<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://cqfd-journal.org/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
	<link>https://cqfd-journal.org/</link>
	<description>Mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales - en kiosque le premier vendredi du mois.</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://cqfd-journal.org/spip.php?id_mot=7702&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />

	<image>
		<title>CQFD, mensuel de critique et d'exp&#233;rimentation sociales</title>
		<url>https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L144xH50/siteon0-2-e90fe.png?1768648935</url>
		<link>https://cqfd-journal.org/</link>
		<height>50</height>
		<width>144</width>
	</image>



<item xml:lang="fr">
		<title>Serbie : les exil&#233;s au pied des murs</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Serbie-les-exiles-au-pied-des-murs</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Serbie-les-exiles-au-pied-des-murs</guid>
		<dc:date>2022-05-13T08:09:37Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>&#201;milien Bernard, Laurent Perez</dc:creator>


		<dc:subject>Le dossier</dc:subject>
		<dc:subject>Serbie</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>Hongrie</dc:subject>
		<dc:subject>migrants</dc:subject>
		<dc:subject>d'un</dc:subject>
		<dc:subject>Rado&#353; &#272;urovi&#263;</dc:subject>
		<dc:subject>fronti&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>mur</dc:subject>
		<dc:subject>police</dc:subject>
		<dc:subject>l'Union europ&#233;enne</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no209-mai-2022" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;209 (mai 2022)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Le-dossier" rel="tag"&gt;Le dossier&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Serbie" rel="tag"&gt;Serbie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Hongrie" rel="tag"&gt;Hongrie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/migrants" rel="tag"&gt;migrants&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/d-un" rel="tag"&gt;d'un&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Rados-%C4%90urovic" rel="tag"&gt;Rado&#353; &#272;urovi&#263;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/frontiere" rel="tag"&gt;fronti&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mur" rel="tag"&gt;mur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/police" rel="tag"&gt;police&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/l-Union-europeenne" rel="tag"&gt;l'Union europ&#233;enne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dans les Balkans comme ailleurs, toutes sortes de barri&#232;res entravent le p&#233;riple des personnes exil&#233;es. Des murs concrets h&#233;riss&#233;s de barbel&#233;s, comme celui que la Hongrie a fait construire &#224; la fronti&#232;re de la Serbie. Mais aussi des murs l&#233;gislatifs, technologiques, policiers ou politiques, b&#226;tis en vue de satisfaire l'Union europ&#233;enne (UE) et ses politiques concert&#233;es de rejet des &#171; ind&#233;sirables &#187;. Pour les principaux concern&#233;s, venus d'Afghanistan, de Syrie ou d'Afrique du Nord, c'est l'assurance de violences accrues et de destins enlis&#233;s. Reportage au nord de la Serbie, aux confins de l'UE.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_4539 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie1_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH375/1200serbie1_resultat-0efbc.jpg?1768907698' width='500' height='375' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;lettrine&#034;&gt;P&lt;/span&gt;remi&#232;re vision du centre-ville de Sombor : quatre jeunes migrants prennent tranquillement le soleil sur un banc d'une art&#232;re commer&#231;ante. C'est le d&#233;but de l'apr&#232;s-midi, le dernier dimanche avant la P&#226;que orthodoxe, et les rues sont presque vides dans cette ville moyenne et proprette de la r&#233;gion de la Ba&#269;ka, au nord-ouest de la Serbie. Deux flics approchent : &#233;change de signes, contr&#244;le des papiers, fouille des sacs, c'est bon pour cette fois. Illico, les quatre jeunes d&#233;campent, message re&#231;u : ils ne sont pas bienvenus en ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu plus loin, sur la route qui m&#232;ne aux fronti&#232;res hongroise et croate (toutes deux &#224; environ 25 km de Sombor), on roule le long d'un faubourg r&#233;sidentiel. Sur le bas-c&#244;t&#233;, des silhouettes discr&#232;tes charg&#233;es de sacs de course. &#192; l'or&#233;e d'un petit bois, on d&#233;bouche sur une sorte de kermesse pas dr&#244;le. Une vingtaine de taxis attendent les clients potentiels, qui prennent le frais sous les ombrages en attendant la rupture du je&#251;ne du Ramadan. Derri&#232;re l'enseigne &#171; Night-Club Grizzly &#187;, des exil&#233;s se pressent dans une petite boutique ou papotent sur un vieux terrain de basket, assis en cercle sur des chaises en plastique. Dans une arri&#232;re-cour, de jeunes types du cru d'allure pas commode &#8211; surv&#234;t', bombers, cr&#226;ne ras&#233; &#8211; rigolent autour d'un barbecue. Une impression latente et d&#233;sagr&#233;able, confirm&#233;e plus tard par des connaisseurs du site : on est tomb&#233;s au c&#339;ur d'un business, o&#249; chauffeurs de taxis et jeunes du coin profitent de la d&#233;tresse des exil&#233;s pour arrondir les fins de mois. Pas vraiment le temps d'approfondir : le ma&#238;tre des lieux, un colosse patibulaire, nous prie virilement d'aller voir ailleurs&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Ailleurs &#187;, c'est le camp officiel, &#224; quelques centaines de m&#232;tres. Une all&#233;e d'arbres conduit &#224; une ancienne colonie de vacances, r&#233;affect&#233;e &#224; un Centre d'accueil du Commissariat pour les r&#233;fugi&#233;s et les migrations de la R&#233;publique de Serbie (KIRS). Le grillage est d&#233;fonc&#233; et le portail ouvert. Assis sur un banc, quatre jeunes Syriens d&#233;crivent &#224; gros traits le quotidien du camp de Sombor plein &#224; craquer, o&#249; tout est pourri. Ils sont l&#224; depuis huit mois dans le vide absolu &#8211; &#171; &lt;i&gt;No money, no work&lt;/i&gt; &#187;. Le dialogue est interrompu par l'irruption d'un employ&#233; tremblotant qui nous fait raccompagner par un vigile. Devant l'entr&#233;e, le mot a tourn&#233; : personne ne veut causer. Ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Bruxelles sous-traite&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le camp de Sombor est l'un des quatorze ouverts par la Serbie &#224; destination des migrants pr&#233;sents sur son sol. Frontali&#232;re de quatre pays membres de l'Union europ&#233;enne (Croatie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie) dont un (la Hongrie) fait partie de l'espace Schengen, elle-m&#234;me candidate &#224; l'adh&#233;sion et d&#233;pendante des subsides europ&#233;ens, la Serbie ob&#233;it aux &lt;i&gt;desiderata&lt;/i&gt; de Bruxelles. Les proc&#233;dures d'adh&#233;sion pr&#233;voient un alignement progressif des candidats sur les politiques communautaires &#8211; y compris en mati&#232;re d'immigration. C'est la quadrature du cercle qui enserre la Serbie, la Bosnie-Herz&#233;govine ou encore l'Albanie dans ses rets : pays de transit, ils se voient n&#233;anmoins contraints de d&#233;fendre les murs d'une forteresse Europe dont ils ne font pas partie, et contribuent donc, bon gr&#233; mal gr&#233;, &#224; l'externalisation de la politique migratoire europ&#233;enne, en deuxi&#232;me ligne derri&#232;re la Turquie, la Libye ou le Maroc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En jeu ? L'exemption de visas pour leurs ressortissants dans l'espace Schengen (obtenue par la Serbie en 2009 seulement), et surtout le fonds, sonnant et tr&#233;buchant, de pr&#233;adh&#233;sion &#224; l'UE. Quand il s'agit de repousser les migrants aussi, l'Union crame la CB : 90 % du budget du KIRS en provient. Les camps ne s'en portent pas mieux pour autant. &#171; &lt;i&gt;On peut mettre tout l'argent qu'on veut, &#231;a ne change rien car personne ne prend soin des lieux&lt;/i&gt; &#187;, explique le juriste Rado&#353; &#272;urovi&#263;, directeur de l'association de soutien juridique Azylum Protection Center (APC), &#224; Belgrade. Son organisation, pourtant reconnue par l'&#201;tat serbe, jouit d'un acc&#232;s limit&#233; &#224; l'int&#233;rieur des camps. C'est par des vid&#233;os fuit&#233;es qu'elle documente la v&#233;tust&#233; des lieux, l'absence d'hygi&#232;ne, les toilettes infectes, le surpeuplement et le d&#233;sespoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au camp de Subotica, la grande ville du nord de la Serbie, &#224; un jet de pierres de la fronti&#232;re hongroise, &#171; &lt;i&gt;la gale est end&#233;mique&lt;/i&gt; &#187;, affirme un membre de l'association de soutien aux exil&#233;s Collective Aid, qui remet une couche : &#171; &lt;i&gt;Nous avons vu des migrants porteurs de plaies ouvertes surinfect&#233;es par la gale.