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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>William Acker : &#171; Aucun voyageur n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>Tom Vieillefond</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, &lt;i&gt;O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le contexte dans lequel s'inscrit cette politique d'&#171; accueil &#187; et les discriminations syst&#233;miques dont elle t&#233;moigne. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1756-6ff6c.jpg?1768731348' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi as-tu entrepris ce recensement des aires d'accueil et des nuisances auxquelles elles sont expos&#233;es ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point de d&#233;part, c'est le travail de l'anthropologue Lise Foisneau, qui a &#233;tudi&#233; la question des in&#233;galit&#233;s environnementales sur les aires d'accueil. Elle a notamment travaill&#233; sur celle de Saint-Menet, &#224; Marseille, situ&#233;e juste derri&#232;re un site Seveso, l'usine Arkema. Ses &#233;crits ont agi comme un d&#233;clic, en m'offrant une analyse d'un sujet que je connaissais pourtant personnellement depuis longtemps. Quand en septembre 2019 l'usine Lubrizol de Rouen a pris feu et que j'ai entendu qu'il s'agissait justement d'un site Seveso, mon premier r&#233;flexe a &#233;t&#233; de regarder le Sch&#233;ma d&#233;partemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de Seine-Maritime : il y avait une aire d'accueil juste &#224; c&#244;t&#233; de l'usine, celle de Petit-Quevilly. Lise et moi sommes entr&#233;s en contact avec les habitant&#183;es de l'aire et nous avons, avec eux, m&#233;diatis&#233; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, &#224; l'occasion d'une r&#233;union avec des officiels, Sa&#239;mir Mile, juriste et ancien pr&#233;sident de l'association La Voix des Roms, a soulev&#233; le probl&#232;me de la localisation des aires d'accueil. Il s'est vu r&#233;pondre qu'il faisait de la d&#233;magogie et qu'il ne pouvait rien prouver, faute de chiffres. Effectivement, il y avait tr&#232;s peu de donn&#233;es : il n'existait m&#234;me pas de recensement complet des aires d'accueil sur le territoire m&#233;tropolitain. C'est l&#224; que je me suis dit qu'il fallait que nous produisions ces chiffres, en plus des luttes collectives men&#233;es sur le terrain m&#233;diatique ou juridique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre comprend &#224; la fois un inventaire des aires par d&#233;partement et une mise en contexte politique, juridique et historique du sujet. Quel bilan tires-tu de l'&#233;tude que tu as r&#233;alis&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas &#233;t&#233; surpris par les donn&#233;es que j'ai r&#233;colt&#233;es. Je connais ces lieux, j'ai pass&#233; les premi&#232;res ann&#233;es de ma vie sur le Voyage, ma famille continue &#224; fr&#233;quenter les aires. Mais ce travail m'a permis de mieux comprendre le caract&#232;re syst&#233;mique des m&#233;canismes mis en &#339;uvre dans la localisation des aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, c'est la mise &#224; l'&#233;cart : les territoires ne veulent pas accueillir. Les politiques publiques &#233;labor&#233;es au niveau &#233;tatique, malgr&#233; leurs d&#233;fauts, visent &#224; mettre en &#339;uvre un syst&#232;me d'accueil ; au niveau local, on cherche &#224; l'&#233;viter. Plusieurs techniques existent. Les municipalit&#233;s peuvent, par exemple, retarder au maximum le moment o&#249; elles construiront une aire. Pour cela, elles d&#233;signent un terrain pourri, qu'elles savent non viable. &#192; la fin de la proc&#233;dure de d&#233;signation, la pr&#233;fecture refuse le terrain, et on repart sur une nouvelle proc&#233;dure de deux ou trois ans. Cette strat&#233;gie est r&#233;guli&#232;rement d&#233;ploy&#233;e par les collectivit&#233;s et peut faire tra&#238;ner un projet sur vingt ans. Cela explique que des projets existant depuis les ann&#233;es 2000 ne soient toujours pas r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi pr&#233;voit