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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les damn&#233;s de la mer</title>
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		<dc:date>2017-03-13T03:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas de La Casini&#232;re</dc:creator>


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&lt;p&gt;Les ports &#233;tant superfliqu&#233;s depuis le 11 septembre, les passagers clandestins seraient-ils en voie d'extinction ? Rien n'est moins s&#251;r. Mais la mer est parfois charg&#233;e de leur disparition. Le profit des armateurs ne supporte pas les d&#233;perditions, m&#234;me passag&#232;res. On d&#233;nombre &#224; peine ceux qui se font arr&#234;ter, &#224; peine ceux dont on retrouve les corps. Depuis le Bangladesh, le Nigeria, l'Afrique du Sud, la C&#244;te d'Ivoire, ils tentent leur chance sans trop savoir o&#249; se dirige le bateau qu'ils (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no152-mars-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;152 (mars 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-equipage" rel="tag"&gt;l'&#233;quipage&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les ports &#233;tant superfliqu&#233;s depuis le 11 septembre, les passagers clandestins seraient-ils en voie d'extinction ? Rien n'est moins s&#251;r. Mais la mer est parfois charg&#233;e de leur disparition. Le profit des armateurs ne supporte pas les d&#233;perditions, m&#234;me passag&#232;res.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1834 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L306xH400/-136-1ba76.jpg?1779602988' width='306' height='400' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;On d&#233;nombre &#224; peine ceux qui se font arr&#234;ter, &#224; peine ceux dont on retrouve les corps. Depuis le Bangladesh, le Nigeria, l'Afrique du Sud, la C&#244;te d'Ivoire, ils tentent leur chance sans trop savoir o&#249; se dirige le bateau qu'ils empruntent. Quelques provisions, de l'eau, et ils s'enferment dans des conteneurs, se planquent l&#224; o&#249; ils peuvent, un recoin de la salle des machines ou de la cargaison, voire le compartiment du gouvernail, o&#249; tremp&#233;s d'embruns ils risquent de tomber et de dispara&#238;tre dans les remous de l'h&#233;lice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mai 2015, les dockers du port de Philadelphie trouvent le corps sans vie d'un Ivoirien qui vient de passer 19 jours de mer au fond d'un cargo anglais. Sans plus de recherches, les autorit&#233;s annoncent qu'il serait mort au choix de chaleur, d'un manque d'oxyg&#232;ne, d'une intoxication aux traitements insecticides des f&#232;ves de cacao qu'il a c&#244;toy&#233;s tout du long ou enseveli sous cette cargaison mouvante. &#192; c&#244;t&#233; du cadavre gonfl&#233;, un sac &#224; dos, du lait en poudre et des emballages de barres... chocolat&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ao&#251;t 2014, un ferry belge d&#233;pose un conteneur sur le quai de Tilbury, pr&#232;s de Londres. Des ouvriers du port sont alert&#233;s par des cris et des coups provenant de l'int&#233;rieur. Ils y trouvent un cadavre et un groupe de migrants (35 Afghans dont 13 enfants) tr&#232;s d&#233;shydrat&#233;s, en &#233;tat d'hypothermie, rest&#233;s enferm&#233;s pr&#232;s de vingt jours.
