajevo est devenu un important lieu de transit pour les migrants qui arrivent de Serbie et du Mont&#233;n&#233;gro, dont beaucoup pr&#233;f&#232;rent passer l'hiver en ville avant de reprendre la route vers la Croatie. Ce sont ainsi plusieurs centaines de personnes, venues de partout, &#224; qui Kompas offre la possibilit&#233; de prendre une douche chaude, de faire une lessive, de consulter leurs mails, de recevoir des soins de base voire un soutien psychologique ou de r&#233;cup&#233;rer des v&#234;tements pour l'hiver (et &#171; &lt;i&gt;de les choisir&lt;/i&gt; &#187;, insiste Ines, &#171; &lt;i&gt;c'est important pour la dignit&#233; des personnes&lt;/i&gt; &#187;). Ou tout simplement de prendre un caf&#233; ou un th&#233; au chaud sur fond de coup&#233;-d&#233;cal&#233;. Pour g&#233;rer tout &#231;a, Kompas ne peut compter que sur le temps et l'&#233;nergie d'une poign&#233;e de b&#233;n&#233;voles, sur des dons et soutiens priv&#233;s ainsi que sur l'aide d'organisations militantes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4280 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;624&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bosnie1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200bosnie1_resultat-6c42b.jpg?1782959585' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Vu&#269;jak, 24 septembre 2019. Jusqu'&#224; sa fermeture d&#233;cid&#233;e sous la pression de l'Union europ&#233;enne en d&#233;cembre 2019, le camp de Vu&#269;jak &#233;tait situ&#233; dans le canton d'Una-Sana, au nord-ouest de la Bosnie-Herz&#233;govine, &#224; quelques kilom&#232;tres de la fronti&#232;re croate. Des milliers de migrants se sont retrouv&#233;s coinc&#233;s dans ce camp informel, install&#233; sur une ancienne d&#233;charge chimique, entour&#233; par des champs min&#233;s. Le site &#233;tait jug&#233; &#171; inappropri&#233; &#224; l'accueil d'&#234;tres humains &#187; par les ONG : il n'y avait pas assez de lits et de nourriture ; pas d'eau potable, pas d'&#233;lectricit&#233; et aucune aide m&#233;dicale.
&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photo Jeanne Frank
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'est peut-&#234;tre une bonne chose que le gouvernement nous ignore&lt;/i&gt; &#187;, lance pourtant Ines. Il y a en effet un avantage : un peu circonspects au d&#233;part, les pandores ne passent plus qu'une fois par jour &#171; &lt;i&gt;pour demander si tout va bien&lt;/i&gt; &#187;. La police aux fronti&#232;res, moins placide, reconduit r&#233;guli&#232;rement les r&#233;fugi&#233;s en vadrouille dans les camps, d'o&#249; ils repartent aussit&#244;t. Malgr&#233; quelques rares t&#233;moignages de violences, un jeune Alg&#233;rien en transit, rencontr&#233; dans le local de Kompas, le reconna&#238;t franchement : &#171; &lt;i&gt;Entrer en Bosnie-Herz&#233;govine, c'est tr&#232;s facile&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Revers de la m&#233;daille, l'incurie du gouvernement central laisse libre cours aux pires d&#233;rives locales. En Republika Srpska, l'&#171; entit&#233; &#187; serbe du pays, le potentat ultranationaliste Milorad Dodik a d&#233;clar&#233; les migrants &lt;i&gt;person&#230; non grat&#230;&lt;/i&gt; sur son territoire. Ilma &#268;osi&#263;, b&#233;n&#233;vole de Kompas, raconte que, si leur pr&#233;sence est tol&#233;r&#233;e &#224; la gare de Banja Luka, la capitale, pour changer de bus ou de train, ceux qui se font gauler &#224; la fronti&#232;re sont conduits en bus sur le territoire de la F&#233;d&#233;ration, qui n'a qu'&#224; se d&#233;merder. Probl&#232;me : dans la F&#233;d&#233;ration, les autorit&#233;s locales sont laiss&#233;es sans ressources. D&#233;bord&#233;, le canton d'Una-Sana, principale voie de transit, multiplie les mesures vexatoires contre les r&#233;fugi&#233;s : interdiction de se loger et d'utiliser les transports publics ainsi que d'occuper l'espace public. &#171; &lt;i&gt;Ces mesures sont &#233;videmment ill&#233;gales et contraires &#224; la Constitution, qui garantit la libert&#233; de circulation&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Ines. Les habitants solidaires sont pour leur part punis d'amendes, quand d'autres se goinfrent en transportant ou en logeant les migrants &#224; prix d'or. L&#224; encore, le gouvernement central est aux abonn&#233;s absents.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;D&#233;fendre les rivi&#232;res &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les autorit&#233;s n'assurent d&#233;j&#224; pas le minimum pour les humains, elles affichent envers la protection de l'environnement un d&#233;sint&#233;r&#234;t absolu. Lass&#233;s de boxer dans du chewing-gum, les militants &#233;cologistes n'ont donc d'autre recours que d'aller au clash. L'association Eko Akcija, qui a soutenu les mineurs gr&#233;vistes, s'est ainsi fait une sp&#233;cialit&#233; des mobilisations virulentes. Svjetlana Nedimovi&#263; assume sans ciller cette dimension de la lutte : &#171; &lt;i&gt;Le pouvoir ne r&#233;agit que sous le coup de la peur. Tant qu'il ne tremble pas, il ne fait strictement rien.&lt;/i&gt; &#187; Pour preuve, le succ&#232;s d'un combat r&#233;cent contre un fl&#233;au qui ravage les Balkans : un projet d'implantation d'une microcentrale hydro&#233;lectrique sur la rivi&#232;re Neretvica. &#171; &lt;i&gt;Les gens ont dit : &#8220;Pour chaque goutte d'eau que vous prendrez, on vous prendra une goutte de sang.&#8221; Alors &#233;videmment, on nous reproche des menaces de violences. Mais c'est un juste retour des choses&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume la militante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les microcentrales sont embl&#233;matiques de la mani&#232;re dont s'articule la question environnementale en Bosnie-Herz&#233;govine. Au pr&#233;texte de la transition &#233;nerg&#233;tique, des centaines de projets de barrages ont &#233;t&#233; lanc&#233;s, concernant potentiellement toutes les rivi&#232;res du pays. &#171; &lt;i&gt;Ce sont de petits investissements, &lt;/i&gt;explique Anes Podi&#263;, d'Eko Akcija, &lt;i&gt;rentables &#224; une &#233;ch&#233;ance de 4, 5 ans seulement, tandis que les concessions sont donn&#233;es pour 30, 50, voire 100 ans, pendant lesquels l'&#201;tat s'engage &#224; racheter l'&#233;lectricit&#233; au tarif maximum.&lt;/i&gt; &#187; Menaces directes sur le bien commun, mais aussi vecteur privil&#233;gi&#233; de corruption, ces centrales ont cristallis&#233; le ressentiment des habitants d'un bout &#224; l'autre des Balkans. Les combats locaux, acharn&#233;s, obtiennent assez souvent gain de cause et font boule de neige. En juin 2020, la F&#233;d&#233;ration de Bosnie-Herz&#233;govine a ainsi vot&#233; un moratoire sur la construction de nouvelles centrales, imit&#233; en f&#233;vrier 2021 par la Republika Srpska. Vigilantes, des associations de tous les Balkans se sont f&#233;d&#233;r&#233;es l'&#233;t&#233; dernier en une organisation transfrontali&#232;re, Odbranimo Ri(je)ke Balkana (&#171; D&#233;fendons les rivi&#232;res des Balkans &#187;).&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Le pouvoir ne r&#233;agit que sous le coup de la peur. Tant qu'il ne tremble pas, il ne fait strictement rien. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si plus personne ici ne croit &#224; une adh&#233;sion &#224; court ou moyen terme, le m&#233;canisme &#171; de stabilisation et d'association &#187; qui lie la Bosnie-Herz&#233;govine &#224; l'Union europ&#233;enne impose en th&#233;orie au pays le respect d'un certain nombre de normes. Mais la tutelle europ&#233;enne est &#224; double tranchant. Sur le terrain, ses directives vont g&#233;n&#233;ralement dans le sens de la lib&#233;ralisation et de la privatisation des biens communs, et de projets d'infrastructure surdimensionn&#233;s, con&#231;us sur le mode bureaucratique cher aux fonctionnaires bruxellois. &#171; &lt;i&gt;L'Union europ&#233;enne nous a fait construire une autoroute puis impos&#233; une taxe sur le carburant afin de rembourser la dette contract&#233;e pour la financer&#8230; Mais la Bosnie n'avait pas besoin d'autoroute et, entre le p&#233;age et l'essence, les gens n'ont pas les moyens de l'utiliser&lt;/i&gt; &#187;, affirme Anes Podi&#263;, qui ajoute, grin&#231;ant : &#171; &lt;i&gt;Les &#233;lites locales d&#233;veloppent volontiers ce genre de projets, car ils permettent de d&#233;tourner facilement de l'argent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Couverte de for&#234;ts (dont la Peru&#263;ica, l'une des derni&#232;res for&#234;ts primaires d'Europe), travers&#233;e de rivi&#232;res somptueuses, la Bosnie-Herz&#233;govine est aussi l'un des pays au monde dont le territoire est le moins prot&#233;g&#233; : seuls 2,6 % de la superficie font l'objet de mesures de sauvegarde. La liste des combats d'Eko Akcija para&#238;t donc sans fin. Un tiers du pays ne conna&#238;t aucune forme de gestion des d&#233;chets, qui s'entassent dans des d&#233;charges sauvages. &#192; cause de la quasi-absence de transports publics et de contr&#244;le des &#233;missions des voitures, la pollution de l'air atteint des niveaux record &#8211; notamment en hiver, une grande partie de la population se chauffant au charbon de bois. Dans la ville industrielle de Zenica, &#224; 70 km au nord de Sarajevo, le nombre de cancers explose &#224; l'ombre de l'immense usine sid&#233;rurgique d'ArcelorMittal. Pourtant, les corps d'inspection (lorsqu'ils existent) et la justice &#8211; soumis au m&#234;me recrutement client&#233;liste que le reste de l'administration &#8211; brillent par leur inaction. Dans ce domaine comme les autres, les potentats locaux se baladent. En novembre 2020, l'&#201;tat central a ainsi assist&#233;, impuissant, &#224; la signature (ill&#233;gale) d'un accord entre la Republika Srpska et la Serbie sur la construction d'un barrage sur la Drina, la rivi&#232;re frontali&#232;re ; et, tout r&#233;cemment, &#224; la mise en service d'un gazoduc (ill&#233;gal aussi) reliant la raffinerie de Brod, &#233;galement en Republika Srpska, &#224; la Croatie.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un lieu &#224; soi&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; un &#201;tat d&#233;missionnaire et &#224; la n&#233;cessit&#233; de pallier ses manquements, le financement des associations et des ONG par l'Occident g&#234;ne de plus en plus de militants, exasp&#233;r&#233;s de voir des milliards se d&#233;verser en pure perte et nourrir une classe de parasites surentra&#238;n&#233;s &#224; r&#233;pondre aux appels &#224; projet sous l'&#233;gide d'expats donneurs de le&#231;ons. Pas de raisons, pour autant, de refuser l'appui de petites associations europ&#233;ennes. L'&#233;t&#233; dernier, un collectif d'une quinzaine de personnes, &#233;tudiants et jeunes travailleurs s'est ainsi r&#233;uni autour de l'association belge Toestand, qui a d&#233;barqu&#233; avec une centaine de b&#233;n&#233;voles : le centre culturel autog&#233;r&#233; DKC, lui aussi solidaire des mineurs gr&#233;vistes, &#233;tait sur les rails. &#171; &lt;i&gt;J'ai commenc&#233; &#224; aller &#224; l'&#233;cole pendant la guerre, &lt;/i&gt;raconte &#208;ana, du DKC. &lt;i&gt;D&#232;s qu'un projet se pr&#233;sente, les gens de ma g&#233;n&#233;ration voient d'abord les obstacles. L&#224;, on s'est trouv&#233;s face &#224; des personnes qui foncent.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce soutien tombait d'autant mieux que le besoin d'espaces ind&#233;pendants est vital, le Covid ayant eu raison des derniers lieux culturels que le marasme &#233;conomique n'avait pas essor&#233;s. Apr&#232;s l'arriv&#233;e des b&#233;n&#233;voles de Toestand, en quelques jours, un skatepark est am&#233;nag&#233; &#224; Ilid&#382;a, dans la banlieue de Sarajevo&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir l'article &#171; Sarajevo : des jeunes de tous les Balkans se r&#233;approprient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, et un b&#226;timent du campus de l'universit&#233;, &#224; l'abandon depuis la guerre, est r&#233;quisitionn&#233;. En un rien de temps, ce vaste hangar est nettoy&#233;, retap&#233;, sommairement isol&#233; au moyen de b&#226;ches permettant de r&#233;duire la hauteur sous plafond et donc le volume &#224; chauffer. Depuis, le DKC est ouvert chaque samedi. Le groupe investi dans le squat culturel s'&#233;toffe lentement, mais il s'agit d'abord d'apprendre &#224; se conna&#238;tre et de s'approprier l'endroit. Le 11 d&#233;cembre, un premier concert a attir&#233; 200 &#224; 300 personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mi-d&#233;cembre, le rectorat a fait savoir au DKC qu'il fallait &#233;vacuer les lieux dans la semaine, le b&#226;timent devant &#234;tre d&#233;truit d&#233;but 2022 pour laisser place &#224; une nouvelle extension. L'&#233;quipe ne panique pas vraiment : d'ici &#224; ce que les travaux commencent pour de vrai, de l'eau aura coul&#233; sous les ponts. Au niveau du canton de Sarajevo, la victoire en 2018 du parti non nationaliste Na&#353;a Stranka (&#171; Notre parti &#187;), soucieux de donner une image moderne, a sans aucun doute chang&#233; la donne. Si des exp&#233;riences pr&#233;c&#233;dentes avaient &#233;t&#233; r&#233;prim&#233;es sans m&#233;nagements, d&#233;sormais les flics ne se d&#233;placent plus quand l'universit&#233; appelle, et interviennent au contraire aupr&#232;s des gardiens du campus pour qu' &#187; &lt;i&gt;ils foutent la paix aux jeunes et les laissent s'amuser&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet apr&#232;s-midi de d&#233;cembre, tandis qu'on se r&#233;chauffe les mains sur un gobelet de vin chaud devant un petit chauffage &#224; gaz, tout le monde dit la m&#234;me chose : si on veut que quelque chose existe ici, il faut le faire soi-m&#234;me. Car ceux qui sont l&#224; &#8211; dont certains n&#233;s en exil, ou ont grandi &#224; l'&#233;tranger &#8211; ne veulent pas quitter leur pays, cette Bosnie-Herz&#233;govine h&#233;riti&#232;re d'une tradition multiculturelle et antifasciste, &#224; laquelle les nationalistes du si&#232;cle dernier ont bien failli faire la peau.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Laurent Perez&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;1/ La Bosnie-Herz&#233;govine en bref&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_4282 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200cartebosnie_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/1200cartebosnie_resultat-b8614.jpg?1782959585' width='500' height='500' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis les accords de paix de Dayton qui ont mis fin &#224; la guerre de 1992-1995, la Bosnie-Herz&#233;govine est un &#201;tat divis&#233; en deux &#171; entit&#233;s &#187; quasi ind&#233;pendantes l'une de l'autre : la F&#233;d&#233;ration de Bosnie-Herz&#233;govine (FBiH), surtout peupl&#233;e de Bosniaques et de Croates, et la Republika Srpska (RS), &#224; majorit&#233; serbe. Ces trois peuples partagent la m&#234;me langue (&#171; serbo-croate &#187;), mais sont de confession diff&#233;rente : les Bosniaques sont musulmans, les Croates catholiques et les Serbes orthodoxes. &#171; Bosnien &#187; d&#233;signe les habitants de la Bosnie-Herz&#233;govine ind&#233;pendamment de leur appartenance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la t&#234;te de l'&#201;tat central, une pr&#233;sidence coll&#233;giale et un parlement, repr&#233;sentatifs des trois &#171; peuples constitutifs &#187;, g&#232;rent la politique ext&#233;rieure, une partie de la fiscalit&#233; et la d&#233;fense. Une discorde chronique entre partis nationalistes condamne ces institutions d&#233;j&#224; peu puissantes &#224; un blocage quasi permanent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La FBiH est divis&#233;e en dix cantons, dont chacun poss&#232;de son propre gouvernement en charge de la police, de l'enseignement, de la culture, du logement, des services publics&#8230;&lt;br class='manualbr' /&gt;Mais, au sein m&#234;me de la FBiH, les zones majoritairement croates sont &#233;troitement contr&#244;l&#233;es par le parti ultranationaliste HDZ et son leader Dragan &#268;ovi&#263;, qui exige une r&#233;forme &#233;lectorale en sa faveur et la cr&#233;ation d'une troisi&#232;me &#171; entit&#233; &#187; croate. Sauf pr&#233;cision, il n'est question dans ce texte que des r&#233;gions de la FBiH &#224; majorit&#233; bosniaque, o&#249; r&#232;gne un certain pluralisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La RS subit quant &#224; elle le r&#233;gime autoritaire et kleptocratique de l'ultranationaliste Milorad Dodik, qui agite des menaces de s&#233;cession de plus en plus pr&#233;cises.