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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Pour une politique des soul&#232;vements terrestres</title>
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		<dc:creator>Ernest London</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entretien avec Antoine Chopot, co-auteur de Nous ne sommes pas seuls ! Politique des soul&#232;vements terrestres. O&#249; il est question de cohabitation plut&#244;t que de destruction &#8211; &#171; L'humain n'a pas besoin d'&#234;tre au centre et de dominer pour bien vivre &#187;. S'ils ne postulent pas tous la possibilit&#233; d'un effondrement, la plupart des ouvrages traitant d'&#233;cologie &#233;tablissent un constat d&#233;sesp&#233;r&#233; et se montrent timides, si ce n'est pessimistes, quant aux perspectives envisageables. Nous ne sommes pas (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L150xH150/-1771-7b764-57251-44422.jpg?1782943525' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entretien avec Antoine Chopot, co-auteur de &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls ! Politique des soul&#232;vements terrestres&lt;/i&gt;. O&#249; il est question de cohabitation plut&#244;t que de destruction &#8211; &#171; &lt;i&gt;L'humain n'a pas besoin d'&#234;tre au centre et de dominer pour bien vivre &lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4209 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-7b764-93b6e.jpg?1782943525' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_descriptif '&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;S&lt;/span&gt;'ils ne postulent pas tous la possibilit&#233; d'un effondrement, la plupart des ouvrages traitant d'&#233;cologie &#233;tablissent un constat d&#233;sesp&#233;r&#233; et se montrent timides, si ce n'est pessimistes, quant aux perspectives envisageables. &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; s'inscrit dans une approche clairement diff&#233;rente. Paru ce printemps aux &#233;ditions du Seuil&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Nous ne sommes pas seuls. Politique des soul&#232;vements terrestres, L&#233;na Balaud (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, il propose de r&#233;viser notre culture du vivant pour ouvrir nos pratiques politiques &#224; d'autres alli&#233;s et ainsi nous extraire de nos impasses. On en parle avec Antoine Chopot, co-auteur de ce manifeste pour une insurrection adoss&#233;e aux poils, aux plumes, aux &#233;cailles et aux feuilles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton approche de l'&#233;cologie ne s'exempte pas de la question sociale. Comment concilies-tu les deux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Les enseignements de l'&#233;thologie, de l'&#233;cologie, de l'anthropologie contemporaines, ainsi que les combats autochtones, paysans, &#233;cof&#233;ministes et les mouvements pour une Terre habitable nous disent que l'humain n'a pas besoin d'&#234;tre au centre et de dominer pour bien vivre. Il y a un monde vivant qu'il faut habiter en commun, avec d'autres &#234;tres, d'autres besoins et points de vue que ceux des humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le difficile enjeu est de trouver dans ce &#034;tournant non-humain&#034; une autre politique, qui n'efface pas les asym&#233;tries sociales entre humains. Il faut veiller &#224; ce que la mise en avant de nos interd&#233;pendances avec la plan&#232;te ne devienne pas une mode au service du renouvellement de l'&#233;conomie et de son imaginaire. Cette c&#233;l&#233;bration des liens avec les animaux, arbres, oiseaux, etc., doit pouvoir requalifier la politique elle-m&#234;me, dans tout ce qu'elle a de cr&#233;atif et de conflictuel, et nous aider &#224; placer des obstacles r&#233;els sur la voie du ravage &#233;cologique. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc quelque chose qui me g&#234;ne profond&#233;ment dans certaines critiques formul&#233;es par certains courants de la gauche anticapitaliste. D&#232;s lors que l'on s'int&#233;resserait aux plantes, aux arbres, aux oiseaux et &#224; leur mani&#232;re d'habiter, on se d&#233;sint&#233;resserait des rapports sociaux de domination entre humains. Avec &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; nous voulons montrer que l'on a tout &#224; perdre en dressant les anticapitalistes contre ce qui peut permettre de renforcer les sensibilit&#233;s &#224; la Terre, et inversement. Car le capitalisme est justement une mani&#232;re de mettre au travail les &#233;l&#233;ments, les &#233;nergies, et les socialit&#233;s des autres vivants, pour le projet d'accumulation, de circulation et de domination mondiale du capital &#8211; et pas seulement les humains.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Il faut veiller &#224; ce que la mise en avant de nos interd&#233;pendances avec la plan&#232;te ne devienne pas une mode au service du renouvellement de l'&#233;conomie et de son imaginaire.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le colonialisme europ&#233;en et le mouvement des enclosures, il y a eu appropriation &#224; vis&#233;e h&#233;g&#233;monique de pans entiers des &#233;cosyst&#232;mes, du fait de leurs propri&#233;t&#233;s et capacit&#233;s sp&#233;cifiques de croissance, de rendement, de clonabilit&#233;, etc. Des milieux ont &#233;t&#233; remplac&#233;s pour cr&#233;er une seconde nature profitable. La canne &#224; sucre, le charbon, le p&#233;trole, les atomes d'uranium ont &#233;t&#233; extraits ; les bl&#233;s modernes, les vaches holstein, les OGM ont &#233;t&#233; mis au point ; sans oublier tous les espaces dits naturels qu'il faut mettre au travail pour engendrer des ordinateurs, des voitures, des immeubles, des data centers, etc. Tous ces &#233;l&#233;ments se trouvent enr&#244;l&#233;s dans la vis&#233;e de croissance infinie. Et sans eux il n'y aurait tout simplement pas (eu) de domination capitaliste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, l'exploitation des pr&#233;caires et sans papiers dans les serres du mara&#238;chage industriel ne peut avoir lieu sans l'enr&#244;lement de vivants &#034;non-humains&#034; dans la production d'une nourriture &#224; bas co&#251;t. Sortir de cette &#233;cologie de la mise au travail, c'est alors n&#233;cessairement s'int&#233;resser &#224; nouveau aux vivants et aux collaborations, et se demander s&#233;rieusement, avec toutes les formes de savoirs disponibles, comment mieux cohabiter dans une autre organisation de l'activit&#233; commune. C'est donc apprendre &#224; prendre le point de vue des abeilles, des sols et des champignons, comme il faut le faire avec celui des travailleur&#183;euses. Apprendre &#224; conna&#238;tre pr&#233;cis&#233;ment ce qu'ils subissent, ce qui les tuent, et ce vers quoi ils tendent comme autre vie, avec ou sans nous. