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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Pistage animal : dialogue universel</title>
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		<dc:creator>Antoine Souquet</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Pister des animaux ? Une pratique plus contemporaine qu'on ne l'imagine. Loin d'&#234;tre cantonn&#233;e &#224; l'exotisme du chasseur pal&#233;olithique, cette activit&#233; continue d'avoir cours, notamment dans le P&#233;rigord o&#249; une association organise des formations en pleine for&#234;t. Reportage. Le regard captiv&#233; de Pierre scanne le sol couvert de feuilles couleur cuivre, de mousse et de bois mort. S'il scrute si m&#233;ticuleusement la for&#234;t, c'est qu'il est &#224; la recherche de bris&#233;es qui doivent l'emmener &#224; Francis, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pister des animaux ? Une pratique plus contemporaine qu'on ne l'imagine. Loin d'&#234;tre cantonn&#233;e &#224; l'exotisme du chasseur pal&#233;olithique, cette activit&#233; continue d'avoir cours, notamment dans le P&#233;rigord o&#249; une association organise des formations en pleine for&#234;t. Reportage.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3631 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH498/-1772-36360.jpg?1782724795' width='500' height='498' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de 20100
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le regard captiv&#233; de Pierre scanne le sol couvert de feuilles couleur cuivre, de mousse et de bois mort. S'il scrute si m&#233;ticuleusement la for&#234;t, c'est qu'il est &#224; la recherche de bris&#233;es&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Petites branches cass&#233;es qui servent &#224; indiquer une direction ou &#224; marquer (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; qui doivent l'emmener &#224; Francis, organisateur d'un atelier de pistage animal auquel participent quelques habitants du coin. Oui, mais Francis s'est bien planqu&#233; et Pierre pi&#233;tine. Pas grave. Il y a d'autres marques &#224; glaner. L'&#339;il aiguis&#233;, il me glisse : &#171; &lt;i&gt;&#199;a a &#233;t&#233; gratt&#233; l&#224;&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; me d&#233;signant un peu de terre retourn&#233;e. Probable signature d'un des nombreux chevreuils qui logent dans ce bois du P&#233;rigord.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Du chasseur au philosophe&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le pistage, c'est l'acte de rep&#233;rer et d'interpr&#233;ter les signes laiss&#233;s par des animaux. Empreintes donc, mais aussi crottes, coul&#233;es&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Chemin form&#233; par le passager r&#233;gulier des animaux&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; et autres poils. Parmi ceux qui utilisent ces savoirs, il y a &#233;videmment les chasseurs, mais aussi les naturalistes et certains ruraux, qui c&#244;toient des b&#234;tes sauvages dans leur environnement imm&#233;diat. Mes camarades de formation ne sont pourtant pas ici pour compter la faune prot&#233;g&#233;e ou r&#233;colter des troph&#233;es de chasse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce week-end d'&#233;quinoxe de printemps, c'est l'association Je suis la piste qui organise la formation d'une journ&#233;e &#224; laquelle je participe. Son objectif : diffuser des pratiques &#171; ancestrales &#187; pour permettre aux participants d'avoir une connaissance plus riche des &#234;tres vivants sauvages et des environnements dans lesquels ils &#233;voluent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Effet direct de l'exp&#233;rience : peu &#224; peu, la perception humaine s'&#233;veille et les bois se repeuplent. &#192; mesure que notre attention s'affine et que le monde autour de nous se complexifie, l'&#171; &lt;i&gt;angoisse du silence du monde et de la solitude cosmique&lt;/i&gt; &#187; s'estompe, note Baptiste Morizot dans son livre &lt;i&gt;Sur la piste animale&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Actes Sud, 2018.&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. &#192; l'heure o&#249; la biodiversit&#233; s'effondre &#224; vitesse grand V et o&#249; nos interactions avec les autres vivants sont r&#233;duites &#224; peau de chagrin, le philosophe pisteur nous invite &#224; sortir de l'isolement qui impr&#232;gne les imaginaires des humains modernes coup&#233;s de relations quotidiennes et signifiantes aux vivants.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; You'll never walk alone &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Retour aux sous-bois. &#199;a y est, &#224; force de galoper nez sur les brindilles, on a fini par trouver le formateur. Constitu&#233; de Pierre, Max et Ben, le petit groupe &#233;coute attentivement le speech de Francis. &#171; &lt;i&gt;Le pistage c'est l'art de trouver, identifier, interpr&#233;ter et suivre des s&#233;ries de traces laiss&#233;es par quelque chose sur le paysage&lt;/i&gt; &#187;, explique-t-il. Le message est clair pour les apprentis pisteurs, qui doivent &#224; pr&#233;sent se lancer dans le grand bain forestier et &#233;laborer leurs premi&#232;res hypoth&#232;ses. &#192; quelques m&#232;tres de l&#224;, le groupe est pench&#233; autour d'un trou passablement large. Les suppositions s'encha&#238;nent. &#171; &lt;i&gt;&#199;a serait pas l'entr&#233;e d'une galerie&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, tente l'un. Mauvaise pioche, le trou ne d&#233;bouche sur aucune cavit&#233;. Des racines m&#226;chouill&#233;es et des traces de petites griffes resserrent le panel des possibilit&#233;s. &#171; &lt;i&gt;Et si c'&#233;tait l'&#339;uvre d'un blaireau&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ?&lt;/i&gt; &#187;, lance un autre. Pas &lt;i&gt;b&#234;te&lt;/i&gt; : l'animal aurait la corpulence et la force n&#233;cessaires pour retourner la terre de la sorte. Et puis, il a un mobile : il se r&#233;gale des vers de terre, que l'on d&#233;busque en fouillant le sol. M&#234;me si cette hypoth&#232;se est la plus plausible, Francis prend garde de temp&#233;rer : &#171; &lt;i&gt;Chaque piste est un puzzle. Il y a plein de pi&#232;ces et il ne faut pas directement sauter aux conclusions.&lt;/i&gt; &#187; Cette fois-ci, les indices semblent concorder et mener vers le must&#233;lid&#233;. Le premier des quelques animaux sauvages que les participants vont identifier au cours de la journ&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la foul&#233;e, une nouvelle &#233;nigme. Une petite pente d&#233;voile une grosse empreinte d'ongul&#233;&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mammif&#232;re dont le pied se termine par un sabot.&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;. La terre meuble est creus&#233;e sur une grosse dizaine de centim&#232;tres, donnant l'impression d'une glissade. Max met d&#233;licatement ses doigts dans la marque afin de mieux sentir ses d&#233;tails. Pour identifier l'esp&#232;ce, on se met en qu&#234;te de traces de gardes&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Les gardes sont les doigts atrophi&#233;s des ongul&#233;s, situ&#233;s plus haut sur la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;. Francis en d&#233;busque une en forme de demi-lune, caract&#233;ristique du sanglier. Prochaine &#233;tape, trouver l'empreinte suivante, ce qui donnera, en mesurant la distance entre les deux, une id&#233;e de la taille de la b&#234;te. Une fois l'&#233;cart &#233;valu&#233;, on peut d&#233;nicher les autres empreintes en recalquant la distance sur le sol &#224; partir de la derni&#232;re, et ainsi dessiner la trajectoire de l'animal, son allure, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus haut, de nouveaux &#233;l&#233;ments rebattent les cartes : l&#224; encore des traces de glissades, mais dans la direction oppos&#233;e. Est-ce que l'interpr&#233;tation faite en aval &#233;tait fausse ? Est-ce un autre individu ? Qu'est-ce qui a pu provoquer le comportement, apparemment de fuite, de ces animaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La matin&#233;e se poursuit sur ce rythme, de signes en traces, de terriers en crottes, conduisant le groupe tant&#244;t vers des buissons, tant&#244;t vers des coul&#233;es animales. La for&#234;t, monde myst&#233;rieux et muet en d&#233;but de journ&#233;e, s'emplit peu &#224; peu de pr&#233;sences, se parant de voies de circulation, d'enjeux territoriaux et de strat&#233;gies animales. Tr&#232;s vite, on comprend que nous ne sommes jamais exclusivement entre humains et que les interactions avec les autres vivants sont constantes, que nous en ayons conscience ou pas. Dans la for&#234;t p&#233;rigourdine, les chevreuils n'ont pas attendu que nous les remarquions pour d&#233;taler et les passereaux ont lanc&#233; leurs cris d'alarme bien avant que nous ne levions les yeux vers eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Dialogue de b&#234;tes&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Pour Francis, l'humain en milieu naturel est souvent l'&#233;quivalent d'&#171; &lt;i&gt;un &#233;crivain qui ne sait pas lire&lt;/i&gt; &#187;. Nous serions de pi&#232;tres locuteurs d'un syst&#232;me linguistique commun aux vivants. Tous les signes que nos amis pisteurs ont appris &#224; rep&#233;rer et &#224; d&#233;chiffrer sont en effet le produit de ce r&#233;seau dans lequel chaque esp&#232;ce &#8211; et m&#234;me chaque individu &#8211; &#233;crit et lit selon ses caract&#233;ristiques et capacit&#233;s propres. C'est en ce sens que la majorit&#233; d'entre nous est illettr&#233;e. Les urbains sont souvent des lecteurs maladroits, puisqu'ils c&#244;toient un nombre limit&#233; d'esp&#232;ces animales et ne font gu&#232;re attention aux signes qu'ils laissent. De m&#234;me, nous avons rarement conscience d'&#233;crire. Pourtant, comme tout animal, l'humain &#233;met des signes, d'autant plus s'il ne le r&#233;alise pas. Il laisse des odeurs, plie des branches, marque des sols, fait des mouvements, &#233;met des sons, renvoie des couleurs. Tout cela est senti et interpr&#233;t&#233; par les &#234;tres vivants qui se trouvent &#224; proximit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; sans doute une &lt;i&gt;piste&lt;/i&gt; &#224; explorer si l'on souhaite &#233;tablir des relations moins agressives vis-&#224;-vis du vivant et particuli&#232;rement des animaux sauvages. Les situations conflictuelles et probl&#233;matiques avec les b&#234;tes sauvages ne manquant pas, notamment chez les &#233;leveurs et agriculteurs, il faudrait donc apprendre &#224; y r&#233;pondre par le dialogue. L'objectif, &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; : d&#233;velopper notre compr&#233;hension des signes animaux pour d&#233;crypter leurs langages sp&#233;cifiques et affiner notre &#233;criture afin d'adapter les messages qu'on leur envoie. Le mot de la fin &#224; Baptiste Morizot : &#171; &lt;i&gt;Les animaux ne sont pas seulement dignes d'une attention infantile ou morale&lt;/i&gt; &lt;i&gt; : ils sont les cohabitants de la terre avec lesquels nous partageons une ascendance, l'&#233;nigme d'&#234;tre vivant, et la responsabilit&#233; de cohabiter d&#233;cemment &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mani&#232;res d'&#234;tre vivant, Actes Sud, 2020.