<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=8550&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1782637830</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Marignane : chemin de croix proven&#231;al</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Marignane-chemin-de-croix</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Marignane-chemin-de-croix</guid>
		<dc:date>2017-08-14T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Ruoyi Jin</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Mais</dc:subject>
		<dc:subject>Ville</dc:subject>
		<dc:subject>maire</dc:subject>
		<dc:subject>habitants</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;ric</dc:subject>
		<dc:subject>centre-ville</dc:subject>
		<dc:subject>Marignane</dc:subject>
		<dc:subject>Diss&#232;s</dc:subject>
		<dc:subject>maire &#201;ric</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Comme un micro-climat : l'extr&#234;me droite s'est toujours tr&#232;s bien port&#233;e autour de l'&#233;tang de Berre. Et particuli&#232;rement &#224; Marignane, ville de 34 000 habitants o&#249; Marine Le Pen s'est taill&#233; la part du lion au premier tour des pr&#233;sidentielles, raflant 42,5% des suffrages. Dans cette agglom&#233;ration sans &#226;me et en mal d'identit&#233;, les valeurs ultradroiti&#232;res, la peur de l'autre et l'angoisse du d&#233;clin font des ravages. Reportage. Un petit parc de rien du tout. Juste un carr&#233; de pelouse et (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no154-mai-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;154 (mai 2017)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ruoyi-Jin" rel="tag"&gt;Ruoyi Jin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Mais" rel="tag"&gt;Mais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maire" rel="tag"&gt;maire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/habitants" rel="tag"&gt;habitants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Eric" rel="tag"&gt;&#201;ric&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/centre-ville" rel="tag"&gt;centre-ville&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Marignane" rel="tag"&gt;Marignane&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Disses" rel="tag"&gt;Diss&#232;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/maire-Eric" rel="tag"&gt;maire &#201;ric&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme un micro-climat : l'extr&#234;me droite s'est toujours tr&#232;s bien port&#233;e autour de l'&#233;tang de Berre. Et particuli&#232;rement &#224; Marignane, ville de 34 000 habitants o&#249; Marine Le Pen s'est taill&#233; la part du lion au premier tour des pr&#233;sidentielles, raflant 42,5% des suffrages. Dans cette agglom&#233;ration sans &#226;me et en mal d'identit&#233;, les valeurs ultradroiti&#232;res, la peur de l'autre et l'angoisse du d&#233;clin font des ravages. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un petit parc de rien du tout. Juste un carr&#233; de pelouse et quelques arbres dans un recoin du centre-ville. Sur le gazon, un premier panneau : &#171; &lt;i&gt;Jardin public Salvador Dali, inaugur&#233; par le maire de Marignane, &#201;ric Le Diss&#232;s, le 23 septembre 2011&lt;/i&gt; &#187;. Et puis un deuxi&#232;me, trois m&#232;tres plus loin, qui claironne devant un arbre maigrichon : &#171; &lt;i&gt;Arbre de la libert&#233;, inaugur&#233; par le maire de Marignane, &#201;ric Le Diss&#232;s, le 9 d&#233;cembre 2012&lt;/i&gt; &#187;. Il est comme &#231;a, l'&#233;dile de la ville : il aime laisser sa marque partout. Un peu comme un chien multipliant les arr&#234;ts pipi. Local associatif, rond-point, mus&#233;e ou fresque, ses panneaux tr&#244;nent dans tous les coins de la ville. Gloire &#224; &#201;ric