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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La prison, une entreprise de destruction sociale</title>
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		<dc:date>2018-01-04T07:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>C&#233;cile Kiefer, Jean-Baptiste Bernard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Il n'y a pas de berg&#232;re sans loup. Celui de Christine Ribailly, qui &#233;l&#232;ve des moutons dans le Tarn, &#231;a a &#233;t&#233; la prison. Elle y visitait son compagnon et est vite devenue la b&#234;te noire des matons, &#224; qui elle ne laissait rien passer. Jusqu'&#224; croupir derri&#232;re les barreaux &#224; son tour. &#192; force d'outrages, r&#233;bellions et violences, elle y a pass&#233; quatre ans, dont la moiti&#233; &#224; l'isolement ou au mitard. Parcours d'insoumise Tu as finalement tir&#233; quatre ans - Comment tout &#231;a a commenc&#233; ? &#171; J'ai (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no159-novembre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;159 (novembre 2017)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/matons" rel="tag"&gt;matons&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a pas de berg&#232;re sans loup. Celui de Christine Ribailly, qui &#233;l&#232;ve des moutons dans le Tarn, &#231;a a &#233;t&#233; la prison. Elle y visitait son compagnon et est vite devenue la b&#234;te noire des matons, &#224; qui elle ne laissait rien passer. Jusqu'&#224; croupir derri&#232;re les barreaux &#224; son tour. &#192; force d'outrages, r&#233;bellions et violences, elle y a pass&#233; quatre ans, dont la moiti&#233; &#224; l'isolement ou au mitard. Parcours d'insoumise&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1949 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;15&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH566/-240-e8993.jpg?1779602989' width='400' height='566' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Mortimer.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as finalement tir&#233; quatre ans - Comment tout &#231;a a commenc&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d&#233;couvert la prison en 2004. Je ne m'y &#233;tais pas vraiment int&#233;ress&#233;e avant, mais j'y ai &#233;t&#233; confront&#233;e quand mon ami a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;. J'ai alors encha&#238;n&#233; les parloirs, suivi son proc&#232;s, correspondu par lettres avec lui... Et j'ai pris conscience du m&#233;pris total de l'administration p&#233;nitentiaire &#224; l'&#233;gard des familles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de mon premier parloir, &#231;a a &#233;t&#233; violent &#8211; tu te retrouves plong&#233;e dans un monde auquel tu ne connais rien. Je l'ai mal v&#233;cu, je n'arrivais pas &#224; accepter le regard m&#233;prisant des matons. Ainsi que le manque d'explications : ils ordonnent, on doit ob&#233;ir sans moufter. Et quand il y a des explications, elles varient au gr&#233; du vent. Par exemple, tu t&#233;l&#233;phones pour savoir ce que peut contenir le colis de No&#235;l, et on te r&#233;pond : &#8216;&#8216;&lt;i&gt; L'alcool est interdit, la viande crue aussi.&lt;/i&gt; '' Tr&#232;s bien. Donc, tu envoies du scotch, des crayons de couleur, du papier. Et l&#224;, on t'explique que tout est interdit, sauf la nourriture. Fallait le dire...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne supportais pas cette fa&#231;on de jouer avec les nerfs des familles. Et tr&#232;s vite, mes relations avec les matons se sont tendues &#8211; beaucoup de mes parloirs se sont termin&#233;s en garde &#224; vue (GAV). Ma premi&#232;re, c'&#233;tait au lendemain du proc&#232;s de mon compagnon. J'arrive au parloir, un petit muret nous s&#233;parait, je l'enjambe pour le prendre dans mes bras. Un maton intervient : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Pas le droit de franchir le muret ! Mais vous avez double parloir, soit deux fois 45 minutes. On vous changera de salle pour le deuxi&#232;me, il n'y aura pas de muret.&lt;/i&gt;'' Le premier parloir se termine, je sors attendre le deuxi&#232;me, mais une surveillante me bloque : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Vous n'aurez qu'un seul parloir !&lt;/i&gt; '' Cette injustice crasse me met en rage. Je gueule, &#231;a frotte un peu avec les matons. Le directeur me convoque &#8216;&#8216; &lt;i&gt;pour discuter&lt;/i&gt; '', je lui r&#233;torque : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;C'est pas avec toi que je veux parler, mais avec mon compagnon !