&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Antoine Souquet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Petites branches cass&#233;es qui servent &#224; indiquer une direction ou &#224; marquer un point sp&#233;cifique en milieu naturel.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Chemin form&#233; par le passager r&#233;gulier des animaux&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Actes Sud, 2018.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mammif&#232;re dont le pied se termine par un sabot.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Les gardes sont les doigts atrophi&#233;s des ongul&#233;s, situ&#233;s plus haut sur la patte que les deux ongles de devant, qui eux marquent plus profond&#233;ment le sol.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Mani&#232;res d'&#234;tre vivant&lt;/i&gt;, Actes Sud, 2020.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>De l'&#233;merveillement &#224; la lutte</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/De-l-emerveillement-a-la-lutte</link>
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		<dc:date>2021-05-14T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Corinne Morel Darleux</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Lise Lacombe</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
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		<dc:subject>sauvages</dc:subject>
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		<dc:subject>Baptiste Morizot</dc:subject>
		<dc:subject>si&#232;cle</dc:subject>
		<dc:subject>sauvage</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce (Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman L&#224; o&#249; le feu et l'ours (2021). En ce d&#233;but de XXIe si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/humains" rel="tag"&gt;humains&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Baptiste-Morizot" rel="tag"&gt;Baptiste Morizot&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/siecle" rel="tag"&gt;si&#232;cle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/sauvage" rel="tag"&gt;sauvage&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#201;carquiller les yeux. Les promener sur le monde. S'&#233;merveiller. Ouvrir son imaginaire aux vies autres, animales, v&#233;g&#233;tales. Et puis, dans la foul&#233;e, avec elles, passer &#224; l'action. Voil&#224; ce que pr&#244;ne Corinne Morel Darleux, autrice notamment de l'essai &lt;i&gt;Plut&#244;t couler en beaut&#233; que flotter sans gr&#226;ce &lt;/i&gt;(Libertalia, 2019) et du r&#233;cent roman &lt;i&gt;L&#224; o&#249; le feu et l'ours&lt;/i&gt; (2021).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3630 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;23&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH500/-1771-4a6bd.jpg?1782728251' width='500' height='500' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Lise Lacombe
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En ce d&#233;but de XXI&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, l'espace sauvage n'occupe plus que 23 % de la superficie de la Terre. Il y a un si&#232;cle, c'&#233;tait 85 %. Dans ce contexte de r&#233;tr&#233;cissement de l'espace habitable, les conflits de territoire entre humains et &#171; non-humains &#187; sont appel&#233;s &#224; se multiplier. D&#233;j&#224;, en Alaska, on voit un nombre croissant d'ours fouiller les poubelles pour survivre. &#192; Marseille, ce sont des sangliers qui s'invitent en ville. &#192; Strasbourg et Londres, les renards investissent d&#233;sormais les parcs urbains. De plus en plus d'animaux sauvages sont condamn&#233;s &#224; partager les m&#234;mes zones que nous. Nous qui les avons chass&#233;s, expuls&#233;s de leurs territoires et avons cru pouvoir les exclure de nos vies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte de cohabitation forc&#233;e, nous allons avoir besoin de &#171; &lt;i&gt;diplomates&lt;/i&gt; &#187;, comme le formule le philosophe Baptiste Morizot &lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Cela implique de se d&#233;faire de nos pr&#233;jug&#233;s et de d&#233;velopper des sch&#233;mas de pens&#233;e permettant le d&#233;veloppement de relations politiques avec les animaux. Pour cela, il faut r&#233;&#233;valuer en profondeur notre place dans les &#233;cosyst&#232;mes. L'humain est un mammif&#232;re qui ne survit pas sans air respirable, sans ressources comestibles ni eau potable. Cette appartenance au monde vivant marque une interd&#233;pendance et devrait en toute logique instaurer un int&#233;r&#234;t commun &#224; pr&#233;server les conditions de vie sur Terre. Elle pourrait m&#234;me refonder l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, notion cl&#233; du droit public fran&#231;ais qui d&#233;signe la finalit&#233; d'institutions cens&#233;es servir une population consid&#233;r&#233;e &lt;i&gt;dans son ensemble&lt;/i&gt;. C'est-&#224;-dire non seulement les &#234;tres humains mais aussi les autres animaux, les v&#233;g&#233;taux, microbes et champignons. Sans parler des virus qui nous ont douloureusement rappel&#233; qu'il faut composer avec eux.