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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>&#171; Quitte &#224; y laisser ma peau &#187;</title>
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		<dc:creator>Bruno Le Dantec</dc:creator>


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		<description>
&lt;p&gt;Le gouvernement aimerait que l'immolation par le feu de Patrice devant la Caisse de retraite du Sud-Est reste &#224; la rubrique faits-divers. Mais, depuis 2011 en Tunisie, tout le monde sait qu'un tel geste lance un cri d'alerte. Pat sourit sur son lit d'h&#244;pital, au service des grands br&#251;l&#233;s de la Conception, &#224; Marseille. &#171; J'ai l'air d'un &#339;uf de P&#226;ques, pas vrai ? &#187; Le 27 avril, il s'est mis le feu devant la Caisse d'assurance retraite et de la sant&#233; au travail (Carsat). Col&#232;re froide, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Conception" rel="tag"&gt;Conception&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Le gouvernement aimerait que l'immolation par le feu de Patrice devant la Caisse de retraite du Sud-Est reste &#224; la rubrique faits-divers. Mais, depuis 2011 en Tunisie, tout le monde sait qu'un tel geste lance un cri d'alerte.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pat sourit sur son lit d'h&#244;pital, au service des grands br&#251;l&#233;s de la Conception, &#224; Marseille. &#171; &lt;i&gt;J'ai l'air d'un &#339;uf de P&#226;ques, pas vrai ?&lt;/i&gt; &#187; Le 27 avril, il s'est mis le feu devant la Caisse d'assurance retraite et de la sant&#233; au travail (Carsat). Col&#232;re froide, d&#233;sespoir, rien ni personne n'a pu retenir sa main. L'&#233;l&#233;ment d&#233;clencheur aura &#233;t&#233; un sourire. Ce jour-l&#224;, toute miel, une employ&#233;e lui annonce : &#171; &lt;i&gt;La dame qui s'occupe de votre dossier est partie en vacances pour quinze jours.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;J'aurais pu prendre une secr&#233;taire en otage&lt;/i&gt;, explique Pat, &lt;i&gt;mais le western, c'est pas mon style&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Une heure plus tard, deux jeunes passants aper&#231;oivent un homme en flammes et courent l'&#233;teindre avec une veste. Les vigiles de la Carsat sortent alors de leur gu&#233;rite avec un extincteur. Encore debout, Pat est entra&#238;n&#233; vers une douche, puis c'est le trou noir. Sa fille Coraline a retrouv&#233; les jeunes en posant des affiches dans le quartier. &#171; &lt;i&gt;Il para&#238;t qu'il &#233;tait tr&#232;s calme, il s'est asperg&#233; les &#233;paules avec la moiti&#233; d'une bouteille d'alcool &#224; br&#251;ler, il ne voulait pas mourir&lt;/i&gt; &#187;, veut-elle croire.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2107 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;11&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH472/-382-8f7bb.jpg?1782897669' width='500' height='472' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par R&#233;mi.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Au 30 avril, j'allais me retrouver sans alloc ni retraite.&lt;/i&gt; &#187; Pat &#233;tait intermittent du spectacle, &#224; mi-temps depuis qu'une op&#233;ration des cervicales lui a donn&#233; droit &#224; une allocation adulte handicap&#233;. &#171; &lt;i&gt;En d&#233;cembre 2015, la CAF me pr&#233;vient qu'&#224; pr&#232;s de 62 ans, je dois faire les d&#233;marches pour ma retraite. Je me pr&#233;sente le 7 janvier &#224; la Carsat. &#192; la mi-janvier, je reviens avec les pi&#232;ces demand&#233;es, mais il y a des &#8220;trous&#8221; dans mon cursus, parce que j'ai v&#233;cu huit mois au Br&#233;sil, un an et demi au Cameroun. &#8220;Vu que votre carri&#232;re a &#233;t&#233; en accord&#233;on, vous aurez droit au minimum vieillesse. Ne vous inqui&#233;tez pas, c'est automatique&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, la gal&#232;re commence. Va-et-vient entre RSI (travailleurs ind&#233;pendants), Audiens (r&#233;gime intermittents) et Carsat. &#171; &lt;i&gt;Je dois m&#234;me demander &#224; l'arm&#233;e la preuve que j'ai fait mon service militaire.