<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=7741&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1782637830</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Istanbul : l'exil syrien</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Istanbul-l-exil-syrien</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Istanbul-l-exil-syrien</guid>
		<dc:date>2018-02-25T07:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Mickael Correia</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Guillaume Cortade</dc:subject>
		<dc:subject>j'ai</dc:subject>
		<dc:subject>Syrie</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;gime</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;fugi&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>r&#233;fugi&#233;s syriens</dc:subject>
		<dc:subject>Syriens</dc:subject>
		<dc:subject>quartier</dc:subject>
		<dc:subject>Guillaume Cortade</dc:subject>
		<dc:subject>Hani</dc:subject>
		<dc:subject>Istanbul</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;La m&#233;galopole d'Istanbul est devenue une destination majeure pour les plus de deux millions de Syriens r&#233;fugi&#233;s en Turquie. 300 &#224; 500 000 Syriens vivent d&#233;sormais dans cette m&#233;gapole aux portes de l'Europe, et tentent depuis peu de reconstruire une communaut&#233; &#224; part enti&#232;re, malgr&#233; les affres de la guerre civile. Reportage au fil des diff&#233;rents quartiers stambouliotes &#224; la rencontre de la diaspora syrienne, entre attente, survie et aspirations culturelles. C'est un quartier de banlieue en (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no136-octobre-2015" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;136 (octobre 2015)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guillaume-Cortade" rel="tag"&gt;Guillaume Cortade&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/j-ai" rel="tag"&gt;j'ai&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Syrie" rel="tag"&gt;Syrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/regime" rel="tag"&gt;r&#233;gime&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/refugies" rel="tag"&gt;r&#233;fugi&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/refugies-syriens" rel="tag"&gt;r&#233;fugi&#233;s syriens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Syriens" rel="tag"&gt;Syriens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/quartier" rel="tag"&gt;quartier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Guillaume-Cortade-7740" rel="tag"&gt;Guillaume Cortade&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hani" rel="tag"&gt;Hani&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Istanbul" rel="tag"&gt;Istanbul&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;La m&#233;galopole d'Istanbul est devenue une destination majeure pour les plus de deux millions de Syriens r&#233;fugi&#233;s en Turquie. 300 &#224; 500 000 Syriens vivent d&#233;sormais dans cette m&#233;gapole aux portes de l'Europe, et tentent depuis peu de reconstruire une communaut&#233; &#224; part enti&#232;re, malgr&#233; les affres de la guerre civile. Reportage au fil des diff&#233;rents quartiers stambouliotes &#224; la rencontre de la diaspora syrienne, entre attente, survie et aspirations culturelles.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2136 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;34&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH406/-410-f9d6f.jpg?1782644027' width='400' height='406' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Esenyurt, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;C'est un quartier de banlieue en chantier permanent o&#249; s'alignent barres d'immeubles bon march&#233;, mosqu&#233;es flambant neuves et centres commerciaux. Urbanisation h&#226;tive &#224; coup de b&#233;tonneuse, conservatisme religieux et &#233;conomie lib&#233;rale : tout ici rappelle l'essence m&#234;me de la politique du pr&#233;sident Recep Tayyip Erdogan et de son parti islamo-conservateur, l'AKP, au pouvoir en Turquie depuis 2002. Situ&#233; &#224; plus de 30&#8200;km du centre-ville d'Istanbul, Esenyurt a vu sa population doubler en 5&#8200;ans. Ses 700 000 habitants accueillent aujourd'hui un nombre croissant de r&#233;fugi&#233;s syriens, venus majoritairement d'Alep et