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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Les pays europ&#233;ens se sont habitu&#233;s &#224; la violence contre les migrants &#187;</title>
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		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec le sp&#233;cialiste des migrations et g&#233;ographe Olivier Clochard, qui retrace des d&#233;cennies de faillite g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'Europe concernant l'accueil des migrants. Olivier Clochard est g&#233;ographe au CNRS, sp&#233;cialiste des migrations. Depuis des ann&#233;es, il op&#232;re un travail critique des politiques europ&#233;ennes en la mati&#232;re, et a notamment publi&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 la premi&#232;re carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe. Il a &#233;galement dirig&#233; l'impressionnant travail de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec le sp&#233;cialiste des migrations et g&#233;ographe Olivier Clochard, qui retrace des d&#233;cennies de faillite g&#233;n&#233;ralis&#233;e de l'Europe concernant l'accueil des migrants.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4532 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;202&#034; data-legende-lenx=&#034;xxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200clochard1_resultat-2.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200clochard1_resultat-2-9a01f.jpg?1779817268' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photographie de Louis Witter. L&#233;gende : Des jeunes marocains tentent de franchir les barri&#232;res du port de Ceuta, qui m&#232;nent aux ferries &#224; destination de l'Espagne. Le 17 f&#233;vrier 2019 &#224; Ceuta, Espagne.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;livier Clochard est g&#233;ographe au CNRS, sp&#233;cialiste des migrations. Depuis des ann&#233;es, il op&#232;re un travail critique des politiques europ&#233;ennes en la mati&#232;re, et a notamment publi&#233; au d&#233;but des ann&#233;es 2000 la premi&#232;re carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe. Il a &#233;galement dirig&#233; l'impressionnant travail de documentation qu'est l'&lt;i&gt;Atlas des migrants en Europe&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Atlas des migrants en Europe &#8211; Approche critique des politiques migratoires, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Dans cet entretien, il dresse le portrait d'une Europe toujours plus cadenass&#233;e, semant violence et mort &#224; l'encontre des personnes en exil tentant de la rejoindre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les politiques europ&#233;ennes en mati&#232;re de migration donnent l'impression d'un processus de durcissement acc&#233;l&#233;r&#233;, tout en s'inscrivant dans un temps long&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cette situation s'est d&#233;velopp&#233;e &#224; la fin des ann&#233;es 1990, avec la mise en place de l'espace Schengen et la communautarisation des politiques d'asile et d'immigration. Il y a eu &#224; partir de cette &#233;poque un renforcement des contr&#244;les, notamment aux fronti&#232;res ext&#233;rieures de cet espace. Une politique qui ne concernait plus seulement l'int&#233;rieur de l'Europe mais &#233;galement l'espace m&#233;diterran&#233;en, provoquant de plus en plus de d&#233;c&#232;s : noyades dans des rivi&#232;res et fleuves frontaliers comme l'&#201;vros &#224; la fronti&#232;re gr&#233;co-turque, morts par hypothermie dans les massifs montagneux ; et puis de nombreux naufrages, devenus malheureusement une banalit&#233;. Cela a men&#233; &#224; cette s&#233;quence terrible en 2015, o&#249; plusieurs bateaux charg&#233;s de centaines de personnes ont sombr&#233; en M&#233;diterran&#233;e. De 2014 &#224; 2016, le bilan dans la partie centrale de cette mer s'&#233;l&#232;ve &#224; plus de 12 000 personnes noy&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;currence des naufrages est d&#233;sormais entr&#233;e dans une forme de normalit&#233;, tr&#232;s inqui&#233;tante. De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, les pays europ&#233;ens se sont habitu&#233;s &#224; la violence &#224; l'encontre des migrants. Au d&#233;but des ann&#233;es 2000, c'&#233;tait plus discret mais pas moins violent, &#224; l'image de policiers marocains crevant avec des couteaux des bateaux pneumatiques en pleine mer. Aujourd'hui, nous avons affaire &#224; une violence assum&#233;e. Par exemple avec le cas des 19 migrants morts de froid apr&#232;s avoir &#233;t&#233; refoul&#233;s et d&#233;pouill&#233;s de leurs habits &#224; la fronti&#232;re grecque, en f&#233;vrier dernier. Des cas graves qui ne suscitent pas de r&#233;action &#8211; hormis de la part de certains m&#233;dias, ONG et militants tentant d'interpeller les responsables, sans effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en tout cas acter qu'il y a d&#233;sormais une certaine acceptation de la brutalit&#233;. Certes, cela ne se voit pas vraiment dans les textes europ&#233;ens, o&#249; la question des renvois et des refoulements s'exprime de mani&#232;re feutr&#233;e, euph&#233;mis&#233;e. Sur le terrain, par contre, &#231;a se d&#233;cline de mani&#232;re tr&#232;s brutale. Il y a de multiples cas. Par exemple les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt; en mer &#201;g&#233;e, o&#249; des agents des forces de l'ordre tapent avec des perches sur les personnes dans les navires. Nous pourrions aussi mentionner ce qui se passe &#224; Calais, avec des expulsions presque quotidiennes et o&#249;, devant l'important renforcement des contr&#244;les frontaliers, les exil&#233;s tentent la travers&#233;e du d&#233;troit sur de fr&#234;les embarcations, conduisant l&#224; aussi &#224; de nombreux naufrages. Ce sont des choses que je croyais impensables jusqu'il y a peu. En 2015 encore, il y avait une certaine attention &#224; ces questions, bien symbolis&#233;e par le film &lt;i&gt;Welcome&lt;/i&gt; de Vincent Lindon (2009), mettant en sc&#232;ne une approche humaniste de la question calaisienne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il semble qu'il aurait pu y avoir un changement de cap en 2015, avec l'Allemagne ouvrant ses portes et la m&#233;diatisation de la mort du petit Aylan Kurdi. Or c'est l'inverse qui s'est pass&#233;&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#201;tant donn&#233; la guerre en Syrie qui durait depuis quatre ans, on aurait certes pu penser qu'il y aurait une v&#233;ritable prise de conscience, similaire &#224; ce qu'on a r&#233;cemment vu avec l'Ukraine. &#199;a n'a pas &#233;t&#233; le cas. Et on s'est content&#233; de poursuivre la politique s&#233;curitaire li&#233;e &#224; la communautarisation des politiques europ&#233;ennes d'asile et d'immigration, avec notamment une augmentation importante des barri&#232;res (Ceuta, Melilla, fronti&#232;res entre la Turquie et la Gr&#232;ce ou la Bulgarie, etc.) et des moyens de contr&#244;le technologiques (drones, enregistrement des empreintes digitales, etc.). Depuis le d&#233;but des ann&#233;es 2000, des entreprises priv&#233;es sont &#224; la man&#339;uvre pour profiter de ce march&#233; juteux. La Commission europ&#233;enne a ainsi propos&#233; d&#232;s 2002 la mise en place d'un groupe de recherche europ&#233;en sur la s&#233;curit&#233;, charg&#233; de travailler sur &#8220;&lt;i&gt;la gestion int&#233;gr&#233;e des fronti&#232;res&lt;/i&gt;&#8221; des &#233;tats membres. Et en 2004, on a fait appel &#224; diverses entreprises comme Airbus et Thales en France, Ericsson en Su&#232;de ou Indra en Espagne, qui participent &#224; la conception des technologies &#233;voqu&#233;es pr&#233;c&#233;demment. Tous participent &#224; ces recherches, promeuvent intens&#233;ment l'id&#233;e de la n&#233;cessit&#233; d'un contr&#244;le renforc&#233;, avec un fort lobbying aupr&#232;s des instances europ&#233;ennes. Et tout cela est men&#233; de mani&#232;re relativement opaque. Cela conduit &#224; un effet boucle, avec application de ces mesures dans tout l'espace europ&#233;en, sans aucune prise en compte des recherches sur les migrations. La critique n'existe pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pourtant, comme le montre l'exemple de la situation migratoire autour du mur entre la Serbie et la Hongrie, les gens passent quand m&#234;me. Au fond, les murs et leur attirail technologique ne sont pas tr&#232;s efficaces, et contribuent simplement &#224; rendre encore plus dure l'existence des personnes exil&#233;es. Je me souviens d'avoir particip&#233; en 2015-2016 &#224; un groupe de travail diligent&#233; par le ministre de l'Int&#233;rieur Bernard Cazeneuve et cens&#233; proposer des pistes pour am&#233;liorer la situation migratoire &#224; Calais. Avec la sociologue Karen Akoka, nous avions pos&#233; cette question : est-ce qu'il ne faudrait pas commencer par faire un bilan des politiques men&#233;es depuis pr&#232;s de quinze ans, notamment sur le plan financier ?&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; Au fond, les murs et leur attirail technologique ne sont pas tr&#232;s efficaces, et contribuent simplement &#224; rendre encore plus dure l'existence des personnes exil&#233;es. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Notre requ&#234;te n'a pas &#233;t&#233; accept&#233;e. Et c'est pareil dans toute l'Europe : on investit &#233;norm&#233;ment d'argent dans des dispositifs de contr&#244;le sans se soucier des effets, notamment sur les principaux concern&#233;s, mais aussi sur la constitution de r&#233;seaux de passeurs toujours plus puissants &#8211; plus il y a d'obstacles, plus ils sont n&#233;cessaires. On ne prend jamais &#231;a en compte. Ni l'aspect moral, ni l'aspect financier. Et on poursuit la mise en place de ces dispositifs, alors m&#234;me que les gens continuent d'arriver et sont maintenus dans des conditions tr&#232;s difficiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4533 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;314&#034; data-legende-lenx=&#034;xxxx&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200clochard2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/1200clochard2_resultat-73b76.jpg?1779817269' width='500' height='333' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Photographie de Louis Witter. L&#233;gende : Dans les blocs de b&#233;ton du port dorment tous ceux qui ne vont ni au centre pour mineurs, ni au centre pour majeurs. Zakaria se r&#233;veille aux alentours de huit heures. Pour se laver un peu, il r&#233;cup&#232;re de l'eau de mer dans un petit seau. Le 22 f&#233;vrier 2019 &#224; Ceuta, Espagne.