Le Diss&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rodomontades s&#233;curitaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gloire est chose martiale, elle s'accommode fort bien d'accents guerriers. Le maire en a justement &#224; revendre, multipliant les envol&#233;es sanguinaires et les prises de parole lyriques. En ligne de mire, l'hydre terroriste et le laxisme soci&#233;tal. Lors de la&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1888 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH537/-184-83322.jpg?1782740486' width='400' height='537' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;c&#233;r&#233;monie des v&#339;ux de la commune en janvier 2015, il s'enflamme : &#171; &lt;i&gt;Voil&#224; pourquoi &#224; coup de lois hyper-laxistes, vous, les d&#233;cideurs, avez fait un nid douillet &#224; ces barbares aveugl&#233;s par leur fanatisme sans fondement.&lt;/i&gt; &#187; Pour celle de 2016, il en remet une couche : &#171; &lt;i&gt;Monsieur le Pr&#233;sident, prot&#233;gez nos fronti&#232;res et lib&#233;rez certaines de nos cit&#233;s des pr&#233;tendants au Jihad.&lt;/i&gt; [...] &lt;i&gt;Car je le dis haut et fort, le danger est autant chez nous qu'en Syrie ou au Mali.&lt;/i&gt; &#187; Et &#224; l'occasion du mill&#233;sime 2017, il se dresse bravement sur ses ergots : &#171; &lt;i&gt;Il faut que chacun sache que je suis intransigeant quand il s'agit de s&#233;curit&#233; et je le dis haut et fort, ici chez nous, aucun &#233;tranger ne peut et ne doit pouvoir faire sa loi &#224; notre place.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi Monsieur le Maire se targue d'avoir fait enlever tous les drapeaux &#233;trangers du rond-point du 8 mai 1945. Il s'agit de &#171; &lt;i&gt;n'en laisser qu'un seul, mais pas n'importe lequel : notre drapeau national&lt;/i&gt; &#187;. Et de monter dans les tours : &#171; &lt;i&gt; &#192; chaque fois que vous verrez ce drapeau, redressez-vous et soyez fiers !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va des coups de menton patriotiques comme des panneaux d'inauguration : toute occasion est bonne &#224; prendre. Ce mardi 25 avril, c'est l'assassinat du policier Xavier Jugel&#233; sur les Champs-&#201;lys&#233;es qui fournit mati&#232;re &#224; hommage local, devant l'h&#244;tel de ville. En face d'une centaine de personnes et de six policiers municipaux bombant le torse, &#201;ric Le Diss&#232;s prend virilement la parole. Fustige &#171; &lt;i&gt; un pays tellement laxiste qu'il permet &#224; des d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;s mentaux de commettre plusieurs tentatives d'assassinat sur des policiers&lt;/i&gt; &#187;. Trompette que &#171; &lt;i&gt;trop de libert&#233; tue la libert&#233;&lt;/i&gt; &#187;. Et en appelle au r&#233;tablissement de la peine de mort. Minute de silence, Marseillaise &#8211; rompez les rangs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ivresse frontiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1889 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH573/-185-37d9b.jpg?1782666244' width='400' height='573' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le maire se fait ici parfait porte-voix des folles inqui&#233;tudes de ses administr&#233;s. Cela fait un bail que Marignane tremble. Et que cette ville de 34 000 habitants vote &#224; droite. Tr&#232;s &#224; droite. En 1995, elle se donne au FN, choisissant pour maire un proche de Jean-Marie Le Pen, Daniel Simonpieri. Elle le r&#233;&#233;lit en 2001, cette fois sous la banni&#232;re du MNR, le mouvement de Bruno M&#233;gret. Puis &#201;ric Le Diss&#232;s prend la suite en 2008, avant d'&#234;tre r&#233;&#233;lu en 2014. L'actuel maire s'affiche divers droite, camouflage qui ne trompe pas tant l'homme