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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Regarder les ordinateurs travailler</title>
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		<dc:creator>Augustin Marcader</dc:creator>


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&lt;p&gt;Retranch&#233;s derri&#232;re leur &#233;cran, les agents de la S&#233;cu se demandent o&#249; est pass&#233; l'humain. D&#233;vou&#233;e aux algorithmes de l'hydre num&#233;rique, la protection sociale se &#171; bigbrotherise &#187; &#224; pas feutr&#233;s. Un travailleur t&#233;moigne. &#199;a remonte &#224; quand le jour o&#249; nos &#233;crans cathodiques de 17 pouces ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des &#233;crans plats ? Six, sept ans ? Plus ? Je les revois encore ces massifs engins, bomb&#233;s sur le devant et au cul profond. Pour les caler sur les bureaux, fallait pr&#233;voir la place. Et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Retranch&#233;s derri&#232;re leur &#233;cran, les agents de la S&#233;cu se demandent o&#249; est pass&#233; l'humain. D&#233;vou&#233;e aux algorithmes de l'hydre num&#233;rique, la protection sociale se &#171; bigbrotherise &#187; &#224; pas feutr&#233;s. Un travailleur t&#233;moigne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#199;a remonte &#224; quand le jour o&#249; nos &#233;crans cathodiques de 17 pouces ont &#233;t&#233; remplac&#233;s par des &#233;crans plats ? Six, sept ans ? Plus ? Je les revois encore ces massifs engins, bomb&#233;s sur le devant et au cul profond. Pour les caler sur les bureaux, fallait pr&#233;voir la place. Et rien que pour les bouger d'un poil, on risquait la hernie discale tellement ils pesaient leur poids. Puis, un jour sont arriv&#233;es des esp&#232;ces de limandes cybern&#233;tiques. Confort visuel, maniabilit&#233; : le petit peuple de la S&#233;cu &#233;tait somm&#233; de s'esbaudir devant cet &#233;ni&#232;me bond en avant num&#233;rique. L'impression de bosser le nez coll&#233; &#224; un aquarium o&#249; les ic&#244;nes figureraient la poiscaille color&#233;e de quelque mer Cara&#239;be. Fallait voir les mirettes des agents tout fascin&#233;s par ce No&#235;l de burlingue. En fond d'&#233;cran, on mettrait bien quelques photos des gosses ou des derni&#232;res vacances, histoire de faire un petit chez nous de ces cristaux liquides. Comme &#224; la maison. Surtout que la magnanimit&#233; de la Caisse nationale d'assurance maladie ne s'arr&#234;ta pas en si bon chemin : dans la foul&#233;e, on nous gratifia d'un second &#233;cran. Un pour chaque &#339;il, &#224; nous les r&#233;gals du strabisme divergent. C&#244;t&#233; pratique : si tu peux pas piffer le coll&#232;gue en face, tu montes un mur avec les deux &#233;normes LCD et la tronche du p&#233;nible dispara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1822 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
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&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH631/-125-72f65.jpg?1768652258' width='400' height='631' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La raison d'une telle d&#233;bauche high-tech ? Faisons taire ces perfides langues qui voient en chaque rond-de-cuir un branleur en puissance : c'&#233;tait pas pour mater en douce les derni&#232;res s&#233;ries de chez Netflix ou Canal +. La r&#233;alit&#233; est plus triviale : les diff&#233;rents outils pour fliquer les assur&#233;s sociaux s'&#233;taient tellement multipli&#233;s qu'on n'avait pas trop de deux &#233;crans pour jongler avec. Acc&#232;s &#224; des bases de donn&#233;es de plus en plus invasives, &#224; des documents d&#233;mat&#233;rialis&#233;s &#8212; de l'arr&#234;t de travail num&#233;ris&#233; par une caisse primaire, &#224; l'ordonnance scann&#233;e par le pharmacien &#8212;, en passant par les historiques de &#171; consommation de soins &#187;. Il fallait permettre aux agents de g&#233;rer un tel pullulement d'interfaces et de gagner en efficience, puisque d&#233;sormais le terme &#171; rentabilit&#233; &#187; n'&#233;tait plus proscrit &#224; la S&#233;cu : coup d'&#339;il &#224; gauche, clic de souris, coup d'&#339;il &#224; droite, nouveau clic. Dossier trait&#233;. Au suivant. Quand on demande aux &#171; vieilles &#187; comment elles travaillaient avant l'arriv&#233;e de la peste num&#233;rique, on a l'impression de d&#233;couvrir un vrai monde arch&#233;ologique avec ces casiers m&#233;talliques, ces fiches cartonn&#233;es et ces pochettes kraft. &#192; cette &#233;poque de fichage artisanal, pas si lointaine au demeurant, on acceptait certains &#171; angles morts &#187; du flicage administratif. La propension &#224; l'ubiquit&#233; du num&#233;rique a fait voler cette ambition de petits bras. Au niveau local, cette dictature comptable a rogn&#233; les derniers