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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Istanbul : l'exil syrien</title>
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		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
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&lt;p&gt;La m&#233;galopole d'Istanbul est devenue une destination majeure pour les plus de deux millions de Syriens r&#233;fugi&#233;s en Turquie. 300 &#224; 500 000 Syriens vivent d&#233;sormais dans cette m&#233;gapole aux portes de l'Europe, et tentent depuis peu de reconstruire une communaut&#233; &#224; part enti&#232;re, malgr&#233; les affres de la guerre civile. Reportage au fil des diff&#233;rents quartiers stambouliotes &#224; la rencontre de la diaspora syrienne, entre attente, survie et aspirations culturelles. C'est un quartier de banlieue en (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no136-octobre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;136 (octobre 2015)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Istanbul" rel="tag"&gt;Istanbul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La m&#233;galopole d'Istanbul est devenue une destination majeure pour les plus de deux millions de Syriens r&#233;fugi&#233;s en Turquie. 300 &#224; 500 000 Syriens vivent d&#233;sormais dans cette m&#233;gapole aux portes de l'Europe, et tentent depuis peu de reconstruire une communaut&#233; &#224; part enti&#232;re, malgr&#233; les affres de la guerre civile. Reportage au fil des diff&#233;rents quartiers stambouliotes &#224; la rencontre de la diaspora syrienne, entre attente, survie et aspirations culturelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH406/-410-f9d6f.jpg?1782644027' width='400' height='406' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Esenyurt, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est un quartier de banlieue en chantier permanent o&#249; s'alignent barres d'immeubles bon march&#233;, mosqu&#233;es flambant neuves et centres commerciaux. Urbanisation h&#226;tive &#224; coup de b&#233;tonneuse, conservatisme religieux et &#233;conomie lib&#233;rale : tout ici rappelle l'essence m&#234;me de la politique du pr&#233;sident Recep Tayyip Erdogan et de son parti islamo-conservateur, l'AKP, au pouvoir en Turquie depuis 2002. Situ&#233; &#224; plus de 30&#8200;km du centre-ville d'Istanbul, Esenyurt a vu sa population doubler en 5&#8200;ans. Ses 700 000 habitants accueillent aujourd'hui un nombre croissant de r&#233;fugi&#233;s syriens, venus majoritairement d'Alep et pour la plupart d'origine kurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani el-Rached, 32 ans et cr&#226;ne impeccablement ras&#233;, vit l&#224; depuis 2013 apr&#232;s un bref passage &#224; Gaziantep, une ville situ&#233;e &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de la fronti&#232;re syrienne : &#171; &lt;i&gt;J'ai fait un master de Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re &#224; Toulouse de 2007 &#224; 2010. En rentrant en Syrie, alors que je candidatais &#224; un poste de professeur de fran&#231;ais, j'ai &#233;t&#233; appel&#233; quelques semaines plus tard pour le service militaire. Cela ne devait durer qu'un an, mais trois mois apr&#232;s mon incorporation d&#233;but 2011, la r&#233;volution a &#233;clat&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Durant plus de deux ans, Hani travaille au minist&#232;re de la D&#233;fense &#224; Damas comme traducteur pour l'arm&#233;e syrienne. Il assiste ainsi de l'int&#233;rieur aux atrocit&#233;s de l'appareil r&#233;pressif du r&#233;gime. &#171; &lt;i&gt;&#192; mon arriv&#233;e, il y avait dans les bureaux des Syriens issus de diff&#233;rents groupes confessionnels, mais la guerre a chass&#233; tous les sunnites du minist&#232;re. J'ai vu passer des rapports sur la prise en charge par l'arm&#233;e syrienne d'experts militaires russes, chinois ou du Hezbollah. J'ai lu &#233;galement des demandes d'autorisation par des officiers de caserne pour utiliser des gaz chimiques contre ce qu'ils appelaient syst&#233;matiquement &#8220;des terroristes&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Hani d&#233;cide alors de d&#233;serter, mais avec des papiers militaires en poche, sa carte d'identit&#233; civile ayant &#233;t&#233; gard&#233;e par l'administration. &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me, c'est que si l'on me trouvait dans le pays avec ces papiers, cela voulait dire que j'&#233;tais soit un fugitif, soit &#224; la solde du r&#233;gime d'Assad&lt;/i&gt;, explique-t-il. &lt;i&gt;Un pr&#233;texte suffisant pour me tuer&lt;/i&gt;. &#187; Sa carte d'identit&#233; civile ayant &#233;t&#233; ensuite r&#233;cup&#233;r&#233;e via des proches de sa famille, Hani invoque une visite &#224; sa m&#232;re gravement malade pour demander une permission afin de se rendre &#224; Lattaqui&#233;, au nord du pays. &#171; &lt;i&gt;J'ai alors mis douze heures au lieu de trois pour rejoindre Alep&lt;/i&gt;, raconte Hani. &lt;i&gt;Arriv&#233; l&#224; bas, en retrouvant ma femme, nous avons d&#233;cid&#233; de partir, apr&#232;s une heure de discussion. Elle venait de perdre neuf membres de sa famille suite &#224; un bombardement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-411-074a8.jpg?1782644028' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hani, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre attente et exploitation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son arriv&#233;e &#224; Esenyurt, Hani travaille pendant sept mois comme professeur dans une &#233;cole pour les enfants r&#233;fugi&#233;s syriens. Son passeport n'&#233;tant plus valide, il est embauch&#233; au noir durant quatre mois dans une usine textile pour l'&#233;quivalent de 300&#8200;euros mensuels, &#224; raison de 12&#8200;heures par jour. &#171; &lt;i&gt;La police venait parfois v&#233;rifier si des Syriens &#233;taient employ&#233;s ill&#233;galement, comme personne d'entre nous n'avait de titre de s&#233;jour, on se cachait alors pendant une heure ou deux&lt;/i&gt;, raconte Hani. &lt;i&gt;Le patron de cette usine, en &#233;conomisant le salaire et les charges d'un ouvrier turc, peut embaucher trois r&#233;fugi&#233;s. Il y a une v&#233;ritable exploitation &#233;conomique des Syriens, car les Turcs savent bien qu'on est dans une situation de survie, pr&#234;ts &#224; accepter n'importe quel boulot.