&lt;/i&gt; '' &#199;a ne lui a pas plu, les surveillants sont intervenus, je me suis retrouv&#233;e menott&#233;e au sol. Ensuite, GAV et comparution imm&#233;diate.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, j'&#233;tais connue comme le loup blanc. &#192; chaque parloir, ils se d&#233;brouillaient pour me faire p&#233;ter les plombs : un petit pr&#233;texte suffisait. De mon c&#244;t&#233;, j'y allais en mode bagarre, je ne voulais rien l&#226;cher. Je me suis donc tr&#232;s souvent retrouv&#233;e en GAV. Et le fait de refuser la prise d'empreintes et le fichage ADN n'arrangeait rien... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Jusqu'&#224; ce que tu prennes du ferme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; J'ai d'abord &#233;t&#233; prot&#233;g&#233;e par mon statut. Femme, blanche, plut&#244;t cultiv&#233;e et avec un travail &#8211; chef d'exploitation agricole. Je passais &#224; travers les gouttes. On me refilait du sursis, puis du sursis avec mise &#224; l'&#233;preuve, puis des peines de prison ferme am&#233;nageables parce qu'inf&#233;rieures &#224; un an. Mais &#224; force de pousser le bouchon, je me suis retrouv&#233;e derri&#232;re les barreaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma premi&#232;re peine ferme est tomb&#233;e suite &#224; une visite &#224; mon compagnon. J'arrive, passage sous le portique. Il ne sonne pas, les matons me demandent quand m&#234;me de retirer ma veste. Je proteste, on s'engueule, ils clament que je n'entrerai pas si je la garde. Je me suis alors d&#233;shabill&#233;e et j'ai pass&#233; le portique en slip. &#199;a ne leur a pas plu... Et j'ai pris deux mois ferme. Une peine th&#233;oriquement am&#233;nageable, sauf que je me suis embrouill&#233;e peu apr&#232;s avec des gendarmes. Ils m'ont plac&#233;e en GAV pour un outrage imaginaire, avant une nouvelle comparution. Lors de celle-ci, j'ai &#233;nerv&#233; le juge en gardant les mains dans les poches. Cette fois, direction prison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; partir de l&#224;, ils ont fait tomber mes sursis : ma peine de deux mois s'est vite allong&#233;e. Apr&#232;s trente jours de taule, j'en &#233;tais d&#233;j&#224; &#224; un an et demi... Et comme &#224; l'int&#233;rieur, j'ai repris des condamnations pour outrage, r&#233;bellion et violence... &#199;a aurait pu continuer longtemps. Mais en d&#233;cembre 2016, miracle : ma quatri&#232;me demande de lib&#233;ration conditionnelle a &#233;t&#233; accept&#233;e. Sans que je sache pourquoi. &#192; cause de No&#235;l ? Ou parce que j'&#233;tais ing&#233;rable ? Ma demande n'avait en tout cas pas chang&#233; : pas question d'accepter un bracelet &#233;lectronique. Je n'en veux pas. Et c'est inconciliable avec mon travail. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu as aussi &#233;cop&#233; de condamnations p&#233;cuniaires ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je dois 9 500 &#8364; aux parties civiles &#8211; des matons qui ont port&#233; plainte. Pour l'instant, je n'ai rien vers&#233; : je suis en arr&#234;t maladie &#224; cause d'un genou ab&#238;m&#233;, suite &#224; des coups re&#231;us en prison. Je vais bient&#244;t reprendre le travail, mais je suis pay&#233;e au Smic. Et ils ne peuvent &#224; peu pr&#232;s rien saisir, puisque j'habite dans une caravane et que mon exploitation agricole fonctionne en Gaec (Groupement agricole d'exploitation en commun). Bref, ils vont attendre longtemps leur argent... Je compte m'en acquitter petit &#224; petit, &#224; raison de 15 &#8364; par mois. Histoire de ne pas retourner derri&#232;re les barreaux. Mes parents ne le supporteraient, les copains non plus. Mes quatre ans de taule les ont &#233;puis&#233;s. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu insistes beaucoup sur ce qu'ont subi tes proches. De ton c&#244;t&#233;, tu aurais pu continuer longtemps ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Je n'aurais rien l&#226;ch&#233;. Ce qui ne signifie pas que je n'aurais pas pris cher &#8211; depuis ma lib&#233;ration, il ne se passe pas un jour sans que je ne pense &#224; la taule... Mais oui, je crois que c'&#233;tait encore plus dur pour mes proches. Surtout pour mes parents, qui subissaient la situation sans pouvoir rien faire. De mon c&#244;t&#233;, &#231;a me semblait facile. Les matons refusaient d'entendre ce que j'avais &#224; dire ? Je donnais des coups de pied dans la porte jusqu'&#224; ce qu'ils interviennent. Hop, deux jours de mitard, puis convocation chez le directeur. Et voil&#224;, je faisais passer mon message. Sauf que pendant ce temps, mes proches ne savaient pas ce qui se passait et s'inqui&#233;taient.
