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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Bus autog&#233;r&#233;s et &#233;dification des masses</title>
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		<dc:creator>Cheru Corisco, Iffik Le Guen</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;Comme leurs voisins argentins, des travailleurs uruguayens ont su affronter la crise en s'appropriant les outils de travail et en exp&#233;rimentant l'autogestion. &#192; Colonia, la compagnie d'autobus ABC coop s'inscrit dans une dynamique au poing r&#233;solument lev&#233;. Port d'entr&#233;e et de sortie pour l'Argentine voisine, Colonia est un lieu de passage. Les touristes s'y arr&#234;tent un jour ou deux pour arpenter les ruelles tortueuses de son joli centre historique, et glander aux terrasses des restos. Les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rivas" rel="tag"&gt;Rivas&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-ABC-coop" rel="tag"&gt;d'ABC coop&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Comme leurs voisins argentins, des travailleurs uruguayens ont su affronter la crise en s'appropriant les outils de travail et en exp&#233;rimentant l'autogestion. &#192; Colonia, la compagnie d'autobus ABC coop s'inscrit dans une dynamique au poing r&#233;solument lev&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Port d'entr&#233;e et de sortie pour l'Argentine voisine, Colonia est un lieu de passage. Les touristes s'y arr&#234;tent un jour ou deux pour arpenter les ruelles tortueuses de son joli centre historique, et glander aux terrasses des restos. Les Argentins fuient la tumultueuse m&#233;gapole de Buenos Aires, traversent le Rio de la Plata en ferry pour se mettre au vert le temps d'un week-end.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ambiance nonchalante de vacances, le visiteur ne peut qu'&#234;tre interloqu&#233; par l'apparition de bus aux couleurs criardes, avec des grosses &#233;toiles rouges ou jaunes peintes sur les c&#244;t&#233;s et des inscriptions en grosses lettres : &#171; &lt;i&gt; gestion ouvri&#232;re&lt;/i&gt; &#187; ou encore &#171; &lt;i&gt;entreprise r&#233;cup&#233;r&#233;e&lt;/i&gt; &#187;, coll&#233;es au nom de la compagnie : ABC coop.
Pour &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt;, mon pote Gustavo (un gars du coin) et moi-m&#234;me (&#233;ternel gringo) avons pris le bus depuis le centre historique gentrifi&#233; et polic&#233; jusqu'au si&#232;ge social d'ABC coop dans un quartier populaire p&#233;riph&#233;rique, pour y rencontrer Luis Rivas, pr&#233;sident de la coop&#233;rative et z&#233;lateur de la &lt;i&gt;gesti&#243;n obrera&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2000 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;5&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-288-6b89f.jpg?1782642601' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;DR.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En attendant son arriv&#233;e, on fl&#226;ne sur le parking en terre battue devant le local. On s'amuse des num&#233;ros et petits noms attribu&#233;s &#224; chacun des quatre bus gar&#233;s l&#224;. Deux gars s'occupent visiblement de l'entretien des v&#233;hicules. Sur la fa&#231;ade du local, une citation de Jos&#233; Artigas&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jos&#233; Gervasio Artigas, n&#233; a Montevideo en 1764 et mort au Paraguay en 1850 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : &#171; &lt;i&gt;Nous ne devons rien attendre si ce n'est de nous-m&#234;mes&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Luis Rivas arrive enfin, accompagn&#233; de deux autres gars de la coop&#233;rative. Serrages de pognes et petite caresse respectueuse sur le capot de leur &#233;norme molosse nomm&#233; Gasoil, et on va s'installer dans une des trois pi&#232;ces au confort minimal du local. Tandis que le Dictaphone tourne, Luis revient sur les d&#233;buts de cette aventure : &#171; &lt;i&gt; &#192; l'&#233;poque de la crise de 2001, les compagnies de transport COTUC et ABC S.A bataillent pour &#234;tre