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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Une histoire de tordus</title>
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		<dc:creator>Kostik et Vanush</dc:creator>


		<dc:subject>Ma&#239;da Chavak</dc:subject>
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&lt;p&gt;Juillet dernier, Erevan, capitale de l'Arm&#233;nie. Une &#171; bande de Tordus &#187;, aux allures de vieux soldats d&#233;pareill&#233;s, prend d'assaut la plus importante caserne de police du pays et tient un si&#232;ge de quinze jours. Un &#233;pisode &#233;clips&#233; dans nos m&#233;dias par l'actualit&#233; du massacre ni&#231;ois et du coup d'&#201;tat en Turquie. Qui &#233;taient ces &#171; Tordus du Sassoun &#187; (Sasna Tzrer) ? Que voulaient-ils ? Pourquoi des milliers de personnes sont-elles venues les soutenir quotidiennement dans la rue ? Simple pouss&#233;e (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no150-janvier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;150 (janvier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maida-Chavak" rel="tag"&gt;Ma&#239;da Chavak&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Juillet dernier, Erevan, capitale de l'Arm&#233;nie. Une &#171; bande de Tordus &#187;, aux allures de vieux soldats d&#233;pareill&#233;s, prend d'assaut la plus importante caserne de police du pays et tient un si&#232;ge de quinze jours. Un &#233;pisode &#233;clips&#233; dans nos m&#233;dias par l'actualit&#233; du massacre ni&#231;ois et du coup d'&#201;tat en Turquie. Qui &#233;taient ces &#171; Tordus du Sassoun &#187; (&lt;i&gt;Sasna Tzrer&lt;/i&gt;) ? Que voulaient-ils ? Pourquoi des milliers de personnes sont-elles venues les soutenir quotidiennement dans la rue ? Simple pouss&#233;e nationaliste ? En voyage dans cette ex-r&#233;publique sovi&#233;tique du Caucase au moment de la reddition des &#171; Tordus &#187;, des correspondants de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; pour l'occasion ont pu approcher d'un peu plus pr&#232;s la r&#233;alit&#233; compliqu&#233;e qui ronge l'Arm&#233;nie actuelle.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1812 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;18&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH410/-117-063f5.jpg?1768849238' width='500' height='410' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Erevan, peupl&#233;e d'un million d'habitants, nous r&#233;v&#232;le en ce d&#233;but du mois d'ao&#251;t ses contrastes urbanistiques par couches successives : vestiges de l'empire sovi&#233;tique comme sur les panneaux d'indication encore en russe ; architecture brejnevienne de l'habitat collectif souvent retap&#233; avec les moyens du bord et un go&#251;t &#224; en faire d&#233;faillir un urbaniste fran&#231;ais ; v&#233;hicules d'une autre &#233;poque comme la &#171; Jigouli &#187;, mod&#232;le de voiture Lada des ann&#233;es 1970, p&#233;pites anciennes h&#233;rit&#233;es de l'architecture persane et russe, etc. Aux b&#226;timents administratifs de style stalinien se m&#234;lent les signes d'une occidentalisation press&#233;e par le commerce et la gentrification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la terrasse d'un des nombreux caf&#233;s du centre-ville, nous retrouvons Yeva, jeune trentenaire, traductrice et prof de fran&#231;ais. Contrairement &#224; la tr&#232;s grande majorit&#233; des femmes en Arm&#233;nie, Yeva n'est pas mari&#233;e et ne semble pas vouloir l'&#234;tre, ne vit pas chez ses parents, a une vie amoureuse et subvient &#224; ses besoins, m&#234;me si ce n'est pas &#233;vident tous les jours. La soci&#233;t&#233; conservatrice arm&#233;nienne ne s'oppose