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Avec la nature contre ceux qui l'effondrent &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce constat nous invite en premier lieu &#224; &#233;carquiller les yeux. Car de l'&#233;merveillement na&#238;t aussi la force de se battre. L'&#233;crivain William Morris a ainsi &#233;tabli dans son texte &lt;i&gt;L'Art en ploutocratie&lt;/i&gt; (1883) la puissance d'&#233;mancipation du sentiment esth&#233;tique. Sa conviction : &#171; &lt;i&gt;Il n'existe rien de ce qui participe &#224; notre environnement qui ne soit beau ou laid, qui ne nous ennoblisse ou nous avilisse.&lt;/i&gt; &#187; C'est pourquoi il appelait &#224; &#171; &lt;i&gt;&#233;tendre le sens du mot art jusqu'&#224; englober la configuration de tous les aspects ext&#233;rieurs de notre vie&lt;/i&gt; &#187;. Dans cette optique, certains proposent de constituer des r&#233;serves sauvages &#8211; &#224; l'image de l'Association pour la protection des animaux sauvages (Aspas). D'autres sugg&#232;rent d'inventer de nouveaux m&#233;canismes de pr&#233;servation de la nature, sans pour autant gommer son alt&#233;rit&#233; &#8211; ce que porte notamment la philosophe de l'environnement Virginie Maris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-&#234;tre peut-on &#233;galement &#233;chafauder de nouvelles alliances, comme le proposent L&#233;na Balaud et Antoine Chopot dans leur livre &lt;i&gt;Nous ne sommes pas seuls&lt;/i&gt; (2021), afin d'&#171; &lt;i&gt;agir avec la nature contre ceux qui l'effondrent&lt;/i&gt; &#187;. Ainsi, aux jardins populaires autog&#233;r&#233;s des Va&#238;tes &#224; Besan&#231;on, c'est le tr&#232;s f&#233;ministe crapaudalyte (dit &#171; accoucheur &#187;) qui a permis de ralentir les travaux d'un &#233;coquartier mena&#231;ant de d&#233;truire 35 hectares de terre. En 2019, la finale du championnat de France de jet-ski a &#233;t&#233; stopp&#233;e en Corse par des dauphins qui, non contents de saboter la course de moteurs bruyants et polluants, se sont amus&#233;s en sautant entre les engins &#224; l'arr&#234;t. Dans le ciel de Paris, des go&#233;lands ont attaqu&#233; les drones de la Pr&#233;fecture de police pendant un acte des Gilets jaunes. Formellement, ils ne s'en prenaient pas aux drones : ils prot&#233;geaient leurs &#339;ufs. Mais la symbolique reste puissante : les activistes, qu'ils luttent pour la justice sociale ou pour le climat et la biodiversit&#233;, ne font rien d'autre que prot&#233;ger, eux aussi, la possibilit&#233; d'un avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, tout nous presse &#224; sortir de l'anthropocentrisme et &#224; repenser les fronti&#232;res entre le sauvage et le domestique. Toutes les fronti&#232;res. Ce n'est pas un hasard si la droite et les n&#233;o fascistes utilisent le terme d'ensauvagement pour d&#233;signer les violences urbaines et condamner les migrations. Tracer des fronti&#232;res entre sauvage et civilis&#233;, domestiquer et cr&#233;er des hi&#233;rarchies entre &#171; races &#187;, c'est toute l'histoire de la colonisation. Et tout ce qu'il faut d&#233;monter.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;&#171; Des rencontres et frottement in&#233;dits &#187; &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette d&#233;construction n&#233;cessite une certaine facult&#233; d'empathie, puisqu'elle impose de comprendre les sentiments et &#233;motions d'un autre individu. De se mettre &#224; sa place. La fiction peut nous y aider en permettant des rencontres et frottements in&#233;dits, en transposant les corps, affranchis des contraintes mat&#233;rielles de la vraie vie. Ainsi dans &lt;i&gt;Les M&#233;tamorphoses &lt;/i&gt;(2020), roman de Camille Brunel, une &#233;pid&#233;mie transforme les humains en animaux, sans distinction. On voit surgir des c&#233;tac&#233;s, bonobos, rhinoc&#233;ros et pythons qui sont autant d'amis, d'enfants, de maris ou de voisins. C'est aussi ce qui arrive &#224;&lt;i&gt; La femme chang&#233;e en renard &lt;/i&gt;(1924) de David Garnett. Dans la campagne anglaise, au passage d'une chasse &#224; courre, le mari de Silvia d&#233;couvre avec stupeur que celle-ci a &#233;t&#233; m&#233;tamorphos&#233;e en renarde, l'instinct vulpin &#233;clipsant progressivement la part &#171; civilis&#233;e &#187; de Sylvia.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces deux romans, le passage d'une forme &#224; l'autre ne modifie pas fondamentalement la relation qui s'exerce entre humains et &#171; non-humains &#187;. Le fr&#232;re transform&#233; en lapin, comme la femme chang&#233;e en renard, sont tout bonnement devenus lapin et renard. Il n'y a pas &#224; proprement parler d'&#171; &lt;i&gt;&#234;tre de la m&#233;tamorphose&lt;/i&gt; &#187;, au sens o&#249; l'entendent Baptiste Morizot et Nastassja Martin, qui dans leur article &#171; Retour du temps du mythe &#187; &lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#192; lire sur le site du journal suisse Issue (13/12/2018).