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani est aujourd'hui traducteur pour une usine de fabrication d'ustensiles de cuisine, mais gagne deux fois moins qu'un confr&#232;re turc. Malgr&#233; un passeport renouvel&#233; ill&#233;galement pour 300&#8200;dollars, il ne peut se d&#233;placer pour son travail ni en &#201;gypte ni au Maghreb, qui lui refusent tous le visa de par sa nationalit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je suis &#224; la merci de mon employeur qui peut me virer quand bon lui semble. Et concernant ma carte de s&#233;jour en Turquie, j'ai attendu deux mois avant qu'on me dise qu'ils n'en d&#233;livraient plus !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, la femme d'Hani a accouch&#233; et le couple a d&#251; accueillir dans son appartement sa belle-s&#339;ur et ses trois enfants, abandonn&#233;s par le mari. Avec un salaire de 600&#8200;euros par mois, il doit aujourd'hui faire vivre sept personnes en tout. Quant &#224; sa m&#232;re et quatre de ses fr&#232;res, ils sont depuis peu r&#233;fugi&#233;s &#224; Izmir, &#224; l'ouest de la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani continue d'avoir sporadiquement des nouvelles d'Alep : &#171; &lt;i&gt; C'&#233;tait un grand centre de production textile, toutes les machines des usines, tomb&#233;es aux mains du r&#233;gime ou d'autres groupes de combattants, ont &#233;t&#233; vendues aux Turcs. &#192; Alep, il y a six factions diff&#233;rentes qui se combattent : les pro-r&#233;gimes, Daech et les diff&#233;rents groupes kurdes. La situation est absurde, car l'arm&#233;e et Daech bombardent la ville, pendant que, sur le terrain, l'Otan attaque uniquement Daech. En m&#234;me temps, le r&#233;gime m&#232;ne une politique de s&#233;gr&#233;gation ethnique en cloisonnant les communaut&#233;s dans diff&#233;rents territoires.&lt;/i&gt; &#187; Un de ses fr&#232;res, cordonnier, est emprisonn&#233; depuis huit mois par l'Arm&#233;e syrienne libre. Il est soup&#231;onn&#233; de complicit&#233; avec Daech pour &#234;tre parti vendre ses chaussures &#224; Raqqa, ville occup&#233;e par le groupe islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/-412-2e568.jpg?1782644028' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il n'y pas d'espoir, les Syriens ont l'impression d'&#234;tre pris en &#233;tau entre le r&#233;gime et les groupes rebelles, et j'ai du mal &#224; me projeter dans l'avenir&lt;/i&gt;, avoue Hani. &lt;i&gt;Beaucoup de Syriens veulent partir en Europe, ils voient &#231;a comme le paradis avec un accueil, un logement et de l'argent qui les attendent. Mais pour arriver jusqu'en Allemagne, il faut d&#233;bourser 4 &#224; 5 000 dollars.&lt;/i&gt; &#187; Il existe d&#233;sormais des r&#233;seaux qui conduisent directement des Syriens depuis Antakya (ville turque situ&#233;e &#224; 100&#8200;km d'Alep) jusqu'&#224; Istanbul, leur proposant de passer la fronti&#232;re grecque ou bulgare moyennant 1 500&#8200;dollars, payables &#224; l'arriv&#233;e. En attendant, les Syriens d'Esenyurt peuvent se faire facilement embaucher comme ouvriers journaliers, le quartier &#233;tant situ&#233; &#224; proximit&#233; des zones industrielles.&#171; &lt;i&gt;Nous n'avons pas d'autre choix que de vivre ici et d'attendre. Cela fait d&#233;j&#224; deux ans pour moi&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Hani.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus d'un an, Esenyurt a vu na&#238;tre nombre de caf&#233;s, restaurants, boutiques de v&#234;tements ou de t&#233;l&#233;phones portables ouverts par des Syriens. Les devantures aux &#233;critures arabes sont l&#233;gion, comme celle d'Ibrahim, qui tient une &#233;picerie o&#249; il vend du caf&#233; et diverses sp&#233;cialit&#233;s culinaires typiques d'Alep. De fragiles fragments d'un quotidien syrien arrach&#233; &#224; la guerre gr&#226;ce &#224; la contrebande pour tenter de reconstruire &#224; la marge un semblant de vie normale. Toutefois, les Turcs du quartier appr&#233;cient de moins en moins la cohabitation avec les Syriens, de m&#234;me que les autorit&#233;s locales. &#171; &lt;i&gt;Nous vivons chacun dans notre coin, sans vraiment nous parler&lt;/i&gt;, confirme Hani. &lt;i&gt;&#192; notre arriv&#233;e, il y avait de l'entraide de la part des Turcs, mais ils nous accusent aujourd'hui de voler leur travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole dans laquelle travaillait Hani a d&#233;sormais ferm&#233;, et cette ann&#233;e, 2 000&#8200;&#233;l&#232;ves n'ont pas pu &#234;tre scolaris&#233;s dans le quartier. Quant &#224; la police, elle est derni&#232;rement intervenue brutalement dans le quartier, suite &#224; une manifestation pro-kurde. &#171; &lt;i&gt;Les manifestants ont commenc&#233; &#224; mettre le feu &#224; des supermarch&#233;s low-cost pour protester. Les forces de l'ordre ont r&#233;pliqu&#233; violemment et nombre d'enfants se sont fait gazer&#8230; J'aimerais partir d'Esenyurt, mais ailleurs, les loyers sont hors de prix&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;chante Hani.