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Au nom de cette convergence d'int&#233;r&#234;ts, tu pr&#233;conises des &#171; alliances intersp&#233;cifiques &#187;, contre un ennemi commun. Qu'entends-tu par l&#224; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Humains et non-humains sont plac&#233;s dans un continuum de conditions, celui de la mise au travail pour le capital. De l&#224; on peut penser et agir dans un seul et m&#234;me cadre, celui des luttes multisp&#233;cifiques, m&#234;lant r&#233;sistances et alliances politiques, associant diff&#233;rentes esp&#232;ces, contre cet ennemi qui nous est commun &#8211;&#8198;&#034;nous&#034; qui partageons cette condition d'&#234;tre vivant sur une Terre mouvement&#233;e et violent&#233;e. Une alliance terrestre, cela consiste &#224; amplifier les actions de r&#233;sistances d'autres vivants pour composer avec eux un monde plus habitable, et &#224; opposer des obstacles aux adversaires de cette habitabilit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peux-tu nous donner des exemples d'une telle alliance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Prenons en deux. Certaines plantes sauvages deviennent massivement r&#233;sistantes aux herbicides et sabotent le rendement dans les champs d'OGM aux USA et en Am&#233;rique du Sud, entra&#238;nant des pertes de millions de dollars. En m&#234;me temps des paysan&#183;nes luttent pour sauver leurs pratiques et leurs champs contre les monocultures. Des activistes ont alors cherch&#233; &#224; amplifier le pouvoir de nuisance des plantes r&#233;sistantes, en collectant leurs graines et en confectionnant des &#034; bombes &#224; graines&#034; pour diss&#233;miner la r&#233;sistance ; ils remettent aussi en culture certaines de ces plantes dites invasives lorsqu'elles sont nutritivement int&#233;ressantes (comme l'amarante de Palmer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ailleurs, certains animaux sauvages reviennent occuper des anciennes mines, carri&#232;res ou friches et red&#233;marrent des nouveaux &#233;cosyst&#232;mes. Des collectifs de quartiers d&#233;fendent ces nouveaux lieux sauvages, contre la construction d'immeubles dans le moindre espace vacant. Ils disent que ces lieux sont aussi des habitats, pour d'autres vivants venus l&#224; spontan&#233;ment, mais aussi qu'il y a par ailleurs un grand nombre de logements vides inoccup&#233;s, o&#249; des humains pourraient &#234;tre install&#233;s sans avoir besoin d'artificialiser des milieux vivants (c'est ce qui se passe &#224; Bruxelles au Marais Wiels ou &#224; Rome avec le lac Ex SNIA). Tous ces collectifs en lutte nous aident &#224; saisir que la crise &#233;cologique est en r&#233;alit&#233; une crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e du logement &#8211; une crise des habitats humains et non-humains, mis &#224; mal par des logiques hors-sol (les biotechnologies, la m&#233;tropolisation, la b&#233;tonnisation&#8230;). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce qui t'a pouss&#233; &#224; t'int&#233;resser &#224; ces alliances ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; C'est la rencontre entre d'un c&#244;t&#233; un trajet personnel, une sensibilit&#233; aux &#234;tres vivants, forg&#233;e &#224; la ferme, qui s'est transform&#233;e en d&#233;fense de la d&#233;croissance, en d&#233;couverte du potager, de la for&#234;t, etc., et de l'autre un trajet de politisation assez fort et radical, &#224; travers les luttes &#233;tudiantes &#224; Rennes 2 et la rencontre du mouvement &#034;autonome&#034;. J'ai commenc&#233; &#224; comprendre comment coupler ces deux trajets d&#232;s lors que j'y ai per&#231;u un m&#234;me enjeu existentiel : celui de la communaut&#233;. Dans ma rencontre avec l'autonomie il y avait ce d&#233;sir de communisme, de puissance collective qui d&#233;cuple ton pouvoir d'agir et de penser. Et dans ma rencontre avec l'&#233;cologie il y avait cette reconnaissance d'une communaut&#233; qui nous d&#233;borde, nous les humains. J'&#233;tais affect&#233; par une impression forte mais peu consciente encore d'appartenance &#224; autre chose que le seul monde social, langagier, etc., de mes cong&#233;n&#232;res humains. Il m'a donc fallu comprendre, avec d'autres, comment on pouvait non pas sortir de la politique pour rejoindre la communaut&#233; plus grande de la Terre, mais comment on pouvait &#233;largir la communaut&#233; politique pour y introduire la Terre. Une lutte contre un projet d'artificialisation d'une belle zone de jardins potagers urbains, il y a une dizaine d'ann&#233;es &#224; Rennes, a notamment &#233;t&#233; d&#233;terminante pour moi dans la conciliation de ces deux dispositions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment faire pour &#171; d&#233;centrer &#187; le regard des humains, les aider &#224; d&#233;passer leur anthropocentrisme ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Au lieu d'opposer domination sociale et &#233;cologie, posons-nous cette question : si la fabrication du capitalisme repose sur une s&#233;rie d'agencements &#233;cologiques h&#233;g&#233;moniques, quels sont &#224; l'inverse les agencements d'humains et de non-humains propices et propres &#224; une politique d'&#233;mancipation d&#233;sirable, soutenable, offensive, socialiste, communiste, f&#233;ministe, etc. ? Ces agencements n'ont rien d'abstrait : ce sont des potagers urbains et des espaces plus sauvages et moins min&#233;ralis&#233;s dans des quartiers populaires ; une s&#233;curit&#233; sociale de l'alimentation, saine, &#233;cologique et autonomisante, pour toutes et tous ; des territoires de montagnes ou de for&#234;ts moins pressuris&#233;s et laiss&#233;s &#224; un r&#233;ensauvagement r&#233;parateur pour les milieux eux-m&#234;mes ; une agriculture, une p&#234;cherie et une foresterie paysannes, populaires et &#233;cologiques lib&#233;r&#233;es du dogme du rendement &#224; l'hectare et de la production &#224; bas co&#251;ts, avec le moins de gens possibles et le plus de machines possibles, etc.