pour la plupart d'origine kurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani el-Rached, 32 ans et cr&#226;ne impeccablement ras&#233;, vit l&#224; depuis 2013 apr&#232;s un bref passage &#224; Gaziantep, une ville situ&#233;e &#224; une cinquantaine de kilom&#232;tres de la fronti&#232;re syrienne : &#171; &lt;i&gt;J'ai fait un master de Fran&#231;ais langue &#233;trang&#232;re &#224; Toulouse de 2007 &#224; 2010. En rentrant en Syrie, alors que je candidatais &#224; un poste de professeur de fran&#231;ais, j'ai &#233;t&#233; appel&#233; quelques semaines plus tard pour le service militaire. Cela ne devait durer qu'un an, mais trois mois apr&#232;s mon incorporation d&#233;but 2011, la r&#233;volution a &#233;clat&#233;.&lt;/i&gt; &#187; Durant plus de deux ans, Hani travaille au minist&#232;re de la D&#233;fense &#224; Damas comme traducteur pour l'arm&#233;e syrienne. Il assiste ainsi de l'int&#233;rieur aux atrocit&#233;s de l'appareil r&#233;pressif du r&#233;gime. &#171; &lt;i&gt;&#192; mon arriv&#233;e, il y avait dans les bureaux des Syriens issus de diff&#233;rents groupes confessionnels, mais la guerre a chass&#233; tous les sunnites du minist&#232;re. J'ai vu passer des rapports sur la prise en charge par l'arm&#233;e syrienne d'experts militaires russes, chinois ou du Hezbollah. J'ai lu &#233;galement des demandes d'autorisation par des officiers de caserne pour utiliser des gaz chimiques contre ce qu'ils appelaient syst&#233;matiquement &#8220;des terroristes&#8221;.&lt;/i&gt; &#187; Hani d&#233;cide alors de d&#233;serter, mais avec des papiers militaires en poche, sa carte d'identit&#233; civile ayant &#233;t&#233; gard&#233;e par l'administration. &#171; &lt;i&gt;Le probl&#232;me, c'est que si l'on me trouvait dans le pays avec ces papiers, cela voulait dire que j'&#233;tais soit un fugitif, soit &#224; la solde du r&#233;gime d'Assad&lt;/i&gt;, explique-t-il. &lt;i&gt;Un pr&#233;texte suffisant pour me tuer&lt;/i&gt;. &#187; Sa carte d'identit&#233; civile ayant &#233;t&#233; ensuite r&#233;cup&#233;r&#233;e via des proches de sa famille, Hani invoque une visite &#224; sa m&#232;re gravement malade pour demander une permission afin de se rendre &#224; Lattaqui&#233;, au nord du pays. &#171; &lt;i&gt;J'ai alors mis douze heures au lieu de trois pour rejoindre Alep&lt;/i&gt;, raconte Hani. &lt;i&gt;Arriv&#233; l&#224; bas, en retrouvant ma femme, nous avons d&#233;cid&#233; de partir, apr&#232;s une heure de discussion. Elle venait de perdre neuf membres de sa famille suite &#224; un bombardement.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2137 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;30&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-411-074a8.jpg?1782644028' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Hani, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Entre attente et exploitation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son arriv&#233;e &#224; Esenyurt, Hani travaille pendant sept mois comme professeur dans une &#233;cole pour les enfants r&#233;fugi&#233;s syriens. Son passeport n'&#233;tant plus valide, il est embauch&#233; au noir durant quatre mois dans une usine textile pour l'&#233;quivalent de 300&#8200;euros mensuels, &#224; raison de 12&#8200;heures par jour. &#171; &lt;i&gt;La police venait parfois v&#233;rifier si des Syriens &#233;taient employ&#233;s ill&#233;galement, comme personne d'entre nous n'avait de titre de s&#233;jour, on se cachait alors pendant une heure ou deux&lt;/i&gt;, raconte Hani. &lt;i&gt;Le patron de cette usine, en &#233;conomisant le salaire et les charges d'un ouvrier turc, peut embaucher trois r&#233;fugi&#233;s. Il y a une v&#233;ritable exploitation &#233;conomique des Syriens, car les Turcs savent bien qu'on est dans une situation de survie, pr&#234;ts &#224; accepter n'importe quel boulot.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani est aujourd'hui traducteur pour une usine de fabrication d'ustensiles de cuisine, mais gagne deux fois moins qu'un confr&#232;re turc. Malgr&#233; un passeport renouvel&#233; ill&#233;galement pour 300&#8200;dollars, il ne peut se d&#233;placer pour son travail ni en &#201;gypte ni au Maghreb, qui lui refusent tous le visa de par sa nationalit&#233;. &#171; &lt;i&gt;Je suis &#224; la merci de mon employeur qui peut me virer quand bon lui semble. Et concernant ma carte de s&#233;jour en Turquie, j'ai attendu deux mois avant qu'on me dise qu'ils n'en d&#233;livraient plus !