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2139 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH401/-413-74757.jpg?1782644028' width='400' height='401' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bijoutier Syrien par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manipulation et d&#233;solidarisation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, &#224; l'arriv&#233;e des premiers Syriens sur le territoire turc, le gouvernement AKP d&#233;clarait les accueillir officiellement comme &#171; invit&#233;s &#187;, et ouvrait ses fronti&#232;res au gr&#233; des vagues de bombardement en Syrie. &#171; &lt;i&gt;Sommes-nous suppos&#233;s demander &#224; nos fr&#232;res de ne pas venir en Turquie et de se faire tuer en Syrie ?&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tait encore &#233;mu l'an dernier le pr&#233;sident Erdogan devant le Parlement. Les autorit&#233;s ont alors essay&#233; de les cantonner dans une vingtaine de camps au sud du pays, mais beaucoup de Syriens ont trouv&#233; refuge dans des villes frontali&#232;res telles Gaziantep ou Mersin, puis Istanbul. &#171; &lt;i&gt;D&#232;s 2011, les r&#233;fugi&#233;s syriens &#233;taient cens&#233;s avoir droit aux soins, &#224; la scolarisation des enfants. Mais c'&#233;tait un statut provisoire, dans l'espoir que la guerre civile finisse rapidement et que les Syriens retournent dans leur pays&lt;/i&gt;, analyse Ufuk Ahiska, militant &#224; G&#246;&#231;men Dayanisma Agi, un collectif de solidarit&#233; envers les migrants. &lt;i&gt;Suite aux printemps arabes, Erdogan a fait la promotion du mod&#232;le islamo-conservateur turc en &#201;gypte aupr&#232;s des Fr&#232;res musulmans, et en Tunisie aupr&#232;s d'Ennahda en tentant de devenir un acteur majeur au Proche-Orient et en M&#233;diterran&#233;e. La Turquie a pris parti en faveur de l'opposition syrienne d&#232;s 2011, en accueillant &#224; Istanbul le Conseil national syrien et les r&#233;fugi&#233;s sur son territoire. L'AKP a voulu ainsi jouer un coup de poker g&#233;opolitique, avec pour objectif d'installer un gouvernement syrien alli&#233; apr&#232;s la guerre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flou juridique dans lequel stagnent d&#233;sormais les r&#233;fugi&#233;s syriens fait de la question des papiers un de leurs probl&#232;mes primordiaux&#8200;&#8211;&#8200;ce qui les maintient dans une pr&#233;carit&#233; sciemment entretenue par le gouvernement. Ceux qui ont la chance d'avoir un passeport ne veulent pas toujours s'enregistrer aupr&#232;s des autorit&#233;s, car apr&#232;s expiration, ils devront se pr&#233;senter pour une demande de renouvellement au consulat de Syrie, o&#249; ils sont rackett&#233;s et fich&#233;s. D'autres Syriens accomplissent quand m&#234;me les d&#233;marches administratives pour obtenir le droit de travailler l&#233;galement, mais aussi pour avoir un acc&#232;s aux soins, voire un permis de r&#233;sidence aupr&#232;s d'une municipalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le soutien de la population turque envers les r&#233;fugi&#233;s, elle s'est r&#233;duite &#224; peau de chagrin depuis l'an dernier. Les associations institutionnelles se sont d&#233;solidaris&#233;es, notamment suite &#224; la d&#233;couverte d&#233;but 2014 d'un convoi humanitaire d'IHH (fondation humanitaire turque islamique, proche de l'AKP) rempli d'armes &#224; destination de la Syrie&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des journalistes turcs ont d&#233;montr&#233; en janvier 2014 l'implication des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le gouvernement s'est fait en outre rappeler &#224; l'ordre par l'agence europ&#233;enne Frontex pour sa &#171; mauvaise gestion &#187; des migrants syriens qui partent de Turquie pour rejoindre la Gr&#232;ce. Quant aux organisations de gauche, une r&#233;cente grande collecte de mat&#233;riel &#224; destination des r&#233;fugi&#233;s syriens mise sur pied dans le quartier central d'Istiklal a &#233;t&#233; durement r&#233;prim&#233;e par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Squats et r&#233;sidences priv&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier de Tarlabasi, &#224; deux pas des rues branch&#233;es d'Istiklal et de la place Taksim, Ufuk Ahiska organise r&#233;guli&#232;rement avec son collectif des cantines populaires gratuites &#224; destination des r&#233;fugi&#233;s. &#171; &lt;i&gt;C'est un quartier en pleine r&#233;novation urbaine min&#233; par le trafic de drogue et la prostitution&lt;/i&gt;, explique-t-il. &lt;i&gt;Les r&#233;fugi&#233;s syriens les plus pauvres squattent des immeubles insalubres, et de nombreux conflits &#233;clatent avec les autres migrants, comme les Nig&#233;rians par exemple. Le quartier est devenu tr&#232;s violent, alors qu'on est &#224; deux pas du centre-ville&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Pour Zeynep Kivilcim, chercheuse &#224; l'universit&#233; d'Istanbul qui vient d'effectuer un travail de recherche sur les r&#233;fugi&#233;es syriennes, &#171; &lt;i&gt;&#224; Tarlabasi, on retrouve nombre d'enfants syriens sans parents et qui pratiquent la mendicit&#233; ou la vente &#224; la sauvette dans les rues anim&#233;es d'Istiklal, jusque tard le soir. &#192; K&#252;&#231;&#252;kpazar, pr&#232;s du quartier d'Eminomu, le centre historique et touristique d'Istanbul, j'ai rencontr&#233; les r&#233;fugi&#233;s syriens les plus pr&#233;caires qui occupent tant bien que mal des maisons compl&#232;tement d&#233;truites&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2142 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH403/-416-4db85.jpg?1782644028' width='400' height='403' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Quartier K&#252;&#231;&#252;kpazar, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette extr&#234;me pr&#233;carit&#233; est tellement visible que l'an dernier la police stambouliote a transf&#233;r&#233; 500&#8200;familles de r&#233;fugi&#233;s syriens contre leur gr&#233; vers des camps au sud-est de la Turquie&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 16 juillet 2014.