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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Les travailleurs du cuir d'Izmir : De la x&#233;nophobie &#224; la lutte des classes</title>
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		<dc:date>2018-02-17T07:30:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Macha Berdoulat</dc:creator>


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&lt;p&gt;Dans un petit atelier du quartier de Basmane, &#171; petite Syrie &#187; d'Izmir, une machine &#224; coudre cherche sa place parmi les chutes de cuir. Son conducteur, Yal&#231;in, est membre de l'Association de solidarit&#233; et coop&#233;ration culturelle pour les Africains (Afr&#246;t&#252;rc) qui m&#232;ne des recherches sur l'origine de la petite minorit&#233; afro-turque en Turquie. Leurs anc&#234;tres sont arriv&#233;s en tant qu'esclaves d&#232;s le XVIII&#8202;e si&#232;cle, ramen&#233;s du p&#232;lerinage de La Mecque par des familles ottomanes, ou envoy&#233;s, en 1856, (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/travailleurs-turcs" rel="tag"&gt;travailleurs turcs&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Yalcin" rel="tag"&gt;Yal&#231;in&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/coudre-cherche" rel="tag"&gt;coudre cherche&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un petit atelier du quartier de Basmane, &#171; petite Syrie &#187; d'Izmir, une machine &#224; coudre cherche sa place parmi les chutes de cuir. Son conducteur, Yal&#231;in, est membre de l'Association de solidarit&#233; et coop&#233;ration culturelle pour les Africains (Afr&#246;t&#252;rc) qui m&#232;ne des recherches sur l'origine de la petite minorit&#233; afro-turque en Turquie. Leurs anc&#234;tres sont arriv&#233;s en tant qu'esclaves d&#232;s le XVIII&#8202;e si&#232;cle, ramen&#233;s du p&#232;lerinage de La Mecque par des familles ottomanes, ou envoy&#233;s, en 1856, depuis l'&#201;gypte ou le Soudan, pour construire le premier chemin de fer de Turquie. Mais Yal&#231;in interrompt son travail pour raconter une autre histoire : celle des travailleurs du textile et du cuir de mai 2013.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2114 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-389-fa87c.jpg?1779602837' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En 2011, Ayakkabicilar Sitesi, la cit&#233; des cordonniers d'Izmir, regroupe 30 000 travailleurs turcs et kurdes au sein d'un maillage d'ateliers. Ils triment de 13 &#224; 16 heures par jour et 90 % des cordonniers et couturiers ne sont pas d&#233;clar&#233;s par leur patron. Yal&#231;in est pr&#233;sident de l'Association de solidarit&#233; pour les travailleurs du cuir qui, en palliant l'absence de syndicat formel, a gagn&#233; en popularit&#233; au sein de la corporation. Quand le conflit syrien &#233;clate en 2011, de nombreux Syriens de la r&#233;gion d'Alep traversent la fronti&#232;re turque pour rejoindre leurs proches d&#233;j&#224; install&#233;s &#224; Izmir. Une centaine d'entre eux, tailleurs et cordonniers, trouvent du travail dans le quartier du cuir. Avec l'afflux de nouveaux r&#233;fugi&#233;s, des propos racistes commencent &#224; se faire entendre dans les ateliers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2013, deux semaines avant le d&#233;but du mouvement antigouvernemental de Gezi, &#224; Istanbul, les premi&#232;res manifestations &#233;clatent sur le site des travailleurs du cuir. Les Syriens, alors au nombre de 5 000, sont utilis&#233;s par les patrons pour produire des pi&#232;ces de cuir &#224; des salaires qui feraient r&#234;ver tout exploiteur. Les cordonniers turcs accusent alors les Syriens de jouer les briseurs de gr&#232;ve et de ruiner une lutte de longue haleine : &#171; &lt;i&gt;Dehors les Syriens !&lt;/i&gt; &#187;, scandent-ils. Selon Yalcin, &#171; &lt;i&gt;ce sentiment n'&#233;tait pas exalt&#233; par le nationalisme turc : m&#234;me des Kurdes se sont unis contre les Syriens. Les gens pensaient &#224; leur salaire&lt;/i&gt; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestations s'amplifient de jour en jour contre les r&#233;fugi&#233;s des ateliers. L'Association de solidarit&#233; pour les travailleurs du cuir se joint alors au mouvement. Au gr&#233; de discussions et de r&#233;unions, ils parviennent &#224; d&#233;vier le cours des relents x&#233;nophobes pour les mettre sur les rails de la d&#233;fense des droits de tous les travailleurs &#8211; syriens compris. Le racisme dispara&#238;t des slogans. Ils deviennent alors : &#171; &lt;i&gt;Du pain pour tous, du travail pour tous ! Pour un salaire &#233;quitable et stable ! &#192; bas le salaire aux pi&#232;ces !