&lt;/i&gt; &#187; Quand on y passe au petit matin, des exil&#233;s dorment dans des duvets &#224; l'ext&#233;rieur, par un froid peu printanier. Selon l'APC, ils seraient 350 pour une capacit&#233; d'accueil de 200. Deux jours plus tard, un Marocain y sera retrouv&#233; mort : d'une overdose d'alcool et d'opio&#239;des, affirme le KIRS. Comment savoir ? Les m&#233;decins sont sp&#233;cialement appoint&#233;s par l'administration des camps, &#224; qui ils doivent leur gagne-pain, explique encore Rado&#353; &#272;urovi&#263; &#8211; difficile, d&#232;s lors, de d&#233;noncer la corruption, les trafics, les mauvais traitements&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'incurie de la Serbie dans la gestion des camps refl&#232;te son r&#244;le de petit rouage de la machine &#224; refouler europ&#233;enne. Les violences de la police serbe sont document&#233;es, mais sans commune mesure avec celles de ses homologues croate et hongroise. La Serbie prend tout de m&#234;me sa part du jeu sinistre des &#171; &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; en cascade &#187;, d'un pays &#224; l'autre, d'Italie ou d'Autriche vers la Slov&#233;nie, puis la Croatie, puis la Serbie, le long de ce que le r&#233;seau Migreurop d&#233;nonce comme &#171; &lt;i&gt;une cha&#238;ne de violation de droits&lt;/i&gt; &#187;. Dans le sens retour aussi, la Serbie est un cul-de-sac : la Mac&#233;doine du Nord, pays de transit pr&#233;c&#233;dent sur la route de l'Europe, refuse syst&#233;matiquement les r&#233;admissions. Triste routine, les autorit&#233;s conduisent donc les &lt;i&gt;pushback&#233;s&lt;/i&gt; au camp serbe de Pre&#353;evo, aux confins de la Mac&#233;doine et du Kosovo. &#192; Pre&#353;evo, les exil&#233;s sont retenus quelques jours ill&#233;galement avant de reprendre, &#224; prix d'or, un taxi pour la capitale et le nord du pays. Man&#232;ge absurde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une r&#233;gion qui a r&#233;cemment connu d'importants d&#233;placements de population, les habitants semblent globalement ne pas sombrer en masse dans la haine contre les migrants. Des milices d'extr&#234;me droite ont bien entrepris de les terroriser, mais le ph&#233;nom&#232;ne reste relativement marginal&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;, Le (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;. Politiquement, cependant, le sujet peut se montrer aussi porteur en Serbie qu'ailleurs : les tablo&#239;ds proches du r&#233;gime d'Aleksandar Vu&#269;i&#263; &lt;i&gt;(voir encadr&#233;)&lt;/i&gt; font &#224; l'occasion leur beurre d'un fait divers, et le ministre de l'Int&#233;rieur, l'aboyeur ultranationaliste Aleksandar Vulin, multiplie les d&#233;clarations tonitruantes. Mais en dehors de ces effets de manche x&#233;nophobes, la tendance est surtout &#224; l'occultation : la Serbie n'est pas concern&#233;e par la crise migratoire, d'ailleurs elle la g&#232;re &#224; merveille. Et les keufs d'assurer l'invisibilit&#233; des ind&#233;sirables en mettant des b&#226;tons dans les roues des collectifs d'aide&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;, en d&#233;mantelant squats et campements informels et en faisant la chasse aux migrants dans les centres-villes, toujours direction Pre&#353;evo. &#171; &lt;i&gt;La&lt;/i&gt; &lt;i&gt;police communique toujours sur les m&#234;mes nombres de migrants, multiples du nombre de bus mobilis&#233;s dans l'op&#233;ration, lesquels peuvent accueillir 84 personnes. &#199;a n'a aucun sens&lt;/i&gt; &#187;, grincent &#224; Belgrade les militants d'une autre association de soutien aux exil&#233;s, Klikaktiv. Rien qu'en avril, deux grandes rafles ont &#233;t&#233; men&#233;es contre les exil&#233;s dans la r&#233;gion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais squats et campements sont fatalement l'exutoire de l'insalubrit&#233; et de la saturation des camps. Employ&#233; &#224; la gare de Subotica, Marko nous raconte que certains jours, il a compt&#233; 100 &#224; 130 personnes migrantes sur les voies de fret, entre les squats et wagons mis&#233;rables qu'ils occupent de part et d'autre des rails. &#171; &lt;i&gt;&#199;a me fait de la peine. Je suis orthodoxe, pour moi tous les hommes sont &#233;gaux.&lt;/i&gt; &#187; Il les a film&#233;s &#224; destination d'un copain journaliste, qui a prudemment refus&#233; de diffuser les images. &#171; &lt;i&gt;Le gouvernement raconte que les migrants envahissent les villes. Mais en r&#233;alit&#233;, c'est l&#224; qu'ils tra&#238;nent, sur les voies.&lt;/i&gt; &#187; Le milieu du rail bruisserait de rumeurs de migrants morts sous les roues de trains de marchandises. La ran&#231;on, peu surprenante, de l'indiff&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Murs et ch&#226;timents&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si les personnes migrantes sont aussi nombreuses &#224; Sombor et Subotica, c'est &#233;videmment &#224; cause de la proximit&#233; de l'Union europ&#233;enne. D'un c&#244;t&#233;, la Croatie, dont la fronti&#232;re est principalement marqu&#233;e par le Danube, large &#224; cet endroit de plusieurs centaines de m&#232;tres. &#199;a se tente. Le journaliste Philippe Bertinchamps, correspondant du &lt;i&gt;Courrier des Balkans&lt;/i&gt; &#224; Belgrade, nous montre les images film&#233;es par ses soins d'un Zodiac se dirigeant vers la berge. Mais, depuis deux ans, la police croate s'est rendue tristement c&#233;l&#232;bre par les violences exerc&#233;es contre les exil&#233;s et le caract&#232;re syst&#233;matique de ses refoulements. Sur tout le territoire, f&#251;t-ce &#224; l'autre bout du pays, les personnes migrantes arr&#234;t&#233;es sont brutalis&#233;es et renvoy&#233;es en Serbie ou en Bosnie-Herz&#233;govine. C&#244;t&#233; hongrois, c'est pire : non seulement les violences et les &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;, mais aussi le &#171; mur &#187; construit en 2015 sous les ordres du Premier ministre d'extr&#234;me droite Viktor Orb&#225;n, sur toute la fronti&#232;re sud du pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mur, le voil&#224;. Balafrant la plaine plate comme la main, immense et monotone, qui s'&#233;tend de Budapest &#224; Belgrade, coupant en deux une opulente r&#233;gion agricole dont les populations m&#234;l&#233;es ont toujours jou&#233; &#224; saute-fronti&#232;res. &#192; l'arri&#232;re des jardins du village de Rastina, &#224; une vingtaine de kilom&#232;tres au nord de Sombor, parmi les vergers et les cultures de colza, deux barri&#232;res m&#233;talliques, hautes de quatre et trois m&#232;tres, h&#233;riss&#233;es de barbel&#233;s concertina, encadrent une voie r&#233;serv&#233;e aux patrouilles des flics et des douaniers. Le dispositif s&#233;curitaire est agr&#233;ment&#233; d'un arsenal de gadgets dernier cri, comme le rappelle un r&#233;cent rapport du pr&#233;cieux r&#233;seau Migreurop : &#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues&lt;/i&gt;&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &#187; Le nec plus ultra.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;Cette barri&#232;re est &#233;quip&#233;e de technologies capables de d&#233;livrer des chocs &#233;lectriques, de capteurs de chaleur, de cam&#233;ras ainsi que de haut-parleurs s'adressant aux personnes exil&#233;es en plusieurs langues.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Pour financer ces petits bijoux et encadrer le sale boulot des gardes-fronti&#232;res, on retrouve Frontex, l'agence de surveillance des fronti&#232;res ext&#233;rieures de l'Union europ&#233;enne, dot&#233;e de moyens colossaux&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;A ce sujet, lire &#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;, article (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;. T&#233;moin voire complice quotidien des abus de la police hongroise, des chiens d'attaque lanc&#233;s sur les passe-fronti&#232;res ou des migrants enferm&#233;s dans des conteneurs avant d'&#234;tre refoul&#233;s&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;, Frontex a attendu f&#233;vrier 2021 pour quitter le pays d'Orb&#225;n, sous la pression m&#233;diatique et apr&#232;s que la Cour de justice de l'Union europ&#233;enne a interdit (en vain) &#224; la Hongrie de proc&#233;der aux &lt;i&gt;pushbacks&lt;/i&gt;. La duplicit&#233; europ&#233;enne &#8211; se dire &#233;tranger aux exactions tout en les supervisant &#8211; avait fini par se voir. Sur le terrain, il y a longtemps qu'elle ne faisait de doute pour personne. Apr&#232;s des ann&#233;es pass&#233;es en lien avec les institutions internationales, Rado&#353; &#272;urovi&#263; s'est fait une religion sur la question : &#171; &lt;i&gt;Ce n'est pas vrai qu'il n'y a pas de politique migratoire europ&#233;enne commune. Dans la pratique, elle consiste tout simplement &#224; freiner voire arr&#234;ter les migrations.&lt;/i&gt; &#187; &#192; n'importe quel prix. &#171; &lt;i&gt;L'Europe sait parfaitement ce qui se passe ici. Toutes les associations ont des contacts avec les institutions europ&#233;ennes, &#224; qui elles font remonter les infos.&lt;/i&gt; &#187; Violences comprises ? Oui. &#171; &lt;i&gt;&#192; cette &#233;chelle, des violences aussi syst&#233;matiques ne peuvent &#234;tre orchestr&#233;es que d'en haut&lt;/i&gt; &#187;, l&#226;che-t-il.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; c&#244;t&#233; de Frontex, des accords bilat&#233;raux entre &#201;tats permettent aussi d'organiser des op&#233;rations de police communes. Quand cette coop&#233;ration s'effectue au sein du tr&#232;s r&#233;ac' groupe de Visegr&#225;d&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt; au nom de la &#171; &lt;i&gt;d&#233;fense collective des fronti&#232;res de l'Europe&lt;/i&gt; &#187; ch&#232;re &#224; Orb&#225;n, le pire est attendu : la police tch&#232;que pr&#234;terait la main aux brutalit&#233;s de la police hongroise. En revanche, la pr&#233;sence de la police allemande exercerait des vertus apaisantes, l'opinion du pays &#233;tant plus scrupuleuse en mati&#232;re de droits humains. Mis&#232;re des petits jeux diplomatiques...
