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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Cheval de labeur, cheval de gr&#226;ce</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Peylet</dc:creator>


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		<dc:subject>Allez</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Longtemps essentiel aux paysans, le cheval de trait a bien failli dispara&#238;tre une fois l'agriculture m&#233;canis&#233;e. Rat&#233; : depuis une vingtaine d'ann&#233;es, il fait son grand retour dans les champs. Derri&#232;re l'image de carte postale de beaux chevaux crini&#232;re au vent, on a voulu savoir ce que cette pratique disait de la condition animale au travail. Direction l'Ard&#232;che. &#171; Un pas&#8230; Droite&#8230; Allez, un pas&#8230; Arr&#234;t. &#187;. D'une voix douce et ferme, No&#233;mie dirige Iouki, un cheval de trait comtois de bient&#244;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Allez" rel="tag"&gt;Allez&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Longtemps essentiel aux paysans, le cheval de trait a bien failli dispara&#238;tre une fois l'agriculture m&#233;canis&#233;e. Rat&#233; : depuis une vingtaine d'ann&#233;es, il fait son grand retour dans les champs. Derri&#232;re l'image de carte postale de beaux chevaux crini&#232;re au vent, on a voulu savoir ce que cette pratique disait de la condition animale au travail. Direction l'Ard&#232;che.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH378/-1780-004d1.jpg?1782666951' width='500' height='378' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Killian Pelletier
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un pas&#8230; Droite&#8230; Allez, un pas&#8230; Arr&#234;t.&lt;/i&gt; &#187;. D'une voix douce et ferme, No&#233;mie dirige Iouki, un cheval de trait comtois de bient&#244;t quatre ans, le positionnant entre deux rangs de vigne pour remuer la terre et l'a&#233;rer. Puis elle bloque les dents de la petite herse que le cheval va tracter et l'aligne correctement, remet d'aplomb autour de son torse les guides reli&#233;s au mors et lance un sonore &#171; &lt;i&gt;Devant&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'attelage se met alors en branle d'un pas tranquille et r&#233;gulier, ne s'arr&#234;tant qu'un instant, le temps que le crottin de Iouki vienne enrichir le sol fra&#238;chement retourn&#233;. Et voil&#224; quelques arpents de terre viticole d&#233;sherb&#233;s sans autre produit que les gouttes de sueur d'une femme et d'un cheval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#233;mie Courson travaille au Mas de Libian, &#224; Saint-Marcel-d'Ard&#232;che, avec la famille Thibon. Ce domaine, certifi&#233; en biodynamie, revendique plus de trois si&#232;cles d'existence sans qu'aucun pesticide ni herbicide n'ait jamais &#233;t&#233; r&#233;pandu sur ses 25 hectares de vignes. Depuis le milieu des ann&#233;es 2000, le travail du sol s'y fait en traction &#233;quine, et pas seulement pour faire de belles photos, comme l'explique No&#233;mie : &#171; &lt;i&gt;Si tu travailles la vigne en biodynamie, le choix du cheval est logique, tu ne devrais m&#234;me pas pouvoir faire autrement. Tu t'attaches &#224; respecter un cycle naturel et le cheval y a toute sa place.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me s'il est de belle corpulence, le cheval de trait, par son pas lent, a un effet moindre que le tracteur sur le tassement de la terre au pied des vignes. Un d&#233;tail pour le profane mais un d&#233;tail qui, r&#233;p&#233;t&#233; &#224; longueur d'ann&#233;e, rev&#234;t une importance fondamentale pour les vignerons s'attachant &#224; produire des vins sains, issus d'une terre qui respire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cheval 1 - Tracteur 0&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impulsion, essentiellement, d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de vignerons ayant souhait&#233; red&#233;finir leur rapport &#224; la terre, le cheval a donc retrouv&#233; le chemin des champs apr&#232;s de longues d&#233;cennies d'&#233;clipse. Une tendance qui n'a rien d'&#233;ph&#233;m&#232;re, des pr&#233;curseurs comme le Mas de Libian inspirant de nouveaux arrivants. Toujours en Ard&#232;che mais 40 km au nord, &#224; Aubignas, L&#233;na et Alex ont investi un coteau et viennent de planter leurs pieds de vignes sur l'hectare et demi du domaine des Bois Perdus. Pour eux le choix est d&#233;j&#224; fait : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'on b&#226;tit est bas&#233; sur la conviction que la vigne est un &#234;tre vivant. Au m&#234;me titre que les oliviers qui sont au-dessus, que les bois qui l'entourent. Ou que les animaux qui viennent pisser et chier &#224; ses pieds. Ou que nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour les futurs travaux dans les vignes, entre un Massey Ferguson rutilant et un Comtois ou un Percheron, L&#233;na n'h&#233;site pas : &#171; &lt;i&gt;Un tracteur, &#231;a perd de l'huile, &#231;a fume, &#231;a pue, &#231;a te menotte &#224; ton banquier pendant des ann&#233;es et tu ne peux pas discuter avec lui quand tu en as marre de planter des piquets ou de piocher. Un cheval ne cr&#233;e pas de dette mais du lien, et c'est de l'or pour la vigne.