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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Colon un jour, colon toujours</title>
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		<dc:subject>d'y rester</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Bienvenue en 2022. La France est toujours un &#201;tat colonial. Et elle a une sale gueule. &#171; La France est plus belle car la Nouvelle-Cal&#233;donie a d&#233;cid&#233; d'y rester ! &#187; s'est r&#233;joui Emmanuel Macron, fier comme un sergent-chef, le 12 d&#233;cembre &#224; l'issue de la consultation qui se tenait dans l'archipel. Peu importe que ce scrutin pour ou contre l'ind&#233;pendance se soit fait sans les ind&#233;pendantistes, ce qui revient &#224; dire sans l'&#233;crasante majorit&#233; du peuple colonis&#233;. Peu importe qu'ils aient annonc&#233; (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no205-janvier-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;205 (janvier 2022)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Edito" rel="tag"&gt;&#201;dito&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/decide-d-y" rel="tag"&gt;d&#233;cid&#233; d'y&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Bienvenue en 2022. La France est toujours un &#201;tat colonial. Et elle a une sale gueule.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4224 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;33&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L403xH400/-1482-7674d-3d0c7.jpg?1782644261' width='403' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Illustration de Gautier Ducatez
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La France est plus belle car la Nouvelle-Cal&#233;donie a d&#233;cid&#233; d'y rester !&lt;/i&gt; &#187; s'est r&#233;joui Emmanuel Macron, fier comme un sergent-chef, le 12 d&#233;cembre &#224; l'issue de la consultation qui se tenait dans l'archipel. Peu importe que ce scrutin pour ou contre l'ind&#233;pendance se soit fait sans les ind&#233;pendantistes, ce qui revient &#224; dire sans l'&#233;crasante majorit&#233; du peuple colonis&#233;. Peu importe qu'ils aient annonc&#233; boycotter le r&#233;f&#233;rendum s'il n'&#233;tait pas report&#233;, entre autres parce que la situation sanitaire sur l'archipel, durement atteint par le Covid depuis septembre, ne permettait pas de mener une campagne digne de ce nom. Seul le r&#233;sultat compte : 96,5 % des suffrages exprim&#233;s en faveur du &#171; non &#187;, un score digne d'une r&#233;publique banani&#232;re qui permet &#224; la France de conserver sa base arri&#232;re dans le Pacifique sud, avec son nickel, sa biodiversit&#233;, sa gigantesque zone &#233;conomique exclusive, son emplacement g&#233;ostrat&#233;gique de premier choix, ses plages de sable fin, ses poissons multicolores et ses eaux azur&#233;ennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus belle, vraiment ? Plus belle la France qui a une fois de plus pi&#233;tin&#233; la culture des Kanak en refusant de reporter un vote que rien ne pressait, ce qui aurait permis de respecter un temps de deuil conforme &#224; leurs traditions, apr&#232;s le passage du cyclone Covid-19 ? Plus belle la France qui met en p&#233;ril trente ans de paix sur le territoire et sabote la sortie d'un processus de d&#233;colonisation in&#233;dit dans son histoire ? Plus belle la France qui toujours magouille, renie sa parole, tente de monter les communaut&#233;s les unes contre les autres, tout &#231;a pour d&#233;fendre ses seuls int&#233;r&#234;ts ? Plus belle la France qui garde assujetti un peuple qui, depuis quarante ans au moins, n'a pas loup&#233; une occasion de proclamer sa volont&#233; d'&#233;mancipation, que ce soit en mettant (ou pas) un bulletin dans une urne ou en luttant pied &#224; pied quand il le fallait ? Plus belle