arbore tous les codes de l'extr&#234;me-droite &#224; d&#233;faut d'en porter l'&#233;tiquette. Peu importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En vrai, Marignane se saoule litt&#233;ralement &#224; l'extr&#234;me droite. Au deuxi&#232;me tour des r&#233;gionales de 2015, la ville accorde ainsi 60% de ses voix &#224; Marion Mar&#233;chal - Le Pen, laquelle ne laisse que des miettes &#224; son adversaire, le tr&#232;s droitier Christian Estrosi. Et au premier tour des pr&#233;sidentielles, il y a quelques jours, c'est la tante qui d&#233;croche la timbale : la candidate du FN r&#233;cup&#232;re 42,5% des voix, loin devant Jean-Luc M&#233;lenchon (17,5%) et Fran&#231;ois Fillon (15,8%). Soit le plus haut score frontiste des Bouches-du-Rh&#244;ne, d&#233;partement qui ne s'en laisse pourtant pas conter quand il s'agit de voter pour l'ordre et la r&#233;action. M&#234;me les imm&#233;diates voisines de Marignane, Martigues (30,5% pour la candidate frontiste au premier tour), Istres (33,3%) et la tr&#232;s r&#233;ac Vitrolles (33,8%), font en regard p&#226;le figure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fant&#244;mes de l'OAS&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces villes des abords de l'&#233;tang de Berre ont pourtant bien des points communs. Outre l'absence de charme, elles partagent un fort ancrage pied-noir &#8211; &#224; Marignane, les familles rapatri&#233;es d'Alg&#233;rie repr&#233;senteraient un peu moins de 20% de la population. Un poids &#233;lectoral si massif qu'il se donne m&#234;me &#224; lire sur le plan de la ville. Pour s'en &#233;chapper par le sud, il faut ainsi emprunter l'avenue Salan, du nom de ce g&#233;n&#233;ral fran&#231;ais qui participa au putsch des g&#233;n&#233;raux de 1961 et qui fut chef de l'OAS &#8211; seules quatre autres villes fran&#231;aises ont accord&#233; un semblable honneur au militaire factieux. &#192; l'exact oppos&#233;, tout au nord, voici le cimeti&#232;re Saint-Laurent, lequel accueille une pompeuse st&#232;le figurant un supplici&#233; fusill&#233;, mains attach&#233;es dans le dos. Au c&#244;t&#233;, cette inscription : &#171; &lt;i&gt; &#192; la m&#233;moire de nos compatriotes et des combattants civils et militaires qui ont perdu la vie pour que l'Alg&#233;rie demeure fran&#231;aise.&lt;/i&gt; &#187; L'OAS n'est pas morte, ses fant&#244;mes bougent encore. Et ils votent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Bien s&#251;r, il y a ce poids de l'&#233;lectorat pied-noir, tr&#232;s raciste et revanchard. Mais il n'explique pas &#224; lui seul le succ&#232;s de l'extr&#234;me droite&lt;/i&gt;, temp&#232;re Julien, employ&#233; de 42 ans. &lt;i&gt;Si les Marignanais votent massivement FN, c'est d'abord par crainte. Ils n'ont pas support&#233; de voir leur ville changer. Pour eux, les choses devraient durer &#233;ternellement.&lt;/i&gt; &#187; Les Trente Glorieuses en ont d&#233;cid&#233; autrement : de 5 300 habitants en 1954, le petit village proven&#231;al, situ&#233; &#224; 20 kilom&#232;tres de route de Marseille, est pass&#233; &#224; 31 000 en 1982. Rapatri&#233;s d'Alg&#233;rie, immigr&#233;s du Maghreb, Marseillais fuyant la grande ville et employ&#233;s de l'a&#233;roport de Marignane (devenu Marseille-Provence en 1961 et d&#233;sormais cinqui&#232;me a&#233;roport fran&#231;ais) ont pris logement dans un vaste entrelacs de lotissements sans &#226;me, de r&#233;sidences plus ou moins ferm&#233;es, de petites cit&#233;s et de zones d'activit&#233; s'&#233;tendant autour du centre-ville. Autant de b&#226;timents au cr&#233;pi d&#233;fra&#238;chi, de rues qui se ressemblent et se confondent, d'anonymes lotissements. En trente ans, Marignane est devenue ville-dortoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La