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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Poitiers, le mythe martel&#233;</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;&#171; Pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limit&#233; la port&#233;e de la bataille remport&#233;e par Charles Martel &#187;, qui, comme on le sait, a bout&#233; les Sarrazins hors du royaume des Francs en 732 &#224; Poitiers. Voil&#224; comment le com&#233;dien Lor&#224;nt Deutsch alimentait la th&#232;se d'un conflit permanent entre Islam et Occident dans un de ses best-sellers pseudo-historiques. Pour William Blanc et Christophe Naudin, historiens et auteurs de l'ouvrage Charles Martel et la bataille de Poitiers (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt; Pour nier ce choc des civilisations, certains historiens ont limit&#233; la port&#233;e de la bataille remport&#233;e par Charles Martel&lt;/i&gt; &#187;, qui, comme on le sait, a bout&#233; les Sarrazins hors du royaume des Francs en 732 &#224; Poitiers. Voil&#224; comment le com&#233;dien Lor&#224;nt Deutsch alimentait la th&#232;se d'un conflit permanent entre Islam et Occident dans un de ses best-sellers pseudo-historiques. Pour William Blanc et Christophe Naudin, historiens et auteurs de l'ouvrage &lt;i&gt;Charles Martel et la bataille de Poitiers&lt;/i&gt; (&#233;ditions Libertalia, 2015) la place de Poitiers dans le roman national n'est pas si franche que &#231;a, mais, en revanche, son instrumentalisation politique est f&#226;cheuse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2052 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH586/-332-d14b6.jpg?1782641382' width='400' height='586' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre ouvrage, vous vous attaquez &#224; la figure de Charles Martel en tant que h&#233;ros du roman national. Quelles ont &#233;t&#233; les grandes lignes du processus de la r&#233;cup&#233;ration politique de la bataille de Poitiers ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut bien comprendre qu'on sait bien peu de choses sur cette bataille de 732, ce qui a favoris&#233;, au fil des &#233;poques, des interpr&#233;tations, souvent tr&#232;s fantaisistes. L'&#233;v&#233;nement et le personnage qui lui est associ&#233;, Charles Martel, ont &#233;t&#233;, au Moyen &#226;ge, presque oubli&#233;s, sauf par les eccl&#233;siastiques qui ont diffus&#233; une l&#233;gende noire du maire du palais d'Austrasie&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Plus hauts dignitaires, apr&#232;s le roi, des royaumes francs, qui se divisent (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; : Charles, selon eux, br&#251;le en enfer, car il a spoli&#233; les biens de l'&#201;glise. Il faut attendre le XIXe si&#232;cle et Chateaubriand pour que l'image de Charles Martel d&#233;fenseur de la chr&#233;tient&#233; soit popularis&#233;e. Encore cela s'explique-t-il par le contexte de l'&#233;poque. Chateaubriand &#233;crit en r&#233;action&#8200;&#8211; dans tous les sens du terme&#8200;&#8211; aux Lumi&#232;res. Nombre de philosophes du XVIIIe si&#232;cle, Voltaire en t&#234;te, avaient en effet une vision tr&#232;s id&#233;alis&#233;e de l'islam et pensaient que la victoire de Charles Martel en 732 avait &#233;t&#233; une catastrophe plongeant l'Occident dans les si&#232;cles obscurs du Moyen &#226;ge chr&#233;tien. Chateaubriand veut au contraire montrer que le catholicisme est un facteur de progr&#232;s et il analyse la bataille de Poitiers &#224; l'aune de ce pr&#233;suppos&#233; : Charles Martel, en gagnant, a sauv&#233; non seulement la chr&#233;tient&#233;, mais a aussi emp&#234;ch&#233; la propagation du despotisme. L'&#233;crivain voit en effet les pays musulmans, et particuli&#232;rement l'Empire ottoman, comme des territoires o&#249; ne r&#232;gnent que l'oppression et la terreur. Il n'aura ainsi de cesse, au nom de la &#171; libert&#233; &#187;, de soutenir les projets coloniaux et la conqu&#234;te de l'Alg&#233;rie. Ce n'est pas un hasard si une des rares peintures consacr&#233;es &#224; la bataille de Poitiers, command&#233;e en 1834 par le roi Louis-Philippe, &#233;voque plus, dans son d&#233;cor, un paysage du Maghreb que la vall&#233;e de la Vienne o&#249; s'est d&#233;roul&#233; l'affrontement en 732.