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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Le comptoir d'un caf&#233; est le parlement du peuple &#187;</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Jacques Yonnet (1915-1974) &#233;tait un grand amateur des bistrots &#171; pas factices &#187; et de gigondas. Son chef-d'&#339;uvre Rue des mal&#233;fices, paru sous le titre Enchantements sur Paris en 1954, plongeait le lecteur dans les bas-fonds d'une capitale sous tension durant l'Occupation. Le peuple secret du vieux Paname &#8211; clochards, piliers de bars, gitans et truands &#8211; constituait le c&#339;ur d'un r&#233;cit merveilleux. Avec la r&#233;&#233;dition du meilleur cru des chroniques &#233;crites par Yonnet dans L'Auvergnat de Paris de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Jacques Yonnet (1915-1974) &#233;tait un grand amateur des bistrots &#171; pas factices &#187; et de gigondas. Son chef-d'&#339;uvre &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt;, paru sous le titre &lt;i&gt;Enchantements sur Paris&lt;/i&gt; en 1954, plongeait le lecteur dans les bas-fonds d'une capitale sous tension durant l'Occupation. Le peuple secret du vieux Paname &#8211; clochards, piliers de bars, gitans et truands &#8211; constituait le c&#339;ur d'un r&#233;cit merveilleux. Avec la r&#233;&#233;dition du meilleur cru des chroniques &#233;crites par Yonnet dans &lt;i&gt;L'Auvergnat de Paris&lt;/i&gt; de 1961 &#224; 1974, les &#233;ditions L'&#233;chapp&#233;e nous invitent &#224; un guide gouleyant des troquets de Paris, aujourd'hui disparus, qui n'oublie rien de son histoire enfouie, de ses luttes sociales et de sa magie. Nous avons pos&#233; quelques questions &#224; Jacques Baujard qui a &#233;dit&#233; l'ouvrage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1765 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH586/-79-cef2e.jpg?1782647119' width='400' height='586' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;CQFD : Raconte-nous un peu la rencontre entre L'&#233;chapp&#233;e et Jacques Yonnet ?&lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Jacques Baujard :&lt;/strong&gt; Lorsque j'ai commenc&#233; le boulot &#224; la librairie Quilombo en 2009, l'une de mes toutes premi&#232;res lectures sur la ville de Paris m'a &#233;t&#233; conseill&#233;e par mon coll&#232;gue et camarade Bastien. Il s'agissait de &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt;. En juillet 2015, nous l'avions chaudement conseill&#233; &#224; &#201;douard Jacquemoud, &#233;diteur &#224; L'&#233;chapp&#233;e. Le soir m&#234;me, il m'&#233;crivait pour me dire &#224; quel point c'&#233;tait g&#233;nial&#8230; et pour me demander si je connaissais l'existence des chroniques de bistrots de Jacques Yonnet. Ni une, ni deux, nous sommes donc all&#233;s le lendemain matin aux Archives de la ville de Paris. L&#224;-bas, en attendant les num&#233;ros de &lt;i&gt;L'Auvergnat de Paris&lt;/i&gt;, &#201;douard poursuivait sa lecture de &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt;, quand tout &#224; coup, il se tourne vers moi et, compl&#232;tement abasourdi, me fait lire une page du livre : Yonnet raconte qu'il vient de rencontrer un Hongrois qui ne parle pas bien fran&#231;ais mais qui le lit. Et pour lui t&#233;moigner son amiti&#233;, il lui offre&#8230; les &#339;uvres compl&#232;tes de Pana&#239;t Istrati ! Cet auteur roumain, que j'ai d&#233;couvert il y a quatre ans, me sert dor&#233;navant de boussole. Aussi y avons-nous vu un signe&#8230; ou plut&#244;t une sorte de mal&#233;fice.&lt;br class='manualbr' /&gt;Apr&#232;s avoir d&#233;couvert que Fr&#233;d&#233;ric Yonnet, le petit-fils de Jacques Yonnet, &#233;tait l'un des plus grands harmonicistes fran&#231;ais qui a jou&#233; avec Erykah Badu, Stevie Wonder et Prince ; nous avons poursuivi notre enqu&#234;te et celle-ci nous a men&#233;s jusqu'&#224; Dourdan, au sud de la capitale. Dominique Yonnet, le fils de Jacques, nous a accueillis chez lui &#224; bras ouverts. Cet homme au grand c&#339;ur nous a permis de consulter en toute libert&#233; les archives de son p&#232;re. Sans lui, nous n'aurions jamais r&#233;ussi &#224; &#233;diter &lt;i&gt;Troquets de Paris&lt;/i&gt; en si peu de temps&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment expliques-tu qu'aucun autre &#233;diteur n'ait d&#233;terr&#233; ces textes auparavant ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Alors &#231;a&#8230; Quand on conna&#238;t l'importance de &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt; pour