Il y a eu plus horrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1992. Le porte- conteneur MC Ruby, qui bat pavillon de complaisance des Bahamas, est exploit&#233; par un bureau chypriote, affr&#233;t&#233; par une compagnie camerounaise, g&#233;r&#233; par des marins ukrainiens recrut&#233;s au port d'Odessa, le tout sous la houlette d'un proprio mon&#233;gasque. Tout baigne, dans le sillage de la mondialisation. Six jours apr&#232;s escale au port de Takoradi au Ghana, l'&#233;quipage d&#233;couvre neuf passagers clandestins, qu'il s&#233;questre trois jours dans le puits de cha&#238;ne de l'ancre. Ran&#231;onn&#233;s, sept Ghan&#233;ens et un Camerounais sont finalement assomm&#233;s &#224; coups de barre de fer, achev&#233;s au fusil-mitrailleur et jet&#233;s &#224; la mer au large du Portugal. Un seul survivant, Kingsley Ofusu, &#233;chappe au massacre et aux marins en furie qui le traquent sans succ&#232;s pendant trois jours, jusqu'aux quais du Havre. Cette tuerie entre damn&#233;s de la mer illustre &#224; son paroxysme la pression pesant sur les marins, charg&#233;s d'&#233;viter la lourde amende inflig&#233;e pour avoir men&#233; des migrants dans un port europ&#233;en. Cinq membres de l'&#233;quipage sont reconnus coupables, le capitaine et le second condamn&#233;s &#224; perp&#232;te, les trois autres prenant 20 ans ferme. Quatre ans apr&#232;s, le drame se mue en sc&#233;nar &#224; sensation d'un t&#233;l&#233;film am&#233;ricain. &lt;i&gt;The show must go on.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pas de retard &#224; terre&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Un commandant qui d&#233;couvre des migrants &#224; son bord doit les d&#233;barquer au port le plus proche, et organiser fissa le rapatriement avec la police locale. L'option de demande d'asile est &#224; &#233;viter &#224; tout prix, du point de vue de la rentabilit&#233; du navire, ce qui reviendrait &#224; rester coinc&#233; &#224; quai le temps de l'instruction du dossier. Encore faut-il que le port en question accepte. Ancien flic militaire pass&#233; &#224; Phoenix Group, une bo&#238;te de s&#233;curit&#233; am&#233;ricaine, Michael McNicholas, &#233;voque un cas concret dans le manuel de s&#233;curit&#233; pour capitaines qu'il a publi&#233; en 2016. Sachant que les autorit&#233;s d'Ha&#239;ti refusent tout retour de leurs ressortissants, un commando de sa soci&#233;t&#233; embarque de force 15 Ha&#239;tiens d&#233;couverts dans un cargo en Louisiane, pour les d&#233;poser vite fait sur la piste de l'a&#233;roport de Port-au-Prince. D&#233;lest&#233;, le jet priv&#233; affr&#233;t&#233; pour l'op&#233;ration repart illico comme un voleur. L'op&#233;ration ainsi men&#233;e revient moins cher que le respect de proc&#233;dures obligeant &#224; garder ces ind&#233;sirables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des al&#233;as chiffr&#233;s en dollars &lt;/strong&gt; &lt;br class='manualbr' /&gt;L'assureur maritime su&#233;dois The Swedish club chiffre le co&#251;t d'un passager clandestin &#224; 38 500 dollars en moyenne, davantage si le cas est complexe. Tout changement de route, toute immobilisation au port se traduit par des milliers de dollars perdus. Le rapatriement ? &#192; la charge de la compagnie. Une hantise pour les armateurs, une aubaine pour les assureurs, le risque, vrai carburant de leurs profits, faisant grimper les tarifs des contrats. Des dollars dans les yeux comme un Picsou paniqu&#233; par des trous dans ses dividendes, certains &#233;voquent le rejet par les autorit&#233;s sanitaires d'une cargaison de bl&#233; en vrac parce qu'un cadavre de migrant y aurait &#233;t&#233; trouv&#233;, ou la destruction d'un conteneur de m&#233;dicaments apr&#232;s le s&#233;jour de tels intrus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme ses concurrents, le UK P&amp;I club, gros assureur londonien, pr&#233;conise aux propri&#233;taires de navires de recruter des vigiles priv&#233;s dans les ports des pays pauvres. Et de transformer l'&#233;quipage des marins en flics. Leur r&#244;le : surveiller les acc&#232;s aux escales, &#233;chelle de coup&#233;e, cha&#238;ne d'ancre, sans oublier de fouiller toutes les caches possibles. La menace de sanctions judiciaires et financi&#232;res est partout : code p&#233;nal, injonctions des assureurs, r&#232;gles de l'OMI (Organisation maritime internationale d&#233;pendant des Nations unies). Tout assigne &#224; l'&#233;quipage ce r&#244;le de police de l'immigration, assurant le premier interrogatoire &#224; bord, le fichage, la photo. Ensuite, il se fait ge&#244;lier, surveillant un sans-droits enferm&#233; dans une cabine ou un local verrouill&#233; du bateau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la g&#233;ographe Paloma Maquet, c'est l&#224; une gestion privatis&#233;e des fronti&#232;res, externalis&#233;e par les &#201;tats et confi&#233;e aux compagnies maritimes et leurs salari&#233;s, sous pression des assurances, ce qui assure plus largement &#171; &lt;i&gt;un transfert des traditionnelles fonctions r&#233;galiennes de contr&#244;le des fronti&#232;res vers l'ensemble des acteurs portuaires&lt;/i&gt; &#187;. Assumer ce sale boulot offre des avantages p&#233;cuniaires, amendes et repr&#233;sailles financi&#232;res all&#233;g&#233;es, voire lev&#233;es, si l'&#233;quipage coop&#232;re...