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Si la fabrication du capitalisme repose sur une s&#233;rie d'agencements &#233;cologiques h&#233;g&#233;moniques, quels sont &#224; l'inverse les agencements d'humains et de non-humains propices et propres &#224; une politique d'&#233;mancipation d&#233;sirable, soutenable, offensive, socialiste, communiste, f&#233;ministe, etc. ?&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Cela &#233;tant dit, l'&#233;cologie n'a pas non plus &#224; &#234;tre absorb&#233;e totalement par l'agenda militant : c'est aussi un mouvement de lib&#233;ration de la perception, de prise de connaissance et de contact avec le monde qui nous entoure. Il n'est jamais trop tard pour s'int&#233;resser &#224; l'histoire de la for&#234;t, de la friche, du volcan ou de la rivi&#232;re pr&#232;s de chez nous ! Un bon exercice peut &#234;tre d'y voir comment cet espace cristallise une histoire humaine tout en incarnant une histoire g&#233;ologique, &#233;cologique, biologique&#8230; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ton livre d&#233;gage un r&#233;el optimisme. Restes-tu confiant dans nos capacit&#233;s &#224; agir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a toutes les raisons du monde d'&#234;tre du c&#244;t&#233; du pessimisme. On voit une fascisation et une lib&#233;ration de tous les affects r&#233;actionnaires, racistes, antif&#233;ministes. Une &#233;lection pr&#233;sidentielle o&#249; tous les coups vont &#234;tre permis. Une COP 26 que l'on peut r&#233;sumer &#224; &#034;&lt;i&gt;bla bla bla&lt;/i&gt;&#034;. Une Terre en surchauffe avec des points de bascule ultra-rapides dans un horizon proche, avec ces bombes &#224; retardement que sont les poches de m&#233;thane ou bien l'arr&#234;t du Gulf Stream. Un Elon Musk qui veut quitter la Terre pour conqu&#233;rir l&#224;-haut d'autres espaces d'accumulation infinie et un Mark Zuckerberg qui d&#233;veloppe son Metaverse pour continuer ici-bas &#224; accumuler dans un monde pr&#233;tendument &#034;virtuel&#034; et sans cons&#233;quence &#233;cologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t la formule de Gramsci : &#034;&lt;i&gt;Pessimisme de l'intelligence, optimisme de la volont&#233;&lt;/i&gt;&#034;. Oui il nous faut du volontarisme face &#224; tout cela, et notamment face &#224; une classe dominante qui fait s&#233;cession et ne compte plus du tout sur une Terre apais&#233;e comme son habitat premier, pr&#234;te &#224; faire le choix de la guerre civile, climatique et &#233;conomique permanente. Mais je crois qu'il nous faut aussi beaucoup de cr&#233;ativit&#233; intellectuelle et collective, de lieux pour habiter, et du travail de perception, pour apprendre &#224; voir comment le monde non-humain r&#233;agit lui aussi autour de nous, tout en se tenant &#224; l'&#233;coute des perc&#233;es dans les luttes. C'est important de parler de &#034;confiance&#034; dans nos capacit&#233;s d'agir : sans cette confiance en nous et dans les vivants qui nous entourent, sans cette foi dans un monde gorg&#233; de possibles et de relations diff&#233;rentes, nous perdrons le go&#251;t de l'action. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;strong&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;Propos recueillis pas Ernest London&lt;/div&gt;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls. Politique des soul&#232;vements terrestres&lt;/i&gt;, L&#233;na Balaud et Antoine Chopot, &#233;ditions du Seuil, mars 2021.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4220 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/pas_seuls.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/pas_seuls.jpg' width=&#034;800&#034; height=&#034;1085&#034; alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>De l'&#233;merveillement &#224; la lutte</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/De-l-emerveillement-a-la-lutte</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Lise Lacombe</dc:subject>
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		<dc:subject>sauvage</dc:subject>

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&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce (Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman L&#224; o&#249; le feu et l'ours (2021). En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce &lt;/i&gt;(Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; (2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-4a6bd.jpg?1782728251' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 %. Dans ce contexte de r&#233;tr&#233;cissement de l'espace habitable, les conflits de territoire entre humains et &#171; non-humains &#187; sont appel&#233;s &#224; se multiplier. D&#233;j&#224;, en Alaska, on voit un nombre croissant d'ours fouiller les poubelles pour survivre. &#192; Marseille, ce sont des sangliers qui s'invitent en ville. &#192; Strasbourg et Londres, les renards investissent d&#233;sormais les parcs urbains. De plus en plus d'animaux sauvages sont condamn&#233;s &#224; partager les m&#234;mes zones que nous. Nous qui les avons chass&#233;s, expuls&#233;s de leurs territoires et avons cru pouvoir les exclure de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de cohabitation forc&#233;e, nous allons avoir besoin de &#171; &lt;i&gt;diplomates&lt;/i&gt; &#187;, comme le formule le philosophe Baptiste Morizot &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cela implique de se d&#233;faire de nos pr&#233;jug&#233;s et de d&#233;velopper des sch&#233;mas de pens&#233;e permettant le d&#233;veloppement de relations politiques avec les animaux. Pour cela, il faut r&#233;&#233;valuer en profondeur notre place dans les &#233;cosyst&#232;mes. L'humain est un mammif&#232;re qui ne survit pas sans air respirable, sans ressources comestibles ni eau potable. Cette appartenance au monde vivant marque une interd&#233;pendance et devrait en toute logique instaurer un int&#233;r&#234;t commun &#224; pr&#233;server les conditions de vie sur Terre. Elle pourrait m&#234;me refonder l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, notion cl&#233; du droit public fran&#231;ais qui d&#233;signe la finalit&#233; d'institutions cens&#233;es servir une population consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire non seulement les &#234;tres humains mais aussi les autres animaux, les v&#233;g&#233;taux, microbes et champignons. Sans parler des virus qui nous ont douloureusement rappel&#233; qu'il faut composer avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec la nature contre ceux qui l'effondrent &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce constat nous invite en premier lieu &#224; &#233;carquiller les yeux. Car de l'&#233;merveillement na&#238;t aussi la force de se battre. L'&#233;crivain William Morris a ainsi &#233;tabli dans son texte &lt;i&gt;L'Art en ploutocratie&lt;/i&gt; (1883) la puissance d'&#233;mancipation du sentiment esth&#233;tique. Sa conviction : &#171; &lt;i&gt;Il n'existe rien de ce qui participe &#224; notre environnement qui ne soit beau ou laid, qui ne nous ennoblisse ou nous avilisse.