avantag&#233;es sur l'attribution de lignes de bus par la municipalit&#233;. &#199;a allait plut&#244;t mal pour le propri&#233;taire d'ABC. Comme tout bon capitaliste proche de la fin, le patron a d&#233;cid&#233; de retirer son capital et de rendre la ligne &#224; la municipalit&#233;. Lors d'une assembl&#233;e qui a dur&#233; des heures, nous, travailleurs de l'entreprise, nous sommes convaincus qu'en cette p&#233;riode de crise, aller encaisser l'argent d'un licenciement ne servirait pas bien longtemps. On pr&#233;f&#233;rait plut&#244;t garder l'outil de travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;cup&#233;ration de l'entreprise est donc le fruit d'une n&#233;gociation avec le patron. &#171; &lt;i&gt; Et m&#234;me d'une n&#233;gociation acharn&#233;e au bout de laquelle nous avons obtenu qu'en compensation de tout ce qui nous &#233;tait d&#251; comme les salaires en retard, les contributions sociales ou les primes de licenciement, nous pouvions r&#233;cup&#233;rer trois autobus. Un en pleine propri&#233;t&#233; et deux pr&#234;t&#233;s pour trois ans, avec outils et infrastructure. Petit &#224; petit, &#224; force de travail, nous avons pu rendre les deux bus et le premier local pour commencer &#224; nous d&#233;velopper nous-m&#234;mes.&lt;/i&gt; &#187; Sur le nom de la structure, Luis Rivas s'amuse : &#171; &lt;i&gt;Si nous nous appelons ainsi, c'est pour des raisons &#233;conomiques. Lorsque nous avons enfin pu acheter des bus d'occasion &#224; la coop&#233;rative RAIN coop de Montevideo, nous n'avions plus assez d'argent pour les repeindre ; du coup, on a juste effac&#233; les lettres &#8220;RAIN&#8221; sur les flancs pour les remplacer par &#8220;ABC&#8221; : ABC coop.&lt;/i&gt; &#187; Et le statut de coop&#233;rative ? &#171; &lt;i&gt;On n'a pas eu le choix ! Jamais nous n'avons eu l'intention d'&#234;tre une coop&#233;rative. Il faut que ce soit bien clair, nous nous d&#233;finissons comme une entreprise en gestion ouvri&#232;re. Comme ce statut n'existe pas dans la l&#233;gislation uruguayenne, le seul qui nous reste est celui de la coop&#233;rative. Dans la r&#233;alit&#233;, nous sommes tr&#232;s &#233;loign&#233;s de ce qui s'entend habituellement comme coop&#233;rative de travail dans ce pays.&lt;/i&gt; &#187; Mais encore ? &#171; &lt;i&gt; Le fameux coop&#233;rativisme id&#233;al uruguayen est compl&#232;tement d&#233;voy&#233;. Ici, les coop&#233;ratives sont bureaucratis&#233;es. Le travailleur ach&#232;te son poste de travail pour environ 60 000 dollars US&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alors que le salaire de base oscille entre 800 et 1 000 dollars US, (700 &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &lt;i&gt;Ce syst&#232;me pr&#234;te le flanc &#224; la corruption. Les dirigeants ne travaillent pas, ils ne montent m&#234;me pas dans les bus. Du coup, les travailleurs n'aspirent qu'&#224; acc&#233;der &#224; des postes de direction. Lors d'&#233;lections internes, ils forment des listes et se battent entre eux pour les privil&#232;ges des dirigeants. Notre gestion ouvri&#232;re est tr&#232;s &#233;loign&#233;e de tout cela. Au d&#233;but, nous &#233;tions neuf &#224; n&#233;gocier les outils de travail contre ce qui nous &#233;tait d&#251;. Au fur et &#224; mesure qu'on est devenus propri&#233;taires, d'abord d'un bus puis de tout ce qu'on a pu acheter pour la coop&#233;rative, personne ne pouvait plus pr&#233;tendre &#224; une part de propri&#233;t&#233;. L'outil reste commun. On entre sans rien, et on sort sans rien ; tous les efforts visent &#224; d&#233;gager des salaires. Le but d'ABC coop est que cette source de travail se perp&#233;tue. Que des camarades puissent prendre leur retraite, et d'autres reprendre les postes. De plus, chez nous, le vote est direct, &#224; main lev&#233;e, et doit &#234;tre argument&#233;. Les autres pratiquent le vote secret, qui peut &#234;tre hypocrite ou achet&#233;. En gestion ouvri&#232;re, ce sont les assembl&#233;es qui dirigent vraiment la coop&#233;rative.