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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>William Acker : &#171; Aucun voyageur n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233; &#187;</title>
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		<dc:creator>Tom Vieillefond</dc:creator>


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&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no197-avril-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;197 (avril 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Depuis 2019, William Acker diffuse via Twitter des informations sur les aires d'accueil destin&#233;es aux personnes cat&#233;goris&#233;es &#171; gens du voyage &#187;, en exposant notamment les pollutions auxquelles elles sont soumises. Cet intense travail de recensement a &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233; dans un livre, &lt;i&gt;O&#249; sont les gens du voyage ? &#8211; Inventaire critique des aires d'accueil&lt;/i&gt;, &#224; para&#238;tre le 16 avril aux &#201;ditions du commun. S'appuyant sur son exp&#233;rience familiale et une longue enqu&#234;te de terrain, l'auteur y d&#233;crit le contexte dans lequel s'inscrit cette politique d'&#171; accueil &#187; et les discriminations syst&#233;miques dont elle t&#233;moigne. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3614 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;36&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH347/-1756-6ff6c.jpg?1782642640' width='500' height='347' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Vincent Croguennec
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi as-tu entrepris ce recensement des aires d'accueil et des nuisances auxquelles elles sont expos&#233;es ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le point de d&#233;part, c'est le travail de l'anthropologue Lise Foisneau, qui a &#233;tudi&#233; la question des in&#233;galit&#233;s environnementales sur les aires d'accueil. Elle a notamment travaill&#233; sur celle de Saint-Menet, &#224; Marseille, situ&#233;e juste derri&#232;re un site Seveso, l'usine Arkema. Ses &#233;crits ont agi comme un d&#233;clic, en m'offrant une analyse d'un sujet que je connaissais pourtant personnellement depuis longtemps. Quand en septembre 2019 l'usine Lubrizol de Rouen a pris feu et que j'ai entendu qu'il s'agissait justement d'un site Seveso, mon premier r&#233;flexe a &#233;t&#233; de regarder le Sch&#233;ma d&#233;partemental d'accueil et d'habitat des gens du voyage de Seine-Maritime : il y avait une aire d'accueil juste &#224; c&#244;t&#233; de l'usine, celle de Petit-Quevilly. Lise et moi sommes entr&#233;s en contact avec les habitant&#183;es de l'aire et nous avons, avec eux, m&#233;diatis&#233; la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peu apr&#232;s, &#224; l'occasion d'une r&#233;union avec des officiels, Sa&#239;mir Mile, juriste et ancien pr&#233;sident de l'association La Voix des Roms, a soulev&#233; le probl&#232;me de la localisation des aires d'accueil. Il s'est vu r&#233;pondre qu'il faisait de la d&#233;magogie et qu'il ne pouvait rien prouver, faute de chiffres. Effectivement, il y avait tr&#232;s peu de donn&#233;es : il n'existait m&#234;me pas de recensement complet des aires d'accueil sur le territoire m&#233;tropolitain. C'est l&#224; que je me suis dit qu'il fallait que nous produisions ces chiffres, en plus des luttes collectives men&#233;es sur le terrain m&#233;diatique ou juridique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre comprend &#224; la fois un inventaire des aires par d&#233;partement et une mise en contexte politique, juridique et historique du sujet. Quel bilan tires-tu de l'&#233;tude que tu as r&#233;alis&#233;e ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'ai pas &#233;t&#233; surpris par les donn&#233;es que j'ai r&#233;colt&#233;es. Je connais ces lieux, j'ai pass&#233; les premi&#232;res ann&#233;es de ma vie sur le Voyage, ma famille continue &#224; fr&#233;quenter les aires. Mais ce travail m'a permis de mieux comprendre le caract&#232;re syst&#233;mique des m&#233;canismes mis en &#339;uvre dans la localisation des aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier, c'est la mise &#224; l'&#233;cart : les territoires ne veulent pas accueillir. Les politiques publiques &#233;labor&#233;es au niveau &#233;tatique, malgr&#233; leurs d&#233;fauts, visent &#224; mettre en &#339;uvre un syst&#232;me d'accueil ; au niveau local, on cherche &#224; l'&#233;viter. Plusieurs techniques existent. Les municipalit&#233;s peuvent, par exemple, retarder au maximum le moment o&#249; elles construiront une aire. Pour cela, elles d&#233;signent un terrain pourri, qu'elles savent non viable. &#192; la fin de la proc&#233;dure de d&#233;signation, la pr&#233;fecture refuse le terrain, et on repart sur une nouvelle proc&#233;dure de deux ou trois ans. Cette strat&#233;gie est r&#233;guli&#232;rement d&#233;ploy&#233;e par les collectivit&#233;s et peut faire tra&#238;ner un projet sur vingt ans. Cela explique que des projets existant depuis les ann&#233;es 2000 ne soient toujours pas r&#233;alis&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La loi pr&#233;voit que la pr&#233;fecture puisse mettre en demeure les collectivit&#233;s qui ne remplissent pas leurs obligations, voire se substituer &#224; elles. En r&#233;alit&#233;, ce pouvoir de substitution n'est jamais mobilis&#233; pour la construction d'aires. Il ne l'est pas non plus pour lutter contre les terrains insalubres. Contrairement aux discours politiques qui sugg&#232;rent que les obligations pesant sur les collectivit&#233;s sont trop lourdes, on constate qu'en r&#233;alit&#233; le non-respect de ces obligations n'entra&#238;ne aucune cons&#233;quence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand la collectivit&#233; ne peut plus &#233;chapper &#224; ses obligations, elle passe alors &#224; une strat&#233;gie de mise &#224; l'&#233;cart. Cela consiste &#224; trouver le terrain le plus &#233;loign&#233; de toute zone d'habitation. Une autre strat&#233;gie consiste &#224; construire des aires dans des endroits impropres ou avec des &#233;quipements de faible qualit&#233; &#8211; ou encore &#224; &#233;tablir des tarifs de stationnement trop &#233;lev&#233;s. Logiquement, les Voyageurs les &#233;vitent, et les taux de remplis&#8202;sage sont faibles. Ce qui justifie de ne plus construire, voire de fermer des aires... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette politique s'appuie notamment sur la loi Besson du 5 juillet 2000. Est-ce que tu peux revenir sur les principes de cette loi, et les probl&#232;mes qu'elle pose ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;faut intrins&#232;que de la loi Besson, c'est qu'elle pr&#233;tend mettre en place un &#233;quilibre entre les collectivit&#233;s d'une part, et les &#8220;gens du voyage&#8221; d'autre part. Mais il ne peut pas y avoir d'&#233;quilibre entre une institution publique et un individu, le rapport de force sera toujours en faveur de la premi&#232;re ! Dans cette m&#234;me logique, la loi indique que les &#8220;gens du voyage&#8221; ont le droit d'&#234;tre accueillis, mais le devoir de s'installer sur les aires d'accueil construites par les collectivit&#233;s. La charge de l'accueil repose beaucoup plus sur les personnes oblig&#233;es de rester dans les aires que sur les collectivit&#233;s charg&#233;es de les construire. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, cette loi instaure un syst&#232;me public d'accueil &#224; destination d'une cat&#233;gorie particuli&#232;re de la population, distinct des syst&#232;mes publics d'accueil pour les camping-caristes ou pour les autres cat&#233;gories de personnes en habitat mobile. Ce qui distingue les cibles de ces diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt;, c'est une cat&#233;gorisation historiquement fond&#233;e sur l'appr&#233;hension de l'ethnicit&#233;. Dans son article 1, la loi Besson d&#233;signe les &#8220;gens du voyage&#8221; comme ceux &#8220;dont l'habitat &lt;i&gt;traditionnel&lt;/i&gt; est constitu&#233; de r&#233;sidences mobiles&#8221;. Le terme traditionnel n'est pas explicit&#233; mais il sugg&#232;re une forme d'h&#233;ritage de ce mode d'habitat, et ce qui est vis&#233; derri&#232;re, c'est le Tsigane et toutes les personnes appr&#233;hend&#233;es comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cons&#233;quence, c'est que les autres syst&#232;mes publics d'accueil des habitats mobiles sont interdits aux Voyageurs. Dans le Calvados, on compte vingt-deux aires d'accueil pour les Voyageurs : 95 % sont situ&#233;es dans des zones non d&#233;di&#233;es &#224; l'habitat, compl&#232;tement isol&#233;es, et pr&#232;s d'une sur deux est pollu&#233;e. En comparaison, il y a une centaine d'aires de camping-car, situ&#233;es en bord de mer ou en centre-ville. Mais quand vous &#234;tes un Voyageur, vous ne pouvez pas y acc&#233;der : les caravanes y sont interdites. De la m&#234;me mani&#232;re, les campings municipaux, qui ont pendant longtemps &#233;t&#233; explicitement interdits aux &#8220;gens du voyage&#8221;, bannissent d&#233;sormais les caravanes &#224; double essieu &lt;i&gt;[les grandes]&lt;/i&gt;, qui sont majoritairement utilis&#233;es par les Voyageurs. Mais si vous n'&#234;tes pas Voyageur et que vous voulez aller dans un camping, la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de camping et de caravaning peut vous d&#233;livrer une attestation stipulant que vous avez une r&#233;sidence principale. En clair : que vous n'&#234;tes pas un gitan... On a donc organis&#233; diff&#233;rents syst&#232;mes d'accueil public sur la base d'une discrimination ethnique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autre &#233;l&#233;ment probl&#233;matique : les obligations de construction d'aires fix&#233;es par la loi Besson sont bas&#233;es sur le nombre d'habitants des communes, sans tenir compte des besoins des populations vis&#233;es par la loi... &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les communes de plus de 5 000 habitants, concern&#233;es par la construction d'aires, ne repr&#233;sentent que 4 % du total des communes fran&#231;aises. Cela signifie que 96 % des communes sont exclues du syst&#232;me d'accueil. On a des exclusions de territoire &#233;normes. Beaucoup sont d&#233;nu&#233;s d'aires, en particulier dans les zones rurales. La loi Besson a accentu&#233; le regroupement des aires dans les espaces p&#233;riph&#233;riques des grandes villes, souvent sans coh&#233;rence avec la pr&#233;sence et les besoins des populations concern&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le livre, je prends l'exemple de Nemours, en Seine-et-Marne. L'intercommunalit&#233; s'&#233;tend sur un territoire de 226 kilom&#232;tres carr&#233;s, et comprend deux aires d'accueil, soit environ 6 000 m&#232;tres carr&#233;s de surface au sol. C'est la seule portion de ce territoire sur laquelle les Voyageurs peuvent s'installer l&#233;galement, alors que les deux aires sont situ&#233;es dans un m&#234;me quartier, au pied d'une station d'&#233;puration et d'une