Ils ont morfl&#233; financi&#232;rement, aussi. Parce que j'&#233;tais transf&#233;r&#233;e sans cesse, &#224; Strasbourg, Rennes, Lille, etc. &#199;a co&#251;tait beaucoup d'argent de me rendre visite. Malgr&#233; &#231;a, ils ont assur&#233; : en quatre ans de taule, je n'ai pas pass&#233; un mois sans parloir. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela t'a beaucoup aid&#233;e ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, mais pas autant que le courrier. Parce qu'en fait, le parloir, c'est rude. Voire &#233;puisant. Tu t'y pr&#233;pares une semaine avant, tu sais qu'il faudra rassurer tes proches. Tu ne peux pas leur dire que tu en as marre, &#231;a les inqui&#233;terait trop. Alors, tu leur racontes que tout va bien, que tu as rencontr&#233; une fille sympa en promenade, etc. Eux font la m&#234;me chose. Ils te disent que la grand-m&#232;re va bien, alors qu'en fait elle est en train de mourir... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu t'es battue pour faire respecter tes droits en taule...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout le temps, oui. Le syndrome classique du taulard : &#8216;&#8216;Vous m'avez condamn&#233;e pour non-respect de la loi ? Vous avez int&#233;r&#234;t &#224; la respecter ! '' Sauf que c'est un combat sans fin, parce que les matons ne respectent jamais les r&#232;gles. Et que je ne laissais rien passer. Parfois, ils me rentraient dedans, parfois non. Ils savaient que de toute fa&#231;on, ils auraient le dernier mot &#8211; il suffisait de me pousser &#224; bout. Je protestais. Ils me tombaient dessus. Je me d&#233;battais. Et vlan : nouvel outrage / r&#233;bellion / violences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai pris des coups, aussi. C'est s&#251;r, &#231;a ne fait pas du bien. Mais quand tu es dans le feu de l'action, tu ne te soucies pas de morfler. Ce qui est dur, ce sont les trente jours de mitard qui suivent. Les matons qui d&#233;barquent avec casques et boucliers pour t'amener &#224; la douche, alors qu'elle est &#224; quelques m&#232;tres. Ou encore le m&#233;decin qui se contente de v&#233;rifier de loin que tu tiens debout. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a eu les transferts, aussi. tu en as fait combien, au total ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Dix-sept. En moyenne, j'&#233;tais transf&#233;r&#233;e tous les trois mois. L'id&#233;e, c'est de t'emp&#234;cher de nouer des liens avec d'autres prisonni&#232;res ou un surveillant. Mais je n'&#233;tais pas DPS&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;D&#233;tenue particuli&#232;rement surveill&#233;e.&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, ce qui scandalisait les matons. Via le syndicat FO, ils en ont m&#234;me parl&#233; &#224; la presse. Quand je suis arriv&#233;e &#224; la maison d'arr&#234;t d'&#201;pinal, le journal r&#233;gional a ainsi titr&#233; en une sur &#8216;&#8216; L&lt;i&gt;a d&#233;tenue qui rend folle la P&#233;nitentiaire&lt;/i&gt; ''. L'article mentionnait mes 80 proc&#233;dures disciplinaires, ma suppos&#233;e violence. Et expliquait que j'&#233;tais une folle dangereuse, qui faisait peur aux autres d&#233;tenues. En une, bordel... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Est-ce que tu ne t'es pas dit qu'il valait mieux courber la t&#234;te ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Jamais ! De toute fa&#231;on, une fois que tu es catalogu&#233;e, c'est r&#233;gl&#233; : tu es coinc&#233;e, m&#234;me si &#231;a se passe bien. Par exemple, j'ai pass&#233; cinq mois &#224; la maison d'arr&#234;t de Rennes sans aucun mitard pour violences. &#199;a n'a pas emp&#234;ch&#233; FO de sortir un tract sur ma pomme. Le directeur a c&#233;d&#233;, j'ai &#233;t&#233; &#224; nouveau transf&#233;r&#233;e. Au fond, je leur faisais peur. Ce n'est pas difficile, les matons sont plut&#244;t l&#226;ches. Ce qui m'emmerdait surtout, c'est qu'ils arrivaient &#224; faire croire &#224; certaines filles que j'&#233;tais dangereuse. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, est-ce que tu as pu t'appuyer sur la solidarit&#233; des autres d&#233;tenues ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &#199;a d&#233;pend de quoi on parle. Il existe une solidarit&#233; qui tient de l'amiti&#233;. R&#233;elle, mais pas tr&#232;s efficace. Il s'agit par exemple de filles mieux int&#233;gr&#233;es, qui disent &#224; une surveillante pas trop conne : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;&#199;a se passerait mieux avec Christine si vous lui parliez diff&#233;remment...