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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>De l'&#233;merveillement &#224; la lutte</title>
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		<dc:creator>Corinne Morel Darleux</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce (Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman L&#224; o&#249; le feu et l'ours (2021). En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce &lt;/i&gt;(Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; (2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-4a6bd.jpg?1782728251' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 %. Dans ce contexte de r&#233;tr&#233;cissement de l'espace habitable, les conflits de territoire entre humains et &#171; non-humains &#187; sont appel&#233;s &#224; se multiplier. D&#233;j&#224;, en Alaska, on voit un nombre croissant d'ours fouiller les poubelles pour survivre. &#192; Marseille, ce sont des sangliers qui s'invitent en ville. &#192; Strasbourg et Londres, les renards investissent d&#233;sormais les parcs urbains. De plus en plus d'animaux sauvages sont condamn&#233;s &#224; partager les m&#234;mes zones que nous. Nous qui les avons chass&#233;s, expuls&#233;s de leurs territoires et avons cru pouvoir les exclure de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de cohabitation forc&#233;e, nous allons avoir besoin de &#171; &lt;i&gt;diplomates&lt;/i&gt; &#187;, comme le formule le philosophe Baptiste Morizot &lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cela implique de se d&#233;faire de nos pr&#233;jug&#233;s et de d&#233;velopper des sch&#233;mas de pens&#233;e permettant le d&#233;veloppement de relations politiques avec les animaux. Pour cela, il faut r&#233;&#233;valuer en profondeur notre place dans les &#233;cosyst&#232;mes. L'humain est un mammif&#232;re qui ne survit pas sans air respirable, sans ressources comestibles ni eau potable. Cette appartenance au monde vivant marque une interd&#233;pendance et devrait en toute logique instaurer un int&#233;r&#234;t commun &#224; pr&#233;server les conditions de vie sur Terre. Elle pourrait m&#234;me refonder l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, notion cl&#233; du droit public fran&#231;ais qui d&#233;signe la finalit&#233; d'institutions cens&#233;es servir une population consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire non seulement les &#234;tres humains mais aussi les autres animaux, les v&#233;g&#233;taux, microbes et champignons. Sans parler des virus qui nous ont douloureusement rappel&#233; qu'il faut composer avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec la nature contre ceux qui l'effondrent &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce constat nous invite en premier lieu &#224; &#233;carquiller les yeux. Car de l'&#233;merveillement na&#238;t aussi la force de se battre. L'&#233;crivain William Morris a ainsi &#233;tabli dans son texte &lt;i&gt;L'Art en ploutocratie&lt;/i&gt; (1883) la puissance d'&#233;mancipation du sentiment esth&#233;tique. Sa conviction : &#171; &lt;i&gt;Il n'existe rien de ce qui participe &#224; notre environnement qui ne soit beau ou laid, qui ne nous ennoblisse ou nous avilisse.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi il appelait &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;tendre le sens du mot art jusqu'&#224; englober la configuration de tous les aspects ext&#233;rieurs de notre vie&lt;/i&gt; &#187;. Dans cette optique, certains proposent de constituer des r&#233;serves sauvages &#8211; &#224; l'image de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). D'autres sugg&#232;rent d'inventer de nouveaux m&#233;canismes de pr&#233;servation de la nature, sans pour autant gommer son alt&#233;rit&#233; &#8211; ce que porte notamment la philosophe de l'environnement Virginie Maris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre peut-on &#233;galement &#233;chafauder de nouvelles alliances, comme le proposent L&#233;na Balaud et Antoine Chopot dans leur livre &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; (2021), afin d'&#171; &lt;i&gt;agir avec la nature contre ceux qui l'effondrent&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, aux jardins populaires autog&#233;r&#233;s des Va&#238;tes &#224; Besan&#231;on, c'est le tr&#232;s f&#233;ministe crapaudalyte (dit &#171; accoucheur &#187;) qui a permis de ralentir les travaux d'un &#233;coquartier mena&#231;ant de d&#233;truire 35 hectares de terre. En 2019, la finale du championnat de France de jet-ski a &#233;t&#233; stopp&#233;e en Corse par des dauphins qui, non contents de saboter la course de moteurs bruyants et polluants, se sont amus&#233;s en sautant entre les engins &#224; l'arr&#234;t. Dans le ciel de Paris, des go&#233;lands ont attaqu&#233; les drones de la Pr&#233;fecture de police pendant un acte des Gilets jaunes. Formellement, ils ne s'en prenaient pas aux drones : ils prot&#233;geaient leurs &#339;ufs. Mais la symbolique reste puissante : les activistes, qu'ils luttent pour la justice sociale ou pour le climat et la biodiversit&#233;, ne font rien d'autre que prot&#233;ger, eux aussi, la possibilit&#233; d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout nous presse &#224; sortir de l'anthropocentrisme et &#224; repenser les fronti&#232;res entre le sauvage et le domestique. Toutes les fronti&#232;res. Ce n'est pas un hasard si la droite et les n&#233;o fascistes utilisent le terme d'ensauvagement pour d&#233;signer les violences urbaines et condamner les migrations. Tracer des fronti&#232;res entre sauvage et civilis&#233;, domestiquer et cr&#233;er des hi&#233;rarchies entre &#171; races &#187;, c'est toute l'histoire de la colonisation. Et tout ce qu'il faut d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des rencontres et frottement in&#233;dits &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;construction n&#233;cessite une certaine facult&#233; d'empathie, puisqu'elle impose de comprendre les sentiments et &#233;motions d'un autre individu. De se mettre &#224; sa place. La fiction peut nous y aider en permettant des rencontres et frottements in&#233;dits, en transposant les corps, affranchis des contraintes mat&#233;rielles de la vraie vie. Ainsi dans &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;(2020), roman de Camille Brunel, une &#233;pid&#233;mie transforme les humains en animaux, sans distinction. On voit surgir des c&#233;tac&#233;s, bonobos, rhinoc&#233;ros et pythons qui sont autant d'amis, d'enfants, de maris ou de voisins. C'est aussi ce qui arrive &#224;&lt;i&gt; La femme chang&#233;e en renard &lt;/i&gt;(1924) de David Garnett. Dans la campagne anglaise, au passage d'une chasse &#224; courre, le mari de Silvia d&#233;couvre avec stupeur que celle-ci a &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;e en renarde, l'instinct vulpin &#233;clipsant progressivement la part &#171; civilis&#233;e &#187; de Sylvia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux romans, le passage d'une forme &#224; l'autre ne modifie pas fondamentalement la relation qui s'exerce entre humains et &#171; non-humains &#187;. Le fr&#232;re transform&#233; en lapin, comme la femme chang&#233;e en renard, sont tout bonnement devenus lapin et renard. Il n'y a pas &#224; proprement parler d'&#171; &lt;i&gt;&#234;tre de la m&#233;tamorphose&lt;/i&gt; &#187;, au sens o&#249; l'entendent Baptiste Morizot et Nastassja Martin, qui dans leur article &#171; Retour du temps du mythe &#187; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire sur le site du journal suisse Issue (13/12/2018).&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;crivaient ainsi les caract&#233;ristiques de cette entit&#233; hybride : &#171; &lt;i&gt;Son statut n'est pas assignable, et les relations sociales qu'il entretient avec le collectif humain en pr&#233;sence ne sont pas stabilis&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est diff&#233;rente dans &lt;i&gt;L'homme qui savait la langue des serpents&lt;/i&gt; d'Andrus Kivir&#228;hk (2013), fabuleux roman empreint de la mythologie estonienne du XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle o&#249; &#234;tres humains, serpents et ours parlent la m&#234;me langue, dialoguent et vont m&#234;me parfois jusqu'&#224; s'aimer. Pour reprendre les termes des auteurs du &#171; Retour du temps du mythe &#187;, c'est bien &#171; &lt;i&gt;un temps d'avant le temps, dans lequel les &#234;tres sont encore indistincts. Les formes de vies ne sont pas encore s&#233;par&#233;es. Les animaux ne sont pas encore distincts des humains&lt;/i&gt; &#187;. Las, l'arriv&#233;e des colons chr&#233;tiens va bouleverser statuts et relations, menacer la coexistence et teinter les rapports de m&#233;fiance, d'incompr&#233;hension et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &#234;tre de la m&#233;tamorphose &#187; d'un genre nouveau, qui vient interroger la notion m&#234;me de normalit&#233;, on le trouve &#233;galement dans &lt;i&gt;F&#233;lines &lt;/i&gt;(2019), roman de St&#233;phane Servant. Des jeunes femmes atteintes d'une mutation inconnue voient leur corps se couvrir de poils, leurs sens s'aiguiser et leurs forces d&#233;cupler. Mises au ban de la soci&#233;t&#233;, elles sont nomm&#233;es &#171; &lt;i&gt;obscures&lt;/i&gt; &#187; et trait&#233;es comme inf&#233;rieures. Mais elles conservent leurs singularit&#233;s et leur m&#233;moire. Pour reprendre les termes de l'anthropologue Philippe Descola, si leur &#171; &lt;i&gt;physicalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; s'est modifi&#233;e, elles gardent leur &#171; &lt;i&gt;int&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (&#233;motions, conscience, d&#233;sirs...). On peut interpr&#233;ter la mutation des f&#233;lines comme une r&#233;ponse adaptative aux d&#233;r&#232;glements provoqu&#233;s par l'Anthropoc&#232;ne. En faisant effraction du statut qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;, elles se montrent inassignables. Une m&#233;tamorphose qui ouvre la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier acte des &lt;a href=&#034;https://lessoulevementsdelaterre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soul&#232;vements de la terre &lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, fin mars 2021, on a vu des femmes-renardes jouer des percussions. Auparavant, on a aussi crois&#233; des cort&#232;ges d&#233;guis&#233;s en animaux pour protester contre les cirques ou les abattoirs. Et des banderoles &#171; &lt;i&gt;Phoque le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187; dans les manifestations pour le climat. Mais au-del&#224; de ces alliances &#233;videntes, l'imaginaire animal peut aussi s'inviter dans les luttes sociales. Inspirer des m&#233;canismes de fuite, de furtivit&#233; &#224; la Damasio &lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain, notamment auteur du livre Les Furtifs (2019).&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, de camouflage et de terriers comme base arri&#232;re quand il y a besoin de se mettre au vert. Le biomim&#233;tisme, qui consiste &#224; s'inspirer des formes, mati&#232;res, propri&#233;t&#233;s, processus et fonctions du vivant, n'est pas le monopole de l'industrie. &#192; nous de nous en emparer autrement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corinne Morel Darleux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant &lt;/i&gt;(Wildproject, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; lire sur le site du journal suisse &lt;i&gt;Issue&lt;/i&gt; (13/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &lt;i&gt;&#224; reprendre les terres et &#224; bloquer les industries qui les d&#233;vorent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &#201;crivain, notamment auteur du livre &lt;i&gt;Les Furtifs&lt;/i&gt; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; Montrer que les animaux ont une histoire &#187; </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;tienne Savoye</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>animaux</dc:subject>
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		<dc:subject>l'histoire animale</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;tudier et comprendre le point de vue animal pour &#233;crire une autre histoire, d&#233;centr&#233;e. Telle est depuis une trentaine d'ann&#233;es l'ambition de l'historien &#201;ric Baratay. Avec plus d'une dizaine de livres &#224; son actif, portant sur des sujets aussi divers que le sort des animaux pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale (B&#234;tes des tranch&#233;es, CNRS &#233;ditions, 2013) ou la place du chat domestique dans nos soci&#233;t&#233;s modernes (Cultures f&#233;lines, Seuil, 2021), il croise les sciences, les sources et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;tudier et comprendre le point de vue animal pour &#233;crire une autre histoire, d&#233;centr&#233;e. Telle est depuis une trentaine d'ann&#233;es l'ambition de l'historien &#201;ric Baratay. Avec plus d'une dizaine de livres &#224; son actif, portant sur des sujets aussi divers que le sort des animaux pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale (&lt;i&gt;B&#234;tes des tranch&#233;es&lt;/i&gt;, CNRS &#233;ditions, 2013) ou la place du chat domestique dans nos soci&#233;t&#233;s modernes (&lt;i&gt;Cultures f&#233;lines&lt;/i&gt;, Seuil, 2021), il croise les sciences, les sources et les approches pour sortir d'un pesant anthropomorphisme. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3628 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1769-d9408.jpg?1782728252' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration d'&#201;tienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pousser les portes et mieux entrevoir d'autres mondes. &lt;/i&gt; &#187; C'est par ces mots qu'&#201;ric Baratay, professeur &#224; l'universit&#233; Lyon III et &#224; l'Institut universitaire de France, conclut son livre &lt;i&gt;Le Point de vue animal, une autre version de l'histoire&lt;/i&gt; (Seuil, 2012), ouvrage embl&#233;matique de sa d&#233;marche d'historien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette pente, il a multipli&#233; les pistes et &#233;tudi&#233;, p&#234;le-m&#234;le : les destins invisibles des animaux dans les guerres, l'histoire des jardins zoologiques, la corrida, la place des b&#234;tes dans les religions... Son approche ? Pas seulement collective, mais &#233;galement individuelle, puisqu'il a patiemment retiss&#233; des &lt;i&gt;Biographies animales &lt;/i&gt;(2017) : celle d'une girafe embl&#233;matique du Jardin des plantes, de l'&#226;nesse de Stevenson qui le suivit dans ses p&#233;riples dans les C&#233;vennes&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Racont&#233;s par l'&#233;crivain britannique dans Voyage avec un &#226;ne dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ou du taureau Islero qui causa la mort du c&#233;l&#232;bre torero Manolete.