usine. C'est embl&#233;matique de la logique et de l'ampleur de l'exclusion spatiale organis&#233;e par la loi Besson. Les Voyageurs n'ont aucun choix d'&#233;tablissement et donc pas de r&#233;elle libert&#233; de circulation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;partements sont &#233;galement tr&#232;s d&#233;ficitaires en mati&#232;re d'accueil. Dans les Alpes-de-Haute-Provence, il n'y a que trois aires, dont l'une &#233;tait r&#233;cemment ferm&#233;e. Dans les Alpes-Maritimes, on en compte &#233;galement trois, qui disposent en tout d'une centaine d'emplacements : seuls 300 Voyageurs peuvent donc s'installer dans ce d&#233;partement d'un million d'habitants. Cette situation rend presque impossible de stationner l&#233;galement sur des territoires entiers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel est l'impact de cette politique d'accueil sur le Voyage ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les aires ont cr&#233;&#233; des sch&#233;mas artificiels de Voyage. On ne voyage plus en fonction de ses activit&#233;s professionnelles ou des &#233;v&#233;nements familiaux, mais selon un parcours pr&#233;d&#233;fini et sch&#233;matis&#233; par les aires. Les habitudes de Voyage de nombreuses familles ont &#233;t&#233; boulevers&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; ces dispositifs entra&#238;nant une restriction du Voyage se sont ajout&#233;s des facteurs &#233;conomiques et sociaux. Le versement de certaines aides sociales a &#233;t&#233; conditionn&#233; &#224; la scolarisation des enfants en pr&#233;sentiel et le prix du carburant a augment&#233; : cons&#233;quence, les familles les plus pr&#233;caires se sont donc retrouv&#233;es bloqu&#233;es sur les aires d'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, ces aires sont l'anti&#8202;chambre des terrains familiaux&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Apr&#232;s avoir pouss&#233; &#224; la s&#233;dentarisation des Voyageurs, les pouvoirs publics insistent maintenant sur &#8220;l'ancrage&#8221; &#8211; comme si les personnes pr&#233;sentes sur les aires n'&#233;taient pas ancr&#233;es dans leur territoire, quand bien m&#234;me leurs familles y vivent depuis plusieurs si&#232;cles. Le Voyageur est vu comme un &#233;ternel &#233;tranger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour l'&#201;tat, maintenant qu'on a contraint les d&#233;placements des Voyageurs, qu'on a d&#233;truit en partie leurs mod&#232;les &#233;conomiques et sociaux, il s'agit de trouver des solutions d'habitat, d'entrer dans une logique de s&#233;dentarisation et d'assimilation. Cette poli&#8202;tique peut se lire dans l'&#233;volution des sch&#233;mas d&#233;partementaux : celui d'Ille&#8202;-et-Vi laine ne comportait qu'une occurrence du mot &#8220;ancrage&#8221; il y a six ans ; on en compte d&#233;sormais quarante-quatre. Mais on retrouve beaucoup de r&#233;ticences de la part des &#233;lus locaux, qui ne veulent pas cr&#233;er des terrains familiaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, la loi Besson &#233;tait aussi le r&#233;sultat de luttes men&#233;es par les Voyageurs eux-m&#234;mes, qui r&#233;clamaient des terrains pour r&#233;pondre aux difficult&#233;s d'installation. Mais sa mise en &#339;uvre n'a pas correspondu aux aspirations exprim&#233;es. Il aurait fallu en plus que dans chaque commune, il y ait un petit carr&#233; de pelouse avec l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, sur lequel on puisse s'arr&#234;ter, quitte &#224; payer le ramassage des poubelles et les consommations. Finalement, on se retrouve avec des terrains standardis&#233;s, isol&#233;s, surveill&#233;s, cl&#244;tur&#233;s, qui s&#233;parent les populations et sont en nombre insuffisants. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ce qui frappe, c'est en effet l'absence d'efforts r&#233;alis&#233;s pour rendre ces aires hospitali&#232;res...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est en &#231;a que le travail de Lise Foisneau m'a ouvert les yeux. Avant, quand je voyais une aire d'accueil neuve, propre, cela me semblait luxueux. Parce que j'avais connu les arri&#232;res d'usine, les exclusions de territoire et les terrains en mauvais &#233;tat. Malgr&#233; la r&#233;ticence qu'on peut avoir &#224; mobiliser la symbolique du camp, parce que nos propres grands-parents ont &#233;t&#233; plac&#233;s dans des camps de concentration, on ne peut pas l'ignorer quand on voit des aires comme celle de Saint-Amand-Montrond, dans le Cher, cl&#244;tur&#233;e par des barbel&#233;s. Quand on prend en compte les gardiens, l'isole&#8202;ment, les sanitaires coul&#233;s dans un seul bloc de b&#233;ton... On n'est pas dans l'hospitalit&#233;, mais dans l'&#233;quipement brut, bas de gamme, qui rel&#232;ve plus du parcage d'ani&#8202;maux ou du stockage de mat&#233;riel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui frappe aussi, c'est l'absence de nature. Alors que l'id&#233;al du Voyage, c'est le contact avec la nature, la for&#234;t, les bords de rivi&#232;re... Tout cela dispara&#238;t compl&#232;tement avec l'aire d'accueil. Les roulottes hippomobiles qu'ont connues nos grands-parents passaient par les chemins de campagne, apportaient dans les villages le cin&#233;ma itin&#233;rant, des bibelots qui n'existaient pas en dehors des villes. On amenait une forme de modernit&#233; dans les campagnes. Une partie de ce patrimoine a &#233;t&#233; d&#233;truit par le syst&#232;me d'accueil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le traitement m&#233;diatique de cette question tourne essentiellement autour des installations ill&#233;gales de Voyageurs. Dans quelle mesure participe-t-il au renforcement des st&#233;r&#233;otypes qui les visent ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce traitement est le reflet du positionnement de l'&#201;tat, qui ne s'int&#233;resse aux Voyageurs que sous l'angle de leur position dans l'espace social et urbain, au d&#233;triment des questions m&#233;morielles, scolaires, etc. Dans la mesure o&#249; tous les espaces ont &#233;t&#233; ferm&#233;s &#224; la pr&#233;sence des Voyageurs, les seuls moments o&#249; ils font irruption dans la vie du s&#233;dentaire, c'est quand ils sortent de leur espace d'assignation spatiale. Et comme la sortie de l'aire d'accueil les met en situation d'ill&#233;galit&#233;, le traitement m&#233;diatique correspondant leur est appliqu&#233;. Tant que le Voyageur reste dans son aire, tout le monde s'en fout, quoi qu'il se passe sur l'aire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette dynamique est renforc&#233;e par l'absence de Voyageurs dans les r&#233;dactions ou parmi les acteurs des m&#233;dias. La question est trait&#233;e par des personnes qui n'appr&#233;hendent pas du tout les diff&#233;rentes probl&#233;matiques qu'ils peuvent rencontrer. Le seul sujet qui int&#233;resse, c'est celui de la pr&#233;sence des Voyageurs, dont on ne veut pas &#224; c&#244;t&#233; de chez soi, en raison de st&#233;r&#233;otypes qui restent largement mobilis&#233;s. L'autre volet du traitement m&#233;diatique, c'est d'ailleurs la question de la d&#233;linquance, qui est toujours associ&#233;e &#224; la cat&#233;gorisation &#8220;gens du voyage&#8221;. Quand un Voyageur commet un crime, il est toujours indiqu&#233; qu'il est &#8220;issu de la communaut&#233; des gens du voyage&#8221;. Il s'agit d'une entreprise de stigmatisation assez claire, qui participe &#224; construire une image du Tsigane sur laquelle repose l'antitsiganisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, en termes de repr&#233;sentation, les m&#233;dias donnent g&#233;n&#233;ralement la parole &#224; des hommes correspondant au clich&#233; du &#8220;patriarche&#8221;, puisque les Voyageurs sont appr&#233;hend&#233;s comme une tribu ou un clan. Leurs discours se sont beaucoup enferm&#233;s sur la question de l'accueil et sur l'id&#233;e que les installations ill&#233;gales s'expliquent par le manque de places. Mais ce n'est pas toujours vrai, ce n'est pas que &#231;a ! Quand toutes les aires d'accueil seront construites, il y aura toujours des personnes en situation ill&#233;gale aussi parce qu'elles refusent ce syst&#232;me. On a tendance &#224; ignorer les raisons qui poussent &#224; refuser de vivre dans les aires. La seule parole relay&#233;e dans les m&#233;dias est celle qui l&#233;gitime la politique des aires. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette repr&#233;sentation tr&#232;s masculine des Voyageurs dans les m&#233;dias ne refl&#232;te d'ailleurs pas la r&#233;alit&#233; des luttes men&#233;es pour leurs droits, qui sont souvent port&#233;es par des femmes...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les Voyageurs ont fait l'objet d'un traitement tr&#232;s paternaliste depuis la guerre et la parole a souvent &#233;t&#233; confisqu&#233;e par des associations et des personnes ext&#233;rieures. Cela a notamment conduit &#224; invisibiliser les femmes. Aujourd'hui, il y a un d&#233;calage entre le nombre de femmes auxquelles on donne la parole et le nombre de femmes en lutte. Ce sont tr&#232;s souvent elles qui en prennent la t&#234;te. C'est le cas &#224; Hellemmes-&#8202;Ronchin, dans le Nord, et c'est le cas au Petit-Quevilly, o&#249; deux femmes ont men&#233; le combat suite &#224; l'incendie de l'usine Lubrizol.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte contre les in&#233;galit&#233;s environnementales peut f&#233;d&#233;rer largement. La question fait consensus parmi les Voyageurs, personne n'a envie de vivre dans un espace pollu&#233;. Derri&#232;re, on peut construire des alliances avec des forces &#233;cologistes, mais aussi avec des forces f&#233;ministes qui viendraient appuyer ces luttes men&#233;es par des Voyageuses. On peut aussi construire des alliances antiracistes, puisque le syst&#232;me d'accueil est l'une des portes d'entr&#233;e pour appr&#233;hender la question de l'anti-tsiganisme en France. Il y a un enjeu &#224; mettre en lumi&#232;re les diff&#233;rents combats men&#233;s localement contre les pollutions et &#224; les rassembler en mettant en contact leurs acteurs et actrices. Cela permet de rompre l'isolement et de redonner de la joie, de l'espoir et de la combativit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis par Tom Vieillefond&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Terrains locatifs am&#233;nag&#233;s et d&#233;di&#233;s &#224; l'habitat mobile, visant le plus souvent &#224; accueillir des &#171; gens du voyage &#187; dits &#171; s&#233;dentaires &#187;. Les caravanes y sont autoris&#233;es pour une plus longue dur&#233;e que celle stipul&#233;e par le droit commun.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voyager dans la zone du confort</title>
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		<dc:date>2019-02-17T02:30:00Z</dc:date>