pas &#224; ce que les femmes travaillent ni &#224; ce qu'elles sortent, boivent et s'habillent &#224; la derni&#232;re mode, en revanche elle voit d'un mauvais &#339;il qu'elles aient des rapports sexuels hors du mariage ou qu'elles vivent seules. Cette soir&#233;e du 1er ao&#251;t se d&#233;roule dans un climat un peu sp&#233;cial, car la nuit pr&#233;c&#233;dente les Tordus du Sassoun (Sasna Tzrer) se sont rendus aux autorit&#233;s apr&#232;s avoir occup&#233; la plus importante caserne de police de la capitale durant 15 jours. Le p&#232;re de Yeva est un opposant au gouvernement et un ancien combattant du Haut-Karabagh &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Haut-Karabagh, ou Artsakh, est une r&#233;publique ind&#233;pendante autoproclam&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Il faisait partie de ce commando et a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;nouement de ce si&#232;ge marque aussi la fin du mouvement populaire qui a apport&#233; son soutien &#224; ces Tordus. En effet, cette &#233;quip&#233;e, compos&#233;e principalement d'anciens &#171; h&#233;ros &#187; de la guerre du Haut-Karabagh, a entra&#238;n&#233; d&#232;s le d&#233;but l'adh&#233;sion d'une partie de la population d'Erevan qui chaque jour se rassemblait autour du b&#226;timent occup&#233; pour le prot&#233;ger d'un &#233;ventuel assaut de la police. Bien que Yeva ait particip&#233; activement &#224; ces manifestations, elle critique assez vertement le mode d'action des Tordus : &#171; &lt;i&gt;Je n'ai rien contre le fait par les armes, mais l'improvisation flagrante du coup me laisse un go&#251;t d'absurde et d'inutile. Ils se sont engag&#233;s sans provisions pour un si&#232;ge d'une dur&#233;e ind&#233;finie. Ils n'ont pas non plus pr&#233;vu de laisser certains d'entre eux dehors pour relayer leurs revendications&lt;/i&gt;. &#187; Lesquelles portent, d'une part, sur la lib&#233;ration de Jirair Sefilian, leader du Front de salut public de la nouvelle Arm&#233;nie et v&#233;t&#233;ran de la guerre du Karabagh, farouche opposant du gouvernement arm&#233;nien, et, d'autre part, sur la d&#233;mission de l'actuel pr&#233;sident Serj Sarkissian, li&#233; &#224; l'oligarchie &#171; &lt;i&gt;qui porte le pays &#224; sa ruine&lt;/i&gt; &#187;. Sarkissian est accus&#233; de ne pas avoir su tenir la d&#233;fense de l'enclave du Haut-Karabagh, en avril dernier, lors d'une guerre de 4 jours qui fera une centaine de morts du c&#244;t&#233; arm&#233;nien et entra&#238;nera la perte d'une partie du territoire. &#171; &lt;i&gt;Pour la majorit&#233; des Arm&#233;niens, ces territoires ont une grande valeur historique et symbolique&lt;/i&gt;, poursuit Yeva, &lt;i&gt;car ils sont &#224; l'initiative du mouvement d'ind&#233;pendance de l'Arm&#233;nie avant m&#234;me le d&#233;but de la Perestro&#239;ka. C'est un mouvement du peuple qui se battait non seulement pour l'ind&#233;pendance mais aussi contre l'arm&#233;e et le blocus &#233;conomique men&#233;s par l'Azerba&#239;djan. Et aussi contre les cons&#233;quences du tremblement de terre de Gumri, qui avait entra&#238;n&#233; une p&#233;nurie &#233;lectrique nationale, un exode massif et la destruction de nombreux logements&lt;/i&gt;. &#187; Pourtant, Yeva n'a pas l'&#226;me d'une nationaliste et ne r&#234;ve pas de la &#171; Grande Arm&#233;nie &#187; mythique, telle qu'elle aurait exist&#233; en 190 av JC. Elle n'appr&#233;cie pas non plus le discours militariste de Sefilian qui est actuellement emprisonn&#233; pour avoir appel&#233; &#224; renverser le gouvernement par la violence : &#171; &lt;i&gt;Je voyais dans ce mouvement la possibilit&#233; d'exprimer un ras-le-bol vis-&#224;-vis du pouvoir corrompu et de d&#233;velopper une critique hors du jeu politique parlementaire habituel&lt;/i&gt;. &#187; Les Tordus publiaient leurs communiqu&#233;s via Facebook : &#171; &lt;i&gt;Nous faisons &#231;a pour vous. Descendez dans la rue ! Nous demandons la lib&#233;ration de tous les prisonniers politiques&lt;/i&gt; [&#8230;]. &lt;i&gt;Rejoignez-nous !