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi il appelait &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;tendre le sens du mot art jusqu'&#224; englober la configuration de tous les aspects ext&#233;rieurs de notre vie&lt;/i&gt; &#187;. Dans cette optique, certains proposent de constituer des r&#233;serves sauvages &#8211; &#224; l'image de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). D'autres sugg&#232;rent d'inventer de nouveaux m&#233;canismes de pr&#233;servation de la nature, sans pour autant gommer son alt&#233;rit&#233; &#8211; ce que porte notamment la philosophe de l'environnement Virginie Maris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre peut-on &#233;galement &#233;chafauder de nouvelles alliances, comme le proposent L&#233;na Balaud et Antoine Chopot dans leur livre &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; (2021), afin d'&#171; &lt;i&gt;agir avec la nature contre ceux qui l'effondrent&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, aux jardins populaires autog&#233;r&#233;s des Va&#238;tes &#224; Besan&#231;on, c'est le tr&#232;s f&#233;ministe crapaudalyte (dit &#171; accoucheur &#187;) qui a permis de ralentir les travaux d'un &#233;coquartier mena&#231;ant de d&#233;truire 35 hectares de terre. En 2019, la finale du championnat de France de jet-ski a &#233;t&#233; stopp&#233;e en Corse par des dauphins qui, non contents de saboter la course de moteurs bruyants et polluants, se sont amus&#233;s en sautant entre les engins &#224; l'arr&#234;t. Dans le ciel de Paris, des go&#233;lands ont attaqu&#233; les drones de la Pr&#233;fecture de police pendant un acte des Gilets jaunes. Formellement, ils ne s'en prenaient pas aux drones : ils prot&#233;geaient leurs &#339;ufs. Mais la symbolique reste puissante : les activistes, qu'ils luttent pour la justice sociale ou pour le climat et la biodiversit&#233;, ne font rien d'autre que prot&#233;ger, eux aussi, la possibilit&#233; d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout nous presse &#224; sortir de l'anthropocentrisme et &#224; repenser les fronti&#232;res entre le sauvage et le domestique. Toutes les fronti&#232;res. Ce n'est pas un hasard si la droite et les n&#233;o fascistes utilisent le terme d'ensauvagement pour d&#233;signer les violences urbaines et condamner les migrations. Tracer des fronti&#232;res entre sauvage et civilis&#233;, domestiquer et cr&#233;er des hi&#233;rarchies entre &#171; races &#187;, c'est toute l'histoire de la colonisation. Et tout ce qu'il faut d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des rencontres et frottement in&#233;dits &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;construction n&#233;cessite une certaine facult&#233; d'empathie, puisqu'elle impose de comprendre les sentiments et &#233;motions d'un autre individu. De se mettre &#224; sa place. La fiction peut nous y aider en permettant des rencontres et frottements in&#233;dits, en transposant les corps, affranchis des contraintes mat&#233;rielles de la vraie vie. Ainsi dans &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;(2020), roman de Camille Brunel, une &#233;pid&#233;mie transforme les humains en animaux, sans distinction. On voit surgir des c&#233;tac&#233;s, bonobos, rhinoc&#233;ros et pythons qui sont autant d'amis, d'enfants, de maris ou de voisins. C'est aussi ce qui arrive &#224;&lt;i&gt; La femme chang&#233;e en renard &lt;/i&gt;(1924) de David Garnett. Dans la campagne anglaise, au passage d'une chasse &#224; courre, le mari de Silvia d&#233;couvre avec stupeur que celle-ci a &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;e en renarde, l'instinct vulpin &#233;clipsant progressivement la part &#171; civilis&#233;e &#187; de Sylvia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux romans, le passage d'une forme &#224; l'autre ne modifie pas fondamentalement la relation qui s'exerce entre humains et &#171; non-humains &#187;. Le fr&#232;re transform&#233; en lapin, comme la femme chang&#233;e en renard, sont tout bonnement devenus lapin et renard. Il n'y a pas &#224; proprement parler d'&#171; &lt;i&gt;&#234;tre de la m&#233;tamorphose&lt;/i&gt; &#187;, au sens o&#249; l'entendent Baptiste Morizot et Nastassja Martin, qui dans leur article &#171; Retour du temps du mythe &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire sur le site du journal suisse Issue (13/12/2018).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;crivaient ainsi les caract&#233;ristiques de cette entit&#233; hybride : &#171; &lt;i&gt;Son statut n'est pas assignable, et les relations sociales qu'il entretient avec le collectif humain en pr&#233;sence ne sont pas stabilis&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est diff&#233;rente dans &lt;i&gt;L'homme qui savait la langue des serpents&lt;/i&gt; d'Andrus Kivir&#228;hk (2013), fabuleux roman empreint de la mythologie estonienne du XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle o&#249; &#234;tres humains, serpents et ours parlent la m&#234;me langue, dialoguent et vont m&#234;me parfois jusqu'&#224; s'aimer. Pour reprendre les termes des auteurs du &#171; Retour du temps du mythe &#187;, c'est bien &#171; &lt;i&gt;un temps d'avant le temps, dans lequel les &#234;tres sont encore indistincts. Les formes de vies ne sont pas encore s&#233;par&#233;es. Les animaux ne sont pas encore distincts des humains&lt;/i&gt; &#187;. Las, l'arriv&#233;e des colons chr&#233;tiens va bouleverser statuts et relations, menacer la coexistence et teinter les rapports de m&#233;fiance, d'incompr&#233;hension et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &#234;tre de la m&#233;tamorphose &#187; d'un genre nouveau, qui vient interroger la notion m&#234;me de normalit&#233;, on le trouve &#233;galement dans &lt;i&gt;F&#233;lines &lt;/i&gt;(2019), roman de St&#233;phane Servant. Des jeunes femmes atteintes d'une mutation inconnue voient leur corps se couvrir de poils, leurs sens s'aiguiser et