Passer, &#224; tout prix&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4540 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;24&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200carteserbieok_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH353/1200carteserbieok_resultat-21e96.jpg?1768907699' width='500' height='353' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_credits '&gt;Carte de C&#233;cile Kiefer
&lt;/div&gt;
&lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Si m&#233;diatis&#233; soit-il, le mur hongrois fait p&#226;le figure &#224; c&#244;t&#233; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs des enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla, ou de la fronti&#232;re gr&#233;co-turque. Un jeune Marocain, rencontr&#233; &#224; Subotica, ne s'est m&#234;me pas pos&#233; la question : &#171; &lt;i&gt;La fronti&#232;re espagnole, c'est juste impossible. C'est grave ce qui se passe l&#224;-bas. La Hongrie, &#231;a va beaucoup plus vite.&lt;/i&gt; &#187; &#171; &lt;i&gt;Le&lt;/i&gt; &lt;i&gt;mur n'a rien d'efficace,&lt;/i&gt; confirme Rado&#353; &#272;urovi&#263;. &lt;i&gt;Il alimente juste le trafic des passeurs.&lt;/i&gt; &#187; M&#234;me son de cloche du c&#244;t&#233; de l'association Klikaktiv : &#171; &lt;i&gt;Les gens continuent &#224; tenter de passer par le mur parce que c'est la voie la plus rapide. Les barbel&#233;s et les chiens n'y changent rien.&lt;/i&gt; &#187; De temps &#224; autre, la police d&#233;couvre un tunnel creus&#233; sous le mur, au risque pour ceux qui l'empruntent de se faire cueillir &#224; la sortie, ou de mourir &#233;touff&#233;s sous les &#233;boulis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer, donc, &#231;a se fait. Le d&#233;sespoir donne des ailes et l'adr&#233;naline occulte momentan&#233;ment la douleur &lt;i&gt;(voir le t&#233;moignage de Zyed ci-contre)&lt;/i&gt;. Surtout, il n'est aucun probl&#232;me auquel le march&#233; ne propose sa solution frelat&#233;e, et le &#171; &lt;i&gt;game&lt;/i&gt; &#187; du passage nourrit une &#233;conomie florissante&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir le rapport&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;. De la course en taxi surtax&#233;e au &#171; &lt;i&gt;package&lt;/i&gt; &#187; migratoire complet, tout un catalogue de services est mis &#224; disposition &#8211; auxquels certains migrants pr&#234;tent parfois la main pour financer leur prochaine tentative. Aux plus offrants, les passeurs proposent un &#171; &lt;i&gt;guarantee game&lt;/i&gt; &#187;, un passage &#171; garanti &#187;, comme nous l'expliquent les membres de Klikaktiv : pendant qu'une premi&#232;re troupe est envoy&#233;e en diversion, les candidats plus fortun&#233;s tentent la travers&#233;e &#224; un autre endroit. C&#244;t&#233; hongrois, si tout va bien, un v&#233;hicule attend et les douaniers &#8211; dont la corruption est proverbiale en Hongrie &#8211; regardent ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, les personnes migrantes s'&#233;vanouissent dans la campagne hongroise. Lanc&#233; d&#233;but 2015, le groupe de solidarit&#233; MigSzolt, &#224; Szeged (&#224; 15 km au nord de la fronti&#232;re serbe), a ainsi ferm&#233; boutique d&#232;s novembre 2017. Parmi ses fondateurs, le chercheur Mark K&#233;kesi raconte : &#171; &lt;i&gt;Nous n'avions plus d'activit&#233;. Les migrants avaient disparu de Hongrie. Il faut dire que les arrestations sont permanentes et que beaucoup d'exil&#233;s se retrouvent en prison ou expuls&#233;s, souvent apr&#232;s d&#233;nonciation des habitants. Ceux qui passent r&#233;&#233;mergent ensuite en Autriche ou en Allemagne, mais leur circulation sur le territoire est invisible, et sans doute li&#233;e au crime organis&#233;.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ceux, nombreux, qui n'ont pas les moyens financiers n&#233;cessaires, les chances sont beaucoup plus minces. Dans un square proche de la gare routi&#232;re de Belgrade, Djelaluddin r&#233;sume la situation en quelques phrases d&#233;sabus&#233;es : &#171; &lt;i&gt;&#199;a&lt;/i&gt; &lt;i&gt;fait quatre mois que je suis dans ce pays et j'ai d&#233;j&#224; tent&#233; plusieurs fois de passer. Et partout j'ai &#233;t&#233; brutalis&#233;. En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois. Ils m'ont aussi pris mon argent et mon t&#233;l&#233;phone. Je ne sais plus quoi faire.&lt;/i&gt; &#187; Pourtant, son histoire ne laisse aucun doute sur son droit &#224; l'asile politique : &#171; &lt;i&gt;Je suis parti d'Afghanistan quand les talibans sont revenus&lt;/i&gt; [en ao&#251;t 2021]&lt;i&gt;. &#192; cette &#233;poque, j'&#233;tais dans l'arm&#233;e. Nous n'&#233;tions m&#234;me pas au combat, seulement en exercice. &#199;a a suffi pour que les talibans me consid&#232;rent comme un ennemi&lt;/i&gt; &#187;, raconte-t-il en montrant les stigmates des exactions subies : un doigt tordu dans le mauvais sens et une vilaine cicatrice au cou. Il retrace &#224; grands traits son p&#233;riple, l'Iran, la Turquie, la Gr&#232;ce, la Bulgarie, un trajet assez rapide, mais sem&#233; d'emb&#251;ches. &#171; &lt;i&gt;Je connais trois personnes qui ont &#233;t&#233; tu&#233;es par des chiens &#224; la fronti&#232;re bulgare. Partout, on nous traite comme des animaux.&lt;/i&gt; &#187; Ses yeux s'illuminent encore quand il raconte son r&#234;ve : le Canada. En attendant la rupture du je&#251;ne, Djelaluddin propose de nous payer un sandwich. Il peut se le permettre, dit-il : il lui reste 14 ou 15 euros. Quand on le quitte, il l&#232;ve le pouce, souriant.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;&#171; &lt;i&gt;En Hongrie, en Croatie, en Roumanie, on te tape &#224; chaque fois.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;D'autres n'ont plus cette &#233;nergie. Chez Klikaktiv, Vuk Vu&#269;kovi&#263; ne compte plus les personnes bless&#233;es en franchissant le mur, ou apr&#232;s avoir rencontr&#233; les matraques hongroises, qui reprennent la route sans attendre d'&#234;tre gu&#233;ries &#8211; et finissent invalides. Quand tous les horizons sont bouch&#233;s, &#171; &lt;i&gt;certains sombrent dans la drogue ou la folie&lt;/i&gt; &#187;, nous explique Rado&#353; &#272;urovi&#263;. Ils perdent alors de vue ce territoire r&#234;v&#233; qui se d&#233;m&#232;ne pour les refouler : l'Europe, juste de l'autre c&#244;t&#233; du mur.&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-center&#034; style=&#034;text-align:center;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Le triangle mord &lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Tout a une fin &#8211; les murs aussi. Depuis 2020, une nouvelle route s'est ouverte afin de contourner le mur hongrois par le Banat, r&#233;gion &#224; cheval sur la Serbie et la Roumanie&lt;a href=&#034;#nb10&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie (&#8230;)&#034; id=&#034;nh10&#034;&gt;10&lt;/a&gt;. Au niveau du poste-fronti&#232;re qui relie Rabe (Serbie) &#224; K&#252;bekh&#225;za (Hongrie), la cl&#244;ture aboutit &#224; un simple portail m&#233;tallique. De l'autre c&#244;t&#233; de la chauss&#233;e, une campagne ouverte, ponctu&#233;e de quelques bosquets : la fronti&#232;re serbo-roumaine, que rien n'indique sur le terrain, pas m&#234;me un bout de grillage. Un pick-up de la police roumaine se dirige vers nous avant de se garer pr&#232;s de la gu&#233;rite des douaniers. Quelques minutes plus t&#244;t, on l'avait rep&#233;r&#233;, arr&#234;t&#233; &#224; notre hauteur, tandis que nous approchions d'un squat de personnes migrantes, dans une usine abandonn&#233;e entre les hameaux de Majdan et Rabe.