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	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
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		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
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		<title>Cheval de labeur, cheval de gr&#226;ce</title>
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		<dc:creator>Fr&#233;d&#233;ric Peylet</dc:creator>


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&lt;p&gt;Longtemps essentiel aux paysans, le cheval de trait a bien failli dispara&#238;tre une fois l'agriculture m&#233;canis&#233;e. Rat&#233; : depuis une vingtaine d'ann&#233;es, il fait son grand retour dans les champs. Derri&#232;re l'image de carte postale de beaux chevaux crini&#232;re au vent, on a voulu savoir ce que cette pratique disait de la condition animale au travail. Direction l'Ard&#232;che. &#171; Un pas&#8230; Droite&#8230; Allez, un pas&#8230; Arr&#234;t. &#187;. D'une voix douce et ferme, No&#233;mie dirige Iouki, un cheval de trait comtois de bient&#244;t (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no198-mai-2021" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;198 (mai 2021)&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Allez" rel="tag"&gt;Allez&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Longtemps essentiel aux paysans, le cheval de trait a bien failli dispara&#238;tre une fois l'agriculture m&#233;canis&#233;e. Rat&#233; : depuis une vingtaine d'ann&#233;es, il fait son grand retour dans les champs. Derri&#232;re l'image de carte postale de beaux chevaux crini&#232;re au vent, on a voulu savoir ce que cette pratique disait de la condition animale au travail. Direction l'Ard&#232;che.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_3639 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;35&#034; data-legende-lenx=&#034;x&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH378/-1780-004d1.jpg?1779748348' width='500' height='378' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Illustration de Killian Pelletier
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Un pas&#8230; Droite&#8230; Allez, un pas&#8230; Arr&#234;t.&lt;/i&gt; &#187;. D'une voix douce et ferme, No&#233;mie dirige Iouki, un cheval de trait comtois de bient&#244;t quatre ans, le positionnant entre deux rangs de vigne pour remuer la terre et l'a&#233;rer. Puis elle bloque les dents de la petite herse que le cheval va tracter et l'aligne correctement, remet d'aplomb autour de son torse les guides reli&#233;s au mors et lance un sonore &#171; &lt;i&gt;Devant&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; L'attelage se met alors en branle d'un pas tranquille et r&#233;gulier, ne s'arr&#234;tant qu'un instant, le temps que le crottin de Iouki vienne enrichir le sol fra&#238;chement retourn&#233;. Et voil&#224; quelques arpents de terre viticole d&#233;sherb&#233;s sans autre produit que les gouttes de sueur d'une femme et d'un cheval.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;No&#233;mie Courson travaille au Mas de Libian, &#224; Saint-Marcel-d'Ard&#232;che, avec la famille Thibon. Ce domaine, certifi&#233; en biodynamie, revendique plus de trois si&#232;cles d'existence sans qu'aucun pesticide ni herbicide n'ait jamais &#233;t&#233; r&#233;pandu sur ses 25 hectares de vignes. Depuis le milieu des ann&#233;es 2000, le travail du sol s'y fait en traction &#233;quine, et pas seulement pour faire de belles photos, comme l'explique No&#233;mie : &#171; &lt;i&gt;Si tu travailles la vigne en biodynamie, le choix du cheval est logique, tu ne devrais m&#234;me pas pouvoir faire autrement. Tu t'attaches &#224; respecter un cycle naturel et le cheval y a toute sa place.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me s'il est de belle corpulence, le cheval de trait, par son pas lent, a un effet moindre que le tracteur sur le tassement de la terre au pied des vignes. Un d&#233;tail pour le profane mais un d&#233;tail qui, r&#233;p&#233;t&#233; &#224; longueur d'ann&#233;e, rev&#234;t une importance fondamentale pour les vignerons s'attachant &#224; produire des vins sains, issus d'une terre qui respire.