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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Marseille : Occupy la psychiatrie</title>
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		<dc:date>2016-11-28T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;R&#233;cemment encore, ils &#233;taient condamn&#233;s &#224; la rue ou aux foyers d'accueil, exclus par une soci&#233;t&#233; rechignant &#224; prendre en charge leurs troubles psychiatriques. Depuis ao&#251;t 2015, la trentaine d'habitants du 3 rue Socrate cohabite dans un b&#226;timent r&#233;quisitionn&#233; par l'association Marabout, en plein centre-ville de Marseille. &#171; Ce qui est utile est beau relativement &#224; l'usage auquel il est utile. &#187; Socrate Honneur aux artistes, commen&#231;ons par Marcel. Ce jour-l&#224;, l'homme aux ceintures &#224; t&#234;te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no148-novembre-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;148 (novembre 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Actualites" rel="tag"&gt;Actualit&#233;s&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/beau-relativement" rel="tag"&gt;beau relativement&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;R&#233;cemment encore, ils &#233;taient condamn&#233;s &#224; la rue ou aux foyers d'accueil, exclus
par une soci&#233;t&#233; rechignant &#224; prendre en charge leurs troubles psychiatriques. Depuis ao&#251;t 2015, la trentaine d'habitants du 3 rue Socrate cohabite dans un b&#226;timent r&#233;quisitionn&#233; par l'association Marabout, en plein centre-ville de Marseille.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ce qui est utile est beau relativement &#224; l'usage auquel il est utile&lt;/i&gt;. &#187; Socrate&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1769 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH288/-83-fce14.jpg?1782644466' width='400' height='288' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Dessin r&#233;alis&#233; au 3 rue Socrate
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Honneur aux artistes, commen&#231;ons par Marcel. Ce jour-l&#224;, l'homme aux ceintures &#224; t&#234;te de mort et aux bottes en croco vert pomme, 42 printemps, re&#231;oit dans sa petite chambre du 3 rue Socrate, rang&#233;e nickel-chrome. En quelques mois de pr&#233;sence, il a eu le temps de soigneusement l'am&#233;nager, la d&#233;corant d'&#233;l&#233;ments disparates : un buste de cerf en plastique, une gravure sur bois en relief repr&#233;sentant des paysans, une commode en carton faite main. &lt;i&gt;Home sweet home&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La porte franchie, Marcel installe d'autorit&#233; le visiteur sur son futon, puis se lance dans la pr&#233;sentation d&#233;taill&#233;e de ses cr&#233;ations : des dessins enfantins alternant c&#339;urs et cervid&#233;s, des gravures sur cuir, des petites sculptures en bois. &#338;uvres touchantes, m&#233;ticuleusement compos&#233;es. S'il a du talent &#224; revendre, pas question pour lui de le monnayer : ce serait enfreindre la loi du c&#339;ur, celle qui le guide, explique-t-il en se cognant vigoureusement l'organe en question. Ses cr&#233;ations, il les offre &#224; ceux et celles qu'il aime, voil&#224; tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'origine roumaine, arriv&#233; en France en 2011, Marcel ne parle pas tr&#232;s bien fran&#231;ais, d&#233;livre un sabir d'autant plus herm&#233;tique qu'il a des difficult&#233;s d'&#233;locution. Il n'emp&#234;che : on peut ais&#233;ment le comprendre, tant il met d'enthousiasme &#224; communiquer. Souvent d&#233;s&#339;uvr&#233;, il cherche du travail, aimerait reprendre ce boulot de ma&#231;on qui &#233;tait le sien en Roumanie. Pas facile. Malgr&#233; tout, il est presque heureux, dit-il, m&#234;me si parfois le &#171; &lt;i&gt;couci-cou&#231;a&lt;/i&gt; &#187; domine. Cela fait quelques mois qu'il s'est install&#233; dans le b&#226;timent du 3 rue Socrate, au c&#339;ur de Marseille, et il s'y trouve bien. Sa chambre, c'est son havre de paix. Il y m&#232;ne une existence g&#233;n&#233;ralement r&#233;gl&#233;e comme du papier &#224; musique, studieuse