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&lt;p&gt;Partie en Asie du Sud-Est comme touriste il y a cinq ans, Aude Vidal poursuit la rencontre en devenant &#171; volontouriste &#187;, pigiste, &#233;tudiante &#224; Langues O' ou prof de fran&#231;ais en tongs. Et se pose la question : comment cesser d'&#234;tre touriste ? Est-ce seulement possible ? *** Comme tout le monde, je m&#233;prise les touristes. Les touristes qui viennent chez moi marcher le nez en l'air sur les pistes cyclables et faire grimper le prix des loyers &#224; coups d'Airbnb ou de r&#233;sidences secondaires. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Patrick-Cockpit-295" rel="tag"&gt;Patrick Cockpit&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/monde-s-epuise" rel="tag"&gt;monde s'&#233;puise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Partie en Asie du Sud-Est comme touriste il y a cinq ans, Aude Vidal poursuit la rencontre en devenant &#171; volontouriste &#187;, pigiste, &#233;tudiante &#224; Langues O' ou prof de fran&#231;ais en tongs. Et se pose la question : comment cesser d'&#234;tre touriste ? Est-ce seulement possible ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2737 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-995-11e1d.jpg?1782643433' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Patrick Cockpit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comme tout le monde, je m&#233;prise les touristes&lt;/strong&gt;. Les touristes qui viennent chez moi marcher le nez en l'air sur les pistes cyclables et faire grimper le prix des loyers &#224; coups d'Airbnb ou de r&#233;sidences secondaires. Les touristes comme moi quand je voyage. Nous sommes nombreuses et nombreux sur la piste Sud-Est asiatique, une des r&#233;gions les plus &#171; faciles &#224; voyager &#187; au monde : prix bas, &#233;quipements corrects, splendeurs naturelles (la baie de Krabi) ou historiques (Angkor, Bagan), criminalit&#233; contenue, populations souriantes, climat tropical, plages et cocotiers. Remontant la p&#233;ninsule Malaise depuis Singapour, en route pour l'ancien royaume Lan Na ou glissant sur le M&#233;kong, beaucoup de jeunes (ou jeunes dans leur t&#234;te) d&#233;brouillard.e.s h&#233;sitent entre joie de vivre et mesquinerie petite bourgeoise d&#232;s que le service n'est pas irr&#233;prochable. Nous avons choisi un voyage ind&#233;pendant, sac au dos, sans pr&#233;parer plus d'une &#233;tape &#224; la fois. Nous avons l'impression de vivre une grande aventure humaine et parlons souvent de &#171; &lt;i&gt;sortir de notre zone de confort&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais le fait est que nous nous inscrivons dans une &#233;conomie bien r&#233;elle&lt;/strong&gt;, le premier secteur productif au monde &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; [L'activit&#233; touristique] emploie 200 millions de personnes dans le monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Et dans des rapports &#233;conomiques marqu&#233;s par l'iniquit&#233; et un pass&#233; colonial. Mais de cela, il n'est jamais question quand nous nous engageons dans des relations avec les locaux. Une infirmi&#232;re fran&#231;aise &#224; un jeune Hmong au Laos : &#171; &lt;i&gt;Toi aussi, tu veux voyager ? Et pourquoi pas ?&lt;/i&gt; &#187; Alors qu'il vient de nous dire que sa famille vit avec 100 &#8364; par mois... Un ami me racontait aussi avoir commenc&#233; son tour du monde en marchandant aupr&#232;s d'un pousse-pousse indien, faisant valoir sa &#171; pauvret&#233; &#187; relative d'&#233;tudiant-ing&#233;nieur : la t&#234;te du gars devant cet argument lui avait fait honte pour le restant du voyage. R&#233;trospectivement, il avait trouv&#233; cette exp&#233;rience plus instructive que toutes celles qui sont cens&#233;es faire de ce geste de consommation une activit&#233; enrichissante humainement &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; propos d'une activit&#233; bien plus enrichissante humainement, ces quelques (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;N'effleurer que la surface&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La plupart d'entre nous ne voyage que sur des circuits pr&#233;alablement balis&#233;s&lt;/strong&gt;, sur lesquels lignes de transports en commun efficaces et infrastructures h&#244;teli&#232;res confortables n'ont pas fleuri au hasard. Les attractions non plus : elles ont fait l'objet de ce que Rodolphe Christin appelle &#171; &lt;i&gt;une ing&#233;nierie sociale d&#233;di&#233;e &#224; l'am&#233;nagement de l'espace et &#224; l'organisation d'offres commerciales adapt&#233;es&lt;/i&gt; &#187;. C'est tout de suite moins magique. Experte en tourisme, c&#244;t&#233; consommatrice, j'ai &#233;t&#233; sollicit&#233;e pour aider &#224; d&#233;terminer ce qui pouvait faire l'objet d'une attraction touristique dans la r&#233;gion de Bondowoso (Java Est). Ce point de vue sur les rizi&#232;res en terrasse ? Mouais, pas assez de relief pour faire un paysage inoubliable, mais joli. Cette fabrique artisanale de manioc ferment&#233; ? Non, &#231;a ne va pas le faire, &#231;a sent trop mauvais. La caldeira du volcan Ijen, ses porteurs de soufre et leur petites figurines jaunes ? Oui, mais cette attraction existe d&#233;j&#224; : il y a des parkings am&#233;nag&#233;s et des vendeurs de tout sur les pentes du volcan, qui accueillent chaque nuit des milliers de touristes (la plupart locaux) &#8211; puisque l'offre touristique s'est structur&#233;e autour d'une d&#233;couverte matinale du sommet. Et de r&#233;diger des notices sur Wikitravel pour transformer un geste quotidien (prendre le caf&#233; au march&#233;) en une attraction en soi, charge aux entrepreneurs locaux d'en faire une marchandise. Mais les touristes sont difficiles et ne mordent pas &#224; tous les hame&#231;ons. Nous jugeons que telle ville se &#171; fait &#187; en deux heures, pas plus, l&#224; o&#249; d'autres passent toute une vie. N'effleurant que la surface, nous devons alors multiplier les villes et paysages travers&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le plus difficile reste ce paradoxe&lt;/strong&gt; : l'espace doit &#234;tre balis&#233;, mais ce serait bien si nous pouvions y &#234;tre les premier.e.s &#8211; ou au moins les seul.e.s &#8211; touristes et ne pas nous noyer dans la foule. C'est un peu comme r&#233;clamer un hypermarch&#233; aux rayons lourdement charg&#233;s, mais dans lequel les all&#233;es seraient d&#233;sertes et o&#249; personne n'attendrait aux caisses. Il n'y a pourtant pas de myst&#232;re, c'est &#233;quip&#233; parce que nous l'avons d&#233;j&#224; colonis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2738 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-996-d9607.jpg?1782643434' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo Patrick Cockpit
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le monde s'&#233;puise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Premi&#232;re activit&#233; &#233;conomique au monde&lt;/strong&gt;, donc, &#171; &lt;i&gt;le tourisme est l'expression d'une mobilit&#233; humaine et sociale fond&#233;e sur un exc&#233;dent budg&#233;taire susceptible d'&#234;tre consacr&#233; au temps libre pass&#233; &#224; l'ext&#233;rieur de la r&#233;sidence principale&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Extrait de l'Encyclop&#233;die Universalis.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Le tourisme est une activit&#233; en pleine croissance, de 6 % par an en moyenne, mais les Fran&#231;ais.e.s partent de moins en moins en vacances. Ce qui explose avec le tourisme, ce sont les in&#233;galit&#233;s. Les &#171; &lt;i&gt;exc&#233;dents budg&#233;taires&lt;/i&gt; &#187; des un.e.s augmentent, ainsi que le nombre de ceux et celles qui en ont, tandis que les autres pourront d&#233;couvrir le monde en accueillant des touristes sur leur lieu de vie devenu terrain de jeux, c'est-&#224;-dire en allant vivre en banlieue parce que les loyers en centre-ville ont perdu la raison. M&#234;me r&#233;cit &#224; Marseille, Lisbonne &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment &#171; Lisbonne tremble encore &#187;, article publi&#233; dans le n&#176;147 de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, Georgetown ou Macao. Les autorit&#233;s parlent de patrimoine, les esprits chagrins de &lt;i&gt;disneylandisation&lt;/i&gt;. Partout dans le monde, les m&#234;mes &lt;i&gt;latte&lt;/i&gt;, wifi inclus, pour le prix de cinq ou dix caf&#233;s. Les m&#234;mes logiques de sp&#233;culation, les m&#234;mes restaurations &#224; la truelle qui, mieux que le temps, savent d&#233;truire un h&#233;ritage architectural qui avait tenu, bon gr&#233; mal gr&#233;, par les mobilisations des habitant.e.s contre chaque nouveau projet d'&#233;quipement monstrueux. Au classement Unesco, &#224; la mus&#233;ification de la ville, comment dire non sans avoir l'air de ne repr&#233;senter que ses int&#233;r&#234;ts particuliers ? C'est la culture qu'on attaque ! M&#234;me bilan globalement n&#233;gatif dans les espaces naturels : pour les abords d'une rivi&#232;re Kinatabatangan pr&#233;serv&#233;s en vue de safaris-photos en bateau, combien d'hectares bouff&#233;s par les infrastructures ? Et surtout, combien de m&#232;tres cubes d'eau d&#233;pens&#233;s dans des piscines et golfs (et pour un mode de vie occidental en g&#233;n&#233;ral) tandis que des paysan.ne.s peuvent en manquer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous, les touristes, sommes trop nombreux et nombreuses sur Terre&lt;/strong&gt;. Mais qu'&#224; cela ne tienne, nous entretenons le d&#233;ni. D&#233;ni sur ce qui est au c&#339;ur de nos voyages : notre carte Visa. D&#233;ni sur nos d&#233;ceptions : il y a trop de monde, trop d'imb&#233;ciles, trop d'Australien.ne.s, etc. Nous faisons la queue pour poser seul.e.s sur un rocher au-dessus d'un fjord, recadrons nos photos pour qu'on n'y d&#233;c&#232;le pas la pr&#233;sence des autres, les touristes surnum&#233;raires. Nous nous r&#233;jouissons de voir de nouvelles destinations surgir et des pays &#171; s'ouvrir &#187; (comme la Birmanie), mais &#224; vrai dire le monde s'&#233;puise et sa finitude nous &#233;clate au visage. Arpent&#233;, &#233;quip&#233;, il se ferme au voyage, &#224; l'aventure, et s'offre au tourisme, charge &#224; nous d'en trouver les formes les moins b&#234;tes. Prendre le temps (Bondowoso se &#171; fait &#187; en deux heures ou en deux semaines), trouver les pr&#233;textes d'une rencontre avec les gens du cru &#8211; ne serait-ce que pour s'occuper pendant les deux semaines en question. Il y a encore beaucoup &#224; d&#233;couvrir, m&#234;me quand le grand frisson ne tient plus qu'&#224; un retard de car, &#224; une literie infect&#233;e de punaises ou &#224; un wifi qui rame.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;right&#034;&gt;&lt;strong&gt;Aude Vidal&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;div class='spip_document_2739 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;66&#034; data-legende-lenx=&#034;xx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH558/-997-4cde7.jpg?1782640442' width='400' height='558' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La Une du n&#176;167 de CQFD, illustr&#233;e par Jean-Michel Bertoyas
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;***&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;