&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entre-temps, la femme d'Hani a accouch&#233; et le couple a d&#251; accueillir dans son appartement sa belle-s&#339;ur et ses trois enfants, abandonn&#233;s par le mari. Avec un salaire de 600&#8200;euros par mois, il doit aujourd'hui faire vivre sept personnes en tout. Quant &#224; sa m&#232;re et quatre de ses fr&#232;res, ils sont depuis peu r&#233;fugi&#233;s &#224; Izmir, &#224; l'ouest de la Turquie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Hani continue d'avoir sporadiquement des nouvelles d'Alep : &#171; &lt;i&gt; C'&#233;tait un grand centre de production textile, toutes les machines des usines, tomb&#233;es aux mains du r&#233;gime ou d'autres groupes de combattants, ont &#233;t&#233; vendues aux Turcs. &#192; Alep, il y a six factions diff&#233;rentes qui se combattent : les pro-r&#233;gimes, Daech et les diff&#233;rents groupes kurdes. La situation est absurde, car l'arm&#233;e et Daech bombardent la ville, pendant que, sur le terrain, l'Otan attaque uniquement Daech. En m&#234;me temps, le r&#233;gime m&#232;ne une politique de s&#233;gr&#233;gation ethnique en cloisonnant les communaut&#233;s dans diff&#233;rents territoires.&lt;/i&gt; &#187; Un de ses fr&#232;res, cordonnier, est emprisonn&#233; depuis huit mois par l'Arm&#233;e syrienne libre. Il est soup&#231;onn&#233; de complicit&#233; avec Daech pour &#234;tre parti vendre ses chaussures &#224; Raqqa, ville occup&#233;e par le groupe islamiste.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2138 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH398/-412-2e568.jpg?1782644028' width='400' height='398' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il n'y pas d'espoir, les Syriens ont l'impression d'&#234;tre pris en &#233;tau entre le r&#233;gime et les groupes rebelles, et j'ai du mal &#224; me projeter dans l'avenir&lt;/i&gt;, avoue Hani. &lt;i&gt;Beaucoup de Syriens veulent partir en Europe, ils voient &#231;a comme le paradis avec un accueil, un logement et de l'argent qui les attendent. Mais pour arriver jusqu'en Allemagne, il faut d&#233;bourser 4 &#224; 5 000 dollars.&lt;/i&gt; &#187; Il existe d&#233;sormais des r&#233;seaux qui conduisent directement des Syriens depuis Antakya (ville turque situ&#233;e &#224; 100&#8200;km d'Alep) jusqu'&#224; Istanbul, leur proposant de passer la fronti&#232;re grecque ou bulgare moyennant 1 500&#8200;dollars, payables &#224; l'arriv&#233;e. En attendant, les Syriens d'Esenyurt peuvent se faire facilement embaucher comme ouvriers journaliers, le quartier &#233;tant situ&#233; &#224; proximit&#233; des zones industrielles.&#171; &lt;i&gt;Nous n'avons pas d'autre choix que de vivre ici et d'attendre. Cela fait d&#233;j&#224; deux ans pour moi&lt;/i&gt; &#187;, ajoute Hani.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis plus d'un an, Esenyurt a vu na&#238;tre nombre de caf&#233;s, restaurants, boutiques de v&#234;tements ou de t&#233;l&#233;phones portables ouverts par des Syriens. Les devantures aux &#233;critures arabes sont l&#233;gion, comme celle d'Ibrahim, qui tient une &#233;picerie o&#249; il vend du caf&#233; et diverses sp&#233;cialit&#233;s culinaires typiques d'Alep. De fragiles fragments d'un quotidien syrien arrach&#233; &#224; la guerre gr&#226;ce &#224; la contrebande pour tenter de reconstruire &#224; la marge un semblant de vie normale. Toutefois, les Turcs du quartier appr&#233;cient de moins en moins la cohabitation avec les Syriens, de m&#234;me que les autorit&#233;s locales. &#171; &lt;i&gt;Nous vivons chacun dans notre coin, sans vraiment nous parler&lt;/i&gt;, confirme Hani. &lt;i&gt;&#192; notre arriv&#233;e, il y avait de l'entraide de la part des Turcs, mais ils nous accusent aujourd'hui de voler leur travail.