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans un sinistre squat pr&#232;s du pont Atat&#252;rk, Mahmoud, coiff&#233; d'un keffieh rouge, et Hassan, &#224; la longue barbe blanche, tentent autour d'un th&#233; d'expliquer p&#233;niblement leur arriv&#233;e &#224; Istanbul. Sous l'&#339;il de vieux Anatoliens d'un caf&#233; en face du rez-de-chauss&#233;e occup&#233;, ils racontent avoir fui Alep suite &#224; une vague de bombardements. Pour illustration, ils montrent du doigt une femme, assise au centre du cercle de leur famille. Traumatis&#233;e par les tirs d'artillerie, elle tient r&#233;guli&#232;rement des propos incoh&#233;rents ou pousse des cris d'effroi. Il est 8 h ce matin, et quelques membres de la famille se rendent avec l'un des leurs, bless&#233; &#224; la jambe et port&#233; sur une chaise roulante bricol&#233;e, mendier &#224; la toute proche mosqu&#233;e S&#252;leymaniye et aux alentours du Bazar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand je vois tous ces compatriotes qui mendient en ville, mon c&#339;ur est si triste&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, confie Amir, Syrien de 48 ans vendeur dans une boutique du Bazar d'Istanbul des bijoux et des &#233;toffes de cachemire. Il vit depuis trois ans &#224; Istanbul, apr&#232;s avoir quitt&#233; la Syrie avec sa femme et ses quatre enfants. &#171; &lt;i&gt;J'ai un permis de r&#233;sidence, un permis de travail, et mes enfants sont &#224; l'&#233;cole arabe. Par chance, mon arriv&#233;e s'est effectu&#233;e relativement facilement. Il subsiste une ancienne communaut&#233; de marchands syriens &#224; Istanbul. Nous sommes bijoutiers de p&#232;re en fils, et via ces commer&#231;ants, j'ai pu m'installer rapidement ici.&lt;/i&gt; &#187; Les in&#233;galit&#233;s inh&#233;rentes &#224; la soci&#233;t&#233; syrienne se rejouent dans les conditions de vie de chaque r&#233;fugi&#233; &#224; Istanbul : la bourgeoisie et les grands industriels syriens se sont install&#233;s dans les quartiers cossus de Maltepe, avec leurs r&#233;sidences ferm&#233;es et leurs &#233;coles priv&#233;es, ou &#224; Sulukule, l'ancien quartier gitan stambouliote &#171; r&#233;habilit&#233; &#187; en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconstruire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les locaux neufs de la radio Sout Raya (litt&#233;ralement &#171; Voix de l'&#233;tendard &#187;) sont situ&#233;s dans une haute tour d'immeuble flanqu&#233;e de bureaux d'avocats, de banques et d'h&#244;tels de luxe, dans Levent, l'ultramoderne quartier des affaires d'Istanbul. Une dizaine de jeunes Syriens, dynamiques et souriants, s'attellent autour des tables de mixage et du studio d'enregistrement. La radio a &#233;t&#233; financ&#233;e par un homme d'affaires syrien et le mat&#233;riel a &#233;t&#233; obtenu notamment gr&#226;ce au soutien d'une radio hollandaise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-414-8f70d.jpg?1782644028' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Firas, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Firas Fayyad et sa femme Alisar Hasan, couple de trentenaires qui vivaient auparavant &#224; Damas, sont &#224; l'origine du projet de cette radio pirate cr&#233;&#233;e en 2012. &#171; &lt;i&gt;On a fait deux b&#233;b&#233;s &#224; notre arriv&#233;e &#224; Istanbul : notre petite Elona et la radio Sout Raya&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Alisar. D'une voix &#224; la fois douce et lente, Firas raconte leur arriv&#233;e en Turquie : &#171; &lt;i&gt;Je suis r&#233;alisateur de film ind&#233;pendant&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est notamment r&#233;alisateur du film On the Other Side sur Ja'far Haydar, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;et je me suis fait incarc&#233;rer deux fois par le r&#233;gime en 2011. La premi&#232;re pour avoir film&#233; les manifestations anti-Bachar en mars. La seconde, c'&#233;tait &#224; l'a&#233;roport de Damas, en partance pour le festival international du film de Duba&#239;, afin de pr&#233;senter un documentaire critique sur le r&#233;gime d'Assad. Les forces de s&#233;curit&#233; m'ont mis une cagoule sur la t&#234;te et jet&#233; dans une voiture. J'ai &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement tortur&#233; &#224; l'&#233;lectricit&#233; durant cinq mois et accus&#233; &#8220;d'activit&#233;s ill&#233;gales et de conspiration contre le r&#233;gime&#8221;. &#192; ma lib&#233;ration, je me suis enfui avec Alisar en Jordanie, via le camp de r&#233;fugi&#233;s de Zaatari, esp&#233;rant continuer &#224; produire des films contre le r&#233;gime. Mais nous n'&#233;tions pas les bienvenus &#224; Amman, et cinq mois plus tard, fin 2012, nous nous sommes exil&#233;s &#224; Istanbul.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radio Sout Raya est en &#233;coute sur &lt;a href=&#034;http://www.liveonlineradio.net/fr/syria/sout-raya-fm.