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Derni&#232;re &#233;volution inqui&#233;tante, la d&#233;cision du Royaume-Uni d'externaliser les demandes d'asile au Rwanda...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; En fait, c'est une id&#233;e ancienne. En 1986, le Danemark avait d&#233;j&#224; avanc&#233; une proposition similaire devant les Nations unies, reprise en 1994 par les Pays-Bas dans un cadre intergouvernemental. Mais ces deux intentions &#233;taient rest&#233;es &#224; l'&#233;tat de projet. Cette volont&#233; de d&#233;l&#233;guer le traitement de l'asile &#224; d'autres pays que celui o&#249; est la personne trouve aussi ses origines dans la convention de Dublin de 1990, transform&#233;e en r&#232;glement en 2003. Ses dispositions r&#233;pondent &#224; l'obsession des &#201;tats de renvoyer les requ&#233;rants dans le pays par lequel ils sont entr&#233;s en Europe. Cette r&#233;glementation engendre un fort d&#233;s&#233;quilibre entre &#201;tats et prend tr&#232;s peu en compte les projets de vie des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette id&#233;e, remise &#224; l'ordre du jour par le Royaume-Uni, a &#233;t&#233; plusieurs fois propos&#233;e par le pass&#233;, notamment en 2003, avec d&#233;j&#224; les Britanniques aux manettes, sugg&#233;rant que les migrants soient renvoy&#233;s dans des camps &#224; l'ext&#233;rieur de l'Union europ&#233;enne (UE). En 2004, les ministres italien et allemand de l'Int&#233;rieur ont cherch&#233; eux aussi &#224; externaliser la proc&#233;dure de demande d'asile, en utilisant l'euph&#233;misme &#8220;&lt;i&gt;guichet europ&#233;en de l'immigration&lt;/i&gt;&#8221;. Aucune de ces tentatives n'a &#233;t&#233; suivie. Mais elles correspondaient &#224; des coups de boutoir dans les politiques d'asile, de plus en plus forts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le Rwanda, il y a aussi eu une construction progressive de son r&#244;le. Je vous renvoie notamment &#224; une note d'actualit&#233; du r&#233;seau Migreurop, &#8220;Prot&#233;ger et contr&#244;ler, les deux visages du HCR&#8221; &lt;i&gt;[mai 2020]&lt;/i&gt;. On y montrait que l'Europe n'accueillait pas de r&#233;fugi&#233;s touch&#233;s par le conflit libyen et que le Rwanda jouait un r&#244;le notable dans le dispositif mis en place par l'UE pour accueillir les &#233;trangers en tr&#232;s grande difficult&#233; dans le pays, en &#233;change de millions de dollars. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a de plus en plus d'acteurs impliqu&#233;s et des ramifications d'une complexit&#233; assez effarante...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, les cas sont multiples. De la Libye que l'on paye pour retenir les migrants dans les conditions que l'on sait aux pays dits de &#8220;transit&#8221;, comme la Serbie, somm&#233;s de s'impliquer davantage en &#233;change notamment d'une politique de visas plus favorable pour leurs ressortissants. En tout cas, on s'oriente de plus en plus vers les pays frontaliers de l'UE. Avec une politique europ&#233;enne de voisinage &#224; partir de 2001. Ou les partenariats pour la mobilit&#233; (PPM) mis en place avec la Tunisie, la Moldavie, etc., qui visent &#224; favoriser certaines &#8220;migrations choisies&#8221;, ce qui induit &#233;galement l'id&#233;e de formaliser davantage l'approche europ&#233;enne restrictive des migrations. Ou bien l'enchev&#234;trement d'accords bilat&#233;raux et multilat&#233;raux entre &#201;tats de l'UE et pays africains. L'id&#233;e, c'est qu'on facilite certaine mobilit&#233;s &#8220;choisies&#8221; et que, de l'autre c&#244;t&#233;, on renforce les contr&#244;les migratoires vis-&#224;-vis d'autres personnes qualifi&#233;es d'ind&#233;sirables. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans ce paysage vient s'ajouter le pacte europ&#233;en sur la migration et l'asile de 2020, que la chercheuse Claire Rodier qualifiait r&#233;cemment d' &#171; usine &#224; gaz &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce pacte fourre-tout vient renforcer l'id&#233;e de mettre en place de grands centres de transit, comme en Gr&#232;ce par exemple avec les &lt;i&gt;hotspots&lt;/i&gt;, pour op&#233;rer des tris entre, d'un c&#244;t&#233;, celles et ceux que les &#201;tats consentent &#224; accepter et, de l'autre, celles et ceux que les autorit&#233;s rejettent, soit en les expulsant de l'UE, soit en laissant les personnes enferm&#233;es dans des situations d&#233;gradantes et inhumaines. Il est certes rappel&#233; dans ce pacte le &#8220;&lt;i&gt;plein respect du principe de non-refoulement&lt;/i&gt;&#8221; ou plus largement le &#8220;&lt;i&gt;respect des droits fondamentaux&lt;/i&gt;&#8221;. Mais dans le m&#234;me temps est annonc&#233; le renforcement des contr&#244;les policiers. Si ce pacte n'est pas encore appliqu&#233;, il s'inscrit en tout cas dans la droite ligne des politiques de ces trente derni&#232;res ann&#233;es. Et il ne va clairement pas vers davantage de simplification&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'on en parle moins depuis le d&#233;but de la guerre en Ukraine, qui a mis en lumi&#232;re la dimension diff&#233;renci&#233;e des politiques men&#233;es &#8211; et le racisme latent des mesures appliqu&#233;es &lt;i&gt;[lire p. VIII]&lt;/i&gt;. Si les dispositifs europ&#233;ens mis en place pour les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens soulignent la n&#233;cessit&#233; de venir en aide aux personnes en qu&#234;te de protection, ces m&#233;canismes &#233;voquent &#233;galement des formes de racisme profond&#233;ment ancr&#233;es dans nos soci&#233;t&#233;s. Par exemple &#224; Calais, la maire Natacha Bouchart (ex-LR qui vient de rallier le pr&#233;sident de la R&#233;publique) et la sous-pr&#233;fecture ont mis &#224; disposition l'auberge de jeunesse pour les r&#233;fugi&#233;s ukrainiens, alors qu'ils appliquent depuis des ann&#233;es une politique tr&#232;s restrictive &#224; l'encontre des migrants en transit sur leur territoire (&#233;vacuation de squats, d&#233;mant&#232;lement de camps informels, interdiction &#224; certaines associations de fournir de la nourriture, etc.). On a entendu des d&#233;clarations &#233;c&#339;urantes sur les&lt;i&gt; bons&lt;/i&gt; r&#233;fugi&#233;s ukrainiens. Un journaliste britannique de la BBC a &#233;voqu&#233; &#8220;&lt;i&gt;des gens avec des yeux bleus et des cheveux blonds&lt;/i&gt;&#8221;. En tout cas, la proc&#233;dure de r&#233;ponse &#224; un &#8220;afflux massif&#8221; a &#233;t&#233; mise en place pour l'Ukraine. Ce qui est une tr&#232;s bonne chose. Mais &#231;a n'a pas &#233;t&#233; le cas dans le pass&#233;, par exemple en 2011 avec le Printemps arabe, alors que Malte et l'Italie faisaient des demandes en ce sens. Ni en 2015 avec la crise syrienne ou en 2021 avec l'Afghanistan. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tableau trac&#233; est noir. Y a-t-il des lueurs d'espoirs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il convient d&#233;j&#224; de rappeler qu'il y a beaucoup de gens et d'associations qui m&#232;nent un travail critique et humanitaire. On peut esp&#233;rer qu'&#224; un moment cela produise des effets sur la soci&#233;t&#233;, qu'il y ait une vraie r&#233;flexion. Et l'exemple ukrainien a montr&#233; une chose : quand on veut mettre les moyens d'un v&#233;ritable accueil, on peut. Mais ces questions ne sont pour l'instant pas prises en compte par les responsables politiques, les seuls sans doute &#224; m&#234;me de faire changer de cap les politiques migratoires des pays europ&#233;ens.