que la pr&#233;fecture puisse mettre en demeure les collectivit&#233;s qui ne remplissent pas leurs obligations, voire se substituer &#224; elles. En r&#233;alit&#233;, ce pouvoir de substitution n'est jamais mobilis&#233; pour la construction d'aires. Il ne l'est pas non plus pour lutter contre les terrains insalubres. Contrairement aux discours politiques qui sugg&#232;rent que les obligations pesant sur les collectivit&#233;s sont trop lourdes, on constate qu'en r&#233;alit&#233; le non-respect de ces obligations n'entra&#238;ne aucune cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la collectivit&#233; ne peut plus &#233;chapper &#224; ses obligations, elle passe alors &#224; une strat&#233;gie de mise &#224; l'&#233;cart. Cela consiste &#224; trouver le terrain le plus &#233;loign&#233; de toute zone d'habitation. Une autre strat&#233;gie consiste &#224; construire des aires dans des endroits impropres ou avec des &#233;quipements de faible qualit&#233; &#8211; ou encore &#224; &#233;tablir des tarifs de stationnement trop &#233;lev&#233;s. Logiquement, les Voyageurs les &#233;vitent, et les taux de remplis&#8202;sage sont faibles. Ce qui justifie de ne plus construire, voire de fermer des aires... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette politique s'appuie notamment sur la loi Besson du 5 juillet 2000. Est-ce que tu peux revenir sur les principes de cette loi, et les probl&#232;mes qu'elle pose ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;faut intrins&#232;que de la loi Besson, c'est qu'elle pr&#233;tend mettre en place un &#233;quilibre entre les collectivit&#233;s d'une part, et les &#8220;gens du voyage&#8221; d'autre part. Mais il ne peut pas y avoir d'&#233;quilibre entre une institution publique et un individu, le rapport de force sera toujours en faveur de la premi&#232;re ! Dans cette m&#234;me logique, la loi indique que les &#8220;gens du voyage&#8221; ont le droit d'&#234;tre accueillis, mais le devoir de s'installer sur les aires d'accueil construites par les collectivit&#233;s. La charge de l'accueil repose beaucoup plus sur les personnes oblig&#233;es de rester dans les aires que sur les collectivit&#233;s charg&#233;es de les construire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, cette loi instaure un syst&#232;me public d'accueil &#224; destination d'une cat&#233;gorie particuli&#232;re de la population, distinct des syst&#232;mes publics d'accueil pour les camping-caristes ou pour les autres cat&#233;gories de personnes en habitat mobile. Ce qui distingue les cibles de ces diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, c'est une cat&#233;gorisation historiquement fond&#233;e sur l'appr&#233;hension de l'ethnicit&#233;. Dans son article 1, la loi Besson d&#233;signe les &#8220;gens du voyage&#8221; comme ceux &#8220;dont l'habitat &lt;i&gt;traditionnel&lt;/i&gt; est constitu&#233; de r&#233;sidences mobiles&#8221;. Le terme traditionnel n'est pas explicit&#233; mais il sugg&#232;re une forme d'h&#233;ritage de ce mode d'habitat, et ce qui est vis&#233; derri&#232;re, c'est le Tsigane et toutes les personnes appr&#233;hend&#233;es comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence, c'est que les autres syst&#232;mes publics d'accueil des habitats mobiles sont interdits aux Voyageurs. Dans le Calvados, on compte vingt-deux aires d'accueil pour les Voyageurs : 95 % sont situ&#233;es dans des zones non d&#233;di&#233;es &#224; l'habitat, compl&#232;tement isol&#233;es, et pr&#232;s d'une sur deux est pollu&#233;e. En comparaison, il y a une centaine d'aires de camping-car, situ&#233;es en bord de mer ou en centre-ville. Mais quand vous &#234;tes un Voyageur, vous ne pouvez pas y acc&#233;der : les caravanes y sont interdites. De la m&#234;me mani&#232;re, les campings municipaux, qui ont pendant longtemps &#233;t&#233; explicitement interdits aux &#8220;gens du voyage&#8221;, bannissent d&#233;sormais les caravanes &#224; double essieu &lt;i&gt;[les grandes]&lt;/i&gt;, qui sont majoritairement utilis&#233;es par les Voyageurs. Mais si vous n'&#234;tes pas Voyageur et que vous voulez aller dans un