&lt;strong&gt;Cet article&lt;/strong&gt; est issu du dossier &#171; Tourisme : plus loin, plus vite, plus rien &#187;, publi&#233; dans le n&#176;167 de&lt;/i&gt; CQFD &lt;i&gt;en juillet-ao&#251;t 2018&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En voir &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Au-sommaire-du-no167' class=&#034;spip_in&#034;&gt;le sommaire&lt;/a&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; [L'activit&#233; touristique] &lt;i&gt;emploie 200 millions de personnes dans le monde, &lt;/i&gt;[...]&lt;i&gt; ce qui para&#238;t bien peu relativement aux recettes engendr&#233;es : 733 milliards de dollars US en 2006, soit 2 milliards de dollars US par jour selon l'Organisation mondiale du tourisme (OMT)&lt;/i&gt; &#187;, souligne Rodolphe Christin dans son Manuel de l'anti-tourisme (&#201;cosoci&#233;t&#233;, 2018 &#8211; r&#233;&#233;dition d'un texte de 2010, h&#233;las sans mise &#224; jour des chiffres).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; propos d'une activit&#233; bien plus enrichissante humainement, ces quelques lignes tir&#233;es du texte &#171; Le voyage, un droit humain ? &#187;, mis en ligne le 17/05/13 sur &#171; Mon blog sur l'&#233;cologie politique &#187; : &#171; &lt;i&gt;On apprend beaucoup en voyageant. On apprend beaucoup aussi &#224; la biblioth&#232;que, alors pourquoi les deux exp&#233;riences sont-elles dot&#233;es d'un prestige si diff&#233;rent ? Pourquoi la recherche du savoir, qui n'est pas une activit&#233; si prestigieuse quand elle a pour moyen l'&#233;crit, se transforme-t-elle d'un coup quand elle s'inscrit dans l'espace ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Extrait de l'Encyclop&#233;die Universalis.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment &#171; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Lisbonne-tremble-encore' class=&#034;spip_in&#034;&gt;Lisbonne tremble encore&lt;/a&gt; &#187;, article publi&#233; dans le n&#176;147 de &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; en octobre 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Sur les traces d'homo touristicus : Ah, les jolies vacances aux colonies&#8230;</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'explosion du tourisme de masse, le &#171; voyage d'agr&#233;ment &#187; &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; une petite &#233;lite aristocratique et bourgeoise. Cette jet set avant l'heure a pos&#233; les bases d'une industrie cannibale et imprim&#233; durablement un &#233;tat d'esprit colonialiste &#171; pacifique en apparence, destructeur en r&#233;alit&#233; &#187;. Rapide vue panoramique sur la naissance d'une esp&#232;ce pr&#233;datrice Cat&#233;gorie nouvelle apparue &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, le touriste, tout en marchant sur les pas des uns ou des autres, se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jusqu'&#224; l'explosion du tourisme de masse, le &#171; voyage d'agr&#233;ment &#187; &#233;tait r&#233;serv&#233; &#224; une petite &#233;lite aristocratique et bourgeoise. Cette jet set avant l'heure a pos&#233; les bases d'une industrie cannibale et imprim&#233; durablement un &#233;tat d'esprit colonialiste &#171; &lt;i&gt;pacifique en apparence, destructeur en r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Formule de la romanci&#232;re Chantal Thomas.&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Rapide vue panoramique sur la naissance d'une esp&#232;ce pr&#233;datrice&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2571 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-836.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH1063/-836-325a3.jpg?1782670183' width='500' height='1063' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cat&#233;gorie nouvelle apparue &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle, le touriste, tout en marchant sur les pas des uns ou des autres, se distingue de l'explorateur, du colonisateur, du curiste ou du p&#232;lerin par la vacuit&#233; sociale de son loisir. &#192; la fin des guerres napol&#233;oniennes, la mode du voyage non utilitaire, r&#233;serv&#233; aux classes oisives, conna&#238;t un v&#233;ritable essor en Europe. Le d&#233;veloppement du chemin de fer, du bateau &#224; vapeur et des &#233;changes internationaux, ainsi que l'expansion coloniale et les voyages scientifiques qui les accompagnent, &#233;largissent l'horizon du touriste au cours du XIXe. En 1841, le puritain Thomas Cook flaire le bon filon et ouvre, en Angleterre, la premi&#232;re agence de voyages. Le premier circuit organis&#233; de l'histoire r&#233;unit ainsi 500 membres de ligues contre l'alcoolisme pour un d&#233;placement en train de Leicester &#224; Loughborough.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite, le path&#233;tique de l'&lt;i&gt;homo touristicus&lt;/i&gt;, ersatz d'aventurier qui entend jouir du spectacle du monde sans rien c&#233;der de son confort, suscite la curiosit&#233; et la caricature. D&#232;s le deuxi&#232;me quart du XIXe si&#232;cle, l'illustrateur suisse Rodolphe T&#246;pffer dresse, dans &lt;i&gt;Voyages en zigzag&lt;/i&gt;, une typologie sarcastique de cette engeance observ&#233;e dans les Alpes. Il cible particuli&#232;rement, le &#171; &lt;i&gt;no-no&lt;/i&gt; &#187;, touriste anglais hautain, &#171; &lt;i&gt; un itin&#233;raire &#224; la main, un lorgnon sur la belle nature&lt;/i&gt; &#187;, qui reste dans un rapport livresque &#224; ce qui l'entoure et cultive l'entre-soi : &#171; &lt;i&gt;Haut comme une grue, muet comme un poisson, il se salue lui-m&#234;me et ceux de son esp&#232;ce&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;et il m&#233;prise beaucoup les pays &#8220; o&#249; tute le monde paarl&#233; &#224; tute le monde &#8221;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s vite &#233;galement, l'impact de ces nouveaux arrivants p&#232;se sur les paysages et l'activit&#233; des autochtones : &#171; &lt;i&gt;On voit les touristes s'acheminer en longues files vers les Alpes ou les Pyr&#233;n&#233;es ; chaque ann&#233;e leur nombre va croissant, si bien m&#234;me qu'ils ont fini par transformer l'aspect de leurs rendez-vous habituels... Des populations enti&#232;res n'ont qu'une occupation : donner &#224; boire et &#224; manger aux touristes&lt;/i&gt; &#187;, constate (d&#233;j&#224;) le &lt;i&gt;Grand dictionnaire Larousse universel du XIXe si&#232;cle&lt;/i&gt;. D&#233;sormais, c'est au monde, r&#233;duit &#224; l'&#233;tat de spectacle, et aux locaux, devenus figurants, de s'adapter et de r&#233;pondre aux besoins de ces dr&#244;les d'oiseaux de passage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, l'exotisme n'est pas qu'une histoire de paysage lointain. &#192; la faveur d'une guerre ou d'une catastrophe se fait jour un tourisme &#233;v&#233;nementiel. L'historien &#201;ric Fournier &#233;voque ainsi ce &#171; &lt;i&gt;tourisme de champ de bataille&lt;/i&gt; &#187; qui fleurit durant l'&#233;t&#233; suivant la r&#233;pression de la Commune. &#171; &lt;i&gt;Ces Anglais visitant les ruines encore fumantes &#224; des fins exclusivement r&#233;cr&#233;atives semblent incongrus et ind&#233;cents aux yeux des Parisiens. Les discours &#224; leur encontre sont cependant marqu&#233;s par le d&#233;dain et la moquerie, plus que par l'agressivit&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ric Fournier, Paris en ruines &#8211; Du Paris haussmannien au Paris communard, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; La pr&#233;sence de ces flegmatiques touristes atteste de la fin de la guerre et participe &#224; la renaissance culturelle de la capitale... et aux affaires des cochers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tourisme colonial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant cette p&#233;riode de colonisation, ce n'est pas par hasard si la curiosit&#233; touristique s'&#233;tend aussi &#224; de nouveaux territoires &#224; peine pacifi&#233;s. Selon l'historienne Colette Zytnicki, qui s'est pench&#233;e sur le cas de l'Alg&#233;rie, &#171; &lt;i&gt;le tourisme constitue un outil de domination coloniale&lt;/i&gt; &#187;. D&#232;s les ann&#233;es 1880, des circuits sont d'ailleurs mis en place &#224; travers tout le Maghreb. &#171; &lt;i&gt;Le tourisme, loin d'&#234;tre un &#233;l&#233;ment superficiel, est donc inscrit au c&#339;ur de la situation coloniale. Il permet de justifier la pr&#233;sence imp&#233;riale, il contribue &#224; remodeler paysages urbains et ruraux, il peut m&#234;me accro&#238;tre les tensions. Par ailleurs, le tourisme conna&#238;t en Alg&#233;rie les m&#234;mes &#233;tapes de d&#233;veloppement qu'en Europe. Plus encore, dans le syst&#232;me imp&#233;rial o&#249; s'inclut le tourisme, les id&#233;es circulent d'un point &#224; l'autre, des r&#233;seaux s'&#233;tablissent, r&#233;seaux politiques de fonctionnaires fran&#231;ais qui vont d'un endroit de l'Empire &#224; l'autre ou les syndicats d'initiative organis&#233;s au niveau du Maghreb, r&#233;seaux &#233;conomiques constitu&#233;s par ces grandes soci&#233;t&#233;s de transport.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Colette Zytnicki, Alg&#233;rie, terre de tourisme &#8211; Histoire d'un loisir (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si certains de ces premiers touristes se r&#233;v&#232;lent parfois des observateurs de qualit&#233; &#8211; qui &#171; &lt;i&gt;par leur &#233;ducation savent peindre ou dessiner, se servir d'instruments de mesure g&#233;ographique&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Michel Pierre, &#171; Le tourisme, stade ultime du colonialisme &#187;, L'Histoire, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; ou des premiers appareils photo &#8211;, la plupart des r&#233;cits se contentent de propager tout un imaginaire imp&#233;rial. Publi&#233; quatre ans apr&#232;s l'insurrection de Kabylie de 1871, le roman &lt;i&gt;En Kabylie &#8211; Voyage d'une Parisienne au Djurdjura&lt;/i&gt; se pr&#233;sente ainsi comme le r&#233;cit de voyage, sous escorte de l'arm&#233;e, d'une &#233;l&#233;gante en terres amazigh. Les cat&#233;gorisations racistes que l'auteur, l'&#233;crivain franco-belge Joseph Vilbort, pr&#234;te &#224; son h&#233;ro&#239;ne au sujet des indig&#232;nes alg&#233;riens alimentent &#224; longueur de pages les st&#233;r&#233;otypes coloniaux : &#171; &lt;i&gt;Malgr&#233; leur peau de suie, madame Elvire pr&#233;f&#233;rait de beaucoup&lt;/i&gt; [les n&#232;gres d'Alger] &lt;i&gt;aux Arabes d'Alger, paresseux, sordides et filous, aux Maures &#224; la face blafarde, aux Koulourlis, fils &#233;tiol&#233;s des Turcs et des Mauresques, et m&#234;me aux Juifs industrieux, qui ont l'art de s'enrichir o&#249; tant d'autres s'appauvrissent et poss&#232;dent aujourd'hui la moiti&#233; de la ville&lt;/i&gt;. [...] &lt;i&gt;Mais ceux qui avaient su gagner toute sa sympathie, c'&#233;taient les Biskris et surtout les Kabyles, que la mis&#232;re chasse, les premiers, des oasis du Ziban, les seconds des roches djurjuriennes : presque tous ces hommes-l&#224; ont un bon visage.