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;2/ La communaut&#233; LGBTQIA+ brise le silence&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Autre combat, autres emb&#251;ches : pour les membres de la communaut&#233; LGBTQIA+&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Qui d&#233;signe les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; en lutte pour leurs droits, et dont une partie a &#233;galement soutenu le mouvement des mineurs de novembre dernier, le quotidien n'est pas rose. L'homosexualit&#233; n'est plus ill&#233;gale en Bosnie-Herz&#233;govine depuis plus de vingt ans, mais les personnes LGBT restent massivement rejet&#233;es par la soci&#233;t&#233;. Imane Bellaadem, du collectif qui organise la Marche des fiert&#233;s, insiste sur la question de la vie quotidienne : &#171; &lt;i&gt;Sortir du placard, &lt;/i&gt;explique-t-elle,&lt;i&gt; c'est courir le risque de subir une th&#233;rapie de conversion, d'&#234;tre exclu de sa famille ou de perdre son emploi ; un geste de tendresse dans l'espace public, c'est s'exposer &#224; celui d'&#234;tre agress&#233; violemment. Aucun lieu, dans le pays, ne permet aux gens de se rencontrer en toute s&#233;curit&#233; &#8211; sans parler de se toucher ou de s'embrasser. &#187;&lt;/i&gt; La situation para&#238;t si d&#233;sesp&#233;r&#233;e que les concern&#233;s l&#226;chent souvent l'affaire et se replient dans la sph&#232;re priv&#233;e, confirmant malgr&#233; eux l'opinion populaire selon laquelle &#171; &#231;a n'existe pas chez nous &#187;. La visibilit&#233; est donc un enjeu &#233;norme, que le gouvernement du canton de Sarajevo commence &#224; entendre. Si pour la premi&#232;re Marche en 2019, le comit&#233; d'organisation avait d&#251; recourir &#224; une entreprise de s&#233;curit&#233; priv&#233;e&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet &#171; Un arc-en-ciel &#224; Sarajevo &#187;, CQFD n&#176; 180 (octobre 2019).&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; (avant que des forces de l'ordre anti-&#233;meutes ne viennent en renfort face &#224; l'ampleur du cort&#232;ge), cette ann&#233;e, le canton s'est r&#233;solu &#224; assurer la s&#233;curit&#233; lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir les articles du &lt;i&gt;Courrier des Balkans&lt;/i&gt;, notamment &lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Bosnie-Herzegovine-la-revolte-des-mineurs-de-charbon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Bosnie-Herz&#233;govine : la r&#233;volte des mineurs de charbon &#187;&lt;/a&gt; (24/11/2021),&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Bosnie-Herzegovine-les-citoyens-solidaires-mineurs-en-greve&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Bosnie-Herz&#233;govine : les citoyens solidaires des mineurs en gr&#232;ve &#187;&lt;/a&gt; (29/11/2021) et &lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Bosnie-Herzegovine-les-mineurs-obtiennent-gain-de-cause&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Bosnie-Herz&#233;govine : les mineurs obtiennent gain de cause et reprennent le travail &#187;&lt;/a&gt; (02/12/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le film &lt;i&gt;Pride&lt;/i&gt; de Matthew Marcus (2014) retrace cette histoire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir l'article &lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/A-Sarajevo-des-collectifs-de-jeunes-rehabilitent-des-lieux-abandonnes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Sarajevo : des jeunes de tous les Balkans se r&#233;approprient les friches urbaines &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans &lt;/i&gt;(01/09/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Qui d&#233;signe les personnes lesbiennes, gays, bisexuelles, trans, queers, intersexes et asexuelles.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Un-arc-en-ciel-a-Sarajevo' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Un arc-en-ciel &#224; Sarajevo &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 180 (octobre 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le Bangladesh face au colonialisme charbonnier chinois</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<dc:subject>centrales thermiques</dc:subject>

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&lt;p&gt;C'est un pays d&#233;j&#224; durement touch&#233; par la mont&#233;e des eaux li&#233;e au d&#233;r&#232;glement climatique. Au Bangladesh pourtant, des entreprises chinoises construisent d'&#233;normes centrales &#224; charbon dont la moiti&#233; de la production s'envole litt&#233;ralement en fum&#233;e, le r&#233;seau &#233;lectrique n'&#233;tant pas assez d&#233;velopp&#233; pour l'absorber. Extrait de Criminels climatiques, livre de Micka&#235;l Correia paru le 13 janvier &#224; la D&#233;couverte, et longuement &#233;voqu&#233; dans cet entretien. *** &#171; Pour exporter &#224; travers le globe (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no205-janvier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;205 (janvier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Criminels-climatiques" rel="tag"&gt;Criminels climatiques&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centrales-thermiques" rel="tag"&gt;centrales thermiques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH100/banglasdeshokok-0550d.jpg?1782763795' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est un pays d&#233;j&#224; durement touch&#233; par la mont&#233;e des eaux li&#233;e au d&#233;r&#232;glement climatique. Au Bangladesh pourtant, des entreprises chinoises construisent d'&#233;normes centrales &#224; charbon dont la moiti&#233; de la production s'envole litt&#233;ralement en fum&#233;e, le r&#233;seau &#233;lectrique n'&#233;tant pas assez d&#233;velopp&#233; pour l'absorber.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4251 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200bonnesfeuilles_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH690/1200bonnesfeuilles_resultat-87966.jpg?1782763795' width='500' height='690' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Gwen Tomahawk
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Extrait de &lt;i&gt;Criminels climatiques&lt;/i&gt;, livre de Micka&#235;l Correia paru le 13 janvier &#224; la D&#233;couverte, et longuement &#233;voqu&#233; dans &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Cibler-les-veritables-responsables&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;cet entretien&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour exporter &#224; travers le globe son capitalisme fossile, China Energy et ses comparses industriels peuvent s'appuyer sur la &lt;i&gt;Belt and Road Initiative&lt;/i&gt; (BRI), aussi d&#233;nomm&#233;e &#8220;nouvelles Routes de la soie &#8221;. Se r&#233;f&#233;rant &#224; l'axe utilis&#233; pour le commerce de ce tissu jusqu'au XV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle entre la c&#244;te pacifique chinoise et l'actuelle Turquie, cette strat&#233;gie de l'&#201;tat chinois &#224; mille milliards de dollars est consid&#233;r&#233;e par les experts internationaux comme l'initiative g&#233;opolitique majeure du XXIe si&#232;cle. Elle vise depuis 2013 &#224; asseoir la puissance commerciale de la Chine en d&#233;veloppant des infrastructures de transport reliant l'empire du Milieu au Moyen-Orient ainsi qu'&#224; l'Asie centrale et du Sud. Et telles de Petits Poucets climaticides, les entreprises &#233;nerg&#233;tiques chinoises s&#232;ment leurs centrales &#224; charbon le long de ces Routes de la soie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2018, plus d'un quart des centrales thermiques en cours de construction ou en projet en dehors de Chine &#233;tait le fait de pollueurs climatiques chinois. R&#233;parties dans une vingtaine de pays &#224; travers le globe, ces usines carburant au charbon repr&#233;sentent une capacit&#233; &#233;lectrique globale de 102 GW, soit l'&#233;quivalent, en termes d'&#233;missions de CO&lt;sub&gt;2&lt;/sub&gt;, de ce que recrache chaque ann&#233;e une puissance &#233;conomique comme le Canada.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Asie du Sud est le terrain de jeu favori de ces pyromanes du climat. Une centrale &#224; charbon sur deux y est b&#226;tie avec l'aval de P&#233;kin. En Indon&#233;sie, sur l'&#238;le de Sumatra, China Energy poss&#232;de depuis 2011 une centrale thermique de 300 m&#233;gawatts aliment&#233;e directement par une mine de charbon &#224; ciel ouvert. L'ensemble du hub &#233;nerg&#233;tique fossile est entour&#233; de for&#234;ts tropicales class&#233;es, abritant des esp&#232;ces en danger critique d'extinction tel le tigre de Sumatra &#8211; dont il ne subsiste plus que quelques dizaines d'individus. &lt;i&gt;[&#8230;]&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;R&#233;volte anticharbon&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est toutefois au Bangladesh que l'expression &#8220;criminel climatique &#8221; prend toute son ampleur. En v&#233;ritable VRP de son industrie fossile, &lt;i&gt;[le pr&#233;sident chinois]&lt;/i&gt; Xi Jinping, lors de sa visite &#224; Dhaka en octobre 2016 pour d&#233;fricher une nouvelle Route de la soie, est parvenu &#224; refourguer au pays quatre installations thermiques. La premi&#232;re d'entre elles, la centrale de Payra, a &#233;t&#233; mise en service en mai 2020. Gav&#233;e au charbon import&#233; d'Indon&#233;sie, elle se situe &#224; six kilom&#232;tres &#224; peine des fragiles mangroves de Chalitabunia et non loin des Sundarbans, un &#233;cosyst&#232;me de marais unique, class&#233; patrimoine mondial de l'Unesco et r&#233;serve de biosph&#232;re depuis 2001. En outre, l'incursion du dirigeant chinois a fait du Bangladesh la premi&#232;re cible des compagnies climaticides de l'empire du Milieu. Au total, 14 GW de capacit&#233; y sont en construction ou dans les cartons&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; China at a crossroads : continued support for coal power erodes country's (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, soit un parc de centrales thermiques &#224; venir qui &#233;ructerait &#224; lui seul les gaz &#224; effet de serre &#233;mis chaque ann&#233;e par toute l'Autriche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une funeste aberration. Le Bangladesh est en effet l'une des nations les plus vuln&#233;rables et les plus touch&#233;es par le d&#233;r&#232;glement climatique. &#192; cause de la mont&#233;e des eaux, 700 000 Bangladais perdent chaque ann&#233;e leur foyer&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Groundswell : preparing for internal climate migration &#187;, Banque mondiale (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. D'ici 2050, le pays pourrait perdre 20 % de ses terres, occasionnant 25 &#224; 30 millions de r&#233;fugi&#233;s climatiques&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Face au changement climatique, le Bangladesh n'est pas pr&#234;t &#187;, Le Temps (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Le Bangladesh est en effet l'une des nations les plus vuln&#233;rables et les plus touch&#233;es par le d&#233;r&#232;glement climatique. &#192; cause de la mont&#233;e des eaux, 700 000 Bangladais perdent chaque ann&#233;e leur foyer.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Les trois autres centrales estampill&#233;es Route de la soie sont encore au stade de la pr&#233;construction. L'une d'entre elles a &#233;t&#233; l'objet en 2016 d'un vaste soul&#232;vement populaire de la part de 3 000 villageois de Banshkhali, menac&#233;s d'expulsion par l'implantation de l'usine thermique. Au cours d'une manifestation contre la future installation, cinq d'entre eux ont &#233;t&#233; tu&#233;s par les forces de l'ordre. &#8220;&lt;i&gt;C'est le plus grand nombre de d&#233;c&#232;s lors d'une r&#233;volte anticharbon depuis le meurtre de six personnes &#224; Jharkhand, en Inde, durant deux manifestations en avril 2011 &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Bangladesh coal plant protests continue after demonstrators killed &#187;, The (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&#8221;, se d&#233;sole Ted Nace, fondateur de Global Energy Monitor.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la contestation sociale a &#233;t&#233; vaine. La centrale climaticide de Banshkhali demeure toujours dans les tuyaux. Pis, malgr&#233; ces violences polici&#232;res, trois nouvelles unit&#233;s de production &#233;lectrique au charbon sont actuellement &#224; l'&#233;tude au Bangladesh. Sur proposition d'entreprises fossiles chinoises, bien s&#251;r. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Diplomatie de la dette&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&#8220;Le Pakistan et le Bangladesh ont tous deux de graves probl&#232;mes de surcapacit&#233;, qui ne cessent de s'aggraver&lt;/i&gt;, s'alarmait en mai 2020 Simon Nicholas, analyste financier pour l'Institute for Energy Economics and Financial Analysis. &lt;i&gt;Pourtant, ils ont l'intention de poursuivre la construction et le financement de nouvelles centrales au charbon par la Chine, bien qu'ils soient d&#233;j&#224; p&#233;nalis&#233;s financi&#232;rement par les paiements de capacit&#233; &#233;lectrique&lt;/i&gt; [r&#233;mun&#233;rations d'un &#201;tat &#224; une centrale afin de garantir sa s&#233;curit&#233; d'approvisionnement en &#233;nergie]&lt;a href=&#034;#nb6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; IEEFA Asia : Chinese coal projects continue as existing power plants stand (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt; un chiffre suffit &#224; illustrer ce que signifie &lt;i&gt;&#8220;de graves probl&#232;mes de surcapacit&#233; &#8221;&lt;/i&gt; : fin 2019, seuls 43 % de l'&#233;lectricit&#233; provenant de l'ensemble des sites de production &#233;nerg&#233;tique du Bangladesh &#233;taient consomm&#233;s. Alors que l'&#201;tat bangladais d&#233;bourse chaque mois &#224; la centrale au charbon de Payra pr&#232;s de 20 millions de dollars de paiements de capacit&#233;, la moiti&#233; de l'&#233;nergie que peut produire la m&#233;ga-infrastructure chinoise n'est pas distribu&#233;e aux habitants, le r&#233;seau d'&#233;lectricit&#233; du pays &#233;tant encore sous-d&#233;velopp&#233;&lt;a href=&#034;#nb6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh6-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, via les nouvelles Routes de la soie, les criminels climatiques chinois ont pu &#233;riger dans les pays pauvres d'Asie d'&#233;normes centrales au charbon compl&#232;tement surdimensionn&#233;es et inadapt&#233;es au contexte social et &#233;conomique de ces r&#233;gions. Quant au fardeau financier des paiements de capacit&#233; aux entreprises fossiles, &#224; l'instar de China Energy en Indon&#233;sie, il entra&#238;ne les nations asiatiques les moins riches sur la voie du surendettement. &lt;i&gt;&#8220;Ces pays, et d'autres, instaurent &#224; la fois une d&#233;pendance &#224; long terme &#224; l'&#233;gard des importations de combustibles fossiles aux tarifs volatils, et une d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la Chine par le biais de la copropri&#233;t&#233; des centrales au charbon&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. note n&#176; 1.