leurs forces d&#233;cupler. Mises au ban de la soci&#233;t&#233;, elles sont nomm&#233;es &#171; &lt;i&gt;obscures&lt;/i&gt; &#187; et trait&#233;es comme inf&#233;rieures. Mais elles conservent leurs singularit&#233;s et leur m&#233;moire. Pour reprendre les termes de l'anthropologue Philippe Descola, si leur &#171; &lt;i&gt;physicalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; s'est modifi&#233;e, elles gardent leur &#171; &lt;i&gt;int&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (&#233;motions, conscience, d&#233;sirs...). On peut interpr&#233;ter la mutation des f&#233;lines comme une r&#233;ponse adaptative aux d&#233;r&#232;glements provoqu&#233;s par l'Anthropoc&#232;ne. En faisant effraction du statut qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;, elles se montrent inassignables. Une m&#233;tamorphose qui ouvre la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier acte des &lt;a href=&#034;https://lessoulevementsdelaterre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soul&#232;vements de la terre &lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, fin mars 2021, on a vu des femmes-renardes jouer des percussions. Auparavant, on a aussi crois&#233; des cort&#232;ges d&#233;guis&#233;s en animaux pour protester contre les cirques ou les abattoirs. Et des banderoles &#171; &lt;i&gt;Phoque le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187; dans les manifestations pour le climat. Mais au-del&#224; de ces alliances &#233;videntes, l'imaginaire animal peut aussi s'inviter dans les luttes sociales. Inspirer des m&#233;canismes de fuite, de furtivit&#233; &#224; la Damasio &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain, notamment auteur du livre Les Furtifs (2019).&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, de camouflage et de terriers comme base arri&#232;re quand il y a besoin de se mettre au vert. Le biomim&#233;tisme, qui consiste &#224; s'inspirer des formes, mati&#232;res, propri&#233;t&#233;s, processus et fonctions du vivant, n'est pas le monopole de l'industrie. &#192; nous de nous en emparer autrement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corinne Morel Darleux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant &lt;/i&gt;(Wildproject, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; lire sur le site du journal suisse &lt;i&gt;Issue&lt;/i&gt; (13/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &lt;i&gt;&#224; reprendre les terres et &#224; bloquer les industries qui les d&#233;vorent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &#201;crivain, notamment auteur du livre &lt;i&gt;Les Furtifs&lt;/i&gt; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>&#171; Montrer que les animaux ont une histoire &#187; </title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Montrer-que-les-animaux-ont-une</link>
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		<dc:date>2021-05-10T08:47:26Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Margaux Wartelle</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;&#201;tudier et comprendre le point de vue animal pour &#233;crire une autre histoire, d&#233;centr&#233;e. Telle est depuis une trentaine d'ann&#233;es l'ambition de l'historien &#201;ric Baratay. Avec plus d'une dizaine de livres &#224; son actif, portant sur des sujets aussi divers que le sort des animaux pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale (B&#234;tes des tranch&#233;es, CNRS &#233;ditions, 2013) ou la place du chat domestique dans nos soci&#233;t&#233;s modernes (Cultures f&#233;lines, Seuil, 2021), il croise les sciences, les sources et les (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;tudier et comprendre le point de vue animal pour &#233;crire une autre histoire, d&#233;centr&#233;e. Telle est depuis une trentaine d'ann&#233;es l'ambition de l'historien &#201;ric Baratay. Avec plus d'une dizaine de livres &#224; son actif, portant sur des sujets aussi divers que le sort des animaux pendant la Premi&#232;re Guerre mondiale (&lt;i&gt;B&#234;tes des tranch&#233;es&lt;/i&gt;, CNRS &#233;ditions, 2013) ou la place du chat domestique dans nos soci&#233;t&#233;s modernes (&lt;i&gt;Cultures f&#233;lines&lt;/i&gt;, Seuil, 2021), il croise les sciences, les sources et les approches pour sortir d'un pesant anthropomorphisme. Entretien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3628 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/-1769-d9408.jpg?1782728252' width='500' height='353' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration d'&#201;tienne Savoye
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Pousser les portes et mieux entrevoir d'autres mondes. &lt;/i&gt; &#187; C'est par ces mots qu'&#201;ric Baratay, professeur &#224; l'universit&#233; Lyon III et &#224; l'Institut universitaire de France, conclut son livre &lt;i&gt;Le Point de vue animal, une autre version de l'histoire&lt;/i&gt; (Seuil, 2012), ouvrage embl&#233;matique de sa d&#233;marche d'historien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur cette pente, il a multipli&#233; les pistes et &#233;tudi&#233;, p&#234;le-m&#234;le : les destins invisibles des animaux dans les guerres, l'histoire des jardins zoologiques, la corrida, la place des b&#234;tes dans les religions... Son approche ? Pas seulement collective, mais &#233;galement individuelle, puisqu'il a patiemment retiss&#233; des &lt;i&gt;Biographies animales &lt;/i&gt;(2017) : celle d'une girafe embl&#233;matique du Jardin des plantes, de l'&#226;nesse de Stevenson qui le suivit dans ses p&#233;riples dans les C&#233;vennes&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Racont&#233;s par l'&#233;crivain britannique dans Voyage avec un &#226;ne dans les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; ou du taureau Islero qui causa la mort du c&#233;l&#232;bre torero Manolete.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son dernier livre, consacr&#233; aux f&#233;lins domestiques, affiche pour sous-titre&lt;i&gt; Les Chats cr&#233;ent leur histoire&lt;/i&gt;. Un mantra transposable &#224; tous les animaux tant &#201;ric Baratay les pense comme acteurs de leur propre destin&#233;e collective. Des trajectoires qui, pour lui, m&#233;ritent amplement d'&#234;tre &#233;tudi&#233;es, sans &#339;ill&#232;res humaines, afin de renverser notre conception du monde et de reconstituer des existences. Interview.