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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>La propagande par le fait-tout</title>
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		<dc:creator>Nicolas de La Casini&#232;re</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;&#171; On mangeait bien et on mangeait bon, et surtout on mangeait chaud. Tout cela &#233;tait appr&#233;ciable pour tenir jusqu'au bout &#187;, souligne l'anarcho-syndicaliste Georges Yvetot en &#233;voquant &#171; l'enseignement et la propagande par le fait qu'&#233;tait la belle initiative de l'organisation des soupes communistes, ce rayon actif de solidarit&#233; collective et pratique dans les gr&#232;ves &#187;. &#192; Foug&#232;res, fin 1906, les n&#233;gociations salariales ont tourn&#233; court. Les intransigeants patrons du chausson et de la (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;On mangeait bien et on mangeait bon, et surtout on mangeait chaud. Tout cela &#233;tait appr&#233;ciable pour tenir jusqu'au bout&lt;/i&gt; &#187;, souligne l'anarcho-syndicaliste Georges Yvetot en &#233;voquant &#171; &lt;i&gt; l'enseignement et la propagande par le fait qu'&#233;tait la belle initiative de l'organisation des soupes communistes, ce rayon actif de solidarit&#233; collective et pratique dans les gr&#232;ves&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; Foug&#232;res, fin 1906, les n&#233;gociations salariales ont tourn&#233; court. Les intransigeants patrons du chausson et de la bottine lock-outent les ouvriers des 22 ateliers et manufactures o&#249; la CGT s'active. La gr&#232;ve durera trois mois. La soupe distribu&#233;e par le comit&#233; de gr&#232;ve nourrit le ventre et le moral.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2039 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;27&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH291/-319-963f8.jpg?1768650659' width='400' height='291' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Baptiste Alchourroun.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une trentaine de cartes postales ont m&#233;moris&#233; cette solidarit&#233; qui fournit deux fois par jour quelque deux mille repas. La bonne vingtaine de chemin&#233;es de po&#234;les &#224; bois a des airs de canons fumants, &#224; la parade, masquant la fa&#231;ade de la bourse du travail d'un halo de boucane. Opposants au syndicat de lutte, le syndicat jaune de Foug&#232;res tente de faire concurrence en servant sa soupe &#171; anticollectiviste &#187; dans une &#171; bourse du travail ind&#233;pendante &#187; improvis&#233;e pour l'occase. Les cur&#233;s font pareil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#199;a fume &#224; la bourse du travail&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1901, lors de la gr&#232;ve du bassin de Blanzy-Montceau en Sa&#244;ne-et-Loire, plus de 20 000 portions sont distribu&#233;es chaque jour&#8230; De la fin du XIXe aux ann&#233;es 1930, les distributions alimentaires de secours aux gr&#233;vistes, appel&#233;es &#171; soupes &#224; la carmagnole &#187;, puis &#171; soupes communistes &#187; &#224; partir de 1904, constituent l'une des armes de la gr&#232;ve. Quasiment un r&#233;flexe d'organisation, symbole fort de la solidarit&#233; de classe. C'est aussi la version ouvri&#232;re et combative des &#171; fourneaux &#233;conomiques &#187; et &#171; soupes populaires &#187;, n&#233;s au milieu du XIXe, charit&#233; aux indigents ou philanthropie, mais surtout antidote aux &#233;meutes de la faim et autres &#171; troubles de subsistance &#187;. Le couvercle sur la marmite sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les popotes de gr&#232;ve servent pareillement des portions &#224; manger sur place, ou &#224; emporter. Elles s'implantent le plus souvent dans les bourses du travail, dont les congr&#232;s ont pr&#233;conis&#233; de s'&#233;quiper en mat&#233;riel pour assurer au pied lev&#233; cette tambouille essentielle pour tenir dans la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire reculer les faims de mois&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la peluche, la popote et la distribution sont aussi accueillies dans des locaux municipaux, ou un champ pr&#234;t&#233; par un paysan. Voire dans un bistrot, comme lors de la longue gr&#232;ve victorieuse des terrassiers