camping, la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de camping et de caravaning peut vous d&#233;livrer une attestation stipulant que vous avez une r&#233;sidence principale. En clair : que vous n'&#234;tes pas un gitan... On a donc organis&#233; diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public sur la base d'une discrimination ethnique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre &#233;l&#233;ment probl&#233;matique : les obligations de construction d'aires fix&#233;es par la loi Besson sont bas&#233;es sur le nombre d'habitants des communes, sans tenir compte des besoins des populations vis&#233;es par la loi... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les communes de plus de 5 000 habitants, concern&#233;es par la construction d'aires, ne repr&#233;sentent que 4 % du total des communes fran&#231;aises. Cela signifie que 96 % des communes sont exclues du syst&#232;me d'accueil. On a des exclusions de territoire &#233;normes. Beaucoup sont d&#233;nu&#233;s d'aires, en particulier dans les zones rurales. La loi Besson a accentu&#233; le regroupement des aires dans les espaces p&#233;riph&#233;riques des grandes villes, souvent sans coh&#233;rence avec la pr&#233;sence et les besoins des populations concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre, je prends l'exemple de Nemours, en Seine-et-Marne. L'intercommunalit&#233; s'&#233;tend sur un territoire de 226 kilom&#232;tres carr&#233;s, et comprend deux aires d'accueil, soit environ 6 000 m&#232;tres carr&#233;s de surface au sol. C'est la seule portion de ce territoire sur laquelle les Voyageurs peuvent s'installer l&#233;galement, alors que les deux aires sont situ&#233;es dans un m&#234;me quartier, au pied d'une station d'&#233;puration et d'une usine. C'est embl&#233;matique de la logique et de l'ampleur de l'exclusion spatiale organis&#233;e par la loi Besson. Les Voyageurs n'ont aucun choix d'&#233;tablissement et donc pas de r&#233;elle libert&#233; de circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;partements sont &#233;galement tr&#232;s d&#233;ficitaires en mati&#232;re d'accueil. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, il n'y a que trois aires, dont l'une &#233;tait r&#233;cemment ferm&#233;e. Dans les Alpes-Maritimes, on en compte &#233;galement trois, qui disposent en tout d'une centaine d'emplacements : seuls 300 Voyageurs peuvent donc s'installer dans ce d&#233;partement d'un million d'habitants. Cette situation rend presque impossible de stationner l&#233;galement sur des territoires entiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'impact de cette politique d'accueil sur le Voyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les aires ont cr&#233;&#233; des sch&#233;mas artificiels de Voyage. On ne voyage plus en fonction de ses activit&#233;s professionnelles ou des &#233;v&#233;nements familiaux, mais selon un parcours pr&#233;d&#233;fini et sch&#233;matis&#233; par les aires. Les habitudes de Voyage de nombreuses familles ont &#233;t&#233; boulevers&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces dispositifs entra&#238;nant une restriction du Voyage se sont ajout&#233;s des facteurs &#233;conomiques et sociaux. Le versement de certaines aides sociales a &#233;t&#233; conditionn&#233; &#224; la scolarisation des enfants en pr&#233;sentiel et le prix du carburant a augment&#233; : cons&#233;quence, les familles les plus pr&#233;caires se sont donc retrouv&#233;es bloqu&#233;es sur les aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ces aires sont l'anti&#8202;chambre des terrains familiaux&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Apr&#232;s avoir pouss&#233; &#224; la s&#233;dentarisation des Voyageurs, les pouvoirs publics insistent maintenant sur &#8220;l'ancrage&#8221; &#8211; comme si les personnes pr&#233;sentes sur les aires n'&#233;taient pas ancr&#233;es dans leur territoire, quand bien m&#234;me leurs familles y vivent depuis plusieurs si&#232;cles. Le Voyageur est vu comme un &#233;ternel &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#201;tat, maintenant qu'on a contraint les