mort du petit commerce&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que de lui forger une nouvelle identit&#233;, riche de toutes ses communaut&#233;s, la plupart des habitants ont alors choisi de mythifier un &#226;ge d'or proven&#231;al. Celui d'avant, quand la ville n'&#233;tait qu'un bourg. Et que rien ne venait troubler l'entre-soi. &#171; &lt;i&gt;Je suis arriv&#233; en 1961, &#231;a n'avait rien &#224; voir. Il y avait encore des Marignanais, des vrais Proven&#231;aux. On parlait des m&#234;mes choses, on causait la m&#234;me langue, on se comprenait, on partageait des traditions&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole, derri&#232;re le comptoir de son bar, Herv&#233;, ancien communiste votant d&#233;sormais FN. Une nostalgie largement entretenue par la municipalit&#233;, qui n'a de cesse de ressusciter le spectre des traditions pr&#233;tendument perdues. Dans les rues du centre-ville, des photos en noir et blanc du bourg des ann&#233;es 1950 s'affichent sur de larges panneaux. Non loin, une b&#226;tisse bourgeoise accueille depuis 2015 le mus&#233;e Raimu &#8211; l'acteur pour parfait parangon d'une antique identit&#233; proven&#231;ale fantasm&#233;e. &#192; quelques m&#232;tres, voil&#224; le square Fr&#233;d&#233;ric Mistral. Le &#171; &lt;i&gt;po&#232;te de la Provence&lt;/i&gt; &#187; a droit &#224; une st&#232;le, avec cette citation angoiss&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Et la langue de notre m&#232;re, devrons-nous l'oublier ?&lt;/i&gt; &#187; Aucun risque : le Mus&#233;e des arts et traditions populaires de Marignane, avec ses mannequins en costumes d'&#233;poque et sa cuisine traditionnelle reconstitu&#233;e, se charge de marteler le message. Ici, on entretient le r&#234;ve du pass&#233; &#8211; c'est plus commode que d'affronter le pr&#233;sent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pr&#233;sent &#224; Marignane, ce sont ces devantures de commerces ferm&#233;es, pour certaines depuis des ann&#233;es. Au centre-ville, pr&#232;s d'un tiers des &#233;choppes ont d&#233;finitivement tir&#233; le rideau, sans que rien ne vienne prendre leur place, sinon un panneau &#171; &#224; vendre &#187; ou &#171; &#224; louer &#187;. Les d&#233;funts s'appellent Smart informatique, Leonidas, C Kitch, L&#230;titia Lingerie, Snack Hasan Baba ou encore Poissonnerie 27. Les derni&#232;res victimes d'un &#233;croulement qui a d&#233;but&#233; dans les ann&#233;es 1980, quand d'immenses centres commerciaux b&#226;tis aux alentours ont commenc&#233; &#224; faire main basse sur la client&#232;le qui faisait ses courses en ville. Peu &#224; peu, ils ont tout ratibois&#233;. Impossible de lutter &#8211; Plan de Campagne, autoproclam&#233;e plus grande zone commerciale d'Europe, n'est qu'&#224; quelques kilom&#232;tres&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Pour un panorama de ce triste endroit, se reporter &#224; &#171; Plan de campagne &#8211; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Un peu plus loin, &#224; Miramas, c'est le Village des marques qui vient d'ouvrir ses portes, histoire d'enfoncer le clou. 120 boutiques s'y &#233;chelonnent sur 25 000 m&#232;tres carr&#233;s, dans un b&#226;ti &#171; &lt;i&gt;s'inspirant des villages proven&#231;aux&lt;/i&gt; &#187;, avec &#171; &lt;i&gt;des all&#233;es pi&#233;tonnes, des ruelles ombrag&#233;es, une fontaine anim&#233;e et un am&#233;nagement paysager agr&#233;able&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon le dossier de presse du Village des marques.