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Internet&lt;/a&gt; et &#233;met ill&#233;galement en Syrie en FM dans les r&#233;gions d'Hama, d'Idlib ou encore d'Alep. En plus de la vingtaine de permanents r&#233;fugi&#233;s embauch&#233;s pour animer la radio, Sout Raya dispose d'un r&#233;seau d'une quinzaine de journalistes-activistes qui travaillent clandestinement en Syrie. &#171; &lt;i&gt;Les islamistes nous ont r&#233;cemment vol&#233; notre &#233;metteur pirate &#224; Lattaqui&#233;&lt;/i&gt;, d&#233;plore Firas. &lt;i&gt;Face &#224; toute la propagande issue du r&#233;gime ou des islamistes, nous produisons un v&#233;ritable travail de contre-information ind&#233;pendante pour les gens qui vivent sur place. L'id&#233;e est venue du fait qu'il fallait recr&#233;er du lien au sein m&#234;me de notre pays, et nous n'avions ici que peu de connexions et d'information sur la situation en Syrie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du projet d'information ind&#233;pendante, l'&#233;quipe s'est vite pench&#233;e sur la question culturelle syrienne. &#171; &lt;i&gt;Continuer &#224; faire vivre notre culture, c'est recr&#233;er du lien entre tous les Syriens et pr&#233;parer l'apr&#232;s-guerre&lt;/i&gt;, explique Saer Mussa, lui aussi r&#233;alisateur de films. &lt;i&gt;Nous diffusons chaque jour de la musique syrienne, des contes traditionnels ou des documentaires. Notre objectif, c'est de dire que nous ne sommes pas qu'une communaut&#233; victime d'une guerre civile, mais aussi que nous essayons de penser &#224; notre futur quand nous rentrerons au pays. Nous nous concentrons &#224; Sout Raya sur les histoires de vie des Syriens, leur culture, leur m&#233;moire.&lt;/i&gt; &#187; Une fameuse actrice du pays, Azza al-Bahra, vient m&#234;me r&#233;guli&#232;rement lire des com&#233;dies dramatiques qui se focalisent sur l'histoire et la r&#233;alit&#233; sociale de Syriens anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre programme d'information tente de clarifier la situation en Syrie&lt;/i&gt;, ajoute Feras. &lt;i&gt;Nous sommes dans un r&#233;gime qui se sent en danger et qui r&#233;agit en tuant sa propre population. &#192; cela s'ajoute des djihadistes qui d&#233;tournent le regard des atrocit&#233;s du r&#233;gime. En face, l'opposition est tr&#232;s affaiblie : certaines figures historiques ne sont que de vieux politiciens, en exil depuis une trentaine d'ann&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; En revenant sur l'histoire de la r&#233;volution syrienne, tous s'accordent : plus le r&#233;gime se maintiendra, plus le terrorisme islamiste sera pr&#233;gnant en Syrie. &#171; &lt;i&gt;La seule solution au conflit, c'est bien la fin totale du r&#233;gime d'Assad&lt;/i&gt;, conclut, fatigu&#233;, Feras. &lt;i&gt;Je ne dors parfois que deux heures par nuit. Depuis que je vis &#224; Istanbul, je n'ai m&#234;me pas pris le temps d'arpenter la ville, car toute ma t&#234;te est l&#224; bas, en Syrie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-415-37f7c.jpg?1782644028' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Samer, devant la librairie. Par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire communaut&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'ouest du quartier de Fatih, dans une maison de bois &#224; la fa&#231;ade verte, deux Syriens s'&#233;chinent &#224; &#233;tiqueter un &#233;norme tas de bouquins fra&#238;chement livr&#233;s. Samer al-Kadri, entre deux sollicitations de la part de ses amis et trois coups de t&#233;l&#233;phone, est fier de pr&#233;senter la collection de livres en langue arabe et en turque qui ornent les rayons de &lt;a href=&#034;http://www.pagesbookstorecafe.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pages&lt;/a&gt;, le caf&#233;-librairie qu'il vient d'ouvrir en juin dernier avec d'autres r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous avons une grande diversit&#233; d'ouvrages, autant des romans que de la philosophie, de la po&#233;sie, ainsi qu'un &#233;tage entier d&#233;di&#233; aux enfants&lt;/i&gt;, explique Samer. &lt;i&gt;&#192; la base du projet, nous sommes trois r&#233;fugi&#233;s syriens ainsi qu'une amie d'Oman qui vit &#233;galement ici. La moiti&#233; des livres sont &#224; moi, les autres viennent du Liban, d'&#201;gypte, de Jordanie, du Maroc. Mais nous ne faisons aucun b&#233;n&#233;fice en vendant ces livres : nous voulons avant tout &#234;tre un espace culturel et d'&#233;change entre la litt&#233;rature syrienne, arabe et turque.&lt;/i&gt; &#187; La librairie ne d&#233;semplit pas : Syriens, Turcs, mais aussi &#201;gyptiens ou Libyens viennent r&#233;guli&#232;rement boire un th&#233; et bouquiner. N'importe qui peut venir consulter les livres sans les acheter et en emprunter une quinzaine par mois pour une somme modique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; en septembre 2013 &#224; Istanbul avec sa femme, Gulnar, et ses deux filles, Samer, 41&#8200;ans, vivait auparavant &#224; Damas. Graphiste et artiste peintre, il a fond&#233; une maison d'&#233;dition sp&#233;cialis&#233;e dans la litt&#233;rature jeunesse en arabe. &#171; &lt;i&gt;J'ai quitt&#233; la Syrie en 2012&lt;/i&gt;, raconte-t-il. &lt;i&gt;Alors que je participais &#224; un salon du livre &#224; Abou Dabi, les services de s&#233;curit&#233; du r&#233;gime sont venus &#224; mon bureau de Damas et ont interrog&#233; deux employ&#233;s &#224; mon sujet. J'&#233;tais juste connu pour mon opinion critique sur le r&#233;gime, sans &#234;tre affili&#233; &#224; une organisation politique quelconque. J'ai d&#233;cid&#233; de ne pas rentrer et de rester quelques mois en Jordanie. Le gouvernement ne m'a pas menac&#233; directement : c'&#233;tait, je pense, un coup de pression, une menace latente, comme il le faisait &#224; l'&#233;poque pour beaucoup d'intellectuels et d'artistes. Le message &#233;tait clair : tu as la chance d'avoir un passeport, quitte le pays pendant qu'il en est encore temps.