&lt;/i&gt; '' Avec cette r&#233;ponse, en g&#233;n&#233;ral : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Je ne d&#233;cide pas, faut voir avec le chef. &lt;/i&gt; ''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai quand m&#234;me eu droit &#224; de vraies preuves de solidarit&#233;. &#192; la maison d'arr&#234;t d'Orl&#233;ans, les filles ont d&#233;clench&#233; un beau bordel pendant que j'&#233;tais au mitard. Elles entendaient protester contre la fa&#231;on dont j'&#233;tais trait&#233;e &#8211; &#224; 19 h, je n'avais toujours aucun bouquin, ni ma gamelle... Elles se sont mises &#224; taper dans les portes, &#224; jeter des papiers enflamm&#233;s, &#224; matraquer les interphones. &#199;a leur a d'ailleurs valu des sanctions. Et &#224; la maison d'arr&#234;t de Vivonne (pr&#232;s de Poitiers), deux Basques ont bloqu&#233; la promenade en clamant &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Halte &#224; la torture du mitard !&lt;/i&gt; '' Six autres filles ont suivi le mouvement, elles ont &#233;cop&#233; d'une semaine de confinement. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les Basques &#233;taient parmi les seules &#224; maintenir un esprit de lutte contre l'arbitraire carc&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Disons qu'elles ont une culture de classe et une vraie vision politique. Elles m'&#233;crivaient quand j'&#233;tais au mitard, gueulaient aux fen&#234;tres en soutien, me faisaient passer du chocolat. Mais elles ne comprenaient pas que je ne l&#226;che rien. Elles me disaient : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Arr&#234;te de chercher &#224; faire chier les bleus. T'as rien &#224; voir avec eux, rien &#224; leur dire.&lt;/i&gt; '' Elles me sortaient que j'&#233;tais aussi conne qu'un mec avec sa bite devant... Mais &#231;a n'aurait servi &#224; rien de la mettre en sourdine. Parce que la parole des matons ne vaut rien. Dans certaines taules, le directeur se montrait d'abord conciliant : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;J'ai lu ton dossier. Ici, on va g&#233;rer autrement. Tu auras droit &#224; des activit&#233;s, mais tu ne touches pas aux matons.&lt;/i&gt; '' Sauf qu'au bout de trois semaines, la matonnerie FO protestait que j'&#233;tais trait&#233;e comme une princesse. Ou les surveillants se contentaient de me provoquer, en attendant que je parte en couilles. Boum, je prenais huit jours de mitard. Et encore trente peu apr&#232;s, parce qu'ils estimaient que huit, ce n'&#233;tait pas assez... Au final, j'ai pass&#233; plus de la moiti&#233; de ma peine tout seule &#8211; 752 jours de mitard et 210 d'isolement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains matons auraient sans dout&#233; &#233;t&#233; dispos&#233;s &#224; agir autrement. Pour avoir moins de boulot. Et parce que je n'&#233;tais pas la seule &#224; subir la violence : certains matons se sont r&#233;ellement bless&#233;s en me tombant dessus. L'un s'est p&#233;t&#233; le genou. Un autre, le poignet. &#192; chaque fois, c'est parce qu'ils se montaient un moulon, qu'ils se pr&#233;cipitaient pour me frapper et qu'ils se blessaient mutuellement... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'&#233;tait tr&#232;s dur, le mitard ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ce n'est pas l'enfer, tu te fais juste chier. Tu as quand m&#234;me de la lecture, un poste radio. Pour t'occuper, il y a aussi la branlette. Les souvenirs. Et l'&#233;criture. Je recevais en moyenne cinq lettres par jour. Pour moi, c'&#233;tait primordial. &#199;a montre &#224; la P&#233;nitentiaire que tu n'es pas seule, qu'il y a des gens derri&#232;re toi. Et surtout, &#231;a fait rentrer la vie du dehors. Les potes te racontent leur quotidien, le boulot &#8211; &#8216;&#8216; &lt;i&gt;On est mont&#233; en alpage&lt;/i&gt; '', &#8216;&#8216; &lt;i&gt;On a rencontr&#233; un jeune qui s'&#233;clate en transhumance, il travaille avec ton chien&lt;/i&gt; '', etc. &#199;a me faisait un bien fou. J'&#233;tais chanceuse : beaucoup de d&#233;tenues ne re&#231;oivent jamais de courrier. Elles n'ont plus de famille et pas d'amies, &#224; part des amies de taule. La prison, c'est vraiment une entreprise de destruction sociale. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais qui n'a pas entam&#233; ta d&#233;termination...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est un combat. Pas toujours facile, parce que tu sais qu'il n'am&#233;liorera pas tes conditions de vie. Alors je me disais qu'il profiterait aux autres. Je me suis ainsi retrouv&#233;e au mitard en f&#233;vrier, &#224; Joux-la-Ville (vers Auxerre). Il faisait 13&#176;C &#8211; quand tu passes ta journ&#233;e sans bouger, c'est rude... Je me suis bagarr&#233;e et j'ai obtenu la pose d'un radiateur dans la cellule. Je sais qu'il sera pr&#233;cieux pour les filles qui s'y retrouveront. Une petite victoire. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sc&#232;ne de prison : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au cours de ses quatre ann&#233;es de d&#233;tention, Christine a beaucoup &#233;crit. De ses lettres publi&#233;es par le journal &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;, Philippe a tir&#233; une belle pi&#232;ce de th&#233;&#226;tre, &lt;i&gt;Pisser dans l'herbe&lt;/i&gt;&#8230; Une autre fa&#231;on de militer contre la souffrance carc&#233;rale. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1950 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L401xH569/-5-0afba.png?1779603206' width='401' height='569' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Au centre de la petite sc&#232;ne, un homme seul. Autour de lui, au sol, des centaines d'enveloppes dispos&#233;es en cercle. Il les arpente d&#233;licatement ou les foule sans m&#233;nagement. Il se courbe, se rel&#232;ve, s'&#233;nerve par instants, se calme &#224; d'autres. Emport&#233; par son texte, qu'il vit et fait vivre. Dans la salle, pas d'autre bruit que sa voix captivante : on entendrait une lettre voler&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car, oui, c'est bien de lettres qu'il s'agit. Essentiellement celles que Christine a envoy&#233;es de taule (et qui ont &#233;t&#233; publi&#233;es par &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;) : elles forment en partie la trame de &lt;i&gt;Pisser dans l'herbe&lt;/i&gt;..., spectacle co&#233;crit et jou&#233; par Philippe Giai-Miniet&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Et mis en sc&#232;ne par Marie Paule Guillet, du Th&#233;&#226;tre du Sable.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Le reste provient des missives du d&#233;tenu longue peine Philippe Lalouel et d'une prisonni&#232;re, &#201;milie D., ainsi que d'extraits du livre &lt;i&gt;Pourquoi faudrait-il punir ?&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sign&#233; Catherine Baker, aux &#233;ditions Tahin Party, 2004.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Pour les dire, un seul personnage g&#233;n&#233;rique, Camille. Joliment camp&#233; par Philippe, donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; pour la pr&#233;sentation. &lt;i&gt;Mais Pisser dans l'herbe&#8230;&lt;/i&gt;, c'est d'abord l'histoire d'une rencontre, entre la prisonni&#232;re et l'acteur. Lui d&#233;couvre en 2015 ses lettres sur le Net. Il lui &#233;crit en taule, elle r&#233;pond. S'instaure un riche dialogue &#233;pistolaire. Tous deux s'apprivoisent. Le pr&#233;alable &#224; toute mise en sc&#232;ne. &#171; &lt;i&gt;Nos courriers n'ont &#224; peu pr&#232;s pas &#233;t&#233; utilis&#233;s pour le spectacle&lt;/i&gt;, explique Philippe. &lt;i&gt;Mais la r&#233;daction de la pi&#232;ce s'est faite en collaboration avec Christine : je lui ai envoy&#233; plusieurs versions, jusqu'&#224; ce qu'elle valide l'ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout n'a pas &#233;t&#233; simple. Et il a fallu d&#233;passer des pr&#233;ventions r&#233;ciproques. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, je ne comprenais pas ce qu'il voulait faire,&lt;/i&gt; reconna&#238;t Christine. &lt;i&gt;Je ne voyais pas l'int&#233;r&#234;t de mettre en sc&#232;ne des textes d&#233;j&#224; publi&#233;s. Et je ne souhaitais pas appara&#238;tre en porte-drapeau d'une lutte, d'autant que mes modes d'action ne sont pas les plus r&#233;pandus. Bref, j'&#233;tais sceptique.&lt;/i&gt; &#187; Jusqu'&#224; cette deuxi&#232;me repr&#233;sentation en d&#233;cembre 2016 &#224; Montreuil, &#224; laquelle Christine assiste presque par miracle &#8211; elle a eu la surprise d'&#234;tre lib&#233;r&#233;e la veille. &#171; &lt;i&gt;J'ai d&#233;couvert ce que &#231;a fait de voir des textes port&#233;s par un acteur : &#231;a apporte vraiment quelque chose.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'acteur a ainsi d&#251; faire ses preuves. Pas facile de d&#233;barquer dans un milieu militant qui ne voit pas toujours le th&#233;&#226;tre d'un bon &#339;il. &#171; &lt;i&gt;Au d&#233;but, les amis de Christine &#233;taient un peu m&#233;fiants,&lt;/i&gt; d&#233;taille Philippe. C&lt;i&gt;omment &#231;a, un th&#233;&#226;treux parigot veut faire une pi&#232;ce sur la prison ? Gaffe ! Je crois qu'ils avaient surtout peur d'une spectacularisation de la souffrance carc&#233;rale. J'ai d&#251; prouver ma sinc&#233;rit&#233;. Montrer que ce n'&#233;tait pas vain. &lt;/i&gt; &#187; Chose faite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut dire que Philippe a &#233;volu&#233;, aussi. &#192; force de creuser la question carc&#233;rale, il a adopt&#233; une position abolitionniste. Un patient cheminement : &#171; &lt;i&gt;Je me souviens tr&#232;s bien d'une lettre de Christine o&#249; elle r&#233;pondait &#224; ma question : &#8216;&#8216; Si on supprime les prisons, on met quoi &#224; la place ? '' Elle m'avait &#233;crit : &#8216;&#8216; Tu manques d'imagination... '' Je me suis rendu compte qu'elle avait raison.