&lt;/i&gt; &#187; Pi&#232;ce qui s'est av&#233;r&#233;e inutile par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s le passage d'une infirmi&#232;re, Pat vante la qualit&#233; et l'ambiance du service des grands br&#251;l&#233;s. Une &#233;quipe soud&#233;e, o&#249; l'on voit un aide-soignant partir en Espagne assister &#224; un match de foot avec un chirurgien. Mais revenons &#224; la Carsat : &#171; &lt;i&gt;En f&#233;vrier, on n'a plus eu droit &#224; la salle d'attente. On faisait la queue dehors, dans le froid, et l&#224;, c'&#233;tait la mis&#232;re. J'y suis all&#233; quatre fois dans ces conditions. J'ai vu des gens pleurer. Audiens me r&#233;clamait un document de la Carsat, qui me r&#233;pondait qu'elle n'&#233;tait pas en mesure de me le fournir, puisqu'il manquait le feu vert d'Audiens pour compl&#233;ter le dossier&#8230; La relation devenait herm&#233;tique, kafka&#239;enne.&lt;/i&gt; &#187; Cinq jours avant son passage &#224; l'acte, Pat envoie un what's-ap &#224; sa fille : &#171; &lt;i&gt;L'administration fran&#231;aise a de la chance que je ne sois pas jihadiste ! Ils me rendent fou.&lt;/i&gt; &#187; &#192; la Carsat, il y a plus de vigiles que de pr&#233;pos&#233;s &#224; l'accueil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrice n'est pas du genre &#224; s'apitoyer sur son sort. &#171; &lt;i&gt;J'esp&#232;re que &#231;a servira &#224; &#233;veiller les consciences, &#224; d&#233;bloquer des dossiers.&lt;/i&gt; &#187; Alors, p&#233;tage de plombs ? Geste sacrificiel ? Acte politique, assur&#233;ment. Les autorit&#233;s le savent et le redoutent. &#171; &lt;i&gt;Un conseiller de Marisol Tourraine a appel&#233; l'h&#244;pital le soir m&#234;me pour savoir qui &#233;tait mon p&#232;re&lt;/i&gt;, raconte Coraline. &lt;i&gt;S'il avait surv&#233;cu, s'il avait de la famille, qu'est-ce qu'il faisait dans la vie&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Le lendemain du drame, jeudi 28 avril, avait lieu une importante journ&#233;e d'action contre la loi El Khomri, avec une forte participation des intermittents. Coraline, vivant &#224; Paris et intermittente elle aussi, ne sera pr&#233;venue que le vendredi, deux jours apr&#232;s. Histoire de ne pas jeter de l'huile sur le feu ? L'agent du commissariat du 5e arrondissement qui lui remet les cl&#233;s de l'appart' de son p&#232;re ne lui cache pas sa surprise : d'habitude, on pr&#233;vient imm&#233;diatement les proches. &#171; &lt;i&gt;Il m'a dit qu'en voyant le masque d'anonymous chez Pat, il avait compris que c'&#233;tait quelqu'un d'engag&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Dans la bo&#238;te aux lettres, Coraline d&#233;couvre une lettre de la Carsat post&#233;e la veille : le dossier de son p&#232;re est enfin valid&#233; &#8211; vite fait bien fait, et malgr&#233; les cong&#233;s de la dame&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je veux savoir ce qui se cache derri&#232;re cette maltraitance&lt;/i&gt;, s'ent&#234;te Pat. &lt;i&gt;Je crois que c'est du vol. Il y a r&#233;tention d'argent avec tous ces mois non pay&#233;s &#224; cause de chicaneries absurdes.&lt;/i&gt; &#187; La Carsat est un organisme de droit priv&#233; charg&#233; d'une mission de service public. Chapeaut&#233;e par un conseil d'administration de vingt-et-un membres, dont huit repr&#233;sentants des salari&#233;s et huit patrons, elle g&#232;re des milliers de dossiers par an &#8211; il y a 15 millions de retrait&#233;s en France. Financ&#233;es par les cotisations salariales, les caisses de retraite devraient &#234;tre des caisses de solidarit&#233;, mais elles deviennent une variable d'ajustement pour &#233;ponger les d&#233;ficits de l'&#201;tat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 3 mai, le directeur g&#233;n&#233;ral, la directrice de la branche retraite et une juriste de la Carsat Sud-Est re&#231;oivent Coraline et jouent l'incompr&#233;hension : &#171; &lt;i&gt;Votre p&#232;re avait r&#233;pondu &#224; tous les rendez-vous, donn&#233; tous les justificatifs. Son dossier &#233;tait sur le point d'&#234;tre valid&#233;, il allait &#234;tre pay&#233; en juin.&lt;/i&gt; &#187; La direction se d&#233;douane, mais Coraline arrache tout de m&#234;me la promesse, orale, que la Carsat prendra en charge le forfait hospitalier de Pat, qui n'a pas de mutuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Patrice s'est r&#233;veill&#233; le 8 mai, apr&#232;s onze jours de coma artificiel. &#171; &lt;i&gt;J'ai chant&#233; pour tester mes cordes vocales.&lt;/i&gt; &#187; Les sorties de coma sont parfois &#233;tranges. &#171; &lt;i&gt;J'ai r&#234;v&#233; que je prenais un train sp&#233;cial qui m'amenait &#224; la Joliette, mais impossible d'entrer chez moi. Dans mon d&#233;lire, je dormais finalement chez un &#233;crivain public africain.&lt;/i&gt; &#187; Un psychiatre vient &#224; son chevet, Pat a l'impression qu'il lui fait la morale : &#171; &lt;i&gt;Quand on est capable de s'infliger &#231;a, on peut aussi retourner cette violence contre les autres.