de Draveil et Vigneux en 1908, o&#249; plus de 700 repas quotidiens sont servis au caf&#233; Ranque. Parfois encore, &#231;a se passe dans l'usine. Ou sur le trottoir. O&#249; on peut, en somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette soupe commune fait reculer les fins et les faims de mois difficiles, instaure une propagande par le fait-tout, signe d'une solidarit&#233; prol&#233;taire, lieu de discussion et exp&#233;rience pratique des bienfaits de l'organisation collective et de l'assistance mutuelle. Pour Paul Lafargue, &#171; &lt;i&gt; les repas pris en commun entretenaient l'enthousiasme&lt;/i&gt; &#187; et garantissaient la pr&#233;sence de chaque gr&#233;viste, venu &#171; &lt;i&gt; apposer sur sa carte de gr&#232;ve le timbre quotidien du Syndicat&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour financer cette cambuse solidaire, la recette de bals, de tombolas, de concerts de chorales compl&#232;tent les souscriptions et appels aux dons en nature. Quand l'usine est dans un bourg rural, des charrettes &#224; bras quadrillent la campagne pour faire provision de produits frais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Supprimer les interm&#233;diaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lors de la gr&#232;ve des dockers nantais de 1907, deux d&#233;l&#233;gu&#233;s c&#233;g&#233;tistes, Charles Marck et Georges Yvetot, sont arr&#234;t&#233;s, les juges leur collant une provocation au meurtre pour avoir appel&#233; &#224; la &#171; chasse au renard &#187; (les non-gr&#233;vistes) et dit aux ouvriers : &#171; &lt;i&gt;Allez prendre chez les mara&#238;chers ce dont vous avez besoin, en supprimant ainsi les interm&#233;diaires.&lt;/i&gt; &#187; Ce que les magistrats ont traduit par un appel &#224; carotter des patates et &#224; trucider les marchandes des quatre-saisons. Yvetot &#233;cope de quatre ans de prison, Marck d'un an. Tous deux sont amnisti&#233;s l'ann&#233;e suivante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la grande boucherie de 14-18, les gr&#232;ves reprennent ces cantines de lutte. En 1926, &#224; La Fert&#233;-Mac&#233;, petit bourg de 5 400 habitants du bocage normand, tisserands, blanchisseuses, teinturi&#232;res, scieurs et fabricants de galoches se mettent en gr&#232;ve. Au menu : hausse des salaires et journ&#233;e de huit heures. Le conflit dure 50 jours, aliment&#233; par cinq soupes populaires servant 3 000 repas de soupe de pain et patates tous les jours, le dimanche un bout de viande et des l&#233;gumes, un litre de lait et un &#339;uf par enfant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On qu&#234;te devant les usines qui ne sont pas en gr&#232;ve. Commer&#231;ants et paysans des alentours fournissent du pain, des chaussettes, des patates, du cidre, des st&#232;res de bois pour les po&#234;les. Des dons arrivent de toute la France. Les cantines scolaires nourrissent gratis les m&#244;mes des gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les fermes o&#249; on aurait quelque chose&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Mai-68, dans l'Ouest notamment, les paysans refilent volontiers leurs productions aux gr&#233;vistes : &#171; &lt;i&gt;Dans les fermes, on a r&#233;cup&#233;r&#233; des sacs de pommes de terre, des kilos de cochon, on en avait plein la camionnette, c'&#233;tait donn&#233; gratis, on avait fait une distribution de tracts auparavant et donc on savait que dans telle ou telle ferme, on aurait quelque chose&lt;/i&gt; &#187;, raconte un ancien du PSU&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Dans les ann&#233;es 1970, le Parti socialiste unifi&#233; se positionnait &#224; la gauche (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, face &#224; la guerre sociale raviv&#233;e par Macron, zadistes, paysans et gr&#233;vistes rallument en Loire-Atlantique les marmites, &#224; m&#234;me de faire durer une gr&#232;ve, en articulant auto-organisation militante et cha&#238;ne de soutien, du champ au piquet de gr&#232;ve. Une permanence de la cambuse des luttes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Dans les ann&#233;es 1970, le Parti socialiste unifi&#233; se positionnait &#224; la gauche du Parti socialiste, et &#233;tait proche de la gauche autogestionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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