&lt;/i&gt; &#187; Depuis, que ce soit sur sc&#232;ne ou dans ses activit&#233;s militantes, Philippe n'en d&#233;mord plus : &#224; bas toutes les prisons ! Oh que oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prochaines repr&#233;sentations : voir &lt;a href=&#034;https://melodieberger.wixsite.com/blog&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;par ici !&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Fabrice, &#233;crou 15 964, isolement&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il est entr&#233; en prison pour une peine de huit ans, il en a d&#233;sormais plus de trente &#224; faire. Maintenu &#224; l'isolement, loin de ses proches, Fabrice est litt&#233;ralement emmur&#233; vivant. Une torture sans fin.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Fabrice, il morfle grave,&lt;/i&gt; r&#233;sume son amie Christine.&lt;i&gt; Il doit maintenant s'y reprendre &#224; quatre fois pour lire mes lettres parce qu'il n'arrive plus &#224; se concentrer. Ils sont en train de lui manger le cerveau...&lt;/i&gt; &#187; Et de le tuer &#224; petit feu. C'&#233;tait d'ailleurs le titre de la conf&#233;rence de presse organis&#233;e en juin par le canard anti-carc&#233;ral &lt;i&gt;L'Envol&#233;e &lt;/i&gt; pour alerter sur le sort du d&#233;tenu : &#171; &lt;i&gt; Ils sont en train de tuer Fabrice Borom&#233;e&lt;/i&gt; &#187;. Il n'y a pas plusieurs fa&#231;ons de dire ce genre de chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Comme plus de 500 prisonniers originaires des DOM-TOM, Fabrice purge une peine en m&#233;tropole, loin de ses proches&lt;/i&gt;, d&#233;taille &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt; dans un communiqu&#233;. I&lt;i&gt;l r&#233;clame son transfert en Guadeloupe depuis 2011. L'administration p&#233;nitentiaire fait la sourde oreille et le juge d'application des peines l'emp&#234;che m&#234;me de se rendre &#224; l'enterrement de son p&#232;re en 2012. Il tente alors de se faire entendre en &#8216;&#8216; prenant en otage '' un maton de Cond&#233;-sur-Sarthe.&lt;/i&gt; &#187; Sanction : huit ans suppl&#233;mentaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rebelote en 2015, quand Fabrice retient deux heures durant le sous-directeur de la centrale. Et vlan, encore du ferme ! &#171; &lt;i&gt;Entr&#233; en prison pour une peine de huit ans, il en a maintenant plus de trente &#224; faire.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Maintenu &#224; l'isolement, sans cesse transf&#233;r&#233;, entrav&#233; dans tous ses d&#233;placements en prison, il fait l'objet d'insultes racistes et de passages &#224; tabac de la part des matons.&lt;/i&gt; &#187; Tr&#232;s peu de parloirs, aucune activit&#233;. Le repas pass&#233; &#224; travers la grille, sans contact. Un m&#233;decin qui se contente de lui demander si &#231;a va depuis la coursive. Pas d'acc&#232;s &#224; la biblioth&#232;que. Un tympan perc&#233; parce qu'un membre des &#201;ris&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt; a lanc&#233; une grenade assourdissante dans la douche que Fabrice bloquait en protestation. Et l'isolement, encore et toujours, depuis plus de cinq ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on n'a personne &#224; qui parler, la moindre attention fait figure de miracle. &#171; &lt;i&gt;L'un des matons de la centrale pr&#233;c&#233;dente parlait cr&#233;ole. Quand le chef de d&#233;tention n'&#233;tait pas l&#224;, il lui arrivait de passer la t&#234;te &#224; travers la grille pour demander &#224; Fabrice ce qu'il cuisinait&lt;/i&gt;, raconte Christine. &lt;i&gt;Et pour Fabrice, c'&#233;tait un truc de fou &#8211; il suffisait d'un connard de maton lui disant bon app&#233;tit pour qu'il se sente un peu mieux... Il en vient &#224; halluciner qu'on lui parle normalement&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cet &#233;ternel enfant battu, aujourd'hui &#226;g&#233; de 36 ans et lib&#233;rable en 2038, c'est d&#233;sormais une question de vie ou de mort. &#171; &lt;i&gt;Cette torture a pour but de le pousser &#224; bout jusqu'&#224; ce qu'advienne l'irr&#233;parable&lt;/i&gt; &#187;, constate &lt;i&gt;L'Envol&#233;e&lt;/i&gt;. Seul espoir : la solidarit&#233; de l'ext&#233;rieur. Les repr&#233;sentations de &lt;i&gt;Pisser dans l'herbe...&lt;/i&gt; sont ainsi l'occasion de faire conna&#238;tre la situation de Fabrice et de collecter un peu d'argent. Avec deux objectifs. Payer un billet &#224; son fr&#232;re, pour qu'il puisse lui rendre visite &#224; No&#235;l. Et bousculer l'institution. &#171; &lt;i&gt;Il appr&#233;cie que les gens lui &#233;crivent&lt;/i&gt;, explique Christine. &lt;i&gt;Mais il aimerait aussi qu'on envoie des lettres de protestation au minist&#232;re de la Justice.&lt;/i&gt; &#187; Histoire que quelqu'un se penche enfin sur son dossier. Que le r&#233;gime d'isolement prenne fin. Et que Fabrice soit transf&#233;r&#233; en Guadeloupe. &#192; vos lettres !&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Pour lui &#233;crire :
