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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Cher&#224;n-la-lumineuse</title>
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		<dc:creator>Benjamin Fern&#225;ndez</dc:creator>


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&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un David contre deux Goliaths. L&#224; o&#249; la collusion entre crime organis&#233; et pouvoir d'&#201;tat ne laissait gu&#232;re de choix, hors la fuite ou la soumission, le courage de quelques femmes a mis en d&#233;route l'arbitraire et fait &#233;clore une utopie contagieuse. Dans les montagnes du Michoac&#225;n, voyage au bout d'une dignit&#233; rebelle. &#192; premi&#232;re vue, Cher&#225;n ressemble &#224; beaucoup de petites villes du Mexique, avec son clocher chapeautant une place centrale entour&#233;e de belles fa&#231;ades de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'histoire d'un David contre deux Goliaths. L&#224; o&#249; la collusion entre crime organis&#233; et pouvoir d'&#201;tat ne laissait gu&#232;re de choix, hors la fuite ou la soumission, le courage de quelques femmes a mis en d&#233;route l'arbitraire et fait &#233;clore une utopie contagieuse. Dans les montagnes du Michoac&#225;n, voyage au bout d'une dignit&#233; rebelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1708 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-30-7eda4.jpg?1768721426' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; premi&#232;re vue, Cher&#225;n ressemble &#224; beaucoup de petites villes du Mexique, avec son clocher chapeautant une place centrale entour&#233;e de belles fa&#231;ades de style colonial et de rues pav&#233;es anim&#233;es par les marchands. Mais cette commune du Michoac&#225;n, nich&#233;e au c&#339;ur d'une for&#234;t de pins &#224; plus de deux mille m&#232;tres d'altitude, n'est pas tout &#224; fait comme les autres. L&#224; o&#249; ailleurs la propagande rutilante des partis politiques s'&#233;tale sur les murs, on d&#233;couvre ici des fresques aux couleurs chaleureuses en l'honneur d'un soul&#232;vement populaire en cours. Le soir, les coins de rue accueillent des assembl&#233;es, et ce, depuis qu'il y a cinq ans, le clocher sonna le glas de la corruption et du crime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 15 avril 2011, la population s'est insurg&#233;e contre les trafiquants qui r&#233;gnaient en ma&#238;tres sur cette r&#233;gion de montagnes et de for&#234;ts, chassant les hommes de main des cartels et leurs complices locaux : le maire et la police. Aujourd'hui, cette municipalit&#233; de 18 000 &#226;mes est r&#233;gie par ses seuls habitants. Elle est le premier gouvernement communal autonome libre de partis politiques reconnu par la plus haute instance juridique du Mexique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; ON TERMINE AVEC LE BOIS, PUIS ON VIENT CHERCHER VOS BONNES FEMMES &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une discr&#232;te boutique &#224; l'entr&#233;e de la ville, do&#241;a Rosa Dur&#225;n nous montre des coupures de journaux relatant les morts et les disparitions qui, il y a encore &#224; peine cinq ans, rythmaient le quotidien des autochtones. &#171; &lt;i&gt;Pendant longtemps&lt;/i&gt;, raconte avec &#233;motion cette petite dame de soixante-huit ans, &lt;i&gt;la vie &#233;tait bien triste &#224; Cher&#225;n. Les malos&lt;/i&gt; [m&#233;chants] &lt;i&gt;entraient dans le magasin, prenaient des cigarettes, des bouteilles d'alcool, et partaient sans payer, en disant que si nous les d&#233;noncions&#8230;&lt;/i&gt;, elle passe son index sur sa gorge. &lt;i&gt;La police les voyait faire, mais ils se saluaient, ils &#233;taient complices.