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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>David Graeber : Occupy Saturne</title>
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		<dc:creator>Renaud Garcia</dc:creator>


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&lt;p&gt;Qu'advient-il lorsqu'un brillant universitaire &#224; l'&#339;uvre d&#233;j&#224; foisonnante acc&#232;de au statut de r&#233;f&#233;rence internationale de la contestation, brinquebal&#233; de colloques en conf&#233;rences, d'&#233;missions en manifestations ? On peut se le demander &#224; la lecture de Bureaucratie, le dernier livre de David Graeber, figure du mouvement Occupy, traduit en fran&#231;ais aux &#233;ditions Les liens qui lib&#232;rent. Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, d&#232;s sa p&#233;riode &#171; underground &#187;, pourrais-je (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Emilie-Seto" rel="tag"&gt;Emilie Seto&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/m-a-fallu" rel="tag"&gt;m'a fallu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/articles-dates" rel="tag"&gt;articles dat&#233;s&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/technologies" rel="tag"&gt;technologies&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Qu'advient-il lorsqu'un brillant universitaire &#224; l'&#339;uvre d&#233;j&#224; foisonnante acc&#232;de au statut de r&#233;f&#233;rence internationale de la contestation, brinquebal&#233; de colloques en conf&#233;rences, d'&#233;missions en manifestations ? On peut se le demander &#224; la lecture de &lt;i&gt;Bureaucratie&lt;/i&gt;, le dernier livre de David Graeber, figure du mouvement Occupy, traduit en fran&#231;ais aux &#233;ditions Les liens qui lib&#232;rent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1727 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH493/-46-87a07.jpg?1782663740' width='400' height='493' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Emilie Seto.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Lecteur attentif de Graeber depuis assez longtemps maintenant, d&#232;s sa p&#233;riode &#171; &lt;i&gt;underground&lt;/i&gt; &#187;, pourrais-je dire, il m'a fallu revenir plusieurs fois sur ce livre, constitu&#233; principalement de trois articles dat&#233;s de 2012, pour me rendre &#224; cette f&#226;cheuse &#233;vidence : notre &#171; anthropologue-anarchiste &#187; peut d&#233;sormais tout se permettre, y compris exhumer ses fonds de tiroir de fa&#231;on &#233;hont&#233;e. Entendons-nous bien cependant : &lt;i&gt;Bureaucratie&lt;/i&gt; contient dans son premier article des d&#233;veloppements int&#233;ressants qui manient le paradoxe avec go&#251;t. On pense d'ordinaire une opposition entre l'&#201;tat et le march&#233; ? Il n'en est rien : la rationalit&#233; marchande se coule parfaitement dans le principe d'efficacit&#233; de la bureaucratie. Efficacit&#233; seulement pr&#233;tendue, car dans une soci&#233;t&#233; enti&#232;rement r&#233;gie par des contrats (un r&#234;ve libertarien !), la n&#233;cessit&#233; de recourir &#224; des rapports bureaucratiques serait multipli&#233;e et non limit&#233;e, segmentant les relations collectives entre d&#233;p&#244;t de projets et r&#233;ponse &#224; des contr&#244;les. Voil&#224; des &#233;l&#233;ments ind&#233;niablement int&#233;ressants et bien tourn&#233;s. Ils ne doivent pas pour autant occulter l'inanit&#233; du deuxi&#232;me article reproduit dans ce recueil, &#171; Des voitures volantes et de la baisse du taux de profit &#187;, qui ne s'est gu&#232;re attir&#233; de commentaires critiques alors qu'il encha&#238;ne &#233;normit&#233;s sur &#233;normit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, une question ouverte : ch&#232;re lectrice et cher lecteur, &#234;tes-vous aujourd'hui profond&#233;ment amers de ne pas &#234;tre entr&#233;s totalement dans l'&#232;re des voitures volantes sans chauffeurs, de la t&#233;l&#233;portation, des robots andro&#239;des et autres &#233;lixirs d'immortalit&#233; ? Avez-vous, de fait, l'impression qu'une m&#233;chante clique a d&#233;tourn&#233; les technologies les plus prometteuses pour vous voler votre futur ? David Graeber y r&#233;pond pour vous, par l'affirmative. La technologie, avance-t-il, est tiss&#233;e de l'&#233;toffe de nos r&#234;ves. C'est notre capacit&#233; imaginante qui pr&#233;side &#224; la mise en &#339;uvre du monde dans lequel nous voulons vivre. Et l'anthropologue-anarchiste de se demander : par quel malheureux accident a-t-il pu se faire qu'en 2016 nous demeurions en attente des robots blanchisseurs et des r&#233;acteurs dorsaux qui peuplaient l'imaginaire futuriste des ann&#233;es 1960 ? Curieuse disposition d'esprit, tout de m&#234;me, dans cette fa&#231;on de tourner les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, lorsqu'on &#233;voque la question de la technologie, une personne &#224; l'esprit un tant soit peu critique ne manquera pas de s'interroger &#224; la fois sur le sens du progr&#232;s technique et sur la finalit&#233; de la production en rapport avec les besoins. Questions absolument cruciales, qui tiennent &#224; une volont&#233; minimale de ma&#238;triser nos conditions d'existence. Or, &#233;trangement, l'article d&#233;marre pour ainsi dire &lt;i&gt;in medias res&lt;/i&gt; : il ne s'agit jamais de revenir en amont des pr&#233;tendus progr&#232;s technologiques pour discerner ce qu'ils apportent et ce qu'ils saccagent, mais bien d'estimer scandaleux, ma bonne dame, d'avoir encore &#224; conduire une automobile, alors que l'on pourrait tr&#232;s bien d&#233;l&#233;guer cette t&#226;che fastidieuse &#224; un algorithme en se repaissant pendant ce temps de la lecture d'un ouvrage remarquablement stimulant sign&#233; David Graeber !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si de telles possibilit&#233;s ne nous sont pas offertes, comprenez-vous, ce n'est pas une question d'inventivit&#233; (il y aura toujours, parmi les 99%, des gens brillants), mais bien une question politique : &#171; ils &#187; n'en ont pas voulu, des technologies &#171; po&#233;tiques &#187; ! Ces moyens rationnels, techniques et bureaucratiques mis au service de r&#234;ves fous. &#171; Ils &#187; ont pr&#233;f&#233;r&#233; orienter les cr&#233;dits de recherche vers les technologies bureaucratiques, bridant le potentiel &#233;mancipateur des meilleurs dispositifs, comme lorsque Internet se trouve r&#233;duit essentiellement &#224; une centrale d'achats en ligne, &#224; un analogue de la poste et &#224; une grande biblioth&#232;que. On le saisit : Graeber n'inscrit en rien son analyse de la bureaucratie dans une critique g&#233;n&#233;rale des rapports r&#233;ifi&#233;s au monde, aux autres et &#224; soi-m&#234;me rendus possibles par le d&#233;veloppement technologique aveugle. Il ne critique pas une forme de vie intrins&#232;quement li&#233;e aujourd'hui au capitalisme, mais un type de contr&#244;le politique et social orchestr&#233; par les &#171; 1% &#187;. C'est que les dirigeants ont int&#233;r&#234;t &#224; contr&#244;ler les masses par le truchement du travail, en laissant faire aux humains ce que des robots auraient pu depuis belle lurette leur &#233;pargner. &lt;i&gt;Ergo &lt;/i&gt; : le fond de l'affaire, c'est une lutte de classes, et la technique, somme toute, reste neutre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le point de me laisser embarquer par cet optimisme technologique sans faille, une malheureuse citation est revenue doucher ma naissante euphorie : &#171; &lt;i&gt;Durant un si&#232;cle, l'humanit&#233; s'est livr&#233;e &#224; une exp&#233;rience fond&#233;e sur l'hypoth&#232;se suivante : l'outil peut remplacer l'esclave. Or, il est manifeste qu'employ&#233; &#224; de tels desseins, c'est l'outil qui de l'homme fait son esclave. La dictature du prol&#233;tariat et la civilisation des loisirs sont deux variantes politiques de la m&#234;me domination par un outillage industriel en constante expansion&lt;/i&gt;. &#187; Ces lignes d'Ivan Illich, dans &lt;i&gt;La Convivialit&#233;&lt;/i&gt;, datent de 1973, lorsque le jeune Graeber devait d&#233;vorer tout Asimov en r&#234;vant de laisser un andro&#239;de sur Mars. Or, des r&#233;flexions de cet acabit n'existent tout bonnement pas dans la galaxie de notre anthropologue-anarchiste. &#192; ses yeux, il est au contraire &#233;tonnant que nous n'ayons pas d&#233;j&#224; per&#231;u &#224; quel point le capitalisme freine l'innovation, au lieu de favoriser pr&#233;cis&#233;ment sa constante expansion. L'iPhone, objet r&#233;v&#233;r&#233; de notre &#233;poque, ne serait ainsi qu'une &#171; modeste am&#233;lioration &#187; con&#231;ue pour amuser la galerie. Qu'il soit utile, incidemment, pour tracer, g&#233;olocaliser, conserver le salari&#233; sous pression perp&#233;tuelle et exploiter par consentement les dynamiques auto-entrepreneurs de la nouvelle &#233;conomie : de tout cela, pas un mot.