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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Les services sociaux risquent de se bunk&#233;riser &#187;</title>
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		<dc:date>2017-02-06T02:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>R&#233;mi Demmi</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Keltoum Brahna et Muriel Bombardi sont assistantes sociales (AS) en Seine-Saint-Denis et syndiqu&#233;es &#224; SUD Sant&#233; sociaux/CT. Ce m&#233;tier, elles l'ont choisi et le d&#233;fendent depuis des ann&#233;es contre son d&#233;voiement par le management et la politique du chiffre. Visite dans les coulisses du travail social, o&#249; s'affrontent &#8211; comme ailleurs &#8211; travailleurs de base et managers cyniques. En 2011, vous avez particip&#233; &#224; un mouvement de boycott des statistiques dans les services sociaux de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no151-fevrier-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;151 (f&#233;vrier 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pole" rel="tag"&gt;P&#244;le&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/managers" rel="tag"&gt;managers&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Keltoum Brahna et Muriel Bombardi sont assistantes sociales (AS) en Seine-Saint-Denis et syndiqu&#233;es &#224; SUD Sant&#233; sociaux/CT. Ce m&#233;tier, elles l'ont choisi et le d&#233;fendent depuis des ann&#233;es contre son d&#233;voiement par le management et la politique du chiffre. Visite dans les coulisses du travail social, o&#249; s'affrontent &#8211; comme ailleurs &#8211; travailleurs de base et managers cyniques.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1820 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH569/-123-b50ee.jpg?1768660562' width='400' height='569' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En 2011, vous avez particip&#233; &#224; un mouvement de boycott des statistiques dans les services sociaux de Seine-Saint-Denis. Quel en &#233;tait le but ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Muriel :&lt;/strong&gt; Au d&#233;but, c'&#233;tait juste un moyen pour faire aboutir des revendications classiques. C'est seulement par la suite que l'on a commenc&#233; &#224; s'interroger sur le r&#244;le des statistiques.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;Keltoum :&lt;/strong&gt; Jusqu'en 2011, on rendait une fois par an des grilles par nom et par dossier. Ces statistiques recensaient le nombre de personnes rencontr&#233;es, leur situation familiale, leurs caract&#233;ristiques socioprofessionnelles et les difficult&#233;s qu'elles rencontraient (on cochait diverses &#171; probl&#233;matiques &#187;). On recensait aussi ce que l'on faisait (les &#171; interventions &#187;). En 2010, la direction a rajout&#233; des statistiques, appel&#233;es &#171; enqu&#234;te population &#187;. &#199;a a d&#233;clench&#233; une grosse interrogation de notre part : il y a un truc l&#224;-dessous, c'est quoi encore ces chiffres, ces items et cette enqu&#234;te ? &#192; quoi &#231;a va servir ?&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Et puis il y avait des questions qui ont beaucoup g&#234;n&#233; les coll&#232;gues : &#171; Est-ce que l'un des membres du m&#233;nage travaille au Conseil d&#233;partemental (CD) ? &#187; C'est ainsi qu'a commenc&#233; notre questionnement sur les statistiques, le fichage et l'informatisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment la lutte s'est-elle d&#233;roul&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Il y a eu des assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales organis&#233;es sur le temps syndical. On pouvait y partager nos constats et discuter de la mani&#232;re de faire face aux consignes, dans un contexte de p&#233;nurie de moyens. Comment fait-on par exemple quand on re&#231;oit tous les jours des familles avec enfants qui se retrouvent &#224; la rue ? Le boycott a &#233;t&#233; une proposition parmi d'autres (aller manifester devant l'administration, faire des lettres, des p&#233;titions). Dans les &#233;quipes, les coll&#232;gues discutaient entre elles et faisaient remonter aux syndicats leur d&#233;cision de boycott total ou partiel. C'est comme cela que &#231;a a pris de l'ampleur : ce boycott a dur&#233; presque trois ans et concern&#233; au plus fort deux tiers des &#233;quipes de service social du d&#233;partement. C'est pendant ce mouvement qu'on s'est int&#233;ress&#233; aux grilles statistiques et au d&#233;ploiement informatique qui allait avec.