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Cheval 1 - Tracteur 0&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Sous l'impulsion, essentiellement, d'une nouvelle g&#233;n&#233;ration de vignerons ayant souhait&#233; red&#233;finir leur rapport &#224; la terre, le cheval a donc retrouv&#233; le chemin des champs apr&#232;s de longues d&#233;cennies d'&#233;clipse. Une tendance qui n'a rien d'&#233;ph&#233;m&#232;re, des pr&#233;curseurs comme le Mas de Libian inspirant de nouveaux arrivants. Toujours en Ard&#232;che mais 40 km au nord, &#224; Aubignas, L&#233;na et Alex ont investi un coteau et viennent de planter leurs pieds de vignes sur l'hectare et demi du domaine des Bois Perdus. Pour eux le choix est d&#233;j&#224; fait : &#171; &lt;i&gt;Ce qu'on b&#226;tit est bas&#233; sur la conviction que la vigne est un &#234;tre vivant. Au m&#234;me titre que les oliviers qui sont au-dessus, que les bois qui l'entourent. Ou que les animaux qui viennent pisser et chier &#224; ses pieds. Ou que nous.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, pour les futurs travaux dans les vignes, entre un Massey Ferguson rutilant et un Comtois ou un Percheron, L&#233;na n'h&#233;site pas : &#171; &lt;i&gt;Un tracteur, &#231;a perd de l'huile, &#231;a fume, &#231;a pue, &#231;a te menotte &#224; ton banquier pendant des ann&#233;es et tu ne peux pas discuter avec lui quand tu en as marre de planter des piquets ou de piocher. Un cheval ne cr&#233;e pas de dette mais du lien, et c'est de l'or pour la vigne.&lt;/i&gt; &#187; L'histoire r&#233;cente du vieux tracteur, r&#233;cup&#233;r&#233; pour de gros &#339;uvres sur leur domaine, qui a pris feu tout seul sous les yeux de L&#233;na, cramant une remise au passage, ne fera qu'ent&#233;riner l'option animale.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le cheval est dans la place&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Ce nouveau rapport au vivant passe donc par des choix r&#233;fl&#233;chis, d&#233;termin&#233;s, &#233;thiques autant qu'&#233;cologiques. Inclure le cheval dans ce travail quotidien ne rel&#232;ve plus de la contrainte mais du d&#233;sir. Une vraie rupture si l'on reprend l'histoire du labeur de l'animal domestique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout temps, les b&#234;tes de somme ont fourni trois apports majeurs aux soci&#233;t&#233;s humaines : nourriture, vitesse et confort de d&#233;placement, force de travail. Un triptyque d&#233;clin&#233; sous toutes les latitudes et dans lequel z&#233;bu, yack, dromadaire, chien, &#233;l&#233;phant, b&#339;uf, cheval forment un bestiaire de l'animal au travail. Portant, tractant, il prend place dans toutes les &#233;pop&#233;es humaines, les plus nobles comme les plus sales, accompagnant &#224; son corps d&#233;fendant des bouleversements de grande ampleur, comme le souligne l'historien &#201;ric Baratay : &#171; &lt;i&gt;La multiplication des animaux de trait pr&#233;cipite les campagnes dans l'&#233;conomie de production, d'&#233;change, de croissance du XIX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle industriel &lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;B&#234;tes de somme, Seuil, 2011&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;&lt;i&gt;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce panorama, le cheval est omnipr&#233;sent, utile aux champs comme &#224; la ville : il est de tous les transports (individuels ou collectifs), de tous les labeurs, de toutes les industries (agricoles, foresti&#232;res, mini&#232;res), de toutes les guerres (700 000 chevaux morts lors de la Premi&#232;re Guerre mondiale), de tous les loisirs. Tout autant pilier du monde agricole que compagnon d'agr&#233;ment, symbole de puissance sociale que &#171; &lt;i&gt;sous-prol&#233;taire sur lequel est construit l'essor &#233;conomique&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Op. cit.&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &#187;, on compte ainsi pas moins de trois millions de chevaux sur le sol fran&#231;ais en 1914.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un pic de population qui d&#233;clinera lentement mais s&#251;rement au gr&#233; de la m&#233;canisation de l'agriculture et de la motorisation des transports. Au lendemain des ann&#233;es 1950, le cheval de trait dispara&#238;t progressivement du paysage et les neuf races fran&#231;aises semblent promises &#224; l'extinction. Si, &#224; cette &#233;poque, il anime encore quelques f&#234;tes des moissons et autres kermesses, il ne doit finalement sa survie... qu'au commerce de sa viande pour lequel un cheptel assez cons&#233;quent aura &#233;t&#233; maintenu, suffisant pour r&#233;activer ensuite une fili&#232;re de reproduction.