&lt;/i&gt; &#187; Et puis il y a cette visite un peu obsc&#232;ne d'une infirmi&#232;re soucieuse d'&#233;quilibre financier : &#171; &lt;i&gt;Monsieur Claude, qui va payer votre forfait hospitalier ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coraline n'en d&#233;mord pas, l'histoire de son p&#232;re n'est pas un fait-divers. &#171; &lt;i&gt;Mais je sais que devant la justice, ce sera difficile de prouver que ce sont ses gal&#232;res, et l'ambiance dans son quartier o&#249; tellement de gens sont dans la merde, qui ont pouss&#233; mon p&#232;re &#224; bout. &lt;/i&gt; &#187; Avec des intermittents et pr&#233;caires, elle a mont&#233; un comit&#233; de soutien. Elle garde le contact avec les jeunes qui ont &#233;teint le feu. &#171; &lt;i&gt;Ils ont sauv&#233; son visage. Avoir un visage, c'est dr&#244;lement important pour se reconstruire.&lt;/i&gt; &#187; Il n'y aura pas non plus besoin de greffe aux mains. &#171; &lt;i&gt;Dans Le Grand incendie, de Samuel Bollendorff, un gars qui s'est immol&#233; devant son boulot t&#233;moigne : &#8220;Je n'ai jamais voulu mourir, jamais. Je voulais protester contre ce que mes coll&#232;gues et moi subissions.&#8221;&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 juin au matin, une centaine de personnes a bloqu&#233; l'acc&#232;s &#224; la Carsat. Par voie de tract, Coraline d&#233;clare : &#171; &lt;i&gt;Aidez-moi &#224; prouver que la situation de mon papa n'est pas un cas isol&#233;. C'est une alerte, un cri, pour lui, pour les autres, pour nous tous et toutes.&lt;/i&gt; &#187; Apr&#232;s trois heures pass&#233;es &#224; attendre en vain que le directeur daigne descendre, le b&#226;timent est occup&#233; pacifiquement, jusqu'&#224; ce qu'une escouade de flics harnach&#233;s comme pour une &#233;meute de hooligans russes ne pousse les gens dehors. L'administrateur g&#233;n&#233;ral vient alors parlementer : &#171; &lt;i&gt;On fait du social, on travaille avec l'humain.&lt;/i&gt; &#187; Dialoguer sur le trottoir peut para&#238;tre courageux, mais s'il avait re&#231;u Coraline et sa m&#232;re dans son bureau, le contact devenait officiel. L&#224;, les paroles s'envolent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur ce m&#234;me trottoir, des t&#233;moignages affluent. &#171; &lt;i&gt;Mon p&#232;re a 64 ans, il devrait b&#233;n&#233;ficier de la retraite depuis mars 2013. Il a envoy&#233; tous les justificatifs, mais rien. Immobilis&#233; en Tunisie par une maladie, il ne peut ni venir, ni se soigner.&lt;/i&gt; &#187; Une employ&#233;e de la Carsat : &#171; &lt;i&gt;La r&#233;action de ma direction ne me surprend gu&#232;re. Les dysfonctionnements en interne provoquent &#233;norm&#233;ment de retards de paiement ou de traitement de dossier. Il y a trois ans, un coll&#232;gue de l'antenne Kl&#233;ber s'est d&#233;fenestr&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Une dame exc&#233;d&#233;e : &#171; &lt;i&gt;J'ai d&#233;pos&#233; ma demande en novembre 2015, mais impossible d'avoir quelqu'un en direct. Au t&#233;l&#233;phone, on me sugg&#232;re d'envoyer un mail. Par mail, pas de r&#233;ponse. Je ne sais plus quoi faire.&lt;/i&gt; &#187; Un autre : &#171; &lt;i&gt;Les personnes qui n'ont pas d'argent d'avance, pas Internet, ne ma&#238;trisent pas la chose administrative ou la langue fran&#231;aise, elles sont timides devant l'institution, d&#233;munies face &#224; ce syst&#232;me o&#249; l'on n'a plus affaire &#224; des &#234;tres humains, mais &#224; des machines.&lt;/i&gt; &#187; La nation a besoin de seniors qui consomment, font tourner croisi&#232;res et r&#233;sidences, votent plut&#244;t conservateur&#8230;, &#171; &lt;i&gt;mais si tu es pauvre, on te fait sentir que tu es un poids mort&lt;/i&gt; &#187;. &#192; quand un mouvement des panth&#232;res grises ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Les &#171; principes &#187; du Miroir</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Les-principes-du-Miroir</link>
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		<dc:date>2014-08-22T05:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Nicolas Rami</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>football</dc:subject>
		<dc:subject>miroir</dc:subject>
		<dc:subject>Conception</dc:subject>
		<dc:subject>jeu</dc:subject>
		<dc:subject>Fran&#231;ois Th&#233;baud</dc:subject>
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		<dc:subject>Georges Boulogne</dc:subject>