la France qui apr&#232;s pas loin de 170 ans de spoliations, pillages, barbouzeries, massacres&#8230; a d&#233;cid&#233; qu'il n'y avait aucune raison d'arr&#234;ter l&#224; sa glorieuse &#339;uvre civilisatrice et d'ouvrir enfin un nouveau chapitre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son discours de victoire hors-sol, tant il est &#233;vident que ce vote boud&#233; par plus d'un &#233;lecteur sur deux suscite plus de craintes qu'il n'en apaise, Macron n'aura pas prononc&#233; une seule fois le mot &#171; colonisation &#187;. Mais il aura appel&#233;, en passant, &#224; la &#171; &lt;i&gt;n&#233;cessaire r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s qui fragilisent l'unit&#233; de l'archipel&lt;/i&gt; &#187; (ou comment promettre d'accomplir ce qui ne l'a pas &#233;t&#233; en plus d'un si&#232;cle et demi de pr&#233;sence fran&#231;aise). Comme si le maintien de la tutelle coloniale n'&#233;tait pas pr&#233;cis&#233;ment la source premi&#232;re de toutes les injustices qui s&#233;vissent en Nouvelle-Cal&#233;donie. Injustices dont, &#244; surprise, les autochtones sont toujours les principales victimes, et de loin : dans ce riche territoire dont le PIB par habitant d&#233;passe celui de la plupart des r&#233;gions fran&#231;aises, un tiers des quelque 112 000 Kanak vivent sous le seuil de pauvret&#233;. C'est deux fois plus que dans l'Hexagone, et presque quatre fois plus qu'au sein des autres communaut&#233;s de l'archipel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Kanak, dont &#171; &lt;i&gt;la pr&#233;sence, au sein de la communaut&#233; nationale, est une chance inestimable&lt;/i&gt; &#187;, dixit un Macron pince-sans-rire, vont donc rester, encore un petit moment, captifs dans leur propre pays. Captifs au propre comme au figur&#233;, depuis l'&#233;cole o&#249; ils subissent de plein fouet l'&#233;chec scolaire jusqu'&#224; la mort, o&#249; on leur refuse m&#234;me un deuil qui leur ressemble. En passant par l'unique prison surpeupl&#233;e du coin o&#249; ils repr&#233;sentent plus de 90 % des d&#233;tenus alors qu'ils ne constituent que 40 % de la population totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'Empire qui ne veut pas mourir&lt;/i&gt; : c'est le titre d'un livre-somme actuellement en librairie sur l'histoire (et l'actualit&#233;) de la Fran&#231;afrique&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ouvrage collectif, Seuil, 2021.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Une sentence qui souligne &#224; quel point la France, de Noum&#233;a &#224; Abidjan, de Dakar &#224; Pointe-&#224;-Pitre, a d&#233;cid&#233;ment bien du mal &#224; se penser autrement qu'en puissance imp&#233;rialiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bienvenue en 2022. La France est toujours un &#201;tat colonial. Et elle a une sale gueule.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Ouvrage collectif, Seuil, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Ils nous ont arrach&#233;s &#224; notre paradis pour nous mettre en enfer ! &#187;</title>
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		<dc:creator>S&#233;bastien Bonetti</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Un v&#233;ritable hold-up ! D'abord colonis&#233;s par les Fran&#231;ais, puis par les Anglais, les habitants des Chagos, un petit archipel de l'oc&#233;an Indien, en ont finalement &#233;t&#233; expuls&#233;s de 1966 &#224; 1973, pour laisser place &#224; une base militaire &#233;tatsunienne. Ils vivent aujourd'hui en exil, dans le d&#233;nuement. Mais ne d&#233;sesp&#232;rent pas de retourner un jour sur l'archipel. Cela fait d&#233;j&#224; trois fois qu'Ivo Bancoult passe par Paris. Mais il lui a fallu attendre aujourd'hui pour en d&#233;couvrir les monuments. (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no156-juillet-aout-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;156 (juillet-ao&#251;t 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Sebastien-Bonetti-230" rel="tag"&gt;S&#233;bastien Bonetti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Maurice" rel="tag"&gt;Maurice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-ile" rel="tag"&gt;l'&#238;le&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-ocean-Indien" rel="tag"&gt;l'oc&#233;an Indien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-ile-Maurice" rel="tag"&gt;l'&#238;le Maurice&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chagos" rel="tag"&gt;Chagos&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rita-Bancoult" rel="tag"&gt;Rita Bancoult&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Diego-Garcia" rel="tag"&gt;Diego Garcia&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ivo" rel="tag"&gt;Ivo&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-archipel" rel="tag"&gt;l'archipel&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Un v&#233;ritable hold-up ! D'abord colonis&#233;s par les Fran&#231;ais, puis par les Anglais, les habitants des Chagos, un petit archipel de l'oc&#233;an Indien, en ont finalement &#233;t&#233; expuls&#233;s de 1966 &#224; 1973, pour laisser place &#224; une base militaire &#233;tatsunienne. Ils vivent aujourd'hui en exil, dans le d&#233;nuement. Mais ne d&#233;sesp&#232;rent pas de retourner un jour sur l'archipel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cela fait d&#233;j&#224; trois fois qu'Ivo Bancoult passe par Paris. Mais il lui a fallu attendre aujourd'hui pour en d&#233;couvrir les monuments. Lors de ses deux pr&#233;c&#233;dents passages, l'homme n'&#233;tait pas sorti de l'enceinte de l'a&#233;roport : il &#233;tait juste en transit, parti de sa banlieue londonienne pour gagner l'&#238;le Maurice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De toute fa&#231;on, Ivo n'est pas un touriste. Il est trop pauvre pour &#231;a. Avec trois enfants &#224; charge et un maigre salaire de 180 livres par semaine, il gal&#232;re. Une trentaine d'heures de travail hebdomadaire dans une sup&#233;rette de Crawley (&#171; &lt;i&gt;un ghetto&lt;/i&gt; &#187;, comme il dit) lui permet tout juste de faire vivre sa famille. Et il utilise le peu de monnaie qu'il r&#233;ussit &#224; mettre de c&#244;t&#233; pour retourner dans l'oc&#233;an Indien, l&#224; o&#249; il est n&#233;, afin de revoir ses proches. Alors, devant la tour Eiffel ou au bord de la Seine, il profite. Ne rate aucun d&#233;tail. Se fait prendre en photo partout. Mais sans oublier que s'il est invit&#233; dans la capitale, c'est d'abord pour parler de la cause qui habite sa famille depuis toujours, celle des Chagossiens. Il milite &#224; sa fa&#231;on, en r&#233;pondant &#224; quelques (rares) interviews et en se faisant filmer pour un (encore plus rare) documentaire&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Steeve Jean-No&#235;l Pierre, Mauricien d'origine aujourd'hui install&#233; en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1891 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;29&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH333/-186-faf40.jpg?1782727083' width='500' height='333' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de S&#233;bastien Bonetti.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Indiff&#233;rence g&#233;n&#233;rale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que personne ne se pr&#233;cipite pour lui tendre un micro : sa cause n'attire pas les foules. Une sc&#232;ne, v&#233;cue dans le taxi l'emmenant de l'a&#233;roport au centre-ville, r&#233;sume l'indiff&#233;rence du monde au combat qu'il porte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Vous venez d'o&#249; ?&lt;/i&gt;, demande le chauffeur.