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son dernier livre, consacr&#233; aux f&#233;lins domestiques, affiche pour sous-titre&lt;i&gt; Les Chats cr&#233;ent leur histoire&lt;/i&gt;. Un mantra transposable &#224; tous les animaux tant &#201;ric Baratay les pense comme acteurs de leur propre destin&#233;e collective. Des trajectoires qui, pour lui, m&#233;ritent amplement d'&#234;tre &#233;tudi&#233;es, sans &#339;ill&#232;res humaines, afin de renverser notre conception du monde et de reconstituer des existences. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En tant qu'historien, pourquoi avoir choisi d'aborder l'histoire du point de vue des animaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'ai commenc&#233; il y a plus de trente ans &#224; m'int&#233;resser &#224; l'histoire des animaux, le sujet &#233;mergeait &#224; peine. De mani&#232;re assez conventionnelle, je me suis d'abord concentr&#233; sur le c&#244;t&#233; humain de cette histoire : comment les hommes se repr&#233;sentent les animaux et comment ils les traitent. C'est l'aspect le plus facile &#224; travailler pour un historien ou un sociologue, car m&#234;me si le sujet &#233;tait neuf &#8211; et n'&#233;tait d'ailleurs pas tr&#232;s bien vu &#224; l'&#233;poque &#8211; la m&#233;thodologie n'avait rien d'inhabituelle. Dans les ann&#233;es 2000, cette histoire-l&#224;, que j'appelle d&#233;sormais &#8220;l'histoire humaine des animaux&#8221;, a gagn&#233; sa reconnaissance dans le champ universitaire. Mais j'ai voulu aller plus loin et faire une histoire animale des animaux, c'est-&#224;-dire d'un point de vue non humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la m&#233;thode change-t-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela implique d&#233;j&#224; de travailler avec d'autres sciences : g&#233;n&#233;tique, &#233;thologie et zoologie. L'objectif ? Comprendre comment les animaux vivent de grands ph&#233;nom&#232;nes historiques, tels que les r&#233;volutions industrielle et agricole, ou encore le d&#233;veloppement de certains loisirs comme la corrida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis ainsi int&#233;ress&#233; aux chevaux travaillant dans les mines ou aux vaches converties en laiti&#232;res. Pour &#231;a, il m'a fallu aller chercher deux types de textes. D'un c&#244;t&#233;, des &#233;crits d&#233;laiss&#233;s, comme des th&#232;ses r&#233;dig&#233;es par des v&#233;t&#233;rinaires dans l'entre-deux-guerres ; de l'autre, des textes tr&#232;s connus, mais qu'on lisait uniquement avec un regard humain, tels que les r&#233;cits de Th&#233;ophile Gautier, Alexandre Dumas ou encore Thomas Mann &#224; propos de leur chien ou de leur chat. On croyait ce deuxi&#232;me type de documents tr&#232;s enjoliv&#233;s, voire invent&#233;s, et on ne retenait que l'exercice litt&#233;raire ou la confession subjective, alors qu'en r&#233;alit&#233;, ils sont pleins de ressources. Mais c'est une gymnastique mentale particuli&#232;re : il faut rep&#233;rer ce qui est le plus signifiant pour l'animal &#8211; les descriptions, les d&#233;tails, les chiffres les concernant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique aussi de r&#233;apprendre &#224; &#233;crire. Au d&#233;but, il m'a fallu reformuler mes phrases jusqu'&#224; une dizaine de fois, car je mettais tr&#232;s vite les humains au premier plan. Il faut donc employer des tournures inhabituelles, comme &#8220;&lt;i&gt;le cheval se voit et se sent pousser&lt;/i&gt;&#8221; plut&#244;t &#8220;&lt;i&gt;qu'il est pouss&#233; par&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;l'homme le pousse&lt;/i&gt;&#8221;, des expressions qui n&#233;gligent le ressenti animal. Dans mes &lt;i&gt;Biographies animales&lt;/i&gt;, j'ai par exemple adopt&#233; une &#233;criture morcel&#233;e pour mettre le lecteur &#224; c&#244;t&#233; du taureau Islero et lui faire vivre sa corrida, pas celle de Manolete, pouss&#233;e au second plan. Autre exemple, dans mon dernier livre &lt;i&gt;Cultures f&#233;lines&lt;/i&gt;, j'ai forg&#233; des mots comme &#8220;&lt;i&gt;palpatter&lt;/i&gt;&#8221;, &#8220;&lt;i&gt;agriffer&lt;/i&gt;&#8221;, &#8220;&lt;i&gt;palpinariner&lt;/i&gt;&#8221;, sur le mod&#232;le de &#8220;&lt;i&gt;ronron&lt;/i&gt;&#8221; et &#8220;&lt;i&gt;ronronner&lt;/i&gt;&#8221; qui nous paraissent normaux, mais n'ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s qu'au milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle lorsqu'on a commenc&#233; &#224; davantage s'int&#233;resser aux chats. Enfin, il faut penser les animaux dans l'espace et dans le temps, car leur comportement change en fonction et de l'&#233;poque et du lieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Auparavant, on pensait que le comportement au sein d'une m&#234;me esp&#232;ce &#233;tait le m&#234;me quels que soient les individus, et ceci, sans &#233;gard pour l'&#233;poque ou le lieu. Or, les &#233;thologues ont montr&#233; que c'&#233;tait faux. Prenons l'exemple des chiens : au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la plupart &#233;taient des individus errants ou charg&#233;s de monter la garde, avec une relation tr&#232;s distante aux humains. Aujourd'hui, 90 % sont des chiens de compagnie, qui ont parfois ce que les v&#233;t&#233;rinaires appellent &#8220;des anxi&#233;t&#233;s de s&#233;paration&#8221; quand leur ma&#238;tre s'en va. Leur comportement a chang&#233;. Pareil pour la vache : au d&#233;but du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, on a voulu la transformer en laiti&#232;re sp&#233;cialis&#233;e, mais elle a r&#233;sist&#233;. On l'a alors s&#233;par&#233;e de son veau. &#192; l'&#233;poque, les vaches &#233;taient capables de se tarir en signe de protestation si on leur enlevait leur petit. Par contre, les vaches actuelles, la Prim'Holstein par exemple, sont perturb&#233;es si on leur laisse leur veau, si bien qu'elles baissent leur production. Cette attitude n'est pas due qu'&#224; une transformation biologique. Entrent en jeu l'&#233;ducation, l'apprentissage, l'imitation des autres individus, etc. Le cas des chats est frappant : leur &#233;volution au fil du temps ne s'explique pas par la mutation g&#233;n&#233;tique, puisque les d&#233;lais (quelques dizaines d'ann&#233;es) sont trop courts pour qu'il y ait un v&#233;ritable changement biologique. Ainsi, le comportement de ces f&#233;lins agissant d'une mani&#232;re analogue aux chiens (sollicitant, pouvant eux aussi exp&#233;rimenter une anxi&#233;t&#233; de s&#233;paration) n'a plus rien &#224; voir avec celui des chats de goutti&#232;re d'il y a un si&#232;cle. Il faut donc prendre en compte d'autres processus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quelles sources peut-on s'appuyer pour &#233;tudier l'histoire animale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour l'instant, nous sommes contraints par les sources humaines. Je suis oblig&#233; de choisir des histoires animales en fonction de la pr&#233;sence, la quantit&#233; et la qualit&#233; de sources &#233;crites humaines. Sachant que toute source n'est pas bonne. On me parlait par exemple souvent de l'&#233;crivaine Colette dont les chats peuplent les romans&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a m&#234;me &#233;crit en 1933 un roman intitul&#233; La chatte.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, mais sa vision est tr&#232;s anthropomorphiste. C'est int&#233;ressant pour une recherche en litt&#233;rature, mais cela n'a aucun int&#233;r&#234;t pour comprendre comment ces f&#233;lins se comportaient avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc primordial de trouver des sources animales. Pour cela, on peut regarder du c&#244;t&#233; de l'arch&#233;ozoologie : les ossements des animaux morts nous racontent des habitudes de vie. Pour ceux qui sont toujours en vie, il y a les traces, les restes de passages. On peut ainsi &#233;tudier, &#224; la mani&#232;re d'un &#233;thologue, les comportements d'un animal vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais selon moi, ce qui va devenir la grande source c&#244;t&#233; animal dans les ann&#233;es &#224; venir, c'est la g&#233;n&#233;tique. Elle nous dit plein de choses sur les maladies, l'alimentation, les comportements. Le chercheur Ludovic Orlando a ainsi r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer que le cheval de Przewalski (qu'on consid&#233;rait jusqu'alors comme le dernier descendant des chevaux sauvages) &#233;tait en fait un descendant r&#233;ensauvag&#233; du premier cheval domestiqu&#233;. Contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, la domestication, toutes esp&#232;ces confondues, ne s'est pas faite &#224; un endroit donn&#233; et &#224; une date pr&#233;cise, mais en plusieurs endroits et &#224; des moments diff&#233;rents. Concernant le cheval, il y a eu deux domestications successives : la premi&#232;re n'a pas dur&#233;, mais les chevaux de Przewalski sont issus de cette tentative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire que vous &#233;crivez se concentre sur des animaux qui ont des liens avec l'homme...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains reprochent aux historiens des animaux de s'int&#233;resser surtout aux mammif&#232;res proches des hommes. Ce n'est pas faux, mais c'est un d&#233;but. Un jour, on pourra aller plus loin. R&#233;cemment, un &#233;thologue qui travaille sur les bourdons s'est aper&#231;u que chaque individu a un bruit de vol particulier. C'est une vraie d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un avenir proche, j'aimerais travailler sur les v&#233;g&#233;taux. Non pas pour faire une histoire humaine des v&#233;g&#233;taux, car elle est d&#233;j&#224; bien d&#233;frich&#233;e, mais pour essayer de comprendre comment les v&#233;g&#233;taux ont v&#233;cu certains ph&#233;nom&#232;nes historiques importants. Par exemple, concernant la Premi&#232;re Guerre mondiale, analyser ce qu'a signifi&#233; cette guerre pour les for&#234;ts, pour tel type d'arbre, ceci en croisant la botanique, la physiologie et les neurosciences v&#233;g&#233;tales en pleine &#233;bullition. Les scientifiques nous montrent que tout ne se ram&#232;ne pas &#224; la vie m&#233;canique : les v&#233;g&#233;taux &#233;mettent des signaux &#233;lectriques, odorif&#233;rants, indiquant notamment qu'ils peuvent &#234;tre stress&#233;s &#8211; &#224; leur mani&#232;re &#233;videmment. On pourrait choisir une situation historique : un jardin botanique, par exemple, et &#233;tudier la question du transport des plantes, r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que &#231;a veut dire pour un arbre d'&#234;tre d&#233;racin&#233; des Antilles, d'Afrique, et dans quelles conditions ce transfert se fait... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les grandes &#233;volutions de l'histoire animale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On en revient aux sources humaines. On en est r&#233;duits &#224; &#233;tudier les documents &#233;crits, et jusqu'au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il n'y a pas de t&#233;moignages de paysans, donc on travaille sur des t&#233;moignages r&#233;dig&#233;s par des gens lettr&#233;s. Par exemple, &#224; propos de l'histoire des vaches laiti&#232;res, on recourt aux textes des v&#233;t&#233;rinaires, des zootechniciens, aux r&#233;cits litt&#233;raires, aux registres notariaux ou judiciaires. C'est compliqu&#233;. Ceci dit, si l'on veut tracer de grandes p&#233;riodes dans l'histoire animale, on peut quand m&#234;me dire qu'il y a &#224; la fois des tendances longues et d'autres plus courtes, en dents de scie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Occident, la tendance longue, issue de la philosophie grecque et du christianisme, a &#233;t&#233; de d&#233;valoriser les animaux, de les consid&#233;rer sans &#226;me ou avec une &#226;me mat&#233;rielle et mortelle &#8211; en opposition &#224; l'&#226;me humaine qui serait immortelle. Cette vision, qui s'est impos&#233;e &#224; toute l'Europe, r&#233;sulte d'une interpr&#233;tation : dans les premiers livres de l'Ancien Testament, la diff&#233;rence se fait entre Dieu et les cr&#233;atures de Dieu, humains et animaux confondus. Par la suite et jusqu'&#224; aujourd'hui, on a pourtant s&#233;par&#233; les hommes des autres cr&#233;atures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur de cette grande tendance, il y a des &#233;poques. Au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec la mode du cart&#233;sianisme, les &#233;lites intellectuelles ont beaucoup insist&#233; sur la diff&#233;rence entre humains et animaux. De la m&#234;me fa&#231;on, la p&#233;riode 1930-1980 a &#233;t&#233; une p&#233;riode tr&#232;s dure, notamment influenc&#233;e par le marxisme pour lequel la d&#233;finition de l'homme passe par le travail, ce dernier reposant sur la transformation et la ma&#238;trise de la nature &#224; travers l'&#233;levage, l'agriculture, la laine ou la m&#233;tallurgie. Le lib&#233;ralisme &#233;conomique n'est &#233;videmment pas en reste, avec l'&#233;levage industriel et l'abattage &#224; la cha&#238;ne, invent&#233; dans les abattoirs de Chicago. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tudier les animaux &#224; partir de leur point de vue, c'est aussi une mani&#232;re de faire l'histoire des oubli&#233;s, des sans-voix. Vous y mettez une ambition politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela s'inscrit en effet dans une histoire des &#8220;n&#233;glig&#233;s&#8221;, comme celle des femmes, ou de tel ou tel groupe social. On le sait : en accorder une &#224; un autre est un geste philosophique et politique. Pendant tr&#232;s longtemps, toute une partie de la population humaine est rest&#233;e &#8220;sans histoire&#8221;. Pour ce qui est des animaux, il faut se d&#233;centrer, faire une histoire large des non-humains, avec une approche transdisciplinaire. Documenter l'utilisation des chevaux dans les guerres napol&#233;oniennes, c'est d&#233;j&#224; reconna&#238;tre qu'ils prenaient part aux &#233;v&#233;nements, mais il faut aller encore plus loin. Et montrer que les animaux existent en dehors de leur participation &#224; des ph&#233;nom&#232;nes humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, leur histoire est influenc&#233;e par les hommes, mais aucun humain n'en a une compl&#232;tement ind&#233;pendante de son environnement. Si le Covid nous montre &#224; quel point nous avons une destin&#233;e individuelle contrainte, &#231;a n'emp&#234;che pas que nous sommes persuad&#233;s d'avoir notre propre histoire. De plus, le sch&#233;ma pyramidal dans lequel nous vivons, h&#233;rit&#233; de l'Antiquit&#233; grecque avec en bas les v&#233;g&#233;taux, ensuite les animaux peu &#233;volu&#233;s, puis les mammif&#232;res et enfin les humains &#8211; avec bien s&#251;r une hi&#233;rarchie cr&#233;&#233;e entre les humains &#8211; n'est pas propre &#224; l'Occident : d'autres civilisations la partagent. Mais il est important de dire qu'elle n'est pas commune &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s, comme l'anthropologue Philippe Descola l'a d&#233;crit dans &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard, 2005.