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En tant qu'historien, pourquoi avoir choisi d'aborder l'histoire du point de vue des animaux ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Quand j'ai commenc&#233; il y a plus de trente ans &#224; m'int&#233;resser &#224; l'histoire des animaux, le sujet &#233;mergeait &#224; peine. De mani&#232;re assez conventionnelle, je me suis d'abord concentr&#233; sur le c&#244;t&#233; humain de cette histoire : comment les hommes se repr&#233;sentent les animaux et comment ils les traitent. C'est l'aspect le plus facile &#224; travailler pour un historien ou un sociologue, car m&#234;me si le sujet &#233;tait neuf &#8211; et n'&#233;tait d'ailleurs pas tr&#232;s bien vu &#224; l'&#233;poque &#8211; la m&#233;thodologie n'avait rien d'inhabituelle. Dans les ann&#233;es 2000, cette histoire-l&#224;, que j'appelle d&#233;sormais &#8220;l'histoire humaine des animaux&#8221;, a gagn&#233; sa reconnaissance dans le champ universitaire. Mais j'ai voulu aller plus loin et faire une histoire animale des animaux, c'est-&#224;-dire d'un point de vue non humain. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la m&#233;thode change-t-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela implique d&#233;j&#224; de travailler avec d'autres sciences : g&#233;n&#233;tique, &#233;thologie et zoologie. L'objectif ? Comprendre comment les animaux vivent de grands ph&#233;nom&#232;nes historiques, tels que les r&#233;volutions industrielle et agricole, ou encore le d&#233;veloppement de certains loisirs comme la corrida.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je me suis ainsi int&#233;ress&#233; aux chevaux travaillant dans les mines ou aux vaches converties en laiti&#232;res. Pour &#231;a, il m'a fallu aller chercher deux types de textes. D'un c&#244;t&#233;, des &#233;crits d&#233;laiss&#233;s, comme des th&#232;ses r&#233;dig&#233;es par des v&#233;t&#233;rinaires dans l'entre-deux-guerres ; de l'autre, des textes tr&#232;s connus, mais qu'on lisait uniquement avec un regard humain, tels que les r&#233;cits de Th&#233;ophile Gautier, Alexandre Dumas ou encore Thomas Mann &#224; propos de leur chien ou de leur chat. On croyait ce deuxi&#232;me type de documents tr&#232;s enjoliv&#233;s, voire invent&#233;s, et on ne retenait que l'exercice litt&#233;raire ou la confession subjective, alors qu'en r&#233;alit&#233;, ils sont pleins de ressources. Mais c'est une gymnastique mentale particuli&#232;re : il faut rep&#233;rer ce qui est le plus signifiant pour l'animal &#8211; les descriptions, les d&#233;tails, les chiffres les concernant&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique aussi de r&#233;apprendre &#224; &#233;crire. Au d&#233;but, il m'a fallu reformuler mes phrases jusqu'&#224; une dizaine de fois, car je mettais tr&#232;s vite les humains au premier plan. Il faut donc employer des tournures inhabituelles, comme &#8220;&lt;i&gt;le cheval se voit et se sent pousser&lt;/i&gt;&#8221; plut&#244;t &#8220;&lt;i&gt;qu'il est pouss&#233; par&lt;/i&gt;&#8221; ou &#8220;&lt;i&gt;l'homme le pousse&lt;/i&gt;&#8221;, des expressions qui n&#233;gligent le ressenti animal. Dans mes &lt;i&gt;Biographies animales&lt;/i&gt;, j'ai par exemple adopt&#233; une &#233;criture morcel&#233;e pour mettre le lecteur &#224; c&#244;t&#233; du taureau Islero et lui faire vivre sa corrida, pas celle de Manolete, pouss&#233;e au second plan. Autre exemple, dans mon dernier livre &lt;i&gt;Cultures f&#233;lines&lt;/i&gt;, j'ai forg&#233; des mots comme &#8220;&lt;i&gt;palpatter&lt;/i&gt;&#8221;, &#8220;&lt;i&gt;agriffer&lt;/i&gt;&#8221;, &#8220;&lt;i&gt;palpinariner&lt;/i&gt;&#8221;, sur le mod&#232;le de &#8220;&lt;i&gt;ronron&lt;/i&gt;&#8221; et &#8220;&lt;i&gt;ronronner&lt;/i&gt;&#8221; qui nous paraissent normaux, mais n'ont &#233;t&#233; cr&#233;&#233;s qu'au milieu du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle lorsqu'on a commenc&#233; &#224; davantage s'int&#233;resser aux chats. Enfin, il faut penser les animaux dans l'espace et dans le temps, car leur comportement change en fonction et de l'&#233;poque et du lieu. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;C'est-&#224;-dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Auparavant, on pensait que le comportement au sein d'une m&#234;me esp&#232;ce &#233;tait le m&#234;me quels que soient les individus, et ceci, sans &#233;gard pour l'&#233;poque ou le lieu. Or, les &#233;thologues ont montr&#233; que c'&#233;tait faux. Prenons l'exemple des chiens : au XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, la plupart &#233;taient des individus errants ou charg&#233;s de monter la garde, avec une relation tr&#232;s distante aux humains. Aujourd'hui, 90 % sont des chiens de compagnie, qui ont parfois ce que les v&#233;t&#233;rinaires appellent &#8220;des anxi&#233;t&#233;s de s&#233;paration&#8221; quand leur ma&#238;tre s'en va. Leur comportement a chang&#233;. Pareil pour la vache : au d&#233;but du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;, on a voulu la transformer en laiti&#232;re sp&#233;cialis&#233;e, mais elle a r&#233;sist&#233;. On l'a alors s&#233;par&#233;e de son veau. &#192; l'&#233;poque, les vaches &#233;taient capables de se tarir en signe de protestation si on leur enlevait leur petit. Par contre, les vaches actuelles, la Prim'Holstein par exemple, sont perturb&#233;es si on leur laisse leur veau, si bien qu'elles baissent leur production. Cette attitude n'est pas due qu'&#224; une transformation biologique. Entrent en jeu l'&#233;ducation, l'apprentissage, l'imitation des autres individus, etc. Le cas des chats est frappant : leur &#233;volution au fil du temps ne s'explique pas par la mutation g&#233;n&#233;tique, puisque les d&#233;lais (quelques dizaines d'ann&#233;es) sont trop courts pour qu'il y ait un v&#233;ritable changement biologique. Ainsi, le comportement de ces f&#233;lins agissant d'une mani&#232;re analogue aux chiens (sollicitant, pouvant eux aussi exp&#233;rimenter une anxi&#233;t&#233; de s&#233;paration) n'a plus rien &#224; voir avec celui des chats de goutti&#232;re d'il y a un si&#232;cle. Il faut donc prendre en compte d'autres processus. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sur quelles sources peut-on s'appuyer pour &#233;tudier l'histoire animale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Pour l'instant, nous sommes contraints par les sources humaines. Je suis oblig&#233; de choisir des histoires animales en fonction de la pr&#233;sence, la quantit&#233; et la qualit&#233; de sources &#233;crites humaines. Sachant que toute source n'est pas bonne. On me parlait par exemple souvent de l'&#233;crivaine Colette dont les chats peuplent les romans&lt;a href=&#034;#nb3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elle a m&#234;me &#233;crit en 1933 un roman intitul&#233; La chatte.