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4541 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href='https://cqfd-journal.org/IMG/jpg/1200serbie2_resultat.jpg' class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L500xH321/1200serbie2_resultat-df34b.jpg?1768907699' width='500' height='321' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Car, en d&#233;pit des apparences, la Roumanie n'est gu&#232;re plus accessible que la patrie d'Orb&#225;n. Cam&#233;ras &#224; vision thermique, chiens &#233;quip&#233;s de GPS, dispositifs de d&#233;tection des battements du c&#339;ur&#8230; Toute la quincaillerie de Frontex est mobilis&#233;e pour interdire le passage. Certains exil&#233;s s'y seraient repris des dizaines de fois. Pendant des semaines ou des mois d'attente, ils rasent alors les murs des villages sinistres, aux trois quarts vides et en ruines, que relient des routes en b&#233;ton d&#233;fonc&#233; le long de la fronti&#232;re. Les derniers mois, on a compt&#233; jusqu'&#224; 300 migrants squattant les maisons abandonn&#233;es de Majdan &#8211; soit davantage que la population officielle du village. Ils se font discrets, car les relations avec les habitants sont tendues ; quelques-unes des belles pintades qui errent au milieu des rues auraient assouvi la faim d'exil&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; une dizaine de kilom&#232;tres &#224; l'ouest, par-del&#224; les champs, le village de &#272;ala s'&#233;tend mollement jusqu'&#224; la rivi&#232;re Tisza qui, sur quelques kilom&#232;tres, marque la fronti&#232;re entre Serbie et Hongrie. D&#233;but 2020, la Hongrie a d&#233;ploy&#233; des unit&#233;s maritimes arm&#233;es pour dissuader les migrants de tenter la travers&#233;e &#224; la nage. C&#244;t&#233; serbe, une grosse bagnole de police patrouille sur la berge, parmi les herbes hautes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu en retrait, le bourg de Srpski Krstur semble presque vivant. C'est la sortie des classes, des enfants roms, nombreux dans la commune, gambadent sur les trottoirs. Un peu &#224; l'&#233;cart de la route principale, un faubourg d&#233;labr&#233; s'&#233;tire en direction de la rivi&#232;re. Devant une &#233;picerie, une dizaine d'exil&#233;s papotent ou boivent des coups. Un Marocain nous raconte qu'il prend la route pour la deuxi&#232;me fois. Apr&#232;s treize ans &#224; Bologne, malgr&#233; femme et enfant, il a &#233;t&#233; expuls&#233; au Maroc, d'o&#249; il est reparti pour rentrer chez lui. Son r&#233;cit est interrompu quand, branle-bas de combat, deux taxis d&#233;barquent coup sur coup, d&#233;chargeant des personnes migrantes en provenance de villes voisines. Deux autres voitures arrivent dans la foul&#233;e et font chacune monter un groupe. Le conducteur de la deuxi&#232;me, un jeune Serbe &#233;l&#233;gamment mis, nous jette un regard peu am&#232;ne. Derri&#232;re nous, la porte de l'&#233;picerie se ferme brusquement &#224; double tour, &lt;i&gt;clac&lt;/i&gt;. En quelques minutes, les exil&#233;s s'&#233;vaporent dans la nature. L'un d'eux, avec qui nous venions d'&#233;changer quelques mots, se cache derri&#232;re l'angle du mur, son foulard remont&#233; sur son visage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; Sombor, nous d&#233;rangeons. C'est toute une &#233;conomie locale dont les voyageurs de l'exil, pris au pi&#232;ge, sont la client&#232;le captive. Du petit taxi ind&#233;pendant au r&#233;seau transfrontalier arm&#233; de sa propre flotte de voitures, le trafic des passeurs aux fronti&#232;res nord de la Serbie aurait repr&#233;sent&#233; entre 8,5 et 10,5 millions d'euros en 2020, selon les chiffres de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime. Avec la complicit&#233; in&#233;vitable de la police, tr&#232;s pr&#233;sente au quotidien dans tous les pays de la r&#233;gion, et largement corrompue. Prises en &#233;tau entre l'Europe qui les rejette et les mafias qui leur font les poches, les flics qui les frappent et ceux qui les rackettent, les personnes exil&#233;es subissent un enfer humain. Attendant le moment o&#249; elles seront lib&#233;r&#233;es de ce bourbier de fronti&#232;res. Et o&#249;, &#224; l'instar de Zyed, jeune Tunisien arriv&#233; en Autriche apr&#232;s des ann&#233;es d'errance, elles pourront enfin dire : &#171; &lt;i&gt;C'est la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Texte et photos &#201;milien Bernard &amp; Laurent Perez&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Vu&#269;i&#263; : r&#233;&#233;lection d'un acrobate autoritaire&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Le 3 avril dernier, le pr&#233;sident serbe Aleksandar Vu&#269;i&#263; est r&#233;&#233;lu haut la main, avec 60 % des voix. Mais ce triomphe est en trompe-l'&#339;il : son parti n'a pas obtenu la majorit&#233; absolue aux l&#233;gislatives, et risque de perdre la mairie de Belgrade. Remotiv&#233;e l'hiver dernier par un soul&#232;vement populaire massif et (pour l'instant) victorieux contre un projet de mine de lithium du groupe Rio Tinto&lt;a href=&#034;#nb11&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;, Le Courrier des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh11&#034;&gt;11&lt;/a&gt;, la gauche a massivement document&#233; les fraudes &#233;lectorales du r&#233;gime. Pendant ce temps, et malgr&#233; le corsetage des m&#233;dias, les liens du r&#233;gime avec le grand banditisme et les gros bras des supporters ultras, au c&#339;ur de tous les trafics, sont de plus en plus apparents. Le d&#233;but de la fin ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis l'arriv&#233;e du Parti progressiste serbe au pouvoir en 2012, la Serbie maintient un &#233;quilibre inconfortable entre l'Union europ&#233;enne &#8211; horizon d&#233;clar&#233; et financier indispensable &#8211;, le traditionnel alli&#233; russe, et une Chine toujours contente de pousser ses pions en Europe. Position d'autant plus acrobatique que le r&#233;gime et ses m&#233;dias encouragent presque ouvertement une nouvelle &#171; opposition pro-Poutine &#187;, pl&#233;biscit&#233;e par la jeunesse. Sur les murs de Belgrade, ces derniers mois, ont fleuri les portraits du g&#233;n&#233;ral g&#233;nocidaire Ratko Mladi&#263; ; jusque dans les campagnes les plus paum&#233;es, les tags &#171; &lt;i&gt;Ratko Mladi&#263;, h&#233;ros serbe&lt;/i&gt; &#187; sont omnipr&#233;sents. Vu&#269;i&#263; n'en reste pas moins l'interlocuteur privil&#233;gi&#233; de l'Occident, au nom d'une &#171; stabilit&#233; &#187; synonyme pour la population de pauvret&#233;, de corruption et d'&#233;migration massive.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;***&lt;/p&gt;
&lt;div class=&#034;texteencadre-spip spip&#034;&gt;