&lt;/i&gt; &#187; L'histoire r&#233;cente du vieux tracteur, r&#233;cup&#233;r&#233; pour de gros &#339;uvres sur leur domaine, qui a pris feu tout seul sous les yeux de L&#233;na, cramant une remise au passage, ne fera qu'ent&#233;riner l'option animale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le cheval est dans la place&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau rapport au vivant passe donc par des choix r&#233;fl&#233;chis, d&#233;termin&#233;s, &#233;thiques autant qu'&#233;cologiques. Inclure le cheval dans ce travail quotidien ne rel&#232;ve plus de la contrainte mais du d&#233;sir. Une vraie rupture si l'on reprend l'histoire du labeur de l'animal domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout temps, les b&#234;tes de somme ont fourni trois apports majeurs aux soci&#233;t&#233;s humaines : nourriture, vitesse et confort de d&#233;placement, force de travail. Un triptyque d&#233;clin&#233; sous toutes les latitudes et dans lequel z&#233;bu, yack, dromadaire, chien, &#233;l&#233;phant, b&#339;uf, cheval forment un bestiaire de l'animal au travail. Portant, tractant, il prend place dans toutes les &#233;pop&#233;es humaines, les plus nobles comme les plus sales, accompagnant &#224; son corps d&#233;fendant des bouleversements de grande ampleur, comme le souligne l'historien &#201;ric Baratay : &#171; &lt;i&gt;La multiplication des animaux de trait pr&#233;cipite les campagnes dans l'&#233;conomie de production, d'&#233;change, de croissance du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle industriel &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#234;tes de somme, Seuil, 2011&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce panorama, le cheval est omnipr&#233;sent, utile aux champs comme &#224; la ville : il est de tous les transports (individuels ou collectifs), de tous les labeurs, de toutes les industries (agricoles, foresti&#232;res, mini&#232;res), de toutes les guerres (700 000 chevaux morts lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale), de tous les loisirs. Tout autant pilier du monde agricole que compagnon d'agr&#233;ment, symbole de puissance sociale que &#171; &lt;i&gt;sous-prol&#233;taire sur lequel est construit l'essor &#233;conomique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, on compte ainsi pas moins de trois millions de chevaux sur le sol fran&#231;ais en 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pic de population qui d&#233;clinera lentement mais s&#251;rement au gr&#233; de la m&#233;canisation de l'agriculture et de la motorisation des transports. Au lendemain des ann&#233;es 1950, le cheval de trait dispara&#238;t progressivement du paysage et les neuf races fran&#231;aises semblent promises &#224; l'extinction. Si, &#224; cette &#233;poque, il anime encore quelques f&#234;tes des moissons et autres kermesses, il ne doit finalement sa survie... qu'au commerce de sa viande pour lequel un cheptel assez cons&#233;quent aura &#233;t&#233; maintenu, suffisant pour r&#233;activer ensuite une fili&#232;re de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un compagnon de travail&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;surrection du cheval de trait &#224; la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tient donc quelque peu du miracle. Et celles et ceux qui participent &#224; son retour entretiennent avec lui un rapport empreint d'un intense respect : &#171; &lt;i&gt;Avec mon cheval Iouki je suis dans un dialogue permanent,&lt;/i&gt; raconte No&#233;mie.&lt;i&gt; Il vient d'arriver au domaine et, tous les deux, on apprend &#224; se conna&#238;tre, &#224; se respecter, &#224; avoir confiance l'un en l'autre. Ce n'est pas un animal de compagnie, c'est un compagnon de travail, de vie.&lt;/i&gt; &#187; L'observant &#224; l'&#339;uvre avec Iouki, marchant tous deux du m&#234;me pas, je constate l'osmose qui les lie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iouki est le premier cheval de No&#233;mie. Si, plus jeune, elle a longuement c&#244;toy&#233; des chevaux dans un ranch savoyard, ce n'&#233;tait alors que du loisir et elle ne s'imaginait pas y revenir plus tard : &#171; &lt;i&gt;Je suis venue au Mas de Libian comme saisonni&#232;re pour les vendanges et, comme j'aimais les chevaux, Catherine Thibon, qui s'en occupait, m'a prise avec elle. J'ai tellement aim&#233; qu'en 2018 j'ai commenc&#233; une formation de conduite de chevaux de trait. Depuis 2019 je propose des prestations &#224; d'autres domaines, dans les vignes, ou