&lt;/i&gt; &#187; Samer a perdu l'ensemble de son stock de livres suite &#224; un bombardement, et la guerre a d&#233;truit son r&#233;seau de libraires &#224; travers le pays. Il revend alors les rares exemplaires qu'il poss&#233;dait pour partir &#224; Istanbul. &#171; &lt;i&gt;Les premiers six mois ont &#233;t&#233; tr&#232;s durs, j'avais parfois &#224; peine de quoi manger&#8230; Mais j'aime beaucoup cette ville, elle est entre la Syrie et l'Europe, et certaines de ses rues me rappellent Damas. Je n'aurais pas pu vivre en Europe : Istanbul poss&#232;de une part orientale que je ne peux renier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son arriv&#233;e, Samer travaille comme maquettiste pour un &#233;diteur turc, &#233;conomise pour r&#233;imprimer quelques bouquins pendant qu'au fur et &#224; mesure germe l'id&#233;e de cr&#233;er une librairie g&#233;r&#233;e par des Syriens. Avec ses amis, il rach&#232;te alors une vieille maison qu'ils retapent durant dix&#8200;mois. S'affichant comme une librairie financi&#232;rement et politiquement ind&#233;pendante, la petite &#233;quipe organise des discussions autour de la litt&#233;rature et de la po&#233;sie syriennes, des concerts, et r&#233;cemment une exposition de caricatures anti-Bachar. &#171; &lt;i&gt;Au pays, les auteurs devaient payer une fortune aux &#233;diteurs pour &#234;tre publi&#233;s&lt;/i&gt;, ajoute Samer. &lt;i&gt;D&#233;sormais, ils sont plus libres, et une nouvelle sc&#232;ne de jeunes &#233;crivains &#233;merge ici, d&#233;crivant la r&#233;alit&#233; sociale syrienne. Nous publions ces nouveaux auteurs et allons bient&#244;t les traduire en turc et en allemand. Inversement, nous avons pour projet de publier des traductions d'auteurs turcs et allemand en arabe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis peu, l'exil a ainsi paradoxalement refait vivre la culture syrienne qui, d'apr&#232;s Samer, &#233;tait &#233;touff&#233;e avec Bachar al-Assad au pouvoir. &#192; Damas, il ne subsistait que deux th&#233;&#226;tres et peu de films syriens sortaient chaque ann&#233;e. Il n'existait pas de r&#233;elles salles d'expositions ni de salles de concert, et seule une dizaine d'&#233;crivains syriens arrivaient &#224; &#234;tre publi&#233;s. Toute activit&#233; culturelle, pour exister, devait &#234;tre en lien avec le pouvoir. &#171; &lt;i&gt;Avec la guerre, le silence de la gauche europ&#233;enne et arabe, j'avoue n'avoir plus foi en l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, confie l'&#233;diteur. &lt;i&gt;Mais nous avons quand m&#234;me pour projet d'&#233;tablir en Syrie un r&#233;seau de centres culturels &#224; travers le pays, qui diffuserait de nombreux livres. Pour reb&#226;tir notre communaut&#233;, il nous faut de bons &#233;crivains, et l'on doit d&#232;s aujourd'hui autant reconstruire notre pays que nos id&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH395/-417-60810.jpg?1782644028' width='400' height='395' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Des journalistes turcs ont d&#233;montr&#233; en janvier 2014 l'implication des services de renseignement turcs et de responsables de l'IHH dans l'acheminement d'armes aux rebelles islamistes syriens du Front al-Nosra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16 juillet 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il est notamment r&#233;alisateur du film &lt;i&gt;On the Other Side&lt;/i&gt; sur Ja'far Haydar, po&#232;te dissident syrien exil&#233; &#224; Prague.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Capitale Istanbul</title>
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		<dc:date>2011-02-22T09:35:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Aristide Bostan</dc:creator>


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		<dc:subject>R&#233;mi</dc:subject>
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&lt;p&gt;Pos&#233;e entre deux continents et foyer de multiples cultures, Istanbul est une ville qui change &#224; toute vitesse : multiplication des r&#233;sidences ferm&#233;es, formatage international sur l'air de &#171; capitale europ&#233;enne de la culture &#187; et de &#171; ville globale &#187;&#8230; La m&#233;tropole turque n'&#233;chappe pas &#224; la financiarisation que connaissent de nombreuses villes dans le monde. Journaliste &#224; Express, un magazine stambouliote qui donne dans la critique sociale solide, dr&#244;le et argument&#233;e, Ulus Atayurt est (&#8230;)&lt;/p&gt;


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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Pos&#233;e entre deux continents et foyer de multiples cultures, Istanbul est une ville qui change &#224; toute vitesse : multiplication des r&#233;sidences ferm&#233;es, formatage international sur l'air de &#171; capitale europ&#233;enne de la culture &#187; et de &#171; ville globale &#187;&#8230; La m&#233;tropole turque n'&#233;chappe pas &#224; la financiarisation que connaissent de nombreuses villes dans le monde. Journaliste &#224; Express, un magazine stambouliote qui donne dans la critique sociale solide, dr&#244;le et argument&#233;e, Ulus Atayurt est passionn&#233; par &#171; sa &#187; ville, qu'il conna&#238;t dans les moindres recoins : il nous propose ici une lecture critique et &#233;clair&#233;e des dynamiques touchant aujourd'hui Istanbul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_91 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;16&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/Istambul2_def.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH800/Istambul2_def-98fff.jpg?1782646957' width='400' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Anthill Towers