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; L'exemple ukrainien a montr&#233; une chose : quand on veut mettre les moyens d'un v&#233;ritable accueil, on peut. &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;En attendant, il y a beaucoup d'outils que l'on peut mobiliser. De mon c&#244;t&#233;, c'est la g&#233;ographie. Spatialiser les questions migratoires permet de rassembler des informations et des &#233;l&#233;ments dispers&#233;s dans un texte, de faire prendre conscience d'une situation dont on entend parler par intermittence. Pour la question des morts aux fronti&#232;res, des camps, des accords, &#231;a apporte quelque chose, &#231;a appuie le d&#233;veloppement des analyses critiques. La carte des morts aux fronti&#232;res de l'Europe que j'avais r&#233;alis&#233;e au d&#233;but des ann&#233;es 2000 est toujours actualis&#233;e aujourd'hui, notamment par le g&#233;ographe Nicolas Lambert&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment &#171; Les damn&#233;&#183;es de la mer &#187;, sur le site de Migreurop (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, rappelant le co&#251;t humain terrible des politiques europ&#233;ennes. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Propos recueillis par &#201;milien Bernard&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Atlas des migrants en Europe &#8211; Approche critique des politiques migratoires&lt;/i&gt;, Armand Colin, 2017, sous l'impulsion du r&#233;seau Migreurop.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment &lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article3026.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Les damn&#233;&#183;es de la mer &#187;&lt;/a&gt;, sur le site de Migreurop (05/02/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les murs de la mer</title>
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		<dc:creator>Ma&#235;l Galisson</dc:creator>


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&lt;p&gt;Moins expos&#233; m&#233;diatiquement que les routes migratoires de M&#233;diterran&#233;e centrale ou de mer &#201;g&#233;e, le d&#233;troit de Gibraltar est rest&#233; un lieu de passage o&#249; les soldats marocains jouent le r&#244;le de suppl&#233;tifs des politiques europ&#233;ennes. Les voyageurs sans visa y vivent de longues p&#233;riodes d'attente, de violence et de mis&#232;re. Reportage &#224; Tanger, Ceuta et Melilla. Tarifa, extr&#234;me sud de l'Espagne, point le plus m&#233;ridional du continent. Expos&#233;e au vent d'Est, cette petite cit&#233; andalouse de 17 000 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/barriere" rel="tag"&gt;barri&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Moins expos&#233; m&#233;diatiquement que les routes migratoires de M&#233;diterran&#233;e centrale ou de mer &#201;g&#233;e, le d&#233;troit de Gibraltar est rest&#233; un lieu de passage o&#249; les soldats marocains jouent le r&#244;le de suppl&#233;tifs des politiques europ&#233;ennes. Les voyageurs sans visa y vivent de longues p&#233;riodes d'attente, de violence et de mis&#232;re. Reportage &#224; Tanger, Ceuta et Melilla.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;T&lt;/span&gt;arifa, extr&#234;me sud de l'Espagne, point le plus m&#233;ridional du continent. Expos&#233;e au vent d'Est, cette petite cit&#233; andalouse de 17 000 habitants, avec son joli centre historique, ses maisons blanches, ses patios remarquables, ses magasins de surf et ses boutiques de mode &#171; bio-baba-cool &#187; est connue pour &#234;tre l'un des meilleurs spots de sports de glisse d'Europe. Et c'est vrai que quand souffle le Levante, &#231;a d&#233;coiffe. Mais Tarifa, c'est aussi l'objet du d&#233;sir des migrants qui quittent les c&#244;tes marocaines &#224; bord de &lt;i&gt;pateras&lt;/i&gt;, ces embarcations de fortune. Sur ce point le plus &#233;troit du d&#233;troit de Gibraltrar, &#224; peine 13 kilom&#232;tres s&#233;parent l'Europe du continent africain. Par temps clair, des hauteurs de Tarifa, on distingue distinctement les c&#244;tes marocaines et notamment les reliefs escarp&#233;s du Djebel Musa&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du haut de ses 851 m d'altitude, le Djebel Musa, situ&#233; en territoire (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; . En &#224; peine une demi-heure par ferry, on d&#233;barque au port de Tanger.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1767 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH267/-81-68e13.jpg?1779609804' width='400' height='267' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#235;l Galisson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Rencontr&#233; dans la m&#233;dina, Samuel [Les pr&#233;noms on &#233;t&#233; chang&#233;s, ndlr] est un trentenaire originaire du Cameroun. Quand certains font Paris/Douala en moins de sept heures, Samuel est bloqu&#233; au Maroc apr&#232;s 6 ans sur les routes. Dans le caf&#233; Najah, o&#249; il a ses habitudes, il raconte son odyss&#233;e. &#192; l'&#233;t&#233; 2010, il quitte Douala, capitale &#233;conomique du Cameroun, et part pour la ville de Maroua, &#224; la fronti&#232;re avec le Nigeria. Il cherche du boulot, mais la zone se trouve d&#233;stabilis&#233;e par la secte islamiste Boko Haram. Il d&#233;cide alors de partir au Tchad. Sans connexion l&#224;-bas, il poursuit sa route jusqu'au Mali, o&#249; r&#233;sident quelques connaissances. Il vivote huit mois &#224; Bamako. Puis, il tente de rejoindre des amis camerounais vivant &#224; Nouadhibou (Mauritanie). Sans visa, il est refoul&#233; au Mali. Un policier mauritanien accommodant &#8211; moyennant un bakchich &#8211; va jusqu'&#224; Bamako r&#233;cup&#233;rer une fausse carte d'identit&#233; malienne qu'il vend &#224; Samuel. Quasiment sans ressource, le voyage jusqu'&#224; Nouadhibou l'oblige &#224; emprunter presque tous les moyens de transport existant : charrette &#224; &#226;ne, accroch&#233;e au chargement d'un pick-up, taxi collectif, bus. Il arrive &#224; Nouadhibou &#233;puis&#233;. &#192; cet instant du voyage, la volont&#233; de rallier l'Europe n'est pas encore claire. Au contraire, apr&#232;s une ann&#233;e en Mauritanie, il opte pour rentrer au pays. Afin de faciliter ses d&#233;placements dans l'espace de la Cedeao &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, un ami guin&#233;en lui permet d'obtenir un (faux) passeport. Il quitte la Mauritanie pour le Mali, en faisant un crochet par Conakry afin de r&#233;cup&#233;rer le fameux s&#233;same.