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; &#192; partir du moment o&#249; tu boycottes les statistiques, tu commences &#224; te pencher sur les chiffres et tu te rends compte qu'ils servent en fait &#224; mesurer ton travail. Or, quand tu coches &#171; probl&#232;me avec la CAF &#187;, cela peut &#234;tre quelque chose qui se r&#232;gle en quelques minutes ou qui prend beaucoup plus de temps. Cela ne veut donc rien dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sauf pour les managers en qu&#234;te de performance&#8230; Mais quel sens et quel effet ce processus dans un m&#233;tier vou&#233; &#224; &#233;couter et aider des personnes pour lesquelles il faut prendre du temps ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Le nouveau management public est arriv&#233; en 2008, avec l'arriv&#233;e du PS et de Bartolone. Si le d&#233;partement &#233;tait rest&#233; PCF, cela aurait &#233;t&#233; sans doute la m&#234;me chose, mais peut-&#234;tre moins rapidement. Car c'&#233;tait dans la logique de la r&#233;vision g&#233;n&#233;rale des politiques publiques. &#192; cette &#233;poque, on avait commenc&#233; &#224; faire des AG pour discuter entre nous de ce que l'on vivait sur le terrain. Elles nous ont permis de voir que l'on rencontrait les m&#234;mes difficult&#233;s. Au moment o&#249; nos managers allaient faire leur grand-messe annuelle et, sur la base de leurs chiffres, nous expliquer que les personnes se pr&#233;sentent majoritairement pour une aide alimentaire alors qu'on pensait que c'&#233;tait pour l'h&#233;bergement, nous avions justement une AG et on s'est dit qu'il fallait faire quelque chose. On a d&#233;cid&#233; de lire &#224; plusieurs une lettre envoy&#233;e quelques mois auparavant &#224; la direction, dans laquelle on faisait un &#233;tat des lieux et des propositions, de d&#233;ployer une banderole &#171; Aujourd'hui 21 septembre 2010, enterrement du service social &#187;, et de cr&#233;er des affiches avec des slogans comme &#171; Familles &#224; la rue, assistantes sociales toutes nues &#187;. Quand on est arriv&#233;s &#224; la r&#233;union, la direction a introduit son discours en disant d'un air enjou&#233; qu'aujourd'hui on ne parlait plus de bilan d'activit&#233; mais de RAP pour &#171; rapport annuel de performance &#187; et de PAP pour &#171; plan annuel de performance &#187;. Puis, elle a demand&#233; &#224; l'assembl&#233;e si on avait des questions. Et l&#224;, les coll&#232;gues se sont lev&#233;es pour lire la lettre, en brandissant affiches et banderole. Tout le monde s'est lev&#233;, &#224; l'exception des cheffes, pour applaudir. On se serait cru sur un terrain de foot ! La direction a dit qu'elle annulait la pr&#233;sentation et nous laissait pour discuter entre nous avant l'arriv&#233;e du directeur g&#233;n&#233;ral adjoint. On lui a dit de rester parce qu'elle devait entendre ce que l'on avait &#224; dire. Ce qui a &#233;t&#233; g&#233;nial, c'est que les coll&#232;gues sont intervenues sans autocensure, comme si on avait pris le pouvoir !&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Il faut bien se rendre compte que la grande diff&#233;rence entre &#171; bilan d'activit&#233; &#187; et &#171; RAP &#187;, c'est celle qu'il y a entre l'&#233;crit collectif d'une &#233;quipe et un tableau de chiffres fait par des managers. La plus grosse partie du RAP n'est faite que de chiffres. On a toujours d&#233;fendu le fait qu'on pouvait et qu'on devait raconter notre travail au fur et &#224; mesure de ce que l'on faisait. C'est ce que l'on fait d&#233;j&#224; entre nous. Mais d&#232;s qu'il s'agit de raconter son travail &#224; des gens qui en sont compl&#232;tement &#233;loign&#233;s, forc&#233;ment c'est eux qui imposent la forme. Alors qu'avant, chaque &#233;quipe r&#233;digeait ce qu'on appelait des &#171; monographies &#187; qui relataient des parcours de vie de famille, ce qui avait &#233;t&#233; compliqu&#233; pour elles et pour nous. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Le management a fait appara&#238;tre une nouvelle notion ; celle de r&#233;sultats. Dans un autre service, on nous a dit que ce que regardaient les &#233;lus, c'&#233;tait les r&#233;sultats : combien de personnes ont retrouv&#233; un boulot. Des postes de charg&#233;s d'&#233;tude et de gestion ont donc &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s pour traduire le travail en chiffres et le faire entrer dans des tableaux num&#233;riques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;J'imagine que cette focalisation sur la performance chiffr&#233;e se traduit concr&#232;tement par des transformations du travail, par exemple en calibrant le temps pass&#233; avec les personnes en difficult&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Pour nous, calibrer le temps d'entretien, c'est juste insupportable. Tout comme le sont les phrases assassines des responsables qui se permettent de dire : &#171; En dix minutes, tu peux &#233;valuer. &#187; Un autre effet du management est la mani&#232;re dont les institutions lancent des politiques sociales qui oublient et &#233;cartent les personnes &#224; qui elles sont destin&#233;es. Les gens ne rentrent pas dans les protocoles, et les conventions qui ont &#233;t&#233; &#233;dict&#233;s par les institutions et pour les institutions. Car elles se foutent des gens en eux-m&#234;mes, vivants, qui viennent dire leurs probl&#232;mes. Elles veulent juste des chiffres pour remplir des tableaux. Chez nous, P&#244;le emploi et le d&#233;partement ont sign&#233; une convention : il va falloir rendre des comptes au niveau europ&#233;en pour avoir les financements attendus. C'est quoi rendre des comptes ? C'est faire remonter des chiffres, par exemple dire combien de ch&#244;meurs sont entr&#233;s dans le cadre de cette convention. Or, il se trouve que d&#232;s la mise en place, &#231;a n'a pas march&#233; du tout : les gens sont chiants, on pense des choses pour eux mais ils ne jouent pas le jeu. Ils ne viennent pas, ils s'en foutent et en plus ils le disent. Malgr&#233; tout, il faut trouver un moyen de les faire rentrer dans ce protocole&#8230; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Les managers veulent aussi des chiffres pour &#171; objectiver &#187; ton travail. &#199;a permet de mettre en concurrence et sous pression : j'ai 150 suivis, toi t'en as 130, y a un truc qui ne va pas. Comme si un suivi en &#233;galait un autre.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Juste pour rebondir sur la convention avec P&#244;le emploi : l'Europe attend des comptes du P&#244;le emploi, le P&#244;le emploi attend des comptes du d&#233;partement, qui attend des comptes des AS. &#201;videmment, les AS vont devoir demander aux gens de rendre des comptes, parce qu'on les attend au tournant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un autre effet imm&#233;diat du management, c'est le &#171; fractionnement de l'aide &#187;. K&#233;zako ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Dans les services sociaux de Seine-Saint-Denis, cela consiste &#224; diviser l'&#233;quipe en deux p&#244;les, l'un pour l'accueil des personnes et l'autre pour leur accompagnement. Or, dans le m&#233;tier que l'on fait, que ce soit celui d'AS ou de secr&#233;taire, on est tous charg&#233;s de l'accueil et quelque part aussi de l'accompagnement. Les managers ont pens&#233; que ce serait bien de fractionner les &#233;quipes pour faire en sorte que le p&#244;le accueil, charg&#233; d'orienter les personnes qui arrivent pour la premi&#232;re fois, s'arr&#234;te &#224; la premi&#232;re demande des gens. Quand tu &#233;coutes quelqu'un, il va te dire : voil&#224;, je viens pour &#231;a. Mais selon la mani&#232;re dont s'est pass&#233;e cette premi&#232;re discussion, la personne va se permettre ou pas d'aborder d'autres probl&#232;mes. Dans la formation d'AS, on appelle cela la demande explicite et les demandes implicites ou d&#233;guis&#233;es, et on est cens&#233; permettre les deux. Mais avec la division en deux p&#244;les, c'est impossible parce qu'on demande aux AS &#224; l'accueil de s'en tenir &#224; la premi&#232;re demande explicite des personnes, qui parfois ne formuleront plus leurs demandes implicites parce qu'un RDV ne leur sera pas forc&#233;ment fix&#233; avec une AS du p&#244;le accompagnement. Bref, le p&#244;le accueil joue le r&#244;le de tamis par rapport aux demandes des gens.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Ce syst&#232;me d'accueil o&#249;, en gros, tu viens pour un probl&#232;me pr&#233;cis et on te r&#233;pond, et si tu reviens pour un autre probl&#232;me, tu es re&#231;u par une autre coll&#232;gue, ne personnalise pas la relation. En fait, c'est une mani&#232;re de se d&#233;barrasser des gens, de les d&#233;courager de faire valoir leurs droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a en effet plein de gens qui sont d&#233;bout&#233;s de services sociaux auxquels ils ont droit, mais qui ne font pas appel. C'est le &#171; non-recours &#187;. Pour des travailleurs sociaux qui se soucient de personnes en difficult&#233;, c'est un probl&#232;me. Mais pour les managers, n'est-ce pas une