&lt;/i&gt; &#187; Et le respect de l'organigramme des coop&#233;ratives ? &#171; &lt;i&gt;C'est pour la forme ! Sur le papier, je suis pr&#233;sident. Mais dans notre organisation, on peut r&#233;voquer la direction &#224; tout moment lors d'une assembl&#233;e. Il est arriv&#233; que certains membres soient chang&#233;s. Les assembl&#233;es sont obligatoires, ceux qui ne s'y pr&#233;sentent pas encourent des sanctions : une p&#233;nalit&#233; en argent ou des jours de mise &#224; pied. Quant &#224; ceux qui viennent, ils ont l'obligation d'intervenir. &#201;videmment, il y a toujours des opportunistes pour critiquer notre syst&#232;me et pr&#233;tendre qu'on a un fonctionnement dictatorial parce qu'on oblige les gens. Mais la seule fa&#231;on de s'assurer que le compa&#241;ero est conscient de ce que la coop&#233;rative se propose de faire, c'est sa participation. Si tu n'es pas d'accord avec un responsable, tu dois l'exprimer. Et apr&#232;s, on vote. Nous votons absolument tout, augmentations ou ajustements de salaires, attributions de postes s'il y a lieu... Le r&#244;le du dirigeant se limite strictement &#224; conduire les r&#233;solutions de l'assembl&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Justement, qu'en est-il des salaires ? &#171; &lt;i&gt; Ils s'&#233;chelonnent en fonction du degr&#233; de responsabilit&#233;. Un responsable gagne 2% de plus qu'un chauffeur, soit 11% de l'argent d&#233;gag&#233;. Pour le chauffeur, 9%, et pour le gardien, 6%. Il y a donc un &#233;cart de 5% entre la plus haute et la plus basse cat&#233;gorie. Mais &#231;a tourne, on passe tous au volant&lt;/i&gt;. &#187; Et lors de ces assembl&#233;es, il est d&#233;j&#224; arriv&#233; de devoir sanctionner un compagnon de travail ? &#171; &lt;i&gt;C'est toujours tr&#232;s compliqu&#233;. En 14 ans, personne n'a jamais &#233;t&#233; exclu. Pour que cela se produise, il faudrait parvenir &#224; l'unanimit&#233; en assembl&#233;e. Il est d&#233;j&#224; arriv&#233; que des camarades commettent des fautes graves, comme des vols. Dans ces cas, nous essayons de leur faire comprendre qu'ils n'ont pas &#224; faire &#231;a, que le v&#233;ritable voleur, c'est le capitaliste.&lt;/i&gt; &#187; La coop&#233; d&#233;fend aussi un projet politique : &#171; &lt;i&gt; Notre organisation de travail pr&#233;tend &#234;tre comme une &#233;cole, dans laquelle nos travailleurs peuvent d&#233;velopper une conscience de classe, pour qu'ils finissent par entrevoir le chemin que nous suivons, inscrit dans un processus r&#233;volutionnaire. C'est aux travailleurs de prendre le pouvoir, il n'y a pas d'autre alternative. Nous formons des cadres de la lutte, en quelque sorte.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En &#233;coutant ce discours avant-gardiste, nos regards se posent sur une affiche au mur qui reprend une citation du Che : &#171; &lt;i&gt;Il est temps de mod&#233;rer nos divergences et de tout consacrer &#224; la lutte !&lt;/i&gt; &#187; Il y a aussi quelques drapeaux qui d&#233;corent la pi&#232;ce, celui du POYCU, Parti ouvrier et paysan d'Uruguay, du PBU, Parti bolchevique uruguayen ou encore celui de l'Unit&#233; populaire&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Unidad Popular est une coalition des partis de gauche radicale oppos&#233;s &#224; la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Luis Rivas poursuit : &#171; &lt;i&gt; Nous connaissons aussi des divergences au sein d'ABC coop. Il y en a m&#234;me qui on vot&#233; pour le Frente Amplio&lt;/i&gt; (FA)&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Frente Amplio (Front &#233;largi) est le parti au pouvoir. Fond&#233; en 1971 aux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;&lt;i&gt; aux derni&#232;res pr&#233;sidentielles.