&#034; id=&#034;nh6-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;&lt;i&gt;&#8221;&lt;/i&gt;, souligne Christine Shearer, de Global Energy Monitor. Selon cette ONG, l'empire du Milieu d&#233;tenait en 2019 70 % de la dette ext&#233;rieure de l'Indon&#233;sie. En avril 2020, le gouvernement du Pakistan a pour sa part demand&#233; &#224; P&#233;kin des conditions de remboursement plus souples vis-&#224;-vis de ses centrales &#224; charbon, esp&#233;rant qu'un taux d'int&#233;r&#234;t plus bas et un calendrier de remboursement plus long pourraient r&#233;duire ses paiements de capacit&#233;&lt;a href=&#034;#nb6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Pakistan requests China to ease payment obligations in CPEC power projects (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous promesse d'offrir de l'&#233;lectricit&#233; bon march&#233; aux pays en voie de d&#233;veloppement, les Routes de la soie ont d&#233;ploy&#233; une &#8220;diplomatie de la dette&#8221; &#224; l'arri&#232;re-go&#251;t de charbon contre les populations les plus pauvres de la plan&#232;te tout comme contre le climat. Alors qu'il faudrait que la consommation de charbon diminue de 80 % d'ici 2030 pour contenir le r&#233;chauffement plan&#233;taire, les firmes fossiles chinoises verrouillent les pays en premi&#232;re ligne de la crise climatique dans un avenir fortement carbon&#233;. &lt;i&gt;&#8220;Ces centrales r&#233;centes sont l'un des plus grands d&#233;fis auxquels nous devons faire face,&lt;/i&gt; s'inqui&#232;te Fatih Birol, directeur ex&#233;cutif de l'Agence internationale de l'&#233;nergie (AIE).&lt;i&gt; En Europe ou aux &#201;tats-Unis, les centrales ont quarante ans en moyenne. En Asie, on trouve plus de 1 400 GW de centrales qui ont onze ans de moyenne d'&#226;ge. Elles sont loin d'&#234;tre &#224; la retraite. C'est le talon d'Achille de la bataille pour le climat&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; La consommation de charbon continue d'augmenter &#187;, Le Monde (18/12/2018).&#034; id=&#034;nh6-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;.&#8221; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Micka&#235;l Correia (extrait de &lt;i&gt;Criminels climatiques&lt;/i&gt;)&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; China at a crossroads : continued support for coal power erodes country's clean energy leadership &#187;, Institute for Energy Economics and Financial Analysis (janvier 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Groundswell : preparing for internal climate migration &#187;, Banque mondiale (2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Face au changement climatique, le Bangladesh n'est pas pr&#234;t &#187;, &lt;i&gt;Le Temps &lt;/i&gt;(22/03/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Bangladesh coal plant protests continue after demonstrators killed &#187;, &lt;i&gt;The Guardian &lt;/i&gt;(06/04/2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; IEEFA Asia : Chinese coal projects continue as existing power plants stand idle &#187;, &lt;i&gt;ieefa.org&lt;/i&gt; (03/05/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Cf&lt;/i&gt;. note n&#176; 1.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Pakistan requests China to ease payment obligations in CPEC power projects &#187;, &lt;i&gt;The Economic Times &lt;/i&gt;(16/04/2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; La consommation de charbon continue d'augmenter &#187;, &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; (18/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les amis socialistes de Poutine au pays du fado</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-amis-socialistes-de-Poutine-au</link>
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		<dc:date>2021-11-12T23:22:09Z</dc:date>
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		<dc:creator>Charles Reeve</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Seconde &#233;tape d'un retour r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on plonge dans le pass&#233; colonial refoul&#233; du Portugal, avant d'examiner la l&#233;thargie d'une soci&#233;t&#233; que gouverne toujours le Parti socialiste, d&#233;fenseur historique de l'ordre capitaliste. Mais des &#233;clats d'insubordination brillent ici et l&#224;. Cet article est le deuxi&#232;me pan d'une enqu&#234;te consacr&#233;e aux maux du Portugal contemporain. On peut lire la premi&#232;re partie ICI. *** I. Le Portugal est l'un de ces pays que l'on pense (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Seconde &#233;tape d'un retour r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on plonge dans le pass&#233; colonial refoul&#233; du Portugal, avant d'examiner la l&#233;thargie d'une soci&#233;t&#233; que gouverne toujours le Parti socialiste, d&#233;fenseur historique de l'ordre capitaliste. Mais des &#233;clats d'insubordination brillent ici et l&#224;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article est le deuxi&#232;me pan d'une enqu&#234;te consacr&#233;e aux maux du Portugal contemporain. On peut lire la premi&#232;re partie &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Amis-qu-on-cherit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;ICI&lt;/a&gt;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4088 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH514/600px_portugal-510b0.jpg?1782766617' width='500' height='514' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L.L. De Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;I.&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Le Portugal est l'un de ces pays que l'on pense pouvoir aborder directement au pr&#233;sent, dans l'envo&#251;tement de la douceur de vivre et de la beaut&#233; des lieux. C'est une forme d'aveuglement, car le poids de l'histoire y est tr&#232;s pr&#233;sent dans le refoul&#233; collectif, et lui seul permet v&#233;ritablement d'acc&#233;der au r&#233;el et aux &#234;tres qui y vivent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques semaines apr&#232;s la parution de la belle traduction portugaise du livre de Joseph Andras, &lt;i&gt;De nos fr&#232;res bless&#233;s&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Paru chez Actes Sud en 2016 avant d'&#234;tre traduit en portugais en 2021 chez (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, le journal &lt;i&gt;P&#250;blico&lt;/i&gt; donne un relief inattendu &#224; un autre livre qui aborde la probl&#233;matique des guerres coloniales. En l'occurrence, &lt;i&gt;Nos Meandros da Guerra : O Estado Novo e a &#193;frica do Sul na defesa da Guin&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; &#224; Lisbonne chez Caleidoscopio en 2020, ce livre de Jos&#233; Matos et Lu&#237;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; revient sur la lutte pour l'ind&#233;pendance men&#233;e dans l'ancienne colonie portugaise de Guin&#233;e-Bissau au cours des ann&#233;es pr&#233;c&#233;dant le coup d'&#201;tat militaire, du 25 avril 1974, au Portugal. Le rapport entre les deux livres est &#224; la fois direct et lointain. Dans son roman, Joseph Andras pose comme question sous-jacente &#224; l'histoire tragique de Fernand Iveton en Alg&#233;rie en 1956, le positionnement &#233;thique et politique de chacun face &#224; la question coloniale. Question qui s'est &#233;galement pos&#233;e &#224; toute une g&#233;n&#233;ration de jeunes Portugais, de 1961 &#224; 1974, pendant les treize ans de guerre coloniale dans les trois colonies africaines du Mozambique, de l'Angola et de la Guin&#233;e-Bissau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, ce n'est pas cette probl&#233;matique qui pr&#233;occupe la journaliste de &lt;i&gt;P&#250;blico&lt;/i&gt;. La question est aujourd'hui ensevelie dans le silence pesant de la soci&#233;t&#233; portugaise, toujours incapable d'affronter la dimension coloniale de son histoire, son long cort&#232;ge d'horreurs et de crimes contre l'humanit&#233;. Ce colonialisme a constitu&#233; le socle de l'identit&#233; nationale du pays, de l'id&#233;ologie nationaliste et des courants politiques qui l'ont port&#233;e, du r&#233;publicanisme du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle au salazarisme. Il a contamin&#233; jusqu'au courant communiste staliniste, et seul le faible mais actif courant anarchiste du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle en est rest&#233; &#233;loign&#233;. Pourtant, dans le cas portugais, la question du positionnement face au colonialisme a trouv&#233; une r&#233;ponse claire dans le refus massif et collectif de la guerre coloniale par une partie importante de la jeunesse. Attitude qui restera comme un moment &#233;thique exemplaire dans l'histoire contemporaine du pays et au-del&#224;. Aujourd'hui, alors que le petit pays se d&#233;couvre un destin historique bien plus m&#233;diocre que celui dont il a toujours r&#234;v&#233;, celui d'un modeste club de bronzage pour Europ&#233;ens du nord, ce moment de refus collectif n'est absolument pas mis en valeur ; c'est &#224; peine s'il est mentionn&#233;. &lt;i&gt;A&lt;/i&gt; &lt;i&gt;contrario&lt;/i&gt;, les vestiges de l'id&#233;ologie colonialiste retrouvent vie dans la mont&#233;e ouverte du racisme quotidien qui nourrit une nouvelle droite extr&#234;me accroch&#233;e au projet fumeux de d&#233;fense des &#171; valeurs civilisatrices &#187; du Portugal du pass&#233;&lt;a href=&#034;#nb7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur les r&#233;centes violences et crimes racistes au Portugal, touchant la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. C'est-&#224;-dire, les valeurs de la barbarie coloniale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est exceptionnel dans le livre de Matos et Barroso &#8211; et c'est avant tout ce que souligne &lt;i&gt;P&#250;blico&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Portugal negociava a 24 de Abril de 1974 a compra de 32 ca&#231;as Mirage para (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &#8211;, c'est le fait que les auteurs ont eu un acc&#232;s inattendu &#224; des documents de l'arm&#233;e portugaise de la p&#233;riode. On y apprend, tout d'abord, que, d'apr&#232;s les chefs de l'arm&#233;e coloniale, la situation militaire &#233;tait, d&#233;but 1974, inqui&#233;tante pour les forces portugaises en Guin&#233;e-Bissau, petit territoire de l'Afrique occidentale. L'action de la gu&#233;rilla nationaliste provoquait d'importantes et croissantes pertes en hommes, pas loin d'un mort par jour et plus de 10 000 bless&#233;s par an. La d&#233;faite militaire qui se dessinait expliquait l'&#233;tat de d&#233;moralisation des troupes portugaises et la panique de leur encadrement. Le puissant mouvement contre la guerre dans la jeunesse et l'ampleur des d&#233;sertions furent nourris par cette &#233;volution. Celle-ci a fini par inciter &#233;galement une minorit&#233; de la haute hi&#233;rarchie militaire &#224; soutenir l'aventure du mouvement des jeunes officiers &#224; s'engager dans un coup d'&#201;tat militaire mettant fin au r&#233;gime et &#224; la guerre. Tous ces strat&#232;ges &#233;taient, bien s&#251;r, loin de s'imaginer qu'une telle aventure pouvait ouvrir une bo&#238;te de Pandore, exacerber les conflits de classe dans la soci&#233;t&#233; et d&#233;boucher sur une insurrection sociale. Ce fut pourtant ce qui arriva.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le r&#233;gime salazariste continuait &#224; chercher des alli&#233;s et des fournisseurs d'armes afin de poursuivre la d&#233;fense de son projet colonialiste. Compte tenu de la position prise par les principales puissances mondiales, conscientes de la force des mouvements nationalistes et d&#233;sireuses de redessiner g&#233;opolitiquement la situation africaine, le Portugal se trouvait de plus en plus isol&#233;, avec des soutiens de plus en plus limit&#233;s : l'Afrique du Sud de l'apartheid, l'Espagne franquiste et... la France, &#171; patrie des droits de l'Homme &#187; !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que, d&#233;but 1974, le gouvernement portugais entama des discussions avec celui de la France afin d'acheter quelques dizaines d'avions Mirage destin&#233;s &#224; renforcer la puissance de l'arm&#233;e coloniale sur le terrain. Le gouvernement fran&#231;ais, qui depuis le d&#233;but du conflit, avait ravitaill&#233; en mat&#233;riel l'arm&#233;e coloniale portugaise, h&#233;sita, craignant une d&#233;stabilisation de sa zone d'influence et d'int&#233;r&#234;ts dans la r&#233;gion, surtout au S&#233;n&#233;gal voisin. Mais il finit par c&#233;der et le contrat entre les deux gouvernements fut sign&#233; le soir du 24 avril 1974, pour le plus grand bonheur de la famille Dassault et des actionnaires. Champagne ! Sauf que, le matin du jour suivant, le coup d'&#201;tat militaire d'une minorit&#233; de l'arm&#233;e, soutenu massivement par le peuple en liesse, poussa vers la sortie un des signataires du contrat. On rangea pr&#233;cipitamment les bouteilles. Une fois de plus, le mouvement spontan&#233; et impr&#233;vu de l'histoire prit le dessus sur la logique planifi&#233;e des int&#233;r&#234;ts capitalistes et de leurs laquais.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;II.&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Samedi 22 mai 2021 : &#224; Lisbonne, plusieurs dizaines de personnes bloquent la circulation du rond-point qui donne acc&#232;s au principal terminal de l'a&#233;roport. Le groupe veut par son action alerter sur l'augmentation de la pollution provoqu&#233;e par les avions, et appeler &#224; l'arr&#234;t de la construction de nouveaux a&#233;roports dans le pays et au d&#233;veloppement des transports ferroviaires, moins polluants. C'est une question &#171; clivante &#187;, comme on dit avec style dans le nouveau langage lib&#233;ral moderniste. La d&#233;cision de construire (ou non) un nouvel a&#233;roport pr&#232;s de Lisbonne, report&#233;e pour cause de Covid, n'est toujours pas tranch&#233;e par le gouvernement socialiste, tandis que les anciens a&#233;roports attendent avec angoisse les touristes d&#251;ment vaccin&#233;s. C'est la version lusitanienne du jour d'apr&#232;s comme cauchemar du jour d'avant. L'intervention des robocops d&#233;mocrates portuguais ne s'est pas fait attendre : les activistes ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s &lt;i&gt;manu militari&lt;/i&gt; ; 26 d'entre eux, &#226;g&#233;s de 17 &#224; 28 ans, ont &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;s et menac&#233;s de poursuites. Au pays du po&#232;te Fernando Pessoa, la police poss&#232;de des dons d'imagination rares. Son porte-parole aupr&#232;s de la presse, l'inspecteur Nuno Carocha, avance une accusation &#233;tonnante et grave : ces manifestants sont &#171; &lt;i&gt;suspects d'attentat contre la s&#233;curit&#233; routi&#232;re&lt;/i&gt; &#187;. Il est vrai que chaque pays a le terrorisme qu'il m&#233;rite, mais, tout de m&#234;me, cet &#171; &lt;i&gt;attentat contre la circulation routi&#232;re&lt;/i&gt; &#187;, il fallait le trouver !