&lt;/i&gt; &#187; Depuis la guerre de quatre jours et les r&#233;v&#233;lations sur la r&#233;trocession des territoires &#224; l'Azerba&#239;djan en contrepartie d'une ind&#233;pendance plus que floue, la tension populaire n'a cess&#233; de cro&#238;tre. &#171; &lt;i&gt;Les Tordus ont cru que leur action pourrait d&#233;clencher une insurrection&lt;/i&gt; &#187;, explique Yeva. Quand nous lui demandons pourquoi celle-ci n'a pas eu lieu, Yeva r&#233;p&#232;te : &#171; &lt;i&gt;C'est leur manque de pr&#233;paration. Les membres du commando sont certes d'anciens combattants et des figures reconnues par tous mais ils avaient embarqu&#233; avec eux des jeunes inexp&#233;riment&#233;s, leurs fils, leurs neveux et surtout ils n'avan&#231;aient rien dans leurs id&#233;es qui puisse faire face &#224; la coercition du pouvoir, des m&#233;dias et des forces arm&#233;es&lt;/i&gt;. &#187; Elle pr&#233;cise : &#171; &lt;i&gt;Nous avons vu d&#233;barquer les tenants de l'opposition officielle qui ont voulu r&#233;cup&#233;rer le mouvement. Or, cette opposition est tout autant responsable de la situation &#233;conomique et sociale calamiteuse du pays pour avoir tenu les r&#234;nes pendant pas mal d'ann&#233;es. Nous n'avons pas su nous opposer &#224; leur pr&#233;sence et leur discours opportuniste, d'autant que nous devions aussi affronter la r&#233;pression et la propagande gouvernementale qui nous accusait d'&#234;tre des &#8220;terroristes&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Comme nombre de gens de sa g&#233;n&#233;ration qui n'ont connu depuis l'ind&#233;pendance que la guerre et la corruption, Yeva se sent &#224; l'&#233;troit en Arm&#233;nie et projette de partir au Canada.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1814 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/-118.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH482/-118-b605f.jpg?1768849239' width='500' height='482' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une Arm&#233;nie au ralenti&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Sortis d'Erevan, nous d&#233;couvrons les richesses patrimoniales de l'Arm&#233;nie, principalement &#224; travers ses &#233;difices religieux. L'Arm&#233;nie est une terre chr&#233;tienne apostolique orthodoxe dont le chef spirituel, le Catholicos, est parmi les personnalit&#233;s les plus corrompues du pays. Si Erevan correspond peu ou prou &#224; l'id&#233;e qu'un Occidental peut se faire d'une ex-capitale de l'URSS pass&#233;e &#224; l'&#233;conomie de march&#233; en vingt ans, ce que nous voyons sur notre route nous projette dans un monde rural encore vivace mais bloqu&#233; &#224; l'&#232;re sovi&#233;tique. La venue r&#233;cente du pape Fran&#231;ois a certes acc&#233;l&#233;r&#233; la r&#233;novation d'une partie d'autoroute jusqu'&#224; l'un des monast&#232;res les plus proches de la capitale, mais le reste du r&#233;seau routier est tr&#232;s mal entretenu. &#192; tel point qu'il faut parfois deux heures pour parcourir trente malheureux kilom&#232;tres, sans croiser autre chose que quelques vieux camions KamAZ charg&#233;s de foin &#224; ras bord et pr&#234;ts &#224; basculer, ou des troupeaux de vaches et de moutons. La lenteur des d&#233;placements permet d'appr&#233;cier les paysages montagneux, steppiques, les rares usines souvent abandonn&#233;es o&#249; paissent les bestiaux, les chantiers