&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Ainsi, les soci&#233;t&#233;s animistes, notamment celles des Indiens d'Amazonie, ne partagent pas cette vision. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle autre repr&#233;sentation serait &#224; inventer ou &#224; red&#233;couvrir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a beaucoup de pistes. La g&#233;n&#233;tique, par exemple, ou bien le langage. On dit que les animaux n'en ont pas, mais on confond langage et langage humain. Le vivant est un buisson qui part dans tous les sens. Et en suivant ce mod&#232;le, il y aurait un langage &#224; la mode humaine, un autre &#224; la mode canine, chevaline, etc. Il faut donc avoir une d&#233;finition plus large : est langage tout syst&#232;me de signe permettant une communication, donc le chien qui retrousse ses babines a un langage ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, le rapport au vivant est devenu tr&#232;s pr&#233;sent dans les luttes sociales (on peut citer les Zad) et dans une partie du d&#233;bat public&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit plus d'une acc&#233;l&#233;ration que d'une nouveaut&#233;. En Europe, les premiers &#224; avoir fait la jonction entre les luttes sociales et la cause animale sont les quakers, minorit&#233; protestante anglaise pers&#233;cut&#233;e au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Ils critiquaient la notion de &#8220;&lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; eux parlaient plut&#244;t de &#8220;&lt;i&gt;citoyens&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; et ont &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; remettre en cause l'esclavage, le statut inf&#233;rieur des femmes et donc &#233;galement la sup&#233;riorit&#233; des humains sur les animaux. Au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des intellectuels comme Rousseau ou Locke, marginaux &#224; l'&#233;poque, r&#233;fl&#233;chissent &#224; ces questions. Et on retrouve cette id&#233;e &#224; la R&#233;volution. Ainsi, &#224; Paris, on interdit les montreurs d'animaux sauvages (ours, animaux encag&#233;s) parce qu'on estime alors que ces mises en sc&#232;ne d'&#234;tres vivants contraints ne peuvent pas cohabiter avec la lib&#233;ration des citoyens. La SPA, projet ensuite port&#233; par la petite et grande bourgeoisie, est fond&#233;e en 1845. Et en 1850, la premi&#232;re loi de protection animale est vot&#233;e. L'un des rares &#224; d&#233;fendre le projet de loi est d'ailleurs Victor Sch&#339;lcher, l'homme politique qui vient de faire abolir l'esclavage. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; jusqu'aux ann&#233;es 1920, des intellectuels comme Zola ou Victor Hugo pr&#244;nent l'attention aux opprim&#233;s, qu'il s'agisse des femmes ou des ouvriers, mais &#233;galement des animaux. On trouve aussi cette attention chez les f&#233;ministes : Marguerite Durand, qui a fond&#233; le premier quotidien f&#233;ministe, &lt;i&gt;La Fronde&lt;/i&gt;, a par exemple cr&#233;&#233; en 1899 le cimeti&#232;re des chiens &#224; Asni&#232;res &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Consid&#233;r&#233; comme le premier cimeti&#232;re pour animaux de l'&#232;re moderne.&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. L'&#233;crivaine et journaliste libertaire S&#233;verine, qui a &#233;crit dans &lt;i&gt;Le Cri du peuple&lt;/i&gt;, parlait &#233;galement beaucoup de cette cause d&#232;s la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Dans les ann&#233;es 1920-1930, un tournant s'est ensuite op&#233;r&#233; et les animaux ont &#233;t&#233; compl&#232;tement oubli&#233;s. La lutte s'est centr&#233;e sur la d&#233;fense des ouvriers. Comme si penser aux animaux et faire des ponts avec d'autres domin&#233;s &#233;tait m&#233;prisant. L'alliance revient depuis une vingtaine d'ann&#233;es. Bien s&#251;r, cette jonction reste marginale, mais elle existe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Racont&#233;s par l'&#233;crivain britannique dans &lt;i&gt;Voyage avec un &#226;ne dans les C&#233;vennes&lt;/i&gt;, 1879.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Elle a m&#234;me &#233;crit en 1933 un roman intitul&#233; &lt;i&gt;La chatte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gallimard, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Consid&#233;r&#233; comme le premier cimeti&#232;re pour animaux de l'&#232;re moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fin du monde : un &#233;ternel retour</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Il n'est &#233;videmment pas question de nier l'affolante accumulation des p&#233;rils &#233;cologiques qui menacent la plan&#232;te, durablement ou d&#233;finitivement. L'&#234;tre humain s'est &#233;chin&#233; &#224; d&#233;velopper les outils de sa propre destruction, avec les cons&#233;quences dramatiques que l'on sait : &#233;puisement des ressources, r&#233;chauffement climatique end&#233;mique, bio diversit&#233; en berne, etc. Sans parler des armes atomiques qui en cas de conflit important plongeraient la Terre dans l'hiver nucl&#233;aire. La fin du monde n'en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no171-decembre-2018" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;171 (d&#233;cembre 2018)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Albrecht-Durer" rel="tag"&gt;Albrecht D&#252;rer&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Norman-Cohn" rel="tag"&gt;Norman Cohn&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Scene-imagee" rel="tag"&gt;Sc&#232;ne imag&#233;e&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Il n'est &#233;videmment pas question de nier l'affolante accumulation des p&#233;rils &#233;cologiques qui menacent la plan&#232;te, durablement ou d&#233;finitivement. L'&#234;tre humain s'est &#233;chin&#233; &#224; d&#233;velopper les outils de sa propre destruction, avec les cons&#233;quences dramatiques que l'on sait : &#233;puisement des ressources, r&#233;chauffement climatique end&#233;mique, bio diversit&#233; en berne, etc. Sans parler des armes atomiques qui en cas de conflit important plongeraient la Terre dans l'hiver nucl&#233;aire. La fin du monde n'en est pas moins une vieille histoire, dont les &#233;pisodes ont largement pr&#233;c&#233;d&#233; notre &#233;poque &#224; fort potentiel apocalyptique. Cataclysmes, s&#233;ismes, d&#233;luges, &#233;ruptions volcaniques, s&#233;cheresses, &#233;pid&#233;mies, com&#232;tes, chutes de m&#233;t&#233;orites, massacres et effondrements d'empires rythment les r&#233;cits eschatologiques depuis la nuit des temps.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2838 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L152xH168/-1089-cf443.jpg?1782646822' width='152' height='168' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;D&lt;/span&gt;&lt;strong&gt;&#232;s l'Antiquit&#233;&lt;/strong&gt;, m&#234;me les philosophes les plus mat&#233;rialistes ne doutent pas de l'in&#233;luctabilit&#233; de la fin. &#171; &lt;i&gt;Ce serait une nouvelle n&#233;cessit&#233; pour toi de t'avouer vaincu, et de reconna&#238;tre que la terre et le ciel auront leur fin&lt;/i&gt; &#187;, argue d&#233;j&#224; Lucr&#232;ce au I&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; si&#232;cle avant J&#233;sus-Christ. &#171; &lt;i&gt;Peut-&#234;tre mes paroles seront-elles confirm&#233;es par l'&#233;v&#233;nement ; peut-&#234;tre un effroyable tremblement de terre t'apportera la preuve de l'&#233;croulement universel. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Philosophe sto&#239;cien, S&#233;n&#232;que c&#232;de &#233;galement au pessimisme, soulignant la pr&#233;carit&#233; du monde : &#171; &lt;i&gt; Un jour suffira pour l'engloutissement du genre humain ; ce qu'une longue indulgence de la fortune avait distingu&#233; et &#233;lev&#233; au-dessus du reste, la noblesse et la beaut&#233;, la puissance des grands peuples, tout sera an&#233;anti.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2835 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;58&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH670/-1088-4418d.jpg?1782646822' width='500' height='670' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Sc&#232;ne imag&#233;e par Albrecht D&#252;rer &#224; la fin du XV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle).
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;dig&#233;e au I&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;&lt;sup&gt;r&lt;/sup&gt; si&#232;cle apr&#232;s J.-C. et inspir&#233;e des d&#233;sordres de son temps, l'&lt;i&gt;Apocalypse selon Saint-Jean&lt;/i&gt; excelle &#224; foutre la p&#233;toche aux p&#232;lerins, avec sa multitude d'effets sp&#233;ciaux sid&#233;rants&lt;/strong&gt;. Menant l'arm&#233;e mal&#233;fique, la B&#234;te, grand dragon rouge &#224; sept t&#234;tes et dix cornes qui de sa queue entra&#238;nera le tiers des &#233;toiles du ciel avant de les jeter sur la terre. En bonus : l'arm&#233;e satanique de Gog et Magog dont le nombre &#233;galera le sable de la mer, la loterie du jugement dernier, des pluies de feu et de sang, ainsi que quatre anges exterminateurs et leurs cohortes de deux cents millions d'hommes qui tueront le tiers de l'humanit&#233;. De quoi nourrir une foultitude d'h&#233;r&#233;sies.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;i&gt;(Ci-dessus la sc&#232;ne imag&#233;e par Albrecht D&#252;rer &#224; la fin du XV&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle).&lt;/i&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Mais loin d'annoncer un an&#233;antissement d&#233;finitif, la plupart des mythologies et religions ont fait de la fin du monde la promesse d'une renaissance et d'une r&#233;g&#233;n&#233;ration, d'un nouvel &#226;ge d'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, le moine calabrais Joachim de Flore introduit ainsi une approche dialectique et &#233;mancipatrice : &#171; &lt;i&gt;Il y aura un temps o&#249; on vivra en esprit. Il durera jusqu'&#224; la fin du monde.&lt;/i&gt; (...) &lt;i&gt;Le premier r&#232;gne est l'&#226;ge de la servitude servile, le second de l'ob&#233;issance filiale, le troisi&#232;me de la libert&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ainsi que la r&#233;volte sociale a pu endosser le langage du mill&#233;narisme, entra&#238;nant pauvres et marginaux n'ayant plus rien &#224; perdre dans le sillage de proph&#232;tes exalt&#233;s : Dolciniens du Pi&#233;mont, taborites de Boh&#234;me, guerre des paysans allemands, anabaptistes de M&#252;nster. &#171; &lt;i&gt;De la fin du XI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle jusqu'&#224; la premi&#232;re moiti&#233; du XVI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'Europe vit &#224; plusieurs reprises les pauvres, d&#233;sireux d'am&#233;liorer leurs conditions de vie, m&#234;ler ce d&#233;sir au r&#234;ve chim&#233;rique d'un nouveau Paradis terrestre, d'un univers lib&#233;r&#233; de la souffrance et du mal, d'un Royaume des Saints&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit l'historien Norman Cohn dans &lt;i&gt;Les Fanatiques de l'Apocalypse&lt;/i&gt;, paru en 1957. Avant de poursuivre : &#171; &lt;i&gt;L'histoire de ces si&#232;cles est, bien entendu, parsem&#233;e de luttes innombrables entre les privil&#233;gi&#233;s et leurs inf&#233;rieurs : soul&#232;vements des villes contre leurs seigneurs, des artisans contre les n&#233;gociants capitalistes, des paysans contre les nobles. En r&#232;gle g&#233;n&#233;rale, ces soul&#232;vements ne se proposaient que des objectifs strictement limit&#233;s &#8211; obtention de certains privil&#232;ges, abolition de certaines injustices &#8211; ou alors il s'agissait d'explosions de fureur destructrice suscit&#233;es par la mis&#232;re pure et simple, et dont la Jacquerie constitue un exemple c&#233;l&#232;bre. Certains soul&#232;vements rev&#234;tirent toutefois une port&#233;e diff&#233;rente. Le Moyen &#194;ge avait h&#233;rit&#233; de l'Antiquit&#233; &#8211; des juifs et des chr&#233;tiens primitifs &#8211; une tradition proph&#233;tique qui connut un fantastique regain de vitalit&#233;. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Norman Cohn consid&#233;rait que ces courants pr&#233;figuraient les fureurs r&#233;volutionnaires modernes. Dans le m&#234;me temps, nombre d'h&#233;r&#233;sies s'&#233;tant livr&#233;es &#224; de sanglants pogroms, il estimait que dans certains cas leur fanatisme avait constitu&#233; une anticipation du totalitarisme nazi et de son Reich de mille ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cousin du christianisme, l'Islam a h&#233;rit&#233; de mythes communs&lt;/strong&gt;, notamment en mati&#232;re de mill&#233;narisme. Selon des hadiths du Coran, Issa (J&#233;sus), redescendra du ciel et viendra &#224; Damas &#171; &lt;i&gt;tuer le porc et briser la croix&lt;/i&gt; &#187;. Puis il combattra Gog et Magog avant de transpercer le Dajj&#226;l (Ant&#233;christ) avec sa lance.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2837 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;6&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH447/-1090-60097.jpg?1782773984' width='500' height='447' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;D.R.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;H&#233;ritier de cette tradition apocalyptique, Daech avait claironn&#233; l'imminence de la bataille de la fin des temps. Elle devait se tenir &#224; Dabiq, petite ville du nord de la Syrie o&#249; les arm&#233;es du Califat auraient d&#251; affronter les envahisseurs chr&#233;tiens. L'&#201;tat islamique avait d'ailleurs nomm&#233; sa revue de propagande &lt;i&gt;Dabiq&lt;/i&gt;. Pour l'instant, ce rendez-vous avec l'apocalypse a fait long feu. Ce n'est que partie remise, explique un article de &lt;i&gt;Slate &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; L'apocalypse pr&#233;vue par Daech n'a pas &#233;t&#233; annul&#233;e, juste retard&#233;e &#187;, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Dans une &#233;tude d&#233;sormais classique men&#233;e au milieu des ann&#233;es 1950, le psychologue Leon Festinger et ses coll&#232;gues montraient que lorsque des mouvements apocalyptiques ou messianiques d&#233;passaient la date de p&#233;remption pr&#233;vue par leurs croyances, leurs fid&#232;les &#233;taient loin d'&#234;tre d&#233;go&#251;t&#233;s par leur cause et, en r&#233;alit&#233;, gagnaient en d&#233;votion&lt;/i&gt; &#187;. On peut souffler, la fin du monde n'est toujours pas pour aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Mathieu L&#233;onard&lt;/strong&gt; &lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; &lt;a href=&#034;https://www.slate.fr/story/151451/apocalypse-daech-pas-annulee-juste-retardee-fin-du-monde?amp&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;L'apocalypse pr&#233;vue par Daech n'a pas &#233;t&#233; annul&#233;e, juste retard&#233;e&lt;/a&gt; &#187;,&lt;i&gt; Slate&lt;/i&gt;, 19 septembre 2017.