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;cole dans laquelle travaillait Hani a d&#233;sormais ferm&#233;, et cette ann&#233;e, 2 000&#8200;&#233;l&#232;ves n'ont pas pu &#234;tre scolaris&#233;s dans le quartier. Quant &#224; la police, elle est derni&#232;rement intervenue brutalement dans le quartier, suite &#224; une manifestation pro-kurde. &#171; &lt;i&gt;Les manifestants ont commenc&#233; &#224; mettre le feu &#224; des supermarch&#233;s low-cost pour protester. Les forces de l'ordre ont r&#233;pliqu&#233; violemment et nombre d'enfants se sont fait gazer&#8230; J'aimerais partir d'Esenyurt, mais ailleurs, les loyers sont hors de prix&lt;/i&gt; &#187;, d&#233;chante Hani.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2139 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;41&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH401/-413-74757.jpg?1782644028' width='400' height='401' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Bijoutier Syrien par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Manipulation et d&#233;solidarisation &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 2011, &#224; l'arriv&#233;e des premiers Syriens sur le territoire turc, le gouvernement AKP d&#233;clarait les accueillir officiellement comme &#171; invit&#233;s &#187;, et ouvrait ses fronti&#232;res au gr&#233; des vagues de bombardement en Syrie. &#171; &lt;i&gt;Sommes-nous suppos&#233;s demander &#224; nos fr&#232;res de ne pas venir en Turquie et de se faire tuer en Syrie ?&lt;/i&gt; &#187;, s'&#233;tait encore &#233;mu l'an dernier le pr&#233;sident Erdogan devant le Parlement. Les autorit&#233;s ont alors essay&#233; de les cantonner dans une vingtaine de camps au sud du pays, mais beaucoup de Syriens ont trouv&#233; refuge dans des villes frontali&#232;res telles Gaziantep ou Mersin, puis Istanbul. &#171; &lt;i&gt;D&#232;s 2011, les r&#233;fugi&#233;s syriens &#233;taient cens&#233;s avoir droit aux soins, &#224; la scolarisation des enfants. Mais c'&#233;tait un statut provisoire, dans l'espoir que la guerre civile finisse rapidement et que les Syriens retournent dans leur pays&lt;/i&gt;, analyse Ufuk Ahiska, militant &#224; G&#246;&#231;men Dayanisma Agi, un collectif de solidarit&#233; envers les migrants. &lt;i&gt;Suite aux printemps arabes, Erdogan a fait la promotion du mod&#232;le islamo-conservateur turc en &#201;gypte aupr&#232;s des Fr&#232;res musulmans, et en Tunisie aupr&#232;s d'Ennahda en tentant de devenir un acteur majeur au Proche-Orient et en M&#233;diterran&#233;e. La Turquie a pris parti en faveur de l'opposition syrienne d&#232;s 2011, en accueillant &#224; Istanbul le Conseil national syrien et les r&#233;fugi&#233;s sur son territoire. L'AKP a voulu ainsi jouer un coup de poker g&#233;opolitique, avec pour objectif d'installer un gouvernement syrien alli&#233; apr&#232;s la guerre.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le flou juridique dans lequel stagnent d&#233;sormais les r&#233;fugi&#233;s syriens fait de la question des papiers un de leurs probl&#232;mes primordiaux&#8200;&#8211;&#8200;ce qui les maintient dans une pr&#233;carit&#233; sciemment entretenue par le gouvernement. Ceux qui ont la chance d'avoir un passeport ne veulent pas toujours s'enregistrer aupr&#232;s des autorit&#233;s, car apr&#232;s expiration, ils devront se pr&#233;senter pour une demande de renouvellement au consulat de Syrie, o&#249; ils sont rackett&#233;s et fich&#233;s. D'autres Syriens accomplissent quand m&#234;me les d&#233;marches administratives pour obtenir le droit de travailler l&#233;galement, mais aussi pour avoir un acc&#232;s aux soins, voire un permis de r&#233;sidence aupr&#232;s d'une municipalit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concernant le soutien de la population turque envers les r&#233;fugi&#233;s, elle s'est r&#233;duite &#224; peau de chagrin depuis l'an dernier. Les associations institutionnelles se sont d&#233;solidaris&#233;es, notamment suite &#224; la d&#233;couverte d&#233;but 2014 d'un convoi humanitaire d'IHH (fondation humanitaire turque islamique, proche de l'AKP) rempli d'armes &#224; destination de la Syrie&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Des journalistes turcs ont d&#233;montr&#233; en janvier 2014 l'implication des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Le gouvernement s'est fait en outre rappeler &#224; l'ordre par l'agence europ&#233;enne Frontex pour sa &#171; mauvaise gestion &#187; des migrants syriens qui partent de Turquie pour rejoindre la Gr&#232;ce. Quant aux organisations de gauche, une r&#233;cente grande collecte de mat&#233;riel &#224; destination des r&#233;fugi&#233;s syriens mise sur pied dans le quartier central d'Istiklal a &#233;t&#233; durement r&#233;prim&#233;e par la police.