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Au triste jeu de l'artifice, la grande distribution sort gagnante. &#171; &lt;i&gt;Qu'est-ce que vous voulez qu'on fasse ? Les gens d'ici aiment les centres commerciaux, ils voient &#231;a comme la sortie du week-end. Ils adorent prendre la voiture pour y passer la journ&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, se d&#233;sole Fabrice, quadrag&#233;naire vendant des costumes dans un magasin vieillot du centre de Marignane. Lui et sa m&#232;re guettent le client, lequel se fait salement attendre. &#171; &lt;i&gt;Mais on n'est pas les seuls &#224; tirer la langue. &#192; Manosque, Sisteron ou Istres, c'est la m&#234;me chose. Toutes les villes de 30 000 habitants du sud de la France se meurent doucement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sus aux ind&#233;sirables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Histoire d'en partie maquiller le d&#233;sastre, la municipalit&#233; rach&#232;te &#224; tour de bras les commerces en d&#233;sh&#233;rence &#8211; l'immobilier s'est tellement effondr&#233; que &#231;a ne co&#251;te pas grand-chose. Une partie d'entre eux gardent le rideau baiss&#233;, puisqu'il s'agit d'abord d'emp&#234;cher qu'ils ne deviennent des kebabs ou des petites &#233;piceries. Le reste se pare des couleurs du blason bleu et jaune de Marignane, &#233;choppes transform&#233;es en innombrables permanences municipales. Au centre-ville, elles sont partout : Maison de la jeunesse, du c&#339;ur de ville, des amis de Marignane et de la Provence, des anciens, du combattant&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En attendant une glorieuse Maison de la France et du combattant, cens&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, de la d&#233;mocratie, du projet urbain, de l'emploi, des associations, de la solidarit&#233;&#8230; Une v&#233;ritable arm&#233;e mexicaine, qui n'a pas seulement pour fonction de camoufler le d&#233;sastreux d&#233;sert qui fait aujourd'hui office de centre-ville ; il s'agit aussi de montrer aux habitants que la municipalit&#233; agit face au naufrage. Non, elle ne reste pas bras ballants : elle ouvre des antennes. Rien n'est perdu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle ne se contente pas d'ouvrir, d'ailleurs. Elle ferme, aussi. Et m&#234;me, elle vide, mure, cadenasse. Oh, pas n'importe o&#249; : ce sont les maisons branlantes du petit c&#339;ur historique qui sont concern&#233;es. Un espace qui tient sur un mouchoir de poche, tout juste une quinzaine d'&#233;troites rues et ruelles, de petites placettes et de sombres impasses. Longtemps, ce quartier en r&#233;duction a &#233;t&#233; le point de chute privil&#233;gi&#233; des populations immigr&#233;es. Aujourd'hui, elles sont pratiquement les seules &#224; encore y loger. De moins en moins nombreuses au fil des ans, puisque la municipalit&#233; rach&#232;te les maisons disponibles pour mieux les condamner &#8211; portes et fen&#234;tres bouch&#233;es. Quelques avis de permis de construire accol&#233;s sur les fa&#231;ades l&#233;zard&#233;es laissent &#224; croire que des travaux de r&#233;novation sont sur le point d'&#234;tre lanc&#233;s. Attrape-nigaud : le plus ancien de ces avis, qui annonce &#171; &lt;i&gt; la r&#233;habilitation de douze logements collectifs &lt;/i&gt; &#187;, date du 11 octobre 2005&#8230; Une strat&#233;gie de pourrissement d&#233;lib&#233;r&#233;e : il s'agit de faire partir les habitants ind&#233;sirables avant de r&#233;nover. Le maire &#201;ric Le Diss&#232;s n'en fait d'ailleurs nullement myst&#232;re : &#171; &lt;i&gt;Si je pouvais raser la zone dans son int&#233;gralit&#233;, je le ferais, sans aucun &#233;tat d'&#226;me&lt;/i&gt;, d&#233;clare-t-il en janvier 2017. &lt;i&gt;Malheureusement, c'est impossible sans l'accord des services de l'&#201;tat&lt;/i&gt; [&#8230;].&lt;i&gt; Nous allons devoir garder des &#238;lots entiers en les r&#233;habilitant.