&lt;/i&gt; &#187; Comprenant que Luis Rivas a tendance &#224; donner le ton, nous lui demandons ce qu'il pense de la gauche dite &#171; progressiste &#187; au pouvoir. &#171; &lt;i&gt;C'est une v&#233;ritable catastrophe ! Depuis qu'il est au pouvoir, le FA n'a fait qu'aggraver des situations qu'il &#233;tait cens&#233; combattre. Il brade terres et ressources au profit de grosses multinationales. Et comme nous sommes une zone franche, ces derni&#232;res ne paient pas d'imp&#244;ts. Quand on pense que, dans les ann&#233;es 1960, Raul Sendic&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Raoul Sendic surnomm&#233; &#171; El Bebe &#187;, n&#233; en 1925 en Uruguay et mort en 1989 en (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;5 s'attaquait au latifundisme, d&#233;non&#231;ant l'existence d'exploitations de 10 000 hectares, et qu'aujourd'hui, ceux qui se r&#233;clament de lui n'h&#233;sitent pas &#224; octroyer 250 000 hectares &#224; la multinationale Montes del Plata&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir CQFD n&#176;121 (avril 2014).&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;&lt;i&gt; pour planter leurs eucalyptus ! Pr&#232;s de 13 000 familles de paysans se sont retrouv&#233;es sans rien. Sans parler de la culture extensive du soja ou des m&#233;gaprojets miniers. Le FA a r&#233;ussi &#224; faire passer toute critique &#224; son &#233;gard pour un p&#233;ch&#233; originel : les contestataires se font taxer de tra&#238;tres, jouant le jeu de la droite !&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me si le syndicalisme reste tr&#232;s fort en Uruguay, la coop&#233; s'en est &#233;loign&#233;e : &#171; &lt;i&gt;Tous les syndicats sont repr&#233;sent&#233;s dans une centrale unique, la PIT-CNT&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La PIT-CNT (Plenario Intersindical de Trabajadores &#8211; Convenci&#243;n Nacional de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;.&lt;i&gt; Elle constitue la base sociale du FA, ses dirigeants font aujourd'hui partie de l'oligarchie. Ils m&#232;nent r&#233;guli&#232;rement de faux combats qui ne servent, de fa&#231;on plus ou moins tordue, qu'&#224; ent&#233;riner les ajustements du gouvernement en mati&#232;re de droit du travail. Les postures critiques d'ABC coop vis-&#224;-vis de cette politique nous ont valu d'&#234;tre d&#233;finitivement exclus.&lt;/i&gt; &#187; D&#232;s lors, la coop&#233; songe &#224; cr&#233;er une organisation syndicale parall&#232;le pour continuer &#224; d&#233;fendre son id&#233;e de la gestion ouvri&#232;re. Pour finir, Luis Rivas revient sur les num&#233;ros et les petits noms des autobus. &#171; &lt;i&gt; L'attribution des noms et num&#233;ros de nos bus s'est faite dans un souci de bien nous d&#233;marquer des entreprises priv&#233;es. Les bus des entreprises priv&#233;es servent aussi de supports publicitaires. Nous, nous refusons toute concession id&#233;ologique, et faisons en sorte que ce soit bien visible sur nos v&#233;hicules. Les noms et les num&#233;ros sont en relation avec les luttes historiques des travailleurs. Notre premier bus s'est appel&#233; Karl Marx. Puis nous avons eu la ligne 17 nomm&#233;e Vladimir pour L&#233;nine en 1917, il y a aussi le 59, ann&#233;e de la r&#233;volution cubaine qui se nomme &#8220;Dignidad&#8221; sur fond de drapeau cubain... Notre dernier bus est noir, il s'appelle Ayotzinapa et porte le n&#186;43, pour les 43 &#233;tudiants mexicains disparus.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'entretien termin&#233;, nous reprenons, Gustavo et moi, un bus de l'ABC coop. Ticket de retour offert vers le centre historique. Tr&#232;s beau coucher de soleil rouge sur le Rio de la Plata. Les touristes d&#233;sertent les rues et les commer&#231;ants ferment leurs boutiques. Pour dig&#233;rer tout &#231;a, on d&#233;cide d'aller se boire un petit godet &#8211; de rouge &#233;videmment !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cheru Corisco&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Empresas recuperadas ! &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s une d&#233;cennie de gestion n&#233;olib&#233;rale (d&#233;sinflation favorable au syst&#232;me financier, privatisation des secteurs les plus rentables et surendettement des m&#233;nages), la crise financi&#232;re argentine (1998-2002) a provoqu&#233; un chaos &#233;conomique et politique in&#233;dit. Dans ce contexte de d&#233;sastre social&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La part des salaires dans le PIB argentin est divis&#233;e par deux : des