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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Leur objectif : laver l'histoire </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


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&lt;p&gt;En 1980 sortait Morts &#224; 100 %, documentaire &#233;labor&#233; par Jean Lefaux et Agn&#232;s Gu&#233;rin, qui taillait en pi&#232;ces le mythe du mineur &#171; h&#233;ro&#239;que &#187;. Et le r&#233;v&#233;lait pour ce qu'il &#233;tait : un taf de for&#231;at. Plus de 35 ans apr&#232;s, deux r&#233;alisateurs en livrent un &#233;pilogue sans concession. Entretien avec un des protagonistes, TomJo. Peux-tu dire quelques mots de la gen&#232;se de ce post-scriptum &#224; Morts &#224; 100 % ? &#171; Tout commence le 4 d&#233;cembre 2012, jour de l'inauguration du mus&#233;e Louvre&#8209;Lens. Ce jour&#8209;l&#224;, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no158-octobre-2017" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;158 (octobre 2017)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;En 1980 sortait &lt;i&gt;Morts &#224; 100 %&lt;/i&gt;, documentaire &#233;labor&#233; par Jean Lefaux et Agn&#232;s Gu&#233;rin, qui taillait en pi&#232;ces le mythe du mineur &#171; h&#233;ro&#239;que &#187;. Et le r&#233;v&#233;lait pour ce qu'il &#233;tait : un taf de for&#231;at. Plus de 35 ans apr&#232;s, deux r&#233;alisateurs en livrent un &lt;a href=&#034;https://vimeo.com/246290740&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#233;pilogue&lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Morts &#224; 100 %, de Modeste Richard et TomJo, &#224; partir d'interviews r&#233;alis&#233;s (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; sans concession. Entretien avec un des protagonistes, TomJo.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_1956 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH606/-246-3dfb3.jpg?1782650395' width='400' height='606' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par L.L. de Mars.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu dire quelques mots de la gen&#232;se de ce post-scriptum &#224; &lt;i&gt;Morts &#224; 100 %&lt;/i&gt; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Tout commence le 4 d&#233;cembre 2012, jour de l'inauguration du mus&#233;e Louvre&#8209;Lens. Ce jour&#8209;l&#224;, on fait un petit reportage pour le journal &lt;i&gt;La Brique&lt;/i&gt;. &#192; l'&#233;poque, un leitmotiv revient sans cesse : &#233;tant donn&#233; ce que les mineurs ont donn&#233; &#224; la France, la France peut bien donner un Louvre &#224; Lens. Le mus&#233;e est ainsi vendu par la R&#233;gion et l'&#201;tat comme une esp&#232;ce de gratification pour services rendus &#224; la nation, notamment pour la reconstruction d'apr&#232;s-guerre. Sauf que les mineurs ne sont pas invit&#233;s &#224; l'inauguration. Bizarre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, notre pote Greg commence &#224; interviewer des gens sur la m&#233;moire mini&#232;re, la r&#233;novation des corons. &#192; la m&#233;diath&#232;que, il tombe sur une VHS du film &lt;i&gt;Morts &#224; 100 %&lt;/i&gt;, r&#233;alis&#233; en 1980. Il se rend compte que ce film n'a quasiment &#233;t&#233; vu par personne et qu'il a &#233;t&#233; mis &#224; l'index par les patrons et les syndicats. C'est qu'il tapait fort sur le PC de Thorez, qui d&#233;veloppait &#224; l'&#233;poque toute une mythologie du mineur soldat, patriote, courageux, fier. Or, quand on leur donnait la parole, les mineurs disaient qu'ils s'&#233;taient bien faits avoir : ils &#233;taient tous &#8216;&#8216; silicos&#233;s '' et mourraient avant 50 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Greg a ensuite rencontr&#233; l'&#233;quipe du Centre d'animation culturelle de Douai, qui cherchait &#224; d&#233;voiler ce mythe du mineur. Roland Poquet et Bruno Matt&#233;i t&#233;moignent de leur activit&#233; &#224; l'&#233;poque et s'attardent sur la mani&#232;re dont on r&#233;active aujourd'hui