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En chemin, sans trop savoir pourquoi, il modifie son itin&#233;raire. Direction : le Niger. Niamey, Agadez, puis Arlit. Sur la route, entre Agadez et Arlit, &#171; &lt;i&gt;&#224; chaque check-point, les flics te contr&#244;lent, s&#233;parent les gens par nationalit&#233; et te soutirent quelque chose&lt;/i&gt; &#187; et quand tu arrives &#171; &lt;i&gt;tout le monde sait pourquoi tu es l&#224;&lt;/i&gt; &#187;. Avec d'autres aventuriers, Samuel attend son tour dans une des maisons g&#233;r&#233;es par les passeurs. Il y fait la connaissance de trois jeunes mineurs, une fille et deux gar&#231;ons, en partance pour l'Europe. N'ayant plus d'argent, ils sont coinc&#233;s &#224; Arlit. Il les prend sous son aile et leur paye le prix du voyage en pick-up jusqu'en Alg&#233;rie. Mais peu apr&#232;s le d&#233;part, le convoi tombe dans un guet-apens : une bande de Touaregs arm&#233;s &#8211; probablement de m&#232;che avec les passeurs &#8211; d&#233;leste les voyageurs de leur argent, t&#233;l&#233;phones et bijoux. Les bandits les alignent et les fouillent sans m&#233;nagement. Ils s'attardent sur Samuel, un des plus &#226;g&#233;s du convoi. La machette d'un des hommes bleus entaille &#224; plusieurs reprises ses bras. Mais ce dernier n'a rien &#224; cacher, tout son argent a servi &#224; financer le passage. Vient justement le tour d'un des deux jeunes gar&#231;ons qui craque apr&#232;s quelques minutes de pression. Il livre la liasse de billets cach&#233;e dans la ceinture de son pantalon. Les pirates du d&#233;sert enragent : si ce jeune a r&#233;ussi &#224; dissimuler cet argent, combien dans le groupe ont pu faire de m&#234;me ? Ils engagent une nouvelle fouille, encore plus brutale. Puis, le cauchemar s'arr&#234;te. Avec soulagement : cette nuit-l&#224;, personne n'y a laiss&#233; la vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171; remont&#233;e &#187; se poursuit : Tamanrasset, Gharda&#239;a, puis Oran, o&#249; Samuel gal&#232;re quatre mois. Il part ensuite pour Maghnia, &#224; quelques kilom&#232;tres du Maroc. Il y reste le temps de r&#233;colter l'argent n&#233;cessaire pour passer la fronti&#232;re, ses principaux &#171; sponsors &#187; &#233;tant sa famille rest&#233;e au pays et surtout ses fr&#232;res qui vivent en Europe. Il passe au Maroc, direction Tanger. Deux ans plus tard, il y est toujours bloqu&#233;. Au compteur, neuf tentatives de franchissement du d&#233;troit de Gibraltar par bateau. Et autant d'&#233;checs qui se traduisent par une double peine : non seulement les militaires marocains arraisonnent la fr&#234;le embarcation et la ram&#232;nent &#224; terre, mais les passagers, parfois apr&#232;s avoir &#233;t&#233; bastonn&#233;s, sont refoul&#233;s loin de Tanger. Samuel a donc &#233;t&#233; victime de neuf &#233;loignements : 3 fois vers K&#233;nitra, 3 fois vers Agadir et 3 fois vers Tiznit (respectivement &#224; 200, 600 et 670 km de Tanger). Transport&#233;s dans des bus d&#233;glingu&#233;s, les migrants sont ensuite abandonn&#233;s &#224; la sortie des villes ou en rase campagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Tanger, Samuel vit dans un de ces petits immeubles d&#233;cr&#233;pits au c&#339;ur de la m&#233;dina. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a que des Blacks qui vivent l&#224;. Camerounais, Guin&#233;ens, S&#233;n&#233;galais&lt;/i&gt; &#187;, commente-t-il. Il loue une minuscule chambre &#224; un marchand de sommeil aux activit&#233;s vari&#233;es : &#171; logeur &#187; de Subsahariens, trafiquant de haschich&#8230; Sur le pas de la porte, un de ses amis, avec qui il partage parfois la chambre, cuisine sur un r&#233;chaud &#224; gaz des morceaux de poulet plong&#233;s dans un bain d'huile. Le lieu est spartiate : un lit occupe les 2/3 de la pi&#232;ce, une petite &#233;tag&#232;re pour les effets personnels et une table basse sur laquelle est pos&#233; un &#233;cran et lecteur DVD. &#171; &lt;i&gt;J'ai veill&#233; tard cette nuit. Je voulais finir la s&#233;rie&lt;/i&gt; Game of Thrones. &#187; Il faut s'occuper l'esprit en attendant que la chance tourne. L'attente rythme le quotidien des voyageurs en qu&#234;te d'Europe. Attendre le jour du passage. Attendre le mandat qui permettra de poursuivre sa route. Attendre qu'un patron vous embauche comme journalier... Pour tuer le temps, Samuel vient souvent au caf&#233; Najah, situ&#233; &#224; quelques m&#232;tres de la place du Petit Socco, dans le c&#339;ur de la M&#233;dina. Il pose le d&#233;cor : &#171; &lt;i&gt;Les Blacks l'appellent le &#8220;caf&#233; Cloch'&#8221;, car il n'y a que les prostitu&#233;es et les clochards qui le fr&#233;quentent.&lt;/i&gt; &#187; Le lieu n'est pas tr&#232;s engageant : au fond de la salle principale plong&#233;e dans une semi-obscurit&#233;, quelques solitaires sont attabl&#233;s, la pipe de kif &#224; la main ou occup&#233;s &#224; se rouler un joint. Deux femmes passent d'une table &#224; l'autre. Dans l'entr&#233;e, la t&#233;l&#233;vision est branch&#233;e sur National Geographic et diffuse en boucle des reportages animaliers en anglais. Le caf&#233; Najah est connu des subsahariens, car un espace y a &#233;t&#233; n&#233;goci&#233; pour accueillir le &#171; Restaurant Kebbe &#187;, du nom d'un ancien migrant s&#233;n&#233;galais aujourd'hui install&#233; au Maroc. De fait, il s'agit d'un des rares lieux o&#249; les Noirs sont accept&#233;s sans trop de difficult&#233;s. Pour 25 dirhams, A&#239;ssatou, qui g&#232;re la cantine, te pr&#233;pare un bon thiep ou un maff&#233;. Et les plus fortun&#233;s payent des &#171; &lt;i&gt;repas en attente&lt;/i&gt; &#187;, qui d&#233;panneront les jours de grande gal&#232;re. Assis sur une chaise, le portable en main, Samuel profite du WiFi du Najah pour prendre des nouvelles de sa femme et de son fils rest&#233;s au Cameroun. Six ans ont pass&#233; et son enfant grandit sans lui. Il &#233;change aussi avec l'un de ses fr&#232;res qui, depuis la France, l'encourage &#224; ne pas l&#226;cher prise. Malgr&#233; les &#233;checs r&#233;p&#233;t&#233;s, Samuel reste d&#233;termin&#233;. Il a d&#233;cid&#233; de changer de strat&#233;gie. &#171; &lt;i&gt;Fini la mer, je ne veux plus risquer ma peau. J'attends d'avoir l'argent n&#233;cessaire et je pars &#224; Melilla.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1766 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH600/-80-44469.jpg?1779602898' width='400' height='600' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#235;l Galisson
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Melilla est, comme Ceuta, une enclave espagnole situ&#233;e en territoire marocain. Ces deux villes autonomes sont les seules fronti&#232;res terrestres existantes entre l'Union europ&#233;enne et l'Afrique. Arriver &#224; Melilla en venant du Maroc, c'est se confronter &#224; la &#171; barri&#232;re &#187;, un dispositif destin&#233; &#224; emp&#234;cher l'entr&#233;e sur le territoire espagnol des migrants dits &#171; ill&#233;gaux &#187;. En une quinzaine d'ann&#233;es, elle n'a cess&#233; d'&#234;tre renforc&#233;e. Double rang&#233;e de barbel&#233;s, douves de plusieurs m&#232;tres de profondeur, postes de surveillance des soldats marocains, triple barri&#232;re de 6 m&#232;tres de haut (parfois surmont&#233;e de barbel&#233;s) avec m&#233;canisme d'entrave en cas de franchissement, vid&#233;osurveillance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, d&#233;tecteurs de mouvements, rondes d'observation des militaires&#8230; Une v&#233;ritable balafre sur le paysage. Et un march&#233; juteux pour l'industrie de l'armement. C&#244;t&#233; espagnol, la concurrence est rude pour rafler le pactole du contr&#244;le de la fronti&#232;re. Entre 2005 et 2006, c'est l'entreprise Indra&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Indra, une des principales multinationales espagnoles, est une compagnie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; qui empoche 21 millions d'euros destin&#233;s &#224; construire 7 kilom&#232;tres de grillages. Puis, c'est Necso qui remporte le march&#233; de 1,13 million d'euros quand le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur d&#233;cide de doubler la hauteur des barri&#232;res. Indra se refait une sant&#233; entre 2007 et 2009 en s'occupant de la maintenance et des r&#233;parations de la &#171; barri&#232;re &#187; et r&#233;colte au passage 6,3 millions d'euros. Dans un r&#233;cent rapport, l'ONG n&#233;erlandaise Transnational institute (TNI) montre que le business de la fronti&#232;re est en plein boum : &#171; &lt;i&gt;Estim&#233; &#224; quelques 