&lt;/i&gt; &#187; Un jour, c'est s&#251;r, le quartier retrouvera une nouvelle jeunesse. Blanche, bien s&#251;r. Pile-poil dans le ton du r&#234;ve pastoral proven&#231;al de la municipalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Beur sur la ville&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En attendant, les habitants du c&#339;ur historique serrent les dents. Comment protester quand toute une ville vous montre du doigt ? Ils savent que le maire, qui se dit soucieux &#171; &lt;i&gt;d'&#233;viter que ce lieu ne demeure un souk, car un souk n'a pas sa place en Provence&lt;/i&gt; &#187;, a dans le collimateur les quelques commerces encore pr&#233;sents &#8211; deux ou trois bars, autant d'&#233;piceries et de snacks. Ils n'ont eu d'autre choix, aussi, que d'acter la fermeture de la mosqu&#233;e par &#201;ric Le Diss&#232;s, au pr&#233;texte d'une bagarre entre immigr&#233;s turcs et kurdes &#224; la sortie de celle-ci. Et ils n'ignorent pas que la police municipale va prochainement d&#233;m&#233;nager, pour prendre ses quartiers place Desmoulins, petit carrefour un brin anim&#233; que tout Marignane voit comme une cour des Miracles sauce Bronx maghr&#233;bin. La pression va croissante, l'&#233;tau se resserre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Oui, ce n'est pas une ville rigolote. Pas du tout, m&#234;me. Et pourtant, tu sais quoi ? Je l'aime.&lt;/i&gt; &#187; Mario, la cinquantaine vivace, habite et travaille dans l'un des commerces de ce c&#339;ur historique. Attabl&#233; devant une chicha, le petit-fils d'immigr&#233; arabe ne se montre gu&#232;re v&#233;h&#233;ment &#224; l'&#233;gard du maire. &#171; &lt;i&gt;Il est coh&#233;rent. Il veut un centre proven&#231;al, il va l'obtenir peu &#224; peu. Mais &#231;a sera sans nous et c'est dommage &#8211; j'aurais bien aim&#233; un peu plus de m&#233;lange, de diversit&#233; dans le quartier.&lt;/i&gt; &#187; Sur la chaise d'&#224; c&#244;t&#233;, Razmik, chauffeur barbu tout en maigreur, embraye : &#171; &lt;i&gt;Tu vois cette place ? Pour les racistes, c'est l'endroit le plus chaud de Marignane. Mais en vrai, elle est toute paisible. Tu te sens en ins&#233;curit&#233;, ici ? Pas moi, en tout cas.&lt;/i&gt; &#187; Et Mohammed, troisi&#232;me chaise, de se gondoler : &#171; &lt;i&gt;Tu m'&#233;tonnes&#8230; T'es arabe, t'es pas cens&#233; &#234;tre concern&#233;. Au contraire, c'est de toi qu'ils ont peur...&lt;/i&gt; &#187; Mario encore : &#171; &lt;i&gt;On c&#244;toie au quotidien des gens qui votent FN. Des gens avec qui on discute depuis longtemps. Et quand on leur fait remarquer qu'ils votent d'abord contre nous, ils r&#233;pondent toujours : &#8216;'Non, mais toi, c'est pas pareil...'' &lt;/i&gt; &#187; Razmik approuve, avant de faire le lien : &#171; &lt;i&gt;Au fond, il y a un truc qu'on partage avec les &#233;lecteurs frontistes : la souffrance. Ce que tu vois dans cette ville, c'est la souffrance de la France, de A &#224; Z.&lt;/i&gt; &#187; &#192; Marignane, m&#234;me l'alphabet est un chemin de croix.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Pour un panorama de ce triste endroit, se reporter &#224; &#171; &lt;a href=&#034;http://www.article11.info/?Plan-de-Campagne-Marchandise-terre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Plan de campagne &#8211; marchandise, terre promise&lt;/a&gt; &#187;, article mis en ligne sur le site d'Article11 le 16/12/2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon le dossier de presse du Village des marques.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En attendant une glorieuse Maison de la France et du combattant, cens&#233;e rassembler toutes les associations patriotiques de la ville et dont l'ouverture est pr&#233;vue cette ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