en mara&#238;chage. Et de la demande, il y en a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Pour voler de ses propres ailes, No&#233;mie vient donc de faire l'acquisition de Iouki qu'elle est all&#233;e chercher dans le Jura. Elle sourit en se rem&#233;morant cette journ&#233;e : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;leveur m'a pr&#233;sent&#233; deux chevaux. Le premier &#233;tait poli, il ob&#233;issait mais rien de plus... Il n'en avait clairement rien &#224; foutre de moi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! J'ai vite senti que &#231;a ne le ferait pas. Et puis avec celui-l&#224;,&lt;/i&gt; poursuit-elle en caressant l'encolure de Iouki, &lt;i&gt;il s'est tout de suite pass&#233; quelque chose, une attention, un d&#233;sir d'&#234;tre ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Respect mutuel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le bin&#244;me est en apprentissage, chacun d&#233;couvrant les attentes de l'autre et ses limites. La t&#226;che de No&#233;mie ne rel&#232;ve pas du dressage : &#171; &lt;i&gt;C'est un partenariat, tout repose sur les sensations. Il faut que ce soit harmonieux. On prend notre temps, c'est essentiel pour le lien. On va travailler ensemble du printemps &#224; l'automne, six jours sur sept, six heures par jour. Et l'hiver, c'est vacances pour tout le monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Si Iouki ne se blesse pas, ce partenariat peut durer vingt ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce mercredi pluvieux, No&#233;mie &#233;courte le travail dans les vignes. La terre est trop grasse, Iouki bosse pour rien. En rentrant &#224; l'&#233;curie, on passe devant une mare bruyamment anim&#233;e par des grenouilles tandis que deux geais se chamaillent au-dessus de nos t&#234;tes. Puis on n'entend plus que le son des sabots sur les cailloux, le raclement de la herse, les mots que murmurent No&#233;mie &#224; son cheval et le &lt;i&gt;plic-ploc&lt;/i&gt; des gouttes. &#199;a sent l'herbe mouill&#233;e et le crottin. Chaque chose est &#224; sa place, surtout le tracteur en train de rouiller dans un champ plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;B&#234;tes de somme&lt;/i&gt;, Seuil, 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Du bon rouge &amp; noir</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Du-bon-rouge-noir</link>
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		<dc:date>2018-06-08T08:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Ma cabane pas au Canada</dc:subject>
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&lt;p&gt;C'est l'interview r&#234;v&#233;e : on cause en d&#233;gustant du vin nature. Le Collectif Anonyme d&#233;fend un pinard politique contre un &#171; vin techno &#187; industrialis&#233;. En caravane et yourte, les vignerons militants luttent pour ne pas &#234;tre d&#233;gag&#233;s par la mairie. En quelques minutes, le ciel s'est noirci. Une vraie gueule noire. Un rideau de flotte s'est abattu. On avait pr&#233;vu de voir ce superbe terroir de Banyuls (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), avec ses vignes en terrasses qui surplombent la mer. Macache. On s'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no145-juillet-aout-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;145 (juillet-ao&#251;t 2016)&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'est l'interview r&#234;v&#233;e : on cause en d&#233;gustant du vin nature. Le Collectif Anonyme d&#233;fend un pinard politique contre un &#171; &lt;i&gt; vin techno&lt;/i&gt; &#187; industrialis&#233;. En caravane et yourte, les vignerons militants luttent pour ne pas &#234;tre d&#233;gag&#233;s par la mairie.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2437 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/-703-acb1c.jpg?1782644368' width='500' height='375' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;En quelques minutes, le ciel s'est noirci. Une vraie gueule noire. Un rideau de flotte s'est abattu. On avait pr&#233;vu de voir ce superbe terroir de Banyuls (Pyr&#233;n&#233;es-Orientales), avec ses vignes en terrasses qui surplombent la mer. Macache. On s'est r&#233;fugi&#233;s dans la cave du Collectif Anonyme planqu&#233;e au fond d'une impasse de Port-Vendres. Le local, &#224; l'origine un vieux garage, a &#233;t&#233; am&#233;nag&#233; selon les normes foisonnantes du &lt;i&gt;Do it yourself&lt;/i&gt;. Une pi&#232;ce au fond fait office de chambre froide o&#249; les f&#251;ts sont mani&#233;s &#224; l'aide d'une poulie. Kris, solide gaillard d'origine australienne, nous montre l'&#233;tiqueteuse en bois. Le Collectif Anonyme ma&#238;trise sa production viticole de A &#224; Z : du pressoir &#224; raisin activ&#233; par p&#233;dalage sur un cadre de v&#233;lo jusqu'aux illustrations des boutanches s&#233;rigraphi&#233;es. Apr&#232;s avoir &#233;tudi&#233; Marx, Nietzsche et Foucault, Kris pr&#244;ne un syncr&#233;tisme philosophico-viticole punk. Verbe aiguis&#233; et regard tout en fronde, Julia nous cause du logo du collectif &#8211; un tire-bouchon en forme de A &#8211; : &#171; &lt;i&gt;A pour anarchiste, anonyme&#8230;, &#8220;axurit&#8221; !