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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Travailler plus pour gagner moins &#187;</title>
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		<description>
&lt;p&gt;En plein mouvement contre la loi Travail, des correcteurs et correctrices ont d&#233;cid&#233; de lancer une offensive contre les patrons de l'&#233;dition soit-disant de gauche. Avec une revendication des plus &#233;l&#233;mentaires : ne plus &#234;tre pay&#233; &#224; la t&#226;che et b&#233;n&#233;ficier des m&#234;mes garanties que les autres travailleurs. Apr&#232;s une fin de non-recevoir, la bataille recommence en septembre. Entretien avec le collectif des correcteurs pr&#233;caires de Paris. CQFD : Comment est n&#233; le collectif ? Cerise : Avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no146-septembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;146 (septembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En plein mouvement contre la loi Travail, des correcteurs et correctrices ont d&#233;cid&#233; de lancer une offensive contre les patrons de l'&#233;dition soit-disant de gauche. Avec une revendication des plus &#233;l&#233;mentaires : ne plus &#234;tre pay&#233; &#224; la t&#226;che et b&#233;n&#233;ficier des m&#234;mes garanties que les autres travailleurs. Apr&#232;s une fin de non-recevoir, la bataille recommence en septembre. Entretien avec le collectif des correcteurs pr&#233;caires de Paris.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Comment est n&#233; le collectif ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cerise :&lt;/strong&gt; Avec l'obligation l&#233;gale d'offrir une mutuelle &#224; chaque salari&#233; institu&#233;e en janvier 2016, le statut des Travailleurs &#224; domicile (TAD) est devenu probl&#233;matique pour les patrons de l'&#233;dition, car ils se sont demand&#233; que faire des TAD en CDI qui travaillent tr&#232;s peu. Ceux-ci leur auraient co&#251;t&#233; de l'argent avec la part patronale obligatoire qu'ils doivent payer pour la mutuelle. Le SNE (Syndicat national de l'&#233;dition &#8211; les patrons de l'&#233;dition) a donc cherch&#233; &#224; cr&#233;er une &#171; cat&#233;gorie objective &#187; de salari&#233;s aupr&#232;s de la S&#233;curit&#233; sociale, c'est-&#224;-dire un statut sp&#233;cial pour nous extraire du r&#233;gime des mutuelles et l&#233;galiser un r&#233;gime &#224; part. Heureusement, les syndicats ont refus&#233; la proposition, et la S&#233;cu n'a tout simplement pas r&#233;pondu. Mais cela a permis de reparler en r&#233;union mixte paritaire du statut des TAD, qui &#233;taient jusque-l&#224; plut&#244;t mis de c&#244;t&#233; par les syndicats. Depuis, une TAD syndiqu&#233;e assiste &#224; ces r&#233;unions, ce qui permet d'aborder les questions nous concernant. Cette repr&#233;sentante syndicale a ensuite d&#233;cid&#233; de r&#233;unir des correcteurs TAD pour discuter point par point des termes de l'annexe IV de la Convention collective de l'&#233;dition &#224; laquelle nous sommes rattach&#233;s. Parall&#232;lement, les syndicats se r&#233;unissaient aussi pour faire leurs propositions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc organis&#233; des r&#233;unions entre correcteurs, sans que personne ne soit juriste, pour d&#233;cortiquer les choses et voir ce qu'on pouvait changer dans nos conditions de travail. TAD, c'est une position particuli&#232;re, car travailler chez soi offre une grande libert&#233;, mais on doit la n&#233;gocier contre une grande pr&#233;carit&#233;. C'est un m&#233;tier dans lequel les gens peuvent travailler ensemble &#224; distance sans jamais se croiser pour un caf&#233; ou une r&#233;union de travail en chair et en os. Nous rencontrer et partager nos exp&#233;riences a permis d'&#233;tablir une s&#233;rie de propositions pour la r&#233;vision de l'annexe IV aupr&#232;s du SNE, qui nous a r&#233;pondu que le statut devait &#171; &lt;i&gt; rester attractif pour tout le monde&lt;/i&gt; &#187;. Sous-entendu pour les patrons, car o&#249; est l'attractivit&#233; pour nous ? Cette r&#233;ponse nous ayant passablement &#233;nerv&#233;s, nous avons lanc&#233; une p&#233;tition en ligne pour faire conna&#238;tre nos probl&#233;matiques et avoir du soutien ext&#233;rieur. Le fait que le mouvement social contre la Loi travail soit actif &#224; ce moment-l&#224; a s&#251;rement aid&#233; &#224; la visibilit&#233; de notre lutte, puisque ce ne sont pas seulement des gens du milieu de l'&#233;dition qui ont