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;CQFD &lt;/i&gt; : Pour commencer par le d&#233;but, qu'est-ce qu'Istanbul aujourd'hui ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ulus Atayurt :&lt;/strong&gt; J'ai 37 ans et je suis n&#233; &#224; Istanbul. Donc, avant tout, c'est ma ville ! Ma famille, originaire des Balkans, est install&#233;e ici depuis quatre g&#233;n&#233;rations et demie. Jusqu'au milieu des ann&#233;es 1990, on peut dire que j'&#233;tais un habitant &#171; normal &#187;. En 1996, la Banque mondiale a pondu un rapport sur la Turquie qui d&#233;cr&#233;tait que le pays devait avoir au moins deux aires m&#233;tropolitaines de premi&#232;re importance. Petit &#224; petit, on a d&#233;couvert ce que signifiait &#234;tre une ville globale. Sur un plan personnel, c'est &#224; ce moment que j'ai commenc&#233; &#224; voyager dans la ville, &#224; aller &#224; gauche, &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me ann&#233;e, le deuxi&#232;me congr&#232;s mondial &#171; Habitat &#187; &#8211; c'est une agence de l'ONU charg&#233;e des questions de la ville et du logement &#8211; &#233;tait organis&#233; &#224; Istanbul. Il n'y a aucune co&#239;ncidence l&#224;-dedans : l'un des principaux th&#232;mes du congr&#232;s &#233;tait la gestion et l'organisation des &lt;i&gt;gecekondus &lt;/i&gt; [litt&#233;ralement &#171; maison construite en une nuit &#187;, quartiers d'habitat informel] de la ville. Mais malgr&#233; une bonne volont&#233; de surface, Habitat n'a rien chang&#233; du tout. Au contraire, on s'est rendu compte progressivement qu'Istanbul attirait de plus en plus de promoteurs priv&#233;s&#8230; Parall&#232;lement, l'industrie a commenc&#233; &#224; dispara&#238;tre de la ville. Il faut savoir que dans les ann&#233;es 1960 et 1970, Istanbul &#233;tait un centre de production tr&#232;s important qui repr&#233;sentait peut-&#234;tre 40 % de la production nationale : or, pendant la premi&#232;re ann&#233;e au pouvoir de l'AKP, le parti islamo-conservateur n&#233;olib&#233;ral au pouvoir depuis 2002, la d&#233;sindustrialisation s'est acc&#233;l&#233;r&#233;e : 530 000 emplois ont &#233;t&#233; supprim&#233;s ici&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vers cette &#233;poque, au d&#233;but des ann&#233;es 2000, que j'ai commenc&#233; &#224; m'impliquer plus s&#233;rieusement dans les questions du droit &#224; la ville. Je travaillais dans un magazine d'architecture nomm&#233; &lt;i&gt;Istanbul&lt;/i&gt;. Mon boulot consistait surtout &#224; choisir les sujets. Un jour, en faisant des recherches pour un papier sur les tramways, je me suis rendu compte que quelque chose ne tournait pas rond dans cette ville. En 1946, il y avait au moins 42 lignes de tram diff&#233;rentes. Soixante-cinq ans plus tard, il n'en restait pas une seule. Qu'est-ce qui avait pu se passer ? On a creus&#233; la question, et, au journal, on a multipli&#233; les sujets sur les &lt;i&gt;gecekondus &lt;/i&gt; et les habitants d'Istanbul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justement, peux-tu nous parler de ces derniers ? Qui sont les Stambouliotes ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon le recensement de 2007, Istanbul compte 13 millions d'habitants. C'est le chiffre officiel. En 1946, il y avait 900 000 habitants. Comment est-on pass&#233; de moins d'un million &#224; 13 millions ? Au cours du xxe si&#232;cle, il y a eu plusieurs afflux de population : exode rural, r&#233;fugi&#233;s kurdes, mouvements li&#233;s aux guerre d'Irak et d'Afghanistan, ainsi que des migrations plus r&#233;centes en provenance d'Afrique de l'Est. Aujourd'hui, la majorit&#233; des habitants d'Istanbul sont turcs. Il y a &#233;galement de plus en plus de &#171; citoyens globaux &#187; : beaucoup d'Anglo-Saxons s'installent ici pour travailler, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'aux ann&#233;es 2000, l'essentiel des migrants ruraux avait l'habitude de s'installer dans les quartiers de &lt;i&gt;gecekondus&lt;/i&gt;. Mais depuis quelque temps, les &#233;victions s'y sont multipli&#233;es : l'objectif politique est de faire dispara&#238;tre ces quartiers ill&#233;gaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qui souhaite les voir dispara&#238;tre ? Est-ce la mairie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non, c'est le gouvernement central &#224; travers un organisme appel&#233; TOKI, l'agence turque de d&#233;veloppement du logement. Les d&#233;cisions prises par TOKI outrepassent toutes les autorit&#233;s locales : c'est le gouvernement central qui g&#232;re la rente fonci&#232;re [la valeur des terrains et les b&#233;n&#233;fices qui en sont tir&#233;s]. Cette lutte contre les &lt;i&gt;gecekondus&lt;/i&gt; est assez probl&#233;matique, parce qu'ils doivent quand m&#234;me faire face &#224; l'afflux de population : ils laissent donc parfois les gens construire, dans une esp&#232;ce d'entre-deux informel. Dans le m&#234;me temps, TOKI d&#233;veloppe des programmes immobiliers destin&#233;s aux plus pauvres, &#224; 40-50 kilom&#232;tres du centre-ville. Les loyers co&#251;tent environ 150 euros par mois, et la plupart des migrants ne peuvent pas payer une telle somme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et puis il y a ce projet de construire un troisi&#232;me pont, au nord du Bosphore, pr&#232;s des for&#234;ts anciennes. Avec le premier pont, ce sont 30 % de la municipalit&#233; qui ont &#233;t&#233; urbanis&#233;s ; avec le second, 70 %, et avec le prochain, ils pr&#233;voient d'ouvrir le reste de la ville aux promoteurs. Non seulement ce troisi&#232;me pont favorisera le d&#233;veloppement des &lt;i&gt;gated communities&lt;/i&gt; [r&#233;sidences ferm&#233;es] au d&#233;triment des derni&#232;res r&#233;serves foresti&#232;res, mais de nouvelles constructions am&#232;neront in&#233;vitablement la cr&#233;ation de nouveaux &lt;i&gt;gecekondus&lt;/i&gt;. L'&#233;conomie turque est de plus en plus d&#233;pendante de la construction, comme c'&#233;tait le cas en Espagne au d&#233;but des ann&#233;es 2000. On estime actuellement &#224; 400 000 le nombre de logements neufs non occup&#233;s &#224; Istanbul&#8230; Je crois que dans les ann&#233;es &#224; venir, cette folie de la construction va provoquer une grave crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le quartier de Sulukule, o&#249; une communaut&#233; rom &#233;tait install&#233;e depuis 900 ans, a &#233;t&#233; r&#233;cemment d&#233;truit, malgr&#233; de nombreuses oppositions, pour y construire des gated communities. Du c&#244;t&#233; du centre &#171; occidental &#187;, le quartier pauvre de Tarlabasi a &#233;t&#233; touch&#233; par les premi&#232;res destructions de b&#226;timents l'&#233;t&#233; dernier. Comment &#233;voluent ces op&#233;rations de &#171; r&#233;novation &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_92 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;9&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/Istambul1_def.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH800/Istambul1_def-6190b.jpg?1782650790' width='400' height='800' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Ibrahim