&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Fernando Medina est un gar&#231;on propre sur lui avec une carri&#232;re format&#233;e pour la r&#233;ussite. Maire de Lisbonne, ami d&#233;complex&#233; de l'industrie du tourisme et du b&#233;ton, d&#233;fenseur de pistes cyclables &#224; tout- va dans une ville que la hideuse sp&#233;culation immobili&#232;re a vid&#233;e de son peuple, il est aussi le fils politique pr&#233;f&#233;r&#233; d'Ant&#243;nio Costa, le Premier ministre et actuel patron du puissant Parti socialiste. Les paris donnent Monsieur Medina gagnant dans la course pour la succession de Monsieur Costa, celui-ci &#233;tant pressenti pour une nouvelle carri&#232;re dans la haute bureaucratie de Bruxelles o&#249; son sourire commercial est fort appr&#233;ci&#233;. Mais fin juin 2021, un &#233;v&#233;nement inattendu met ces beaux projets en p&#233;ril. Des r&#233;v&#233;lations prouvent que la mairie de Lisbonne transmet r&#233;guli&#232;rement aux ambassades les donn&#233;es personnelles des activistes qui se mobilisent pour telle ou telle cause devant telle ou telle ambassade : contre Poutine, pour le Tibet ou en soutien &#224; la r&#233;volte hongkongaise, pour les droits du peuple palestinien, contre la r&#233;pression en Angola, etc. Les heureux b&#233;n&#233;ficiaires sont, entre autres, les services russes, angolais ou chinois, le Mossad isra&#233;lien aussi. Parfois, la mairie est d&#233;rout&#233;e. &#192; qui transmettre les donn&#233;es personnelles des militants &#233;cologistes qui ont bloqu&#233; le rond-point de l'a&#233;roport ? Il n'y avait parmi eux pas un seul Palestinien, pas un seul Russe, pas un seul Tib&#233;tain. Les faits, reconnus avec larmes de crocodile par Monsieur Medina, sont vite devenus scandale politique. Le maire socialiste de la capitale passe d&#233;sormais pour un vulgaire &#171; &lt;i&gt;pide&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot &#171; pide &#187; reste dans le langage populaire au Portugal comme synonyme (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; dans un monde de r&#233;pression globalis&#233;e. Appel&#233; &#224; la rescousse, son camarade et ministre des Affaires &#233;trang&#232;res dit esp&#233;rer que &#171; &lt;i&gt;les autorit&#233;s russes, qui ont re&#231;u des donn&#233;es qu'elles n'auraient jamais d&#251; recevoir, appliquent les lois internationales et les effacent&lt;/i&gt; &#187;. Un comique, cet homme ! La pratique est sans doute g&#233;n&#233;ralis&#233;e et pas sp&#233;cifique au Portugal, mais le faire de fa&#231;on si ouverte et brutale traduit l'arrogance d'une classe politique s&#251;re d'un rapport de force qui lui est favorable. N&#233;anmoins, Monsieur Medina a perdu son poste de maire aux toutes r&#233;centes &#233;lections locales du 26 septembre, qui ont vu le taux d'abstention monter &#224; presque 50%.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ne sont que de vulgaires socialistes &#224; la man&#339;uvre. D&#233;fenseur acharn&#233; de l'ordre capitaliste, le Parti socialiste portugais garde n&#233;anmoins quelques traits originaux. Il ne s'agit pas d'un appareil politique de vieille exp&#233;rience, avec un long &#233;tat de services comme le SPD allemand ou le PS fran&#231;ais, partis chauvins qui ont cautionn&#233; de successives boucheries guerri&#232;res et coloniales pour se dissoudre finalement dans le n&#233;olib&#233;ralisme. Si le vieux parti portugais a une histoire remontant &#224; 1875, ann&#233;e de sa fondation, ce n'est qu'en 1973 que le parti actuel a &#233;t&#233; fond&#233; dans l'exil et &#224; l'aide de fonds du SPD. Pendant un si&#232;cle, les quelques militants socialistes ont vivot&#233; tant bien que mal en minorit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, &#224; l'ombre des forts courants anarcho-syndicalistes et anarchistes, puis, pendant la p&#233;riode fasciste, &#224; la tra&#238;ne du rigide Parti communiste stalinien clandestin. La nature du Parti socialiste portugais actuel puise ses racines dans deux moments forts de l'histoire r&#233;cente du pays. Tout d'abord, le r&#244;le d&#233;terminant que le parti a jou&#233; dans l'action contre-r&#233;volutionnaire de novembre 1975, mettant un terme &#224; la p&#233;riode d'insurrection sociale qui suivit la chute de l'ancien r&#233;gime salazariste ; puis la place active du parti dans la &#171; normalisation &#187; de l'ordre capitaliste, en particulier la destruction de la R&#233;forme agraire et des exp&#233;riences d'autogestion sociales. Au moment de la r&#233;volution portugaise de 1974-75, le Parti socialiste portugais a ainsi pris la place unique d'une formation politique qui rompait avec le pass&#233; salazariste tout en s'&#233;rigeant comme un rempart contre &#171; le danger communiste &#187;, &#233;pousant les valeurs du capitalisme de march&#233;. La d&#233;fense inconditionnelle de la variante priv&#233;e du capitalisme a &#233;t&#233; suivie par la gestion du processus d'int&#233;gration du pays dans l'espace capitaliste europ&#233;en. P&#233;riode caract&#233;ris&#233;e par un investissement massif de fonds europ&#233;ens qui a fond&#233; le consensus social d&#233;mocratique et cr&#233;&#233; un climat de corruption g&#233;n&#233;ralis&#233; dont ont profit&#233; l'appareil du parti et la plupart de ses cadres. Il faut avoir pr&#233;sent &#224; l'esprit cette origine particuli&#232;re du Parti socialiste portugais pour comprendre ce qu'il est devenu aujourd'hui : un puissant appareil &#233;lectoral et client&#233;liste, f&#233;rocement accroch&#233; au pouvoir de l'argent&lt;a href=&#034;#nb7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un bref retour sur l'histoire r&#233;cente du Portugal et quelques-uns de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Les actes de Monsieur Medina sont en phase avec cette nature, avec l'esprit bureaucratique r&#233;pressif qui en d&#233;coule.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;*&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;Sous le soleil et la douceur de vivre, il y a un pays triste, forc&#233;ment, car &#233;cras&#233; par un destin de soumission. Une soci&#233;t&#233; qui peine &#224; se projeter dans l'avenir, qui vit dans un pr&#233;sent fataliste, o&#249; l'on a du mal &#224; percevoir des signes d'avenir. Un air de fado, dites-vous ? Le po&#232;te surr&#233;aliste portugais Mario Cesariny r&#233;suma nagu&#232;re dans une phrase ironique le carcan qui, au Portugal, &#233;touffe le r&#234;ve et l'espoir d'un autre futur : &#171; &lt;i&gt;Demain, il y aura encore du foot&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais laissons le pessimisme pour des temps meilleurs, disaient les anars portugais du d&#233;but du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ! Sous les d&#233;combres de la tristesse folklorique, dans une soci&#233;t&#233; vid&#233;e de son &#233;nergie vitale, ici et l&#224;, l'esprit contestataire refait surface. Dans le silence du consensus moderniste vendu par les monstres du capital et ses politiciens, des cris se font entendre, des signes lumineux d'insubordination indiquent un chemin diff&#233;rent. L'action de quelques jeunes sur un rond-point d'a&#233;roport n'est pas une initiative isol&#233;e. Plus au nord, vers le pays galicien, dans les montagnes du parc naturel du Ger&#234;s/Xur&#234;s, l'opposition &#224; l'exploitation toute proche de la plus grosse mine de lithium &#224; ciel ouvert d'Europe par une multinationale vorace s'installe et s'affermit depuis 2018 &lt;a href=&#034;#nb7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire &#224; ce sujet &#171; Covas de Barroso : le plus grand projet d'exploitation de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;. Tout n'est pas perdu dans le pays de &#171; &lt;i&gt;Gr&#226;ndola, Vila Morena&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Compos&#233;e par Zeca Afonso, cette chanson, censur&#233;e par le r&#233;gime salazariste, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Charles Reeve *&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* &lt;i&gt;Charles Reeve, pseudonyme de Jorge Valadas, a &#233;crit plusieurs ouvrages sur la soci&#233;t&#233; portugaise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;.&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Opus 1 : &#034;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Amis-qu-on-cherit' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Le variant asiatique du fado portugais&lt;/a&gt;&#034;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Paru chez Actes Sud en 2016 avant d'&#234;tre traduit en portugais en 2021 chez Antigona par Lu&#237;s Leit&#227;o sous le titre &lt;i&gt;Dos Nossos Irm&#227;os Feridos, De nos fr&#232;res bless&#233;s&lt;/i&gt; est un roman revenant sur l'histoire de Fernand Iveton, ouvrier et militant de l'ind&#233;pendance alg&#233;rienne, guillotin&#233; pour avoir tent&#233;, en novembre 1956, un sabotage &#224; la bombe dans l'usine o&#249; il travaillait.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; &#224; Lisbonne chez Caleidoscopio en 2020, ce livre de Jos&#233; Matos et Lu&#237;s Barroso n'a pas (encore) de version francophone. Son titre peut se traduire par : &#171; Dans les m&#233;andres de la guerre : l'Estado Novo et l'Afrique du Sud dans la d&#233;fense de la Guin&#233;e &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur les r&#233;centes violences et crimes racistes au Portugal, touchant la jeunesse d'origine africaine et les immigr&#233;s de l'Est, lire&lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-Portugal-face-a-son-passe' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Le Portugal face &#224; son pass&#233; colonial &lt;/a&gt; &#187;, &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; n&#176; 191 (octobre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/17/politica/noticia/portugal-negociava-24-abril-1974-compra-32-cacas-mirage-guerra-guine-1962437&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Portugal negociava a 24 de Abril de 1974 a compra de 32 ca&#231;as Mirage para a guerra na Guin&#233; &#187;&lt;/a&gt; (17/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le mot &#171; &lt;i&gt;pide&lt;/i&gt; &#187; reste dans le langage populaire au Portugal comme synonyme de mouchard, celui qui d&#233;nonce, qui fait de la d&#233;lation. La Pide (Pol&#237;cia internacional e de defesa do estado) &#233;tait la police politique de l'ancien r&#233;gime salazariste de facture fasciste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour un bref retour sur l'histoire r&#233;cente du Portugal et quelques-uns de ses moments &#233;mancipateurs, on peut lire ce livre de l'auteur du pr&#233;sent article : &lt;i&gt;La M&#233;moire et le feu &#8211; Portugal, l'envers du d&#233;cor de l'Euroland&lt;/i&gt;, L'Insomniaque, 2006. Sur la r&#233;volution portugaise : Phil Mailer, &lt;i&gt;Portugal 1974-75, r&#233;volution manqu&#233;e&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; (trad. C. Lamoureux, &#201;. Lesourd, D. Pr&#233;vost), Les Nuits rouges, 2019. Ainsi que Raquel Varela, un &lt;i&gt;peuple en r&#233;volution &#8211; Portugal, 1974-1975 &lt;/i&gt;(trad. H&#233;l&#232;ne Melo), Agone, 2018, un travail historique avec une riche documentation pr&#233;sent&#233;e dans une perspective avant-gardiste trotskiste.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire &#224; ce sujet &lt;a href=&#034;https://lundi.am/Covas-de-Barroso-le-plus-grand-projet-d-exploitation-de-lithium-d-Europe&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Covas de Barroso : le plus grand projet d'exploitation de lithium d'Europe &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Lundi Matin&lt;/i&gt; (20/09/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Compos&#233;e par Zeca Afonso, cette chanson, censur&#233;e par le r&#233;gime salazariste, est un embl&#232;me de la r&#233;volution des &#338;illets.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le variant asiatique du fado portugais</title>
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		<dc:date>2021-11-08T16:37:53Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Charles Reeve</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s. I. Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no201-septembre-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;201 (septembre 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/L-L-de-Mars" rel="tag"&gt;L.L. de Mars&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde" rel="tag"&gt;monde&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Portugal" rel="tag"&gt;Portugal&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/plaine-seche" rel="tag"&gt;plaine s&#232;che&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Premi&#232;re &#233;tape d'un retour* r&#233;cent sur les rives du Tage, o&#249; l'on constate que les immigrants asiatiques, par leurs salaires extr&#234;mement bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal, alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re. Il est aussi question de corruption et de cuisine chic &#224; succ&#232;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4056 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L404xH400/400px_portugal-92cee.jpg?1782652073' width='404' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;L.L. de Mars