sign&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les conditions de travail d'un correcteur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ma part, cela fait une dizaine d'ann&#233;es que je suis correctrice. Comme beaucoup de mes coll&#232;gues, j'ai longtemps &#233;t&#233; pay&#233;e en droits d'auteur. Les &#233;diteurs utilisaient tr&#232;s largement ce mode de paiement &#8211; en toute ill&#233;galit&#233;, puisque nous ne sommes pas auteurs &#8211;, car &#231;a leur permet de ne pas payer de charges. Aujourd'hui, les patrons de l'&#233;dition ont de plus en plus recours au statut d'autoentrepreneur, qui leur permet de ne pas salarier leurs employ&#233;s, tout en &#233;tant relativement conformes au droit du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me demeure : m&#234;me en &#233;tant salari&#233;, comme c'est mon cas, en TAD, nous avons un statut tr&#232;s pr&#233;caire. Je n'ai pas de contrat de travail, je suis en CDI de fait, car je travaille depuis longtemps avec le m&#234;me employeur. Nous sommes tous tr&#232;s &#233;clat&#233;s, tr&#232;s peu au courant de nos droits, et j'ai pour ma part appris par hasard que j'&#233;tais en CDI. Il n'y a donc aucune clause sp&#233;cifique dans mon emploi, aucune n&#233;gociation pr&#233;alable, aucun document sign&#233;. L'annexe IV nous garantit un statut de salariat, avec les avantages li&#233;s au Comit&#233; d'entreprise, et une mutuelle largement prise en charge par l'employeur dans la maison pour laquelle je travaille, ce qui n'est par exemple pas le cas d'un autoentrepreneur qui doit se d&#233;brouiller seul pour les soins. Cependant, l'annexe IV ne nous garantit pas le nombre d'heures travaill&#233;es dans le mois. Nous sommes donc en CDI, mais sans assurance d'un salaire en fin de mois, car nous sommes pay&#233;s &#224; la t&#226;che, c'est-&#224;-dire au nombre de signes relus.
Notre revendication principale &#8211; mais il y en a bien d'autres &#8211; porte donc sur ce syst&#232;me de paiement al&#233;atoire, et nous aimerions qu'&#224; partir d'un calcul des heures travaill&#233;es &#224; l'ann&#233;e, le salaire soit liss&#233;. Avoir un revenu minimum garanti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, on ne sait jamais d'un mois &#224; l'autre ce qu'on va gagner. Il arrive donc qu'en milieu de mois, on se retrouve &#224; courir apr&#232;s les boulots pour payer son loyer, car on voit que l'entreprise ne va pas nous donner assez de boulot cette fois-ci.
Cela dit, ce statut est comme un privil&#232;ge par rapport &#224; celui d'autoentrepreneur (AE), car on peut alors se faire &#233;jecter du jour au lendemain sans pr&#233;avis. C'est du salariat d&#233;guis&#233; : le travail est le m&#234;me que pour un salari&#233; en CDI en TAD, les deux n'ont aucune garantie de retravailler d'un livre &#224; l'autre, mais le TAD est plus prot&#233;g&#233; en cas de licenciement effectif. Pour l'AE, la question n'est m&#234;me pas celle d'&#234;tre vir&#233; ou pas, puisqu'il n'est jamais vraiment engag&#233;, mais de continuer &#224; &#234;tre r&#233;-engag&#233; d'un boulot &#224; l'autre. Ce qui impose bien s&#251;r une grande docilit&#233; dans l'ex&#233;cution des t&#226;ches demand&#233;es par l'employeur. Et cela met aussi la pression aux travailleurs en CDI, car si on rechigne &#224; faire quelque chose, l'employeur peut trouver un AE pour s'en charger, et le boulot nous file sous le nez. Or le recours aux AE est de plus en plus fr&#233;quent. Dans notre collectif, certains ont le double statut : TAD et AE pour pouvoir travailler les mois o&#249; l'employeur principal ne donne pas assez de boulot. Malheureusement, nous avons du mal &#224; f&#233;d&#233;rer une population &#233;clat&#233;e, habitu&#233;e &#224; devoir dire oui &#224; tout pour pouvoir gagner sa vie, pas du tout habitu&#233;e au collectif du fait m&#234;me de notre statut de travailleur &#224; domicile. Et dans tout &#231;a, personne ne peut vraiment faire gr&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le travail en lui-m&#234;me change-t-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout est devenu plus rapide pour r&#233;duire les co&#251;ts humains avec des d&#233;lais sans cesse plus serr&#233;s, et moins bien structur&#233;. Il n'y a par exemple qu'un seul passage de correction sur les livres, alors qu'avant il y en avait deux &#8211; ou bien, on fait l'impasse sur la pr&#233;paration de copie&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La pr&#233;paration de copie consiste non seulement &#224; corriger