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce marasme technologique qui signe l'&#233;chec du capitalisme &#8211; &#233;chec d'une cristalline &#233;vidence, n'est-ce pas ? &#8211;, soyons audacieux, nous enjoint David Graeber. Sa vision n&#233;buleuse d'un socialisme d&#233;centralis&#233; rencontre en toute logique les technologies d'imprimantes 3D, porteuses d'un avenir d'initiatives et de cr&#233;ativit&#233; d&#233;multipli&#233;es. Avec un tel argumentaire, nul doute que l'ic&#244;ne alternative sera intronis&#233;e chouchou des s&#233;minaires sur le num&#233;rique collaboratif ou la croissance verte, sur le th&#232;me &#171; Les fablabs, moteurs d'une &#233;cologie subversive &#187;. De l'audace, toujours de l'audace : ouvrons de nouveau l'avenir de la technologie, contre tous ces gens au profil &#171; &lt;i&gt;anticivilisation&lt;/i&gt; &#187; qui affirment que la &#171; &lt;i&gt;lib&#233;ration humaine n'est r&#233;alisable que par un retour &#224; l'&#226;ge de pierre &lt;/i&gt; &#187;. Pass&#233; ce point d'&#233;lucubrations interstellaires, on en vient &#224; se dire que le sagace et virevoltant David Graeber s'est retrouv&#233; coinc&#233; dans le monde r&#233;el, pendant que les cyniques agents nous envoyaient, &#224; nous, prisonniers de la Matrice, son image digitale &#171; Luc Ferry &#187; pour nous sermonner sur les errances de la critique du progr&#232;s technologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'aura compris, ma d&#233;ception fut grande &#224; la lecture de ce chapitre de &lt;i&gt;Bureaucratie&lt;/i&gt;. L'inqui&#233;tant, c'est d'imaginer les prochains enthousiasmes &#224; courte vue de son auteur. Pour cela, je crains fort que nous n'ayons m&#234;me pas &#224; nous t&#233;l&#233;porter dans le futur. Mais sait-on jamais. Comme dans tout bon sc&#233;nario de science-fiction, ceux qui anticipent l'avenir sont susceptibles d'en modifier le cours : David Graeber remettra peut-&#234;tre un jour les pieds sur terre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Pris dans la toile des technologies num&#233;riques</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Pris-dans-la-toile-des</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Pris-dans-la-toile-des</guid>
		<dc:date>2013-03-25T06:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
		<dc:subject>CQFD</dc:subject>
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		<dc:subject>technologies num&#233;riques</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;CONTRE LA DICTATURE DE L'IMMATERIEL Illimit&#233; ! Le num&#233;rique nous fait brutalement entrer dans l'&#232;re de l'illimit&#233;. Le monde r&#233;sum&#233; &#224; un surf en 3D sur google.map et un pr&#233;sent qui b&#233;gaie au rythme des clics de souris. Somm&#233;s de nous adapter, nous nous adaptons. Quand les sir&#232;nes du techno-business nous chantent &#171; &#233;mancipation &#187;, des voix, forc&#233;ment clandestines, nous soufflent &#171; ali&#233;nation &#187;. Auteur de L'Emprise num&#233;rique aux &#233;ditions L'&#201;chapp&#233;e, C&#233;dric Biagini a entrepris de d&#233;coloniser (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no108-fevrier-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;108 (f&#233;vrier 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD" rel="tag"&gt;CQFD&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/faire" rel="tag"&gt;faire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-une" rel="tag"&gt;d'une&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/numerique" rel="tag"&gt;num&#233;rique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nouvelles" rel="tag"&gt;nouvelles&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-ecole" rel="tag"&gt;l'&#233;cole&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/technologies" rel="tag"&gt;technologies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/nouvelles-technologies" rel="tag"&gt;nouvelles technologies&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/participais-deja" rel="tag"&gt;participais d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/technologies-numeriques" rel="tag"&gt;technologies num&#233;riques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;CONTRE LA DICTATURE DE