de nombreux grands &#233;crivains &#8211; Pr&#233;vert, Queneau, Modiano pour ne citer qu'eux &#8211; et l'incroyable ferveur des lecteurs pour cet ouvrage, je ne comprends pas comment les chroniques bistroti&#232;res de Jacques Yonnet ont pu rester ensevelies sous les amas de l'histoire. &lt;br class='manualbr' /&gt;N&#233;anmoins, au fur et &#224; mesure de l'&#233;laboration du livre, nous avons appris que certaines personnes s'&#233;taient pench&#233;es auparavant sur les textes de Yonnet. &#201;ric Dussert, &#171; arch&#233;ologue litt&#233;raire &#187;, et auteur d'un livre incroyable &#8211; &lt;i&gt;La For&#234;t cach&#233;e, 156 portraits d'&#233;crivains oubli&#233;s&lt;/i&gt;, La Table ronde, 2013 &#8211; a pass&#233; beaucoup de temps sur les microfilms de L'Auvergnat de Paris de la BNF. Karin Uttend&#246;rfer, traductrice de &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt; en allemand, a &#233;galement pens&#233; &#224; traduire certaines des chroniques. D'apr&#232;s ce qu'ils nous ont avou&#233;, le travail titanesque les a plus ou moins d&#233;courag&#233;s. Jean-Pierre Sicre, fondateur des &#233;ditions Ph&#233;bus, y avait &#233;galement pens&#233; dans les ann&#233;es 1990, suite au succ&#232;s de la r&#233;&#233;dition de Rue des mal&#233;fices. Il devait discuter de ce projet avec Robert Giraud, qui avait poursuivi la chronique de Jacques Yonnet dans L'Auvergnat de Paris, en 1974. Mais Giraud est tomb&#233; malade et la rencontre n'a finalement pas eu lieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment s'est op&#233;r&#233; le travail de tri des articles publi&#233;s dans &lt;i&gt;Troquets de Paris&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Avec &#201;douard, nous avons d'abord lu dans leur int&#233;gralit&#233; les 700 chroniques parues dans &lt;i&gt;L'Auvergnat de Paris&lt;/i&gt;. Ensuite, avec C&#233;dric Biagini, nous avons relu une premi&#232;re s&#233;lection de 120 chroniques et nous avons fait le choix de n'en garder que le meilleur cru, soit soixante. Ce parti pris &#233;ditorial s'explique pour plusieurs raisons : d'une part, il nous a sembl&#233; que certains textes &#233;taient quelque peu dat&#233;s, alors que d'autres avaient tendance &#224; se r&#233;p&#233;ter ann&#233;e apr&#232;s ann&#233;e ; d'autre part, il nous est arriv&#233; de constater que l'auteur perdait parfois le fil de son propos &#8211; et le lecteur avec lui &#8211; en s'&#233;garant dans les m&#233;andres de ses consid&#233;rations historiques. En outre, Paris &#233;tant une ville-monde &#224; l'atmosph&#232;re changeante selon le coin o&#249; l'on se trouve, nous avons pens&#233; qu'il &#233;tait judicieux de regrouper ces diff&#233;rentes chroniques par quartier plut&#244;t que par arrondissement, vocable qui r&#233;v&#232;le en effet toute sa saveur &#224; l'&#233;vocation des Halles, du Marais, de la Courtille, de Montmartre&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que sait-on de Yonnet ? Il y a le r&#233;sistant, l'&#233;rudit du Paris populaire et aussi le passionn&#233; d'&#233;sot&#233;risme, ce qui appara&#238;t tr&#232;s nettement dans &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt;.&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;En effet, son c&#244;t&#233; &#233;sot&#233;rique &#8211; quasi mystique &#8211; est tr&#232;s pr&#233;sent dans &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt;. Et &#224; la suite de sa parution en 1954, au lieu de poursuivre une &#171; carri&#232;re &#187;, Yonnet a pr&#233;f&#233;r&#233; cultiver les amiti&#233;s qui fleurissaient sur le zinc des bistrots et assouvir sa curiosit&#233; de l'histoire du Paris des marges. Ce qui est assez incroyable avec l'&#233;dition de &lt;i&gt;Troquets de Paris&lt;/i&gt;, c'est que nous avons la chance de voir les facettes du personnage. Mais &#233;galement bien d'autres. Les l&#233;gendes sont bien pr&#233;sentes et s'inscrivent dans la lign&#233;e de &lt;i&gt;Rue des mal&#233;fices&lt;/i&gt; : l'exquise l&#233;gende de l'arbal&#233;trier ou encore l'invraisemblable violon qui vole de Chagall, pour ne citer qu'elles, feraient fr&#233;mir les plus rationnels des lecteurs de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;. Des portraits de ses amis &#233;crivains, comme des sortes d'hommages rendus &#224; leurs &#339;uvres, &#233;taient &#233;galement pr&#233;sents dans ses chroniques de &lt;i&gt;L'Auvergnat de Paris&lt;/i&gt;. La r&#233;sistance &#233;galement, avec certains faits d'armes sous l'Occupation. Et cerise sur le g&#226;teau &#8211; ce que peu de gens savent &#8211; Yonnet illustrait chacun de ses textes par un dessin ou une gravure d'une finesse d'orf&#232;vre.