		<dc:subject>gouvernail Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;&#171; Kopa se saisit du ballon assez loin du but et feinta successivement quatre ou cinq adversaires. Chaque fois, il levait la t&#234;te, attendant qu'un de ses partenaires d&#233;marre pour lui glisser la balle dans les meilleures conditions. Mais rien ne se passait, si bien qu'il trompa &#233;galement le gardien et poussa comme oblig&#233; le ballon dans les filets. Alors que ses partenaires l'entouraient pour le f&#233;liciter, il les repoussa en secouant la t&#234;te avec d&#233;pit ! &#187; Cette anecdote, racont&#233;e par Jean (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no123-juin-2014" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;123 (juin 2014)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/miroir" rel="tag"&gt;miroir&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/jeu" rel="tag"&gt;jeu&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Francois-Thebaud" rel="tag"&gt;Fran&#231;ois Th&#233;baud&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Christian-Gourcuff" rel="tag"&gt;Christian Gourcuff&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/football-populaire" rel="tag"&gt;football populaire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Georges-Boulogne" rel="tag"&gt;Georges Boulogne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/gouvernail-Francois" rel="tag"&gt;gouvernail Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Kopa se saisit du ballon assez loin du but et feinta successivement quatre ou cinq adversaires. Chaque fois, il levait la t&#234;te, attendant qu'un de ses partenaires d&#233;marre pour lui glisser la balle dans les meilleures conditions. Mais rien ne se passait, si bien qu'il trompa &#233;galement le gardien et poussa comme oblig&#233; le ballon dans les filets. Alors que ses partenaires l'entouraient pour le f&#233;liciter, il les repoussa en secouant la t&#234;te avec d&#233;pit !&lt;/i&gt; &#187; Cette anecdote, racont&#233;e par Jean Levron&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Jean Levron, sous le nom de Jean Norval, Des ann&#233;es de braise aux ann&#233;es&#8230; de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, conforte &#224; rebours la boutade de Cantona qui sert de titre au dernier livre de Jean-Claude Mich&#233;a, &lt;i&gt;Le plus beau but &#233;tait une passe&lt;/i&gt;. Jean Levron &#233;tait pigiste au &lt;i&gt;Miroir du football&lt;/i&gt;. Lire le &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; aujourd'hui, pour ceux qui aiment le jeu et sombrent d'ennui devant le p&#233;nible spectacle du football moderne, c'est comme respirer un peu d'air frais. Retour sur les &#171; principes &#187; du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; et mise en regard avec le dernier livre de Mich&#233;a.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;C'est en janvier 1960 que para&#238;t le premier num&#233;ro du mensuel &lt;i&gt;Le Miroir du football&lt;/i&gt;, avec &#224; son gouvernail Fran&#231;ois Th&#233;baud. Le magazine est publi&#233; par les &#233;ditions J, propri&#233;t&#233; du Parti communiste. Pourtant, aucun des journalistes ne fut membre du Parti et, jusqu'en 1976&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En 1976, les propri&#233;taires du journal voulurent reprendre la main et lui (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;, &#233;tonnamment, celui-ci laissa toute libert&#233; &#224; la r&#233;daction, au prix, il est vrai, de quelques coups de gueules &#224; l'occasion desquels Fran&#231;ois Th&#233;baud sut rester ferme sur les &#171; principes &#187;. Mais c'est surtout que le &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; se vendait bien et, tout stalinien qu'on soit, on peut bien laisser quelques libert&#233;s du moment qu'elles rapportent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s le premier num&#233;ro, dans une adresse aux footballeurs, Fran&#231;ois Th&#233;baud donne le ton : &#171; &lt;i&gt;Votre sport exige le concours constant de l'intelligence. Ses probl&#232;mes multiformes suscitent les initiatives individuelles les plus &#233;tonnantes, les inspirations cr&#233;atrices collectives les plus stup&#233;fiantes. Et pourtant les esth&#232;tes officiels s'accrochent au culte d&#233;suet des manifestations primaires de l'effort physique.