L'IMMATERIEL&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Illimit&#233; ! Le num&#233;rique nous fait brutalement entrer dans l'&#232;re de l'illimit&#233;. Le monde r&#233;sum&#233; &#224; un surf en 3D sur google.map et un pr&#233;sent qui b&#233;gaie au rythme des clics de souris. Somm&#233;s de nous adapter, nous nous adaptons. Quand les sir&#232;nes du techno-business nous chantent &#171; &#233;mancipation &#187;, des voix, forc&#233;ment clandestines, nous soufflent &#171; ali&#233;nation &#187;. Auteur de L'Emprise num&#233;rique aux &#233;ditions L'&#201;chapp&#233;e, C&#233;dric Biagini a entrepris de d&#233;coloniser notre imaginaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : En 2007, tu participais d&#233;j&#224; &#224; un bouquin qui posait les bases d'une critique de la soci&#233;t&#233; num&#233;rique&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La Tyrannie technologique. Critique de la soci&#233;t&#233; num&#233;rique, collectif, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Qu'est-ce qui a fait que cinq ans apr&#232;s tu ressentes le besoin de retravailler sur le sujet ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C&#233;dric Biagini&lt;/strong&gt; : Ces derni&#232;res ann&#233;es ont vu une acc&#233;l&#233;ration des innovations technologiques. Tout d'abord avec le smartphone qui s'est d&#233;velopp&#233; avec un taux de p&#233;n&#233;tration dans la soci&#233;t&#233; tr&#232;s important. &#201;volution fondamentale, puisque d&#233;sormais les gens restent connect&#233;s partout. C'est-&#224;-dire qu'il n'y a plus de temps mort, mais un resserrement de l'emprise du num&#233;rique. Autre innovation de taille : l'arriv&#233;e des tablettes tactiles &#8211; dont de nombreux mod&#232;les pour enfants &#8211; et du e-book ou livre num&#233;rique. M&#234;me si en France, l'essor de ce dernier n'est pas celui escompt&#233; par les industriels, tout le secteur de l'&#233;dition s'en trouve boulevers&#233;. Ensuite, on a vu le num&#233;rique entrer de plus en plus &#224; l'&#233;cole et l'administration se d&#233;mat&#233;rialiser. Et puis surtout, il y a eu le d&#233;veloppement des r&#233;seaux sociaux et de Twitter depuis la fin des ann&#233;es 2000. 25 millions de gens sont aujourd'hui adh&#233;rents &#224; Facebook en France.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_568 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;10&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH625/p08_numerique_cqfd108-29615.jpg?1782643826' width='400' height='625' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;par R&#233;mi
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles de la difficult&#233; de construire un discours critique des nouvelles technologies sans passer pour un &#171; technophobe r&#233;ac &#187;. Dans ton livre, tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Soit les technologies sont neutres, et il n'y a aucune raison de pr&#233;tendre que la t&#233;l&#233;vision ali&#232;ne tandis qu'Internet &#233;mancipe, soit les technologies portent en elles-m&#234;mes un imaginaire et cr&#233;ent de nouveaux agencements, et l'on peut alors en faire la critique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La neutralit&#233; de la technologie est un des piliers de l'id&#233;ologie du progr&#232;s : une technologie serait porteuse de progr&#232;s social ou bien destructrice, selon l'usage que l'on en fait. C'est vraiment l'argument le plus r&#233;pandu. Un philosophe nous a sorti, lors d'un d&#233;bat, qu'avec une m&#234;me corde de piano on peut jouer de la musique ou &#233;trangler quelqu'un. Sauf que ces m&#234;mes partisans de la neutralit&#233; de la technique sont souvent les premiers &#224; opposer nouvelles et anciennes technologies. La t&#233;l&#233; serait par essence autoritaire, verticale et ali&#233;nante, alors que les nouvelles technologies seraient lib&#233;ratrices, horizontales et favoriseraient la d&#233;mocratie. Du coup, on se retrouve face &#224; un hiatus : soit on estime que la technologie est neutre &#8211; ce qui invalide toute hi&#233;rarchie entre ancienne et nouvelle technologie ; soit on pense que les technologies sont en elles-m&#234;mes porteuses de valeurs et d'un mod&#232;le de soci&#233;t&#233; que l'on peut alors critiquer. J'ai voulu travailler ce paradoxe. Pour ma part, je pense que la technologie n'est pas neutre et que les technologies