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; d&#233;crivaient ainsi les caract&#233;ristiques de cette entit&#233; hybride : &#171; &lt;i&gt;Son statut n'est pas assignable, et les relations sociales qu'il entretient avec le collectif humain en pr&#233;sence ne sont pas stabilis&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation est diff&#233;rente dans &lt;i&gt;L'homme qui savait la langue des serpents&lt;/i&gt; d'Andrus Kivir&#228;hk (2013), fabuleux roman empreint de la mythologie estonienne du XIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle o&#249; &#234;tres humains, serpents et ours parlent la m&#234;me langue, dialoguent et vont m&#234;me parfois jusqu'&#224; s'aimer. Pour reprendre les termes des auteurs du &#171; Retour du temps du mythe &#187;, c'est bien &#171; &lt;i&gt;un temps d'avant le temps, dans lequel les &#234;tres sont encore indistincts. Les formes de vies ne sont pas encore s&#233;par&#233;es. Les animaux ne sont pas encore distincts des humains&lt;/i&gt; &#187;. Las, l'arriv&#233;e des colons chr&#233;tiens va bouleverser statuts et relations, menacer la coexistence et teinter les rapports de m&#233;fiance, d'incompr&#233;hension et &lt;i&gt;in fine&lt;/i&gt; de domination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet &#171; &#234;tre de la m&#233;tamorphose &#187; d'un genre nouveau, qui vient interroger la notion m&#234;me de normalit&#233;, on le trouve &#233;galement dans &lt;i&gt;F&#233;lines &lt;/i&gt;(2019), roman de St&#233;phane Servant. Des jeunes femmes atteintes d'une mutation inconnue voient leur corps se couvrir de poils, leurs sens s'aiguiser et leurs forces d&#233;cupler. Mises au ban de la soci&#233;t&#233;, elles sont nomm&#233;es &#171; &lt;i&gt;obscures&lt;/i&gt; &#187; et trait&#233;es comme inf&#233;rieures. Mais elles conservent leurs singularit&#233;s et leur m&#233;moire. Pour reprendre les termes de l'anthropologue Philippe Descola, si leur &#171; &lt;i&gt;physicalit&#233;&lt;/i&gt; &#187; s'est modifi&#233;e, elles gardent leur &#171; &lt;i&gt;int&#233;riorit&#233;&lt;/i&gt; &#187; (&#233;motions, conscience, d&#233;sirs...). On peut interpr&#233;ter la mutation des f&#233;lines comme une r&#233;ponse adaptative aux d&#233;r&#232;glements provoqu&#233;s par l'Anthropoc&#232;ne. En faisant effraction du statut qui leur a &#233;t&#233; impos&#233;, elles se montrent inassignables. Une m&#233;tamorphose qui ouvre la voie &#224; une nouvelle soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au premier acte des &lt;a href=&#034;https://lessoulevementsdelaterre.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Soul&#232;vements de la terre &lt;/a&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, fin mars 2021, on a vu des femmes-renardes jouer des percussions. Auparavant, on a aussi crois&#233; des cort&#232;ges d&#233;guis&#233;s en animaux pour protester contre les cirques ou les abattoirs. Et des banderoles &#171; &lt;i&gt;Phoque le r&#233;chauffement climatique&lt;/i&gt; &#187; dans les manifestations pour le climat. Mais au-del&#224; de ces alliances &#233;videntes, l'imaginaire animal peut aussi s'inviter dans les luttes sociales. Inspirer des m&#233;canismes de fuite, de furtivit&#233; &#224; la Damasio &lt;a href=&#034;#nb2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#201;crivain, notamment auteur du livre Les Furtifs (2019).&#034; id=&#034;nh2-4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, de camouflage et de terriers comme base arri&#232;re quand il y a besoin de se mettre au vert. Le biomim&#233;tisme, qui consiste &#224; s'inspirer des formes, mati&#232;res, propri&#233;t&#233;s, processus et fonctions du vivant, n'est pas le monopole de l'industrie. &#192; nous de nous en emparer autrement.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Corinne Morel Darleux&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir &lt;i&gt;Les Diplomates. Cohabiter avec les loups sur une autre carte du vivant &lt;/i&gt;(Wildproject, 2016).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&#192; lire sur le site du journal suisse &lt;i&gt;Issue&lt;/i&gt; (13/12/2018).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Mobilisations &#171; d'habitant&#183;es et de paysan&#183; es &#187; ayant lanc&#233; un appel &#171; &lt;i&gt;&#224; reprendre les terres et &#224; bloquer les industries qui les d&#233;vorent&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &#201;crivain, notamment auteur du livre &lt;i&gt;Les Furtifs&lt;/i&gt; (2019).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Marx des villes, Robinson des champs</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Marx-des-villes-Robinson-des</link>
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		<dc:date>2020-01-01T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Entre &#238;lots sauvages et m&#233;tropole marxiste, trois ouvrages parus r&#233;cemment questionnent le rapport entre habitat et politique. On ne va tout de m&#234;me pas partager notre &#238;le avec ces gens &#187;, lance Jack &#224; ses fr&#232;res. Dans Robinson suisse, bande dessin&#233;e parue cet &#233;t&#233; aux &#233;ditions Atrabile, Alex Baladi nous conte l'histoire d'une famille suisse vivant depuis quatre ans sur une &#238;le apr&#232;s un naufrage. Au gr&#233; des cases aux couleurs fauvistes et au trait noir &#233;pais, les Zermatt, qui se (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no181-novembre-2019" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;181 (novembre 2019)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bouquin" rel="tag"&gt;Bouquin&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Ville" rel="tag"&gt;Ville&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Michel-Leeb" rel="tag"&gt;Michel Leeb&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Zad" rel="tag"&gt;Zad&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/lance-Jack" rel="tag"&gt;lance Jack&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/collectif-Comm-un" rel="tag"&gt;collectif Comm'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Jack" rel="tag"&gt;Jack&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Entre &#238;lots sauvages et m&#233;tropole marxiste, trois ouvrages parus r&#233;cemment questionnent le rapport entre habitat et