orthographe, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, et le correcteur se retrouve &#224; faire deux boulots en un. On nous demande souvent de bosser pour les jours f&#233;ri&#233;s ou les week-ends sans augmentation de taux horaire. C'est un travail en montagnes russes, avec des p&#233;riodes de ch&#244;mage technique impos&#233; et de grands coups d'acc&#233;l&#233;ration tr&#232;s stressants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le boulot du pr&#233;parateur, comme celui du correcteur, demande un niveau de qualification assez &#233;lev&#233;, il faut v&#233;rifier les sources, parfois r&#233;&#233;crire des passages en s'adaptant au style et &#224; l'univers de l'auteur, avoir une culture g&#233;n&#233;rale extr&#234;mement vaste pour pointer les incoh&#233;rences techniques ou culturelles. &#202;tre en mesure de faire des allers-retours avec l'auteur tout en restant cordial et judicieux dans les &#233;changes. On a aussi pris une partie du boulot du maquettiste, en pr&#233;parant les feuilles de style de sa composition. Bref, avec le m&#234;me salaire, plut&#244;t bas et sans augmentation, on a une feuille de mission qui ne cesse de s'allonger, et il nous faut garder l'esprit ouvert en permanence. Or la pr&#233;carit&#233;, &#231;a ne lib&#232;re pas l'esprit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous travaillez dans une grande maison d'&#233;dition de gauche, cela facilite les rapports avec l'employeur ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les maisons d'&#233;dition, m&#234;me si leur politique &#233;ditoriale est orient&#233;e &#224; gauche, appartiennent souvent &#224; des groupes, et sont fatalement prises dans des logiques d'entreprise, avec des actionnaires, qui rattrapent bien vite leurs grands id&#233;aux affich&#233;s. Les petites maisons ind&#233;pendantes, souvent par manque de fonds, ont recours &#224; des AE (ou &#224; du droit d'auteur), mais comment peut-on &#234;tre militant et pr&#233;cariser ceux qui travaillent pour vous, appliquer la politique salariale la plus lib&#233;rale et favoriser l'exploitation ? On peut faire tous les beaux discours qu'on veut, la politique est finalement la m&#234;me partout : travailler plus pour gagner moins. Et cette r&#232;gle est en vigueur dans les maisons qui publient les livres les plus critiques du syst&#232;me et les plus r&#233;volutionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment envisagez-vous la continuation de votre collectif et de votre lutte ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voudrait un avenant &#224; l'annexe IV, mais ce que le SNE s'est pour l'instant content&#233; de proposer, c'est un rappel des bonnes pratiques. Bref, quelque chose qui ne sera jamais appliqu&#233;. Du coup, on ne va pas l&#226;cher, et on pr&#233;pare des rassemblements et des journ&#233;es d'action d&#232;s septembre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://correcteurs.wesign.it/fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Signer la p&#233;tition !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les 451&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; L'Appel des 451 publi&#233; dans &lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt; en septembre 2012, ce groupe a men&#233; plusieurs enqu&#234;tes sur l'&#233;conomie du livre, et organis&#233; des rencontres en France, en Espagne ou en Italie visant &#224; r&#233;unir des travailleur/euses des diff&#233;rents m&#233;tiers de la cha&#238;ne. Le texte &lt;i&gt;La querelle des modernes et des modernes&lt;/i&gt; permet notamment de mieux comprendre le livre comme une marchandise prise dans l'&#233;conomie lib&#233;rale contemporaine, et donne des pistes de lutte. L'id&#233;e principale est de ne pas s&#233;parer l'&#233;dition critique de l'agir r&#233;volutionnaire : publier de belles id&#233;es peut s'accompagner de pratiques coh&#233;rentes. Les 451 (temp&#233;rature &#224; laquelle br&#251;lent les livres dans le roman de science-fiction &lt;i&gt;Farenheit 451&lt;/i&gt; de Bradbury) sont en sommeil depuis mars 2014. Jusqu'au grand incendie ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Textes disponibles &lt;a href=&#034;https://les451.noblogs.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La pr&#233;paration de copie consiste non seulement &#224; corriger orthographe, grammaire, syntaxe, mais &#233;galement &#224; v&#233;rifier les faits &#233;nonc&#233;s, &#224; contr&#244;ler la logique du texte, ou encore &#224; s'assurer de l'unit&#233; dans les noms propres. Dans cette phase, le correcteur est souvent amen&#233; &#224; proposer des reformulations. La correction est l'&#233;tape d'apr&#232;s : traque des coquilles et probl&#232;mes de typographie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Des livres et des luttes</title>