&lt;/i&gt; &#187; taquine la jeune femme. &lt;i&gt;Axurit&lt;/i&gt; (prononcer &#171; Achourit &#187;) d&#233;signe en catalan le d&#233;brouillard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Collectif Anonyme a des pr&#233;tentions : si chacun a ses propres vignes, le vin est fait ensemble dans un principe d'&#233;change et de partage. Fouler le raisin aux pieds est affaire de sobri&#233;t&#233;&#8230; &#233;nerg&#233;tique. On bosse en bio parce que la chimie bousille le vivant et engraisse des conglom&#233;rats assassins. F&#233;ministe, antiraciste et antifasciste, l'anonymat est cet &#233;tendard qui rappelle que le vin &#171; &lt;i&gt;est produit socialement, et n'est surtout pas issu du travail d'une seule et unique personne&lt;/i&gt; &#187;&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon la plate-forme revendicative du collectif.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. D&#233;non&#231;ant ces hi&#233;rarchies masculines qui font tourner les domaines viticoles, Julia explique : &#171; &lt;i&gt;Concernant le f&#233;minisme, j'explique notre d&#233;marche, parce qu'il y a de vrais blocages. Certains croient qu'on veut inverser les rapports de domination. Ce n'est pas &#231;a ! On veut pousser les viticulteurs &#224; se remettre en question. Je discutais avec une vigneronne qui me disait que gr&#226;ce &#224; nos id&#233;es, elle a pu avancer &#224; son rythme sur certaines questions.&lt;/i&gt; &#187; Le marxisme est un ferment comme un autre : ce sont les petites mains des saisonniers qui font le prestige des grands crus. &#171; &lt;i&gt;Nous &#233;tions saisonniers, et nous nous sommes demand&#233; si nous ne pouvions pas faire notre propre vin seuls, sans patron et en autogestion&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Julia. La d&#233;marche radicale irrigue jusqu'au point de vente : &#171; &lt;i&gt;Chaque jour, on a des &#233;changes politiques avec des clients&lt;/i&gt; &#187;, sourit Kris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Coh&#233;rents jusqu'au bout du sillon, Kris et Julia ont fait le choix de vivre sur leurs vignes. En caravane pour lui, en yourte pour elle. Un choix r&#233;sidentiel qui file de l'urticaire aux autorit&#233;s administratives. Au printemps, pr&#233;fecture et mairies du d&#233;partement ont remis un coup d'acc&#233;l&#233;rateur &#224; la campagne de &#171; d&#233;cabanisation &#187;. Depuis 2012, le tribunal correctionnel de Perpignan a vu d&#233;filer plus de 200 affaires d'expulsion d'habitations ill&#233;gales. Des proc&#233;dures qui n'aboutissent pas toujours et qui ont fait sortir du sous-bois l'ex-pr&#233;f&#232;te du d&#233;partement en avril dernier : &#171; &lt;i&gt;Il y aura plusieurs d&#233;molitions dans les semaines qui viennent&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;France Bleu (comme la police... Note du webmaster.).&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. &#187; Les h&#233;licopt&#232;res de la gendarmerie sont mobilis&#233;s pour d&#233;nicher dans n'importe quel fourr&#233; le moindre cabanon de fortune. Kris n'a pas de chance : la vigne sur laquelle reposent ses caravanes jouxte une parcelle appartenant &#224; Jean-Michel Sol&#233;, maire (LR) de Banyuls. &#171; &lt;i&gt;Un matin, j'&#233;tais dans ma caravane, j'ai allum&#233; la lumi&#232;re pour faire le caf&#233; et j'ai vu quelqu'un m'&#233;pier. Deux jours apr&#232;s, la police est pass&#233;e me demander ce que je faisais l&#224;.&lt;/i&gt; &#187; Outre l'ill&#233;galit&#233; de l'occupation, il est reproch&#233; &#224; Kris d'occuper un site prot&#233;g&#233;. De quoi faire bondir l'Australien. Quand ils sont arriv&#233;s en 2011, les vignes &#233;taient abandonn&#233;es. Pendant trois ann&#233;es, ils ont tout remis en &#233;tat avec cette obsession de coller &#224; une certaine &#171; &lt;i&gt;harmonie avec la nature&lt;/i&gt; &#187;. Tandis que le maire d&#233;zinguait les vieux murets en pierre s&#232;che pour augmenter la densit&#233; de sa parcelle, Kris conservait ces fragiles constructions des anciens : &#171; &lt;i&gt;Nos d&#233;marches sont tr&#232;s diff&#233;rentes. Il fait du conventionnel, je suis en bio. Et on me reproche de ne pas respecter le site. Quelle ironie !