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Poitiers, le mythe martel&#233;</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limit&#233; la port&#233;e de la bataille remport&#233;e par Charles Martel &#187;, qui, comme on le sait, a bout&#233; les Sarrazins hors du royaume des Francs en 732 &#224; Poitiers. Voil&#224; comment le com&#233;dien Lor&#224;nt Deutsch alimentait la th&#232;se d'un conflit permanent entre Islam et Occident dans un de ses best-sellers pseudo-historiques. Pour William Blanc et Christophe Naudin, historiens et auteurs de l'ouvrage Charles Martel et la bataille de Poitiers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no135-septembre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;135 (septembre 2015)&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limit&#233; la port&#233;e de la bataille remport&#233;e par Charles Martel&lt;/i&gt; &#187;, qui, comme on le sait, a bout&#233; les Sarrazins hors du royaume des Francs en 732 &#224; Poitiers. Voil&#224; comment le com&#233;dien Lor&#224;nt Deutsch alimentait la th&#232;se d'un conflit permanent entre Islam et Occident dans un de ses best-sellers pseudo-historiques. Pour William Blanc et Christophe Naudin, historiens et auteurs de l'ouvrage &lt;i&gt;Charles Martel et la bataille de Poitiers&lt;/i&gt; (&#233;ditions Libertalia, 2015) la place de Poitiers dans le roman national n'est pas si franche que &#231;a, mais, en revanche, son instrumentalisation politique est f&#226;cheuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH586/-332-d14b6.jpg?1782641382' width='400' height='586' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre ouvrage, vous vous attaquez &#224; la figure de Charles Martel en tant que h&#233;ros du roman national. Quelles ont &#233;t&#233; les grandes lignes du processus de la r&#233;cup&#233;ration politique de la bataille de Poitiers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut bien comprendre qu'on sait bien peu de choses sur cette bataille de 732, ce qui a favoris&#233;, au fil des &#233;poques, des interpr&#233;tations, souvent tr&#232;s fantaisistes. L'&#233;v&#233;nement et le personnage qui lui est associ&#233;, Charles Martel, ont &#233;t&#233;, au Moyen &#226;ge, presque oubli&#233;s, sauf par les eccl&#233;siastiques qui ont diffus&#233; une l&#233;gende noire du maire du palais d'Austrasie&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus hauts dignitaires, apr&#232;s le roi, des royaumes francs, qui se divisent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : Charles, selon eux, br&#251;le en enfer, car il a spoli&#233; les biens de l'&#201;glise. Il faut attendre le XIXe si&#232;cle et Chateaubriand pour que l'image de Charles Martel d&#233;fenseur de la chr&#233;tient&#233; soit popularis&#233;e. Encore cela s'explique-t-il par le contexte de l'&#233;poque. Chateaubriand &#233;crit en r&#233;action&#8200;&#8211; dans tous les sens du terme&#8200;&#8211; aux Lumi&#232;res. Nombre de philosophes du XVIIIe si&#232;cle, Voltaire en t&#234;te, avaient en effet une vision tr&#232;s id&#233;alis&#233;e de l'islam et pensaient que la victoire de Charles Martel en 732 avait &#233;t&#233; une catastrophe plongeant l'Occident dans les si&#232;cles obscurs du Moyen &#226;ge chr&#233;tien. Chateaubriand veut au contraire montrer que le catholicisme est un facteur de progr&#232;s et il analyse la bataille de Poitiers &#224; l'aune de ce pr&#233;suppos&#233; : Charles Martel, en gagnant, a sauv&#233; non seulement la chr&#233;tient&#233;, mais a aussi emp&#234;ch&#233; la propagation du despotisme. L'&#233;crivain voit en effet les pays musulmans, et particuli&#232;rement l'Empire ottoman, comme des territoires o&#249; ne r&#232;gnent que l'oppression et la terreur. Il n'aura ainsi de cesse, au nom de la &#171; libert&#233; &#187;, de soutenir les projets coloniaux et la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie. Ce n'est pas un hasard si une des rares peintures consacr&#233;es &#224; la bataille de Poitiers, command&#233;e en 1834 par le roi Louis-Philippe, &#233;voque plus, dans son d&#233;cor, un paysage du Maghreb que la vall&#233;e de la Vienne o&#249; s'est d&#233;roul&#233; l'affrontement en 732.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ni la bataille de Poitiers ni Charles Martel ne deviendront aussi populaires que Jeanne d'Arc, Saint Louis, Du Guesclin ou Louis&#8200;XI auxquels ont &#233;t&#233; consacr&#233;s nombre de livres, de peintures, mais aussi de sculptures &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Nous avons m&#234;me &#233;t&#233; frapp&#233;s de constater que certains manuels scolaires parmi les plus diffus&#233;s de la IIIe R&#233;publique, comme le &lt;i&gt;Petit Lavisse&lt;/i&gt;, ne parlent pas de l'&#233;v&#233;nement de 732. Cela ne veut pas dire que Charles Martel a &#233;t&#233; oubli&#233;, mais simplement qu'il &#233;tait une figure secondaire dans le roman national, ce r&#233;cit mythifi&#233; de la France que l'on apprenait &#224; l'&#233;cole. Les r&#233;sultats des sondages effectu&#233;s plusieurs fois depuis la fin des ann&#233;es 1940 vont dans ce sens : &#224; la question de savoir qui est leur personnage historique pr&#233;f&#233;r&#233;, les sond&#233;s omettent syst&#233;matiquement de citer le vainqueur de Poitiers. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A rebours d'une simplification courante, vous signalez l'admiration qu'ont pu exercer le nationalisme arabe et l'islamisme sur une partie de l'extr&#234;me droite, sans que cela ne contredise son discours antimaghr&#233;bin. Quelle place cette fascination exerce-t-elle encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Orient a longtemps fascin&#233; dans les rangs de l'extr&#234;me droite. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, nombre d'auteurs r&#233;actionnaires pr&#233;f&#232;rent le monde arabe qui, selon eux, a su garder ses traditions, &#224; la France devenue d&#233;mocratique donc d&#233;cadente. Ainsi, un romancier comme Claude Farr&#232;re, officier de marine de son &#233;tat et futur p&#233;tainiste, regrette la victoire de Charles Martel. D'autres, comme le m&#233;decin Ren&#233; Martial, affirment dans les ann&#233;es 1930 que la race fran&#231;aise a b&#233;n&#233;fici&#233; des apports des populations arabes et surtout berb&#232;res venues en Gaule au VIIIe si&#232;cle. Cette id&#233;e&#8200;&#8211; fausse, il n'y a jamais eu d'implantation massive de population maghr&#233;bine &#224; cette &#233;poque-l&#224;&#8200;&#8211; vise surtout &#224; promouvoir l'id&#233;e d'un empire fran&#231;ais capable d'assimiler les indig&#232;nes des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1985, dans le magazine &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments&lt;/i&gt; proche du GRECE (Groupement de recherche et d'&#233;tudes pour la civilisation europ&#233;enne), des hommes comme Pierre Vial affirment que la bataille de Poitiers a suscit&#233; une &#171; &lt;i&gt;iconographie d&#233;moniaque&lt;/i&gt; &#187; &#224; cause de &#171; &lt;i&gt;la m&#233;connaissance de la civilisation arabo-musulmane&lt;/i&gt; &#187;. Dans leur esprit, la culture&#8200;&#8211; comprendre la race&#8200;&#8211; europ&#233;enne est menac&#233;e par le multiculturalisme&#8200;&#8211; comprendre par les Juifs&#8200;&#8211;&#8200;dont le mod&#232;le viendrait des &#201;tats-Unis. Pour survivre, elle doit trouver d'autres cultures avec qui s'allier, et, parmi elles, la culture arabo-islamique. Cette vision g&#233;opolitique explique que nombre de militants nationalistes sont fascin&#233;s par les r&#233;gimes nationalistes arabes autoritaires, mais aussi par les courants islamistes, d&#233;crits en 1994 par le futur maire FN de Toulon Jean-Marie Le Chevallier, comme faisant partie du &#171; &lt;i&gt;grand &#233;lan identitaire qui parcourt la plan&#232;te&lt;/i&gt; &#187;. Dans ces conditions, on comprend que la bataille de Poitiers et Charles Martel n'aient &#233;t&#233; que rarement &#233;voqu&#233;s par les courants d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela change en 1999, avec la guerre du Kosovo, qui voit les &#201;tats-Unis pr&#234;ter main forte aux musulmans kosovars contre les Serbes. &#192; partir de ce moment-l&#224;, l'extr&#234;me droite modifie en profondeur sa vision du monde, &#224; commencer par ceux qui formeront les identitaires. Pour eux, l'ennemi devient l'Islam et son &#171; alli&#233; am&#233;ricain &#187;. La bataille de Poitiers conna&#238;t alors un regain d'int&#233;r&#234;t. Bruno M&#233;gret, qui vient de quitter le FN pour fonder le MNR (Mouvement national r&#233;publicain), va &#234;tre l'un des premiers &#224; l'invoquer, en allant notamment sur le site pr&#233;sum&#233; de la bataille pour la c&#233;l&#233;brer. Depuis, la figure de Charles Martel est in&#233;vitable au sein de l'extr&#234;me droite et seuls les nationalistes r&#233;volutionnaires ou les proches de Soral et &#173;Dieudonn&#233;, pour qui l'adversaire principal n'est pas musulman, mais juif, se retrouvent sur une ligne islamophile. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH578/-333-4322d.jpg?1782641309' width='400' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#232;se de votre livre a d&#251; faire grincer beaucoup de dents, compte tenu du tonitruant retour de l'histoire nationale&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu. Sur Twitter, Fabrice Robert, responsable du Bloc identitaire, nous a pris &#224; partie. Nous remarquons surtout que ces derniers mois la figure de Charles Martel est de plus en plus &#233;voqu&#233;e par l'extr&#234;me droite. Plusieurs groupes&#8200;&#8211;&#8200;dont les identitaires&#8200;&#8211; ont organis&#233; le 7 juin 2015 les rencontres Charles Martel non loin de Poitiers. Plus r&#233;cemment, Marion Mar&#233;chal Le Pen a &#233;voqu&#233; le 5 juillet la &#171; &lt;i&gt;r&#233;sistance des princes proven&#231;aux face &#224; l'invasion sarrasine&lt;/i&gt; &#187; en m&#234;me temps qu'elle vient d'admettre un des patrons du Bloc Identitaire, Philippe Vardon&#8200;&#8211; qui avait organis&#233; l'occupation de la mosqu&#233;e de Poitiers en 2012 pour c&#233;l&#233;brer la victoire de Charles Martel&#8200;&#8211;, dans sa liste pour les r&#233;gionales. Dresser un parall&#232;le entre 732 et la situation contemporaine permet de dire implicitement que la France serait sous le coup d'une invasion militaire (mais souterraine) et que chaque Fran&#231;ais musulman (ou suppos&#233; tel) serait un soldat en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note n&#233;anmoins que le FN de Marine Le Pen et Florian Philippot n'a pas encore franchi le pas et ne consacre pas des &#233;v&#233;nements officiels sous le patronage de la figure de Charles Martel. Le parti lui pr&#233;f&#232;re pour l'instant des personnages historiques plus consensuels, comme Jeanne d'Arc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus hauts dignitaires, apr&#232;s le roi, des royaumes francs, qui se divisent alors entre la Neustrie, l'Austrasie (nord-est de la France actuelle jusqu'aux bassins moyen et inf&#233;rieur du Rhin) et la Bourgogne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>&#171; La pente naturelle de la machine consiste &#224; rendre impossible toute vie humaine authentique &#187; (Orwell)</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/La-pente-naturelle-de-la-machine</link>
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		<dc:date>2014-04-10T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Osez critiquer publiquement la technologie et vous vous retrouverez qualifi&#233; d'obscurantiste, de nostalgique de la bougie et de l'&#226;ge des cavernes, d'antihumaniste, voire de p&#233;tainiste nostalgique du &#171; retour &#224; la terre &#187;. Le philosophe G&#252;nter Anders pr&#233;disait &#171; une mort intellectuelle, sociale ou m&#233;diatique &#187; &#224; ceux qui encourent ce risque. Or force est de constater que la technocratie qui r&#232;gne sur le monde, d&#233;di&#233;e int&#233;gralement &#224; l'efficacit&#233;, a effectivement &#224; voir avec un processus de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Plonk-et-Replonk" rel="tag"&gt;Plonk et Replonk&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/trajectoires-techniques" rel="tag"&gt;trajectoires techniques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Osez critiquer publiquement la technologie et vous vous retrouverez qualifi&#233; d'obscurantiste, de nostalgique de la bougie et de l'&#226;ge des cavernes, d'antihumaniste, voire de p&#233;tainiste nostalgique du &#171; retour &#224; la terre &#187;. Le philosophe G&#252;nter Anders pr&#233;disait &#171; &lt;i&gt;une mort intellectuelle, sociale ou m&#233;diatique&lt;/i&gt; &#187; &#224; ceux qui encourent ce risque. Or force est de constater que la technocratie qui r&#232;gne sur le monde, d&#233;di&#233;e int&#233;gralement &#224; l'efficacit&#233;, a effectivement &#224; voir avec un processus de domination totalitaire auquel l'homme est sans cesse condamn&#233; &#224; s'adapter. Dans un ouvrage synth&#233;tique, intitul&#233; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.editionsladecouverte.fr/catalogue/index-Technocritiques-9782707178237.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Technocritiques, Du refus des machines &#224; la contestation des technosciences&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; (&#233;ditions La D&#233;couverte, 2014), l'historien Fran&#231;ois Jarrige retrace le fil politique des oppositions sociales et intellectuelles aux changements techniques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On y croise luddites et paysans r&#233;fractaires, mais aussi un Rousseau qui refuse de croire en la lib&#233;ration du travail par la technique et propose de &#171; &lt;i&gt;proscrire avec soin toute machine qui peut abr&#233;ger le travail &lt;/i&gt; &#187; ; un Charles Fourier, annonciateur du d&#233;r&#232;glement climatique ; un Gandhi lecteur de William Morris, John Ruskin et Tolsto&#239; ; et aussi Jacques Ellul, les penseurs de la d&#233;croissance ou encore nos camarades de &lt;a href=&#034;http://www.piecesetmaindoeuvre.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pi&#232;ces et main-d'&#339;uvre&lt;/a&gt; (PMO).