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		<dc:creator>Ferdinand Cazalis</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Des livres et des luttes&#034; : douze pages de reportages, d'analyses, de cartographie et de rencontres autour du livre, de ses travailleurs et de ses combats. A retrouver dans le num&#233;ro 146 (septembre 2016) de CQFD. &#171; J'ai appris &#224; &#233;crire, et bougrement bien. Des oiseaux et des trucs dans ce go&#251;t-l&#224; ; pas seulement de l'&#233;criture de mots. Mon p&#232;re serait pas content s'il me voyait sortir un oiseau comme &#231;a d'un seul coup de crayon. (...) Les fantaisies de ce (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/appris" rel="tag"&gt;appris&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bougrement" rel="tag"&gt;bougrement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Introduction du dossier &#034;Des livres et des luttes&#034; : douze pages de reportages, d'analyses, de cartographie et de rencontres autour du livre, de ses travailleurs et de ses combats. A retrouver dans le num&#233;ro 146 (septembre 2016) de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;
&lt;p&gt;
&#171; &lt;i&gt;J'ai appris &#224; &#233;crire, et bougrement bien. Des oiseaux et des trucs dans ce go&#251;t-l&#224; ; pas seulement de l'&#233;criture de mots. Mon p&#232;re serait pas content s'il me voyait sortir un oiseau comme &#231;a d'un seul coup de crayon. (...) Les fantaisies de ce genre-l&#224;, &#231;a lui pla&#238;t pas. D&#233;j&#224; l'&#233;criture, il aime pas &#231;a. J'ai id&#233;e qu'&#231;a lui fait un peu peur. &#192; chaque fois que Pa a vu de l'&#233;criture, y a toujours eu quelqu'un qui lui a pris quelque chose.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;John Steinbeck, &lt;i&gt;Les Raisins de la col&#232;re&lt;/i&gt;, 1939.&lt;/p&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Lire et &#233;crire sonne encore comme l'un des premiers marqueurs sociaux, &#233;l&#233;mentaire &#233;cr&#233;mage pour s&#233;parer les aptes des inaptes, les sachants des ignares, voire les barbares des civilis&#233;s. Plus encore que le nom des rues ou les documents administratifs, l'&#233;paisseur des livres, et les jargons dont ils s'arment, exclut et divise. Selon l'Insee, en 2014, 70% des ouvriers et des agriculteurs, et 40% des employ&#233;s contre 20% des cadres n'avaient ouvert aucun livre. La &#171; d&#233;mocratisation &#187; de la culture tant d&#233;sir&#233;e par la gauche post-68 a augment&#233; les dividendes des Fnac et des Leclerc, pendant que les gens oubliaient de lire. Entre 1973 et 2008, le nombre des 15-39 ans lisant une vingtaine d'ouvrages par an a chut&#233; de 38,5 &#224; 14% pour les hommes et de 55,5 &#224; 16,5% pour les femmes. Plus que jamais, passer la porte d'une librairie ou d'une biblioth&#232;que de quartier, s'avancer nu dans ce silence sans corps, n'est pas donn&#233; &#224; tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question n'est pourtant pas le livre en tant que tel, mais les pratiques sociales qui l'entourent. L'&#233;ducation populaire a su pour un temps casser l'&#233;litisme du papier, et la lecture garde encore aujourd'hui sa promesse d'&#233;vasion. C'est avec des livres que les gens se sont organis&#233;s en communistes contre le capitalisme, en anarchistes contre l'&#201;tat, en r&#234;veurs contre les tristesses du r&#233;el. Ce n'est donc pas du livre qui domine dont ce dossier parle, mais de celui qui rassemble, et de celui qui lutte.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1734 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-53.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH1085/-53-dfb75.jpg?1782676154' width='400' height='1085' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Brecht Evens.