politique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3180 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;51&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L140xH186/-1399-38db5.jpg?1782641373' width='140' height='186' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;La couverture de &#034;Robinson suisse&#034; d'Alex Baladi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;O&lt;/span&gt;n ne va tout de m&#234;me pas partager notre &#238;le avec ces gens &#187;, lance Jack &#224; ses fr&#232;res. Dans &lt;i&gt;Robinson suisse&lt;/i&gt;, bande dessin&#233;e parue cet &#233;t&#233; aux &#233;ditions Atrabile, Alex Baladi nous conte l'histoire d'une famille suisse vivant depuis quatre ans sur une &#238;le apr&#232;s un naufrage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au gr&#233; des cases aux couleurs fauvistes et au trait noir &#233;pais, les Zermatt, qui se per&#231;oivent comme les habitants l&#233;gitimes de l'&#238;le paradisiaque, sont en proie &#224; la peur qu'une horde de &#171; sauvages &#187; ne viennent perturber leur &#171; chez soi &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le p&#232;re, p&#233;tri d'un christianisme fi&#233;vreux, et Jack, qui surjoue le colonisateur viril, massacrent des animaux, dynamitent des grottes ou caricaturent les &#171; sauvages &#187; &#224; la sauce Michel Leeb. Tout au long de l'ouvrage, les insulaires demeureront invisibles : ils ont d&#233;sert&#233; l'&#238;lot &#224; l'arriv&#233;e des Zermatt. Ils sauveront discr&#232;tement la m&#232;re d'une attaque d'un King Kong tropical lib&#233;r&#233; par la b&#234;tise destructrice des hommes de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Roman originellement &#233;crit par un pasteur al&#233;manique &#224; la fin du XVIII&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, &lt;i&gt;Robinson suisse&lt;/i&gt; a &#233;t&#233; traduit en fran&#231;ais par Isabelle de Montolieu au d&#233;but du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt;. L'&#233;crivaine lausannoise a librement supprim&#233; des passages et m&#234;me ajout&#233; plusieurs chapitres. Dans le m&#234;me geste, Alex Baladi se r&#233;approprie ce mat&#233;riau litt&#233;raire pour en faire une fresque politique qui questionne la repr&#233;sentation des &#233;trangers et de leur accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seule voix dissonante dans ce fracas de violence et de racisme, Ernest qui, &#224; propos des &#171; sauvages &#187;, renverse la pens&#233;e d&#233;l&#233;t&#232;re de sa famille par un sublime : &#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re qu'ils vont nous aimer.&lt;/i&gt; &#187; De quoi donner des sueurs froides &#224; &#201;ric Zemmour.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Habiter et lutter&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Autre &#238;lot, autre fa&#231;on d'&lt;i&gt;habiter&lt;/i&gt;, autre imaginaire. Pour ses occupants, la Zad (&#171; Zone &#224; d&#233;fendre &#187;) a toujours incarn&#233; un lieu d'autonomie &#224; la fois enracin&#233; dans le bocage et ouvert &#224; l'autre. &#171; &lt;i&gt;Habiter revient &#224; &#233;prouver sa propre appartenance &#224; un territoire&lt;/i&gt; &#187;, &#233;crit ainsi le collectif Comm'un dans &lt;i&gt;Habiter en lutte &#8211; Zad de Notre-Dame-des-Landes&lt;/i&gt; : quarante ans de r&#233;sistance (&#233;ditions du Passager clandestin).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;cent ouvrage propose une odyss&#233;e historique dans le quotidien des occupants, de l'entretien des haies gr&#226;ce &#224; des chantiers collectifs &#224; la prise en charge des violences au sein de la Zad. Pour les auteurs, habiter et lutter sont indissociables.
Chaque chapitre se conclut par une cartographie de la zone, comme pour montrer comment les soubresauts du mouvement se sont retranscrits en dur sur le terrain. Ces instantan&#233;s fixent au fil de la r&#233;sistance &#224; l'a&#233;roport les cabanes, les champs occup&#233;s, les destructions d'habitats par la police, les barricades sur les chemins de traverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un indispensable riche en t&#233;moignages, illustrations et photographies pour ceux qui veulent revisiter cette lutte. &#171; &lt;i&gt;La Zad n'a pas fini d'inspirer&lt;/i&gt; &#187;, assure le collectif Comm'un.&lt;/p&gt;
&lt;div align=&#034;center&#034;&gt;&lt;strong&gt;Marx vagabond&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Des &#171; zadistes &#187; &#224; Che Guevara, des mao&#239;stes aux &#171; appellistes &#187; de Tarnac, la tradition r&#233;volutionnaire a souvent pr&#233;f&#233;r&#233; &#224; la ville une base rurale pour renverser l'ordre capitaliste. Mais dans &lt;i&gt;M&#233;tromarxisme &#8211;&lt;/i&gt; un &lt;i&gt;conte marxiste de la ville&lt;/i&gt; paru chez Entremonde, Andy Merrifield tente de &#171; &lt;i&gt;r&#233;concilier les imaginaires politiques et intellectuels du marxisme et de l'urbanisme&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le g&#233;ographe critique, &#233;l&#232;ve de David Harvey, convoque huit auteurs &#8211; entre autres Karl Marx,Walter Benjamin ou Henri Lefebvre &#8211; afin de d&#233;voiler la ville comme espace organis&#233; par la domination marchande mais aussi pour montrer les potentialit&#233;s contestatrices et &#233;mancipatrices de la vie urbaine. Car comme l'avance le philosophe new-yorkais Marshall Berman, un des auteurs compil&#233;s par Merrifield, &#171; &lt;i&gt;la lecture du&lt;/i&gt; Capital &lt;i&gt;ne nous sera d'aucun secours si nous ne savons pas aussi d&#233;chiffrer les signes dans la rue&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Perry Anderson, historien marxiste fondateur de la &lt;i&gt;New Left Review&lt;/i&gt;, reprocha &#224; Berman de voir dans la ville moderne un creuset de solidarit&#233;s et de libert&#233;s. L'intellectuel, n&#233; dans le Bronx en 1940, lui r&#233;pondit &#234;tre partisan d'un marxisme plus &#171; &lt;i&gt;vagabond&lt;/i&gt; &#187;, pr&#233;f&#233;rant plonger dans &#171; &lt;i&gt;la merde du quotidien&lt;/i&gt; &#187; plut&#244;t que d'&#234;tre cramponn&#233; &#224; la th&#233;orie politique.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Micka&#235;l Correia&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Polices et politiques contre Carnaval en deux rounds</title>