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1710 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH225/-32-08363.jpg?1768659845' width='300' height='225' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Durant la derni&#232;re d&#233;cennie, le Michoac&#225;n a &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre du plus sanglant &#233;pisode de l'histoire du Mexique depuis l'&#233;poque r&#233;volutionnaire, qui a vu les narcotrafiquants diversifier leurs activit&#233;s et prosp&#233;rer autant dans l'extorsion, l'enl&#232;vement, l'assassinat que dans l'appropriation ill&#233;gale des ressources naturelles. Ici, les cartels ont fait main basse sur l'immense richesse foresti&#232;re dont jouissaient Cher&#225;n et ses environs. Les &lt;i&gt;talamontes&lt;/i&gt; &#8211; litt&#233;ralement &#171; coupeurs de for&#234;t &#187; &#8211; ont d&#233;vast&#233; en quelques ann&#233;es la moiti&#233; des 27 000 hectares de pins que compte le territoire communal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Tous les jours, des dizaines de camions charg&#233;s de troncs d&#233;filaient dans la ville, avec &#224; leur bord des hommes lourdement arm&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, raconte Silverio, qui tient, non loin de la place centrale, une serrurerie o&#249; l'on peut occasionnellement d&#233;guster un caf&#233; avec des p&#226;tisseries. &#171; &lt;i&gt; Ils coupaient les arbres les plus robustes et br&#251;laient le reste. Certainement pour semer de la drogue.&lt;/i&gt; &#187; D'autres pr&#233;ciseront que les terrains d&#233;vast&#233;s devaient servir &#224; planter de vastes champs d'avocat &#8211; une couverture v&#233;g&#233;tale parfaite pour camoufler d'autres cultures &#8211; pavot et cannabis &#8211;, tr&#232;s pris&#233;es des mafias de la r&#233;gion&#8230; &#171; &lt;i&gt;Les gens vivaient dans la peur&lt;/i&gt;, poursuit Silverio. &lt;i&gt;Ils nous provoquaient : &#8220;On en termine avec le bois, puis on vient chercher vos bonnes femmes&#8221;&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; EUX AVAIENT DES ARMES, NOUS, SEULEMENT DES PAV&#201;S &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les habitants n'ont pas laiss&#233; aux trafiquants le temps d'ex&#233;cuter leur menace. Un beau jour, une poign&#233;e de femmes a d&#233;cid&#233; que le temps de la peur et du silence &#233;tait r&#233;volu. Le 15&#8239;avril 2011, dans le quartier du Calvario, au croisement des rues Allende et 18-de-Marzo, elles ont fait barrage de leur corps aux monstres m&#233;caniques et aux &lt;i&gt;sicarios&lt;/i&gt; surarm&#233;s, munies de simples pierres et de b&#226;tons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;action d&#233;sesp&#233;r&#233;e a tellement surpris les malfrats qu'ils n'ont pas os&#233; affronter le groupe de femmes. Une victoire qui a donn&#233; du c&#339;ur &#224; tout le quartier. Les rues sont entr&#233;es en &#233;bullition, d'autres femmes les ont rejoint en demandant aux hommes de les &#233;pauler : &#171; &lt;i&gt;&#8220;O&#249; avez-vous mis vos couilles ?&#8221;, nous criaient-elles&lt;/i&gt; &#187;, se souvient Silverio en riant. Les cloches de l'&#233;glise ont alors retenti, et c'est toute la ville qui a accouru aupr&#232;s des intr&#233;pides &lt;i&gt;compa&#241;eras&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;C'&#233;tait un vendredi&lt;/i&gt; &#187;, se souvient pr&#233;cis&#233;ment Fabi&#225;n, un vieil homme fourbu par le labeur dans la for&#234;t. &#192; l'&#233;vocation du soul&#232;vement, son &#339;il s'allume d'une flamme o&#249; se m&#234;lent fiert&#233; et ivresse. &#171; &lt;i&gt;La police est venue et nous a tir&#233; dessus. Eux avaient des armes, nous, seulement des pav&#233;s. Mais les gens sont arriv&#233;s de partout.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Confront&#233;s &#224; une rage populaire grandissante, les membres de la police municipale ont fini par fuir, de m&#234;me que le maire, Roberto Bautista Chapina, dont tous affirment qu'il &#233;tait li&#233; aux mafias. Les habitants ont intercept&#233; une bande de &lt;i&gt;talamontes&lt;/i&gt; et les ont enferm&#233;s dans l'&#233;glise du Calvario. Il n'est pas rare, dans ces contr&#233;es rong&#233;es par la violence, que dans une telle situation se d&#233;chaine la loi du talion. Pourtant, ce jour-l&#224;, la communaut&#233; a d&#233;cid&#233; de ne pas les tuer. &#171; &lt;i&gt;Ce sont des malheureux, comme nous&lt;/i&gt; &#187;, explique Fabi&#225;n. &#171; &lt;i&gt;Nous ne savions pas quoi faire d'eux. Nous les avons remis aux autorit&#233;s. Mais la police les a imm&#233;diatement rel&#226;ch&#233;s.