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pris dans les logiques de la modernit&#233;, le monde de l'&#233;dition ressemble fort &#224; l'accaparement des terres du roman de Steinbeck, avec le sinistre &#233;puisement des sols que nous vivons aujourd'hui. Depuis l'apr&#232;s-guerre, la concentration du march&#233; n'a cess&#233; de s'affirmer, laissant de grandes entreprises (Voir la cartographie p. VI-VII du dossier dans le journal papier) avaler les maisons d'&#233;dition qui brillaient plus par leur originalit&#233; ou leur libert&#233; &#233;ditoriales que par leur prouesses comptables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, le secteur de la logistique, activit&#233; &#224; faible valeur symbolique ajout&#233;e, a fini par s'imposer comme arbitre du march&#233;. Que ce soient avec Amazon ou les g&#233;ants de l'&#233;dition qui s'&#233;quipent d'un puissant outil de distribution, les lois de l'entrep&#244;t ont triomph&#233;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 2009, les dix plus gros diffuseurs-distributeurs de livres repr&#233;sentaient (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le marketing gouverne la production de livres, avec ses &lt;i&gt;cost-killers&lt;/i&gt;, super-managers, directeurs financiers... Et comme en agriculture, on n'h&#233;site pas &#224; surproduire pour saturer le march&#233; et mieux vendre, quitte &#224; anticiper la destruction des produits surnum&#233;raires&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Le pilon ne constitue pas seulement la sanction d'une m&#233;vente. L'&#233;clatante (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Bref, dire que la mainmise des gestionnaires sur le monde de l'&#233;dition menace l'imagination et la critique contenue dans les livres rel&#232;ve du doux euph&#233;misme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ces chantres du lib&#233;ralisme charrient leur chagrin : les logiques du travail &#224; la t&#226;che et &#224; la journ&#233;e rappellent les mis&#233;rables heures de la paysannerie d'antan. Les m&#233;tiers du livre s'organisent aujourd'hui comme un grand laboratoire de l'exploitation moderne : le statut d'autoentrepreneur permet un salariat d&#233;guis&#233; &#8211; bon march&#233; et docile&#8211;, les contrats d'embauche et les CDI se font de plus en plus rares, le travail &#224; domicile via Internet emp&#234;che toute solidarit&#233; entre travailleurs et toute lutte collective en cas de conflit... La r&#233;mun&#233;ration symbolique sert alors &#224; justifier les salaires au lance-pierres, et l'usage banalis&#233; du paiement en droits d'auteur (moins on&#233;reux en charges patronales et n'ouvrant &#224; quasi aucun droit social) pour &#224; peu pr&#232;s tous les m&#233;tiers (correcteurs, graphistes, maquettistes, etc.) permet de combler les br&#232;ches. En somme, l'&#233;conomie des belles lettres carbure &#224; la crasse pr&#233;carit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aussi le monde du livre pourrait-il &#234;tre un autre laboratoire, celui des luttes sociales &#224; venir, des organisations loin des syndicats &#224; papa qui ne parviennent pas &#224; penser l'en dehors du salariat et de l'usine. &#192; travers des t&#233;moignages de libraires, d'&#233;diteurs ou de distributeurs engag&#233;s, des rencontres avec des collectifs de pr&#233;caires et des reportages dans des lieux menac&#233;s, ce dossier explore cette piste : penser l'&#233;crit comme une lib&#233;ration de la parole r&#233;volt&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 2009, les dix plus gros diffuseurs-distributeurs de livres repr&#233;sentaient 95 % du march&#233;. Et ils r&#233;alisaient plus de quatre milliards d'euros de chiffre d'affaires, soit pr&#232;s du double de celui des 10 000 &#233;diteurs fran&#231;ais, et &#224; peu pr&#232;s autant que celui des 15 000 librairies du pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;i&gt;Le pilon ne constitue pas seulement la sanction d'une m&#233;vente. L'&#233;clatante r&#233;ussite d'un auteur produit autant de pilonnage que l'&#233;chec. Cela fait partie d'une strat&#233;gie d&#233;lib&#233;r&#233;e de surproduction. Il n'est pas rare qu'un &#233;diteur prenne d&#232;s le d&#233;part le parti de faire imprimer des milliers de livres pour les pilonner. Car leur r&#244;le consistera &#224; impressionner, &#224; donner le sentiment de l'importance de l'&#339;uvre. Il faut se montrer, faire masse dans les Fnac, &#233;craser la concurrence par le poids. L'entassement de 100 000 livres sert &#224; en faire acheter 50 000. Les 50 000 autres seront broy&#233;s. Car le pilon co&#251;te moins cher que le stockage. Il rapporte, m&#234;me : 100 euros la tonne de papier.&lt;/i&gt; &#187;, &#171; Le cauchemar du pilon &#187;, Pierre Jourde, &lt;i&gt;Le Nouvel Observateur&lt;/i&gt;, 30 oct. 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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