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171; Je hais les voyages et les explorateurs &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la Deuxi&#232;me Guerre mondiale, une nouvelle r&#233;volution des transports a&#233;riens et automobiles, conjugu&#233;e &#224; l'acc&#232;s aux cong&#233;s pay&#233;s, ouvre dans les soci&#233;t&#233;s occidentales la voie au tourisme de masse. Parall&#232;lement, avec la mise en cause du colonialisme et l'av&#232;nement d'une industrie des loisirs, s'op&#232;re une critique esth&#233;tique de l'exotisme, dont l'incipit de &lt;i&gt;Tristes Tropiques&lt;/i&gt; (1955) de Claude L&#233;vi-Strauss constitue le parfait postulat : &#171; &lt;i&gt;Je hais les voyages et les explorateurs&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un flux incessant, de nouvelles cat&#233;gories de touristes apparaissent : depuis le croisi&#233;riste &lt;i&gt;all inclusive&lt;/i&gt; jusqu'au routard en qu&#234;te d'authenticit&#233;, aspir&#233; &#224; son tour dans le nouveau march&#233; d'un tourisme dit durable. D&#232;s lors, le touriste, c'est toujours l'autre. Mais il exacerbe &#224; chaque fois la profonde in&#233;galit&#233; des rapports Nord-Sud, dont les drames migratoires offrent chaque jour la plus brutale des illustrations. Ce que rappellent Mahmoud Traor&#233; et Bruno Le Dantec dans leur livre &lt;i&gt;Dem ak xabaar, partir et raconter&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;ditions Lignes, 2012 (N.B. : Bruno Le Dantec est l'un des piliers de CQFD).&#034; id=&#034;nh3-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; : il a fallu trois ans &#224; Mahmoud pour atteindre l'Europe au p&#233;ril de sa vie depuis sa Casamance natale, alors qu'un touriste europ&#233;en n'a besoin que de trois heures d'avion pour aller bronzer sur les plages du S&#233;n&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De Marrakech &#224; Barcelone, l'industrie du tourisme annexe des territoires entiers pour les transformer en parcs d'attractions. Apog&#233;e du village vacances hors sol &#8211; &#171; &lt;i&gt;sorte de camp scout m&#226;tin&#233; de faux air de kibboutz m&#234;l&#233; de phalanst&#232;re intellectuel&lt;/i&gt; &#187;, dixit Wikipedia (sic) &#8211;, le Club M&#233;diterran&#233;e, cr&#233;&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 1950, pr&#233;tend ainsi casser les codes sociaux en &#171; d&#233;mocratisant &#187; l'acc&#232;s du plus grand nombre &#224; des activit&#233;s sportives et &#171; culturelles &#187; encore confidentielles. La promesse d'un monde de loisirs sans fin pr&#233;cipite la fin des derni&#232;res utopies sociales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le tourisme g&#233;n&#233;ralis&#233;, forme de divertissement permanent, emp&#234;che alors de questionner son rapport au monde et aux autres. Mais aussi &#224; soi-m&#234;me. D&#233;plorant la standardisation des aliments par la normalisation marchande, Guy Debord voyait dans le touriste de la fin du XXe si&#232;cle l'incarnation d'un stade achev&#233; de d&#233;possession : &#171; &lt;i&gt;Le touriste est celui qui est trait&#233; partout aussi mal que chez lui : c'est l'&#233;lecteur en d&#233;placement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article &#171; Abat-faim &#187;, Encyclop&#233;die des Nuisances, tome I, fascicule 5, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Formule de la romanci&#232;re Chantal Thomas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ric Fournier, &lt;i&gt;Paris en ruines &#8211; Du Paris haussmannien au Paris communard&lt;/i&gt;, Imago, 2007.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Colette Zytnicki, &lt;i&gt;Alg&#233;rie, terre de tourisme &#8211; Histoire d'un loisir colonial&lt;/i&gt;, Vend&#233;miaire, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Michel Pierre, &#171; Le tourisme, stade ultime du colonialisme &#187;, &lt;i&gt;L'Histoire&lt;/i&gt;, juillet-ao&#251;t 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;ditions Lignes, 2012 (N.B. : Bruno Le Dantec est l'un des piliers de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Article &#171; Abat-faim &#187;, &lt;i&gt;Encyclop&#233;die des Nuisances&lt;/i&gt;, tome I, fascicule 5, novembre 1985.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> &#171; Le tourisme est une industrie de la compensation &#187;</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde... Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s L'Usure du monde (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet Manuel de l'antitourisme (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien. Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ? &#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no167-juillet-aout-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;167 (juillet-ao&#251;t 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/es-tu-venu" rel="tag"&gt;es-tu venu&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;De &#171; l'usage &#187; &#224; &#171; l'usure &#187; du monde...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sociologue Rodolphe Christin a produit un corpus critique d&#233;zinguant l'industrie touristique. Apr&#232;s &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt; (&#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e), son pamphlet &lt;i&gt;Manuel de l'antitourisme&lt;/i&gt; (&#233;ditions &#201;cosoci&#233;t&#233;) s'offre une peau neuve avec une r&#233;&#233;dition revue et augment&#233;e. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment en es-tu venu &#224; une r&#233;flexion critique sur le tourisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au d&#233;part, il y a des r&#234;ves d'adolescence, un attrait pour les voyages et l'aventure. Un imaginaire assez fort chez moi, auquel s'est combin&#233; un int&#233;r&#234;t pour les sciences humaines : sociologie, ethnologie et anthropologie. Au fil de mes voyages, j'ai constat&#233; qu'il &#233;tait de plus en plus difficile d'&#233;chapper aux organisations touristiques. Cette pr&#233;occupation a donn&#233; lieu &#224; une th&#232;se de sociologie sur l'imaginaire du voyage, qui m'a renvoy&#233; &#224; l'analyse critique de ce ph&#233;nom&#232;ne relativement r&#233;cent dans l'histoire de l'humanit&#233;. Pour qu'il y ait tourisme, il faut une mise en ordre touristique du monde, l'instauration d'un mod&#232;le &#233;conomique et culturel qui, contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, contribue &#224; d&#233;truire la diversit&#233; humaine et territoriale. Tourisme et soci&#233;t&#233; de consommation sont indissociables. Cette d&#233;nonciation ne va pas forc&#233;ment de soi &#8211; l'industrie touristique a longtemps b&#233;n&#233;fici&#233; d'un large consensus sur ses bienfaits. Comme si elle portait en elle une &#233;thique rendant toute critique difficile. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2570 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH299/-835-f139f.jpg?1782638783' width='500' height='299' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Etienne Savoye.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'origine, il s'agit quand m&#234;me d'une conqu&#234;te sociale, celle de 1936 et des cong&#233;s pay&#233;s. Comment la machine se grippe-t-elle par la suite ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Effectivement, il y a &#224; partir de 1936 cette vis&#233;e suppos&#233;ment &#233;mancipatrice consistant &#224; lib&#233;rer &#8211; provisoirement &#8211; le travailleur gr&#226;ce &#224; l'acquisition du droit aux cong&#233;s pay&#233;s. Bien entendu, c'est un&#8197;leurre : ces cong&#233;s pay&#233;s restent d&#233;pendants du travail et du salariat. Plus qu'une lib&#233;ration, il s'agit d'un am&#233;nagement de peine. Une question s'est cependant pos&#233;e : comment occuper ce temps lib&#233;r&#233; de mani&#232;re &#224; ne pas laisser s'installer le vice et la d&#233;bauche qui, comme chacun le sait, se nourrissent de l'oisivet&#233; ? Associations, syndicats et diverses organisations ont propos&#233; des activit&#233;s et des s&#233;jours pour meubler un temps, au final, de moins en moins '' libre ''. Dans la foul&#233;e des cong&#233;s pay&#233;s na&#238;t ainsi le tourisme social. Une d&#233;marche d'&#233;ducation populaire guid&#233;e par l'id&#233;e de d&#233;couvrir l'autre et le monde. Mais, avec l'efficacit&#233; qu'on lui conna&#238;t, le capitalisme a pris en main cette tendance qui s'est rapidement av&#233;r&#233;e rentable. Depuis, la demande touristique n'a cess&#233; de cro&#238;tre dans un assentiment g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;sultat : nous avons bascul&#233; dans l'industrie '' d&#233;complex&#233;e '' du tourisme de masse. Celle-ci a largement organis&#233; les territoires &#224; des fins mercantiles. Le tourisme n'a plus comme finalit&#233; la recherche de la diversit&#233; mais celle du divertissement. Il tend &#224; transformer des r&#233;gions enti&#232;res en zones commerciales &#224; ciel ouvert. Pour les territoires non dot&#233;s de capital touristique, on implante des espaces cr&#233;&#233;s de toutes pi&#232;ces &#8211; centres de vacances, parcs &#224; th&#232;mes ou zones de loisirs. Autant d'univers artificiels d&#233;di&#233;s &#224; l'accueil des vacanciers. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans &lt;i&gt;L'Usure du monde&lt;/i&gt;, tu ressuscites un vieux terme de la psychiatrie, &#171; dromomanie &#187;, pour signifier cette injonction &#224; la mobilit&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; La dromomanie signifie la manie du d&#233;placement. Or la mobilit&#233; &#8211; pas simplement le fait d'&#234;tre en vacances, mais de partir en vacances &#8211; a &#233;t&#233; survaloris&#233;e. Comme si rester chez soi &#233;tait une affaire de ringard. Pour &#234;tre moderne, voire postmoderne, il faut forc&#233;ment partir, se sentir &#8220; nomade ''. Pour &#234;tre heureux, intelligent et serein, il faut quitter son chez-soi. Il y a une connotation positive attach&#233;e au fait de se d&#233;placer. L'id&#233;e admise qu'on revient forc&#233;ment l'esprit plus ouvert d'un voyage ou d'un s&#233;jour touristique. Comme si un monde o&#249; les gens se d&#233;placent facilement devait &#234;tre plus harmonieux. Rien ne prouve cette id&#233;e. L'actualit&#233; en M&#233;diterran&#233;e montre que le tourisme effr&#233;n&#233; peut cohabiter avec la r&#233;pression des migrants la plus f&#233;roce. Le monde n'est pas devenu meilleur depuis que les gens se d&#233;placent sans r&#233;fl&#233;chir, de mani&#232;re quasi compulsive, &#224; des fins touristiques. Avant l'invention de la machine &#224; vapeur et du moteur &#224; explosion, et l'am&#233;nagement de voies fluides de circulation, se d&#233;placer &#233;tait une &#233;preuve. Une aventure. On ne savait pas ce qu'on allait rencontrer sur la route, tout pouvait arriver. Il a fallu motoriser le d&#233;placement, le rendre physiquement indolore, pour qu'on puisse se d&#233;placer aussi facilement et gommer un maximum de risques inh&#233;rents au voyage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les pouvoirs publics et les op&#233;rateurs priv&#233;s ont am&#233;nag&#233; l'espace de mani&#232;re &#224; le rendre accessible sans trop d'effort, en s&#233;curit&#233;. Ce maillage du territoire en axes de circulations, zones touristiques et commerciales, canalise et oriente les d&#233;placements. On n'est plus dans l'imaginaire du routard, mais dans celui du circuit organis&#233; et balis&#233;. Chez Jack Kerouac ou Nicolas Bouvier&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de L'Usage du monde, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; le voyage est indissociable de l'id&#233;e subversive de l'&#233;vasion. Quand il partait, Bouvier pouvait rester des ann&#233;es sur les routes, la gueule au vent. Cette philosophie a c&#233;d&#233; le pas face &#224; la mise en &#339;uvre d'itin&#233;raires structur&#233;s autour d'&#233;tapes oblig&#233;es, vendues sous forme de clich&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parles aussi du d&#233;racinement, propre &#224; la fois au touriste et au migrant...