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Julia avec sa yourte subit le m&#234;me type de harc&#232;lement. On lui reproche d'avoir plant&#233; sa tente dans une zone rouge portant risque d'inondation. Si les derni&#232;res pluies ne l'ont pas inqui&#233;t&#233;e, elle se demande par quel hasard une esp&#232;ce de gros b&#226;timent b&#233;tonn&#233; a pu voir le jour &#224; quelques m&#232;tres de sa yourte. Les gendarmes lui avaient laiss&#233; deux mois pour plier la yourte. Le d&#233;lai &#233;coul&#233;, elle est sans nouvelle de la proc&#233;dure d'expulsion. &#171; &lt;i&gt; La d&#233;cabanisation touche en priorit&#233; les gens qui ne sont pas dans le r&#233;seau de la mairie. Ce qui est lourd &#224; g&#233;rer, c'est le fait que les proc&#233;dures sont individualis&#233;es. &#199;a vous tombe dessus. Il nous faut une strat&#233;gie commune.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Vous vous heurtez &#224; une volont&#233; politique qui stipule que les gens doivent payer et s'endetter pour leur habitat&lt;/i&gt;, analyse Nasser, militant libertaire. &lt;i&gt;Votre d&#233;marche est un retour aux sources : avant, les gens d'ici faisaient comme vous. Ils installaient leur cabane en fonction de leurs besoins dans une logique d'autoconstruction&lt;/i&gt;. &#187; Kris estime que la casquette d'exploitant agricole peut jouer en leur faveur. Avec son d&#233;licieux accent anglophone, il mart&#232;le : &#171; &lt;i&gt;Je ne suis pas un ravageur, je suis agriculteur.&lt;/i&gt; &#187; Et aussi un faiseur de miracle : le nectar du collectif laisse sur les papilles un souvenir qui est tout sauf anonyme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour tout contact ou soutien : logementvermeille66@mailoo.org.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon &lt;a href=&#034;http://www.collectif-anonyme.org/fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;la plate-forme&lt;/a&gt; revendicative du collectif.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;France Bleu (comme la police... Note du webmaster.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Et la vie devient buvable</title>
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		<dc:creator>Mathieu L&#233;onard</dc:creator>


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&lt;p&gt;Rencontre avec Pablo, vigneron trentenaire install&#233; depuis quelques ann&#233;es dans le Vaucluse, face aux Dentelles de Montmirail, &#171; o&#249; il n'y a pas de repli, seulement une patience mill&#233;naire sur laquelle nous sommes appuy&#233;s &#187; (Ren&#233; Char). CQFD : Comment devient-on vigneron quand on n'est pas soi-m&#234;me fils de vigneron ? Pablo H&#246;cht : Il faut avant tout &#234;tre passionn&#233; et consid&#233;rer cela comme une id&#233;e de vie parce que le m&#233;tier prend &#233;norm&#233;ment de temps et d'&#233;nergie. Mais ce qui est super (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Rencontre avec Pablo, vigneron trentenaire install&#233; depuis quelques ann&#233;es dans le Vaucluse, face aux Dentelles de Montmirail, &#171; &lt;i&gt;o&#249; il n'y a pas de repli, seulement une patience mill&#233;naire sur laquelle nous sommes appuy&#233;s&lt;/i&gt; &#187; (Ren&#233; Char).&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; : Comment devient-on vigneron quand on n'est pas soi-m&#234;me fils de vigneron ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pablo H&#246;cht :&lt;/strong&gt; Il faut avant tout &#234;tre passionn&#233; et consid&#233;rer cela comme une id&#233;e de vie parce que le m&#233;tier prend &#233;norm&#233;ment de temps et d'&#233;nergie. Mais ce qui est super quand on part de z&#233;ro, c'est qu'on n'a pas de pression familiale, on peut faire comme on l'imagine, essayer des trucs. C'est une grande libert&#233; ! Il faut bien s&#251;r d&#233;j&#224; avoir tra&#238;n&#233; dans des caves et avoir cultiv&#233; la vigne et s'&#234;tre fait une petite id&#233;e du m&#233;tier. J'ai pu &#233;norm&#233;ment apprendre de l'exp&#233;rience des autres, comme celle de Jean David qui travaille en bio depuis un moment &#224; S&#233;guret. J'ai eu la chance de d&#233;marrer mon activit&#233; en m&#234;me temps qu'un comp&#232;re, ami d'enfance, Fr&#233;do Meffre&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Domaine Fontaine des f&#233;es, Quartier Chante-Grenouille, 84110 S&#233;guret, 06 75 (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;, qui est fils et petit-fils de vigneron, et avec qui on s'entraide beaucoup. J'ai commenc&#233; en 2010 sur deux hectares et depuis 2011 sur cinq hectares. &#201;videmment, si on ne poss&#232;de ni patrimoine ni vigne &#224; la base, il faut bosser parall&#232;lement, donc je suis salari&#233; dans une cave &#224; Gigondas.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1109 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;14&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH268/p06-pablo-raisins-31e15.jpg?1782647982' width='400' height='268' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo : P.H.