num&#233;riques participent d'une acc&#233;l&#233;ration de la marchandisation de nos vies et de la p&#233;n&#233;tration du capitalisme au plus profond de notre intimit&#233;, avec une d&#233;t&#233;rioration de notre imaginaire et de notre capacit&#233; &#224; penser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Concernant le livre num&#233;rique, tu expliques qu'on n'a pas l&#224; simplement affaire &#224; un changement de support, que la lecture sur support num&#233;rique est une lecture d&#233;grad&#233;e par rapport &#224; celle sur format papier. Tu ne trouves pas g&#233;nial de pouvoir se balader avec 3 000 bouquins dans sa poche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec le num&#233;rique, il y a une vraie fascination pour la puissance et l'illimit&#233; quand bien m&#234;me cette puissance ne nous est pas utile. Or la culture ne na&#238;t pas d'une accumulation. Il ne s'agit pas d'avoir acc&#232;s &#224; des milliers de livres, mais de les lire vraiment. &#192; partir du moment o&#249; le texte est num&#233;ris&#233;, on peut y ajouter des liens, du son, des images et de la vid&#233;o. On entre dans l'hyperm&#233;dia. On d&#233;construit le texte et le lecteur ne lit plus du tout de la m&#234;me mani&#232;re. Textualit&#233; et mat&#233;rialit&#233; sont li&#233;es. Les nouvelles pratiques de lecture qui se d&#233;veloppent sur &#233;cran ne sont pas des modes de lecture approfondie mais sont li&#233;es &#224; une forme d'hyperactivit&#233; qui fait qu'on papillonne, que l'on scrute mais qu'on ne lit plus vraiment. Le num&#233;rique d&#233;truit nos capacit&#233;s &#224; nous concentrer. D&#232;s 1967, Marshall McLuhan&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Marshall McLuhan (1911-1981), philosophe et th&#233;oricien de la communication.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, dans son livre &lt;i&gt;Pour comprendre les m&#233;dias&lt;/i&gt;, utilisait cette fameuse formule &#171; &lt;i&gt;le m&#233;dium est le message&lt;/i&gt; &#187;, qui est on ne peut plus juste aujourd'hui. C'est-&#224;-dire qu'ind&#233;pendamment m&#234;me du contenu, c'est la mani&#232;re dont on acc&#232;de &#224; lui qui devient d&#233;terminante. Or celle qui se d&#233;veloppe aujourd'hui favorise le zapping, la lecture superficielle, l'absence de m&#233;morisation, un &#233;tat d'excitation permanent qui correspond &#224; un nouveau type d'humain perp&#233;tuellement insatisfait, versatile, ouvert &#224; tout et en m&#234;me temps atomis&#233;, incapable d'avoir une v&#233;ritable int&#233;riorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; propos de l'&#233;cole, tu compares l'intrusion des Tice&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Tice : Technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &#224; une sorte de cheval de Troie permettant de &#171; &lt;i&gt;plier l'enseignement &#224; la norme sociale du capitalisme&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole d'aujourd'hui est loin d'&#234;tre id&#233;ale, mais ce n'est pas pour autant qu'il faut d&#233;fendre toutes les orientations qui visent &#224; sa destruction. Je pense en effet que &#231;a peut &#234;tre encore bien pire ! Ce bien pire c'est de faire basculer compl&#232;tement l'&#233;cole dans la logique &#233;conomique. Aujourd'hui, la p&#233;n&#233;tration des Tice est un excellent moyen de faire entrer le capitalisme &#224; l'int&#233;rieur des &#233;coles. Par la vente de mat&#233;riel &#171; p&#233;dagogique &#187; &lt;i&gt;hightech&lt;/i&gt; tout d'abord, un gros g&#226;teau sur lequel les industriels lorgnent depuis longtemps, mais aussi par un conditionnement des &#233;l&#232;ves quant &#224; l'utilisation des nouvelles technologies, dans l'objectif d'en faire des bons citoyens num&#233;riques. L'&#233;cole aura pour mission principale de faire rentrer les &#233;l&#232;ves dans une logique de comp&#233;tence dont la principale est celle de s'adapter &#224; un environnement technologique et &#233;conomique qui &#233;volue constamment, fondement de la croissance et du capitalisme immat&#233;riel. En 2010, le rapport Fourgous sur l'&#233;cole parlait de compl&#233;mentarit&#233; entre mode pr&#233;sentiel (quand professeur et &#233;l&#232;ves sont r&#233;unis dans une m&#234;me salle) et enseignement &#224; distance. La logique num&#233;rique porte en elle les possibilit&#233;s d'une acc&#233;l&#233;ration