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le d&#233;racinement est en r&#233;alit&#233; le propre de l'homme moderne. Dans les textes de Jack London, on retrouve cet imaginaire de l'aventure li&#233;e au voyage. London vit dans la mis&#232;re &#224; San Francisco. Il d&#233;cide de partir chercher de l'or en Alaska &#8211; il n'en trouvera pas, mais &#233;crira un livre qui fera sa r&#233;putation. Ce Jack London-l&#224; est beaucoup plus proche du migrant d'aujourd'hui qui fuit son pays pour une vie meilleure que du touriste. Aujourd'hui, les v&#233;ritables h&#233;ros du voyage sont les migrants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a une autre lecture liant touristes et migrants. Le capitalisme a besoin de consommateurs et de producteurs. Le touriste est la version d&#233;localis&#233;e du consommateur, tandis que le migrant est un producteur &#8211; au moins potentiel &#8211; d&#233;racin&#233;. La mondialisation &#233;conomique n&#233;cessite une main-d'&#339;uvre mobile qu'elle pourra employer en fonction de ses besoins. Des individus pr&#234;ts &#224; rompre avec leur territoire, leur famille, pr&#234;ts pour l'exil. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En refa&#231;onnant le monde, l'industrie touristique a produit des &#171; non-lieux &#187;. Des espaces clon&#233;s, indiff&#233;renci&#233;s qu'on retrouve &#224; n'importe quel point du globe...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est une expression que j'emprunte &#224; l'anthropologue Marc Aug&#233;, auteur de &lt;i&gt;Non-lieux &#8211; Introduction &#224; une anthropologie de la surmodernit&#233;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Publi&#233; au Seuil en 1992.&#034; id=&#034;nh4-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Alors que le tourisme a longtemps &#233;t&#233; pr&#233;sent&#233; comme une recherche de l'authenticit&#233; et de la diversit&#233;, il produit des lieux similaires o&#249; qu'on soit dans le monde. Des lieux qui ob&#233;issent &#224; des mod&#232;les et des crit&#232;res de qualit&#233; et d'accessibilit&#233; identiques. Rien ne ressemble autant &#224; un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e fran&#231;aise qu'un village baln&#233;aire de la M&#233;diterran&#233;e tunisienne ou espagnole. En outre, ces non-lieux ob&#233;issent souvent &#224; des logiques d'enfermement. Ils deviennent de plus en plus des espaces clos, d&#233;di&#233;s aux loisirs et &#224; la consommation, fr&#233;quent&#233;s par des gens qui se reconnaissent et n'ont plus de contact avec le monde ext&#233;rieur. Sinon des relations commerciales de prestataire &#224; client.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Signe des temps : cette logique de l'enfermement est &#233;rig&#233;e en mod&#232;le par les professionnels du tourisme. Elle serait un moyen de lutter contre les nuisances du tourisme &#8220; sauvage '' ou de type Airbnb. Des touristes qui arrivent dans une ville et se diss&#233;minent de mani&#232;re anarchique seraient plus nocifs pour le territoire que des voyageurs regroup&#233;s dans des lieux d&#233;di&#233;s. Un certain discours de la contention se pare aujourd'hui des vertus du tourisme durable. R&#233;cemment un article du Quotidien du tourisme relatait des propos de dirigeants de soci&#233;t&#233;s expliquant que pour que le tourisme soit moins nuisible, il faut l'organiser de mani&#232;re plus pr&#233;cise. Avec des lieux et des circuits desquels les gens ne s'&#233;chappent pas. L'hyper-organisation comme solution pour lutter contre les nuisances du tourisme non organis&#233;. C'est aussi une fa&#231;on pour les industriels du tourisme de produire une contre-id&#233;ologie face &#224; la mode Airbnb.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sachant que dans ce dernier domaine, on voit pointer de nouvelles tendances avec la vente d' &#8220; exp&#233;riences ''. Non seulement le particulier loue une chambre, mais il peut proposer dor&#233;navant &#224; son client une partie de p&#234;che en montagne ou une soir&#233;e flamenco dans un bar de Paris. Ce qui &#233;tait de l'ordre de la gratuit&#233; entre amis, ou bien de la rencontre de hasard, devient, avec l'ub&#233;risation, source de profit. Tout le monde se mue en agent touristique potentiel et tout devient &#8220; touristiquement '' exploitable. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; Barcelone, des voix s'&#233;l&#232;vent contre une peste touristique invasive et faisant flamber l'immobilier. Penses-tu qu'on assiste l&#224; &#224; l'&#233;mergence d'une pens&#233;e critique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, je pense m&#234;me qu'on a franchi un palier cette ann&#233;e avec des concepts &#233;mergents comme le &#8220; surtourisme '' pour d&#233;signer des lieux gagn&#233;s par une saturation touristique. Les termes &#8220; tourismophobie'' ou &#8220; touristophobie '' sont de plus en plus utilis&#233;s. Les op&#233;rateurs touristiques s'inqui&#232;tent de ces contestations qui agitent des villes comme Barcelone, Dubrovnik ou Venise face &#224; ces perp&#233;tuels flots touristiques. En 2016, la mairie de Barcelone a inflig&#233; de fortes amendes &#224; six plate formes de location de logements en ligne. En novembre dernier, elle a sanctionn&#233; &#224; hauteur de 600 000 &#8364; Airbnb et HomeAway pour locations ill&#233;gales. La pression immobili&#232;re est telle que la mairie intervient pour que les Barcelonais ne se fassent pas &#233;reinter en cherchant &#224; se loger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste dans ces &#8220; &lt;i&gt;hot spot&lt;/i&gt; '' &#224; une intensification de l'emprise touristique qui chasse la vie locale en la rendant impossible. Les travailleurs ne peuvent plus bosser &#224; cause des embouteillages, la moindre action banale de la vie quotidienne, comme acheter une baguette de pain, implique de faire une demi-heure de queue. Le tourisme ne permet plus que la vie touristique. Il proc&#232;de par une privatisation de l'espace commun, mais la gestion de ses nuisances reste &#224; la charge des pouvoirs publics. Une externalisation des co&#251;ts assez forte au demeurant. Sans compter l'aspect environnemental et sanitaire. En M&#233;diterran&#233;e, il y a une grosse activit&#233; croisi&#233;riste. On sait qu'un bateau de croisi&#232;re &#233;met en moyenne en une journ&#233;e autant de particules fines qu'un million de voitures. 8 % des gaz &#224; effet de serre sont produits par l'industrie touristique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Malgr&#233; ce proc&#232;s &#224; charge, la critique de l'industrie touristique n'est pas toujours facile...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a certains freins psychologiques. Une esp&#232;ce d'enchantement qui fait que les gens n'ont pas conscience des dessous de l'industrie touristique. La d&#233;couverte et le voyage sont plac&#233;s en premi&#232;re ligne du plaisir touristique, mais toute l'infrastructure qui permet au syst&#232;me d'&#234;tre ce qu'il est n'est pas per&#231;ue. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On pourrait ressortir ce vieux concept d'ali&#233;nation...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais l'ali&#233;nation contient l'id&#233;e de souffrance alors que le tourisme prend les formes d'un certain h&#233;donisme. L'addiction touristique en est d'autant plus forte. Tout le monde a envie de partir en vacances et de profiter du soleil, des cocktails, des balades. On entend souvent les gens dire : &#8220; Il faut que je parte en vacances sinon je vais p&#233;ter un c&#226;ble. J'ai besoin de me ressourcer. '' Ces r&#233;flexes nous renvoient &#224; nos conditions de vie devenues invivables. &#192; tel point qu'on part oublier son quotidien dans des espaces produits &#224; cet effet. Le tourisme est une industrie de la compensation : je souffre, je travaille toute l'ann&#233;e, donc je m'octroie ces quelques semaines de r&#233;pit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La d&#233;finition du tourisme est devenue tellement extensive que tout peut devenir &#8220; tourisme ''. Cons&#233;quence : tu ne peux plus critiquer le ph&#233;nom&#232;ne. Tu vas voir ta m&#232;re en Bretagne ? Tu fais du tourisme. Tu es en d&#233;placement professionnel et le soir, avant de rejoindre ta chambre d'h&#244;tel, tu vas voir une expo ? Tu fais du tourisme. Il y a une esp&#232;ce de naturalisation de l'activit&#233; touristique qui rend tout potentiellement touristique. Critiquer le tourisme, c'est alors comme critiquer le fait de respirer, boire et manger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi il faut revenir aux racines du probl&#232;me. Historiquement, le d&#233;veloppement du tourisme est li&#233; au d&#233;veloppement du capitalisme. Il se r&#233;pand avec la soci&#233;t&#233; industrielle. Sortir du capitalisme et de la soci&#233;t&#233; de consommation, c'est sortir du tourisme. C'est aller vers une soci&#233;t&#233; du bien-vivre, respectueuse des vies humaines et non humaines. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;crivain et grand voyageur suisse. Il est l'auteur de &lt;i&gt;L'Usage du monde&lt;/i&gt;, livre mythique publi&#233; en 1963 et auquel fait directement r&#233;f&#233;rence Rodolphe Christin dans le titre de son ouvrage&lt;i&gt; L'Usure du monde&lt;/i&gt; (2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Publi&#233; au Seuil en 1992.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Les br&#232;ves du n&#176;155</title>
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		<dc:date>2018-08-10T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>L'&#233;quipe de CQFD</dc:creator>


		<dc:subject>Chien m&#233;chant</dc:subject>
		<dc:subject>En bref</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;my Cattelain</dc:subject>
		<dc:subject>Soulci&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Nicolas de la Casini&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>center</dc:subject>
		<dc:subject>voyage</dc:subject>
		<dc:subject>maire</dc:subject>
		<dc:subject>heureux</dc:subject>
		<dc:subject>fort</dc:subject>
		<dc:subject>beau voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Alors Donald</dc:subject>