&lt;/i&gt; &#187; Les travailleurs revendiquent aussi le droit de se syndiquer et de b&#233;n&#233;ficier d'une assurance maladie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les Syriens ne participent pas aux manifestations, malgr&#233; leur caract&#232;re d&#233;sormais inclusif et solidaire. Les patrons les enferment dans les ateliers. La police, de son c&#244;t&#233;, &#233;l&#232;ve des barrages aux alentours du quartier du cuir pour stopper les manifestants. Le chef du syndicat des patrons insulte les travailleurs depuis ses bureaux. L'Association essaie de calmer le jeu lorsque ceux-ci, &#233;nerv&#233;s, veulent s'insurger contre les forces de l'ordre. La col&#232;re et l'envie d'en d&#233;coudre montent. Les employeurs menacent de virer tous les Syriens si les cordonniers et couturiers ne retournent pas devant leurs machines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant 10 jours, les manifestations ne faiblissent pas. Malgr&#233; la tension palpable, un dialogue s'est instaur&#233; avec la police et les autorit&#233;s. L'Association des travailleurs gagne le soutien de syndicats et du HDP, le parti de coalition pro-kurde et de la gauche turque non nationaliste. La mairie CHP (gauche sociale-d&#233;mocrate k&#233;maliste) enjoint les manifestants &#224; partager leur travail avec les &#171; invit&#233;s &#187; syriens, mais les travailleurs turcs r&#233;pondent qu'il est difficile de partager son pain quand on en manque soi-m&#234;me. Pour calmer le jeu, les patrons accordent &#224; 10 % des travailleurs une assurance contre les risques au travail. Mais au final, tous les Syriens sont bel et bien vir&#233;s, car leur emploi ill&#233;gal a &#233;t&#233; r&#233;v&#233;l&#233; au grand jour par les &#233;v&#233;nements. Mesure quelque peu ironique quand on sait que la part d'&#233;conomie souterraine en Turquie est la plus &#233;lev&#233;e des pays de l'OCDE, avec un taux de 28,72 %.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La lutte aura eu peu de r&#233;sultats ; aujourd'hui, tr&#232;s peu de cordonniers et de couturiers du cuir b&#233;n&#233;ficient de droits minimaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis son petit atelier, Yal&#231;in continue &#224; se battre au quotidien. Il h&#233;berge dans sa maison-atelier des b&#233;n&#233;voles qui cuisinent de la soupe, trouvent des moyens de chauffage, des habits et des couvertures et les distribuent trois jours par semaine aux familles de r&#233;fugi&#233;s qui occupent des b&#226;tisses abandonn&#233;es. Selon Yal&#231;in, les in&#233;galit&#233;s des classes sont la racine de tous les malheurs. L'arriv&#233;e des Syriens a bien contribu&#233; &#224; la d&#233;t&#233;rioration des droits des locaux, mais le probl&#232;me ne vient pas d'eux. Il est d&#251; au manque de protection sociale dans le travail lui-m&#234;me, et &#224; la division entre les travailleurs locaux et &#233;trangers sur laquelle jouent les patrons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Chacun doit avoir le droit de vivre d&#233;cemment l&#224; o&#249; il le souhaite. Les Syriens ne doivent pas p&#226;tir de leur exil qui est le symbole d'une lutte contre une guerre qu'ils refusent.&lt;/i&gt; &#187; Aujourd'hui,&#8239;rajoute-t-il, les Turcs se sont habitu&#233;s &#224; la pr&#233;sence des Syriens et beaucoup acceptent &#8211; r&#233;sign&#233;s mais conscients de ce qui les a pouss&#233;s &#224; fuir leur pays &#8211; , que leur pr&#233;sence d&#233;t&#233;riore leurs conditions de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; syrien, les perspectives sont sombres : &#171; &lt;i&gt;La reconnaissance du droit pour les Syriens &#224; travailler&lt;/i&gt; [r&#233;gulation annonc&#233;e le 15 janvier 2016] &lt;i&gt;est un d&#233;sastre&lt;/i&gt;, confie l'un d'eux. &lt;i&gt;Avant, les Turcs nous employaient parce qu'on ne leur co&#251;tait rien. Aujourd'hui, ils n'ont aucun int&#233;r&#234;t &#224; employer des Syriens puisqu'on co&#251;te aussi cher que les Turcs.&lt;/i&gt; &#187; Cependant, l'assouplissement des conditions d'obtention de permis de travail pour les Syriens compliquera-t-il vraiment la vie des employeurs, quand beaucoup de Turcs travaillent d&#233;j&#224; sans que leurs droits ne soient respect&#233;s ?&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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