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Squats et r&#233;sidences priv&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le quartier de Tarlabasi, &#224; deux pas des rues branch&#233;es d'Istiklal et de la place Taksim, Ufuk Ahiska organise r&#233;guli&#232;rement avec son collectif des cantines populaires gratuites &#224; destination des r&#233;fugi&#233;s. &#171; &lt;i&gt;C'est un quartier en pleine r&#233;novation urbaine min&#233; par le trafic de drogue et la prostitution&lt;/i&gt;, explique-t-il. &lt;i&gt;Les r&#233;fugi&#233;s syriens les plus pauvres squattent des immeubles insalubres, et de nombreux conflits &#233;clatent avec les autres migrants, comme les Nig&#233;rians par exemple. Le quartier est devenu tr&#232;s violent, alors qu'on est &#224; deux pas du centre-ville&#8230;&lt;/i&gt; &#187; Pour Zeynep Kivilcim, chercheuse &#224; l'universit&#233; d'Istanbul qui vient d'effectuer un travail de recherche sur les r&#233;fugi&#233;es syriennes, &#171; &lt;i&gt;&#224; Tarlabasi, on retrouve nombre d'enfants syriens sans parents et qui pratiquent la mendicit&#233; ou la vente &#224; la sauvette dans les rues anim&#233;es d'Istiklal, jusque tard le soir. &#192; K&#252;&#231;&#252;kpazar, pr&#232;s du quartier d'Eminomu, le centre historique et touristique d'Istanbul, j'ai rencontr&#233; les r&#233;fugi&#233;s syriens les plus pr&#233;caires qui occupent tant bien que mal des maisons compl&#232;tement d&#233;truites&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2142 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;45&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH403/-416-4db85.jpg?1782644028' width='400' height='403' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Quartier K&#252;&#231;&#252;kpazar, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cette extr&#234;me pr&#233;carit&#233; est tellement visible que l'an dernier la police stambouliote a transf&#233;r&#233; 500&#8200;familles de r&#233;fugi&#233;s syriens contre leur gr&#233; vers des camps au sud-est de la Turquie&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le Monde, 16 juillet 2014.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;. Dans un sinistre squat pr&#232;s du pont Atat&#252;rk, Mahmoud, coiff&#233; d'un keffieh rouge, et Hassan, &#224; la longue barbe blanche, tentent autour d'un th&#233; d'expliquer p&#233;niblement leur arriv&#233;e &#224; Istanbul. Sous l'&#339;il de vieux Anatoliens d'un caf&#233; en face du rez-de-chauss&#233;e occup&#233;, ils racontent avoir fui Alep suite &#224; une vague de bombardements. Pour illustration, ils montrent du doigt une femme, assise au centre du cercle de leur famille. Traumatis&#233;e par les tirs d'artillerie, elle tient r&#233;guli&#232;rement des propos incoh&#233;rents ou pousse des cris d'effroi. Il est 8 h ce matin, et quelques membres de la famille se rendent avec l'un des leurs, bless&#233; &#224; la jambe et port&#233; sur une chaise roulante bricol&#233;e, mendier &#224; la toute proche mosqu&#233;e S&#252;leymaniye et aux alentours du Bazar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Quand je vois tous ces compatriotes qui mendient en ville, mon c&#339;ur est si triste&#8230;&lt;/i&gt; &#187;, confie Amir, Syrien de 48 ans vendeur dans une boutique du Bazar d'Istanbul des bijoux et des &#233;toffes de cachemire. Il vit depuis trois ans &#224; Istanbul, apr&#232;s avoir quitt&#233; la Syrie avec sa femme et ses quatre enfants. &#171; &lt;i&gt;J'ai un permis de r&#233;sidence, un permis de travail, et mes enfants sont &#224; l'&#233;cole arabe. Par chance, mon arriv&#233;e s'est effectu&#233;e relativement facilement. Il subsiste une ancienne communaut&#233; de marchands syriens &#224; Istanbul. Nous sommes bijoutiers de p&#232;re en fils, et via ces commer&#231;ants, j'ai pu m'installer rapidement ici.&lt;/i&gt; &#187; Les in&#233;galit&#233;s inh&#233;rentes &#224; la soci&#233;t&#233; syrienne se rejouent dans les conditions de vie de chaque r&#233;fugi&#233; &#224; Istanbul : la bourgeoisie et les grands industriels syriens se sont install&#233;s dans les quartiers cossus de Maltepe, avec leurs r&#233;sidences ferm&#233;es et leurs &#233;coles priv&#233;es, ou &#224; Sulukule, l'ancien quartier gitan stambouliote &#171; r&#233;habilit&#233; &#187; en 2010.