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;I.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un village sur la route qui va de la c&#244;te atlantique vers Beja, traverse la grande plaine s&#232;che de l'Alentejo (sud du Portugal), &#233;cras&#233;e de chaleur d&#232;s le mois de mai, l'horizon &#224; perte de vue qui se confond avec un ciel sans nuages, le fin fond du pays profond au sud du Tage, vide de gens, d'arbres, comme une steppe &#8211; &#171; &lt;i&gt;notre Sahara&lt;/i&gt; &#187;, dit une amie &#8211; jalonn&#233;e de petits bourgs, perch&#233;s sur des collines. Le village s'appelle &lt;i&gt;Entradas&lt;/i&gt;, &#171; Les Entr&#233;es &#187;. Entr&#233;e vers quoi ? Vers o&#249; ? Tout semble vide, sans vie, ou avec une vie qui s'est arr&#234;t&#233;e dans un pass&#233; lointain. Un pr&#233;sent immobile o&#249; seul un retour au pass&#233; semble plausible. Des maisons basses align&#233;es bordent la rue principale ; au fond, l'&#233;glise. Dans le jardin public, entre quelques arbres qui d&#233;tonnent dans la s&#233;cheresse, deux ou trois m&#226;ts avec des drapeaux frapp&#233;s de la faucille et du marteau signalent la pr&#233;sence municipale toujours incontournable du Parti communiste portugais dans cette r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le rouge br&#251;l&#233; par le soleil a vir&#233; au rose, signe de la mutation id&#233;ologique en cours de la vie politique locale&#8230; Derri&#232;re les vitres des fen&#234;tres ferm&#233;es, des visages rid&#233;s &#233;pient les &#233;trangers de passage. Les rues sont vides, les deux caf&#233;s ferm&#233;s, Covid-19 oblige ; on croise un travailleur de la voirie occup&#233; &#224; balayer les trottoirs du jardin. Le &#171; bonjour &#187; est rapide et sans empathie. Au voisinage de l'&#233;glise, un panneau indique le mus&#233;e local o&#249; sont rassembl&#233;s, pr&#233;sent&#233;s aux rares visiteurs de passage, les derniers vestiges de l'agriculture traditionnelle ou ce qu'on a catalogu&#233; comme tel. Ledit mus&#233;e est ferm&#233; ! Il fait d&#233;j&#224; 33&#176;C au soleil de midi en cette journ&#233;e aux temp&#233;ratures extr&#234;mes, mais nous sommes pris par un sentiment gla&#231;ant, celui d'une soci&#233;t&#233; paralys&#233;e par son d&#233;clin. &#192; l'exception de quelques &#238;lots comme la ville de Castro Verde, toute proche qui vit de l'activit&#233; mini&#232;re, toute la r&#233;gion de l'Alentejo profond, nagu&#232;re un grenier &#224; bl&#233; des latifundiaires et le territoire de quelques-unes des pages les plus radicales de l'histoire sociale du Portugal avec les luttes des salari&#233;s agricoles, vit aujourd'hui la transition vers le monde de la catastrophe annonc&#233;e, celui de la grande agro-industrie. Dans un des pays les plus vieillissants du Vieux Continent et o&#249; la natalit&#233; est la plus faible, la r&#233;gion du bas Alentejo est class&#233;e parmi les plus pauvres de l'Europe communautaire ; et la sociologie de sa population est en train d'&#234;tre boulevers&#233;e par des mouvements contradictoires.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Depuis quelques ann&#233;es, une nouvelle soci&#233;t&#233; s'y installe. C'est le nouveau prol&#233;tariat associ&#233; &#224; la nouvelle agriculture industrielle, aux cultures en serres de fruits rouges pouss&#233;es chimiquement hors sol pour &#234;tre vendues tout au long de l'ann&#233;e dans les rayons des supermarch&#233;s europ&#233;ens ; celle des &#233;tendues d'oliviers et d'amandiers trait&#233;s, plant&#233;s et exploit&#233;s par les multinationales &#224; capitaux financiers sans loi ni patrie. Une population asiatique, des Bengalis, des N&#233;palais, des Vietnamiens, des Tha&#239;landais, des Pakistanais, amen&#233;s de l'autre c&#244;t&#233; de la plan&#232;te par des marchands de chair fra&#238;che, des r&#233;seaux puissants et intouchables. Dans certains villages, ils repr&#233;sentent d&#233;sormais jusqu'&#224; 60 % de la population. Comme si, par un renversement ironique de l'histoire, le projet lusitanien du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle de la d&#233;couverte du chemin maritime vers l'Asie s'&#233;tait finalement concr&#233;tis&#233; par ce peuplement asiatique dans la p&#233;ninsule, effet de la globalisation moderne du march&#233; du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces prol&#233;taires sont exploit&#233;s &#224; l'extr&#234;me, vivent de fa&#231;on concentrationnaire dans des taudis et des ruines, travaillent 10 heures par jour &#224; un taux horaire de 3 euros et les interm&#233;diaires exploiteurs retiennent souvent 50 % de leurs payes, pr&#233;textant remboursements divers et al&#233;atoires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#233;lange est d&#233;j&#224; assez &#233;tonnant, mais la globalisation est &#224; l'&#339;uvre et ne s'arr&#234;te pas. On s'attarde devant la vitrine d'une des agences immobili&#232;res locales &#8211; eh oui, cela existe ici aussi &#8211; et l'on est surpris par le prix des ruines &#224; vendre. Explication : une immigration d'un autre type s'installe aussi dans la r&#233;gion ; des alternatifs de toutes sortes et toutes origines, allant des &#171; auto-entrepreneurs de start-ups &#187; europ&#233;ens aux jeunes couples ais&#233;s &#224; la recherche d'une vie tranquille et d'air pur. Bizarrerie pour bizarrerie, aux Anglais, Hollandais et Allemands du d&#233;but viennent s'ajouter depuis quelques ann&#233;es de nombreuses jeunes familles isra&#233;liennes qui, sans doute, cherchent un apaisement &#224; la folie de l'endroit du monde o&#249; elles sont n&#233;es et o&#249; elles ne veulent plus vivre. On les comprend ! Dans cette petite bande de terre du sud-ouest de la p&#233;ninsule ib&#233;rique, se croisent aujourd'hui diff&#233;rentes mis&#232;res du monde capitaliste globalis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore une &#171; r&#233;v&#233;lation &#187; &#224; mettre sur le compte du Covid-19 : la d&#233;couverte de la condition terrible dans laquelle travaillent et vivent des dizaines de milliers d'immigr&#233;s asiatiques dans la soci&#233;t&#233; portugaise. Le nombre important des contaminations parmi ces travailleurs exploit&#233;s, d&#233;poss&#233;d&#233;s de leurs documents et de leurs droits, a fini par menacer les r&#233;gions o&#249; ils vivent. Une contradiction de plus au sein de la classe capitaliste : le choc entre les int&#233;r&#234;ts de l'agro-industrie et ceux du tourisme. M&#234;me si la contamination des immigr&#233;s asiatiques est rest&#233;e localis&#233;e, elle est venue s'ajouter &#224; la contamination g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; dans les r&#233;gions touristiques du sud o&#249; l'agro-industrie s'&#233;tend &#8211; le d&#233;veloppement de l'&#233;pid&#233;mie ayant forc&#233; le gouvernement &#224; prendre des mesures de confinement qui ont touch&#233; durement l'industrie touristique.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;De fait, ce n'est pas une v&#233;ritable r&#233;v&#233;lation, car la situation de cette immigration surexploit&#233;e &#233;tait connue depuis le d&#233;but par tous ceux qui voulaient la conna&#238;tre. L'excellent journal de contre-information &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; en parlait depuis au moins six ans&lt;a href=&#034;#nb8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lire en particulier l'article &#171; Os olhares de Catarina &#187;, Mapa n&#176; 23 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Mais le d&#233;ni et le silence servaient des int&#233;r&#234;ts capitalistes importants et le gouvernement socialiste portugais venait d'ailleurs, en 2018, d'autoriser l'&#233;largissement de la zone d'implantation des serres sur la c&#244;te ouest de l'Alentejo, avec une augmentation cons&#233;quente de la main-d'&#339;uvre immigr&#233;e. L'&#233;pid&#233;mie a d&#233;clench&#233; un cort&#232;ge de j&#233;r&#233;miades et de larmes de crocodile, des cris d'indignation hypocrite. Les m&#233;dias se sont pench&#233;s sur le sujet pendant des semaines, on a convoqu&#233; des &#171; sp&#233;cialistes &#187; de toute sorte : &#233;conomistes, sociologues, ethnologues, etc. &#192; telle enseigne que le citoyen lambda finit par &#234;tre d&#233;gout&#233; de cet exercice de masochisme des &#233;lites &#8211; exercice charg&#233; d'hypocrisie, car, au-del&#224; des constatations r&#233;p&#233;t&#233;es, des t&#233;moignages, des descriptions glauques, il faut bien constater qu'il y a un terrain qui n'est jamais abord&#233; : celui des responsabilit&#233;s en amont. Avant, &#171; personne n'&#233;tait au courant &#187;, nous dit-on ; aujourd'hui, &#171; personne n'est cens&#233; l'ignorer &#187;, mais, dans le concret, rien ne change. Encore un principe de fonctionnement d&#233;mocratique. On apprend tout de m&#234;me que c'est toute l'agro-industrie, du porto aux fruits rouges des multinationales Driscoll's et cie, qui a recours &#224; cette main d'&#339;uvre exploit&#233;e dans des conditions quasi esclavagistes, du nord au sud du pays. Le cas portugais ne diff&#232;re en rien de la tendance &#224; l'&#339;uvre partout en Europe. Particulier ici est le fait que cette restructuration du march&#233; du travail s'applique dans un des pays les plus pauvres d'Europe, avec les salaires parmi les plus bas. Un pays qui continue &#224; exporter de la main d'&#339;uvre partout ailleurs, du personnel de sant&#233; et des services en Grande-Bretagne, des travailleurs du b&#226;timent et de l'agriculture (tiens, tiens !) en Suisse et en France, des p&#234;cheurs en Allemagne du nord et en Norv&#232;ge. Les immigrants asiatiques, par leurs salaires encore plus bas, permettent &#224; l'agro-industrie de survivre au Portugal alors que les travailleurs portugais &#233;migrent plus loin pour fuir la mis&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;II.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un r&#233;cent rapport de la Commission europ&#233;enne, qui n'est pas &#224; proprement parler une institution au-dessus de tout soup&#231;on, consid&#232;re le Portugal comme l'un des pays les plus gangr&#233;n&#233;s par la corruption en Europe. D'apr&#232;s l'&#233;tude, la population portugaise estime que la corruption est g&#233;n&#233;ralis&#233;e dans le pays et qu'elle affecte sa vie quotidienne. Sentiment qui serait deux fois plus fort au Portugal que la moyenne europ&#233;enne&lt;a href=&#034;#nb8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;, Publico (16/04/2021).&#034; id=&#034;nh8-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Les affaires de corruption s'&#233;talent jour apr&#232;s jour dans les m&#233;dias, m&#234;lant le syst&#232;me bancaire, les hommes politiques, les puissances du foot, les agences immobili&#232;res, sp&#233;culatives et mafieuses. Pour ceux qui croient en la vieille rengaine de la s&#233;paration des pouvoirs, pilier de la d&#233;mocratie repr&#233;sentative, le rapport d&#233;nonce aussi le fait qu'au Portugal, seule une petite minorit&#233; des proc&#232;s pour corruption (autour de 10 %) sont men&#233;s jusqu'&#224; leur terme. L'appareil judiciaire est aussi compromis dans ce processus et subit le discr&#233;dit g&#233;n&#233;ralis&#233; des institutions. L'&#233;tat des &#233;lites, de la classe politique dans sa g&#233;n&#233;ralit&#233; &#8211; avec quelques rares et honorables exceptions &#8211; prouve que le champ du politique est plus qu'en crise : il est d&#233;cadent et irr&#233;cup&#233;rable. La machine du Parti socialiste portugais, accroch&#233;e telle une sangsue au pouvoir central et surtout local, verrouille d'une main de fer cette &#233;volution d&#233;cadente, en distillant peurs et chantages. Pour reprendre la formule d'un ami qui se d&#233;bat localement pour &#233;veiller les esprits, c'est comme le &#171; &lt;i&gt;syst&#232;me Poutine, mais men&#233; avec le sourire b&#233;at du Premier ministre&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se met &#224; r&#233;fl&#233;chir sur ce qui a bien pu se passer dans cette soci&#233;t&#233; depuis cinquante ans, depuis que la chute de l'ancien r&#233;gime autoritaire de nature fasciste a c&#233;d&#233; la place &#224; une d&#233;mocratie repr&#233;sentative. Le Portugal est devenu aujourd'hui en Europe une vitrine &#233;clair&#233;e de la fausset&#233; de cette d&#233;mocratie, un exemple concret de sa nature. Un cas exemplaire de l'&#233;volution de ce syst&#232;me, qui cherche &#224; masquer par un discours mensonger l'in&#233;galit&#233; et l'injustice croissante du capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;g&#226;t collat&#233;ral de la corruption des &#233;lites politiques et &#233;conomiques qui gangr&#232;ne toute la soci&#233;t&#233; portugaise, le discours anticorruption constitue d&#233;sormais un des socles de la nouvelle extr&#234;me droite en plein essor. Mais celles et ceux qui colportent ce discours adoptent ces m&#234;mes comportements. La d&#233;cadence s'&#233;tend du haut vers le bas, contamine aussi de larges pans du peuple qui, par exemple, participent directement et retirent de maigres b&#233;n&#233;fices de cette restructuration du march&#233; du travail, louant des taudis aux travailleurs asiatiques, exploitant leurs faiblesses et leurs fragilit&#233;s &#8211; autre signal de la d&#233;composition des solidarit&#233;s de classe, du sens du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus est particuli&#232;rement criant dans les r&#233;gions du sud, lieux o&#249; des traditions de luttes radicales ont marqu&#233; les g&#233;n&#233;rations, et o&#249; sont aujourd'hui exploit&#233;s les nouveaux immigr&#233;s. Il y a, bien entendu, et il ne faut surtout pas l'oublier, des attitudes minoritaires de solidarit&#233; et d'entraide parmi quelques noyaux de jeunes, liant les immigr&#233;s et la population ancienne. Ces noyaux voient dans la situation actuelle une richesse, une &#233;nergie et une vitalit&#233; n&#233;cessaires &#224; faire survivre une soci&#233;t&#233; vieillissante. Mais le mouvement du capitalisme moderne efface le pass&#233; de r&#233;volte. &#171; &lt;i&gt;Si 150 ans de batailles pour la propri&#233;t&#233; collective de la terre et pour la dignit&#233; du travail rural ont conduit [&#8230;] &#224; la r&#233;forme agraire de 1976, son d&#233;mant&#232;lement accompagn&#233; par la globalisation n&#233;olib&#233;rale a permis au capitalisme le plus obsc&#232;ne de retourner dans les champs du sud&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;, Publico (11/05/2021).&#034; id=&#034;nh8-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#187;. Les d&#233;faites de classe sont toujours ch&#232;rement pay&#233;es. Et les paroles des chansons de Jos&#233; Afonso, devenues le symbole du mouvement r&#233;volutionnaire du 25 avril 1974, ont aujourd'hui un go&#251;t amer, et cherchent &#224; prendre une forme concr&#232;te dans des forces nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, c'est l'av&#232;nement d'un autre monde, celui du capitalisme victorieux et en d&#233;clin. En Alentejo comme ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;III.&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Madame a trouv&#233; un bon plan : une entr&#233;e avec sortie. La flamboyante bourgeoise br&#233;silienne, mari&#233;e &#224; un grand bourgeois fran&#231;ais avec nom &#224; particule, vit d&#233;sormais &#224; Lisbonne dans un beau palace avec leurs deux filles et le chien ; l'heureux toutou s'appelle &#171; Bonaparte &#187; ! C'est aussi bien que l'avenue Henri-Martin et beaucoup moins cher. Encore une autre immigration. On croise (de loin) aujourd'hui au Portugal, outre les retrait&#233;s s&#233;duits par le soleil bon march&#233; et la quasi-absence d'imp&#244;ts, des riches, des tr&#232;s riches, des gangsters modernes (pl&#233;onasme ?!), des notables, des joueurs de foot, des artistes et des &#233;crivains de renom et au prix Goncourt encore frais. C'est dire que le monde m&#233;diocre, arrogant et m&#233;prisant de Madame et de Bonaparte fait main basse sur les riches demeures restaur&#233;es de la vieille Lisbonne et du vieux Porto, pendant qu'on pousse vers les p&#233;riph&#233;ries, gueux, mis&#233;reux, pauvres et &#233;clop&#233;s qui font d&#233;sordre dans le paysage recherch&#233; par Madame et ses semblables. Le capitalisme &#233;tant un syst&#232;me aux &#233;volutions improbables et inattendues, la pand&#233;mie, le d&#233;veloppement du t&#233;l&#233;travail pour des milliers de cadres branch&#233;s et d&#233;branch&#233;s, a relanc&#233; l'immobilier qui, malgr&#233; l'&#233;pid&#233;mie, se porte mieux que jamais.