&lt;div class=&#034;spip spip-block-right&#034; style=&#034;text-align:right;&#034;&gt;&lt;strong&gt;Zyed : &#171; Bienvenue chez Frontex ! &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quand il raconte son p&#233;riple de la Tunisie &#224; l'Autriche o&#249; il vit actuellement, Zyed est intarissable. Lui qui pr&#233;pare un livre sur son exp&#233;rience a v&#233;cu de multiples enlisements, en Gr&#232;ce, en Bosnie, etc. Au final : trois ans et huit mois sur la route apr&#232;s son d&#233;part en octobre 2017. Plusieurs fois tabass&#233;, notamment par la police croate &#8211; &#171; &lt;i&gt;Je vois toujours leurs visages.&lt;/i&gt; &#187; &#8211;, il revient ici sur la fin de son p&#233;riple, en Serbie et Roumanie :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Je suis rest&#233; quatre mois en Serbie. Et j'ai encore en t&#234;te ma premi&#232;re tentative de passer le mur. C'est un passeur de la mafia qui nous a amen&#233;s. On &#233;tait une trentaine.&lt;/i&gt; &lt;i&gt;Arriv&#233; au mur, il a sorti un grand couteau, l'a agit&#233; et nous a dit de foncer. Une fois en haut de l'&#233;chelle, il fallait se jeter de quatre m&#232;tres. J'ai tent&#233; d'atterrir en roul&#233;-boul&#233;, mais je me suis quand m&#234;me foul&#233; la cheville. Malgr&#233; tout, j'ai continu&#233; et grimp&#233; la deuxi&#232;me barri&#232;re. Il faut imaginer la sc&#232;ne : les barbel&#233;s, le courant &#233;lectrique, la douleur&#8230; C'est l'adr&#233;naline qui m'a fait passer. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;C&#244;t&#233; hongrois, je me suis retrouv&#233; dans un mar&#233;cage. J'ai march&#233; dans la nuit, en essayant de m'&#233;loigner des cris que j'entendais. Puis un h&#233;licopt&#232;re est arriv&#233;, une mani&#232;re de nous dire : &#8220;Bienvenue dans l'Union europ&#233;enne, bienvenue chez Frontex.&#8221; Ils ont illumin&#233; les environs et utilis&#233; des cam&#233;ras thermiques. Forc&#233;ment, il m'ont attrap&#233; et refoul&#233; en Serbie. Il m'a fallu un moment pour soigner mon pied, dans le camp de Subotica, aux conditions d'hygi&#232;ne terribles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s, j'ai voulu passer par la Roumanie, via le triangle. J'ai &#233;t&#233; arr&#234;t&#233; deux fois. Au final, j'ai r&#233;ussi &#224; traverser gr&#226;ce &#224; deux militantes. Elles m'ont indiqu&#233; o&#249; passer la fronti&#232;re Roumanie/Hongrie, un coin d&#233;sert, au milieu de nulle part. Apr&#232;s trois ans et huit mois je foulais le sol europ&#233;en sans policiers pour me refouler. Plus loin, mes amies m'attendaient. Elles m'ont amen&#233; &#224; Budapest, puis m'ont fait passer la fronti&#232;re autrichienne. Moi qui avait &#233;t&#233; foul&#233; et refoul&#233; tant de fois, j'&#233;tais de l'autre c&#244;t&#233; gr&#226;ce &#224; elles. C'&#233;tait la fin des t&#233;n&#232;bres.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Selon certains associatifs, le colosse et ses suppl&#233;tifs seraient pay&#233;s par les autorit&#233;s pour &#171; fixer &#187; les exil&#233;s en p&#233;riph&#233;rie de la ville.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Expulsion ill&#233;gale des personnes vers le pays pr&#233;c&#233;dent, sur la base d'accords bilat&#233;raux plus ou moins officieux.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Serbie-entre-refugies-et-extreme-droite-le-desarroi-de-Sombor&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : entre r&#233;fugi&#233;s et extr&#234;me droite, le d&#233;sarroi de Sombor &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (27/11/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;En janvier 2020, trois b&#233;n&#233;voles &#233;trangers du collectif No Name Kitchen, &#224; &#352;id (fronti&#232;re serbo-croate), ont &#233;t&#233; expuls&#233;s apr&#232;s une altercation avec de jeunes fascistes locaux. Tout r&#233;cemment, des membres d'un autre collectif auraient eu vent de directives d'expulsion non officielles vis-&#224;-vis des Occidentaux pr&#233;sents &#224; proximit&#233; des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://migreurop.org/article3069.html?lang=fr&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Exils sans fin &#8211; Chantages anti-migratoires le long de la route des Balkans &#187;&lt;/a&gt;(novembre 2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;A ce sujet, lire &lt;a href='https://cqfd-journal.org/Frontex-une-machine-de-mort' class=&#034;spip_in&#034;&gt;&#171; Frontex : une machine de mort europ&#233;enne &#187;&lt;/a&gt;, article d'Olivier Cyran publi&#233; dans ce m&#234;me dossier sur la forteresse Europe.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir notamment le t&#233;moignage de H. dans le rapport de Migreurop, d&#233;j&#224; cit&#233; : &#171; &lt;i&gt;Bless&#233;, la police hongroise m'a battu et m'a laiss&#233; plusieurs heures dans un conteneur avant de me refouler en Serbie.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Fond&#233; en 1991, il r&#233;unit la Pologne, la Tch&#233;quie, la Slovaquie et la Hongrie, qui s'opposent souvent collectivement aux politiques bruxelloises, notamment en termes d'accueil des migrants.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Voir le rapport&lt;a href=&#034;https://globalinitiative.net/analysis/western-balkans-crime-hotspots-3/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Spot prices &#8211; Analyzing flows of people, drugs and money in the Western Balkans &#187;&lt;/a&gt; de la Global Initiative Against Transnational Organized Crime, 2021.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb10&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh10&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 10&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;10&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/Refugies-contourner-la-Croatie-par-le-triangle-Serbie-Roumanie-Hongrie&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; R&#233;fugi&#233;s : contourner la Croatie par le &#8220;triangle&#8221; Serbie-Roumanie-Hongrie &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans&lt;/i&gt; (15/04/2021).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb11&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh11&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 11&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;11&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;https://www.courrierdesbalkans.fr/serbie-contre-rio-tinto-la-mobilisation-continue&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; Serbie : contre Rio Tinto, la mobilisation continue &#187;&lt;/a&gt;, &lt;i&gt;Le Courrier des Balkans &lt;/i&gt;(29/12/2001).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>No&#235;l en Palestine</title>
		<link>https://cqfd-journal.org/Noel-en-Palestine</link>
		<guid isPermaLink="true">https://cqfd-journal.org/Noel-en-Palestine</guid>
		<dc:date>2018-03-01T07:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre Stambul</dc:creator>


		<dc:subject>Pierre Stambul</dc:subject>
		<dc:subject>C'est</dc:subject>
		<dc:subject>mouvement</dc:subject>
		<dc:subject>soldats</dc:subject>
		<dc:subject>Palestiniens</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#235;l</dc:subject>
		<dc:subject>colons</dc:subject>
		<dc:subject>Isra&#233;liens</dc:subject>
		<dc:subject>Bil'in</dc:subject>
		<dc:subject>mur</dc:subject>