le mythe du mineur en aseptisant son histoire. Pour prendre le train de la troisi&#232;me r&#233;volution industrielle, le Nord-Pas-de-Calais recycle son histoire ouvri&#232;re. Un enjeu entr&#233; en collision avec le centenaire du d&#233;but de la Premi&#232;re Guerre mondiale dans un vaste programme touristico-culturel. Si quand on revient de la n&#233;cropole de ce conflit &#224; Notre-Dame-de-Lorette on pense &#8216;&#8216; Plus jamais &#231;a '', en sortant du mus&#233;e minier de Lewarde on se dit : &#8216;&#8216; C'&#233;tait chouette, la mine. Certes dur, mais il y avait la camaraderie, la solidarit&#233;. '' On oublie qu'entre 1945 et 1990, on compte officiellement 40 000 morts de la silicose. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quand on visite le mus&#233;e de la mine de Saint&#8209;&#201;tienne, on est surpris par l'absence de toute trace de conflictualit&#233; sociale. Le mineur est pr&#233;sent&#233; comme un h&#233;ros, solitaire et solidaire, point barre. Est&#8209;-ce la m&#234;me chose &#224; Lewarde ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui. Il y a une salle des machines, qui livre le grand r&#233;cit du progr&#232;s technique. &#192; cela s'ajoute un volet de folklorisation destin&#233; aux enfants, &#224; qui on file un casque avant de leur faire gratter un peu de terre pour trouver du charbon. Les gosses s'amusent. Alors que mineur, c'&#233;tait un boulot de for&#231;at. D'esclave. Quand on est all&#233;s tourner au mus&#233;e, on &#233;tait accompagn&#233;s de salari&#233;s qui nous disaient : &#8216;&#8216; &lt;i&gt;Il y a des gens qui viennent avec un a priori assez sombre sur la r&#233;gion et qui sortent du mus&#233;e avec une image beaucoup moins morbide du Bassin minier.&lt;/i&gt; '' C'est vraiment &#224; &#231;a que sert ce mus&#233;e. &#192; laver l'histoire. Tu as des anciens mineurs qui ne peuvent plus voir les terrils en peinture ! Ces terrils sur lesquels aujourd'hui la nature reprendrait ses droits, o&#249; tu peux faire des balades. On n'a pas de montagne dans la r&#233;gion, mais on a des terrils ! Pour les mineurs, &#231;a reste quand m&#234;me la poubelle de leur ancien m&#233;tier. Un symbole de mort. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parmi les protagonistes du film, il y a le sculpteur Christian Szewczyk qui use d'un verbe tr&#232;s nerveux et tranch&#233;...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Oui, c'est le plus remont&#233; ! Il envoie tout balader. Lui est fils de mineur, d'origine polonaise, et il fait de la sculpture sur bois, un travail inspir&#233; des contes et mythes populaires polonais (sorci&#232;res, b&#234;tes magiques, etc.). Il a con&#231;u un chevalet-potence pour d&#233;noncer l'exploitation des mineurs, quelque chose d'assez simple, histoire d'&#233;viter la statuaire grandiloquente. Dans le film, il raconte qu'il ne trouvait pas de lieu o&#249; le mettre jusqu'&#224; ce que la commune de Calonne&#8209;Ricouart l'accepte et le place juste &#224; c&#244;t&#233; de la mairie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christian aborde aussi le sujet m&#233;connu des viols au fond de la mine, auxquels Berry faisait allusion dans son film Germinal. On ne sait pas si ces pratiques &#233;taient r&#233;pandues, mais couraient des histoires de mecs qui cherchaient des filles pour les ing&#233;nieurs ou les patrons. C'est une part sombre de la vie des mineurs qui reste sous le tapis. La solidarit&#233; existait, mais elle se construisait dans l'adversit&#233;, un peu comme la camaraderie des tranch&#233;es. C'est le revers d'une pi&#232;ce morbide. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Afin de capter la manne touristique, les patrimoines naturels, architecturaux ou immat&#233;riels sont exacerb&#233;s pour mythifier des identit&#233;s locales. Le pass&#233; minier n'&#233;chapperait donc pas &#224; la grande lessiveuse m&#233;morielle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a une archive qui n'a finalement pas &#233;t&#233; int&#233;gr&#233;e au film, et qui traite d'un colloque tenu en 1979 &#224; Lille. Un Anglais y d&#233;clare que les gens en ont un peu marre des cath&#233;drales et des ch&#226;teaux, et que le patrimoine b&#226;ti industriel serait une bonne carte &#224; jouer. Le mus&#233;e de la mine de Lewarde rel&#232;ve d'ailleurs d'une initiative patronale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Lens, il y a un coron juste en face du Louvre. Dans une rue, les occupants, tous descendants de mineurs, ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;s. Parce qu'il y a des enjeux financiers. La cha&#238;ne Esprit de France s'est ainsi lanc&#233;e dans un projet d'h&#244;tel 4 &#233;toiles dans un style minier. Chaque petite maison en brique sera transform&#233;e en une chambre luxueuse, d&#233;cor&#233;e avec une lampe ou un casque de mineur... Et le bar de l'h&#244;tel s'affichera &#8216;&#8216;supporter du RC Lens''. La ville joue ainsi &#224; fond l'exotisme nordiste. On imagine la com' pour les touristes : &#8216;&#8216; Vivez l'exp&#233;rience du coron ! ''&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on utilise les mineurs, leur image et leur m&#233;moire, on leur demande dans le m&#234;me temps de ne pas &#234;tre trop pr&#233;sents, parce que &#231;a reste des ploucs. Pareil pour le centre culturel Albert-Camus, juste &#224; c&#244;t&#233; du Louvre, un lieu assez populaire o&#249; les gens prenaient des cours de danse, de musique. Il a &#233;t&#233; remplac&#233; par La maison du projet, sorte de mini-mus&#233;e de la mine. On vire des gens plut&#244;t pauvres d'un espace qu'ils fr&#233;quentaient pour y organiser une esp&#232;ce de mus&#233;e qui utilise leur image. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Il y a en France un regain d'activit&#233; mini&#232;re depuis quelques ann&#233;es. Votre film s'inscrit aussi dans une certaine actualit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On a pr&#233;vu de rencontrer les collectifs qui luttent contre les projets miniers en Creuse, en Bretagne, dans le Pays basque, etc. L'id&#233;e est d'expliquer qu'aujourd'hui encore, il y a des mineurs qui se sacrifient pour nous : des mines de coltan en Chine aux mines d'uranium au Niger. Derri&#232;re chaque parcelle de notre confort moderne et technologique, il y a un mineur. De la m&#234;me mani&#232;re qu'on se chauffait au charbon dans les ann&#233;es 1950 gr&#226;ce aux mineurs, on doit nos smartphones et l'&#233;nergie nucl&#233;aire &#224; des sacrifi&#233;s de la mine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le m&#234;me sujet, on se demande quel accueil va recevoir le film dans notre r&#233;gion, o&#249; r&#232;gne un ouvri&#233;risme assez fort. On l'a montr&#233; &#224; un copain fils de mineur. S'il est d'accord avec notre d&#233;marche, il a du mal &#224; se d&#233;faire de tout cet h&#233;ritage. C'est quelque chose de profond. Les mineurs ont fait ce que personne d'autre n'a fait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On aimerait aussi rencontrer les associations de travailleurs immigr&#233;s. Ils se sont battus pour avoir le statut de mineur et n'ont pas &#233;t&#233; reconnus comme silicos&#233;s. Ils ont d'autant plus besoin de cette reconnaissance du travail accompli. Or notre d&#233;marche s'inscrit dans une critique plus globale de la valeur travail. Une pens&#233;e assez absente aujourd'hui, o&#249; on reste camp&#233;s sur la d&#233;fense de l'emploi et des acquis sociaux. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Morts &#224; 100 %, de Modeste Richard et &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Tom-Jo&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;TomJo&lt;/a&gt;, &#224; partir d'interviews r&#233;alis&#233;s par Gr&#233;gory Tahar-Chaouch. Sortie DVD le 28 octobre, avec une projection &#224; 20 h au cin&#233;ma L'Univers &#224; Lille.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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