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Discussion avec l'auteur autour de ces r&#233;sistances qui refusent d'abdiquer face &#224; la captation du futur par la technique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Qu'est-ce qui t'a port&#233; vers cet objet de recherche ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_984 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH621/p10-technocritiques-135fe.jpg?1782642025' width='400' height='621' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;&lt;strong&gt;Fran&#231;ois Jarrige :&lt;/strong&gt; La question des oppositions et des r&#233;sistances aux changements techniques m'int&#233;resse depuis longtemps. Ma th&#232;se de doctorat portait sur les ouvriers briseurs de machines au d&#233;but du XIXe si&#232;cle. Comme tout objet de recherche, le sujet du livre est au carrefour de plusieurs influences scientifiques, universitaires ou plus personnelles. J'appartiens &#224; une g&#233;n&#233;ration n&#233;e en m&#234;me temps que le nouveau milieu technique qui &#233;merge &#224; partir des ann&#233;es 1970 &#8211; model&#233; par l'informatique et les biotechnologies &#8211; or la rapidit&#233; du processus et la prolif&#233;ration des discours enthousiastes ne cessent de m'intriguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue historiographique, je me place sous la tutelle de l'historien Edward P. Thompson, c'est-&#224;-dire celle d'une histoire sociale &#171; par en bas &#187;, qui se veut compr&#233;hensive &#224; l'&#233;gard des acteurs, qui essaye d'aller au-del&#224; de ce que Thompson appelait la &#171; &lt;i&gt;condescendance de la post&#233;rit&#233;&lt;/i&gt; &#187; &#8211; ce m&#233;pris que nous, qui pensons &#234;tre au sommet de l'&#233;volution, portons sur les acteurs du pass&#233;. C'est aussi en m'int&#233;ressant aux travaux des socio-anthropologues des techniques, comme Alain Gras, que j'ai commenc&#233; &#224; r&#233;fl&#233;chir &#224; la fa&#231;on dont les soci&#233;t&#233;s pass&#233;es pensaient leur rapport aux techniques. Les historiens, de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, se d&#233;sint&#233;ressent de ce domaine, parce qu'il p&#232;se dessus la m&#233;fiance associ&#233;e au &#171; d&#233;terminisme technique &#187;, qui voudrait ramener toute explication de la soci&#233;t&#233; &#224; la technique qui dominerait tout. Or, je pense qu'on ne peut pas la mettre de c&#244;t&#233;, car elle fa&#231;onne, sans le d&#233;terminer enti&#232;rement, le champ des possibles de nos actions, de notre rapport au monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ta mise en perspective du rapport &#224; la technique nous fait saisir l'anciennet&#233; du d&#233;bat philosophique : l'homme se sert-il de la machine ou sert-il la machine ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je crois qu'il y a un probl&#232;me dans le discours philosophique sur la technique, c'est qu'il en fait une abstraction, d&#233;tach&#233;e des rapports sociaux, beaucoup de penseurs ont &#233;labor&#233; une ontologie de la technique en lien avec une r&#233;flexion sur la nature de l'homme. Dans mon livre, j'ai plut&#244;t essay&#233; de relier les discours et actions critiques &#224; leur &#233;poque. Le r&#244;le qu'on accorde &#224; la technique, comme le langage pour d&#233;signer ce qu'on appelle aujourd'hui technique, ne sont pas des invariants historiques. Ainsi le terme &#171; technique &#187; comme cat&#233;gorie abstraite, tel qu'on l'entend aujourd'hui, n'&#233;merge qu'au XVIIIe si&#232;cle. &#201;tymologiquement, la technique d&#233;signe l'art et &#171; l'habilet&#233; &#224; faire quelque chose &#187;, mais ce n'est qu'au XIXe si&#232;cle qu'apparaissent r&#233;ellement les significations actuelles associant la technique &#224; l'activit&#233; productive et &#224; la manipulation de l'environnement. Les termes &#171; machine &#187; et &#171; machinisme &#187; envahissent le discours au XIXe si&#232;cle. Apr&#232;s 1945, la notion de machine ne suffit plus pour d&#233;signer la prolif&#233;ration des objets et des produits industriels, donc on a forg&#233; le n&#233;ologisme &#171; technoscience &#187;, c'est-&#224;-dire un nouveau stade de la technique, qui ferait alliance avec les dispositifs de la science, des laboratoires et de l'industrie. Donc, je ne me situe pas dans une dialectique g&#233;n&#233;rale d'opposition pure entre l'homme et la machine. M&#234;me chez Ellul, ce qui est contest&#233; en premier lieu, c'est la technique moderne, fabriqu&#233;e par le grand capitalisme et sa sacralisation. J'essaie de d&#233;crire comment des acteurs sociaux, paysans ou ouvriers, et des intellectuels ont protest&#233; contre des trajectoires techniques, parce qu'ils y voyaient d'abord des formes d'exploitation, d'in&#233;galit&#233;s, de remises en cause de leur mode de vie, de dangers pour l'environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs tu nuances l'id&#233;e re&#231;ue sur le mouvement luddite consid&#233;r&#233; comme une r&#233;volte contre la m&#233;canisation. Tu &#233;cris : &#171; &lt;i&gt;Les travailleurs des d&#233;buts de l'&#232;re industrielle ne se sont pas oppos&#233;s au machinisme naissant au nom d'une suppos&#233;e misotechnie ou d'un refus obscurantiste du progr&#232;s, ils se sont oppos&#233;s &#224; des &#8220;trajectoires technologiques&#8221; qui mena&#231;aient d'accentuer la discipline et d'&#233;roder le contr&#244;le qu'ils d&#233;tenaient sur leur savoir-faire et sur l'organisation du travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas des luddites, ce mouvement de briseurs de machines anglais des ann&#233;es 1811-1812, a frapp&#233; les contemporains qui voyaient dans la &#171; r&#233;volution industrielle &#187; une promesse consid&#233;rable en termes de lib&#233;ration de la productivit&#233;. En r&#233;alit&#233;, c'est un ph&#233;nom&#232;ne complexe qui s'inscrit dans un contexte social de crise frumentaire, de hausse du ch&#244;mage, de lois r&#233;pressives, etc. Alors que les industriels cherchaient &#224; discipliner la main-d'&#339;uvre, la machine devient un symbole de cette lutte. De m&#234;me, le monde agricole du XIXe si&#232;cle a &#233;t&#233; structurellement r&#233;calcitrant &#224; toute une s&#233;rie d'innovations, y compris pour des outils aussi simples que la faux, qui mit du temps &#224; remplacer la faucille. Cette opposition des paysans a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233;e comme une r&#233;action de &#171; routine instinctive &#187;, de conservatisme atavique de paysans arri&#233;r&#233;s. Or, si on s'int&#233;resse au contexte social, &#224; l'organisation du travail et &#224; la sociabilit&#233; des campagnes, on s'aper&#231;oit qu'ils avaient d'excellentes raisons de protester. Mais ces raisons n'&#233;taient pas prises en compte par ceux qui avaient le monopole de la parole dans l'espace public, qu'ils soient experts ou observateurs sociaux. Aujourd'hui encore, dans les th&#233;ories du management, on mobilise le terme de &#171; routine &#187; pour d&#233;signer le conservatisme &#224; l'&#233;gard de toute &#171; modernisation &#187; ou modification des pratiques de travail. Avec ce type de vocabulaire, on n'explique rien sauf &#224; vouloir d&#233;l&#233;gitimer la d&#233;fense de modes de vie &#233;minemment respectables au demeurant.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_983 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH352/p10-luddites-b0718.jpg?1782642025' width='400' height='352' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'ailleurs, tu constates qu'au XIXe si&#232;cle, au moment o&#249; les griefs s'accumulent contre les ravages de l'industrialisation, les d&#233;g&#226;ts de la chimie, les accidents m&#233;caniques, la d&#233;gradation de l'environnement, &#171; &lt;i&gt;les nouvelles logiques industrielles tendent &#224; acclimater les dangers en les rendant acceptables au nom du progr&#232;s de la nation&lt;/i&gt; &#187;. &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me du risque, qu'on pense &#234;tre une notion r&#233;cente, est pr&#233;sent d&#232;s le d&#233;but du XIXe si&#232;cle, comme l'ont montr&#233; notamment les historiens Jean-Baptiste Fressoz ou Thomas Le Roux. Contrairement &#224; la vision dominante, et rassurante, selon laquelle notre monde serait enfin devenu conscient de ses d&#233;rives et de ses fragilit&#233;s, notamment &#224; l'&#233;gard des ravages des choix techniques pass&#233;s, l'histoire montre plut&#244;t une technicisation croissante en d&#233;pit des multiples critiques et mises en garde, toujours repouss&#233;es comme catastrophistes ou trop pessimistes. Il a exist&#233; de multiples fa&#231;ons d'acclimater les technologies dangereuses et contest&#233;es depuis deux si&#232;cles en d&#233;pit de la conscience de leur risque. En France, le d&#233;cret de 1810 cr&#233;e par exemple le cadre l&#233;gislatif autorisant l'installation administrative d'entreprises polluantes. Vers 1840, face aux critiques qui mettaient en cause les proc&#233;d&#233;s de fabrication dangereux et insalubres pour la sant&#233; des ouvriers, les hygi&#233;nistes expliquaient que c'&#233;tait d'abord le mode de vie des classes populaires, l'alcoolisme, etc. qui &#233;taient les vraies causes des maladies. Ainsi, il fallait moraliser le peuple plut&#244;t que transformer l'appareil de production. Ce que la sociologue Sezin Top&#231;u, qui a &#233;tudi&#233; les contestations du nucl&#233;aire, appelle le &#171; &lt;i&gt;gouvernement de la critique&lt;/i&gt; &#187; n'a cess&#233; d'accompagner les trajectoires techniques dangereuses depuis deux si&#232;cles. Les critiques et les opposants n'ont cess&#233; d'&#234;tre repouss&#233;s au moyen de multiples instruments policiers, juridiques ou discursifs ; d'&#234;tre peints comme de dangereux technophobes nostalgiques et frileux, l&#224; o&#249; les promoteurs des derni&#232;res technologies sont d&#233;crits immanquablement comme des h&#233;ros apportant le &#171; progr&#232;s &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lors des &#233;meutes de Roubaix en mars 1867, 20 000 tisserands se soul&#232;vent contre l'arriv&#233;e de m&#233;tiers perfectionn&#233;s &#8211; qui r&#233;duisaient la main-d'&#339;uvre, augmentaient les cadences, diminuaient les salaires et introduisaient un r&#232;glement disciplinaire et un syst&#232;me d'amendes &#8211;, les membres de l'Internationale les exhortent &#224; respecter les machines : &#171; &lt;i&gt; Ouvriers de Roubaix, quels que soient vos justes griefs, rien ne peut justifier les actes de destruction dont vous vous &#234;tes rendus coupables. Songez que la machine, instrument de travail, doit vous &#234;tre sacr&#233;e ; songez que de pareilles violences compromettent votre cause et celle de tous les travailleurs.&lt;/i&gt; &#187; D'une mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, peut-on dire que le mouvement ouvrier organis&#233; a plut&#244;t accompagn&#233; le progr&#232;s industriel et technologique ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut distinguer les acteurs ordinaires, les ouvriers d'en bas, et les discours &#233;manant de leurs porte-parole et des organisations socialistes et syndicales. La critique des machines qui &#233;tait tr&#232;s large au d&#233;but du XIXe si&#232;cle a peu &#224; peu &#233;t&#233; marginalis&#233;e comme un type de critique sociale ill&#233;gitime. Une des nombreuses raisons est la qu&#234;te de respectabilit&#233; du mouvement ouvrier naissant. Lorsque les membres de l'AIT&lt;a href=&#034;#nb5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Association internationale des travailleurs.&#034; id=&#034;nh5-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; disent aux ouvriers &#171; &lt;i&gt;Ne cassez pas les machines !&lt;/i&gt; &#187;, c'est en fait un message adress&#233; &#224; la bourgeoisie pour dire &#171; &lt;i&gt;nous sommes responsables et nous sommes vos interlocuteurs&lt;/i&gt; &#187;. Pour autant la critique de la technologie est omnipr&#233;sente dans le mouvement ouvrier et dans les conflits &#224; la base. Mais ce qui est d'abord condamn&#233;, ce sont les usages capitalistes de la machine. L'id&#233;e qui va s'imposer chez les socialistes et ailleurs, c'est que la technique est neutre et que seules comptent les conditions sociales de son utilisation. L'un des grands arguments du syndicalisme, c'est de vouloir mettre la machine et les progr&#232;s techniques, non plus au service du profit et du patronat, mais au service de l'&#233;mancipation et de la collectivit&#233;. &#192; cet &#233;gard, le mouvement syndical a co-construit le monde industriel, et on peut dire qu'il est parvenu au XXe si&#232;cle &#224; modeler certaines conditions d'utilisation des techniques en permettant d'en att&#233;nuer les dangers dans un certain nombre de cas : mises en place de normes, de r&#232;gles de travail, de protection. Mais le contrecoup de cela, c'est la d&#233;politisation de l'objet technique, ramen&#233;e &#224; une sorte d'angle mort de la r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cela explique en partie la difficult&#233; de cat&#233;gorisation politique des &#171; technocritiques &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En gros, la question qui revient constamment est : &#171; La technocritique est-elle r&#233;actionnaire ou progressiste ? &#187; Dans l'&#233;tat du discours public et l'imaginaire social actuel, poser la question c'est d&#233;j&#224; consid&#233;rer la critique des techniques comme r&#233;actionnaire &#8211; reste &#224; savoir ce que recouvre la notion tr&#232;s probl&#233;matique de &#171; la r&#233;action &#187;, qui est h&#233;rit&#233;e de la lutte entre l'Ancien R&#233;gime et la R&#233;volution. Or, les discours technocritiques ont souvent &#233;t&#233; port&#233;s par des discours &#233;mancipateurs et &#233;galitaires. Il existe aussi des penseurs traditionnalistes, catholiques, comme Louis Veuillot, qui avaient horreur des machines, symboles de la modernit&#233;, de la m&#234;me mani&#232;re qu'ils avaient en horreur la d&#233;mocratie ou le prol&#233;tariat dans lesquels ils voyaient la remise en cause de l'ordre ancien. Toutefois, le r&#233;el int&#233;r&#234;t de penser la technocritique, c'est de d&#233;caler le regard par rapport aux cat&#233;gories politiques classiques. On constate d'ailleurs aujourd'hui &#224; quel point la dialectique gauche-droite est simpliste, quand on voit la similitude entre les politiques de gauche et de droite. &#192; cet &#233;gard, l'av&#232;nement de l'&#233;cologie politique a jou&#233; un r&#244;le important comme reconfiguration du champ politique en int&#233;grant &#224; la r&#233;flexion sociale une pr&#233;occupation environnementale &#8211; qui est &#233;galement tr&#232;s largement une question sociale. Par ailleurs, la mont&#233;e de l'&#233;cologie politique a contribu&#233; &#224; repenser et &#224; repolitiser la technique, avec les d&#233;bats dans les ann&#233;es 1970, port&#233;s par Ivan Illich ou Lewis Mumford&lt;a href=&#034;#nb5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Au sujet de Lewis Mumford, lire l'article de Fran&#231;ois Jarrige dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, sur les technologies &#171; alternatives &#187; ou &#171; douces &#187;, d&#233;coupl&#233;es des conditions capitalistes de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour revenir &#224; l'apog&#233;e de l'id&#233;ologie de la technoscience, le slogan de l'Exposition universelle de Chicago en 1933 : &#171; &lt;i&gt; La science trouve, l'industrie applique, l'homme s'adapte&lt;/i&gt; &#187;, ne dit-il pas tout de l'aspect totalitaire de cette id&#233;ologie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Magnifique (rires). Les ann&#233;es 1930 sont en effet un moment de cadrage modernisateur o&#249; la technologie devient un ciment identitaire aux &#201;tats-Unis, plus qu'en Europe, avec la g&#233;n&#233;ralisation de l'automobile, la radio, les gratte-ciel, etc. Le mot &#171; machine &#187; est omnipr&#233;sent &#8211; Le Corbusier parle des &#171; &lt;i&gt;machines &#224; habiter&lt;/i&gt; &#187; pour qualifier son projet architectural, on pense au film de Chaplin &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=lU46H9Tn7RQ&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Les Temps modernes&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;, etc. &#8211;, c'est aussi un moment de remise en cause radicale du monde industriel et technologique. On trouve donc cette remise en cause chez des penseurs comme Simone Weil ou George Orwell qui affirmait &#224; cette &#233;poque que &#171; &lt;i&gt; la pente naturelle de la machine consiste &#224; rendre impossible toute vie humaine authentique&lt;/i&gt; &#187;. La grande crise de 1929 va contribuer &#224; cette d&#233;fiance vis-&#224;-vis de la promesse d'abondance sur laquelle repose la technologie. Les deux guerres mondiales vont &#234;tre interpr&#233;t&#233;es aussi comme de formidables moments de d&#233;mesure technologique : la premi&#232;re guerre mondiale impulse les avions, l'artillerie lourde, la chimie, l'industrie des transports, etc. En r&#233;action les discours des entrepreneurs de technologies affirment que s'il y a crise c'est que la soci&#233;t&#233; ne s'adapte pas assez vite. D'une certaine mani&#232;re la psychologie et les sciences sociales vont &#234;tre mises au service de cette adaptation. On affirme que la technique est neutre et in&#233;luctable, qu'il ne s'agit pas d'adapter la technique aux hommes mais d'adapter les hommes &#224; la technique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_985 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH349/p10-usine-plonk-cqfd119-26c16.jpg?1782642025' width='500' height='349' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu parlais d'Orwell, on pourrait aussi voir dans les r&#233;cits dystopiques des proph&#233;ties apocalyptiques qui contribuent &#224; d&#233;moraliser les derniers espoirs d'&#233;mancipation.