&lt;p&gt;Fabrice Borom&#233;e / &#233;crou 15 964 isolement / maison centrale de Moulins Les Godets &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;03400 Moulins-Yzeure&lt;/p&gt;
&lt;/h3&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;D&#233;tenue particuli&#232;rement surveill&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Et mis en sc&#232;ne par Marie Paule Guillet, du Th&#233;&#226;tre du Sable.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sign&#233; Catherine Baker, aux &#233;ditions Tahin Party, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#201;quipes r&#233;gionales d'intervention et de s&#233;curit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Loft-story carc&#233;ral</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Loft-story-carceral</link>
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		<dc:date>2005-01-24T11:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Jann-Marc Rouillan</dc:creator>


		<dc:subject>Chronique carc&#233;rale</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>verrous</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances. Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no18-decembre-2004" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;18 (d&#233;cembre 2004)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Chronique-carcerale" rel="tag"&gt;Chronique carc&#233;rale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prison" rel="tag"&gt;prison&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/verrous" rel="tag"&gt;verrous&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Quand la mode du reality-show entre en prison, il en ressort &#171; 9m2 &#187;, sit-com carc&#233;rale garantie sans matons, sans bagarres, sans r&#234;ves de cavale. Et, plus incroyable que tout pour un habitu&#233; du placard : sans cris et sans vacarme. On y passerait presque ses vacances.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224;, il fallait bien que &#231;a arrive. La mode est au reality-show et plus aucun domaine de la vie des hommes et des femmes n'&#233;chappe &#224; la moulinette du faux v&#233;cu&#8230; Apr&#232;s le Loft, le lyc&#233;e et la ferme, aujourd'hui, la prison avec la s&#233;rie &#171; 9 m2 &#187;. En se d&#233;marquant des grosses cha&#238;nes de la lobotomie commer&#231;ante, Arte a exploit&#233; ce filon in&#233;dit en nous collant une semaine durant de la fausse existence cellulaire. Je suis allong&#233; sur le m&#234;me lit &#224; trois &#233;tages. J'ai la m&#234;me fen&#234;tre, la m&#234;me table, finalement la m&#234;me cellule. N&#233;anmoins, face &#224; ces images, le faux me saute &#224; la gueule. Et quelle que soit l'intention des faussaires. D'ailleurs, Momo avoue qu'en jouant cette com&#233;die, &lt;i&gt;&#171; c'est comme si je me retirais&#8230; du monde carc&#233;ral &#187;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et c'est bien l&#224; le probl&#232;me. Dans &#171; 9 m2 &#187;, la prison a disparu, remplac&#233;e par le silence. M&#234;me au plus profond d'un quartier de haute s&#233;curit&#233;, le vacarme ne s'&#233;vanouit jamais &#224; ce point. Qu'importe l'heure, la rumeur des centaines d'emmur&#233;s presse sur l'instant personnel. Chaque peau de b&#233;ton palpite &#224; celle des voisins. Pas une nuit sans qu'un gars ne p&#232;te les plombs. Celui qui n'a pas eu sa dose. Celui qu'ils baluchonnent, direction le mitard. Du soir au matin et du matin au soir, la prison frappe &#224; la porte et hurle &#224; la fen&#234;tre. Il n'y a rien &#224; faire contre cet envahissement, sauf quand on ne supporte plus, comme ce cong&#233;n&#232;re de Moulins qui, en rentrant de l'atelier, tirait des rideaux opaques et portait un casque anti-bruit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans leurs &#171; 9 m2 &#187; de t&#233;l&#233;, o&#249; sont les centaines de gars du b&#226;timent ? Si ce n'est le caricatural et lointain appel &#224; la pri&#232;re d'un mufti d'occasion, la fen&#234;tre est muette, pas de discussions ni de disputes. Les murs et les tuyaux ne r&#233;sonnent pas aux diff&#233;rents codes pour annoncer l'approche de la ronde ou les trois coups brefs pour &lt;i&gt;&#171; les yoyos ! &#187;&lt;/i&gt;. Chez moi, &#224; 5 heures du mat', les matons &#233;veillent les transf&#233;r&#233;s. Une demi-heure apr&#232;s, le roulis des chariots secoue les b&#226;timents. Les premiers verrous. &#192; la p&#233;riode du Car&#234;me, les bruits des assiettes et les repas pr&#233;par&#233;s sur les chauffes. La derni&#232;re ronde tourne et sort par les promenades. Un maton shoote une canette vide pour effrayer les rats. Ils discutent comme en plein jour. Les insultes pleuvent des fen&#234;tres et en r&#233;ponse quelques