		<dc:subject>BDS</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Du 20 d&#233;cembre 2015 au 5 janvier 2016, Pierre Stambul, militant de l'[Union juive fran&#231;aise pour la paix-&gt;http://www.ujfp.org (UJFP), a sillonn&#233; la Cisjordanie, mais aussi Isra&#235;l, &#224; la rencontre des Palestiniens et de militants anticolonialistes. Morceaux choisis d'un r&#233;cit de voyage &#233;difiant. 25 d&#233;cembre. Bil'in. Bil'in se situe &#224; 17&#8239;km de Ramallah, la capitale de la Cisjordanie. Nous sommes accueillis par Abdallah Abou Rahma, qui pr&#233;side le comit&#233; populaire cr&#233;&#233; il y a onze ans, au (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/CQFD-no140-fevrier-2016" rel="directory"&gt;CQFD n&#176;140 (f&#233;vrier 2016)&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Pierre-Stambul-250" rel="tag"&gt;Pierre Stambul&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/C-est" rel="tag"&gt;C'est&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mouvement" rel="tag"&gt;mouvement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/soldats" rel="tag"&gt;soldats&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Palestiniens" rel="tag"&gt;Palestiniens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Israel" rel="tag"&gt;Isra&#235;l&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/colons" rel="tag"&gt;colons&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Israeliens" rel="tag"&gt;Isra&#233;liens&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/Bil-in" rel="tag"&gt;Bil'in&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/mur" rel="tag"&gt;mur&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://cqfd-journal.org/BDS" rel="tag"&gt;BDS&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Du 20 d&#233;cembre 2015 au 5 janvier 2016, Pierre Stambul, militant de l'&lt;a href=&#034;http://www.ujfp.org/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Union juive fran&#231;aise pour la paix&lt;/a&gt; (UJFP), a sillonn&#233; la Cisjordanie, mais aussi Isra&#235;l, &#224; la rencontre des Palestiniens et de militants anticolonialistes. Morceaux choisis d'un r&#233;cit de voyage &#233;difiant.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_2144 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH300/-418-f3574.jpg?1768653713' width='400' height='300' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Pierre Stambul.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;25 d&#233;cembre. Bil'in.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bil'in se situe &#224; 17&#8239;km de Ramallah, la capitale de la Cisjordanie. Nous sommes accueillis par Abdallah Abou Rahma, qui pr&#233;side le comit&#233; populaire cr&#233;&#233; il y a onze ans, au moment de l'implantation de la colonie juive de Mod'in Ilit. En 2005, les Isra&#233;liens ont b&#226;ti une portion du mur de s&#233;paration qui spoliait 58 % des terres de ce village de 2 000 habitants. Apr&#232;s un jugement favorable de la Cour isra&#233;lienne, les villageois ont pu r&#233;cup&#233;rer une partie de leurs terres, mais les autorit&#233;s ont mis quatre ans &#224; d&#233;monter l'ancien mur pour le reconstruire un kilom&#232;tre plus loin. 25 % des terres initialement vol&#233;es sont encore derri&#232;re ce mur. Sur les terres r&#233;cup&#233;r&#233;es, les villageois ont replant&#233; des oliviers (beaucoup avaient &#233;t&#233; br&#251;l&#233;s), install&#233; l'&#233;lectricit&#233;, une piscine, un jardin d'enfant&#8230; La lutte des villageois de Bil'in a &#233;t&#233; popularis&#233;e par le documentaire &lt;i&gt;Cinq cam&#233;ras bris&#233;es&lt;/i&gt; (2011) d'Emad Burnat et Guy Davidi, qui a re&#231;u plusieurs prix et a m&#234;me &#233;t&#233; nomin&#233; aux Oscars en 2013. En onze ans de lutte, Bil'in a vu 200 de ses habitants emprisonn&#233;s et connu deux morts violentes. Au moment de la construction du mur, il y avait des manifestations quotidiennes, assez m&#233;diatis&#233;es. Mais pour durer, il a fallu imaginer des modes d'action in&#233;dits autour de la traditionnelle manifestation du vendredi. D&#232;s le d&#233;but, le comit&#233; de Bil'in s'est adress&#233; aux militants internationaux et aux Isra&#233;liens anticolonialistes. Cette coop&#233;ration ne s'est jamais d&#233;mentie. Notre h&#244;te a pass&#233; un an et demi en prison. Des gosses avaient t&#233;moign&#233; sous la contrainte qu'il les obligeait &#224; lancer des pierres. Tsahal a d&#233;barqu&#233; chez lui. Il a pu s'enfuir, mais les soldats ont brutalis&#233; ses voisins et tout saccag&#233;. Avec sa famille, il s'est r&#233;fugi&#233; &#224; Ramallah. Abdallah a re&#231;u &#224; Gen&#232;ve le titre de &#171; d&#233;fenseur des droits humains &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour la manifestation pr&#233;vue ce jour-l&#224;, notre guide et un autre villageois ont rev&#234;tu un costume de P&#232;re No&#235;l de circonstance. Dans la manif, une trentaine de villageois, de nombreux enfants avec des frondes, une dizaine d'internationaux, dont un jeune de Chicago de Jewish Voice for Peace avec une pancarte &#171; Encore un juif pour la Palestine &#187;. &#192; 100 m&#232;tres, les soldats se sont d&#233;ploy&#233;s sur le trac&#233; de l'ancien mur pour emp&#234;cher la manif d'approcher. Les tirs de lacrymos se font sans sommation. Devant, notre P&#232;re No&#235;l harangue les soldats : &#171; &lt;i&gt;C'est mon pays, je suis non violent !&lt;/i&gt; &#187; En face, les soldats hurlent : &#171; &lt;i&gt;Foutez le camp, c'est une zone militaire interdite !&lt;/i&gt; &#187; Entre les oliviers, les enfants font siffler leurs frondes et les soldats nous arrosent de lacrymos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la manif, Abdallah nous emm&#232;nera bien au-del&#224; de l'endroit d'o&#249; les soldats nous canardaient. On d&#233;couvre l'&#233;tendue de la zone reconquise, le mur avec ses graffitis et derri&#232;re, l'immense colonie ill&#233;gale de Mod'in Ilit, la plus grande en Cisjordanie, peupl&#233;e par plus de 50 000 juifs ultra-orthodoxes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;28 d&#233;cembre. Dheisheh&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Cisjordanie compte dix-neuf camps h&#233;bergeant plus de 176 500 r&#233;fugi&#233;s palestiniens. Avec A&#239;da et Azza, Dheisheh est un des trois camps de r&#233;fugi&#233;s de Bethl&#233;em. 14 000&#8239;habitants s'y entassent sur 0,5&#8239;km2. Une partie de la population a migr&#233; de l'autre c&#244;t&#233; de la rue, dans la cit&#233; Al-Doha, mais il faut avoir un emploi et un salaire correct pour payer le loyer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du haut d'une maison en construction, au sommet du camp, on peut voir plusieurs des colonies qui encerclent Bethl&#233;em : Gush Etsion, Efrat, Atsion, Ben Eim, Har Homa. Ma'an, qui fait ses &#233;tudes &#224; Boston en relations internationales, nous fait visiter le camp, qui n'est aliment&#233; en eau que tous les vingt et un jours. Il faut stocker et g&#233;rer. Le jour de notre arriv&#233;e, l'eau vient d'arriver et de nombreux lavages en attente ont lieu. Il y a bien une citerne au sommet de la colline, mais chaque fois que les Palestiniens ont voulu l'utiliser, elle a &#233;t&#233; mitraill&#233;e. Dheisheh refuse de payer l'eau et l'&#233;lectricit&#233;, qui est r&#233;guli&#232;rement coup&#233;e. Actuellement, des incursions quasi quotidiennes des soldats isra&#233;liens ont lieu la nuit vers trois heures du matin, avec pour objectif des arrestations cibl&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La veille, le corps du jeune Mahmoud, seize ans, abattu &#224; J&#233;rusalem, a &#233;t&#233; rendu &#224; sa famille. Les autorit&#233;s isra&#233;liennes l'ont gard&#233; un mois. La restitution