opportunit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Cette question montre le cynisme des administrations et des institutions qui tablent sur un taux de non-recours loin d'&#234;tre n&#233;gligeable pour organiser le financement des politiques sociales. Cela veut dire que les administrations dans ce pays pensent des politiques sociales et mettent en place des dispositifs en partant du fait qu'un certain nombre de personnes n'y auront pas acc&#232;s. Du coup, les services sociaux de polyvalence de secteur comme celui o&#249; je travaille, cens&#233;s proposer un accueil inconditionnel, risquent de se bunk&#233;riser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre brochure &lt;i&gt;Les fossoyeurs du travail social&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour commander la brochure : &#201;cran total c/o Faut Pas Pucer Le Batz, 81140, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, &#233;crite en r&#233;ponse &#224; un article des directeurs g&#233;n&#233;raux des services, vous d&#233;montez la novlangue manag&#233;riale, par exemple l'expression &#171; consommateurs de service social &#187;...&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; C'est une expression qui a &#233;t&#233; utilis&#233;e par la cheffe du service social d&#233;partemental de Seine-Saint-Denis face &#224; une d&#233;l&#233;gation d'AS qui avaient fait gr&#232;ve 5 jours en novembre 2013 pour dire stop &#224; la division en P&#244;les accueil et accompagnement. Elle leur a dit que dans les services sociaux, il s'agit de &#171; g&#233;rer des flux &#187;, et que vu les flux en Seine-Saint-Denis, il faut s'en tenir aux demandes ponctuelles des gens : &#171; Ce sont des consommateurs de services sociaux comme partout ailleurs. Ils viennent, ils demandent une chose et on leur r&#233;pond. &#187; Tout dans notre pratique au quotidien d&#233;montre le contraire : vu la difficult&#233; d'acc&#232;s aux administrations, les gens imaginent des demandes explicites qui sont des strat&#233;gies pour lever les barri&#232;res du bunker, mais ce ne sont pas leurs demandes profondes. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Je voulais revenir sur l'&#233;cr&#233;mage dans l'acc&#232;s aux droits. Je vois plein de gens se faire refouler des services sociaux dans la ville o&#249; je travaille. Et le premier &#233;cr&#233;mage est fait par la secr&#233;taire qui renvoie les personnes qui se pr&#233;sentent pour la 1re fois vers d'autres services. Pour pouvoir acc&#233;der &#224; une AS, les gens doivent donc trouver les mots qui vont &#234;tre un &#171; s&#233;same &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les managers des services sociaux r&#233;cup&#232;rent de plus en plus la notion d'autonomie, comme injonction &#224; adresser aux ayants droit. Qu'est-ce que cela cache et signifie ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; C'est peu de dire qu'ils ne la prennent pas dans le m&#234;me sens que nous : comme mouvement collectif d'&#233;mancipation pour trouver ensemble des moyens d'entraide et de lutte face &#224; une domination. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Par exemple, face aux catastrophiques probl&#232;mes de logement, on leur a demand&#233; de se positionner sur la r&#233;quisition collective de logements vides. Mais ils n'ont jamais r&#233;pondu.&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Dans la brochure, nous avons cherch&#233; &#224; clarifier la notion d'autonomie, galvaud&#233;e dans le travail social. On nous dit que notre travail est de ramener les gens &#224; l'autonomie, qu'&#224; certains moments, les gens perdent les moyens de faire les choses par eux-m&#234;mes et qu'on doit les aider &#224; les retrouver. La premi&#232;re chose g&#234;nante, c'est que ce n'est pas une construction collective : c'est un travailleur social face &#224; une personne. Surtout, le mot est d&#233;voy&#233; puisqu'il sert de plus en plus &#224; culpabiliser la personne en face. Il nous a fallu, dans la brochure, nous questionner sur notre position de domination face aux personnes et nous demander de quel c&#244;t&#233; est le savoir &#8211; des questions qui ne sont jamais abord&#233;es dans le travail social, o&#249; la notion d'autonomie est juste utilis&#233;e, mais pas r&#233;fl&#233;chie. La vision des managers est claire : l'autonomie, c'est l'&lt;i&gt;empowerment&lt;/i&gt;, pour utiliser le terme &#224; la mode. Ils disent que le travail social doit cesser de s'occuper des gens, parce que les gens peuvent tr&#232;s bien s'appuyer sur un r&#233;seau ou une &#171; sph&#232;re &#187; qui