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Avant de t'installer, tu as pas mal voyag&#233; en Am&#233;rique latine, o&#249; la culture du vin est relativement r&#233;cente. Qu'est-ce qui t'a int&#233;ress&#233; l&#224;-bas ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La culture populaire du vin y est relativement r&#233;cente, bien qu'on y connaisse la vigne et le vin depuis l'invasion espagnole. J'y ai visit&#233; de grandes caves, &#233;normes m&#234;me, avec une production quasi industrielle, en Argentine et au Chili. On y travaille avec des c&#233;pages internationaux (cabernet, syrah, pinot&#8230;), ils utilisent des &#171; recettes &#187; pour les fermentations, etc. Au final, on se soucie plus des &#171; profils de vin &#187; que des terroirs. Il y a une course effr&#233;n&#233;e visant &#224; s'inspirer de la &lt;i&gt;success-story&lt;/i&gt; du bordeaux, cela se ressent dans la surench&#232;re architecturale &#224; faire des caves modernes, clinquantes et pr&#233;tentieuses. Malheureusement, le vin passe au second plan. J'ai travaill&#233; dans une grande cave en Uruguay, au salaire local&#8230; &#224; peu pr&#232;s deux euros de l'heure, &#224; l'&#233;poque. Il y a peu de caves de petite taille. D'un point de vue &#339;nologique, il n'y a pas grand-chose &#224; apprendre. Finalement, le plus int&#233;ressant, &#231;'aura &#233;t&#233; de vivre l&#224;-bas, avec les gens du coin, avec les cavistes et les travailleurs des vignes et se rendre compte de leurs conditions de vie et de l'exploitation f&#233;roce qui y r&#232;gne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment as-tu choisi de travailler tes vignes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je travaille mes vignes en agriculture biologique et biodynamique. La vigne &#233;tant une monoculture, il faut donc essayer d'amener un peu de diversit&#233; dans les champs. Cela passe par une attention particuli&#232;re port&#233;e au sol et &#224; sa vie. L'agriculture biologique en est le point de d&#233;part, mais ensuite, il faut aller beaucoup plus loin et &#234;tre le plus attentif possible &#224; ses plantes et &#224; son sol. Pour rappel, l'agriculture biologique implique de ne pas utiliser de pesticides, d'herbicides et d'insecticides chimiques pour lutter contre les maladies de la vigne, donc on utilise du cuivre et du soufre ; et cela passe aussi par une gestion de l'herbe avec des moyens m&#233;caniques et non chimique. La biodynamie permet, elle, de favoriser la vie des sols, l'&#233;quilibre des plantes. Elle permet une compr&#233;hension plus globale, par l'utilisation des &#233;nergies pour amener de l'&#233;quilibre et de l'harmonie dans les vignes et dans les vins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Tu participes &#224; une f&#234;te de village qui met en valeur le travail ancestral des chevaux dans le labour des vignes. Quelles autres pratiques traditionnelles ou &#233;cologiques utilises-tu ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'utilise plus vraiment de traction animale en vigne &#8211; ou alors juste pour la photo. La taille des exploitations a chang&#233;, le mat&#233;riel s'est adapt&#233;. Revenir au cheval, c'est un r&#234;ve, mais il faut pour cela une sacr&#233;e organisation et de sacr&#233;s moyens. Un jour peut-&#234;tre, ce serait g&#233;nial ! Je pense qu'on retrouve plut&#244;t les pratiques traditionnelles en cave, avec des fa&#231;ons de faire s&#233;culaires. Le travail au chai est finalement assez simple, mais il est important de faire les bonnes choses au bon moment. Il y a des pratiques ancestrales qui sont efficaces et indispensables. &#192; l'&#233;poque, on devait faire cela empiriquement, alors que de nos jours on pr&#233;tend expliquer tout scientifiquement : le soutirage, le m&#233;chage de barrique, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour la vinification, quelle est la part de chimie que tu utilises ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le moins possible ! Seulement du SO2 ou dioxyde de soufre. La destin&#233;e finale du jus de raisin &#233;tant le vinaigre, il faut pouvoir le stabiliser, ce que permet l'usage ma&#238;tris&#233; du soufre. Je ne suis pas adepte des vins sans soufre, qui sont trop souvent d&#233;vi&#233;s et ne pr&#233;sentent que peu d'int&#233;r&#234;t. On en trouve certes d'excellents, mais c'est assez rare. L'absence de soufre est probablement possible certaines ann&#233;es, mais je n'inscrirais pas cela comme une r&#232;gle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour en venir &#224; l'aspect &#233;conomique de ton activit&#233;, comment expliques-tu qu'en dehors des circuits industriels de distribution, le vin soit devenu un produit relativement cher &#8211; autour de 10 euros la bouteille dans ton cas ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment l'expliquer ? Ce n'est pas simple. Il y a un co&#251;t de production assez &#233;lev&#233;, des rendements assez faibles, et une grosse h&#233;t&#233;rog&#233;n&#233;it&#233; de production selon les ann&#233;es, en raison de l'effet mill&#233;sime. Dans le m&#234;me