15 milliards d'euros en 2015, il devrait augmenter &#224; plus de 29 milliards d'euros par an en 2022&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Transnationalinstitute, Guerras de frontera, Los fabricantes y vendedores (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. &#187; Elle ajoute que l'UE a pr&#233;vu de d&#233;penser 4,5 milliards d'euros sur la p&#233;riode 2004-2020 afin de s&#233;curiser ses fronti&#232;res ext&#233;rieures et que &#171; &lt;i&gt;le budget de Frontex, principal organisme de contr&#244;le des fronti&#232;res, a augment&#233; de 3688% entre 2005 et 2016 (de 6,3 millions d'euros &#224; 238,7millions d'euros)&lt;/i&gt; &#187;. Ironie de l'histoire, les entreprises &#224; la pointe de la militarisation des fronti&#232;res europ&#233;ennes vendent &#233;galement des armes qui &#233;quipent les guerres actuellement en cours au Moyen-Orient et en Afrique, grandes pourvoyeuses de r&#233;fugi&#233;s. Marchands d'armes le matin, n&#233;gociants en barbel&#233;s l'apr&#232;s-midi. Et le rapport de conclure, &#171; &lt;i&gt;les entreprises qui cr&#233;ent la crise sont celles qui en profitent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La barri&#232;re de Melilla s&#233;pare deux territoires en guerre. Mais l'Espagne et le Maroc ne sont pas (ou plus) en conflit. La violence, tant symbolique que physique, est d&#233;sormais dirig&#233;e contre les migrants. Omar Naji, militant de l'Association marocaine des droits de l'homme (AMDH), d&#233;crit l'ambiance : &#171; &lt;i&gt;&#192; Nador, tu ne peux pas marcher en ville si tu es Noir, la police te rafle&lt;/i&gt;. &#187; Dans les montagnes entourant l'enclave espagnole, &#171; &lt;i&gt;les descentes des forces auxiliaires marocaines s'accompagnent d'arrestations, y compris de personnes disposant de titre de s&#233;jour, et de destruction des tentes et abris&lt;/i&gt; &#187;. La surveillance et le harc&#232;lement sont constants : &#171; &lt;i&gt;Une fois par semaine, un h&#233;licopt&#232;re de l'arm&#233;e survole les bois afin d'estimer le nombre de migrants qui s'y cachent&lt;/i&gt;. &#187; &#192; coup de gourdin ou de pierres, les &#171; Alis &#187; &#8211; surnom donn&#233; par les migrants aux soldats marocains &#8211; se d&#233;cha&#238;nent. Les Subsahariens arr&#234;t&#233;s lors de ces raids sont emprisonn&#233;s, hors de tout cadre l&#233;gal et sans limitation de dur&#233;e, dans des centres de r&#233;tention (souvent des b&#226;timents publics r&#233;quisitionn&#233;s), en attendant un refoulement vers le Sud.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Melilla comme &#224; Ceuta, tenter de &#171; br&#251;ler &#187; la fronti&#232;re peut prendre diff&#233;rentes formes. Pour les sans-papiers ayant des ressources financi&#232;res, il y a le passage par la route et les postes-fronti&#232;res, recroquevill&#233;s dans des caches, sous les si&#232;ges, derri&#232;re un pare-chocs ou dans le r&#233;servoir d'un v&#233;hicule. Vient ensuite la voie maritime sur des barques de p&#234;che, zodiacs ou m&#234;me jet-ski te d&#233;posant &#224; proximit&#233; des plages espagnoles. Enfin, pour les sans-le-sou, reste le saut de la barri&#232;re. S'attaquer au dispositif implique une organisation quasi militaire du passage. Observer les rondes des soldats marocains, porter attention &#224; la m&#233;t&#233;o (un vent fort peut d&#233;clencher les alarmes), pr&#233;parer son &#233;quipement (chaussures &#224; crampons bricol&#233;s, multiples couches de v&#234;tements&#8230;), rep&#233;rer les faiblesses de la barri&#232;re, organiser le ravitaillement du campement&#8230; sont quelques-unes des t&#226;ches &#224; accomplir avant de tenter une &#171; boza &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nom donn&#233; &#224; la danse que les exil&#233;s improvisent pour c&#233;l&#233;brer la r&#233;ussite du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le franchissement de la barri&#232;re n'est pas une garantie. Depuis des ann&#233;es, c&#244;t&#233; espagnol, la Guardia civil proc&#232;de en toute ill&#233;galit&#233; &#224; des &#171; refoulements &#224; chaud &#187; : un migrant interpell&#233; sur la fronti&#232;re est remis aux autorit&#233;s marocaines sans examen de sa situation, en violation de la Convention de Gen&#232;ve&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Article 33, paragraphe 1 de la Convention de Gen&#232;ve.&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. Pire, le 1er avril 2015, le l&#233;gislateur espagnol a vot&#233; un amendement qui &#171; encadre &#187; ces expulsions &#224; chaud, les l&#233;gitimant de droit. D'autant qu'il n'existe aucune limite dans le temps et l'espace. Dans un rapport conjoint r&#233;alis&#233; par le collectif euro africain Migreurop, Kouma, un r&#233;fugi&#233; camerounais vivant &#224; Rabat, t&#233;moigne : &#171; &lt;i&gt;En quatre ans de for&#234;t &#224; Nador, je suis entr&#233; cinq fois &#224; Melilla par la barri&#232;re. Mais &#224; chaque fois on nous a pris et rejet&#233;s au Maroc. C'&#233;tait tr&#232;s violent, il y a des gens qui sont morts de leurs blessures lors du refoulement. La quatri&#232;me fois, je suis entr&#233; bien loin dans la ville, j'&#233;tais proche du campo&lt;/i&gt; [centre de r&#233;tention]. &lt;i&gt;Mais la Guardia tournait. Je m'&#233;tais cach&#233; dans des touffes d'herbe, &#224; un moment j'ai vu les phares sur moi, c'&#233;tait fini. Ils m'ont mis de force dans la voiture et jet&#233; au Maroc, par une des portes de la barri&#232;re&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association marocaine des Droits de l'Homme (AMDH), Rapport annuel 2015 sur (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle que soit la voie, chaque tentative comporte ses risques. En 2015, la section de Nador de l'AMDH a recens&#233; 23 d&#233;c&#232;s lors de tentatives de passage, dont 21 personnes mortes noy&#233;es lors du naufrage de leur embarcation&lt;a href=&#034;#nb2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Asociaci&#244;n Pro Derechos Humanos de Andalucia (APDHA), Droits de l'Homme &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. L'Associacion Pro Derechos Humanos de Andaluc&#237;a (APDHA) d&#233;nombre quant &#224; elle, sur la m&#234;me ann&#233;e, 195 disparitions sur l'ensemble de la fronti&#232;re (Ceuta, Melilla et d&#233;troit de Gibraltar)&lt;a href=&#034;#nb2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gadem, Migreurop, APDHA, La Cimade, Ceuta et Melilla, centres de tri &#224; ciel (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. Et il ne s'agit l&#224; que des morts qu'on a pu recenser. Combien de corps engloutis par la M&#233;diterran&#233;e ? Combien de personnes mortes sous les coups des forces auxiliaires marocaines ou de la Guardia civil et enterr&#233;es en douce dans les montagnes surplombant Ceuta et Melilla&lt;a href=&#034;#nb2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ibid.