pans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;, plusieurs pratiques de lutte et de survie se sont d&#233;velopp&#233;es : les mouvements de ch&#244;meurs (&lt;i&gt;piqueteros&lt;/i&gt;), le recours &#224; l'&#233;conomie informelle autour des &lt;i&gt;cartoneros&lt;/i&gt;, les expropriations d'entreprises via les ERT (&lt;i&gt;Empresas recuperadas por sus trabajadores&lt;/i&gt; &#8211; Entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es par leurs travailleurs). Celles-ci se sont forg&#233;es au travers d'affrontements acharn&#233;s contre un patronat adepte du &lt;i&gt;vaciamento&lt;/i&gt;, l'organisation frauduleuse de la faillite des entreprises sur le dos du fisc et des travailleurs (d&#233;m&#233;nagement des moyens de production sans payer arri&#233;r&#233;s de salaires, indemnit&#233;s de licenciement ni cotisations sociales). Nombre de salari&#233;s ont pr&#233;f&#233;r&#233; prendre les devants en occupant leurs entreprises pendant plusieurs mois avec le soutien des voisins du quartier pour r&#233;sister aux incessantes attaques des flics, des juges et des milices patronales. La plupart des ERT sont n&#233;es ainsi de la n&#233;cessit&#233; de sauvegarder la source de travail, du sentiment de r&#233;volte face &#224; l'impunit&#233; des patrons et des institutions publiques comme syndicales largement corrompues et d'un &#233;lan de solidarit&#233; aux niveaux local, national et m&#234;me international&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir de documentaire de Naomi Klein, The Take, 2004.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. En 2002, les ouvri&#232;res de l'ERT de confection Brukman, apr&#232;s avoir &#233;t&#233; tra&#238;n&#233;es par leur ex-employeur devant les tribunaux sous l'accusation de &#171; &lt;i&gt;r&#233;cup&#233;ration &#224; main arm&#233;e&lt;/i&gt; &#187; de leur usine, ont &#233;t&#233; d&#233;log&#233;es par les militaires qui plac&#232;rent le quartier en &#233;tat de si&#232;ge. Elles se sont regroup&#233;es alors sur une place et ont tenu le haut du pav&#233; pendant plus de 8 mois avant de r&#233;occuper les ateliers. Une fois le processus de r&#233;cup&#233;ration &#224; peu pr&#232;s stabilis&#233;, les travailleurs des ERT ont pu relancer l'activit&#233; dans une perspective autogestionnaire. Pour l'anthropologue Andr&#233;s Ruggeri&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Occuper, r&#233;sister, produire &#187;, Syllepse, 2015.&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;, l'affirmation de deux principes &#8211; &#233;galitarisme salarial et d&#233;mocratisation par la prise de d&#233;cision en assembl&#233;e &#8211; permet de les distinguer du coop&#233;rativisme traditionnel argentin. Sur les plus de 300 ERT, regroupant 15 000 travailleurs, pr&#232;s de la moiti&#233; respecte une stricte &#233;galit&#233; salariale. L'&#233;preuve de la lutte en commun et le d&#233;part de presque tous les cadres y participant grandement. Alors que dans la plupart des coop&#233;ratives classiques, les assembl&#233;es sont devenues purement formelles, le pouvoir r&#233;el &#233;tant exerc&#233; par les conseils d'administration, celles convoqu&#233;es dans les entreprises r&#233;cup&#233;r&#233;es d&#233;cident de tout : la strat&#233;gie par rapport au march&#233; ou &#224; l'&#201;tat, la r&#233;partition de l'argent quant il rentre, la dur&#233;e de la journ&#233;e de turbin, les rythmes de travail, etc. Mais l'exp&#233;rience autogestionnaire avan&#231;ant &#224; t&#226;tons, un certain nombre de d&#233;rives sont apparues dans ce tiers secteur ni public ni priv&#233;. Les tentatives de normalisation &#233;manant du pouvoir, en particulier sous les mandats de Cristina Kirchner, pourraient contribuer &#224; la cr&#233;ation d'une &#233;conomie pour les pauvres agr&#233;geant les d&#233;fauts des secteurs formel et informel : pressions du march&#233;, tr&#232;s bas salaires, absence de protection sociale et domestication du mouvement social. En interne, la reconstitution de hi&#233;rarchies implicites entre anciens et nouveaux travailleurs, les premiers reprochant aux seconds