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; NOUS NOUS BATTONS POUR LE MONDE ENTIER, PAS SEULEMENT POUR NOUS &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une semaine apr&#232;s la r&#233;volte, les &lt;i&gt;talamontes&lt;/i&gt; sont revenus en nombre. D'&#226;pres combats s'en sont suivis, faisant dix-sept morts parmi la population. Depuis, malgr&#233; plusieurs tentatives, les mercenaires ne sont pas parvenus &#224; reprendre pied dans la for&#234;t. Jos&#233; Luis Sixto fait partie de la brigade des quinze gardes forestiers qui surveille en permanence les derniers bosquets d'arbres centenaires. Pourquoi met-il sa vie en jeu pour d&#233;fendre la for&#234;t ? &#171; &lt;i&gt;Dans les autres communaut&#233;s, tout a &#233;t&#233; ras&#233;, il n'y a plus d'ombre, plus d'eau&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1709 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L300xH400/-31-fd92b.jpg?1768659845' width='300' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;En face du bureau des biens communaux, Jos&#233; Luis montre le &lt;i&gt;vivero&lt;/i&gt;, p&#233;pini&#232;re couvant des millions de jeunes pousses de conif&#232;res, destin&#233;es au reboisement de la montagne. Sur sa poitrine, un &#233;cusson brod&#233; de fil bleu repr&#233;sente une for&#234;t prot&#233;g&#233;e par deux mains jointes. &#171; &lt;i&gt;Nous nous battons pour le monde entier, pas seulement pour nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;quipe de gardes forestiers fait partie int&#233;grante de la &lt;i&gt;Ronda comunitaria&lt;/i&gt;, un corps de s&#233;curit&#233; d'une centaine d'hommes d&#233;sign&#233;s par les assembl&#233;es de quartier et qui remplace la police. El Rumi, un jeune garde forestier de la Ronda, raconte qu'il a grandi dans une ville du Michigan, aux &#233;tats-Unis, d'o&#249; il a &#233;t&#233; d&#233;port&#233; apr&#232;s avoir purg&#233; deux ans de prison. Le chiffre 13 tatou&#233; sur sa main gauche d&#233;passe de sa manche, signe de reconnaissance des membres d'une &lt;i&gt;pandilla&lt;/i&gt;, gang de latinos. Ici, il s'efforce de s'inventer une nouvelle vie, mais ne se fait pas d'illusion. &#171; &lt;i&gt;Aujourd'hui, on voit la vie en rose, mais tout peut basculer d'un moment &#224; l'autre. Nous nous tenons pr&#234;ts&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il en souriant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; HORS DU JEU DES PARTIS POLITIQUES, COMMENT NOUS ORGANISER ? &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la tomb&#233;e de la nuit, les coins de rue se constellent de &lt;i&gt;fogatas&lt;/i&gt; &#8211; feux de camp &#8211; autour desquels les &lt;i&gt;comuneros&lt;/i&gt; se rassemblent pour bavarder, d&#233;battre et d&#233;lib&#233;rer. Une vieille tradition p'urepecha que le soul&#232;vement a institutionnalis&#233; en assembl&#233;es populaires. Deux-cents &lt;i&gt;fogatas&lt;/i&gt; balisent les quatre &lt;i&gt;barrios&lt;/i&gt; &#8211; quartiers &#8211;, qui comptent chacun deux coordinateurs charg&#233;s de transmettre les d&#233;cisions aux douze repr&#233;sentants du Grand conseil (&lt;i&gt;Consejo mayor&lt;/i&gt;, ou &lt;i&gt;k'eri j&#224;naskaticha&lt;/i&gt; en langue p'urepecha). Le &lt;i&gt;k'eri&lt;/i&gt;, d&#233;sign&#233; &#233;galement par les assembl&#233;es de quartier, est investi d'un mandat imp&#233;ratif et chacun de ses membres peut &#234;tre r&#233;voqu&#233; par d&#233;cision populaire &#8211; une organisation qui n'est pas sans rappeler la Commune de Paris. D'ailleurs, la grande assembl&#233;e, compos&#233;e de l'ensemble des citoyens, est l'&#171; autorit&#233; maximale &#187; de la communaut&#233;, pr&#233;cise Gloria Gembe, coordinatrice du Barrio n&#176;2. &#171; &lt;i&gt;Nous nous sommes pos&#233; la question : si nous sortons du jeu des partis politiques, comment nous organiser ?