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le discours apocalyptique de la perte de contr&#244;le sur la technologie est un th&#232;me structurant de la technocritique ; il appara&#238;t d&#232;s le milieu du XIXe si&#232;cle. Je vois dans cette tradition litt&#233;raire pessimiste une sorte de sid&#233;ration face au devenir du monde, m&#234;me si les auteurs sont tr&#232;s divers, ils agissent comme des lanceurs d'alerte. Leur fonction est justement d'&#234;tre le miroir invers&#233; des discours technoproph&#233;tiques qui, eux, apparaissent normaux et l&#233;gitimes. Depuis le milieu du XIXe si&#232;cle, on investit la technique &#8211; le train, le t&#233;l&#233;graphe, l'automobile, le nucl&#233;aire, les OGM, le num&#233;rique &#8211; des m&#234;mes possibilit&#233;s formidables : la paix dans le monde, la disparition de la faim, l'entente universelle, etc. Et aujourd'hui, cette propagande est omnipr&#233;sente dans la pub, dans les m&#233;dias, dans le discours marketing comme dans le discours politique. La technologie reste fascinante pour les hommes politiques car elle leur permet d'&#233;viter de penser ! Il suffit de s'en remettre aux promesses de la technologie : on va &#233;quiper toutes les &#233;coles en tablettes et il n'y aura plus besoin de penser la crise de l'&#233;cole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#192; l'&#232;re de la consommation de masse, la technologie s'est introduite de fa&#231;on tentaculaire et &#224; un rythme in&#233;dit dans tous les espaces de la vie sociale. G&#252;nter Anders disait que la &#171; &lt;i&gt;gr&#232;ve priv&#233;e&lt;/i&gt; &#187; ne changera rien &#224; la colonisation par des faux besoins technologiques, dont on se passait merveilleusement il y a vingt ans&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mani&#232;re de poser une question centrale aujourd'hui : o&#249; se situent les formes de r&#233;sistance collective ? D'une certaine mani&#232;re, le syndicalisme a &#233;t&#233; une force historique &#8211; certes imparfaite et inaboutie &#8211; de n&#233;gociation et de fa&#231;onnement des trajectoires techniques. Aujourd'hui il y a tout un courant sur la d&#233;connexion volontaire face &#224; la saturation du num&#233;rique. Dans la perspective d'Anders, ce genre d'action individuelle, c'est du pipeau. C'est au contraire une mani&#232;re de dire : regardez, vous avez le choix de vous connecter ou pas. Toujours le th&#232;me de la neutralit&#233; ou du m&#233;susage des techniques. De m&#234;me &#224; la croyance des hackers en leur capacit&#233; &#224; subvertir la technique, on opposera facilement l'argument qu'il faut &#234;tre soi-m&#234;me un formidable technicien. Or, m&#234;me si l'on vit dans un monde hypertechnologique, c'est aussi un monde o&#249; la plupart des gens ne ma&#238;trisent pas la technique. &#201;videmment, on n'a pas le choix ! Car la technologie fa&#231;onne le monde et ses trajectoires sont model&#233;es plus que jamais par des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques et politiques gigantesques et hyper-concentr&#233;s. On est dans un processus d'adaptation massive &#224; un rythme acc&#233;l&#233;r&#233;. Aujourd'hui, dans un cadre mondialis&#233;, il n'y a plus d'espace politique d'intervention possible, d'autant que tous les pouvoirs &#8211; l'&#201;tat ou les institutions internationales &#8211; s'en remettent &#224; la technologie comme solution &#224; tous nos probl&#232;mes. A contrario, un des arguments majeurs de la technocritique actuelle, &#224; l'&#232;re de l'anthropoc&#232;ne, c'est justement la mise en avant des limites environnementales aux trajectoires technologiques en cours, comme le num&#233;rique, qui demandent une mobilisation de mati&#232;res premi&#232;res et d'&#233;nergies consid&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Paradoxalement, le discours actuel pr&#233;tend que la soci&#233;t&#233; technicienne est une soci&#233;t&#233; extr&#234;mement fragile et vuln&#233;rable, sentiment renforc&#233; par la notion de risque et le principe de pr&#233;caution.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis une trentaine d'ann&#233;es, les mobilisations qui mettent la technoscience au c&#339;ur de leur lutte tendent &#224; s'accro&#238;tre : opposition &#224; de grands projets industriels, lutte anti-OGM, refus des technologies s&#233;curitaires, etc. Ce ne sont pas des mouvements &#171; technophobes &#187; stricto sensu et ils peuvent rassembler des &#233;l&#233;ments tr&#232;s h&#233;t&#233;roclites : des militants politiques, des riverains contre les nuisances (pollution, risques) ou des mouvements plus professionnels (&#233;leveurs contre le pu&#231;age de leurs brebis). Ces luttes s'accompagnent d'une remise en cause de la figure de l'expert et du technicien, d'o&#249; l'inqui&#233;tude des autorit&#233;s scientifiques, industrielles et politiques. C'est fascinant de constater &#224; quel point ces pouvoirs gigantesques s'inqui&#232;tent de l'influence de groupes technocritiques marginaux. Certains ont &#233;t&#233; jusqu'&#224; se fendre r&#233;cemment d'une tribune pour se plaindre de l'opposition grandissante de la soci&#233;t&#233; fran&#231;aise aux technologies&lt;a href=&#034;#nb5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Cf. &#171; La France a besoin de scientifiques techniciens &#187; par Robert Badinter, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Alors que dans les faits la critique de la technoscience se heurte imm&#233;diatement &#224; la disqualification et &#224; la r&#233;pression avec tout le discours sur l'&#233;coterrorisme. On construit un spectre : le technophobe qui menacerait la civilisation. Parall&#232;lement, les &#201;tats essaient de multiplier les dispositifs d'acceptabilit&#233; des produits technologiques. Cela confirme &#224; mon sens la d&#233;monstration que la technique est int&#233;gralement un ph&#233;nom&#232;ne politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_986 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH371/p10-plonk--timbreur-timbre_-8951f.jpg?1782642025' width='500' height='371' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Plonk et Replonk.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb5-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Association internationale des travailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Au sujet de Lewis Mumford, lire l'article de Fran&#231;ois Jarrige dans &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lechappee.org/radicalite&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Radicalit&#233;&lt;/a&gt;, 20 penseurs vraiment critiques&lt;/i&gt;, L'&#233;chapp&#233;e, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Cf. &#171; La France a besoin de scientifiques techniciens &#187; par Robert Badinter, Jean-Pierre Chev&#232;nement, Alain Jupp&#233; et Michel Rocard, &lt;i&gt;Lib&#233;ration&lt;/i&gt;, 14 octobre 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aux larmes, etc.</title>
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		<description>
&lt;p&gt;Si les larmes sont aujourd'hui une question complexe et genr&#233;e, jusqu'&#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, il &#233;tait bien vu, pour les hommes comme pour les femmes, de pleurer en priv&#233; comme en public. Au XIXe si&#232;cle, qui voit monter les nationalismes en Europe, on commence &#224; exiger des hommes qu'ils soient assez r&#233;sistants et forts pour d&#233;fendre leur patrie, et conservent dans leur corps toute leur &#233;nergie &#8211; contenue, comme chacun sait, dans les larmes et le sperme. A l'inverse, on laisse les femmes, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no110-avril-2013" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;110 (avril 2013)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Caroline-Sury" rel="tag"&gt;Caroline Sury&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Queen-Kong-Kronik" rel="tag"&gt;Queen Kong Kronik&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/femmes" rel="tag"&gt;femmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/hommes" rel="tag"&gt;hommes&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/prive-1565" rel="tag"&gt;priv&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revolution-francaise" rel="tag"&gt;R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/question-complexe" rel="tag"&gt;question complexe&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/larmes" rel="tag"&gt;larmes&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pleurer" rel="tag"&gt;pleurer&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/bebes" rel="tag"&gt;b&#233;b&#233;s&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Si les larmes sont aujourd'hui une question complexe et genr&#233;e, jusqu'&#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, il &#233;tait bien vu, pour les hommes comme pour les femmes, de pleurer en priv&#233; comme en public. Au XIXe si&#232;cle, qui voit monter les nationalismes en Europe, on commence &#224; exiger des hommes qu'ils soient assez r&#233;sistants et forts pour d&#233;fendre leur patrie, et conservent dans leur corps toute leur &#233;nergie &#8211; contenue, comme chacun sait, dans les larmes et le sperme. A l'inverse, on laisse les femmes, qui r&#233;pandent d&#233;j&#224; leurs r&#232;gles et leur lait, continuer de pleurnicher impun&#233;ment&lt;a href=&#034;#nb6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Anne Vincent-Buffault, Histoire des larmes, Payot, 2001 ; Corbin, Courtine, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_629 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;19&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH580/p10-larmescqfd925-dc97e.png?1782640067' width='400' height='580' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Caroline Sury
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Un si&#232;cle plus tard, alors que la virilit&#233; a subi de plein fouet les tranch&#233;es de 1914-1918, que les hommes font un peu moins la guerre et que les femmes sont un peu plus ind&#233;pendantes, sur le front des larmes rien de nouveau. Lorsqu'on montre des photos de b&#233;b&#233;s en pleurs &#224; des enfants de cinq ans, la majorit&#233; d'entre eux attribuent les larmes des b&#233;b&#233;s filles &#224; la peur ; celles des b&#233;b&#233;s gar&#231;ons, &#224; la col&#232;re&lt;a href=&#034;#nb6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Haugh, Hoffman, Cowan, &#171; The eye of the very young beholder : sex typing of (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Ainsi, si tous les enfants de la fin du XXe si&#232;cle braillent encore, ils int&#232;grent aussi tr&#232;s rapidement les limites dans lesquelles leur sexe les y autorise &#8211; la faiblesse est d&#233;j&#224; du c&#244;t&#233; des filles ; l'indignation, du c&#244;t&#233; des gar&#231;ons. En grandissant, ces derniers cessent bien &#233;videmment de pleurer, puisque un-bonhomme-&#231;a-ne-pleure-pas, tandis que les filles apprennent &#224; s'en servir pour mettre fin &#224; un d&#233;bat houleux, reprendre la main dans une situation d&#233;licate ou amadouer un contr&#244;leur SNCF.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais peu &#224; peu, dans notre XXIe si&#232;cle naissant, tout se transforme &#224; nouveau : alors qu'on per&#231;oit de plus en plus, en priv&#233; comme en public, les larmes des femmes comme une manipulation perverse, un enfermement dans une position victimaire ou la marque d'une faiblesse, on dit soudain aux hommes qu'il serait de bon ton de se montrer plus humain, sensible et spontan&#233;. Les exemples foisonnent parmi le personnel politique qui nous sert de canon : de Simone Veil &#224; Martine Aubry en passant par S&#233;gol&#232;ne Royal&lt;a href=&#034;#nb6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Respectivement lors du vote de la loi sur l'IVG en 1974, d'une d&#233;faite aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, elles continuent de voir leurs larmes frapp&#233;es du sceau de la fatigue, de l'&#233;chec, de la manipulation &#8211; autrement dit, de la d&#233;faillance sournoise. &#224; l'inverse, Manuel Valls, Vladimir Poutine et Barack Obama ont r&#233;cemment trouv&#233; un accueil favorable &#224; une larme vers&#233;e devant les cam&#233;ras&lt;a href=&#034;#nb6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Respectivement &#224; l'occasion de l'arrestation de D.S.K. en 2011, de la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, &#233;coulement lacrymal qui les a instantan&#233;ment transform&#233;s en hommes concern&#233;s et normaux, et d&#233;sarm&#233; leur auditoire comme leur &#233;lectorat. Si la manipulation par le sanglot semble, dans la soci&#233;t&#233; du spectacle, avoir chang&#233; de camp, il n'est toutefois toujours pas permis aux hommes, en public comme en priv&#233;, de pleurer de tristesse ou par auto-apitoiement. Les femmes n'y ont tout simplement plus droit du tout.