et routini&#232;re. &#171; &lt;i&gt;Tranquilla tranquilla&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Babel en la Cit&#233; &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;S'il est log&#233; ici, Marcel, c'est qu'il en a bav&#233;, abonn&#233; aux gal&#232;res. Surtout, il souffre de troubles psychiatriques lourds, &#171; d&#233;bloquerait &#187; probablement sans ses m&#233;docs. Il n'est pas le seul. Au 3 rue Socrate, beaucoup sont dans le m&#234;me cas, chacun charg&#233; de son histoire. Il y a des solitaires comme Marcel, ou bien Fran&#231;ois, musicien affable tout juste sorti de la rue et qu'accompagne invariablement une vieille chienne au regard triste. Il y a ces deux jeunes touchants que les autres surnomment &#171; Tartine &#187; et &#171; Beurre &#187;, pour des raisons myst&#233;rieuses. Il y a le tr&#232;s costaud &#201;ric aux bras coutur&#233;s de cicatrices et sa jeune femme, enceinte de quelques mois. Et puis il y a les familles qui malgr&#233; la pr&#233;carit&#233; &#233;l&#232;vent leurs enfants du mieux qu'elle peuvent &#8211; tous sont scolaris&#233;s. Au fil des &#233;tages, il y a des Albanais, des Serbes, des Alg&#233;riens. Babel &lt;i&gt;and co&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous ont encaiss&#233; des tuiles &#224; r&#233;p&#233;tition. Parfois la rue, d'autres fois des h&#233;bergements d'urgence mal adapt&#233;s, ou bien l'h&#244;pital psychiatrique pour des p&#233;riodes plus ou moins longues. Dans ce squat supervis&#233; par des travailleurs sociaux&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;S'y croisent notamment les membres de la coordination Marss (Mouvement et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ils ont trouv&#233; un refuge, un endroit o&#249; souffler. Si tout n'est pas parfait, si parfois la cohabitation d&#233;raille, si en ce mois d'octobre l'eau chaude fait temporairement d&#233;faut, ils y sont attach&#233;s. Bien s&#251;r, il arrive que l'ambiance soit tendue, certains habitants se r&#233;v&#233;lant plus ou moins impliqu&#233;s dans la vie commune, d'autres &#171; p&#233;tant les plombs &#187; &#224; l'occasion, mais cela finit g&#233;n&#233;ralement par s'arranger, &#224; l'huile de coude et au postillon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Th&#233;rapie par l'autonomie&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est en ao&#251;t 2015 que le lieu a &#233;t&#233; ouvert par quelques bonnes volont&#233;s, notamment rassembl&#233;es dans l'association le Marabout du 46. Des gens estimant qu'il est scandaleux de ne pas profiter des b&#226;timents abandonn&#233;s pour y loger les condamn&#233;s &#224; la rue, quitte &#224; les installer ill&#233;galement. Ici, &#224; deux pas des R&#233;form&#233;s et de la Canebi&#232;re, c'&#233;tait auparavant un h&#244;tel d&#233;di&#233; &#224; la prostitution &#8211; l'ancienne g&#233;rante est en taule pour prox&#233;n&#233;tisme. Dot&#233; de trois &#233;tages et 17 chambres, alors ouvert &#224; tous les vents, le b&#226;timent a &#233;t&#233; minutieusement choisi par les chasseurs de squat aux commandes. Ces derniers se sont ensuite en partie effac&#233;s, laissant aux habitants le soin de g&#233;rer les lieux, en autogestion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que des vocations ont &#233;merg&#233;. &#192; l'image de Momo : celui qui fut chanteur de ra&#239; en Alg&#233;rie veille &#224; la tranquillit&#233; du b&#226;timent pendant la nuit et a pris une place primordiale dans le collectif. Il n'est pas le seul. &#201;ric veille lui aussi au grain nocturne, Fatiah multiplie les couscous collectifs, Fran&#231;ois se propose de tenir &#224; jour la tr&#233;sorerie &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chaque habitant est cens&#233; verser une somme mensuelle d'environ 50 euros par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, etc. Chacun sa mani&#232;re de s'impliquer, selon ses envies et capacit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien de cela dont il &#233;tait question d&#232;s l'ouverture du 3 rue Socrate : offrir une certaine autonomie aux habitants, les laisser se d&#233;brouiller pour