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N&#233;anmoins, ni la bataille de Poitiers ni Charles Martel ne deviendront aussi populaires que Jeanne d'Arc, Saint Louis, Du Guesclin ou Louis&#8200;XI auxquels ont &#233;t&#233; consacr&#233;s nombre de livres, de peintures, mais aussi de sculptures &#224; partir de la seconde moiti&#233; du XIXe si&#232;cle. Nous avons m&#234;me &#233;t&#233; frapp&#233;s de constater que certains manuels scolaires parmi les plus diffus&#233;s de la IIIe R&#233;publique, comme le &lt;i&gt;Petit Lavisse&lt;/i&gt;, ne parlent pas de l'&#233;v&#233;nement de 732. Cela ne veut pas dire que Charles Martel a &#233;t&#233; oubli&#233;, mais simplement qu'il &#233;tait une figure secondaire dans le roman national, ce r&#233;cit mythifi&#233; de la France que l'on apprenait &#224; l'&#233;cole. Les r&#233;sultats des sondages effectu&#233;s plusieurs fois depuis la fin des ann&#233;es 1940 vont dans ce sens : &#224; la question de savoir qui est leur personnage historique pr&#233;f&#233;r&#233;, les sond&#233;s omettent syst&#233;matiquement de citer le vainqueur de Poitiers. &lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;A rebours d'une simplification courante, vous signalez l'admiration qu'ont pu exercer le nationalisme arabe et l'islamisme sur une partie de l'extr&#234;me droite, sans que cela ne contredise son discours antimaghr&#233;bin. Quelle place cette fascination exerce-t-elle encore ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Orient a longtemps fascin&#233; dans les rangs de l'extr&#234;me droite. Au d&#233;but du XXe si&#232;cle, nombre d'auteurs r&#233;actionnaires pr&#233;f&#232;rent le monde arabe qui, selon eux, a su garder ses traditions, &#224; la France devenue d&#233;mocratique donc d&#233;cadente. Ainsi, un romancier comme Claude Farr&#232;re, officier de marine de son &#233;tat et futur p&#233;tainiste, regrette la victoire de Charles Martel. D'autres, comme le m&#233;decin Ren&#233; Martial, affirment dans les ann&#233;es 1930 que la race fran&#231;aise a b&#233;n&#233;fici&#233; des apports des populations arabes et surtout berb&#232;res venues en Gaule au VIIIe si&#232;cle. Cette id&#233;e&#8200;&#8211; fausse, il n'y a jamais eu d'implantation massive de population maghr&#233;bine &#224; cette &#233;poque-l&#224;&#8200;&#8211; vise surtout &#224; promouvoir l'id&#233;e d'un empire fran&#231;ais capable d'assimiler les indig&#232;nes des colonies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1985, dans le magazine &lt;i&gt;&#201;l&#233;ments&lt;/i&gt; proche du GRECE (Groupement de recherche et d'&#233;tudes pour la civilisation europ&#233;enne), des hommes comme Pierre Vial affirment que la bataille de Poitiers a suscit&#233; une &#171; &lt;i&gt;iconographie d&#233;moniaque&lt;/i&gt; &#187; &#224; cause de &#171; &lt;i&gt;la m&#233;connaissance de la civilisation arabo-musulmane&lt;/i&gt; &#187;. Dans leur esprit, la culture&#8200;&#8211; comprendre la race&#8200;&#8211; europ&#233;enne est menac&#233;e par le multiculturalisme&#8200;&#8211; comprendre par les Juifs&#8200;&#8211;&#8200;dont le mod&#232;le viendrait des &#201;tats-Unis. Pour survivre, elle doit trouver d'autres cultures avec qui s'allier, et, parmi elles, la culture arabo-islamique. Cette vision g&#233;opolitique explique que nombre de