		<dc:subject>connaud</dc:subject>
		<dc:subject>beau</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Heureux qui, comme le connaud, a fait un beau voyage T'vas-voir-la-gueule-de-ta-plan&#232;te-&#224;-la-r&#233;cr&#233; Donald a des petites mains, alors il est pas content. Du coup il se venge en serrant fort celles de ses amis. Mais un jour Manu arrive et il lui serre encore plus fort la main, parce qu'il veut montrer que lui aussi il est costaud, t'as qu'&#224; voir. Et apr&#232;s il rigole, il raconte &#231;a &#224; tout le monde. Alors Donald il fait du boudin et il dit que puisque c'est comme &#231;a il va faire exploser la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no155-juin-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;155 (juin 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chien-mechant-7" rel="tag"&gt;Chien m&#233;chant&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/En-bref" rel="tag"&gt;En bref&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Remy-Cattelain" rel="tag"&gt;R&#233;my Cattelain&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Soulcie-34" rel="tag"&gt;Soulci&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nicolas-de-la-Casiniere-95" rel="tag"&gt;Nicolas de la Casini&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/center" rel="tag"&gt;center&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voyage" rel="tag"&gt;voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maire" rel="tag"&gt;maire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/heureux" rel="tag"&gt;heureux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/fort" rel="tag"&gt;fort&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/beau-voyage" rel="tag"&gt;beau voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Alors-Donald" rel="tag"&gt;Alors Donald&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/connaud" rel="tag"&gt;connaud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/beau" rel="tag"&gt;beau&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Heureux qui, comme le connaud, a fait un beau voyage&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2418 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-685-62db7.jpg?1782647718' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;my Cattelain.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;T'vas-voir-la-gueule-de-ta-plan&#232;te-&#224;-la-r&#233;cr&#233;&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Donald a des petites mains, alors il est pas content. Du coup il se venge en serrant fort celles de ses amis. Mais un jour Manu arrive et il lui serre encore plus fort la main, parce qu'il veut montrer que lui aussi il est costaud, t'as qu'&#224; voir. Et apr&#232;s il rigole, il raconte &#231;a &#224; tout le monde. Alors Donald il fait du boudin et il dit que puisque c'est comme &#231;a il va faire exploser la plan&#232;te encore plus vite. C'est pas tr&#232;s gentil.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel bilan carbone pour un banquier ?&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2419 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH350/-686-4ccad.jpg?1782647718' width='400' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nicolas de la Casini&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Noises sur Oise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Cergy-Pontoise (Val-d'Oise), soir&#233;e du 5 mai. Pierre B., 22 ans, roule un joint peinard dans la rue pendant que ses potes de l'&#233;cole d'ing&#233;nieurs en agronomie font la teuf. Las, voil&#224; que d&#233;barquent deux flics de la BAC de nuit, brassards police absents et d&#233;gaines de petites frappes. &#201;tranglement, coups et pogne gant&#233;e dans le pantalon du jeune pour un serrage de couilles express. Qui pour s'occuper de la mis&#232;re sexuelle en milieu policier ? Non loin de l&#224;, quelques jours plus tard, le maire de Pont-Ste-Maxence (Oise), Arnaud Dumontier (LR), d&#233;nonce &#8211; &#171; &lt;i&gt;signale&lt;/i&gt; &#187; &#8211; au d&#233;partement un pochetron qui s'alcoolise dans la rue, afin de faire suspendre sa mirifique alloc'. &#171; &lt;i&gt;Toucher l'aide de l'&#201;tat pour la picoler, c'est intol&#233;rable&lt;/i&gt; &#187;, tranche-t-il. Et d'en rajouter : &#171; &lt;i&gt;Je suis le maire de ceux qui se l&#232;vent t&#244;t.&lt;/i&gt; &#187; Pour aller au bistrot ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'employ&#233; du sur-moi&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2420 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH231/-687-99421.jpg?1782647718' width='400' height='231' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Nicolas de la Casini&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Laisse d'or&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Il faut r&#233;habiliter ce prix du journaliste le plus servile concoct&#233; par nos confr&#232;res de &lt;i&gt;PLPL&lt;/i&gt; puis du &lt;i&gt;Plan B&lt;/i&gt; pour r&#233;compenser Fran&#231;ois-R&#233;gis Hutin. L'ex-num&#233;ro un du quotidien familial &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; (plus gros tirage francophone) s'est fendu de deux &#233;ditos au mois de mai, entre dithyrambe et flagornerie &#224; l'&#233;gard du nouveau pr&#233;sident. Dans les colonnes de cet organe d'influence de la d&#233;mocrate-chr&#233;tienne bretonne (tendance P&#233;tain avant 1944 et de Gaulle apr&#232;s), on peut lire de Macron qu'il est &#171; &lt;i&gt;jeune, ferme, d&#233;termin&#233; et accueillant&lt;/i&gt; &#187;, qu'il a &#171; &lt;i&gt;de l'allure&lt;/i&gt; &#187; et que son discours sur l'Europe est &#171; &lt;i&gt;magnifique&lt;/i&gt; &#187;. Pas de doute : FRH saura se d&#233;passer dans les mois qui viennent pour justifier l'injustifiable.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Ronald go home&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Installation d'un McDonald's &#224; Ambert (Puy-de-D&#244;me) : Andr&#233; Chassaigne (PCF tendance stalino-rurale) r&#233;plique avec un bombardement de fourmes sur Chicago.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Et encore une fois : &#034;Merci patrons !&#034;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_2421 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/-688-f0a37.jpg?1782641366' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Soulci&#233;.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Tout un programme&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sidence Macron, c'est d&#233;j&#224; : prolongation de l'&#233;tat d'urgence, mort sur ordonnances du droit du travail (annonc&#233;e pour cet &#233;t&#233;) et nomination de Patrick Strzoda comme directeur de cabinet &#224; l'&#201;lys&#233;e&#8230; Ex-pr&#233;fet de Bretagne entre 2013 et 2016, ce haut fonctionnaire a sur les mains, &#224; d&#233;faut de conscience, la mutilation par la troupe sous ses ordres d'un manifestant pendant la r&#233;volte des bonnets rouges et d'un autre lors du mouvement contre la loi Travail. Les militants rennais lui ont fort justement d&#233;cern&#233; le titre de &#171; M. Flash-Ball &#187;. &#199;a se confirme : un nouveau machin est bien En marche !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Babary le barbare&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les id&#233;es aussi fixes que courtes. Le maire de Tours, Serge Babary, a les SDF et &#171; &lt;i&gt;les bandes qui squattent avec leurs chiens&lt;/i&gt; &#187; dans le viseur. Apr&#232;s un premier arr&#234;t&#233; leur interdisant le centre en 2014, l'&#233;lu LR remet &#231;a. Pour justifier son refus de &#171; &lt;i&gt;toute occupation abusive des rues&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;v&#232;le le (chouette) site de contre-info local &lt;a href=&#034;https://larotative.info/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;La Rotative&lt;/a&gt;, il d&#233;gaine la menace terroriste. &#171; I&lt;i&gt;l est n&#233;cessaire de garantir l'accessibilit&#233; aux secours en cas d'attentats&lt;/i&gt; &#187;, ose l'&#233;dile. Arguer de bombes potentielles pour chasser les pauvres et punks &#224; chien, fallait oser &#8211; un vrai Tours de force.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2417 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-684-63cfb.jpg?1782647718' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;my Cattelain.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Franchement, je mettrais pas &#231;a dans mon salon</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Franchement-je-mettrais-pas-ca</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Franchement-je-mettrais-pas-ca</guid>
		<dc:date>2018-04-24T08:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Morvan Verron</dc:creator>


		<dc:subject>Culture</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Faucompr&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>voyage</dc:subject>
		<dc:subject>Zad</dc:subject>
		<dc:subject>Nantes</dc:subject>
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		<dc:subject>Peut-&#234;tre avez-vous</dc:subject>
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		<dc:subject>d&#233;j&#224; remarqu&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>l'Arm&#233;e noire</dc:subject>
		<dc:subject>Quentin Faucompr&#233;</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre avez-vous d&#233;j&#224; remarqu&#233; les dessins de Quentin Faucompr&#233; dans le journal ? Sa carte de la Zone &#224; D&#233;fendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes tr&#244;ne s&#251;rement d&#233;sormais dans votre living, ou vos toilettes. Son trait souple, faussement na&#239;f invite &#224; passer derri&#232;re le miroir vers un univers o&#249; ses marottes, ses obsessions se tiennent tapies, pr&#234;tes &#224; bondir. Sexe, religion, chasseurs et proies, bubons et excroissances se c&#244;toient en harmonie dans des coloris pastel. Hyperactif (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Quentin-Faucompre" rel="tag"&gt;Quentin Faucompr&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/voyage" rel="tag"&gt;voyage&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zad" rel="tag"&gt;Zad&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Nantes" rel="tag"&gt;Nantes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Peut-etre" rel="tag"&gt;Peut-&#234;tre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Peut-etre-avez-vous" rel="tag"&gt;Peut-&#234;tre avez-vous&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/avez-vous-deja" rel="tag"&gt;avez-vous d&#233;j&#224;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/deja-remarque" rel="tag"&gt;d&#233;j&#224; remarqu&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Armee-noire" rel="tag"&gt;l'Arm&#233;e noire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Quentin-Faucompre-7140" rel="tag"&gt;Quentin Faucompr&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2355 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH551/-627-db2e5.jpg?1782670046' width='400' height='551' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre avez-vous d&#233;j&#224; remarqu&#233; les