&lt;/i&gt; &#187; Et plus loin : &#171; &lt;i&gt;Si vous recherchez dans nos pages mati&#232;re &#224; satisfaire l'orgueil nationaliste, l'esprit de clocher, ou le culte commercial de la vedette&#8230; Ne poursuivez pas votre lecture. &lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout au long de ses seize ann&#233;es d'existence, l'&#233;quipe du &lt;i&gt;Miroir &lt;/i&gt; d&#233;veloppa une analyse du football qui ne d&#233;rogea jamais &#224; ce qu'elle nommait &#171; &lt;i&gt;les principes&lt;/i&gt; &#187; : le refus du r&#233;sultat &#224; tout prix et du r&#233;alisme sans scrupule ; le m&#233;pris de la prudence et des tactiques d&#233;fensives. &#192; rebours du culte vou&#233; au rendement et &#224; l'efficacit&#233;, les journalistes du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; d&#233;fendaient une conception offensive et cr&#233;ative du football, fond&#233;e sur la passe courte qui cherche le d&#233;s&#233;quilibre de l'&#233;quipe adverse. Car il ne s'agit pas d'attendre, de &#171; b&#233;tonner &#187; pour contre-attaquer, de chercher le coup-franc ou de guetter la moindre erreur d&#233;fensive. Jean Levron, en juillet 1960 : &#171; &lt;i&gt;Seul un syst&#232;me de jeu bas&#233; sur la passe courte et le d&#233;sir constructif peut procurer &#224; ses pratiquants une confiance collective v&#233;ritable.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pr&#233;cisera toutefois que le mensuel ne s'int&#233;ressait pas qu'au football professionnel et se penchait aussi sur le football amateur et les &#233;quipes de jeunes. La plupart des journalistes eux-m&#234;mes pratiquaient leur sport dans des clubs de la r&#233;gion parisienne et, en 1972, certains parmi plus les jeunes, br&#251;lant d'appliquer sur le terrain les principes de jeu d&#233;velopp&#233;s dans le journal, cr&#233;&#232;rent l'Espoir Football Club qui &#233;volua du c&#244;t&#233; de Neuilly-sur-Marne. Une formule de Jean Levron semble bien r&#233;sumer l'atmosph&#232;re dans laquelle baignait la bande du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;l'adh&#233;sion &#224; la conception d'un jeu offensif, cr&#233;atif, humain. Qui doit &#234;tre l'expression pr&#233;monitoire d'une soci&#233;t&#233; digne de ce nom&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1135 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH348/footmai68-983bf.jpg?1782647991' width='400' height='348' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car le &lt;i&gt;Miroir &lt;/i&gt; n'a jamais dissoci&#233; abstraitement le sport de la soci&#233;t&#233; dans laquelle il se pratique. Et, tout naturellement, il apporta sa contribution aux journ&#233;es de Mai 1968. C'est lors d'une soir&#233;e chez Pierre Lameign&#232;re, journaliste au &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, que prit forme l'id&#233;e d'occuper le 60 bis, avenue d'I&#233;na, si&#232;ge de la F&#233;d&#233;ration fran&#231;aise de football. Le 22 mai au matin, sans violence mais fermement, le cossu b&#226;timent du 16e arrondissement est pris par les mutins&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fran&#231;ois-Ren&#233; Simon, Alain Leiblang, Faouzi Mahjoub, Les Enrag&#233;s du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Deux banderoles sont accroch&#233;es sur la fa&#231;ade : &#171; &lt;i&gt;La F&#233;d&#233;ration, propri&#233;t&#233; des 600 000 footballeurs&lt;/i&gt; &#187; et &#171; &lt;i&gt; Le football aux footballeurs !&lt;/i&gt; &#187; Un tract est distribu&#233; ; il porte la signature du Comit&#233; d'action des footballeurs. Au-del&#224; de l'affirmation de la solidarit&#233; avec ceux qui occupent les usines et les universit&#233;s, au-del&#224; aussi de revendications bien pr&#233;cises&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La premi&#232;re des revendications concernait l'absurde limitation de la saison (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, le texte appelle &#224; &#171; &lt;i&gt;lib&#233;rer le football de l'argent des pseudo-m&#233;c&#232;nes incomp&#233;tents qui sont &#224; l'origine du pourrissement du football.&lt;/i&gt; &#187; Pendant quelques heures, les occupants retiennent dans son bureau celui qui symbolise le football dit &#171; moderne &#187; : l'instructeur national Georges Boulogne, &#171; le baron &#187; comme l'a d&#233;sign&#233; le gardien de l'entr&#233;e du 60 bis. L'historien Alfred Wahl r&#233;sume assez bien le contexte de cette occupation : &#171; &lt;i&gt;C'est Georges Boulogne qui formalise progressivement les conceptions globales de ce qu'il appelle le football moderne. L'objectif central consiste &#224; rechercher l'adaptation de la pratique du jeu fran&#231;ais aux r&#232;gles de fonctionnement de l'&#233;conomie moderne et &#224; la comp&#233;tition internationale en ce domaine.