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Reconstruire &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les locaux neufs de la radio Sout Raya (litt&#233;ralement &#171; Voix de l'&#233;tendard &#187;) sont situ&#233;s dans une haute tour d'immeuble flanqu&#233;e de bureaux d'avocats, de banques et d'h&#244;tels de luxe, dans Levent, l'ultramoderne quartier des affaires d'Istanbul. Une dizaine de jeunes Syriens, dynamiques et souriants, s'attellent autour des tables de mixage et du studio d'enregistrement. La radio a &#233;t&#233; financ&#233;e par un homme d'affaires syrien et le mat&#233;riel a &#233;t&#233; obtenu notamment gr&#226;ce au soutien d'une radio hollandaise.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2140 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_right spip_document_right spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;31&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-414-8f70d.jpg?1782644028' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Firas, par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Firas Fayyad et sa femme Alisar Hasan, couple de trentenaires qui vivaient auparavant &#224; Damas, sont &#224; l'origine du projet de cette radio pirate cr&#233;&#233;e en 2012. &#171; &lt;i&gt;On a fait deux b&#233;b&#233;s &#224; notre arriv&#233;e &#224; Istanbul : notre petite Elona et la radio Sout Raya&lt;/i&gt; &#187;, s'amuse Alisar. D'une voix &#224; la fois douce et lente, Firas raconte leur arriv&#233;e en Turquie : &#171; &lt;i&gt;Je suis r&#233;alisateur de film ind&#233;pendant&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il est notamment r&#233;alisateur du film On the Other Side sur Ja'far Haydar, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;et je me suis fait incarc&#233;rer deux fois par le r&#233;gime en 2011. La premi&#232;re pour avoir film&#233; les manifestations anti-Bachar en mars. La seconde, c'&#233;tait &#224; l'a&#233;roport de Damas, en partance pour le festival international du film de Duba&#239;, afin de pr&#233;senter un documentaire critique sur le r&#233;gime d'Assad. Les forces de s&#233;curit&#233; m'ont mis une cagoule sur la t&#234;te et jet&#233; dans une voiture. J'ai &#233;t&#233; r&#233;guli&#232;rement tortur&#233; &#224; l'&#233;lectricit&#233; durant cinq mois et accus&#233; &#8220;d'activit&#233;s ill&#233;gales et de conspiration contre le r&#233;gime&#8221;. &#192; ma lib&#233;ration, je me suis enfui avec Alisar en Jordanie, via le camp de r&#233;fugi&#233;s de Zaatari, esp&#233;rant continuer &#224; produire des films contre le r&#233;gime. Mais nous n'&#233;tions pas les bienvenus &#224; Amman, et cinq mois plus tard, fin 2012, nous nous sommes exil&#233;s &#224; Istanbul.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Radio Sout Raya est en &#233;coute sur &lt;a href=&#034;http://www.liveonlineradio.net/fr/syria/sout-raya-fm.htm&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Internet&lt;/a&gt; et &#233;met ill&#233;galement en Syrie en FM dans les r&#233;gions d'Hama, d'Idlib ou encore d'Alep. En plus de la vingtaine de permanents r&#233;fugi&#233;s embauch&#233;s pour animer la radio, Sout Raya dispose d'un r&#233;seau d'une quinzaine de journalistes-activistes qui travaillent clandestinement en Syrie. &#171; &lt;i&gt;Les islamistes nous ont r&#233;cemment vol&#233; notre &#233;metteur pirate &#224; Lattaqui&#233;&lt;/i&gt;, d&#233;plore Firas. &lt;i&gt;Face &#224; toute la propagande issue du r&#233;gime ou des islamistes, nous produisons un v&#233;ritable travail de contre-information ind&#233;pendante pour les gens qui vivent sur place. L'id&#233;e est venue du fait qu'il fallait recr&#233;er du lien au sein m&#234;me de notre pays, et nous n'avions ici que peu de connexions et d'information sur la situation en Syrie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; du projet d'information ind&#233;pendante, l'&#233;quipe s'est vite pench&#233;e sur la question culturelle syrienne. &#171; &lt;i&gt;Continuer &#224; faire vivre notre culture, c'est recr&#233;er du lien entre tous les Syriens et pr&#233;parer l'apr&#232;s-guerre&lt;/i&gt;, explique Saer Mussa, lui aussi r&#233;alisateur de films. &lt;i&gt;Nous diffusons chaque jour de la musique syrienne, des contes traditionnels ou des documentaires. Notre objectif, c'est de dire que nous ne sommes pas qu'une communaut&#233; victime d'une guerre civile, mais aussi que nous essayons de penser &#224; notre futur quand nous rentrerons au pays. Nous nous concentrons &#224; Sout Raya sur les histoires de vie des Syriens, leur culture, leur m&#233;moire.