dessins de Quentin Faucompr&#233; dans le journal ? Sa carte de la Zone &#224; D&#233;fendre (ZAD) de Notre-Dame-des-Landes tr&#244;ne s&#251;rement d&#233;sormais dans votre living, ou vos toilettes. Son trait souple, faussement na&#239;f invite &#224; passer derri&#232;re le miroir vers un univers o&#249; ses marottes, ses obsessions se tiennent tapies, pr&#234;tes &#224; bondir. Sexe, religion, chasseurs et proies, bubons et excroissances se c&#244;toient en harmonie dans des coloris pastel. Hyperactif multi-medium (dessin, performance, bande dessin&#233;e, photographie, installation), il est aussi connu dans sa ville de r&#233;sidence, Nantes, sous l'alias d'El Pepito, membre de la ligue des catcheurs-dessinateurs &#224; moustache de matchs&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les &#233;ditions Joca Seria ont publi&#233; un recueil d'ex-voto porte-bonheur pour (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&#8232;En compagnie de Charles Pennequin, &#233;crivain performeur, et d'un bataillon anarchique de dessinateurs et de po&#232;tes de rencontre, vient de para&#238;tre le deuxi&#232;me tome de l'&lt;i&gt;Arm&#233;e noire&lt;/i&gt;, recueil joyeusement d&#233;glingu&#233;. Entretien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : D'o&#249; vient l'&lt;i&gt;Arm&#233;e noire&lt;/i&gt; et qui y participe ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2359 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH565/-631-80484.jpg?1782644008' width='400' height='565' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quentin Faucompr&#233; :&lt;/strong&gt; C'est une expression du nord de la France qui d&#233;signe les gens qui tra&#238;nent dans la rue. L'&lt;i&gt;Arm&#233;e noire&lt;/i&gt; est un bordel ambulant, pas un collectif d'artistes. Le projet est n&#233; de rencontres : amis, gens crois&#233;s au hasard dans la rue, des enfants y participent&#8230; &#199;a donne des actions al&#233;atoires dans diverses villes (Dunkerque, Lille, Nantes, Bruxelles, Marseille), et divers endroits : des barbecues sur des ronds-points, un copain musicien qui dessine le texte d'un r&#233;fugi&#233; crois&#233; dans une gare. R&#233;cemment, cela a donn&#233; lieu &#224; une publication&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Un large choix de dessins de Quentin et le lien vers l'Arm&#233;e Noire par ici !&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. On g&#232;re tout, de l'&#233;dition &#224; la diffusion via des librairies amies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu revenir sur la gen&#232;se de la fameuse carte de la ZAD&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Carte de la ZAD (dispo sur Alacri&#233;e et dans le n&#176;141 de CQFD &#8211; mars 2016).&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une collaboration avec Marc Vayer, qui participe &#224; un atelier cartographie sur la ZAD, avec le trio Formes Vives qui r&#233;alise affiches et maquettes de journaux (notamment feu &lt;i&gt;Article&#8239;11&lt;/i&gt;), ainsi que leurs enfants. Nous sommes partis de plusieurs cartes issues de ces ateliers pour en donner une interpr&#233;tation collective, sensible. C'est aussi le fruit de discussions avec des habitants de la ZAD. On a voulu affirmer et imprimer l'existence d'un endroit important, lieu de vie et de travail, en ayant conscience que beaucoup de gens connaissent ce site de nom, mais que peu finalement le visualisent. C'est une carte qui met aussi en perspective l'histoire d'autres luttes, pass&#233;es comme pr&#233;sentes.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2357 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH563/-629-dd5f0.jpg?1782670046' width='400' height='563' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parall&#232;lement, tu participes &#233;galement au Voyage &#224; Nantes &#8211; un on&#233;reux raout servant de vitrine culturelle et m&#233;diatique &#224; la ville et &#224; sa mairie PS. N'y vois-tu pas une contradiction, un grand &#233;cart ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne bosse ni pour la ZAD ni pour le Voyage &#224; Nantes. Je construis des projets personnels ou collectifs et je suis toujours tr&#232;s clair quant &#224; ma marge de man&#339;uvre. Et puis ceux qui travaillent en interne au Voyage &#224; Nantes ne sont pas sp&#233;cialement pro-a&#233;roport NDDL, faisons gaffe aux raisonnements simplistes ! De m&#234;me qu'ils ne sont pas aux ordres de la mairie non plus. Des artistes r&#233;jouissants comme Erwin Wurm ou Roman Signer y sont invit&#233;s, et &#231;a ne m'emp&#234;che pas d'exposer le lendemain dans un squat &#224; Bruxelles ou de participer &#224; une kermesse dans un village paum&#233; le surlendemain. Je fais aussi la diff&#233;rence entre le Voyage &#224; Nantes et une pub pour Quick ou Coca, que je ne ferai &#233;videmment jamais. Je ne suis pas un social-tra&#238;tre, je suis juste ind&#233;pendant [rires] ! L'ind&#233;pendance, en actes et pas dans le discours, c'est tr&#232;s dur &#224; faire comprendre. Il y a des enclos, des chapelles, des pr&#233;s-carr&#233;s et des gens confortablement install&#233;s, aussi bien dans le milieu underground qu'institutionnel. J'estime qu'il y a des failles possibles partout. Je touche diff&#233;rents publics, je ne m'interdis rien. Idem concernant les milieux artistiques, de la bande dessin&#233;e &#224; l'art contemporain en passant par les actions dans la rue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que ce soit tes activit&#233;s &#233;ditoriales, collectives (Orbis Pictus, l'Arm&#233;e noire) ou personnelles, le dessin est au c&#339;ur de tes travaux. On a pourtant l'impression que c'est souvent le parent pauvre de la profession ? Tu trouves que &#231;a &#233;volue ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2358 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-630.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH914/-630-6002e.jpg?1782670046' width='400' height='914' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Je n'envisage pas ce que je fais comme une profession. &#171; &lt;i&gt;Je suis un sur-amateur, les professionnels sont des pompes &#224; merde&lt;/i&gt; &#187;, pour paraphraser Francis Picabia. Je mets en place des situations. Il se trouve que ces situations prennent souvent la forme de dessins. Je me prom&#232;ne &#224; l'int&#233;rieur de ces situations et en cr&#233;e d'autres ensuite. Si effectivement le dessin a &#233;t&#233; pendant longtemps class&#233; au rang d'art mineur, c'est moins le cas aujourd'hui. On peut dire qu'il est de plus en plus consid&#233;r&#233; et appr&#233;ci&#233;. De mon c&#244;t&#233;, je m'en fous compl&#232;tement et me m&#233;fie des effets de mode et des postures. Dans l'environnement scolaire, tr&#232;s t&#244;t, vers neuf ou dix ans, on te dit que le dessin est un truc pour gamins et qu'il va falloir passer aux choses s&#233;rieuses. J'ai continu&#233; &#224; dessiner. Cette ritournelle est revenue aux Beaux-Arts, sous le pr&#233;texte fallacieux de l'exp&#233;rimentation. Or, ce pr&#233;texte n'&#233;tait pas servi &#224; ceux qui faisaient de la vid&#233;o. Je n'ai rien contre la vid&#233;o, je souhaitais juste dessiner ! Ce microcosme &#233;tait au service &#8211;&#8239;inconsciemment sans doute &#8211;&#8239;, de pr&#233;jug&#233;s. Je ne parle m&#234;me pas de la bande dessin&#233;e, sujet quasi tabou li&#233; &#224; une m&#233;connaissance inavou&#233;e ! Ils ont un peu chang&#233; leur fusil d'&#233;paule depuis, ils essaient de prendre le train en marche [rires] ! Je suis sans doute t&#234;tu mais surtout d&#233;termin&#233; et anim&#233; par le dessin : j'ai continu&#233; &#224; dessiner encore plus. Et puis j'ai toujours eu un r&#233;el plaisir &#224; inviter d'autres artistes dans plusieurs aventures collectives, histoire d'enfoncer le clou. &#192; la suite de rencontres d&#233;cisives, j'ai commenc&#233; &#224; faire des installations et des perfs. Et continuer &#224; dessiner !&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2356 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH582/-628-1305e.jpg?1782670046' width='400' height='582' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nous vivons depuis deux mois au rythme des manifs contre la loi El Khomri, de Nuit Debout, etc.&#8232;Tu as fait des d&#233;tournements de unes de journaux&#8239;&lt;a href=&#034;#nb5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Une de Ouest-France annon&#231;ant &#171; Nantes, les casseurs perturbent la manif &#187; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, fait parler des CRS au moyen de phylact&#232;res en carton dans les manifs ! Artistiquement, cette situation t'inspire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai r&#233;cemment fabriqu&#233; un mini h&#233;licopt&#232;re de la gendarmerie, r&#233;plique de l'engin oppressant qui est de sortie &#224; chaque manifestation. Je l'ai arrim&#233; au bout d'un m&#226;t et &lt;i&gt;de facto&lt;/i&gt; il me suit partout, je me prom&#232;ne avec ! Si je m'implique &#224; ma fa&#231;on, je refuse l'&#233;tiquette &#171; militant &#187;.&#8232;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quels sont tes projets ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je travaille sur des photos imprim&#233;es en puzzle, un livre avec Martin Page au Rouergue, des dessins dans les revues &lt;i&gt;Franky&lt;/i&gt; (Les Requins Marteaux), &lt;i&gt;Tranch&#233;e Racine&lt;/i&gt; (le journal de Blanquet) et un livre-disque&lt;a href=&#034;#nb5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Projet quadriphonique et quadrigraphique avec Pneu, Electric Electric, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; avec La Colonie de Vacances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les &#233;ditions Joca Seria ont publi&#233; un recueil d'ex-voto porte-bonheur pour ces matchs d'improvisation graphique grav&#233;s sur&#8230; biscuits P&#233;pito.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Un large choix de dessins de Quentin et le lien vers l'Arm&#233;e Noire &lt;a href=&#034;http://quentin-faucompre.tumblr.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Carte de la ZAD (dispo sur &lt;a href=&#034;http://www.alacriee.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Alacri&#233;e&lt;/a&gt; et dans le &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/CQFD-no141-mars-2016&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;n&#176;141&lt;/a&gt; de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; &#8211; mars 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Une de &lt;i&gt;Ouest-France&lt;/i&gt; annon&#231;ant &#171; Nantes, les casseurs perturbent la manif &#187; devient en cachant quelques lettres &#171; Nantes, les c&#8230;rs perturbent la manif &#187;, H&#233;-h&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Projet quadriphonique et quadrigraphique avec Pneu, Electric Electric, Papier Tigre, Marvin (pour le son), Geoffroy Pithon, Marion Jdanoff, Double Bob, Quentin Faucompr&#233; (pour l'image).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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