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		<dc:date>2014-06-11T04:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Christophe Goby, Nicolas Arraitz, Sonia Retamero</dc:creator>


		<dc:subject>Bruegel l'Ancien</dc:subject>
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&lt;p&gt;Charivari saint-affricain &#192; Saint-Affrique, dans l'Aveyron, un carnaval des enfants sauvages se r&#233;invente depuis trois ans. Et cette ann&#233;e, des forces antagoniques se sont affront&#233;es &#224; la nuit tombante. Ce carnaval n'est ni d&#233;clar&#233;, ni autoris&#233;. Samedi 29 mars, il s'est d&#233;sordonn&#233; dans une longue d&#233;ambulation avec &#224; la cl&#233; jugement du caramentrant et b&#251;cher, comme veut la tradition. L&#224;, nous d&#233;crit un membre du collectif des enfants sauvages &#171; c'&#233;tait la &#8220;f&#233;e &#233;lectricit&#233;&#8221;, avec sa t&#234;te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Charivari saint-affricain&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#192; Saint-Affrique, dans l'Aveyron, un carnaval des enfants sauvages se r&#233;invente depuis trois ans. Et cette ann&#233;e, des forces antagoniques se sont affront&#233;es &#224; la nuit tombante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce carnaval n'est ni d&#233;clar&#233;, ni autoris&#233;. Samedi 29 mars, il s'est d&#233;sordonn&#233; dans une longue d&#233;ambulation avec &#224; la cl&#233; jugement du caramentrant et b&#251;cher, comme veut la tradition. L&#224;, nous d&#233;crit un membre du collectif des enfants sauvages &#171; &lt;i&gt;c'&#233;tait la &#8220;f&#233;e &#233;lectricit&#233;&#8221;, avec sa t&#234;te de sorci&#232;re, une chemin&#233;e de centrale nucl&#233;aire sur la t&#234;te et chevauchant une &#233;olienne. Plus de 600 &#233;oliennes sont en instance de construction par ici et une rude bataille est amorc&#233;e pour emp&#234;cher ce projet d&#233;lirant.&lt;/i&gt; &#187; La procession, dans cet entre-deux tours d'&#233;lections municipales, souille la permanence PS avec un m&#233;lange &#224; l'aspect excr&#233;mentiel, qui s'av&#232;re &#234;tre du cacao, de l'argile et du sable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La perception et la mairie font les frais de la m&#234;me farce. Le soir venu, une provocation entra&#238;ne quelques carnavaliers dans la mairie, o&#249; ils se retrouvent enferm&#233;s. Une porte entrebaill&#233;e et, par magie, &#171; &lt;i&gt;Carnaval ouvre un espace de libert&#233;, celui-ci se peuple ensuite naturellement des &#233;motions de son &#233;poque&lt;/i&gt; &#187;, raconteront-ils. Solidaires, les autres rappliquent pour les d&#233;livrer. S'ensuit une rixe digne de Romans 1580&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Sur cette &#233;meute m&#233;morable dans la Dr&#244;me, voir Emmanuel Leroy-Ladurie, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt; entre enfants sauvages et une milice municipale escort&#233;e par la gendarmerie. Alain Fauconnier, maire au nom pr&#233;destin&#233; pour la chasse aux passereaux, fait aussi le coup de poing. &#171; &lt;i&gt; Il joue admirablement bien son personnage. Il est dans son r&#244;le les autres jours de l'ann&#233;e aussi&lt;/i&gt; &#187;, reconnaissent les carnavaliers, qui ont re&#231;u des d&#233;charges de Taser. Le maire r&#233;agit dans&lt;i&gt; La D&#233;p&#234;che du Midi&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;On peut s'amuser, mais il est intol&#233;rable qu'une bande de voyous rentre dans la mairie. F&#233;licitations aux jeunes citoyens saint-affricains qui sont venus la prot&#233;ger pour que le scrutin ait lieu aujourd'hui, parce que l'objectif de l'intrusion &#233;tait certainement de s'emparer des urnes. Au conseil municipal, dimanche prochain, il faudra &#234;tre tr&#232;s clair sur ceux qui ont voulu discr&#233;diter une ville la veille d'une &#233;lection.&lt;/i&gt; &#187; La parole est donc au peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Christophe Goby&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadix : &lt;i&gt;&#161; Viva el Carnaval chiquito !&lt;/i&gt;&lt;/h3&gt;&lt;div class='spip_document_1065 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;21&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH429/p11-pieter_bruegel-3fdbe.jpg?1782641297' width='400' height='429' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Pieter Bruegel.