&#034; id=&#034;nh2-10&#034;&gt;10&lt;/a&gt; 10 ? Aux morts s'ajoutent les bless&#233;s, par les coups ou les barbel&#233;s, laissant certains infirmes ou amput&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Crois&#233; &#224; Ceuta, &#224; proximit&#233; de la plage Benitez, Bertrand, 22 ans, a r&#233;ussi &#224; mettre le pied en Europe. En f&#233;vrier 2016, il a quitt&#233; la Guin&#233;e-Conakry, &#171; &lt;i&gt;pays en voie de sous-d&#233;veloppement &lt;/i&gt; &#187; dit-il d'un ton sarcastique, car il voulait &#171; &lt;i&gt;faire sa vie&lt;/i&gt; &#187; et &#233;chapper &#224; un horizon bouch&#233; par la cooptation et la corruption. Il a pris un vol Conakry-Rabat, a pass&#233; un mois dans la capitale du royaume ch&#233;rifien, log&#233; dans un appartement collectif avec d'autres candidats au d&#233;part. Puis il est parti pour Tanger et le quartier de Boukhalef, o&#249; il a s&#233;journ&#233; pendant 3 mois. Quand on l'interroge sur ces quelques mois pass&#233;s au Maroc, Bertrand raconte surtout le racisme dont sont victimes les Noirs. &#171; &lt;i&gt;Quand on montait dans le bus, les gens se bouchaient le nez ou nous aspergeaient d'eau de Cologne. Et si nous n'&#233;tions que des Blacks &#224; attendre &#224; l'arr&#234;t de bus, il arrivait que le chauffeur ne s'arr&#234;te pas. On m'a plusieurs fois crach&#233; dessus.&lt;/i&gt; &#187; Pour rien au monde il ne remettrait les pieds au Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un jour de juin, guid&#233; par un passeur, Bertrand quitte Tanger en direction de Ceuta. &#192; la nuit tomb&#233;e, avec 11 compagnons, il se hisse dans un bateau pneumatique. Quelques heures et quelques frayeurs plus tard, l'embarcation accoste sur une des plages de Ceuta. Co&#251;t du passage : 2 800 euros. Depuis, Bertrand patiente. Les journ&#233;es se suivent et se ressemblent : ici, il n'y a rien &#224; faire qu'attendre. Car Ceuta, tout comme Melilla, c'est l'Europe... Enfin, pas vraiment. Car si les chanceux qui ont pu entrer sont de fait dans l'Union europ&#233;enne, ils ne peuvent quitter l'enclave, celle-ci &#233;tant exclue de l'espace Schengen. Une fois enregistr&#233; au Centre de s&#233;jour temporaire pour migrants (Ceti), le migrant se morfond dans l'attente d'un transfert vers un des centres d'accueil de la p&#233;ninsule. Il y a encore quelque temps, l'attente pouvait durer jusqu'&#224; une voire plusieurs ann&#233;es. Actuellement, on table sur 6 mois environ. Alors, les exil&#233;s tuent le temps. Ils fuient le plus possible le Ceti, ses dortoirs bond&#233;s et ses &#233;quipements sanitaires insuffisants. Certains proposent leurs services contre quelques pi&#233;cettes &#224; la sortie des supermarch&#233;s ou comme gardes-parkings. D'autres fr&#233;quentent les cours d'espagnol propos&#233;s par l'association Elin. Beaucoup errent simplement en ville. Ceuta, avec son air de &#171; douce prison &#187;, est le dernier sas avant d'atteindre r&#233;ellement l'Europe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La fin de journ&#233;e approche et la nuit tombe. Bertrand quitte la plage Benitez, direction le Ceti. &#171; &lt;i&gt;Plus que 5 mois avant d'aller voir Paris&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il, le sourire aux l&#232;vres. En face, de l'autre c&#244;t&#233; du d&#233;troit et &#224; travers la brume, &#233;closent peu &#224; peu les lumi&#232;res du rocher de Gibraltar et du port d'Alg&#233;ciras. Un peu plus &#224; l'ouest, on distingue l'ombre des montagnes surplombant Tarifa.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Ma&#235;l Gallisson&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;ternel retour des routes clandestines&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;petitelettrine&gt;O&lt;/petitelettrine&gt;nze ans pr&#232;s, rien ne semble avoir chang&#233;. Ce que dit ce reportage autour du d&#233;troit de Gibraltar ravive le souvenir de l'assaut du 29 septembre 2005 sur les hautes grilles de Ceuta, le premier &#224; avoir &#233;t&#233; m&#233;diatis&#233;. un des participants &#224; cette &#233;meute sur la fronti&#232;re, Mahmoud Traor&#233;, en t&#233;moigne dans le livre &lt;i&gt;Partir et raconter &#8211; R&#233;cit d'un clandestin africain en route vers l'Europe &lt;/i&gt;(Lignes, 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un temps, &lt;/strong&gt;apr&#232;s que les images de vid&#233;osurveillance diffus&#233;es sur toutes les t&#233;l&#233;s du monde (vision fantasmagorique d'une avalanche de corps noirs mena&#231;ant de submerger le jardin d'Eden) eurent accompagn&#233; les premi&#232;res op&#233;rations de l'agence Frontex, les voies clandestines se sont d&#233;port&#233;es vers les Canaries, puis Lampedusa, Malte et les &#238;les grecques. Ceuta et Melilla &#233;tait devenues des culs-de-sac o&#249; le migrant sans papiers croupissait souvent pendant des ann&#233;es avant de pouvoir gagner la p&#233;ninsule ib&#233;rique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aujourd'hui, &lt;/strong&gt;alors que les conflits arm&#233;s en Libye, Syrie, Irak, Afghanistan, Palestine et Turquie injectent des centaines de milliers de r&#233;fugi&#233;s dans les art&#232;res du passage clandestin (avec son cort&#232;ge de trag&#233;dies et les mirifiques profits l&#233;gaux et ill&#233;gaux qu'il engendre), les routes du Maghreb sont redevenues une alternative qui saute aux yeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En t&#233;moignant &lt;/strong&gt;de la vie sur les routes et de l'organisation de l'assaut par des assembl&#233;es oeuvrant &#224; l'insu des flics ripoux autant que des r&#233;seaux de passeurs, Mahmoud Traor&#233; parlait de dignit&#233;, d'union et de pers&#233;v&#233;rance. &#171; &lt;i&gt;Pour nous, un clando, c'&#233;tait un clodo, mais apr&#232;s avoir &#233;cout&#233; l'histoire de Mahmoud, on sait maintenant qu'ils sont plut&#244;t des h&#233;ros &lt;/i&gt; &#187;, d&#233;clarera une coll&#233;gienne marseillaise devant une cam&#233;ra de France 3. C'est cette dignit&#233; que l'&#201;tat fran&#231;ais tente de disperser &#224; Calais ou &#224; Menton.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruno Le Dantec&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Du haut de ses 851 m d'altitude, le Djebel Musa, situ&#233; en territoire marocain, surplombe la ville autonome de Ceuta.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Communaut&#233; &#233;conomique des &#201;tats d'Afrique de l'Ouest.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Indra, une des principales multinationales espagnoles, est une compagnie multisectorielle intervenant dans les domaines de la s&#233;curit&#233; et de la d&#233;fense, du transport et de la circulation, de l'&#233;nergie et de l'industrie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Transnationalinstitute, Guerras de frontera, Los fabricantes y vendedores de armas que se b&#233;n&#233;ficiai ! de la tragedia de los refugiados en Europa &#187;, 04/08/16.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Nom donn&#233; &#224; la danse que les exil&#233;s improvisent pour c&#233;l&#233;brer la r&#233;ussite du passage de la fronti&#232;re. De fait, le terme s'applique aussi &#224; la tentative de passage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Article 33, paragraphe 1 de la Convention de Gen&#232;ve.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association marocaine des Droits de l'Homme (AMDH), Rapport annuel 2015 sur la migration et l'asile &#224; Nador.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Asociaci&#244;n Pro Derechos Humanos de Andalucia (APDHA), Droits de l'Homme &#224; la Fronti&#232;re Sud, 2016.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gadem, Migreurop, APDHA, La Cimade, Ceuta et Melilla, centres de tri &#224; ciel ouvert aux portes de l'Afrique, d&#233;cembre 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Ibid.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Morts &#224; la fronti&#232;re</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Morts-a-la-frontiere</link>