immobiliers comme fig&#233;s depuis l'ind&#233;pendance. &#192; l'approche des villes et des villages, des &#233;tals proposent des fruits, abondants en Arm&#233;nie (past&#232;ques, abricots, p&#234;ches&#8230;) du vin, des gn&#244;les. Au bord du lac Sevan, sorte de mer int&#233;rieure et haut lieu de vill&#233;giature des Arm&#233;niens, des gens sur le bord de la route &#233;cartent largement les bras, indiquant aux touristes la taille des poissons qu'ils proposent en grillades. Sur les murets des maisons ou sous forme de pyramides &#233;lev&#233;es sur les trottoirs s&#232;chent les galettes de fumier qui serviront de combustible pour les po&#234;les, car le bois est rare et le gaz n'est pas &#224; la port&#233;e de toutes les bourses m&#234;me si Gazprom diffuse son produit &#224; travers tout le pays et d&#233;tient 100% du march&#233;. Si certains villages conservent une organisation rurale autour d'un cours d'eau, de potagers, de vergers et d'&#233;levages, d'autres semblent sinistr&#233;s et &#224; l'activit&#233; plus que r&#233;duite, &#224; l'instar de Gagarin, petite ville construite en 1955, baptis&#233;e ainsi en l'honneur du c&#233;l&#232;bre cosmonaute. Apr&#232;s avoir crois&#233; un buste de Staline dominant le cimeti&#232;re de la bourgade d'Aragyugh, nous faisons route vers le mont Aragats avant de rentrer &#224; Erevan. Dans les contreforts de l'Aragats nous apercevons des campements de Y&#233;zidis. Ce peuple de bergers nomades originaire du Kurdistan irakien actuel est la plus importante minorit&#233; du pays et conna&#238;t de plus en plus de difficult&#233;s &#224; se d&#233;placer. La fin de l'Union sovi&#233;tique a marqu&#233; le d&#233;mant&#232;lement des terres collectivis&#233;es sur lesquelles ils pouvaient transhumer. La dislocation de l'URSS n'a pas non plus &#233;pargn&#233; l'observatoire d'astrophysique de Byurakan sur le versant sud de l'Aragats. Autrefois haut lieu de recherche astronomique de renom international, il est aujourd'hui au ralenti, comme tous les secteurs de la recherche, de la pens&#233;e et du bien commun en Arm&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;lites corrompues, population paup&#233;ris&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;C'est de cet abandon g&#233;n&#233;ralis&#233; dont il est question avec Vahan, 52 ans, &#233;crivain et r&#233;dacteur en chef du journal litt&#233;raire &lt;i&gt;&lt;a href='https://cqfd-journal.org/inknagir.org'&gt;Inknagir&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;. Il nous raconte : &#171; &lt;i&gt;En 1988, quand le conseil r&#233;gional de la R&#233;publique autonome du Haut-Karabagh a commenc&#233; &#224; demander son union &#224; l'Arm&#233;nie, s'en est suivi un refus cat&#233;gorique du parti communiste et le massacre de la population arm&#233;nienne dans la ville de Sumgayit en Azerba&#239;djan. Des millions de personnes se sont soulev&#233;es en scandant &#8220;On lutte ! On lutte ! Jusqu'&#224; la fin !&#8221;. &#192; l'&#233;poque, j'avais 24 ans et je soutenais ce mouvement qui dans un premier temps n'&#233;tait pas antisovi&#233;tique. Lorsque le Bloc a commenc&#233; &#224; s'effriter, j'ai suivi, comme beaucoup, les leaders du mouvement pour le Karabagh qui avaient cr&#233;&#233; le Mouvement Nouvelle Arm&#233;nie (MNA) et adopt&#233; une id&#233;ologie lib&#233;rale et ind&#233;pendantiste. Mais tr&#232;s rapidement nous avons vu que ces types avaient pour seule ambition de se partager une partie du g&#226;teau de l'empire sovi&#233;tique. Le MNA s'est empar&#233; des institutions d'une fa&#231;on autoritaire. Ceux qui y faisaient obstacle le payaient de leur vie. En 1995, il a frauduleusement fait voter une constitution &#8220;monarchique&#8221;, selon laquelle toutes les institutions du pouvoir passaient aux mains du pr&#233;sident. Par la suite, il est devenu impossible de changer de pouvoir dans le cadre d'&#233;lections, celles-ci &#233;tant syst&#233;matiquement truqu&#233;es. Ayant renforc&#233; son pouvoir, le MNA a mis en &#339;uvre sa politique lib&#233;rale, en privatisant &#8211; et s'appropriant au passage &#8211; les magasins, les biblioth&#232;ques publiques, les cin&#233;mas et les th&#233;&#226;tres, les &#233;coles, les usines. &#192; cette &#233;poque-l&#224;, environ mille usines ont &#233;t&#233; privatis&#233;es. Les machines de l'&#233;poque sovi&#233;tique ont &#233;t&#233; d&#233;coup&#233;es et vendues &#224; l'&#233;tranger au prix du fer. Les cercles proches du pouvoir s'enrichissaient, en m&#234;me temps que la population s'appauvrissait et prenait l'exil&lt;/i&gt;. &#187; Pendant les six premi&#232;res ann&#233;es de la R&#233;publique, 20% de la population a &#233;migr&#233;. Aujourd'hui environ 30% de la population vit en dessous du seuil de pauvret&#233;. Vahan, comme Yeva, a particip&#233; au mouvement d&#233;clench&#233; par les &#171; Tordus &#187;. Il revient plus en d&#233;tail sur la question du Karabagh qui pour lui est fondamentale : &#171; &lt;i&gt;&#192; l'issue du r&#233;f&#233;rendum du 10 d&#233;cembre 1991, le Haut-Karabagh ainsi que la r&#233;gion de Shahumyan, majoritairement peupl&#233;e d'Arm&#233;niens, ont &#233;t&#233; d&#233;clar&#233;s ind&#233;pendants. Mais apr&#232;s la chute de l'Union sovi&#233;tique, l'Azerba&#239;djan et l'Arm&#233;nie se sont retrouv&#233;s face &#224; face, et l'Azerba&#239;djan, s&#251;r d'&#234;tre en mesure de d&#233;truire la petite r&#233;publique du Karabagh, l'a attaqu&#233;e. Le blocus mis en place par l'Azerba&#239;djan et par son alli&#233;e la Turquie ainsi que l'avidit&#233; des gens au pouvoir ont entra&#238;n&#233; une profonde crise &#233;conomique en Arm&#233;nie. Sur le front militaire, les d&#233;faites se sont succ&#233;d&#233;. La r&#233;gion de Shahumyan s'est d&#233;peupl&#233;e, peu apr&#232;s les Az&#233;ris ont envahi la r&#233;gion de Martakert. Le parti au pouvoir a &#233;t&#233; fortement &#233;branl&#233; sous la pression des vagues de protestations populaires. En quelques mois l'Arm&#233;nie et le Karabagh ont r&#233;ussi &#224; passer de la d&#233;fense &#224; la contre-attaque et &#224; reprendre non seulement la majeure partie des territoires du Karabagh, mais aussi sept r&#233;gions az&#233;ries.&lt;/i&gt; &#187; En 1994, un cessez-le-feu est sign&#233;. N&#233;anmoins, le gouvernement n'a pas voulu reconna&#238;tre officiellement l'ind&#233;pendance du Karabagh et la situation fait depuis l'objet de n&#233;gociations au sein du groupe de Minsk, co-pr&#233;sid&#233; par la Russie, la France et les &#201;tats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; propos de l'&#233;pisode des &#171; Tordus &#187;, Vahan raconte : &#171; &lt;i&gt;La d&#233;faite lors de la guerre du mois d'avril dernier a r&#233;v&#233;l&#233; que l'arm&#233;e n'&#233;tait pas bien &#233;quip&#233;e. Une nouvelle vague de col&#232;re a gagn&#233; la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re. Nous avons compris : les dirigeants s'enrichissent au d&#233;triment de notre d&#233;fense. La majorit&#233; des Arm&#233;niens craint que l'instabilit&#233; du pays n'aboutisse &#224; une nouvelle invasion de la part de l'Azerba&#239;djan. Si la s&#233;curit&#233; du Karabagh et de l'Arm&#233;nie n'est pas assur&#233;e, alors on est en droit de renverser le pouvoir. Mais comment se r&#233;volter ? Tous les partis politiques sont sous contr&#244;le du pouvoir et de l'oligarchie. La