&lt;/i&gt; &#187; Une fameuse actrice du pays, Azza al-Bahra, vient m&#234;me r&#233;guli&#232;rement lire des com&#233;dies dramatiques qui se focalisent sur l'histoire et la r&#233;alit&#233; sociale de Syriens anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Notre programme d'information tente de clarifier la situation en Syrie&lt;/i&gt;, ajoute Feras. &lt;i&gt;Nous sommes dans un r&#233;gime qui se sent en danger et qui r&#233;agit en tuant sa propre population. &#192; cela s'ajoute des djihadistes qui d&#233;tournent le regard des atrocit&#233;s du r&#233;gime. En face, l'opposition est tr&#232;s affaiblie : certaines figures historiques ne sont que de vieux politiciens, en exil depuis une trentaine d'ann&#233;es.&lt;/i&gt; &#187; En revenant sur l'histoire de la r&#233;volution syrienne, tous s'accordent : plus le r&#233;gime se maintiendra, plus le terrorisme islamiste sera pr&#233;gnant en Syrie. &#171; &lt;i&gt;La seule solution au conflit, c'est bien la fin totale du r&#233;gime d'Assad&lt;/i&gt;, conclut, fatigu&#233;, Feras. &lt;i&gt;Je ne dors parfois que deux heures par nuit. Depuis que je vis &#224; Istanbul, je n'ai m&#234;me pas pris le temps d'arpenter la ville, car toute ma t&#234;te est l&#224; bas, en Syrie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2141 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;52&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH400/-415-37f7c.jpg?1782644028' width='400' height='400' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Samer, devant la librairie. Par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire communaut&#233; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout &#224; l'ouest du quartier de Fatih, dans une maison de bois &#224; la fa&#231;ade verte, deux Syriens s'&#233;chinent &#224; &#233;tiqueter un &#233;norme tas de bouquins fra&#238;chement livr&#233;s. Samer al-Kadri, entre deux sollicitations de la part de ses amis et trois coups de t&#233;l&#233;phone, est fier de pr&#233;senter la collection de livres en langue arabe et en turque qui ornent les rayons de &lt;a href=&#034;http://www.pagesbookstorecafe.com/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Pages&lt;/a&gt;, le caf&#233;-librairie qu'il vient d'ouvrir en juin dernier avec d'autres r&#233;fugi&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Nous avons une grande diversit&#233; d'ouvrages, autant des romans que de la philosophie, de la po&#233;sie, ainsi qu'un &#233;tage entier d&#233;di&#233; aux enfants&lt;/i&gt;, explique Samer. &lt;i&gt;&#192; la base du projet, nous sommes trois r&#233;fugi&#233;s syriens ainsi qu'une amie d'Oman qui vit &#233;galement ici. La moiti&#233; des livres sont &#224; moi, les autres viennent du Liban, d'&#201;gypte, de Jordanie, du Maroc. Mais nous ne faisons aucun b&#233;n&#233;fice en vendant ces livres : nous voulons avant tout &#234;tre un espace culturel et d'&#233;change entre la litt&#233;rature syrienne, arabe et turque.&lt;/i&gt; &#187; La librairie ne d&#233;semplit pas : Syriens, Turcs, mais aussi &#201;gyptiens ou Libyens viennent r&#233;guli&#232;rement boire un th&#233; et bouquiner. N'importe qui peut venir consulter les livres sans les acheter et en emprunter une quinzaine par mois pour une somme modique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arriv&#233; en septembre 2013 &#224; Istanbul avec sa femme, Gulnar, et ses deux filles, Samer, 41&#8200;ans, vivait auparavant &#224; Damas. Graphiste et artiste peintre, il a fond&#233; une maison d'&#233;dition sp&#233;cialis&#233;e dans la litt&#233;rature jeunesse en arabe. &#171; &lt;i&gt;J'ai quitt&#233; la Syrie en 2012&lt;/i&gt;, raconte-t-il. &lt;i&gt;Alors que je participais &#224; un salon du livre &#224; Abou Dabi, les services de s&#233;curit&#233; du r&#233;gime sont venus &#224; mon bureau de Damas et ont interrog&#233; deux employ&#233;s &#224; mon sujet. J'&#233;tais juste connu pour mon opinion critique sur le r&#233;gime, sans &#234;tre affili&#233; &#224; une organisation politique quelconque. J'ai d&#233;cid&#233; de ne pas rentrer et de rester quelques mois en Jordanie. Le gouvernement ne m'a pas menac&#233; directement : c'&#233;tait, je pense, un coup de pression, une menace latente, comme il le faisait &#224; l'&#233;poque pour beaucoup d'intellectuels et d'artistes. Le message &#233;tait clair : tu as la chance d'avoir un passeport, quitte le pays pendant qu'il en est encore temps.