temps, les mati&#232;res s&#232;ches et autres charges ne diminuent pas, bien au contraire. Plus on est petit producteur, plus on paye cher les fournisseurs (les bouteilles notamment). Ensuite se pose le probl&#232;me des interm&#233;diaires de vente : chacun prend sa part et cela se ressent sur le prix &#224; d&#233;bourser par le consommateur. Par exemple les restaurants peuvent multiplier par trois le prix de la bouteille pour faire leur marge&#8230; Comment faire pour que notre vin soit accessible &#224; tous ? Par le prix de vente, le producteur choisit qui boira son vin, ce qui le r&#233;serve parfois de fait aux seuls amateurs friqu&#233;s, h&#233;las. Il y a l&#224; quelque chose de politique. Faire tel ou tel type de vin, c'est aussi d&#233;fendre une certaine id&#233;e de la culture du vin.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Contact : &lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Pablo H&#246;cht &#8211; Domaine de Cr&#232;ve-Coeur &#8211; &#171; Derri&#232;re le Ch&#226;teau &#187; &#8211; 84110 S&#233;guret.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;pablo.hocht@gmail.com.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Vins-libertaires-et-bieres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rep&#232;res de Bacchus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le vin nature est une goutte de vin dans un &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-vin-nature-est-une-goutte-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oc&#233;an de produits &#339;notechniques&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/En-vin-et-contre-tout&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En vin et contre tout&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Passeur-de-vins&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Passeur de vins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Breves-Faut-pas-pousser-le-bouchon&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Br&#232;ves de vins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Respecte-l-aliment-collegue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bi&#232;re de la Plaine&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Microbrasserie-Punk-au-pays-de-la&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Microbrasserie Punk&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Une-derniere-binouze-pour-la-lutte&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Bi&#232;res de luttes&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Domaine Fontaine des f&#233;es, Quartier Chante-Grenouille, 84110 S&#233;guret, 06 75 01 08 49.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Du terroir au mouroir</title>
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		<dc:date>2014-07-10T05:00:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>S&#233;bastien Navarro</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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		<description>
&lt;p&gt;Dans le sud de l'Aude, sur les coteaux des Hautes-Corbi&#232;res, la terre est argilo-calcaire. C'est ici qu'Herv&#233; a rachet&#233; quatre parcelles de vieilles vignes d&#233;laiss&#233;es par les viticulteurs car aucun tracteur viticole ne peut frayer entre les rangs serr&#233;s des ceps. Herv&#233; travaille &#224; la main : il &#233;bourgeonne ses vignes &#224; l'ancienne, les taille pour leur donner une belle forme. Quand vient l'heure des vendanges, il fait appel aux amis. Si partout ailleurs la cueillette du raisin rime avec (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Aude" rel="tag"&gt;l'Aude&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans le sud de l'Aude, sur les coteaux des Hautes-Corbi&#232;res, la terre est argilo-calcaire. C'est ici qu'Herv&#233; a rachet&#233; quatre parcelles de vieilles vignes d&#233;laiss&#233;es par les viticulteurs car aucun tracteur viticole ne peut frayer entre les rangs serr&#233;s des ceps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Herv&#233; travaille &#224; la main : il &#233;bourgeonne ses vignes &#224; l'ancienne, les taille pour leur donner une belle forme. Quand vient l'heure des vendanges, il fait appel aux amis. Si partout ailleurs la cueillette du raisin rime avec rentabilit&#233;, ici l'affaire &#224; plus &#224; voir avec la convivialit&#233;. &#192; une &#233;poque, l'homme fut tent&#233; de faire de la viticulture sa profession mais voil&#224;, le contexte &#233;conomique a vite douch&#233; ses ardeurs. &#171; &lt;i&gt;J'ai &#233;t&#233; coop&#233;rateur &#224; la cave de Paziols. Je faisais du bon vin, j'en donnais aux copains. Et puis la cave a fusionn&#233; avec celle de Mont-Tauch, du village de Tuchan&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Et la machine s'est emball&#233;e. Pour continuer &#224; toucher les aides europ&#233;ennes, Mont-Tauch a absorb&#233; d'autres coop&#233;ratives et