seule force qui &#233;chappait &#224; ce contr&#244;le, c'&#233;tait le mouvement de Jirayr Sefilian. Ce sont donc 31 personnes arm&#233;es issues du mouvement de ce leader incarc&#233;r&#233; qui ont compos&#233; le groupe des preneurs d'otages, empruntant le nom d'une c&#233;l&#232;bre &#233;pop&#233;e arm&#233;nienne &#8220;les Tordus du Sassoun&#8221;. C'est seulement au cinqui&#232;me jour des &#233;meutes que le pr&#233;sident est apparu sur les &#233;crans ordonnant aux forces de s&#233;curit&#233; de mettre fin &#224; la crise, sans un mot pour le peuple&lt;/i&gt;. &#187; D&#233;go&#251;t&#233; par le g&#226;chis de cette tentative de soul&#232;vement, Vahan tente aujourd'hui dans ses articles sur le Net de d&#233;velopper une alternative de gauche : &#171; &lt;i&gt;Il s'av&#232;re que dans cette ambiance de pillage, d'avidit&#233;, de concurrence et de corruption sont apparus des gens pour lesquels l'objectif principal n'&#233;tait pas l'int&#233;r&#234;t personnel, ni les biens mat&#233;riels, ni le bien-&#234;tre de la famille, et qu'ils avaient quelque chose de plus cher que leur vie : la justice. C'est ce qui a provoqu&#233; cette sympathie &#224; leur &#233;gard, ce qui a pouss&#233; les acteurs et les chanteurs &#224; prendre la parole sur les places pour d&#233;fendre des Tordus, ce pourquoi, enfin, plusieurs jeunes se sont lanc&#233;s de nouveau dans la lutte malgr&#233; les violences des autorit&#233;s. Mais les Tordus du Sassoun ne nous laissent qu'un sentiment d'admiration m&#234;l&#233;e d'amertume. Ils n'ont pas propos&#233; d'alternative &#224; ces 25 ans d'usurpation de l'ind&#233;pendance. Dans une telle impasse, on n'acquiert pas de nouvelle vision si l'on ne fait qu'exiger la d&#233;mission du pr&#233;sident&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Six mois plus tard, les 31 Tordus sont toujours en d&#233;tention et attendent leur proc&#232;s, de m&#234;me que de nombreux sympathisants arr&#234;t&#233;s lors des manifestations. Tandis que le pouvoir se pr&#233;pare &#224; truquer les prochaines &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1811 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH370/-116-6cd12.jpg?1768849240' width='500' height='370' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Ma&#239;da Chavak
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Ma&#239;da Chavak
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Les Tordus du Sassoun&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les &#171; Tordus du Sassoun &#187; sont les personnages d'une &#233;pop&#233;e populaire arm&#233;nienne qui s'est transmise oralement depuis le Xe si&#232;cle de notre &#232;re, principalement en Anatolie orientale et au sud du Caucase. Le r&#233;cit met en sc&#232;ne quatre g&#233;n&#233;rations de h&#233;ros t&#233;m&#233;raires et ind&#233;pendants, symboles de libert&#233;, de force et de r&#233;sistance face aux invasions ennemies dans le contexte d'occupation arabe de l'Arm&#233;nie entre le VIIe et le XIV&#8202;e si&#232;cle. David de Sassoun, le plus illustre d'entre eux, ou bien son p&#232;re Mher &#171; le d&#233;chireur de lion &#187;, entour&#233;s d'une galerie de &#171; tordus &#187; (&#171; Vergo le foireux &#187;, &#171; Jean-la-grosse-voix &#187;&#8230;) n'&#233;coutent que leur fougue &#8211; jamais leur raison &#8211; pour d&#233;fendre leur peuple.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Chronologie&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1915-1916 :&lt;/strong&gt; G&#233;nocide du peuple arm&#233;nien commandit&#233; par le gouvernement des Jeunes-Turcs. Les historiens retiennent le chiffre de 1,2 million de civils tu&#233;s. L'&#201;tat arm&#233;nien parle de 1,5 million de morts.