d&#233;placements des Voyageurs, qu'on a d&#233;truit en partie leurs mod&#232;les &#233;conomiques et sociaux, il s'agit de trouver des solutions d'habitat, d'entrer dans une logique de s&#233;dentarisation et d'assimilation. Cette poli&#8202;tique peut se lire dans l'&#233;volution des sch&#233;mas d&#233;partementaux : celui d'Ille&#8202;-et-Vi laine ne comportait qu'une occurrence du mot &#8220;ancrage&#8221; il y a six ans ; on en compte d&#233;sormais quarante-quatre. Mais on retrouve beaucoup de r&#233;ticences de la part des &#233;lus locaux, qui ne veulent pas cr&#233;er des terrains familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la loi Besson &#233;tait aussi le r&#233;sultat de luttes men&#233;es par les Voyageurs eux-m&#234;mes, qui r&#233;clamaient des terrains pour r&#233;pondre aux difficult&#233;s d'installation. Mais sa mise en &#339;uvre n'a pas correspondu aux aspirations exprim&#233;es. Il aurait fallu en plus que dans chaque commune, il y ait un petit carr&#233; de pelouse avec l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, sur lequel on puisse s'arr&#234;ter, quitte &#224; payer le ramassage des poubelles et les consommations. Finalement, on se retrouve avec des terrains standardis&#233;s, isol&#233;s, surveill&#233;s, cl&#244;tur&#233;s, qui s&#233;parent les populations et sont en nombre insuffisants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui frappe, c'est en effet l'absence d'efforts r&#233;alis&#233;s pour rendre ces aires hospitali&#232;res...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en &#231;a que le travail de Lise Foisneau m'a ouvert les yeux. Avant, quand je voyais une aire d'accueil neuve, propre, cela me semblait luxueux. Parce que j'avais connu les arri&#232;res d'usine, les exclusions de territoire et les terrains en mauvais &#233;tat. Malgr&#233; la r&#233;ticence qu'on peut avoir &#224; mobiliser la symbolique du camp, parce que nos propres grands-parents ont &#233;t&#233; plac&#233;s dans des camps de concentration, on ne peut pas l'ignorer quand on voit des aires comme celle de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, cl&#244;tur&#233;e par des barbel&#233;s. Quand on prend en compte les gardiens, l'isole&#8202;ment, les sanitaires coul&#233;s dans un seul bloc de b&#233;ton... On n'est pas dans l'hospitalit&#233;, mais dans l'&#233;quipement brut, bas de gamme, qui rel&#232;ve plus du parcage d'ani&#8202;maux ou du stockage de mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe aussi, c'est l'absence de nature. Alors que l'id&#233;al du Voyage, c'est le contact avec la nature, la for&#234;t, les bords de rivi&#232;re... Tout cela dispara&#238;t compl&#232;tement avec l'aire d'accueil. Les roulottes hippomobiles qu'ont connues nos grands-parents passaient par les chemins de campagne, apportaient dans les villages le cin&#233;ma itin&#233;rant, des bibelots qui n'existaient pas en dehors des villes. On amenait une forme de modernit&#233; dans les campagnes. Une partie de ce patrimoine a &#233;t&#233; d&#233;truit par le syst&#232;me d'accueil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le traitement m&#233;diatique de cette question tourne essentiellement autour des installations ill&#233;gales de Voyageurs. Dans quelle mesure participe-t-il au renforcement des st&#233;r&#233;otypes qui les visent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce traitement est le reflet du positionnement de l'&#201;tat, qui ne s'int&#233;resse aux Voyageurs que sous l'angle de leur position dans l'espace social et urbain, au d&#233;triment des questions m&#233;morielles, scolaires, etc. Dans la mesure o&#249; tous les espaces ont &#233;t&#233; ferm&#233;s &#224; la pr&#233;sence des Voyageurs, les seuls moments o&#249; ils font irruption dans la vie du s&#233;dentaire, c'est quand ils sortent de leur espace d'assignation spatiale. Et comme la sortie de l'aire d'accueil les met en situation d'ill&#233;galit&#233;, le traitement m&#233;diatique correspondant leur est appliqu&#233;. Tant que le Voyageur reste dans son aire, tout le monde s'en fout, quoi qu'il se passe sur