&#8211; &lt;i&gt;Mes parents, mes fr&#232;res et s&#339;urs sont tous n&#233;s dans l'archipel des Chagos. Mais moi, j'ai vu le jour sur l'&#238;le Maurice, &#224; cause d'une trag&#233;die.&lt;/i&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Et c'est o&#249;, Chagos ?&lt;/i&gt;
&#8211; &lt;i&gt;Dans l'oc&#233;an Indien. Pas tr&#232;s loin de l'&#238;le Maurice, justement.&lt;/i&gt;
&#8211; &lt;i&gt;C'est joli l&#224;-bas ? Il doit y avoir des plages paradisiaques&#8230;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et Ivo de s'enfoncer dans son si&#232;ge, bless&#233;. Le chauffeur n'a pas r&#233;agi au mot &#171; &lt;i&gt;trag&#233;die&lt;/i&gt; &#187;. En clair : il s'en fout. Tout le monde s'en fout, d'ailleurs. &#192; commencer par les &#201;tats-Unis et la Grande-Bretagne, pourtant responsables de la &#171; &lt;i&gt;trag&#233;die&lt;/i&gt; &#187; en question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors Ivo ne se fait plus trop d'illusions. &#171; &lt;i&gt;Tu sais, mon fr&#232;re, ces gens-l&#224;, les Am&#233;ricains et leurs potes, se prennent pour les cr&#233;ateurs de l'univers. &#192; la caisse de la sup&#233;rette, une cliente m'a r&#233;cemment demand&#233; ce que je faisais ici, et pourquoi je n'&#233;tais pas dans mon pays. J'ai senti le racisme dans sa question...&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il, avant d'empoigner une guitare pour chanter sa douleur. Il ne se fait plus trop d'illusions, mais il y croit quand m&#234;me. &#171; &lt;i&gt;Il n'y a que la m&#233;diatisation pour nous tirer d'affaire. C'est pour &#231;a que ce documentaire que vous avez d&#233;cid&#233; de tourner est important.&lt;/i&gt; &#187; Pas s&#251;r qu'il suffise &#224; faire plier les grandes puissances, celles qui ont fait la mis&#232;re au peuple des Chagos. Et qui n'ont que m&#233;pris pour son triste sort, qu'elles ont longtemps qualifi&#233; de &#171; &lt;i&gt;d&#233;tail &lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le mot &#171; d&#233;tail &#187; revient dans de nombreux documents officiels am&#233;ricains et (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un petit paradis&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour comprendre la trag&#233;die, il faut faire un peu d'histoire. Et revenir sur les diff&#233;rents ma&#238;tres qui ont successivement fait main basse sur cet archipel. Plant&#233; au milieu de l'oc&#233;an Indien, non loin de l'&#201;quateur, il est compos&#233; d'une soixantaine d'&#238;les, situ&#233;es &#224; peu pr&#232;s &#224; &#233;gale distance de Madagascar et de l'Afrique au sud-ouest, et de l'Inde au nord. Longtemps, les Chagos sont rest&#233;es vierges de toute empreinte humaine, avant d'&#234;tre &#171; d&#233;couvertes &#187; au d&#233;but du XVIe si&#232;cle par un navigateur espagnol au service des Portugais &#8211; la plus grande des &#238;les a gard&#233; son nom, Diego Garcia. Ensuite ? Ce petit paradis tropical, convoit&#233; tour &#224; tour par les Fran&#231;ais et les Britanniques, a int&#233;gr&#233; &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle la colonie fran&#231;aise de l'&#206;le-de-France (ancien nom de l'&#238;le Maurice). Les Chagos deviennent alors lieu de rel&#233;gation des l&#233;preux. Puis ce sont des esclaves originaires d'Afrique, ainsi que des hommes libres de couleur, qui y sont envoy&#233;s &#224; partir de 1783. Leur mission : produire de l'huile de coco.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la mainmise fran&#231;aise n'a qu'un temps. &#192; l'issue des guerres napol&#233;oniennes, l'archipel se trouve rattach&#233; &#224; la colonie britannique des Seychelles, sous le nom d'Oil islands&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Soit les &#238;les de l'Huile.