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Le carnaval de Cadix, tr&#232;s populaire et peu touristique &#8211; on y fait la mis&#232;re aux non-d&#233;guis&#233;s ! &#8211;, existe depuis la fin du XVe si&#232;cle. On dit que ce sont des marchands et navigateurs g&#234;nois, v&#233;nitiens ou florentins qui apport&#232;rent cette tradition dans leurs bagages. Ils invitaient dans leurs palais la bonne soci&#233;t&#233; locale &#224; se travestir et &#224; c&#233;l&#233;brer l'orgiaque combat entre Don Carnal et Do&#241;a Cuaresma (Sieur Charnel et Dame Car&#234;me). Le petit peuple, qui assistait &#224; ces agapes depuis la rue, s'empara de la f&#234;te et la transf&#233;ra &#224; l'air libre o&#249;, depuis, il revendique avec enthousiasme son d&#233;sir de jouissance. Certains connaisseurs affirment que l'identit&#233; particuli&#232;re de ce carnaval vient en fait du Mezzogiorno, le chant des &lt;i&gt;chirigotas&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;coros&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;cuartetos&lt;/i&gt; et autres &lt;i&gt;comparsas&lt;/i&gt; rappelant la truculence des op&#233;rettes et du th&#233;&#226;tre de rue napolitains, o&#249; finesse des mots d'esprit et grossi&#232;ret&#233; des invectives font bon m&#233;nage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces groupes vocaux r&#233;p&#232;tent toute l'ann&#233;e dans l'arri&#232;re-salle d'un bar ou le si&#232;ge d'une association taurine. Ils d&#233;tournent des chansons &#224; succ&#232;s en y greffant des paroles satiriques de leur cru, dans une joyeuse parodie de la vie politique et des traits de caract&#232;re locaux, pleine de sarcasmes et de critique sociale. Au XVIIIe si&#232;cle, les autorit&#233;s tent&#232;rent de juguler cette &#171; &lt;i&gt;Fiesta Grande&lt;/i&gt; &#187; trop pa&#239;enne, et Franco l'interdira pendant les quarante ans de sa triste dictature, mais les habitants de Cadix ont su contourner les prohibitions, au besoin en se donnant rendez-vous dans les bars pour s'y d&#233;guiser, boire et chanter jusqu'&#224; point d'heure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un concours de la meilleure chorale &#8211; d&#251;ment grim&#233;e, comme cette &lt;i&gt;chirigota&lt;/i&gt; engonc&#233;e dans une poche de placenta g&#233;ante, o&#249; douze f&#339;tus entonnaient &#171; &lt;i&gt;Moi je ne sors pas d'ici !&lt;/i&gt; &#187; &#8211; se tient chaque ann&#233;e au th&#233;&#226;tre de Falla, en pr&#233;sence des notables. Le public du poulailler ne se prive pas de chambrer les bourgeois, les banquiers et les politiques pr&#233;sents, de sorte que le spectacle se d&#233;roule autant dans les trav&#233;es que sur sc&#232;ne &#8211; l'ind&#233;boulonnable Te&#243;fila Mart&#237;nez, maire de Cadix originaire de Santander, se fait r&#233;guli&#232;rement traiter de &#171; &lt;i&gt;sorci&#232;re du Nord&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela dure officiellement dix jours, mais le &#171; &lt;i&gt;Carnaval de los jartibles&lt;/i&gt; &#187; (&#171; infatigables &#187;, &#171; p&#233;nibles &#187;), ou &lt;i&gt;Carnaval chiquito&lt;/i&gt;, occupe encore les rues jusqu'au troisi&#232;me week-end, et c'est l&#224;, sur les places et dans les caf&#233;s, que la gouaille et la cr&#233;ativit&#233; populaires explosent au grand jour. Loin de l'&#233;l&#233;gance des mascarades v&#233;nitiennes, les d&#233;guisements de Cadix sont bricol&#233;s &#224; la maison et riches en d&#233;lires surr&#233;alistes. Chaque carnavalier se transforme en acteur d&#233;vergond&#233;, incarnant la caricature qu'il s'est choisie, lan&#231;ant &#224; la vol&#233;e des piques et des saillies rarement innocentes. Cette autod&#233;rision s'exprime d'ailleurs tout au long de l'ann&#233;e au comptoir des tavernes, sur le port, sur les march&#233;s. &#171; &lt;i&gt;J'en ai trouv&#233; un ! J'en ai trouv&#233; un ! J'ai couru le dire &#224; mon p&#232;re, &#224; ma m&#232;re, &#224; mes voisins, mais personne ne m'a cru : j'ai crois&#233; un mec avec un CDI !&lt;/i&gt; &#187; Cadix, qui d&#233;tient le record europ&#233;en de ch&#244;mage, se moque de la crise qui la frappe depuis bient&#244;t toujours, annon&#231;ant le slogan du mois de mai 2011 : &#171; &lt;i&gt;C'est pas une crise, c'est une arnaque !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En f&#233;vrier 2013, les flics, suppos&#233;ment appel&#233;s par un riverain grincheux, ont matraqu&#233; les participants au &lt;i&gt;carnaval chiquito&lt;/i&gt; et d&#233;tenu quatre d'entre eux. Le lendemain, un communiqu&#233; exigeait la lib&#233;ration des enchrist&#233;s tout en d&#233;plorant le &#171; &lt;i&gt;manque de bol&lt;/i&gt; &#187; : &#171; &lt;i&gt;Avoir bu et chant&#233; sous le balcon du seul individu en ville qui doit se lever le matin pour aller bosser !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sonia Retamero et Nicolas Arraitz.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier Carnaval&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Marseille-ne-fete-rien-dans-la-rue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Marseille&lt;/a&gt; : ne f&#234;te rien dans la rue !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que jamais, Carnaval est &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Plus-que-jamais-Carnaval-est-une&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;une h&#233;r&#233;sie&lt;/a&gt; : interview d'Al&#232;ssi dell'Umbria.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Commissariat-et-musee-contre&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Commissariat et mus&#233;e&lt;/a&gt; contre Carnaval en deux rounds.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Sur cette &#233;meute m&#233;morable dans la Dr&#244;me, voir Emmanuel Leroy-Ladurie, &lt;i&gt;Le Carnaval de Romans&lt;/i&gt;, Gallimard, 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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