&lt;/i&gt; &#187; Samer a perdu l'ensemble de son stock de livres suite &#224; un bombardement, et la guerre a d&#233;truit son r&#233;seau de libraires &#224; travers le pays. Il revend alors les rares exemplaires qu'il poss&#233;dait pour partir &#224; Istanbul. &#171; &lt;i&gt;Les premiers six mois ont &#233;t&#233; tr&#232;s durs, j'avais parfois &#224; peine de quoi manger&#8230; Mais j'aime beaucoup cette ville, elle est entre la Syrie et l'Europe, et certaines de ses rues me rappellent Damas. Je n'aurais pas pu vivre en Europe : Istanbul poss&#232;de une part orientale que je ne peux renier.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; son arriv&#233;e, Samer travaille comme maquettiste pour un &#233;diteur turc, &#233;conomise pour r&#233;imprimer quelques bouquins pendant qu'au fur et &#224; mesure germe l'id&#233;e de cr&#233;er une librairie g&#233;r&#233;e par des Syriens. Avec ses amis, il rach&#232;te alors une vieille maison qu'ils retapent durant dix&#8200;mois. S'affichant comme une librairie financi&#232;rement et politiquement ind&#233;pendante, la petite &#233;quipe organise des discussions autour de la litt&#233;rature et de la po&#233;sie syriennes, des concerts, et r&#233;cemment une exposition de caricatures anti-Bachar. &#171; &lt;i&gt;Au pays, les auteurs devaient payer une fortune aux &#233;diteurs pour &#234;tre publi&#233;s&lt;/i&gt;, ajoute Samer. &lt;i&gt;D&#233;sormais, ils sont plus libres, et une nouvelle sc&#232;ne de jeunes &#233;crivains &#233;merge ici, d&#233;crivant la r&#233;alit&#233; sociale syrienne. Nous publions ces nouveaux auteurs et allons bient&#244;t les traduire en turc et en allemand. Inversement, nous avons pour projet de publier des traductions d'auteurs turcs et allemand en arabe.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis peu, l'exil a ainsi paradoxalement refait vivre la culture syrienne qui, d'apr&#232;s Samer, &#233;tait &#233;touff&#233;e avec Bachar al-Assad au pouvoir. &#192; Damas, il ne subsistait que deux th&#233;&#226;tres et peu de films syriens sortaient chaque ann&#233;e. Il n'existait pas de r&#233;elles salles d'expositions ni de salles de concert, et seule une dizaine d'&#233;crivains syriens arrivaient &#224; &#234;tre publi&#233;s. Toute activit&#233; culturelle, pour exister, devait &#234;tre en lien avec le pouvoir. &#171; &lt;i&gt;Avec la guerre, le silence de la gauche europ&#233;enne et arabe, j'avoue n'avoir plus foi en l'humanit&#233;&lt;/i&gt;, confie l'&#233;diteur. &lt;i&gt;Mais nous avons quand m&#234;me pour projet d'&#233;tablir en Syrie un r&#233;seau de centres culturels &#224; travers le pays, qui diffuserait de nombreux livres. Pour reb&#226;tir notre communaut&#233;, il nous faut de bons &#233;crivains, et l'on doit d&#232;s aujourd'hui autant reconstruire notre pays que nos id&#233;es.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2143 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH395/-417-60810.jpg?1782644028' width='400' height='395' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Par Guillaume Cortade.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Des journalistes turcs ont d&#233;montr&#233; en janvier 2014 l'implication des services de renseignement turcs et de responsables de l'IHH dans l'acheminement d'armes aux rebelles islamistes syriens du Front al-Nosra.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 16 juillet 2014.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Il est notamment r&#233;alisateur du film &lt;i&gt;On the Other Side&lt;/i&gt; sur Ja'far Haydar, po&#232;te dissident syrien exil&#233; &#224; Prague.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