En r&#233;sum&#233;, pour pleurer heureux, pleurons cach&#233;s &#8211; ou zieutons vers une nouvelle r&#233;volution.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb6-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Anne Vincent-Buffault, &lt;i&gt;Histoire des larmes&lt;/i&gt;, Payot, 2001 ; Corbin, Courtine, Vigarello, &lt;i&gt;Histoire de la virilit&#233;&lt;/i&gt;, Seuil, 2011.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Haugh, Hoffman, Cowan, &#171; &lt;i&gt;The eye of the very young beholder : sex typing of infants by young children&lt;/i&gt; &#187;, Child Dev, 1980, 51, cit&#233; sur le blog &lt;a href=&#034;http://antisexisme.wordpress.com/2012/09/30/colere/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Sexisme et sciences humaines&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Respectivement lors du vote de la loi sur l'IVG en 1974, d'une d&#233;faite aux l&#233;gislatives en 2002 et d'un &#233;chec aux l&#233;gislatives de 1993 ainsi qu'&#224; la primaire du PS en 2012.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Respectivement &#224; l'occasion de l'arrestation de D.S.K. en 2011, de la victoire &#224; la pr&#233;sidentielle russe en 2012 et de la tuerie de Newton la m&#234;me ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Abandon et fraude nourrici&#232;re</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Abandon-et-fraude-nourriciere</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Abandon-et-fraude-nourriciere</guid>
		<dc:date>2012-02-10T07:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator> Momo Br&#252;cke</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>enfants</dc:subject>
		<dc:subject>si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>pays occidentaux</dc:subject>
		<dc:subject>violentes transformations</dc:subject>
		<dc:subject>transformations &#233;conomiques</dc:subject>
		<dc:subject>radicalement chang&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>paysage social</dc:subject>
		<dc:subject>enfants trouv&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>m&#232;res</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Les violentes transformations &#233;conomiques du XIXe si&#232;cle ont radicalement chang&#233; le paysage social des pays occidentaux. L'exode rural qui les accompagne a introduit un nombre consid&#233;rable de &#171; sauvages &#187; dans les cit&#233;s. Face &#224; cette d&#233;sorganisation sociale sans &#233;quivalent, les classes dirigeantes, effray&#233;es, ont essay&#233; &#224; la fin du si&#232;cle de recr&#233;er une morale, un lien social que leurs r&#233;volutions technologiques successives &#233;taient en train d'an&#233;antir. L'id&#233;e d'une solidarit&#233; organis&#233;e par (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no95-decembre-2011" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;95 (d&#233;cembre 2011)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Les-vieux-dossiers" rel="tag"&gt;Les vieux dossiers&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants" rel="tag"&gt;enfants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/XIXe-siecle" rel="tag"&gt;XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/pays-occidentaux" rel="tag"&gt;pays occidentaux&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/violentes-transformations" rel="tag"&gt;violentes transformations&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/transformations-economiques" rel="tag"&gt;transformations &#233;conomiques&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/radicalement-change" rel="tag"&gt;radicalement chang&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/paysage-social" rel="tag"&gt;paysage social&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/enfants-trouves" rel="tag"&gt;enfants trouv&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/meres" rel="tag"&gt;m&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les violentes transformations&lt;/strong&gt; &#233;conomiques du XIXe si&#232;cle ont radicalement chang&#233; le paysage social des pays occidentaux. L'exode rural qui les accompagne a introduit un nombre consid&#233;rable de &#171; sauvages &#187; dans les cit&#233;s. Face &#224; cette d&#233;sorganisation sociale sans &#233;quivalent, les classes dirigeantes, effray&#233;es, ont essay&#233; &#224; la fin du si&#232;cle de recr&#233;er une morale, un lien social que leurs r&#233;volutions technologiques successives &#233;taient en train d'an&#233;antir. L'id&#233;e d'une solidarit&#233; organis&#233;e par l'&#201;tat, d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;e en 1789, ressurgit. Celle-ci va s'appuyer sur une Administration obsessionnelle qui n'aura de cesse de distinguer les m&#233;ritants des &#171; parasites &#187;. En voici un exemple, &#224; travers une petite histoire des enfants trouv&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au XVIIIe si&#232;cle, la mort hantait le perron des &#233;glises dans des bassins en marbre ou en pierres, dans des couchettes de bois recouvertes de paille &#8211; humbles berceaux o&#249; l'on d&#233;posait les enfants que les familles ne pouvaient pas assumer. Le nouveau-n&#233; abandonn&#233; l&#224; p&#233;rissait de l'action funeste de l'air et des intemp&#233;ries avant que quiconque ne vienne le recueillir. Pratique anonyme de l'abandon que ne permettaient pas les hospices, o&#249; on laissait l'enfant au vu et au su de tous. Afin de rem&#233;dier &#224; ces &#171; morts honteuses &#187;, un d&#233;cret imp&#233;rial &#171; concernant les enfants trouv&#233;s ou abandonn&#233;s et les orphelins pauvres &#187; est promulgu&#233; en 1811. Il impose la g&#233;n&#233;ralisation, dans chaque hospice, d'un dispositif technique, le &#171; tour &#187; : cylindre en bois vertical, tournant sur lui-m&#234;me, ferm&#233; d'un c&#244;t&#233; et creux de l'autre. On d&#233;pose ainsi l'enfant en toute discr&#233;tion, sans aucun contact avec le personnel de l'hospice. Lamartine en parlait comme d'une &lt;i&gt;&#171; ing&#233;nieuse invention de la charit&#233; chr&#233;tienne, qui a des mains pour recevoir, et qui n'a point d'yeux pour voir, point de bouche pour r&#233;v&#233;ler ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;J.-F. Terme, J.-B. Montfalcon, Histoire des enfants trouv&#233;s, Paris, Paulin, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; Les femmes qui nourrissaient les enfants des hospices recevaient un salaire, et avec cette anonymisation de l'abandon, un usage populaire important se d&#233;veloppe tout au long du xix e si&#232;cle. De nombreuses m&#232;res parviennent, par divers contacts, &#224; suivre la trace de leur enfant et &#224; le r&#233;cup&#233;rer tout en se faisant payer en tant que nourrice. Ce ph&#233;nom&#232;ne se r&#233;pand si intens&#233;ment que l'Administration d&#233;cide de s'en pr&#233;occuper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re digue pr&#233;ventive arriva du minist&#232;re de l'Int&#233;rieur en 1827 pour emp&#234;cher toute connivence entre les &#171; messagers &#187; et les nourrices. Car c'est l'arrangement avec les messagers (responsables du transfert des enfants de l'hospice aux nourrices) qui permettaient aux m&#232;res de r&#233;cup&#233;rer leurs enfants. La circulaire pr&#233;conise l'&#233;change des enfants d'un hospice avec celui d'un autre d&#233;partement. &#192; certains endroits, &#224; l'annonce de cette mesure, des m&#232;res viennent rechercher leurs enfants &#224; l'hospice, tandis que le nombre d'abandons baisse. La lourdeur logistique et financi&#232;re de l'op&#233;ration met rapidement un terme &#224; cette mesure. Une id&#233;e germe alors chez les administrateurs de l'assistance publique : mettre en place des bureaux ouverts, au lieu des &#171; tours &#187;. Apr&#232;s une gestion aveugle des entr&#233;es et des sorties des enfants, un patient travail de consignation des enfants d&#233;pos&#233;s dans les hospices est amorc&#233;. Les bureaux ouverts ne feront pas d'autre publicit&#233; que l'inscription muette sur un registre (consigner le nom des personnes venant d&#233;poser les nouveau-n&#233;s, et celui de la m&#232;re). Cette mesure permit de r&#233;duire le nombre d'usages &#171; frauduleux &#187; qu'avait introduit le &#171; tour &#187;, et d'organiser un syst&#232;me de secours aux familles les plus d&#233;munies : apr&#232;s enqu&#234;te administrative, les m&#232;res peuvent recevoir une aide financi&#232;re pour au moins un an. Pour conjurer la fraude, on passe d'un syst&#232;me d'assistance &#171; aveugle &#187; qui s'exerce dans des lieux sp&#233;cialis&#233;s, &#224; une aide financi&#232;re et m&#233;dicale accord&#233;e directement aux familles. La question se pose alors de savoir &#224; qui l'attribuer. Cette mesure ne va pas sans un contr&#244;le individualis&#233; et entra&#238;ne une immixtion de l'&#201;tat dans les foyers. D&#232;s lors que cette aide est institu&#233;e, elle est en droit de s'&#233;tendre &#224; toutes les m&#232;res en grande difficult&#233; &#8211; qui n'avaient pour autant pas toutes recours &#224; l'abandon d'enfants. Mise en place chaotique de ce qui donnera naissance, au d&#233;but du XXe si&#232;cle, aux allocations familiales.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb7-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;J.-F. Terme, J.-B. Montfalcon, &lt;i&gt;Histoire des enfants trouv&#233;s&lt;/i&gt;, Paris, Paulin, 1840. Voir aussi Jacques Donzelot, &lt;i&gt;La Police des familles&lt;/i&gt;, Paris, Les &#201;ditions de Minuit, coll. &#171; Critique &#187;, 1980.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Voyage en cagoterie</title>
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		<dc:creator>Zsa-Zsa Bellavida</dc:creator>


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&lt;p&gt;Connaissez-vous les cagots ? Une communaut&#233; de parias fran&#231;ais n'ayant rien &#224; envier aux soci&#233;t&#233;s de castes indiennes. 1789 sonnera le glas de leur inf&#233;riorit&#233; officielle en les assimilant &#224; l'ensemble de la nation. Mais le bouche-&#224;-oreille prendra le relais et jusqu'en 1960, dans le Sud-Ouest, les cagots serviront encore de commodes boucs &#233;missaires. Mais qu'est-ce qu'un cagot ? Traditionnellement rattach&#233;e &#224; la peur de la l&#232;pre, cette caste appara&#238;t vers l'an 1 000, &#233;poque de (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Connaissez-vous les cagots ?&lt;/strong&gt; Une communaut&#233; de parias fran&#231;ais n'ayant rien &#224; envier aux soci&#233;t&#233;s de castes indiennes. 1789 sonnera le glas de leur inf&#233;riorit&#233; officielle en les assimilant &#224; l'ensemble de la nation. Mais le bouche-&#224;-oreille prendra le relais et jusqu'en 1960, dans le Sud-Ouest, les cagots serviront encore de commodes boucs &#233;missaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais qu'est-ce qu'un cagot ? Traditionnellement rattach&#233;e &#224; la peur de la l&#232;pre, cette caste appara&#238;t vers l'an 1 000, &#233;poque de recrudescence des &#233;pid&#233;mies avec le retour des croisades. Nomm&#233;s Crestias (chr&#233;tiens), gezithan (l&#233;preux), puis cagots au XIIIe si&#232;cle, ils repr&#233;sentent 2 &#224; 10 % des populations r&#233;sidant principalement le long de l'oc&#233;an, du Nord au Midi de la France. Leur nom diff&#232;re de la Bretagne et de la Charente-Maritime (cacous, cagneux), aux Hautes-Pyr&#233;n&#233;es, et &#224; la Garonne (gagots, capots), en passant par l'Aquitaine (gahets) ou le Pays basque (kaskarotak), mais tous sont des injures sans doute d&#233;riv&#233;es de cagare : chier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette m&#234;me p&#233;riode du bas Moyen &#194;ge, les premiers cordons sanitaires sont &#233;tablis en fonction des modes fantasm&#233;s de transmission de la l&#232;pre (divin, h&#233;r&#233;ditaire, par contact physique ou spirituel). Ces intouchables sont donc mis au ban de la soci&#233;t&#233; par l'&#201;glise, l'&#201;tat et la communaut&#233; : quartiers-ghettos, circulation codifi&#233;e avec cr&#233;celle pour annoncer leur passage, port d'une chasuble frapp&#233;e d'une patte d'oie en tissu rouge et interdiction d'entrer dans les commerces ou les tavernes. Au sein des &#233;glises, une petite entr&#233;e, un coin d&#233;limit&#233; et un b&#233;nitier sont &#233;chus aux cagots. Interdits de contact avec l'eau, la terre, l'animal, ils sont destin&#233;s aux m&#233;tiers impurs (bourreaux, &#233;quarisseurs, laveurs de peaux de b&#234;te&#8230;) ou sp&#233;cialis&#233;s dans l'artisanat du bois r&#233;put&#233; non vecteur de contagion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leurs droits sont ni&#233;s : sept cagots repr&#233;sentent la voix d'un homme lambda pour ester en justice. Sur leurs actes officiels, l'inscription de la caste ent&#233;rine g&#233;n&#233;alogiquement leur marginalisation. Ils sont affubl&#233;s de tares physiques monstrueuses doubl&#233;es de d&#233;g&#233;n&#233;rescence morale comme les mains palm&#233;es, les lobes d'oreilles absents, la temp&#233;rature corporelle &#233;lev&#233;e, ou encore la d&#233;bilit&#233;, la perversit&#233; sexuelle et l'hypocrisie&#8230; Au xvie si&#232;cle, d&#233;butent les luttes avec la premi&#232;re p&#233;tition de cagots de Navarre adress&#233;e au pape. Dans le m&#234;me temps, des dissections de cagots par des chirurgiens du roi d&#233;montrent l'absence de maladie contagieuse et de traits distinctifs. Cependant, les crieurs de rue en charge de proclamer cette v&#233;rit&#233; au nom du monarque sont tabass&#233;s et les pouvoirs locaux s'opposent &#224; la r&#233;int&#233;gration des cagots. Ce dernier terme &#233;tant devenu une insulte officiellement r&#233;pr&#233;hensible, les cur&#233;s contournent l'interdiction en inscrivant &#171; charpentiers &#187; sur leurs registres. Trois si&#232;cles de proc&#232;s &#224; r&#233;p&#233;tition am&#232;nent les cagots &#224; s'int&#233;grer dans la soci&#233;t&#233; au prix d'une r&#233;putation de tr&#232;s grande susceptibilit&#233;. N&#233;anmoins, les premiers mariages mixtes, en 1760, restent synonymes de d&#233;classement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La rumeur, jusqu'au milieu du XXe si&#232;cle, va perp&#233;tuer une exclusion &#224; l'origine myst&#233;rieuse. Les raisons invoqu&#233;es permettraient d'&#233;crire une v&#233;ritable histoire des pr&#233;jug&#233;s. L'opprobre originel est alors, au choix, ou se combinant les uns aux autres, les r&#233;sidus d'une arm&#233;e &#233;trang&#232;re vaincue (wisigoths : caas got ou chiens de Goths, sarrazins convertis, Espagnols&#8230;), une religion pers&#233;cut&#233;e (cathares, arianistes, juifs&#8230;), une maladie contagieuse ou h&#233;r&#233;ditaire (la l&#232;pre, la peste, le cr&#233;tinisme, le nanisme, le goitre&#8230;), des groupes marginalis&#233;s (templiers, roux, gauchers, boh&#233;miens&#8230;). Les &#233;tudes de la fin du XXe si&#232;cle ajoutent l'hypoth&#232;se de d&#233;class&#233;s &#233;conomiques : corporation vaincue dans la lutte pour une position de monopole, fils cadet exclu de l'h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque soci&#233;t&#233; semble g&#233;n&#233;rer ses cagots qui, en retour, lui apprennent ce qu'elle est vraiment. Qu'il s'agisse aujourd'hui des reclus des prisons et des h&#244;pitaux psychiatriques ou des jeunes pauvres enferm&#233;s dans leurs ghettos &#233;loign&#233;s, ne pouvant circuler normalement, aux v&#234;tements identifiables, au contact r&#233;put&#233; dangereux. Ils peuvent &#234;tre les princes du b&#233;ton arm&#233;. Mais leur voix ne vaut pas la voix d'un homme face &#224; la justice des &#171; hommes &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La terre rend libre</title>