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Une fois l'esclavage aboli par les Anglais en 1834, les esclaves retrouvent leur libert&#233;, devenant simples travailleurs. Puis au d&#233;but du XXe si&#232;cle, la puissance occupante construit sur l'archipel des fermes, des magasins, un h&#244;pital, des &#233;coles. Et organise des navettes de ravitaillement au d&#233;part de l'&#238;le Maurice &#8211; pour compl&#233;ter l'alimentation des habitants autant que par peur de les voir trop s'autonomiser. C'est ainsi que se d&#233;veloppe ce que les anc&#234;tres d'Ivo appellent un petit paradis, &#171; &lt;i&gt;sans criminalit&#233; ni discrimination, avec une vie en communaut&#233; qui fonctionnait parfaitement&lt;/i&gt; &#187;. Entre 2 000 et 3 000 personnes y habitent alors en paix. &#171; &lt;i&gt;On &#233;tait heureux. On pouvait r&#233;cup&#233;rer ce que les bateaux de p&#234;che nous donnaient, ou on allait directement p&#234;cher nous-m&#234;mes. On mangeait ce qu'on voulait. L'argent ne jouait aucun r&#244;le dans nos rapports &#8211; on n'en avait pas l'utilit&#233;. Si je voulais un poulet, j'allais chez le voisin. C'&#233;tait simple&lt;/i&gt; &#187;, racontait Rita Bancoult, maman d'Ivo et l'une des figures de la lutte chagossienne, avant son d&#233;c&#232;s fin 2016.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1890 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/png/-4.png' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/png&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH463/-4-e1b5f.png?1782727083' width='500' height='463' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mensonges et manipulations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les paradis sont rarement &#233;ternels. Celui des Chagossiens prend fin au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, avec les d&#233;buts de la guerre froide. L'URSS et les &#201;tats-Unis se lancent dans une course &#224; l'armement, notamment nucl&#233;aire. Et vas-y que je te fais p&#233;ter une bombe ici, et vas-y que je te teste mon nouveau missile l&#224;. &#171; &lt;i&gt;Les Am&#233;ricains cr&#233;ent alors le Conseil de s&#233;curit&#233; nationale, qui sert entre autres &#224; g&#233;rer leur expansion militaire. L'&#233;quipe de Kennedy voulait contr&#244;ler le monde, et ce fut un d&#233;sastre pour beaucoup de peuples, dont ceux du Vietnam et des Chagos&lt;/i&gt; &#187;, explique David Vine, auteur d'une th&#232;se sur l'archipel&lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;sormais professeur d'anthropologie &#224; l'universit&#233; de Washington DC, David (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'&#233;poque donc, des bases &#233;tatsuniennes voient le jour un peu partout. Et quelques officiels am&#233;ricains ne manquent pas de pointer du doigt ce petit bout de terre de l'oc&#233;an Indien, id&#233;alement plac&#233; sur la route du p&#233;trole et des autres mati&#232;res premi&#232;res du golfe Persique. Int&#233;ressant... En pleine p&#233;riode de d&#233;colonisation mondiale, les &#201;tats-Unis et leurs alli&#233;s anglais mettent sur pied une tactique en deux temps, en violation directe avec l'article 73 de la Charte des Nations Unies&lt;a href=&#034;#nb2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cet article affirme notamment : &#171; [[ Les Membres des Nations unies qui ont (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187;]]. D'abord affirmer que l'archipel est vide d'habitants. Puis quand le mensonge devient impossible &#224; tenir, pr&#233;tendre que les seuls habitants sont en r&#233;alit&#233; des travailleurs saisonniers, d&#233;pla&#231;ables