militants nationalistes sont fascin&#233;s par les r&#233;gimes nationalistes arabes autoritaires, mais aussi par les courants islamistes, d&#233;crits en 1994 par le futur maire FN de Toulon Jean-Marie Le Chevallier, comme faisant partie du &#171; &lt;i&gt;grand &#233;lan identitaire qui parcourt la plan&#232;te&lt;/i&gt; &#187;. Dans ces conditions, on comprend que la bataille de Poitiers et Charles Martel n'aient &#233;t&#233; que rarement &#233;voqu&#233;s par les courants d'extr&#234;me droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela change en 1999, avec la guerre du Kosovo, qui voit les &#201;tats-Unis pr&#234;ter main forte aux musulmans kosovars contre les Serbes. &#192; partir de ce moment-l&#224;, l'extr&#234;me droite modifie en profondeur sa vision du monde, &#224; commencer par ceux qui formeront les identitaires. Pour eux, l'ennemi devient l'Islam et son &#171; alli&#233; am&#233;ricain &#187;. La bataille de Poitiers conna&#238;t alors un regain d'int&#233;r&#234;t. Bruno M&#233;gret, qui vient de quitter le FN pour fonder le MNR (Mouvement national r&#233;publicain), va &#234;tre l'un des premiers &#224; l'invoquer, en allant notamment sur le site pr&#233;sum&#233; de la bataille pour la c&#233;l&#233;brer. Depuis, la figure de Charles Martel est in&#233;vitable au sein de l'extr&#234;me droite et seuls les nationalistes r&#233;volutionnaires ou les proches de Soral et &#173;Dieudonn&#233;, pour qui l'adversaire principal n'est pas musulman, mais juif, se retrouvent sur une ligne islamophile. &lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2053 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH578/-333-4322d.jpg?1782641309' width='400' height='578' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La th&#232;se de votre livre a d&#251; faire grincer beaucoup de dents, compte tenu du tonitruant retour de l'histoire nationale&#8230;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu. Sur Twitter, Fabrice Robert, responsable du Bloc identitaire, nous a pris &#224; partie. Nous remarquons surtout que ces derniers mois la figure de Charles Martel est de plus en plus &#233;voqu&#233;e par l'extr&#234;me droite. Plusieurs groupes&#8200;&#8211;&#8200;dont les identitaires&#8200;&#8211; ont organis&#233; le 7 juin 2015 les rencontres Charles Martel non loin de Poitiers. Plus r&#233;cemment, Marion Mar&#233;chal Le Pen a &#233;voqu&#233; le 5 juillet la &#171; &lt;i&gt;r&#233;sistance des princes proven&#231;aux face &#224; l'invasion sarrasine&lt;/i&gt; &#187; en m&#234;me temps qu'elle vient d'admettre un des patrons du Bloc Identitaire, Philippe Vardon&#8200;&#8211; qui avait organis&#233; l'occupation de la mosqu&#233;e de Poitiers en 2012 pour c&#233;l&#233;brer la victoire de Charles Martel&#8200;&#8211;, dans sa liste pour les r&#233;gionales. Dresser un parall&#232;le entre 732 et la situation contemporaine permet de dire implicitement que la France serait sous le coup d'une invasion militaire (mais souterraine) et que chaque Fran&#231;ais musulman (ou suppos&#233; tel) serait un soldat en puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note n&#233;anmoins que le FN de Marine Le Pen et Florian Philippot n'a pas encore franchi le pas et ne consacre pas des &#233;v&#233;nements officiels sous le patronage de la figure de Charles Martel. Le parti lui pr&#233;f&#232;re pour l'instant des personnages historiques plus consensuels, comme Jeanne d'Arc.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Plus hauts dignitaires, apr&#232;s le roi, des royaumes francs, qui se divisent alors entre la Neustrie, l'Austrasie (nord-est de la France actuelle jusqu'aux bassins moyen et inf&#233;rieur du Rhin) et la Bourgogne.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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