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Le football doit cesser d'&#234;tre une &#8220;activit&#233; ludique&#8221; pour devenir une &#8220;activit&#233; &#233;ducative&#8221;. &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Le football doit se caract&#233;riser davantage par la rigueur ; il est apprentissage de la discipline.&lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Boulogne calque sur le football les concepts qui ont cours dans la pens&#233;e &#233;conomique du temps et qui s'appellent croissance, industrialisation, performance, etc. &lt;/i&gt; [&#8230;] &lt;i&gt;Cette orientation conduit &#224; renoncer au jeu improvis&#233;, brillant, fond&#233; sur les initiatives individuelles et qui fut celui pr&#233;conis&#233; par Albert Batteux, &#224; Reims, et quelques autres techniciens.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Alfred Wahl, &#171; Le Mai 68 des footballeurs fran&#231;ais &#187;, Vingti&#232;me Si&#232;cle, 26, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; C'est ici que la contestation dans le football, port&#233;e par le &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, rejoint la critique de l'organisation du travail exprim&#233;e par les ouvriers gr&#233;vistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; force de discours sur les bonnes raisons qu'il y aurait de jouer au football, on en oublierait presque que la premi&#232;re raison du jeu, c'est le plaisir du jeu. Et puisqu'on parle d'un sport collectif, on en oublierait presque que la premi&#232;re raison du football, c'est le plaisir que chacun prend dans la r&#233;alisation d'une action men&#233;e &#8211; parfois pens&#233;e &#8211; de fa&#231;on collective, avec toujours en t&#234;te le souci que chacun puisse trouver sa place, sans intimidation ni condescendance, dans l'organisation du jeu. C'est-&#224;-dire ce que devrait &#234;tre, ou du moins ce que pourrait &#234;tre aussi, le travail.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1134 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH519/foot-miroir-du-foot-7ea0c.jpg?1782647991' width='400' height='519' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt; &lt;p&gt;Les id&#233;es du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, l'onde de choc de Mai 68 et l'occupation de la F.F.F., ont trouv&#233; ailleurs leurs prolongements. En 1973, Georges Boulogne et la F&#233;d&#233;ration obtiennent un arr&#234;t&#233; minist&#233;riel qui impose aux clubs amateurs de Division d'Honneur d'engager &#8211; et donc de r&#233;tribuer &#8211; un entra&#238;neur dipl&#244;m&#233; (c'est-&#224;-dire form&#233; sous la houlette des affid&#233;s de M. Boulogne). C'est pour s'opposer &#224; cette nouvelle tentative de mise au pas que va &#233;merger le Mouvement football-progr&#232;s, dont le centre est le Stade Lamballais, dans les C&#244;tes-du-Nord&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir Jean-Claude Trotel, Football je t'aime&#8230; moi non plus. Le football : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. La Bretagne est alors au c&#339;ur de cette conception constructive et offensive ch&#232;re au &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;. Le FC Nantes de Jos&#233; Arribas remporte le championnat en 1965, 1966 et 1973 ; le Stade Rennais de Jean Prouff, adepte du 4-2-4, remporte la Coupe de France en 1965 et 1971. Jean Prouff, qu'un jeune joueur du Finist&#232;re, Christian Gourcuff, rencontra &#224; Rennes en 1972 et suivit en troisi&#232;me division du c&#244;t&#233; de Bern&#233; dans le Morbihan. Christian Gourcuff, adolescent, &#233;tait avec ses copains de jeu un fid&#232;le lecteur du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;. Plus tard, il noua des liens d'amiti&#233; avec Fran&#231;ois Th&#233;baud et sa bande. Sans y adh&#233;rer formellement, il a toujours suivi de pr&#232;s les r&#233;flexions du &#171; football-progr&#232;s &#187; qui &#233;mergeaient du c&#244;t&#233; de Lamballe. Pr&#233;fa&#231;ant le livre que lui a consacr&#233; Lo&#239;c Bervas, Christian Gourcuff r&#233;affirme les &#171; principes &#187; simples et g&#233;n&#233;reux qui furent toujours ceux du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; : &#171; &lt;i&gt;Ce livre n'est pas une biographie, mais un t&#233;moignage de l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; dans laquelle l'opportunisme a remplac&#233; le courage, le profit l'&#233;thique, au travers du football depuis un demi-si&#232;cle. Le t&#233;moignage aussi d'une recherche permanente d'&#233;motions dans la pratique d'un &#8220;autre football&#8221; &#224; la fois esth&#233;tique et moral, o&#249; le beau et le bon cohabitent.