l'aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique est renforc&#233;e par l'absence de Voyageurs dans les r&#233;dactions ou parmi les acteurs des m&#233;dias. La question est trait&#233;e par des personnes qui n'appr&#233;hendent pas du tout les diff&#233;rentes probl&#233;matiques qu'ils peuvent rencontrer. Le seul sujet qui int&#233;resse, c'est celui de la pr&#233;sence des Voyageurs, dont on ne veut pas &#224; c&#244;t&#233; de chez soi, en raison de st&#233;r&#233;otypes qui restent largement mobilis&#233;s. L'autre volet du traitement m&#233;diatique, c'est d'ailleurs la question de la d&#233;linquance, qui est toujours associ&#233;e &#224; la cat&#233;gorisation &#8220;gens du voyage&#8221;. Quand un Voyageur commet un crime, il est toujours indiqu&#233; qu'il est &#8220;issu de la communaut&#233; des gens du voyage&#8221;. Il s'agit d'une entreprise de stigmatisation assez claire, qui participe &#224; construire une image du Tsigane sur laquelle repose l'antitsiganisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en termes de repr&#233;sentation, les m&#233;dias donnent g&#233;n&#233;ralement la parole &#224; des hommes correspondant au clich&#233; du &#8220;patriarche&#8221;, puisque les Voyageurs sont appr&#233;hend&#233;s comme une tribu ou un clan. Leurs discours se sont beaucoup enferm&#233;s sur la question de l'accueil et sur l'id&#233;e que les installations ill&#233;gales s'expliquent par le manque de places. Mais ce n'est pas toujours vrai, ce n'est pas que &#231;a ! Quand toutes les aires d'accueil seront construites, il y aura toujours des personnes en situation ill&#233;gale aussi parce qu'elles refusent ce syst&#232;me. On a tendance &#224; ignorer les raisons qui poussent &#224; refuser de vivre dans les aires. La seule parole relay&#233;e dans les m&#233;dias est celle qui l&#233;gitime la politique des aires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette repr&#233;sentation tr&#232;s masculine des Voyageurs dans les m&#233;dias ne refl&#232;te d'ailleurs pas la r&#233;alit&#233; des luttes men&#233;es pour leurs droits, qui sont souvent port&#233;es par des femmes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Voyageurs ont fait l'objet d'un traitement tr&#232;s paternaliste depuis la guerre et la parole a souvent &#233;t&#233; confisqu&#233;e par des associations et des personnes ext&#233;rieures. Cela a notamment conduit &#224; invisibiliser les femmes. Aujourd'hui, il y a un d&#233;calage entre le nombre de femmes auxquelles on donne la parole et le nombre de femmes en lutte. Ce sont tr&#232;s souvent elles qui en prennent la t&#234;te. C'est le cas &#224; Hellemmes-&#8202;Ronchin, dans le Nord, et c'est le cas au Petit-Quevilly, o&#249; deux femmes ont men&#233; le combat suite &#224; l'incendie de l'usine Lubrizol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les in&#233;galit&#233;s environnementales peut f&#233;d&#233;rer largement. La question fait consensus parmi les Voyageurs, personne n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233;. Derri&#232;re, on peut construire des alliances avec des forces &#233;cologistes, mais aussi avec des forces f&#233;ministes qui viendraient appuyer ces luttes men&#233;es par des Voyageuses. On peut aussi construire des alliances antiracistes, puisque le syst&#232;me d'accueil est l'une des portes d'entr&#233;e pour appr&#233;hender la question de l'anti-tsiganisme en France. Il y a un enjeu &#224; mettre en lumi&#232;re les diff&#233;rents combats men&#233;s localement contre les pollutions et &#224; les rassembler en mettant en contact leurs acteurs et actrices. Cela permet de rompre l'isolement et de redonner de la joie, de l'espoir et de la combativit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Tom Vieillefond&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus souvent &#224; accueillir des &#171; gens du voyage &#187; dits &#171; s&#233;dentaires &#187;. Les caravanes y sont autoris&#233;es pour une plus longue dur&#233;e que celle stipul&#233;e par le droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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