se fait sous conditions : un enterrement de nuit, pas d'autopsie (sinon, la famille peut &#234;tre arr&#234;t&#233;e et sa maison d&#233;truite), et du coup les gens sont persuad&#233;s qu'il y a eu pr&#233;l&#232;vement d'organes. Des milliers de manifestants ont accompagn&#233; Mahmoud au cimeti&#232;re. La question des d&#233;molitions est omnipr&#233;sente &#224; Dheisheh. En 2002, comme &#224; J&#233;nine, les chars ont p&#233;n&#233;tr&#233; dans le camp et d&#233;truit plusieurs maisons. Au milieu du camp, on voit un terrain vague. La maison d'un prisonnier a &#233;t&#233; d&#233;truite et reconstruite par trois fois. Finalement, la famille a reconstruit &#224; c&#244;t&#233;. &#192; chaque destruction, les maisons voisines ont &#233;t&#233; endommag&#233;es. Ce qui frappe &#224; Dheisheh, ce sont les innombrables graffitis, souvent artistiques. Il existe une &#233;cole pour r&#233;aliser ces peintures. Les th&#232;mes sont nombreux, parfois humoristiques : Handala (une sorte de Mafalda palestinien), &#171; &lt;i&gt;No good morning, no good night, we will fight&lt;/i&gt; &#187;, une petite fille fouillant un soldat isra&#233;lien les bras en l'air&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;29 d&#233;cembre. H&#233;bron.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a beau conna&#238;tre la ville, avoir lu, vu des vid&#233;os, on est vite saisi par l'effroi, l'&#233;motion et la col&#232;re. En arrivant de Bethl&#233;em, tout semble normal. Pas de check-point, l'usine des souffleurs de verre, qui ont fait la r&#233;putation de la ville fonctionne normalement. Puis, juste &#224; l'entr&#233;e de la vieille ville, apparaissent les premiers blocs de b&#233;ton qui interdisent l'entr&#233;e de la rue Shahouda.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques chiffres : 200 000 habitants &#224; H&#233;bron (250 000 dans l'agglom&#233;ration). 25 000 r&#233;fugi&#233;s dans deux camps et 30 000 autres dans le reste de la ville. 700 colons dans la vieille ville, fanatiques et arm&#233;s. Et 2 000 soldats pour les prot&#233;ger, ou plut&#244;t pour les seconder dans leurs agressions, devrait-on dire. En tout, 20 000 colons sont install&#233;s dans le district d'H&#233;bron, la plus grosse colonie &#233;tant Kiriat Arba. Depuis d&#233;but octobre, 55 Palestiniens ont &#233;t&#233; tu&#233;s dans le district.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes accueillis &#224; l'association Youth against settlements (&#171; la jeunesse contre les colonies &#187;) par Ibrahim&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;. Ind&#233;pendante de l'Autorit&#233; palestinienne et des partis politiques, l'association ne vit que de donations. Pr&#244;nant la r&#233;sistance non violente, elle a &#233;t&#233; cr&#233;&#233;e en 2007 et Ibrahim consid&#232;re que la situation est dix fois pire aujourd'hui. Les colons sont de plus en plus nombreux et de plus en plus violents. Il esp&#232;re que la communaut&#233; internationale &#171; &lt;i&gt;finira par sanctionner ce gouvernement d'extr&#234;me droite&lt;/i&gt; &#187;. Il pense que les campagnes Boycott-D&#233;sinvestissement-Sanctions ne suffisent pas. Il est pour le lobbying et pense qu'il faudrait utiliser les m&#234;mes moyens que les sionistes, qui intimident quiconque critique Isra&#235;l. Lui-m&#234;me intervient sur les pages Facebook des militaires ou des colons pour d&#233;noncer leurs exactions. Le d&#233;bat sur un &#201;tat ou deux &#201;tats lui para&#238;t d&#233;connect&#233; de la r&#233;alit&#233;. Il insiste sur les buts de la lutte : l'&#233;galit&#233; des droits et l'autod&#233;termination. C'est Mohamed&lt;a href=&#034;#nb2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&#034; id=&#034;nh2-2&#034;&gt;2&lt;/a&gt; qui va nous guider &#224; travers la vieille ville. D'autres internationaux se joignent &#224; nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les colons sont arriv&#233;s en 1983. Ils ont d'abord occup&#233; des maisons vides, avant de s'emparer de tout le centre historique. Apr&#232;s le massacre de 1994 dans le caveau des Patriarches, H&#233;bron a &#233;t&#233; divis&#233; en secteurs et des check-points se sont implant&#233;s partout. On en passe une vingtaine sur &#224; peine un kilom&#232;tre. Au lieu de juguler les colons, Rabin s'en est pris &#224; la population autochtone. Il y avait autrefois 50 000 habitants dans la vieille ville, il en reste 5 000. 1 800 magasins ont d&#251; fermer, des centaines de commerces ont leurs portes soud&#233;es. Nous croisons des commer&#231;ants ruin&#233;s, sans clients (car les issues de cette partie du souk sont ferm&#233;es), nous suppliant d'acheter quelque chose. Les deux colonies du centre sont Beit Hadassa et Beit Romano.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous faisons une incursion dans la partie isra&#233;lienne. &#171; &lt;i&gt;Welcome in Isra&#235;l&lt;/i&gt; &#187;, nous lance un colon. Pour nous rendre au tr&#232;s disput&#233; caveau des Patriarches, nous rejoignons un groupe de volontaires d'ISM (International Solidarity Movement). Ce sont des jeunes venus de plusieurs pays (&#201;tats-Unis, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie, Danemark) qui veulent t&#233;moigner du harc&#232;lement quotidien de la population. Ils filment et prennent des photos. Une de leurs militantes am&#233;ricaines, Rachel Corrie, est morte en 2003, &#233;cras&#233;e par un bulldozer isra&#233;lien en essayant d'emp&#234;cher la destruction de la maison d'un m&#233;decin palestinien &#224; Gaza. Elle avait vingt-trois ans. Le passage du check-point de la mosqu&#233;e d'Abraham se fait sans difficult&#233;. Une des soldats est fran&#231;aise, de Paris. Aujourd'hui, les deux tiers de la mosqu&#233;e ont &#233;t&#233; transform&#233;s en synagogue. Dix jours par an, la mosqu&#233;e est r&#233;serv&#233;e aux juifs, le quartier Est &#233;tant alors compl&#232;tement boucl&#233;. En principe, dix jours par an, elle est d&#233;di&#233;e au culte musulman, mais c'est rarement respect&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la place, les colons ont install&#233; une tente en hommage &#224; une victime d'une attaque. Nous sommes interpell&#233;s par l'un d'entre eux, d&#233;nomm&#233; Ofer, r&#233;put&#233; pour son extr&#233;misme et sa brutalit&#233;. Il nous affirme qu'il n'a jamais touch&#233; &#224; un enfant. Un membre d'ISM lui r&#233;pond qu'il y a des vid&#233;os qui prouvent le contraire. Ofer entra&#238;ne la discussion sur &#171; &lt;i&gt; ce que les Allemands nous ont fait&lt;/i&gt; &#187;. On lui r&#233;pond que cela ne justifie pas ce qu'ils font aux Palestiniens. Sa r&#233;ponse fuse : &#171; &lt;i&gt;Go to hell !&lt;/i&gt; &#187; (&#171; Allez en enfer ! &#187;). Quand je lui dis que je suis juif et que mon p&#232;re a &#233;t&#233; d&#233;port&#233;, il me foudroie du regard.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_2145 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_left spip_document_left spip_document_avec_legende' data-legende-len=&#034;26&#034; data-legende-lenx=&#034;&#034;
&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='https://cqfd-journal.org/local/cache-vignettes/L400xH533/-419-6152a.jpg?1768665924' width='400' height='533' alt='' /&gt;
&lt;figcaption class='spip_doc_legende'&gt; &lt;div class='spip_doc_titre '&gt;&lt;strong&gt;Photo de Pierre Stambul.