menaces s'&#233;l&#232;vent. D'un coup, la galerie s'&#233;broue des verrous. &#192; l'ambiance, on sait si on aura affaire la matin&#233;e enti&#232;re &#224; une &#233;quipe de fachos. Les portes claquent. Les ordres sont hurl&#233;s par le chef de table : &lt;i&gt;&#171; 1er, 2e, 4e, envoyez les mouvements 7 h 30 ! &#187;&lt;/i&gt;. Chaque &#233;tage doit confirmer : &lt;i&gt;&#171; 1er re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 2e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt; et ainsi de suite. &lt;i&gt;&#171; 3e, quatre arrivants &#187;&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;&#171; 3e re&#231;u &#187;&lt;/i&gt;. Et les cris sont incessants jusqu'au changement d'&#233;quipe et ensuite jusqu'&#224; la tomb&#233;e de la nuit et la fermeture des verrous. &#192; chaque heure du jour et de la nuit, la prison vit et passent les heures. Nous sommes ces heures qui sonnent et s'enfuient. C'est la condition des prisonniers. Et pas besoin de montre, la rumeur nous alerte. L'horloge rythme le tempo de son sempiternel tic-tac de murs et de fer. Et son tapage nous sert de barom&#232;tre, on y pressent le degr&#233; de tension, si une bagarre se pr&#233;pare, si des comptes se r&#233;gleront &#224; la douche ou dans l'escalier. La prison nous pr&#233;vient si la journ&#233;e sera longue ou si elle sera comme toutes les autres&#8230; un jour &#224; perdre ou un jour &#224; &#233;chapper au pire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est normal que si l'&#233;mission &#171; 9 m2 &#187; ne fait pas ressentir la prison, les matons disparaissent avec elle. Aucun commandement, pas de pr&#233;sence mena&#231;ante, nul encagoul&#233;. Du coup, l'enfermement est ch&#226;tr&#233; de tout contenu d'oppression et de r&#233;sistance. Il faut un effort d'imagination pour sentir la pr&#233;sence du maton derri&#232;re l'&#339;illeton. Savoir qu'&#224; tout moment, ils peuvent entrer et &#233;ructer un ordre, sonder les barreaux, retourner la cellule pour une fouille. Dans ce loft, m&#234;me en r&#234;ve les acteurs ne pensent pas &#224; la cavale. Et s'ils existent - on finit par en douter - les matons vaquent &#224; des occupations tout &#224; fait anodines. O&#249; est la menace omnipr&#233;sente du fusil dans le mirador ? Surtout aux Baumettes, o&#249; il n'y a pas si longtemps un maton a flingu&#233; un d&#233;tenu d&#233;sarm&#233; et bless&#233; quatre autres candidats au d&#233;part. Derri&#232;re la porte, toujours le silence, l'absence. Pas de cris : &lt;i&gt;&#171; En ligne, sortez les mains des poches ! &lt;/i&gt; &#187;, &lt;i&gt;&#171; En silence, alignez-vous ! &#187;&lt;/i&gt;. Pas d'insultes ni d'humiliations jusqu'aux tabassages, et en r&#233;ponse les dizaines de portes secou&#233;es &#224; coups de tabourets. Dans cette zonzon imaginaire, ni trafic ni arme. Plus de balances, plus de besoin de se serrer les coudes. Le cellote ne fleure pas le chichon, pas de flasque de pastis dissimul&#233;e dans le cale&#231;on. Pas d'infos &#224; mots couverts, pas de portable. Tout est clean jusqu'&#224; l'aseptis&#233;. Rien &#224; cacher, pas de r&#233;volte contre la direction, le JAP, la longueur des peines, pas de d&#233;sespoir ultime, pas de r&#233;crimination ou de gueulante contre le syst&#232;me anthropophage, aucune revendication pour soi ou pour ses cong&#233;n&#232;res, pas de r&#234;ve d'incendie, pas de souvenir des &#233;meutes pass&#233;es&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les acteurs bidonnent. D'ailleurs ils savent ce que le spectateur attend. Pour dealer du folklore, ils collent dans le d&#233;cor trois ou quatre photos de nanas &#224; poil. Finalement, le seul int&#233;r&#234;t de cet exercice est de r&#233;exposer le drame social de la prison. L'immense majorit&#233; de la population p&#233;nale n'a aucune conscience de sa situation. Ils subissent la prison, ils en sont les &#233;ternels vaincus. Le feuilleton &#171; 9 m2 &#187; nous expose un carc&#233;ral civilis&#233; et propret. Le r&#234;ve de tout ma&#238;tre en communication de l'Administration p&#233;nitentiaire, une prison qui ne serait qu'une gentillette privation de libert&#233;. Et pour le dehors, c'est d'autant plus cr&#233;dible que ce sont des d&#233;tenus qui nous la servent ! On comprend pourquoi l'ensemble des m&#233;dias a trouv&#233; ce triste spectacle tr&#232;s chouette. Par contre, regardez &lt;i&gt;l'&#201;xp&#233;rience&lt;/i&gt;, le film d'Olivier Hirschbiegel, et vous saisirez pourquoi les laudateurs ont tout int&#233;r&#234;t &#224; dissimuler le face-&#224;-face taulards/matons. Car que l'on soit d'un c&#244;t&#233; ou de l'autre, tout change, entre l'opprim&#233; et celui qui par son r&#244;le m&#234;me devient finalement un tortionnaire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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