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Mai 1918 :&lt;/strong&gt; Batailles de Sardarapat, Karakilisa et Aparan (d&#233;faites ottomanes).&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;28 mai 1918 :&lt;/strong&gt; Proclamation de la Premi&#232;re R&#233;publique d'Arm&#233;nie.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1920 :&lt;/strong&gt; Proclamation de la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique d'Arm&#233;nie peu apr&#232;s celle de la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique d'Azerba&#239;djan.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1921 :&lt;/strong&gt; Les provinces du Haut-Karabagh et du Nakhitchevan sont attribu&#233;es &#224; l'Azerba&#239;djan.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1988 :&lt;/strong&gt; Manifestation au Karabagh et en Arm&#233;nie pour le rattachement de cette province &#224; l'Arm&#233;nie. Pogroms anti-arm&#233;niens dans la r&#233;gion de Bakou. Tremblement de terre au nord de l'Arm&#233;nie (pr&#232;s de 100 000 morts dans la r&#233;gion de Gumri et Spitak). Charles Aznavour &#233;crit une chanson.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1989 :&lt;/strong&gt; L'Azerba&#239;djan impose un blocus &#233;conomique &#224; l'Arm&#233;nie.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1990 :&lt;/strong&gt; L'Arm&#233;e rouge tente de r&#233;tablir le calme dans la r&#233;gion.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1991 :&lt;/strong&gt; Effondrement de l'URSS, l'Arm&#233;nie proclame son ind&#233;pendance. Levon Ter-Petrossyan est le premier pr&#233;sident de la nouvelle r&#233;publique.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;D&#233;cembre 1991 :&lt;/strong&gt; Le Karabagh revendique son ind&#233;pendance par rapport &#224; la nouvelle nation az&#233;rie par voie de r&#233;f&#233;rendum.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Fin 1991-mai 1994 :&lt;/strong&gt; guerre du Haut-Karabagh. Ann&#233;es dites &#171; noires &#187; en Arm&#233;nie.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1994 :&lt;/strong&gt; Signature du cessez-le-feu entre l'Azerba&#239;djan et l'Arm&#233;nie.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1998 :&lt;/strong&gt; D&#233;mission du pr&#233;sident Ter-Petrossyan. Robert Kocharyan lui succ&#232;de.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;1999 :&lt;/strong&gt; Fusillade au Parlement arm&#233;nien. Le Premier ministre Vazgen Sargsyan est tu&#233;, avec 7 autres personnalit&#233;s politiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2008 :&lt;/strong&gt; Serj Sarkissian est &#233;lu troisi&#232;me pr&#233;sident de l'Arm&#233;nie. L'opposition, men&#233;e par l'ex-pr&#233;sident Ter-Petrossyan d&#233;nonce des fraudes massives. Manifestations populaires durement r&#233;prim&#233;es (10 morts).&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;2015 :&lt;/strong&gt; Nouvelle constitution ratifi&#233;e par r&#233;f&#233;rendum (passage d'un r&#233;gime pr&#233;sidentiel &#224; un r&#233;gime parlementaire).&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Avril 2016 :&lt;/strong&gt; Guerre des quatre jours au Karabagh.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le Haut-Karabagh, ou Artsakh, est une r&#233;publique ind&#233;pendante autoproclam&#233;e de Transcaucasie, peupl&#233;e &#224; 80&#8202;% d'Arm&#233;niens, qui s'est s&#233;par&#233;e de la R&#233;publique socialiste sovi&#233;tique d'Azerba&#239;djan depuis la dislocation de l'URSS en 1991 et lutte pour son rattachement &#224; l'Arm&#233;nie.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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