peut &#234;tre la famille, les amis, etc. Mais ils ne disent pas face &#224; quoi, ils ne nomment pas les dominations. Nous, nous avons nomm&#233; ce que les personnes vivent et leur mani&#232;re de retrouver une autonomie dans les solidarit&#233;s qu'elles se cr&#233;ent, par exemple dans les h&#244;tels o&#249; elles sont h&#233;berg&#233;es et o&#249; elles s'entraident, se soutiennent, se donnent des informations sur les d&#233;marches administratives. Pour d&#233;placer la question, nous sommes parties du fait que les gens sont d&#233;j&#224; ind&#233;pendants, dans ce qu'ils pensent et ce qu'ils font, dans les d&#233;cisions qu'ils prennent. Nous, travailleurs sociaux, ce qu'on est cens&#233;s faire, c'est pas de les faire adh&#233;rer &#224; des normes mais, &#224; un moment de d&#233;nuement, de leur donner des armes pour faire valoir leurs droits face &#224; l'administration. Le pouvoir de l'administration, c'est un vrai pouvoir. Comment faire en sorte de le restreindre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Si les managers incitent &#224; l'autonomie individuelle dans la vie, en va-t-il de m&#234;me avec l'autonomie collective dans le travail ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Ils organisent bien des temps collectifs et pr&#244;nent m&#234;me le travail collectif, mais ces moments collectifs sont des r&#233;unions &#224; leur sauce, par exemple sur les moyens de faire des &#233;conomies d'&#233;lectricit&#233;. Ils se sont r&#233;appropri&#233; le terme de &#171; collectif de travail &#187; pour parler des r&#233;unions classiques qu'ils organisent alors que pour nous, ce terme d&#233;signe un groupe de personnes qui font le m&#234;me travail et en parlent ainsi sur un pied d'&#233;galit&#233;. C'est ce qu'on a revendiqu&#233; et fini par obtenir au bout d'un an et demi de lutte, sous forme de temps d'&#233;change sans hi&#233;rarchie. Mais bien s&#251;r, les chefs ont tout fait pour nous mettre des b&#226;tons dans les roues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Depuis 2013, vous participez au groupe &#201;cran Total. Quel int&#233;r&#234;t y a-t-il, pour vous qui tentez de d&#233;fendre le sens de votre m&#233;tier, de discuter et de vous organiser avec des profs, des libraires et des &#233;leveurs, c'est-&#224;-dire des m&#233;tiers tr&#232;s diff&#233;rents, au &#171; sens &#187; tr&#232;s sp&#233;cifique ? &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; J'aurais bien aim&#233; que ces m&#233;tiers restent &#233;loign&#233;s, qu'on reste dans notre sp&#233;cificit&#233; et qu'on se rencontre par curiosit&#233; de d&#233;couvrir le m&#233;tier de l'autre. Avec les autres personnes d'&#201;cran Total, on partage d&#233;j&#224; du commun : avoir r&#233;ellement choisi notre m&#233;tier. Mais j'&#233;tais vite sid&#233;r&#233;e d'entendre &#224; quel point les choses se ressemblaient. Quand je dis &#171; les choses &#187;, c'est le v&#233;cu d'un enseignant ou d'un &#233;leveur, d'un m&#233;decin ou d'un boulanger. Partant de m&#233;tiers diff&#233;rents, on constate que les mesures qui nous sont impos&#233;es sont les m&#234;mes, et qu'elles le sont avec les m&#234;mes mots. Les m&#233;canismes et les discours sont identiques, ce qui montre &#224; quel point les mesures sont fabriqu&#233;es et plaqu&#233;es d'en haut sur les diff&#233;rentes r&#233;alit&#233;s professionnelles. Pouvoir &#233;changer l&#224;-dessus, c'est d&#233;j&#224; vital. Mais &#201;cran Total permet aussi de construire des solidarit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#234;vons un peu : dans l'id&#233;al, &#224; quoi pourrait aboutir &#201;cran Total ?&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;K :&lt;/strong&gt; Oh, mes r&#234;ves sont modestes : qu'&#224; chaque fois qu'elles nous nuisent, on aille toutes et tous occuper les administrations. &lt;br class='manualbr' /&gt;&lt;strong&gt;M :&lt;/strong&gt; Si l'on pouvait enfin inverser l'absurde hi&#233;rarchie sociale des activit&#233;s et consid&#233;rer les boulots parasitaires de managers, de gestionnaires, comme des boulots nuisibles, et les boulots utiles (&#233;boueur, auxiliaire de vie&#8230;) comme des boulots nobles, ce serait d&#233;j&#224; un grand pas en avant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
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&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour commander la brochure : &#201;cran total c/o Faut Pas Pucer
Le Batz, 81140, Saint-Michel-de-Vax / ecrantotal@riseup.net&lt;/p&gt;
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