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		<dc:date>2014-05-15T05:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Arraitz</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>forteresse Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Europe</dc:subject>
		<dc:subject>Yohanne Lamoul&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>f&#233;vrier</dc:subject>
		<dc:subject>Ceuta</dc:subject>
		<dc:subject>Melilla</dc:subject>
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		<dc:subject>qu'ils n'atteignent</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Neuf ans apr&#232;s la premi&#232;re insurrection de clandestins sur la fronti&#232;re de Ceuta et Melilla, la route du d&#233;troit de Gibraltar est r&#233;activ&#233;e, au grand dam de Frontex. En t&#233;moigne la mort de quinze migrants, noy&#233;s le 6 f&#233;vrier &#224; vingt m&#232;tres de l'Europe. La cam&#233;ra thermique de l'h&#233;licopt&#232;re les rep&#232;re bien avant qu'ils n'atteignent la ligne de division entre Afrique et Europe. En file indienne, ils progressent &#224; flanc de montagne comme des fourmis sous le prisme d'un microscope. L'&#339;il (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no120-mars-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;120 (mars 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enclaves" rel="tag"&gt;enclaves&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Neuf ans apr&#232;s la premi&#232;re insurrection de clandestins sur la fronti&#232;re de Ceuta et Melilla, la route du d&#233;troit de Gibraltar est r&#233;activ&#233;e, au grand dam de Frontex&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Agence europ&#233;enne de gestion des fronti&#232;res ext&#233;rieures.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. En t&#233;moigne la mort de quinze migrants, noy&#233;s le 6 f&#233;vrier &#224; vingt m&#232;tres de l'Europe.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La cam&#233;ra thermique de l'h&#233;licopt&#232;re les rep&#232;re bien avant qu'ils n'atteignent la ligne de division entre Afrique et Europe. En file indienne, ils progressent &#224; flanc de montagne comme des fourmis sous le prisme d'un microscope. L'&#339;il panoptique de la forteresse Europe les observe, eux dont le nombre, et seulement le nombre, puisqu'ils n'ont ni nom ni visage, semble repr&#233;senter une terrible menace.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1030 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/p08-11-yoh_berre-7e139.jpg?1779603236' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Yohanne Lamoul&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'aube du 6 f&#233;vrier 2014, quelque trois cents subsahariens ont tent&#233; le grand saut aux abords de Ceuta, enclave espagnole du nord marocain. Repouss&#233;s &#224; deux reprises &#8211; d'abord au pied du triple grillage de six m&#232;tres de haut, puis face aux portillons de la douane &#8211;, un groupe s'est jet&#233; &#224; l'eau pour contourner la jet&#233;e du Tarajal. Depuis la plage, les agents de la Guardia civil les ont emp&#234;ch&#233;s de prendre pied sur le sol espagnol. Pour cela, et bien que leur chef l'ait ni&#233; par la suite, ils ont tir&#233;. Une vedette a m&#234;me fonc&#233; sur les nageurs en l&#226;chant des grenades lacrymog&#232;nes. R&#233;sultat : quinze migrants se sont noy&#233;s &#224; quelques m&#232;tres du rivage. La vid&#233;osurveillance n'a rien perdu du drame. Les survivants, pantelants, sont rudoy&#233;s, tra&#238;n&#233;s, puis refoul&#233;s ill&#233;galement par une porte dans le grillage. De l'autre c&#244;t&#233;, alors que les auxiliaires de la gendarmerie marocaine sortent les premiers cadavres de l'eau, on aper&#231;oit un Noir, coupe rasta, qui craque : &#233;chappant &#224; ses gardes, il court et lance une pierre en direction des flics espagnols, qu'il insulte avant de s'&#233;crouler face contre terre, an&#233;anti.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a n&#233;anmoins fallu une vid&#233;o amateur pour contredire la version officielle. On y voit clairement les agents tirer en direction des nageurs. On les entend les insulter. La pol&#233;mique enfle et l'Europe se d&#233;douane par la voix de la commissaire &#224; l'Int&#233;rieur, Cecilia Malmstr&#246;m, qui condamne l'usage de mat&#233;riel anti-&#233;meute. Fin 2013, elle avait d&#233;j&#224; critiqu&#233; la r&#233;installation de rouleaux de barbel&#233;s au sommet du premier grillage, &#171; &lt;i&gt; alors que l'exp&#233;rience pass&#233;e prouve qu'ils n'emp&#234;chent rien, mais occasionnent des blessures inhumaines&lt;/i&gt; &#187;. Depuis, le ministre de l'Int&#233;rieur espagnol a interdit l'usage de balles de caoutchouc &#8211; &#171; &lt;i&gt;inefficaces&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, tout en concoctant une loi qui l&#233;galisera les &#171; &lt;i&gt;expulsions &#224; chaud&lt;/i&gt; &#187;, contraires aux lois internationales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le quotidien &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt;, dix jours apr&#232;s le drame, a titr&#233; en une : &#171; &lt;i&gt;30 000 Subsahariens attendent pour passer en Espagne&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chiffre alarmiste visant &#224; minimiser le caract&#232;re odieux de l'action (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;. Dans la foul&#233;e, le ministre de l'Int&#233;rieur a surench&#233;ri : &lt;i&gt;&#171; 40 000 clandestins mass&#233;s autour des enclaves espagnoles&lt;/i&gt; &#187; ! Pourtant, selon Rabat, il n'y a que 25 000 sans-papiers sur l'ensemble de son territoire&#8230; Les personnes survivant dans les bois autour des enclaves se comptent en centaines, pas plus. Accus&#233; de laxisme dans son labeur de sous-traitant de la r&#233;pression frontali&#232;re, le Maroc assure avoir fait diminuer de 95 % les d&#233;parts de pateras&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Embarcations transportant des clandestins &#224; travers le d&#233;troit de Gibraltar.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt; vers les c&#244;tes andalouses. Si en 2006 &#8211; apr&#232;s les premiers sauts collectifs &#8211;, 31 678 &#171; ill&#233;gaux &#187; ont accost&#233; sur les &#238;les Canaries, il n'y en aurait plus aujourd'hui, selon l'agence Frontex. Ce qui explique la recrudescence des assauts sur Ceuta et Melilla, bien que Bruxelles minimise l'&#233;tat d'urgence d&#233;cr&#233;t&#233; par Madrid. Le d&#233;troit de Gibraltar est loin d'&#234;tre redevenu le maillon faible qu'il a &#233;t&#233;. Les &#238;les italiennes et la fronti&#232;re turco-grecque restent des points beaucoup plus sensibles.