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'invisibles noy&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Ces exil&#233;s en transit sont normalement prot&#233;g&#233;s par la D&#233;claration universelle des droits de l'homme. Ils doivent &#234;tre nourris, recevoir les soins m&#233;dicaux n&#233;cessaires. Mais les assureurs veillent. Attentifs au danger financier que g&#233;n&#233;reraient ces intrus, ils mettent m&#234;me en garde contre leurs mensonges et tentatives d'apitoyer l'&#233;quipage en &#171; inventant &#187; la mis&#232;re qu'ils diraient fuir vers de meilleurs horizons. Une fable, c'est bien connu... En janvier 2006 &#224; Durban, sept de ces pr&#233;tendus bonimenteurs sont jet&#233;s &#224; l'eau. Deux se noient aussit&#244;t. Invit&#233;s &#224; plonger, selon l'&#233;quipage. &#171; &lt;i&gt;Je ne peux pas le prouver, mais je crois fermement que des passagers clandestins sont souvent jet&#233;s par-dessus bord pour &#233;viter les amendes. On ne retrouve pas les corps mais on entend les r&#233;cits&lt;/i&gt; &#187;, dit Welcome Nkomo, inspecteur de police du port sud-africain de Durban au correspondant du &lt;i&gt;Guardian&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Solidarit&#233; des gens de mer, parfois&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Tous les matelots ne jouent pas aux ex&#233;cutants serviles en endossant le r&#244;le de flics, gardes-chiourmes, ou m&#234;me bourreaux. &#171; &lt;i&gt;Il est arriv&#233; que des &#233;quipages se cotisent pour prendre en charge un gars, lui versent le p&#233;cule. &#192; l'escale, personne ne l'a vu partir...&lt;/i&gt;, note Jean-Philippe Chateil, de la CGT des Marins. &lt;i&gt;Mais on r&#233;duit partout les effectifs &#224; bord, en baissant les salaires, surtout sous pavillon de complaisance. Les compagnies ne veulent surtout pas d&#233;penser un sou pour des r&#233;fugi&#233;s...&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une enqu&#234;te men&#233;e par le r&#233;seau &lt;a href=&#034;http://www.migreurop.org/article2049.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Migreurop&lt;/a&gt; dans 22 ports europ&#233;ens en 2010 a &#233;pingl&#233; les statistiques largement sous &#233;valu&#233;es par l'ONU, qui compte 2052 passagers clandestins intercept&#233;s en 2008, seulement 120 quatre ans plus tard. La m&#234;me ann&#233;e, le seul assureur Western of England dit avoir trait&#233; 125 dossiers, dont deux personnes d&#233;c&#233;d&#233;es en raison des &#233;manations toxiques de la cargaison de bois exotique o&#249; elles s'&#233;taient cach&#233;es...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;placement des d&#233;plac&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;br class='manualbr' /&gt;Partout dans le monde, les ports surveill&#233;s de pr&#232;s placent les navires hors d'atteinte des cr&#232;ve-la-faim. Grilles high-tech, patrouilles, conteneurs pass&#233;s au scanner, matelots mis &#224; contribution pour traquer les clandestins : la mise en place &#224; partir de 2002 du code ISPS cl&#244;turant et fliquant les ports a contribu&#233; &#224; d&#233;placer le probl&#232;me. &#171; &lt;i&gt;Il y a une presque disparition apparente des passagers clandestins. Les &#233;chos sont rares, comme si c'&#233;tait devenu un ph&#233;nom&#232;ne hom&#233;opathique&lt;/i&gt;, note Patrick Chaumette, directeur du Centre de droit maritime et oc&#233;anique de l'Universit&#233; de Nantes.&lt;i&gt; Les voies de passage terrestres et maritimes visent plus Gibraltar, la Libye, Lampedusa... Et sont de fait beaucoup plus dangereuses&lt;/i&gt;. &#187; Outre les naufrages, il &#233;voque notamment le cas de ces canots gonflables naviguant au ras de l'eau, pratiquement sans &#233;cho radar, d&#233;chiquet&#233;s et coul&#233;s aussit&#244;t par des cargos taillant leur route sans m&#234;me les avoir vus... Ce que des juristes faux-cul renomment la &#171; &lt;i&gt;pression migratoire ill&#233;gale&lt;/i&gt; &#187; entre alors dans le monde du ni vu ni connu.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&#192; lire &#233;galement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Le papier de Julia Zortea, &#034;&lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Geometrie-d-un-assassinat&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;G&#233;om&#233;trie d'un assassinat&lt;/a&gt;&#034;, publi&#233; en deux parties dans les num&#233;ros 12 et 13 d'&lt;i&gt;Article 11&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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