&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-elle. &#171; &lt;i&gt;Nous avons alors r&#233;dig&#233; un manuel qui regroupe les id&#233;es propos&#233;es par les assembl&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; Le manuel, en &#233;volution permanente, est le fruit d'une r&#233;flexion et d'une pratique collectives. Il affirme que le droit &#224; l'autogouvernement indig&#232;ne n'est pas une collection de croyances, de normes et de rites, mais bien plut&#244;t une &#171; &lt;i&gt;institution sociale&lt;/i&gt; &#187;, avec son syst&#232;me politique, juridique et social, &#171; &lt;i&gt;aussi l&#233;gitime que tout autre syst&#232;me juridique dans le monde&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; LE PROJET LE PLUS LUMINEUX &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2012, &#224; la demande des &lt;i&gt;comuneros&lt;/i&gt;, le collectif de juristes Emancipaciones&#8239;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;https://colectivoemancipaciones.org&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; a initi&#233; un combat l&#233;gal aupr&#232;s du Tribunal &#233;lectoral, puis devant la Cour supr&#234;me, pour renforcer l'exp&#233;rience de Cher&#225;n en lui donnant une assise constitutionnelle. En mai 2014, deux ans plus tard, la Cour supr&#234;me a reconnu Cher&#225;n comme le premier &lt;i&gt;municipio especial&lt;/i&gt;, libre de partis politiques, reconnaissant son &#233;galit&#233; juridique avec les autres municipalit&#233;s. Pour cela, le collectif s'est appuy&#233; sur l'article 169 de la d&#233;claration de l'Organisation internationale du travail (OIT), qui reconna&#238;t le droit des communaut&#233;s indig&#232;nes &#224; se gouverner selon leurs us et coutumes&#8239;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La convention n&#176; 169 reconna&#238;t aux peuples &#171; indig&#232;nes et tribaux [&#8230;] le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous nous sommes confront&#233;s &#224; la question coloniale, au racisme envers les Indiens, &#224; l'id&#233;e paternaliste qu'ils ne peuvent rien faire par eux-m&#234;mes&lt;/i&gt; &#187;, rappelle Orlando Arag&#243;n Andrade, membre du collectif de juristes. &#171; &lt;i&gt;Ici, c'est tout le contraire, nous voyons des gens tr&#232;s modestes qui s'impliquent dans une construction politique tr&#232;s moderne.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emancipaciones est n&#233; d'un travail d'investigation men&#233; par des profs et des &#233;tudiants de l'universit&#233; du Michoac&#225;n, &#224; Morelia. &#171; &lt;i&gt;Nous avions un groupe de r&#233;flexion critique sur ce que pourrait &#234;tre le droit face &#224; la conversion criminelle de l'&#201;tat&lt;/i&gt;, raconte Orlando. &lt;i&gt;Nous pensons le droit de mani&#232;re politique. Comme un outil de contre-h&#233;g&#233;monie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au Mexique, Cher&#225;n est devenue une des expressions les plus vives du rejet de la classe politique, largement infiltr&#233;e par les cartels. Aujourd'hui, le gouvernement s'inqui&#232;te d'une expansion de ce mod&#232;le dans la r&#233;gion p'urepecha, et au-del&#224;. Emancipaciones est &#224; pr&#233;sent engag&#233; dans tout le pays aupr&#232;s de dizaines de communaut&#233;s qui demandent &#224; &#234;tre ind&#233;pendantes des partis. &#171; &lt;i&gt;Mais notre c&#339;ur est ici, &#224; Cher&#225;n&lt;/i&gt;, avoue Orlando. &lt;i&gt;C'est le projet le plus lumineux, l'inspiration premi&#232;re. Une exp&#233;rience fondatrice.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://colectivoemancipaciones.org&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://colectivoemancipaciones.org&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La convention n&#176; 169 reconna&#238;t aux peuples &#171; &lt;i&gt;indig&#232;nes et tribaux&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;le droit de d&#233;terminer, orienter et assumer leur d&#233;veloppement &#233;conomique, le droit &#224; la pleine propri&#233;t&#233;, en titre et en fait, sur leurs terres, le droit de consolider leur organisation sociale et poursuivre leurs programmes d'&#233;ducation, de sant&#233; et de communication avec la communaut&#233; nationale, et enfin le droit &#224; une participation politique pleine et enti&#232;re, leur personnalit&#233; juridique propre &#233;tant reconnue.&lt;/i&gt; &#187; Rapport annuel de l'OIT, 1999.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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