&lt;br class='manualbr' /&gt;R&#233;sistant, &#233;rudit, tribun, dessinateur, sculpteur, &#233;crivain. Jacques Yonnet a choisi le destin de l'&#233;ternel franc-tireur et, toute sa vie, on peut dire qu'il a pratiqu&#233; le hors-piste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;On associe volontiers Yonnet &#224; deux autres &#233;crivains des rues et des bistrots, Robert Giraud, l'auteur du &lt;i&gt;Vin des rues&lt;/i&gt; (Deno&#235;l, 1955) et le Jean-Paul Cl&#233;bert qui a &#233;crit &lt;i&gt;Paris insolite&lt;/i&gt; (1953). On peut aussi penser &#224; Ren&#233; Fallet ou &#224; Jacques Pr&#233;vert. Quels &#233;taient les liens entre ces bons vivants ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Les propos de Jacques Yonnet dans &lt;i&gt;Troquets de Paris&lt;/i&gt; suivent un fil directeur qui n'est pas anodin : c'est au comptoir d'un bar que tout se passe. Ce n'est pas sans rappeler la citation de Balzac : &#171; &lt;i&gt;Le comptoir d'un caf&#233; est le parlement du peuple&lt;/i&gt;. &#187; Tout se vit, tout se noue, se d&#233;noue sur le zinc. C'est donc tout naturellement l&#224;-bas que ce petit monde se croisait. Les uns et les autres fr&#233;quentaient les m&#234;mes bistrots, effectuaient quasiment les m&#234;mes tourn&#233;es de bougnats et autres cafetiers. Ren&#233; Fallet a &#233;t&#233; l'un des grands amis de Yonnet. Dominique, son fils, nous a cont&#233; nombre d'anecdotes sur les deux comp&#232;res. Mais c'est essentiellement avec Robert Giraud et Jean-Paul Cl&#233;bert que Yonnet &#233;changeait des histoires autour du Paris populaire. Olivier Bailly nous a pas mal &#233;clair&#233;s sur leurs relations. Il est l'auteur d'une superbe biographie de Giraud, &lt;i&gt;Monsieur Bob&lt;/i&gt;, Stock, 2009, et il vient &#233;galement de signer la pr&#233;face de &lt;i&gt;La Petite Gamberge&lt;/i&gt;, que vient de r&#233;&#233;diter Le Dilettante ; un petit bijou litt&#233;raire. D'apr&#232;s lui, c'est Chez Fraysse, rue de Seine, que les acolytes s'accoudaient pour la nuit. Les fr&#232;res Pr&#233;vert, Robert Doisneau &#233;taient &#233;galement de la partie et payaient, chacun leur tour, la tourn&#233;e des copains. Ce dernier avoue m&#234;me que, sans Giraud, il n'aurait jamais eu l'occasion d'obtenir des photographies aussi incroyables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces &#233;crivains ne sont-ils pas aussi les ultimes t&#233;moins de la disparition du Paris populaire ? Yonnet &#233;voque d'ailleurs la fin des Halles, la perc&#233;e des quais de Seine, transformations d'ailleurs d&#233;crites en 1977 par Louis Chevalier dans &lt;i&gt;L'Assassinat de Paris&lt;/i&gt;. &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;Malheureusement oui&#8230; Ils &#233;taient en premi&#232;re ligne. Et malgr&#233; leur r&#233;sistance et leurs alertes, Paris n'a pas pu s'opposer aux b&#233;tonneurs de malheur. Yonnet utilisait aussi beaucoup sa chronique hebdomadaire comme une tribune pour alerter ses compatriotes des &#171; grands projets inutiles &#187; &#224; Paris. Il pr&#233;voyait d&#233;j&#224; la b&#234;tise et l'abrutissement du tourisme de masse. Il mettait en garde contre l'uniformisation des consciences&#8230; Bref, il rejoignait un peu toutes les critiques des diff&#233;rentes ali&#233;nations contemporaines que nous d&#233;veloppons &#224; L'&#233;chapp&#233;e ! &lt;br class='manualbr' /&gt;Cependant, il existe encore quelques lieux magiques, mais beaucoup de gens ont d&#233;sert&#233; la place et se sont r&#233;fugi&#233;s en banlieue. Les bars &lt;i&gt;lounge&lt;/i&gt; colonisent petit &#224; petit nos rues et la plupart des gens pr&#233;f&#232;rent aujourd'hui passer une soir&#233;e &#224; regarder des s&#233;ries compl&#232;tement d&#233;biles, plut&#244;t que de trinquer au bistrot d'&#224; c&#244;t&#233;, avec l'inconnu.&lt;br class='manualbr' /&gt;&#192; la lecture de cette soixantaine de chroniques tri&#233;es sur le volet, on esp&#232;re que le lecteur d'aujourd'hui trouvera, comme nous, mati&#232;re &#224; de f&#233;condes r&#233;flexions et &#224; d'innombrables r&#234;veries. Edward Jalat-Dehen, ancien loufiat et postfacier du livre l'a bien compris : &#171; &lt;i&gt;Paris n'est pas mort, il s'invente encore.&lt;/i&gt; &#187; Et ses troquets, croyez-nous sur parole, n'ont pas encore dit leur dernier mot.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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