leur manque d'engagement dans les assembl&#233;es, a pu voir r&#233;&#233;merger des pratiques de sabotage (vols, absent&#233;isme&#8230;) en vigueur dans les entreprises capitalistes. N&#233;anmoins, pour Ruggeri, les exp&#233;riences d'ERT doivent &#234;tre interpr&#233;t&#233;es comme &#171; &lt;i&gt; des alternatives viables pour la formation d'une &#233;conomie con&#231;ue en fonction d'un d&#233;veloppement national et latino-am&#233;ricain bas&#233; sur le travail et l'autogestion&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Iffik Le Guen &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jos&#233; Gervasio Artigas, n&#233; a Montevideo en 1764 et mort au Paraguay en 1850 en exil, est un des h&#233;ros de l'ind&#233;pendance dans la r&#233;gion, et consid&#233;r&#233; par la plupart des Uruguayens comme un p&#232;re fondateur.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alors que le salaire de base oscille entre 800 et 1 000 dollars US, (700 &#224; 900 euros). Le coop&#233;rateur des entreprises de transports publics, lesquelles se livrent par ailleurs &#224; une concurrence acharn&#233;e au d&#233;triment des usagers, se comporte ainsi davantage comme un actionnaire de sa bo&#238;te.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Unidad Popular est une coalition des partis de gauche radicale oppos&#233;s &#224; la gauche au pouvoir, on y trouve une kyrielle de partis. En plus de ceux cit&#233;s plus haut, on trouve aussi Refondation communiste, Intransigeance socialiste, Communistes r&#233;volutionnaires, Assembl&#233;e populaire, Parti humaniste et quelques autres dont j'ai oubli&#233; les noms.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Frente Amplio (Front &#233;largi) est le parti au pouvoir. Fond&#233; en 1971 aux pr&#233;mices de la dictature, il a &#233;t&#233; rapidement interdit et pers&#233;cut&#233;. Depuis sa premi&#232;re victoire historique en 2004, il rassemble 9 partis ou mouvances dont le Parti socialiste, le Parti communiste, des anciens Tupamaros, le Parti de la Victoire du peuple...&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Raoul Sendic surnomm&#233; &#171; El Bebe &#187;, n&#233; en 1925 en Uruguay et mort en 1989 en France &#224; Paris. H&#233;ros des luttes sociales dans son pays, p&#232;re fondateur de la gu&#233;rilla urbaine (mais pas que) MLN Tupamaro, il a &#233;t&#233; bless&#233; au combat et enferm&#233; pendant 12 ans dans des conditions inhumaines par la dictature.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Les-contrats-fantomes-de-Montes&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;CQFD&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; n&#176;121 (avril 2014).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La PIT-CNT (Plenario Intersindical de Trabajadores &#8211; Convenci&#243;n Nacional de Trabajadores) est la seule conf&#233;d&#233;ration syndicale uruguayenne. Son nom actuel provient d'une part de la Convention nationale des travailleurs (CNT) cr&#233;&#233;e en 1964, et interdite apr&#232;s le coup d'&#201;tat du 27 juin 1973, d'autre part de l'Intersyndicale pl&#233;ni&#232;re des travailleurs (PIT), cr&#233;&#233;e en 1982, alors que la junte militaire accordait une lib&#233;ralisation relative du r&#233;gime. Le 1er mai 1984, la conf&#233;d&#233;ration reprit son nom initial de CNT, sans abandonner le sigle PIT. La PIT-CNT compte aujourd'hui 64 f&#233;d&#233;rations syndicales, avec 200 000 affili&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La part des salaires dans le PIB argentin est divis&#233;e par deux : des pans entiers de la classe moyenne ayant b&#233;n&#233;fici&#233; du pseudo-miracle argentin rejoignent les 20% de la population d&#233;j&#224; noy&#233;s dans la marginalisation sociale.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir de documentaire de Naomi Klein, &lt;i&gt;The Take&lt;/i&gt;, 2004.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#171; Occuper, r&#233;sister, produire &#187;, Syllepse, 2015.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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