sans probl&#232;me. Les m&#233;dias sont musel&#233;s ou tenus &#224; l'&#233;cart. N'y voyant que du feu, le congr&#232;s US d&#233;bloque les fonds n&#233;cessaires au rachat de l'archipel. &#171; &lt;i&gt;En septembre 1965, des n&#233;gociations d&#233;butent avec l'&#238;le Maurice&lt;/i&gt;, pr&#233;cise Jean-Claude de l'Estrac, ancien ministre des Affaires &#233;trang&#232;res de Maurice qui a pr&#233;sid&#233; la Commission parlementaire sur les Chagos. &lt;i&gt;Les Am&#233;ricains et les Anglais proposent un accord aux ind&#233;pendantistes locaux : vendez-nous Chagos, et Maurice obtiendra l'ind&#233;pendance.&lt;/i&gt; &#187; March&#233; conclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;vacuation militaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste encore aux Anglais et aux Am&#233;ricains &#224; se d&#233;barrasser des habitants. Une v&#233;ritable guerre d'usure s'engage, qui court de 1966 &#224; 1973. Les bateaux de ravitaillement accostent de moins en moins souvent, puis plus du tout. Et les administrations de l'archipel sont progressivement d&#233;peupl&#233;es. &#171; &lt;i&gt;En 1967, je suis partie soigner ma fille &#224; l'&#238;le Maurice. Quand j'ai voulu revenir, on m'en a emp&#234;ch&#233;e en disant : &#8220;Vous ne pouvez pas y retourner, votre &#238;le a &#233;t&#233; vendue aux Am&#233;ricains...&#8221;&lt;/i&gt; &#187;, racontait Rita Bancoult. Voil&#224; pourquoi Ivo est n&#233; &#224; Maurice au lieu des Chagos, comme le reste de sa famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Ceux des habitants qui vivent encore sur place sont finalement &#233;vacu&#233;s en 1973 &#8211; ou plut&#244;t d&#233;port&#233;s&lt;/i&gt; &#187;, souligne David Vine. Une &#233;vacuation en mode militaire, conduite par les marines. Tous les chiens sont tu&#233;s, et les derniers Chagossiens sont parqu&#233;s sur un navire qui les jette ensuite sur l'&#238;le Maurice et aux Seychelles. &#171; &lt;i&gt; On n'avait rien, pas d'argent. Tout ce qu'ils nous proposaient, c'est de vivre dans des taudis&lt;/i&gt;. &#187; Sans moyens, illettr&#233;s, perdus au milieu d'une population mauricienne qui ne les accepte pas, Rita Bancoult et les siens ne se laissent pourtant pas faire. Pendant que l'une des plus grandes bases militaires am&#233;ricaines (hors des &#201;tats-Unis) se d&#233;veloppe &#224; Diego Garcia, ils organisent la r&#233;sistance. Participent &#224; des gr&#232;ves de la faim ou &#224; des manifestations. Portent plainte aupr&#232;s de diff&#233;rents tribunaux &#224; Londres et Washington. Et unissent leurs forces au sein du Chagos Refugee Group (men&#233; par Olivier Bancoult, fr&#232;re d'Ivo).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Place aux touristes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cet activisme ne produit pas grand r&#233;sultat. Les ann&#233;es passent, et les natifs disparaissent les uns apr&#232;s les autres dans le plus complet d&#233;nuement. Ils meurent de tristesse, comme le p&#232;re d'Ivo et Olivier, d'alcoolisme ou de maladie. De lassitude, aussi, &#224; force d'encha&#238;ner les &#233;checs et les victoires qui n'en sont pas &#8211; parce que toujours suivies d'entourloupes juridiques planifi&#233;es par les diff&#233;rentes instances anglaises et am&#233;ricaines. Bref, les Chagossiens ne voient toujours rien venir. Seule (et tr&#232;s maigre) consolation : &#224; partir de 2001, ils peuvent devenir citoyens britanniques, ce qui pousse Ivo &#224; bouger &#224; Crawley. Et en 2006, aum&#244;ne supr&#234;me : pour quelques heures, certains d'entre eux ont le droit de s'approcher de l'archipel en bateau. Et c'est tout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les