&#034; id=&#034;nh3-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, mais sa vision est tr&#232;s anthropomorphiste. C'est int&#233;ressant pour une recherche en litt&#233;rature, mais cela n'a aucun int&#233;r&#234;t pour comprendre comment ces f&#233;lins se comportaient avec elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc primordial de trouver des sources animales. Pour cela, on peut regarder du c&#244;t&#233; de l'arch&#233;ozoologie : les ossements des animaux morts nous racontent des habitudes de vie. Pour ceux qui sont toujours en vie, il y a les traces, les restes de passages. On peut ainsi &#233;tudier, &#224; la mani&#232;re d'un &#233;thologue, les comportements d'un animal vivant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais selon moi, ce qui va devenir la grande source c&#244;t&#233; animal dans les ann&#233;es &#224; venir, c'est la g&#233;n&#233;tique. Elle nous dit plein de choses sur les maladies, l'alimentation, les comportements. Le chercheur Ludovic Orlando a ainsi r&#233;ussi &#224; d&#233;montrer que le cheval de Przewalski (qu'on consid&#233;rait jusqu'alors comme le dernier descendant des chevaux sauvages) &#233;tait en fait un descendant r&#233;ensauvag&#233; du premier cheval domestiqu&#233;. Contrairement aux id&#233;es re&#231;ues, la domestication, toutes esp&#232;ces confondues, ne s'est pas faite &#224; un endroit donn&#233; et &#224; une date pr&#233;cise, mais en plusieurs endroits et &#224; des moments diff&#233;rents. Concernant le cheval, il y a eu deux domestications successives : la premi&#232;re n'a pas dur&#233;, mais les chevaux de Przewalski sont issus de cette tentative. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'histoire que vous &#233;crivez se concentre sur des animaux qui ont des liens avec l'homme...&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Certains reprochent aux historiens des animaux de s'int&#233;resser surtout aux mammif&#232;res proches des hommes. Ce n'est pas faux, mais c'est un d&#233;but. Un jour, on pourra aller plus loin. R&#233;cemment, un &#233;thologue qui travaille sur les bourdons s'est aper&#231;u que chaque individu a un bruit de vol particulier. C'est une vraie d&#233;couverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un avenir proche, j'aimerais travailler sur les v&#233;g&#233;taux. Non pas pour faire une histoire humaine des v&#233;g&#233;taux, car elle est d&#233;j&#224; bien d&#233;frich&#233;e, mais pour essayer de comprendre comment les v&#233;g&#233;taux ont v&#233;cu certains ph&#233;nom&#232;nes historiques importants. Par exemple, concernant la Premi&#232;re Guerre mondiale, analyser ce qu'a signifi&#233; cette guerre pour les for&#234;ts, pour tel type d'arbre, ceci en croisant la botanique, la physiologie et les neurosciences v&#233;g&#233;tales en pleine &#233;bullition. Les scientifiques nous montrent que tout ne se ram&#232;ne pas &#224; la vie m&#233;canique : les v&#233;g&#233;taux &#233;mettent des signaux &#233;lectriques, odorif&#233;rants, indiquant notamment qu'ils peuvent &#234;tre stress&#233;s &#8211; &#224; leur mani&#232;re &#233;videmment. On pourrait choisir une situation historique : un jardin botanique, par exemple, et &#233;tudier la question du transport des plantes, r&#233;fl&#233;chir &#224; ce que &#231;a veut dire pour un arbre d'&#234;tre d&#233;racin&#233; des Antilles, d'Afrique, et dans quelles conditions ce transfert se fait... &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelles sont les grandes &#233;volutions de l'histoire animale ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; On en revient aux sources humaines. On en est r&#233;duits &#224; &#233;tudier les documents &#233;crits, et jusqu'au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, il n'y a pas de t&#233;moignages de paysans, donc on travaille sur des t&#233;moignages r&#233;dig&#233;s par des gens lettr&#233;s. Par exemple, &#224; propos de l'histoire des vaches laiti&#232;res, on recourt aux textes des v&#233;t&#233;rinaires, des zootechniciens, aux r&#233;cits litt&#233;raires, aux registres notariaux ou judiciaires. C'est compliqu&#233;. Ceci dit, si l'on veut tracer de grandes p&#233;riodes dans l'histoire animale, on peut quand m&#234;me dire qu'il y a &#224; la fois des tendances longues et d'autres plus courtes, en dents de scie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Occident, la tendance longue, issue de la philosophie grecque et du christianisme, a &#233;t&#233; de d&#233;valoriser les animaux, de les consid&#233;rer sans &#226;me ou avec une &#226;me mat&#233;rielle et mortelle &#8211; en opposition &#224; l'&#226;me humaine qui serait immortelle. Cette vision, qui s'est impos&#233;e &#224; toute l'Europe, r&#233;sulte d'une interpr&#233;tation : dans les premiers livres de l'Ancien Testament, la diff&#233;rence se fait entre Dieu et les cr&#233;atures de Dieu, humains et animaux confondus. Par la suite et jusqu'&#224; aujourd'hui, on a pourtant s&#233;par&#233; les hommes des autres cr&#233;atures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; l'int&#233;rieur de cette grande tendance, il y a des &#233;poques. Au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, avec la mode du cart&#233;sianisme, les &#233;lites intellectuelles ont beaucoup insist&#233; sur la diff&#233;rence entre humains et animaux. De la m&#234;me fa&#231;on, la p&#233;riode 1930-1980 a &#233;t&#233; une p&#233;riode tr&#232;s dure, notamment influenc&#233;e par le marxisme pour lequel la d&#233;finition de l'homme passe par le travail, ce dernier reposant sur la transformation et la ma&#238;trise de la nature &#224; travers l'&#233;levage, l'agriculture, la laine ou la m&#233;tallurgie. Le lib&#233;ralisme &#233;conomique n'est &#233;videmment pas en reste, avec l'&#233;levage industriel et l'abattage &#224; la cha&#238;ne, invent&#233; dans les abattoirs de Chicago. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;tudier les animaux &#224; partir de leur point de vue, c'est aussi une mani&#232;re de faire l'histoire des oubli&#233;s, des sans-voix. Vous y mettez une ambition politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Cela s'inscrit en effet dans une histoire des &#8220;n&#233;glig&#233;s&#8221;, comme celle des femmes, ou de tel ou tel groupe social. On le sait : en accorder une &#224; un autre est un geste philosophique et politique. Pendant tr&#232;s longtemps, toute une partie de la population humaine est rest&#233;e &#8220;sans histoire&#8221;. Pour ce qui est des animaux, il faut se d&#233;centrer, faire une histoire large des non-humains, avec une approche transdisciplinaire. Documenter l'utilisation des chevaux dans les guerres napol&#233;oniennes, c'est d&#233;j&#224; reconna&#238;tre qu'ils prenaient part aux &#233;v&#233;nements, mais il faut aller encore plus loin. Et montrer que les animaux existent en dehors de leur participation &#224; des ph&#233;nom&#232;nes humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#201;videmment, leur histoire est influenc&#233;e par les hommes, mais aucun humain n'en a une compl&#232;tement ind&#233;pendante de son environnement. Si le Covid nous montre &#224; quel point nous avons une destin&#233;e individuelle contrainte, &#231;a n'emp&#234;che pas que nous sommes persuad&#233;s d'avoir notre propre histoire. De plus, le sch&#233;ma pyramidal dans lequel nous vivons, h&#233;rit&#233; de l'Antiquit&#233; grecque avec en bas les v&#233;g&#233;taux, ensuite les animaux peu &#233;volu&#233;s, puis les mammif&#232;res et enfin les humains &#8211; avec bien s&#251;r une hi&#233;rarchie cr&#233;&#233;e entre les humains &#8211; n'est pas propre &#224; l'Occident : d'autres civilisations la partagent. Mais il est important de dire qu'elle n'est pas commune &#224; toutes les soci&#233;t&#233;s, comme l'anthropologue Philippe Descola l'a d&#233;crit dans &lt;i&gt;Par-del&#224; nature et culture&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Gallimard, 2005.&#034; id=&#034;nh3-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Ainsi, les soci&#233;t&#233;s animistes, notamment celles des Indiens d'Amazonie, ne partagent pas cette vision. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle autre repr&#233;sentation serait &#224; inventer ou &#224; red&#233;couvrir ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il y a beaucoup de pistes. La g&#233;n&#233;tique, par exemple, ou bien le langage. On dit que les animaux n'en ont pas, mais on confond langage et langage humain. Le vivant est un buisson qui part dans tous les sens. Et en suivant ce mod&#232;le, il y aurait un langage &#224; la mode humaine, un autre &#224; la mode canine, chevaline, etc. Il faut donc avoir une d&#233;finition plus large : est langage tout syst&#232;me de signe permettant une communication, donc le chien qui retrousse ses babines a un langage ! &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ces derni&#232;res ann&#233;es, le rapport au vivant est devenu tr&#232;s pr&#233;sent dans les luttes sociales (on peut citer les Zad) et dans une partie du d&#233;bat public&#8230; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Il s'agit plus d'une acc&#233;l&#233;ration que d'une nouveaut&#233;. En Europe, les premiers &#224; avoir fait la jonction entre les luttes sociales et la cause animale sont les quakers, minorit&#233; protestante anglaise pers&#233;cut&#233;e au XVII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Ils critiquaient la notion de &#8220;&lt;i&gt;sujets&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; eux parlaient plut&#244;t de &#8220;&lt;i&gt;citoyens&lt;/i&gt;&#8221; &#8211; et ont &#233;t&#233; parmi les premiers &#224; remettre en cause l'esclavage, le statut inf&#233;rieur des femmes et donc &#233;galement la sup&#233;riorit&#233; des humains sur les animaux. Au XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, des intellectuels comme Rousseau ou Locke, marginaux &#224; l'&#233;poque, r&#233;fl&#233;chissent &#224; ces questions. Et on retrouve cette id&#233;e &#224; la R&#233;volution. Ainsi, &#224; Paris, on interdit les montreurs d'animaux sauvages (ours, animaux encag&#233;s) parce qu'on estime alors que ces mises en sc&#232;ne d'&#234;tres vivants contraints ne peuvent pas cohabiter avec la lib&#233;ration des citoyens. La SPA, projet ensuite port&#233; par la petite et grande bourgeoisie, est fond&#233;e en 1845. Et en 1850, la premi&#232;re loi de protection animale est vot&#233;e. L'un des rares &#224; d&#233;fendre le projet de loi est d'ailleurs Victor Sch&#339;lcher, l'homme politique qui vient de faire abolir l'esclavage. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De la seconde moiti&#233; du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; jusqu'aux ann&#233;es 1920, des intellectuels comme Zola ou Victor Hugo pr&#244;nent l'attention aux opprim&#233;s, qu'il s'agisse des femmes ou des ouvriers, mais &#233;galement des animaux. On trouve aussi cette attention chez les f&#233;ministes : Marguerite Durand, qui a fond&#233; le premier quotidien f&#233;ministe, &lt;i&gt;La Fronde&lt;/i&gt;, a par exemple cr&#233;&#233; en 1899 le cimeti&#232;re des chiens &#224; Asni&#232;res &lt;a href=&#034;#nb3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Consid&#233;r&#233; comme le premier cimeti&#232;re pour animaux de l'&#232;re moderne.&#034; id=&#034;nh3-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. L'&#233;crivaine et journaliste libertaire S&#233;verine, qui a &#233;crit dans &lt;i&gt;Le Cri du peuple&lt;/i&gt;, parlait &#233;galement beaucoup de cette cause d&#232;s la fin du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. Dans les ann&#233;es 1920-1930, un tournant s'est ensuite op&#233;r&#233; et les animaux ont &#233;t&#233; compl&#232;tement oubli&#233;s. La lutte s'est centr&#233;e sur la d&#233;fense des ouvriers. Comme si penser aux animaux et faire des ponts avec d'autres domin&#233;s &#233;tait m&#233;prisant. L'alliance revient depuis une vingtaine d'ann&#233;es. Bien s&#251;r, cette jonction reste marginale, mais elle existe. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; Racont&#233;s par l'&#233;crivain britannique dans &lt;i&gt;Voyage avec un &#226;ne dans les C&#233;vennes&lt;/i&gt;, 1879.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Elle a m&#234;me &#233;crit en 1933 un roman intitul&#233; &lt;i&gt;La chatte&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Gallimard, 2005.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Consid&#233;r&#233; comme le premier cimeti&#232;re pour animaux de l'&#232;re moderne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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