modernis&#233; ses infrastructures. Les coop&#233;rateurs ont laiss&#233; un comit&#233; d'administration compos&#233; de &#171; sp&#233;cialistes &#187; piloter le nouveau montage, tandis qu'une &#233;quipe de commerciaux a d&#233;march&#233; les supermarch&#233;s, n'h&#233;sitant pas &#224; proposer un catalogue fourre-tout, du champagne au Banyuls en passant par le muscat. &#171; &lt;i&gt;De 2000 &#224; 2010, les vignerons ont touch&#233; de gros acomptes. Ils ont chang&#233; leur &#233;quipement, roul&#233; en 4x4. Puis le d&#233;lire m&#233;galomane s'est cass&#233; la gueule&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Herv&#233;. Malversations, folie des grandeurs, la cave de Mont-Tauch se retrouve avec une ardoise de 20 millions d'euros et une liquidation judiciaire sur le r&#226;ble. Le 11 avril dernier, 400 manifestants exigeaient du Cr&#233;dit agricole une remise de dette.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_1097 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;13&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH350/p08-vin-felder-alcool-50485.jpg?1782647982' width='400' height='350' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Felder.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;La mondialisation a d&#233;truit la coop&#233;ration&lt;/i&gt; &#187;, r&#233;sume Jean Lh&#233;ritier, pr&#233;sident de l'association &lt;a href=&#034;http://www.slowfood.fr/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Slow-Food France&lt;/a&gt;. Pour rester comp&#233;titives, les caves coop&#233;ratives se sont concentr&#233;es. Paradoxe : les coop&#233;rateurs ont mim&#233; les industriels alors que leur statut, h&#233;rit&#233; de longues luttes, rendait r&#233;dhibitoire toute strat&#233;gie capitalistique. Partant d'une production de petit paysan, le mod&#232;le viticole fran&#231;ais se voit lamin&#233; par les &lt;i&gt;wineries&lt;/i&gt;, gros complexes industriels faisant flor&#232;s en terre anglo-saxonne et dont la production sature le march&#233;. Et les go&#251;ts. &#171; &lt;i&gt;La r&#233;alit&#233; des vins produits en France est complexe : il faut conna&#238;tre les noms de r&#233;gion, de sous-r&#233;gions et des c&#233;pages. Un vin s'affiche par le nom de domaine et d'appellation. Sur des grands march&#233;s de pays non connaisseurs, il est ardu de savoir ce que veut dire&lt;/i&gt; &#8220;Domaine des Schistes, c&#244;tes de roussillon village&#8221;&lt;i&gt;, par exemple. Pourquoi ? Parce que le vin industriel affiche le nom du c&#233;page. Par exemple, les chardonnays d'Australie ou les pinots noirs d'Afrique du Sud.&lt;/i&gt; &#187; Une logique de bulldozer qui vient flinguer le travail de pr&#233;cision des appellations d'origine contr&#244;l&#233;es (AOC) pour lesquelles, au-del&#224; du c&#233;page, tout est question de terroir. Rappelons que l'AOC, malgr&#233; son clinquant, est tout sauf un logo commercial. Il garantit le savoir-faire d'une zone g&#233;ographique d&#233;limit&#233;e. Pas &#233;tonnant donc que les penseurs du grand trait&#233; transatlantique y aient vu un insupportable bourgeon du protectionnisme fran&#231;ais. Tandis que le pinard industriel est pr&#234;t &#224; envahir nos godets, petits producteurs comme grands domaines prestigieux (voir le ch&#226;teau Palmer et ses boutanches fr&#244;lant les 150 euros l'unit&#233;) n&#233;gocient le virage vers les vins propres et respectueux au gr&#233; d'une tendance soci&#233;tale qui s'affirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le sillage de ce business o&#249; le pinard fran&#231;ais devient avant tout affaire de devises (5,6 milliards d'euros d'exportations en 2012), la terre, elle, s'appauvrit. &#171; &lt;i&gt;Beaucoup de vignerons cherchent &#224; vendre leur terre qui vaut trois &#224; quatre fois moins cher qu'il y a trois ans. Tout autour, on voit des vignes abandonn&#233;es, arrach&#233;es, d&#233;vitalis&#233;es, constate Herv&#233; avec pessimisme. La viticulture devient synonyme de survie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;La suite du dossier&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Vins-libertaires-et-bieres&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Rep&#232;res de Bacchus&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Le vin nature est une goutte de vin dans un &lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Le-vin-nature-est-une-goutte-de&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;oc&#233;an de produits &#339;notechniques&lt;/a&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/En-vin-et-contre-tout&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;En vin et contre tout&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Passeur-de-vins&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Passeur de vins&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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