anciens habitants des Chagos sont d&#233;sormais les seuls &#224; ne pouvoir se rendre sur place. Les touristes, eux, sont accueillis &#224; bras ouverts (sauf sur Diego Garcia, interdite aux visiteurs). Une v&#233;ritable torture pour Ivo : &#171; &lt;i&gt;Sur les r&#233;seaux sociaux, je tombe parfois sur des photos publi&#233;es par des touristes blancs, en vacances aux Chagos. &#199;a fait d'autant plus mal que nous n'avons pas le droit d'y mettre les pieds. Les autorit&#233;s font m&#234;me tr&#232;s attention &#224; ce qu'aucun Chagossien ne soit embauch&#233; dans les restaurants et bo&#238;tes de nuit de l'archipel. On devient fous. Ils nous ont arrach&#233;s &#224; notre paradis pour nous mettre en enfer.&lt;/i&gt; &#187; Mais pas question d'abandonner : la dizaine de milliers de ces descendants d'esclaves r&#233;partis en Grande-Bretagne, sur l'&#238;le Maurice ou aux Seychelles compte bien continuer la lutte. Des actions plus &#171; nerveuses &#187; sont m&#234;me dans les cartons. Mais chut, la NSA nous &#233;coute...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;NB :&lt;/strong&gt; Pour aller plus loin, lire &lt;i&gt;Le Silence des Chagos&lt;/i&gt;, de Shenaz Pattel
(L'Olivier, 2005), et &lt;i&gt;L'An prochain &#224; Diego&lt;/i&gt;, de Jean-Claude de l'Estrac (Le Printemps, 2011).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Steeve Jean-No&#235;l Pierre, Mauricien d'origine aujourd'hui install&#233; en Lorraine, r&#233;alise des documentaires depuis quelques ann&#233;es. Son p&#232;re &#233;tait engag&#233; dans la cause chagossienne &#224; l'&#238;le Maurice. &#192; son d&#233;c&#232;s, Steeve Jean-No&#235;l Pierre a commenc&#233; &#224; s'int&#233;resser de pr&#232;s &#224; cette histoire, avant de d&#233;cider d'en faire un film. Et il m'a emmen&#233; avec lui dans cette aventure (pas par hasard, on a d&#233;j&#224; r&#233;alis&#233; ensemble le docu &lt;i&gt;&#192; Bure pour l'&#233;ternit&#233;&lt;/i&gt;). Le film sur Chagos doit sortir l'an prochain, &#224; l'occasion du cinquantenaire de l'ind&#233;pendance de l'&#238;le Maurice. Histoire de rappeler que celle-ci rec&#232;le une grosse part d'ombre.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le mot &#171; d&#233;tail &#187; revient dans de nombreux documents officiels am&#233;ricains et anglais des ann&#233;es 1960 pour parler des Chagos.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Soit les &#238;les de l'Huile.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;sormais professeur d'anthropologie &#224; l'universit&#233; de Washington DC, David Vine a v&#233;cu un an et demi &#224; l'&#238;le Maurice pour r&#233;diger sa th&#232;se sur les Chagos, publi&#233;e sous le titre d'&lt;i&gt;Island of Shame&lt;/i&gt; aux &#201;tats-Unis. &#171; &lt;i&gt;J'ai beaucoup gal&#233;r&#233; &#224; me procurer les documents officiels, quand j'ai pu les obtenir. La strat&#233;gie du gouvernement am&#233;ricain a toujours &#233;t&#233; l'indiff&#233;rence&lt;/i&gt; &#187;, assure le chercheur, rappelant que Noam Chomsky, dans son dernier livre &lt;i&gt;Hopes and prospects&lt;/i&gt;, voit dans le sort fait aux Chagos l'un des plus grands scandales de la politique &#233;trang&#232;re de son pays.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cet article affirme notamment : &#171; [[ Les Membres des Nations unies qui ont ou qui assument la responsabilit&#233; d'administrer des territoires dont les populations ne s'administrent pas encore compl&#232;tement elles-m&#234;mes reconnaissent le principe de la primaut&#233; des int&#233;r&#234;ts des habitants de ces territoires.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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