les affaires de la vie courante, ne s'immiscer qu'&#224; l'occasion, quand il y a des probl&#232;mes &#224; r&#233;gler, des situations qui d&#233;rapent, des urgences juridiques ou m&#233;dicales &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;L'id&#233;e n'est pas neuve &#224; Marseille. En 2007, un squat &#224; destination de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Un &#171; squat th&#233;rapeutique &#187;, dont Vincent, psychiatre et coordinateur du programme MARSS, r&#233;sume l'approche ainsi : &#171; &lt;i&gt;L'id&#233;e, c'est de reprendre cette notion am&#233;ricaine d&lt;/i&gt;'&#8220;empowerement&#8221;, &lt;i&gt;que les personnes log&#233;es ici puissent d'elles-m&#234;mes trouver les solutions aux impasses qu'elles ont connues&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Horizon expulsion ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Si l'exp&#233;rience est concluante, elle n'en reste pas moins menac&#233;e. Les propri&#233;taires du b&#226;timent multiplient les d&#233;marches judiciaires et les menaces d'expulsion se succ&#232;dent, dont une ordonnance de r&#233;f&#233;r&#233; dat&#233;e de juin 2016. Cons&#233;quence : les habitants ne sont pas s&#251;rs de passer l'hiver au chaud. Le 20 octobre dernier, ils &#233;taient ainsi convoqu&#233;s devant le JEX (Juge d'ex&#233;cution des peines) du Tribunal de grande instance de Marseille. Il s'agissait de d&#233;terminer la date o&#249; l'expulsion sera applicable par la pr&#233;fecture, qui dans ce cas peut tr&#232;s bien ne pas tenir compte de la tr&#234;ve hivernale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce jour-l&#224;, une douzaine d'habitants ont fait le d&#233;placement, surmotiv&#233;s par l'enjeu. Dans l'enceinte intimidante, alors que l'infecte Dame Justice les fait poireauter plus de deux heures, ils ne se laissent pas d&#233;monter, pouffent sur les bancs devant la Chambre 3 o&#249; la survie de leur foyer va se jouer. Mais quand l'audience est enfin lanc&#233;e, tous se taisent, m&#234;me les grandes gueules devant l'&#233;ternel, concentr&#233;s sur le d&#233;roul&#233; de la proc&#233;dure. Seuls quelques grattements fr&#233;n&#233;tiques se font entendre &#8211; foutues punaises de lit. &#192; la sortie, ils p&#232;sent le pour et le contre, se rassurent comme ils peuvent, sachant que le d&#233;lib&#233;r&#233; tombera d&#233;but d&#233;cembre. &#171; &lt;i&gt;L'avocat a &#233;t&#233; tr&#232;s bon&lt;/i&gt; &#187;, estime l'un. &#171; &lt;i&gt;De toute mani&#232;re, ils n'oseront pas nous expulser cet hiver&lt;/i&gt; &#187;, analyse une autre, &#171; &lt;i&gt;le scandale serait trop &#233;norme. T'imagines ? Des familles enti&#232;res &#224; la rue ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une certitude : le lieu est en sursis, &#224; plus ou moins long terme. Triste constat, qu'adoucit cependant cette autre certitude : les logements vides ne manquent pas. Ni les bonnes volont&#233;s.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;S'y croisent notamment les membres de la coordination Marss (Mouvement et action pour le r&#233;tablissement sanitaire et social &#8211; &#233;quipe mobile de sant&#233; mentale comprenant aussi bien des professionnels de la sant&#233; que des volontaires b&#233;n&#233;voles), ainsi que ceux des associations le Marabout du 46, JUST ou les Nomades C&#233;lestes.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chaque habitant est cens&#233; verser une somme mensuelle d'environ 50 euros par chambre, destin&#233;e &#224; r&#233;pondre aux d&#233;penses les plus basiques, telles que le fioul et l'&#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;L'id&#233;e n'est pas neuve &#224; Marseille. En 2007, un squat &#224; destination de personnes caboss&#233;es par la vie a &#233;t&#233; ouvert dans la proche rue Curiol, au 46. L'exp&#233;rience a bien fonctionn&#233;, peut-&#234;tre un peu trop : le b&#226;timent a &#233;t&#233; r&#233;gularis&#233; par la ville, et c'est d&#233;sormais un lieu de soins plus institutionnel, moins ouvert et exp&#233;rimental.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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