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Lo&#239;c Bervas, Christian Gourcuff. Un autre regard sur le football, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &#187; Cette vision du jeu, &#233;minemment collective, est constamment pens&#233;e dans le but de d&#233;velopper les qualit&#233;s et le plaisir individuels des joueurs. En cette fin de saison 2013-2014, Christian Gourcuff vient de quitter le FC Lorient, parce que la cohabitation &#233;tait devenue impossible avec son pr&#233;sident Lo&#239;c Ferry, requin sans gloire de la City.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On le voit, malgr&#233; l'argent et les vents contraires, il y a la permanence d'une conception d'un football humain qui parvient encore &#224; &#233;merger, m&#234;me dans les pires recoins du sport professionnel. On l'a dit, c'est &#224; cette &#171; tradition &#187; que Jean-Claude Mich&#233;a se rattache dans son dernier livre,&lt;i&gt; Le plus beau but &#233;tait une passe&lt;/i&gt; (&#233;ditions Climats, 2014). Il y voit la continuation du &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt; qui d&#233;finit, selon lui, depuis la fin du XIXe si&#232;cle, &#171; &lt;i&gt;l'essence m&#234;me du football ouvrier et populaire &#8211; autrement dit, construit et tourn&#233; vers l'offensive.&lt;/i&gt; &#187; Certains historiens nous rapportent en effet que c'est lorsque les ouvriers s'appropri&#232;rent le football que le jeu &#233;volua d'une conception individualiste et aristocratique (le&lt;i&gt; dribbling game&lt;/i&gt;) au jeu collectif des ouvriers (le &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt;). &#192; cette dimension collective, qui serait inh&#233;rente au football populaire, Mich&#233;a associe &#233;galement la notion de fair-play. On aurait donc un football populaire qui serait l'expression d'une conception collective du jeu, d'un refus de la tricherie et du chauvinisme &#171; support&#233;riste &#187;. On fera ici quelques remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Affirmer que le passage du &lt;i&gt;dribbling game&lt;/i&gt; au &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt; serait la cons&#233;quence de l'appropriation du football par les ouvriers appara&#238;t de prime abord discutable&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En Angleterre, les r&#232;gles du football ont &#233;t&#233; codifi&#233;es pour la premi&#232;re (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;. Surtout, la notion de fair-play ne semble pas forc&#233;ment aller de soi avec une conception populaire du football. La main de Maradona en 1986 ou celle de Thierry Henry en 2009, pour prendre des exemples c&#233;l&#232;bres, ont suscit&#233; d'excellents d&#233;bats sur l'&#233;thique &#224; tous les comptoirs de France, mais ces d&#233;bats ne furent jamais tranch&#233;s. Ce qui a suscit&#233; l'opprobre universelle, ce n'est pas la main de Thierry Henry, mais son comportement &#224; la fin du match o&#249;, apr&#232;s son coup de vice monumental, il chercha &#224; consoler et &#224; relever les Irlandais &#224; terre, d&#233;pit&#233;s. En 1938, dans son essai sur le jeu, Johan Huizinga notait : &#171; &lt;i&gt;Suivant notre conception, le recours &#224; la ruse et &#224; la tromperie brise et abolit le caract&#232;re ludique de la comp&#233;tition. Toutefois, la culture archa&#239;que ne donne pas raison sur ce point &#224; notre jugement moral, pas plus que l'esprit populaire.&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Johan Huizinga, Homo ludens, (1938), Gallimard, Tel, 1988, p. 93.&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On notera &#233;galement qu'il y a une autre conception du football, tout aussi populaire, qui se soucie peu d'esth&#233;tique et o&#249; ce qui importe c'est avant tout la vaillance des joueurs, leur g&#233;n&#233;rosit&#233;, qui ne s'exprime pas tant par le jeu de passes que par la capacit&#233; &#224; &#171; mouiller le maillot &#187;. Le go&#251;t de l'offensive est pr&#233;sent, mais d'abord sur le mode du &lt;i&gt;kick and rush&lt;/i&gt; anglais. Cette conception se fonde sur un attachement profond &#224; une communaut&#233;, un village ou un quartier, une ville ou un pays. C'est souvent le football de club du dimanche apr&#232;s-midi&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Du c&#244;t&#233; de la sociologie, on peut lire l'article de Jean-Michel Faure, &#171; Les (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. C'est aussi, parfois, le football qui d&#233;g&#233;n&#232;re dans le chauvinisme le plus brutal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne semble pas qu'il y ait &#171; &lt;i&gt;une essence m&#234;me du football populaire&lt;/i&gt; &#187; mais bien plut&#244;t deux conceptions qui s'opposent, se m&#233;langent et sont au c&#339;ur du plaisir de la palabre sur le football. Le football moderne, le football-business, &#233;tranger &#224; toute &#233;thique, s'appuie &#233;videmment sur la version chauvine pour vendre ses matchs et ses maillots. Les supporters ultras pr&#233;tendument &#171; radicaux &#187; n'expriment bien souvent que la radicalit&#233; du commerce. La &#171; tradition &#187; du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt;, parce qu'elle est ancr&#233;e, profond&#233;ment, &#224; des &#171; principes &#187; nous pr&#233;serve de ces &#233;garements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;N. B. : &#224; lire l'interview de Jean-Claude Mich&#233;a sur le site &lt;a href=&#034;http://www.sofoot.com/blogs/marxist/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Never trust a marxist in football&lt;/a&gt; ! (un des rares blogs consacr&#233;s au football qui m&#233;ritent le d&#233;tour). Jean-Claude Mich&#233;a y &#233;voque des sujets qui ont &#233;t&#233; abord&#233;s ici, sur l'attachement local, sur Cruyff et le &#171; football total &#187; des Hollandais notamment.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Jean Levron, sous le nom de Jean Norval, &lt;i&gt;Des ann&#233;es de braise aux ann&#233;es&#8230; de p&#232;ze&lt;/i&gt;, 2001. Ce livre a &#233;t&#233; &#233;dit&#233; apr&#232;s sa mort par ses amis, fid&#232;les du &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;http://www.miroirdufootball.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Miroir&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En 1976, les propri&#233;taires du journal voulurent reprendre la main et lui donner une orientation plus commerciale. Presque tous les journalistes du &lt;i&gt;Miroir&lt;/i&gt; d&#233;missionn&#232;rent. Ce fut la fin du &lt;i&gt;Miroir du football&lt;/i&gt;. Le journal disparut officiellement en 1979.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fran&#231;ois-Ren&#233; Simon, Alain Leiblang, Faouzi Mahjoub, &lt;i&gt;Les Enrag&#233;s du football. L'autre Mai 68&lt;/i&gt;, Calmann-L&#233;vy, 2008.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;La premi&#232;re des revendications concernait l'absurde limitation de la saison de football d'octobre &#224; mai, excluant donc les beaux jours d'&#233;t&#233; !&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Alfred Wahl, &#171; Le Mai 68 des footballeurs fran&#231;ais &#187;, &lt;i&gt;Vingti&#232;me Si&#232;cle&lt;/i&gt;, 26, avril-juin 1990, p. 77.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir Jean-Claude Trotel, &lt;i&gt;Football je t'aime&#8230; moi non plus. Le football : l'art ou la guerre ?&lt;/i&gt;, L'Harmattan, 2000.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Lo&#239;c Bervas, Christian Gourcuff. &lt;i&gt;Un autre regard sur le football&lt;/i&gt;, Liv'&#233;ditions, 2013.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En Angleterre, les r&#232;gles du football ont &#233;t&#233; codifi&#233;es pour la premi&#232;re fois en 1863. La r&#232;gle du hors-jeu interdit alors toute passe en avant, comme dans le rugby d'aujourd'hui. En 1866, la r&#232;gle est chang&#233;e : d&#233;sormais, pour ne pas &#234;tre consid&#233;r&#233; en position de hors-jeu, il suffit que l'attaquant ait au moins trois d&#233;fenseurs devant lui. Cette nouvelle r&#232;gle a eu sur le d&#233;veloppement du jeu de passes une influence &#233;vidente. Sur son site officiel, comme il se doit, la FIFA n'&#233;voque jamais comme possible explication de la naissance du jeu de passes l'irruption des ouvriers dans le football. Selon les historiens, le d&#233;veloppement du &lt;i&gt;passing game&lt;/i&gt; est li&#233; aux ouvriers du Queens Park de Glasgow.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Johan Huizinga, Homo ludens, (1938), Gallimard, Tel, 1988, p. 93.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Du c&#244;t&#233; de la sociologie, on peut lire l'article de Jean-Michel Faure, &#171; Les &#8220;fouteux&#8221; de Voutr&#233; &#187;, &lt;i&gt;Actes de la recherche en sciences sociales&lt;/i&gt;, n&#176; 80, novembre 1989.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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