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		<dc:date>2011-02-10T07:49:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Les vieux dossiers</dc:subject>
		<dc:subject>jardins</dc:subject>
		<dc:subject>jardin</dc:subject>
		<dc:subject>jardins ouvriers</dc:subject>
		<dc:subject>si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>XIXe si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volution fran&#231;aise</dc:subject>
		<dc:subject>marqu&#233;e ultra-r&#233;ac</dc:subject>
		<dc:subject>civilisation rurale</dc:subject>
		<dc:subject>terre nourrici&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>jusqu'&#224; P&#233;tain</dc:subject>

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&lt;p&gt;La culture de la terre nourrici&#232;re et la civilisation rurale ont gard&#233; une image plut&#244;t marqu&#233;e ultra-r&#233;ac. Avec Barr&#232;s, et sa terre-patrie fertilis&#233;e par les poilus de 1914-1918, ou Maurras et sa pelouse sanctifi&#233;e par le sang des martyrs aristocrates de la R&#233;volution fran&#231;aise, jusqu'&#224; P&#233;tain, sans compter le lobbying de la FNSEA en faveur de l'agriculture industrielle, la cambrousse aurait quelques raisons de nous flanquer la naus&#233;e. Cependant, il existe une autre filiation historique, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/XIXe-siecle" rel="tag"&gt;XIXe si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Revolution-francaise" rel="tag"&gt;R&#233;volution fran&#231;aise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/marquee-ultra-reac" rel="tag"&gt;marqu&#233;e ultra-r&#233;ac&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/civilisation-rurale" rel="tag"&gt;civilisation rurale&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/terre-nourriciere" rel="tag"&gt;terre nourrici&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jusqu-a-Petain" rel="tag"&gt;jusqu'&#224; P&#233;tain&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La culture de la terre nourrici&#232;re&lt;/strong&gt; et la civilisation rurale ont gard&#233; une image plut&#244;t marqu&#233;e ultra-r&#233;ac. Avec Barr&#232;s, et sa terre-patrie fertilis&#233;e par les poilus de 1914-1918, ou Maurras et sa pelouse sanctifi&#233;e par le sang des martyrs aristocrates de la R&#233;volution fran&#231;aise, jusqu'&#224; P&#233;tain, sans compter le lobbying de la FNSEA en faveur de l'agriculture industrielle, la cambrousse aurait quelques raisons de nous flanquer la naus&#233;e. Cependant, il existe une autre filiation historique, carr&#233;ment &#233;clips&#233;e par l'industrialisation et le mouvement ouvrier : l'all&#233;gorie du jardin d'&#201;den et les exp&#233;riences de communaut&#233;s villageoises de paysans libres &#8211; effleur&#233;es en France au XVIe et XVIIe si&#232;cles, puis au XIXe si&#232;cle en Russie avec le &lt;i&gt;mir&lt;/i&gt; ou dans la &lt;i&gt;zadruga&lt;/i&gt; slave &#8211;, ou, plus commun&#233;ment, le r&#234;ve d'une vie rurale harmonieuse o&#249; le paysage est model&#233; par des ploucs associ&#233;s. Tout cela a aussi nourri les imaginaires r&#233;volutionnaires, notamment dans l'Ukraine de Makhno et l'Espagne en 1936. Aujourd'hui, c'est dans nos &#171; m&#233;galo-monstres &#187; m&#233;tropolitains que pourraient s'immiscer de douces gu&#233;rillas potag&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En Europe&lt;/strong&gt;, l'irruption de la main verte au sein des villes passe par les jardins ouvriers &#224; la fin du xixe si&#232;cle. Ce sont les chantres du catholicisme social puis les militants du Front populaire qui ont essaim&#233; l'exp&#233;rience de la parcelle individuelle destin&#233;e &#224; am&#233;liorer l'ordinaire du prolo et, par la m&#234;me occasion, son autonomie face aux forces pr&#233;datrices du march&#233;. Dans les ann&#233;es 1950, on ne compte pas moins de 300 000 jardins ouvriers en France, g&#233;r&#233;s par des associations loi 1901, sur un principe de mixit&#233; sociale et avec l'interdiction absolue de tout usage commercial. En 1952, ils prennent le nom de jardins familiaux. M&#234;me si l'extension tentaculaire des p&#233;riph&#233;ries urbaines et la sp&#233;culation immobili&#232;re les ont depuis consid&#233;rablement dig&#233;r&#233;s, ils pourraient revenir plus gaillardement que jamais &#224; la faveur de la crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans le nouveau monde&lt;/strong&gt;, &#224; la fin des ann&#233;es 1960, les Diggers de San Francisco ne s'y sont pas tromp&#233;s, ils ont repris l'h&#233;ritage des communistes agraires anglais du xviie si&#232;cle se battant contre la mainmise des grands propri&#233;taires terriens sur les terres collectives. Leurs activit&#233;s n'avaient qu'en partie &#224; voir avec celles de gentils cultivateurs urbains donnant &#224; manger des l&#233;gumes sains aux pauvres puisqu'ils chapardaient une bonne part des produits qu'ils offraient en partage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Puis au d&#233;but des ann&#233;es 1970&lt;/strong&gt;, Liz Christy lance les Green Guerillas dans le Lower East Side &#224; New York. Avec ses bombes &#224; graines lanc&#233;es au-dessus des grillages, elle v&#233;g&#233;talise sauvagement les terrains vagues et autres friches pour le plus grand bonheur des cam&#233;s (&#231;a d&#233;tourne l'attention des flics) et des autorit&#233;s municipales (&#231;a revigore un quartier tout pourri). Avec tr&#232;s peu de moyens et beaucoup d'&#233;nergie, le premier jardin devient un espace de rencontres et d'exp&#233;rimentations en tout genre. Ainsi naissent les community gardens, pr&#232;s de 1 000 aujourd'hui dans la seule Big Apple, qui produisent quelques dizaines de tonnes de l&#233;gumes &#233;coul&#233;s sur les march&#233;s. Ici aussi, le binage est un pr&#233;texte pour nouer des liens sociaux, &#171; communautaires &#187; disent les Ricains, &#171; conviviaux &#187; disent les bobos d'ici. Mais la sp&#233;culation immobili&#232;re veille, avec la complicit&#233; de la mairie qui ne peut laisser des espaces vacants, si socialement utiles soient-ils, et ce sont des dizaines de ces jardins qui sont d&#233;truits chaque ann&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cette tendance au jardin partag&#233;&lt;/strong&gt; ou collectif constitue-
t-elle une alternative &#224; la Grande Catastrophe ? &#192; Detroit, Motor City, ancienne capitale de l'automobile made in America, le tiers de la ville est aujourd'hui convoit&#233; non par des promoteurs immobiliers mais par des associations d&#233;veloppant l'agriculture urbaine. En pleine crise, collectifs et individus tentent de r&#233;cup&#233;rer les milliers de terrains inoccup&#233;s pour b&#234;cher quelques dizaines de dollars. Sous l'&#339;il envieux de financiers et de politiques d&#251;ment avertis.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>France grand si&#232;cle</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Marie-Anne Boutoleau</dc:creator>


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&lt;p&gt;Chaque mois, le gratin politico-&#233;conomico-m&#233;diatique parisien se retrouve autour de la table pour un &#171; d&#238;ner du Si&#232;cle &#187;. Mais, fin octobre, la pl&#232;be est venue se moucher dans la nappe... Prochaine &#233;ch&#233;ance : le 24 novembre. DEPUIS 1944, la classe dirigeante fran&#231;aise, &#224; l'initiative du club Le Si&#232;cle, se retrouve chaque quatri&#232;me mercredi du mois autour d'un bon repas &#224; l'Automobile Club de France, sis &#224; l'h&#244;tel Crillon &#224; Paris. Face &#224; lui : l'Assembl&#233;e nationale, dont le pr&#233;tendu (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no-83-novembre-2010" rel="directory"&gt;CQFD n&#176; 83 (novembre 2010)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pierre-Carles" rel="tag"&gt;Pierre Carles&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Chaque mois, le gratin politico-&#233;conomico-m&#233;diatique parisien se retrouve
autour de la table pour un &#171; d&#238;ner du Si&#232;cle &#187;. Mais, fin octobre, la pl&#232;be est venue
se moucher dans la nappe... Prochaine &#233;ch&#233;ance : le 24 novembre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;DEPUIS 1944, la classe dirigeante fran&#231;aise, &#224;
l'initiative du club Le Si&#232;cle, se retrouve
chaque quatri&#232;me mercredi du mois autour
d'un bon repas &#224; l'Automobile Club de France,
sis &#224; l'h&#244;tel Crillon &#224; Paris. Face &#224; lui :
l'Assembl&#233;e nationale, dont le pr&#233;tendu pouvoir est
ridiculis&#233; par de telles r&#233;unions, o&#249; des Pujadas, Fillon,
Strauss-Kahn et baron Seilli&#232;re conversent de haute
politique entre deux bouch&#233;es. Depuis 2008, Le Si&#232;cle
est pr&#233;sid&#233; par Denis Kessler, PDG du groupe d'assurances Scor et ancien vice-pr&#233;sident du Medef. Mais
depuis quelques mois, un petit groupe de joyeux trublions emmen&#233;s par Pierre Carles s'y rend
r&#233;guli&#232;rement &#8211; l'id&#233;e est n&#233;e lors du tournage de &lt;i&gt;Fin
de concession&lt;/i&gt; &#8211; afin de recenser les pr&#233;sents et de tenter
de perturber l'entr&#233;e des lieux. Mercredi 27 octobre,
c'est une centaine de personnes qui se retrouvent &#224;
19 heures devant le lieu des agapes.
Michel Fiszbin, producteur de Fin de concession, pr&#233;cise l'objectif du rassemblement. &lt;i&gt;&#171; On veut leur dire
qu'on ne les oubliera pas, que s'ils rentrent, eux, journalistes, ils deviennent otages des puissants et que ce
n'est pas bon pour leur ind&#233;pendance. On va donc les
emp&#234;cher, contre leur propre volont&#233;, de se faire du
mal : il s'agit d'une action humanitaire pour les emp&#234;cher de se contaminer ! Car s'ils le sont, eux, les responsables de l'information, alors il faudra qu'on abatte
tout le troupeau. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'appel ayant &#233;t&#233; rendu public sur Internet, un cordon
de flics est pr&#233;sent. Pendant presque une heure, c'est
l'incertitude : si quelqu'un croit apercevoir Alain
Duhamel &#224; une fen&#234;tre, pas de trace des luxueuses berlines venues d&#233;poser nos amis, pourtant attendus par
une horde de laquais. Y aurait-il une porte d&#233;rob&#233;e ?
Le d&#238;ner du Si&#232;cle a-t-il &#233;t&#233; d&#233;localis&#233; en Roumanie ?
&lt;i&gt;&#171; On va attendre huit heures, et &#224; huit heures s'ils ne
sont pas l&#224;, c'est que le d&#238;ner du Si&#232;cle a &#233;t&#233; dissous &#187;,&lt;/i&gt;
d&#233;cr&#232;te Pierre Carles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Curieux, un quidam bien sap&#233; s'approche de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; :
&lt;i&gt;&#171; Expliquez-moi, c'est une manifestation pour quoi,
&#231;a ? &#187;&lt;/i&gt; Mais le quidam n'est pas si innocent qu'il en a
l'air : Renaud Girard, ancien reporter de guerre
aujourd'hui &#233;crivain, est invit&#233; au d&#238;ner. Il &lt;i&gt;&#171; ne voit pas
ce qu'il y a de mal &#187;&lt;/i&gt; dans le fait que &lt;i&gt;&#171; des journalistes,
des membres de diff&#233;rents partis de la gauche et de la
droite, des professeurs de m&#233;decine et des syndicalistes &#187;&lt;/i&gt;
d&#238;nent ensemble. Et peut-on se joindre &#224; ce beau linge
compos&#233; de gens &lt;i&gt;&#171; tr&#232;s diff&#233;rents &#187;&lt;/i&gt; ? &lt;i&gt;&#171; Non, parce que
si vous faites un d&#238;ner chez vous, je ne vais pas rentrer
si je ne suis pas invit&#233;. &#187;&lt;/i&gt; Peu apr&#232;s, les premiers convives
arrivent enfin. Certains se faufilent en douce, d'autres
repartent en courant en faisant un bras d'honneur.
Mais de quoi tous ces gens parlent-ils ? &lt;i&gt;&#171; C'est inint&#233;ressant &#187;&lt;/i&gt;, r&#233;pond Guillaume P&#233;py, patron de la SNCF.
Puis c'est au tour de Nicolas Seydoux, le PDG de
Gaumont, d'&#234;tre chaudement f&#233;licit&#233; par un manifestant &#8211; &lt;i&gt;&#171; Cet homme a sauv&#233; &lt;/i&gt;Lib&#233;&lt;i&gt; ! &#187;&lt;/i&gt; &#8211; tandis que, courageux, un &#233;lu Europe &#201;cologie au conseil r&#233;gional
d'&#206;le-de-France ne craint pas la contamination : &lt;i&gt;&#171; J'adore
la contradiction ! &#187;&lt;/i&gt; On l'applaudit ! Clou de la soir&#233;e,
Arlette Chabot est imm&#233;diatement entour&#233;e et arros&#233;e
de serpentins en bombe : &lt;i&gt;&#171; Lib&#233;rez Arlette ! &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'issue de cette m&#233;morable soir&#233;e, il est convenu
de se redonner rendez-vous chaque mois. Prochaine
&#233;ch&#233;ance : le 24 novembre. Cette fois-ci, les gueux et
les gueuses d&#238;neront aussi : lecteurs de &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;,
apportez vin chaud, amuse-gueules, g&#226;teaux et tous
vos coll&#232;gues !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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