espaces d'autonomie des organismes de S&#233;cu. Mis en concurrence, les services se doivent de remplir une ribambelle d'indicateurs sous peine de devoir se justifier en haut lieu. Il est assez effarant de constater comment cette &#171; rationalisation &#187; pondue par de puissants technocrates produit son lot d'arrachage de cheveux chez les soutiers des bureaux. &#171; Il n'y a que les chiffres qui comptent ! &#187; est peut-&#234;tre le leitmotiv qui bruisse le plus dans les couloirs. Mine contrite ou moue fataliste, le constat est unanimement partag&#233; : sous la chefferie tr&#244;ne la chiffraille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce management par les chiffres ne pouvait que faire la part belle aux algorithmes et d&#233;poss&#233;der toujours un peu plus les agents de leurs derniers savoir-faire. Selon des rythmes r&#233;guliers, des requ&#234;tes informatiques sont lanc&#233;es, produisant des kilom&#232;tres de donn&#233;es au sein desquelles on trouvera des listes d'assur&#233;s &#224; convoquer, des situations m&#233;dico-administratives &#224; &#233;tudier, des m&#233;decins &#224; rencontrer pour leur apprendre &#224; lever le stylo sur certaines prescriptions (dans le priv&#233; on appellerait &#231;a du lobbying). Ce sont d&#233;sormais les machines qui impulsent le rythme du travail, qui affichent hebdomadairement ou mensuellement des colonnes de NIR&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Num&#233;ro d'inscription au r&#233;pertoire soit le num&#233;ro de S&#233;cu pour le populo.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sur les &#233;crans lisses. Dans ses 9 m&#178; climatis&#233;s, St&#233;phanie&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; tient &#224; conserver un peu de chair &#224; ses dossiers. Elle voit bien la pente d&#233;shumanisante sur laquelle on glisse peu &#224; peu. &#171; &lt;i&gt;&#192; chaque fois que je peux, je prends le temps de regarder le dossier m&#233;dical des gens. Je leur t&#233;l&#233;phone si je vois que je peux rendre service &lt;/i&gt; &#187;, plaide-t-elle de sa petite fibre gauchiste. Faut pas croire : St&#233;phanie va devenir de plus en plus une exception dans le paysage. Matraqu&#233;es par la novlangue manag&#233;riale et fondues dans le moule individualiste, les nouvelles recrues voient de moins en moins les humains dans les colonnes Excel. La guerre sociale a su cr&#233;er ses propres contingents de fantassins : des cr&#233;atures d&#233;politis&#233;es, pr&#234;tes &#224; fondre sur leur smartphone au moindre temps mort et focalis&#233;es sur un petit confort de carri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'accueil, il y a Marie. Quarante ans de bo&#238;te, une vraie Stakhanov qui ne compte pas ses heures. Son quotidien est diff&#233;rent puisque tous les jours, Marie voit les gens. Pour de vrai. Derri&#232;re la banque de l'accueil, ils se massent. Avec leur peur, leur col&#232;re, leur incompr&#233;hension, leur odeur, leur maladresse. Cr&#233;ature superbement empathique, Marie &#233;coute, conseille et se d&#233;m&#232;ne pour trouver des solutions. Pour beaucoup, Marie est une emmerdeuse. Car elle a un d&#233;faut : &#171; Elle fait du social. &#187; Comment comprendre une telle expression au sein d'un organisme dit de protection sociale ? D'abord comme un aveu de faiblesse. Le comblement du trou de la S&#233;cu exige de ses petits soldats une dose assum&#233;e de froideur technicienne. Tant pis si nos actions foutent des pans toujours plus massifs de la population dans la pr&#233;carit&#233;, c'est le prix &#224; payer pour maintenir &#171; efficient &#187; notre syst&#232;me de soins. Ensuite &#171; faire du social &#187;, c'est-&#224;-dire essayer, avec les maigres moyens du bord, de tirer les gens de la merde, est une activit&#233; impossible &#224; chiffrer. &#199;a ne rentre pas dans les &lt;i&gt;reporting&lt;/i&gt; et autres rapports d'activit&#233;. &#199;a n'est pas &#171; &lt;i&gt;valoris&#233;&lt;/i&gt; &#187;, jargonne-t-on. H&#233;, la Marie, la retraite c'est pour bient&#244;t ? Parce que l&#224;, on voudrait pas dire, mais tu nous plombes s&#233;rieux les indicateurs, avec ton social. L'avenir est ailleurs : dans ce bureau, par exemple. Tu vois cette endive impassible devant son &#233;cran ? Elle regarde son ordinateur travailler tout seul pendant des heures. C'est un tout nouveau logiciel. Les coll&#232;gues, quand ils rentrent dans son bureau, tu sais ce qu'ils disent ? &#171; &lt;i&gt;C'est magique.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Num&#233;ro d'inscription au r&#233;pertoire soit le num&#233;ro de S&#233;cu pour le populo.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les pr&#233;noms ont &#233;t&#233; chang&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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