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;&#199;a flambe aussi dans le secteur sp&#233;culatif du luxe. Les ventes de Porsche &#224; 230 000 euros explosent, le niveau de ventes le plus &#233;lev&#233; depuis toujours dans le petit pays se retrouve aussi dans les bijoux et les v&#234;tements de marques, dans les cosm&#233;tiques, le commerce &#233;lectronique ; tout va pour le mieux dans un des pays les plus pauvres d'Europe. Normal, nous le savons, la tendance est g&#233;n&#233;rale : plus il y a de pauvres et plus les riches sont riches. C'est le &#171; d&#233;veloppement &#187; ou la &#171; reprise &#187;, expliquent certains &#233;conomistes. Seulement, ici aussi, les contrastes sont vertigineux. Alors que de larges secteurs de la population, y compris des petites classes moyennes employ&#233;es dans l'enseignement, la sant&#233;, les services, ne trouvent pas &#224; se loger, tout ce beau monde se partage en coupes r&#233;gl&#233;es des immeubles et des palais d&#233;labr&#233;s bient&#244;t r&#233;nov&#233;s. Madame et son Bonaparte d&#233;pensent dans le &#171; take-away &#187; quotidien de chefs &#233;toil&#233;s autant que ce que touche par mois un immigr&#233; vietnamien ou n&#233;palais travaillant dix heures par jour dans les serres de fruits rouges empoisonn&#233;s de la c&#244;te alentejana. Enfin, &#171; take-away &#187;, c'est une expression r&#233;fut&#233;e par ce beau monde : &#171; &lt;i&gt;Nous ne vendons pas de la nourriture, nous vendons une exp&#233;rience de socialisation&lt;/i&gt; &#187;, explique un comique patron d'une de ces start-up de cuisine chic &#224; succ&#232;s&lt;a href=&#034;#nb8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;, Expresso (28/05/2021).&#034; id=&#034;nh8-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un &#233;tat des lieux qui enrage. Qui est aussi un rappel du fait que nous ne devons pas prendre pour le r&#233;el ce qui n'est que l'apparence, la surface des choses, et non l'essence de son mouvement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle d'un des pays les plus pauvres d'Europe, on se r&#233;f&#232;re bien &#233;videmment au pays des pauvres, laissant de c&#244;t&#233; le pays des riches. Une voix avertie soulignait r&#233;cemment des aspects significatifs de cette in&#233;galit&#233; sociale criante et violente qui, au Portugal comme partout ailleurs, ne cesse d'augmenter&lt;a href=&#034;#nb8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;, Publico (22/05/2021).&#034; id=&#034;nh8-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Depuis deux d&#233;cennies, le nombre de travailleurs qui per&#231;oivent le salaire minimum (environ 740 euros brut par mois contre 1 050 euros en Espagne) a &#233;t&#233; multipli&#233; par trois alors que le taux d'imposition d'un travailleur portugais est de 27,4 % au-dessus de la moyenne europ&#233;enne. Ceci, alors que la part sociale du salaire, re&#231;ue sous la forme de services publics, diminue continuellement. L'effondrement des services publics de sant&#233; lors de l'&#233;pid&#233;mie de Covid &#8211; effondrement dont les pires cons&#233;quences sont encore &#224; venir au vu de la d&#233;programmation des interventions chirurgicales, du report des rendez-vous m&#233;dicaux et de l'interruption des traitements &#8211; est l'exemple le plus r&#233;cent et le plus tragique de cette tendance. Dans son bref et r&#233;cent parcours de construction d&#233;mocratique, le Portugal se pose comme un cas exemplaire de plus dans la nature in&#233;galitaire de l'&#233;galit&#233; formelle. Depuis la chute du pr&#233;c&#233;dent r&#233;gime autoritaire et l'av&#232;nement du r&#233;gime d&#233;mocratique parlementaire, la productivit&#233; par travailleur a &#233;t&#233; multipli&#233;e par cinq alors que le salaire r&#233;el continue de baisser, que les in&#233;galit&#233;s sociales ne cessent de se creuser. Les esprits critiques ne manqueront pas de conclure que ce passage entre deux syst&#232;mes de pouvoir a surtout profit&#233; &#224; ceux qui ont gard&#233; le pouvoir, c'est-&#224;-dire &#224; la classe capitaliste. Certes, tout cela, on peut le dire et l'&#233;crire aujourd'hui, alors que toute remarque semblable &#233;tait autrefois passable de poursuites, voire d'emprisonnement. Une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique se caract&#233;rise-t-elle simplement par le &#171; droit &#187; &#224; reconna&#238;tre ouvertement que l'in&#233;galit&#233; sociale est immuable ? C'est avoir bien peu d'exigences, il faut le reconna&#238;tre !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;[&#192; suivre&#8230;]&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Charles Reeve *&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;* Charles Reeve, pseudonyme de Jorge Valadas, a &#233;crit plusieurs ouvrages sur la soci&#233;t&#233; portugaise, dont &lt;i&gt;La M&#233;moire et le Feu - Portugal, l'envers du d&#233;cor de l'Euroland&lt;/i&gt;, paru aux &#233;ditions L'Insomniaque en 2006.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb8-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lire en particulier l'article &lt;a href=&#034;https://www.jornalmapa.pt/2020/01/20/os-olhares-de-catarina/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Os olhares de Catarina &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Mapa&lt;/i&gt; n&#176; 23 (avril-juin 2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/04/16/opiniao/noticia/pais-corrupto-socrates-ivo-rosa-1958761&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Um pa&#237;s corrupto &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico&lt;/i&gt; (16/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/11/opiniao/opiniao/agrocapitalismo-estufa-1961983&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Agrocapitalismo de estufa &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(11/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://expresso.pt/sociedade/lifestyle/2021-05-29-Luxo.-O-virus-nao-passa-por-aqui-fa473405&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Luxo, o virus n&#227;o passa por aqui &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Expresso&lt;/i&gt; (28/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.publico.pt/2021/05/22/opiniao/opiniao/pais-pobre-resposta-jose-miguel-judice-susana-peralta-1963480&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Somos um pa&#237;s pobre ? &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Publico &lt;/i&gt;(22/05/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>S&#233;n&#233;gal, les pirogues de la derni&#232;re chance</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Senegal-les-pirogues-de-la</link>
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		<dc:date>2021-04-07T09:28:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Fall Amzer</dc:creator>


		<dc:subject>Histoires de saute-fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>p&#234;che</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;D&#233;but mars, des r&#233;voltes populaires d'une ampleur in&#233;dite ont secou&#233; le S&#233;n&#233;gal. Aux origines profondes de cette col&#232;re, une situation sociale et &#233;conomique catastrophique, empir&#233;e par la pand&#233;mie. C'est cette m&#234;me pr&#233;carit&#233; doubl&#233;e d'un avenir obstin&#233;ment bouch&#233; qui pousse de nombreux jeunes &#224; prendre la mer en direction de l'Europe, par les Canaries. Un p&#233;riple trop souvent meurtrier. Des militants et voyageurs s&#233;n&#233;galais nous ont parl&#233; de cette route atlantique, de ses dangers, et de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Histoires-de-saute-frontieres" rel="tag"&gt;Histoires de saute-fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;D&#233;but mars, des r&#233;voltes populaires d'une ampleur in&#233;dite ont secou&#233; le S&#233;n&#233;gal. Aux origines profondes de cette col&#232;re, une situation sociale et &#233;conomique catastrophique, empir&#233;e par la pand&#233;mie. C'est cette m&#234;me pr&#233;carit&#233; doubl&#233;e d'un avenir obstin&#233;ment bouch&#233; qui pousse de nombreux jeunes &#224; prendre la mer en direction de l'Europe, par les Canaries. Un p&#233;riple trop souvent meurtrier. Des militants et voyageurs s&#233;n&#233;galais nous ont parl&#233; de cette route atlantique, de ses dangers, et de ce qui pousse tant de personnes &#224; braver la mort.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3610 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;25&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-1752.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH707/-1752-d31f4.jpg?1783564379' width='500' height='707' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Carte sign&#233;e Fall Amzer
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ces derniers mois les c&#244;tes du S&#233;n&#233;gal connaissent une forte vague de d&#233;parts. Celles et ceux qui embarquent tentent de rejoindre les &#238;les Canaries, au large du Maroc, premier bout de terre europ&#233;en &#224; port&#233;e de pirogue. Au cours du mois d'octobre dernier, des milliers de personnes ont pris la mer et pr&#232;s de 480 ont perdu la vie dans une terrible s&#233;rie de naufrages. &#192; l'origine de l'h&#233;catombe ? La fermeture des fronti&#232;res europ&#233;ennes, qui pousse les voyageurs &#224; emprunter des routes toujours plus longues et p&#233;rilleuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un fait connu et document&#233; : les routes migratoires se modifient sans cesse en fonction des situations politiques des pays concern&#233;s, qu'ils soient de d&#233;part, de transit ou d'arriv&#233;e. Elles &#233;voluent aussi selon les politiques r&#233;pressives d&#233;ploy&#233;es par les &#201;tats pour verrouiller leurs fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La route atlantique vers les Canaries, elle, n'est pas nouvelle. Emprunt&#233;e depuis des si&#232;cles, elle a connu son apog&#233;e durant la crise des &lt;i&gt;cayucos &lt;/i&gt;(pirogues), entre 2006 et 2008, durant laquelle pr&#232;s de 40 000 personnes en provenance des c&#244;tes d'Afrique de l'Ouest ont d&#233;barqu&#233; sur l'archipel. D&#233;laiss&#233;e une d&#233;cennie durant, elle est redevenue tr&#232;s fr&#233;quent&#233;e au vu des difficult&#233;s &#224; entrer en Europe par d'autres voies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2018, l'enfer v&#233;cu par les centaines de milliers de personnes bloqu&#233;es en Libye, la dangerosit&#233; grandissante de la travers&#233;e de la M&#233;diterran&#233;e centrale et les &lt;i&gt;pushbacks &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Refoulements ill&#233;gaux de personnes ayant franchi la fronti&#232;re, sans leur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; incessants des garde-c&#244;tes grecs en mer &#201;g&#233;e avaient amen&#233; &#224; relancer la fr&#233;quentation de la route de Gilbraltar, entre le Maroc et l'Espagne. Cela n'a pas dur&#233;. En quelques ann&#233;es, la surveillance des c&#244;tes marocaines s'est fortement renforc&#233;e, rendant le passage du d&#233;troit presque impossible. Les travers&#233;es se sont alors d&#233;localis&#233;es, prenant comme point de d&#233;part le sud du Maroc et le Sahara occidental &lt;i&gt;[voir encadr&#233;]&lt;/i&gt;, direction les Canaries. Derni&#232;rement, le harc&#232;lement policier permanent v&#233;cu par les Subsaharien&#183;nes au Maroc et la fermeture des fronti&#232;res terrestres suite &#224; la crise du Covid ont repouss&#233; les zones de d&#233;parts encore plus au sud : beaucoup se font d&#233;sormais directement des c&#244;tes mauritaniennes et s&#233;n&#233;galaises.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;1 500 kilom&#232;tres en pirogue &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pouvant durer jusqu'&#224; dix jours, les travers&#233;es se font &#224; bord de grandes pirogues en bois habituellement utilis&#233;es pour la p&#234;che artisanale. Bien que g&#233;n&#233;ralement pilot&#233;es par des marins aguerris, elles ne font pas toujours le poids face &#224; l'oc&#233;an. Les voyageurs sont majoritairement s&#233;n&#233;galais, entour&#233;s parfois de ressortissants des pays voisins. Les &#233;quipages partent sans t&#233;l&#233;phone satellite, avec des r&#233;serves d'eau et de nourriture souvent insuffisantes. En outre, beaucoup de ceux qui embarquent ne connaissent pas la mer. C'est le cas de Djiby Sy, qui nous a livr&#233; le r&#233;cit de sa travers&#233;e&lt;a href=&#034;#nb9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Entretien &#224; retrouver en int&#233;gralit&#233; courant avril sur le site de CQFD.&#034; id=&#034;nh9-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;J'habitais &#224; Saint-Louis, une ville de p&#234;che du nord du S&#233;n&#233;gal. Mais je suis quelqu'un qui ne conna&#238;t pas la mer. Alors c'&#233;tait un peu compliqu&#233; pour moi, le fait d'entrer dans la mer, de manger &#224; l'int&#233;rieur de la mer, de dormir dans la mer, pisser dans la mer ! C'est ce qui m'a &#233;tonn&#233; dans un premier temps. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre pirogue avait trois capitaines, des grands p&#234;cheurs de Dakar, &lt;/i&gt;poursuit Djiby Sy. &lt;i&gt;Quand on a pris le d&#233;part, on a vis&#233; au large pour que les contr&#244;leurs ne nous captent pas. La mer a commenc&#233; &#224; s'agiter et les gens &#224; vomir. Et puis, j'ai vu des dauphins qui sautaient et ont accompagn&#233; la pirogue sur plusieurs kilom&#232;tres ! Apr&#232;s leur d&#233;part, j'ai commenc&#233; &#224; comprendre que j'avais pris un tr&#232;s grand risque, et que si on avait un probl&#232;me, m&#234;me petit, on risquait tous de mourir. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Canaries se trouvent &#224; plus de 1 500 kilom&#232;tres des c&#244;tes s&#233;n&#233;galaises. Sur cette distance, les risques d'avarie ou de se perdre sont effectivement importants, sachant que ni le S&#233;n&#233;gal ni la Mauritanie ne disposent d'organismes de secours en mer. Quant &#224; la zone d&#233;volue aux sauveteurs espagnols, elle est immense : plus d'un million et demi de kilom&#232;tres carr&#233;s. L'organisme civil Salvamento Mar&#237;timo fait son possible pour r&#233;pondre aux situations de d&#233;tresse dans ce p&#233;rim&#232;tre, mais d&#233;nonce une baisse continue de ses moyens, qui entrave sa capacit&#233; de sauvetage. Dans ces conditions, certains bateaux disparaissent purement et simplement dans l'oc&#233;an avec leurs occupant&#183;es. Il est impossible de quantifier le nombre de ces naufrages invisibles, mais Alarm Phone&lt;a href=&#034;#nb9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; estime qu'une personne sur douze perdrait la vie sur cette route.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Braver la mort par d&#233;sespoir &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Les dangers de ce p&#233;riple sont connus de celles et ceux qui partent, mais ne les d&#233;couragent pas pour autant. Selon Saliou Diouf, membre du r&#233;seau Alarm Phone et fondateur de l'association Boza Fii&lt;a href=&#034;#nb9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Boza Fii &#8211; &#171; R&#233;ussir ici &#187; &#8211; a pour but d'ac&#173;compagner les personnes (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, &#171; &lt;i&gt;chaque migrant qui d&#233;cide de partir conna&#238;t quelqu'un qui est rest&#233; dans la mer en essayant de rallier l'Espagne. Le probl&#232;me c'est qu'ils n'ont pas le choix, parce qu'ici ils meurent &#224; petit feu. &#187;&lt;/i&gt; Dans un pays o&#249; le taux de pauvret&#233; ne fait qu'augmenter, pour des jeunes sans espoir ni d&#233;bouch&#233;s c'est &#171; &lt;i&gt;Bar&#231;a ou &lt;/i&gt;barsakh &#187; &#8211; &#171; Barcelone ou la mort &#187;. Car si certains tentent leur chance dans d'autres pays de la sous-r&#233;gion, ils sont nombreux &#224; r&#234;ver d'Europe. &#171; &lt;i&gt;Cette souffrance que les gens vivent au pays, c'est la m&#234;me que quand ils partent et perdent leur vie dans la mer, &lt;/i&gt;poursuit Saliou Diouf. &lt;i&gt;Donc ils saisissent toute possibilit&#233; de trouver une vie meilleure ailleurs. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, ce d&#233;sir de voyager est entrav&#233; par l'impossibilit&#233; d'acc&#233;der au syst&#232;me des visas. Babacar N'diaye, autre membre d'Alarm Phone, temp&#234;te ainsi contre les &#201;tats europ&#233;ens qui signent des conventions sur la libert&#233; de circulation tout en ne reconnaissant pas cette libert&#233; &#224; la plupart des ressortissants africains. &#171; &lt;i&gt;Quand tu vas &#224; l'ambassade d&#233;poser une demande de visa, tu sais tr&#232;s bien qu'on va te rejeter. C'est aussi pour cela que les jeunes sacrifient leur vie. S'il &#233;tait facile de voyager, ils ne prendraient pas la mer. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis un an, la crise &#233;conomique li&#233;e &#224; la pand&#233;mie joue &#233;galement un r&#244;le dans l'acc&#233;l&#233;ration des d&#233;parts. Dans un pays o&#249; 40 % de la population travaille dans le secteur informel et doit se d&#233;brouiller au jour le jour, les restrictions sanitaires ont rendu la survie encore plus difficile. C'est ce que r&#233;pond Djiby Sy lorsqu'on lui demande ce qui l'a pouss&#233; &#224; partir malgr&#233; les risques : &#171; &lt;i&gt;Au S&#233;n&#233;gal, la vie est tellement pr&#233;caire, que &#231;a nous met une pression de soul&#232;vement. On a tout brav&#233; pour traverser notre destin. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re de pr&#233;carit&#233;, les p&#234;cheurs s&#233;n&#233;galais sont en premi&#232;re ligne. Alors que plus de 600 000 habitant&#183;es du pays vivent de la p&#234;che artisanale, la fili&#232;re est en souffrance : le poisson se fait rare et il devient de plus en plus difficile aux p&#234;cheurs de subvenir aux besoins de leur famille. Si les communaut&#233;s villageoises prennent des initiatives pour se r&#233;approprier leurs territoires de p&#234;che et assurer le renouvellement des esp&#232;ces, ces efforts ne suffisent pas &#224; endiguer l'&#233;puisement progressif des ressources. En cause : des p&#234;cheurs artisanaux trop nombreux, mais surtout le d&#233;veloppement d'une surp&#234;che industrielle frauduleuse, couverte par le minist&#232;re de la P&#234;che. On voit ainsi se multiplier en zone c&#244;ti&#232;re de gros navires &#233;trangers dits &#171; s&#233;n&#233;galis&#233;s &#187;, qui se sont vu accorder une immatriculation dans le pays afin d'obtenir une licence de p&#234;che. Dans un rapport diffus&#233; en novembre 2020, l'ONG Greenpeace d&#233;non&#231;ait l'attribution ill&#233;gale de ces licences &#224; des bateaux provenant notamment de Chine ou de Cor&#233;e du Sud. Les accords octroyant d'importants droits de p&#234;che &#224; l'Union europ&#233;enne (UE) sont &#233;galement montr&#233;s du doigt : 1,7 million d'euros sont ainsi vers&#233;s chaque ann&#233;e au S&#233;n&#233;gal en maigre contrepartie de l'acc&#232;s &#224; ses eaux territoriales. Difficile pour les p&#234;cheurs locaux de faire le poids face &#224; des dirigeants bradant les ressources du pays.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cynisme d'&#201;tats&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En octobre dernier, alors qu'en une semaine des centaines de S&#233;n&#233;galais&#183;es viennent de perdre la vie en mer, le pr&#233;sident Macky Sall refuse de reconna&#238;tre l'ampleur de la catastrophe, minimisant le nombre de disparu&#183;es et les rendant seul&#183;es responsables de leur destin. D&#233;non&#231;ant le m&#233;pris du gouvernement qu'elles jugent principal responsable de la situation, plusieurs organisations citoyennes s'unissent alors au sein du collectif 480. Pour pallier le silence de l'&#201;tat, elles lancent une journ&#233;e de deuil national sur les r&#233;seaux sociaux le 13 novembre, et appellent &#224; une marche silencieuse &#224; Dakar une semaine plus tard. Saliou Diouf est partie prenante de l'organisation : &#171; &lt;i&gt;Quand il y a eu ces morts, ils ont d'abord d&#233;menti les chiffres, avant de rester dans l'immobilisme, ne tentant m&#234;me pas un dialogue avec la population. Tu ne peux pas avoir 400 morts en une semaine et rester silencieux ! La r&#233;alit&#233; c'est qu'il y a des soul&#232;vements et que &#231;a va exploser. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;but mars, la situation a fini par d&#233;boucher sur un vaste mouvement de protestation. Si le d&#233;clencheur de la r&#233;volte a &#233;t&#233; l'arrestation de l'opposant politique Ousmane Sonko&lt;a href=&#034;#nb9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Accus&#233; de viol et menaces de mort, Ousmane Sonko a &#233;t&#233; plac&#233; en garde &#224; vue (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;, la col&#232;re des manifestants s'est r&#233;v&#233;l&#233;e bien plus profonde. La r&#233;pression a &#233;t&#233; f&#233;roce et les forces de l'ordre n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; tirer sur la foule : entre 10 et 15 personnes ont &#233;t&#233; tu&#233;es et plusieurs centaines bless&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; bien des &#233;gards, cette froide r&#233;pression marque l'aboutissement macabre d'une politique d'un cynisme sans borne. Quelques mois plus t&#244;t, l'&#201;tat s&#233;n&#233;galais avait en effet d&#233;cid&#233; de poursuivre certains parents de disparus pour &#171; complicit&#233; de trafic d'&#234;tres humains &#187;. Si ce chef d'accusation n'a finalement pas &#233;t&#233; retenu, plusieurs ont &#233;t&#233; condamn&#233;s pour &#171; mise en danger de la vie d'autrui &#187;. Derri&#232;re cette criminalisation se dessine une collaboration renforc&#233;e avec l'UE, afin d'emp&#234;cher les d&#233;parts. Agence europ&#233;enne des gardes-fronti&#232;res et des gardes-c&#244;tes, Frontex intervient au large des c&#244;tes ouest-africaines dans le cadre de la mission Hera depuis 2006. Si elle ne peut, officiellement, intercepter les navires, l'agence vient en appui aux militaires s&#233;n&#233;galais, charg&#233;s de surveiller les c&#244;tes et refouler les embarcations qui tentent de les quitter. Les forces arm&#233;es accomplissent leur mission avec z&#232;le : le 25 octobre 2020, au large de Dakar, elles n'ont pas h&#233;sit&#233; &#224; &#233;peronner une pirogue qui refusait de s'arr&#234;ter. Bilan de l'op&#233;ration : 41 morts.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Refoul&#233;s aux portes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;L'arriv&#233;e aux Canaries n'est qu'un bref soulagement pour les personnes qui d&#233;barquent saines et sauves. Apr&#232;s un voyage incertain et &#233;prouvant, certaines ignorent qu'elles arrivent sur une &#238;le. L'&#201;tat espagnol, fort du soutien de l'UE, met alors tout en &#339;uvre pour emp&#234;cher les arrivant&#183;es de rejoindre le continent, tout en cherchant &#224; multiplier les expulsions. Mal inform&#233;&#183;es de leurs droits et priv&#233;&#183;es de traducteurs, beaucoup d'arrivant&#183;es ne parviennent pas &#224; d&#233;poser une demande d'asile, s'exposant alors &#224; une rapide. Celle et ceux qui y arrivent doivent ensuite patienter de longs mois sans savoir quand ils pourront rejoindre le continent. L'Espagne a &#233;galement r&#233;activ&#233; des accords de &#171; rapatriement &#187; avec le S&#233;n&#233;gal et la Mauritanie, qui permettent d'acc&#233;l&#233;rer le renvoi par avion de leurs ressortissants voire, dans le cas de la Mauritanie, de toutes les personnes soup&#231;onn&#233;es d'avoir transit&#233; par le pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2020, 23 023 personnes ont d&#233;barqu&#233; aux Canaries, soit huit fois plus que l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Face &#224; l'augmentation des arriv&#233;es, les autorit&#233;s de l'archipel ont vite &#233;t&#233; d&#233;bord&#233;es. Cons&#233;quence : les conditions d'accueil des arrivant&#183;es sont extr&#234;mement pr&#233;caires. Sur l'&#238;le de Gran Canaria, un camp a ainsi &#233;t&#233; improvis&#233; sur un quai du port d'Arguinegu&#237;n, dans des conditions qualifi&#233;es d' &#187; &lt;i&gt;inhumaines &#187;&lt;/i&gt; par le maire de la commune. Jusqu'&#224; 2 000 personnes se sont retrouv&#233;es entass&#233;es sur cet espace, surnomm&#233; le &#171; camp de la honte &#187;, avant d'&#234;tre finalement d&#233;mantel&#233; en d&#233;cembre dernier. De nombreuses personnes &#233;taient &#233;galement assign&#233;es &#224; r&#233;sidence dans des h&#244;tels, vides en raison de la crise sanitaire. Mais la situation a provoqu&#233; des tensions avec les habitants et la plupart des &#233;tablissements ont &#233;t&#233; vid&#233;s &#224; l'approche de la saison touristique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; le manque d'infrastructures d'accueil, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur espagnol refuse de transf&#233;rer les demandeurs d'asile sur le continent, pr&#233;f&#233;rant construire des centres de r&#233;tention et transformer les &#238;les en prisons. Au mois de janvier, 176 migrant&#183;es s&#233;n&#233;galais&#183;es ont entam&#233; une gr&#232;ve de la faim pour protester contre leur situation. Malgr&#233; des entraves toujours plus grandes au droit et &#224; la libert&#233; de circulation, les r&#233;sistances et les luttes grandissent d'un bout &#224; l'autre des chemins de l'exil.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fall Amzer&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Focus sur le Sahara occidental&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le Sahara occidental est une zone &#233;conomique strat&#233;gique, de par sa proximit&#233; avec l'Atlantique et ses eaux riches en poissons, mais aussi par la quantit&#233; de phosphate pr&#233;sent dans ses sols. Anciennement colonie espagnole, ce territoire a &#233;t&#233; envahi en 1975 par les forces militaires marocaines. Son appartenance &#224; l'&#201;tat marocain n'&#233;tant pas reconnue par l'ONU, il est &#224; ce jour la derni&#232;re colonie d'Afrique qui perdure. Le peuple sahraoui attend toujours l'organisation du r&#233;f&#233;rendum d'autod&#233;termination pr&#233;vu en 1992. Apr&#232;s vingt-neuf ans de cessez-le-feu, des combats sporadiques entre l'arm&#233;e marocaine et les ind&#233;pendantistes du Front Polisario ont repris fin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si les eaux qui bordent le Sahara occidental appartiennent &#224; la zone &#233;conomique exclusive du Maroc &lt;i&gt;[voir carte]&lt;/i&gt;, c'est l'Espagne qui est responsable du secours en mer dans la zone. Cet h&#233;ritage de la colonisation pass&#233;e n'est pas sans cons&#233;quences et les conflits g&#233;opolitiques autour de la d&#233;finition des fronti&#232;res maritimes peuvent mettre en jeu des vies humaines. Ainsi, le 23 d&#233;cembre 2020, un bateau est signal&#233; en d&#233;tresse au large de La&#226;youne, la plus grosse ville du territoire. Les autorit&#233;s espagnoles et marocaines, inform&#233;es, se renvoient la balle pour savoir qui est responsable des secours dans la zone. Au final, aucune op&#233;ration de sauvetage n'est lanc&#233;e. Le bateau fait naufrage et 18 personnes se noient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;parts vers l'Europe se font d&#233;sormais directement du S&#233;n&#233;gal ou de la Mauritanie, mais beaucoup tentent encore leur chance depuis le sud du Maroc et le Sahara occidental. &#192; quatre jours de mer des &#238;les Canaries, ces r&#233;gions sont fr&#233;quent&#233;es par de nombreux Marocain&#183;es et Subsaharien&#183;nes candidat&#183;es &#224; l'exil. Fuyant les pers&#233;cutions au nord du Maroc, ou arrivant par le sud, les Subsahariens sont nombreux &#224; faire une pause &#224; La&#226;youne, esp&#233;rant traverser vers les Canaries. Les conditions de vie y sont tr&#232;s pr&#233;caires et les initiatives de solidarit&#233; souvent r&#233;prim&#233;es par les autorit&#233;s marocaines. Un appel &#224; dons a &#233;t&#233; lanc&#233; pour aider les personnes sur place &#224; payer les loyers et les frais de justice en cas d'arrestation, mais aussi permettre des obs&#232;ques dignes et de pr&#233;venir les familles en cas de d&#233;c&#232;s sur la route.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour soutenir cet appel : sur &lt;i&gt;HelloAsso.com&lt;/i&gt;, aller &#224; la page &#171; &lt;a href=&#034;https://www.helloasso.com/associations/kalliope/collectes/soutenons-les-migrant-e-s-a-laayun&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soutenons les migrant.e.s &#224; La&#226;yun&lt;/a&gt; ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb9-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Refoulements ill&#233;gaux de personnes ayant franchi la fronti&#232;re, sans leur laisser la possibilit&#233; de demander l'asile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Entretien &#224; retrouver en int&#233;gralit&#233; courant avril sur le site de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Depuis 2014, le r&#233;seau Alarm Phone propose une assistance t&#233;l&#233;phonique aux personnes en d&#233;tresse en M&#233;diterran&#233;e, gr&#226;ce &#224; un num&#233;ro joignable 24 h/24. Il fournit &#233;galement un travail de documentation sur les travers&#233;es dans les diff&#233;rentes r&#233;gions m&#233;diterran&#233;ennes et sur la route des Canaries. Lire notamment &#171; Un nombre choquant de morts, mais aussi des luttes grandissantes sur place &#187;, article publi&#233; sur &lt;i&gt;AlarmPhone.org &lt;/i&gt;le 29 janvier dernier.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Boza Fii &#8211; &#171; R&#233;ussir ici &#187; &#8211; a pour but d'ac&#173;compagner les personnes rentrant au S&#233;n&#233;gal apr&#232;s un parcours d'&#233;migration. Qu'il s'agisse d'un retour choisi ou contraint, elle les aide &#224; reconstruire leur vie au pays et lutter contre le sentiment d'&#233;chec. L'association propose &#233;galement d'assister les familles de personnes disparues en mer. Son site : &lt;i&gt;Bozafiisn.org&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Accus&#233; de viol et menaces de mort, Ousmane Sonko a &#233;t&#233; plac&#233; en garde &#224; vue le 3 mars pour &#171; troubles &#224; l'ordre public &#187; et &#171; participation &#224; une manifestation non autoris&#233;e &#187;. Il a &#233;t&#233; lib&#233;r&#233; cinq jours plus tard dans l'attente de son proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le militarisme, une &#171; passion fran&#231;aise &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Quand Ronald Reagan lance son offensive n&#233;olib&#233;rale aux &#201;tats-Unis en 1980, il fait trois choses : exon&#233;rer massivement d'imp&#244;ts les plus riches, mater le mouvement syndical et relancer la course aux armements. Quarante ans plus tard, Emmanuel Macron tente de faire exactement la m&#234;me chose. Comme les &#201;tats-Unis, la France est une puissance imp&#233;rialiste o&#249; le militaire est &#233;troitement li&#233; &#224; l'&#233;conomique. Un lien qui n'a cess&#233; de se renforcer depuis 2008, estime l'&#233;conomiste Claude Serfati, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no185-mars-2020" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;185 (mars 2020)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Etienne-Savoye" rel="tag"&gt;&#201;tienne Savoye&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/France" rel="tag"&gt;France&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-904" rel="tag"&gt;pays&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/guerre" rel="tag"&gt;guerre&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-industrie" rel="tag"&gt;l'industrie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand Ronald Reagan lance son offensive n&#233;olib&#233;rale aux &#201;tats-Unis en 1980, il fait trois choses : exon&#233;rer massivement d'imp&#244;ts les plus riches, mater le mouvement syndical et relancer la course aux armements. Quarante ans plus tard, Emmanuel Macron tente de faire exactement la m&#234;me chose. Comme les &#201;tats-Unis, la France est une puissance imp&#233;rialiste o&#249; le militaire est &#233;troitement li&#233; &#224; l'&#233;conomique. Un lien qui n'a cess&#233; de se renforcer depuis 2008, estime l'&#233;conomiste Claude Serfati, membre du Conseil scientifique d'Attac et auteur de l'essai &lt;i&gt;Le militaire, une passion fran&#231;aise&lt;/i&gt; (&#233;d. Amsterdam, 2017). Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3383 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;20&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH329/-1570-60f33.jpg?1782677854' width='500' height='329' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'appelez-vous le &#171; moment 2008 &#187; ? En quoi repr&#233;sente-t-il un changement dans l'interventionnisme militaire fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#192; partir de 2008, la France a modifi&#233; son comportement sous l'influence d'une s&#233;rie d'&#233;v&#232;nements : crise financi&#232;re, r&#233;cession &#233;conomique, aggravation de la crise environnementale, crise g&#233;opolitique marqu&#233;e par l'enlisement g&#233;n&#233;ralis&#233; des &#201;tats-Unis et l'&#233;mergence d'insurrections populaires contrariant le maintien des r&#233;gimes despotiques en Afrique et au Moyen-Orient. Bref, c'est la fin de la &#8220;mondialisation heureuse&#8221; dans laquelle nous serions entr&#233;s apr&#232;s l'effondrement de l'URSS en d&#233;cembre 1991 et qui aurait &#233;t&#233; caract&#233;ris&#233;e par l'extension du format &#8220;PDF&#8221; (Peace, Democracy, Free market) &#224; l'ensemble du globe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce moment 2008 a eu des r&#233;percussions tr&#232;s importantes sur la France. &#201;conomiquement, elle perd du terrain sur les march&#233;s mondiaux, y compris dans certains secteurs fleurons tels que l'automobile et l'agroalimentaire. Ses &#233;changes commerciaux avec l'Union europ&#233;enne sont fortement d&#233;ficitaires. Et elle perd de l'influence dans les prises de d&#233;cisions communautaires au profit de l'Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par contraste, le dynamisme des groupes a&#233;ronautiques et de l'armement, port&#233; par la conjoncture mondiale et la diplomatie fran&#231;aise de ventes d'armes &#224; tout prix&lt;a href=&#034;#nb10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La vente d'armes, en particulier des produits hors de prix comme le Rafale, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ont permis &#224; la France de se maintenir dans le top 5 mondial des ventes de mat&#233;riels militaires. Par ailleurs, le moindre interventionnisme des &#201;tats-Unis conjugu&#233; &#224; l'implosion de plusieurs &#201;tats &#8220;relais&#8221; de la France en Afrique l'ont oblig&#233;e &#224; monter en premi&#232;re ligne pour d&#233;fendre l'ordre mondial. Il est n&#233;anmoins tr&#232;s difficile de recenser le nombre exact d'interventions militaires fran&#231;aises&lt;a href=&#034;#nb10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D'apr&#232;s le recensement effectu&#233; par Claude Serfati : environ 110 dans le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; car aucun d&#233;compte officiel n'est disponible ; d'ailleurs, le Parlement n'exerce aucun pouvoir de contr&#244;le dans ce domaine, qui demeure le pr&#233; carr&#233; du Pr&#233;sident dans la Constitution de la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique. On sait juste que ce nombre est tr&#232;s &#233;lev&#233;, &#224; tel point qu'un rapport du S&#233;nat s'&#233;tait s&#233;rieusement demand&#233; en juillet 2016 si l'intervention militaire &#233;tait une &#8220;passion fran&#231;aise&#8221;. Ce qui l'est beaucoup moins en revanche, c'est le montant de l'aide publique au d&#233;veloppement social. Pour le Mali, il est cinq fois inf&#233;rieur au co&#251;t des op&#233;rations Serval-Barkhane. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce dynamisme de l'industrie d'armement, dont les produits sont test&#233;s lors des interventions militaires, sert de cache-mis&#232;re au d&#233;litement continu du tissu industriel fran&#231;ais ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; L'industrie d'armement a des effets pervers sur l'&#233;conomie. Un syst&#232;me productif est constitu&#233; de toutes sortes d'interd&#233;pendances, et on peut identifier des secteurs moteurs en termes de commandes, d'emplois, de retomb&#233;es technologiques &#8211; notamment les machines-outils, la chimie, l'automobile ou les technologies de l'information. L'armement, lui, n'en est pas un. Les promoteurs de cette industrie affirment que si on y investit un milliard d'euros, cela cr&#233;e des emplois. C'est une tautologie ! Il faut plut&#244;t comparer ce qui passe dans l'armement avec la valeur ajout&#233;e qui serait cr&#233;&#233;e avec ce m&#234;me milliard dans d'autres activit&#233;s. Sans surprise, comme le montrent des chercheurs am&#233;ricains, c'est dans le d&#233;veloppement durable, l'&#233;ducation ou la sant&#233; que vous obtiendrez les retours sur investissements les plus significatifs en termes d'emplois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre argument, avanc&#233; par les ministres de la D&#233;fense Florence Parly et Jean-Yves Le Drian, est celui de l'effet d'entra&#238;nement technologique des innovations militaires sur l'industrie civile. Ce discours n'est m&#234;me plus tenu par la Direction g&#233;n&#233;rale de l'armement, consciente que le socle d&#233;terminant de la recherche et des innovations se trouve dans le monde civil. En effet, les exigences des militaires en termes de technologies sont tr&#232;s sp&#233;cifiques, tr&#232;s co&#251;teuses et elles mettent des dizaines d'ann&#233;es &#224; &#234;tre satisfaites. Les principaux transferts de technologies du militaire au civil ont concern&#233; l'a&#233;ronautique et aujourd'hui le s&#233;curitaire. Quelles puissances &#224; peu pr&#232;s comparables &#224; la France ont r&#233;ussi &#224; b&#226;tir un tissu industriel diversifi&#233; et robuste dans la seconde moiti&#233; du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle ? L'Allemagne et le Japon ! Deux pays qui &#224; la suite de la Seconde Guerre mondiale, ont abandonn&#233; le militarisme et cess&#233; de faire de l'industrie d'armement le vecteur de leur politique technologique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; de nombreuses critiques, un consensus semble perdurer en France autour de l'interventionnisme militaire et plus g&#233;n&#233;ralement sur la place de l'institution militaire dans la soci&#233;t&#233;. Comment l'expliquer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les derni&#232;res manifestations antimilitaristes de grande ampleur en France datent de la guerre du Rif en 1925. Certes, des ONG contre la guerre se font entendre &#8211; comme avec la campagne contre les ventes d'armes aux pays impliqu&#233;s dans la guerre au Y&#233;men &#8211; et on assiste &#224; des actions sporadiques comme, en mai 2019, le refus de dockers marseillais de charger des armes &#224; destination de l'Arabie saoudite, conform&#233;ment &#224; une tradition pacifiste remontant &#224; la guerre d'Indochine. Mais dans ce domaine, la France reste pour le moment en de&#231;&#224; d'autres pays occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces difficult&#233;s ont des causes multiples. &#192; la fin de la Seconde Guerre mondiale, la France a cherch&#233; &#224; se placer dans le camp des vainqueurs disposant de responsabilit&#233;s internationales avec son si&#232;ge de membre permanent du Conseil de s&#233;curit&#233; de l'ONU. Plus tard, dans les ann&#233;es 1960, la ma&#238;trise de l'arme atomique a particip&#233; &#224; l'enracinement profond du militaire dans les institutions et la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise. Et il ne faut pas oublier le r&#244;le majeur jou&#233; par le g&#233;n&#233;ral de Gaulle qui parvint, au moment de la fondation de la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique en 1958, &#224; r&#233;gler son compte &#224; la faction colonialiste et raciste de l'arm&#233;e, redonnant ainsi &#224; l'institution militaire une l&#233;gitimit&#233; et un solide ancrage &#233;conomique, tout en la mettant au service d'un r&#233;cit sur l'ind&#233;pendance voire la grandeur de la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, au sein de la plupart des grandes entreprises d'armement, il y a une habitude de n&#233;gociations sociales qui tend vers l'obtention d'un large consensus. Ainsi, entre 2001 et 2013, la liquidation progressive de la Soci&#233;t&#233; nationale des poudres et explosifs et son absorption par le groupe Nexter&lt;a href=&#034;#nb10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Leader fran&#231;ais de l'armement terrestre, il fabrique le char Leclerc et le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; a &#233;t&#233; accompagn&#233;e de plans sociaux s'&#233;levant &#224; des centaines de millions d'euros afin que les salari&#233;s soient tous reclass&#233;s. Ces &#233;l&#233;ments permettent de mieux comprendre pourquoi la France n'a pas connu de mouvements anti-guerre de la force de ceux qui ont agit&#233; la Grande-Bretagne, comme encore r&#233;cemment &#224; propos du Y&#233;men avec des millions de manifestants dans la rue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Alors que la III&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique avait transform&#233; l'arm&#233;e en &#171; Grande Muette &#187;, on voit des bataillons d'officiers de r&#233;serve ou en retraite envahir les plateaux de t&#233;l&#233;vision et les librairies tandis que plusieurs militaires d'active figurent sur des listes aux prochaines &#233;lections municipales. Cela peut-il r&#233;v&#233;ler une vell&#233;it&#233; d'&#233;mancipation de l'arm&#233;e par rapport au contr&#244;le politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il faut distinguer ce qui est de l'ordre de la bulle m&#233;diatique et ce qui rel&#232;ve d'une implication plus forte du militaire. Compte tenu de l'obsession militaro-s&#233;curitaire qui semble avoir gagn&#233; les soci&#233;t&#233;s occidentales, il est logique que l'arm&#233;e cherche &#224; avoir de plus en plus voix au chapitre et qu'elle se sente particuli&#232;rement chez elle dans la V&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique fran&#231;aise. Dans l'&#233;pisode &lt;i&gt;g&#233;n&#233;ral de Villiers&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fr&#232;re cadet de Philippe, le plus chouan de tous les Vend&#233;ens, le g&#233;n&#233;ral (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;i&gt;versus pr&#233;sident Macron&lt;/i&gt; en juillet 2017 autour du budget de la D&#233;fense, il ne faut pas voir un quelconque antagonisme. Les deux sont favorables &#224; l'augmentation de ce budget jusqu'&#224; 2 % du Produit int&#233;rieur brut (PIB), comme recommand&#233; par l'Otan [&lt;i&gt;Organisation du trait&#233; de l'Atlantique nord&lt;/i&gt;] et r&#233;clam&#233; par Donald Trump. Peut-&#234;tre le g&#233;n&#233;ral de Villiers se voyait &#8211; ou se voit encore &#8211; un destin politique national une fois l'interm&#232;de macroniste dissip&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a quelques &#233;l&#233;ments plus inqui&#233;tants, comme l'insistance du minist&#232;re des Arm&#233;es pour que soient financ&#233;es des recherches acad&#233;miques dans divers domaines int&#233;ressant la D&#233;fense. Le ph&#233;nom&#232;ne est ancien mais pourrait rencontrer moins d'hostilit&#233; de la part de pr&#233;sidents d'universit&#233; ou de directeurs de laboratoires d&#233;sesp&#233;r&#233;ment en qu&#234;te d'argent. Concernant les 15-25 ans, on trouve l'affaire de l'&#233;preuve d'histoire-g&#233;ographie du brevet des coll&#232;ges 2017 dans laquelle on demandait aux &#233;l&#232;ves de &#8220;&lt;i&gt;montrer que l'arm&#233;e fran&#231;aise est au service des valeurs de la R&#233;publique et de l'Union europ&#233;enne&lt;/i&gt;&#8221;. Ou encore le fait qu'en 2015, l'arm&#233;e s'est pr&#233;sent&#233;e dans une campagne de communication comme le premier recruteur de contrats longs du pays. Ce qui dresse un constat accablant sur l'&#233;tat du march&#233; du travail et les perspectives offertes &#224; la jeunesse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous montrez que faire la guerre &#224; l'ext&#233;rieur n&#233;cessite une union nationale solide obtenue par le recours &#224; un r&#233;gime parfois attentatoire aux libert&#233;s individuelles. Comment sortir de ce triptyque &#171; interventionnisme militaire-attentats-&#233;tat d'urgence &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Si je me place du c&#244;t&#233; du citoyen, du salari&#233; ou de l'individu lambda, plut&#244;t attach&#233; &#224; la paix et &#224; des relations sociales apais&#233;es, je ne peux que constater depuis 2015 un renforcement de l'option militaro-s&#233;curitaire et un renouvellement de la figure de l'ennemi int&#233;rieur qui prend fr&#233;quemment les traits du jeune des quartiers populaires. &#192; tel point que la France sera peut-&#234;tre le deuxi&#232;me pays au monde apr&#232;s la Chine &#224; se doter d'un vaste syst&#232;me de surveillance de sa population &#224; base de reconnaissance faciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'importance du militaire en France se v&#233;rifie sous de nombreuses formes, par exemple les nombreuses interventions ext&#233;rieures, les ventes d'armes sans r&#233;serve &#224; des pays bellig&#233;rants, ou encore les bassins d'emploi de l'industrie d'armement o&#249; la perspective d'activit&#233;s alternatives est n&#233;cessaire. Beaucoup de mouvements citoyens s'auto-organisent pour lutter contre tel ou tel aspect des choses, mais la centralit&#233; du militaire appelle, autant que les enjeux environnementaux, &#224; une r&#233;flexion sur les choix de soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par Iffik Le Guen&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb10-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La vente d'armes, en particulier des produits hors de prix comme le Rafale, se pratique largement &#224; cr&#233;dit et inclut des commissions et r&#233;trocommissions aux montants parfois faramineux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D'apr&#232;s le recensement effectu&#233; par Claude Serfati : environ 110 dans le monde entre 1991 et 2015, 70 sur le seul continent africain depuis 1978.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Leader fran&#231;ais de l'armement terrestre, il fabrique le char Leclerc et le canon automoteur Caesar utilis&#233;s au Y&#233;men.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fr&#232;re cadet de Philippe, le plus chouan de tous les Vend&#233;ens, le g&#233;n&#233;ral Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon a &#233;t&#233; chef d'&#233;tat-major de l'arm&#233;e de 2014 &#224; 2017. Apr&#232;s sa d&#233;mission, il commet deux livres sur sa carri&#232;re militaire puis int&#232;gre le Boston Consulting Group qui se pr&#233;sente comme le leader mondial du conseil en strat&#233;gie d'entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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