&lt;/strong&gt;&lt;/div&gt; &lt;/figcaption&gt;&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Une des missions d'ISM est d'accompagner les &#233;l&#232;ves &#224; l'&#233;cole. Les enfants des colons attaquent r&#233;guli&#232;rement les enfants palestiniens. ISM s'occupe de trois &#233;coles et d'un jardin d'enfants. Sans leur pr&#233;sence, les parents ne laisseraient pas leurs enfants partir seuls. Les colons non seulement poss&#232;dent des armes et sont anim&#233;s par le fanatisme religieux, mais b&#233;n&#233;ficient aussi du soutien du gouvernement. La pr&#233;sence des observateurs internationaux ne les impressionne pas, au contraire : ils placardent des pamphlets anti-internationaux, les accusant d'&#234;tre antis&#233;mites. Une vid&#233;o montre une femme colon, H. Cohen, giflant une activiste d'ISM, dans l'incapacit&#233; de r&#233;agir en pr&#233;sence des soldats. M&#234;me les soldats craignent les colons. &#192; chaque meurtre, une fausse ambulance conduite par un colon arrive toujours la premi&#232;re et fait dispara&#238;tre les preuves. Les Palestiniens vivent dans la crainte. H&#233;bron est une prison soumise &#224; la pauvret&#233;. Les Isra&#233;liens ont tir&#233; sur une jeune fille. Les femmes sont harcel&#233;es, ce qui met les jeunes hors d'eux et les incite &#224; l'auto-d&#233;fense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus tard, nous rencontrons Ahmed Jaradat, militant connu de l'AIC (Centre d'information alternative, qui r&#233;unit des activistes juifs et arabes) et auteur de nombreux articles. Ahmed insiste sur l'activation des check-points. Il nous donne le chiffre terrible de 154 morts depuis le d&#233;but de la derni&#232;re Intifada et illustre l'inexorable avanc&#233;e de la colonisation avec l'exemple de plusieurs hectares confisqu&#233;s pour &#233;tendre une colonie pr&#232;s de Naplouse. Il parle de punition collective avec les corps rendus tardivement aux familles, les maisons d&#233;truites, les d&#233;placements entrav&#233;s : &#171; &lt;i&gt;Les attaques de colons provoquent un surcro&#238;t de haine, de d&#233;sespoir. Toute une g&#233;n&#233;ration est perdue pour la paix.&lt;/i&gt; &#187; Pour Ahmed, &#171; &lt;i&gt;la question palestinienne est une question mondiale, elle r&#233;clame une solution globale. Il faut faire comprendre aux Isra&#233;liens que, tant que la Palestine sera occup&#233;e, Isra&#235;l ne sera pas en s&#233;curit&#233;. Le BDS doit &#234;tre un mouvement politique unitaire, pas seulement un outil. La solution, c'est un &#201;tat d&#233;mocratique avec une &#233;galit&#233; totale.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2 janvier. Tel-Aviv.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes re&#231;us par H., une dame &#226;g&#233;e de la gauche isra&#233;lienne, n&#233;e &#224; Tel-Aviv et d'origine autrichienne. Elle a toujours milit&#233; &#224; gauche, particip&#233; &#224; des centaines de manifestations. Elle a vot&#233; pour la liste unie (conduite par Ayman Odeh), elle traduit aujourd'hui les articles de Machsom Watch, association isra&#233;lienne qui rend compte des exactions de l'arm&#233;e sur les check-points, et &#233;coute avec int&#233;r&#234;t le r&#233;cit de notre voyage ou celui des s&#233;jours de Sarah Katz, ma compagne, &#224; Gaza. Pourtant, son commentaire nous consterne : &#171; &lt;i&gt;Il y a des horreurs partout dans le monde, en Afrique, en Arabie Saoudite&#8230; Pourquoi l'ONU s'en prend-elle toujours &#224; Isra&#235;l ?&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous rencontrons Esti dans un caf&#233;. La conversation sera bri&#232;vement interrompue par un jeune client francophone qui entend qu'on parle du BDS et nous lance sur un ton agressif : &#171; &lt;i&gt;Si vous n'aimez pas Tel-Aviv, allez vous-en !&lt;/i&gt; &#187; Esti est membre de l'&#233;quipe de Who Profits, une agence d'information sur les entreprises qui tirent profit de la colonisation. &#171; &lt;i&gt;En Isra&#235;l, la gauche s'affaiblit et le centre n'existe plus, c'est tr&#232;s dur. En Palestine, toute la population est favorable au BDS, mais ce mouvement se construit &#224; l'ext&#233;rieur. L'&#233;conomie palestinienne est captive et le boycott des produits isra&#233;liens en Palestine est souvent impossible. 250 000 Palestiniens travaillent en Isra&#235;l ou dans les colonies, essentiellement dans la construction. Il faut aller plus loin que le boycott des seuls produits des colonies et m&#234;me plus loin que les actions dans les supermarch&#233;s.&lt;/i&gt; &#187; Elle insiste sur le &#171; D &#187; &#8211; pour &#171; d&#233;sinvestissement &#187; &#8211; de BDS et les victoires remport&#233;es sur V&#233;olia &#8211; multinationale fran&#231;aise de la gestion de l'eau, des d&#233;chets et de l'&#233;nergie qui a revendu ses actions dans les colonies &#224; une bo&#238;te am&#233;ricaine suite &#224; une mobilisation BDS. Et celle &#224; venir sur Orange, qui devrait rompre son accord avec Partner communications, une soci&#233;t&#233; de t&#233;l&#233;phonie mobile fond&#233;e par des colons. Who Profits travaille dans la commission &#171; Business and Human rights &#187; de l'ONU sur la notion d'investissement &#233;thique. L'organisation a remport&#233; des succ&#232;s aupr&#232;s des gouvernements norv&#233;gien et su&#233;dois. Mais ne nous leurrons pas, l'&#233;conomie isra&#233;lienne est puissante, c'est une &#233;conomie de start-up tr&#232;s r&#233;active, qui fait fi des traditions entrepreneuriales. Vers o&#249; &#233;tendre le BDS ? Elle cite Hewlett-Packard et l'industrie extractive. Esti pr&#233;tend que les Palestiniens pr&#234;ts &#224; collaborer avec les Isra&#233;liens sont partisans d'un &#201;tat palestinien ind&#233;pendant, tandis que ceux qui sont favorables &#224; un seul &#201;tat ne militent pas avec des Isra&#233;liens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;mergence de nouvelles formes de mobilisation plus horizontales a d&#233;stabilis&#233; les partis, mais ces modes de lutte sont assez &#233;ph&#233;m&#232;res : &#171; &lt;i&gt;Que sont devenus les milliers d'Isra&#233;liens qui sont pass&#233;s &#224; un moment ou &#224; un autre &#224; Bil'in ?&lt;/i&gt; &#187; Esti vit comme un &#233;chec le fait qu'on n'ait pas pu relier le mouvement anticolonialiste et le mouvement syndical. Le groupe des anarchistes contre le mur a disparu. Michel Warschawski, pr&#233;sident du Centre d'information alternative, rencontr&#233; plus t&#244;t &#224; J&#233;rusalem, &#233;voque &#233;galement cette &#233;rosion du mouvement pacifiste : &#171; &lt;i&gt;Le mouvement de la paix en Isra&#235;l est une bicyclette avec une grande roue et une petite roue. La grande roue, c'est &#8220;La Paix maintenant&#8221; et le mouvement travailliste, capable de mobiliser jusqu'&#224; plusieurs centaines de milliers de personnes. La petite roue, ce sont les forces plus radicales.&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;Le Monde&lt;/i&gt;, 7/01/2009) &#187; Il y a peu, on pouvait compter sur 15 000 manifestants, 6 000 juifs et 9 000 Palestiniens, issus de la &#171; petite roue &#187; du mouvement anticolonialiste. Aujourd'hui, ils ne manifestent plus ensemble. Les premiers manifestent &#224; Tel-Aviv et les seconds &#224; Oum el Fahm.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Plus personne ne croit &#224; la parole mod&#233;r&#233;e selon laquelle Isra&#235;l ne sera pas en s&#233;curit&#233; tant que les Palestiniens ne seront pas libres&lt;/i&gt;, continue Esti. &lt;i&gt;Si on affirme que la politique de N&#233;tanyahou met Isra&#235;l en danger, cela provoque g&#233;n&#233;ralement des sarcasmes. L'opinion s'est r&#233;sign&#233;e &#224; l'id&#233;e qu'il n'y a pas de solution, ce qui laisse les mains libres au gouvernement et &#224; l'arm&#233;e.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; &lt;i&gt;Il y a deux Isra&#235;l qui ne peuvent plus dialoguer&lt;/i&gt; &#187;, estimait Michel Warschawski. La soci&#233;t&#233; palestinienne est elle-m&#234;me extr&#234;mement fragment&#233;e. Au d&#233;but de notre s&#233;jour, le 21 d&#233;cembre, nous avons longuement bavard&#233; avec Herv&#233; Magro, consul de France &#224; J&#233;rusalem, qui nous confirmait le blocage quasi syst&#233;matique de l'entr&#233;e &#224; Gaza pour les d&#233;l&#233;gations solidaires avec les Palestiniens. Il avoue que la France est fort bien inform&#233;e de la situation : les rapports r&#233;guliers et pr&#233;cis des diplomates font &#233;tat des exactions, des crimes impunis, des ex&#233;cutions extrajudiciaires. Magro &#233;voque une &#171; &lt;i&gt;situation coloniale, comparable au drame des Am&#233;rindiens&lt;/i&gt;. &#187; Personne ne pourra dire &#171; Je ne savais pas &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;A lire, sur &lt;i&gt;CQFD&lt;/i&gt; :&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les&lt;a href=&#034;http://cqfd-journal.org/Les-canulars-d-Ulcan&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;&#171; canulars &#187; d'Ulcan&lt;/a&gt; ou comment le Raid a d&#233;barqu&#233; chez Pierre Stambul.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2-2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;&lt;a href=&#034;#nh2-2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt; &lt;/span&gt;Le pr&#233;nom a &#233;t&#233; chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