de ce processus puisque les &#233;l&#232;ves pourront apprendre chez eux. Le professeur va se prol&#233;tariser. Il va &#234;tre r&#233;duit &#224; jouer l'interface entre la machine et l'&#233;l&#232;ve. Former des gens &#224; une mati&#232;re sp&#233;cifique comme le fran&#231;ais ou les math&#233;matiques n'aura plus vraiment de sens, puisque le contenu passera par les r&#233;seaux num&#233;riques. Certains documents officiels ont d'ailleurs remplac&#233; le terme de professeur par celui &#171; &lt;i&gt;d'ing&#233;nieur p&#233;dagogique&lt;/i&gt; &#187; et celui d'&#233;l&#232;ve par &#171; &lt;i&gt;apprenant&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH641/p08-emprise_num-1c05b.jpg?1782855412' width='400' height='641' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ne penses-tu pas cependant qu'il puisse y avoir un usage subversif des nouvelles technologies. Ne peut-on pas d&#233;tourner ces outils ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je n'y crois pas. M&#234;me si c'est un discours qu'on peut comprendre. Depuis les d&#233;buts de l'Internet, les hackers et une mouvance &#171; liberto&#239;de &#187; soutiennent que l'on va pouvoir se passer des m&#233;dias traditionnels &#8211; le fameux &#171; deviens toi-m&#234;me le m&#233;dia &#187; &#8211; et court-circuiter les structures hi&#233;rarchiques. Depuis vingt ans, le discours de l'Internet a &#233;t&#233; construit &#224; partir de ces mouvements &#233;mancipateurs, m&#234;me si aujourd'hui, beaucoup de ces pionniers ne se font plus d'illusion. Il y a quelque temps, vous avez interview&#233; Paul Jorion&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; Le capitalisme est &#224; l'agonie &#187;, CQFD n&#176;91 (juillet-ao&#251;t 2011).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, qui est totalement l&#224;-dedans, dans une sorte de techno-messianisme, de th&#233;orie de la lib&#233;ration gr&#226;ce &#224; la technologie. Ces gens pensent que la technologie est neutre et qu'il y a moyen d'en faire un usage tr&#232;s subversif. Moi je pense que ces technologies fabriquent une soci&#233;t&#233; qui d&#233;truit tout ce qui peut permettre une vie d&#233;cente. &#192; mesure qu'elles se d&#233;veloppent, on voit le monde plonger dans le lib&#233;ralisme avec une d&#233;t&#233;rioration de nos conditions de vie. Ne pas faire le lien entre les deux rel&#232;ve soit d'une malhonn&#234;tet&#233; intellectuelle soit d'une grande na&#239;vet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans certaines manifs, on a pu dire aux badauds accoud&#233;s &#224; leurs fen&#234;tres : &#171; &lt;i&gt;Jetez vos t&#233;l&#233;s par la fen&#234;tre et descendez avec nous dans la rue !&lt;/i&gt; &#187; &#192; ton avis, si on remplace &#171; t&#233;l&#233;s &#187; par &#171; ordinateurs &#187;, est-ce qu'un tel slogan fait sens ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'aimerais bien qu'on le dise, parce que &#231;a serait une vraie rupture avec le discours dominant. Sauf qu'aujourd'hui, on aurait plut&#244;t tendance &#224; dire : &#171; &lt;i&gt;Vite, prenez des photos partout et mettez-les sur votre ordinateur !&lt;/i&gt; &#187; Ou m&#234;me : &#171; &lt;i&gt;N'allez plus dans la rue, mais faites circuler l'information au maximum, c'est le plus important, il faut que les gens sachent.&lt;/i&gt; &#187; On ne changera pas une soci&#233;t&#233; avec des actions men&#233;es par cinq personnes dans un coin, m&#234;me si elles sont spectaculaires et circulent sur tous les r&#233;seaux sociaux du monde.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lechappee.org/la-tyrannie-technologique&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&lt;i&gt;La Tyrannie technologique. Critique de la soci&#233;t&#233; num&#233;rique&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, collectif, L'&#201;chapp&#233;e, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Marshall McLuhan (1911-1981), philosophe et th&#233;oricien de la communication.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Tice : Technologies de l'information et de la communication pour l'enseignement.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Le-capitalisme-est-a-l-agonie'&gt;Le capitalisme est &#224; l'agonie&lt;/a&gt; &#187;, CQFD n&#176;91 (juillet-ao&#251;t 2011).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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