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Un compagnon de travail&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;surrection du cheval de trait &#224; la fin du XX&lt;sup&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle tient donc quelque peu du miracle. Et celles et ceux qui participent &#224; son retour entretiennent avec lui un rapport empreint d'un intense respect : &#171; &lt;i&gt;Avec mon cheval Iouki je suis dans un dialogue permanent,&lt;/i&gt; raconte No&#233;mie.&lt;i&gt; Il vient d'arriver au domaine et, tous les deux, on apprend &#224; se conna&#238;tre, &#224; se respecter, &#224; avoir confiance l'un en l'autre. Ce n'est pas un animal de compagnie, c'est un compagnon de travail, de vie.&lt;/i&gt; &#187; L'observant &#224; l'&#339;uvre avec Iouki, marchant tous deux du m&#234;me pas, je constate l'osmose qui les lie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Iouki est le premier cheval de No&#233;mie. Si, plus jeune, elle a longuement c&#244;toy&#233; des chevaux dans un ranch savoyard, ce n'&#233;tait alors que du loisir et elle ne s'imaginait pas y revenir plus tard : &#171; &lt;i&gt;Je suis venue au Mas de Libian comme saisonni&#232;re pour les vendanges et, comme j'aimais les chevaux, Catherine Thibon, qui s'en occupait, m'a prise avec elle. J'ai tellement aim&#233; qu'en 2018 j'ai commenc&#233; une formation de conduite de chevaux de trait. Depuis 2019 je propose des prestations &#224; d'autres domaines, dans les vignes, ou en mara&#238;chage. Et de la demande, il y en a&lt;/i&gt; &lt;i&gt; !&lt;/i&gt; &#187; Pour voler de ses propres ailes, No&#233;mie vient donc de faire l'acquisition de Iouki qu'elle est all&#233;e chercher dans le Jura. Elle sourit en se rem&#233;morant cette journ&#233;e : &#171; &lt;i&gt;L'&#233;leveur m'a pr&#233;sent&#233; deux chevaux. Le premier &#233;tait poli, il ob&#233;issait mais rien de plus... Il n'en avait clairement rien &#224; foutre de moi&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! J'ai vite senti que &#231;a ne le ferait pas. Et puis avec celui-l&#224;,&lt;/i&gt; poursuit-elle en caressant l'encolure de Iouki, &lt;i&gt;il s'est tout de suite pass&#233; quelque chose, une attention, un d&#233;sir d'&#234;tre ensemble.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Respect mutuel&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Depuis, le bin&#244;me est en apprentissage, chacun d&#233;couvrant les attentes de l'autre et ses limites. La t&#226;che de No&#233;mie ne rel&#232;ve pas du dressage : &#171; &lt;i&gt;C'est un partenariat, tout repose sur les sensations. Il faut que ce soit harmonieux. On prend notre temps, c'est essentiel pour le lien. On va travailler ensemble du printemps &#224; l'automne, six jours sur sept, six heures par jour. Et l'hiver, c'est vacances pour tout le monde&lt;/i&gt; &lt;i&gt; ! Si Iouki ne se blesse pas, ce partenariat peut durer vingt ans.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ce mercredi pluvieux, No&#233;mie &#233;courte le travail dans les vignes. La terre est trop grasse, Iouki bosse pour rien. En rentrant &#224; l'&#233;curie, on passe devant une mare bruyamment anim&#233;e par des grenouilles tandis que deux geais se chamaillent au-dessus de nos t&#234;tes. Puis on n'entend plus que le son des sabots sur les cailloux, le raclement de la herse, les mots que murmurent No&#233;mie &#224; son cheval et le &lt;i&gt;plic-ploc&lt;/i&gt; des gouttes. &#199;a sent l'herbe mouill&#233;e et le crottin. Chaque chose est &#224; sa place, surtout le tracteur en train de rouiller dans un champ plus bas.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Fr&#233;d&#233;ric Peylet&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cet article fait partie de notre dossier &#171; Demain les b&#234;tes ! &#187;, publi&#233; dans le num&#233;ro 198 de&lt;/i&gt; CQFD.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;i&gt;B&#234;tes de somme&lt;/i&gt;, Seuil, 2011&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt; &lt;i&gt;Op. cit.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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