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ils ont d&#233;truit les derni&#232;res maisons de Sulukule il y a une dizaine de jours, et ils sont d&#233;j&#224; en train de construire la &#171; Maison ottomane de Sulukule &#187;. En fait, l'objectif des autorit&#233;s est de construire un centre touristique &#224; Emin&#246;n&#252;, sur la p&#233;ninsule historique. Ils veulent des &#171; &lt;i&gt;butik-hotels&lt;/i&gt; &#187;, du tourisme historique et nautique, etc. Le probl&#232;me, c'est que le centre d'Istanbul est encore un centre vivant. Tous les jours, trois millions de personnes viennent faire leurs courses ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus au nord, du c&#244;t&#233; du centre &#171; occidental &#187; de Beyoglu et de Tarlabasi, l'objectif est de d&#233;velopper la vie nocturne, de multiplier l'installation des grandes cha&#238;nes telles que Virgin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; part Sulukule et Tarlabasi, quatorze districts sont menac&#233;s. Les universit&#233;s priv&#233;es se multiplient alors qu'encore r&#233;cemment, deux universit&#233;s publiques ont &#233;t&#233; &#233;ject&#233;es du centre-ville. Ils &#233;vacuent aussi les &#233;coles : &#231;a a commenc&#233; &#224; Beyoglu et Besiktas, mais &#231;a s'&#233;tend progressivement. Selon l'Union des enseignants, on parle de 182 &#233;coles que les autorit&#233;s veulent remplacer par des h&#244;tels et des centres commerciaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Mais les projets gouvernementaux ne pr&#233;voient-ils pas de garder des logements dans le centre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ! De riches familles conservatrices veulent vivre dans le centre historique ottoman. Autour des animations touristiques, plusieurs petites &lt;i&gt;gated communities&lt;/i&gt; sont en cours de construction&#8230; Sulukule est l'une des premi&#232;res. C'est contigu aux remparts historiques : d'ailleurs, si tu suis la muraille, tu verras au moins six ou sept &lt;i&gt;gated communities&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est int&#233;ressant pour comprendre ce qui se passe dans le centre, c'est ce &#171; triangle culturel &#187; : culture marchande &#224; Beyoglu, patrimoine historique &#224; Emin&#246;n&#252;, et &#171; Silicon Valley &#187; (industries culturelles et cr&#233;atives) autour de la Corne d'Or. L&#224;-bas, c'est maintenant officiel depuis cinq ou six ans, ils mettent en place une &#171; zone libre de culture &#187; dans laquelle il n'y aura pas de taxes, et o&#249; on trouvera de la main-d'&#339;uvre bon march&#233;. Le probl&#232;me, c'est qu'il y a d&#233;j&#224; deux millions de personnes qui vivent dans ou autour du centre&#8230; Donc o&#249; vont travailler les professionnels de la culture ? Je crois qu'on est l&#224; face aux m&#234;mes vieux mod&#232;les : culture, gentrification, &#233;viction des pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Face &#224; ces strat&#233;gies de d&#233;veloppement de la ville qui ne prennent pas en compte les plus pauvres, quelles sont les formes de r&#233;sistance ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles sont de plusieurs types. La chambre d'architecture est un premier &#171; foyer &#187; de r&#233;sistance : les architectes et urbanistes combattent activement la privatisation de l'espace, et s'occupent des actions en justice. &#192; Istanbul comme ailleurs, il faut des professionnels rod&#233;s pour pouvoir aller au tribunal : c'est tr&#232;s technique et tu n'as que soixante jours pour monter le dossier. Les quartiers eux-m&#234;mes s'organisent lorsqu'ils sont menac&#233;s par des projets d'urbanisme. Les quartiers &#171; de gauche &#187; sont beaucoup plus r&#233;actifs que les quartiers plus conservateurs ; la municipalit&#233; le sait tr&#232;s bien, et &#233;vite de commencer les op&#233;rations de r&#233;novation par les quartiers les plus forts. Ils attaquent plut&#244;t l&#224; o&#249; habitent des minorit&#233;s comme les Gitans, ou les Kurdes. Dans le centre-ville, la forte proportion d'habitants fragiles (immigrants r&#233;cents, sans-papiers&#8230;) fait que la r&#233;sistance est plus difficile. Je g&#233;n&#233;ralise beaucoup, mais dans les grands traits, on en est l&#224;. Et puis il y a les groupes militants. J'en connais cinq ou six, mais il y en a d'autres. Ils aident les habitants sur le plan l&#233;gal, dans les n&#233;gociations avec le gouvernement, par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement, il y a parfois de s&#233;rieux conflits entre les diff&#233;rents groupes&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il arrive que toutes ces &#233;nergies se regroupent &#224; l'occasion de grandes manifestations. &#192; propos du troisi&#232;me pont, une plate-forme d'opposition s'est cr&#233;&#233;e, qui regroupe des douzaines de membres &#8211; unions syndicales, p&#234;cheurs, groupes militants, chambre d'architecture, citoyens&#8230; De mani&#232;re g&#233;n&#233;rale, nous n'avons pas beaucoup de pouvoir pour nous opposer. Et puis, parfois, ironiquement, c'est le jeu politique lui-m&#234;me qui fait cesser les op&#233;rations de r&#233;novation, au fil des r&#233;sultats &#233;lectoraux.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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