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1031 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/p08-11-yoh_6-2-68e20.jpg?1779747175' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Yohanne Lamoul&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Depuis le 6 f&#233;vrier, on a quand m&#234;me compt&#233; quatre passages en force sur la fronti&#232;re de Melilla. Celui du vendredi 28 mars a permis l'entr&#233;e de 214 clandestins, un record depuis 2005. Torse nu et levant leurs mains ensanglant&#233;es pour montrer qu'ils sont d&#233;sarm&#233;s&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour justifier sa propre brutalit&#233;, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur parle (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, ils ont couru dans les rues de la localit&#233; espagnole jusqu'au Centre d'accueil temporaire pour immigr&#233;s. D'une capacit&#233; d'accueil de 472 places, ce centre h&#233;berge aujourd'hui plus de 1 300 pensionnaires. &#171; &lt;i&gt;Depuis quelques jours, il n'y a plus d'expulsions &#8220;&#224; chaud&#8221;, pratique ill&#233;gale&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pratique qui consiste &#224; refouler l'intrus vers le pays voisin sans m&#234;me (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;i&gt;, mais usuelle par ici&lt;/i&gt; &#187;, t&#233;moigne Jos&#233; Palaz&#243;n, de l'ONG Prodein. Le gouvernement espagnol nie toute gr&#232;ve du z&#232;le, mais un repr&#233;sentant syndical de la Guardia civil &#233;voque un &#171; &lt;i&gt;d&#233;couragement croissant des agents&lt;/i&gt; &#187;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On brandit une augmentation de 113 % des &#171; entr&#233;es irr&#233;guli&#232;res &#187; en 2013, sans pr&#233;ciser qu'entre 2005 et 2011, les deux enclaves &#233;taient devenues des voies sans issue, o&#249; les rares clandestins r&#233;ussissant &#224; p&#233;n&#233;trer, le plus souvent par la mer, moisissaient en r&#233;tention pendant des ann&#233;es. Les 2 et 3 mars, deux zodiacs ont atteint les plages de Melilla, avec &#224; bord 32 et 17 passagers sans visa, malgr&#233; des vents de force 8 balayant le d&#233;troit. Au m&#234;me moment, &#224; Ceuta, quatre jeunes Africains ont &#233;t&#233; intercept&#233;s par les gardes marocains &#224; quelques brasses de la plage espagnole de Benz&#250;. Lundi 3 mars au matin, la presse rapporte qu'un sans-papiers a &#233;t&#233; d&#233;couvert par les douaniers dans la valise d'un voyageur. Dans la nuit du 3 au 4 mars, pr&#232;s de mille Subsahariens ont tent&#233; leur chance sur divers points de la fronti&#232;re de Ceuta, sans succ&#232;s. Certains murmurent d&#233;j&#224; que le gouvernement espagnol, en proie &#224; une avalanche de scandales politico-financiers, cherche &#224; focaliser son opinion publique sur le &#171; p&#233;ril clandestin &#187; et, au passage, mettre la commission europ&#233;enne sous pression. Madrid r&#233;clame 45 millions &#224; Bruxelles pour renforcer la fronti&#232;re et a envoy&#233; dix-huit agents anti-&#233;meutes de plus &#224; Melilla. De son c&#244;t&#233;, le Maroc a d&#233;p&#233;ch&#233; deux g&#233;n&#233;raux pour superviser l'action de la gendarmerie aux abords des deux enclaves. Les victimes de cette partie d'&#233;checs &#224; trois bandes sont les migrants, qui subissent des raids incessants &#8211; bivouacs mis &#224; sac, bastonnades et interpellations, interdiction de la zone aux journalistes&#8230; Abbas, un jeune Gabonais dont le fr&#232;re est mort noy&#233; le 6 f&#233;vrier, a parcouru les quatre cents kilom&#232;tres qui s&#233;parent Ceuta de Melilla pour tenter sa chance. Il a &#233;chou&#233; lors de l'assaut collectif lanc&#233; &#224; l'aube du lundi 24 f&#233;vrier et en garde une balafre qui lui barre le visage du front jusque sous l'&#339;il gauche. &#171; &lt;i&gt;Le lendemain, j'ai &#233;t&#233; pris dans une rafle des Alis&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sobriquet par lequel les clandestins d&#233;signent les auxilaires de gendarmerie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-6&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;i&gt;et ils m'ont cass&#233; le bras.&lt;/i&gt; &#187; Il dit sa col&#232;re et sa d&#233;termination : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas venu jusqu'aux portes de l'Europe pour finir en cadavre !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1032 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/p08-11-yoh_5-2-b177e.jpg?1779747175' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Yohanne Lamoul&#232;re.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 19 f&#233;vrier, l'Association andalouse de d&#233;fense des droits de l'homme &#8211; en collaboration avec Migreurop &#8211; a pr&#233;sent&#233; son rapport annuel. En 2013, 5 750 clandestins auraient r&#233;ussi &#224; entrer par Ceuta, Melilla ou la c&#244;te de Cadix, et 574 depuis le d&#233;but 2014. Ce qui ne repr&#233;sente que 5 % du total des entr&#233;es irr&#233;guli&#232;res dans l'espace Schengen. Le m&#234;me rapport recense 130 morts autour du d&#233;troit de Gibraltar. Moins qu'en 2012 &#8211; 225 &#8211;, &#171; &lt;i&gt;sans doute &#224; cause de la sophistication du contr&#244;le frontalier, qui repousse toujours plus loin les routes clandestines et les risques encourus &#8211; 92 morts ont &#233;t&#233; r&#233;pertori&#233;s dans le d&#233;sert nig&#233;rien pendant la m&#234;me p&#233;riode &lt;/i&gt; &#187;. En septembre 2007, deux ans apr&#232;s le premier soul&#232;vement clandestin autour de Ceuta et Melilla&lt;a href=&#034;#nb2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Mahmoud Traor&#233; et Bruno Le Dantec, Dem ak xabaar, Partir et raconter, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, Franco Frattini, commissaire europ&#233;en &#224; la Justice, &#224; la Libert&#233; et &#224; la S&#233;curit&#233;, d&#233;clarait que &#171; &lt;i&gt;dans les deux d&#233;cennies &#224; venir, l'Europe&lt;/i&gt; [aurait] &lt;i&gt;besoin de vingt millions d'immigr&#233;s en plus &lt;/i&gt; &#187;. Morts ou vifs ?&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cr&#233;dit Photo&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Ces photos sont extraites du travail intitul&#233; La Roue, un voyage r&#233;alis&#233; entre 2003 et 2005 par &lt;a href=&#034;http://yohanne.lamoulere.book.picturetank.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Yohanne Lamoul&#232;re&lt;/a&gt; au c&#339;ur de diff&#233;rentes zones de production de fruits et l&#233;gumes en Europe. &lt;i&gt;La Roue, ou la noria des saisonniers agricoles&lt;/i&gt;, textes de Patrick Herman, &#233;ditions &lt;a href=&#034;http://www.khiasma.net/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Khiasma&lt;/a&gt;, 2007.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Agence europ&#233;enne de gestion des fronti&#232;res ext&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chiffre alarmiste visant &#224; minimiser le caract&#232;re odieux de l'action polici&#232;re. Ce coup de main du quotidien de gauche &#224; un gouvernement de droite aux abois est troublant : en 2005, &lt;i&gt;El Pa&#237;s&lt;/i&gt; faisait d&#233;j&#224; &lt;a href=&#034;http://www.yometiroalmonte.es/2014/02/21/portada-el-pais-30-000-subsaharianos-esperan-invadir-europa-2005/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;sa une&lt;/a&gt; avec le m&#234;me chiffre dix jours apr&#232;s les premiers assauts collectifs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Embarcations transportant des clandestins &#224; travers le d&#233;troit de Gibraltar.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour justifier sa propre brutalit&#233;, le minist&#232;re de l'Int&#233;rieur parle d'assauts violents.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pratique qui consiste &#224; refouler l'intrus vers le pays voisin sans m&#234;me examiner son cas.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sobriquet par lequel les clandestins d&#233;signent les auxilaires de gendarmerie marocains.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir Mahmoud Traor&#233; et Bruno Le Dantec, &lt;a href=&#034;http://www.editions-lignes.com/DEM-AK-XABAAR-PARTIR-ET-RACONTER.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Dem ak xabaar, Partir et raconter&lt;/a&gt;, R&#233;cit d'un clandestin africain en route vers l'Europe, Lignes, 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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